[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Poignées d’épis

 

Ruth 2:16

 

W. T. P. Wolston

 

Table des matières :

0     PRÉFACE    Ruth 2:16

1     Chapitre 1    DAVID ou l’expérience de la foi    1 Samuel 21 ; Psaume 34

2     Chapitre 2    Le Roi dans sa beauté    Psaume 45

3     Chapitre 3    Affection réciproque    Cantique des Cantiques ch. 4

4     Chapitre 4    La Victoire de Josaphat ou : Prière, Jeûne et Louange    2 Chroniques 20:1-30

5     Chapitre 5    NÉHÉMIE et ses compagnons de travail  — Néhémie 1 à 8

5.1      [Un petit groupe cherchant à plaire au Seigneur]

5.2      [Chapitres 1 et 2]

5.3      [Chapitre 3]

5.4      [Chapitre 4]

5.5      [Chapitre 5]

5.6      [Chapitre 6]

5.7      [Chapitre 7]

5.8      [Chapitre 8]

6     Chapitre 6    Daniel, ou la piété en des jours difficiles    Daniel 1

6.1      Un homme séparé

6.2      Un homme éclairé

6.3      Un homme de prière

6.4      Un homme de louange

6.5      Un homme prospère

6.6      Un homme fidèle

6.7      Un homme haï

6.8      Un homme préservé

6.9      Un homme qui s’identifie avec le peuple de Dieu.

6.10      Un homme bien-aimé.

7     Chapitre 7    Le secret de la victoire    Matthieu 4:1-11 ; 1 Jean 2:12-29

8     Chapitre 8    Les Béatitudes (= Bienheureux… ; Matthieu 5:1-16)

8.1      Bienheureux les pauvres en esprit

8.2      Bienheureux ceux qui mènent deuil

8.3      Bienheureux les débonnaires

8.4      Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice

8.5      Bienheureux les miséricordieux

8.6      Bienheureux ceux qui sont purs de coeur

8.7      Bienheureux ceux qui procurent la paix

8.8      Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice

8.9      Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de Christ

9     Chapitre 9 — Attachement personnel (Jean 1:35-42, 12:1-8, 20:10-18)

10     Chapitre 10 — La conduite    1 et 2 Pierre

10.1      Une «vaine conduite»

10.2      Une «conduite honnête»

10.3      Une conduite pure

10.4      Une bonne conduite

10.5      «Une conduite débauchée»

10.6      Une sainte conduite

11     Chapitre 11    L’évangile, l’Assemblée, et le serviteur    Éphésiens 4:1-16 et Actes 8 à 15

12     Chapitre 12    Afin que l’Assemblée reçoive de l’édification    1 Cor. 12:28-31 ; 14:1-5, 29-40

13     Chapitre 13    Dons et charges locales    1 Timothée 3

14     Chapitre 14    Un «homme en Christ» et un «homme de Dieu»    2 Cor. 12 ; 1 Tim. 6:6-12 ; 2 Tim. 3:14-17 ; 4:1-8

15     Chapitre 15    Les encouragements de la foi aux mauvais jours    Jude 17:25

16     Chapitre 16    Attendre et Veiller    Luc 12:1-48

 

 

 

0       PRÉFACE    Ruth 2:16

Le titre de ce petit volume nous a été suggéré par cet ordre que Boaz donna jadis à ses moissonneurs, à Bethléem, à l’égard de Ruth, cette jeune glaneuse pleine de zèle : «Vous tirerez aussi pour elle quelques épis des poignées, et vous les laisserez ; et elles glanera et vous ne l’en reprendrez pas» (Ruth 2:16)

De Ruth, il est ensuite écrit : «Et elle glana dans le champs jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané, et il y eut environ un épha d’orge». Cette jeune glaneuse était sage. Elle n’emportait avec elle que le grain précieux, laissant la paille au champ. Je voudrais demander à mes lecteurs de l’imiter !

Ces entretiens, adressés il y a plus ou moins longtemps à des groupes de chrétiens, en des circonstances très diverses, furent recueillis brièvement par quelque auditeur dont les notes furent ensuite révisées.

Qu’il y ait beaucoup de paille dans chacune de ces «poignées d’épis», l’auteur en a bien conscience, mais s’il s’y trouve assez de bon grain de la précieuse vérité de Dieu pour aider quelque âme troublée qui s’interroge, pour restaurer quelque malheureux pécheur, pour fortifier un croyant défaillant, ou encourager un frère dans son service, alors il aura atteint son but.

C’est aux tendres soins du «Seigneur de la moisson», avec prières, que nous confions ce recueil.

 

 

W.T.P.W. — 46 Charlotte Square, ÉDIMBOURG, 16 décembre 1898

 

 

1       Chapitre 1    DAVID ou l’expérience de la foi    1 Samuel 21 ; Psaume 34

On a souvent remarqué que le livre des Psaumes était essentiellement fondé sur l’expérience. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que dans ce livre nous atteignions les sommets du christianisme, mais Celui que nous connaissons maintenant, pleinement révélé dans le Fils, est Celui que connaissait le psalmiste, et les exercices par lesquels est passé celui-ci ressemblent beaucoup à ceux par lesquels passent les saints de Dieu aujourd’hui. Nous y trouvons donc un grand secours pour nos âmes. Je suis certain qu’à travers les âges, de nombreux croyants ont trouvé du réconfort dans beaucoup de ces psaumes. David était un homme selon le coeur de Dieu. Bien-aimés, quelle chose merveilleuse d’être un homme selon le coeur de Dieu !

Il est important de remarquer dans quelles circonstances fut écrit le Psaume 34. Ce que je vous ai lu de 1 Samuel 21 nous dit à quel moment David l’écrivit — du moins selon l’en-tête du psaume. Or, je ne pense pas que personne puisse dire que l’expérience de David relatée en 1 Samuel 21 soit très à l’honneur d’un saint ! David s’enfuyait loin de Saül. Il se procura du pain et une épée, mais pas aussi droitement qu’il aurait pu le faire. Il est très important de se procurer son pain et son épée justement, à défaut de pouvoir les obtenir d’une manière divine.

Arrivés à la fin du chapitre, nous voyons David parmi les Philistins, puis cherchant refuge auprès de leur roi — Akish — qui était ennemi du peuple de Dieu. Mais Dieu n’est pas avec lui : «Et les serviteurs d’Akish lui dirent : N’est-ce pas là David, le roi du pays ?» (1 Sam. 21:11). Oui, c’était bien lui, qui s’enfuyait et cherchait refuge chez les ennemis de l’Éternel ! Alors David «se contrefit devant eux, et fit l’insensé entre leurs mains ; il marquait les battants de la porte, et laissait couler sa salive sur sa barbe» (v. 13). Tout cela n’était pas très beau de la part d’un saint. Alors le roi Akish dit : «Voici, vous voyez que cet homme est fou. Pourquoi me l’avez-vous amené ? Manqué-je de fous, moi, que vous m’ayez amené celui-ci pour faire le fou devant moi ?» (1 Sam. 21:14-15). Cette parole du roi toucha manifestement David, car nous lisons : «Et David partit de là, et se sauva dans la caverne d’Adullam» (22:1).

Dans la caverne d’Adullam, David était à sa place, et c’est-là, pensons-nous, qu’il fait l’expérience qui nous est rapportée. Tous les croyants font des expériences. Celui qui n’en a jamais fait n’est pas un chrétien. Je ne dis pas que vous et moi devrions faire des expériences semblables à celle de David, mais si quelqu’un a fait tant soit peu le mal, quelle bénédiction si, lorsqu’il revient à lui, il exprime son rétablissement dans les termes du psaume 34 ! C’est un langage très simple, très pratique, très salutaire, et certainement bien connu de la plupart d’entre nous. C’est un psaume qui me touche profondément chaque fois que je le lis. Peut-être n’en avez-vous pas besoin, mais ce n’est pas mon cas, et j’en suis bien reconnaissant.

Nous allons voir que ce psaume se divise en cinq parties. La note dominante, c’est «en tout temps». «Je bénirai l’Éternel en tout temps ; sa louange sera continuellement dans ma bouche» (Ps. 34:1). Cela nous rappelle un serviteur du Nouveau Testament, privé de liberté, qui ne s’enfuyait pas loin de l’ennemi, ni ne se réfugiait volontairement chez celui-ci ; un serviteur captif entre les murs d’une prison où retentit soudain le son d’une trompette annonçant la liberté et la joie du Saint-Esprit : «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous». C’est ce que dit Paul dans l’épître aux Philippiens (4:4). Et maintenant, voici David disant : «Je bénirai l’Éternel en tout temps». Soyez sûrs que son âme était en parfait état lorsqu’il écrivit ses mots. Avez-vous toujours été en bon état ? L’ai-je été moi-même ? Nous savons bien que non, vous et moi, parce que vous et moi sommes exactement pareils, puisque «comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi le coeur de l’homme répond à l’homme» (Prov. 27:19).

Les quatre premiers versets, qui forment la première partie du psaume, célèbrent ce qu’est l’Éternel — Jéhovah. Bien sûr, mes frères, lorsque tout va uniformément bien pour nous, il se peut que nous chantions à pleine voix. Quel peuple heureux nous formons alors ! Mais que l’orage éclate, que des difficultés surgissent et que des obstacles se dressent sur notre route, alors nous cessons de chanter, n’est-ce pas ? «Je bénirai l’Éternel en tout temps» : quel bel état d’âme expriment ces paroles ! «Rendant toujours grâces pour toutes choses» (Éph. 5:20) est l’écho que nous en avons dans le Nouveau Testament. «Quelqu’un est-il joyeux, qu’il chante des cantiques», dit l’apôtre Jacques (5:13). Quelles que soient les circonstances, il sera toujours vrai si un saint est en bon état devant Dieu, que «je bénirai l’Éternel en tout temps».

Si nous suivons le Seigneur parcourant son chemin, nous l’entendons dire, un des jours les plus sombres de son pèlerinage : «Je te loue, ô Père, … car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (Matt. 11:25-27). Considérons Celui qui fut, sans contredit, parfait comme Fils et Serviteur. En tant qu’homme, il fut notre modèle. Il est passé par le chemin qui est le nôtre, «vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces» (1 Pier. 2:21). Comme cela est beau ! Il pouvait dire, en vérité, «je bénirai l’Éternel en tout temps ; sa louange sera continuellement dans ma bouche». Il n’y a rien d’aussi rafraîchissant que de rencontrer un croyant louant Dieu. Un croyant qui mène deuil, ou qui murmure, ne vous fait aucun bien ; mais un croyant qui loue le Seigneur, rempli du sentiment de sa bonté — si toutefois vous rencontrez un tel saint — vous ne l’oublierez jamais.

«Mon âme se glorifiera en l’Éternel», poursuit le verset 2. Voilà un saint de l’Ancien Testament qui anticipe cette injonction du Nouveau Testament : «Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur» (1 Cor. 1:31). «Mon âme se glorifiera en l’Éternel». Quelles paroles merveilleuses ! Voyez l’effet qu’elles produisent ! C’est très impressionnant. Rien n’impressionne plus les gens que cela. Peut-être ce témoignage produira-t-il de la haine, mais il n’y en a pas de plus puissant. Lisez Actes 16. Vous y verrez deux serviteurs de Christ enfermés dans une horrible prison romaine, les pieds fixés dans le bois, le dos ensanglanté, souffrant du froid et de la faim, mais qui, «en priant chantaient les louanges de Dieu ; et les prisonniers les écoutaient» (Actes 16:25). Un témoignage merveilleux fut rendu dans cette prison, cette nuit-là. Comment ces hommes pouvaient-ils être si heureux dans des circonstances aussi déprimantes ? Quel était leur secret ? C’était leur joie dans le Seigneur.

«Les débonnaires l’entendront, et se réjouiront» poursuit encore le verset 2. Seuls les débonnaires comprennent pleinement la portée de ce «mon âme se glorifiera». Si je suis capable de me glorifier ainsi, j’en trouverai sûrement d’autres pour se joindre à moi avec reconnaissance, et avec joie. Qui sont ceux-là ? Non pas les grands de ce monde, ni les orgueilleux, mais les humbles. Cela produira de la joie, une profonde joie dans le coeur des autres, si votre âme demeure aussi immuablement dans la joie du Seigneur, se glorifiant en Lui.

«Magnifiez l’Éternel avec moi, et exaltons ensemble son nom» (Ps. 34:3). C’est la communion qui est recherchée maintenant, mais pour la réaliser, il ne faut pas être seul. Le dernier verset de cette première partie donne, pour ainsi dire, la raison de tout cela. En voici le fondement : «J’ai cherché l’Éternel et il m’a répondu, et il m’a délivré de toutes mes frayeurs». Vous allez voir quelques versets plus loin, que celui qui parle est délivré lui-même, mais ici, c’est de toutes ses frayeurs qu’il est délivré. Je crois que souvent le Seigneur travaille à nous délivrer de nos frayeurs avant de nous délivrer de nos ennemis. Voici un homme qui a été délivré de la crainte des difficultés, avant de l’être de ces difficultés elles-mêmes. C’est la découverte de ce que Dieu est. C’est l’âme qui approfondit sa connaissance de Dieu, quelle que soit la nature des difficultés.

Dans les quelques versets qui suivent (Ps. 34:5-10), nous voyons ce qu’est réellement le salut. Nous apprenons ce qu’est le salut que Dieu dispense à l’âme qui se tourne ainsi véritablement vers lui. C’est l’énoncé d’un vaste principe universel qui s’applique à tous les hommes : «Ils ont regardé vers lui, et ils ont été illuminés, et leurs faces n’ont pas été confuses» (Ps 34:5). Lorsqu’une âme a affaire à Dieu, elle en est infailliblement illuminée. Je ne parle pas ici de conversion. Il est vrai qu’une âme est illuminée lorsqu’elle se convertit, mais ici il est plutôt question du chemin. C’est un principe de la plus haute importance. Si vous et moi regardons au Seigneur, quel sera l’effet produit ? Il nous donnera la lumière. Pourquoi ? Parce que Dieu est lumière. Et ce qu’il aime par-dessus tout, c’est conduire une âme dans la lumière, afin que votre face ne soit jamais confuse. Je suis persuadé que David eut honte en se rappelant les circonstances douloureuses de 1 Samuel 21. Et nous courbons la tête, nous aussi, en repensant à bien des moments de notre vie. C’est ce qu’il nous convient de faire. Mais vous ne courberez jamais la tête si vous regardez à lui, car alors vous avez conscience de la bénédiction qu’il y a à avoir affaire à Dieu.

Et maintenant, remarquez bien ce qui suit : «Cet affligé a crié ; et l’Éternel l’a entendu, et l’a sauvé de toutes ses détresses» (Ps. 34:6). Qui était cet affligé ? C’est David, bien sûr, qui a écrit ce psaume, mais je suis convaincu que cet affligé, c’était Christ. Vous verrez que sur son chemin ici-bas, il criait constamment à Dieu. Cela ne veut pas dire que l’on soit toujours délivré des circonstances. Il ne s’agit pas de cela. Dans un monde où règne le mal, nous ne devons pas oublier que les justes peuvent souffrir, mais c’est Dieu qui gouverne. Dans ces six versets (5-11), nous avons vraiment un résumé du chemin du Seigneur Jésus. La place qu’il occupe maintenant, exalté dans la gloire, est la réponse divine au cri qui monta de son âme sainte tout au long de son chemin ici-bas.

«L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent et les délivre» (Ps. 34:7). Quelle déclaration remarquable, bien-aimés, et quel immense réconfort pour l’âme de se sentir entourée, pour ainsi dire, de murailles angéliques ! Si vous avez la crainte de l’Éternel, vous êtes derrière les barrières de protection d’un lieu sûr. C’est ce qu’illustrent de nombreux passages du Nouveau Testament autant que de l’Ancien. Voyez les Apôtres au chapitre 5 des Actes : «Et le souverain sacrificateur se leva, lui et tous ceux qui étaient avec lui, savoir la secte des sadducéens ; et ils furent remplis de jalousie, et mirent les mains sur les apôtres et les jetèrent dans la prison publique. Mais un ange du Seigneur ouvrit de nuit les portes de la prison, et les conduisit dehors…» (Actes 5:17-19). Voyez aussi Pierre au chapitre 12 du même livre : «Mais lorsque Hérode allait le produire cette nuit là, Pierre dormait entre deux soldats, lié de chaînes ; et des gardes, devant la porte, gardaient la prison. Et voici, un ange du Seigneur survint, et une lumière resplendit dans la prison ; et frappant le côté de Pierre, il le réveilla, disant : Lève-toi promptement. Et les chaînes tombèrent de ses mains. Et l’ange lui dit : Ceins-toi et chausse tes sandales. Et il fit ainsi. Et il lui dit : Jette ton vêtement sur toi et suis-moi. Et sortant, il le suivit ; et il ne savait pas que ce qui se faisait par l’ange était réel, mais il croyait avoir une vision. Et ayant passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer qui conduit à la ville, et elle s’ouvrit à eux d’elle-même ; et, étant sortis, ils allèrent jusqu’au bout d’une rue ; et aussitôt l’ange se retira d’avec lui. Et Pierre, étant revenu à lui, dit : Je connais à présent certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et m’a délivré de la main d’Hérode et de toute l’attente du peuple des Juifs» (v. 6-11). De quelle manière remarquable Dieu intervient, s’il le juge bon, pour délivrer ses saints ! Mais ce sont toujours «ceux qui le craignent» qu’il délivre.

Et maintenant, voici un appel : «Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ! Bienheureux l’homme qui se confie en lui !» (Ps. 34:8). Le mot hébreu, traduit ici par homme est très frappant : Il signifie homme puissant. Ce n’est pas le mot qui désigne un pauvre homme faible, mais un homme puissant. Et quel est le secret de sa puissance ? C’est qu’il se confie en Dieu. Toutes ses sources sont en Dieu. Vous allez voir qu’il y a ici trois choses : la crainte de l’Éternel, la confiance en l’Éternel, et la recherche de l’Éternel. Au verset 8, c’est «bienheureux l’homme qui se confie en lui» ; au verset 9 «rien ne manque à ceux qui le craignent» ; et au verset 10, «ceux qui cherchent l’Éternel ne manquent d’aucun bien». C’est là un ensemble moral de saints principes qui gardent constamment le coeur en contact avec Dieu pour sa propre bénédiction. L’âme, exhortée à goûter ce qu’est la bonté de l’Éternel, la goûtera si ces principes sont mis en pratique.

Par contraste avec ce qui précède, le psalmiste dit : «Les lionceaux souffrent disette, et ont faim ; mais ceux qui cherchent l’Éternel ne manquent d’aucun bien» (Ps. 34:10). L’Éternel est Celui qui vient au-devant de l’âme en toutes circonstances. Il se sert des lions pour illustrer ce fait, parce que le lion est le roi de la création : «Le lion, le fort parmi les bêtes, et qui ne se détourne devant qui que ce soit» (Prov. 30:30). Cependant, même les lions peuvent avoir faim, alors que «ceux qui cherchent l’Éternel ne manquent d’aucun bien». Mais il y a peut-être là une petite difficulté pour certains. J’ai recherché beaucoup de choses, dites-vous, mais je ne les ai pas obtenues. Mais, il n’est pas question, dans notre psaume, de ceux qui cherchent des choses, mais de ceux qui cherchent l’Éternel ! Nous souhaiterions tous avoir beaucoup de choses que nous considérons comme bonnes pour nous, mais nous ne tarderions pas à être reconnaissants de ne pas les avoir reçues. Le plus grand malheur, dans la vie de bien des croyants fut d’avoir obtenu ce qu’ils avaient un jour ardemment désiré. L’objet de leur convoitise n’était pas bon, mais ils l’avaient voulu à tout prix. «Il ne refusera aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité» (Ps. 84:11). Retenez bien cela, cher ami, et si quelque chose que vous avez désiré vous est refusé, soyez certain que cela n’était pas bon pour vous. Si vous acceptez cela, vous lui direz du fond du coeur : «Béni soit ton nom, Seigneur, je suis sûr que cela n’était pas bon pour moi». Quelle douceur dans ces paroles : «Ceux qui cherchent l’Éternel ne manquent d’aucun bien» !

Tel est le principe général selon lequel le Seigneur agit envers nous. L’âme est consciente de la lumière de sa présence. Vous avez le sentiment que le Seigneur vous sauve, et que l’ange de l’Éternel campe autour de vous. Vous avez alors cette conviction de regarder à lui, de compter sur lui. Si vous n’obtenez pas ce que vous avez désiré, au bout de quelque temps vous direz certainement : «Ô Seigneur, quel bonheur que tu n’aies pas permis que je l’obtienne» !

Nous arrivons maintenant à une nouvelle partie de notre psaume. Des versets 11 à 16, je crois que le psalmiste nous apprend de la manière la plus merveilleuse quel est le secret d’une vie heureuse et bénie, au développement harmonieux. Il dit : «Venez, fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte de l’Éternel» (Ps. 34:11). Il a été beaucoup de question de la crainte de l’Éternel dans la première partie du psaume, mais maintenant il nous l’explique en détail. Il y a, dans un psaume précédent, un verset très instructif à ce sujet : «La crainte de l’Éternel est pure, subsistant pour toujours» (Ps. 19:9). Je pense que nous avons ici la clef de ce passage touchant la crainte de l’Éternel. Sans cela, il est impossible de progresser en sainteté pratique ou en sanctification. Je crois que David nous en enseigne le vrai secret. C’est bien loin, bien-aimés, de la condition morale et de l’état du coeur qui retiennent loin du Seigneur ! C’est au contraire le chemin sur lequel on avance au lieu de reculer. Un autre écrivain, Salomon, dit : «Bienheureux l’homme qui craint continuellement» (Prov. 28:14). Il ne s’agit pas de la crainte du jugement et du courroux de Dieu, mais de cette crainte sainte et bénie de l’âme, que l’Esprit de Dieu produit toujours, crainte de ne pas marcher en toutes choses de manière à Lui plaire.

Si vous ouvrez le livre des Proverbes, vous constaterez avec intérêt comme il y est fréquemment question de «la crainte de l’Éternel». Dans les Proverbes, je crois que Dieu répond aux besoins de notre intelligence. Si vous en avez le temps, lisez-en un chapitre chaque jour de votre vie. Cela vous mettra à l’abri de bien des douleurs et des difficultés sur votre chemin ici-bas. Je désire faire remarquer de quelle manière ce livre, dans la structure de la Bible, est en relation avec les autres. Les deux livres suivants — L’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques s’adressent au coeur. Vous avez donc la conscience dans les Psaumes, l’intelligence dans les Proverbes, et le coeur dans les deux livres suivants. Ils se complètent mutuellement. Dans l’Ecclésiaste, Salomon parle du coeur seulement pour en tirer la conclusion qu’il est vide, alors que dans le Cantique des Cantiques il déborde. Dans l’un, le coeur est trop grand pour son objet — c’est-à-dire le monde et tout ce qui est sous le soleil — et dans l’autre, l’objet — Christ — est trop grand pour le coeur. Le premier traite de la souffrance du coeur, le second de son bonheur. Le secret de la paix et de la joie divines se trouve dans le Cantique des Cantiques. Il consiste à être occupé de l’amour et de la Personne de Christ.

Considérons maintenant les Proverbes. Vous trouverez sept fois déclaré dans ce livre ce qu’est la crainte de l’Éternel. «La crainte de l’Éternel est le commencement de la connaissance ; les fous méprisent la sagesse et l’instruction» (Prov. 1:7). La crainte de l’Éternel est le premier pas sur le chemin de la connaissance et du progrès. Passons maintenant au chapitre 8. «La crainte de l’Éternel, c’est de haïr le mal. Je hais l’orgueil et la hauteur, et la voie d’iniquité, et la bouche perverse» (Prov. 8:13). Les choses qu’Il déteste, nous devons les détester aussi, ou sa crainte n’est pas en nous. Nous lisons ensuite : «La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse, et la connaissance du Saint est l’intelligence» (Prov. 9:10). Il y a une grande différence entre la connaissance et la sagesse. La connaissance peut enfler (1 Cor. 8:1), mais non pas la sagesse. La connaissance, c’est le fait de saisir la vérité, mais la sagesse, c’est la capacité de faire bon usage de cette vérité. C’est la manière dont l’âme, conduite par Dieu, sait se servir, justement et divinement, de ce qu’elle possède. Nous lisons encore : «La crainte de l’Éternel ajoute des jours, mais les années des méchants seront raccourcies» (Prov. 10:27). Cela ressemble beaucoup à ce que nous trouverons dans notre psaume. Plus loin encore, nous lisons : «La crainte de l’Éternel est une fontaine de vie, pour faire éviter les pièges de la mort» (Prov. 14:27). Une telle manière d’échapper aux pièges de Satan est sûre, et est d’une valeur inestimable. Sixièmement, nous lisons : «La crainte de l’Éternel est la discipline de la sagesse, et l’abaissement va devant la gloire» (Prov. 15:33). Le sage est toujours disposé à s’instruire ; seuls, les sots n’en éprouvent pas le besoin. Et, pour finir : «La crainte de l’Éternel mène à la vie, et l’on reposera rassasié, sans être visité par le mal» (Prov. 19:23). Une satisfaction permanente est un fruit précieux de cette sainte crainte. Vous allez voir maintenant que ce verset s’accorde merveilleusement avec notre psaume. Si vous voulez des exemples illustrant ces différents points, vous les trouverez tous dans l’histoire du brigand mourant sur la croix (Luc 23:40-43).

Et maintenant, revenons à notre psaume. «Venez, fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte de l’Éternel» (Ps. 34:11). La chose est présentée comme une pratique journalière. «Qui est l’homme qui prenne plaisir à la vie et qui aime les jours pour voir du bien» ? (34:12). Cette question interpelle chacun d’entre nous. Aimez-vous la vie ? Désirez-vous avoir de longs jours, et voir du bien ? Est-ce le bien que vous recherchez ? Voici ce qu’il convient de faire pour s’assurer de ces bénédictions : «Garde ta langue du mal, et tes lèvres de proférer la tromperie» (34:13). Il n’est pas d’abord question de mon coeur, mais de ma langue ! Mais combien cela est difficile ! Qu’en pensez-vous ? Nous savons tous comme il est malaisé de garder sa langue. C’est pourtant ce que nous avons ici. Êtes-vous décidé à «voir du bien» ? Tout est là. J’en connais qui désirent le bien, mais qui finissent toujours par lâcher la bride à leur langue !

Mais pourquoi veiller ainsi sur sa langue ? Eh bien, je crois que le chapitre 6 de Luc répond à cette question. «L’homme bon, du bon trésor de son coeur produit ce qui est bon, et l’homme mauvais, du mauvais produit ce qui est mauvais : car de l’abondance du coeur sa bouche parle» (Luc 6:45). Ce qui remplit réellement mon coeur, ma langue l’exprimera bientôt. C’est pourquoi, à cause de ma langue, vous pouvez toujours dire de quoi mon coeur est occupé. Je ne puis vous tromper longtemps.

Quand nous ouvrons l’épître de Jacques, nous trouvons beaucoup de choses à propos de la langue. Chose étrange, cette épître n’est pas lue très souvent, bien qu’elle soit des plus importantes. Un croyant qui a peur de Jacques n’est pas en bon état. «Car nous faillissons tous à plusieurs égards. Si quelqu’un ne faillit pas en paroles, celui-là est un homme parfait, capable de tenir aussi tout le corps en bride. Voici, nous mettons les mors des chevaux dans leurs bouches, pour qu’ils nous obéissent, et nous dirigeons çà et là leur corps tout entier. Voici, les navires aussi, qui sont si grands et qui sont poussés par des vents violents, sont dirigés çà et là par un très petit gouvernail, où que ce soit que le veuille l’impulsion de celui qui les gouverne. Ainsi aussi la langue est un petit membre et elle se vante de grandes choses. Voici, un petit feu, quelle grande forêt allume-t-il ! Et la langue est un feu. La langue, un monde d’iniquité, est établie parmi nos membres ; c’est elle qui souille tout le corps, et enflamme tout le cours de la nature, et est enflammée par la géhenne. Car toute espèce de bêtes sauvages et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, se dompte et a été domptée par l’espèce humaine ; mais pour la langue, aucun des hommes ne peut la dompter. : c’est un mal désordonné, plein d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur et Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à la ressemblance de Dieu ; de la même bouche procède la bénédiction et la malédiction. Mes frères, il ne devrait pas en être ainsi. Une fontaine fait-elle jaillir par une même ouverture le doux et l’amer ? Mes frères, un figuier peut-il produire des olives, ou une vigne, des figues ? De l’eau salée ne peut pas non plus faire de l’eau douce. Qui est sage et intelligent parmi vous ? Que par une bonne conduite il montre ses oeuvres avec la douceur de la sagesse» (Jacques 3:2-13). Oui, il est tout à fait vrai que «nous faillissons tous à plusieurs égards», et que «si quelqu’un ne faillit pas en paroles, celui-là est un homme parfait». Assurément, je ne suis pas celui-là, mais je pense qu’il est merveilleux de trouver un tel homme ! Le connaissez vous ? Non, et je n’ai pas l’espoir, moi non plus, de le rencontrer. À moins que ce ne soit en vous-même ! Un fils se plaignait un jour à son père du mal qui règne dans le monde. «Améliore déjà une seule personne dans ce monde, Jean», répondit le vieillard, comme pour dire «commence par te corriger toi-même». Quelle sagesse chez ce vieil homme !

Et maintenant, passons à la première épître de Pierre où l’apôtre cite des passages de ce psaume 34. Il nous exhorte à être «compatissants, humbles, ne rendant pas mal pour mal, ou outrage pour outrage, mais au contraire bénissant, parce que vous avez été appelés à ceci, c’est que vous héritiez de la bénédiction» (1 Pier. 3:9) Nous devons apporter aux autres la bénédiction. Si ma langue n’apporte pas aux autres la bénédiction, c’est bien dommage, car le chrétien a été béni par Dieu infiniment, et si Dieu le laisse dans ce monde, c’est pour être en bénédiction à d’autres. Certaines personnes me disent : «tous ces psaumes s’adressent aux Juifs». Mais Pierre ne les restreint pas tous aux Juifs. Il était plus avisé que cela. Il sera certainement très utile à nos âmes de tenir compte de ce qu’il dit. C’est ainsi qu’il cite : «car celui qui veut aimer la vie et voir d’heureux jours, qu’il garde sa langue du mal, et ses lèvres de proférer la fraude ; qu’il se détourne du mal et qu’il fasse le bien ; qu’il recherche la paix et qu’il la poursuive ; car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont tournées vers leurs supplications ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal» (1 Pier. 3:10-12). L’apôtre s’arrête là. Il sait citer l’Écriture. Il omet la fin du verset 16 du psaume qui ajoute «... pour retrancher de la terre leur mémoire». Il ne cite pas la suite du psaume, parce que ces choses n’arriveront que plus tard, lorsque le Seigneur Jésus Christ régnera en tant que roi de justice, et que tout mal sera jugé sur le champ. Celui qui, en ce jour-là, ne contrôlera pas sa langue sera retranché.

Mais aujourd’hui déjà, sous le gouvernement de Dieu, si je ne veille pas sur ma langue, je peux être l’objet de sa discipline. Un jour ou l’autre, la semence que je sème produira sûrement la moisson qui lui correspond, et il en sera de même pour ce que vous semez. Je parle franchement, car je côtoie beaucoup d’enfants de Dieu, et je ne saurais vous dire tout le mal causé par ceux qui, ne gardant par leur langue, tiennent des propos qui ne profitent à personne. Bien-aimés, Dieu veuille nous donner à tous d’être davantage sur nos gardes !

En tant que saint, je ne dois pas permettre à des propos oiseux de franchir le seuil de mes lèvres. «Qu’aucune parole déshonnête ne sorte de votre bouche, mais celle-là qui est bonne, propre à l’édification selon le besoin, afin qu’elle communique la grâce à ceux qui l’entendent» (Éph. 4:29). Toute conversation vous apporte soit la grâce, soit la corruption. Je ne pense pas que nous devions minimiser ce que déclare la Parole de Dieu à ce sujet.

Mais revenons à notre psaume. À celui qui est à l’école de la sagesse, il est dit : «Retire-toi du mal, et fais le bien» (Ps. 34:14), ce qui est en parfaite harmonie avec Hébreux 13:16 : «Mais n’oubliez pas la bienfaisance, et de faire part de vos biens, car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices». Pensons à Jésus «qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien» (Actes 10:38). Ce que le psalmiste inspiré veut ici nous faire remarquer, c’est ce dont notre bien-aimé Seigneur lui-même a donné l’exemple tout au long de son chemin de dévouement ici-bas.

«Cherche la paix, et poursuis-la» (Ps. 34:14), nous est-il ensuite ordonné de faire. Combien cela nous rappelle ces paroles du Seigneur : «Bienheureux ceux qui procurent la paix, car c’est eux qui seront appelé fils de Dieu» (Matt. 5:9) ! Et encore : «... ayant chaussé vos pieds de la préparation de l’évangile de paix» (Éph. 6:15). Celui qui ne procure pas la paix, au plus profond de son âme, la détruit. Pourquoi ? Parce qu’il ne marche soigneusement devant Dieu.

Si nous revenons à l’épître de Jacques, nous trouvons que «le fruit de la justice, dans la paix, se sème pour ceux qui procurent la paix (Jacq. 3:8). Nous sommes appelés à marcher dans la paix (3:18). Bien-aimés, quelle bénédiction il y a à procurer la paix !

L’apôtre Paul, au chapitre 4 de l’épître aux Philippiens, nous exhorte à mettre nos pas dans ceux de Christ, disant : «Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ; et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus. — Au reste mes frères, toutes les choses qui sont vraies, toutes les choses qui sont vénérables, toutes les choses qui sont justes, toutes les choses qui sont pures, toutes les choses qui sont aimables, toutes les choses qui sont de bonne renommée, — s’il y a quelque vertu et quelque louange, — que ces choses occupent vos pensées : ce que vous avez et appris, et reçu, et entendu, et vu en moi, — faites ces choses, et le Dieu de paix sera avec vous» (Phil.4:6-9). Ce n’est pas seulement que, si vous priez et rendez grâces, la paix de Dieu gardera votre coeur, mais, si vous êtes vous-même occupé de Christ, vous répandrez autour de vous la bonne odeur de la présence du Dieu de paix. Or, bien-aimés, il est merveilleux pour un croyant de traverser ce monde en manifestant ce caractère.

Mais un peu plus loin dans notre psaume, il nous est dit : «Les yeux de l’Éternel regardent vers les justes, et ses oreilles sont ouvertes à leur cri» (Ps. 34:15). Combien cela est à la fois réconfortant, frappant, et encourageant ! Toutefois, remarquons bien que ce n’est que des justes qu’il prend un soin pareil. Le sort des injustes est décrit au verset suivant : «La face de l’Éternel est contre ceux qui font le mal, pour retrancher de la terre leur mémoire». Ce verset 16 fait clairement allusion au jugement des impies dans un temps à venir.

Nous arrivons maintenant à la quatrième partie de notre psaume, dont le thème est une expérience certainement bien connue de notre bien-aimé Seigneur Jésus : «Les justes crient, et l’Éternel entend, et il les délivre de toutes leurs détresses. L’Éternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, et il sauve ceux qui ont l’esprit abattu» (Ps. 34:17-18). Avec quelle sorte d’homme Dieu pouvait-il marcher ? Avec celui qui a l’esprit abattu. Si l’on veut s’assurer la présence du Seigneur, que faut-il avoir ? Un coeur brisé et abattu. Il est donc clair qu’il existe un état moral qui prédispose à ce que Christ nous accompagne.

Du verset 19 à la fin du chapitre, nous avons la dernière partie de notre psaume. «Les maux du juste sont en grand nombre, mais l’Éternel le délivre de tous» (Ps. 34:19). Tel est le principe. Il délivre à sa manière à lui, au moment voulu, parce que ses yeux sont constamment sur les siens. «Il garde tous ses os, pas un d’eux n’est cassé» (34:20) Qui a bien pu être celui-là, sinon notre bien-aimé Seigneur lui-même à l’heure de la croix ? Qui pourrait nier que ce passage s’applique à lui ? Ces paroles sont absolument prophétiques, et l’apôtre prend soin de dire : «Car ces choses sont arrivées afin que l’écriture fût accomplie : «Pas un de ses os ne sera cassé» (Jean 19:36). Comme Dieu l’a préservé ! Bien-aimés, combien nous devrions être pénétrés du sentiment que la main protectrice de notre Seigneur est sur nous !

Puis, dans les deux derniers versets, nous avons un contraste : «Le mal fera mourir le méchant ; et ceux qui haïssent le juste en porteront la peine» (Ps. 34:21). C’est là une déclaration frappante, qu’illustre l’Écriture d’un bout à l’autre. Le mal se retourne contre l’homme qui s’y adonne, et le fait mourir. C’est un principe général : «Ceux qui haïssent le juste en porteront la peine». Cela montre la juste rétribution que Dieu doit administrer. Mais le Psalmiste ajoute : «L’Éternel rachète l’âme de ses serviteurs ; et aucun de ceux qui se confient en lui ne sera tenu pour coupable». C’est la même parole.

De quelle manière merveilleuse l’Esprit nous enseigne ici, par la plume et par la bouche de cet homme pleinement restauré, à trouver en Dieu toutes les sources de nos âmes ! Puissions-nous par sa grâce, en vérité, marcher toujours plus avec lui, et traverser la scène de ce monde d’une manière qui soit en bénédiction pour d’autres, en attendant des cieux son Fils.

 

2       Chapitre 2    Le Roi dans sa beauté    Psaume 45

Il est très important pour nous de chercher à cultiver dans notre âme ce qui ressort de ce psaume. Ce qu’est le roi lui-même, voilà ce dont la reine est occupée. De la même manière, nous devrions être occupés de ce qu’est Christ. Nous sommes très prompts à abaisser notre niveau et à ne nous occuper que des bénédictions que, dans sa grâce, Il répand sur nous. Mais dans ce psaume, l’accent est mis non pas sur ce que le roi fait, mais sur ce qu’il est. Ce que le Seigneur apprécie, c’est un coeur qui trouve en lui ses délices.

«Mon coeur bouillonne d’une bonne parole». Je crains que ce ne soit pas souvent notre cas. Qu’il est beau d’avoir un coeur qui bouillonne d’amour pour Christ ! Au lieu de cela, notre coeur est plus souvent de glace que bouillant, en ce qui concerne notre consécration pour Christ. Ce qu’est cette «bonne parole», le verset l’explique : «Je dis ce que j’ai composé au sujet du roi» ; c’est-à-dire ce que je sais de lui, non pas ce que j’ai reçu de lui, mais ce qu’il est pour moi. Il s’agit de la place que sa Personne bénie occupe dans mon âme. Marie de Béthanie avait choisi d’être avec lui. Elle était assise à ses pieds, écoutant ses paroles. Être près de lui, avec lui, tel était le désir de son âme. L’affection pour le Seigneur, voilà ce qui la caractérisait, et sa place était à ses pieds. Elle était absorbée par la personne de Christ. Manquait-elle d’intelligence ? Nullement, mais ce n’est pas ce qu’elle recherchait. Marie brisa son vase plein de nard pur, oignant les pieds du Seigneur, et Jésus dit : «Elle a gardé ceci pour le jour de ma sépulture». Elle craignait de ne pas retrouver l’occasion de le faire. D’autres firent un festin en l’honneur de Jésus. Mais normalement on ne prépare pas un festin pour quelqu’un dont on sait qu’il va mourir ? L’acte de Marie était en harmonie avec les circonstances de son Seigneur. Le festin ne l’était pas. Marie y assistait, toutefois ses pensées n’étaient pas au festin mais à Celui qu’il voulait honorer. Son coeur bouillonnait d’amour pour Lui. Elle était la seule personne présente dont les pensées fussent à l’unisson avec les siennes. Dieu veuille, par son Esprit, faire bouillonner nos coeurs d’un véritable amour pour Christ ! Seul, l’amour peut satisfaire l’amour. Christ nous a aimés jusqu’à la mort, et ce qu’il veut en retour, ce sont des coeurs remplis d’amour sincère pour lui. Il en est digne, frères bien-aimés !

«Ma langue est le style d’un écrivain habile». Il est facile de parler de Christ, et de le louer, lorsque le coeur bouillonne d’amour pour lui. «De l’abondance du coeur, la bouche parle». Si nous gardons le silence dans l’adoration et la louange, c’est que notre coeur doit être vide. Christ n’est pas l’objet de toutes nos affections. Peut-être dites-vous que l’Esprit doit nous pousser à adorer. Or, s’il n’y a pas adoration, il est évident que vous n’y avez pas été poussé. Il est tout à fait vrai que lorsque nous adorons en assemblée, nous devons être soumis uniquement à la direction du Seigneur. C’est ce que nous enseigne la première épître aux Corinthiens. Mais dans ce psaume, il y a soumission à l’Esprit de Dieu en même temps qu’un coeur débordant de ce qu’il sait au sujet du Roi. Combien j’ai envie d’un tel état d’âme ! Écoutez ce langage : «Tu es plus beau que le fils des hommes, la grâce est répandue sur tes lèvres». Elle s’adresse à Lui-même. Elle est si proche qu’elle peut lui parler directement. Elle va plus loin que la fiancée du Cantique des Cantiques ne soit jamais allée ! Cette dernière parle beaucoup au sujet de son bien-aimé, sans lui en dire grand chose directement. Il est pour elle «un porte-bannière entre dix mille… et toute sa personne est désirable» (5:10, 16). Mais la bien-aimée de notre psaume est si près du Roi qu’elle peut lui parler. Les mots jaillissent sans effort : «C’est pourquoi Dieu t’a béni à toujours». Dans cette proximité et cette intimité, lui est communiquée la pensée de Dieu touchant son propos quant à Celui qu’il se plaît à honorer.

«Ceins ton épée sur ton côté, homme vaillant, dans ta majesté et ta magnificence ; et, prospérant dans ta magnificence, mène en avant ton char, à cause de la vérité et de la débonnaireté et de la justice». Il y a une juste appréhension de la majesté de sa Personne. Il a été outragé par l’homme, qui a levé contre Lui son bras à la fois chétif et coupable, à l’heure de la trahison et du mensonge. Mais le jour viendrait où, «prospérant dans sa magnificence, Il mènerait son char à cause de la vérité. Il a été «débonnaire et humble de coeur», mais «celui qui s’abaisse sera élevé», et le résultat de sa grâce et de son humilité serait son exaltation. «Ton trône, ô Dieu, est pour toujours et à perpétuité ; c’est un sceptre de droiture que le sceptre de ton règne. Tu as aimé la justice, et tu as haï la méchanceté ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons». Il est salué ici comme Dieu, et au psaume 2, par Dieu lui-même, comme son Fils. Il est oint au-dessus de ses compagnons. Il est prééminent parmi eux. Qui sont ces compagnons ? Hébreux 2 montre que c’est nous-mêmes : «Car, et celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un ; c’est pourquoi il n’a pas honte de les appeler frères». C’est lui qui conduit la louange au milieu d’eux (Héb. 2:11-13). Nous lisons encore : «Car nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous retenons ferme jusqu’au bout le commencement de notre assurance» (Héb. 3:14). Il est oint de l’huile de joie, et cette huile précieuse coule de sa tête jusqu’au bord de ses vêtements. Au jour de la gloire de Christ, lorsqu’il mènera en avant son char, nous serons avec lui, partageant sa gloire. L’huile de sa joie descendra sur nous.

«Tous tes vêtements sont myrrhe, aloès et casse, quand tu sors des palais d’ivoire d’où ils t’ont réjoui». Il y a en Christ une bonne odeur qui devrait aussi émaner de nous, «car nous sommes la bonne odeur de Christ pour Dieu» (2 Cor. 2:15).

«Des filles de rois ont été parmi tes dames d’honneur ; la reine est à ta droite, parée d’or d’Ophir». Lorsqu’il est question du roi, l’épouse est Jérusalem. Ce psaume a donc trait au Millénium. Israël regardera vers Celui qu’il a rejeté et percé, et il se lamentera (Zach. 12). L’Éternel sauvera son peuple de ses péchés, et, selon sa justice divine, Il lui accordera une place en sa présence. «La reine est à ta droite, parée d’or d’Ophir». Alors, elle verra, et inclinera son oreille vers Lui. Elle doit oublier son peuple, ainsi que la maison de son père. Mais qu’est-ce que cela nous enseigne ? Que dans notre âme nous devons considérer toute chose à travers Christ, ici-bas. Les choses naturelles doivent passer après Lui. Je dois les oublier. Christ doit occuper pour moi la première place. Est-il la première de nos préoccupations, ou bien est-ce nous-mêmes, nos maisons et le soin que nous en prenons, la famille, les amis, ou la maison de notre père ? L’Esprit de Dieu dit ici : «Oublie ton peuple et la maison de ton père» et Jésus a dit : «Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi» (Matt. 10:37).

«Et le roi désirera ta beauté». Alors seulement, il verra cette beauté en toi. Tu seras alors pour Christ ce qu’Ève a été pour Adam. Et il y a cet autre côté : «Il est ton Seigneur : adore-le». Les droits du Seigneur ont du poids pour ceux dont les affections ont Christ pour objet. Quelle joie pour nos âmes lorsque nous réalisons cela tant soit peu ! Christ éclipsant tout, et l’adoration jaillissant librement vers lui. Et, à propos de la beauté de la fille du roi, nous lisons qu’elle «est tout gloire». Ses ornements moraux sont rehaussés par les vertus de Christ. Sa beauté à lui est celle dont elle brille, et, à cause de cette beauté, c’est lui qui reçoit la louange : «c’est pourquoi les peuples te célébreront».

Que fait Dieu maintenant ? S’occupe-t-il de nos bénédictions, de notre confort ? Ou n’est-ce pas plutôt de la gloire de Celui qu’il se plaît à honorer — Christ, qu’il placera au centre de toutes choses, Chef de tout et de tous ? Dieu cherche pour lui la louange, et cela à cause de ce que nous sommes maintenant moralement, en esprit et dans notre conduite, semblables à Christ, parés de ses vertus à Lui ; et, dans un temps à venir, à cause de ce que nous serons, lorsque, dans des corps de gloire semblables à son propre corps glorieux, nous serons manifestés comme les «fils de Dieu», les compagnons de Christ. Une gloire sans fin sera alors notre lot béni. Dieu veuille, par son Esprit, garder chacun de nos coeurs dans la présence de son cher Fils, afin que nous sentions qu’il est toujours près de nous, et avec nous. Puissions-nous marcher avec lui et ne jamais oublier cette parole : «Il est ton seigneur : adore-le».

3       Chapitre 3    Affection réciproque    Cantique des Cantiques ch. 4

C’est une chose bénie de cultiver dans nos coeurs, non seulement le sentiment de ce que Dieu a fait pour nous, mais aussi de ce que, dans sa grâce, Il a fait de nous pour Lui-même. Il est particulièrement béni de sortir de nous-mêmes et d’entrer dans le secret de la présence de Dieu, pour y apprendre quels sont ces sentiments qui remplissent son coeur. L’Esprit de Dieu fait se réjouir d’une joie ineffable et glorieuse ceux qui croient en Christ, comme le dit l’apôtre Pierre dans sa première épître (1 Pier. 1:8). C’est là notre part de cette joie, mais «faire bonne chère et se réjouir» (Luc 15:32) est celle du Père, car Lui aussi a sa joie, une joie infinie. Il se réjouit d’avoir des enfants près de Lui, des enfants capables de trouver en Lui leur joie. «Christ a souffert, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu» (1 Pier. 3:18), et «nous nous glorifions en Dieu par notre seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons maintenant reçu la réconciliation» (Rom. 5:11).

C’est afin que nous nous réjouissions en Lui que nous avons été approchés par le précieux sang de Christ. Ce n’est pas seulement ce qu’Il nous donne, mais Lui-même, qui doit être la portion de nos âmes, et cela est le fruit de la nouvelle naissance. Parce que nous sommes nés de nouveau, nous trouvons notre joie en Dieu Lui-même. «Nous nous glorifions en Dieu par notre seigneur Jésus Christ». Mais qu’est-ce que cette nouvelle naissance ? C’est le fait d’acquérir une nouvelle nature capable de se réjouir en Dieu, de le comprendre et de le connaître. L’âme la reçoit comme fruit de la grâce de Dieu. Elle nous permet de nous réjouir en Dieu, mais Lui aussi a sa part. Sa joie à Lui est d’avoir ses enfants tout près de Lui, et la nôtre de sentir que rien ne s’interpose entre nos coeurs et Lui-même. Il y a donc la joie du Père, de même que celle des enfants.

Au chapitre 4 du Cantique des Cantiques, nous voyons la part de Christ dans cette joie. La relation qui y est présentée n’est pas une relation de père à enfants. L’accent est mis sur la relation qui unit l’époux à l’épouse, et sur leur joie respective (*). Nous avons tendance à lire ce livre dans le but d’y trouver Christ, et nos coeurs sont transportés en le découvrant dans les diverses scènes qui le composent. Mais il est très doux de nous arrêter un moment pour apprendre ce que l’épouse est pour Christ. Y a-t-il de plus doux langage que celui dans lequel Il s’adresse à elle ? Écoutons-le ! «Voici, tu es belle… Tu es belle, mon amie, et en toi il n’y a point de défaut» (1:7). Et pourtant, plus nous connaissons Christ, plus nous nous connaissons nous-même ; et, tandis que nous marchons avec Dieu et que le temps passe, l’opinion que nous avons de nous-mêmes est de plus en plus médiocre ! Chaque année, nous nous tenons en moindre estime que l’année précédente, tant et si bien que le coeur a tendance à devenir légaliste. L’extrême indignité que nous découvrons en nous-mêmes s’impose à nous. Il n’en est que plus béni, malgré tout cela, d’entendre Christ nous dire : «Tu es belle, mon amie, et en toi il n’y a point de défaut !» (v. 7).

(*) Comme nos lecteurs le savent, il s’agit, dans ce livre, de l’épouse terrestre — Jérusalem. Cependant, le coeur de Christ est le même dans toutes ses relations. Nous pouvons donc assurément faire une application de ces choses à l’Église.

C’est une chose bénie de méditer sur les pensées du Seigneur à l’égard des siens, sur sa miséricorde et sa compassion, bien que ce ne soit pas de cet amour-là, mais de l’amour pur, qu’il est question dans le Cantique des Cantiques. Le Bien-aimé se réjouit en sa fiancée. Il parle de sa beauté et de son charme. Mais comment le Seigneur peut-Il trouver en nous de quoi le réjouir ? Il y trouve ce qui fait la joie de son coeur, mais non pas à cause de ce que nous sommes en nous-mêmes. Tout vient de ce dont Il nous a Lui-même revêtus. Jacob trouvait en Rachel ce qui répondait aux désirs de son coeur ; nous trouvons en Christ ce qui nous comble, et Christ trouve en son épouse — l’Église — ce qui réjouit son coeur. Peut-être pensez-vous qu’il n’en sera ainsi que lorsqu’Il nous aura présentés à Lui-même comme son assemblée, «glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable» (Éph. 5:27). Alors, l’Église sera sainte, irréprochable. Elle aura dépouillé tout ce qui est sans valeur, et seul demeurera le parfait ouvrage du Seigneur.

Mais ce n’est pas à ce temps-là que notre chapitre fait allusion. Ce jour de gloire et de joie indicible viendra, mais ce que nous trouvons ici est encore plus merveilleux que ce qui sera alors manifesté. Ici, nous apprenons que dès maintenant, tandis que nous cheminons dans le désert, en route vers la gloire qui attend l’épouse et l’Époux, Celui-ci trouve dans l’Église ce qui fait la joie de son coeur. Au ciel, à la droite du Père, il attend le jour des noces. Tandis qu’Il est la portion de nos coeurs, Il trouve en nous la sienne. Écoutez ce qu’Il dit. Tandis que le Bien-aimé parle de sa bien-aimée, les expressions de son amour et de son appréciation sont de plus en plus profondes : «Tu m’as ravi le coeur,… tu m’as ravi le coeur par l’un de tes yeux». Réalisons-nous cela ? Croyons-nous, bien-aimés, que nous sommes une joie pour Lui ? Peut-être pourrions-nous dire de Lui qu’Il a ravi nos coeurs, mais l’entendre dire que nous avons ravi son coeur, n’est-ce pas absolument merveilleux ? Sa joie se trouve en nous — qu’il appelle sa fiancée !

Ce n’est pas du croyant individuel qu’il est ici question, mais de l’ensemble des croyants. C’est toujours du corps des croyants qu’il s’agit lorsqu’il est fait allusion aux affections de Christ pour l’Épouse. Mais afin que nos âmes puissent marcher collectivement dans la puissance de cette vérité merveilleuse, nous devons en jouir chacun individuellement. Chaque saint doit chercher à bien comprendre ce que Christ attend de l’assemblée de ses saints. Inutile de dire que c’est seulement par grâce que n’importe lequel d’entre nous peut comprendre cette joie de Christ dans les siens. Mais, répétons-le, à moins que chacun n’en jouisse individuellement pour lui-même, nous ne pourrons pas répondre collectivement à ce que Christ désire que nous soyons pour Lui-même. Il faut qu’il y ait, dans votre âme comme dans la mienne, le juste sentiment de ce que nous sommes pour Christ. Quand on sait cela, et que le coeur l’a quelque peu goûté, on désire ardemment en savoir encore davantage.

Voyons maintenant la réponse que Lui fait la bien-aimée. Au chapitre 1, nous l’entendons dire : «Tes amours sont meilleurs que le vin» (1:2). Elle connaît son amour, et pour elle il n’est rien de meilleur. Mais Il la surpasse encore par ses paroles. Écoutez ce que l’Époux lui dit : «Que tes amours sont meilleures que le vin» ! (4:10) Quelle grâce de la part de Christ de parler ainsi de pauvres créatures sans coeur comme vous et moi ! Et pourtant, c’est ainsi que Christ estime la moindre étincelle d’amour qu’Il trouve qu’aujourd’hui pour Lui dans nos âmes. «Tes lèvres, ma fiancée, distillent le miel ; sous ta langue il y a du miel et du lait», poursuit-il au verset 11. Toute parole de notre bouche, tout ce qui est le fruit de la grâce dans l’âme, est pour Lui comme les gouttes découlant d’un rayon de miel. Dans l’Écriture, le miel est ce qui nourrit et rafraîchit tout ensemble. Combien un tel passage nous juge ! Quelle a été notre conduite ? A-t-elle pu nourrir ou rafraîchir le coeur de notre bien-aimé Seigneur ? «Tu es un jardin clos, ma soeur, ma fiancée», dit-il, «une source fermée, une fontaine scellée». Tout cela signifie qu’elle n’appartient qu’à Lui, rien qu’à l’Époux. Bien-aimés, comme c’est beau quand l’âme en arrive à dire : «Tout ce que je suis, tout ce que j’ai, lui appartient à Lui, à Jésus seul ! Je dois être à Lui dès ici-bas, et Lui-même déclare que je lui appartiens. Il me veut tout à Lui». N’est-ce pas assez de ce désir pour que toute âme se donne à Lui sans réserve ? «Il est mort…, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a été ressuscité» (2 Cor. 5:15).

Mais l’Époux s’étend longuement sur ce que sa fiancée est pour lui. «Tes plants sont un paradis de grenadiers et de fruits exquis, de henné et de nard, de nard et de safran, de roseau odorant et de cinnamome, avec tous les arbres à encens ; de myrrhe et d’aloès, avec tous les principaux aromates ; une fontaine dans les jardins, un puits d’eaux vives, qui coulent du Liban» ! C’est ainsi que Christ apprécie les «siens», et nos âmes devraient être remplies du sentiment de ce que nous sommes à ses yeux. Si la pensée de ce que nous sommes pour Christ occupait davantage nos coeurs, Il nous serait plus cher. Nos regards seraient moins fixés sur nous-mêmes et sur les autres. Nous le contemplerions constamment, et la joie de nos âmes serait plus tranquille et plus sainte. Alors nous serions plus jaloux de tout ce qui pourrait éloigner nos âmes de Christ. Nous serions à l’affût de ce danger et pourrions le fuir dès qu’il approcherait.

Mais Il veille sur sa gloire, et nous garde pour Lui-même. Aussi lisons-nous, au v. 16 : «Réveille-toi, nord…». Il envoie son vent du Nord, et tout son cortège de maux, pour réveiller l’insouciant. Nous n’aimons pas le vent du Nord, mais il convient aux aromates de son jardin. Il les secoue, il souffle entre les rameaux et en dégage le parfum. Les difficultés nous contrarient, mais elles nous rejettent sur Dieu et révèlent ce qui en nous est de Christ. Nous apprenons ainsi ce qu’Il voulait nous enseigner. Il peut alors changer ses voies à notre égard, et faire tourner le vent : «Viens, midi ; souffle dans mon jardin, pour que ses aromates s’exhalent» (4:16). Il nous donne de jouir profondément de Lui-même. Il fait briller dans nos âmes le soleil de sa présence, et le coeur se tourne vers Lui : «Que mon bien-aimé vienne dans son jardin». Nous connaissons alors la joie de la communion, et nous en jouissons. Le coeur peut alors dire : «Je suis à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi… Que mon bien-aimé vienne dans son jardin, et qu’il mange ses fruits exquis» (7:10 et 4:16). L’âme entre dans sa pensée touchant sa fiancée. Et voici comment Il répond à son désir de l’avoir près d’elle : «Je suis venu dans mon jardin, ma soeur, ma fiancée !» Il apprécie ce qui lui est consacré. C’est comme s’il disait que tout est à lui : «J’ai cueilli ma myrrhe avec mes aromates, j’ai mangé mon rayon de miel avec mon miel, j’ai bu mon vin avec mon lait». Tandis que l’âme entre dans cette communion et prend conscience qu’Il s’approche, le coeur s’émeut de plus en plus à l’égard du bien-aimé. «Buvez, buvez abondamment, bien-aimés».

Mais en méditant sur cette bienheureuse communion entre le bien-aimé et sa fiancée, nous pouvons nous humilier et baisser la tête, réalisant combien nous l’avons peu connue nous-mêmes, et combien peu nous avons fait la joie de Son coeur ! Cela n’est que trop vrai. Cependant, la foi s’empare de cette divine estimation des choses.

Considérons un moment 2 Corinthiens 11:2, et voyons comment l’apôtre résume cela. «Je vous ai fiancés à un seul mari, pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste». Le Cantique des Cantiques ne va pas au-delà du jour des fiançailles, mais Paul fait allusion au jour des noces, lorsque l’épouse sera présentée à Christ comme une vierge chaste. Qu’entend-il par «vierge chaste» ? C’est une vierge véritable, qui ne mérite pas l’ombre d’un reproche, d’où cet avertissement de l’apôtre aux Corinthiens : «Je crains que, en quelque manière, comme le serpent séduisit Ève par sa ruse, ainsi vos pensées ne soient corrompues et détournées de la simplicité quant au Christ». Nous avons besoin d’une plus grande mesure de cette simplicité, mes frères, «la simplicité quant au Christ». Réveillons-nous ! Et puissions-nous dire, en vérité : «Il est tout pour moi, et je suis tout pour Lui».

4       Chapitre 4    La Victoire de Josaphat ou : Prière, Jeûne et Louange    2 Chroniques 20:1-30

Je demande parfois à de jeunes convertis comment ils peuvent le mieux plaire au Seigneur. Comment peut-on le mieux plaire au Seigneur ? J’aimerais beaucoup entendre votre réponse. J’en ai reçu de toutes sortes. L’un d’eux m’a dit : «en travaillant pour Lui». C’est un privilège particulièrement béni de travailler pour Lui, et il est très doux de le servir. Mais il y a quelque chose de meilleur que le service, quelque chose qu’il est encore beaucoup plus important pour le saint d’avoir à coeur, que la pensée du service.

J’ai été très frappé un jour, lorsqu’un bien-aimé frère, aujourd’hui auprès du Seigneur, m’a dit : «Comment pouvez-vous le mieux plaire au Seigneur» ? Je me suis mis à réfléchir, lorsqu’il me dit : «Écoutez ce que dit le Psaume 69:30-31 : Je louerai le nom de Dieu dans un cantique, et je le magnifierai par ma louange ; et cela plaira plus à l’Éternel qu’un taureau, un boeuf qui a des cornes et l’ongle divisé». Je compris évidemment sa pensée.

Mais que cela est beau : «Je louerai le nom de Dieu dans un cantique». Il est évident que le boeuf et le taureau évoquent simplement l’idée du service. Mais il y a quelque chose que le Seigneur aime mieux que le service. Comment puis-je plaire le mieux au Seigneur ? «Je louerai le nom de Dieu dans un cantique» : voilà la réponse divine ! Nous avons souvent des réunions de prière, mais je souhaiterais que nous ayons plus souvent des réunions de louange !

Josaphat en convoqua une, dans le chapitre frappant que nous avons lu, et cela dans des circonstances très particulières.

C’était un moment critique dans son histoire. Il nous arrive à tous d’être confrontés à de telles crises, individuellement, et collectivement aussi, je pense. Josaphat et tous ceux qui l’entouraient se trouvaient alors en face d’une très grande difficulté : «Et il arriva après ces choses, que les fils de Moab et les fils d’Ammom, et avec eux une partie des Maonites, vinrent contre Josaphat pour faire la guerre. Et on vint et on rapporta à Josaphat, en disant : Il est venu contre toi une grande multitude, de l’autre côté de la mer, de la Syrie ; et voici, ils sont à Hatsatson-Thamar, qui est En-Guédi» (2 Chr. 20:1-2). Et bien, que firent-ils ? «Et Josaphat craignit, et tourna sa face pour rechercher l’Éternel, et proclama un jeûne par tout Juda» (2 Chr. 20:3). Ah ! Il n’y a point de véritable réunion consacrée à la louange tant que nous n’avons pas craint, puis jeûné, tout en recherchant le Seigneur. Tout est là, mes frères ! Êtes-vous fermement décidé à rechercher le Seigneur ; je suis un instrument bien inutile si je ne m’attache pas à servir le Seigneur. Comment pouvons-nous avancer sans sa puissance et sa grâce ? Avez-vous parfois des réunions de jeûne ? Je vous recommande d’en avoir. Je vais vous dire ce que vous en retirerez. Vous en retirerez d’être beaucoup plus près du ciel après qu’avant !

La prière et le jeûne sont souvent mentionnés ensemble dans l’Écriture, et leur importance est très claire. Quand les disciples demandèrent pourquoi ils n’avaient pu chasser un démon, notre Seigneur répondit : «Cette sorte ne sort que par la prière et par le jeûne» (Matt. 17:21). Et encore, lorsque le Saint Esprit dit : «Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saül, pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés», l’assemblée de Dieu à Antioche, saisissant la gravité de cet appel, fut entièrement d’accord, si l’on peut dire, et, «ayant jeûné et prié, et leur ayant imposé les mains, ils les laissèrent aller» (Actes 13:2, 3). L’assemblée s’était pleinement identifiée à leur mission par le jeûne, la prière, et l’imposition des mains. Je crois que lorsque l’Écriture parle de «jeûne», c’est au sens littéral du mot. On entend souvent dire que c’est au sens moral. Croyez-vous qu’il s’agissait seulement d’un état moral à Antioche ? L’état moral existait bien, et il se manifestait par un véritable jeûne, qui n’avait pas été imposé, d’après ce que nous lisons. J’ai bien peur que ce mot «moral» ne soit notre perte ! Si nous disions que nous allons avoir demain une réunion de jeûne, je me demande combien d’entre nous y assisteraient ? Y serions-nous, vous et moi ? Je n’oublierai jamais ce jour où, à Londres, beaucoup de chers jeunes frères, troublés dans leurs coeurs par le manque de dévouement, et désirant ardemment un renouveau d’intérêt pour l’évangile, proposèrent de se réunir devant Dieu pour observer un jour de jeûne et de prière. Il en fut ainsi, et je passai cette journée avec eux. Ce fut sans doute la plus belle journée que j’aie jamais passé sur la terre !

Josaphat proclama un jeûne, et Juda s’assembla, conscient, je pense, de la gravité des circonstances. D’un commun accord, ils s’assemblèrent pour chercher secours de la part de l’Éternel. Et ils dirent : «Éternel, que devons-nous faire» ? Le coeur de Dieu fut fort réjoui ce jour-là, car Il ne désire rien tant que de voir les siens compter sur Lui et se confier en Lui. «Et Juda s’assembla pour chercher secours de la part de l’Éternel : et on vint aussi de toutes les villes de Juda pour rechercher l’Éternel» (2 Chr. 20:4). Remarquez bien qu’ils vinrent de toutes les villes de Juda pour rechercher l’Éternel. Montrez-moi quelque part un seul frère fidèle, dévoué, plein de zèle et de ferveur : vous verrez qu’il aura une heureuse influence sur ceux qui l’entourent. Josaphat tourna sa face pour rechercher l’Éternel, et alors tout Juda se mit à rechercher l’Éternel. Tel fut l’effet produit ! Nous voyons ici un homme en entraîner beaucoup d’autres, mais vous verrez que Dieu a toujours eu de ses serviteurs dans toute la lignée du témoignage. Il les a préparés. Il leur a communiqué sa pensée, puis Il les a utilisés pour en toucher d’autres. Nous avons donc ici la crainte, le jeûne et la prière — trio invincible, car l’Écriture dit bien : «Deux valent mieux qu’un… et la corde triple ne se rompt pas vite» (Eccl. 4:9-12). Ne négligeons aucune de ces trois choses.

«Et Josaphat se tint debout dans la congrégation de Juda et de Jérusalem, dans la maison de l’Éternel, devant le nouveau parvis ; et il dit : Éternel, Dieu de nos pères ! N’es-tu pas le Dieu qui est dans les cieux, et n’est-ce pas toi qui domines sur tous les royaumes des nations ? Et en ta main est la puissance et la force, et nul ne peut te résister. N’est-ce pas toi, notre Dieu, qui as dépossédé les habitants de ce pays devant ton peuple Israël, et qui l’as donné à toujours à la semence d’Abraham, ton ami» ? (2 Chron. 20:5-7). Josaphat se tourne vers Dieu d’une manière très simple. Oh ! frères bien-aimés ! Saisissez l’occasion de Dieu, appuyez-vous simplement sur Lui. Nous nous appuyons beaucoup trop sur les hommes aujourd’hui, pas assez sur Dieu seul. Cet homme s’appuie sur Dieu en toute confiance, dans sa prière : «N’est-ce pas toi, notre Dieu, qui as dépossédé les habitants de ce pays devant ton peuple Israël, et qui l’as donné à toujours à la semence d’Abraham, ton ami» ? Il saisit admirablement les desseins de Dieu, en se référant à Abraham. Josaphat était plein de hardiesse. Personne n’avait encore jamais dit qu’Abraham était l’ami de Dieu. S’il avait dit que Dieu était l’ami d’Abraham, il n’aurait fait qu’énoncer une vérité bénie, mais affirmer l’inverse, c’était vraiment de la foi.

Mais Josaphat se rappelait qu’au jour où Dieu allait faire pleuvoir du soufre et du feu sur les villes impies de la plaine de Sodome (Genèse 18 et 19), Il avait annoncé son dessein à Abraham. Nous faisons tous part à nos amis de nos pensées et de nos projets. Lorsque Abraham apprit que le jugement de Sodome était imminent, il commença à intercéder pour Lot, croyant établi dans une ville mondaine et inique, et dont la famille s’était gravement compromise avec le monde. Le jugement plane aussi sur la scène de ce monde, et nous devrions remplir ce beau rôle d’intercesseurs pour un monde condamné. Je me demande si le Saint Esprit pourrait écrire de vous et de moi que nous sommes les amis de Dieu ! Ce qui montre qu’Abraham était l’ami de Dieu, c’est que son coeur était entièrement consacré aux intérêts de l’Éternel, et cela se manifestait par son intercession pour le peuple de Dieu. Combien je souhaite, mes chers amis qu’il en soit de même pour vous, pour moi-même, et pour tous les enfants de Dieu !

Josaphat rappelle à Dieu la piété d’Abraham. Il lui dit en quelque sorte : tu avais autrefois un ami ici-bas. Nous disons volontiers que Dieu est notre ami : Alleluia ! Mais Abraham était l’ami de Dieu. Cela est manifeste, car près de deux cents ans plus tard, par la plume de son prophète dans un appel lancé à son peuple, Dieu confirme cette déclaration de Josaphat, disant : «Et toi, Israël, mon serviteur, Jacob, que j’ai choisi, semence d’Abraham mon ami…» (És. 41:8). «Ton ami» dit Josaphat ! Oui, «mon ami» répond Dieu ! C’est la foi qui valut à Abraham ce titre magnifique. «Abraham, notre père, n’a-t-il pas été justifié par des oeuvres, ayant offert son fils Isaac sur l’autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses oeuvres ; et par les oeuvres la foi fut rendue parfaite. Et l’Écriture a été accomplie qui dit : «Et Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté à justice» ; et il a été appelé Ami de Dieu» (Jacques 2:21, 23). Aucun titre terrestre ne peut éclipser cet honneur céleste d’être «l’Ami de Dieu». Que ce soit notre but à tous ! C’est une grande chose d’être un «homme de Dieu», ainsi que «l’ami de Dieu», en un temps de déclin comme le nôtre.

Continuons la prière de Josaphat. Il rappelle à Dieu qu’Il avait donné le pays de la Palestine à son peuple Israël : «Et ils y ont habité, et t’y ont bâti un sanctuaire pour ton nom, disant : s’il nous arrive du mal, épée, jugement, ou peste, ou famine, et que nous nous tenions devant cette maison et devant toi, car ton nom est dans cette maison, et que nous criions à toi à cause de notre angoisse, tu écouteras, et tu sauveras. Et maintenant, voici, les fils d’Ammon et de Moab, et ceux de la montagne de Séhir, chez lesquels tu ne permis pas à Israël d’entrer lorsqu’ils venaient du pays d’Égypte (car ils se détournèrent d’eux, et ne les détruisirent pas), les voici qui nous récompensent en venant pour nous chasser de ton héritage que tu nous as fait posséder. Ô notre Dieu, ne les jugeras-tu pas ? car il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi ! Et tout Juda se tenait devant l’Éternel, avec leurs petits enfants, leurs femmes et leurs fils» (2 Chron. 8:13). La maison de Dieu à Jérusalem était alors le lieu de rassemblement de son peuple, et c’est là qu’on devait prier aux jours difficiles. Maintenant, la Maison de Dieu est l’Assemblée, dont le centre est le nom du Seigneur Jésus Christ. Vous et moi, nous avons aujourd’hui le merveilleux privilège d’apporter devant Dieu tout ce qui le concerne, au nom de son propre Fils bien-aimé, avec l’assurance qu’il nous entendra et nous aidera. Dieu est un Dieu d’encouragement, et ce qu’il prend plaisir à faire pour nos âmes, c’est de nous encourager.

Ah ! mes amis, c’est une chose merveilleuse d’avoir le Nom du Seigneur comme centre de rassemblement, et de goûter la joie du Seigneur au milieu de nous. Pour nous assurer de cela, ce que Dieu veut, c’est la simplicité. Il veut que vous soyez simplement ce que vous êtes. Mais qu’est-ce que vous êtes ? Si vous croyez en Jésus, vous êtes un enfant de Dieu, héritier de la gloire, et vous faites partie du troupeau des sanctifiés. Vous appartenez à notre bien-aimé Seigneur qui est dans les lieux célestes. Vous êtes à Lui et il est à vous. Et tout son coeur, toute sa force et tout ce qu’il est sont à vous, «car lui-même a dit : je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point ; en sorte que, pleins de confiance, nous disions : Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : que me fera l’homme» ? (Héb. 13:5-6). C’est un fait qu’un saint qui marche avec Dieu traverse ce monde de ténèbres tel un ver-luisant éclairant la nuit. En traversant cette scène, on avance avec ce sentiment exaltant de n’avoir aucune puissance si ce n’est celle de Dieu, qui est infinie. Vous possédez toutes les ressources divines, et vous pouvez compter sur elles au jour de la bataille. Quelle chose merveilleuse d’être un saint de Dieu pendant la nuit de l’absence du Christ !

Considérez maintenant les nombreux ennemis de Josaphat, sans perdre de vue qu’ils lui étaient apparentés. Très souvent, nos plus graves difficultés surgissent de nos propres familles selon la chair. Les fils d’Ammon, de Moab et de la Montagne de Séhir, étaient de la famille de Juda selon la chair, en tant que descendants de Lot et d’Ésaü. La difficulté, c’était de savoir comment se conduire avec eux. La prière de Josaphat est touchante : «Il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi» (2 Chron. 20:12). Comme cela est beau : «nos yeux sont sur toi» ! Le Seigneur veuille nous aider, vous et moi, frères bien-aimés, à tourner davantage nos regards vers Lui ! Quels étaient les regards tournés vers Dieu ce jour-là ? «Et tout Juda se tenait devant l’Éternel, avec leurs petits enfants, leurs femmes et leurs fils» (2 Chron. 20:13). Amenez-vous vos enfants à la réunion de prière ? «Oh ! non», dites-vous, «nous les laissons à la maison». Il y avait plus de sagesse au jour de Josaphat. «Mais nous ne pouvons les faire tenir tranquilles». Si cela est vrai, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond à la maison, il y a quelque relâchement. Il n’est pas selon l’ordre divin que les hommes viennent à la réunion, laissant les petits enfants avec leurs femmes à la maison. Mais, direz-vous, il s’agissait d’un temps de crise. D’accord, mais le «toi et ta maison» est un principe capital dans toute l’Écriture, et dans la mesure où nous le négligeons, je crois que nous retenons le bras de Dieu.

«Et l’Esprit de l’Éternel vint, au milieu de la congrégation, sur Jakhaziel, fils de Zacharie, fils de Benaïa, fils de Jehiel, fils de Matthania, lévite entre les fils d’Asaph. Et il dit : Soyez attentifs, vous, tout Juda, et vous, habitants de Jérusalem, et toi, roi Josaphat. Ainsi vous dit l’Éternel : Ne craignez point, et ne soyez point effrayés à cause de cette grande multitude ; car cette guerre n’est pas la vôtre, mais celle de Dieu. Demain, descendez contre eux : voici, ils vont monter par la montée de Tsits, et vous les trouverez au bout de la vallée, devant le désert de Jeruel. Ce n’est point à vous de combattre en cette affaire ; présentez-vous et tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel qui est avec vous. Juda et Jérusalem, ne craignez pas et ne soyez pas effrayés ; demain, sortez à leur rencontre, et l’Éternel sera avec vous» (2 Chron. 20:14-17). Remarquez que Jakhaziel était un lévite, d’entre les fils d’Asaph. Il était chantre. J’aime rencontrer un saint qui chante, un saint que l’on reconnaît à ce qu’il loue constamment le nom de Dieu dans un cantique ! C’est un de ces chantres qui sortit ce jour-là. C’était en quelque sorte, un simple frère de l’assemblée, mais qui était rempli ce jour-là de la pensée de l’Éternel, tandis qu’il proclamait à la congrégation en prière : «Ainsi vous dit l’Éternel : Ne craignez point, et ne soyez point effrayés à cause de cette grande multitude ; car cette guerre n’est pas la vôtre, mais celle de Dieu». Comme c’est beau ! Le travail est de Dieu. Le témoignage tout entier est de Dieu. Or il est très important de laisser Dieu accomplir son propre travail dans sa propre Maison.

Je crois que le secret de beaucoup de nos échecs et de nos défaites, c’est que nous ressemblons plutôt à Uzza (2 Sam. 6:1-8). Nous pensons que Dieu ne peut pas se passer de notre aide, mais cela est faux ! Il sait prendre soin de son Arche à Lui, qui est Christ.

L’essentiel est d’avoir la certitude que Dieu travaille toujours pour la gloire de son Fils bien-aimé. Je pense néanmoins que nous verrions beaucoup plus de preuves de ce travail s’il y avait plus de prière et de jeûne. Lorsque des saints ne sont pas très heureux, ils soupirent. S’ils sont heureux, ils chantent (Jacques 5:13). Si vous marchez avec Dieu, vous prierez avec celui qui est affligé et si vous êtes heureux dans votre âme, vous chanterez avec le frère qui chante. C’est l’Esprit qui produit la joie dans l’âme, et qui s’exprime dans un cantique. Avoir une bonne voix, comme on dit, n’a rien à voir avec cela ! Je me souviens d’un cher frère — un pêcheur — qui se trouvait à l’hôpital d’Édimbourg alors que j’y étais moi-même comme interne en médecine. Il avait la permission de sortir le dimanche matin, pour se réunir avec les frères et se souvenir de la mort du Seigneur. Lorsqu’il revenait, il disait : «Oh ! que c’était beau, la présence du Seigneur…, et les cantiques, c’est si doux !… Vous savez, Docteur, moi, j’ai pas de voix, alors j’peux pas chanter, mais le bruit q’j’fais est quand même de tout mon coeur» ! Son coeur débordait de la grâce du Seigneur. Ah ! mes frères, que le Seigneur nous mette un peu plus à coeur de l’imiter ! Il aime nous entendre chanter.

«Tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel qui est avec vous, Juda et Jérusalem, ne craignez pas et ne soyez pas effrayés ; demain, sortez à leur rencontre, et l’Éternel sera avec vous». Ces paroles durent être bien encourageantes, et bien réconfortantes pour eux en ces jours difficiles. Si le Seigneur est avec nous, tout va bien pour nous. Mais s’Il n’est pas avec nous, c’est quelque chose de terrible. Avoir simplement l’Arche au milieu de nous, comme ce fut le cas pour Israël (1 Sam. 4:1), sans la présence et la puissance de Dieu, cela ne sert à rien. Dieu démasque toujours ce qui n’est que prétention. Il peut prendre soin de son Arche, ou même, s’il le faut, la laisser tomber entre les mains de ses ennemis, pour leur propre malheur ! Dieu veut la vérité, et tout ce que nous avons à faire, c’est d’être ce que nous sommes, c’est-à-dire, avouons-le, rien !

«Et Josaphat s’inclina le visage contre terre, et tout Juda et les habitant de Jérusalem tombèrent sur leurs faces devant l’Éternel, pour adorer l’Éternel» (2 Chron. 20:18). Il y a nettement un pas de plus ici. Le témoignage de Dieu les pousse maintenant, non pas à prier et à jeûner, mais à adorer. Josaphat est un adorateur, et tout Juda avec lui. Le sentiment de la grâce de Dieu répondant à leur cri provoque une réunion d’adoration. C’est quelque chose qui ne s’invente pas, qui ne se prépare pas d’avance ! L’adoration, c’est le débordement d’un coeur rempli du sentiment de ce que Dieu est. Elle ne s’obtient que par la puissance de l’Esprit de Dieu, et à condition que l’âme trouve ses délices en Christ. Lorsque notre âme ne contemple plus que Lui, il y a véritablement adoration.

«Et les lévites d’entre les fils des Kéhatites et d’entre les fils des Corites se levèrent pour louer l’Éternel, le Dieu d’Israël à grande et haute voix. Et ils se levèrent de bonne heure le matin, et sortirent vers le désert de Thekoa ; et comme ils sortaient, Josaphat se tint là et dit : Écoutez-moi, Juda, et vous, habitants de Jérusalem. Croyez à l’Éternel, votre Dieu, et vous serez affermis ; croyez ses prophètes, et vous prospérerez. Et il tint conseil avec le peuple, et il établit des chantres pour l’Éternel, et ceux qui louaient dans la sainte magnificence, et disaient, en sortant devant les troupes équipées : Célébrez l’Éternel, car sa bonté demeure à toujours» (2 Chron. 20:19-21). Maintenant, le chant éclate. Il y a eu le jeûne, la prière et l’adoration, et maintenant c’est le chant ! Tout était très simple, et parfaitement convenable. La foi de Josaphat est en plein exercice lorsqu’il dit : «Croyez à l’Éternel, votre Dieu, et vous serez affermis ; croyez ses prophètes, et vous prospérerez». La confiance en Dieu assurait une pleine délivrance et la foi entonnait son chant de victoire avant même qu’un seul coup eût été porté. «Célébrez l’Éternel, car sa bonté demeure à toujours» : voilà le cri qui retentissait au ciel ! C’était en fait une réunion d’actions de grâces, avant même que la bataille ait commencé.

Les chantres désignés conduisent l’armée, et dès l’instant où le chant commence à monter vers l’Éternel, Celui-ci commence à agir : «Et au moment où ils commençaient le chant de triomphe et la louange, l’Éternel mit des embûches contre les fils d’Ammon et de Moab et ceux de la montagne de Séhir, qui venaient contre Juda, et ils furent battus. Et les fils d’Ammon et de Moab se levèrent contre les habitants de la montagne de Séhir, pour les exterminer et les détruire ; et quand ils en eurent fini avec les habitants de Séhir, ils s’aidèrent l’un l’autre à se détruire. Et Juda vint sur un lieu élevé d’où l’on voyait le désert ; et ils regardèrent du côté de la multitude, et voici, c’étaient des cadavres étendus par terre, et personne n’était échappé» (2 Chron. 20:22-24). Point de bataille, point de combat ! Toutes les difficultés s’évanouissaient, tandis que les ennemis s’entre-détruisaient eux-mêmes. «Et Josaphat et son peuple vinrent pour piller leur butin, et ils trouvèrent parmi eux en abondance des richesses et des cadavres, et des objets précieux, et ils en ramassèrent à ne pouvoir les porter ; et ils furent trois jours à piller le butin, car il était abondant. Et le quatrième jour, ils s’assemblèrent dans la vallée de Beraca, car ils bénirent l’Éternel, c’est pourquoi on a appelé ce lieu-là du nom de la vallée de Beraca, jusqu’à ce jour» (2 Chron. 20:25-26). Quelle victoire ! Leur seul travail avait consisté à piller le butin pendant trois jours, et, le quatrième jour, à se réunir une nouvelle fois pour adorer dans la vallée de Beraca, avant de rentrer chez eux tout joyeux.

Qu’il est beau de voir des saints animés d’un esprit semblable à celui que décrit cette scène ! Cela les amène à se donner corps et âme à l’oeuvre de Dieu, non seulement dans l’évangélisation, mais dans tous les domaines. Le don d’évangéliste est important, mais lorsque l’évangéliste a fait son travail, quel privilège pour tous les saints de prendre soin de ces âmes nouvellement nées, de les nourrir et de les conduire plus avant ! Il en était manifestement ainsi dans l’Église des premiers jours. Chaque serviteur, avec son travail, était intimement associé à l’assemblée. Son coeur était dans l’assemblée, parce que Christ était au milieu d’elle. Inversement, l’assemblée s’intéressait profondément à son travail. Si Dieu vous utilise pour la conversion d’une âme, mon coeur doit s’intéresser à cette personne, la nourrir, et la conduire plus avant.

J’entends souvent des gens qui, sans nier cela, tiennent des propos du genre : «Bien sûr, c’est très bien d’aider, mais comme je ne vois pas ce que je pourrais faire, je trouve cela un peu difficile». Je pense que la difficulté, c’est précisément ce petit mot «Je» ! «Je» est apparemment un tout petit mot, alors qu’en fait, c’est celui qui occupe la plus grande place ! Quelle victoire si nous arrivions à l’éliminer tout à fait et à demander simplement : «Seigneur, que veux-tu que je fasse» ? (Actes 9:6). Tout est là, mon frère ! N’oublions pas que le Seigneur a donné «de l’autorité à ses esclaves, et à chacun son ouvrage», et qu’il a commandé au portier de veiller (Marc 13:34). À chacun d’entre nous, il a confié sa part de service à accomplir pour lui ici-bas.

La victoire de Josaphat fut suivie de beaucoup de louange et de joie (20:26 et suivants). Ce fut un véritable concert de louanges dans la vallée de Beraca — ou «vallée de la bénédiction». Si dans nos coeurs nous sommes fermement décidés aujourd’hui à remporter des victoires pour Christ, nous connaîtrons nous aussi la louange et la joie en voyant des âmes gagnées à Christ. Ce n’est pas tout, car il se peut que nous n’ayons pas toujours le privilège de voir ce fruit de l’évangile. Nous ne sommes pas responsables d’amener le monde entier à Christ, mais je crois que Dieu nous a donné la responsabilité d’apporter Christ au monde entier ! Je répète encore, nous ne sommes pas responsables d’amener tout le monde à Christ, mais je crois que Dieu nous a donné le privilège, aussi bien que la responsabilité d’apporter Christ dans tout le monde ! Comment nous acquittons-nous de cette responsabilité ?

Lorsque le jour de bénédiction et d’actions de grâces fut passé, alors «tous les hommes de Juda et de Jérusalem, et Josaphat à leur tête, s’en retournèrent, revenant à Jérusalem avec joie ; car l’Éternel les avait réjouis au sujet de leurs ennemis. Et ils vinrent à Jérusalem, à la maison de l’Éternel, avec des luths et des harpes et des trompettes» (2 Chron. 20:27-28). Ils reviennent, en quelque sorte, à l’assemblée. Car savez-vous, frères bien-aimés, que tout chrétien devrait faire comme l’abeille ? L’abeille sort, et butine, toute la journée, puis elle revient, chargée, à la ruche. Si vous avez butiné quelque chose, rapportez-le à la ruche. Nous devons aimer l’assemblée, et vivre aussi pour elle, au sens le plus large. Paul parle de «l’amour que vous avez pour tous les saints» (Col. 1:4), pas seulement pour ceux qui nous sont agréables.

Malheureusement, l’assemblée de Dieu est encore sur la terre, et chacun de nous doit vivre sans perdre cela de vue. Vous n’êtes pas l’Assemblée. J’espère que vous êtes bien d’accord là-dessus. Vous qui vous rassemblez dans cette ville au nom du Seigneur Jésus Christ, croyez-vous que vous êtes l’Assemblée ? Certes, vous en faites partie, et, Dieu soit loué, vous êtes réunis sur ce terrain et sur ce fondement, mais n’oublions jamais que nous ne sommes pas toute l’Assemblée. Elle comprend tous les saints de Dieu qui sont sur la terre aujourd’hui. Je n’oublierai jamais ce que notre cher frère, monsieur Darby, dit un jour lors d’une réunion à Torquay, en novembre 1863. Il avait été beaucoup question ce jour-là du fait que nous soyons «le témoignage de Dieu». «Eh ! bien», dit-il, «les frères sont peut-être des témoins de Dieu, mais seulement s’ils gardent la tête basse ; sinon, ils seront des témoins, non pas de Dieu, mais de leur propre folie et de leur faiblesse». Que ces paroles sont salutaires ! Écoutons-les.

Nous avons tendance à être un peu versatiles. Nous avons tous besoin de revenir à l’Écriture. L’Écriture nous corrige, en même temps qu’elle nous dirige. Dieu suppose toujours que nous allons marcher droit. Si ce n’est pas le cas, il intervient par la correction, pour nous aider. Ne croyons pas que nous sommes les seuls hommes et qu’avec nous mourra la sagesse (Job 12:2) ! Il n’en est rien. Dieu nous a donné la lumière et la vérité. Recherchons la grâce d’y répondre en sortant, et en vivant Christ partout où nous allons. Ce qui importe le plus, n’est pas ce que je dis, mais ce que je suis.

À propos de la vérité sur l’assemblée, n’oublions jamais que, bien que nous nous réunissions sur ce terrain-là, nous ne sommes pas l’Assemblée elle-même. Il y a des milliers de saints dans cette ville qui font partie de l’Assemblée de Dieu. Certes ils n’exercent pas leur fonction et ne sont pas en ordre, mais plutôt dans le désordre. Chacun de nous doit s’efforcer de toute son âme de les aider dans l’esprit de Christ, ce que nous ne pouvons faire d’aucune autre manière.

 

5       Chapitre 5    NÉHÉMIE et ses compagnons de travail  — Néhémie 1 à 8

5.1       [Un petit groupe cherchant à plaire au Seigneur]

Frères bien-aimés, je voudrais pendant quelques instants, attirer votre attention sur le chapitre 8 de Néhémie qui nous montre le résultat du dévouement à Dieu. Nous trouvons dans ce chapitre la plus grande bénédiction qu’on puisse imaginer pour une âme. Rien, dans l’histoire du peuple de Dieu d’autrefois, n’offre un tableau aussi admirable de la grâce de Dieu. La bénédiction des fidèles semble y être encore plus merveilleuse qu’aux jours glorieux du roi Salomon. Si j’en parle, c’est afin de pouvoir ensemble fortifier nos coeurs dans le Seigneur, et nous demander en quoi nos circonstances sont comparables à celles du résidu du temps de Néhémie. Ceux dont parle ce chapitre formaient un petit groupe sortant tout juste de captivité. Leur ferme intention était de plaire au Seigneur. Quel objectif béni pour toute âme, bien-aimés !

Jetez un coup d’oeil à 2 Chroniques 1:1. Vous y trouverez quelque chose de très important. À propos du roi Salomon, il est dit que «l’Éternel, son Dieu, fut avec lui», et aux jours de la Pentecôte, ce fait fut vérifié en ce qui concerne l’Assemblée. Il fut reconnu que Dieu était au milieu des siens réunis. Il prouva aussi sa présence en jugeant le mal qui apparaissait parmi eux. Une sainte crainte gouvernait les coeurs des hommes : «Et beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient parmi le peuple, par les mains des apôtres ; et ils étaient tous d’un commun accord aux portiques de Salomon ; mais d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux, mais le peuple les louait hautement ; et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur…» (Actes 5:12-14). Au verset 11, nous lisons aussi : «Et une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses», si bien qu’il était connu dans le monde que Dieu était avec ses saints, et parmi les saints eux-mêmes régnait une crainte salutaire de ce qui ne pouvait plaire à Celui qu’ils savaient être avec eux.

Mais les choses avaient changé depuis les jours du roi Salomon. Tous s’étaient détournés, et les fils d’Israël avaient été emmenés en captivité. Dans leur exil, Dieu leur parla par le moyen de ses serviteurs, et Néhémie nous apprend que quelques-uns avaient répondu à l’appel du prophète. En 2 Chroniques 36:22-23, nous lisons que Cyrus, roi de Perse, ratifia l’avertissement du prophète Jérémie et fit aux captifs de Babylone la proclamation suivante : «Ainsi dit Cyrus, rois de Perse : l’Éternel, le Dieu des cieux, m’a donné tous les royaumes de la terre, et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Juda. Qui d’entre vous, quel qu’il soit, est de son peuple, — que l’Éternel, son Dieu, soit avec lui, et qu’il monte» ! Ce qui avait été la part du roi d’Israël en un temps de magnificence et de puissance, nous le trouvons ici promis à celui qui, en un temps de ruine, s’était proposé de plaire à l’Éternel son Dieu et d’obéir à sa Parole. Quel encouragement merveilleux ! Une petite troupe était donc montée, selon le décret de Cyrus, et, en Néhémie 3:1, nous les voyons au travail sur la terre de Juda.

5.2       [Chapitres 1 et 2]

Dans le livre d’Esdras, nous avons le récit de la construction de la maison. L’édification de l’autel et la construction de la maison au nom de l’Éternel peuvent être considérées comme une image de ce que Dieu a fait, ces derniers temps, par le moyen d’un résidu des siens. La puissance du nom de Jésus a été revendiquée comme centre de rassemblement choisi par Dieu pour ses saints. Nous sommes réunis par l’Esprit de Dieu, aujourd’hui dans ce monde, autour de ce centre divin qu’est le nom du Seigneur Jésus Christ. Le nom de Jésus est pour nous ce que furent l’autel et le temple pour les captifs de Juda de retour à Jérusalem. Il suffit de lire Néhémie 1 pour voir parmi ceux-ci un exemple de profond dévouement pour Dieu. La maison était construite, et l’autel était là, mais l’état du résidu qui cherchait à accomplir l’oeuvre de l’Éternel était loin de ce qu’il aurait dû être. Ce pieux serviteur de Dieu le voyait bien, et que fit-il ? Il se mit à prier ! «Je te prie, que ton oreille soit attentive et que tes yeux soient ouverts, pour écouter la prière de ton serviteur que je fais aujourd’hui devant toi, jour et nuit, pour les fils d’Israël tes serviteurs, et la confession que je fais touchant les péchés des fils d’Israël, que nous avons commis contre toi… Et ils sont tes serviteurs et ton peuple, que tu as rachetés par ta grande puissance…» (1:6-10)

Quelle bénédiction, bien-aimés, quand, par l’Esprit, nos coeurs se posent cette question : «Y a-t-il parmi nous ce qui satisfait le coeur de Dieu ?», et plus spécialement, lorsque le résultat d’un tel exercice de coeur est de nous faire tomber à genoux devant Dieu, ayant horreur de nous-mêmes ! L’état du résidu exerçait profondément Néhémie, et la prière était la ressource que prisait son âme. Il y a dans tout cela quelque chose de personnel, un enseignement pour chacun de nous individuellement, frères bien-aimés. Si l’état du résidu du peuple devait être examiné, le seul moyen était que chacun se jugeât soi-même ; et si nous-mêmes devons être l’objet d’un réveil collectif, il nous faut commencer chacun chez soi. C’est ce que fit Néhémie : «… Je m’assis et je pleurai ; et je menai deuil plusieurs jours, et je jeûnai, et je priai le Dieu des cieux…» (1:4). Sa douleur était réelle, profonde ; son visage trahissait la souffrance qui accablait son esprit. Le roi le remarqua, car Néhémie était triste en sa présence, et il lui dit : «Pourquoi as-tu mauvais visage, et pourtant tu n’es pas malade ? Cela n’est rien que de la tristesse de coeur» (2:2). Alors Néhémie dit au roi la cause de sa tristesse : «… la ville, le lieu des sépulcres de mes pères, est dévastée, et ses portes sont consumées par le feu» (2:3). Le roi l’encouragea à lui faire connaître ses désirs. Mais que fait d’abord Néhémie ? Quelque chose de très beau : «Et je priai le Dieu des cieux» (2:5). Lorsqu’il y a un réel désir de faire la volonté de Dieu, on se tourne beaucoup vers Lui, afin de connaître le désir de son coeur à l’égard de son serviteur. Après avoir prié, Néhémie adressa au roi sa requête. Il lui demanda la permission de s’absenter pendant douze ans, afin d’accomplir l’oeuvre de Dieu et de reconstruire les lieux dévastés de Jérusalem. Il avait prié Dieu avant d’exposer sa requête, et le désir de son coeur fut exaucé ! Le roi lui donna aussi des lettres pour le gouverneur, ainsi qu’une escorte pour l’accompagner.

Ainsi pourvu, Néhémie arriva à Jérusalem. Mais hélas, il n’y trouva personne qui s’intéressât au travail qu’il cherchait à faire. Or, seul, que pouvait-il faire ? Eh bien, il alla de nuit considérer la ville, se rendant compte lui-même de la situation. Puis il essaya d’y intéresser les fils de la captivité : «Venez leur dit-il, et bâtissons la muraille de Jérusalem, afin que nous ne soyons plus dans l’opprobre» (2:17). Il leur parla ensuite de la bonté de Dieu, et de ce que lui avait dit le roi. Et quel effet cela produisit-il sur eux ? «Levons-nous et bâtissons», dirent-ils, «et ils fortifièrent leurs mains pour bien faire (2:18). Tel fut l’effet produit par la piété d’un seul ! L’influence d’un tel homme sur son entourage est extraordinaire. Le Seigneur veuille réveiller chacun de nos coeurs, afin qu’une consécration aussi authentique agisse au milieu de nous.

Mais à peine ce réel dévouement se manifeste-t-il que surgit l’opposition. Qu’est-ce qui peut bien correspondre aujourd’hui à ce dévouement de Néhémie, sinon des âmes se trouvant là où le Saint Esprit veut les réunir, et, une fois là, des coeurs répondant aux droits de Celui au nom duquel ils sont réunis ? Bien-aimés, si c’est à cela que vous vous appliquez, attendez-vous à de l’opposition. Satan se dresse toujours contre ce qui est véritablement pour Dieu. Néhémie et ses frères ne tardèrent pas à s’en apercevoir. Ils furent abreuvés de mépris par Sanballat le Horonite, Tobija le serviteur ammonite, et Guéshem l’Arabe. Comment auriez-vous réagi ? Voyez ce que Néhémie répondit à ses adversaires : «Le Dieu des cieux, lui, nous fera prospérer, et nous, ses serviteurs, nous nous lèverons et nous bâtirons ; mais vous, vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir à Jérusalem» (2:20). Néhémie savait qui l’envoyait faire ce travail, et il avait l’intention de le faire selon la volonté de Dieu. Il adopta une attitude très exclusive. Quel exemple il est pour nous ! Je vous exhorte — et je m’exhorte moi-même — à chercher à accomplir ainsi, sans réserve, la volonté de Dieu. Nous devons chercher à Lui plaire, et Lui nous fera prospérer.

5.3       [Chapitre 3]

Le troisième chapitre de ce livre est très intéressant. Il nous montre comment Dieu observe et enregistre toutes nos actions. Il est parlé de chaque équipe de travailleurs, et de ce que chacun fit individuellement. Remarquez ce qui est dit des Thekohites : ils étaient si dévoués que lorsqu’ils eurent fini leur propre travail, ils s’efforçèrent d’être utiles ailleurs et réparèrent «une seconde portion» (3:27). Mais il est dit autre chose encore de certains Thekohites — car Dieu remarque tout : «mais les principaux d’entre eux ne plièrent pas leur cou au service de leur Seigneur» (3:5). Je considère ce chapitre comme une page type du livre de l’éternité ! Il montre à quel point Dieu prend note des actions de ses saints. C’est dans l’Ancien Testament, la réplique de ce que nous trouvons dans le Nouveau Testament en Romains 16. Là encore, les oeuvres des saints sont consignées et appréciées d’une manière divine. Phoebé est présentée comme une «servante de l’assemblée» qui aussi «a été en aide à plusieurs». Telle était la lettre de recommandation que l’apôtre pouvait envoyer avec elle lorsqu’elle se rendait dans un autre rassemblement de saints. Hélas, il n’est pas fréquent que nous puissions écrire de telles lettres nous concernant les uns les autres. Mais, dira-t-on, toutes les lettres de recommandations ne sont-elles pas semblables ? Celles de l’apôtre ne l’étaient pas, si l’on en juge d’après Romains 16. Il prend soin de reconnaître à chacun le mérite de son propre service. De même, en Néhémie 3, l’Esprit de Dieu remarque le travail particulier que chaque groupe, et même chaque personne, faisait au service de l’Éternel à ce moment-là.

Voyez le verset 10 où est rappelé le travail d’une seule personne : «Et à côté d’eux répara Jedaïa, fils de Harumaph, savoir vis-à-vis de sa maison». Cela est très instructif. Le Seigneur voit et sait ce qu’il y a à faire «vis-à-vis de nos propres maisons». Il prend connaissance du travail des saints même lorsqu’ils accomplissent ce qu’ils jugent être un très petit service. Le travail que l’on fait chez soi n’est pas spectaculaire, mais Dieu le voit très bien. C’est un service très important. Peut-être ne pouvez-vous prier dans l’assemblée, celle-ci n’étant pas l’endroit assigné par Dieu à certains pour le faire. Mais y a-t-il chez vous des inconvertis ? Cherchez-vous à gagner leur âme à Christ ? Vous efforcez-vous de vivre de telle sorte que Christ soit honoré à leurs yeux ? Voilà un service très agréable à Dieu, et, dans son Livre, vous verrez qu’il en est fait mention tout particulièrement : «À côté d’eux répara Jedaïa… vis-à-vis de sa maison».

Mais peut-être y en a-t-il qui n’ont pas de domicile personnel, et qui logent chez d’autres ? Le service d’une telle personne est mentionné au verset 30 : «Après eux, Meshullam, fils de Bérékia, répara vis-à-vis de sa demeure». C’est là qu’il faisait sa part du travail, dont il est aussi tenu compte. Le service des soeurs n’est pas oublié non plus : «Et à côté d’eux réparèrent Shallum, fils d’Hallokhesh, chef de la moitié du district de Jérusalem, lui et ses filles» (Néhémie 3:12). Quel tableau touchant ! Voilà une famille véritablement unie, dont les filles participaient de tout leur coeur, avec leur père à l’oeuvre du Seigneur ! Mais tous ne travaillaient pas de la même manière, et cela aussi le Seigneur le remarque : «Baruc, fils de Zabbaï, répara avec zèle une autre portion» (3:20). Nous avons bien de quoi travailler avec zèle, car quel est Celui que nous sommes appelés à servir ? Le Christ de Dieu ! Et l’édifice dont nous sommes les pierres vivantes est l’habitation de Dieu par l’Esprit. Une cité terrestre, tel était l’objet des désirs du résidu aux jours de Néhémie, mais combien plus beau est celui que Dieu nous a donné — la personne de Christ ! Nous sommes des pierres vivantes du temple qu’Il édifie.

Quels motifs nous avons d’être zélés, bien-aimés ! Notre vocation est céleste, mais tout comme les captifs de retour à Jérusalem dont nous lisons l’histoire, nous sommes sortis de Babylone, c’est-à-dire de ce système qui atteindra son apogée dans la Babylone spirituelle d’Apocalypse 18. Eux étaient sortis de la Babylone terrestre. Nous-mêmes ne sortons pas de la Maison de Dieu. Ce serait une erreur de dire cela, car nous faisons partie de cette Maison, mais nous devons nous séparer de ce qui n’est pas selon la Parole de Dieu, c’est-à-dire du mal qui s’est insinué dans la Maison de Dieu. Nous sommes-nous tous engagés de coeur à le faire ? Si nous sommes fidèles en cela, attendons-nous à rencontrer l’opposition, comme à être aussi les cibles de la moquerie et de la colère, ce qui fut le cas pour le résidu d’Israël.

5.4       [Chapitre 4]

«Et il arriva, que lorsque Sanballat apprit que nous bâtissions la muraille, il se mit en colère et fut extrêmement irrité, et il se moqua des Juifs. Et… il dit : Que font ces faibles Juifs ? Les laissera-t-on faire ?…» (4:1-2). Mais ce n’est pas tout. Tobija, l’Ammonite, entendit ce que disait Sanballat et tint à son tour des propos méprisants : «Au reste, pour ce que ceux-ci bâtissent, si un renard y montait, il ferait crouler leur muraille de pierres…» (4:3). C’est ainsi que le travail de ces dévoués serviteurs fut méprisé de toute part. Sanballat se moquait d’eux, et Tobija considérait leur travail comme méprisable. N’y a-t-il pas aujourd’hui des Sanballat et des Tobija qui parlent de la même manière de la vérité pour laquelle nous combattons ? Il s’en trouve hélas, parmi les enfant de Dieu, qui, faute de savoir ce que le Seigneur, par son Esprit, accomplit en ces temps de la fin, s’opposent de toutes leurs forces à sa vérité, après avoir dit de nous : «leur travail sera réduit à néant» ! Eh bien, apprenons de ces captifs d’Israël comment il convient de répondre à ces moqueries et à ce mépris : «Écoute, ô notre Dieu, car nous sommes méprisés» (4:4). Ils disaient à Dieu qu’ils étaient méprisés, se contentant de s’en remettre à Lui pour les défendre ! Ils croyaient qu’Il prendrait soin de son oeuvre et qu’Il les justifierait.

Plus loin, nous lisons que «le peuple avait le coeur au travail». Peut-être avons-nous parfois le coeur au travail, mais nous rassemblons-nous dans le but de prier ensemble pour ce travail, comme le faisaient Néhémie et son peuple ? C’est ainsi seulement que nous pouvons recevoir la force de persévérer à la gloire de Dieu. Si nous n’exprimons pas plus notre dépendance de Dieu, le Seigneur nous dispersera, bien-aimés. La prière était toujours la ressource des captifs du temps de Néhémie, et elle devrait nous caractériser bien plus encore. Plus l’hostilité contre ces serviteurs de l’Éternel grandissait, plus il est parlé de leur inébranlable confiance en Dieu. «Et nous priâmes notre Dieu, et nous établîmes une garde contre eux, jour et nuit, à cause d’eux» (4:9). Ils priaient, veillaient, et travaillaient de tout leur coeur. Leur zèle était absolu. Ah ! mes amis, Dieu veuille que ces qualités nous caractérisent toujours plus !

Mais tout n’était pas brillant. Ceux qui travaillaient commençaient à donner des signes de défaillance. «Et Juda dit : Les forces des porteurs de fardeaux faiblissent, et il y a beaucoup de décombres ; nous ne pouvons bâtir la muraille» (4:10). C’est le commencement d’une faiblesse venue de l’intérieur. Jusque-là, ce qui les empêchait de réussir était venu de l’extérieur, mais maintenant le découragement apparaît chez ceux qui travaillent. Il y en avait pourtant un, parmi eux, qui était zélé et à la hauteur des circonstances. Voyons comment il agissait : «Et j’établis des postes dans les endroits bas, dans l’espace derrière la muraille, en des lieux découverts, et je plaçai le peuple par familles avec leurs épées, leurs piques et leurs arcs. Et je regardai et je me levai, et je dis aux nobles et aux chefs, et au reste du peuple : Ne les craignez pas ; souvenez-vous du Seigneur, qui est grand et terrible, et combattez pour vos frères, pour vos fils et pour vos filles, pour vos femmes et pour vos maisons» (4:13-14). Et quel effet produisirent ces paroles de Néhémie ? «Et quand nos ennemis apprirent que nous étions informés, et que Dieu avait dissipé leur conseil, il arriva que nous retournâmes tous à la muraille, chacun à son travail» (4:15). Bienheureux effet ! Leurs coeurs se tournèrent vers Dieu lorsqu’ils sentirent leur faiblesse, aussi furent-ils fortifiés pour continuer à travailler. Ils comptaient sur le Dieu grand et terrible qui annule le travail et le conseil des moqueurs ; et le porteur de fardeau qui perdait courage se remettait vaillamment à la tâche !

Mais ces ouvriers étaient des sentinelles autant que des bâtisseurs, comme le montre le verset 16 : «Et dès ce jour-là, la moitié de mes jeunes hommes travaillait à l’oeuvre, et la moitié tenait les piques et les boucliers, et les arcs, et les cuirasses ; … Ceux qui bâtissaient la muraille… faisaient le travail d’une main, et, de l’autre main, tenaient une arme. Et ceux qui bâtissaient avaient chacun leur épée ceinte sur leurs reins et bâtissaient …» L’épée et la truelle sont tout aussi utiles aujourd’hui qu’alors. Ensuite, au verset 23, ils semblent avoir atteint le sommet du dévouement : «Et ni moi, ni mes frères, ni mes jeunes hommes, ni les hommes de la garde qui me suivaient, nous n’ôtâmes nos vêtements».

5.5       [Chapitre 5]

Passons rapidement sur le chapitre 5. Le trouble qui régnait au-dedans se manifeste maintenant au-dehors. C’est quelque chose de bien triste lorsqu’il y a des querelles parmi nous ! Tout moyen est bon pour Satan lorsqu’il s’agit de faire obstacle à l’oeuvre de Dieu. Sa plus grande victoire est de semer la discorde au sein du peuple de Dieu. Le verset 15 nous apprend ce qui avait toujours préservé du mal l’âme de Néhémie : «Mais moi, je n’ai pas fait ainsi, à cause de la crainte de Dieu». Tel était son en la présence de Dieu.

5.6       [Chapitre 6]

Au chapitre 6, nous voyons l’ennemi revenir résolument à la charge. S’il n’a pas réussi en attaquant du dehors les fils de la captivité, et si les difficultés du dedans sont réglées, il essayera désormais de rendre le résidu moins exclusif : «Sanballat et Guéshem m’envoyèrent dire : Viens et rencontrons-nous ensemble dans les villages de la vallée d’Ono. Mais ils pensaient à me faire du mal» (6:2). C’est toujours le même appel à collaborer : «Pourquoi être si étroits ? Pourquoi ne pas s’unir et travailler ensemble pour le Seigneur ?» Bien-aimés, Néhémie nous enseigne, tout comme Jérémie, la manière de répondre à de telles avances. Dieu, dans sa grâce, nous a appelés à sortir du mal qui s’est introduit dans son Église, et nous devons veiller à ne pas minimiser aux yeux des autres — comme à ne pas cesser d’apprécier nous-mêmes, dans nos âmes — la distance qui sépare le terrain sur lequel nous sommes de celui d’où nous sommes sortis. Il y a de bien-aimés enfants de Dieu là où nous avons été nous-mêmes, mais le véritable amour nous fera marcher à la lumière que nous avons reçue, afin qu’eux aussi puissent apprendre la vérité, ainsi qu’à l’aimer et à lui obéir.

Écoutez ce que dit Néhémie aux messagers de Sanballat et de Guéshem : «Je fais un grand travail et je ne puis descendre. Pourquoi le travail cesserait-il pendant que je le quitterais et que je descendrais vers vous» ? (6:3). Quelle belle réponse ! Soyons certains que si nous quittons pratiquement le terrain de cette complète séparation à laquelle notre Seigneur nous a appelés, on verra notre force nous quitter. Le moindre écart engendre la faiblesse. On entend dire dans le monde : «Rien ne réussit comme le succès», mais, chez les croyants, c’est «rien ne réussit comme la fidélité». «Pourquoi le travail cesserait-il pendant que je le quitterais et que je descendrais vers vous» ? dit Néhémie. Et Jérémie prononça cette autre parole très simple et très utile, à laquelle il est bon que chacun d’entre nous prête l’oreille : «Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche. Qu’ils reviennent vers toi, mais toi ne retourne pas vers eux» (Jér. 15:19). Celui qui est séparé doit dire : «Je suis ici pour Dieu, et je dois rester avec Dieu». Mais Néhémie a beau refuser cette proposition, Satan revient encore à la charge. Tobija, Sanballat et d’autres cherchent à effrayer Néhémie qui a de nouveau recours à la prière. «Et la muraille fut achevée… en cinquante deux jours. Et il arriva que, lorsque tous nos ennemis l’apprirent, toutes les nations qui nous environnaient craignirent et furent fort abaissées à leurs propres yeux, et elles reconnurent que cette oeuvre avait été faite par notre Dieu».

5.7       [Chapitre 7]

Au chapitre 7, verset 2, nous apprenons que Hanani et Hanania furent chargés du gouvernement de Jérusalem. Quelque chose de très beau nous est dit de Hanania : «C’était un homme fidèle, et il craignait Dieu plus que beaucoup d’autres». Qu’il est beau de pouvoir dire cela d’un frère dans le Seigneur ! Puissions-nous mériter une telle appréciation ! Efforçons-nous de vivre de manière à ce que cela puisse être dit de nous en vérité.

5.8       [Chapitre 8]

Le chapitre 8 met l’accent sur deux choses : un amour et une intelligence de la Parole de Dieu toujours plus profonds : «Les lévites faisaient comprendre la loi au peuple ; et le peuple se tenait à sa place. Et ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens et le faisaient comprendre lorsqu’on lisait… Car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la loi» (8:7-9). Ah ! La Parole agit puissamment, ce jour-là, sur les coeurs et les consciences du peuple ! Et quel fut le résultat de tout ce travail d’âme ? La bénédiction, bien sûr ! «Et Néhémie… et Esdras, le sacrificateur, le scribe, et les lévites qui faisaient comprendre au peuple ce qu’on lisait, dirent à tout le peuple… ne menez pas deuil et ne pleurez pas ! … Et ne vous affligez pas, car la joie de l’Éternel est votre force». Et le verset 12 nous dit qu’ils firent «de grandes réjouissances, car ils avaient compris les paroles qu’on leur avait fait connaître». Ils pleuraient, conscients de leur grande faiblesse, toutefois la joie remplissait leurs coeurs parce que Dieu était leur force. Il est bon de sentir notre faiblesse, et de la reconnaître, mais quel sujet de joie lorsque nous apprenons que la force du Seigneur est la nôtre ! La joie du Seigneur doit être notre soutien, car alors nous avons de la force envers et contre toutes les circonstances. Nous devrions, individuellement, être assez heureux et assez sûrs de notre position pour pouvoir en faire profiter les autres. Des fleuves de bénédiction devraient découler de nous. Nous devrions être une source de rafraîchissement pour tous ceux dont le chemin croise le nôtre.

Je crois que ce nous avons appris, au fil de notre lecture du livre de Néhémie, c’est que plus les ténèbres s’épaississent, plus grande est la bénédiction de l’âme qui est fidèle à Dieu. C’est ce que confirme 2 Chroniques 30:26 où nous lisons à propos de la Pâque célébrée par Ézéchias, qu’«il y eut une grande joie», telle que «rien de semblable n’avait eu lieu» depuis les jours de Salomon. Puis, au chapitre 35, verset 18, à propos de la Pâque célébrée par Josias, il est écrit qu’on n’en avait point célébré de semblable depuis les jours de Samuel. Mais qu’est-il dit de la fête que ceux de la captivité célèbrent, aux jours de Néhémie, lorsque la muraille de la ville fut achevée ? Elle surpassa toutes les autres «depuis les jours de Josué, fils de Nun, jusqu’à ce jour-là. Et il y eut une très grande joie». Il n’y avait pas eu de fête des Tabernacles depuis la première que les fils d’Israël avaient célébrée, lorsqu’ils étaient entrés dans le pays. Ce fut le moment le plus beau de toute l’histoire de l’ancien peuple de Dieu, pour celui qui était fidèle à Dieu, bien que les ténèbres alentours fussent plus profondes qu’à aucun autre moment de cette histoire. Ainsi, quelles que soient les difficultés, il y a, pour le croyant qui veut faire la volonté de Dieu, une joie tout aussi profonde aux jours de déclin qu’aux premiers jours, lorsque tout était comme Dieu l’a établi.

Quelle consolation pour nous ! Que rien, donc, ne nous retienne ! Car si nous faisons de Christ notre but, et que nous ayons «le coeur au travail», notre joie et notre bénédiction seront aussi grandes que celles des saints de la Pentecôte, lorsque tous furent remplis de l’Esprit Saint et que la joie d’un amour sans mélange était la part de chacun.

 

 

6       Chapitre 6    Daniel, ou la piété en des jours difficiles    Daniel 1

Il y a un grand profit à tirer de l’étude de la vie de Daniel. Ce n’est pas sur Daniel en tant que prophète, mais sur Daniel en tant que saint et serviteur de Dieu, que je désire attirer votre attention. Vous et moi, nous ne sommes pas des prophètes, mais nous sommes tous des saints. Daniel était serviteur, et, dans sa grâce infinie, Dieu nous a donné à nous aussi le privilège d’être ses serviteurs. Ce livre met en évidence les traits moraux qui devaient toujours caractériser le serviteur en un temps de ruine et de confusion parmi le peuple de Dieu.

Tout nous rappelle constamment l’état de ruine et de délabrement de l’Église. Cela est si évident que bien des coeurs ont été tentés de tout abandonner. Cher frère, vous pouvez être un Daniel en ces temps de confusion et de ruine, si seulement vous êtes, comme lui, plein de foi et bien déterminé. Dix choses me frappent particulièrement dans l’histoire de Daniel.

6.1       Un homme séparé

La ruine, au temps de Daniel, était à son comble. Le peuple de Dieu était en captivité. La Maison de Dieu était détruite, et ses ustensiles ornaient les temples d’idoles de Babylone. Daniel et ses amis étaient captifs au palais de Nebucadnetsar, monarque impie qui ne se souciait aucunement de Dieu ni de son peuple. Le roi avait choisi un certain nombre de ces captifs, d’ascendance royale et noble. «Et le roi dit à Ashpenaz, chef de ses eunuques, d’amener d’entre les fils d’Israël, et de la semence royale et d’entre les nobles, des jeunes gens en qui il n’y eût aucun défaut, et beaux de visage, et instruits en toute sagesse, et possédant des connaissances, et entendus en science, et qui fussent capables de se tenir dans le palais du roi, — et de leur enseigner les lettres et la langue des Chaldéens. Et le roi leur assigna, pour chaque jour, une portion fixe des mets délicats du roi et du vin qu’il buvait, pour les élever pendant trois ans, à la fin desquels ils se tiendraient devant le roi. Et parmi eux, il y avait d’entre les fils de Juda, Daniel, Hanania, Mishaël, et Azaria…» (1:3-6). Ils devaient suivre pendant trois ans tout un cycle d’études auprès des sages de Babylone et vivre, pendant toute cette formation mondaine, dans un milieu idolâtre où ils seraient exposés à d’immenses tentations. Personne n’est dispensé d’être tenté, mais je pense que Daniel et ses compagnons d’études furent soumis à une tentation particulière, celle d’abandonner leur foi et leur nazaréat.

Or, frères bien-aimés, c’est par cette première résolution que prit Daniel que nous devons commencer : «Daniel arrêta dans son coeur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait ; et il demanda au prince des eunuques de lui permettre de ne pas se souiller» (Dan. 1:8). Daniel arrêta dans son coeur. Il est beau de savoir prendre de fermes résolutions. Je dirai même que s’il n’en est pas ainsi, vous êtes inutiles et ne servirez jamais à rien. Barnabas, lors de sa visite aux jeunes convertis d’Antioche, «les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur coeur» (Actes 11:23). Paul pouvait dire à Timothée : «tu as pleinement compris… mon but constant» (2 Tim. 3:10). Je cherche à encourager les jeunes : Soyez des hommes et des femmes qui arrêtent dans leur coeur ! Daniel, donc, «arrêta dans son coeur qu’il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu’il buvait». Cela veut dire en clair qu’il était un homme séparé, faisant abnégation de lui-même et obéissant.

Il ne fait aucun doute que cet homme avait appris à lire les Écritures. Il savait que les mets du roi avaient été offerts aux idoles, de même qu’il connaissait la pensée de Dieu touchant la graisse et le sang : «Parle aux fils d’Israël, en disant : Vous ne mangerez aucune graisse de boeuf ou de mouton ou de chèvre. La graisse d’un corps mort ou la graisse d’une bête déchirée pourra être employée à tout usage, mais vous n’en mangerez point, car quiconque mangera de la graisse d’une bête dont on présente à l’Éternel un sacrifice fait par feu, l’âme qui en aura mangé sera retranchée de ses peuples. Et vous ne mangerez aucun sang, dans aucune de vos habitations, soit d’oiseaux, soit de bétail. Toute âme qui aura mangé de quelque sang que ce soit, cette âme-là sera retranchée de ses peuples» (Lév. 7:23-27).

En outre, il avait lu le chapitre 6 des Nombres où il avait appris qu’il y avait là pour lui, en ces temps difficiles, une occasion d’être un nazaréen, en se consacrant totalement à Dieu. Pour accéder à ce privilège, il refusa le vin et les mets du roi, faisant abnégation de lui-même. Il avait sûrement étudié de près les chapitres 11 et 20 du Lévitique. Savez-vous que nous sommes faits de ce dont nous nous nourrissons ? Et je ne parle pas seulement des aliments du corps, mais de ce dont l’âme est occupée. La première chose que je remarque, c’est que Daniel refuse entièrement ce qu’il aurait accepté naturellement avec plaisir. Je suis persuadé que Satan lui disait : «Il est parfaitement inutile que tu t’engages à être nazaréen en ce temps de ruine ; tu es à Babylone, fais ce qui se fait à Babylone». J’ai arrêté quelque chose dans mon coeur, répondit Daniel, et il tint ferme.

Après avoir refusé les mets du roi, Daniel choisit des légumes et de l’eau, ce qui lui est accordé. Son exemple enhardit ses compagnons, qui se joignent à lui. Et nous voyons que Dieu les bénit : «Et à ces jeunes gens, aux quatre, Dieu donna de la science et de l’instruction dans toute la sagesse ; et Daniel avait de l’intelligence en toute vision et dans les songes» (Dan 1:17). Leur éducation vient de Dieu.

6.2       Un homme éclairé

«Et à la fin des jours où le roi avait dit de les amener, le prince des eunuques les amena devant Nebucadnetsar ; et le roi parla avec eux, et entre eux tous il n’en fut trouvé aucun comme Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria ; et ils se tinrent devant le roi. Et dans toutes les choses qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, au sujet desquelles le roi les interrogea, il les trouva dix fois supérieurs à tous les devins et enchanteurs qui étaient dans tout son royaume» (Dan. 1:18-20). Dès l’instant où vous arrêtez dans votre coeur de suivre vraiment le Seigneur, il est merveilleux de voir quelle lumière Il vous donne. Sagesse et connaissance vous seront accordées en abondance, car vous serez «remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle… croissant par la connaissance de Dieu» (Col 1:9-10). «Daniel avait de l’intelligence en toute vision et dans les songes» (1:17), et au bout de ses trois années d’études, il fut mis à l’épreuve. Le jour de l’examen arriva, et ces quatre jeunes gens sortirent les premiers de toute leur promotion ! Lorsqu’ils parurent devant le roi, celui-ci s’entretint avec eux. Apparemment, c’est un véritable examen qu’ils durent passer devant le roi.

Je crois que nous nous trouvons confrontés à des examens au moment où peut-être nous nous y attendons le moins. Alors est révélé l’état de notre coeur, et ce dont nous avons été occupés. Le rang obtenu par ces étudiants captifs est un grand encouragement. Le monde est devant vous, et je sais très bien comme il est tentant pour de jeunes chrétiens et chrétiennes de se conformer à lui. Ils pensent parfois que cela est nécessaire pour réussir dans leurs affaires. Pour moi, c’est très beau de voir que ce sont les plus pieux de tous qui se classèrent le mieux à la cour de Babylone. Cela est indéniable, puisque «dans toutes les choses qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, au sujet desquelles le roi les interrogea, il les trouva dix fois supérieurs à tous les devins et enchanteurs qui étaient dans tout son royaume» (Dan. 1:20). Montrez-moi un saint vraiment pieux, et vous verrez qu’à la longue il se révèlera dix fois meilleur que l’homme du monde le plus instruit, parce qu’il possède la lumière divine.

6.3       Un homme de prière

Arrivés au chapitre 2, nous trouvons Daniel dans une situation très difficile. Le roi avait demandé la chose la plus invraisemblable. Il avait sommé ses «sages» de lui indiquer et d’interpréter un songe depuis longtemps oublié, qui remontait manifestement à plusieurs années (Dan. 2:1). Tous ces «sages» devaient être mis en pièces, s’ils ne pouvaient faire connaître le songe ! «Les Chaldéens répondirent devant le roi et dirent : Il n’existe pas un homme sur la terre qui puisse indiquer la chose que le roi demande ; c’est pourquoi aucun roi, quelque grand et puissant qu’il fût, n’a demandé chose pareille d’aucun devin, ou enchanteur, ou Chaldéen ; et la chose que le roi demande est difficile, et il n’existe personne qui puisse l’indiquer devant le roi, excepté les dieux, dont la demeure n’est pas avec la chair. À cause de cela, le roi s’irrita et se mit dans une très grande colère, et commanda de détruire tous les sages de Babylone. Et un décret fut promulgué portant que les sages fussent tués ; et on chercha Daniel et ses compagnons, pour les tuer» (Dan. 1:10-13). À moins de vaincre cette difficulté, il n’y avait pas d’autre issue pour eux que la mort par l’épée. Alors se produit quelque chose de très beau. Daniel demande au roi de lui accorder du temps, et à Dieu de l’éclairer. «Et Daniel entra et demanda au roi de lui accorder du temps pour indiquer au roi l’interprétation. Alors Daniel s’en alla à sa maison et fit connaître la chose à Hanania, Mishaël et Azaria, ses compagnons, pour implorer, de la part du Dieu des cieux, ses compassions au sujet de ce secret, afin que Daniel et ses compagnons ne fussent pas détruits avec le reste des sages de Babylone» (1:16-18). Cela signifie tout simplement, bien-aimés, que Daniel rassembla ses frères pour une réunion de prières. Avez-vous des difficultés en chemin ? Rassemblez-vous pour la prière. Voilà ce que je vous conseille. Daniel expose à ses frères le problème et la gravité de la situation, puis il leur dit qu’ils doivent se rassembler pour prier.

Et quel est le résultat ? «Alors le secret fut révélé à Daniel dans une vision de la nuit. Alors Daniel bénit le Dieu des cieux» (1:19). Et ensuite ? Daniel va-t-il le dire sur le champ à ses frères ? Non, car un ordre admirable règne dans son coeur.

6.4       Un homme de louange

Daniel commence par une réunion d’adoration. Il bénit Dieu. Et vous allez voir de quelle manière admirable il répand son âme devant Dieu : «Daniel répondit et dit : Béni soit le nom de Dieu, d’éternité en éternité ! car la sagesse et la puissance sont à lui, et c’est lui qui change les temps et les saisons, qui dépose les rois et établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la connaissance à ceux qui connaissent l’intelligence : c’est lui qui révèle les choses profondes et secrètes ; il sait ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure auprès de lui. Toi, Dieu de mes pères, je te célèbre et je te loue, parce que tu m’as donné sagesse et puissance, et que maintenant tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé, nous ayant fait connaître la chose que réclame le roi» (Dan. 2:20-23). Oh ! Combien son âme trouvait ses délices en Dieu lui-même ! Quelle juste perception de Dieu avait cet homme ! Combien son âme était transportée en réalisant comme il est béni d’avoir affaire à Dieu ! «Tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé». Remarquez bien ce petit mot «nous». Daniel avait recherché la communion de ses frères dans la prière, et maintenant, dans sa reconnaissance qu’il exprime à Dieu, il inclut aussi ses frères. Oui, il réalise profondément dans son âme combien il est béni d’avoir affaire à Dieu.

Vous avez donc ici un homme séparé, un homme pieux, un homme dont la conduite plaît au Seigneur, et qui est intelligent dans les voies de Dieu. Le résultat, c’est qu’il peut dire au roi exactement ce qui va arriver.

6.5       Un homme prospère

«Alors le roi éleva David en dignité, et lui fit beaucoup de grands dons, et l’établit gouverneur sur toute la province de Babylone, et grand intendant de tous les sages de Babylone. Et Daniel fit une demande au roi, qui établit Shadrac, Méshac et Abed Nego sur les services de la province de Babylone. Et Daniel se tenait à la porte du roi» (2:48-49). Récompensé, et personnellement élevé, Daniel n’oublie pas ceux qui étaient avec lui à la réunion de prière. Il partage tout avec eux.

Quel saint admirable était Daniel ! Je trouve qu’il y a quelque chose de touchant dans son caractère, quelque chose qui me rappelle l’apôtre Paul, à la différence de nous-mêmes. Quelle mesquinerie et quel égoïsme lamentables, nous manifestons souvent ! Nous avons été appelés à jouir de la plénitude des choses de Dieu, et il est d’une immense importance que nous ne cessions jamais de les partager avec d’autres.

Daniel était un homme de prière et de louange, et comme il partageait tout ce qu’il recevait avec ses frères, il prospérait (6:28). Tel est le secret d’un saint qui prospère. Remarquez bien ceci : si je possède la lumière, ce n’est pas pour moi-même, mais pour les autres. Nous ne sommes que des vases, dans lesquels Dieu verse sa lumière ; aussi, qu’il s’agisse de l’évangile ou de la vérité touchant l’Assemblée, nous sommes responsables de la répandre en la communiquant à d’autres. Et je crois que la vérité que vous et moi pouvons glaner et récolter ne tardera pas à s’effriter dans nos propres âmes, si nous manquons de l’utiliser et de la répandre autour de nous. Nous devenons sujets à une sorte d’assèchement spirituel. Beaucoup de chers enfants de Dieu souffrent de cette maladie. Ils acquièrent la vérité sans que personne d’autre n’en profite. Pourquoi ? Parce qu’ils ont été si occupés d’eux-mêmes, si absorbés, qu’ils n’ont vraiment ni le temps, ni le désir de penser aux autres ! Ce qu’ils auraient dû transmettre, ils le gardent, mais seulement pour le perdre en fin de compte, car tout s’est desséché ! Je crois que Daniel nous donne une belle leçon à ce sujet.

6.6       Un homme fidèle

Les chapitres 5 et 6 forment un tout qui illustre bien cette fidélité. Au chapitre 5, Daniel est introduit devant le roi Belshatsar et fait preuve d’une grande fidélité en annonçant à celui-ci son destin. Je ne parle pas ici de Daniel en tant que prophète, mais en tant que saint. Il se montre plein de courage et de fidélité lorsqu’il expose devant le roi ses péchés, et qu’il lui dit quelle sera sa fin. Remarquez aussi combien cet homme de Dieu est véritablement indépendant, et cela de toute manière. Il ne désire aucune récompense : «Que tes présents te demeurent, et donne tes récompenses à un autre» (5:17). Il ne veut pas des présents du monde, et pas du tout ! Il ne dépend que du Seigneur. Il reçoit tout du Seigneur pour lui-même, et il a quelque chose à donner à chacun sur cette terre. Il est fidèle quant à l’homme, au chapitre 5, et devient cependant «le troisième gouverneur du royaume», ce royaume qui prit fin «en cette nuit-là». Nous allons voir maintenant, au chapitre 6, de quelle manière admirable il fut fidèle à Dieu.

6.7       Un homme haï

La fidélité de Daniel, sa loyauté, et son élévation qui en fut la conséquence, tout cela fit de lui l’objet de la haine de tous. Je crois, bien-aimés, qu’il est merveilleux d’être profondément haï pour l’amour de Christ. Lorsqu’un homme ici-bas est véritablement pour Dieu, et qu’il est le canal de la lumière, de la vérité et de la grâce de Dieu, il peut être sûr d’être haï, et s’il l’est pour l’amour de Christ, qu’il en remercie Dieu ! «Vous êtes bienheureux quand les hommes vous haïront, et quand ils vous retrancheront de leur société, et qu’ils vous insulteront et rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel, car leurs pères en ont fait de même aux prophètes» (Luc 6:22-23). C’est ce que firent les apôtres, car nous lisons : «Et ayant appelé les apôtres, ils leur enjoignirent, après les avoir battus, de ne pas parler au nom de Jésus, et les relâchèrent. Eux donc se retiraient de devant le Sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom» (Actes 5:40-41). Et il est encore écrit : «parce qu’à vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui» (Phil. 1:29). L’apôtre Pierre dit aussi : «Mais, si même vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux ; et ne craignez pas leurs craintes, et ne soyez pas troublés» (1 Pierre 3:14). «Mais en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport. Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous : de leur part, il est blasphémé, mais quant à vous, glorifié» (1 Pierre 4:13-14).

La cause profonde de cette haine contre Daniel était son élévation constante décrétée par les monarques successifs qu’il servit si fidèlement. Son histoire en relation avec Nebucadnetsar, Belshatsar, Darius et Cyrus, couvre une période de soixante dix ans. Il fut d’abord élevé par Nebucadnetsar au rang de gouverneur régional (2:48), puis, par Belshatsar, à celui de Premier Ministre adjoint (5:29). À ces fonctions, Darius ajouta celle de grand Intendant du roi, si je puis dire : «Il plut à Darius d’établir sur le royaume cent vingt satrapes, pour qu’ils fussent dans tout le royaume ; et au-dessus d’eux, trois présidents, dont Daniel était l’un, pour que ces satrapes leur rendissent compte, et que le roi ne souffrit aucun dommage» (6:12). Ce poste élevé lui fut attribué à cause de la grande confiance qu’il inspirait.

«Et ce Daniel surpassa les présidents et les satrapes, parce qu’il y avait en lui un esprit extraordinaire ; et le roi pensa à l’établir sur tout le royaume» (6:3). Un esprit extraordinaire était en lui. Quel beau trait de caractère, bien-aimés ! L’esprit d’un homme est infiniment plus précieux que ce qu’il dit. Il se peut qu’avec l’aide de Dieu je prononce beaucoup de belles paroles, que peut-être vous entendrez et aimerez, mais que vous oublierez, tandis que si je vous ai fait quelque mal, vous ne l’oublierez jamais. Puissions-nous avoir cet esprit de Daniel ! Nous ne serons jamais des prophètes. Ce n’est pas à cela que Dieu nous appelle, mais nous pouvons tous cultiver en nous-mêmes un «esprit extraordinaire».

Daniel n’avait pas seulement un esprit extraordinaire. C’était aussi un homme d’une grande droiture pratique, dont les comptes étaient tous justes. Vos comptes à vous sont-ils justes ? Sa droiture et son intégrité morales, dans toute affaire de confiance, rehaussaient son mérite aux yeux du roi Darius qui «pensa à l’établir sur tout le royaume». Cela attisa la haine des Chaldéens. «Alors les présidents et les satrapes cherchèrent à trouver dans l’administration du royaume quelque sujet d’accusation contre Daniel ; et ils ne pouvaient trouver aucun sujet d’accusation ni aucune faute, parce qu’il était fidèle ; et aucun manquement ni aucune faute ne se trouva en lui» (6:4). Ils pensaient le prendre en défaut, mais ne purent trouver en lui «aucun manquement ni aucune faute». Un homme doué d’un esprit extraordinaire, fidèle, en qui ne se trouvait aucun manquement, ni aucune faute : quel personnage merveilleux, et combien semblable à Christ ! «Je n’ai trouvé aucun crime dans cet homme», fut-il dit de notre bien-aimé Seigneur dont nous voyons ici un serviteur qui lui ressemblait moralement.

Daniel ne s’enorgueillit pas du fait d’avoir été élevé en dignité par le roi. Plus il monte en grade, plus il est petit à ses propres yeux. Quel homme admirable !

Déjoués dans leurs efforts pour l’abaisser dans les affaires du royaume, ses ennemis changent de tactique. «Et ces hommes dirent : Nous ne trouverons dans ce Daniel aucun sujet d’accusation, à moins que nous n’en trouvions contre lui à cause de la loi de son Dieu. Alors ces présidents et ces satrapes s’assemblèrent en foule auprès du roi, et lui parlèrent ainsi : Roi Darius, vis à jamais ! Tous les présidents du royaume, les préfets et les satrapes, les conseillers et les gouverneurs, ont tenu conseil ensemble pour établir un statut royal et mettre en vigueur une défense, portant que quiconque fera une demande à quelque Dieu ou à quelque homme que ce soit, durant trente jours, excepté à toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions. Maintenant, ô roi, établis, la défense, et signe l’écrit afin qu’il ne soit pas changé, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui ne peut être abrogée. À cause de cela, le roi Darius signa l’écrit et la défense» (Dan. 6:5-9). Quel effet cet édit produisit-il sur Daniel ? Absolument aucun ! Il ne modifia en rien sa manière d’agir, mais quant à sa foi en Dieu, vous verrez qu’elle est bien réelle.

6.8       Un homme préservé

«Or Daniel, quand il sut que l’écrit était signé, entra dans sa maison ; et ses fenêtres étant ouvertes dans sa chambre haute, du côté de Jérusalem, il s’agenouillait sur ses genoux trois fois le jour, et priait, et rendait grâce devant son Dieu, comme il avait fait auparavant. Mais ces hommes s’assemblèrent en foule et trouvèrent Daniel qui priait et présentait sa supplication devant son Dieu» (6:10-11). Il avait entendu la Parole de Dieu dire que si son peuple se trouvait en captivité, ils devraient prier Dieu, tournés vers sa Maison : «Si dans le pays où ils auront été emmenés captifs, ils rentrent en eux-mêmes, et reviennent à toi et te supplient, dans le pays de leur captivité, disant : Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, et nous avons agi méchamment, — et s’ils reviennent à toi de tout leur coeur et de toute leur âme, dans le pays de leur captivité, où on les aura emmenés captifs, et te prient en se tournant vers leur pays que tu as donné à leurs pères, et vers la ville que tu as choisie, et vers la maison que j’ai bâtie pour ton nom : alors, écoute des cieux, du lieu de ton habitation, leurs prières et leurs supplications, et fais-leur droit, et pardonne à ton peuple ce en quoi ils ont péchés contre toi» (2 Chron. 6:37-39). Daniel agit selon ce qui est écrit. Il ne ferme pas ses fenêtres, ne modifie en rien ses requêtes : il est, ce jour-là, exactement ce qu’il a été tous les jours précédents. Daniel était un saint d’humeur toujours égale. Ce n’était pas la gravité des circonstances qui le faisait s’agenouiller trois fois par jour. C’était sa coutume, et ses ennemis le trouvèrent tout naturellement en prière. Comme c’est heureux lorsque des saints sont connus comme des gens de prière, et qu’on les trouve ainsi agenouillés !

Mais voici qu’il est jeté dans la fosse aux lions. «Alors le roi donna des ordres, et on amena Daniel, et on le jeta dans la fosse aux lions. Le roi prit la parole et dit à Daniel : Ton Dieu que tu sers continuellement, lui, te sauvera. Et une pierre fut apportée et mise sur l’ouverture de la fosse, et le roi la scella de son cachet du cachet de ses grands, afin que l’intention à l’égard de Daniel ne fût pas changée. Alors le roi s’en alla dans son palais, et il passa la nuit en jeûnant, et ne voulut pas qu’on lui amenât des concubines ; et son sommeil s’enfuit loin de lui. Ensuite le roi se leva avec l’aurore, au point du jour, et s’en alla en hâte à la fosse aux lions. Et comme il approchait de la fosse, il cria à Daniel d’une voix triste. Le roi prit la parole et dit à Daniel : Daniel serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers continuellement, a-t-il pu te délivrer des lions» ? (6:16-20)

Ce qu’il y a d’important dans ce chapitre, c’est que l’homme pieux est aussi celui qui sera délivré. Je suis certain que tout alla très bien pour Daniel, cette nuit-là, mais je crois que Darius passa une nuit affreuse, jeûnant et ne pouvant dormir. Je pense que si vous et moi étions descendus dans la fosse aux lions, nous aurions trouvé Daniel endormi paisiblement. La foi en Dieu et une bonne conscience font très bon ménage avec le sommeil, surtout dans une fosse aux lions ! Le lendemain matin, le roi s’écria donc, d’une voix triste : «Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers continuellement, a-t-il pu te délivrer des lions» ? Avec quelle joie Daniel répondit alors : «Ô roi, vis à jamais ! Mon Dieu a envoyé son ange et a fermé la gueule des lions, et ils ne m’ont fait aucun mal, parce que devant lui l’innocence s’est trouvée en moi, et devant toi non plus, ô roi, je n’ai rien fait de mal. Alors le roi fut très joyeux et dit qu’on tirât Daniel de la fosse. Et Daniel fut tiré de la fosse, et aucun mal ne fut trouvé sur lui, parce qu’il s’était confié en son Dieu» (6:21-23). Daniel est délivré, et, à la fin de ce chapitre, nous voyons que c’est un homme qui prospère : «Et ce Daniel prospéra pendant le règne de Darius et pendant le règne de Cyrus, le Perse» (6:28).

6.9       Un homme qui s’identifie avec le peuple de Dieu.

C’est ce qui apparaît de toute évidence quand on arrive au chapitre 9 où nous voyons Daniel de nouveau en prière et s’humiliant profondément devant Dieu à cause des péchés et des transgressions de son peuple. «La première année de son règne, moi, Daniel, je compris par les livres que le nombre d’années touchant lequel la parole de l’Éternel vint à Jérémie le prophète, pour l’accomplissement des désolations de Jérusalem, était de soixante dix années. Et je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, pour le rechercher par la prière et la supplication, dans le jeûne, et le sac et la cendre. Et je priai l’Éternel, mon Dieu, et je fis ma confession, et je dis : Je te supplie, Seigneur, le Dieu grand et terrible, qui garde l’alliance et la bonté envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements ! Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons agi méchamment, et nous nous sommes rebellés et nous nous sommes détournés de tes commandement et de tes ordonnances... Et maintenant, écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications, et, pour l’amour du Seigneur, fais luire ta face sur ton sanctuaire désolé. Incline ton oreille, ô mon Dieu, et écoute ; ouvre tes yeux, et vois nos désolations, et la ville qui est appelée de ton nom. Car ce n’est pas à cause de nos justices que nous présentons devant toi nos supplications, mais à cause de tes grandes compassions. Seigneur écoute ; Seigneur, pardonne, Seigneur, sois attentif et agis ; ne tarde pas, à cause de toi-même, mon Dieu ; car ta ville et ton peuple sont appelés de ton nom» (Dan. 9:2-5,17-19). Rien ne saurait surpasser la beauté morale de cette prière que je vous supplie de lire tout entière avec soin. L’homme le plus net des péchés qu’il confesse, est celui qui les confesse à Dieu le plus sincèrement. Les péchés de tout Israël, Daniel les reconnaît comme siens ; et tandis qu’il prie, il est visité par Gabriel qui éclaire son intelligence avec douceur touchant la pleine restauration d’Israël (9:21-27). Il mange réellement du sacrifice pour le péché devant Dieu.

6.10  Un homme bien-aimé.

Au chapitre 10, nous allons voir que l’Éternel lui révèle quelque chose de merveilleux : «… et je levai les yeux, et je vis ; et voici un homme vêtu de lin, et ses reins étaient ceints d’or d’Uphaz ; et son corps était comme une chrysolithe, et son visage comme l’aspect de l’éclair, et ses yeux comme des flammes de feu, et ses bras et ses pieds comme l’apparence de l’airain poli, et la voix de ses paroles comme la voix d’une multitude. Et moi, Daniel, je vis seul la vision, et les hommes qui étaient avec moi ne virent pas la vision, mais un grand tremblement tomba sur eux, et ils coururent pour se cacher. Et moi je fus laissé seul, et je vis cette grande vision ; et il ne resta aucune force en moi, et mon teint frais fut changé en corruption, et je ne conservai aucune force. Et j’entendis la voix de ses paroles ; et, comme j’entendais la voix de ses paroles, je tombai dans une profonde stupeur sur ma face, et ma face contre terre. Et voici, une main me toucha et me secoua, et me mit sur mes genoux et sur les paumes de mes mains. Et il me dit : Daniel, homme bien-aimé, comprends les paroles que je te dis, et tiens-toi debout à la place où tu es ; car je suis maintenant envoyé vers toi. Et comme il parlait avec moi, disant cette parole, je me tins debout tremblant» (10:5-11). Combien l’Éternel s’approche de lui lorsqu’il lui dit : «Daniel, homme bien-aimé» ! Quelle expression touchante ! Daniel fut pénétré du sentiment du profond amour que l’Éternel lui portait. Le sentiment de l’amour de Dieu remplit l’âme d’une joie profonde. «Daniel, homme bien-aimé» : quelle émotion dut envahir son coeur à l’ouïe de ces paroles !

Dieu fait grand cas d’un caractère comme celui de Daniel. C’est ce que montre Ézéchiel 14. L’avez-vous jamais remarqué ? Qu’elle est belle la manière dont Dieu parle de ses serviteurs au verset 14 ! «Si un pays pèche contre moi…, et que j’étende ma main sur lui,… et que ces trois hommes, Noé, Daniel et Job, fussent au milieu de lui, ceux-ci délivreraient leurs âmes par leur justice, dit le Seigneur, l’Éternel (14:14-20). Noé était un homme juste qui trouva grâce aux yeux de l’Éternel. Daniel était un «homme bien-aimé», un homme dont la conduite était irréprochable. Quant à Job, il disait ce qu’il convenait de dire touchant Dieu.

Je recommande à votre réflexion cet aspect du caractère de Daniel. Essayez de découvrir tranquillement, dans votre coeur, le fil directeur qui caractérise moralement ce livre. Considérez combien l’homme pieux, séparé, est gardé du mal, et comment Dieu peut l’instruire, l’utiliser, et le fortifier. Je reconnais qu’il y a de grandes difficultés de tous côtés. Mais vous et moi, nous pouvons être, dans une certaine mesure, des Daniel, à l’endroit même où nous vivons, malgré la ruine générale de l’Assemblée. Le Seigneur veuille nous accorder la grâce d’être tels, pour l’amour de son Nom.

 

7       Chapitre 7    Le secret de la victoire    Matthieu 4:1-11 ; 1 Jean 2:12-29

Peut-être ne savons-nous pas tous, du fait que beaucoup d’entre nous sont jeunes dans la connaissance du Seigneur, que l’expression «enfants» — fréquente dans l’épître de Jean — a un sens particulier en deux endroits de cette épître que je vais vous indiquer. Vous trouverez souvent «enfants» dans ce livre, mais il faut sans hésiter ne pas dire «petits enfants» dans toutes ces expressions, sauf aux versets 13 et 18 du chapitre 2. Le mot que l’Esprit de Dieu emploie couramment dans l’épître est «enfants», qui s’applique à la famille toute entière. Il comprend chaque enfant de la famille de Dieu.

Par exemple, au verset 1 du chapitre 2, c’est : «Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas». Un enfant de Dieu n’est pas censé pécher. Il n’est pas dit qu’il ne le fait pas, mais il n’est pas censé pratiquer le péché, mais la justice, puisque la fin du chapitre montre qu’il est né de Dieu. «Si vous savez qu’il est juste, sachez que quiconque pratique la justice est né de lui» (1 Jean 2:29). On s’attend à ce que l’enfant ressemble au Père.

Au verset 12, nous lisons encore : «Je vous écris, enfants, parce que vos péchés vous sont pardonnés par son nom». Tout enfant sait que ses péchés sont pardonnés. Je veux être très précis sur ce point dès le début, car si vous n’êtes pas au clair sur la question du pardon des péchés, vous ne pourrez pas bien saisir le sens des versets suivants.

Il vous sera utile de remarquer que du verset 13 à la fin du verset 27, il y a une petite parenthèse. Dans cette partie de l’épître, vous remarquerez que l’apôtre s’adresse — et cela à deux reprises — à trois catégories de personnes : les pères, les jeunes gens et les petits enfants. Au verset 13, il s’adresse à toutes ces classes. Puis, dans la première moitié du verset 14, il s’adresse aux pères, et, dans la seconde moitié, aux jeunes gens, jusqu’à la fin du verset 17. Ensuite, au verset 18, nous trouvons de nouveau «petits enfants», c’est-à-dire, en quelque sorte, les «nouveaux-nés» en Christ, dont l’instruction se poursuit jusqu’à la fin du verset 27.

Vous avez ainsi trois classes dans la famille de Dieu, qui se distinguent les unes des autres par une condition spirituelle résultant de leur croissance et de leur expérience. Ce n’est pas une question d’âge, en rapport avec le temps depuis lequel vous connaissez peut-être le Seigneur, mais c’est une question de croissance et de progrès spirituels. Il y a les pères, les jeunes gens, mais aussi les petits enfants. À ces derniers, l’apôtre écrit avec beaucoup d’affection, et plus longuement qu’aux autres. Partout ailleurs dans cette épître, l’instruction est celle qui convient à tous les enfants de Dieu sans distinction.

Et maintenant, avant que je vous parle de ces trois catégories, considérons le verset 12 : «Je vous écris, enfants, parce que vos péchés vous sont pardonnés par son nom». Il est précieux de voir que c’est par cela que Dieu commence. Si vous croyez en son Fils, vous êtes de sa famille, en tant qu’enfant parfaitement et absolument pardonné. Vous êtes son enfant, et la première chose dont vous avez conscience, c’est cette relation. Il y a aussi une chose que tout enfant de Dieu doit savoir — et qu’il est censé savoir — c’est que ses péchés sont tous pardonnés. Il jouit de cette certitude bénie que tout ce qui le séparait de Dieu a été ôté par le précieux sang du Seigneur Jésus Christ. C’est le témoignage que proclame l’Évangile : «Sachez donc, hommes frères, que par lui vous est annoncée la rémission des péchés» (Actes 13:38). Ce que l’Évangile présente, tout enfant de Dieu est censé en jouir, car c’est la propriété commune de tous ses membres, et s’il n’en jouit pas, c’est qu’il méprise le privilège de la famille.

Et maintenant, venons-en à ce qu’il y a de plus spécifique. «Je vous écris, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement» (1 Jean 2:13). Ce qui caractérise un père, c’est sa connaissance de Christ. Il connaît Christ. Christ est devant lui. C’est Christ et Christ seul, qui forme sa vie. Christ est la nourriture de son âme, son réconfort et son soutien, son tout. Il ne pense, pour ainsi dire, qu’à Christ. Christ est le sujet de sa conversation. En fait, c’est à tout cela que l’on reconnaît un père. Un saint qui n’est pas tout cela n’est pas un père. Éprouvons donc dans nos âmes la vérité de la Parole de Dieu. «Je vous écris, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement». Christ est vraiment tout pour celui qui est un père.

Quelle bénédiction lorsque nous rencontrons un tel saint ! On ne peut l’approcher sans être impressionné ! L’âme qui vit dans la jouissance permanente de Christ est un père. Et remarquez bien que l’apôtre n’a rien à ajouter. Parce que connaître Christ, connaître l’amour de Christ, jouir de ce que Christ révèle, c’est tout, bien-aimés, pour l’âme qui croit et qui aime. Parce que ce qui sera notre joie éternelle, c’est Christ. Nos coeurs goûteront le bonheur toujours croissant de connaître Celui qui comble de joie le coeur de Dieu lui-même.

Puis, l’apôtre passe aux jeunes gens. «Je vous écris, jeunes gens, parce que vous avez vaincu le méchant» (1 Jean 2:13). Ce qui les caractérisait, c’était leur victoire sur les ruses et le pouvoir de Satan. Loin de supposer que Satan doive être plus fort que nous, l’Écriture, comme vous le voyez, dit d’un jeune homme qu’il possède une force d’âme qui lui permet de marcher et d’agir de manière à ce que Satan soit vaincu. Comment cela se passe, je crois que nous le voyons un peu plus loin.

L’apôtre s’adresse maintenant aux petits enfants. «Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père» (2:13). Si même vous n’êtes converti que depuis hier soir, mais que vous avez le sentiment que Dieu vous a pardonné, eh bien, aussitôt après le pardon, l’âme reçoit le Saint-Esprit qui est l’esprit d’adoption (Actes 10:43-47 ; Éph.1:13). Je vois dans l’Écriture que l’âme qui reçoit le pardon des péchés — et qui en a conscience — par la foi dans le Seigneur Jésus Christ, reçoit aussi le Saint-Esprit. Vous recevez donc non seulement le pardon des péchés, mais aussi le Saint-Esprit.

Pierre, lorsqu’il prêcha à ceux de la maison de Corneille, ne leur annonça pas qu’ils allaient recevoir l’Esprit Saint. Ce qu’il leur dit c’est : «Tous les prophètes lui rendent témoignage que, par son nom, quiconque croit en lui reçoit la rémission des péchés», puis nous lisons : «Comme Pierre prononçait encore ces mots, l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui entendaient la parole» (Actes 10:43-44). Et je vous prie de remarquer que, trois versets plus loin, Pierre dit : «Quelqu’un pourrait-il refuser l’eau, afin que ceux-ci ne soient pas baptisés eux qui ont reçu l’Esprit Saint comme nous-mêmes» ? (10:47).

Pierre leur dit qu’en croyant en Jésus, ils recevraient le pardon de leurs péchés, et nous constatons qu’ils reçurent bien cette bénédiction, puisqu’ils reçurent aussi l’Esprit Saint. C’est le fait de recevoir celui-ci qui confère à l’âme sa nouvelle position devant Dieu. «Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous» (Rom. 8:9). Si vous êtes dans l’Esprit, la pensée de l’Esprit est vie est paix. En outre, dès l’instant où vous recevez l’Esprit Saint, Il verse l’amour de Dieu dans votre coeur (Rom. 5:5). Que vient-il ensuite ? L’Esprit d’adoption. «Car si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps vous vivrez. Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux là sont fils de Dieu. Car vous n’avez pas reçu un esprit de servitude pour être derechef dans la crainte, mais vous avez reçu l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, Père ! L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu…» (Rom. 8:13-16). Nous sommes les enfants de Dieu, et ayant reçu l’Esprit d’adoption, nous crions «Abba, Père». Quelle expression merveilleuse ! Elle n’est employée que trois fois dans le Nouveau Testament : une fois par notre Sauveur bien-aimé lorsqu’Il s’adresse à son Père dans l’angoisse infinie de Gethsémané (Marc 14:36), et deux fois par nous-mêmes, le Saint-Esprit ayant Lui-même placé ces mots dans notre bouche (Rom. 8:15 ; Gal. 4:6).

Qu’il est bon d’entendre l’apôtre bien-aimé dire : «Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père» ! L’essence même du Christianisme tient dans ces mots. Chers jeunes chrétiens, permettez-moi de vous dire ceci : cultivez avant tout la connaissance du Père ! Si vous vous abandonnez aux soins de l’Esprit de Dieu, Il vous amènera à une connaissance profonde et bénie du Père. Voilà, en vérité, ce qu’est le Christianisme : la révélation du Père par le Fils.

Lisez l’Évangile de Jean. Il ne parle que du Fils de Dieu, dites-vous. Cela est parfaitement vrai. Mais le thème principal de cet Évangile est le «Père», dont le nom revient cent vingt fois ! Que dit le Seigneur ? «Celui qui m’a vu a vu le Père» (14:9). Le Christianisme, c’est la révélation du Père par le Fils. Le Père est révélé à la famille tout entière par l’Esprit de Dieu qui y fait sa demeure. C’est pourquoi la première chose que nous trouvons, c’est «Je vous écris, petits-enfants, parce que vous connaissez le Père». Bien-aimés, il n’y a rien de plus précieux pour une âme que de connaître le Père.

Mais je vais vous dire ce que j’ai remarqué. C’est que peu d’enfants de Dieu, aujourd’hui, jouissent pleinement du Père et de son amour. Lorsque Jean dit ici : «vous connaissez le Père», il les voit comme jouissant pleinement de leur relation avec le Père. Vous savez que le Seigneur, après avoir été ressuscité, dit à Marie : «Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). À peine trois jours plutôt, nous voyons notre Seigneur bien-aimé, dans l’angoisse infinie de Gethsémané, contemplant la coupe qu’Il allait boire, et nous l’entendons dire : «Abba, Père, toutes choses te sont possibles ; fais passer cette coupe loin de moi ; toutefois non pas ce que je veux, moi, mais ce que tu veux toi» ! (Marc 14:36). Or au chapitre 8 des Romains, nous lisons : «vous avez reçu l’Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba, Père» ! (8:15). Tel est le terme béni désignant cette relation, une relation et une affection qui remplissent le coeur de joie. Ce mot que prononça notre Seigneur bien-aimé pendant les souffrances de Gethsémané, est aussi le premier qui monte aux lèvres d’une âme nouvellement convertie : «Père !». Et nous lisons encore : «Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l’Esprit de Son Fils dans nos coeur, criant : Abba, Père» (Gal. 4:6). Tel est le langage normal du chrétien, celui que le Père désire entendre.

Beaucoup de chers croyants dans le Seigneur, aujourd’hui, bien qu’étant des croyants, qui ont reçu l’Esprit de Dieu, entrent très peu dans cette jouissance du Père et dans la connaissance de son amour. C’est pourquoi, vous qui êtes ici ce soir et qui êtes jeunes, je vous supplie de rechercher par dessus tout cette joie qui inonde l’âme lorsqu’elle réalise cette vérité bénie : je suis un enfant du Père ! Votre relation, aujourd’hui, est la relation de Celui qui, lorsqu’Il était ici-bas pouvait dire : «Abba, Père». Nous ne devons pas oublier, bien sûr, que nous nous tenons devant le Père sur le terrain de la rédemption. Ce terrain, bien-aimés, est celui qui nous permet aujourd’hui, à vous et à moi, par grâce, de paraître devant Dieu dans cette relation et d’en jouir.

Ici, l’Esprit de Dieu nous montre que la vie est dans l’Esprit du Fils. Je crois que dans cette épître il s’agit de la vie dans ceux qui sont fils. C’est ce qui est révélé à l’âme, et rendu effectif en elle par la puissance de l’Esprit de Dieu, la toute première choses étant que vous connaissez le Père, car tout enfant connaît le Père.

L’apôtre, ensuite, redit aux pères : «Je vous ai écrit, pères, parce que vous connaissez celui est dès le commencement» (1 Jean 2:14). Que pouvait-il dire de plus ? Il n’y a rien au-delà de Lui. Il est l’objet et le centre de toutes les pensées, de tous les propos et les conseils de Dieu. C’est ainsi que le père, qui jouit de Christ et dont l’âme toute entière contemple la gloire de «Celui qui est dès le commencement», ne peut aller au-delà. C’est le résultat de l’expérience chrétienne. Tout ce qui est de la chair est reconnu et jugé, et Christ seul demeure. On le connaît toujours mieux. On réalise ce qu’Il est. C’est le stade le plus élevé de l’expérience chrétienne. Il ne reste rien du «moi». Christ est tout. Peut-être mettrons-nous beaucoup de temps pour en arriver là, mais, grâce à Dieu, c’est possible.

Puis, de nouveau, l’apôtre s’adresse aux jeunes gens : «Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le méchant» (2:14). Nous avons ici ce que la Bible affirme. Très souvent, ce que nous nous disons dans nos coeur, c’est : «Oh ! comme nous sommes faibles !» C’est un fait qu’en nous-mêmes nous sommes sans aucune force. Mais il est merveilleux de voir la place et la puissance que Dieu nous donne. Si nous manquons de force, quelle en est la raison ? Il est dit ici que les jeunes gens sont forts. Je crois que le secret de leur force est le suivant : «La parole de Dieu demeure en vous». La preuve de leur force, c’est qu’ils connaissent et gardent la Parole de Dieu.

Reportez-vous, je vous prie, aux premiers versets de Matthieu 4, car là où était Christ, pendant son passage ici-bas, c’est exactement là où nous sommes, vous et moi. Son chemin et le nôtre sont identiques. Nous traversons ce monde tout en appartenant à un autre. Nous sommes les enfants du Père et notre demeure n’est pas ici. Nous traversons la scène présente dans la dépendance de Dieu, entourés des mêmes choses qui entourèrent le Seigneur ici-bas. Mais nous en avons d’autres, que Lui n’avait pas, comme la joie de la communion, qui est si douce ! Lui ne pouvait guère avoir de communion avec personne. Il marchait seul, tandis que, vous et moi, nous jouissons maintenant, sur notre chemin ici-bas, de cette bénédiction qu’est la communion des saints de Dieu, ce qui est un précieux encouragement tout au long de la course. Vous et moi devons traverser le même monde que le Seigneur a traversé. Il a été tenté. Ne l’avez-vous pas été vous-mêmes ? Comment nous conduisons-nous lorsque vient la tentation ? Ce qui est très clair, c’est que celui qui triomphe du Méchant ne le fait que par la Parole de Dieu.

Considérons maintenant Matthieu 4. Vous voyez qu’il y a trois tentations. «Alors Jésus fut emmené dans le désert par l’Esprit pour être tenté par le diable» (Matt. 4:1). C’est là quelque chose de très remarquable. Le Seigneur était rempli de l’Esprit Saint. Cependant, il est dit qu’il fut emmené par l’Esprit de Dieu pour être tenté ! C’était évidemment une nécessité absolue sur son chemin. Autrement, comment pourrait-il nous secourir dans nos tentations ? Il a su ce que c’était que d’être tenté en toutes choses à part le péché. La tentation, comme vous allez le voir, est triple. Vous et moi n’en avons jamais connu d’aussi grandes, car les circonstances extérieures du Seigneur étaient plus difficiles que les vôtres et les miennes ne le seront jamais. Personne d’autre que Lui ne reçut jamais aussi peu de manifestations extérieures de la faveur de Dieu. Né dans l’étable d’un homme, et enseveli dans le tombeau d’un autre, Il a vraiment pu dire : «Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des demeures ; mais le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête» (Matt. 8:20). Et lorsqu’il fut question de payer un impôt, il dit : «Montrez-moi un denier» (Luc 20:24). Pourquoi ? Parce qu’il n’avait aucun argent. Je doute qu’il y ait ici une seule personne qui n’ait pas un sou en poche. C’est pourquoi, apparemment, jamais personne ne connut l’adversité autant que Lui. Mais aussi, intérieurement, quelle joie et quelle paix Il trouvait dans l’amour du Père !

Comme vous le voyez, après qu’Il eût jeûné et été tenté par Satan pendant quarante jours, le tentateur revient à la charge. Ce fut sa dernière attaque contre un homme parfaitement dépendant. Et ce qui est frappant, c’est qu’il tenta Christ exactement comme lorsqu’il commence à nous tenter nous-mêmes. Vous croyez être un enfant de Dieu ? Écoutez ce qu’il dit à Christ : «Si tu es Fils de Dieu…» ? Il jette le doute sur cette certitude, en même temps qu’il suggère la désobéissance ! «Si tu est Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains». À la différence d’Ève, Jésus ne parlemente pas avec lui. «Mais lui, répondant, dit : Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Matt. 4:3-4). Vous remarquerez probablement aussi, en considérant ces tentations, qu’elles sont de trois sortes, exactement comme lorsque l’apôtre dit aux jeunes gens : «tout ce qui est dans le monde, 1) la convoitise de la chair, et 2) la convoitise des yeux, et 3) l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde». La convoitise de la chair, c’était le pain ; celle des yeux, tous les royaumes de ce monde ; et l’orgueil de la vie, le fait de se vanter d’être l’objet de la faveur de Dieu.

Luc les présente selon l’ordre moral, qui est différent de celui de Matthieu. En Matthieu, nous avons l’ordre historique, c’est-à-dire l’ordre réel. Lisez Luc 4, et vous verrez la différence. Il y a tout d’abord le pain, et en second lieu, la tentation sur la montagne (Luc 4:5-8). Et Jésus lui dit : «Va arrière de moi, Satan» (*). Si vous avez un crayon, rayez ces mots ! Ce n’est pas l’Esprit de Dieu qui les a écrits, et ils ne figurent pas dans les meilleurs manuscrits. Il est facile de comprendre comment ils ont été introduits ici. Quelqu’un, qui copiait les Écritures, a remarqué en arrivant à Luc 4 qu’aucun ordre n’était donné à Satan. Pensant qu’un copiste précédent avait oublié ces mots, il les ajouta, mais si étourdiment qu’il cita les paroles non pas du quatrième mais du seizième chapitre de Matthieu, où le Seigneur dit à Pierre «Va arrière de moi, Satan» (Matt. 16:23).

(*) note Bibliquest : expression figurant au v. 8 dans le texte reçu et les versions qui l’utilisent, comme la version autorisée anglaise, ou version du roi Jacques (KJV).

Comprenez bien pourquoi cette injonction faite à Satan ne saurait se trouver dans le récit de Luc. Telle qu’elle existe dans la Bible anglaise (*), et si ces mots y avaient leur place, il faudrait comprendre que Satan reçut l’ordre de partir mais qu’il n’obéit pas. Il resta, au contraire, et renouvela sa tentation ! Mais Satan partit bel et bien. Tout est là ! Il reçut l’ordre de partir, et il partit. L’épée de l’Esprit anéantit l’Ennemi, tandis que ce que nous lisons dans la version anglaise donne la pénible impression qu’ayant reçu l’ordre de s’en aller, Satan ne voulut pas obéir ! La vérité est simple : c’est que l’Esprit de Dieu, poussant Luc à faire le récit de cette tentation selon l’ordre moral, l’amène à supprimer les mots de Matthieu 4:10 : «Va-t’en, Satan».

(*) note Bibliquest : version «autorisée», ou version du Roi Jacques, qui suit le texte reçu.

Cet ordre moral de Luc, c’est tout d’abord la tentation personnelle, puis la tentation mondaine, et, pour finir, la tentation spirituelle. C’est ainsi qu’il procède avec nous. Il sait nous tenter sur le plan personnel, et s’il n’y parvient pas de cette manière, il nous tentera par le monde, et si là encore il échoue, il nous tentera spirituellement ! C’est ainsi que les choses se déroulent. La tentation personnelle, c’était de se servir Lui-même — faire du pain ; la tentation mondaine, de recevoir tous les royaumes de la terre de la main de Satan, sans souffrances, et non de la main de Dieu. Enfin, la tentation spirituelle était d’éprouver la vérité de la Parole de Dieu, en Lui citant ce passage : «Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas, car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet, pour te garder… et ils te porteront sur leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre une pierre» (Ps. 91:11-12).

Remarquez bien que Satan omet ces quatre mots du Psaume 91 : «en toutes tes voies». Jésus lui répondit : «Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu». Vous ne verrez jamais un saint mettre Dieu à l’épreuve. Il est vrai que le Psaume 91 s’appliquait bien d’abord au Seigneur, mais il ne convient pas à un saint de mettre Dieu à l’épreuve pour voir s’Il tiendra sa promesse !

Remarquez aussi, chers amis, que dans chaque cas, Christ non seulement cite l’Écriture, mais Il la cite comme un tout, et comme étant l’Écriture. Chaque fois, Il dit : «Il est écrit». Il est aussi très important de constater que toutes les réponses du Seigneur à Satan sont des citations du Deutéronome (8:3 ; 6:13, 16). Dans chaque cas, c’est par la Parole de Dieu que le Seigneur a remporté la victoire. C’était le résultat béni de sa simple dépendance de Dieu, et du fait que la Parole de Dieu était dans son coeur. Il était la preuve même de la vérité de cette déclaration : «J’ai caché ta parole dans mon coeur, afin que je ne pèche pas contre toi» (Ps. 119:11). Satan se retire, vaincu. «Et voici, des anges s’approchèrent et le servirent» (Matt. 4:11). Ils se réjouissaient de voir un homme vaincre Satan par sa dépendance et son obéissance. Voilà ce qu’ils voyaient en Christ. Le voient-ils aussi en nous ? Le secret de la force, c’est, dans une grande mesure, d’avoir la Parole de Dieu cachée dans son coeur, et de lui obéir sans réserve.

Lorsque je serai dans les difficultés, pensez-vous que l’Esprit de Dieu pourra m’aider en me remémorant un verset que je n’ai pas d’abord mis en réserve dans mon coeur ? Non. Je crois que si j’ai été négligent, paresseux dans la lecture de la Parole de Dieu, cette Parole ne sera pas véritablement cachée dans mon coeur. L’Esprit de Dieu ne peut pas me rappeler un verset que je n’ai jamais lu ! Chers amis, permettez-moi d’insister sur le fait que nous ne saurions surestimer l’importance d’avoir notre esprit rempli de versets de l’Écriture ! «La parole de Dieu demeure en vous» : voilà l’éloge qui est adressée aux jeunes gens. Leurs pensées ont été nourries de la Parole de Dieu. C’est par la Parole que l’on acquiert la connaissance de Dieu, et, avant tout, de Christ Lui-même, puisqu’Il était la Parole. Mais ensuite, vous et moi devons cacher cette Parole dans nos coeurs. Voilà pourquoi dans le Psaume 119, on ne trouve que deux versets qui ne se rapportent pas à la Parole de Dieu. Étudiez soigneusement ce psaume. «Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta parole» (Ps 119:9). Remarquez le verset 174 : «J’ai ardemment désiré ton salut, ô Éternel ! et ta loi est mes délices». C’est tantôt la Parole, tantôt le commandement de l’Éternel, mais dans chaque verset c’est réellement la Parole. Qu’aucun d’entre nous n’oublie donc jamais la valeur qu’a l’Écriture dans l’histoire de l’âme d’un saint.

«Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le méchant». Le Seigneur l’a vaincu, comme nous l’avons vu, par sa dépendance et son obéissance, quel que fût le caractère de la tentation. Ainsi, dans l’histoire de chaque saint, l’Esprit de Dieu se plaît à lui rappeler, dans les moments difficiles, un court passage qu’il a appris autrefois. Parce qu’il possède la Parole, l’Esprit de Dieu peut s’en servir comme d’une arme contre l’ennemi. Le résultat est sûr, la victoire certaine. Je n’ai pas besoin d’en dire plus pour vous faire comprendre combien il est important d’étudier les Écritures.

Puis, l’apôtre va plus loin et s’adresse maintenant aux jeunes gens en ces termes : «N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde» (1 Jean 2:15). Vous allez voir qu’il y a deux choses importantes en ce qui concerne les jeunes gens : la Parole et le monde. Je suis certain que si la Parole ne capte pas toute mon attention, c’est le monde qui s’en chargera. Mais l’important, pour nous, c’est que Dieu a un domaine dans lequel Il veut introduire ses enfants. Le domaine du Père est cette scène dont la Personne de Christ Lui-même est le centre. Cette parole d’avertissement est très instructive, car plus d’un jeune homme, après avoir commencé par vaincre le méchant, s’est laissé ensuite vaincre par le monde ! Si je ne suis pas sur mes gardes, le monde me vaincra, et les conséquences en seront bien tristes. L’apôtre dit : «N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui». Cela ne veut pas dire qu’on ne soit pas converti, mais que, si vous aimez le monde, vous ne jouissez pas de l’amour du Père. L’amour du Père n’est pas ici-bas, mais dans un domaine entièrement différent, celui dont Christ est le centre moral.

Puis, l’apôtre ajoute : «… parce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde ; et le monde s’en va, et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement» (1 Jean 2:17). Le Seigneur Jésus a dit : «Voici, je viens ; il est écrit de moi dans le rouleau du livre : c’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au dedans de mes entrailles» (Ps. 40:7-8). Lorsqu’il était ici-bas, Il ne faisait que la volonté de Dieu. C’est pourquoi l’apôtre Paul dit : «Car vous avez besoin de patience, afin que, ayant fait la volonté de Dieu (ce que Jésus a fait), vous receviez les choses promises» (Héb. 10:36). Vous verrez, bien-aimés, que, d’un bout à l’autre du Nouveau Testament, faire la volonté de Dieu est quelque chose de très important. Par exemple : «Ne soyez pas sans intelligence, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur» (Éph. 5:17). Je ne saurai jamais quelle est la volonté du Seigneur si je ne reste pas près de Lui tout au long de l’histoire de mon âme. Cela est clair. Un homme qui fait la volonté de Dieu ne vit pas pour lui-même. Il ne pense qu’à faire ce que Dieu désire. Et c’est exactement ce qu’a fait notre bien-aimé Sauveur ici-bas. C’est à cela que nous sommes nous aussi appelés instamment, comme le dit Paul : «Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent. Et ne vous conformez pas à ce siècle ; mais soyez transformés par le renouvellement de votre entendement, pour que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite (Rom. 12:1-2).

L’apôtre Jean s’adresse, pour la seconde fois, aux «petits enfants» et les instruit longuement (1 Jean 2:18-27). Nous sommes à la dernière heure, et Christ est l’objet d’une forte opposition. Qu’est-ce qui doit faire la force des petits enfants ? Les pères vivent de Christ. Les jeunes gens croissent dans la connaissance de Christ. Quant à vous, petits enfants, ne vous y trompez pas. Vous êtes environnés de tout ce qui est hostile à Christ. Beaucoup d’antichrists, même, vous entourent de tous côtés. Ils étaient entrés dans l’assemblée, mais ils en sont aussi sortis. Ils étaient en fait serviteurs de Satan. «Petits enfants, c’est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’antichrist vient, maintenant aussi il y a plusieurs antichrists, par quoi nous savons que c’est la dernière heure : ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous ; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres» (1 Jean 2:18-19).

«Et vous, vous avez l’onction de la part du Saint, et vous connaissez toutes choses» (1 Jean 2:20). Qu’il est beau de constater ici que le plus simple et le plus jeune enfant de la famille de Dieu a la capacité, par l’Esprit de Dieu, de reconnaître ce qui est bien, de même que ce qui est mal ! On entend souvent ce genre de questions : «Comment est-ce que je peux savoir» ? ou «Comment pourrai-je faire face à une pareille difficulté ?» Peut-être n’avez-vous jamais prêté attention à ces mots que je conseille de relire : «Et vous, vous avez l’onction de la part du Saint et vous connaissez toutes choses» (2:20). Même le plus jeune croyant est rendu divinement capable, par l’Esprit de Dieu, de distinguer dans son coeur ce qui est de Dieu et ce qui ne l’est pas. C’est un principe d’une immense importance : le croyant sait ainsi par l’Esprit ce qui est la vérité et ce qui ne l’est pas.

Mais l’apôtre poursuit : «Je ne vous ai pas écrit parce que vous ne connaissez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez, et qu’aucun mensonge vient de la vérité» (2:21). N’est-ce pas frappant ? C’est une parole très remarquable. Il y a une compétence divine par l’Esprit de Dieu, même dans le coeur du plus jeune des saints, pour détecter ce qui est de Dieu et ce qui n’est pas de Dieu. Inutile de dire que c’est l’Esprit de Dieu lui-même qui est cette faculté bénie.

«Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père» (2:22-23). L’âme qui connaît vraiment le Fils de Dieu est en relation avec le Père. C’est l’essence même du Christianisme, ce à quoi il faut tenir ferme. D’où cette exhortation : «Pour vous, que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous : si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous aussi vous demeurerez dans le Fils et dans le Père» (2:24). En demeurant fermement attachés à ce que Dieu vous a donné dans sa Parole bénie, vous demeurerez dans ce qui est depuis le commencement. Et qu’est-ce donc ? Christ, bien sûr. La révélation du bien-aimé Fils de Dieu, et du Père qui s’est fait connaître en Celui qui s’est fait chair. «Et maintenant, enfants, demeurez en lui», telle est la parole que l’Esprit adresse au jeune croyant. Si ce qui est dès le commencement demeure en nous, nous jouirons toujours plus intensément de cette relations bénie dans laquelle nous nous tenons devant Dieu, notre Père.

En outre, notre connaissance de l’amour du Père, ainsi que du Fils, en sera approfondie, et nous entrerons dans cette joie que le Père a dans le Fils. Si bien que, croissant dans le Fils, nous croissons aussi dans le Père. Quel refuge merveilleux pour nos âmes, bien-aimés ! Nous sommes dans le Père, et nos coeurs sont émus lorsque nous contemplons la beauté du Fils. C’est une joie réciproque. «Et c’est ici la promesse que lui nous a promise — la vie éternelle» (2:25). Nos âmes possèdent déjà la jouissance de la vie éternelle, qui est la connaissance du Père et du Fils.

«Je vous ai écrit ces choses touchant ceux qui vous égarent…» (1 Jean 2:26). C’est ici la raison pour laquelle l’apôtre s’adresse aux «petits enfants». Nous ne devons pas être aveugles au fait que la séduction nous environne de toute part. Mais leur sauvegarde est immédiatement présentée : «pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne ; mais comme la même onction vous enseigne à l’égard de toutes choses, et qu’elle est vraie et n’est pas mensonge, — selon qu’elle vous a enseignés, vous demeurerez en lui» (2:27). Ne nous méprenons pas sur le sens de ce verset, car j’ai entendu dire : «Oh, moi, je peux bien me passer d’enseignement» ! Je ne le pense pas. Si quelqu’un méprise l’enseignement, vous pouvez être sûrs que cette personne ne grandira ni ne progressera dans la foi. Le Seigneur a donné des aides et des conducteurs. Mais ce que l’apôtre veut dire ici, c’est que la jeune âme a reçu une onction du Saint Esprit, et qu’il n’est pas indispensable qu’on lui enseigne des choses nouvelles. Le chemin est très simple. L’Esprit de Dieu qui est en vous est la faculté de saisir la vérité, de jouir de la vérité, et, dans ce sens, vous n’avez besoin de rien d’autre.

On a tout quand on connaît le Seigneur. Chacun sait, cependant, quel immense privilège c’est pour nous lorsque nous rencontrons un enseignant, ou docteur, envoyé par Dieu, qui connaît la Parole de Dieu mieux que nous même. On apprend alors comme tout à nouveau, ce qui nous aide à jouir davantage de ce que le Seigneur donne. La révélation et l’application de la vérité de Dieu à l’âme sont toujours le but de l’Esprit. Et n’oubliez pas que ce que nous recevons n’est pas seulement pour nous-mêmes, mais que nous devons le faire circuler. Si c’est ce que vous faites, vous en jouirez davantage vous-même, et vous serez plus prêt, je crois, à recevoir de Dieu un surcroît de vérité et de joie dans son amour.

Il est touchant de voir ici de quelle manière parfaite les petits enfants sont considérés dans cette scène. Puis, ayant fini de s’adresser à ces trois classes, l’apôtre revient, dans les deux derniers versets de notre chapitre, à l’ensemble de la famille : «Et maintenant, enfants, demeurez en lui, afin que, quand il sera manifesté, nous ayons de l’assurance et que nous ne soyons pas couverts de honte, de par lui, à sa venue. Si vous savez qu’il est juste, sachez que quiconque pratique la justice est né de lui» (2:28-29). Il désire que leur marche et leur conduite soient telles que les apôtres reçoivent l’approbation de Christ au jour de son apparition. C’est un désir très louable de la part d’un homme dont Dieu s’était servi en bénédiction pour leurs âmes. Il désirait ardemment que leurs âmes fussent gardées dans une jouissance permanente, et toujours plus profonde, de l’amour du Père et du Fils, et qu’ils fussent gardés de toute terreur en traversant ce monde.

Il y a donc trois catégories de personnes. Un père qui jouit pleinement de Christ. Un jeune homme est caractérisé par le profond amour de son âme pour la Parole de Dieu, et par sa séparation d’avec le monde. Quant aux petits enfants, ils connaissent le Père et ont reçu de l’Esprit de Dieu la faculté de distinguer clairement ce qui est la vérité de ce qui ne l’est pas. Dieu veuille, dans sa grâce, nous donner à tous d’arrêter dans nos coeurs d’apprendre toujours plus de Christ et d’être ainsi véritablement vainqueurs en un temps de séduction et de déclin.

 

 

8       Chapitre 8   Les Béatitudes (= Bienheureux… ; Matthieu 5:1-16)

L’aspect particulier sous lequel le Seigneur est présenté dans l’évangile de Matthieu est celui du Messie, du Roi. Matthieu s’adresse particulièrement aux Juifs pour attester que Jésus, bien que rejeté, était réellement le Messie. Au chapitre 1, nous avons sa généalogie du côté de Joseph, bien qu’Il ne fût pas en réalité fils de Joseph. S’Il l’avait été réellement, Il n’aurait pas pu être notre Sauveur ; mais afin de pouvoir hériter légitimement du trône, il fallait que fût prouvé qu’Il était bien légalement fils de Joseph.

En fait, Il était fils de Marie, et Fils de Dieu, mais Dieu fit en sorte que son droit légitime au trône de David fût irréfutable. Selon la loi juive, dès l’instant où Joseph devint l’époux de Marie, elle fut considérée comme étant légalement sa femme, et tout fruit de ses entrailles était reconnu comme étant de Joseph. Jésus, donc, appartenait légalement à Joseph et était considéré comme son fils. Luc donne la généalogie du Seigneur par Marie, parce que le but de Luc est de le présenter comme Fils de l’homme.

Matthieu 2 nous montre les mages de l’orient montant à Jérusalem pour l’adorer, et Satan attisant la haine et l’inimitié du monde.

Le chapitre 3 nous donne le témoignage de Jean le Baptiseur, et celui du Père ouvrant les cieux pour le reconnaître comme son Fils bien-aimé et proclamer qu’Il a trouvé en Lui son plaisir.

Puis, le chapitre 4 montre que, bien qu’étant le Messie, le Roi selon Dieu, Il est véritablement homme, homme dépendant de Dieu. Satan entre en scène, et Jésus affronte l’ennemi. Satan est totalement vaincu, par la chose la plus difficile à réaliser pour vous et pour moi : une véritable dépendance de la Parole de Dieu, même dans chacune des paroles que le Seigneur prononçait. «Il est écrit», répond-Il invariablement, faisant ainsi échec à Satan. Il accomplit alors l’Écriture, car Lui-même est la lumière (Matt. 4:14-16). Puis Il commence à prêcher, disant : «Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché» (4:17). «S’est approché», c’est-à-dire «sur le point d’arriver» : jamais il ne sera dit plus que cela du royaume des cieux. Du royaume de Dieu il a pu être dit qu’il était parvenu jusqu’à eux (Matt. 12:28) ou au milieu d’eux (Luc 17:21), parce que le Roi était là, mais le royaume des cieux s’était seulement «approché». Il était lié à sa réjection et à son ascension. 

Aux versets 23-25, nous voyons la manifestation de la puissance du royaume, bien que celui-ci ne soit pas encore instauré. La puissance du Seigneur se manifestait merveilleusement de tout côté, et sa renommée se répandait partout. Il se présente ici sous le caractère de Messie-Roi, d’une extraordinaire puissance en bénédiction.

Il est intéressant de remarquer le lien entre les chapitres 4 et 5. Au chapitre 4, vous avez la Personne du Roi et sa puissance, manifestée d’une part dans sa victoire sur Satan, et, d’autre part, pillant ses biens ; et aux chapitres 5, 6 et 7, vous avez les principes moraux du royaume qu’Il était sur le point d’instaurer, et la conduite qu’Il attendait de ceux qui étaient de ce royaume. Le royaume des cieux, c’est le gouvernement des cieux sur la terre, en mystère aujourd’hui parce que le Roi est rejeté, mais qui sera bientôt manifesté en puissance et en gloire.

Quelle est donc la manière de se conduire qui convient à son royaume ? Le Sermon sur la Montagne répond à cette question, et la première béatitude en donne une description typique : «Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux» (Matt. 4:3). Il n’est pas ici question de personnes devant aller bientôt au ciel, mais bien du ciel qui les gouverne dès maintenant ; il s’agit de la manière dont on doit se conduire avant d’aller au ciel.

Il nous arrive d’être impatients et de dire que nous souhaiterions aller au ciel. Mais Dieu nous arrête et nous dit : «Je vais vous apprendre à vivre sur la terre avant d’aller au ciel, à vivre tout au long du chemin».

Celui qui est le Roi est maintenant entré dans le ciel. Il est invisible, mais Il est le Chef d’un système, et le Seigneur révèle ici ce qui est propre à ce système céleste, et comment doivent se comporter ceux qui en font partie.

«Or voyant les foules, il monta sur la montagne ; et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui» (Matt. 4:1). Moïse avait dit : «L’Éternel ton Dieu, te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ; vous l’écouterez…» (Deut. 18:15). En tant que Roi-prophète, Il rassemble ici ses disciples autour de Lui pour les enseigner. Il monte aussi sur la montagne, signifiant par là, je crois, qu’Il serait enlevé de la terre, qu’Il retournerait au ciel où Il demeurerait caché pour un temps.

Ne pensez pas que, parce que ces trois chapitres se suivent, le Seigneur ait prononcé toutes ces paroles dans le même temps. Elles font partie de discours différents, comme nous le verrons d’après d’autres évangiles. Celui de Marc vous aidera beaucoup à le découvrir. Il est parfaitement clair que dans les évangiles autres que Marc, l’Esprit de Dieu, dans un but particulier, rapporte toutes sortes d’incidents indépendamment de l’ordre chronologique, afin de présenter un certain tableau. Ici, en Matthieu, nous avons une série de tableaux dispensationnels, selon la portée et le but de cet évangile qui révèle Jésus comme le grand Roi. En Luc, les paroles de Christ sont groupées afin de présenter des tableaux d’une portée morale, car le but de Luc est de présenter Christ comme Homme parmi les hommes.

Ici donc, Matthieu regroupe les paroles du Seigneur en un tout parfait et une illustration non moins parfaite de ce que sont les principes du royaume. Luc 14, 15 et 16, de son côté, présente évidemment une sélection frappante de paroles et d’incidents. Ces chapitres forment un tableau d’une portée morale. Au chapitre 14 c’est la terre avec ses difficultés ; au chapitre 15, le ciel avec sa joie et sa bénédiction ; et, au chapitre 16, dans le cas de l’homme riche, l’enfer et toutes ses terribles souffrances.

Et maintenant, nous lisons que «lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui ; et ayant ouvert la bouche, il les enseignait» (Matt. 5:1-2). Combien Il aime avoir les siens près de Lui !

Vous remarquerez qu’il y a neuf «béatitudes», et aussi qu’elles se divisent en deux groupes : les sept premières, puis les deux dernières. Il est fréquent, dans les évangiles, de trouver le chiffre 7, car il est le symbole d’une plénitude spirituelle. Il y a sept paraboles en Matthieu 13, sept pains pour nourrir la foule en Marc 8, et nous voyons le Seigneur en prière sept fois dans l’évangile de Luc. Ici, c’est un tableau spirituel complet de ce que doit être la conduite de ceux qui lui appartiennent pendant qu’Il est absent de son royaume.

Ces sept béatitudes font à leur tour l’objet d’une subdivision. On pourrait dire que les quatre premières sont intérieures, et les trois dernières extérieures. Les quatre premières traitent, en gros, des caractères de la justice et sont résumées au verset 10, tandis que les trois dernières ont trait à la grâce pour l’amour de Christ, et sont résumées au verset 11.

8.1       Bienheureux les pauvres en esprit

«Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux» (5:3). Qu’est-ce donc qu’être pauvre en esprit ? Exactement le contraire de ce qu’on trouve dans le monde. Dans le monde, chacun prend fait et cause pour soi-même et défend ses droits. Une telle personne n’est pas du tout du royaume des cieux, du moins pas en esprit. Quelqu’un qui est pauvre en esprit est vidé de soi-même. Son moi n’existe plus. Vous trouverez une allusion touchante à cela au Psaume 41 : «Bienheureux celui qui comprend le pauvre» — et qui est-il ce pauvre ? c’est Christ ! «Comprendre le Pauvre» ne signifie pas Lui faire l’aumône, mais le considérer, Lui !  «Bienheureux les pauvres en esprit». Il est bienheureux d’être ainsi vidé de soi-même. «Pauvres d’esprit», dirait le monde ! C’est bien cela, mais tels sont ceux que le Seigneur considère comme «bienheureux». Qu’Il nous accorde de comprendre, dans nos coeurs ce que cela signifie.

 

8.2       Bienheureux ceux qui mènent deuil

«Bienheureux ceux qui mènent deuil, car c’est eux qui seront consolés» (Matt. 5:4). Pourquoi est-il bienheureux de mener deuil ? Il ne s’agit pas seulement des peines et des épreuves que nous rencontrons souvent sur notre route, bien que Dieu intervienne et console alors nos coeurs. Mais ne sommes-nous pas dans un monde où tout est hostile à Dieu ? Sans aucun doute ! Comment pourrions-nous donc aimer le Seigneur Jésus Christ et traverser cette scène sans mener deuil ? N’a-t-Il pas, Lui, mené deuil lorsqu’Il l’a traversée ?

Le Seigneur s’adresse ici à ceux qui sont en relation avec Dieu, et qui connaissent le Père. Connaître le Père — connaître Dieu en tant que Père — voilà ce qui caractérise le christianisme. Pourriez-vous donc, connaissant Dieu comme Père, traverser, sans mener deuil un monde où son Fils est méprisé et considéré comme rien ?

En Jean 11, près du tombeau de Lazare, Jésus mena deuil, pas seulement pour entrer en très profonde sympathie dans la souffrance des deux soeurs, mais Il éprouvait devant Dieu dans quel état de ruine est cette pauvre terre, et combien le péché y a tout gâché ! Alors Il mène deuil, et Dieu le console. Étant en communion avec Lui, ne devons-nous pas, nous aussi, mener deuil ?

 

8.3       Bienheureux les débonnaires

«Bienheureux les débonnaires, car c’est eux qui hériteront de la terre» (Matt. 5:5). Je crois que ce verset trouve sa pleine application dans le résidu pieux d’Israël encore à venir, mais ce principe est d’une grande valeur pour nous-mêmes. Que signifie être «débonnaire» ? C’est ressembler à Celui qui a dit ici-bas : «Je suis débonnaire et humble de coeur». Ces paroles furent prononcées par Jésus en un jour très sombre. On ne saurait en imaginer de plus sombre. Jean doutait de Lui ; les localités de Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm, où Il avait accompli ses oeuvres les plus puissantes, le rejetaient. Quelle est sa ressource ? Il se tourne vers son Père, et reçoit tout comme de sa main. Il se rejette sur l’amour et la parfaite sagesse de son Père dans toutes ses circonstances. Qu’est-ce donc qu’être débonnaire et humble de coeur ? C’est recevoir tout, comme Lui l’a fait, de la main de Dieu.

Supposez que je vous dise une méchanceté. Si vous la recevez comme de ma part, Satan marque immédiatement un point, et vous êtes en colère. Si vous la prenez comme de la part de Dieu, vous vous dites : «Ce n’était pas très gentil, ni très chrétien, mais le Seigneur devait avoir une bonne raison de permettre qu’on me dise cela». Quelle humilité cela produit dans le coeur lorsqu’on reçoit ainsi tout comme venant directement de Dieu ! Que signifie donc être débonnaire ? C’est quelqu’un qui consent à ce qu’on l’écrase, qui reçoit si bien tout comme de la main de Dieu que l’amertume même se fait douce !

On demande souvent ce que signifie «s’appliquer à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix» (Éph. 4:3), mais en sautant les deux premiers versets que voici : «Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés, avec toute humilité et douceur, avec longanimité [patience extrême], vous supportant l’un l’autre dans l’amour…» (Éph. 4:1-2). Impossible d’arriver au verset 3 sans passer par le verset 2 et l’avoir appris pratiquement ! Nous avons besoin de beaucoup d’humilité, de douceur, de patience et de support dans l’amour afin de garder l’unité de l’Esprit. «Je vous exhorte par la douceur et la débonnaireté de Christ» (2 Cor. 10:1). Quelles paroles merveilleuses !

8.4       Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice

«Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, car c’est eux qui seront rassasiés» (Matt. 5:6). Oui, Dieu rassasiera ceux qui ont faim et soif de justice, c’est-à-dire faim et soif de répondre pratiquement à la pensée de Dieu. Savons-nous cela ? Je pense que si nous savons si peu ce que c’est que d’être rassasié, c’est parce que nous avons bien peu faim et soif de justice !

 

Maintenant, nous changeons de sujet. Jusqu’ici, il a été question de justice. Il est juste d’être pauvre en esprit ; il est juste de mener deuil ; il est juste d’être débonnaire, ainsi que de répondre pratiquement à la pensée de Dieu. Nous abordons maintenant l’autre aspect du sujet, c’est à dire la grâce : Christ !

8.5       Bienheureux les miséricordieux

«Bienheureux les miséricordieux, car c’est à eux que miséricorde sera faite» (Matt. 5:7). Qu’est-ce qui est venu à notre rencontre, au commencement ? La miséricorde. Qu’est-ce qui nous garde tout le long du chemin ? La miséricorde. Qu’est-ce que le Saint Esprit nous demande de rechercher ? La miséricorde. Nous avons reçu celle-ci dès le commencement, mais la plus grande de toutes les grâces n’est-elle pas que nous soyons délivrés de cette scène de corruption ? Être enlevé, loin de tout cela, pour être avec Lui sera une immense grâce. Nous sommes exhortés à attendre «la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle» (Jude 21).

Dans toute l’Écriture, ce mot merveilleux — la miséricorde — revient sans cesse. «Bienheureux les miséricordieux». Ah ! bien-aimés, je crois que nous sommes bien durs ! Dieu trouve ses délices dans la miséricorde. Si quelqu’un a cette pensée bien ancrée dans son coeur, il sera délivré de sa dureté. Non pas que la miséricorde traite le péché à la légère. Pas du tout !

Ceux qui sont le plus près de Dieu ont aussi cette autre qualité : ils sont «purs de coeur», car ce sont eux qui ressemblent le plus à Christ. Nous avons besoin de toutes ces choses, qui toutes étaient manifestées en Lui. N’était-il pas pauvre en esprit ? Ne menait-Il pas deuil ? N’était-Il pas débonnaire ? Sa viande n’était-elle pas de faire la volonté de Celui qui l’avait envoyé ? N’était-il pas miséricordieux, pur de coeur, débonnaire, procurant la paix ? Il était tout cela et beaucoup plus encore, en perfection.

 

8.6       Bienheureux ceux qui sont purs de coeur

«Bienheureux ceux qui sont purs de coeur, car c’est eux qui verront Dieu» (Matt.5:8). Il ne s’agit pas de traiter le péché à la légère, mais de manifester la plus exquise tendresse à l’égard du pauvre pécheur. L’homme qui vit le plus près de Dieu est celui qui a le plus horreur du péché, mais qui porte au pauvre pécheur l’amour le plus profond et le plus tendre. L’homme qui est le plus près de Dieu est toujours le plus dur pour lui-même, et le plus tendre pour les autres, surtout s’ils ont failli ! Plus je m’éloigne de Dieu, plus je serai dur pour les autres, et, au contraire, indulgent pour moi-même — beaucoup trop indulgent !

 

8.7       Bienheureux ceux qui procurent la paix

«Bienheureux ceux qui procurent la paix, car c’est eux qui seront appelés fils de Dieu» (Matt. 5:9). Combien il est facile de faire le contraire, en semant la discorde, en troublant la paix ! Celui qui procure la paix sera appelé du nom que vous et moi aimons par dessus tout, celui d’enfant de Dieu : «car vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus» (Gal. 3:26). Mais cette affirmation n’est qu’un aspect de la vérité. Prouver que vous êtes un enfant de Dieu par votre conduite, tel est le sens profond de ce verset. Dieu est le Dieu de paix. Montrez que vous êtes son enfant, et que vous ressemblez à votre Père, en procurant la paix. Telle est ici l’injonction de notre Seigneur.

Ces trois dernières «béatitudes» relèvent du caractère de la grâce. Les miséricordieux, les purs de coeur, ceux qui procurent la paix, tous ceux-là reproduisent Christ en nous.

 

8.8       Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice

Viennent ensuite deux «béatitudes» supplémentaires qui, en fait, ne font que résumer les sept précédentes. Et tout d’abord : «Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux» (Matt. 5:10). C’est-à-dire que si vous êtes pauvre en esprit, si vous ne défendez pas vos droits, que récoltez-vous dans ce monde ? Vous récoltez la persécution, on se moque de vous comme si vous étiez fou, car la différence entre le monde d’aujourd’hui et celui du Millénium à venir, c’est qu’aujourd’hui la justice est bafouée, alors que demain elle régnera. Aujourd’hui vous devez faire le bien, souffrir à cause de Lui en l’endurant avec patience, parce que le royaume est en mystère et que le Roi est caché. Mais bientôt, lorsqu’«un roi régnera en justice» (És. 32:1), et que le royaume ne sera plus en mystère, mais visible, alors la justice régnera. Dans le monde présent, si vous faites le bien, il se peut que vous en récoltiez la souffrance, parce qu’aujourd’hui la justice souffre. Mais dans le Millénium, le mal sera éliminé, et la justice régnera. Aujourd’hui si vous êtes pauvre en esprit, le monde dira que vous êtes fou, vous demandera pourquoi vous ne défendez pas vos droits et pourquoi vous vous laissez écraser. Cette souffrance pourra vous visiter de bien des manières — dans vos affaires, dans votre famille, ou de la part de votre voisin !

 

8.9       Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de Christ

Mais il y a plus que d’être persécuté à cause de la justice : «Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera, et qu’on vous persécutera, et qu’on dira, en mentant, toute espèce de mal contre vous, à cause de moi» (Matt. 5:11). La «béatitude» du verset 10 est très différente de celle du verset 11. Au verset 10, vous souffrez à cause de la justice, tandis qu’au verset 11 vous souffrez à cause de Christ, ce qui est beaucoup plus élevé. En vous reportant aux épîtres de Pierre, vous verrez que cette différence y est soulignée :

«Car c’est une chose digne de louange, si quelqu’un, par conscience envers Dieu, supporte des afflictions, souffrant injustement» (1 Pier. 2:19). C’est la souffrance à cause de la conscience, qui relève de la justice. Et, plus loin : «Qui est-ce qui vous fera du mal, si vous êtes devenus les imitateurs de celui qui est bon» ? Le monde essayera de vous faire du mal, et le diable également. «Mais, si même vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux ; et ne craignez pas leurs craintes, et ne soyez pas troublés» (1 Pier. 3:13-14). C’est là souffrir pour la justice.

Et maintenant, écoutez ce que dit le verset 14 du chapitre 4 : «Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous :[de leur part il est blasphémé, mais quant à vous, glorifié]». C’est cela, souffrir à cause de Christ. C’est quelque chose de plus élevé : exactement comme la grâce est, dans un sens, plus élevée que la justice, de même souffrir à cause de Christ est quelque chose de plus élevé que souffrir à cause de la justice.

Mais si vous souffrez à cause de Christ, quelle sera votre récompense ? Écoutez ce qu’Il dit à ceux qui, ayant appris ce qui réjouit le coeur du Seigneur, doivent, afin de Lui plaire, faire ce qui déplairait à tout un chacun : «Réjouissez-vous et tressaillez de joie, car votre récompense est grande dans les cieux». Il est bien dit ici «les cieux», non pas «le royaume des cieux». Et voici une courte mais précieuse parole de grâce et d’encouragement pour l’âme : «car on a persécuté ainsi les prophètes qui ont été avant vous» (Matt. 4:12). Autrement dit, vous êtes en bonne compagnie, ne vous faites pas de souci ! Le monde médit-il de vous ? Eh ! bien, laissez le dire ! Le Seigneur, Lui, sait toutes choses.

Il est évident que si le monde a une accusation valable à porter contre vous, il ne vous reste plus qu’à vous humilier. Mais si ce sont des mensonges, alors réjouissez-vous ! Il n’y a d’ailleurs rien de plus contagieux que la joie, tout comme, dans une armée, il n’y a rien de plus nuisible que la présence de quelques lâches ! Que firent les apôtres dans les Actes ? «Eux donc se retiraient de devant le Sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom ; et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus [comme] le Christ, dans le temple et de maison en maison» (Actes 5:41-42). Ils étaient si heureux qu’ils faisaient retentir la trompette de l’Évangile plus fort, plus longtemps, et avec des accents plus doux que jamais auparavant.

«Oh !» dîtes-vous, «je ne vois pas quelle récompense il y a là». Ce n’est pas vrai, et je vais vous dire pourquoi. C’est comme le jour de la distribution des prix qui n’a lieu qu’à la fin de l’année ! Or, pour nous, le temps n’est pas encore venu, mais il n’est pas loin. Persévérons donc !

Vous remarquerez encore une autre différence entre les versets 10 et 11. Au verset 10, c’est «bienheureux ceux qui…», et au verset 11, «vous êtes bienheureux…», car lorsqu’Il aborde le sujet de la souffrance endurée exclusivement pour Lui-même, Il abandonne le «ceux», trop abstrait et trop froid, au profit du «vous» appliqué aux siens. Pourquoi ? Parce que vous êtes désormais liés à Lui.

Le Seigneur se sert maintenant de deux images frappantes pour montrer ce que les siens doivent être en son absence. «Vous êtes le sel de la terre ; mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi sera-t-il salé ? Il n’est plus bon à rien qu’à être jeté dehors et à être foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde : une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Aussi n’allume-t-on pas une lampe pour la mettre ensuite sous le boisseau, mais sur le pied de lampe ; et elle luit pour tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux» (Matt. 5:13-16). «Vous êtes le sel de la terre». Or le sel conserve, et préserve de la corruption. Lorsque les saints seront enlevés de la terre, il ne restera rien que le squelette sans vie d’une chrétienté sans Christ, rien que la corruption. Le sel correspond à la justice. Mais «vous êtes la lumière du monde» exprime une autre pensée. La lumière correspond à la grâce. Le sel ne fait que préserver de la corruption, mais la lumière est active, elle chasse les ténèbres. De même, la grâce brille au dehors, et cherche. Elle donne la lumière.

Un chrétien doit être une lampe. Pourquoi cela ? Afin qu’on voie sa lumière, et que le Père en soit glorifié. Le Seigneur prend bien soin de ne pas dire : «Que vos bonnes oeuvres brillent», mais «que votre lumière luise». Et pourquoi ? Quelle est votre lumière ? C’est la vie de Christ reproduite en vous, et lorsqu’il en est ainsi, c’est Christ en vous que l’on voit. C’est cela l’important. Le monde doit voir Christ en vous. Il ne s’agit pas tant de rendre témoignage que d’être un témoignage ; et pas seulement d’apporter la lumière, mais d’être lumière. Alors votre Père sera glorifié, car c’est là tout Christ. Le reflet de Christ dans la vie d’un saint a pour effet que les hommes glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Mais combien nous devons être vigilants dans notre marche, de peur que notre lumière ne luise pas. Le monde est prompt à relever nos fautes. Il observe de très près la vie du chrétien, et il sait très bien ce qui est incompatible avec le nom de Christ.

Que le Seigneur nous accorde, amis bien-aimés, de goûter pleinement dans nos coeurs ce qu’Il nous donne ici, afin que par notre marche et par notre témoignage pour Lui, le nom de notre Père soit glorifié en nous.

 

9       Chapitre 9Attachement personnel (Jean 1:35-42, 12:1-8, 20:10-18)

Frères bien-aimés, nous avons entendu dire d’innombrables fois que c’est le coeur aimant qui apprend, et que c’est un tel coeur que Dieu mène de l’avant. J’ai choisi ces passages simplement pour illustrer ce précieux principe. D’un bout à l’autre, voyez-vous, il y est question d’une Personne. Il est extrêmement important de savoir que le Christianisme n’est pas une question de doctrines : Il s’agit d’une Personne, et de l’attachement du coeur à cette Personne. Ce n’est pas une adhésion intellectuelle à des principes de vérité, mais la vérité elle-même en la Personne d’un Homme vivant, et l’attachement du coeur à cette Personne. Il est particulièrement bienfaisant de considérer les Évangiles, surtout celui de Jean, de ce point de vue.

Sans aucun doute, Dieu nous a rapporté ces simples récits pour nous aider, et pour gagner pareillement nos coeurs à son cher Fils. Dans cette scène du début de l’Évangile de Jean, nous assistons à une manifestation merveilleuse de Christ, puis nous voyons les différentes manières dont le Seigneur se révéla à beaucoup d’âmes, et comment Il les attira, pour finalement les attacher à sa Personne. Le Seigneur, au début de cet Évangile, attire les âmes comme un aimant, les faisant sortir de partout où elles se cachent. Il attirait les coeurs à Lui en se révélant d’une manière parfaitement adaptée à l’état de chaque âme, et c’est exactement ce qu’Il fait encore aujourd’hui. C’est un travail essentiellement individuel, qui s’accomplit très calmement, que ce soit dans le cas d’André et de son compagnon, de Pierre, Philippe ou Nathanaël (Jean 1), de Nicodème (Jean 3), de la femme du puits de Sichar et du seigneur de la cour (Jean 4), du paralytique de Béthesda (Jean 5), de la femme adultère (Jean 8), de l’aveugle-né (Jean 9), de Marie de Béthanie (Jean 11). Et ce ne sont là que des échantillons parmi beaucoup d’autres, dont on lit l’histoire dans les Évangiles. Ces exemples montrent de quelle manière irrésistible Jésus attire les âmes à Lui et leur prodigue ses soins, d’une main habile et avec un coeur parfaitement intègre.

À la fin de l’Évangile, vous verrez quelle place merveilleuse occupent certaines de ces âmes qui avaient été attirées. Vous découvrirez que certains de ces coeurs furent capables d’entourer Jésus de leurs soins, et, pour ainsi dire, de Lui présenter une coupe d’eau froide, mieux que quiconque, à l’heure de sa plus grande souffrance ici-bas. C’est quelque chose de merveilleux d’avoir pu répondre aux besoins du coeur de Christ sur cette terre. C’est comme en Genèse 24. L’épouse était en fait choisie par le Père, et le serviteur désigné la conduisit à Isaac. Isaac aima Rébecca, et c’est ainsi qu’à l’heure de sa souffrance — car sa mère était morte — c’est par Rébecca qu’il fut consolé. En Genèse 22, vous avez l’histoire de l’amour du Père pour le Fils. Il est intéressant de remarquer que c’est la première fois dans l’Écriture qu’il est fait mention de l’amour. La seconde fois qu’il en est question, il s’agit de l’amour de l’Époux pour l’Épouse, au chapitre 24. Il l’aime, et elle le console. C’est exactement ce qu’on s’attend à trouver dans l’Écriture, d’abord l’amour du Père pour le Fils, puis l’amour de l’Époux pour l’Épouse, celle-ci consolant son Bien-aimé. Oui, l’amour est toujours personnel et réciproque.

Considérez la scène sur laquelle s’ouvre l’Évangile de Jean, et voyez comme elle est belle ! Jean le Baptiseur voit le Seigneur et dit : «Voilà l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde» (Jean 1:29). Remarquez bien que, malgré ce témoignage, personne ne Le suit. Une remarque très pertinente a été faite ici aujourd’hui : c’est que ce n’est pas seulement une oeuvre, mais une Personne, que nous avons à présenter. Lorsque l’oeuvre fut présentée, personne ne suivit le Seigneur. Le lendemain, Jean arrêta de nouveau son regard sur Lui, et, le contemplant, il s’écria : «Voilà l’agneau de Dieu» (Jean 1:36). Deux disciples se détachent aussitôt de Jean pour suivre le Seigneur. Le Seigneur, voyant qu’ils le suivent, leur dit : «Que cherchez-vous ?» C’était bien ce qu’il convenait de leur demander, car était-ce bien l’affection qui était à l’oeuvre dans leurs coeurs ? Mais lorsque le Seigneur s’adresse à Marie (Jean 20), Il ne dit pas «Que cherches-tu ?» Non, les anges avaient pu lui demander «Femme pourquoi pleures-tu ?», mais le Seigneur dit : «Qui cherches-tu ?» Il a éveillé dans son âme des affections que Lui seul peut satisfaire, c’est pourquoi Il dit : «Qui cherches-tu ?» Pierre et Jean, après avoir vu le sépulcre, pouvaient s’en retourner chez eux, mais sans Jésus, Marie n’avait plus de chez elle. Rien ne pouvait la satisfaire que Lui-même.

Sans doute le Seigneur commence-t-Il souvent par nous demander «Que cherches-tu ?», mais quand c’est l’amour qui parle, c’est «Qui cherches-tu ?» Cette question «Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?» en dit long ! Ici, Il demande aux deux disciples : «Que cherchez-vous ?», et la réponse est très belle : «Rabbi, … où demeures-tu ?», autrement dit : où pouvons nous être toujours sûrs de te trouver ? Ils désiraient vraiment être avec Lui. Et Il leur dit : «Venez et voyez», «et ils demeurèrent auprès de Lui ce jour-là» (Jean 1:40). Il ne restait que deux heures à ce jour là ! Mais que résulta-t-il de ces deux heures ? Je suis sûr que si vous passiez deux heures avec Jésus, jouissant de son amour et de sa compagnie, vous seriez comme obligés d’aller chercher quelqu’un pour partager ces choses avec lui. Il arrive que des saints disent qu’ils ne savent pas prêcher l’évangile ! Mais cela serait plus fort que vous si vous deviez passer deux heures avec ce cher Sauveur ! Si vous étiez assis sous ses ombrages, goûtant avec délice du fruit qu’Il vous donne, vous seriez comme obligés de vous lever, et vous ne pourriez pas vous reposer avant d’avoir trouvé quelqu’un avec qui partager ce festin !

Nous n’entendons la voix d’André que trois fois dans les Évangiles. La première, lorsqu’il parle de Jésus à Simon ; la seconde, lorsqu’il informe le Seigneur de la présence d’un petit garçon qui a «cinq pains d’orge et deux poissons» (Jean 6:9) ; et la troisième lorsqu’il dit à Jésus que des Grecs désiraient le voir (Jean 12:21-22). Le premier jour, il alla chercher Pierre, après quoi nous entendons très peu parler d’André, mais beaucoup de Pierre. Néanmoins, je crois qu’il va être très intéressant de voir comment le Seigneur appréciera et récompensera celui qui a été l’instrument de la conversion de Pierre. Il est probable qu’André ne fut pas un grand prédicateur, pas plus que vous peut-être, mais il aimait Jésus, et c’est pourquoi il Lui amena son frère. «Va, et toi fais de même». Si vous étiez l’instrument choisi pour amener au Seigneur quelqu’un qui deviendrait un Pierre, ce serait merveilleux, même si vous en restiez là : Avez-vous jamais passé deux heures avec Jésus ? Vous en seriez marqué définitivement. Et je sais que si vous passiez deux heures avec Lui, vous en voudriez trois, puis quatre, et, en plus, quelqu’un avec qui partager la joie merveilleuse que vous avez trouvée en Lui !

Je ne parlerai pas de tous les cas où nous voyons le Seigneur attirer des âmes à Lui. L’homme du chapitre 3 (Nicodème) fut attiré à cause de sa mauvaise conscience, et la femme du chapitre 4 à cause de ses peines et du vide de son coeur. Mais dans touts les cas, tous subissent l’influence de sa propre Personne. Comme c’est beau de voir le Seigneur attirer des coeurs à Lui ! Tel fut le début de son ministère. Vers la fin de cette vie admirable, Dieu a grand soin de montrer l’autre aspect de notre sujet, mais ce n’est que dans la dernière semaine de la vie du Seigneur que tout vient au grand jour.

En Jean 12, nous avons la scène touchante du souper de Béthanie, «six jours avant la Pâque» (c’est-à-dire, probablement, le dimanche), et nous assistons au moment où le Seigneur est «consolé», si je peux me permettre cette expression. À l’heure où son supplice approchait rapidement, le coeur du Seigneur — qui ressentait profondément tout ce qui était devant Lui — fut fortifié par un coeur qui vint à sa rencontre et qui avait été attiré à Lui longtemps auparavant. Marie n’est mentionnée que trois fois. La première fois, c’est en Luc 10. Marthe était très occupée à servir, mais Marie était assise aux pieds du Seigneur, écoutant sa Parole. On la trouve toujours dans cette même attitude, «aux pieds de Jésus». Le Saint Esprit prend soin de nous le dire. En Jean 11, nous la retrouvons ainsi. Le Seigneur l’aimait, et je pense qu’elle le savait fort bien, car il est dit : «Or Jésus aimait Marthe, et sa soeur, et Lazare». Il est très doux de connaître l’amour de Jésus — pas seulement l’amour-pitié, qui répond à nos besoins, — mais l’amour qui s’épanouit dans la joie, et dont l’Ancien Testament nous offre beaucoup d’images. Qu’il est doux de se savoir l’objet d’un tel amour !

En Jean 11, nous trouvons Marie aux pieds de Jésus à l’heure de sa propre souffrance à elle. Goûtant alors la douceur de Sa sympathie, son coeur s’attacha à Lui plus que jamais. Puis, lorsque l’heure du supplice du Seigneur commença à poindre à l’horizon, lorsque avec l’intuition de l’amour (rien n’est plus perspicace que l’amour), elle vit à quel point les Juifs désiraient sa mort, lorsque arriva l’heure fixée pour le souper, elle prit son vase d’albâtre plein de parfum et en oignit les pieds du Seigneur. On a dit fort justement que le geste de Marie fut la seule chose excellente qui convenait à ce moment-là. Le coeur qui avait appris la douceur de Son amour et la connaissance de ses voies, fut le seul à avoir la pensée de Dieu à ce moment-là. Si vous saviez que quelqu’un que vous aimez allait être cruellement mis à mort dans quelques jours, vous ne feriez sûrement pas un festin ! Ce n’est pas ainsi que vous exprimeriez votre amour. Ainsi, ce coeur qui aimait le Seigneur, qui avait entendu sa Parole, qui connaissait sa perfection et avait fait l’expérience de sa sympathie, sentait intuitivement qu’un festin eût été déplacé, mais elle saisit l’occasion de répandre son amour — son tout — sur Celui à qui elle devait tout. C’était un acte très beau, qui ne devait jamais être oublié. Il avait été à côté d’elle dans sa souffrance à elle, elle l’avait entendu frémir dans son esprit et l’avait vu pleurer. Elle est maintenant capable, dans son amour pour Lui, de le réconforter à l’heure de sa souffrance à Lui, de répondre aux besoins de son coeur comme seul l’amour peut le faire. Je crois pouvoir affirmer qu’elle fit la seule chose qu’il convenait de faire à ce moment-là.

Il n’y avait personne, à ce moment-là, qui eût la pensée de Dieu, si ce n’est cette femme. Elle apporte son vase et oint le Seigneur avec son parfum. Elle avait gardé ce parfum pour sa sépulture, mais elle pressentait que si elle attendait qu’Il fût mort, elle ne l’oindrait jamais, car le tombeau, dont Il avait fait sortir son frère, ne pourrait retenir le Seigneur. C’est l’affection qui la pousse ici à agir d’une manière si touchante. Sans doute n’aurait-elle pu dire explicitement pourquoi elle le faisait. Tous les disciples la regardaient d’un air réprobateur. Croyez-vous qu’elle cherchait à attirer leur attention ou à faire étalage de sa piété ? Je pense que si vous lui aviez demandé pourquoi elle avait fait cela, elle aurait dit tout simplement : «je ne sais pas pourquoi, je sais seulement que je l’ai fait». C’était la seule chose excellente, et le Seigneur, en quelque sorte, prend Marie sous sa protection en disant : «En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d’elle» (Matt. 26:13). Il y aura des milliers de Marie au ciel, mais d’entre elles toutes, une seule sera connue comme la Marie qui fit ce qu’il convenait de faire, de la manière et au moment convenables. Et ce fut simplement son amour pour Jésus qui lui suggéra et lui fit accomplir cette «bonne oeuvre». S’il est une chose entre toutes que Dieu apprécie dans cette scène c’est l’attachement d’un coeur à son Fils. Le geste de Marie ne fut-il pas précieux au Seigneur ? Sans doute serais-je bien incapable de dire ce que cela fut pour Lui, mais nous pouvons imaginer le prix qu’Il y attachait lorsqu’Il déclare qu’il en serait parlé jusqu’à la fin, et dans le monde entier, en mémoire d’elle !

Passons maintenant à une autre Marie, celle de Jean 20. Elle n’avait pas l’intelligence de la première Marie, mais elle aimait le Seigneur. Les autres disciples pouvaient rentrer chez eux, mais Marie de Magdala, dans cette scène, n’avait d’autre «chez elle» que le tombeau de son Seigneur bien-aimé. Il n’était plus, et la lumière de sa vie à elle s’était éteinte avec Lui. Le monde n’était plus qu’un vide immense. Le coeur de Marie était dans le tombeau avec son Seigneur. Il était mort. Les anges la saluent, disant : «Femme, pourquoi pleures-tu ?» et elle répond : «Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis». Elle avait pu dire aux disciples, au début de ce chapitre : «On a enlevé du sépulcre le Seigneur», mais maintenant du fond de sa douleur, c’est «mon Seigneur». Comme cela dut être doux à l’oreille du Père ! Et ce n’est pas tout. Les anges n’arrêtent point son attention ! J’ai l’impression que beaucoup d’entre nous auraient pris le temps de regarder ces messagers du ciel, mais Marie leur tourne le dos ! Jésus seul peut répondre à ce coeur désolé et le combler. Alors, tournant le dos aux anges, elle voit Quelqu’un, et elle entend une voix lui dire : «Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu» ? Lui seul connaissait le chemin du coeur de Marie dont Il touche, d’une manière admirable, l’endroit le plus sensible. «Dis-moi où tu l’as mis, et moi je l’ôterai», répondit-elle. Ne croyez-vous pas que sa réponse fut des plus douces au coeur du Sauveur ? Un peu d’affection Lui est infiniment précieuse. Il aime être l’objet d’une affection simple et sincère de notre part.

Il savait qu’elle l’aimait de tout son coeur, bien qu’Il fût mort. C’était Lui-même qu’elle aimait. Il suffit d’un seul mot de sa part : «Marie» ! Elle entend cette voix comme auparavant. Elle est à ses pieds, et Il lui révèle cet accomplissement merveilleux de la vérité, comme jamais auparavant cela n’avait été révélé à quiconque : «Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu» (Jean 20:17). C’est comme s’Il lui disait : «Tu m’as eu ici, Marie, et tu m’as perdu, mais j’ai au ciel une place à moi, une place qui m’appartient de toute éternité. Mais cette place je l’occupais seul. Maintenant je suis venu ici-bas, je suis mort et ressuscité, et je vais retourner occuper cette place où tout est joie et repos, auprès du Père. Mais je n’y retournerai pas seul. Désormais, je vais partager cette place avec d’autres». Le Seigneur occupe une nouvelle position devant Dieu et dit en quelque sorte à Marie : «Je vais partager cette place avec mes frères, va le leur dire».

Qui peut dire quel privilège merveilleux ce fut pour cette femme de recevoir ce message du Seigneur en ce matin de la résurrection, et quelle douceur pour Lui de trouver un coeur véritablement occupé de Lui ! Il est vrai, je le répète, qu’elle l’aimait mort, mais elle l’aimait, Lui ! Oui, quelle douceur, quelle joie pour le Seigneur de trouver un coeur qui n’avait absolument rien d’autre au monde que Lui-même ! Ce coeur était le premier qu’Il avait rencontré en se levant hors du tombeau froid et silencieux, et si Lui-même consolait Marie d’une manière merveilleuse, soyez certain que son amour à elle Lui fut extrêmement précieux. Puissions-nous ressembler davantage à Marie !

Si le vase de parfum de Béthanie avait été comme de l’eau pour Lui, dans la soif de son âme, et si le témoignage merveilleux du brigand expirant (qui le reconnut Seigneur alors que tout le monde était contre Lui) consola pareillement son coeur, que dire de la douceur que cela fut pour Lui de voir, au moment où Il revenait vivant dans ce monde si hostile, un coeur capable de tourner le dos à tout sur cette terre par amour pour Lui ?

Mais tout est différent désormais. Il s’en est allé au Père et dit : «Si vous m’aviez aimé, vous vous seriez réjouis de ce que je m’en vais au Père» (Jean 14:28). Quelle chose merveilleuse qu’Il se soucie de l’amour de coeurs tels que le vôtre et le mien !

Aujourd’hui, nous avons beaucoup entendu parler de l’amour du Père et de l’amour de Christ. Dieu veuille qu’il en résulte, pour chacun de nous, que nous l’aimions d’un amour toujours plus simple et plus vrai, en attendant son retour. Alors nous verrons sa face, et nous nous réjouirons éternellement en sa présence.

 

10 Chapitre 10La conduite    1 et 2 Pierre

Considérons un peu le sujet de la conduite. Ce que l’apôtre Pierre nous en dit dans ses épîtres est sans aucun doute le fruit de ce que le Seigneur lui avait dit en ce jour mémorable où il fut publiquement restauré (Jean 21)

Sa première mission fut celle-ci : «Pais mes agneaux». J’ai été frappé récemment par la fréquence avec laquelle l’apôtre emploie ce mot «conduite». Il est très important de s’interroger sur les conséquences pratiques de la conduite des saints. Sans aucun doute le caractère de celle-ci en influencera les résultats.

Quel effet merveilleux serait produit dans cette ville, chers jeunes gens et jeunes filles, si vous étiez tous fermement engagés pour Dieu. Quelle force vous représenteriez, et aussi quel témoignage pour Christ !

Pierre nous exhorte à être «saints dans toute notre conduite» (1 Pier. 1:15), puis il traite de six types de conduite, comme nous allons le voir.

10.1  Une «vaine conduite»

«Et si vous invoquez comme Père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’oeuvre de chacun, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour ici-bas, sachant que vous avez été rachetés de votre vaine conduite qui vous avait été enseignée par vos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des temps pour vous, qui, par lui, croyez en Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance fussent en Dieu» (1 Pier. 1:17-21). Il est question ici de la vaine conduite qui correspond à la religion de la chair — qu’il ne faut pas confondre avec une simple profession de lèvres. Je crois que Pierre emploie l’expression dans un sens beaucoup plus étendu. Que commence-t-il par dire ? Vous avez été complètement retirés de ce système religieux qui plaît au premier homme. Vous avez été rachetés pour Dieu par le sang précieux de Christ. La première chose, donc, que l’âme saisit, en rapport avec la conduite, c’est que nous sommes sortis de cet ancien état de choses. Nous sommes délivrés de cette vaine conduite, qui n’est autre que le Judaïsme, hérité par tradition de nos pères. Ce que nous avons donc à faire, c’est de nous libérer de tout formalisme religieux qui ne convient pas à Dieu. C’est par là qu’il faut commmencer.

10.2  Une «conduite honnête»

Passons maintenant au chapitre suivant : «Bien-aimés, je vous exhorte, comme forains et étrangers, à vous abstenir des convoitises charnelles, lesquelles font la guerre à l’âme, ayant une conduite honnête parmi les nations, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme des gens qui font le mal, ils glorifient Dieu au jour de la visitation, à cause de vos bonnes oeuvres qu’ils observent» (1 Pier. 2:11-12). Il s’agit maintenant d’une conduite honnête. Comme cela est beau ! Que sommes-nous donc ? Des étrangers, des pèlerins. Qu’est-ce qu’un étranger ? C’est quelqu’un qui est loin de sa patrie. Où est notre patrie ? Là où est Jésus, voilà notre patrie ! Le Seigneur n’est pas ici. Il est là-haut, et nous sommes ici comme des étrangers, des pèlerins. Nous ne sommes pas chez nous, mais nous nous y rendons. Un pèlerin, c’est un homme qui est en voyage. Or le but de notre pèlerinage, c’est notre patrie, c’est-à-dire le ciel. Pierre dit que si vous comprenez vraiment ce qu’est la grâce de Dieu, alors vous êtes un pèlerin. Un pèlerin est en voyage, et son but est de retourner chez lui. Paul était un pèlerin lorsqu’il dit : «Et maintenant, voici, étant lié dans mon esprit, je m’en vais à Jérusalem, ignorant les choses qui m’y doivent arriver, sauf que l’Esprit Saint rend témoignage de ville en ville, me disant que des liens et de la tribulation m’attendent. Mais je ne fais aucun cas de ma vie, ni ne la tiens pour précieuse à moi-même, pourvu que j’achève ma course, et le service que j’ai reçu du Seigneur Jésus pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu» (Actes 20:22-24). C’est bien cela. Vous êtes loin de votre patrie, mais vous vous y rendez. Votre coeur dit-il : «Oui, c’est bien à Lui que je vais» ? Alors, vous devez faire preuve en chemin d’une conduite honnête. Comme vous le savez, nous vivons à une époque où règne la malhonnêteté. Mais Dieu nous demande à vous et à moi, de veiller à être honnêtes. Cette parole s’adresse à tous, mais surtout aux hommes. Veillez à ce que votre coeur et votre conscience répondent à la vérité et à la lumière divines.

10.3  Une conduite pure

C’est ce dont il est question un peu plus loin : «Pareillement, vous, femmes, soyez soumises à vos propres maris, afin que, si même il y en a qui n’obéissent pas à la parole, ils soient gagnés sans la parole, par la conduite de leurs femmes, ayant observé la pureté de votre conduite dans la crainte — vous dont la parure ne doit pas être une parure extérieure qui consiste à avoir les cheveux tressés et à être paré d’or et habillé de beaux vêtements, mais l’homme caché du coeur, dans l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible qui est d’un grand prix devant Dieu…» (1 Pier.3:1-4) Pierre s’adresse ici à des femmes dont le chemin pouvait être très difficile. Il envisage des cas où la femme était peut-être convertie, mais pas son mari. Le mari pouvait alors être gagné par la pureté de la conduite de sa femme. Cela montre l’importance de la vie à l’intérieur du foyer. Quel bon conseil pour les temps actuels : une conduite pure ! Comme on est loin de la femme émancipée du siècle présent !

 

10.4  Une bonne conduite

Nous sommes maintenant tous exhortés à nous bien conduire. «Enfin, soyez tous d’un même sentiment, sympathisants, fraternels, compatissants, humbles, ne rendant pas mal pour mal, ou outrage pour outrage, mais au contraire bénissant, parce que vous avez été appelés à ceci, c’est que vous héritiez de la bénédiction : «car celui qui veut aimer la vie et voir d’heureux jours, qu’il garde sa langue de mal, et ses lèvres de proférer la fraude ; qu’il se détourne du mal et qu’il fasse le bien ; qu’il recherche la paix et qu’il la poursuive ; car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont tournées vers leurs supplications ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal. Et qui est-ce qui vous fera du mal, si vous êtes devenus les imitateurs de celui qui est bon ? Mais, si même vous souffrez pour la justice, vous êtes bienheureux ; et ne craignez pas leurs craintes, et ne soyez pas troublés, mais sanctifiez le Seigneur le Christ dans vos coeurs ; et soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et crainte, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous, ayant une bonne conscience, afin que, quant aux choses dans lesquelles ils médisent de vous comme des gens qui font le mal, ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ, soient confus. Car il vaut mieux, si la volonté de Dieu le voulait, souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal…» (1 Pier. 3:8-17). C’est cela être dehors dans le monde.

Remarquez seulement combien de fois reviennent ces mots «heureux», «bien», «bon» (v. 10, 11, 13, 16) dans ce chapitre ! Savez vous ce qu’est un chrétien ? C’est quelqu’un qui est béni, et envoyé dans le monde pour dispenser la bénédiction. Vous avez été bénis par le Seigneur, et vous êtes placés dans ce monde pour bénir, comme le dit ici Pierre. Vous bénissez celui qui est contre vous. Vous êtes comme la reproduction de Christ dans ce monde d’où Il a été rejeté. Voulez-vous voir des jours heureux si le Seigneur tarde à venir ? Alors, gardez votre langue du mal.

Ici, je crois qu’il est bel et bien question de notre langage, et de l’effet qu’il produit sur nous-mêmes autant que sur les autres. Le Seigneur entend tout, et voit tout. «Car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont tournées vers leurs supplications ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal». La face du Seigneur est tout autant contre ses propres enfants, s’ils font le mal, que contre les enfants du diable. Ici, l’apôtre applique cette parole à la marche pratique du chrétien. «Et qui est-ce qui vous fera du mal, si vous êtes devenus les imitateurs de celui est bon» ? Remarquez tout ce qui est bon ici. Pour avoir d’heureux jours, poursuivez ce qui est bon : une bonne conscience, et une bonne conduite. Bien-aimés, si vous faites et recherchez ce qui est bien, et que vous vous en nourrissiez, vous verrez d’heureux jours, vous aurez une bonne conscience, et tout le monde devra reconnaître que vous vous conduisez bien. En outre, Dieu fera en sorte que «ceux qui calomnient votre bonne conduite en Christ soient confus».

Et maintenant, passons à la deuxième épître où il est question de ce qui doit nécessairement attrister le saint de Dieu.

 

10.5  «Une conduite débauchée»

«Car si Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, mais, les ayant précipités dans l’abîme, les a livrés pour être gardés dans des chaînes d’obscurité pour le jugement ; et s’il n’a pas épargné l’ancien monde, mais a préservé Noé, lui huitième, prédicateur de justice, faisant venir le déluge sur un monde d’impies ; — et si réduisant en cendres les villes de Sodome et Gomorrhe, il les a condamnées par une totale subversion, les établissant pour être un exemple à ceux qui vivraient dans l’impiété ; et s’il a délivré le juste Lot, accablé par la conduite débauchée de ces hommes pervers, (car ce juste qui habitait parmi eux, les voyant et les entendant, tourmentait de jour en jour son âme juste à cause de leurs actions iniques) — le Seigneur sait délivrer de la tentation les hommes pieux, et réserver les injustes pour le jour du jugement, pour être punis…» (2 Pier. 2:4-9). Dieu doit juger le mal, et Il le fera. Mais avant de le juger dans Sodome, Il délivra le juste Lot qu’accablait la conduite débauchée de ces hommes pervers. Si Lot avait été quelque peu spirituel et pieux, il n’aurait pas quitté son oncle Abraham (même si il le jugeait peut-être un peu «vieux jeu»). Mais, comme beaucoup d’autres jeunes gens, il pensait faire son chemin dans le monde. Et où alla-t-il ? Il commença par dresser ses tentes du côté de Sodome (Gen. 13:12), puis il entra dans la ville et y habita (Gen. 14:12).

Dieu ne tarda pas à lui donner un avertissement solennel, car il fut fait prisonnier par Kedor-Laomer et ses alliés, et perdit tous ses biens par surcroît. Alors son vieil oncle reparut et le délivra, mais, sourd à ses avertissements, Lot retourna aussitôt à Sodome. Peut-être pensait-il pouvoir améliorer cette cité impie, comme beaucoup de chrétiens aujourd’hui qui cherchent, mais en vain, à donner quelques vernis à ce «présent siècle mauvais» (Gal. 1:4). Finalement, Dieu dut arracher Lot de Sodome (Gen. 19). Mais Lot n’y gagna que d’être accablé dans son âme par la conduite débauchée d’hommes impies tant qu’il y demeura.

Mais un saint, aujourd’hui, n’est nullement obligé de se trouver dans le cas de Lot. Celui-ci s’était établi à Sodome volontairement, de son propre choix. Nous sommes certes obligés de traverser le monde, mais il existe une manière d’être littéralement «pré-occupé». Je vais vous indiquer un moyen d’empêcher la conduite des méchants de pénétrer dans votre âme et de l’accabler : «Soyez pré-occupés». Si Christ vous préoccupe, il n’y aura pas de place pour autre chose. La souillure morale nous environne de toute part. Soyez occupés de Christ, d’une bonne conduite honnête et pure, et toute cette souillure qui vous entoure ne vous affectera pas : Si vous agissez ainsi, vous rencontrerez peut-être la persécution, mais à la longue vous verrez que le monde ne vous causera pas beaucoup d’ennuis. Si vous prenez fermement position pour Christ, vous ne tarderez pas à voir ce que le monde fera. Il se débarrassera de vous ! Votre âme ne sera tourmentée par la conduite débauchée des méchants que si vous entretenez avec eux des relations très étroites.

 

10.6  Une sainte conduite

Voyons, maintenant le dernier point. «Mais n’ignorez pas cette chose, bien-aimés, c’est qu’un jour est devant le Seigneur comme mille ans, et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse, comme quelques-uns uns estiment qu’il y a du retardement ; mais il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance. Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et dans ce jour-là les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les oeuvres qui sont en elles seront brûlées entièrement. Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété, attendant et hâtant la venue du jour de Dieu, à cause duquel les cieux en feu seront dissous et les éléments embrasés se fondront. Mais selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix…» (2 Pier. 3:8-14).

En parlant ainsi de l’apparition du Seigneur, Pierre dit «quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété» ! Comme cela est beau ! Le saint, né de Dieu, et rempli du Saint Esprit, marche dans une atmosphère d’amour — un saint amour — et traverse la scène de ce monde en se conduisant saintement. Il vit dans une atmosphère de sainteté qu’il transporte avec lui. C’est-à-dire qu’il est séparé pour Dieu, avec qui il marche, et il émane de lui un rayonnement tout à l’entour, fruit de cette proximité de Dieu. Ce que je souhaite de meilleur pour vous, c’est que, en faisant route vers le ciel, et en attendant le jour de la manifestation de toutes choses — qui sera celui de la rétribution — vous puissiez savoir ce que c’est de traverser ce monde dans la puissance de l’Esprit de Dieu. En toute affection, j’attire instamment votre attention sur ces paroles de Pierre : «C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant en lui, en paix…» (2 Pier. 3:14).

Vous avez été délivrés d’une «vaine conduite» — la religion des hommes selon la chair — vous n’avez donc aucune raison d’être accablés par leur conduite débauchée, dont vous êtes indemnes. Vous êtes du ciel. Et maintenant qu’est-ce qui doit caractériser votre marche ? Une conduite honnête, une conduite pure, une bonne et sainte conduite. Et je le répète, si nous étions tous fermement décidés à suivre le Seigneur, je crois, chers jeunes amis, qu’une puissance merveilleuse agirait dans cette ville. Recherchons donc, avec un zèle toujours croissant, la bénédiction des autres. Nous sommes nous-mêmes les objets d’une très grande bénédiction, et nous sommes laissés ici-bas pour être en bénédiction à d’autres. Le Seigneur veuille accorder à chacun d’entre nous la grâce de s’engager plus simplement et plus totalement à le suivre.

 

11 Chapitre 11    L’évangile, l’Assemblée, et le serviteur    Éphésiens 4:1-16 et Actes 8 à 15

J’ai l’intention, avec l’aide du Seigneur, de considérer un peu le rapport qu’il y a dans l’Écriture entre l’évangile et l’Église — c’est-à-dire l’Assemblée — et le service que le Seigneur nous propose dans sa grâce. Il est extrêmement important d’être au clair quant au service qui est en rapport d’une part avec l’évangile, et, d’autre part, avec l’Assemblée en tant que Corps de Christ ; ainsi que de savoir quelle est la relation du serviteur envers Christ — son Seigneur — et l’Assemblée dont il fait partie intégrante.

C’est une grave erreur, bien-aimés, de séparer le service d’évangélisation de l’Assemblée. Je ne comprends pas comment cela peut venir à l’esprit de quelqu’un. L’évangile est la révélation du coeur et de la nature de Dieu. L’Assemblée est l’objet du tendre amour de Christ. En elle, nous avons aussi la réalisation, en puissance absolue, de ce qu’étaient les desseins et les conseils éternels de notre Dieu. Ces conseils se sont réalisés en puissance, si bien que, comme conséquence de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus Christ, et de la descente du Saint Esprit au jour de la Pentecôte, nous avons cette nouvelle et merveilleuse structure qu’est l’Église de Dieu — ou l’Assemblée — appelée aussi la Maison de Dieu. Cette Église est l’objet de la tendre et profonde sollicitude de notre bien-aimé Seigneur Jésus.

Il est merveilleux de savoir ce que l’Église est pour Christ. Je me sens totalement incompétent pour traiter ce sujet comme j’aimerais pouvoir le faire, mais je compte sur l’aide du Seigneur. L’apôtre Paul dans sa lettre aux Éphésiens, a dévoilé le mystère, la vérité de l’Église en tant qu’objet des tendres soins de Christ, parce qu’elle est son Corps. Il fut le «vase d’élection» — serviteur de Dieu spécialement appelé — pour révéler cette vérité. Mais son ministère avait un double aspect, car il fut non seulement «mis à part pour l’évangile de Dieu» (Rom. 1:1) dont «moi, Paul, je suis devenu serviteur», comme il dit en Colossiens 1:23, mais il eut à souffrir «pour son corps qui est l’assemblée, de laquelle moi je suis devenu serviteur selon l’administration de Dieu» (Col. 1:24-25).

Si je parle de l’évangile, est-ce que j’entends seulement par là la nouvelle annonçant à un pauvre pécheur le moyen d’être délivré de ses péchés ? Nullement ! Il y a aussi cette pensée de la bénédiction qui découle de voir Dieu, dans toute la magnificence de son amour et de sa grâce, communiqué aux coeurs des hommes, et ceux-ci amenés à le connaître et à entrer dans la joie de son amour. Ce sont tous ceux-là, ainsi bénis, qui forment l’Église. Vous ne pouvez avoir l’évangile seul, en laissant de côté la pensée de l’Église. Et je crois que celui qui cherche à agir ainsi, fait du bien mauvais travail. Non, l’évangile et l’Église ne font qu’un. L’évangile produit l’Église, et l’Église est nourrie et enrichie par l’évangile.

Je pense que la manière dont les dons sont présentés au chapitre 4 des Éphésiens est fort intéressante. Paul a été choisi pour exposer la vérité concernant l’Assemblée. C’est dans ce but qu’il apportait l’évangile aux nations, mais les Juifs, n’en voulant pas, l’emprisonnèrent. C’est bien son amour des âmes qui le poussait à répandre l’évangile.

C’est en tant que prisonnier lié de chaînes qu’il écrivit cette si belle épître. «Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés» (Éph. 4:1). Nous faisons bien de prendre garde à la Parole de Dieu, et de veiller à marcher d’une manière digne d’elle, car c’est à cela que nous avons été appelés. Cet appel vient de Dieu. Nous y avons été appelés en association avec Christ. Nous avons aussi été appelés à entrer dans une sphère absolument et merveilleusement divine ! L’Écriture parle d’un «appel céleste». C’est un appel merveilleux, et Paul supplie les Éphésiens de marcher d’une manière qui en soit digne.

Le moyen d’y parvenir est indiqué ensuite : «… avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ; vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix» (Éph. 4:2-3). J’ai assisté à pas mal d’entretiens sur ce chapitre, qui se sont généralement déroulés de la manière suivante. Première question : de quel «appel» s’agit-il au verset 1 ? Après avoir discuté sur ce sujet, vient la seconde question : qu’est-ce que «l’unité de l’Esprit» (Éph. 4:3). Mais pourquoi avoir sauté le verset 2, dont nous avons tant besoin ? Nous ne comprendrons jamais ce qu’est l’unité de l’Esprit à moins que nos âmes ne soient pénétrées de ce que mentionne le verset 2, c’est-à-dire l’Esprit de Christ, la grâce de Christ, la longanimité de Christ ! Croyez-vous pouvoir vivre l’Assemblée si vous n’êtes pas pénétrés de ce verset 2 ? Ne vous y trompez pas ! Vous ne saisirez jamais cette vérité de l’unité de l’Esprit à moins que votre âme ne soit réellement, et durablement, imprégnée de la vérité de ce verset 2, et qu’elle y demeure.

Permettez-moi une image : L’humilité vous évitera de vous cogner la tête contre le linteau d’une porte peu élevée ! Voyez-vous ce que je veux dire ? Et si je marche dans l’humilité, je réagirai sagement lorsque d’autres me feront du tort. De quelle manière admirable l’Écriture nous présente cela comme ayant caractérisé le Seigneur Jésus ! Vous et moi avons besoin qu’on nous exhorte à l’humilité, mais notre bien-aimé Seigneur a toujours été l’humilité même. Il a pu dire en vérité : «je suis débonnaire et humble de coeur» (Matt. 11:29). Il est bien triste que nous soyons si facilement le contraire ! Qu’un saint puisse ressembler à Christ par cette qualité, cela est évident puisque «cet homme, Moïse, était très doux, plus que tous les hommes qui étaient sur la face de la terre» (Nomb. 12:3).

Peut-être me direz vous que vous êtes entouré de gens avec lesquels il est très difficile de bien s’entendre. C’est très possible. Mais croyez-vous qu’ils soient pires que ceux qui murmuraient contre Moïse ? Si oui, eh ! bien voilà une belle occasion pour vous de faire preuve avec eux de longanimité, de support mutuel dans l’amour. C’est ce dont les chers enfants de Dieu ont partout besoin ; or ce dont chaque chrétien a besoin, le Seigneur nous le donnera si nous recherchons sa face.

C’est seulement lorsque l’âme est dans cet état-là qu’elle est capable de garder l’unité que l’Esprit a formée. Vous ne pouvez ni la faire vous-mêmes ni la détruire. «Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Il y a un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tout et partout, et en nous tous» (Éphés. 4:4-6). Ici, l’apôtre parle de trois cercles : celui de l’Esprit (la réalité), celui du Seigneur (la profession), celui de Dieu le Père (l’ubiquité universelle). Puis au verset 7, il dit : «Mais à chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ». Je pense que cela signifie qu’à chacun le Seigneur donne cette grâce sous la forme du don qu’Il juge bon d’accorder. En ce qui concerne notre service, nous avons chacun un don et une place individuels, selon sa volonté souveraine et sa sagesse infinie dans le choix de ses instruments. De Lui vient toute grâce, et tout don, mais en vue du bien de tous. C’est ce qui ressort du verset 16.

Mais remarquez bien que ce n’est que par l’amour que nous croissons, et ce n’est que par l’usage d’un don reçu que nous permettons à celui-ci de se développer. «Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui» (1 Jean 4:16). La connaissance seule enfle, mais l’amour édifie et fait grandir. Ce n’est qu’en pratiquant l’amour que nous pouvons édifier.

«C’est pourquoi il dit : Étant monté en haut, il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes. Or qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre ? Celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux afin qu’il remplît toutes choses…» (Éphés. 4:8-10).

Vous remarquerez ici l’exercice de la souveraineté de Celui qui est le Chef élevé dans la gloire, et qui communique un certain don, à vous ou à moi, selon sa volonté. Tout est de Lui. Qu’Il ait fait de vous un évangéliste, un pasteur ou un docteur, ou simplement quelqu’un qui aide quelque peu dans l’Assemblée, tout est de Lui et vient de Lui. Si vous avez reçu quoi que ce soit qui puisse aider les saints, remerciez le Seigneur, et faites en usage. N’oubliez pas qu’il y a quelque chose en chacun de nous, et que nous sommes tous ici pour nous entraider. «À chacun de nous la grâce a été donnée…» (Éph. 4:7).

Et maintenant voyez de quelle manière merveilleuse c’est à Christ monté en haut que l’apôtre attribue tout don fait aux hommes. Christ est descendu, Il a assumé la condition humaine, et Il a infligé une défaite totale à celui qui avait vaincu l’homme. Tout d’abord, au désert, Il lui infligea une défaite morale, puis Il sortit, dans sa grâce merveilleuse, à la rencontre de l’homme captif, pour le délivrer complètement de l’esclavage du péché (Matt. 4:23-25). Mais maintenant, par sa mort et sa résurrection, Il a quitté la scène de ce monde et Il est monté au ciel, et bien que les puissances du monde à venir attendent seulement leur heure, et que les miracles aient cessé, il nous est permis de jouer un rôle particulièrement béni dans ce qu’Il fait présentement, et Il compte sur nous pour prendre à coeur tout ce qui l’intéresse, Lui.

Il y a trois choses au verset 8 de ce chapitre : 1° «Il est monté en haut», 2° «Il a emmené captive la captivité», 3° «Il a donné des dons aux hommes». Lorsqu’Il est venu dans ce monde, Il a trouvé Satan ravisseur de l’homme, et celui-ci enchaîné, pour ainsi dire, aux roues de son char triomphal. L’homme était captif, conduit à travers ce monde par le diable. Maintenant, les rôles sont renversés. Il n’est plus question de Satan ravisseur, ni de l’homme captif, mais de Christ Vainqueur. Il est maintenant ressuscité des morts, le puissant Vainqueur, et c’est Satan qui est enchaîné aux roues de son char ! «Il a emmené captive la captivité, et il a donné des dons aux hommes». Ce sont là deux choses merveilleuses : Satan vaincu, et l’homme délivré pour se soumettre volontairement à Christ !

Il donne les dons aux hommes, c’est-à-dire qu’Il fait de vous le dépositaire d’un certain don, puis Il vous prend tel quel — vous et votre don — et vous donne à son Assemblée. Il se charge de vous et de moi qui étions au pouvoir de Satan, Il nous sauve, nous délivre, met nos coeurs en règle avec Dieu et nous introduit dans sa proximité. Et non seulement cela, mais Il nous donne le Saint Esprit, si bien que notre félicité éternelle commence dès ici-bas, tandis que nous traversons ce monde ; et Il fait de chacun de nous le dépositaire d’un don par lequel nous devons exprimer sa grâce ici-bas. «Il a passé de lieu en lieu, faisant du bien» (Actes 10:38), et nous devons marcher sur ses traces. Voilà le christianisme, ou je n’y entends rien.

«Tu es monté en haut» est une citation du Psaume 68 qui dit aussi : «Le Seigneur donna la parole : grande fut la foule des femmes qui répandirent la bonne nouvelle. Les rois des armées s’enfuirent ; ils s’enfuirent, et celle qui demeurait dans la maison partagea le butin. Quoique vous ayez été couchés au milieu des étables vous serez comme les ailes d’une colombe couverte d’argent, et dont le plumage est comme l’or vert. Quand le Tout-puissant y dispersa des rois, le pays devint blanc comme la neige du Tsalmon. Une montagne de Basan est la montagne de Dieu, une montagne à plusieurs sommets, une montagne de Basan. Pourquoi, montagnes à plusieurs sommets, regardez-vous avec jalousie la montagne que Dieu a désirée pour y habiter ? Oui, l’Éternel y demeurera pour toujours. Les chars de Dieu sont par vingt mille, par milliers redoublés ; le Seigneur est au milieu d’eux : c’est un Sinaï en sainteté. Tu es monté en haut, tu as emmené captive la captivité ; tu as reçu des dons dans l’homme, et même pour les rebelles, afin que Jah, Dieu, ait une demeure» (Ps. 68:11-18). «Le Seigneur donna la parole», et nous, nous avons reçu l’immense faveur et le privilège dans ce monde, selon notre petite mesure, de proclamer la Parole de Vie. Il ne s’agit pas seulement de prêcher. Le saint, dans ce monde de profondes ténèbres, est une lumière. Une lumière qui vient de Christ dans la gloire. Bientôt, Il reviendra, et Il redressera toutes choses. Il n’aura plus besoin de notre aide en ce jour de puissance manifeste ; mais aujourd’hui, pendant le temps de son absence, Il nous utilise si nous nous abandonnons à Lui. Y a-t-il jamais eu un tel Maître, une grâce telle que la sienne ?

«Or qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre» ? Voilà la base de tout ce développement sur les dons. Il est descendu au plus bas, dans les profondeurs mêmes où Il a vaincu Satan, puis Il est monté à la droite de Dieu. Sa position présente et sa gloire Lui donnent le privilège de faire de ceux qui étaient captifs de Satan les instruments de sa puissance pour en délivrer d’autres. Nous le suivons dans une sainte guerre contre l’ennemi commun de Dieu et de l’homme. Dieu remplit de Christ tout l’horizon de l’âme ici-bas. Quelles que soient les profondeurs que vous sondiez, celles d’en bas — où Il a été — ou celles d’en haut — où Il est — Christ seul, dans sa puissance victorieuse, s’offre à la contemplation de l’âme.

Voici maintenant exposé ce qu’Il a donné : «et lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs…» (Éph. 4:11). Dans votre Bible anglaise, vous avez très probablement une virgule avant chacun de ces dons, mais elle ne devrait pas s’y trouver. Je ne pense pas que le verset 11 signifie qu’Il a donné les uns pour être apôtres, ou pour être prophètes, mais, connaissant ce qui était nécessaire pour l’accomplissement de ses propres desseins, Il a donné à l’Assemblée les personnes qu’Il avait dotées de ces divers dons. Or, pour ce qui est des apôtres et des prophètes, nous n’en avons plus ici désormais en personne, et nous n’en avons d’ailleurs plus besoin. Ils ont eu leur temps et ont rempli leur mission. «Ainsi donc, vous n’êtes plus étrangers ni forains, mais vous êtes concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu, ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur ; en qui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2:19-22). Le résultat complet de leur travail sera bientôt visible, dans la «sainte cité, nouvelle Jérusalem» (Apoc. 21).

Le travail des apôtres et des prophètes fut de poser les fondements. C’est ce que nous trouvons dans les écrits du Nouveau Testament, sur lesquels se fonde aujourd’hui la foi de nos âmes ; or, si les fondements d’une maison ont été posés une fois, il est inutile d’en poser de nouveau. Par conséquent, il est clair que c’est une erreur de penser qu’il puisse y avoir, aujourd’hui encore, des apôtres et des prophètes au sens primitif de ces mots. Il est certain que nous avons toujours un ministère prophétique, selon le sens de 1 Corinthiens 14:3 : «Mais celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation». Tout ministère qui atteint la conscience, qui édifie, réveille et console, est prophétique. Celui qui sait parler de cette manière possède un don fort utile, dont nous avons tous besoin. Et s’il se trouve un prophète ici, remercions-en Dieu ! Mais attention, il n’est prophète que s’il vous édifie, vous réveille et vous unit. Les prophètes de cette sorte se manifestent aujourd’hui lors des réunions d’Assemblée. Mais quant aux apôtres, il n’y en a pas. Ils ont accompli leur tâche — qui consistait à poser les fondements — puis ils ont disparu de cette scène.

Et qu’en est-il de la succession apostolique ? C’est une invention de l’esprit humain, dont il n’y a pas trace dans l’Écriture. Des successeurs, les apôtres en ont eu assurément. Deux passages très solennels y font allusion. Paul, s’adressant aux anciens de l’assemblée à laquelle il écrivit l’épître que nous considérons, parle de ses successeurs en ces termes : «Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau, et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux» (Act. 20:29-30). De même, le Seigneur fait l’éloge de cette même assemblée pour avoir détecté la présence d’imposteurs : «À l’ange de l’assemblée qui est à Éphèse, écris : Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa droite qui marche au milieu des sept lampes d’or : Je connais tes oeuvres, et ton travail, et ta patience, et que tu ne peux supporter les méchants, et tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres, et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs» (Apoc. 2:1-2). Pour ceux, donc, qui prétendent aujourd’hui être des apôtres, ou leurs successeurs, le cas est grave. Ils sont soit des «loups redoutables» déchirant le troupeau de Dieu, soit des «menteurs» qui seront à coup sûr facilement confondus. Ces passages règlent toute la question concernant la succession apostolique. Il n’y a rien d’autre sur ce sujet dans la Parole de Dieu.

Mais si apôtres et prophètes ont disparu, remercions Dieu de ce qu’il y a toujours des évangélistes, des pasteurs et des docteurs. On ne saurait se passer de tels dons, et le Seigneur continue à les donner, et cela jusqu’à la fin, aussi longtemps que le Corps de Christ demeurera sur la terre. Telle est hélas, la confusion qui règne dans l’Église aujourd’hui, qu’il se peut que chaque don n’accomplisse pas son travail selon l’ordre divin. La conséquence, je crois, c’est que le serviteur de Dieu doit être aujourd’hui une sorte d’homme à tout faire, c’est-à-dire que l’évangéliste doit être aussi un peu pasteur, tout en s’efforçant d’enseigner également, tout simplement parce que pasteurs et docteurs n’exercent pas leurs dons respectifs suivant les directives énoncées dans la Parole de Dieu.

Jetons d’abord un coup d’oeil aux pasteurs et aux docteurs. Le docteur s’occupe du Livre, le pasteur plutôt des besoins de l’âme. Le don de pasteur est très rare, et celui de docteur d’une grande utilité. En Éphésiens 4:11, nous remarquons que les deux sont liés, d’une manière toute différente des autres dons. Priez-vous pour les docteurs ? Nous devrions prier intensément pour eux, mais nous avons tendance à oublier notre privilège à ce sujet. Un pasteur aime les saints, s’approche d’eux individuellement, et ainsi les aide et les conduit. Un pasteur se reconnaît immédiatement à la manière dont il prie pour les brebis.

Cependant, pasteurs et docteurs n’auraient pas grand’chose à faire sans les évangélistes dont le rôle est particulièrement béni, car «comment entendront-ils sans quelqu’un qui prêche ?» À cette question Dieu répond en envoyant au dehors le prédicateur (Rom. 10:14-15).

Voyons ce que l’Écriture nous dit de l’évangéliste, en remarquant que ce don vient entre les apôtres et les prophètes d’une part et les pasteurs et les docteurs d’autre part. Il y a une grande différence entre le travail de l’évangéliste, celui du pasteur, et celui du docteur. Je vais essayer d’expliquer cette différence de manière à ce que les plus simples me comprennent bien. De quoi l’évangéliste s’occupe-t-il ? Des âmes. Et le pasteur ? Des brebis. Et le docteur ? De la Parole. Les hommes ont des âmes immortelles, et ce qui caractérise un évangéliste c’est son amour intense pour les âmes. L’amour des âmes devrait caractériser tout enfant de Dieu, et si vous ne l’avez pas, n’est-ce pas le moment de vous demander si êtes bien un enfant de Dieu ?

L’amour désire la bénédiction des autres. Si vous jouissez vous-même de l’amour de Dieu, vous ne sauriez être en bon état à moins d’avoir à coeur d’amener les autres à en jouir également.

Permettez-moi d’attirer maintenant votre attention sur les Actes des Apôtres. Ce qui m’a beaucoup intéressé récemment, c’est la manière dont la vérité s’est répandue au commencement.

Une fois la rédemption accomplie, et notre Seigneur bien-aimé monté au ciel, l’Esprit de Dieu descendit le jour de la Pentecôte et tomba sur les cent vingt disciples qui étaient réunis (Actes 1 et 2). N’oubliez pas qu’ils étaient réunis pour la prière lorsque l’Esprit de Dieu tomba sur eux et que la Maison de Dieu fut formée sur la terre. L’effet produit fut que «la multitude s’assembla» (Actes 2:6) et que l’Esprit de Dieu poussa Pierre à prêcher, ce qui fit trois mille âmes amenées au Seigneur ce jour-là. Quel merveilleux triomphe de la grâce !

Le jour où la loi fut enfreinte, savez-vous ce qui se passa ? Quelque chose de très différent. Moïse s’écria : «À moi, quiconque est pour l’Éternel ! Et tous les fils de Lévi se rassemblèrent vers lui. Et il leur dit : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Que chacun mette son épée sur sa cuisse ; passez et revenez d’une porte à l’autre dans le camp, et que chacun de vous tue son frère, et chacun son compagnon, et chacun son intime ami. Et les fils de Lévi firent selon la parole de Moïse ; et il tomba d’entre le peuple, ce jour-là, environ trois mille hommes» (Ex. 32:26-28). Tous les fils de Lévi vinrent à l’aide de l’Éternel ce jour-là, et trois mille hommes moururent. Quel contraste magnifique avec le jour de la Pentecôte ! Le jour où l’Esprit Saint descend, Simon, fils de Jonas (était-il Lévite ?) — ou Pierre, comme il s’appelle maintenant — tire son épée — «l’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu» — et rend un splendide témoignage à Christ, et trois mille âmes furent sauvées et ajoutées ce jour-là à l’ Assemblée de Dieu !

Que fut la Pentecôte ? Ce fut l’inauguration du jour de l’Esprit Saint. L’Esprit Saint était sur la terre. Y est-Il encore ? Oui, dîtes-vous, mais Il n’agit plus maintenant comme alors. Je l’admets, mais l’en blâmerons-nous ? Blâmerons-nous Dieu ? Je pense que nous ferions mieux de nous sonder nous-mêmes. Une Église sans foi, une Assemblée qui a perdu le sens de ce que c’est que d’appartenir à Christ, entrave sûrement l’action de l’Esprit Saint dont nous ne devons cependant pas oublier que c’est aujourd’hui le jour.

Je crois que notre point faible, aujourd’hui, c’est la prière. Si vous cherchez dans le livre des Actes, vous seriez frappés de voir la grande place qu’occupe la prière. Et si vous lisez l’Évangile de Luc où se trouve l’histoire touchante de Jésus, Homme dépendant, vous trouverez sept fois notre bien-aimé Sauveur en prière. Plus de vingt et une fois, dans les Actes, ce sont les saints que nous voyons en prière. Notre faiblesse actuelle s’explique aisément. Mais nous avons besoin d’encouragements, et ce que nous lisons de ces temps-là est certainement bien propre à nous en donner.

Nous avons, dans les Actes, l’histoire d’un homme — le seul à ma connaissance — appelé dans l’Écriture un «évangéliste». C’est Philippe. C’était un de ceux qui avaient été choisis, si vous vous en souvenez, pour s’occuper de l’argent et des pauvres. «Or en ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s’éleva un murmure des Hellénistes contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier. Et les douze, ayant appelé la multitude des disciples, dirent : Il ne convient pas que, laissant la Parole de Dieu, nous servions aux tables. Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d’entre vous, qui aient un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse que nous établirons sur cette affaire. Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole. Et ce discours plut à toute la multitude ; et ils choisirent Étienne, homme plein de foi et de l’Esprit Saint, et Philippe, et Prochore, et Nicanor et Timon, et Parménas, et Nicolas, prosélyte d’Antioche, qu’ils présentèrent aux apôtres ; et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains» (Actes 6:1-6).

Au chapitre 7 des Actes, nous avons le témoignage d’Étienne, à cause duquel il est mis à mort. Mais comment Étienne mourut-il ? Exactement comme son Maître, en priant pour ses meurtriers : Que dit notre Seigneur bien-aimé sur la Croix ? «Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font» (Luc 23:34). Et que dit Étienne ? «Seigneur ne leur impute point ce péché» (Actes 7:60). Quel beau témoignage pour Christ !

Or le résultat de cela fut que la persécution se mit à sévir, et que les disciples furent tous dispersés et s’en allèrent çà et là, apportant l’Évangile avec eux. «Et Saul consentait à sa mort. Or, en ce temps-là, il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem ; et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres. Et des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir, et menèrent un grand deuil sur lui. Or Saul ravageait l’assemblée, entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait pour être jetés en prison. Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, annonçant la parole» (Act. 8:1-4). Pourquoi le Seigneur permet-Il cette persécution ? Je suis persuadé qu’Il poursuivait un but divin en permettant ces choses, car vous savez très bien qu’à la fin de l’Évangile de Luc, le Seigneur avait dit aux apôtres et aux disciples assemblés qu’il fallait «que la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem» (Luc 24:47). Voilà ce que nous lisons à la fin de l’Évangile de Luc.

Mais quand on arrive au premier chapitre des Actes, on voit qu’ils devaient attendre à Jérusalem la descente de l’Esprit Saint, et qu’alors : «…vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre» (Actes 1:8). Or que faisaient-ils ? Les apôtres, comme tous les frères, n’avaient absolument pas bougé de Jérusalem dont ils avaient fait une sorte de métropole spirituelle ! C’est incroyable ce que nous aimons rester toujours dans notre coin, bien au chaud, au lieu de sortir ! Ils étaient là, ne voulant pas sortir de Jérusalem . Le Seigneur dit qu’Il les en chasserait, en envoyant la persécution. Peut-être dites-vous que les apôtres y demeurèrent quand même. C’est bien ce qu’ils firent, mais je ne crois pas qu’en cela ils obéissaient au Seigneur, et c’est pourquoi le Seigneur suscite d’autres serviteurs, de moindre envergure comme Philippe (Actes 8:6), ou plus grands qu’eux comme Paul (Actes 9). En partant loin de chez vous vous obéirez au Seigneur.

Le travail d’un bon évangéliste s’effectue toujours à partir du centre divin, à partir de Christ et de ce qui Lui est le plus proche et le plus cher, c’est-à-dire l’Assemblée. Philippe était en contact étroit avec l’assemblée la plus proche lorsqu’il descendit en Samarie et «leur prêcha le Christ», comme le rapporte le chapitre 8. À la fin de ce chapitre, la qualité d’évangéliste brille en lui d’une manière touchante. Sur l’ordre du Seigneur, il quitte l’oeuvre florissante de Samarie, et fait plus de cent cinquante kilomètres pour rencontrer une pauvre âme inquiète qui en avait parcouru dix fois plus pour recevoir la lumière divine ! Il rencontra ce pauvre eunuque solitaire et «lui annonça Jésus». Comme j’aime entendre un frère annoncer Jésus ! Je ne crois pas qu’il y en ait beaucoup qui sachent le faire. Il faut être très près du Seigneur pour aller annoncer Jésus. Il est facile de parler de Christ. Lorsque j’étais un jeune chrétien, j’entendais parler de Jésus beaucoup plus qu’aujourd’hui. On ne parle pas assez de Jésus autour de nous, ni de la grâce de Jésus, ni de la manière d’agir de Jésus ! Nous avons tous un immense besoin de Jésus !

Philippe, (si j’ose dire), avait pris beaucoup de poissons en Samarie, mais un seul dans le désert, puis après avoir aidé l’eunuque, il «fut trouvé à Azot ; et en passant au travers [du pays], il évangélisa toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée» (Act. 8:40). Cet évangéliste précéda donc Pierre dans sa mission remarquable auprès de Corneille, et je ne suis pas loin de penser qu’il participa au beau travail qui se fit à Césarée, dont il est parlé en Actes 10. Au chapitre 21, vous verrez que c’est là qu’il habitait, et lorsque Paul y vint lui-même, il demeura chez ce serviteur déjà accompli de l’Évangile, «Philippe l’évangéliste». «Et le lendemain, étant partis, nous vînmes à Césarée ; et étant entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste qui était l’un des sept, nous demeurâmes chez lui» (Actes 21:8) ; Les apôtres se faisaient une plus haute idée de l’évangéliste que bien des gens aujourd’hui.

Les évangélistes ne sont pas forcément toujours très intelligents. S’il en est ainsi, aidez-les, et si je me trompe, dites-le moi ! Je désire vraiment connaître la pensée du Seigneur et l’accomplir. Peut-être Philippe avait-il besoin d’aide, et en désirait-il ; toujours est-il qu’il est frappant de voir, qu’arrivant à Césarée, le plus grand homme qui ait jamais existé — à part notre Seigneur bien-aimé — ne va pas loger à l’hôtel, ni dans la villa du noble centurion Corneille, mais chez un évangéliste. Cela vous ferait du bien d’aller séjourner chez un évangéliste plein de coeur !

J’ai trouvé un grand intérêt, récemment, à considérer quatre questions en rapport avec l’Évangile : Que prêcher ? prêcher ? Quand prêcher ? Comment prêcher ?

Que prêcher ? Cela vous intéressera certainement de voir les différentes formes que revêtait la prédication en ce temps-là. Elle était d’une grande et admirable variété. Vous le constaterez si vous prenez seulement la peine de voir ce qu’était cette prédication. Mais nous devons tous être comme Jonas. L’Éternel lui avait dit : «Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie-lui selon le cri que je te dirai» (Jonas 3:2). Chers jeunes prédicateurs, prêchez ce que Dieu vous ordonne de dire, non pas ce que vos frères suggèrent ou attendent de vous, ou ce que vos auditeurs aiment entendre. Vous devez recevoir vos ordres d’en haut, et vous y tenir absolument (c’est comme lorsqu’on veut prendre du poisson : il faut se procurer l’appât qui convient !). Ce qu’il nous faut, à nous, ce sont des coeurs plus larges. Puissent nos coeurs s’élargir ! C’est ce dont nous avons tous besoin, mes chers amis ! Physiquement, ce serait une anomalie mortelle, mais spirituellement, c’est exactement ce dont nous avons tous besoin ! Un saint au grand coeur saisit le dessein de Dieu, la pensée de Dieu et la grâce de Dieu, et, dans son service, il proclame toute la vérité de Dieu.

La sphère d’action de l’évangéliste, c’est le monde. Il lui apporte Christ, et il cherche à en tirer des âmes pour Christ. Mais, s’il a de la connaissance, il travaille toujours à partir de l’Assemblée et y amène les âmes. Vous savez sûrement tous ce qu’est un compas. Et bien, un évangéliste y ressemble — ou devrait y ressembler : un pied fermement établi dans l’Assemblée, et l’autre parcourant le monde aussi loin que possible — comme les deux branches d’un compas, si vous voyez ce que je veux dire ! L’évangéliste sort plein d’ardeur et de zèle, cherchant de tout son coeur des âmes, partout où Dieu le conduit. Le monde est son champ d’action.

Frères bien-aimés, écoutons ce que dit l’Écriture à ce sujet : «Encore, le royaume des cieux est semblable à une seine (*) jetée dans la mer et rassemblant des poissons de toute sorte ; et quand elle fut pleine, ils la tirèrent sur le rivage, et s’asseyant, ils mirent ensemble les bons dans les vaisseaux, et jetèrent dehors les mauvais» (Matt. 13:47-48). Quand la seine fut pleine, ils la tirèrent sur le rivage. Ces hommes travaillaient dur. Et sachez bien que prêcher l’évangile s’accompagne d’un rude travail. Il est très facile de rester à la maison, au coin du feu, et de dire : «Merci Seigneur de ce que je vais au ciel». Mais sortir, travailler pour le Seigneur, gagner des âmes, ce n’est pas aussi facile. Mais ces hommes furent récompensés. Ils prirent des poissons, et «ils mirent ensemble les bons dans des vaisseaux, et jetèrent dehors les mauvais». Le vaisseau, c’est l’Assemblée. Comment vous attendriez-vous à prendre des poissons dans le vaisseau ? Il faut sortir en mer, où règnent les ténèbres pour en attraper. Mais qu’est-ce que la mer ? C’est le monde, bien-aimés !

(*) seine : sorte de filet qu’on place verticalement et parallèlement au rivage, puis qu’on ramène vers le rivage.

Tout se fait en vue de l’Assemblée, et tout y conduit. Mais alors se pose cette question : l’évangéliste est-il pour l’Assemblée ? Il est à remarquer que dans la liste des dons propres à l’édification de l’Assemblée (1 Cor. 12), celui d’évangéliste ne figure pas. Est-ce à dire que les saints n’ont pas besoin de l’Évangile et n’en jouissent pas ? Je ne crois pas. Je plains le saint qui ne trouve pas sa joie dans l’Évangile. Il n’y a rien que j’aime mieux que de m’asseoir pour écouter l’Évangile. Et n’oublions pas que nous vivons à une époque où des âmes mal affermies cherchent leur chemin çà et là, entrent peut-être même dans l’Assemblée. À toutes ces âmes, le pur évangile est la réponse divine.

Le Seigneur dit à Simon et à André : «Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes» (Matt. 4:19). Ce que je comprends par ce terme «pêcheur», c’est quelqu’un qui prend vraiment du poisson — qui ne se contente pas d’aller à la pêche avec une ligne ou un filet. Le travail d’un évangéliste est d’amener des âmes à Christ d’abord, puis à la porte de l’Assemblée. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de ne pas introduire vous-mêmes les âmes qui ont été converties par votre moyen. Laissez ce soin aux portiers. Il nous est parlé d’eux au temps de Salomon. Leurs noms sont donnés en 1 Chroniques 9:17, 18, leur nombre (quatre mille) au chapitre 23:5, leurs classes en 2 Chroniques 8:14, et leur service au chapitre 35:15. Êtes-vous un bon portier ? Quelques bons portiers dans l’Assemblée, voilà ce qui est très utile, car les portiers ne laissent pas entrer ce qui doit rester dehors, et laissent entrer au contraire ceux qui en ont le droit. C’est une grande joie pour une jeune âme lorsque les portiers peuvent dire : «Venez, les bénis de mon Père» (Matt. 25:34). J’aime voir un bon portier plein de coeur !

À chacun de nous a été assignée une tâche, mais n’oublions pas que nous sommes tous soumis à Christ. L’évangéliste prend les poissons, et d’autres doivent estimer s’ils sont bons ou mauvais. Quelle relation y-a-t-il donc entre l’évangéliste et l’Assemblée ? Est-il sous le contrôle de celle-ci ? Sous le contrôle de l’Assemblée ! Comment, mes serviteurs sous votre contrôle ! Ma maison et mes serviteurs sont à moi, pas à vous. L’évangéliste fait partie de l’Assemblée et, bien sûr, si sa marche et ses manières d’agir ne sont pas bonnes, il tombe sous la discipline de l’Assemblée, mais il est le serviteur du Seigneur Jésus Christ.

Dois-je obéissance et fidélité à qui que ce soit ? Oui, mais exclusivement à mon Seigneur et Maître. Et qui donc contrôle ? «Un seul est votre conducteur, le Christ» (Matt. 23:8). Bien sûr qu’en ce qui concerne la doctrine, il en est tout autrement. En tant que membre de l’Assemblée, si la doctrine d’un évangéliste n’est pas saine, il est responsable sur ce point devant l’Assemblée. Mais si celle-ci pense que le travail de l’évangéliste est son affaire à elle, c’est une grave erreur. D’un autre côté, si un évangéliste cherche à travailler dans un esprit d’indépendance vis-à-vis de l’Assemblée, cela me paraît absolument condamnable.

Si des âmes sont saisies par l’évangile, que désirez-vous naturellement, sinon qu’elles gravitent vers le lieu où le Seigneur est ? Nous pourrions aider ces chers serviteurs que sont les évangélistes en priant davantage pour eux, comme nous devrions le faire. Toutefois, ils doivent être laissés libres d’exercer le don que le Seigneur leur a donné : où, quand, et comment le Seigneur le veut pour eux. Pour l’Assemblée, prier ardemment pour eux est une occasion de grande joie et de bénédiction.

S’il s’en trouve parmi vous qui se sentent appelés à ce service béni, permettez-moi en toute affection de vous exhorter instamment à vous y consacrer. Abandonnez-vous au Seigneur. Vous n’avez qu’une vie, et si le Seigneur vous à mis à coeur d’annoncer l’évangile, n’hésitez pas ! Ne faites pas de sermons ; comme Philippe, annoncez Christ.

Jeunes gens, parcourez le pays, et dites à ceux qui peut-être n’entendent jamais le pur évangile, l’histoire de l’amour de Christ ! Oh ! dites-vous, je prêche pourtant l’évangile, mais je ne prends pas de poissons, je ne vois aucune conversion. Ne soyez pas obsédés par la pensée du succès ! Le Seigneur dit : «Bien, bon et fidèle esclave» (Matt. 25:21), sans le louer des résultats de sa fidélité. L’essentiel est d’être simple.

Je me souviens de ce qui m’est arrivé peu de temps après ma conversion. J’ai été converti un dimanche soir, et reçu à la table du Seigneur le dimanche suivant. Ce fut une grande faveur du Seigneur de me compter immédiatement parmi ses saints, et je crois pouvoir dire en vérité que j’ai été un véritable membre de l’assemblée dès l’instant où je fus converti. Or, au bout de deux ou trois mois, je commençai à annoncer un peu l’évangile alentour. Mais quelques frères m’invitèrent à venir le faire au local. Au local ; imaginez un peu cela. J’étais totalement décontenancé à l’idée de prêcher devant ces vieux frères, intelligents mais peut-être aussi critiques ! Toutefois, ils me pressèrent tellement que je finis par y consentir et, bien sûr, je préparai très soigneusement ce que j’allais dire. Grâce à Dieu, je perdis totalement contenance au beau milieu de mon discours, ce qui était bien fait pour moi, car j’avais mis ma confiance dans ma préparation et non dans le Seigneur. C’est la seule fois dans toute ma vie où pareille chose m’arriva car, à partir de ce jour-là, j’appris à compter sur le Seigneur pour me soutenir et m’aider dans le ministère de sa Parole.

Si vous voulez faire des pêches fructueuses, vous devez ne pas apparaître vous-même. Attendez-vous beaucoup à Dieu, et rappelez-vous que les hommes ont des âmes immortelles et courent à la perdition éternelle. Puis, allez prêcher Christ de tout votre coeur, avec amour et supplication. Alors, bien cher ami, vous serez sûr d’être pour Lui un bon «pêcheur d’hommes».

Le livre des Actes nous montre bien des manières différentes de présenter l’évangile, et il est très intéressant de voir le rapport qu’il y a entre la prédication de l’évangile et l’Assemblée, ainsi que la manière dont s’accomplissait le travail. L’évangile et l’Assemblée n’étaient jamais dissociés au temps des apôtres, à cause de l’intérêt que chacun portait au travail de l’autre, et de la simplicité évidente de tous. Voyez Philippe, et ce beau travail qu’il poursuivait en Samarie où tant d’âmes furent bénies ! Pierre et Jean y descendirent eux-mêmes : pensez-vous que ce fut pour examiner le travail de l’évangéliste ? Je ne le crois pas. Le Saint-Esprit ne tomba sur les nouveaux convertis que lorsqu’ils furent venus. Dieu ne le permit pas avant qu’ils fussent descendus et qu’ils leur eussent imposé les mains. La raison en est claire. Le travail de Dieu est un, bien que les instruments soient plusieurs. Il y avait un seul Chef dans le ciel et un seul Esprit sur la terre, et le travail qui s’accomplissait en Samarie ne faisait qu’un avec celui de Jérusalem, car il y avait «un seul corps». Le geste des apôtres était donc l’expression de cette identification. L’Assemblée de Jérusalem s’intéressait profondément au travail de l’évangéliste en Samarie.

Sans aucun doute, Philippe avait besoin de l’aide des apôtres et la recevait avec joie. Il croyait que Simon était converti, mais il ne l’était pas. Un évangéliste doit être un homme chaleureux et optimiste, sinon il ne réussirait pas. Ces qualités font tout simplement partie de son don. Rien ne le décourage. Il est comme un bouchon sur l’eau : plus les flots le malmènent, plus il rebondit, et toujours avec le sourire ! Il est décidé, au nom du Seigneur et par la grâce du Seigneur, à gagner des âmes pour Lui, et, aussi longtemps qu’il sera sur la terre, vous verrez que c’est ce qu’il fera. Prêcher, ce n’est pas évangéliser. Bien des hommes aiment prêcher devant un grand auditoire, mais les voyez-vous jamais s’occuper des âmes ? De tels hommes ne sont guère utiles. Ce sont peut-être d’excellents prédicateurs, mais pas des évangélistes. Le fait que les apôtres soient descendus, dans le cas présent, est sûrement l’expression de l’intérêt touchant et admirable qu’ils portaient au travail de l’évangéliste.

Lorsque Paul fut converti, «aussitôt il prêcha Jésus dans les synagogues, disant que lui est le Fils de Dieu» (Actes 9:20), avant d’entrer vraiment dans l’Assemblée. Il fut introduit dans l’assemblée de Jérusalem sur la recommandation de Barnabas, et les saints reconnurent bien vite sa valeur, car il parlait «ouvertement au nom du Seigneur» (Actes 9:28).

Pourquoi Pierre rapporta-t-il à Jérusalem la merveilleuse nouvelle que «les nations aussi avaient reçu la parole de Dieu» (Actes 11:1) ? Pour partager avec l’Assemblée les victoires de l’évangile. Si seulement de telles choses arrivaient plus souvent aujourd’hui ! Mais hélas, nous sommes souvent trop occupés de nous-mêmes pour nous intéresser au travail des autres. Ils étaient alors un coeur et une âme, et une seule pensée ! Il n’était pas question pour eux d’un don ou d’un autre. Dieu agissait, et que ce fût par le moyen de l’un ou de l’autre, tous s’y intéressaient.

Voyez comment cela est illustré au chapitre 11 : «Ceux donc qui avaient été dispersés par la tribulation qui arriva à l’occasion d’Étienne, passèrent jusqu’en Phénicie, et à Chypre, et à Antioche, n’annonçant la parole à personne, si ce n’est à des Juifs seulement. Mais quelques-uns d’entre eux étaient des Cypriotes et des Cyrénéens, qui, étant venus à Antioche, parlaient aussi aux Grecs, annonçant le Seigneur Jésus ; et la main du Seigneur était avec eux ; et un grand nombre, ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur. Et le bruit en vint aux oreilles de l’assemblée qui était à Jérusalem ; et ils envoyèrent Barnabas pour passer jusqu’à Antioche ; lequel, y étant arrivé et ayant vu la grâce de Dieu, se réjouit ; et il les exhortait tous à demeurer attachés au Seigneur de tout leur coeur, car il était homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi ; et une grande foule fut ajoutée au Seigneur» (Actes 11:19-24).

Lorsque ces heureuses nouvelles parvinrent aux oreilles de l’assemblée de Jérusalem, ils envoyèrent Barnabas jusqu’à Antioche, à une distance d’environ six cent cinquante kilomètres ! Cela les intéressait. Lorsque vous entendez dire qu’un magnifique travail de Dieu est en train de s’accomplir à quelques dizaines ou centaines de kilomètres de chez vous, envoyez-vous quelqu’un voir de près comment cela se passe ? Si oui, veillez à ce que soit «un homme de bien». Celui qu’ils envoyèrent était «homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi». C’est un tel homme qu’il faut envoyer. Si ce n’est pas le cas, il fera beaucoup de mal. Ils envoyèrent cet homme pour aider les prédicateurs, ainsi que les nouveaux convertis, et lorsqu’il fut arrivé «il se réjouit», lisons-nous. Il est très beau d’être toujours prêt à aider les autres. Barnabas arrive et trouve un grand nombre de saints dans la joie et, naturellement, il se réjouit. Rien de plus merveilleux que la grâce de Dieu en action. Pourquoi n’agit-Il pas plus souvent parmi nous ? Voilà une question bien sérieuse.

Abordons maintenant le chapitre 13, et voyons comment l’Évangile se répandit à partir d’Antioche. «Or il y avait à Antioche, dans l’assemblée qui était là, des prophètes et des docteurs et Barnabas et Siméon, appelé Niger, et Lucius le Cyrénéen, et Manahem, qui avait été nourri avec Hérode le tétrarque, et Saul. Et comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, ayant jeûné et prié, et leur ayant imposé les mains, ils les laissèrent aller». Eux donc, ayant été envoyés par l’Esprit Saint, descendirent à Séleucie ; et de là ils firent voile pour Chypre» (Actes 13:1-4). Remarquez bien que ce n’était nullement le fait de l’Assemblée. Mais il était permis à l’Assemblée d’avoir communion avec ce que faisait le Saint Esprit. C’était le Saint Esprit qui conduisait ces serviteurs, mais Il laisse l’Assemblée avoir communion avec eux. Ne pourriez-vous pas faire de même ? «Alors, ayant jeûné et prié, et leur ayant imposé les mains, ils les laissèrent aller». Je serais très heureux si vous faisiez de même avec moi. Mais attention, pas d’hypocrisie ! Si je prie, et que j’impose les mains à quelqu’un, je m’identifie avec lui. Si j’impose les mains à mon frère en train de prier, je ne dois pas manquer de mettre la main aussitôt à la bourse, pour lui venir en aide, car «l’ouvrier est digne de son salaire» (Luc 10:7). Ils s’identifiaient à ces deux hommes, et, sans aucun doute, les aidaient matériellement.

Au chapitre 14, nous trouvons Paul et Barnabas de retour à Antioche. Que font-ils, dès leur arrivée ? Lisons : «et ayant annoncé la parole à Perge, ils descendirent à Attalie ; et de là ils se rendirent par mer à Antioche, d’où ils avaient été recommandés à la grâce de Dieu pour l’oeuvre qu’ils avaient accomplie. Et étant arrivés, et ayant réuni l’assemblée, ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi» (Actes 14:25-27). Ils réunirent l’Assemblée et racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux ! Lorsque vous revenez d’une heureuse et fructueuse campagne d’évangélisation, chers amis évangélistes, réunissez-vous l’Assemblée pour partager avec elle ces bonnes nouvelles ? «Oh ! dites-vous, nous ne voudrions pas nous mettre ainsi en avant ! Les saints ne voudraient pas se réunir pour cela». Eh bien, je suis très triste pour les saints, c’est tout ce que je peux dire. Certes, si vous rentriez chez vous pour réunir l’Assemblée, certains diraient peut-être que vous ne vous prenez pas pour rien, mais dans ce cas, quelque chose d’autre au moins serait manifeste, c’est que l’Assemblée aujourd’hui a perdu son premier amour pour l’évangile et ses victoires. Pour parler clairement, disons que nous ne sommes pas aussi simples que les croyants l’étaient en ce temps-là. Dieu veuille élargir nos coeurs, comme nous en avons besoin !

Passons maintenant au chapitre 15 : «Eux donc, ayant été accompagnés par l’assemblée, traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des nations ; et ils causèrent une grande joie à tous les frères» (Actes 15:3). Là encore, vous voyez des serviteurs partager leur commune joie avec les saints, réjouissant leurs coeurs. Voilà ce qui se passait en ces premiers temps de fraîcheur et de simplicité. Je ne fais que vous dire ce que le Seigneur a consigné dans sa Parole, dans le seul but de nous réveiller. Et si vous n’êtes pas heureux, moi je le suis. Je sais quel est le secret de toute cette communion dans la joie produite par l’évangile : ils étaient un seul coeur pour Christ. Ils ne pensaient qu’à la gloire de Christ. Oh ! mes frères, que le Seigneur nous donne de jouir davantage de son amour !

J’ai été aussi profondément frappé par la manière dont le Seigneur, pendant qu’Il était ici-bas, cherchait à former ses serviteurs avant de les envoyer au loin. «Jésus leur dit : Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son oeuvre. Ne dites-vous pas, vous : Il y a encore quatre mois, et la moisson vient ? Voici, je vous dis : Levez vos yeux et regardez les campagnes ; car elles sont déjà blanches pour la moisson. Celui qui moissonne reçoit un salaire et assemble du fruit en vie éternelle ; afin que, et celui qui sème et celui qui moissonne, se réjouissent ensemble. Car en ceci est vérifiée la vraie parole : L’un sème, et un autre moissonne» (Jean 4:34-37). Quel évangéliste était le Seigneur ! Envoyé par le coeur du Père, chargé de tout son amour, Il allait à travers ce désert brûlant pour atteindre et remplir ne fût-ce qu’un seul coeur pécheur, désolé. Fils de Dieu, nous t’adorons ! Il est allé jusqu’à la mort pour vous et pour moi. Frères bien-aimés, qu’allons-nous faire pour Lui ? N’y a-t-il pas partout des âmes qui périssent ? Que faisons-nous ? Leur apportons-nous la lumière, l’évangile béni de la grâce de Dieu ? Attention, c’est une responsabilité qui nous incombe ! Le Seigneur dit ici : «Regardez les campagnes, car elles sont déjà blanches pour la moisson». Qu’Il veuille graver ces mots sur vos coeurs et sur le mien !

Ailleurs, nous trouvons écrit : «Et voyant les foules, il fut ému de compassion pour elles, parce qu’ils étaient las et dispersés, comme des brebis qui n’ont pas de berger. Alors il dit à ses disciples : La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers : suppliez donc le Seigneur de la moisson, en sorte qu’il pousse des ouvriers dans sa moisson» (Matt. 9:36-38). «Suppliez donc» : comme cela est beau. En Jean 4, c’était «Regardez», maintenant c’est «Suppliez». C’est comme s’Il disait : je vous ferai participer à ce travail, en communion avec moi. J’ignore s’ils supplièrent vraiment, toujours est-il qu’Il en envoya douze : «Et ayant appelé ses douze disciples, il leur donna autorité sur les esprits immondes pour les chasser, et pour guérir toute maladie et toute langueur… Jésus envoya ces douze…» (Matt. 10:1, 5) Oh ! Bien-aimés, les ouvriers sont peu nombreux, en effet. Supplions-nous de cette façon ?

En Marc 16, nous le trouvons ressuscité des morts, et au verset 15, Il dit : «Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création». Nous y voilà. On me demande parfois : «Où prêcherons-nous» ?  Lui vous dit : «Allez dans tout le monde». Je reconnais, si vous insistez, que cette injonction s’adressait spécialement aux douze. Mais voudriez-vous la limiter à eux ? Nous avons remarqué que : «… lui, a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs ; en vue du perfectionnement des saints, pour l’oeuvre du service, pour l’édification du corps de Christ…» (Éph. 4:11-12). C’est-à-dire que, dans sa grâce admirable, Il donne tout ce qui est nécessaire aux saints sur le chemin, et pour l’accomplissement de son oeuvre ici-bas, que ce soit dans l’Assemblée ou hors de celle-ci dans le monde. «Allez dans tout le monde» est un ordre impératif. Avons-nous à coeur d’obéir ? Nos coeurs sont-ils en si douce harmonie avec le sien que nous soyons prêts à partir ?

Telle est la réponse à la question de savoir prêcher. Si je considère l’apôtre Paul, je le vois prêcher dans toutes sortes d’endroits : sur les montagnes, au bord des fleuves, sur des places de marchés, dans des prisons, des palais et des synagogues, et jusque dans son propre logement ! Tous entendaient sa voix. L’essentiel est que le serviteur soit à la disposition du Seigneur pour rendre témoignage. L’apôtre n’était exercé qu’en ce qui concerne la manière dont la parole du Seigneur devait être adressée à ceux vers qui son Maître l’avait envoyé. Ce n’était pas une question de communion avec l’Assemblée, bien que ses nombreuses supplications pour implorer leurs prières montrent combien il appréciait cette communion. Si le coeur de l’Assemblée est en bon état, tous demanderont au Seigneur d’accorder sa bénédiction.

C’est de son Maître que le serviteur reçoit sa mission. Il n’a besoin d’aucune autre autorisation ou recommandation. «C’est comme un homme allant hors du pays, laissant sa maison, et donnant de l’autorité à ses esclaves, et à chacun son ouvrage… ; et il commanda au portier de veiller» (Marc 13:34). Il a reçu autorité de son Seigneur, et cela suffit. Quel sera le résultat ? Il y aura bientôt une récompense pour tout service qui Lui aura été rendu.

Ésaïe 32 illustre bien cette question de savoir où prêcher l’évangile : «Bienheureux vous qui semez près de toutes les eaux, envoyant partout le pied du boeuf et de l’âne» ! (Ésaïe 32:20). Semer près de toutes les eaux : qu’est-ce que cela veut dire sinon travailler avec diligence ?

Mais la question n’est pas seulement de savoir où prêcher, mais aussi quand prêcher. Salomon nous fournit une bonne réponse : «Jette ton pain sur la face des eaux, car tu le trouveras après bien des jours. Donne une portion à sept, et même à huit ; car tu ne sais pas quel mal arrivera sur la terre. Si les nuées sont pleines, elles verseront la pluie sur la terre ; et si un arbre tombe, vers le midi ou vers le nord, à l’endroit où l’arbre sera tombé, là il sera. Celui qui observe le vent ne sèmera pas ; et celui qui regarde les nuées ne moissonnera pas. Comme tu ne sais point quel est le chemin de l’esprit, ni comment se forment les os dans le ventre de celle qui est enceinte ainsi tu ne connais pas l’oeuvre de Dieu qui fait tout. Le matin, sème ta semence, et, le soir, ne laisse pas reposer ta main ; car tu ne sais pas ce qui réussira, ceci ou cela, ou si tous les deux seront également bons» (Ecclés. 11:1-6). En Orient, on répand la semence à la surface de l’eau. Celle-ci s’évapore et la semence pénètre dans une terre molle et fertile. Ce n’est pas là prêcher. C’est seulement vous et moi qui avons à coeur de déposer la semence bénie de la Parole de Dieu dans les âmes, où que Dieu nous emmène. Il vous faut être comme le semeur parcourant un champ, le panier de la céleste semence au bras, répandant celle-ci partout où vous allez. Peut-être la donnerez-vous à un saint, ou peut-être à un pécheur. En fait, même après avoir fini de semer, c’est comme s’il restait encore beaucoup trop de semence non encore répandue !

Le verset 4 d’Ecclésiaste 11 nous apprend à ne pas nous laisser gouverner par les circonstances. Je crois que Dieu nous accorde souvent un vent favorable. Ainsi, Paul ne mit qu’un jour et demi pour arriver à Philippes, venant de Troade, avec l’Évangile (Act. 16:11-12), alors qu’il lui en fallut cinq pour retourner en Troade (20:6). Pensez-vous que Dieu nous ait dit cela pour rien ? Il n’a sûrement pas consigné ces faits dans son Livre sans raison.

Travaillez sans relâche. Que rien ne vous arrête. C’est ce qu’il y a de plus important pour un saint aujourd’hui. «Le matin, sème ta semence, et, le soir, ne laisse pas reposer ta main» : voilà quand il faut prêcher. «Prêche la parole, insiste en temps et hors de temps» (2 Tim. 4:2). Où faut-il prêcher ? Le monde entier est votre champ de travail. Prêchez le matin, le soir, toujours !

Comment prêcher est aussi une question importante, et l’Écriture nous instruit sur ce point. «Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chant de joie. Il va en pleurant, portant la semence qu’il répand ; il revient avec chant de joie, portant ses gerbes» (Ps. 126:5-6). Ceux qui sèment avec larmes moissonneront avec chant de joie. Je crois que c’est ainsi qu’il faut faire. Cela exige un certain état moral, un exercice de coeur. C’est pourquoi vous semez avec larmes, et moissonnez avec joie. Quelle belle réponse à votre question, non seulement quant à la manière de sortir, mais à celle de présenter la vérité !

Nous trouvons une autre illustration de ces choses dans l’histoire de Paul. «Or il arriva qu’à Iconium ils entrèrent ensemble dans la synagogue des Juifs, et parlèrent de telle sorte qu’une grand multitude de Juifs et de Grecs crurent» (Act. 14:1). On peut rapprocher cette expression de celle de Jean 3:16 : «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit, ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle». Paul et Barnabas parlèrent de telle sorte qu’une grande multitude crut. On dit de Georges Whitefield qu’il avait tellement conscience d’une part de l’amour de Dieu, et, d’autre part, des besoins des âmes, qu’il pleurait souvent sur celles-ci en prêchant l’évangile. Rien d’étonnant au fait que ces âmes elles-mêmes pleuraient en l’écoutant ! Que le Seigneur nous aide, vous et moi, à prêcher ainsi !

Ce que Dieu recherche, c’est un coeur de bonne volonté. Vous pouvez être aussi pieux que vous le voulez, et en rester là. Vous pouvez aussi tout consacrer à Christ. Il n’y a aucune obligation en matière de dévouement à Christ. Je ne dis jamais à une personne qu’elle doit se dévouer à Christ, mais, je dis parfois, que vous pouvez vous dévouer pour Lui. Nous en avons tous l’occasion, et c’est une erreur fatale de la manquer !

Nous trouvons une illustration frappante de cela dans le livre des Juges. Certains d’entre le peuple répondirent magnifiquement à l’appel de Barak, d’autres demeurèrent en arrière. C’est le thème du cantique du chapitre 5 que je voudrais vous demander d’étudier soigneusement, en rapport avec cette question du dévouement pour le Seigneur : «Réveille-toi, réveille-toi, Debora ! Réveille-toi, réveille-toi, dis un cantique ! Lève-toi, Barak, et emmène captifs tes captifs, fils d’Abinoam» ! (Juges 5:12). Ils anticipaient déjà le chapitre 4 des Éphésiens. Délivrés de leur captivité, ils ne pouvaient s’exprimer que par un cantique ! Mais certains n’avaient pris aucune part à la bataille, et n’étaient pas disposés à chanter. Hélas, n’en est-il pas de même aujourd’hui ?

«Et les princes d’Issacar ont été avec Debora, et Issacar, comme Barak ; il a été envoyé sur ses pas dans la vallée. Aux divisions de Ruben, grandes considérations de coeur ! Pourquoi es-tu resté entre les barres des étables, à écouter le bêlement des troupeaux ? Aux divisions de Ruben, grandes délibérations de coeur ! Galaad est demeuré au-delà du Jourdain ; et Dan, pourquoi a-t-il séjourné sur les navires ? Aser est resté au bord de la mer, et il est demeuré dans ses ports. Zabulon est un peuple qui a exposé son âme à la mort, Nephtali aussi, sur les hauteurs des champs» (Juges 5:15-18). Ruben pensait qu’il valait beaucoup mieux surveiller ses troupeaux que risquer de les perdre pendant qu’il vaquerait au loin aux affaires de l’Éternel. Qu’en est-il de nous ? Que recherchons-nous, de l’argent ou des âmes ? Laquelle de ces deux choses ? Est-ce à Christ, à ceux qui Lui appartiennent et au service de Christ que je m’intéresse ? Allons plus loin : est-ce que je sors à la rencontre d’âmes à gagner au Seigneur ? Si vous êtes fermement décidés à Lui plaire et à Le servir, vous goûterez une double mesure de joie dans votre âme. Lorsque nous prenons plaisir «à écouter le bêlement des troupeaux», c’est-à-dire quand nous sommes conduits par nos intérêts personnels, nos affaires, nos familles et nos succès mondains, etc… nous gâchons notre propre joie, et il est rare qu’un chant s’élève de nos coeurs. Autrement dit, Ruben avait eu l’occasion de faire acte de piété, mais il l’avait manquée.

Or cela est extrêmement solennel, car si je manque une occasion de bénédiction, je m’expose à ce qui est contraire. «Maudissez Méroz, dit l’Ange de l’Éternel ; maudissez, maudissez ses habitants ! car ils ne sont pas venus au secours de l’Éternel, au secours de l’Éternel, avec les hommes forts» (Juges 5:23) C’est-à-dire que si je ne réponds pas à l’appel de Dieu, qui mène toujours à la bénédiction, je me place pratiquement sous une malédiction, j’encours un châtiment.

Mais, dites-vous, le Seigneur a-t-Il besoin de mon aide ? Eh ! bien, libre à vous de prendre ce que vous voulez de ce passage, et que Dieu vous garde de la malédiction prononcée sur Méroz : «ils ne sont pas venus au secours de l’Éternel, au secours de l’Éternel, avec les hommes forts». Leurs coeurs n’étaient pas libres, ni pleinement consacrés au Seigneur. Les nôtres le sont-ils ? Dans sa grâce immense, Il nous accorde ce privilège de collaborer ainsi avec Lui. Privilège merveilleux d’être de ceux qui l’aident même si ce que nous pouvons faire est bien peu de chose. Je pense que je rencontrerai Lazare au ciel. Quel jour merveilleux ce fut pour lui lorsqu’il fut ressuscité des morts ! Et comment cela arriva-t-il ? C’est le Seigneur qui l’a ressuscité, direz-vous. Bien sûr, mais le Seigneur n’a-t-Il pas dit : «Ôtez la pierre» ? Il est très probable que plusieurs y mirent la main. Que firent-ils ? Ils aidèrent à repousser la pierre.

Si vous ne pouvez rien faire de plus, vous pouvez imiter ce petit garçon que le Seigneur avait sauvé. Au village vivait un gros monsieur très important, totalement athée. Le petit garçon le persuada de venir avec lui à une réunion d’évangélisation. Lorsqu’ils arrivèrent à la porte de la salle de réunion, le petit garçon le fit entrer en le poussant par derrière et s’écria : «Le voilà ; Seigneur Jésus, sauve-le» ! Et le Seigneur sauva cet homme ! C’était tout ce que cet enfant pouvait faire, mais il le fit ! Il était «venu au secours de l’Éternel, avec les hommes forts».

Que le Seigneur nous aide, vous et moi, à nous consacrer à Lui sans réserve. Je reçois mes ordres d’en haut, et je vous recommande d’en faire autant. Si vous le faites, vous êtes sûrs de ne pas vous tromper, tout à fait sûrs. Il a donné «à chacun son ouvrage». Faisons donc chacun notre tâche, ne cherchant qu’à Lui plaire, jusqu’au jour où nous le verrons face à face. Comme nous nous réjouirons alors en l’entendant dire : «Bien, bon et fidèle esclave», à d’autres, au moins, si ce ne peut être à nous-mêmes. Toutefois, nous ferons bien de nous consacrer à Lui de manière à ce qu’Il puisse trouver l’occasion de nous adresser ces mêmes paroles, à nous personnellement !

 

12 Chapitre 12   Afin que l’Assemblée reçoive de l’édification    1 Cor. 12:28-31 ; 14:1-5, 29-40

La première épître aux Corinthiens, comme nous le savons tous, est très différente de l’épître aux Éphésiens ; mais ce qui m’a beaucoup frappé récemment, c’est la manière dont l’apôtre amène l’âme du saint dans la présence de Dieu en ce qui concerne la vérité de l’Assemblée. Je me reporterai brièvement à la première partie de l’épître, pour bien montrer ce que je veux dire, car bien que beaucoup d’entre vous soient depuis longtemps en chemin, il y en a aussi de plus jeunes, et c’est à eux que je m’adresse plus particulièrement. Il paraît qu’on a tendance à oublier les jeunes recrues ! Rendons plutôt grâce à Dieu pour ces jeunes recrues, ainsi que pour ceux qui les recrutent et qui s’efforcent de leur faire trouver leur place dans l’Assemblée. Nous avons tous quelque chose à apprendre, et nous ne devons pas oublier qu’il y en a toujours qui ne font que commencer la course.

Il est très intéressant de voir que de toutes les épîtres du Nouveau Testament, seules les deux épîtres aux Corinthiens — aussi bien la première que la seconde — sont adressées «à l’assemblée de Dieu» (1 Cor. 1:2 ; 2 Cor. 1:1) «À l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe» est-il écrit. Cela signifiait qu’au milieu des ténèbres du paganisme il y avait ce que Dieu pouvait revendiquer comme Lui appartenant, et ceux à qui Il pouvait s’adresser comme aux siens. Il y avait un endroit où Il devait être connu et révélé, et où Il se montrait aux siens. C’était son Assemblée. Il n’y a rien de plus béni pour l’âme que de méditer ces choses. En même temps, comme j’en suis de plus en plus convaincu, il est très sérieux, très solennel, d’avoir affaire avec ce qui appartient au Seigneur, en particulier avec l’Assemblée, précisément, parce que c’est l’Assemblée de Dieu, et non pas celle de l’homme.

En parcourant cette épître, vous verrez que cette pensée y est exprimée de diverses manières. Revenons au chapitre 3. Si c’est une question d’administration de biens, «vous êtes le labourage de Dieu» est-il écrit. Si Paul et Apollos étaient compagnons d’oeuvre, ils l’étaient de Dieu. Nous sommes nous aussi ses compagnons d’oeuvre, nous qui appartenons à Dieu ; que ce travail soit entre vos mains ou entre les miennes, c’est le travail de Dieu. S’il est question de travailler sur la terre, c’est dans le champ de Dieu, et s’il s’agit d’un édifice, c’est l’édifice de Dieu — le temple de Dieu. De même au chapitre 4, lorsqu’il s’agit de juger de leur administration : «Ne jugez rien… jusqu’à ce que le Seigneur vienne» dit-il, «… et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu». Ce principe nous rend indépendants de quiconque, à l’abri de toute autre influence que celle de Dieu à qui j’ai affaire et à rendre compte. Peu m’importe d’être loué ou censuré par les hommes, comme le dit l’apôtre Paul lui-même. «Ainsi ne jugez rien avant le temps, jusqu’à ce que le Seigneur vienne». Nos âmes sont à nu devant Dieu pour tout ce qui touche aux siens, à son témoignage et à son service.

Beaucoup d’autres choses semblables se trouvent dans cette épître, ainsi que cette déclaration frappante à la fin du chapitre 3 : «la sagesse de ce monde est folie devant Dieu ; car il est écrit : «Celui qui prend les sages dans leurs ruses» (1 Cor. 3:19). Le «temple de Dieu» est en vue, et lorsque j’arrive à cet édifice — qui est l’édifice de Dieu — je vois ces mots inscrits, pour ainsi dire, sur son portique : «Celui qui prend les sages dans leurs ruses». Cela m’amène à la pensée que si vous introduisez la sagesse du monde dans cette maison, vous serez dans la confusion. Lorsque j’arrive sur le seuil de cette maison, c’est la première chose qui me frappe. N’oubliez pas que c’est la Maison de Dieu, et que tout ce qui est du monde, tout ce qui est humain, sera démasqué et jugé. La sagesse humaine n’y est d’aucune utilité. À l’intérieur de cet édifice, se trouve une autre inscription dont je parlerai bientôt.

Si nous passons maintenant au chapitre 14 que j’ai lu, il est très intéressant de voir de quelle manière la vérité qui se dégage du chapitre 12 est introduite ici en rapport avec la parenthèse que représente le chapitre 13. Le chapitre 14 fait évidemment suite au chapitre 12 dont il reprend le sujet des dons et des ministères. Je suis resté longtemps sans comprendre pourquoi l’apôtre avait interrompu, à la fin du chapitre 12, ses instructions touchant les dons en rapport avec le corps. Il s’interrompt comme vous le constatez, pour nous entretenir longuement, au chapitre 13, sur l’amour divin — ce qu’il est et ce qu’il n’est pas — puis, au chapitre 14, il reprend ses instructions concernant l’Assemblée. Je crois maintenant avoir compris pourquoi. Peu importe la puissance que vous et moi avons peut-être reçue — car c’est ce dont il est question au chapitre 12 — peu importe le don et la puissance reçus du Saint Esprit, tout cela est inutile sans l’amour. Il est clair que la puissance — même spirituelle — n’est pas la grâce. Un homme peut avoir une grande puissance, en rapport avec un don qu’il a reçu du Seigneur, mais ce n’est pas la grâce. Aussi, quelle que grande que soit la mesure du don dont parle le chapitre 12, je ne pense pas qu’il soit de la moindre utilité au chapitre 14 (celui de l’Assemblée en activité, de sa sphère et de son champ d’action) à moins d’être imprégné («baptisé») de l’esprit d’amour qui est le thème du chapitre 13. C’est exactement ce que notre frère disait ce matin : l’amour est tout ! Peut être n’avez-vous pas de don, mais quelque chose d’encore plus profitable : ce coeur débordant d’amour qui caractérise une âme appartenant à Dieu et marchant avec Lui.

Au chapitre 12, il est fortement insisté sur la suprématie et la souveraineté de Dieu dans son Assemblée.

Au verset 28, nous voyons comment : «Dieu a placé les uns dans l’assemblée…». Si, au verset 4, Paul parle de «diversité de dons», il dit un peu plus loin que c’est «le même Dieu qui opère tout en tous» (1 Cor. 12:6). Il est évident qu’à Corinthe (mais je ne crois pas, frères bien-aimés, que Corinthe fut le seul endroit où cette tendance se manifesta, pour autant que je connaisse l’histoire de l’Église de Dieu aux premiers temps comme de nos jours), il est évident que la volonté et la pensée humaines étaient à l’oeuvre, ainsi que le désir, chez certains, d’avoir une place importante. Ceci n’était manifestement pas le cas de Paul ni d’Apollos, mais certains hommes dénués d’intelligence s’efforçaient de leur donner — à eux ou à d’autres — de l’élévation (1 Cor. 4:6-7). Remarquez comme l’apôtre condamne cet esprit de parti en affirmant que c’est «le même Dieu qui opère tout en tous». Il condamnait tout esprit de schisme, de division, d’école et de parti, quel qu’il fût. S’il s’agit du corps, il n’est question ni de Paul ni d’Apollos, mais «maintenant, Dieu a placé les membres — chacun d’eux — dans le corps, comme il l’a voulu» (1 Cor. 12:18).

Si je pense à l’Église telle qu’elle est présentée ici à Corinthe, je vois que Dieu a placé les membres dans le corps selon sa propre volonté. Savez-vous, frères bien-aimés, pourquoi vous vous trouvez là où vous êtes ? Pourquoi vous avez été placé à cet endroit précis ? Si vous êtes véritablement soumis à Dieu, et à son service, vous sentirez et vous reconnaîtrez que vous êtes exactement là où il a plu à Dieu de vous placer. Tout est là. Du moment que je vois que c’est Dieu qui a assigné sa place à tel frère, et à tel autre la sienne, je suis satisfait, et je remercie Dieu pour ce serviteur et pour son ministère. C’est sa place à lui, et non la mienne, et si j’ai bien compris cela, je ne cherche ni à rivaliser avec lui ni à l’imiter. Je suis tout simplement satisfait de ma propre place dans le corps, car «Dieu a composé le corps…» (1 Cor. 12:24). Dieu a tout arrangé, car au verset 28 nous lisons encore : «Dieu a placé les uns dans l’assemblée : d’abord des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs…». Nous n’avons pas ici une liste exhaustive des dons (nous n’en trouvons d’ailleurs nulle part dans l’Écriture). Certains dons sont mentionnés en Romains 12, d’autres en Éphésiens 4, mais en aucun cas nous n’avons de liste complète et détaillée. Dans chaque passage, les dons cités le sont en rapport avec la vérité particulière que l’Esprit de Dieu place devant les saints à ce moment-là.

Il est frappant de voir ici que l’évangéliste ne figure pas dans cette liste. La raison en est simple. L’apôtre donne des instructions aux saints sur leur rassemblement, et sur l’ordre de l’Assemblée devant le Seigneur. Or ce n’est pas là que s’exerce le don d’évangéliste. Je suis profondément convaincu de l’importance de ce que notre frère a dit ce matin : que l’évangéliste fait partie de l’assemblée et qu’il lui appartient. Aucun évangéliste ne travaille selon la vérité à moins de le faire de concert avec l’assemblée et, si possible, en pleine communion avec elle, avant d’aider naturellement ses nouveaux convertis à s’orienter vers l’assemblée. Du temps de l’apôtre, c’était quelque chose de naturel, et, à moins de trouver sa place parmi les saints, le nouveau converti était comme un poisson hors de l’eau ! C’est dans l’assemblée que se trouvait la puissance de l’Esprit et que Celui-ci régnait, tandis qu’au dehors régnaient les ténèbres et le diable. Aujourd’hui dans l’état de division qui caractérise la chrétienté, c’est très différent et je pense qu’un évangéliste doit veiller à ne pas imposer ses nouveaux convertis à l’assemblée. Personnellement, je suis sur mes gardes toutes les fois que je cherche à y introduire quelqu’un qui déclare avoir été béni par le moyen de mon ministère. Je crois que mes frères sont beaucoup plus capables que moi-même de juger de mon travail. C’est là un principe très important, comme je crois le voir dans l’Écriture, en Actes 8, par exemple, lorsque Philippe descendit en Samarie. Philippe est le seul homme, dans l’Écriture, qualifié d’évangéliste. Quel homme plein de coeur était Philippe, un vrai pêcheur d’hommes ! Il avait pris beaucoup de poissons en Samarie, et il crût en avoir pris un beau lorsque Simon le magicien déclara qu’il était croyant et qu’il fut baptisé : Philippe l’aurait amené dans l’assemblée si le Seigneur, dans sa grâce, n’avait envoyé Pierre et Jean pour le démasquer et l’empêcher d’y entrer !

Il est très important que l’Assemblée soit exercée quant à la réception des âmes qui confessent le Seigneur. Permettez-moi d’ajouter quelques mots à propos de la responsabilité des saints en général, touchant la réception des âmes qui désirent participer à la fraction du pain. Cette responsabilité n’est que trop souvent laissée aux deux ou trois qui peuvent recommander ces âmes. C’est une chose nécessaire, et bonne, qu’elles soient recommandées, mais nous devrions être plus profondément convaincus dans nos âmes que c’est l’Assemblée qui reçoit, de même que c’est l’Assemblée qui peut avoir à refuser ou à retrancher. Si les saints étaient plus exercés à ce sujet, cela serait d’un grand profit pour l’Assemblée et favoriserait la communion pratique.

Et maintenant, à propos des dons et de leur utilisation, nous lisons : «Dieu a placé les uns dans l’assemblée : — d’abord des apôtres, en second lieu des prophètes…». Nous les avons encore, si je puis dire, dans les écrits du Nouveau Testament. Nous sommes édifiés «sur le fondement des apôtres et prophètes» du Nouveau Testament. Autrement dit, notre foi repose sur ce qui est révélé dans leurs écrits (Éph. 2:20). Les prophètes existent encore, selon un autre sens de ce mot que nous trouvons au verset 3 du chapitre 14. Poursuivant notre lecture, nous avons «…en troisième lieu des docteurs». La raison pour laquelle les dons sont énumérés par ordre de valeur («d’ abord,… en second lieu,… en troisième lieu»), c’est que les Corinthiens s’enorgueillissaient de leurs dons miraculeux et s’intéressaient beaucoup à celui qui avait le pouvoir de parler en langues, et autres choses semblables, et qu’ils attachaient peu de prix aux autres dons pourtant beaucoup plus importants et plus utiles pour l’édification. Le Seigneur intervient et remet les choses à leur vraie place, estimant les dons selon leur vraie valeur devant Lui, telle qu’Il la déclare, Lui. Or, les langues sont mises au dernier rang.

Parmi ce qui reste, nous trouvons les «aides». Quel joli petit mot que celui-ci ! Beaucoup de personnes peuvent être des aides dans l’Assemblée sans posséder de don très important. C’est très beau d’être une aide, et c’est un effet de la grâce de Dieu de nous accorder d’être des aides les uns pour les autres, en même temps qu’une aide pour Lui. J’ai été très frappé, l’autre jour, par un passage du chapitre 5 des Juges. C’était une période de grande crise dans l’histoire d’Israël, et nous voyons qu’un certain groupe d’hommes ne se montra pas à la hauteur des circonstances. «Maudissez Méroz, dit l’Ange de l’Éternel ; maudissez, maudissez ses habitants ! car ils ne sont pas venus au secours de l’Éternel, au secours de l’Éternel, avec les hommes forts» (Juges 5:23). Il est très beau d’être toujours disponible, toujours frais et simple de coeur, à la disposition du Seigneur pour faire exactement ce qu’Il veut nous donner à faire. Chacun de nous a sa petite place personnelle devant Dieu, et il est bon de se rappeler ce qu’a dit notre Seigneur lorsque «…laissant sa maison, et donnant de l’autorité à ses esclaves, et à chacun son ouvrage… ; et il commanda au portier de veiller» (Marc 13:34). Nous pouvons tous être des «aides». Le Seigneur donne à chacun de nous, dans son petit coin, une occasion de le servir, Lui et les siens, avec amour et simplicité. Cela est offert à chacun de nous.

Je passe le chapitre 13 — dont le sujet est exquis et fort intéressant — car le temps nous manque pour nous étendre sur ce «chemin bien plus excellent». Quel que soit le don que vous et moi possédions, il pourrait être encore plus grand, et si nous n’en possédons aucun, je me demande si nous désirons en recevoir «avec ardeur», au sens du verset 31 du chapitre 12. Mon frère, désires-tu avec ardeur cette sorte de dons ? Et toi, mon jeune frère, désires-tu les dons les plus excellents ? Si ce n’est pas le cas, j’ai le privilège aujourd’hui de vous exhorter à avoir ce désir ardent ! Monsieur Darby disait souvent que s’il y avait plus de dévouement, il y aurait plus de dons. Cela est bien vrai, et s’il y avait plus de dévouement au Seigneur, si nous le suppliions davantage afin d’être des aides pour ses saints, je suis sûr qu’il y aurait plus de dons que ce que nous voyons. L’exhortation de l’apôtre est saisissante.

Quel est ce «chemin bien plus excellent», sinon cette belle atmosphère d’amour du chapitre 13 ? Rappelez-vous ce que disait l’apôtre à son enfant Timothée : «Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de sobre bon sens» (2 Tim. 1:7). Ces trois expressions me font penser à ces trois chapitres de notre épître aux Corinthiens : le chapitre 12 est celui de la puissance, le chapitre 13 est celui de l’amour, et le chapitre 14 est celui du sobre bon sens : Je me demande parfois, mes frères, si nous avons celui-ci. Certainement pas si l’amour ne règle pas nos voies et nos paroles dans l’Assemblée en vue de l’édification.

Je dirai maintenant quelques mots sur le chapitre 14. Prophétiser a deux sens : celui de prédire les évènements à venir, et celui d’exercer un ministère qui atteint la conscience et amène l’âme dans la présence de Dieu. Cela est merveilleusement illustré dans la rencontre du Seigneur avec la femme samaritaine, en Jean 4. Sa déclaration, «celui que tu as maintenant n’est pas ton mari», atteignit sans détour la conscience de cette femme : «Seigneur, je vois que tu es un prophète». Toutefois, il est clair qu’ici (1 Cor. 14:3), prophétiser signifie plus que cela, car «celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation et la consolation». Quel bel aspect du ministère que celui-là ! L’édification fait grandir, l’exhortation réveille les coeurs, et la consolation bande les plaies. Si le ministère a vraiment ce caractère prophétique, il y aura croissance et consolidation de l’Assemblée, et même plus que cela, car l’exhortation réveille nos affections. À tous ceux qui réfléchissent sur la situation actuelle, je pose cette question : ne croyez-vous pas que les saints de Dieu ont besoin d’être «réveillés» ? Je sais pour ma part que j’en ai besoin, et je suis toujours reconnaissant envers ceux qui me «réveillent». Un tel ministère vous fait toujours sentir qu’il faut vous secouer, et, peut-être déposer tel ou tel fardeau. Et, bien plus que cela, il console, bande les plaies, rend Christ plus précieux à votre coeur. Le Seigneur veuille nous donner toujours plus d’un tel ministère, amis bien-aimés. Je parle du ministère qui s’exerce ordinairement dans l’Assemblée, jour après jour.

Il y a un mot-clé tout au long de ce chapitre 14. C’est celui d’«édification». Qu’est-ce qui édifie ? C’est une question très sérieuse, qui se posera toujours à tous ceux qui possèdent un don. Il se peut que je croie édifier l’Assemblée, mais que je me trompe. Si je n’édifie pas, je pense que vous devriez me le dire. Si mon ministère est sans profit, je pense que mes frères doivent agir envers moi en fidélité — tout en le faisant dans un esprit de grâce — et me dire que tel est mon ministère : sans profit. Je suis sûr qu’alors la grâce me sera faite de ne plus vous l’imposer ! L’important, c’est de savoir ce qui édifie. C’est une pensée qui revient constamment dans ce chapitre. Il est très important que ce qui se passe dans l’Assemblée porte ce caractère d’édification, et que l’amour mette un terme à un ministère s’il n’édifie pas.

Remarquez avec quelle insistance cela est dit aux versets 12 à 14 : «puisque vous désirez avec ardeur des dons de l’Esprit, cherchez à en être abondamment doués pour l’édification de l’Assemblée». Il nous est aussi demandé de prononcer «un discours intelligible» (1 Cor. 14:9). Trop souvent, dans nos réunions, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas édifiantes tout simplement parce qu’on ne les entend pas. Comment pouvez-vous dire «Amen» aux prières d’un frère que vous n’entendez pas ? Vous avez beau dire que le Seigneur les entend ! Bien sûr, mais si ma participation à cette prière doit être profitable aux autres, il faut que je parle assez fort pour qu’on m’entende, et assez clairement pour qu’on me comprenne. Que j’indique un cantique ou que je prie, je pense que ce doit être afin que tous les saints l’entendent. C’est ce que la Parole nous dit ici. Je ne fais qu’attirer l’attention sur ce qui fait souvent défaut, et dont beaucoup d’entre nous ont conscience. Je suis sûr que le Seigneur mettra sa Parole à profit. N’oublions pas que c’est cela l’important, et que ce que nous ne pouvons ni entendre ni comprendre n’est d’aucun profit, ni pour moi ni pour les autres.

Il y a un autre point sur lequel je voudrais dire quelques mots. «…Que les prophètes parlent, deux ou trois, et que les autres jugent» (1 Cor. 14:29). Il s’agit sans doute d’une réunion d’assemblée. On peut se demander si une réunion comme celle-ci, où je suis en train de parler, doit être considérée comme une réunion d’assemblée. Je sais que c’est discutable. Mais je pense que dans une telle réunion, pas plus de «deux ou trois» ne doivent prendre la parole. Mon sentiment à ce sujet est que ceux qui parlent doivent se placer individuellement devant le Seigneur. Si j’en parle, c’est parce qu’on entend dire que plus de deux ou trois prennent parfois la parole en de telles occasions. À mon avis, le Seigneur nous donne ici clairement sa pensée : «deux ou trois» est un maximum.

«Et s’il y a eu une révélation faite à un autre qui est assis, que le premier se taise» (1 Cor. 14:30). Qu’est-ce que cela veut dire ? Que le second doit attendre que le premier se rasseye ? Je ne le pense pas. Si le Seigneur faisait une révélation à un autre prophète, celui-ci devait se lever et la communiquer, tandis que le premier devait se taire et se rasseoir. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de révélation, et, comme quelqu’un l’a dit «l’ordre passe avant la puissance. Dieu n’est jamais un Dieu de confusion». La soumission est ce qu’il y a d’important ici. Il est beau de remarquer la manière dont l’Esprit de Dieu cherche ce qui est profitable. Or qu’y a-t-il de plus profitable que de voir un homme soumis à l’Esprit ? Celui qui prophétise devrait toujours être sous le contrôle de la puissance de l’Esprit de Dieu, et soumis à Lui, car il se peut qu’il se soit levé pour parler dans la puissance de l’Esprit, mais qu’il ait ensuite dépassé sa mesure.

Que le Seigneur nous donne à tous de savoir ce que c’est d’être toujours devant Lui en vue d’un réel profit, non seulement aujourd’hui, mais aussi quand nous retournerons chez nous dans les petits rassemblements d’où nous venons tous.

L’apôtre conclut sur les magnifiques versets 39 et 40. C’est en quelque sorte ce que je vois écrit à l’intérieur de la Maison, tout autour des murs : «Que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre». À l’extérieur, nous avons vu que tout ce qui n’était pas de Dieu serait découvert, car «Il prend les sages dans leurs ruses» ; et maintenant, à l’intérieur, nous voyons ce qui convient à la présence de Dieu, et ce qui doit caractériser ses serviteurs et ses saints dans son Assemblée. Cette injonction parle d’elle-même, et je désire en conserver le souvenir permanent dans mon coeur.

Il est merveilleux de penser que l’Église, l’Assemblée est maintenant le livre dans lequel s’instruisent les anges, et que ces anges, bien-aimés frères en Christ, doivent apprendre ce qu’est la sagesse infinie de Dieu en voyant l’activité bénie et la puissance de l’Esprit dans l’Assemblée de Dieu.

Que le Seigneur nous donne de mieux accomplir notre tâche, chacun dans son petit domaine personnel, ayant affaire individuellement à son service, tout en jouissant dans nos coeurs de la bénédiction qui découle du fait d’être les membres de ce corps dont Christ est la Tête. Ainsi, lorsque nous nous réunissons en assemblée, nous pouvons nous rappeler que c’est l’Assemblée de Dieu et que tout doit y être fait «avec bienséance et avec ordre», à la gloire de son Nom.

 

13 Chapitre 13   Dons et charges locales    1 Timothée 3

Bien des saints ne se font pas une idée juste de l’origine d’un ministère ; c’est pourquoi, dans leur esprit, l’exercice des dons spirituels se confond souvent avec celui des charges locales. Or, un ancien ou un serviteur (= diacre) peut avoir reçu un don, tout comme il peut n’en avoir pas reçu. Le ministère est l’exercice d’un don spirituel qui a sa source dans notre Seigneur glorieux, et qui appartient à l’Assemblée tout entière, tandis que les charges étaient purement locales et ne sont mentionnées que dans certaines assemblées où l’apôtre Paul ou ses délégués les avaient instituées.

Dans certaines épîtres, dans la partie introductive, rien n’est dit aux assemblées qui laisse supposer qu’elles aient eu de telles fonctions locales, alors qu’elles sont mentionnées dans l’épître aux Philippiens et que les qualités correspondantes sont énumérées dans la première épître à Timothée ainsi que dans l’épître à Tite.

Le mot «ancien», comme tout le monde le sait, désigne quelqu’un qui n’est plus jeune mais avancé en âge. Ce mot se trouve une soixantaine de fois dans le Nouveau Testament, mais quelques fois seulement en rapport avec l’Église de Dieu. Considérons ces derniers cas. Un «surveillant» devait nécessairement être un ancien, mais tous les anciens n’étaient pas des surveillants. Le mot «episkopoV» se trouve cinq fois dans le Nouveau Testament (Phil. 1:1 ; 1 Tim. 3:2 ; Tite 1:7 ; 1 Pier. 2:25 ; Actes 20:28), «surveillant» étant le sens exact du mot en grec. Nous trouvons aussi le mot dérivé «episkoph» à deux reprises, traduit par «charge de surveillant» en Actes 1:20, et par «surveillance» en 1 Tim. 3:1.

La première fois que nous trouvons le mot «surveillant» c’est, comme nous l’avons vu, en Actes 20 où nous lisons : «Or il envoya de Milet à Éphèse, et appela auprès de lui les anciens de l’assemblée», auxquels il s’adresse en ces termes : «Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre fils» (Actes 20:17, 28). Ainsi les termes d’anciens et de surveillants, dans ce cas, sont des synonymes désignant une même fonction.

Nous retrouvons ensuite ce mot dans l’épître de Paul aux Philippiens : «Paul et Timothée, esclaves de Jésus Christ, à tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes, avec les surveillants et les serviteurs…» (Phil. 1:1), et une troisième fois, en 1 Timothée 3:2 «il faut donc que le surveillant soit irrépréhensible, mari d’une seule femme, sobre, sage, honorable, hospitalier, propre à enseigner…». Un surveillant doit être irrépréhensible, c’est ce qui ressort du verset précédent. «Si quelqu’un aspire à la surveillance, il désire une oeuvre bonne : il faut donc que le surveillant soit irrépréhensible…» (1 Tim. 3:1-2). Nous lisons ensuite : «Je t’ai laissé en Crète dans ce but, que tu mettes en bon ordre les choses qui restent à régler, et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens, suivant que moi je t’ai ordonné : si quelqu’un est irréprochable mari d’une seule femme, ayant des enfants fidèles, qui ne soient pas accusés de dissipation, ou insubordonnés. Car il faut que le surveillant soit irréprochable comme administrateur de Dieu, non adonné à son sens, non colère, non adonné au vin, non batteur, non avide d’un gain honteux» (Tite 1:5-7). Tite reçoit l’ordre d’établir des «anciens», juste avant que soient énumérées les qualités exigées des «surveillants».

Ce mot de «surveillant» est employé pour la dernière fois — qui est aussi la plus concluante — en 1 Pierre 2:25 : «Car vous étiez errants comme des brebis, mais maintenant vous êtes retournés au berger et au surveillant de vos âmes» (1 Pier. 2:25). Sommes-nous tous retournés ? Êtes-vous retourné ? Si ce n’est pas le cas, ne perdez pas un instant, retournez immédiatement à Jésus, le «Surveillant» de votre âmes !

Voyons maintenant ce qu’étaient ces anciens, ainsi que leurs qualifications : «Cette parole est certaine, que si quelqu’un aspire à la surveillance, il désire une oeuvre bonne : il faut donc que le surveillant soit irrépréhensible, mari d’une seule femme, sobre, sage, honorable, hospitalier, propre à enseigner, non adonné au vin, non batteur, mais doux, non querelleur, n’aimant pas l’argent, conduisant bien sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité. (Mais si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’assemblée de Dieu ?). Qu’il ne soit pas nouvellement converti, de peur qu’étant enflé d’orgueil, il ne tombe dans la faute du diable. Or il faut aussi qu’il ait un bon témoignage de ceux de dehors, afin qu’il ne tombe pas dans l’opprobre et dans le piège du diable» (1 Tim. 3:1-7). Il est clair qu’ils devaient être, dans l’Assemblée, des hommes d’une valeur morale et spirituelle incontestable. Chacun devait être «mari d’une seule femme». Il devait bien sûr en être ainsi, car la polygamie était alors courante, et il se pouvait qu’un homme eût plusieurs femmes avant sa conversion, et qu’il lui fût impossible ensuite de les répudier. Dans ce cas, la charge de surveillant lui était interdite.

Les surveillant devaient être aussi «propres à enseigner», de même qu’hospitaliers, conduisant bien leur maison. Et s’il en était ainsi, nous lisons ailleurs qu’ils devaient être tenus en grande estime. «Que les anciens qui président dûment soient estimés dignes d’un double honneur, spécialement ceux qui travaillent dans la parole et dans l’enseignement ; car l’écriture dit : «tu n’emmuselleras pas le boeuf qui foule le grain» et «l’ouvrier est digne de son salaire» (1 Tim. 5:17-18).

Or je crois que beaucoup d’entre nous ont été élevés nourris de la conviction qu’aujourd’hui c’est l’Église qui a la compétence pour établir ou nommer des anciens, mais si nous consultons l’Écriture pour voir ce qu’il en était alors, nous en serons éclairés.

Permettez-moi tout d’abord de vous rappeler ce qu’est réellement l’Assemblée de Dieu. Elle se compose de tous ceux qui ont été rachetés par Christ, lavés dans son sang, qui sont nés de l’Esprit, qui possèdent une nouvelle nature, étant scellés du Saint Esprit, et qui sont ainsi baptisés pour ne former qu’un seul corps. L’Église de Dieu, en n’importe quel lieu, était un groupe de croyant connus comme étant le peuple de Dieu. Un tel groupe de croyants était unique à un endroit donné, si bien que le facteur aurait su où délivrer une lettre adressée à «l’Assemblée de Dieu» ! Mais il n’en est plus ainsi maintenant, et ni vous ni moi n’aurions le droit de décacheter une telle lettre ! Qui donc pourrait le faire ? Il faudrait attendre que tous les saints de cet endroit se soient réunis ensemble à la poste restante, et c’est seulement alors que nous pourrions l’ouvrir !

En ce temps des commencements, si nous l’avions demandé au pire pécheur de l’endroit, il aurait pu nous indiquer où se trouvait l’Assemblée de Dieu, car personne n’en faisait alors partie si ce n’est de vrais enfants de Dieu. Vous pouvez évoquer le cas d’Ananias et de Sapphira, mais il ne fait que prouver ce que j’ai dit. Je ne m’étendrai pas sur leur état, toujours est-il qu’ils furent ôtés. Dieu Lui-même les ôta par la mort, et nous lisons : «…d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux …» (Actes 5:13). Exactement comme une guêpe dans une ruche est mise à mort ou chassée, de même, si quelqu’un s’introduisait perfidement dans l’assemblée, la lumière y était si grande que l’intrus était démasqué et qu’il s’en allait, à moins d’être exclu. Plût à Dieu qu’il en fût ainsi aujourd’hui !

Ceux qui croient en Jésus sont maintenant liés à Lui dans la gloire, si bien qu’ils sont les membres de son corps, et que la pensée d’être membre de tout autre corps vient de l’homme ou de plus bas encore. Aucun enfant de Dieu ne devrait se prévaloir de cette pensée, car elle n’est pas de Dieu et le Nouveau Testament la condamne absolument.

Ce que nous trouvons dans l’Écriture, c’est que partout où l’évangile était reçu, les disciples étaient tous rassemblés au nom du Seigneur. Au bout de quelque temps, les apôtres entraient dans cette assemblée dans le but bien précis d’établir des anciens et autres serviteurs, et non pas de nommer des ministres du culte, car cette idée ne se trouve nulle part dans l’Écriture. Et si elle s’y trouvait, il serait facile de dire où.

Il y a en effet un passage que l’on invoque toujours en faveur de la soi-disant «ordination des ministres du culte», mais qui, examiné de près, fait toute la lumière sur ce sujet : «Or il y avait à Antioche, dans l’assemblée qui était là, des prophètes et des docteurs : et Barnabas, et Siméon, appelé Niger, et Lucius le Cyrénéen, et Manahem, qui avait été nourri avec Hérode le tétrarque, et Saul. Et comme ils servaient le Seigneur et jeûnaient, l’Esprit Saint dit : Mettez-moi maintenant à part Barnabas et Saul, pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés. Alors ayant jeûné et prié, et leur ayant imposé les mains, ils les laissèrent aller» (Actes 13:1-3). Aurions-nous l’aplomb de dire que Barnabas et Paul furent alors «ordonnés» ? Des apôtres ordonnés par des prophètes et des docteurs ! Impossible ! «Et Dieu a placé les uns dans l’assemblée : — d’abord des apôtres, en second lieu des prophètes, en troisième lieu des docteurs, ensuite des miracles, puis des dons de grâce de guérisons, des aides, des gouvernements, diverses sortes de langues» (1 Cor. 12:28). Les seconds et les troisièmes ordonneraient donc les premiers, si votre interprétation était correcte. Impossible, vous dis-je ! Barnabas et Saul furent «envoyés par l’Esprit Saint» (Actes 13:4), et ensuite les frères, les prophètes et les docteurs, sachant que «les apôtres Barnabas et Paul» (car c’est ainsi qu’il sont appelés en Actes 14:14) étaient envoyés pour une mission spéciale, firent ce qu’il était alors courant de faire : ils se lancèrent eux-mêmes dans cette mission de tout leur coeur et de toute leur âme, jeûnant, priant et leur imposant les mains. Était-ce là une ordination ? Et si oui, dans quel but ? Certainement pas pour prêcher, car Barnabas était apparu sur la scène depuis longtemps. En Actes 4:36-37, il avait fait preuve d’un grand dévouement en donnant son argent. En Actes 9:27, il avait montré beaucoup de discernement spirituel en introduisant Saul de Tarse dans l’assemblée de Jérusalem, et, un peu plus tard, cette assemblée l’avait chargé d’aller constater les effets de la grâce de Dieu à Antioche (Actes 11:22-24). Puis, il amena Saul à Antioche et, ensemble, ils instruisirent cette assemblée pendant toute une année, avant de faire parvenir leur don à Jérusalem (Actes 11:25-30).

Nous savons, de la propre plume de Paul, d’où il tenait son apostolat : «Paul apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ, et Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts…» (Gal. 1:1). En ce qui concerne sa prédication, il commença à Damas, dès sa conversion (Act. 9:19-22).

L’imposition des mains a des sens différents selon divers passages de l’Écriture. L’acte de ceux d’Antioche signifiait clairement une simple identification avec ces deux serviteurs lorsqu’ils furent appelés à un service spécial. L’assemblée de Dieu à Antioche s’identifiait de tout son coeur et de toute son âme au travail spécial, de caractère missionnaire, auquel Barnabas et Saul étaient appelés, et lorsque ceux-ci eurent achevé leur tournée et leur service, ils retournèrent à Antioche «d’où ils avaient été recommandés à la grâce de Dieu pour l’oeuvre qu’ils avaient accomplie» (Actes 14:26).

Au cours de cette tournée, ils visitèrent Lystre, Iconium et Antioche de Pisidie. Des âmes furent sauvées et des assemblées formées, après quoi nous voyons les apôtres revenir pour fortifier les disciples. En outre, il s’était écoulé assez de temps pour que se révèlent ceux qui étaient qualifiés pour devenir des anciens dans ces assemblées. Ainsi lisons-nous : «Et leur ayant choisi des anciens dans chaque assemblée, ils prièrent avec jeûne, et les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru» (Actes 14:23).

Mais remarquez bien qui établissait ces anciens. Je connais des gens très savants qui diraient que c’est l’assemblée qui les choisissait, et qu’ensuite les apôtres venaient les établir officiellement. Je ne suis pas moi-même un érudit, mais d’autres personnes connaissant parfaitement le grec m’ont assuré que le mot «keirotonhsanteV» signifie simplement «ayant choisi». Ce sont évidemment les apôtres qui les avaient choisis (Act. 14:23). Et permettez-moi de dire ici que c’est le seul passage du Nouveau Testament où nous voyons les apôtres en choisir. Très certainement, il y avait des anciens à Éphèse, comme à Philippes, et Tite reçut l’ordre d’en établir en Crète (Tite 1:5).

Mais alors certains demanderont peut-être si ceux qui composaient l’assemblée n’étaient pas les mieux placés pour les établir, comme dans le cas des serviteurs d’Actes 6:1-6. En aucun cas nous ne lisons qu’on imposait les mains aux anciens. Le seul passage qui pourrait le suggérer est en 1 Timothée 5:22, où Paul dit à Timothée : «N’impose les mains précipitamment à personne», mais je pense que cela est dit dans un sens beaucoup plus large.

Dans tous les cas, les apôtres, et eux seuls, imposaient les mains aux serviteurs (diacres) de Dieu. Dans le cas des sept hommes choisis par les disciples, dont il est parlé en Actes 6, l’assemblée qui donnait de l’argent devait avoir le droit de choisir ceux qui le géraient, mais, remarquez-le bien ici, ce sont les apôtres qui les établirent dans leur charge. «Or en ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s’éleva un murmure des Hellénistes contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier. Et les douze, ayant appelé la multitude des disciples dirent : Il ne convient pas que, laissant la parole de Dieu, nous servions aux tables. Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d’entre vous, qui aient un bon témoignage, plein de l’Esprit Saint et de sagesse, que nous établirons sur cette affaire. Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole. Et ce discours plut à toute la multitude ; et ils choisirent Étienne, homme plein de foi et de l’Esprit Saint, et Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timon, et Parménas, et Nicolas, prosélyte d’Antioche, qu’ils présentèrent aux apôtres ; et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains» (Actes 6:1-6). Tous ceux qui furent choisis le furent d’entre les disciples qui avaient murmuré. La grâce est le meilleur remède contre les murmures. C’étaient les Hellénistes qui avaient murmuré, et bien qu’ils n’eussent pas de titre officiel (ou qu’ils ne fussent pas appelés diacres), les sept disciples qui remplirent cette fonction étaient tous, sans exception, des Hellénistes. Quelle leçon quant à la puissance de la grâce lorsqu’elle est active ! Nous avons vu que c’étaient incontestablement les apôtres ou leurs délégués qui choisissaient les anciens, et qui imposaient les mains aux serviteurs dans l’assemblée, mais il ne faut pas oublier que celle-ci était alors unique dans chaque ville. C’était l’Assemblée de Dieu, qui comprenait tous les croyants.

Nous avons remarqué que Paul, dans son exhortation aux anciens d’Éphèse, avait dit : «Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre fils» (Act. 20:28). Si je reviens sur cela, c’est que Paul, dans sa première épître à Timothée, dit : «Comme je t’ai prié de rester à Éphèse lorsque j’allais en Macédoine, afin que tu ordonnasses à certaines personnes de ne pas enseigner des doctrines étrangères» (1 Tim. 1:3). Certains en ont déduit que Timothée était un évêque et qu’il avait été laissé à Éphèse pour y nommer des anciens, mais, dans ce passage d’Actes 20, nous voyons tous les anciens accomplir leur tâche à Éphèse cinq ans avant la lettre de Paul à Timothée, si bien que cette théorie n’est pas valable.

Jetons maintenant un bref coup d’oeil à d’autres passages. «Que les anciens qui président dûment soient estimés dignes d’un double honneur, spécialement ceux qui travaillent dans la parole et dans l’enseignement…» (1 Tim. 5:17). Nous voyons ici que certains anciens travaillaient «dans la parole et dans l’enseignement» sans avoir été cependant nommés «ministres du culte», comme on dit aujourd’hui. Comment acquéraient-ils cette capacité de travailler dans la parole et la doctrine ? Cela ne découlait que de Christ, la Tête du Corps. Ils exerçaient un don spirituel que le Seigneur leur avait donné et qui n’avait absolument rien à voir avec leur position officielle d’anciens. Ils possédaient ce pouvoir en plus de leur charge d’ancien, et nullement à cause d’elle. Pour illustrer cela, nous avons aussi le cas de Philippe, un des sept serviteurs (diacre) d’Actes 6. La persécution qui survint après la mort d’Étienne mit un terme à son service, mais Philippe descendit dans une ville de la Samarie, et leur prêcha le Christ, et il y eut une grande joie dans cette ville-là. Il avait incontestablement un don — celui d’évangéliste — qu’il exerçait tout à fait indépendamment de sa charge de diacre. Confondre le don et la charge, c’est nuire à l’un autant qu’à l’autre. Ce sont deux choses distinctes. Le don vient de Christ, alors qu’une charge locale était toujours conférée par les apôtres ou leurs délégués.

Dans un autre passage bien précis, il nous est dit que Tite fut laissé en Crète pour y établir des anciens. Ni Timothée ni Tite n’étaient des apôtres, mais des délégués apostoliques qui recevaient des apôtres certains ordres précis. Lorsque Tite eut accompli sa tâche, Paul lui dit de s’empresser de venir auprès de lui à Nicopolis (Tite 3:12) ce qui montre bien que Tite n’était pas l’évêque de Crête, comme le dit une note de la Bible anglaise (KJV, version autorisée).

La question qui se pose maintenant est celle-ci : avons-nous aujourd’hui le pouvoir de nommer des anciens ou des serviteurs (diacres) ? Ma réponse est non ! Êtes-vous un apôtre ? Non. Ou l’envoyé d’un apôtre, comme Timothée ou Tite ? Non. Alors ne vous chargez pas de faire leur travail ! Sans doute répondrez-vous : s’il n’y a aucune autorité pour pourvoir à de tels postes, alors pourquoi Dieu les a-t-Il donnés au commencement ?

Votre question est pertinente, mais je crois qu’il est facile d’y répondre. Au commencement, tout était en ordre, et de telles charges convenaient parfaitement, mais Dieu prévoyait la ruine de son Assemblée. Alors, à quoi bon perpétuer une fonction qui, loin de rassembler les brebis, les éloigne plutôt les unes des autres ? Vous trouvez peut-être cela étrange mais, sans vouloir blesser personne, regardez ce qui se passe dans cette ville. Plus les dirigeants des différentes églises chrétiennes sont scrupuleux dans leur travail, plus ils maintiennent dissociées les brebis du Seigneur. Plus leurs divers groupements se donnent de peine, plus se confirme la séparation entre les églises dites «libres» et les grandes églises officielles ou autres, du fait même de leurs efforts pour maintenir l’unité au sein de leurs troupeaux.

La vérité, c’est que l’homme a maintenu une forme extérieure, au lieu de comprendre ce que Dieu a donné pour les mauvais jours. Je vous demande ce qui vaut mieux : faire de même, ou prendre humblement la place qui convient à ceux qui sont sans force ? Alors, me dites-vous, n’y a-t-il aucune règle dans l’Assemblée ? Je remercie Dieu de ce qu’il y a bien une règle dans ses assemblées — oui, dans chacune d’elles — mais je nie catégoriquement l’existence d’un quelconque pouvoir pour ordonner quelqu’un pasteur, prêtre ou diacre.

Il y a deux raisons majeures de ne pas tenter de «nommer» des anciens ou autres serviteurs. Tout d’abord, nous n’avons pas de personnes compétentes pour le faire, c’est-à-dire des apôtres ou leurs délégués. Ensuite, nous n’avons pas l’Assemblée elle-même sur laquelle les établir, même si nous en avions le pouvoir. Celle-ci, hélas, est divisée en d’innombrables dénominations. Imaginons, par exemple que Paul arrive dans cette ville aujourd’hui. Par où commencerait-il pour procéder à ces nominations ? Où est l’Assemblée de Dieu ? Entièrement dispersée ! Considérerait-il une petite partie comme le tout ? Impossible ! Ce faisant, il ne ferait que perpétuer ces divisions que la Parole de Dieu condamne si clairement.

Quant à l’ordination de ministres du culte, je dirai seulement que c’est une chose inconnue dans le Nouveau Testament. Il n’y a pas un seul cas prouvant qu’un homme ait été mis à part par d’autres hommes pour prêcher l’évangile. S’il existe un tel cas, dites-le, mais vous n’en trouverez pas ! Christ, le Chef du Corps, donne les dons nécessaires à qui Il veut, et personne ne peut impunément empiéter sur ses prérogatives.

Il reste encore un ou deux autres passages sur lesquels je m’arrêterai brièvement, parce qu’ils nous aiderons à voir que le Seigneur prend soin de son Église lorsque la volonté de l’homme et son désordre ont gâté Son ordre à Lui, tel que révélé dans la Parole. Il pourvoit toujours à tous ses besoins : «Or nous vous prions, frères, de connaître ceux qui travaillent parmi vous, et qui sont à la tête parmi vous dans le Seigneur, et qui vous avertissent, et de les estimer très haut en amour à cause de leur oeuvre. Soyez en paix entre vous» (1 Thess. 5:12-13). Qui étaient ceux-là ? Certainement pas des «anciens», puisque spirituellement ils n’avaient qu’un an ! N’y en a-t-il pas de tels, aujourd’hui ? Je me réjouis de savoir qu’il y en a beaucoup, au-dessus de moi, dans le Seigneur, et je me réjouis de savoir que le Seigneur leur a donné non pas une ordination ou un titre officiel, mais de la puissance spirituelle qui, comme de l’eau, a tout de suite atteint son niveau propre.

Considérons maintenant un autre passage, qui ne traite pas de questions ecclésiastiques, et qui se trouve dans la dernière épître que nous aurions songé à consulter pour y trouver lumière et conseils en matière de conduite de l’Assemblée : «Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu, et, considérant l’issue de leur conduite, imitez leur foi…Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis, car ils veillent pour vos âmes, comme ayant à rendre compte ; afin qu’ils fassent cela avec joie, et non en gémissant, car cela ne vous serait pas profitable... Saluez tous vos conducteurs et tous les saints. Ceux d’Italie vous saluent» (Hébreux 13:7, 17, 24). Qui étaient ceux-là ? N’étaient-ils pas des guides ? Mais est-ce que le fait de confier à quelqu’un une fonction officielle suffit à lui en donner la capacité ? Non ! Le verset 7 est parfaitement clair. Un homme qui vous apporte la Parole de Dieu à un moment difficile, de telle sorte que vous ayez la conviction que c’est la Parole de Dieu, et que votre âme soit guidée par elle, voilà un guide ! Vous le reconnaîtrez comme tel, vous vous souviendrez de lui dans vos prières, et vous le recevrez avec joie lorsqu’il reviendra.

Je reconnais comme guide, non pas quelqu’un qui se présente comme tel, mais quelqu’un qui m’apporte la Parole de Dieu qui opère en moi et me montre mon chemin. Il se peut qu’un guide soit un jour sorti des chemins battus pour montrer le chemin — eh bien, qu’il en soit ainsi, pourvu que ce soit la Parole de Dieu.

Quel immense réconfort de savoir que, même si les apôtres ne sont plus, et si les charges locales ne peuvent se perpétuer dans l’état actuel de ruine et de dispersion de l’Église, le Seigneur dans son tendre amour, continue à pourvoir aux besoins essentiels de ses bien-aimés. Il donne toujours des évangélistes, des pasteurs et des docteurs, et quant aux conducteurs, Il en a toujours suscité quand il y en avait besoin. Le travail des anciens et des serviteurs (diacres) est toujours assuré dans chaque assemblée, même si ces titres n’existent plus officiellement.

Les conducteurs me montrent le chemin d’après la Parole de Dieu. Il y a toujours des hommes ayant le don de pasteur pour aider les âmes des saints, surtout dans le privé. Et nous avons aussi des docteurs pour aider ceux du dedans. Mais n’oublions jamais que tous les dons sont la propriété commune de l’Église. Ils appartiennent à l’ensemble, non pas à quelques-uns seulement, et partout où je vois un homme possédant un don, je le revendique comme envoyé du Seigneur à l’Église toute entière. Dieu veuille qu’il prenne lui-même sa place dans son Assemblée comme tel.

J’espère qu’il est clair pour chacune de vos âmes qu’un ministère est différent de ces charges locales qui ont disparu, et qu’ainsi, vouloir perpétuer celles-ci sans autorité divine est une erreur pour ne pas dire un péché.

 

14 Chapitre 14    Un «homme en Christ» et un «homme de Dieu»    2 Cor. 12 ; 1 Tim. 6:6-12 ; 2 Tim. 3:14-17 ; 4:1-8

Vous observerez, chers amis, que dans ces passages sont mentionnés deux titres remarquables : «Un homme en Christ», et «un homme de Dieu». C’est de cela que je voudrais dire quelques mots. Il y a une différence notable entre les deux.

Bien que chaque chrétien soit un «homme en Christ», il ne s’ensuit pas forcément que, dans la pratique, il soit ce que Paul appelle un «homme de Dieu». Le premier a trait à notre position, le second à notre vie pratique.

Par quelle expression merveilleuse Paul commence son discours ! «Je connais un homme en Christ, qui, il y a quatorze ans,…a été ravi jusqu’au troisième ciel».

Considérez l’effet produit sur Paul par cette expérience. Pendant longtemps, il n’en dit pas un mot. J’ai l’impression que si certains d’entre nous avaient reçu une telle révélation, nos frères n’auraient pas tardé à le savoir !

Mais qu’est-ce qu’un «homme en Christ» ? Je crains fort de ne pas savoir exprimer la vérité à ce sujet, mais je vous dirai quelque chose qui peut certainement aider la plus jeune âme ici présente. Si vous êtes né de Dieu et que vous possédiez l’Esprit Saint, vous êtes «un homme en Christ».

L’histoire du premier homme est très triste. Où abouti cette histoire ? À rien d’autre qu’au péché, à la honte et à la mort, dans ce monde que nous traversons. Ce que Paul apprend, c’est que sur la scène de ce monde est venu Quelqu’un qui, étant Lui-même Dieu, s’est fait homme afin de pouvoir refaire le chemin de l’homme ici-bas, et l’on aime à penser qu’il n’est aucune situation dans laquelle un saint puisse se trouver que le Seigneur n’ait pas assumée. J’aperçois deux choses dans l’histoire de cet Homme béni : 1°) L’admirable et parfaite révélation de ce que Dieu est : «Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître» (Jean 1:18). Si je veux connaître Dieu, je dois contempler la Personne de Jésus. 2°) La parfaite démonstration de ce que devrait être le chemin de l’homme selon Dieu ; non seulement en ce que le Seigneur est venu pour nous faire connaître Dieu, mais aussi pour assumer toutes les responsabilités de l’homme.

À plusieurs reprises, le Seigneur est salué par une voix disant : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir». Lors de son baptême, les cieux s’ouvrent pour la première fois, et la voix du Père se fait entendre : «Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai trouvé mon plaisir» (Luc 3:22). Il n’ajoute pas alors «Écoutez-le», comme s’il allait sans dire que tout le monde l’écouterait. Puis, sur la montagne de la Transfiguration, alors que le bout du chemin est en vue, Pierre propose de faire trois tentes : «une pour toi, et une pour Moïse, et une pour Élie» (Luc 9:33). Mais le Père ne peut souffrir cet affront de vouloir mettre le Seigneur au même plan que Moïse (le législateur) et Élie (le réformateur). Le temps de la loi était passé, d’où cette parole : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-LE (Luc 9:35).

Le Seigneur aurait pu monter directement de cette montagne dans la gloire, sans que personne ne pût Lui en contester le droit, mais Il en redescend, jusque dans la mort, car s’Il n’était pas mort, le grain de blé serait demeuré seul. Mais sur la Croix, Il assuma tout le péché de l’homme, toute sa culpabilité et son état devant Dieu.

Non seulement Il porta tous nos péchés, mais Il fut fait péché ! Il combla le fossé qui séparait l’homme de Dieu. Par sa propre mort sur la croix — où par grâce Il mourut à notre place — Il mit le point final à l’histoire de l’homme dans la chair, si bien que lorsque Jésus eut expiré sur la Croix, une scène de mort universelle fut la seule chose qui s’offrit au regard de Dieu. Tous les autres hommes étaient morts dans leurs péchés, tandis que Christ était mort pour le péché. Mais qu’arrive-t-il ensuite ? La Résurrection ! Celui qui a annulé la mort sort du tombeau et rencontre Marie sur le seuil. Son coeur est plein d’affection pour le Seigneur. Elle va sur sa tombe où quelque chose la retient. Cette femme n’avait plus de demeure ici-bas, maintenant qu’Il était absent ; c’est pourquoi elle reste là et pleure. Il se lève d’entre les morts et va à la rencontre de ce coeur brisé, qui saigne, ce coeur rempli de sympathie et d’amour pour Lui. Que n’avons-nous la moitié de l’amour dont le coeur de cette femme était plein ! Elle avait vu des anges, mais leur avait tourné le dos. Lequel d’entre nous ne se serait pas laissé retenir par des anges ? Ensuite, elle tourne le dos à un homme qu’elle prend pour le jardinier. Mais elle entend une voix, se retourne et voit Jésus Lui-même qui lui révèle la vérité ! Révélation merveilleuse, en vérité, selon laquelle Il s’en va vers d’autres lieux : «Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père»; Je suis sûr que Marie pensait : «Seigneur, je t’avais perdu, et maintenant je te retrouve. Faut-il que je te perde de nouveau» ? Avec quelle douceur Il apaise une telle crainte dans son coeur par ces paroles qui chargent Marie de cette mission qu’aucune autre, jusque dans l’éternité, ne pourra jamais égaler : «Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu, et votre Dieu» (Jean 20:17).

Un homme est monté dans la gloire, sur le terrain de la justice divine. L’homme en Christ est monté dans la gloire. Le premier homme est entré dans la mort où l’a conduit un chemin de propre volonté, de désobéissance et de péché, et Dieu l’y a laissé. Mais maintenant est venu ce second homme, ce dernier Adam, qui est allé jusqu’à la mort, mais au bout d’un chemin de soumission, d’absence de volonté propre, et de parfaite obéissance. Alors Dieu le fait sortir de la mort et Lui donne la gloire. Mais Il n’y montera pas avant de s’être arrêté sur son chemin pour annoncer à cette femme pleine d’amour — et pour qu’elle l’annonce à d’autres — que son Père était leur Père, que son Dieu était leur Dieu. Il nous associe à Lui-même là où Il est monté. Voilà comment je comprends ce que signifie être «un homme en Christ». En Lui la divinité est descendue sur terre, et maintenant Il a introduit l’humanité dans le ciel où nous avons une patrie. Le Seigneur monte, et le Saint Esprit descend.

Étienne voit Jésus dans la gloire. Le diable ne peut supporter cela, et c’est pourquoi il le lapide, réduisant au silence ce témoin de Christ en le faisant mourir. En fait, il accorde à Étienne une faveur en l’envoyant plus tôt auprès de son Sauveur. Satan est toujours l’artisan de sa propre défaite ! Saul de Tarse assistait à cette scène, et Christ s’empare de cet homme qui avait entendu le témoignage qu’Étienne Lui avait rendu en tant qu’Homme glorieux. Il le convertit, au milieu de son oeuvre criminelle, et fait de lui ce «vase d’élection», un canal par le moyen duquel cette glorieuse nouvelle atteindra les nations.

Étienne, qui avait vu Jésus dans la gloire, meurt à la ressemblance de son maître, et c’est comme si le Seigneur disait alors : «Je me choisirai cet homme qui a entendu que j’étais vivant dans la gloire, je me montrerai à lui là où je suis, puis je lui donnerai la force de vivre et de rendre témoignage de moi sur la terre où je ne suis plus».

Chronologiquement, 2 Corinthiens 12 semble coïncider avec la venue de Paul à Lystre (Act. 14:6-20). Dieu lui accorda cette merveilleuse révélation à propos de laquelle Paul déclare qu’il a été «ravi dans le paradis» et qu’il a entendu «des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer» (2 Cor.12:4) — et cela, autant que nous pouvons en juger, juste au moment où d’autres n’avaient plus d’espoir de le garder en vie, et il était dans cet état à cause de Christ. En effet, les foules ayant lapidé Paul, «ils le traînèrent hors de la ville, croyant qu’il était mort» (Act. 14:19). N’était-ce pas bien le moment de permettre à un homme qui en avait apparemment fini avec la terre, de voir ce qu’était le ciel ? Ainsi, dans sa sagesse merveilleuse, Dieu permet à ce serviteur béni, arrivé à ce stade particulier de sa carrière terrestre, de voir et d’entendre Jésus dans le ciel ! Puis, il revient sur la terre, sur la scène de ce monde d’où Christ a été rejeté, et là, une nouvelle fois, il fait l’expérience de la pleine suffisance de la grâce de Christ.

Tout ce que nous possédons est là-haut. Toutes les sources et les ressources de l’âme sont dans le ciel. Lorsque Paul redescendit sur terre, combien ce monde dut lui paraître souillé, obscur, après les gloires éclatantes du ciel où il avait été ravi ! Que de difficultés il retrouvait — toutes les mornes obligations de la vie !

Paul reçoit cette merveilleuse révélation, et, aussitôt après, une «écharde pour la chair». Et tout comme pour l’apôtre, le Seigneur juge bon que nous ayons, nous aussi, «une écharde pour la chair», mais nous ne pouvons progresser sans la grâce de Christ. «Ma grâce te suffit» : quelle douce parole pour nos âmes en tout temps.

Si votre chemin est particulièrement difficile, la grâce de Christ, le bras de Christ, ne sont-il pas suffisants ? Bien sûr que si ! Plus nous apprenons qu’Il est notre vie, et que c’est pour Lui que nous sommes ici-bas, plus nous avons la profonde conviction que nous ne pouvons faire un seul pas sans Lui. Nous l’entendons alors nous dire : «Ma grâce te suffit». Le Seigneur n’ôte généralement pas la difficulté, mais Il donne la force de la surmonter. Paul, sur son chemin à lui, illustre bien cette vérité.

Le Christianisme est la reproduction de la vie de Christ dans celle du chrétien. En tant qu’«homme en Christ», je vois la place que la grâce me donne dans la gloire, et je dois goûter la grâce qui découle de cette gloire dans toutes les difficultés du chemin ici-bas.

Et maintenant, considérons brièvement «l’homme de Dieu» en 1 Timothée 6. C’est toujours l’apôtre qui écrit à Timothée, son jeune compagnon d’oeuvre. Il avait pour lui un grand désir, et il s’exprime en termes très clairs sur le sujet de la piété. Certains estiment que «la piété est une source de gain» (1 Tim. 6:5), mais l’injonction de l’apôtre est : «Toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses», et «la piété avec le contentement est un grand gain» (1 Tim. 6:6). Ce n’est pas le gain qui est la piété, mais «la piété avec le contentement» qui est un grand gain ! C’est là quelque chose de merveilleux, mais comment y arriver ? Lot a désiré un peu plus que ce qu’il possédait. Il n’avait pas alors cette piété. Il fut mis à l’épreuve, et il échoua. Je crois que nous sommes souvent ainsi mis à l’épreuve dans notre vie. Si je suis décidé à réussir dans ce monde, Dieu me laissera peut-être faire, mais alors je ferai l’expérience de cette vérité : «Et il leur donna ce qu’ils avaient demandé, mais il envoya la consomption dans leurs âmes» (Ps. 106:15). «Nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter» : voilà une parole digne d’être retenue.

On entend dire parfois : «Un tel avait tellement de valeur, lorsqu’il est mort». C’est une grande erreur. La valeur d’un homme n’est pas à la mesure de ce qu’il laisse après sa mort, mais de ce qu’il a transmis avant de mourir.

Voulez-vous être riche ? Alors vous tomberez dans une fosse. C’est ce qu’il vous faut savoir. «Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège». Ce n’est pas qu’il y ait du mal dans l’argent en soi, mais le mal est dans l’amour qu’on lui porte.

Je crois qu’il en est souvent de nous comme ce que nous lisons d’Israël aux jours d’Aggée. Ils habitaient dans des maisons lambrissées, tandis que la maison de l’Éternel était dévastée. Le moi occupait la première place, mais le regard de Dieu était sur son peuple. Sa main était sur eux, et c’est pourquoi nous lisons : «celui qui travaille pour des gages, travaille pour les mettre dans une bourse trouée» (Aggée 1:6). D’où venaient ces trous ? Je crois que Dieu Lui-même les avait faits !

Ayant ainsi averti Timothée, l’apôtre l’exhorte maintenant, en l’appelant d’un nom absolument merveilleux : «Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit ; combats le bon combat de la foi ; saisis la vie éternelle…» (1 Tim. 6:11-12). C’est comme s’il disait : «Tu es ici, où l’homme a rejeté l’Homme de Dieu, et, ici-même, tu dois te tenir à la place de Christ». Quelle faveur merveilleuse d’être un «homme de Dieu» dans un monde de ténèbres ! La Sunamite pouvait dire à propos d’Élisée : «Voici, je connais que c’est un saint homme de Dieu qui passe chez nous continuellement» (2 Rois 4:9).

Qu’il est beau que d’autres puissent distinguer ces caractères de l’homme de Dieu ! En 2 Timothée 3, Paul nous montre le chemin, à vous et à moi, pour qu’il en soit ainsi. Cependant, il dit ici : «Fuis ces choses» — celles qu’il a nommées — avant d’ajouter : «et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit…»

«Saisis la vie éternelle» est une parole remarquable ! Peut-être dîtes-vous : «Je crois que je l’ai», mais en êtes-vous bien sûr ? Il s’agit évidemment de quelque chose dont Timothée devait s’efforcer de s’emparer, puisqu’il lui est dit de «saisir» la vie éternelle. C’est ce qui appartient à l’homme en Christ, qui doit cependant «saisir» ce qui est vraiment à lui ! C’est pourquoi l’apôtre ajoute : «combats le bon combat de la foi».

Dans un certain sens, nous possédons dès maintenant la vie éternelle qui est le don de Dieu reçu par la foi. Mais dans un autre sens, c’est quelque chose d’encore à venir : «vous avez… pour fin la vie éternelle» (Rom. 6:22). C’est là le but, le bout du chemin pour le chrétien.

Voyons maintenant l’épître suivante. Ce sur quoi Paul insiste, ici, est à la portée de chaque saint de Dieu : «Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises, et que, dès l’enfance, tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le christ Jésus. Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne oeuvre» (2 Tim. 3:14-17).

L’Écriture, voilà ce à quoi nos âmes sont renvoyées, et ce qui convient vraiment à l’homme de Dieu — quel qu’il soit — pour son travail. Puis, au chapitre 4 v. 5, nous lisons : «Mais toi, sois sobre en toutes choses, endure les souffrances, fais l’oeuvre d’un évangéliste, accomplis pleinement ton service ; car, pour moi, je sers déjà de libation, et le temps de mon départ est arrivé ; j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi : désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition». Fais l’oeuvre d’un évangéliste. On me demande parfois : «Êtes-vous un évangéliste» ? Ma réponse est «je ne sais pas». Je ne sais, ni ne me soucie de savoir si j’en suis un ou non, pourvu que je puisse faire l’oeuvre d’un évangéliste, qui consiste à annoncer Christ aux âmes, et à Lui amener celles-ci. En un temps où tout est déréglé, le serviteur de Christ doit être un «homme à tout faire». Lorsqu’une grande maison connaît des jours prospères, il se peut qu’on y trouve une domestique attachée au service de la table, une femme de chambre et une cuisinière, mais en des temps difficiles où l’économie est à l’ordre du jour, alors s’impose «la bonne à tout faire» ! De même, le serviteur de Christ peut avoir à faire un peu du travail de l’évangéliste, du docteur et du pasteur. N’importe quel service pour Christ est doux à accomplir !

Qu’il est beau d’entendre ce cher vieux serviteur de Christ dire maintenant : «J’ai combattu le bon combat» : bienheureuse conclusion d’une histoire admirable ! Dans ces deux épîtres, il a évoqué ceux qui avaient fait «naufrage quant à la foi» (1 Tim. 1:19), d’autres qui «apostasieront de la foi» (1 Tim. 4:1) ; certains ont «renié la foi» (5:8) ou s’en sont écartés (6:21), d’autres encore «qui renversent la foi de quelques-uns» (2 Tim. 2:18) ou qui sont eux-mêmes «réprouvés quant à la foi» (2 Tim. 3:8). Mais la vérité que Dieu lui avait donnée, il l’avait gardée. Aussi pouvait-il dire, triomphant : «J’ai gardé la foi» (2 Tim. 4:7). Chers amis, le diable veut que nous renoncions à ce que Dieu nous a donné. Ces épîtres nous montrent combien il est précieux de tenir ferme. Quel bonheur d’être un chrétien, quelqu’un qui possède la vie éternelle, qui traverse ce monde où l’épreuve abonde tout en étant en relation avec le ciel, avant même d’y arriver ! Il est très doux d’entendre Paul ajouter maintenant : «désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur juste juge me donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui aiment son apparition».

Courage, donc, chers amis croyants et soldats du Christ, car vous aussi recevrez une couronne, puisque celle-ci est pour «tous ceux qui aiment son apparition». Que le Seigneur, dans sa grâce infinie nous garde dans l’assurance que nous sommes des «hommes en Christ», nous efforçant d’être véritablement des «hommes de Dieu», et poursuivant notre route simplement, paisiblement, mais avec ferveur, jusqu’au jour où nous verrons sa face bénie. Quelle réponse ce sera, après tous les exercices rencontrés en chemin, de le voir, Lui, d’être semblables à Lui, et avec Lui pour toujours dans la gloire.

 

15 Chapitre 15    Les encouragements de la foi aux mauvais jours    Jude 17 à 25

Il est tout à fait clair que ce pour quoi l’apôtre Jude écrit, ce qu’il a en vue, ce sont les temps de la fin : ce qui s’offrira alors aux regards du Seigneur, et ce que les saints auront à traverser. L’apôtre montre que les ressources seront les mêmes jusqu’à la fin, lorsque sera établi un état de choses tel que le décrivent les versets précédents de l’épître. C’est ce que nous voyons pleinement accompli dans l’histoire et la condition actuelle de l’Église. Mais l’Esprit de Dieu nous donne une parole d’encouragement, pour nous soutenir alors que tout, au dehors comme au-dedans, est propre à nous décourager. Dans la seconde épître de Pierre, le Seigneur nous a dit ce que serait la corruption au dedans, tandis que Jude décrit l’apostasie, c’est-à-dire l’abandon du premier état.

Jude s’adresse toutefois aux fidèles, disant : «Mais vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, priant par le Saint Esprit, conservez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle…» (Jude 20, 21). Quatre mots bien doux ceux-ci : «édifier», «prier», «conserver», «attendre» ! Édifier, c’est-à-dire veiller à ne pas détruire. Ce que l’Esprit prescrit ici, c’est l’édification, ce qui est d’autant plus beau que Jude décrit la ruine et la dissolution, fruits de la corruption qui règne partout. La foi est particulièrement précieuse aux yeux du Seigneur lorsque tout tombe en ruine. Quelle est la garantie des saints qui se réunissent ainsi ? La réponse, c’est «vous édifiant vous-mêmes».

Ici, c’est la fin, mais il y a une ressource qui répond à cet état de choses, suffisante pour la joie des saints. La joie dans le Saint Esprit est l’état normal qui convient aux saints en tous temps. Ne doit-il pas en être ainsi aujourd’hui ? Assurément. Tandis que l’histoire du peuple de Dieu s’assombrit, Dieu suscite toujours une lumière. Et plus les ténèbres s’épaississent, plus vive est cette lumière. Ce principe est merveilleusement illustré dans l’Ancien Testament ; nous nous reporterons à trois passages qui montrent bien que, là où la foi était à l’oeuvre, plus grande était la ruine et plus brillante était la lumière.

1°) 2 Chroniques 30. Les choses allaient bien mal aux jours d’Ézéchias. Les portes étaient fermées et les lampes éteintes. Mais Ézéchias s’adresse à tout le peuple de Dieu, et les fils d’Israël s’assemblèrent et célébrèrent la pâque le quatorzième jour du second mois, en vertu d’un privilège que Dieu leur avait accordé (Nomb. 9:13). «Et il y eut une grande joie», si bien qu’ils résolurent de «célébrer encore sept jours ; et ils célébrèrent les sept jours avec joie» (2 Chron. 30:23). Ézéchias s’était placé simplement devant l’Éternel, et la conséquence immédiate et naturelle fut qu’«il y eut une grande joie à Jérusalem ; car depuis les jours de Salomon, fils de David, roi d’Israël, rien de semblable n’avait eu lieu à Jérusalem» (2 Chron. 30:26).

Ce furent des jours glorieux, sans aucun doute, que ceux du règne de Salomon, mais ceux-ci furent encore meilleurs. On s’aperçoit aussi que lorsque tous furent parfaitement heureux devant l’Éternel, ils commencèrent à s’occuper des intérêts de Dieu. Le peuple apporta «la dîme de tout, en abondance», et les sacrificateurs et les Lévites furent encouragés (2 Chron. 31:4-5). Lorsque la joie dans le Seigneur augmente, l’intérêt que nous portons aux choses qui le concernent, et le souci que nous en avons, s’éveillent. Alors, ce sont des «monceaux» d’offrandes (2 Chron. 31:6, 12) qui s’offrent aux regards du roi qui s’en réjouit. Le Seigneur nous a maintes fois accordé des temps de joie, mais, hélas, comme nous sommes prompts à retomber ! Il en faut ainsi dans l’histoire de Juda.

2°) Tout alla de nouveau bien mal, en effet, jusqu’aux jours de Josias. C’est alors que se produisit un autre réveil. Le mal fut jugé (2 Chron. 34:3-7). Alors «Hilkija, le sacrificateur, trouva le livre de la loi de l’Éternel… Et Shaphan y lut devant le roi» (2 Chron. 34:14,18). La Parole de Dieu produisit repentance et humiliation et, après ces choses, «Josias célébra à Jérusalem la Pâque à l’Éternel» (2 Chron. 35:1), dont il est dit qu’«on n’avait point célébré en Israël de Pâque semblable depuis les jours de Samuel, le prophète ; et aucun des rois d’Israël n’avait célébré une Pâque comme celle que firent Josias, et les sacrificateurs et les lévites, et tout Juda et Israël…» (2 Chron. 35:18). Ce fut la Pâque la plus remarquable depuis l’établissement du royaume. Même la Pâque de Salomon n’en approcha point. Quel encouragement pour la foi !

3°) Mais, hélas, la jouissance de la bénédiction n’est pas une sauvegarde pour l’âme, si l’oeil n’est pas simple. C’est pourquoi il s’ensuit un déclin encore plus grave : le peuple s’éloigne de nouveau de Dieu, pour s’en aller bientôt en captivité. La grâce de Dieu, cependant, n’abandonne jamais les siens. Par un effet de sa miséricorde, on assiste à un rétablissement partiel au temps d’Esdras. Un réveil remarquable se produit, et beaucoup reviennent de Babylone à Jérusalem, centre de Dieu sur la terre. Ceci n’est qu’un type de ce qui s’est passé de nos jours, où le Seigneur a accompli une oeuvre bénie par son Esprit, ranimant l’intérêt des saints dans sa Parole et les rassemblant à nouveau sur le terrain divin. Néhémie, à la suite d’Esdras, commence à construire sa muraille, réalisant ainsi la séparation. Esdras construisit le temple, et Néhémie la muraille, avec l’aide de beaucoup de serviteurs dévoués. Presque tout le monde était au travail, y compris les soeurs. Certains bâtissaient à deux endroits, notamment les Thekohites (Néh. 3:5-27) bien qu’il soit dit à leur sujet : «mais les principaux d’entre eux ne plièrent pas leur cou au service de leur Seigneur» (Néh. 3:5). Mais l’Éternel discerne toute marque de piété mise en évidence par la réparation de la muraille, qu’il s’agisse de Shallum et de ses filles (Néh. 3:12), de Baruc qui «répara avec zèle» (Néh. 3:20), des sacrificateurs — «chacun vis à vis de sa maison» (Néh. 3:28), ou de Meshullam «vis-à-vis de sa demeure» (Néh. 3:30) dont on peut penser qu’il n’était que locataire.

La Parole de l’Éternel redevient précieuse, objet de l’attention de tous (Néh. 8:1-8), et les versets 9 et 10 montrent quelle joie elle leur apportait car, par deux fois, ces paroles retentirent à leurs oreilles : «ce jour est saint à l’Éternel» ; et l’Esprit proclamait : «La joie de l’Éternel est votre force». Comme cela est beau ! Si nos coeurs trouvent leurs délices en Christ, il y a toujours force et puissance, ainsi qu’intelligence. Voilà pourquoi, aussitôt après, ils célèbrent la fête des Tabernacles. Ils anticipaient le Millénium. En fait, ils avaient alors une plus grande intelligence de la pensée de l’Éternel qu’ils n’en avaient jamais eu dans leur histoire antérieure, car «toute la congrégation de ceux qui étaient revenus de la captivité fit des tabernacles, et ils habitèrent dans les tabernacles ; car les fils d’Israël n’avaient pas fait cela depuis les jours de Josué, fils de Nun, jusqu’à ce jour-là. Et il y eut une très grande joie» (Néh. 8:17). Jamais, aux jours les plus glorieux de la puissance royale, pareille chose n’était arrivée. Je désire seulement souligner ce principe dans l’histoire du peuple de Dieu : s’il y a de la foi et un réel désir de suivre sa Parole, plus les temps sont sombres et plus éclatante est la bénédiction — pourvu qu’il y ait obéissance ; et plus grande est la ruine alentour, plus hardie et agissante devient la foi.

En Jude, qui parle des temps de ruine et de déclin pour l’Église, nous sommes encouragés à nous attendre à de grandes choses, si seulement la foi est à l’oeuvre. «Mais vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi…». C’est évidemment sur la révélation de Dieu — le christianisme en tant que tel — que nous devons édifier. (Ayons toujours la truelle à la main). «Édifier», et non pas détruire, est notre devoir. Le chrétien n’est pas un iconoclaste, destructeur d’idoles, mais un bâtisseur, un témoignage vivant de la vérité qu’il présente.

Un frère parlait ce matin du Saint Esprit comme de celui qui rend témoignage de Jésus, et ici, l’Esprit de Dieu est la source permanente de la puissance, du fait que nous n’en avons aucune. C’est pourquoi, dans la dépendance, nous devons être trouvés «priant par le Saint Esprit». La joie dans l’Esprit résulte de ce que nous nous abandonnons sans réserve aux soins et à la direction de ce Consolateur de nos coeurs qui ne fait jamais défaut. C’est seulement ainsi que nous serons gardés jusqu’à la fin, marchant dans «la communion et la consolation du Saint Esprit». Nous avons été exhortés à aimer, ce matin, mais comment persévérer dans l’amour ? Nous avons ici la réponse : «Conservez-vous dans l’amour de Dieu» (Jude 20). Étant vous-mêmes les objets de l’amour, nés de Dieu, vous ne pouvez faire autrement que d’aimer. Si vous demeurez dans la jouissance de l’amour de Dieu, cet amour déborde malgré vous, sans effort de votre part. Un pommier ne s’«efforce» pas de donner des pommes ! Ne vous efforcez pas d’être quelque chose. Demeurez seulement dans l’amour de Dieu, et vous serez semblables au Fils de Dieu, sans même le vouloir. L’atmosphère dans laquelle nous vivons laisse sur nous des traces, tout comme «l’huile précieuse, répandue sur la tête…d’Aaron, qui descendait sur le bord de ses vêtements», exhalait un parfum partout où il allait (Ps. 133). Si nous nous approchons du Seigneur, nous emporterons avec nous quelque chose du parfum de sa présence. On finit toujours par ressembler à ce dont on est le plus occupé.

«Attendant la miséricorde de notre seigneur Jésus Christ». Non pas exactement la venue du Seigneur, mais l’effet produit par celle-ci. Ceci est en rapport avec notre enlèvement de la scène de ce monde pour être introduits dans notre demeure céleste. Nous savons que nous y sommes attendus, que c’est notre Maison. Dès maintenant, l’Esprit y conduit déjà nos coeurs. Plus nous avançons, plus nous avons le sentiment de l’accueil qui nous attend là-haut !

Christ est là, et l’apôtre Paul tendait toujours vers ce but, par le chemin de la résurrection d’entre les morts. Quand nous nous réveillerons, rendus semblables à Lui, nous dirons : «Béni soit l’Éternel, car sa bonté demeure à toujours». Le désir le plus profond de nos coeurs sera assouvi lorsque nous atteindrons le but vers lequel le Seigneur nous porte. Ne pensez-vous pas que c’est une grâce ? C’est la plus grande grâce que le Seigneur puisse nous accorder. Nous devons le servir, et il faut qu’il soit manifesté en nous. Mais si tous les saints ici présents devaient être enlevés cette après-midi, avant quatre heures, chacun d’eux pousserait un grand soupir en s’écriant : «Merci, mon Dieu, c’est la plus grande grâce que j’ai jamais connue ! Je suis retiré du monde pour toujours, je suis avec le Seigneur, semblable à lui, et plus jamais je ne m’égarerai loin de lui et de sa ressemblance» ! Le Seigneur veuille, dans sa grâce, nous garder et encourager nos coeurs à persévérer dans cette attente.

De quelle manière admirable se termine l’épître, sur ce cri de louange triomphal : «Or, à celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez et de vous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie, — au seul Dieu, notre Sauveur,… gloire, majesté, force et pouvoir… maintenant, et pour tous les siècles ! Amen». Cette pensée n’est-elle pas merveilleuse ? «Avec abondance de joie». Non pas la nôtre, mais celle de Christ, lorsqu’il se présentera cette Église qu’il aime et chérit si fidèlement depuis près de 2000 ans. Ce jour sera celui de la joie de son coeur.

Que le Seigneur nous donne la force de continuer à «édifier» (ne laissez pas tomber la truelle), à «conserver», à «prier par le Saint Esprit», puis à «attendre». Cela remplit toute la vie d’un saint, jusqu’au moment très proche où nous serons nous-mêmes recueillis là-haut, dans la perfection sans nuage de sa propre présence.

 

16 Chapitre 16   Attendre et Veiller    Luc 12:1-48

Au chapitre 11 de l’Évangile de Luc, nous voyons le Seigneur formellement rejeté par la nation qui attribue à la puissance du diable cette force dont Il usait pour chasser les démons. Le peuple d’Israël était aveuglé au point d’attribuer à Satan la puissante énergie du Saint Esprit. Ce rejet total de Sa Personne est, je crois, le fondement des remarques que le Seigneur fait à ses disciples au chapitre 12.

Dans ce chapitre, Il parle comme Quelqu’un qui est rejeté, comme Quelqu’un tout à fait en dehors de ce monde, et Il nous donne des instructions des plus touchantes quant à notre marche pendant le temps de son absence. Il dit ce que devrait être la conduite des siens, et comment, dans toutes les difficultés, les tentations et l’opposition que nous pouvons rencontrer ici-bas, d’une manière ou d’une autre, nous devons être soutenus. Le but de tout cela est que nos coeurs soient gardés simplement dans l’attente de Sa venue.

Bien que, comme vous le remarquerez, il soit question de la venue du Seigneur, celle-ci est considérée en rapport avec le Royaume. Le Seigneur revient bientôt, et il y aura des récompenses pour ceux qui l’auront servi pendant son absence. Mais il est très beau de voir de quelle manière notre Seigneur bien-aimé délivre chacune de nos âmes de ce qui est pour elle source de difficultés.

Les principes moraux énumérés dans ce chapitre sont fort intéressants. Comme vous le verrez, ce sont de merveilleux principes de vérité, d’une très vaste portée, que le Seigneur met ici en lumière. Autour de Lui était rassemblée une grande foule qui était restée insensible à la puissance de la vérité. Mais Lui, connaissant les besoins des «Siens», leur expliquait ce que devrait être leur chemin à travers ce monde, pendant le temps de son absence.

«Cependant les foules s’étant rassemblées par milliers, de sorte qu’ils se foulaient les uns les autres, il se mit, avant tout, à dire à ses disciples : Tenez-vous en garde contre le levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie. Mais il n’y a rien de couvert qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu. C’est pourquoi toutes les choses que vous avez dites dans les ténèbres seront entendues dans la lumière, et ce dont vous avez parlé à l’oreille dans les chambres sera publié sur les toits» (Luc 12:1-3). Il commence par nous avertir d’un danger auquel nous sommes tous exposés : «Tenez-vous en garde contre le levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie», car «il n’y a rien de couvert qui ne sera révélé, ni rien de secret qui ne sera connu». Il nous met en garde contre le danger de n’être pas «vrais», de vouloir paraître autre chose que ce que nous sommes. Nous devons veiller à ne pas être hypocrites. L’hypocrisie revêt souvent une forme pseudo-spirituelle, qui nous pousse à vouloir paraître plus spirituels que nous ne sommes.

Prenons le cas d’Ananias et de Sapphira, en Actes 5. Peut-être direz-vous que ce fut très solennel de la part du Seigneur de les faire mourir. Cela est vrai. Mais ils n’avaient point pris garde, ici, à la parole du Seigneur, sinon ils ne seraient pas tombés dans le piège de Satan. Ils désiraient paraître un peu plus pieux qu’ils ne l’étaient vraiment. Nos coeurs ne sont-ils pas soumis à la même tentation ? Nous savons bien que oui ! Le Seigneur aussi le sait, et c’est pourquoi Il nous dit : «Tenez-vous en garde contre le levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie».

Puis Il ajoute que tout doit être manifesté. Mais la lumière est déjà venue, et ce dont un chrétien en bon état fait ses délices, c’est la lumière de Dieu. Il n’attend pas que le tribunal de Christ déclare les motifs de ses actes. «Nous avons été manifestés à Dieu, et j’espère aussi que nous avons été manifestés dans vos consciences» (2 Cor. 5:11). Les ressorts de nos actions révèlent ce que nous sommes vraiment devant Dieu. Un chrétien devrait être parfaitement transparent, sinon il ne ressemble pas à Christ. Vous pouvez sonder mon coeur et mes pensées, dit Paul, je n’ai rien à cacher, tout est maintenant découvert.

Ce qui suit, c’est pour nous dire que nous traversons un monde où nous devons nécessairement rencontrer de la persécution à cause de Christ. «Mais je vous dis à vous, mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus ; mais je vous montrerai qui vous devez craindre ; craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne : oui, vous dis-je, craignez celui-là. Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux sous ? et pas un seul d’entre eux n’est oublié devant Dieu. Mais les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas ; vous valez mieux que beaucoup de passereaux» (Luc 12:4-7). Quelle bénédiction d’entendre ce que le Seigneur dit ici ! Il avait été rejeté : ses disciples pouvaient-ils s’attendre à être traités d’une manière différente ? Ni vous ni moi n’avons connu le même sort, mais tel fut pourtant le cas pour beaucoup de ses saints bien-aimés. Quel réconfort, pour les martyrs d’autrefois, ont dû être ces paroles : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus». L’importance de toutes choses, dans ce chapitre, est considérée, non pas en rapport avec le corps, mais en rapport avec l’état de l’âme devant Dieu. C’est pourquoi les ennemis et les craintes sont mis de côté. Il n’est question ni des corps ni des biens, mais de l’âme en rapport avec Dieu et l’éternité.

La crainte de l’homme est conjurée par une plus grande crainte, qui est la crainte de Dieu. Rien si ce n’est la crainte de Dieu ne peut surmonter celle que nous inspire l’homme. Nous aurons peur des hommes qui nous entourent si la crainte de Dieu ne gouverne pas nos coeurs. Mais le Seigneur dit : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps». Avec les mots les plus simples, Il nous encourage, car la crainte de Dieu agit d’une manière merveilleuse dans le coeur. Puis Il demande : «Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux sous ? et pas un seul d’entre eux n’est oublié devant Dieu. Mais les cheveux même de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc pas ; vous valez mieux que beaucoup de passereaux».

Remarquez bien qu’au verset 5, c’est «craignez celui-là», tandis qu’au verset 7, c’est «ne craignez donc pas». Il n’y a là aucune contradiction. Au verset 5, c’est la sainte crainte d’un enfant qui redoute de faire ce qui attristerait le Seigneur, tandis que le verset 7 nous donne l’assurance que Dieu prend soin de nous. Si Dieu ne perd pas de vue le passereau, combien cela est encore plus vrai lorsqu’il s’agit de ses serviteurs et de ses saints ! Les soins de Dieu, dans leurs détails les plus exquis, sont soulignés d’une manière extrêmement touchante : «les cheveux même de votre tête sont tous comptés». Nous avons ici la preuve de l’intérêt béni — oh ! combien — que Dieu nous porte, comme du fait que son regard est sur nous, avec tout l’amour, toute la tendresse de son coeur de Père ! Il fait bon cultiver en nous cette pensée, en traversant ce monde. Quelle bénédiction d’avoir la certitude que nous sommes les objets de son intérêt, qu’Il a véritablement compté les cheveux de nos têtes. Si nous en sommes persuadés, nous pouvons tout Lui remettre.

Le Seigneur va plus loin maintenant : «Et je vous dis : Quiconque m’aura confessé devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu ; mais celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu» (Luc 12:8-9). Il y a quelque chose de plus maintenant ; Dieu ne prend pas seulement soin de nous, mais le Seigneur va nous confesser devant les anges de Dieu si nous le confessons ici-bas. C’est le sentiment que son regard est sur nous, qu’Il sait exactement ce qu’est notre chemin, et que, bientôt, Il reconnaîtra publiquement ce qu’a été le vôtre, ainsi que le mien, en traversant ce monde. Combien cela réjouit le coeur des saints !

Puis Il ajoute une troisième chose : «Quiconque parlera contre le fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais à celui qui aura proféré des paroles injurieuses contre le Saint Esprit, il ne sera pas pardonné» (Luc 12:10). Voilà une déclaration merveilleuse, car, comme vous le voyez, le Seigneur parle du témoignage rendu au Saint Esprit par un chrétien, comme s’Il disait : «Je vous ai placés ici-bas pour moi-même, et si quelque parole blasphématoire est prononcée contre vous, elle ne sera pas pardonnée». Où est maintenant la demeure du Saint Esprit ? Dans l’Assemblée, et dans chaque chrétien individuellement. Voilà pourquoi, en vérité, le Seigneur considère les Siens comme étant ici-bas ses témoins à Lui. C’est une place merveilleuse que celle du chrétien maintenant dans ce monde, tandis qu’une immense responsabilité incombe à ceux qui nous entourent.

«Et quand ils vous mèneront devant les synagogues et les magistrats et les autorités, ne soyez pas en souci comment, ou quelle chose vous répondrez, ou de ce que vous direz ; car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire» (Luc 12:11-12). Telle est la divine compétence du croyant, grâce au Saint Esprit, en toute circonstance. Que pourrions-nous souhaiter de plus ? Les soins de Dieu, la récompense de Christ, l’énergie du Saint Esprit pour nous soutenir — toutes ces choses étant la part de chaque enfant de Dieu — doivent répondre aux besoins de nos âmes pendant le temps de l’absence de notre Seigneur. Vienne la persécution, vous serez soutenus. L’apôtre dit : «parce qu’à vous, il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui…» (Phil. 1:29). Vous recevrez peut-être des reproches. Les apôtres en Actes 5:41, se réjouissaient «d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom…» Un chrétien doit s’attendre à être traité comme son Maître. Mais quoi qu’il arrive, il a l’appui du Seigneur, et l’énergie de l’Esprit de Dieu pour le soutenir.

Pour moi, bien sûr, il va sans dire que lorsque le Seigneur dit : «Le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire», il s’agit de l’Esprit qui n’est pas attristé chez un chrétien, car c’est pour Christ que nous sommes ici. Il n’est pas question, dans ce passage, du ministère dans l’Assemblée — bien que ce principe demeure vrai — mais de tout ce qui sort de nos lèvres chaque jour. Nos paroles et notre vie devraient faire impression sur le monde qui nous entoure. S’ils vous font comparaître devant les magistrats, «ne soyez pas en souci comment, ou quelle chose vous répondrez,… car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire», ce qui signifie, en clair, que chaque enfant de Dieu est considéré comme le porte-parole de Dieu, directement inspiré par Son Esprit, de telle sorte que le monde ait conscience que c’est Dieu qui a parlé. Le christianisme ainsi considéré est quelque chose de très sérieux. Mais je ne pense pas qu’à cause d’une si grande responsabilité, nos coeurs reculent devant ce que le Seigneur nous dit ici.

À ce moment-là, on interrompt le Seigneur. Un homme vient Lui demander de régler un différend entre lui et son frère : «Et quelqu’un lui dit du milieu de la foule : Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage. Mais il lui dit : Homme, qui est-ce qui m’a établi sur vous pour être votre juge et pour faire vos partages» ? (Luc 12:13-14). Le Seigneur n’était pas venu pour juger, mais révéler Dieu dans sa bonté parfaite. Il reviendra bientôt, à la fois pour juger et pour séparer. Mais ce n’était pas encore le moment. Il saisit cependant cette occasion pour exposer à ses disciples une vérité des plus importantes. «Et il leur dit : Voyez, et gardez-vous de toute avarice ; car encore que quelqu’un soit riche, sa vie n’est pas dans ses biens» (Luc 12:15). Bien que celui qui détenait l’héritage n’y eût aucun droit, et faisait preuve d’avarice en le gardant pour lui, cependant l’autre était tout aussi avare en voulant se l’approprier. Il y a là un principe très important, que le Seigneur énonce pour notre bien. Ailleurs, l’Esprit de Dieu nous demande de «mortifier» en nous «la cupidité, qui est de l’idolâtrie» (Col. 3:5). «Encore que quelqu’un soit riche, sa vie n’est pas dans ses biens», elle est véritablement dans sa jouissance de Dieu.

Cette interprétation donne lieu à la parabole suivante : «Et il leur dit une parabole disant : Les champs d’un homme riche avaient beaucoup rapporté ; et il raisonnait en lui-même, disant : Que ferai-je, car je n’ai pas où je puisse assembler mes fruits ? Et il dit : Voici ce que je ferai : j’abattrai mes greniers et j’en bâtirai de plus grands, et j’y assemblerai tous mes produits et mes biens ; et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens assemblés pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, fais grande chère. Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même, ton âme te sera redemandée ; et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles» ? (Luc 12:16-20). Cet homme pensait pouvoir amasser encore des biens pour lui-même. Mais Dieu ne le voulait pas, et, au milieu de ses projets, il est ôté de la terre. Qu’advint-il de son âme ? C’est une question des plus sérieuses.

«Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche quant à Dieu» (Luc 12:21). Je crois que nous avons ici le remède contre l’avarice : être «riche quant à Dieu». L’apôtre Paul développe ce sujet lorsqu’il écrit à son enfant Timothée : «Or la piété avec le contentement est un grand gain. Car nous rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter. Mais ayant la nourriture et de quoi nous couvrir, nous serons satisfaits. Or ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition ; car c’est une racine de toues sortes de maux que l’amour de l’argent : ce que quelques-uns ayant ambitionné, ils se sont égarés de la foi et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs. Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit…» (1 Tim. 6:6 :11). Ces versets montrent le danger qui nous guette, tandis que le remède est indiqué dans le même chapitre : «Ordonne à ceux qui sont riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir ; qu’ils fassent du bien ; qu’ils soient riches en bonnes oeuvres ; qu’ils soient prompts à donner, libéraux, s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir, afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie» (1 Tim. 6:17-19). Mais dites-vous, quel mal y a-t-il dans les richesses ? et si cela vous empêchait d’aller au ciel ? «Je n’avais jamais pensé à ça» répondez-vous. Il est probable que peu d’hommes y pensent, mais c’est un grand danger sinon notre Seigneur n’aurait pas dit : «Combien difficilement ceux qui ont des biens entreront-ils dans le royaume de Dieu» (Marc 10:23). Ce n’est pas dans l’argent qu’est le mal, mais dans «l’amour de l’argent» qui est «une racine de toutes sortes de maux».

C’est là le principe, et «Gardez-vous de toute avarice» est le remède infaillible de Dieu. Je n’oublierai jamais ce cher vieux serviteur de Dieu méditant sur ce chapitre, il y a trente cinq ans, qui arrivé à ce verset, nous dit : «Lequel d’entre nous ne souhaiterait pas avoir en poche un billet de 10 livres plutôt qu’un billet de 5 livres» ? Cela nous interpelle tous. Mais Dieu dit : «Insensé». Celui qui s’engage dans cette voie est repris, parce qu’il permet aux choses d’ici-bas de gouverner sa vie, au lieu de vivre dans l’assurance de l’amour et des soins du Père.

Amis bien-aimés, qu’il est beau de voir comment le Seigneur remédie à cette tendance de nos coeurs à l’avarice ! Et ce remède, le voici : être riche quant à Dieu. Dieu sonde notre âme. Que signifie être riche quant à Dieu ? Je ne pense pas qu’il s’agisse de beaucoup donner. Je pense que la veuve de Luc 21 était riche quant à Dieu. Elle jeta deux pites au trésor, c’est-à-dire très peu de chose. On entend souvent dire : «voilà ma pite» par allusion à la parole de cette veuve. Mais est-ce bien la moitié de ce que vous possédez ? Cette femme jeta ses deux pites, et je suis sûr que c’est pour cela que le Seigneur le remarque. La tentation était grande pour elle de n’en donner qu’une et de garder l’autre pour elle-même. Mais cette femme était riche quant à Dieu, aussi jeta-t-elle au trésor, pour l’oeuvre du Seigneur, «de sa pénurie, tout ce qu’elle avait pour vivre», nous est-il dit, ne gardant rien pour elle, bien qu’elle fût veuve.

Je pense qu’à sa place, nous nous serions dit que nous allions donner une pite au Seigneur, et garder l’autre pour nous-même. S’il ne me restait plus que deux pièces d’argent et que j’en donnais une au Seigneur, gardant l’autre pour moi-même, je crois, hélas, que j’aurais l’impression d’avoir fort bien agi ! Mais cette veuve, bien-aimés, jeta tout son argent au trésor ! Cela prouve combien elle était riche quant à Dieu. L’important n’est pas le montant de la somme, car le Seigneur ne mesure jamais ce que j’ai donné, mais ce qui me reste après avoir donné. Cette veuve illustre bien ce qu’il faut entendre par «riche quant à Dieu». Il se peut d’ailleurs que vous n’ayez rien à donner tout en étant «riche quant à Dieu». Vous êtes attaché à Lui, vous vivez pour Lui, en relation étroite avec Lui. Voilà le sens de cette expression. Dieu règne sur votre âme dont Il est le Maître absolu. De toute façon, c’est là le seul remède à l’avarice contre laquelle notre Seigneur et Maître nous met en garde.

Puis, le Seigneur continue et aborde un sujet d’une portée bien plus vaste que celui des richesses : celui de la pauvreté. «La vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement. Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’ont pas de cellier ni de grenier ; et Dieu les nourrit : combien valez-vous mieux que les oiseaux ! Et qui d’entre vous, par le souci qu’il se donne peut ajouter une coudée à sa taille ? Si donc vous ne pouvez pas même ce qui est très petit, pourquoi êtes-vous en souci du reste ? Considérez les lis, comment ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que même Salomon, dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Et si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est aujourd’hui au champ et qui demain est jetée dans le four, combien plus vous vêtira-t-il, gens de petite foi ! Et vous, ne recherchez pas ce que vous mangerez ou ce que vous boirez, et n’en soyez pas en peine ; car les nations du monde recherchent toutes ces choses, et votre Père sait que vous avez besoin de ces choses…» (Luc 12:23-30).

Vous avez là une catégorie de personnes bien plus vaste, je crois, que celle dont faisait partie l’homme riche. Dans ce monde, il y a beaucoup plus de gens victimes de la pauvreté que des richesses ! «Comment vais-je pouvoir joindre les deux bouts ?» Voilà une question qui étreint souvent les coeurs, même lorsqu’elle n’est pas exprimée. Le souci, tel un chancre, détruit la vie de plus d’un cher enfant de Dieu ! Si telle est votre condition présente, ces paroles du Seigneur : «Ne soyez pas en souci» et «votre Père sait», sont bien propres à consoler vos coeurs ! Le Seigneur, ici, nous dit clairement de ne pas nous soucier du lendemain.

À ce propos, il y a une parole touchante à la fin du chapitre 6 de Matthieu, dont je me demande si vous ne l’aviez jamais remarquée : «Ne soyez donc pas en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même : à chaque jour suffit sa peine» (Matt. 6:34). Combien de fois, mes amis, nous sommes-nous tourmentés de ce qui arriverait le lendemain, pour découvrir, le moment venu, de quelle manière merveilleuse le Seigneur était intervenu ! Nous avons découvert que ses soins et son amour étaient venus au-devant de tous nos besoins, et qu’Il avait fait beaucoup plus que d’y répondre. «Votre Père sait que vous avez besoin de ces choses». Quelle douceur dans ces paroles ! Ces trois mots : «votre Père sait» me paraissent infiniment précieux. Bien-aimés, gravons-les tout au fond de nos coeurs ! Se rappeler que «notre Père sait», c’est faire régner la paix dans nos coeurs. Nous n’aurons d’ailleurs peut-être jamais à faire face à demain, car avant que demain vienne, le Seigneur sera peut-être revenu, et nous serons arrivés dans la Maison de notre Père céleste.

Je suis persuadé que lorsqu’ils approchèrent de la Mer Rouge, et, plus tard, du Jourdain, les fils d’Israël se sont demandé comment ils allaient pouvoir traverser, mais lorsqu’ils arrivèrent sur place, il n’y avait plus ni mer ni fleuve à traverser, rien que la terre ferme ! Et, en principe, il en est de même pour nos âmes. Nous sommes tellement enclins à ne pas compter sur Dieu ! Mais le Seigneur nous dit ici de ne compter que sur les soins de notre Père. Alors, seulement, notre coeur sera libre. Puis Il ajoute : «Mais recherchez son royaume, et ces choses vous seront donnés par-dessus» (Luc 12:31). Les soins du Père, le royaume du Père, le bon plaisir du Père, tout est lié ! Que l’objet de vos affections soit les choses et les intérêts qui Le concernent.

«Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume» (Luc 12:32). Telle est la déclaration suivante, si propre à réjouir nos coeurs ! Bien-aimés, s’il plaît à votre Père de vous donner le royaume, pensez-vous qu’Il puisse vous mesurer le pain qui vous est nécessaire ? Considérez ce royaume : tout ce qui touche à la gloire de Christ, ce lieu où l’amour du Père est connu et où tout parlera de Christ ! Et bien, nous dit-Il : «il a plu à votre Père de vous donner le royaume», c’est-à-dire tout ce qui découle de la place que Christ occupe désormais et qu’Il partage avec les siens. Paul peut bien dire : «Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui» ? (Rom. 8:32)

Le Seigneur n’a-t-Il pas une manière touchante de gagner nos coeurs ? Le soin qu’Il prend de nous délivrer des pièges et des difficultés est quelque chose de merveilleux. Ici, tout est balayé : l’hypocrisie, la crainte de l’homme, l’avarice, le souci. Si vous pouvez me montrer un coeur délivré de tout ce qui n’est pas vrai, de toute crainte de l’homme et de toute avarice, un coeur rempli du sentiment d’être riche quant à Dieu, et délivré également de tous les soucis relatifs à cette vie présente, alors je vous montrerai un coeur libre désormais, et prêt à être occupé du Seigneur sans distraction !

Voilà ce que le Seigneur désire, et, ce point étant acquis, Il peut maintenant dire : «Vendez ce que vous avez, et donnez l’aumône ; faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas, un trésor qui ne défaille pas, dans les cieux, d’où le voleur n’approche pas, et où la teigne ne détruit pas ; car là où est votre trésor, là sera aussi votre coeur» (Luc 12:33-34). Tout, dans ce monde, est condamné à vieillir, à se corrompre ou à être la proie des voleurs. Un «trésor dans les cieux» est la seule chose qui demeure. Je sais bien que les hommes disent souvent que là où est leur coeur, là aussi est leur trésor. En un certain sens, cela est vrai, mais il n’en reste pas moins que ce trésor est sans valeur, puisqu’il n’est que pour un temps. On trouve parfois des gens qui ont laissé leur coeur s’attacher aux richesses de ce monde. Que leur arrive-t-il bientôt ? Le trésor n’est plus, et le coeur reste désolé : Ils n’avaient pas de «trésor dans les cieux» ! Il me semble vous entendre dire : Mais j’essaye de faire de Jésus mon Trésor ! Vous n’y arriverez pas en faisant des efforts. Ne vous «efforcez» pas de faire du Seigneur votre trésor ! N’avez-vous jamais remarqué que le Seigneur Jésus possède dès maintenant, sur la terre, un trésor particulier qui n’a pas de prix ? Mais quel est ce trésor ? Suis-je moi, son trésor ? Paul pouvait dire : «Le Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi» (Gal. 2 :20). L’Église, bien sûr, qu’Il a aimée d’un amour plus grand et plus fort que la mort, est son trésor. Mais si je ne saisis pas personnellement ce fait merveilleux, je ne le saisirai pas non plus collectivement ; «… qui m’a aimé, et qui s’est livré lui-même pour moi» : trésor inestimable que chaque âme doit s’approprier. Si vous jouissez de cela, vous aurez d’abord le sentiment d’être sont trésor ici-bas, et, bientôt après, la certitude qu’Il deviendra votre trésor là où Il est.

Lorsque cet état de coeur est réalisé, le Seigneur nous dit : «Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées : et soyez-vous mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que, quand il viendra et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt» (Luc 12 :35-36). Tout doit être prêt dès maintenant pour sa venue. C’est comme s’Il disait : «Je reviens, et je veux que vous m’attendiez, d’un coeur aimant et sincère». Il nous est demandé de ceindre nos reins au verset 35. Et au verset 37, Il dit que Lui-même bientôt se ceindra. Ne laissons pas nos affections vagabonder. Nos reins doivent être ceints de la vérité. Nos affections doivent être dirigées, gouvernées, contrôlées par la vérité de Dieu, car une personne dont les reins ne sont pas ceints n’est pas apte à servir. Dans le premier chapitre de l’Apocalypse, le Seigneur est «vêtu d’une robe qui allait jusqu’aux pieds» (Apoc. 1:13), ce qui évoque la sacrificature faisant l’appréciation de la pureté. Elle n’était pas relevée, comme pour le service. Mais ici, c’est bien du service qu’il s’agit.

Nous devons attendre et veiller, avec nos lampes allumées. Mais que signifie une lampe allumée ? Certainement pas beaucoup de prédications ! Les reins ceints parlent d’affections qui sont en règle avec Christ, tandis que les lampes allumées sont la preuve que vous guettez son retour. Vous veillez toute la nuit. Si vous vous endormez, la mèche de votre lampe s’allonge : il faut la moucher, sinon la lumière baisse et n’éclaire pas le monde. Mais le Seigneur voit-Il que vous veillez ? «Oh ! dîtes-vous, je crois ferme à la venue du Seigneur» ; moi aussi, mais je dois m’interroger pour savoir si la venue du Seigneur me tient à coeur. Car, voyez-vous, il faut si peu de chose pour que la lumière faiblisse !

Au chapitre 25 de Matthieu, il est écrit des dix vierges qu’«elles s’assoupirent toutes et s’endormirent» (Matt. 25:5). Et remarquez bien que cinq d’entre elles avaient de l’huile dans leurs vaisseaux. Je peux très bien m’endormir avec le Saint Esprit dans mon coeur. C’est pourquoi l’apôtre dit : «Ainsi donc ne dormons pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres ; car ceux qui dorment, dorment la nuit…» (1 Thess. 5:6). Veiller la nuit est un peu pénible. Cela exige de la vigilance, de la prudence, et un réel exercice d’âme devant Dieu. Il faut que ceux qui nous entourent sachent que nous sommes, de toute évidence, des gens qui en ont pratiquement fini avec la terre. Nous devons être «semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que, quand il viendra, et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt» (Matt. 25:36). C’est une image très simple. Permettez-moi de vous poser cette question : «Aimeriez-vous qu’Il revienne maintenant» ? Est-ce que je veille ? Mon coeur brûle-t-il vraiment de le voir revenir ? Sinon, c’est que je ne vais pas bien moralement. Je ne voudrais pas me faire des illusions !

«Bienheureux sont ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et s’avançant, il les servira. Et s’il vient à la seconde veille, et s’il vient à la troisième, et qu’il les trouve ainsi, bienheureux sont ces esclaves-là. Mais sachez ceci, que si le maître de la maison eût su à quelle heure le voleur devait venir, il eût veillé et n’eût pas laissé percer sa maison. Vous donc aussi soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le fils de l’homme vient» (Matt. 25:37-40). Nous en venons maintenant à la responsabilité. Je crois qu’attendre est une preuve d’affection. Mais il est dit ici : «Bienheureux sont ces esclaves que le maître, quand il viendra, trouvera veillant». Et cela est répété trois fois dans ce passage : aux versets 37, 38 et 43. Il y a une bénédiction dans l’attente, il y en a une autre dans le fait de veiller, et une autre encore qui s’attache au service. Qu’en est-il de nous ? Nous consacrons-nous vraiment au service de notre Seigneur bien-aimé ? Sommes-nous décidés à Lui plaire ? Nous ne pouvons pas plaire à tout le monde. C’est une grave erreur d’essayer de le faire. Contentez-vous de pouvoir plaire au Seigneur seul. Il n’est pas question de plaire à qui que ce soit d’autre !

Et maintenant, remarquez que les serviteurs dans ce passage, veillent chacun en rapport avec son service, et le Seigneur dit : «En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et s’avançant, il les servira». C’est le repos. Nous l’avons servi, et ce qu’Il se propose, c’est de nous donner du repos, comme s’Il disait : Je vous ferai asseoir et je vous servirai». Qu’est-ce que cela veut dire, sinon, je crois, qu’Il nous a déjà servis ici-bas, mais qu’Il est monté, Homme divin, dans la gloire où Il ne cessera jamais d’être cet Homme. Il est l’Homme qui nous a servis jusqu’à la mort, puis, dans la gloire, Il nous fera asseoir comme ses invités dans la Maison du Père. C’est là qu’Il nous introduira et que, dans son Amour, Il nous comblera éternellement de sa bénédiction. L’amour aime servir, c’est pourquoi Il nous fera mettre à table et nous servira. Combien nous apprécierons alors de recevoir des bénédictions — bénédictions d’autant plus précieuses qu’elles nous seront dispensées par sa propre main, de son coeur débordant d’un amour qui ne varie ni ne tarit jamais. Heureux sommes-nous d’être ses serviteurs et de Le connaître !

Puis vient cette injonction : «Vous donc aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le fils de l’homme vient» (Matt. 12:40) ; Pierre veut alors savoir à qui exactement s’applique cette parabole, et il obtient satisfaction : «Et le Seigneur dit : Qui donc est l’économe fidèle et prudent que le maître établira sur les domestiques de sa maison, pour leur donner au temps convenable leur ration de blé ? Bienheureux est cet esclave-là, que son maître lorsqu’il viendra, trouvera faisant ainsi. En vérité, je vous dis qu’il l’établira sur tous ses biens» (Matt. 12:42-44). Qui est maintenant cet «économe fidèle et prudent» ? Voilà une question que je dois me poser à moi-même. Suis-je un serviteur fidèle, un «économe prudent» ? Il ne s’agit pas de réussite. Le Seigneur ne me demande jamais de «réussir». Non. La question est de savoir si je suis prudent, et fidèle. Pour réussir véritablement, il faut que je sois fidèle, et prudent. Beaucoup de serviteurs n’ont pas réalisé pleinement cette vérité, parce qu’ils ont eu peur de compromettre leurs chances de succès. Le Seigneur nous a dit, à nous aussi : «Et longtemps après, le maître de ces esclaves vient et règle compte avec eux. Et celui qui avait reçu les cinq talents vient et apporta cinq autres talents, disant : «Maître, tu m’as remis cinq talents ; voici, j’ai gagné cinq autres talents par-dessus. Son maître lui dit : Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître» (Matt. 25:19-21). Remarquez bien que l’esclave est récompensé pour avoir été «bon et fidèle», non pas pour avoir bien réussi. J’aimerais trouver un tel homme, semble dire le Seigneur. Oh ! Ne cherchez pas autour de vous pour voir qui est cet homme ! L’important, pour vous et pour moi, est de nous poser cette question : «Suis-je cet homme» ? Le Seigneur veuille exercer nos coeurs à ce sujet !

J’aimerais que le Seigneur me trouve en train de faire exactement ce qu’Il voudrait que je fasse. Aimerais-je qu’Il me trouve occupé de mille et une petites choses lorsqu’Il viendra ? Certainement pas ! Alors, c’est que j’en ai fini avec ces choses-là, Notre privilège est de donner aux autres «au temps convenable leur ration de blé». «Bienheureux est cet esclave-là, que son maître lorsqu’il viendra, trouvera faisant ainsi».

Et maintenant, bien-aimés, je suis sûr que nous serons heureux au plus profond de notre âme si sa Parole a la place qui lui est due dans nos coeurs et nos consciences. Dieu nous préserve d’être trouvés dans l’état décrit au verset suivant : «Mais si cet esclave-là dit en son coeur : Mon maître tarde à venir, et qu’il se mette à battre les serviteurs et les servantes, et à manger et à boire et à s’enivrer…» (Luc 12:45). Quel triste état ! Ne retardons pas sa venue ! Si l’esclave renonce à attendre la venue du Seigneur — comme l’Église l’a fait dans son ensemble — alors il se met à battre les serviteurs et les servantes — comme l’a fait Rome — «et à manger et à boire et à s’enivrer», c’est-à-dire en retournant dans le monde — à la manière d’un protestantisme purement formel. Faire la guerre aux enfants de Dieu est aussi mal que de s’enivrer. Le Seigneur veuille nous garder dans sa lumière, attendant simplement sa venue, avec des coeurs heureux remplis de son amour, consacrant nos vies à son service, et veillant sans cesse jusqu’à son retour. Alors, en un clin d’oeil, nous serons dans la maison du Père, dans une joie et un repos éternels.

Attendre et veiller jusqu’à ce qu’Il vienne, voilà ce à quoi nous sommes appelés. Ces deux mots ne sont pas tout à fait synonymes, et je ne saurais mieux expliquer leur différence que par cette illustration qui me fut suggérée récemment par un petit groupe de pêcheurs du golfe du Forth avec qui je parlais.

La petite flottille au complet vient d’arriver sur les lieux de pêche, lorsqu’un vent d’Ouest se met à souffler furieusement et que l’ouragan s’abat sur eux. Après avoir rapidement rentré leurs filets, les pêcheurs doivent fuir, poussés par le vent. Chaque jour, le vent les emporte un peu plus loin de chez eux, où il règne maintenant une grande inquiétude à leur sujet. Enfin, la tempête s’apaise, et le vent virant au Sud-Est, les bateaux, qui ont tous survécu à la tempête, prennent le chemin du retour.

Ce faisant, ils réussissent à acheminer un message jusqu’au rivage, disant : Tous sains et saufs ; nous rentrons». Et la bonne nouvelle se répand comme une traînée de poudre, d’un bout à l’autre du village, apportant la joie à plus d’un coeur angoissé.

Ils remontent maintenant l’estuaire du Firth à toute allure, vent en poupe et portés par la marée. Le vieux patron du bâtiment de tête a un télescope qu’il braque dès qu’il arrive en vue de l’extrémité de la jetée. Après avoir longuement regardé, il dit à son équipage : «Tout le village est rassemblé sur la jetée, mes braves, guettant notre retour» — ce qui réjouit tous les hommes à bord.

Comme le bateau approche rapidement, le télescope est à nouveau braqué, et cette fois, on entend le patron dire à mi-voix : «Dieu la bénisse, chère âme» tandis qu’une larme coule le long de sa joue halée.

«Que vois-tu donc» ? demande Jim, le matelot qui est à la barre.

Je vois ma vieille femme tout au bout de la jetée, sans rien qu’son fichu sur la tête, en train de guetter le retour de son vieux ! Et deux ou trois larmes tombent encore sur le pont.

«Est-ce que tu vois ma femme à moi aussi»  ?

Non, Jim, je ne la vois pas. Elle y est p’t-être, mais je la vois pas.

Entre temps, le brave voilier s’est approché du port, et le vieux couple échange des salutations émues, avant de s’étreindre chaleureusement lorsque le vieux marin débarque enfin.

Aucun accueil spécial à l’adresse du pauvre Jim qui, plutôt attristé, remonte d’un pas lourd la rue du village jusque chez lui. Un coup d’oeil jeté par la fenêtre lui montre sa femme assise au coin du feu, plongée dans un livre.

Jim ouvre la porte. Elle entend le loquet, lève les yeux et dit : «Oh ! mon cher Jim, je suis si heureuse de te voir revenir, je t’attendais».

C’est probable, mais la femme du patron, elle, elle le guettait au bout de la jetée !

N’y a-t-il pas une différence entre attendre le Seigneur et veiller jusqu’à ce qu’Il vienne ?

Dieu veuille nous accorder de veiller véritablement jusqu’au retour de son Fils. Amen.