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Exposé des épîtres de l’apôtre Jean

 

William Kelly

Publié en anglais en 1905 et réimprimé en 1970 par Bible Truth Publishers

Les sous-titres et sous-divisions du texte ont été ajoutés par Bibliquest.

 

Table des matières abrégée :

1     Dixième méditation publique — 1 Jean 3:11-17

2     Onzième méditation publique — 1 Jean 3:18-24

3     Douzième méditation publique — 1 Jean 4:1-6

4     Treizième méditation publique — 1 Jean 4:7-10

5     Quatorzième méditation publique — 1 Jean 4:11-16

6     Quinzième méditation publique — 1 Jean 4:17-21

7     Seizième méditation publique — 1 Jean 5:1-5

8     Dix-septième méditation publique — 1 Jean 5:6-12

9     Dix-huitième méditation publique — 1 Jean 5:13-21

 

Table des matières complète :

1     Dixième méditation publique — 1 Jean 3:11-17

1.1      Retour sur 1 Jean 3:10

1.2      1 Jean 3:11

1.3      1 Jean 3:12

1.4      1 Jean 3:13

1.5      1 Jean 3:14

1.6      1 Jean 3:15

1.7      1 Jean 3:16-17

2     Onzième méditation publique — 1 Jean 3:18-24

2.1      1 Jean 3:18

2.1.1      L’expression « chers enfants »

2.1.2      Par ceci nous saurons…

2.1.3      N’aimons pas de parole ni de langue

2.2      1 Jean 3:19

2.3      1 Jean 3:20

2.4      1 Jean 3:21

2.5      1 Jean 3:22

2.6      1 Jean 3:23

2.6.1      Croire le nom

2.6.2      S’aimer l’un l’autre selon Son commandement

2.6.3      Dieu et/ou Christ

2.7      1 Jean 3:24

2.7.1      1 Jean 3:24a

2.7.2      1 Jean 3:24b

3     Douzième méditation publique — 1 Jean 4:1-6

3.1      Deux tests importants pour mettre en garde

3.2      1 Jean 4:1

3.3      1 Jean 4:2-3a — Confesser Jésus

3.3.1      Confession de la personne. Ce qu’est cette personne

3.3.2      Lui est la vérité objectivement sur tout. En Lui est toute la vérité

3.3.3      Nature profonde du test

3.3.4      Ceux qui contestent l’incarnation. L’incrédulité en attendant l’apostasie finale

3.3.5      « Venu en chair », une expression qui ne s’applique qu’à une personne divine

3.3.6      Importance de Celui qui est venu

3.4      1 Jean 4:3

3.4.1      1 Jean 4:3a

3.4.2      1 Jean 4:3b

3.5      1 Jean 4:4

3.6      1 Jean 4:5

3.7      1 Jean 4:6

3.7.1      Nous signifie les apôtres et prophètes selon le Nouveau Testament

3.7.2      Problème dû à ce que le Nouveau Testament n’était pas complet

3.7.3      Ce verset 6 ne s’applique pas à tout prédicateur chrétien

3.7.4      Le Nouveau Testament est la norme aujourd’hui

3.7.5      Inspiration verbale, 1 Cor. 2:13

3.7.6      Inspiration verbale, 2 Tim. 3:10-17

3.7.7      Inspiration verbale et inerrance de l’Écriture

3.7.8      Même autorité pour l’Ancien Testament et pour le Nouveau Testament

3.7.9      La Parole a sa propre autorité, Héb. 4:12-13

3.7.10     Pas d’intermédiaire entre la Parole et le croyant

3.7.11     L’autorité de l’église introduire par « saint » Augustin

3.7.12     Parole écrite plus importante que la Parole orale

3.7.13     L’esprit d’erreur

3.7.14     Résumé et portée de 1 Jean 4:1-6

3.7.15     Avertissements d’Apoc. 2 et 3

3.7.16     Rôle de l’église ou assemblée par rapport à la Parole

4     Treizième méditation publique — 1 Jean 4:7-10

4.1      1 Jean 4:7

4.1.1      Aimons-nous l’un l’autre

4.1.2      Car l’amour est de Dieu

4.1.3      Quiconque aime est né de Dieu

4.1.4      Faux enseignements subversifs

4.1.5      Aimer est inséparable d’être né de Dieu

4.1.6      Obstacles à la manifestation de l’amour

4.1.7      La pécheresse de Luc 7

4.1.8      Autorité divine de l’Écriture

4.1.9      Vie, paix, obéissance, amour

4.2      1 Jean 4:8

4.3      1 Jean 4:9

4.3.1      L’amour de Dieu manifesté en nous

4.3.2      … a envoyé

4.3.3      … Son Fils unique … afin que nous vivions

4.3.4      La vie éternelle, la vie dans le Fils

4.3.5      L’origine et la racine du mal

4.3.6      Quand la vie commence chez l’homme

4.4      L’amour de Dieu manifesté quand nous étions encore pécheurs (4:9 et 4:10)

4.4.1      Un évangile qui répond au besoin du pécheur

4.4.2      Une énigme de l’Ancien Testament

4.4.3      La souffrance de Celui qui expiait le péché. Psaume 22, l’abandon de Dieu

4.4.4      Expiation : les deux boucs de Lév. 16

4.4.5      Ésaïe 53

4.5      1 Jean 4:10

4.5.1      L’amour divin, un amour complet pour le pécheur

4.5.2      Luc 15

4.5.3      Repos en Christ. Jouissance et épanchement de l’amour dont la source n’est qu’en Dieu

5     Quatorzième méditation publique — 1 Jean 4:11-16

5.1      1 Jean 4:11-12

5.1.1      Retour sur 1 Jean 3:24

5.1.2      Retour sur 1 Jean 4:1-10

5.1.3      1 Jean 4:11

5.1.4      1 Jean 4:12

5.2      1 Jean 4:13

5.3      1 Jean 4:14

5.4      1 Jean 4:15

5.5      1 Jean 4:16

6     Quinzième méditation publique — 1 Jean 4:17-21

6.1      Rapport avec le passage précédent

6.1.1      1 Jean 4:1-8

6.1.2      1 Jean 4:9-10

6.1.3      1 Jean 4:11-13

6.1.4      1 Jean 4:14-16

6.2      1 Jean 4:17

6.2.1      1 Jean 4:17a

6.2.2      1 Jean 4:17b

6.3      1 Jean 4:18

6.3.1      1 Jean 4:18a [contre la doctrine Calviniste]

6.3.2      1 Jean 4:18b

6.4      1 Jean 4:19

6.5      1 Jean 4:20

6.6      1 Jean 4:21

6.7      Encore le v. 19 — Le vrai amour de Dieu. Contre le mysticisme

6.8      Encore le v. 20

6.9      Encore le v. 21

7     Seizième méditation publique — 1 Jean 5:1-5

7.1      1 Jean 5:1

7.1.1      1 Jean 5:1a

7.1.2      1 Jean 5:1b

7.2      1 Jean 5:2

7.3      1 Jean 5:3

7.4      1 Jean 5:4

7.5      1 Jean 5:5

8     Dix-septième méditation publique — 1 Jean 5:6-12

8.1      Résumé de 1 Jean 5:1-5

8.2      1 Jean 5:6

8.2.1      1 Jean 5:6a

8.2.2      1 Jean 5:6b — L’Esprit est la vérité, Ta Parole est la vérité, Je suis la vérité

8.3      1 Jean 5:7-8

8.3.1      Trois témoins : une personne, deux figures

8.3.2      1 Jean 5:7-8 et le Texte Reçu

8.3.3      1 Jean 5:6-7. Un seul mot à traduire par « témoignage »

8.3.4      L’ordre des témoins selon le v.6 et selon les v.7-8

8.4      1 Jean 5:9-10

8.4.1      1 Jean 5:9

8.4.2      1 Jean 5:10

8.5      1 Jean 5:11

8.6      1 Jean 5:12

8.6.1      1 Jean 5:12a

8.6.2      1 Jean 5:12b

8.6.3      La vie éternelle dans le Fils et sa communication, dans l’évangile et dans l’épître

8.6.4      Absence de mention du baptême et de la Cène dans l’évangile et dans l’épître de Jean

9     Dix-huitième méditation publique — 1 Jean 5:13-21

9.1      Connaître avec certitude qu’on a la vie éternelle

9.2      1 Jean 5:13

9.3      1 Jean 5:14-15

9.4      1 Jean 5:16-17

9.5      1 Jean 5:18-21

9.5.1      1 Jean 5:18

9.5.2      1 Jean 5:19

9.5.3      1 Jean 5:20

9.5.4      1 Jean 5:21

 

 

 

 

La Première Épître de Jean (suite)

1                    Dixième méditation publique — 1 Jean 3:11-17

1.1   Retour sur 1 Jean 3:10

La dernière phrase du v. 10, comme nous l’avons remarqué, est un chaînon de transition de la justice vers l’amour. Les gens mettent ces deux choses en opposition l’un avec l’autre, mais elles sont parfaitement unies en Christ, qui est la perfection à la fois de la justice et de l’amour. C’est pourquoi cela est tout à fait applicable au chrétien, du fait que Christ est la vie du chrétien. Nous recevons réellement et en vérité, par la foi, cette vie qui était dans le Seigneur Jésus Lui-même, non pas la vie d’Adam que tous les hommes possèdent, mais la vie nouvelle que personne ne possède tant qu’il n’a pas cru au Seigneur Jésus. En tant que vie, elle ne peut présenter aucune marque extérieure tangible ; encore moins se présente-t-elle de manière visible pour nous, quoique par le moyen de ses opérations et de ses effets, nous sachions où elle existe. S’il en est ainsi de la vie naturelle, combien moins peut-on l’attendre de la vie supranaturelle ou spirituelle ? Nous ne devrions pas demander la vie, ce qui reviendrait à montrer que nous ne savons pas ce qu’est la vie ; pourtant, aussi difficile soit-il de définir la vie, chacun sait quand la vie s’en va et que la mort s’installe. La mort peut opérer avant que nous délogions, et elle le fait depuis que le péché est entré dans le monde. Nous sommes mortels, mais la mort survient quand le caractère mortel aboutit à son terme. Tout le monde peut dire, en règle générale, si un homme ou un animal quelconque est mort. On connaît des exceptions en certaines occasions, et probablement que toute règle comporte des exceptions, et toute vérité est sujette à difficultés. Mais il n’y a aucun risque que la Parole de Dieu fasse réellement obstacle à l’intelligence spirituelle. Sans doute il y a une difficulté insurmontable pour ceux qui n’ont aucune connaissance de Dieu ; mais cette connaissance est communiquée par la foi de Christ. « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent, seul vrai Dieu, et Celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3).

Qui sont ceux qui ont reçu la nouvelle nature ? Tout chrétien, et dès le commencement ; et les chrétiens l’ont maintenant dans sa forme la plus complète, car même notre Seigneur ici-bas a parlé d’avoir la vie en abondance pour nous. « Moi, je suis venu afin qu’elles [mes brebis] aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10:10). Inutile de dire « plus abondamment » : « abondamment » est tout ce que le Seigneur dit réellement. Mais quelle différence cela fait ! La vie que les disciples possédaient quand notre Seigneur était ici-bas n’a jamais poussé ouvertement à rompre avec le temple et avec le système Juif. Mais quand notre Seigneur Jésus qui daigna s’assujettir au système Juif quant à la loi, fut mort et ressuscité, qu’avait-Il plus à faire avec la loi ? Il aurait été absurde de parler de Christ ressuscité montant au temple ou prenant part à quelque cérémonial Juif, qu’il s’agisse de fêtes ou de tout le reste. Exactement la même chose était applicable aux disciples doctrinalement. Ils ne le réalisèrent pas tout de suite. Nous avons tendance à être lents à apprendre ces grands changements. Mais la vie ressuscitée de Christ est dans le croyant, et par elle il est mort à toutes ces choses. Christ n’est pas seulement mort pour nos péchés, mais Il est mort au péché qu’Il n’a jamais eu en Lui-même, mais qui nous concerne au plus haut point. Christ n’a plus rien à faire avec le péché ; Il est mort au péché une fois pour toutes. Lui-même, durant tout Son temps ici-bas, n’a pas du tout été affecté par l’action du péché. Ce que le péché a suscité dans Sa vie n’a été que de la douleur et de la pitié pour ceux qui étaient ainsi fourvoyés. Mais quand Il est mort, l’œuvre puissante que Dieu pouvait faire, a été faite par le Seigneur Jésus.

Même quand Il reviendra en gloire, ce ne sera, pour ainsi dire, que la prolongation des vertus renfermées en Christ crucifié, d’une manière publique et puissante ce jour-là. Ainsi cette nouvelle vie, bien que n’étant pas du tout de nature tangible extérieurement, est une vie de puissance indissoluble. La puissance lui est donnée par le Saint Esprit. C’est un esprit non pas de crainte, mais de puissance, d’amour et de sobre bon sens. Les apôtres devaient recevoir de la puissance. Il ne fallait pas seulement qu’ils soient témoins pour d’autres, mais ils devaient apprendre pour eux-mêmes des choses bien plus grandes qu’ils ne pouvaient pas encore supporter. Ces choses vinrent au jour quand il y eut, non pas simplement la vie de résurrection, mais le Saint Esprit descendu du ciel. Il ne faut pas confondre ces deux choses, ni confiner Son action à des langues, des miracles ou quelque autre de ces pouvoirs, qui n’étaient que des justificatifs extérieurs. La puissance intérieure de l’Esprit Saint était beaucoup plus grande que n’importe lequel des signes extérieurs accompagnateurs. Les signes extérieurs furent retirés quand l’église faillit et s’effondra quant à l’amour, la vérité et la lumière. Comment Dieu aurait-Il pu continuer d’apposer Sa marque d’approbation sur un état de choses indigne ? Même l’église d’Éphèse fut menacée, car elle avait abandonné son premier amour quand Jean écrivait. Et après le départ de Jean, cela devint l’état de choses général. Car les apôtres étaient un grand frein au déclin qui s’installait si fortement.

Il vaut la peine de s’arrêter ainsi sur la vie nouvelle, car c’est elle qui unit la justice pratique et l’amour actif chez le croyant. L’apôtre ne parle pas ici de l’amour de Dieu, bien que cela vienne plus loin, mais de notre amour ; de la même manière, il ne parle pas de la justice en Christ, qui est en justification en dehors de nous-mêmes, mais il parle de notre justice. Il est clair que cette justice consiste en de bons fruits. Or comment peut-il y avoir de bons fruits sans un bon arbre ? Certainement dans notre état naturel, on trouve tout sauf du bon fruit ; notre état naturel n’est qu’un mauvais arbre portant de mauvais fruits. Pour produire du bon fruit, il faut que la vie divine nous soit communiquée, comme dans le cas des arbres mauvais auxquels il faut faire une bonne greffe afin qu’ils produisent du bon fruit. Il ne peut pas en être autrement, et c’est de cette vie, la vie éternelle que Jean s’occupe. Il ne s’occupe pas de justice pour nous qui n’en avions pas, et que nous obtenons en Christ, mais de justice dans ce qui produit notre justice journalière. Les gens peuvent ne pas aimer la vérité, mais ici on la trouve dans les paroles de l’apôtre.

Après tout, c’est trop solennel pour être traité à la légère, car personne n’est réellement chrétien sans avoir à la fois la justice en dehors de nous en Christ, et la nature juste au-dedans de nous, qui est la nouvelle nature en vertu de ce qui est propre à Christ. Il y a donc deux choses, ce qu’on appelle « objectif » (au dehors), et ce qu’on appelle « subjectif » (ce que nous sommes), car les chrétiens ont nécessairement la vie de Christ. Or cette vie ne diffère pas de Lui-même. C’est la vie qu’Il nous donne pour vivre en elle et par elle, exactement la même vie que Christ avait et était.

 

1.2   1 Jean 3:11

Il commence donc ainsi : « car c’est ici le message que vous avez entendu dès le commencement ». Vous vous rappelez peut-être qu’au v. 5 du ch. 1 nous avions une phrase semblable : « c’est ici le message que nous avons entendu de Lui ». Mais ici c’est plus précis. Ce n’est pas « avant le commencement », mais « dès le commencement ». Dans les deux cas cela rend le message décisif. Ce que les hommes y ont ajouté n’a pas de valeur. Ce qui demeure, c’est la vérité immuable du christianisme pratique, et elle est d’autant plus importante qu’elle est radicalement opposée aux idées qui prévalent parmi les hommes. En particulier elle contredit ouvertement la notion de développement, comme on l’appelle. Il est tout à fait faux qu’il y ait développement, et cette notion est encore plus mauvaise dans les choses divines que dans les choses naturelles. C’est une conjecture païenne répétée récemment en rapport avec la nature. Elle nie la puissance et la volonté de Dieu qui a déterminé des espèces. Car la fixité des espèces comme dans les autres lois dites lois de la nature, est le vrai principe de la zoologie (non pas une classification humaine basée sur des ressemblances superficielles). C’est pourquoi l’idée de développement est en désaccord avec la création à tous égards — c’est-à-dire avec les droits de Dieu en création ; combien il est humiliant qu’une idée aussi téméraire des païens puisse resurgir ! Cette idée était tout à fait naturelle pour ceux « ceux qui ne connaissent pas Dieu » (1 Thes. 4:5), qui sont plongés dans l’ignorance. Elle a existé longtemps avant Darwin et ses comparses. Il semble qu’elle soit maintenant la grande folie des soi-disant « philosophes » et de ceux qui leur courent après, les serviteurs empressés d’une idée sortant purement de l’imagination. Or bien que cette idée soit mauvaise à l’égard des créatures inférieures, il ne serait guère important, sauf pour les droits de Dieu, de savoir comment on pense qu’une souris ou un singe ou aucune créature semblable se soient développés. Mais quand cela touche à l’homme et aux relations de l’homme avec Dieu, avec l’idée qu’on puisse être issu d’une algue ou de n’importe quoi d’autre qu’il leur a plu de qualifier d’originel dans la nature, il est grave de noyer ainsi la conscience et la responsabilité, et les revendications de Dieu à l’égard de l’humanité, Sa race (Actes 17:29). L’incrédulité de la théorie la rend intolérable, et il vaut bien mieux en parler ouvertement et clairement.

Il y a ici un sujet vivement intéressant, parce que « c’est ici le message » comme dans l’introduction du ch. 1 qui suit la manifestation de l’amour divin et de la vie divine dans le Fils de l’Homme sur la terre. Il y avait là au ch. 1 le message que Dieu est lumière, avec les conséquences que cela a pour nous, et c’est là certainement une vérité du christianisme autant que Dieu est amour ; en effet cela a été affirmé avant que soit effectivement déclaré que Dieu est amour. Pourtant le fait que Dieu est amour est clairement implicite dans les quatre premiers versets ; mais ce n’est pas annoncé formellement avant le ch. 4. Mais il était très important que l’homme amené à Dieu dans Sa grâce souveraine n’oublie jamais que Dieu est lumière. Le fait que nous recevions la vie éternelle en Christ ne devait pas rendre facultative la sainteté pratique. Notre nouvelle bénédiction de la part de Dieu est censée rendre le péché aussi haïssable à nos yeux que ce que Dieu l’a montré être quand Il a abandonné le Seigneur Jésus en train de porter ce fardeau intolérable. S’Il nous a déjà donné une bénédiction inestimable, nous ne pouvons échapper à la responsabilité morale de marcher comme étant dans la lumière. C’est aussi un grand privilège. Combien il est béni que nous qui étions des créatures de ténèbres à cause du péché, nous soyons transportés dans cette merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9), non pas quand nous irons au ciel, mais déjà maintenant dans ce monde, et que nous soyons appelés à marcher en conséquence. Si nous étions envoyés pour marcher sans que notre Père veille constamment sur nous, cela nous dépasserait, parce qu’il faudrait rompre avec Dieu toutes les fois que nous péchons. Le péché interrompt la communion, mais il ne détruit pas la vie de Christ. Sa vie diffère de toute autre vie en ce qu’elle ne peut pas être anéantie. Elle est éternelle par nature. C’est là une très grande consolation pour nous, bien que ce soit un appel solennel à nos cœurs et à nos consciences.

 

L’apôtre dit donc « c’est ici le message que vous avez entendu dès le commencement ». C’est alors [dès le commencement] que Christ est venu en amour, et qu’Il nous a donné la vie ; l’appel a suivi, non pas seulement de croire en l’amour de Dieu en Christ envers nous, mais l’appel à s’aimer l’un l’autre comme Lui nous a aimés.

C’était une bénédiction, et un appel merveilleux digne de Christ ; et cela suppose un changement complet pour nous et en nous. S’il y a quelque chose qui caractérise l’homme déchu, c’est bien d’être toujours au centre de ses pensées et de ses sentiments. Nous sommes ce que nous recherchons et ce qui a de la valeur pour nous. Le moi n’est certainement pas l’amour. C’est pourquoi le monde dans son parler spécial le nomme « numéro un ». Pour l’homme, le « numéro un » n’est pas Dieu, mais c’est le pauvre moi déchu et misérable ; lui est le dieu propre à chaque homme. Car le numéro un doit assurément être la place de Dieu pour mon âme, et il le serait si je n’étais pas un homme déchu et pécheur. Or maintenant le Seigneur met fin à toute cette distance par l’appel de la grâce. En tout cas c’est le fruit de la venue de Dieu en Christ pour être Celui qui nous bénit — Celui qui nous bénit non seulement par une œuvre accomplie pour nous, mais dans une vie qui nous a été donnée. Ainsi le christianisme pratique consiste à vivre à Dieu et selon Sa Parole, — non seulement à se reposer sur Christ et sur Son œuvre faite en dehors de nous, mais aussi à avoir Christ en nous. Les deux sont vrais, et vrais dès les premiers jours. On ne peut rien y changer, sinon pour le mal. Mais ce message fut entendu « dès le commencement ». Il est bien clair que « dès le commencement », ce n’est pas « au commencement » quand la Déité seule existait ! Il n’y avait même pas d’ange pour écouter, encore moins un homme. Mais avoir entendu « dès le commencement », c’est évidemment depuis le temps où Christ était ici-bas. Et ce n’était pas un simple appel à aimer son prochain comme soi-même (comme le faisait la loi).

Quand il était dit d’aimer « notre prochain », il faut interpréter « notre prochain » comme désignant avant tout les Juifs. Ils n’aimaient pas les Gentils. Quand il s’agissait de Gentils venant se réfugier sous les ailes du Dieu d’Israël, les Juifs n’avaient peut-être guère de difficultés. On pouvait les compter comme « prochains » par grâce. Mais ces « prochains » Gentils étaient relativement peu nombreux, surtout si l’on compare le nombre de ces personnes par rapport à tout le reste de l’humanité. Ruth est venue se réfugier sous la protection du Dieu d’Israël. Bien qu’elle ne fût pas de la lignée d’Abraham, elle fut mariée à un Israélite hautement considéré, et c’est lui qui lui donna de faire partie de la lignée d’où serait issu le Berger d’Israël, le Seigneur Lui-même. De telles personnes étaient pratiquement des Israélites. Mais il n’est pas nécessaire de discuter davantage ce point. Car chacun sait combien « aimer son prochain » était tristement rétréci avant la venue du Seigneur. Le Seigneur lui donna de l’extension quand un scribe qui lui parlait souleva la difficulté : « Qui est mon prochain ? » Voilà ce qui arrive quand la vérité est présentée clairement et que les auditeurs ne peuvent pas s’en débarrasser facilement : ils posent des questions destinées à mettre dans l’embarras. Le Seigneur prononça donc la belle parabole du bon Samaritain. Quel coup porté à l’orgueil juif ! Ce n’était pas la parabole du « bon Israélite », mais du « bon Samaritain ». En quoi réside sa force ? Le Samaritain ne rencontra pas un autre Samaritain ayant besoin de secours, mais un Israélite dont chacun se détournait sauf le Samaritain. Même un Lévite ou un sacrificateur virent l’homme souffrant et s’en détournèrent : ce n’était pas leur affaire ; ils ignoraient complètement leur prochain, et ils l’ignoraient parce que sa détresse réclamait de l’amour et de la compassion. Mais le Samaritain ne se comporta pas de la sorte ; il banda ses blessures et pourvut à son entretien. N’était-ce pas une figure parlante du Seigneur Lui-même ? et d’autant plus bénie que le Seigneur la donnait justement avec cette portée ! Celui qui est venu ici-bas pour être « esclave » ne craignait pas d’être abaissé jusqu’à avoir l’apparence d’un « Samaritain ». Il était venu porter les péchés en Son corps sur le bois, et les porter tout seul, en souffrant pour eux, Lui le Juste pour les injustes, pour les effacer définitivement. Rien d’étonnant qu’Il n’ait pas eu honte d’être un Samaritain dans la parabole : Quelle bassesse pour les Juifs de le qualifier ainsi !

Or voilà maintenant un amour d’un nouveau genre. Il a la saveur de l’amour même de Dieu. À qui Son amour se montre-t-il pleinement ? À Ses enfants. Qu’un pareil amour soit peu perçu, montre à quel point la chrétienté s’est éloignée. Les chrétiens les plus faibles prennent fort à cœur les pécheurs en danger de périr, mais ils ne se soucient guère de savoir si les saints de Dieu Le glorifient ou non, Lui et Son Fils. On fait grand cas de la conversion des pécheurs, et l’on relègue tout le reste à un rang secondaire. Qu’il est triste de s’en tenir là ! Est-ce le sentiment de Dieu ? Était-ce tout ce dont Son Fils se souciait quand Il était sur la terre ? Il fut révélé comme l’objet de l’amour divin et de la faveur divine dans toute sa course, avant de porter nos péchés sur la croix ; mais en quoi n’aima-t-Il pas les enfants de Dieu ?

Or maintenant nous sommes à Sa place, sauf quant à l’expiation. Nous sommes enfants de Dieu, et l’amour qui reposa sur Lui repose sur nous, comme le Seigneur le dit à la fin de Jean 17. Cela dépasse entièrement ce que la plupart des enfants de Dieu considèrent pour eux-mêmes. Bien sûr ils ne nient pas que cela ait été dit, mais ils ne semblent pas le comprendre ; parlent-ils et agissent-ils comme si ces paroles leur indiquaient le modèle de leur privilège et de leur devoir ? La conscience d’être pareillement aimés se traduit en amour envers ceux qui en sont autant les objets que nous.

Il est important de comprendre qu’un amour tel que le Sien était quelque chose d’entièrement nouveau. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que les enfants de Dieu reçurent la tâche de s’aimer l’un l’autre. Le Seigneur l’établit comme un « commandement nouveau ». C’était en effet quelque chose de nouveau d’apprendre que Dieu allait former une famille, une famille réunie en un, à partir des enfants de Dieu dispersés au loin. Jamais pareille chose n’était arrivée. Or c’est ce que Dieu fait sous deux formes distinctes. Dans les écrits de Jean on trouve l’unité de la famille ; dans ceux de Paul, l’unité du corps de Christ. Les deux se combinent, en tout cas, comme étant l’unité divine de deux manières différentes : L’une provient de ce que Christ a apporté la nature de Dieu pour la donner ici-bas, pour que ceux qui la reçoivent, Ses enfants, soient rassemblés en un ; l’autre, l’unité du corps, parce que Christ est glorifié dans le ciel, et que nous sommes unis par l’Esprit avec Christ en haut. C’est l’unité de la Tête et du corps. La Tête du corps est l’Homme glorifié, et le centre de la famille est Jésus le Fils de Dieu ; Christ en haut est tous les deux.

Nous avons ici ensuite les limites de cet amour, — s’aimer l’un l’autre. Ce n’est pas l’amour dans l’évangile allant au devant de l’homme perdu ; cet amour n’a rien à faire avec la loi, ni avec l’amour du prochain ; c’est l’amour dans une relation divine avec la famille de Dieu. L’amour pour les enfants de Dieu s’applique pareillement envers ceux qui sont aux bouts de la terre et envers ceux de notre entourage dans notre pays. Ils sont tous pareillement membres du corps de Christ. Ces vérités sont là pour être pratiquées autant à l’égard de quelqu’un qui est loin qu’à l’égard de quelqu’un qui est près ; vous ne pouvez les mettre de côté sauf au risque de méconnaître la Parole de Dieu, ou de combattre contre elle, et d’attrister le Saint Esprit qui est en nous pour que la volonté de Dieu soit accomplie dorénavant.

 

1.3   1 Jean 3:12

Ceci donne l’occasion à l’apôtre de creuser plus profondément. Il met en contraste très fort les enfants de Dieu et les enfants du diable, en remontant pour tous les deux à la racine de cet état. Non content de les appeler mauvais, enfants de colère comme aussi les autres, il les qualifie ici d’« enfants du diable ». On arrive là à un point-clef d’importance terrible. Il est remarquable de voir qu’il se réfère aux premiers temps de l’homme déchu sur la terre, après qu’Adam et Ève eurent des enfants, et il commence par l’aîné de leurs deux fils. « Non pas comme Caïn était du méchant » (ce qui est la manière correcte de traduire). Le « qui » n’a rien à faire là, et ne fait qu’affaiblir. Caïn ne doit pas être notre modèle, sinon pour le fuir. Et pourquoi ? Il « tua son frère ». Voilà où l’a conduit sa méchanceté. Ce n’était évidemment pas de l’amour, mais de la haine ; et c’est ce que Jean veut montrer. Il ne veut pas laisser d’espace intermédiaire entre l’amour et la haine. Il ne veut acquiescer à aucune de ces pensées mélangées auxquelles certains semblent se complaire. Tout sentiment de ce genre qui vise à excuser Caïn, est un compromis avec la vérité. Il est de la plus grande importance de savoir qu’il faut une cassure nette entre ce qui est de Dieu et ce qui est du diable. Voilà où l’apôtre nous amène ici.

Or il est remarquable que la grande portée de la vérité ici, soit montrée par Caïn qui fut à la tête de deux innovations. Il a été le premier à établir une religion naturelle. Caïn ne faisait pas partie de ces gens qu’on qualifie d’irréligieux, si l’on entend par là qu’il n’avait pas de religion. Il était ce qui correspond de nos jours à une personne fréquentant régulièrement son église ou sa chapelle. C’était simplement la religion de la nature, et il ne s’est absolument pas posé la question dans son âme de savoir si son offrande convenait à son propre état ou si elle était selon la pensée de Dieu. Les gens en général ne se posent pas ce genre de question. « Leurs parents allaient là » et cela suffit pour la plupart. Ils ont été baptisés enfant, ont fait leur confirmation, ont pris les sacrements ; ou selon un autre langage, ils sont devenus membres de leur église ou de leur congrégation. On suppose que tout cela est ce qui convient à un homme de bonne tenue. Les Jésuites vont même plus loin quand ils disent « pour la plus grande gloire de Dieu » : c’est la base qu’ils donnent à leurs ambitions sans cœur, sans scrupule et méchantes. Ils jurent d’obéir à leur Général, s’il déclare que tel ou tel moyen aide à promouvoir ce but ; comme le Général agit pour le pape, et non pas simplement avec le pape, quelquefois ils vont bien plus loin que le pape, mais ils prétendent toujours que c’est pour promouvoir leur seigneur, la gloire du pape.

Ainsi pour son acte d’hommage, Caïn n’avait aucune idée de ce qui lui convenait pour s’approcher de Dieu. Il semble avoir eu la pensée qu’il n’y avait rien de mieux ici-bas que les fleurs et les fruits que Dieu a faits dans ce beau monde. C’était pourtant un monde déchu ; et ils étaient tous des bannis du paradis. Oh ! combien cela fut vite oublié, et la cause de ce bannissement fut encore plus vite oubliée ! Caïn oublia le péché de rébellion qui obligea moralement Dieu à prononcer la sentence d’exil sur le premier couple. N’était-ce pas son devoir religieux d’offrir ce qu’il pensait être le meilleur du produit de la terre ? Il était sans doute horrifié par le sacrifice de son frère Abel. « Regardez-le ; rendez-vous compte de sa stupidité : aller offrir un petit agneau et le tuer devant l’Éternel ! Réfléchissez un peu ! Combien Il doit trouver cela choquant ! Quelle cruauté que cet acte ! Quel mal cet agneau a-t-il fait ? Pourquoi les premiers nés du troupeau, et de leur graisse ? Il s’est sûrement trompé quant au caractère de l’Éternel. Trouve-t-Il plaisir au sang et à la graisse ? Trouve-t-Il plaisir à ce qu’on tue une pauvre créature innocente à qui Il avait donné la vie ? ».

Voilà, en particulier, les sujets sur lesquels on raisonne en général beaucoup ; c’est exactement la base de la religion naturelle en tout genre et de tout temps. C’est une religion que l’homme élabore par ses raisonnements sur ce qui convient à lui et aux autres en rapport avec Dieu. Mais dès l’instant où l’homme en est la seule source, il n’y a rien de Dieu dedans, sinon la prétention de l’homme et sa profession.

Et qu’en était-il d’Abel ? Abel a eu la foi de peser ces choses en profondeur. Il avait au moins réalisé le terrible état d’être un pécheur aux yeux de Dieu ; car Abel, on peut en être sûr, avait appris de son père et de sa mère ce que Dieu avait dit au sujet de la chute. Il avait appris que Dieu avait parlé d’Un autre qui devait intervenir, la Semence de la femme pour accomplir l’œuvre qu’aucune créature ne pouvait faire : détruire le serpent et sa semence, qui était des ennemis. Mais il y avait plus que cela ! Ce n’était pas peu de chose pour Abel d’apprendre que Dieu avait revêtu ses parents avec des habits de peau, au lieu de feuilles de figuier. Pour Caïn c’était sans importance. Mais Abel reconnaissait qu’assurément il y avait une grande vérité derrière ce fait. La mort ! C’est là qu’il voyait sa portée. La mort ! être vêtu du fruit de la mort, et non de ma propre mort, qui est le salaire du péché, mais de la mort d’un autre et de quelqu’un de si mystérieux ! Lorsque nous aussi nous croyons, l’Éternel dans Sa grâce dirige nos regards sur le seul vêtement pour l’homme et la femme déchus et pécheurs, qui malgré leurs feuilles de figuier (des vêtements de la nature) étaient nus à tous égards dans leur péché. Auparavant leur nudité était en toute innocence, mais maintenant leur transgression effrontée était mise à nu. Leur recours rapide à une couverture de feuilles de figuier trahissait qu’eux aussi, avaient des remèdes qui n’étaient pas meilleurs que ceux de Caïn. Seulement, Dieu avait corrigé les choses pour eux, et ils avaient accepté la correction. « L’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des vêtements de peau, et les revêtit » (3:21) : c’était un vêtement basé sur la mort. Abel fut donc enseigné par la foi à faire la relation entre ces choses, et c’est pourquoi il apporta les premiers nés de son troupeau. Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; la foi s’appuie sur le témoignage de Dieu. Ce n’est ni à moi ni à vous de déterminer dans quelle mesure la foi d’Abel l’a soutenu ; mais il avait l’intelligence de la foi, et Caïn ne l’avait pas. On peut avoir l’impression que la distinction est mince dans ce qui nous en est révélé, mais elle est quand même nette ; et c’est là le point important : la foi doit être réelle et de Dieu.

Il y a une grande simplicité dans la foi d’Abel, mais avec de la perception spirituelle. Il apporta des premiers nés de son troupeau, un agneau pour mourir. Ce n’était pas une offrande de puissance, ni un loup, ni un lion, ni un ours pour combattre le serpent ; mais au contraire un petit agneau destiné à mourir. « Et l’Éternel eut égard à Abel et à son offrande ». Ne voyait-Il pas, comme toujours auparavant, ce qui n’était encore qu’obscur pour tous les croyants ? — c’est-à-dire l’Agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté en Christ et dans son sang pour nous ? Là et alors le germe de la vérité divine apparaît ; c’est à quoi Abel s’attache, abandonnant les notions humaines ; mais l’Éternel n’eut pas égard à Caïn et à son offrande de fruits du sol.

On a remarqué précédemment comment Caïn donna le point de départ au monde ; mais il nous est donné beaucoup plus que les traits extérieurs, car c’est lui qui a introduit la religion du monde. Ceci semble ressortir tout spécialement de la pensée de l’Esprit dans l’épître de Jude, qui est plus apparentée à la première épître de Jean qu’aucune autre épître, même en se souvenant de l’analogie remarquable (par voie de contraste) avec 2 Pierre. La forte ressemblance avec Jean à cet égard, réside en ce que les deux épîtres sont des épîtres de l’apostasie. Tel est le trait sinistre et sombre qui les marque les deux, c’est le mal dans le cœur, l’apostasie opérant en esprit (ce qui ne peut être caché à Celui qui habite dans l’église), annonciatrice de l’apostasie future ; et dans l’épître de l’apôtre Jean, il y a beaucoup d’antichrists, qui sont les avant-coureurs de l’antichrist.

Jude seul, le frère de Jacques et esclave de Jésus, parle du « chemin de Caïn ». Il ne faut pas limiter cette expression au meurtre de son frère, mais plutôt y voir l’iniquité religieuse comme chez Balaam et Coré, surtout du fait que c’est ce qui est directement à l’origine du meurtre. À coté de cela, il avait un caractère général effronté, présomptueux, et méchant. « Ses œuvres étaient mauvaises, et celles de son frère étaient justes ». C’était tout à fait l’homme propre à devenir le fondateur du « monde » et de la religion naturelle. Il ne faut pas s’étonner de ce qu’il ne fût pas content de vivre dans sa propre maison ! « Non, non ! l’union fait la force : unissons-nous ». Étant un homme d’énergie, il obtint l’assentiment d’autres gens. Sa volonté était plus forte que la leur. Il fut le premier à fonder une ville, et vous pouvez compter qu’il gouverna aussi la ville quand elle commença à croître. Telle est la nature de l’homme et de sa volonté. Il aime la puissance ; et il semble bien que ce fût le cas de Caïn. Mais auparavant il prétendit aussi à la religion ; et c’est ce qui a plus spécialement donné l’occasion formelle de sa chute. Ce fut la grande rupture d’avec Dieu, avec le meurtre qui en résulta, et qui est maintenant devant nous. En effet la religion du monde et sa civilisation vont tout à fait de pair. Adam et Ève étaient loin d’être des sauvages comme le disent des mauvais esprits ; mais on ne peut pas parler de leur état comme étant un type de civilisation. Vivre selon la volonté de Dieu est incomparablement au-dessus de la civilisation. Qu’est-ce qui a de la valeur aux yeux de Dieu, ou pour l’âme et l’esprit, parmi tout les progrès dont les hommes se vantent ?

Le monde s’enthousiasme du progrès actuel. C’est avec Caïn qu’il a commencé ; et bientôt dans la même famille, on vit apparaître les instruments de musique, à vent et à corde, et toutes sortes d’outils ou instruments coupants en airain ou en fer : le luxe et les commodités dans la vie terrestre. Le progrès n’était guère possible sans la métallurgie, et la famille de Caïn s’y activa très tôt. Au temps de Lémec, la polygamie arriva, et les premiers vers qui furent composés s’adressèrent à ses femmes au lieu de s’adresser à Dieu en louange ou en repentance. Un peu de chant fut adressé à Ada et Tsilla, pour s’excuser ou s’exalter, et pour calmer leurs craintes, avec des accents de défi, et une prétention impie à avoir l’approbation de Dieu. Si Caïn devait être vengé sept fois, Lémec le serait certainement 77 fois. Lémec tourne tout en une confiance en soi hautaine.

Tel est le monde et la religion du monde dans ses premiers bourgeons. Or voici que la vérité ressort clairement. « Et pour quelle raison le tua-t-il ? Parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes ». La condition morale de tous les deux est déterminée avant le sacrifice et avant la ville. Les œuvres de Caïn étaient « méchantes » (car tel est le vrai sens), et celles de son frère étaient « justes ». « Méchant » est plus fort que « mauvais », car ce mot implique un dessein et un effort, une assiduité au mal, non pas seulement des actes mauvais, mais une activité dans le mal que le mot « mauvais » n’implique pas nécessairement. C’était l’état de choses habituel avant l’occasion qui suscita la rancune de Caïn. Il est pourtant instructif de remarquer ce qui fut le détonateur. L’Éternel eut égard à Abel et à son offrande, mais il rejeta l’offrande de Caïn. Caïn ne put le supporter. Son orgueil s’enflamma et sa rancune ne connut plus de bornes. Comme il ne pouvait rien contre l’Éternel personnellement, il s’en prit à son frère. En réalité c’est à l’Éternel qu’il s’attaquait. Son rejet par Dieu était bien plus grave à ses yeux que l’agrément par Dieu de son frère, bien que ce fût cet agrément qui enflammât sa rage. Le péché ne figurait pas plus que Dieu dans la conscience de Caïn : les deux vont ensemble, en fait et en principe. C’est le sens du péché qui amène Dieu devant l’âme, et Dieu comme juge du péché. Dès lors quel est le sort de notre culpabilité à Ses yeux ? N’y a-t-il pas de miséricorde pour le pécheur ? Oui, il y en a ; Sa miséricorde demeure à toujours, comme le chrétien le sait, et comme Israël l’apprendra sûrement par Sa grâce. Or c’est ce que Caïn n’a jamais cru, et ainsi il passa de l’endurcissement au désespoir. Étant lui-même méchant, il n’avait aucune idée de la bonté de Dieu, même à l’égard de l’homme méchant qui se tourne vers Dieu à l’appel de la grâce. Il savait très bien que si on l’offensait, on ne pouvait guère s’attendre à de la miséricorde de sa part. Et comme il n’avait jamais senti le besoin d’un Sauveur, il n’accordait aucun crédit à la grâce manifestée dans la Semence de la femme ; il jugeait Dieu selon ses propres pensées, L’estimant être comme lui-même, et plus même, implacable vis-à-vis de la culpabilité.

 

1.4   1 Jean 3:13

C’est ce qui est appliqué ensuite. « Ne vous étonnez pas, frères ». C’est bien « frères » et non pas « mes frères ». « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait ». C’est une tournure de phrase qu’il faut bien peser. Nous avons eu les « enfants » en général, et deux fois les « petits enfants ». Nous avons eu ensuite « bien-aimés », et maintenant nous avons « frères ». Il n’est pas difficile de voir combien chacun de ces termes est approprié. Il va parler de l’amour des frères, alors il est bien de s’adresser à eux en tant que « frères ». Ne passons jamais sur un mot de l’Écriture sans lui attacher d’importance, mais cherchons plutôt à apprendre pourquoi Dieu utilise un mot plutôt qu’un autre. La foi peut dire que c’est toujours le meilleur. Certes on ne peut oublier le manque de soin de l’homme et ses effets. Nous apprenons ainsi comment il surgit ; on peut compter qu’il s’y glisse, et en général on a toutes les preuves qu’il faut pour corriger, bien que ce ne soit pas toujours possible dans tous les cas.

On a donc ici quelque chose de très clair. « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait ». Or qui est-ce qui compose le monde ? qui sont ces gens pleins de haine auxquels pense l’apôtre ? Ce sont principalement au moins ceux qui ont été un temps dans la communion de l’église, et qui l’ont abandonnée. Ceux-là sont toujours les pires. Ceux qui se retirent de la vérité, ne haïssent pas particulièrement la vérité seulement, mais ceux qui la tiennent ferme. Ils ne peuvent supporter ni l’un ni l’autre. Pourquoi cela ? pour la même raison que Caïn. Ils se sentent condamnés. Rien n’est plus provoquant pour un méchant apostat que d’être condamné ; car il essaie de bannir tout soupçon à l’égard de sa méchanceté, étant entièrement aveuglé par l’ennemi. Et comme il est sous l’emprise du mensonge de Satan, il participe aussi à son esprit meurtrier.

Tel est donc l’esprit du monde, tout spécialement chez ceux qui ont laissé la vérité qu’ils ont professée un temps. Telles sont les personnes qui sont tristement visées dans toute cette épître. Ils avaient paru, un temps, laisser le monde derrière eux ; et maintenant ils retournaient vers ce monde qu’ils avaient dénoncé extérieurement. Ce n’avait été qu’un détachement superficiel ; le lien n’était pas réellement coupé ; et maintenant que leur cœur n’était plus attiré par l’attrait de la nouveauté de la vérité, ils retournaient à leurs anciennes amours. Le nom de Jésus ne les avait jamais gagnés pour Dieu. Il a pourtant quelquefois une influence apparente, même sur les inconvertis.

C’est remarquablement juste de montrer l’effet du Sauveur sur ce qui est le plus mondain. Prenez le cas des artistes. Ce n’est certes pas la piété qui les caractérise dans leur ensemble. Au contraire et en général, ils s’abandonnent singulièrement au laisser aller et à la mondanité en tout genre. On sait bien sûr qu’un bon nombre de peintres étaient chrétiens, en sorte qu’en parlant des peintres globalement en tant que classe, il faut absolument s’en tenir aux faits indiscutables. Notre excellent ami, le poète W. Cowper, avait une très mauvaise opinion de ses collègues ; il disait qu’en règle générale les poètes n’étaient que des mauvais sujets, et nul n’était mieux qualifié pour les caractériser que Cowper. Bien qu’il ne fût pas un pur poète, il tenait à se dissocier de toute complicité avec ses fâcheux consorts. Les poètes comme les peintres sont portés à flatter la vanité des hommes et des femmes, et en fait, beaucoup en vivent, car les parents, bien sûr, ne se soucient guère des tableaux de leurs enfants. Pourtant la tradition relative au Seigneur Jésus a eu une immense influence sur les peintres. Si quelqu’un connaît l’art des statues des anciens [gréco-romains], il reconnaîtra que les sculptures des Grecs étaient marquées par la sensualité. Elles étaient comme eux-mêmes. Mais les peintres du Moyen-âge, spécialement les tardifs dont la renommée est parvenue jusqu’à nos jours, ont été étonnamment influencés par la pauvre représentation de Christ qu’en donne la papauté. Quelle différence entre leurs œuvres et celles des anciens [gréco-romains] ! On trouve même là le reflet de la beauté de la sainteté pour autant qu’un homme mondain puisse en donner l’idée. Vous y trouverez la douceur de l’humilité et l’expression de dépendance vis-à-vis du Dieu invisible. La femme n’y était plus représentée comme un piège à hommes, ni l’homme en train de montrer sa volonté et sa convoitise. Il n’y a pas trace d’Aphrodite ni d’Apollon qui transportaient tellement les Grecs et faisaient le jeu des voies de la nature corrompue. La Vierge et l’Enfant attiraient des hommages à la pureté que n’avaient jamais imaginés de tels hommes. Bien loin de moi de penser que cet effet allait plus loin que du superficiel. Au contraire, tel est le mauvais cœur de l’homme qu’il tomba dans l’idolâtrie de la mère, au déshonneur du Fils de Dieu. C’était l’effet puissant mais extérieur du nom de Jésus sur ceux qui ne s’élevaient pas au-dessus de l’humain, sans avoir aucune foi réelle dans le Père et le Fils.

Ne soyons donc pas surpris que ceux qui entraient dans l’église en se trompant eux-mêmes, étaient encore plus affectés par tout ce qui les entourait et par l’influence spirituelle du Nom béni ; mais cette influence ne pénétrait pas plus profond que les pensées. Christ n’était pas leur vie, sinon ils ne L’aurait jamais abandonné ; et Lui les aurait encore bien moins laissés. « Car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous » (1 Jean 2:19) ; et s’ils ne demeuraient pas ainsi, où aboutissaient-ils ? Une fois dehors ils s’élevaient progressivement et implacablement, surtout quand les chrétiens refusèrent de mettre le nom de christianisme à de pareils renégats. « Ne vous étonnez pas si le monde vous hait ». Ils faisaient justement partie de ce monde de Caïn qui a toujours commencé par des prétentions religieuses et fini par le meurtre.

 

1.5   1 Jean 3:14

Mais voici le contraste frappant avec le vrai christianisme : « Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères ». Cette déclaration a d’autant plus de poids qu’elle se relie d’emblée avec les paroles les plus fortes de l’évangile. En Jean 5:24 le Seigneur Lui-même utilisait la même expression de la fin de la phrase, sans y mettre l’emphase du « nous » et en s’adressant au croyant individuellement : « En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie ». Ce texte ainsi traduit est plus précis que ce que donne la version autorisée anglaise, et c’est bien ainsi qu’il faut rendre l’importance réelle de ce merveilleux verset qui a été en bénédiction à tellement d’âmes, même dans sa forme un peu obscurcie de la version autorisée anglaise.

Cependant il ne faut jamais trop se laisser impressionner par les ressemblances. On dit que ce qui caractérise un bel esprit, c’est de trouver des ressemblances entre des choses qui diffèrent, et beaucoup en sont surpris et y prennent plaisir. Mais il y a une autre qualité bien meilleure que la finesse, c’est le jugement sain. Or le jugement sain se fait sentir en voyant des différences entre des choses qui paraissent se ressembler. C’est juste l’opposé de la finesse d’esprit et c’est ce qui manque à beaucoup de gens.

Quelle est donc la différence entre ces deux textes ? N’est-ce pas qu’en Jean 5:24 notre Seigneur montre comment un homme reçoit maintenant la vie éternelle en croyant Dieu au sujet de Son Fils, de sorte qu’il ne vient pas en jugement contrairement à tous ceux qui sont sans Christ. C’est cela qu’Il dit. Car, en vérité, si quelqu’un vient en jugement, il ne peut pas s’en sortir. La raison est claire : le jugement veut dire qu’on s’attire ce qu’on mérite. Or vous ou moi, que méritons-nous ? Avant d’être sauvés par grâce, n’étions-nous pas coupables, sans force quant au bien, et impies ? Ne pensez pas que qui que ce soit puisse, tel qu’il est, aller en jugement et s’en sortir. Non, il ne peut qu’aboutir à l’étang de feu. Mais ce n’est pas la manière d’agir de Dieu envers ceux qui croient. Ils ont la vie éternelle et ne viennent pas en jugement. Ce n’est pas seulement qu’ils ne tombent pas sous la « condamnation », car ce n’est ni le mot utilisé, ni la pensée que le verset veut exprimer. Le Seigneur déclare de manière très claire que le croyant ne vient pas en jugement ; c’est Lui qui a porté le jugement de nos péchés à la croix. La notion de jugement associé à la vie éternelle est tout à fait monstrueuse, et en réalité n’a pas de sens. Pour confirmer encore plus cette grâce, Il ajoute qu’il « est passé de la mort à la vie ». La mort, c’était sa condition de perdu à cause du péché ; mais maintenant il vit de Sa vie. Ce changement a déjà eu lieu pour l’âme, mais pas encore pour le corps ; pour le corps l’assurance de la résurrection de vie est donnée au v. 29 de Jean 5.

Jean 5:24 est donc une parole très bénie pour le pauvre pécheur qui désire savoir comment obtenir la vie éternelle. Mais ce n’est pas du tout ce qu’on a ici dans l’épître. Il n’est pas question de croire pour obtenir une bénédiction, mais de ce que « nous » les frères, nous savons, et dont le fait d’aimer les frères est la preuve pratique. On est incapable d’aimer les frères si l’on n’a pas la vie éternelle, car c’est la nature divine qui aime selon Dieu. C’est pourquoi l’apôtre dit « nous », et qu’il parle seulement des frères, et qu’il en parle avec emphase. C’est pourquoi c’est tout à fait distinct de Jean 5:24. Il est vrai que ce n’est pas toujours le sens de « nous ». Seul le contexte décide du sens de « nous ». Car « nous » est appliqué de manières si différentes dans l’Écriture, qu’établir une règle applicable systématiquement n’est que de l’ignorance. Le « nous », ici aussi, est emphatique : « Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères ». Combien les différences sont frappantes quand on les pèse mûrement. « Nous », nous savons (consciemment).

Qu’est-ce que le non croyant sait de ce changement ? Comment pourrait-il le connaître ? Le non croyant est dans la mort et dans ses péchés, et il va vers le jugement. La foi seule reçoit la bénédiction que Christ donne ici. Mais les frères comme tels s’aiment l’un l’autre en tant que membre de la famille de Dieu et en tant qu’ayant déjà cru. « Nous » ne sommes donc pas appelés à croire ici. Il est admis que nous qui avons cru pour la vie éternelle, nous aimons nos frères ; et étant passés de la mort à la vie, notre amour pour eux confirme ce fait. Nous avons cette connaissance consciente, et devons l’avoir, en contraste avec ceux qu’une haute spéculation, sans aucune affection divine, n’amène qu’à une connaissance vide. Parmi tous les hommes sur la terre, il n’y a que les croyants, seulement les frères dans le Seigneur, que « nous » qui pouvons dire que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons les frères. Cet amour en est le témoignage et la preuve pratique ; mais ce n’est que la foi par la grâce de Christ qui nous amène à cette bénédiction. Aimer les frères ne nous fait pas recevoir la vie éternelle, ni passer de la mort à la vie. À ce moment-là nous haïssions les frères, étant morts dans nos péchés ; mais croyant en Dieu, nous sommes passés de la mort à la vie, et ce n’est qu’alors que nous avons connu les frères pour les aimer dorénavant pour toujours.

 

C’est pourquoi l’apôtre pose comme un axiome du christianisme que « Celui qui n’aime pas son frère demeure dans la mort ». Quelle conclusion solennelle ! Il n’y a pas de vie et on ne sort pas de la mort, si l’on n’aime pas son frère. Mais pourquoi dit-il « frère » ? C’est une déclaration abstraite, tirée bien sûr de ce qu’il professe. L’apôtre se plait à faire ce genre de déclaration que les pédants évitent soigneusement ; mais l’apôtre est loin de n’en rester qu’à la lettre. L’apôtre prend l’homme sur la base de ce qu’il professe, et énonce que « Celui qui n’aime pas son frère demeure dans la mort », ce qui prouve qu’il n’est pas véritablement un frère, justement à cause de cette haine. Remarquez l’acuité de son langage. Il ne dit pas simplement qu’il est mort, mais qu’il demeure dans la mort. Quoi que ce soit qu’il professe, il était toujours mort spirituellement, et il demeure dans la mort. La preuve est qu’il n’a jamais aimé celui qu’il a été appelé à aimer en tant que membre de la famille de Dieu. Il n’a pas d’amour, mais il doit en avoir s’il possède la vie de Christ dans son âme.

 

1.6   1 Jean 3:15

L’apôtre fait ensuite une déclaration encore plus forte sur l’affaire : « Quiconque hait son frère est un meurtrier ». Il accentue sa sévérité. Il ne s’agit plus simplement de quelqu’un qui n’aime pas, mais d’une haine positive en action. Étant davantage franc en paroles, et outrageux dans sa conduite, il trahit sa haine, et est appelé un « meurtrier ». L’apôtre descend ici à la racine des choses. Comme la haine apparaît marquer son esprit quand il est mis à l’épreuve, il est meurtrier en principe ; c’est la même chose que quand le Seigneur déclarait adultère celui qui se permet de convoiter ce qu’il ne devrait pas, au lieu de le juger et d’en être honteux et de s’en humilier. Dieu s’occupe du cœur, et non pas seulement des choses extérieures comme dans la chrétienté. Ce qui donne le caractère du professant, c’est aussi bien l’activité intérieure que ce qui en sort à l’extérieur, même si dans un tribunal des hommes cela serait inacceptable et impossible. « Et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui ». C’est tout juste l’opposé de Christ, et cela correspond étroitement au diable. Car qu’est-ce qui ressemble le plus à notre adversaire, lui qui est menteur et meurtrier dès le commencement ?

 

1.7   1 Jean 3:16-17

« Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous ». Les termes utilisés n’ajoutent rien à « l’amour » ; il ne dit pas « l’amour de Dieu ». C’est rédigé volontairement de cette manière, et il vaut mieux coller à la vérité toute simple. « C’est que Lui a laissé Sa vie pour nous ». Ce Lui est remarquable. Sans doute il s’agit aussi de l’amour de Dieu, mais il mêle volontairement Dieu et Christ, bien que seul Christ ait laissé Sa vie pour nous. Nous avons déjà trouvé cela à plusieurs reprises. Ceci est la grande preuve irréfutable d’amour infini, et d’un amour qui est clairement de Dieu, quoique Christ soit le seul à l’avoir manifesté. Il a laissé sa vie pour nous. Comparer cela à un homme mourant à cause de la grande affection qu’il a pour son ami, ou risquant sa vie pour un étranger, ce n’est qu’une illusion, et c’est passer à côté de la force du passage. Considérez seulement Celui qui est mort pour nous de cette manière ! et qui est devenu homme afin d’accomplir cette mort dans la souffrance la plus déchirante ! et ceci pour nous alors que étions perdus et n’avions rien d’autre que nos péchés !

« Et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères ». Dans Son cas, cela a été d’une profondeur insondable, et rien ne peut s’y comparer en aucune manière. En outre, il devient le modèle pour ceux qui sont Siens, hormis l’expiation. Quelle limite peut-il y avoir ? L’amour se plait à surmonter toutes les difficultés maintenant. L’amour de Dieu pour nous lorsque nous étions dans nos péchés crée l’amour non seulement envers Dieu, mais envers Ses enfants, nos frères. « Et nous, nous devons » ; il ne dit pas seulement « nous laissons », quoiqu’il y ait eu des saints qui soient morts non seulement pour Christ, mais aussi pour leurs frères. Il est content de dire « nous devons » ; notre amour étant de Dieu, est capable de le faire. Et en fait si le fait de mourir pour lui était réellement utile à notre frère, nous devrions être volontaire. Cependant rares sont les circonstances qui en ferait un devoir.

Mais, sans qu’il soit trop insisté sur cette preuve extrême, nous sommes aussi enseignés qu’il y a un appel adressé à nos cœurs. Il n’est pas besoin d’aller très loin pour rencontrer des appels à l’exercice de l’amour qui est dans nos cœurs. Venez maintenant et regardez les affaires journalières. Laisser nos vies pour les frères peut nous arriver rarement ici-bas, mais il se présente souvent un cas où l’amour fait défaut : nous savons très souvent où se trouve ce que nous avons à faire, avec un frère ou une sœur dans un besoin pitoyable. Comment cela se traduit-il dans notre âme ? Comment notre amour répond-il à la souffrance du pauvre frère ou de la pauvre sœur ?

« Mais celui qui a les moyens d’existence du monde… ». C’est ce qui est appelé ici les « biens » de ce monde. Il ne dit pas non plus simplement « qui voit », mais « qui contemple », qui a une pleine vue du besoin de son frère. Peut-être le frère n’a-t-il pas fait le moindre signe, ne s’est-il pas plaint du tout, ni n’a mentionné son épreuve à autrui. Ce silence devrait être un appel d’autant plus fort à nos cœurs. Il a supporté la pression sans murmure ; il a enduré et ne l’a dit qu’à Dieu. Mais voilà qu’avec les yeux largement ouverts, en contemplant l’affliction de notre frère, nous hésitons. On a les moyens d’aider et de porter remède, mais au lieu de cela, on « ferme ses entrailles » vis-à-vis de celui qui souffre. Il n’est pas besoin d’ajouter des entrailles « de compassion », ce qui est indiscutablement implicite. « Comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » L’apôtre pose la question posément et calmement, mais avec gravité et de manière qui sonde : « comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? ». Il ne me demande pas de mourir pour mon frère ; il me demande que mon amour s’extériorise avec des moyens dépassant mes propres besoins réels, vis-à-vis de celui qui souffre de maladie, ou de faim ou de toute autre chose. On peut venir en aide à son frère et on ne le fait pas : « comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? ».

L’amour étant l’énergie de la nature de Dieu, il l’est aussi de la nouvelle nature de Ses enfants, et il est censé s’épancher constamment vers les autres, non seulement en de grandes occasions, mais dans les moindres choses de cette vie. Ne passons pas à côté de l’à-propos exquis des expressions de l’apôtre. Au v. 16 il suffisait de parler d’amour ou de l’amour, en laissant ouverte l’identité de son auteur, tandis que les paroles qui suivent manifestent à l’évidence qui était celui dont l’amour l’a poussé à laisser Sa vie pour nous. Au ch. 2 aussi, ce n’est pas seulement « l’amour » qui est mis en contraste avec le monde, et pas encore « l’amour de Dieu », mais « l’amour du Père ». Mais ici « l’amour du Père » n’aurait pas convenu. C’est « l’amour de Dieu » qui fait tant cas de la moindre de Ses créatures, qui reprend aussi sévèrement Son enfant en train de fermer sa compassion à l’égard de son prochain dans l’épreuve.

En conclusion, notez combien ce chapitre applique de manière variée la mort de Christ. Au v. 4 c’est pour ôter nos péchés par Son sacrifice ; au v. 8 c’est pour détruire les œuvres du diable ; au v. 16 Lui a laissé Sa vie pour nous comme modèle d’amour envers nous et pour nous. Tout cela se réunit dans Sa mort ; nous en voyons encore davantage en Héb. 2:9, 10, 14, 17.

 

 

2                    Onzième méditation publique — 1 Jean 3:18-24

2.1   1 Jean 3:18

2.1.1       L’expression « chers enfants »

Nous arrivons maintenant à un nouveau sujet qui n’avait pas encore été abordé, mais qui se rattache à celui de l’amour mutuel des enfants de Dieu que nous avons déjà considéré. L’apôtre fait premièrement appel à eux en leur qualité de chers enfants, entendant par là, comme d’habitude, l’ensemble de la famille. Il n’est pas besoin de dire « Mes enfants » (*) ; ce « mes » n’est pas donné par l’Esprit de Dieu et est donc illégitime. « Chers enfants » est son expression générale de tendresse, et c’est la raison pour laquelle il ne les appelle pas simplement « enfants », mais « chers enfants ». Cette expression regroupe les pères, les jeunes gens et les petits enfants.

 

(*) Note Bibliquest : la traduction autorisée anglaise (KJV) dit : « Mes petits enfants ». JND dit : « Enfants ».

 

2.1.2       Par ceci nous saurons…

L’apôtre nous invite ici à aimer non pas de parole ni de langue, mais en action et en vérité. Il entre ainsi dans le nouveau sujet. Il ajoute : « Et par ceci nous saurons ». Ce n’est pas « nous savons », mais « nous saurons ». Ceci a son importance, parce que cela ne se réfère pas à ce qu’ils étaient déjà en Christ. Par exemple la connaissance de la vie éternelle que nous possédons maintenant en Lui est quelque chose de bien établi ; mais ici l’apôtre regarde en avant à la pleine liberté et à la confiance de cœur données par une marche pratique journalière dans la droiture devant Dieu, et spécialement dans l’amour. Car c’est un devoir à l’égard duquel beaucoup se trompent eux-mêmes. Rien n’est plus facile que de réclamer l’amour, et de se plaindre que les autres en manquent ; mais ceux qui se plaignent le plus fort sont parfois ceux qui en manquent le plus. Ils désirent être de ceux qu’on aime, ou s’estiment désireux de l’être ; mais le vrai chemin est d’aimer si l’on veut être aimé. L’épanchement du cœur en bonté sans but égoïste provoque la ferveur d’autres cœurs, tandis que la langue apprend trop facilement à parler d’amour, et à s’en tenir là. L’épître choisit donc soigneusement les expressions qui font la liaison entre ce qui précède et ce qui suit.

 

2.1.3       N’aimons pas de parole ni de langue

« Chers enfants, n’aimons pas de parole ni de langue ». Quel que soit son état, un chrétien sait, bien sûr, que ceci est détestable ; mais s’il n’est pas dans un bon état pratique avec Dieu, son amour est vain et sans force. C’est pourquoi il est dit ici « non pas de parole ni de langue », ou plus exactement « non pas avec parole ou avec la langue ». Il y a une légère différence si l’on omet ces deux « avec » et l’article avant « langue ». Nous avons à aimer, « mais en action et en vérité ». L’homme naturel dans la chrétienté parle d’amour à sa manière. Christ a prouvé l’amour dans toute son authenticité, et nous qui Le confessons avons à marcher dans la même simplicité et la même réalité.

Tout ceci découle évidemment de la vie éternelle que nous avons si nous croyons en Lui. C’est ce qui est évoqué dans l’expression inhabituelle « la vie de Dieu » en Éph. 4:18, et « Christ notre vie » en Col. 3:3,4 et quelque chose d’équivalent en Gal. 2:20 (« Christ vit en moi »). À cet égard Jean mêle si remarquablement Dieu et Christ qu’il n’est guère possible de dire Lequel des deux il a en vue précisément. Mais il le fait volontairement pour une bonne et excellente raison : le Fils est autant vraiment Dieu que le Père — il n’est pas permis de l’oublier. Cette manière d’écrire n’est nullement de la négligence. L’apôtre Jean savait très bien ce qu’il faisait et ce qu’il voulait dire en écrivant. Seuls des insensés ayant grande confiance en eux-mêmes oseraient penser autrement d’un homme inspiré. C’est parce que le Père et le Fils sont Dieu. Bien que Christ soit devenu homme, Il demeure Dieu aussi véritablement que les autres personnes de la Déité. Dans Son humiliation pour revendiquer les droits de Dieu et bénir l’homme, Il n’a jamais perdu un instant Sa gloire divine. Il était le vrai Dieu quand Il a daigné naître de femme. Vous savez cependant ce qu’est un nouveau-né, à quel point il est entièrement dépendant de sa mère ou de l’infirmière. Y a-t-il au monde aucune créature qui soit autant redevable aux soins d’amour qu’un bébé humain ? Mais Christ, même dans cette condition, était le vrai Dieu autant que quand Il ressuscitait Lazare, ou d’autres, d’entre les morts. Il ne pouvait pas cesser d’être le vrai Dieu ; ceci n’a été ni touché ni aucunement affecté par le fait de mourir. Même dans un homme, l’âme et l’esprit ne sont pas affectés par la mort, qui n’est que la rupture du lien entre le corps et l’homme intérieur. C’est ainsi qu’il en a été pour le Seigneur Jésus, Il était toujours le Fils. Jésus Christ était sans doute Son nom une fois devenu homme, mais Il est sur toutes choses Dieu béni éternellement, Amen (Rom. 9:5) ; Il l’est réellement tout comme le Père et le Saint Esprit qui ne se sont jamais incarnés.

Or l’amour est ce qui caractérise l’énergie de Dieu : combien cela est béni en soi et pour nous ! Le jugement n’est pas Sa nature, et il n’a pas été exercé sur l’homme avant l’apparition du péché ; il n’a pas été question de quelque chose de pareil sinon à cause du péché. Mais Dieu a toujours été amour. Et quand le moment convenable est venu pour Lui de mettre Son amour en action, spécialement dans l’incarnation de Christ et dans l’œuvre de Christ, tout s’est manifesté dans des voies sans pareilles. Ses bienfaits envers la créature furent dépassés, et de loin ; Ses dispositions sages et bonnes envers les plus grands comme les plus petits des animaux furent éclipsées, si merveilleuses qu’elles aient été ; et cela a été encore plus manifeste au vu de la bonté de Ses dispositions en faveur de l’homme.

Il est bon de considérer ce qui nous entoure. Le Seigneur nous fait voir quelque fois des objets extérieurs avec une application a fortiori pour nous. On a des exemples de cela avec les importantes leçons adressées aux disciples et tirées de ce qui se voyait des oiseaux du ciel, ou des lis des champs. En effet, ils ne montrent pas seulement la puissance divine, mais la sagesse, la bienveillance, la vigilance qui pense à eux jusque dans les moindres détails, la bonté qui pénètre et demeure en présence du péché et de la méchanceté de l’homme. Car quand l’homme est tombé, Dieu aurait pu changer la verdure des champs en un rouge très voyant, en signe d’avertissement du jugement à venir ; mais il n’y a pas eu de pareil changement. Le verdure des champs est restée verte, et les fleurs sont restées belles et douces. Nous ne disons pas qu’elles sont toutes identiques à ce qu’elles étaient dans le paradis, car certaines choses ici-bas ont été profondément affectées par la chute ; mais elles sont incontestablement restées comme un idéal dépassant tout ce que l’homme peut atteindre. Salomon dans toute sa gloire n’était pas vêtu comme les fleurs des champs sans qu’elles aient subi aucune culture par l’homme.

Il est important de voir que l’amour divin est une affection entièrement en dehors de la création, et au-dessus de la simple nature humaine dans son essence. Il est autant surnaturel que la vie qui est la nouvelle nature sur laquelle l’Esprit de Dieu agit. Il faut une nature qui soit capable de porter du fruit agréable à Dieu. En effet, vous ne pouvez avoir aucun fruit sans une source vivante. D’où vient la source de ces nouveaux sentiments et de ces nouvelles actions permettant de surpasser entièrement, dans les exercices d’âme, tout ce dont l’homme est capable ? Quelle est la source dans le croyant de tout ce qui est amour envers Dieu et envers l’homme ? C’est la vie éternelle. Sans elle, il n’y a pas de nature pouvant porter du fruit bon. Ne sommes-nous pas nous-mêmes d’amples témoins de cette vérité ? Nous étions autrefois des hommes ayant les qualités surprenantes conférées par Dieu à l’homme ; car elles sont très grandes, en dehors même de la nouvelle création et de ses privilèges spéciaux. Quant à ces derniers, nous n’en avions aucun auparavant, et nous ne pouvions pas comprendre ce qui a été exprimé en grâce. Ceci aurait paru extravagant et dépourvu de sens à l’homme naturel, comme c’est toujours le cas, quoique l’homme naturel puisse avoir assez de sens pour tenir sa langue et ne pas le dire. Mais les hommes sentent qu’ils n’entrent pas dans les pensées de Dieu, et ne le peuvent pas. Même l’esprit de l’homme, la meilleure partie de l’homme, peut s’en rendre compte. Son esprit s’élève bien au-dessus de la nature inférieure de l’homme, mais la partie la plus élevée de la nature humaine ne peut pas entrer dans les choses de Dieu (Jean 3:3-6).

L’esprit de l’homme ne peut pas s’élever au-dessus des choses de l’homme (1 Cor. 2:9-11), pas plus qu’un chien, par exemple, ne peut comprendre le fonctionnement d’une montre. Car le chien n’a que la nature d’un chien, non pas la nature de l’homme qui a une intelligence très supérieure, s’améliorant elle-même, profitant des autres, travaillant dans un but nouveau et précis, et guidé par des raisons et une puissance mécanique s’il fait une montre. Au cours du temps, cela peut devenir assez mécanique, mais le premier qui a fait une montre a dû avoir un fort exercice de pensée et une grande habileté. Peut-être qu’au début, elle était grosse et grossière et a eu souvent besoin d’être modifiée. Néanmoins le premier à faire une montre a eu besoin d’un bien plus grand effort intellectuel que le dernier qui a fait la meilleure montre du pays. Car le dernier fabricant a bénéficié de tous les innombrables perfectionnements faits au cours du temps, depuis tel petit détail jusqu’au chronomètre. Et outre toute cette activité des pensées, il y a chez l’homme une conscience de responsabilité devant Dieu, et un sens moral beaucoup plus élevé que celui de l’intelligence, et qui n’appartient qu’à l’homme sur la terre.

Le fond de tout cela est que les choses de Dieu dépassent autant le meilleur homme selon la chair, et la partie la plus élevée de cet homme, que la montre ou tout autre travail de cette nature est au-dessus de la nature du chien et de ses instincts. Oublier cela est une grande source de dégradation morale. C’est sûrement une différence de toute importance, et chez ceux qui la ressentent, elle ne peut que produire des actions de grâce, tandis qu’elle justifie et manifeste les profondeurs de la grâce de Dieu. Car à nous qui croyons, Il nous a donné une vie capable d’entrer dans Ses pensées et Ses affections et Ses conseils, nous rendant capables par Son Esprit de sonder toutes choses, même les choses profondes de Dieu (1 Cor. 2:10).

On admet que, pour cela, nous avons besoin de l’Esprit de Dieu. Il ne suffit pas d’être né de l’Esprit. Les saints de l’Ancien Testament étaient eux aussi nés de l’Esprit, mais ils ne pouvaient pas encore recevoir d’en haut l’Esprit habitant en eux. Aucun saint ne L’a reçu avant la rédemption. Et seules les âmes converties qui se reposent sur la rédemption reçoivent maintenant le Saint Esprit. L’absence de cette réception est la raison pour laquelle on voit des personnes converties si obtuses spirituellement. Elles n’arrivent pas à aller au-delà des choses élémentaires de la vérité divine parce que, bien qu’ayant la nouvelle nature, elles n’ont pas encore la puissance de l’Esprit ; et si on y regardait de près, on verrait qu’elles n’ont pas encore une paix établie. Le fait réel est qu’elles ne se reposent pas réellement sur la rédemption de Christ, et ainsi elles n’ont pas le fruit de la rédemption. Elles attendent ce qui leur manque. Elles s’efforcent sérieusement, comme elles disent, d’obtenir ce qu’elles n’ont pas. Il leur faut apprendre qu’on ne peut avoir la liberté en Christ qu’en s’abandonnant entièrement soi-même, et en abandonnant ses efforts, pour ne se reposer que sur Christ et sur Son œuvre de rédemption, et pour s’y reposer entièrement. L’œuvre d’expiation est faite.

Cette insuffisance ou superficialité de la foi a tout inondé et submergé après le départ des apôtres. Dans les premiers jours de l’église, personne ne s’y joignait s’il n’était pas scellé du Saint Esprit. Mais quand l’église a commencé à s’établir dans le monde et que la persécution n’a plus éclaté qu’occasionnellement, — quand beaucoup de gens sages et riches sont entrés, des puissants et des nobles, on se mit à avoir pour objectif d’avoir de bonnes relations avec des personnages avec lesquels, grâce à l’amour chrétien, on pouvait devenir beaucoup plus intime qu’on ne le serait jamais devenu dans le monde. Beaucoup furent incités à les suivre ; certains ont récemment vécu les mêmes causes et les mêmes effets dans leur petite histoire. Dans de telles circonstances, l’amour tombe bientôt en décadence. Il est dès lors facile de comprendre la nécessité de ces paroles : « N’aimons pas de paroles ni de langue, mais en action et en vérité ».

 

2.2   1 Jean 3:19

« Et par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité », c’est-à-dire si nous marchons dans l’amour. C’est un réconfort immense pour le croyant ; mais quelle faute de placer cette parole devant une âme inconvertie comme chemin pour obtenir le pardon ! Quelqu’un qui connaît l’évangile pourrait-il demander à des inconvertis de montrer ces fruits de l’amour ? Par contre c’est ce que les saints devraient ressentir dans ce qui est justement appelé le gouvernement moral de Dieu. Car quand nous sommes amenés à Dieu, nous devenons les objets journaliers du jugement de Dieu comme Père (1 Pierre 1:17). Le Seigneur l’a présenté figurativement en Jean 15, où Il déclarait être Lui-même le vrai Cep (= plant de vigne), dont Ses disciples étaient les sarments. Ce n’est pas la figure d’être né de nouveau (qui se trouve en Jean 3:3-6), et cela n’a rien à faire, non plus, avec l’union, comme beaucoup l’imaginent à tort. En aucun de ces deux cas, on ne trouve la perte de la vie éternelle ou le retranchement de membres du Christ. Cette différence suffit à invalider ce genre de mauvaises applications. Le Cep enseigne la nécessité de la communion pratique avec Christ. Demeurer en Lui et Lui en nous, c’est la puissance pour porter du fruit. Car qu’est-ce qui rend les disciples capables de porter du fruit ? N’est-ce pas la dépendance de Christ, Ses paroles demeurant en nous, ainsi que la prière ? (Jean 15:7). C’est Christ qui est la source de tout le fruit, et les sarments en portent dans la mesure où ils Lui sont rattachés. Séparés de Lui, ils ne peuvent rien faire. C’est le Père qui émonde les sarments afin qu’ils portent plus de fruit. Mais c’est le Cep qui fournit toute la sève aux sarments qui Lui sont attachés.

Notre Seigneur a fait beaucoup plus ; mais pour porter du fruit, c’est ce qu’Il fait. Si vous détachez le sarment du cep, qu’arrive-t-il ? portera-t-il de nouveau du fruit ? peut-il y avoir encore du fruit ? pas du tout. Il y en avait qui avaient suivi Christ un temps (Jean 6:60-66) et qui ne marchaient plus avec Lui. Ils se retranchaient eux-mêmes. Ils ne faisaient plus partie des sarments du Cep. On ne nie pas qu’ici ou là, l’un ou l’autre puisse se repentir et chercher la restauration. Loin de nous de renier ou de décourager une âme. Mais ceux qui abandonnent Christ deviennent en général durs et opposants au plus haut degré. En fait il est relativement rare que ceux qui ont tourné le dos au Seigneur retournent à Lui de nouveau. Si une réelle repentance s’opère, qui va être prompt à les recevoir ? Il n’y a pas de limite à Son amour. Mais ceux qu’on envisage ici, au lieu de se juger eux-mêmes, ont des pensées dures à l’égard de Christ, et abandonnent toute révérence, rabaissant Sa personne, et badinant sur Son œuvre, montrant ainsi qu’ils n’avaient que des notions de christianisme, et non pas la vie éternelle.

C’est pourquoi il est très important de se souvenir que le gouvernement moral de Dieu s’occupent maintenant des âmes sous un double aspect. D’un côté Dieu veille sur chacun des saints, et juge toutes les fautes, mais Il le fait dans Son amour fidèle. D’un autre côté, il y a ceux qui, se méfiant de Lui, ne peuvent supporter Ses actions. Ils résistent ou méprisent les épreuves dont Dieu se sert comme moyen de relèvement. Car Il châtie, et aucun châtiment n’est un sujet de joie pour le temps présent. La joie serait tout à fait la négation de Son caractère ; mais la discipline est pour notre profit, et ensuite elle porte le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle (Héb. 12). C’est Dieu comme Père qui juge maintenant selon l’œuvre de chacun ; en bref, c’est Son gouvernement moral. Il agit ainsi avec ceux qui sont Ses enfants, ou qui au moins professent l’être. Car Dieu agit ainsi selon la profession des hommes ; Il agit tout à fait différemment avec ceux qui n’ont jamais porté le nom du Seigneur.

Il incombe donc à quiconque prononce le nom du Seigneur de se retirer de l’iniquité, et ainsi de se réveiller du piège du diable de peur qu’il ne prévale sur son âme de manière durable, jusqu’à prendre un avantage écrasant. Plus on attend, plus la situation s’aggrave. Elle est déjà suffisamment mauvaise pour ceux qui croient rester une unité à eux tout seuls ; et il est à craindre que beaucoup se satisfassent de l’isolement, comme si c’était un moyen d’échapper à leur responsabilité dans le désordre présent croissant ici-bas. Ils regardent aux fautes des autres chrétiens pour justifier leur isolement, et ils se dérobent aux épreuves de la marche ensemble en tant que frères, dont ils sont très prompts à discerner les carences, sans miséricorde. Mais il n’y a pas de réelle conscience en rapport avec la gloire de Dieu dans leur propre état. Quelle méchanceté de se justifier par les fautes des autres ! Leur marche est-elle réellement meilleure que celle de ceux qui n’ont jamais fait profession de Christ ? N’est-ce pas là, tristement, marcher à la lumière de son propre feu et des étincelles qu’on a allumé soi-même ? Veillons de peur de coucher dans la douleur (És. 50:10-11). Leur course n’est ni celle de la justice ni celle de l’amour ; or le christianisme unit les deux selon la vérité de Christ.

Or dans la marche par laquelle nous sommes amenés à Dieu, le secret de la puissance est la dépendance de Christ. Le cep de vigne ne nous enseigne-t-il pas cette leçon plus que toute autre figure ? On ne trouve guère, dans tout le règne végétal, d’arbre qui souligne mieux que la vigne le besoin qu’ont les sarments de garder leur place dans le cep afin de porter du fruit. Or il est tout à fait certain que le même principe s’applique en rapport avec Christ et le chrétien. C’est ce qu’on a ici. Si l’amour est simplement en parole et en langue, s’il n’est pas en action et en vérité, peut-il faire autre chose que déplaire à Dieu ? N’est-il pas une insulte à l’Esprit de Dieu ? Si nous marchons comme enfants de lumière, nous manifestons aussi le principe divin de l’amour, c’est-à-dire que nous recherchons le bien l’un de l’autre sans but égoïste. Tel est l’amour que nous connaissons en Dieu ; et Christ est devenu homme pour le montrer d’une manière que même Dieu comme tel ne le pouvait pas. Qui peut s’étonner de ce que Dieu ressente tellement la moindre absence de déférence à l’égard du nom de Son Fils, Jésus notre Seigneur ? L’amour en action et en vérité, c’était l’humiliation de Christ devenant un homme, et portant les souffrances que Son sacrifice de Lui-même entraînaient jusqu’à endurer le jugement de Dieu contre le péché appliqué à Lui-même. Cela ne pouvait pas avoir lieu en Dieu comme Dieu ; mais c’est exactement ce que nous avons de la part de Dieu dans la propitiation de Christ pour nos péchés. C’est là que toute la lumière et l’amour et la vérité de Dieu ont brillé d’une manière dépassant les pensées de l’homme ; c’est cela le christianisme.

Mais une partie nécessaire du christianisme pratique n’est pas simplement la justice, comme nous l’avons vu, ou l’obéissance. C’est l’amour ; seulement il faut qu’il soit réel, dit l’apôtre ; et s’il l’est, « nous saurons ». En ceci, il se met dans la même classe que les autres, ce qui contribue à la beauté de ses paroles. « Par ceci nous saurons que nous » (vous et moi, l’apôtre et les saints) « sommes de la vérité ». Or quand il y a mauvaise conscience, l’exercice de l’amour et de tout ce qui découle de la vie divine dépérit. On ne se réfère pas en ceci à ceux qui ne sont pas des enfants de Dieu, mais seulement à ceux qui en sont. C’est eux que la mauvaise conscience paralyse ; c’est eux qui souffrent de ce qu’ils ont perdu ; et il y a toujours une suspension de la jouissance quand la communion avec Lui est ainsi interrompue. Certains peuvent trouver extraordinaire que, tandis que la vie que Dieu donne en Christ est éternelle, la communion dont nous jouissons par elle est très sensible à tout mal de notre part ; elle cesse immédiatement par tolérance d’un tout petit peu de folie. Pourquoi en est-il ainsi ? La communion signifie que la bénédiction est partagée en commun. Comment Dieu pourrait-Il partager un peu de folie avec nous ? Il ne peut avoir communion avec aucun péché, et s’il y en a, nous ne pouvons pas marcher en Christ. La jouissance de la communion est brisée instantanément. Loin de Lui de dire qu’elle est perdue au point de ne pas pouvoir être retrouvée, ou regagnée. Mais nous pouvons Le louer de ce qu’on ne regagne pas la vie éternelle, parce qu’elle est éternelle ; cependant il est nécessaire que nous soyons restauré à la communion quand celle-ci a été interrompue par du mal de n’importe quel sorte. Ce peut être seulement une mauvaise pensée ou un mauvais sentiment ; mais la communion est brisée jusqu’à ce que ce mal soit jugé. Si ce mal est toléré, il entrave, tout comme n’importe quel mal franc et manifeste.

Aussi dit-il : « Par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité, et nous assurerons nos cœurs devant Lui ». Être « de la vérité » est la base de la fidélité pratique ; perdre ou négliger la vérité est bientôt suivi de voies mensongères qui exposent à aimer en parole et en langue, au lieu de en action et en vérité. Ce n’est pas revenir en arrière pour constater qu’ils étaient convertis, et encore moins qu’ils étaient baptisés. Dieu n’envisage ni l’un ni l’autre pour nous réconforter quand Il est ainsi déshonoré dans de telles circonstances, mais Il veut plutôt pour nous faire honte. N’est-ce pas lamentable que moi, qui ai été amené à Dieu et en a bien plus qu’une simple marque extérieure, j’aille jusqu’à me comporter si mal ? Si au contraire nous restons vigilants et sérieux devant Dieu, aimant et en même temps humble, « nous saurons que nous sommes de la vérité ». Ceci inspire la pleine liberté et la confiance devant Dieu. C’est bien cela le sens réel ici. La force du passage ne se rapporte pas à la position, ni à l’assurance de la foi ; mais à la pleine liberté de cœur devant Dieu dans une marche qui est celle d’un amour sincère et actif.

« Par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité, et » non pas exactement « nous assurerons », mais plutôt « nous persuaderons nos cœurs devant Lui ». C’est le sens simple et littéral, qu’il me semble préférable de prendre tel qu’il est, en cherchant à comprendre ce que l’Esprit veut dire par là. Si le sens voulu ici avait été celui d’« assurance », une forme différente de ce mot, ou d’autres mots (il en existe) auraient été utilisés ; mais « nous persuaderons nos cœurs devant Lui » semble bien adapté pour agir puissamment sur nos âmes, et pour exprimer la pleine liberté inspirée par la sincérité d’un cœur simple dans une marche chrétienne vivante.

Dans ces expressions, il y a bien de quoi encourager et fortifier un méthodiste pieux. Leur point faible est de ne pas percevoir la vie éternelle en Christ, et d’attribuer trop de poids à leurs émotions. La grâce de Dieu dans l’évangile fait largement place aux affections chaudes et profondes. Les sentiments spirituels y ont tout à fait leur place, mais il y en a bien plus pour la grâce et la vérité par Christ qui en sont la source et le stimulant ; cependant tous les saints devraient être en bon état selon la Parole et selon l’Esprit de Dieu. On ne devrait pas non plus être comme un calviniste rigide qui pense que l’essentiel est d’arriver à la conclusion que nous sommes élus, et d’en tirer de là toute consolation. Il noie ainsi le gouvernement moral de Dieu dont parle notre passage en l’absorbant dans l’élection. Or l’élection est une vérité admirable pour laquelle nous louons notre Dieu ; mais ce n’est pas son rôle de servir de garantie contre la certitude malheureuse d’avoir déshonoré Dieu. Pourquoi voudrions-nous être réconfortés en présence du fait que nous Lui avons causé du déplaisir ? Il désire que nous soyons humbles à cet égard, et c’est ce qui est présenté immédiatement après.

 

2.3   1 Jean 3:20

« Car si notre cœur nous condamne » ; c’est juste ce que notre cœur fait quand nous marchons mal, et qu’il y a de quoi attrister l’Esprit de Dieu, et que nous ne nous sommes pas jugés devant Dieu comme nous le devions. Si nous savons que notre cœur nous condamne, nous en déduisons à juste titre que Dieu sait qu’il y a encore bien plus à blâmer. « Dieu est plus grand que notre cœur, et il sait toutes choses ». Certains calvinistes tourne ce passage de la manière suivante : si notre cœur nous condamne, Dieu dans Sa grâce ne le fait pas. Combien il est triste de perdre le profit de Sa Parole en s’écartant systématiquement de son sens direct ! Sa pensée est que si je me condamne moi-même, Dieu est plus grand que moi, Il sait tout là où nous ne connaissons qu’en partie.

Ils craignent d’ébranler notre position par ce passage. Or il n’a rien à voir avec notre position en Christ, mais plutôt avec notre état de chaque jour. C’est une question de perte de communion ; et nous sommes appelés à nous juger nous-mêmes sous Son regard, au lieu de nous rejeter sur l’élection ou sur la position. L’élection aussi bien que la position demeurent ; c’est une erreur pour le croyant de douter soit de l’un soit de l’autre. Mais si son cœur le condamne, nous pouvons être sûr que Dieu en sait beaucoup plus : il devrait être dans la poussière devant Lui, et avoir ainsi le secours divin pour tout sonder à fond et haïr sa négligence, du fait même qu’il est l’objet d’une telle grâce. Nous avons à juger notre bas état tout en tenant ferme la position en Christ que Dieu nous a donnée. Ceci demeure solidement ; mais notre état a été mauvais, et Dieu voudrait ni que nous le cachions ni que nous l’excusions, mais que nous le condamnions impitoyablement.

Quel dommage de tomber dans ces systèmes des hommes, comme on peut qualifier les particularités des calvinistes et des arminiens ! Car on ne blâme que leurs particularités, non pas la vérité qu’ils détiennent en tant que chrétiens. Il y a de chers saints de Dieu parmi les uns et les autres, mais ils ont bien de quoi souffrir, — chez les arminiens de ce qu’ils ne rendent pas suffisamment gloire à la grâce de Dieu dans la vie éternelle, et chez les calvinistes de ce qu’ils n’attribuent pas suffisamment de valeur à la communion, ce qui a souvent pour résultat de l’incertitude quant à leur propre élection. Comme l’un d’eux disait : « si vous ne doutez pas de vous-même, je doute de vous ». Leur tendance est soit d’escamoter leurs péchés, soit d’établir une école du doute. C’était un homme pieux qui parlait ainsi, et qui a écrit beaucoup de cantiques ; je ne peux qu’espérer que ses cantiques sont meilleurs que sa doctrine. Car douter pareillement est abominable, indigne non seulement du chrétien, mais encore plus de Christ. C’est la négation pratique de l’évangile qui proclame le salut par la grâce de Dieu, et nous appelle à en jouir paisiblement. C’est pourquoi en fait, les calvinistes sont en général faibles quant à l’évangile, malgré de brillantes exceptions. Ils sont occupés de l’élection plutôt que de l’amour de Dieu pour le monde, sans parler des ressources de grâce pour leur propre âme. L’élection a une place trop absorbante dans leur credo, qui en fait une sorte de bonne-à-tout-faire. Tout ceci est misérablement en dessous de la grâce et de la vérité de Dieu. En Christ il y place pour tout ce qui est vrai à la fois chez les calvinistes et chez les arminiens, et il y place pour beaucoup plus que ce que tiennent soit les uns soit les autres. Il est dommage que des saints de Dieu ne laissent pas tomber ces schémas doctrinaux partiels, pour ne coller qu’à la révélation de Dieu, l’acceptant entièrement et renonçant à tout ce qui en est un substitut. Le christianisme fait largement place aux sentiments les plus larges et au jugement le plus sain, en bref pour tout ce que la foi est tenue de recevoir de Dieu, et que l’amour est libre d’accomplir pour Sa gloire.

La condamnation du cœur dont parle ce v. 20, provient de la conscience d’avoir manqué dans nos voies, et de la conviction que Dieu en connaît encore bien plus dans Son gouvernement moral de nos âmes. C’est aussi ce qui est impliqué dans le « Remets-nous [= pardonne-nous] comme nous aussi nous remettons [= pardonnons] à nos débiteurs » (Matt. 6:12). Il n’est pas question, là, du pardon complet par la foi dans l’évangile, mais de la surveillance vigilante et constante de Dieu vis-à-vis des voies de Ses enfants. Ceci n’a absolument rien à faire avec le besoin du pauvre pécheur, car il est clair que l’évangile n’offre nullement le pardon des péchés sous condition d’un esprit de pardon en faveur des autres. La grâce donne la rémission des péchés sur la base de la foi au Seigneur Jésus. Le passage ici n’a rien à voir avec cela ; mais si vous, un chrétien, manquez à marcher dans un esprit de pardon envers les autres, Dieu a du déplaisir à votre égard. Il en résulte que vous ne jouissez plus de la communion avec Lui, et qu’Il ne la restaurera pas tant que vous ne vous serez pas vraiment jugés vous-même pour ce qui a été commis. Ce manque de communion est ce qui produit le fait que le saint se condamne lui-même, et il est l’indication d’un blâme de la part de Dieu.

Il est évidemment très important de distinguer entre le fondement de grâce sur lequel nous nous tenons pour la vie éternelle et la rédemption, d’avec l’application que Dieu fait en agissant moralement avec nous chaque jour lorsqu’Il doit juger nos voies fautives, et qu’Il nous châtie afin que nous participions à Sa sainteté (Héb. 12:10). Ceci nous conduit vraiment à condamner nos inconséquences et à conformer notre pratique aux pensées de Dieu dans Sa haine du péché, et dans l’avancement de ce qui relève de l’amour, de la justice et de la vérité.

 

2.4   1 Jean 3:21

L’apôtre dit : « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance [litt. : « de la hardiesse »] envers Dieu ». Son cœur répond à ceux qui marchent normalement devant Lui. Il ne s’adresse plus simplement aux « chers enfants ». Il se réjouit en voyant l’amour réalisé, et Il encourage l’activité de l’amour en prière là où ainsi les choses vont bien. Là où l’Esprit de Dieu doit nous occuper de nos manquements, nous ne sommes pas libres de Lui demander de nouvelles faveurs. Nous devons nous soumettre à la pensée humiliante que, si nous nous condamnons nous-mêmes au sujet de nos voies, Dieu nous condamne encore plus. Là où, par Sa puissance, il y a une jouissance paisible de la communion, nos cœurs peuvent avec ferveur demander davantage de grâce. « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui » (1 Jean 3:21-22). Dans ce cas, il n’y a rien pour arrêter l’activité de l’amour. La grâce ne rencontre pas d’obstacle sur son chemin dans le bien, parce que nous marchons heureusement dans la lumière de Dieu, de sorte que notre cœur ne se met à nous condamner. Nous pouvons librement en avoir fini avec nous-mêmes pour jouir de Christ.

Tel est clairement le bon état où tout chrétien a à marcher jour après jour. Ce devrait être notre objectif, mais hélas ! nous ne l’atteignons peut-être pas ; mais assurément, c’est ce à quoi nous sommes appelés par grâce. On ne peut être dans un état paisible, confiant et avec l’œil simple, sans marcher devant Dieu conformément à notre vie en Christ. Nous consoler quand nous manquons par le fait d’avoir la vie éternelle, ce n’est pas la réponse correcte à ce qui est dû à Dieu, pas plus qu’à notre propre état. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit. Il n’y a pas seulement la foi, mais la réalité expérimentale dans le fait, pour l’âme, de suivre ce que l’apôtre nous dit de ce qui a été opéré en lui. « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; mais ce que je vis maintenant dans [la] chair, je le vis par la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Galates 2:20 ; WK). La tradition est vaine, les ordonnances échouent. Il fait sentir la puissance de la croix de Christ. Quant à son ancienne vie, l’apôtre était identifié avec Celui qui avait effectivement souffert la croix ; et maintenant il vit en Celui qui est vivant pour toujours ; et c’est une vie de foi dans Son amour. Cette individualisation n’est pas une étape très courante dans l’Écriture. Généralement c’est aux chrétiens collectivement qu’il est parlé de l’amour qui a été celui de Christ, et de Christ qui s’est livré Lui-même, comme en Éph. 5:1,2. Mais il est très précieux d’avoir cela personnellement, bien que ce soit effectivement maigre de ne l’avoir pas plus que personnellement, car alors on n’a pas l’occasion d’apprécier notre communion avec le Père et avec le Fils dans l’état de bénédiction goûté par toute la famille de Dieu.

La paix avec Dieu, la paix de la conscience, sont certes indispensables, mais ce n’est pas toute la bénédiction dont Sa grâce voudrait que nous jouissions ; et encore moins est-ce l’assurance d’être pardonné de toutes nos fautes. Cette assurance est ce que nous avons en croyant la bonne nouvelle de Dieu ; mais ce n’est pas ce dont il est parlé dans les versets 19 à 22. C’est une grande grâce, fort nécessaire pour toute âme lorsqu’elle débute. Une fois qu’une âme est dans la foi, c’est une erreur de remettre en question le fait qu’elle croit réellement ou non. L’Écriture ne connaît pas ce genre de doute chez quelqu’un qui croit en Christ ; celui qui croit n’est nulle part rejeté sur ce qu’il trouve à l’intérieur de lui. C’est parce qu’on est perdu que Dieu attire les regards sur Son Fils comme Sauveur, vis-à-vis duquel aucune question de manquement ne peut être soulevée. Ce dont notre passage traite ici, c’est pour les chrétiens dans leur marche de tous les jours ; et la question soulevée est celle de la confiance pratique dans le cœur. Nous sommes dans une telle proximité par grâce que tout ce qui ne convient pas en nous vis-à-vis de Dieu et du Père est intolérable, et les ressources à l’encontre sont soigneusement données.

Beaucoup d’entre nous savent au travers de leur propre famille ce que c’est que d’avoir un enfant quelquefois méchant. Cela ne fait-il pas une différence si l’enfant a réellement de l’affection ? Même si le père et la mère ne savent pas pourquoi, voilà l’enfant mal à l’aise. Au lieu d’avoir à faire heureusement avec ses parents comme d’habitude, quelque chose va de travers ; et plus l’enfant est droit, plus il le ressent. Il en est exactement ainsi avec notre Dieu et Père, sauf qu’Il ne manque jamais, et que tout Lui est connu. D’où l’immense importance du jugement de soi-même, dont nous avons besoin à cause de ce que nous sommes. Quand il est appliqué à nos manquements, l’âme revient à la jouissance de la communion, que nous avons douloureusement perdue. Le bon état, c’est la pleine liberté avec Dieu. Ce n’est pas la position que le chrétien a de manière permanente ; mais l’état du cœur responsable vis-à-vis de l’interruption par négligence. Tant que nous marchons par [ou : dans] l’Esprit, cette pleine liberté avec Dieu est notre état heureux, et c’est le seul état convenable pour un chrétien. Qu’il est triste de s’installer habituellement dans le manque de liberté ! Sûrement, il devrait y avoir un cri fervent montant vers Dieu pour détecter ce qui l’a ôté du cœur ; s’il en est ainsi, on n’aura pas à crier longtemps. Il découle de l’amour du Père la volonté que nous goûtions la consolation de cet amour, et que nous en ressentions la privation par une faute quelconque non jugée. Mais en Jésus comme avocat auprès du Père, nous avons la ressource qui nous est fournie, au lieu d’avoir à chercher un directeur [de conscience] terrestre qui supplante le Seigneur et qui est forcément insuffisant pour une fonction aussi délicate et aussi difficile. C’est notre privilège de réparer la situation facilement et sur-le-champ par Christ au trône de la grâce, ou plutôt auprès de l’amour du Père, étant assurés qu’il n’y a pas là de défaillance.

 

2.5   1 Jean 3:22

C’est pourquoi il est beau qu’il soit ajouté ici : « quoi que nous demandions, nous le recevons de lui » (3:22). C’est un nouvel exemple de la manière absolue dont Jean aime à parler. Il ne parle pas de changement selon les circonstances qui arrivent, ni d’obstacles spéciaux qui interviendraient. Il ne fait pas allusion à un éventuel état inconséquent. Il admet ici que le cœur ne condamne pas, qu’on a une pleine liberté avec Dieu, qu’on jouit de la communion avec Lui. Or quel est l’effet de cette communion ? elle exclut les demandes faites à tort. Nous ne cherchons alors, rien d’étranger à la volonté de Dieu. Nous demandons ce qui est selon Sa volonté ; et Il ne lésine pas sur ce qui est bon. Il a Son plaisir dans notre jouissance de tout ce qui est pour Sa gloire, et de tout ce que nous avons trouvé en Christ, car Christ est le lien qui attire et soutient toujours. C’est Christ qui choisit tout pour nous. Il n’y a ni lumière ni source dans nos cœurs sans une telle dépendance de Christ. Ce que Dieu nous a donné est juste en accord avec cela. Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons ; car dans cet état nous ne demanderons jamais quelque chose mal à propos. L’apôtre en donne ici la raison : « parce que nous gardons Ses commandements ». Ceux qui omettent de voir que c’est une question de gouvernement moral de Dieu vis-à-vis de l’état du chrétien, tombent dans l’erreur de le confondre avec le fondement de notre salut, et de rendre ce dernier conditionnel. Mais ceci annule la souveraine grâce de Dieu qui sauve les pécheurs. Il ne s’agit pas ici de grâce, mais de gouvernement. Or le gouvernement est nécessairement conditionnel. Mais la grâce de Dieu qui sauve nos âmes et efface nos péchés est absolue, gratuite et souveraine. La seule condition dans ce cas, si on peut appeler cela une condition, c’est de renoncer à nous-mêmes comme impies, et de recevoir ce que Son amour nous donne gratuitement en Christ.

C’est ici un tout autre sujet ; le mélanger à la grâce est le vice ordinaire de ce qui s’appelle la « théologie ». Qui peut dès lors s’étonner de ce que des chrétiens simples, sains et intelligents n’aient aucune confiance dans un guide aussi peu fiable, et le désavouent. Ils ont de bonnes raisons de se tenir sur leur garde car habituellement la théologie obscurcit et rend perplexes beaucoup de croyants, qui ne sont pas mûrs dans la vérité, bien que quant à eux-mêmes ils s’en tiennent à une ligne juste en l’écoutant. Mais la théologie systématique est comme un jardin sec, c’est-à-dire comme des fleurs et des feuilles, ou le reste, cueillies sur les plantes et séchées, en sorte qu’il ne reste pas un brin de fraîcheur ou de vie en aucune d’elles.

Telle est la théologie, tandis que l’Écriture est « esprit et vie ». Et c’est ainsi qu’est le Seigneur Jésus, Le vivant, qui a été mort, mais qui a repris vie pour toujours ; et encore le Saint Esprit, qui est l’Esprit de vérité qui vivifie, Celui qui est donné non seulement pour avoir la vie, mais pour garder toute vérité fraîche et puissante ; et c’est aussi ainsi qu’il en est de l’amour de Dieu le Père qui ne cesse de s’épancher. L’homme fait et s’efforce de faire de la révélation une science. Y a-t-il plus différent que ces deux choses ? Qui a jamais trouvé la vie et la paix dans la théologie systématique ? Elle consiste toujours à garder ceci et à garder cela avec des armes humaines, et à disposer ses doctrines incertaines et défectueuses dans des forteresses imaginaires de la foi, — ce qui devrait être l’opération de Christ en nous par la Parole et par l’Esprit de Dieu. Ce n’est que dans la Bible que nous avons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ; et nous avons le Saint Esprit qui l’a écrite toute entière pour nous guider dans toute la vérité. C’est pourquoi nous avons confiance en Dieu et en la Parole de Sa grâce (Actes 20).

L’Écriture est la norme, et le Saint Esprit est la puissance envoyée d’en haut pour demeurer en nous et avec nous pour toujours (Jean 14:16,17). Quels immenses privilèges, sans parler des dons de grâce de Christ dans les ministères, depuis le plus élevé jusqu’au plus petit ! C’est ce à quoi nous sommes confiés, et Dieu voudrait que nous jugions tout ce qui est un obstacle ; et c’est ce qui occupe l’apôtre dans ces versets. Et si nous en faisons notre profit dans la foi et dans l’amour, il dit : « quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui ». Imaginez d’appliquer cela à l’évangile ! La dernière phrase est exactement ce que notre précieux Seigneur dit avoir toujours fait (Jean 7:29). Il est la perfection de tout ce qu’Il a entrepris. « Je fais toujours les choses qui lui plaisent ». Mais c’est là où nous manquons. Nous ne faisons ni ne disons toujours les choses qui Lui plaisent. Comme Dieu voit et entend tout, Il fait spécialement attention à Ses enfants, non pas contre nous, mais pour nous ; et si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (Rom. 8). C’est pourquoi, comme Il n’escamote aucune faute, nous n’avons pas à nous cacher derrière Jean 17 ou Rom. 8 comme derrière un paravent, mais nous faisons bien de nous humilier nous-mêmes pour tout ce qui a attristé le Saint Esprit de Dieu par lequel nous avons été scellé pour le jour de notre rédemption (Éph. 4:30). Nos cœurs reviennent ainsi à la jouissance de la pleine liberté devant Dieu. Ceci donne de la hardiesse et incite à la prière, du fait qu’il est dit ici : « quoi que ce soit que nous demandions ». Sûrement, si nous demandons de la dépendance de Christ, Dieu nous écoutera, cherchant plus de persévérance dans la prière, plus de profit tiré de Sa Parole : ces choses sont selon la volonté de Dieu, aussi bien que les moyens de vivre pratiquement la vie éternelle et d’en jouir. Car cette vie est le fond de toute cette épître.

 

2.6   1 Jean 3:23

2.6.1       Croire le nom

« Et c’est ici son commandement, que nous croyions le nom de son Fils ». Certains [JND] traduisent ici « … que nous croyions au nom », mais il n’y a pas ici de « au » en grec. Il peut être plus difficile de comprendre ce verset selon ce que l’Esprit de Dieu a écrit de manière qui ne laisse aucun doute ; mais si nous ne comprenons la phrase, n’avons-nous pas à la recevoir implicitement comme elle est écrite ? Nous n’avons pas à forcer un sens, mais à être satisfaits d’accepter ce qui est Sa parole sans la comprendre, et à attendre jusqu’à ce que nous la comprenions. Or elle est adressée à la famille de Dieu, malgré que ce soit une phrase inhabituelle. Dans l’Écriture, il est question normalement de « croire Dieu », et de croire Dieu au sujet de Son Fils ; et quand Christ est introduit, il s’agit de « croire en Christ, ou à Christ ». Tel est le langage général de l’Écriture. Ici la forme utilisée est « croire le nom ». Quand il est parlé de croire Dieu au sujet de Christ, c’est croire ce que Dieu rapporte de Christ, c’est croire ce que Dieu me dit de Christ. Quand il est parlé de « croire le nom de Son Fils », cela ne signifie-t-il pas croire la portée de ce Nom ? Le Nom est la révélation de Dieu sur le Seigneur, c’est-à-dire sur ce qu’Il est et sur ce qu’Il a fait, et c’est une belle expression. Inutile de dire que ce n’est pas seulement que, en tant qu’homme, Son nom était Jésus ; et ce n’est pas seulement son titre de Seigneur, ou aucune de Ses fonctions. Ici il s’agit de croire le Nom, la révélation divine, ou le témoignage de Dieu rendu à Son Fils Jésus Christ. Car Il est par excellence l’objet de la foi ; et c’est ici et maintenant que nous avons à croire Son nom, comme si Son nom Le personnifiait. Il ne s’agit pas seulement de ce par quoi nous avons commencé quand nous avons cru initialement. Nous avons cru le Seigneur alors ; mais l’apôtre aime à parler de la personne et de tout ce qui vient en Lui et par Lui quand on le croit. C’est pourquoi il emploie cette expression singulière « croire le nom de Son Fils Jésus Christ ». Il y a la dépendance de Christ, mais ici c’est croire le Nom de Son Fils Jésus Christ, ce que ce nom béni communique comme révélé par Dieu dans Sa Parole. Nous croyons Son Nom.

 

2.6.2       S’aimer l’un l’autre selon Son commandement

Il y a une différence d’expression très minime qui vaut la peine d’être notée. La forme du mot « croire » dans le texte ordinaire appuyé de hautes autorités implique la persévérance dans la foi ; dans d’autres manuscrits de grand poids, il est question de croire une fois pour toutes, c’est le fait résumé dans la conclusion. Mais quand on en arrive à « aimer », il s’agit de l’amour effectif de chaque jour. C’est net et certain. Les deux choses s’entremêlent dans un seul commandement. C’est le grand commandement du christianisme, en contraste avec le commandement de la loi. Dans la loi, il s’agissait d’aimer Dieu et son prochain. Maintenant il s’agit de croire le nom de Son Fils Jésus Christ et de s’aimer l’un l’autre, spécialement les enfants de Dieu. Combien est déplorable la bévue de confondre les enfants de Dieu et le prochain ! Ce n’est pas le sens, mais ceux qui doivent être aimés sont ceux que le monde ne connaît pas, comme ils n’ont pas connu Celui dont le nom est cru. Tout ceci est bien éloigné des pensées de l’homme. Que penseriez-vous de quelqu’un qui vous dirait d’aimer tous les enfants de Londres de la même manière que vous aimez vos propres enfants ? Vous penseriez que cette personne est insensée. Cela peut aider à montrer combien est beaucoup plus grand « Son commandement » ici. Comme on l’a déjà dit, les enfants de Dieu et les enfants du diable sont aussi différents qu’il est possible de l’être. Un homme peut être mon voisin de la porte à côté, et être le plus grand ennemi de Christ. Le commandement d’aimer que nous avons ici ne s’applique pas à une telle personne. On doit avoir l’amour de compassion pour lui, désirer et rechercher de la part de Dieu qu’il puisse recevoir la Parole de vérité, l’évangile du salut. Son opposition endurcie, sa méfiance même à l’égard de Dieu, ne peuvent que stimuler davantage nos supplications pour qu’il puisse devenir un monument de la grâce. Et Dieu écoute la prière dans un tel cas, et honore le cri persévérant qui supplie, dans la foi et l’humilité, pour une âme coupable. Cela nécessite passablement de courage d’être capable de chercher et de travailler pour un voisin de la porte à côté qui aurait un caractère pareil. Cependant même ce voisin ne tombe pas du tout sous le coup du commandement que nous avons ici de « s’aimer l’un l’autre comme Il nous en a donné le commandement ». Il s’agit strictement et uniquement de l’amour chrétien mutuel.

 

2.6.3       Dieu et/ou Christ

C’est ici un nouvel exemple de la manière dont Jean mêle Dieu et Christ. Au commencement du verset, la personne dont il vient d’être parlé est Dieu ; nous avions à demander et à recevoir de Lui, et à pratiquer les choses qui sont agréables devant Lui (3:22). « Et c’est ici Son commandement que nous croyions le nom de Son Fils Jésus Christ, et que nous nous aimions l’un l’autre, selon qu’Il nous en a donné le commandement ». Or nous savons très bien que c’est Christ qui nous a donné le commandement. Cependant c’est apparemment le même « Il » tout le long du passage (v. 22 et 23). Une pareille manière d’écrire n’aurait jamais été possible si Christ n’était vraiment Dieu comme le Père. C’est le secret de cette particularité. L’écrit de Jean a spécialement pour but d’honorer le Fils comme le Père, il ne s’agit pas d’un lapsus de négligence. Rien n’est fait par inadvertance dans l’Écriture, comme on en trouve chez les auteurs classiques les plus célèbres. Le propos divin et la sagesse parfaite règnent dans la Parole écrite.

 

2.7   1 Jean 3:24

2.7.1       1 Jean 3:24a

« Et celui qui garde Ses commandements demeure en lui ». L’un des inconvénients de la belle version autorisée anglaise est que les traducteurs ne continuent pas à utiliser le même mot sans changement dans un même contexte, tellement ils aimaient changer de sonorité pour un même mot [pour les deux mots « demeure » du v. 24, la version autorisée anglais utilise la première fois le mot « demeure » et la deuxième fois le mot « habite]. La plupart des lecteurs supposent qu’il y a une nuance de sens entre « demeurer » et « habiter ». Mais il n’y a qu’un même mot en grec. Il est d’autant plus regrettable de changer de mot, que le mot pour « demeurer » est un mot spécial qui a ses propres particularités d’application. Il est bien meilleur pour le lecteur d’utiliser un même mot « demeure » les deux fois au v. 24. Retenons simplement que « demeurer » et « habiter » de la version anglaise signifient la même chose. En Jean 5 il est beaucoup plus lourd de conséquences de maintenir le mot « jugement » tout le long du chapitre, et de ne pas le changer ici ou là en « condamnation » ou « damnation » comme le fait la version autorisée anglaise.

Nous avons ici la transition vers le nouveau sujet de demeurer en Dieu et Dieu en nous. Il n’y a rien de vague à cet égard. Sans obéissance, ce merveilleux privilège ne peut pas exister. « Et celui qui garde ses commandements demeure en lui, et lui en cet homme [litt.: lui en lui] ». Du point de vue de l’exégèse, il demeure en Dieu, et Dieu en lui. Or cela est aussi applicable à Christ, et c’est effectivement utilisé ainsi ailleurs. C’est pourquoi il est parfaitement vrai en soi de dire ou bien « demeure en lui » ou bien « habite en lui ». Quand vous demeurez en Christ, vous demeurez en Dieu ; et quand vous demeurez en Dieu, vous ne demeurez pas moins en Christ. Mais selon le contexte, il peut être plus approprié d’utiliser « demeurer » ou « habiter » en vue d’une interprétation stricte. C’est souvent important à voir, et c’est quand même simple. Mais il est utile d’éviter les erreurs quant à l’Écriture, et d’éviter de voir des distinctions quand il n’y a pas de différence.

 

2.7.2       1 Jean 3:24b

« Et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, [savoir] par l’Esprit qu’il nous a donné ». Là le don de l’Esprit est la puissance et la preuve de la demeure de Dieu dans le chrétien. C’est de cette manière que Dieu demeure en lui. Il lui a donné l’Esprit. Mais demeurer en Dieu est une affaire de dépendance spirituelle de Lui en pratique ; et cela ne peut avoir lieu à moins que l’Esprit demeurant dans le saint opère de manière à le maintenir le regard fixé sur Christ sans trouble, et puisant en Lui. Si j’ai attristé le Seigneur à un moment, je ne demeure plus en Lui ; je me suis détourné de Sa présence en glissant, et je poursuis, peut-être pour un temps, mes propres pensées, mes propres voies et ma propre volonté. Mais que l’écart soit passager ou plus durable, je ne jouis plus de Sa présence, et je ne demeure plus en Lui.

On peut pourtant noter que dans la dernière moitié du verset, il n’est plus parlé des deux vérités comme dans la première moitié du verset, mais seulement de Dieu demeurant en nous, ce qui a lieu simplement par l’Esprit qui nous a été donné. C’est de cela seul que dépend le fait que Dieu demeure en nous ; il est basé sur la rédemption, et il dure autant que la rédemption. Mais savoir si nous nous demeurons en Lui, c’est une question d’état spirituel ; et cela ne donne lieu à une explication complète que dans la dernière partie du ch. 4. Les versets 1 à 6 du ch. 4 sont une parenthèse de la plus grande importance comme base tant pour l’un que pour l’autre de ces deux « demeurer ».

C’est dans les versets 23 et 24 du ch. 3 que l’apôtre aborde l’exposé de la place caractéristique du chrétien et qui est pleinement la sienne ; il le fait en se référant le moins possible au côté négatif, tellement mis en avant dans la discussion précédente. Ici le côté positivement béni de nos privilèges est placé devant les saints avec la même simplicité, mais aussi la même profondeur qui caractérise l’épître d’un bout à l’autre. Au v. 23 il s’agit de l’aspect du chrétien clair et facile à reconnaître ; au v. 24, c’est l’exercice intérieur moins visible, mais non moins réel, de la vie par la puissance de l’Esprit de Dieu demeurant dans le chrétien, cet Esprit opérant sur, ou plutôt dans cette vie. Et il est souligné, comme nous l’avons vu, l’influence néfaste d’une marche négligée sur la jouissance de la pleine liberté devant Dieu, qui devrait être notre part habituelle.

 

 

3                    Douzième méditation publique — 1 Jean 4:1-6

3.1   Deux tests importants pour mettre en garde

Avant d’aborder le sujet de Dieu demeurant en nous, connu par l’Esprit qui nous a été donné (3:24), l’apôtre se détourne vers le sujet grave placé devant nous. Il veut par là nous préserver des attaques de l’ennemi contre les fondements de la foi, par la vérité de la personne de Christ, et par la révélation divine de Christ revêtue de l’autorité de Dieu et donnée par le moyen des apôtres et prophètes inspirés suscités par le Seigneur monté au ciel, et concrétisée dans les Écritures du Nouveau Testament.

Il ne s’agit pas comme dans les enseignements précédents, de tests pour distinguer le chrétien vrai d’avec le chrétien factice ou qui se trompe lui-même. L’introduction du Saint Esprit conduit l’apôtre à une digression, à sa manière, d’une extrême valeur sur ce qui est le plus fondamental, à savoir les tests donnés de Dieu sur la vérité elle-même. Il y a deux tests : d’abord [1] la personne de Celui qui a été manifesté en chair, et ensuite [2] la révélation de Celui-ci au moyen de témoins choisis pour que, comme Il était réellement divin et parfaitement humain, nous puissions avoir une communication tout à fait divine de ce qui est une bénédiction si transcendante, marquée de l’autorité divine à travers des hommes inspirés pour la communiquer. Il est Celui de la réception duquel dépendent la vie éternelle et tous les privilèges du chrétien et de l’église, dont l’apôtre Paul était ministre plus que tous les autres ; Il est Celui dont le rejet fait que la colère de Dieu demeure sur tous ceux qui en sont coupables (Jean 3:35-36). Comme Il est descendu du ciel, Lui la vérité en grâce souveraine, ainsi Dieu a pris soin de nous donner la révélation en pleine certitude, par l’homme et pour l’homme, qu’il écoute ou qu’il refuse, — une révélation adaptée à la conscience et au cœur de l’homme, mais gardée et guidée par le Dieu qui ne peut se tromper.

S’il a plu à Dieu, en vertu de la rédemption de donner le Saint Esprit au chrétien, dans une mesure et d’une manière qui n’avaient pas eu lieu et ne pouvaient avoir lieu avant la mort, la résurrection et l’ascension de Christ, Satan s’est mis à contrefaire le don divin, et à contrecarrer le Père et le Fils et le Saint Esprit. Il agit au moyen d’apostats, les nombreux faux prophètes qui non seulement égarent les autres vers la perdition, mais attirent sur eux une vengeance plus sévère que les Juifs coupables et les Gentils enténébrés. D’où le soin mis à présenter le double critère de vérité de manière très simple et très directe pour venir en aide à tout chrétien qui en a besoin.

 

3.2   1 Jean 4:1

« Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits [pour voir] s’ils sont de Dieu » (4:1a). Il s’agit là, non pas de discerner les chrétiens, mais le caractère réel de ceux qui prétendent parler par l’Esprit. C’est ce que l’ennemi contrefait ; et il a toujours eu une grande puissance de persuasion subtile depuis la première tentation de l’homme au paradis. « Lui a été meurtrier dès le commencement, et il n’a pas persévéré dans la vérité, car il n’y a pas de vérité en lui. Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur, et le père du mensonge » (Jean 8:44). Les esprits mauvais étaient plus que jamais à l’œuvre pour s’opposer à l’Esprit de vérité, alors que beaucoup d’esprits immondes étaient chassés des démoniaques par le Saint de Dieu quand Il était ici-bas. Dans l’évangile du divin Serviteur de Dieu et de l’homme, c’est le premier miracle rapporté ; la Parole de Christ avait la puissance de bénir l’homme, et de chasser le démon. Et maintenant que l’apôtre de l’incirconcision, courageux et ferme, n’était plus là, son avertissement aux anciens de l’assemblée d’Éphèse s’était rapidement confirmé : « Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des [doctrines] perverses pour attirer les disciples après eux » (Actes 20:29-30).

Cette explosion du mal s’était aggravée sous les yeux du dernier apôtre. Il fait appel à tous les saints sur la base de leur foi en Christ et en la Parole de Dieu ; et il dépouille le cœur du problème de tout l’enrobage de raisonnements et de sentiments par lesquels l’ennemi obscurcit l’enjeu. Il s’agissait réellement de l’abandon de Dieu et de Sa parole sous prétexte de vérités nouvelles et plus élevées. Certains antichrists niaient la réalité de l’humanité de Christ, d’autres, celle de Sa déité, et d’autres de leur union en une seule personne. Dans tous ces cas, on abandonnait la vérité de Sa personne, et donc de Son œuvre, et on cherchait à les renverser. Ils connaissaient le Père et Celui qu’Il avait envoyé, Jésus Christ ; et ils avaient l’Esprit pour les assister. Ainsi, en tant qu’enfants de Dieu, ils étaient non seulement responsables de tester quelle sorte d’esprits était à l’œuvre dans ces lumières nouvelles, mais par grâce ils étaient en état de le faire. Ils étaient tenus de passer au crible leurs nouveautés pour l’amour de Lui et de leurs propres âmes, « parce que beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde » (4:1b). Ces hommes en faisaient-ils partie ? Christ leur avait donné de vrais « apôtres et prophètes » (Éph. 2:5 ; 3:20 ; 4:11) qui avaient ensemble posé le fondement dogmatique de l’église. Or voilà que Marc et Luc, sans parler des auteurs d’épîtres, n’étaient pas apôtres mais prophètes. Satan a imité cela, et s’est servi de ces incroyants pour sortir dans le monde pour égarer et détruire. Il y avait « beaucoup de faux prophètes ».

 

3.3   1 Jean 4:2-3a — Confesser Jésus

3.3.1       Confession de la personne. Ce qu’est cette personne

Le premier test est relatif à l’Esprit. « Par ceci vous connaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu » (4:2). La traduction de la version autorisée anglais [« tout esprit qui confesse que Jésus Christ est venu en chair »] ne donne pas la force réelle de ce verset ; car l’introduction de « qui » et « est » n’est pas du tout nécessaire, et elle rend la confession purement factuelle, alors que la parole apostolique vise une confession de Sa personne. Est-il vrai qu’un mauvais esprit nierait le fait historique que Jésus Christ est venu en chair ? Les musulmans n’admettent-ils pas ce fait sans hésiter, sinon les Juifs ? Et certains sceptiques des plus extrêmes et des plus pernicieux acceptent assurément le fait, et font l’éloge du Seigneur à leur manière comme le meilleur des hommes.

Mais il n’y a pas de véritable confession de la personne du Seigneur selon la formule de l’apôtre si ce n’est par l’Esprit de Dieu. Car ce qui est dit est bref, mais va au cœur du sujet. Beaucoup d’hommes ont été appelés Jésus, depuis Josué fils de Nun jusqu’à Jésus le fils de la vierge Marie. Le premier, pour ce qu’en dit l’Écriture, était un type du Jésus/Josué incomparablement plus grand que lui, mais il n’en était qu’un type. D’autres ont pu être ainsi nommés, mais sans en être dignes, notamment celui que les Juifs préférèrent au Seigneur de gloire, si on attribue quelque valeur à la vingtaine de manuscrits qui l’affirment. Il était surnommé Barabbas (fils du père) comme contrepartie diabolique du vrai Fils du Père.

L’Esprit en Matthieu 1 nous donne Son interprétation du nom : « Tu appelleras Son nom Jésus, car Lui sauvera Son peuple de leurs péchés ». Josué conduisit Israël en Canaan en face d’ennemis qui pullulaient ; mais seul l’Antitype pouvait sauver Son peuple de leurs péchés. Il était Jah, Jehovah, l’Éternel dans l’absolu, l’Éternel relativement et historiquement ; et comme ils étaient Son peuple, c’était Lui qui devait les sauver de leurs péchés, car nul autre ne le pouvait que Lui qui était Emmanuel, Dieu avec nous. Et qui d’autre que Lui pouvait revendiquer ce titre ? Si Son peuple Le rejette à leurs dépens pour un temps, Sa grâce se tourne vers les nations dégradées, au moins vers ceux d’entre eux qui écoutent Sa voix. Ce salut était envoyé entre temps aux Gentils dont nous étions ; mais les Gentils, enflés d’orgueil et d’incrédulité doivent être retranchés, comme les Juifs l’ont été en partie pour nous laisser entrer. À la fin, ils se tourneront vers leur Messie crucifié, Celui qui a été ensuite exalté et placé très haut, et ils seront débarrassés de tous leurs sujets de crainte intérieurs et extérieurs. « Et lors tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:26). Son amour aura attendu longtemps, sans se lasser et fidèlement jusqu’à ce qu’ils arrivent au fond de leur mal et de leurs souffrances ; Sa miséricorde demeure à toujours et Ses dons et Son appel sont sans repentir (Rom. 11:29).

Voilà le « Jésus Christ » que confesse tout esprit qui est de Dieu. Seulement Il est maintenant connu dans le christianisme bien plus profondément et plus intimement que dans sa présentation à Israël qui Le connaîtra dans les gloires visibles du royaume à venir. Lui qui est venu en chair était à la fois Jah le Sauveur, et l’Oint de Dieu, ou Christ. C’est Lui que l’Esprit de vérité honore, et que l’esprit d’erreur hait. Car il y a un côté sombre au tableau : « Tout esprit qui ne confesse pas Jésus (*) n’est pas de Dieu » (4:3a). Ce qui confirme la variante brève ici [« qui ne confesse pas Jésus venu en chair », la variante longue étant « qui ne confesse pas que Jésus est venu en chair »], c’est l’article devant « Jésus » en 4:3a. C’est une manière ordinaire de s’exprimer quand on fait référence à quelque chose, et est difficile à reproduire en français. L’explication est claire et sure : « Tout esprit qui ne confesse pas (le) Jésus (déjà décrit) ». Cela suppose qu’il n’y a pas répétition des mots [« venu en chair »], qui sont donc omis, et pourtant cela implique la véracité de leur affirmation.

 

(*) JND traduit « Jésus Christ » en 4:3a aussi bien qu’en 4:2 ; en 4:3a, WK met seulement « Jésus ».

 

3.3.2       Lui est la vérité objectivement sur tout. En Lui est toute la vérité

Le nom de Jésus est l’expression de tout ce qu’Il est selon la révélation de Dieu ; et selon que nous en avons besoin, nous l’avons tout pour notre joie éternelle. Et ce n’est pas seulement profitable en rapport avec l’excellence suprême de tout ce qui est en Lui et par Lui : Lui et Lui seul nous donne la vérité de tout un chacun et de toute chose selon la réalité ; et ainsi Il prouve qu’Il est Lui-même la vérité objectivement, du fait que l’Esprit est la vérité en puissance intérieure pour nous donner de réaliser et de jouir de ce qui est en Christ et par Christ (5:6). Lui seul conduit dans une connaissance adéquate quelconque de Dieu. Il nous montre le Père. Il nous fait connaître le Saint Esprit, comme Il ne le fait pas pour le monde. Il révèle la Trinité. En Christ, et nulle part ailleurs, nous connaissons la lumière et la vie et l’amour, comme étant de Dieu. En Lui nous connaissons l’obéissance, la justice, la sainteté, la révérence, la dépendance, la fidélité, l’humilité, la débonnaireté, absolument et en toute perfection. En Lui est manifesté l’homme comme l’objet digne des délices de Dieu ; et aussi l’homme sous la puissance de Satan, dans son inimitié contre Dieu, la vérité de l’homme comme il est naturellement. Par Lui, nous connaissons ainsi ce qu’est Satan en haine et en tromperie. Sans Christ, nous n’avons que l’ombre de la rédemption et de la propitiation, du sacrifice et de l’offrande, du sacrificateur et du sanctuaire. Lui seul est la substance et la plénitude, plaçant toutes choses dans son vrai caractère et dans sa vraie relation avec Dieu, Lui-même le centre de tout. Avez-vous des doutes quant à la vérité de quelque chose ? Introduisez Christ dans la difficulté, appliquez-Le au sujet, et vous trouverez la vérité dans tous les cas. N’est-Il pas manifestement et justement le critère de la vérité ?

Ainsi, tandis que l’âme qui raisonne se perd dans le labyrinthe des spéculations en quête de la vérité qui échappe à l’esprit naturel le plus fort, la grâce fournit la vérité en Christ au plus simple des croyants qui regarde à Lui comme Son tout. Car là est la solution ; Christ est la vérité objectivement, comme l’Esprit l’est en puissance pour l’esprit du croyant. Les « faux prophètes » qui se cherchent eux-mêmes et se glorifient eux-mêmes peuvent dire aux « petits enfants » qu’ils ne peuvent pas se passer d’eux, et qu’eux seuls ont « l’esprit », et que lui « le petit enfant » n’a rien de plus que « la lettre ». Le croyant sait qu’il a Christ, le Fils manifesté en chair, et il refuse de laisser tomber ce qui « a été entendu dès le commencement » (2:24 ; 3:11) et qui est maintenant dans la Parole de Dieu écrite. Il ne prétend pas avoir tout réalisé ; mais il sait qu’en ayant Christ la vérité, il l’a toute parfaitement en Lui, et il compte sur l’onction de l’Esprit pour l’appliquer s’il est besoin. Il ressent donc la toute importance que ce qui a été entendu dès le commencement demeure en lui, afin que lui aussi demeure dans le Fils et dans le Père (2:24). Si Christ ainsi révélé est abandonné, il ne reste rien du christianisme. Et quand l’ennemi est en train de saper Christ sous prétexte de vérité supérieure, l’Esprit de Dieu ramène à Celui qui était et qui est la vérité. Il n’admet donc aucun développement : un développement n’est rien d’autre que le mensonge de Satan, et n’a pas de vérité, mais il se trahit soi-même en niant la vie éternelle connue comme Son don présent. Le mensonge n’offre que des « idées ».

 

3.3.3       Nature profonde du test

La grâce fournit alors un critère sûr pour distinguer quand c’est l’Esprit de Dieu en train d’enseigner la vérité, et quand c’est un esprit mauvais en train d’insinuer le grand mensonge. Le Saint Esprit glorifie Jésus ; l’esprit mauvais vante le monde, étant l’instrument du diable pour tromper autant qu’il peut. S’il ne peut pas tromper les élus, il les accuse et les fait paraître étroits, fanatiques et avec l’air chagrin, parce qu’ils ne sont pas égarés par le coloriage raffiné dont Satan habille ses actions mauvaises. Ils croient Dieu au sujet de Son Fils. C’est tout à fait différent de la crédulité confondue avec la foi, la crédulité ne consistant qu’à croire l’homme. Mais aucun lien avec Dieu n’est formé si ce n’est en croyant Dieu ; et on Le croit par Sa parole, et par Sa Parole écrite depuis que les apôtres ne sont plus là. Le Saint Esprit rend témoignage au Seigneur comme au Fils incarné de Dieu. En accord avec cela, on croit au Seigneur Jésus Christ d’après la Parole de Dieu pour la vie éternelle. Reconnaître un fait concernant le Seigneur Jésus, même s’il est vrai et important, ce n’est pas croire au Seigneur Jésus ni Le confesser. La Vie est dans Son Fils. Et Il est venu en chair ; voici ce qui était essentiellement « Jésus », la merveille de la grâce divine, le test de la vérité divine. Le confesser signifie qu’on reconnaît la vérité de Sa personne ainsi venue en chair. La différence n’est pas seulement importante, elle est vitale. Ce qui est à confesser n’est pas le fait de Sa naissance, mais Sa personne née ainsi.

 

3.3.4       Ceux qui contestent l’incarnation. L’incrédulité en attendant l’apostasie finale

Beaucoup pensent qu’ici il ne s’agit de confesser que le fait de Son incarnation. Certes il est insisté sur l’incarnation, parce que c’est une vérité majeure du christianisme, un acte de grâce riche ; et certains le niaient, et d’autres le réduisaient à une simple ressemblance. Un petit livre fort ancien a été découvert récemment, qui s’appelle l’évangile de Pierre, non seulement apocryphe, mais entièrement hétérodoxe, mettant en relief les erreurs mortelles des premiers temps de l’église ; il est désolant qu’un pareil document ait jamais été écrit. Car il est à la fois intrinsèquement faux, et c’est une vile imposture, qui n’émane pas plus de Pierre que d’aucun chrétien. Pierre était un favori en pointe à cause de sa ferveur ; beaucoup qui étaient incapables d’assimiler l’enseignement de Paul jouissaient à l’extrême des prédications de Pierre. Le méchant faussaire prit avantage de la réputation de l’apôtre (probablement après sa mort) pour mieux faire passer sa légende gnostique. Car son but est de soutenir que Christ n’est pas venu en chair pour mourir sur la croix, qu’Il a simplement pris la chair comme on habite dans une maison, que la chair ne faisait pas réellement partie de Sa personne ; qu’après avoir vécu dans un corps pour un temps, Il le quitta en allant à la croix, et monta au ciel.

Cela ressemble à la doctrine des musulmans qui imaginent qu’au moment critique, Dieu, exerçant Sa puissance et Sa justice rétributive, a substitué Judas Iscariote au Seigneur Jésus, et L’a pris au ciel. En bref, cette sorte de gnostiques et les musulmans soutiennent que le Seigneur n’est pas mort sur la croix. En effet les musulmans croient que le Seigneur reviendra pour juger le monde, et qu’alors Il trouvera le monde entier dans un état apostat. Partout dans la chrétienté il y a des ignorants qui prêchent pire que cela, et qui s’attendent à un état de perfection croissante pour l’homme sur la terre sans Christ. N’est-il pas humiliant que beaucoup ont en tête, aussi bien dans les églises nationales que chez les dissidents, l’idée d’un royaume sans le Roi. Certains sans doute attendent une nouvelle et plus grande effusion de l’Esprit pour le mettre en place. Or cette nouvelle effusion de l’Esprit aura lieu en l’honneur du règne de Christ sur la terre. Les musulmans, malgré leur aveuglement, reconnaissent que dans la crise à venir, ils auront eux-mêmes abandonné leur Coran (le nom qu’ils donnent à leur livre sacré), et que les Juifs auront abandonné l’Ancien Testament, et que les chrétiens auront abandonnés le Nouveau Testament. L’Écriture montre effectivement que la chrétienté coure en hâte vers une telle apostasie ; et ce qui l’y pousse très fort se trouve dans les théories incrédules qui nient la vraie inspiration, et qui prévalent tellement aujourd’hui dans la chrétienté.

 

3.3.5       « Venu en chair », une expression qui ne s’applique qu’à une personne divine

Mais voici le test, la pierre de touche de la vérité. « Tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu » (4:2). C’est la manière simple et correcte de traduire. L’esprit vrai confesse la personne de Christ. Il est de toute importance de comprendre ceci, parce qu’à force d’insister sur le « venu en chair », on peut perdre de vue Celui qui est ainsi venu. Sans doute le fait qu’Il soit venu en chair est très important, mais Celui qui est ainsi venu est encore bien plus important. Qui est Celui qui est venu en chair ? Aucune personne de bon sens ne soutiendrait que vous ou moi sommes venus en chair. Prenez les plus puissants monarques qui ont fondé les empires mondiaux — Nebucadnetsar, Cyrus, Alexandre, César : prenez les plus grands noms des lettres, de la philosophie, de l’éloquence, de la science et de je ne sais quoi d’autre ; on ne peut dire d’aucun d’entre eux, de manière appropriée, qu’ils sont venus en chair. La raison est qu’ils ne pouvaient pas du tout apparaître autrement qu’en chair. La merveille, la vérité, la grâce infinie, c’est que Lui est venu en chair. Il était une personne divine, le Fils de Dieu, le Créateur. Qu’Il soit venu en chair, est une chose des plus glorieuses moralement pour Dieu et pour l’homme. Rien dans l’éternité passée ne peut se comparer avec cela, sinon Sa mort sur la croix ; rien dans l’éternité future.

 

3.3.6       Importance de Celui qui est venu

Évidemment le grand point n’est pas simplement qu’Il est venu, mais c’est Celui qui est ainsi venu. Il aurait pu évidemment venir autrement. Il aurait pu venir dans Sa propre gloire, Il aurait pu venir dans une gloire angélique (Il l’avait déjà fait souvent sous cette apparence pour de courtes apparitions). Il Lui plut de venir en chair pour glorifier le Père, pour justifier les droits de Dieu comme tel, pour bénir ceux qui croient, pour juger ceux qui Le déshonorent, pour restaurer la création, et pour détruire le diable et ses œuvres. Le pivot central de tout est Son existence éternelle et Sa gloire divine. C’est cela la doctrine de Jean à travers toute son épître, mais aussi son évangile, et prophétiquement dans le livre de l’Apocalypse ; et ici c’est ce qui est compris dans le critère de l’Esprit de Dieu par opposition à l’esprit d’erreur.

Aucun esprit mauvais ne Le confessera jamais. Ils ont une frayeur terrible du Seigneur Jésus, et cette frayeur vient naturellement de ce qu’ils n’ont jamais douté qu’Il soit une personne divine, et que c’est à Lui que revient non seulement de juger le monde, mais spécialement de les punir eux, en tant qu’instruments permanents, actifs et subtils de l’antagonisme contre Dieu et du malheur sans fin contre l’homme. C’est pourquoi, toutes les fois qu’ils se trouvaient en présence du Seigneur, ils montraient une terreur extrême. Comme l’épître de Jacques l’exprime, « les démons croient, et ils frissonnent ». Hélas ! c’est ce que l’homme ne fait pas ; il ne croit ni ne frissonne ; mais le jour vient où il sera obligé de le faire.

Nous avons dons eu là le premier test. C’est la personne glorieuse de Celui qui est venu en chair. La vérité de Jésus Christ court du premier chapitre de cette épître jusqu’au dernier. Elle est présentée ici en quelques mots clairs comme le test de l’Esprit de vérité descendu pour glorifier Christ.

 

3.4   1 Jean 4:3

3.4.1       1 Jean 4:3a

Nous avons ensuite la contre partie. « Et tout esprit qui ne confesse pas Jésus » ; telle est le texte plus bref, et je crois véritable, sur lequel les meilleurs critiques s’accordent. Si l’on accepte ce texte, cela confirme le sens authentique de ce qui précède, et rend parfaitement clair qu’il s’agit de la confession de la personne, non pas d’un simple fait. Car pour détecter l’esprit mauvais, rien n’est exprimé quant à la venue de Christ en chair, quoiqu’elle y soit implicitement, bien sûr. C’est simplement « Jésus », et ici l’article apparaît, « le » Jésus dont il vient d’être parlé davantage. « Tout esprit qui ne confesse pas (le) Jésus n’est pas de Dieu » (*). C’est ce qui convient pour détecter tout esprit mauvais. Il ne s’agit pas seulement de ce qu’Il est venu, de ce qu’Il a été véritablement homme, et de ce qu’Il reviendra. Les musulmans croient tout cela, et pourtant ils sont eux-mêmes ce dont ils qualifient les autres, des incroyants. Car ils ne croient pas à la gloire de Sa personne. Leur incrédulité leur fait haïr les chrétiens, et se joindre aux Juifs, dans une mesure, contre les chrétiens. Ils ne voient en Lui qu’un prophète, un homme merveilleux, plus excellent que tous les fils des hommes, et Celui qui est déjà désigné comme Juge du monde, quand Il reviendra régner pour sept ans ! Mais ils ne croient pas en Sa nature divine, ni qu’Il ait mis de côté Sa gloire divine pour manifester la grâce de Dieu.

 

(*) note Bibliquest : JND, aussi bien en français qu’en anglais, traduit : « Tout esprit qui ne confesse pas Jésus Christ venu en chair n’est pas de Dieu ».

 

Mais si le texte critique est certain, il n’y a au fond aucune différence entre le côté négatif et le côté positif ; pourtant il confirme de la manière la plus forte que la confession requise par l’Esprit de Dieu n’est pas celle d’un simple fait, mais celle de la personne de notre Seigneur, car dans le test négatif, seule la personne est nommée, bien que l’expression plus complète soit implicite. Il vaut la peine de noter qu’il ne manque pas de manuscrits qui s’écartent du texte correct au v. 2 pour en faire un test simplement factuel, et que la Vulgate latine suit cette erreur, avec quelques-uns des premiers pères grecs et latins. Mais aucun éditeur de tant soit peu de poids ne suit cette erreur.

 

3.4.2       1 Jean 4:3b

Ceci achève le premier test de l’Esprit de Dieu. C’est la confession de la vérité, Jésus Christ venu en chair. Tout esprit qui Le confesse est de Dieu ; tout esprit qui ne Le confesse pas n’est pas de Dieu. « Ceci est [l’esprit, ou, le principe] de l’antichrist, duquel vous avez entendu qu’il vient, et déjà maintenant il est dans le monde » (4:3b). Ce n’étaient pas seulement des hommes actifs, mais des esprits mauvais ; et l’apôtre parle dans un amour vrai, mais péremptoirement. Si une personne divine, par amour pour l’homme, daigne naître de femme, comment cela pourrait-il être une question non résolue ? Ne pas Le confesser, c’est combattre contre Dieu.

Ainsi, en liaison étroite avec le premier test, nous avons le second test de la vérité communiquée au chrétien. Sans doute, Lui est personnellement la vérité (Jean 14:6), la Parole faite chair qui tabernacla au milieu de nous. Mais Dieu a une révélation nouvelle dont Lui est le centre ; c’est Sa parole et la vérité. C’est ce qui est pris en compte ici. C’est la parole du Père, et elle fait connaître le Père et le Fils par le Saint Esprit. Peut-être vous demandez où ? C’est ce qui appelé ordinairement le Nouveau Testament, l’enseignement réuni en un de Ses saints apôtres et prophètes. Les faux prophètes revendiquaient alors d’avoir la lumière plus complète de Dieu. Ils n’admettaient pas que « la doctrine des apôtres » soit la Parole de Dieu. Selon eux, elle était bonne pour commencer, mais eux seuls avaient la vérité. Ils étaient comme les Quakers qui aiment tellement témoigner, mais ils témoignent de leurs propres pensées et de leurs discours. Il y en a d’autres, cela ne manque pas, jusqu’à ceux qui comptent plus sur leurs visions que sur la Parole écrite de Dieu pour leur montrer Christ ou leur devoir de chrétien. Nous avons maintenant l’école rationaliste qui nie que l’Écriture est la Parole de Dieu, même si certains acceptent qu’il puisse s’y trouver des paroles de Dieu. Mais tous nient qu’elle soit en entier la Parole de Dieu. Or l’incrédulité sur ce point ébranle tout dans la Parole de Dieu, car alors qui va décider ? Qui va dire ce qui est la Parole et ce qui ne l’est pas, si on vous abandonne à des écrits incertains ? Or les sceptiques aiment se trouver dans cette situation incertaine, car ils ont horreur de l’autorité de l’Écriture, et du péril où se trouvent tous ceux qui ne se courbent pas devant Dieu. Si c’est la Parole de Dieu, quelle insulte contre Dieu, et spécialement contre le Saint Esprit, contre qui le Seigneur déclare qu’il est impardonnable de blasphémer !

 

3.5   1 Jean 4:4

Ceux auxquels l’apôtre s’adressait ressentaient sans doute la gravité de ce l’apôtre avait déjà dit. Il ajoute aussitôt un autre critère du même genre : la nouvelle Parole de Dieu, Sa communication finale, fondée sur Jésus le Seigneur et Son œuvre rédemptrice accomplie et acceptée par Dieu. « Pour vous, chers enfants, vous êtes de Dieu » (4:4a). Il semble préférable en général de rendre ce terme τεκνια par « chers enfants ». Tous traduisent τεκνια par « enfants » ; « petits enfants » (παιδια) est approprié en 2:13 et 2:18 pour la troisième catégorie des « chers enfants » (τεκνια) qui est la désignation générale de l’ensemble des trois catégories, et est utilisé tout le long de l’épître. C’est pourquoi « enfants » en 3:1,2 inclut l’ensemble de la famille. Nous sommes appelés « enfants de Dieu » (3:1), et nous le sommes effectivement maintenant (3:2) ; et c’est une erreur de dire « fils » de Dieu, bien que nous soyons aussi Ses fils. Mais ici il s’agit expressément des « enfants » de Dieu, non pas de fils par adoption, mais nés de Dieu, et ainsi Ses enfants. Mais τεκνια est un terme à caractère de diminutif, très proche de « enfants », et il est utilisé comme un terme d’affection ; c’est comme un parent qui ne se contente pas d’appeler son petit « mon cher », mais qui l’appelle « mon chéri ». Ce terme est là pour traduire l’affection de l’expression. Ce que nous venons de voir illustre la force de la phrase, ici ; et c’est pourquoi il semble préférable de dire « chers enfants » pour distinguer d’avec τεκνα d’une part, et les petits enfants (παιδια) d’autre part.

« Pour vous, chers enfants, vous êtes de Dieu » : cela s’adresse à toute la famille. Le « Pour vous » exprime « vous » de manière emphatique. Les faux prophètes affirmaient être, eux, les conducteurs fiables. Non, veut dire l’apôtre, ils sont des ennemis de Christ, des émissaires de Satan. « Pour vous », vous êtes enfants de Dieu, en contraste avec ces prétentions et en contraste avec ces faux conducteurs qui méprisent les enfants de Dieu. Dieu en Christ est pour vous la source de toute bénédiction, la vie éternelle, le pardon, la relation avec Lui comme Père, et le don du Saint Esprit habitant en vous. « Pour vous, chers enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus » (4:4 ; les vaincus sont les faux prophètes). Mais ce n’est pas parce que vous avez quelque motif de vous vanter de votre sagesse, de votre puissance ou de votre sainteté, mais « parce que celui qui est en vous est plus grand ». La source de puissance du chrétien est l’Esprit de Dieu demeurant en lui. Dieu Lui-même demeure en lui, et Il le réalise par le Saint Esprit qui habite en lui. C’est pourquoi l’apôtre peut dire « parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (4:4), ou comme en 5:19 : « le monde entier gît dans le méchant ». Ici (4:4), il s’agit clairement du diable opérant par le moyen de ces esprits mauvais.

Ainsi l’emphase mise sur le « vous » (« Pour vous » au début du v.4) est extrêmement encourageante et affermissante : quel privilège qu’il leur soit dit qu’ils sont positivement « de Dieu » au sens que Lui est la source de toute leur bénédiction ! Et aussi, si Dieu est le donateur de la bénédiction, Lui ne change pas. Les dons de Dieu sont sans repentir de Sa part (Rom. 11:29). Quand il ne s’agit pas d’un don ou d’un appel de Sa part, Dieu peut se repentir. Ainsi Il s’est repenti de la création comme il nous est dit (Gen. 6:6 [d’avoir fait l’homme]), et Il l’a détruite. Mais ce n’était pas un don ; c’était simplement un acte, si immense soit-il. Mais quand, dans Son amour souverain, Il appelle à Lui de pauvres hommes coupables pour qu’ils soient à Lui, quand il leur fait don de la vie éternelle, par exemple, ou du pardon des péchés, ou de la position d’enfant, de tels privilèges sont les dons et l’appel de Dieu ; et ils sont sans repentir. Dans ce cas Il ne change jamais d’idée. Trop souvent les enfants agissent follement ou à tort (c’est triste), mais Lui ne change pas.

Ce que l’apôtre dit ici a une grande force, sans aucun doute. Ce n’est pas seulement qu’ils avaient reçu toutes ces bénédictions de la part de Dieu, mais « pour vous [c’est emphatique] vous êtes de Dieu ». Ils étaient nés de Dieu, ils étaient aimés comme tels par Lui, et le restaient quant à leur nouvel être. Et s’ils « les avaient vaincus », c’est-à-dire s’ils avaient vaincus les instruments de la tromperie de Satan, c’était « parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde », quand bien même il en soit le prince et le dieu. Ces faux prophètes allaient hardiment de l’avant avec leur méchanceté spirituelle, mais « vous les avez vaincus ». Les chrétiens n’étaient pas attirés à eux, mais tenus à l’écart ; ils écoutaient la voix du bon Berger et Le suivaient. Ils savaient que Lui seul peut donner la vie, la liberté et la nourriture (Jean 10:9), et Lui était venu et était envoyé du Père avec cette commission de l’amour de Dieu et de Son amour pour eux. Seul le Fils de Dieu pouvait prononcer de telles paroles, et Lui seul laissa Sa vie pour eux comme expiation. Ils croyaient en Lui qui appelle Ses propres brebis par leur nom, et elles Le suivent parce qu’elles connaissent Sa voix : elles ne connaissent pas la voix des étrangers, mais s’enfuient d’eux, et ne les suivent pas (Jean 10:3-5). Et maintenant, se reposant sur la rédemption de Christ, Dieu Lui-même était en eux par Son Esprit, demeurant en eux.

 

3.6   1 Jean 4:5

Ensuite il décrit ces faux prophètes en termes très tranchants, et s’exprime aussi de manière emphatique à leur égard, mais avec une emphase d’un genre autre et terrible : « Pour eux, ils sont du monde ». La source de tout leur enseignement comme de toute leur conduite et leurs buts, ce n’est pas Dieu, mais c’est le monde qui est inimitié contre Lui. Tout relève donc de l’instigation de Satan, qui est à la base de tous les mensonges qui prétendent être la vérité. « C’est pourquoi ils parlent selon les principes du monde », ou plus exactement et littéralement : « ils parlent (comme) du monde ». Le monde qui a rejeté Dieu en Christ, et L’a crucifié, était la source de tout ce qu’ils enseignaient. Le sens de la phrase n’est pas qu’ils parlaient « au sujet du » monde, et c’est pour se distinguer de cette interprétation qu’on vient d’en donner une paraphrase. Le monde est la source qui les fait parler, non pas le sujet dont ils parlent. « Et le monde les écoute ». Le monde aime ce qui est sien, et c’est pourquoi le monde, n’ayant aucune connaissance de Dieu, ni du péché qui a besoin de Son intervention dans le Seigneur Jésus par la vie et la rédemption éternelles, est content des spéculations grandiloquente des aveugles, qui laissent Dieu de côté et exaltent l’homme tel qu’il est. Ils n’entendent jamais vraiment la voix du Fils de Dieu. Ils sont morts, et les choses de la mort sont leurs réalités.

 

3.7   1 Jean 4:6

3.7.1       Nous signifie les apôtres et prophètes selon le Nouveau Testament

L’apôtre met alors de l’emphase sur un autre point : « Nous, nous sommes de Dieu ». C’est quelque chose de nettement distinct de « Pour vous ». « Vous » signifie l’ensemble du corps des chrétiens, et seulement ceux qui le sont réellement. À côté de ce que « nous » partageons avec « vous », Dieu est la source de la puissance divine qui fait de nous les porte-parole de Sa parole, de sorte que vous L’écoutez Lui en nous écoutant nous. « Nous » signifie les apôtres et prophètes envoyés par Christ, et donnés pour la bénédiction de Ses saints. Ils étaient inspirés de Dieu, et enseignaient ainsi la vérité telle qu’elle est en Jésus. Le Nouveau Testament est constitué de ces communications divines sous une forme permanente. Ces hommes inspirés ont écrit comme ils enseignaient ; et ils s’exprimaient oralement comme ils écrivaient.

 

3.7.2       Problème dû à ce que le Nouveau Testament n’était pas complet

Certains pouvaient avoir éprouvé de la difficulté du fait que les divers écrits constituant le Nouveau Testament et rajoutés progressivement les uns aux autres, n’étaient pas encore réunis en un seul volume comme maintenant. L’autorité du Seigneur était la fin de la controverse pour l’Ancien Testament pour tous les hommes de foi. On pouvait avoir insisté dans les premiers temps sur le fait que les paroles nouvelles étaient tellement différentes de l’Ancien Testament, qu’elles étaient tantôt relativement si simples et tantôt si profondes, qu’il était difficile de dire que tous les petits livres circulant alors, les évangiles et les épîtres, étaient inspirés de Dieu avec certitude. C’est donc de cette nouvelle Parole de Dieu que l’apôtre traite, formée en un tout appelé le Nouveau Testament. Voici le critère supplémentaire. Ce que les apôtres et prophètes ont en leur temps témoigné par le Saint Esprit du Père et du Fils, a contribué à ce nouveau dépôt inspiré ; et l’apôtre se réfère à leur témoignage comme étant la vérité autant que Christ. Christ est la vérité personnellement. En donnant le témoignage oral de ces témoins choisis, le Nouveau Testament est la vérité sous forme écrite. C’est pourquoi il dit d’eux : « Nous, nous sommes de Dieu ». Par le Saint Esprit, nous vous avons présenté la vérité de Christ du début jusqu’à la fin ; nous sommes de Dieu dans et pour cette œuvre : « Celui qui connaît Dieu nous écoute ».

 

3.7.3       Ce verset 6 ne s’applique pas à tout prédicateur chrétien

C’est une erreur monstrueuse d’appliquer ces déclarations à tout prédicateur chrétien, indépendamment du fait de savoir s’il prêche en vérité, et à tout enseignant de la vérité, indépendamment du fait de savoir s’il est bien instruit. Quel évangéliste et quel enseignant pourrait revendiquer une pareille position ? Évitons soigneusement cette erreur d’exalter un don quelconque que le Seigneur donne aujourd’hui, et je n’ai jamais vu aucun vrai serviteur revendiquer l’application à lui-même de pareilles déclarations. Cela n’appartient qu’à des hommes inspirés. Considérez sérieusement ce que dit l’apôtre : « Celui qui connaît Dieu nous écoute ». Quel ministre de la Parole pourrait s’attendre à ce qu’on l’écoute ainsi d’une manière absolue ? L’obstacle ne provient pas seulement de l’état divisé de la chrétienté où personne ne peut s’attendre à une telle audience, mais cette affirmation n’a jamais été vraie au-delà des apôtres et prophètes. L’apôtre ne parle que de ceux qui partageaient une position semblable à la sienne dans ces temps où l’on posait les fondements du christianisme. Il était juste et nécessaire que les croyants connaissent désormais l’autorité divine sur laquelle Dieu insiste à l’égard de l’enseignement apostolique. Mais elle est restreinte aux auteurs inspirés du Nouveau Testament comme elle l’avait été à ceux de l’Ancien Testament. Il y a encore, aujourd’hui comme alors, une direction donnée par grâce et par l’Esprit à tous ceux qui prêchent et enseignent la vérité ; mais l’inspiration a le caractère spécial d’être exempte d’erreur dans ce qui était donné comme la règle de foi.

 

3.7.4       Le Nouveau Testament est la norme aujourd’hui

En outre, bien que ces auteurs inspirés ne soient plus, Dieu a pris soin que nous ayons leurs paroles enseignées de l’Esprit, non seulement leur témoignage, mais les paroles mêmes que le Saint Esprit leur a donné d’exprimer, afin que ce qu’ils étaient alors comme de Dieu ne soit jamais perdu aussi longtemps qu’il reste un chrétien pour en profiter. Cette épître de 1 Jean, par exemple, nous l’avons aussi vraiment que ceux auxquels elle était écrite, et nous avons le même Esprit de Dieu qui demeure éternellement. Mais ici il revenait aux auteurs inspirés de poser les fondements. Il n’y a plus maintenant sur la terre de serviteur de ce genre. Mais nous avons l’ouvrage fait par les écrivains inspirés. C’est la norme écrite du christianisme et de l’église. L’apôtre parle simplement de ce qu’ils annonçaient, et que les saints écoutaient. La plus grande partie était déjà écrite, bien que l’apôtre Jean, quant à lui, eût encore un peu à ajouter. Mais il n’hésite pas à dire que « celui qui connaît Dieu (c’est-à-dire tout chrétien) nous écoute ». Il rejette les faux prophètes comme étant de Satan, et non de Dieu. « Il nous écoute », — nous en tant qu’hommes exclusivement suscités de Dieu pour donner la vérité, qui est maintenant contenue dans le Nouveau Testament.

 

3.7.5       Inspiration verbale, 1 Cor. 2:13

Les paroles de l’apôtre sont à la fois importantes et du plus profond intérêt. Des hommes ont osé prétendre qu’il n’y a rien dans le Nouveau Testament qui revendique pour soi l’autorité de Dieu. C’est être aveuglé par ignorance vis-à-vis de ce que Dieu dit ici. Et ce n’est pas le seul témoignage à la même vérité, car il y en a plusieurs autres dans le Nouveau Testament. Le premier passage à considérer se trouve en 1 Cor. 2. Les démons étaient déjà à l’œuvre dans ces temps du commencement, et l’apôtre prend la peine au ch. 12 de les mettre en garde contre tout esprit refusant d’appeler Jésus Seigneur. Mais 1 Cor. 2:13 nous vient de la part de Dieu, « révélant » par l’Esprit des choses cachées autrefois, même pour les prophètes des premiers temps. Le temps était venu, car le Fils de Dieu était venu, pour nous révéler par l’Esprit même « les choses profondes de Dieu » [litt.: « les profondeurs de Dieu »] ; il y ajoute ensuite leur inspiration, ou communication aux croyants : « desquelles aussi nous parlons, non en paroles enseignées de sagesse humaine, mais en paroles enseignées de l’Esprit ». L’Esprit n’était pas seul à communiquer les idées, et cette notion a servi à beaucoup de gens à saper l’inspiration : ils admettent que les pensées venaient de l’Esprit de Dieu, mais que, quant au langage, des hommes de qualité étaient livrés à eux-mêmes pour faire le mieux qu’ils pouvaient. Si tel était le cas, rien d’étonnant à ce que les hommes tombassent dans l’erreur. Mais cette notion est justement ce qui est faux. L’apôtre dit ici qu’en parlant, ils exprimaient les choses révélées, et ceci en paroles enseignées de l’Esprit, n’étant pas laissés à l’infirmité humaine. En bref, l’Esprit qui révélait les vérités, prenait également soin de préserver les paroles, « exposant (ou : communiquant) des choses spirituelles par des [paroles] spirituelles » [JND traduit : « communiquant des [choses] spirituelles par des [moyens] spirituels »]. Le moyen de communication, les paroles enseignées de l’Esprit, n’étaient pas laissés à l’homme dans sa faiblesse. Ainsi le passage nous dit expressément que les paroles elles-mêmes étaient inspirées, et non pas seulement les pensées.

 

3.7.6       Inspiration verbale, 2 Tim. 3:10-17

Prenez un autre témoignage de la même chose tiré de la dernière épître écrite par Paul, la seconde à Timothée. Il montre que, dans les temps périlleux des derniers jours, la principale sauvegarde ne réside pas dans des traditions incertaines de sources inconnues, mais dans le fait de demeurer dans la vérité apprise en en étant pleinement convaincu, sachant la source (de qui on l’a apprise), — et maintenant dans la Parole écrite. Considérez les personnes qui parlent, leur maintien dans leurs voies, leur conduite et leur vie. Il dit donc : « mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine » — en contraste avec ces hommes mauvais, qu’il appelle imposteurs et qu’il compare aux magiciens d’Égypte. « Mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine, ma conduite, mon but constant, ma foi, mon support, mon amour, ma patience, mes persécutions (non pas ma popularité), mes souffrances, telles qu’elles me sont arrivées à Antioche, à Iconium et à Lystre, quelles persécutions j’ai endurées ; — et le Seigneur m’a délivré de toutes. Et tous ceux aussi qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus, seront persécutés » (2 Tim. 3:10-12). Telle est la grande marque d’un vrai chrétien maintenant, comme cela a toujours été. « Mais les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis, séduisant et étant séduits. Mais toi, demeure, dit l’apôtre à Timothée, dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises » (2 Tim. 3:13-14). Le caractère de ces choses, soutenues par la vérité, est de toute importance ; car peu importe ce qu’un homme dit, qu’il soit malin ou policé ou qu’il ait des sentiments raffinés : tout est sans valeur, à moins qu’il vive la vérité maintenant de manière que les élus de Dieu en aient conscience.

Car « dès l’enfance, tu connais les saintes lettres » (c’est ainsi qu’il désigne l’Ancien Testament au v. 15), « qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 3:15). Mais ensuite au v. 16, l’apôtre en arrive à ce que « Toute écriture est inspirée de Dieu ». Cette expression vise incontestablement à couvrir le Nouveau Testament, et c’est intentionnellement qu’il est dit « toute écriture » parce que certains parties, au moins les écrits de Jean, n’étaient pas encore écrits. S’il avait dit « toute l’écriture », cela aurait voulu dire « tout ce qui a déjà été écrit » ; mais en disant « toute écriture », la porte reste ouverte à d’autres écrits inspirés. « Toute écriture » est donc la phrase correcte, dès l’instant où d’autres ajouts devaient être faits au canon des Écritures. Il n’y avait pas seulement l’inspiration portant sur les hommes. Ce que l’apôtre dit ici, est que tout ce qui tombe sous le caractère d’Écriture est inspiré. De nouveau ici, l’inspiration ne concerne pas simplement les idées, mais ce que ces hommes ont écrit ; le terme « Écriture » veut nécessairement dire les paroles qu’ils ont utilisées. Les paroles étaient inspirées tout autant que la vérité développée. Sans cela, rien ne pouvait être satisfaisant.

 

3.7.7       Inspiration verbale et inerrance de l’Écriture

Laissons ceux qui veulent faire des compromis tendant à accepter l’inspiration jointe à des erreurs et des incohérences ; nous qui croyons que l’inspiration de Dieu exclut de telles erreurs, nous sommes exhortés à rejeter la théorie et à accepter les faits. Or nous nions que leurs objections soient fondées, bien que nous ne nous fermions pas les yeux devant les difficultés, beaucoup d’entre elles venant d’ailleurs des copistes et ne relevant donc pas de la question de l’inspiration.

Assurément aussi, de toutes ces théories, aucune n’est aussi illogique et irrespectueuse que celle qui voit l’inspiration divine associée à l’erreur et aux contradictions internes dans cette partie si vitale de l’Écriture, les évangiles et les Actes des apôtres. Comment un tel mélange pourrait-il être revêtu de l’autorité de Dieu, ou avoir droit au nom de Parole de Dieu ? En fait on peut montrer que les contradictions apparentes découlent de l’intention voulue de Dieu chez chacun de Ses instruments, chacun convenant spécialement par grâce à l’œuvre de Dieu, et concourant d’autant plus richement au témoignage commun à la gloire du Seigneur Jésus au-delà des pensées des écrivains eux-mêmes, et étant là pour servir au chrétien en tant que de besoin. Mais admettre que Dieu ait inspiré les divers écrivains en vue de glorifier Christ dans la puissance du Saint Esprit, et soutenir ensuite qu’il leur fut permis de faire un bon nombre d’erreurs (dont certains grossières et puériles), c’est certainement la théorie la moins satisfaisante et la moins défendable même logiquement, sans parler de ce qu’elle est totalement indigne du Saint Esprit autant que de Celui qui est la vérité. Car cette théorie de compromis du milieu, comme tous les compromis dans les choses divines, ne peut avoir l’agrément que de ses inventeurs, et probablement même pas d’eux. Nous savons bien que le Seigneur a promis la puissance du Saint Esprit pour enseigner toutes choses aux apôtres, et pour leur rappeler toutes les choses qu’Il avait dites (Jean 14:26). Cette hypothèse boiteuse est que le Saint Esprit ne leur aurait remis en mémoire les choses que d’une manière ou dans une mesure qui les exposait aux prétendus défauts. Le croyant, même s’il ne prétend pas être capable de clarifier toutes les difficultés, est assuré que ce qu’Il a promis, le Saint Esprit le réalisera, et que toute Écriture est digne non pas simplement de ses écrivains, mais de Dieu, Son Auteur réel.

 

3.7.8       Même autorité pour l’Ancien Testament et pour le Nouveau Testament

Il est dès lors clair que si « celui qui connaît Dieu nous écoute », tout chrétien accepte le Nouveau Testament comme étant de Dieu ; et redisons que celui qui ne le fait pas n’est pas réellement un chrétien, mais un sceptique. Car écouter les apôtres et prophètes du Nouveau Testament est inséparable de connaître Dieu maintenant. C’est le second test de la vérité, qui va plus loin que de détecter si quelqu’un est chrétien. Professer Christ et rejeter l’inspiration plénière de l’Écriture est une marque de l’œuvre des mauvais esprits. En général l’incrédulité commence par l’Ancien Testament, mais elle ne manque pas de s’attaquer ensuite au Nouveau Testament, et de le rejeter également. Il est étrange de rapporter le cas d’un monsieur distingué, ayant occupé une place importante avec les honneurs du monde, et actif dans le travail d’école du dimanche ; un jour que nous parlions ensemble, il déclara soudain que, quoiqu’il crût pleinement à l’Ancien Testament, il ne croyait pas au Nouveau ! L’aveu ne pouvait que blesser un croyant au plus haut point. Tuer quelqu’un avec un revolver me semble un péché bien moindre contre Dieu. N’est-il pas terrible de penser à une incrédulité aussi effrontée chez quelqu’un reconnu comme un enseignant chrétien ? « À cela nous connaissons l’Esprit de vérité, et l’esprit d’erreur ».

Il est bon d’observer jusqu’où va le principe affirmé ici si péremptoirement : « Celui qui connaît Dieu, nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu, ne nous écoute pas ». Ceci encourage le chrétien qui trouve sa meilleure nourriture spirituelle non pas dans l’Ancien Testament, quoiqu’il soit tout autant inspiré, mais dans le Nouveau Testament où Christ n’est plus voilé ni distant, mais manifesté dans toute la plénitude de Sa gloire et de Sa grâce, dans la majesté de Dieu, dans la douce tendresse de l’homme le plus humble que la terre ait jamais porté. Nous écoutons Dieu parler dans les prophètes Ses serviteurs, mais nous L’écoutons comme Père dans le Fils, Son Père et notre Père, Son Dieu et notre Dieu. Ceci juge aussi bien l’homme religieux que le profane ; ceci Lui donne Sa place et me met à la mienne. Cela condamne la superstition pieuse à cause de son incrédulité, aussi entièrement que l’infidélité profane, et que toutes les nuances de l’incrédulité, en ce qu’elles n’écoutent pas la voix de Dieu dans les paroles des auteurs inspirés, ici celles des apôtres et prophètes de Christ en particulier. On peut noter au passage que l’apôtre Paul ne revendique pour lui-même rien moins que ce que l’apôtre Jean revendique pour eux tous. « Si quelqu’un pense être prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont le commandement du Seigneur. Et si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant » (1 Cor. 14:37-38). Quelle réprobation à l’encontre de ces chrétiens superficiels comme les Corinthiens qui entraient sur un terrain si glissant sans s’en rendre compte !

 

3.7.9       La Parole a sa propre autorité, Héb. 4:12-13

« Car la parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a aucune créature qui soit cachée devant lui, mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire » (Héb. 4:12-13). Avons-nous besoin de l’église pour nous dire que l’épée de l’Esprit est la Parole de Dieu quand elle est sans pareille pour nous transpercer ? Notre Seigneur disait ainsi aux Juifs incroyants dans Son dernier discours : « Et si quelqu’un entend mes paroles et ne les garde pas, moi, je ne le juge pas ; car je ne suis pas venu afin de juger le monde, mais afin de sauver le monde. Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles, a qui le juge ; la parole que j’ai dite, celle-là le jugera au dernier jour » (Jean 12:47-48). Ici en 1 Jean 4:6 le Saint Esprit inspira notre apôtre pour affirmer quelque chose d’équivalent à propos des paroles provenant des apôtres et prophètes. A-t-on besoin de l’église pour nous dire qu’il a parlé la vérité de Dieu pour la bénédiction du croyant, pour la ruine des faux prophètes et de tous ceux qui méprisent ce que Dieu authentifie ? Les auteurs inspirés étaient des serviteurs de Christ et des administrateurs des mystères de Dieu (1 Cor. 4:1) ; mais la Parole qu’ils prononcèrent ou écrivirent n’était pas moins de Dieu que s’Il l’avait exprimée de façon audible à tous ceux qui l’écoutaient.

 

3.7.10    Pas d’intermédiaire entre la Parole et le croyant

Sa Parole s’adresse directement à l’église, et au chrétien individuellement. Cela saute aux yeux à première vue des épîtres du Nouveau Testament. Sauf une petite exception, elles étaient écrites à la masse générale des fidèles, hormis les lettres très courtes écrites à des compagnons de travail pour l’œuvre dont le fidèle moyen n’était pas capable, mais seulement ceux qui avaient l’autorité adéquate. Les épîtres restent maintenant pour les fidèles aussi réellement qu’alors ; et s’ils trouvent des difficultés comme les premiers chrétiens en trouvèrent, ils ont le même Interprète vivant que leurs frères d’autrefois. Mais le principe essentiel pour la foi est d’avoir Dieu en train de parler à Ses enfants directement dans Sa Parole. Interposer l’église ou un clergé entre Sa Parole et Ses enfants est une rébellion contre Dieu. Plaider le droit de l’homme à écouter Sa Parole écrite (ce que font trop communément les protestants), c’est un faux principe ; par contre il est tout à fait juste d’affirmer le droit de Dieu à s’adresser à Sa propre famille, à l’instruire, la consoler ou la reprendre ; et plus encore, à parler à la conscience de tout homme, quel qu’il soit, comme l’ont fait le Seigneur et Ses apôtres, et en effet Ses serviteurs en général.

 

3.7.11    L’autorité de l’église introduire par « saint » Augustin

Il n’y a pas non plus de principe plus faux que celui répandu récemment en Angleterre par le réveil d’Oxford — un papisme sans pape. Ils le basent sur une parole d’Augustin, le fameux évêque d’Hippone, mais elle était indigne de sa piété. Car elle dérobe à Dieu ce qui Lui est dû, jusqu’à dire qu’il ne croirait pas l’évangile si l’autorité de l’église catholique ne l’y poussait pas. C’était un grand homme, mais ici il ne réalisait pas ce qu’il disait ; car si l’on ne croit pas la Parole de Dieu parce qu’Il la dit par des auteurs inspirés, on ne croit pas réellement Dieu, mais on croit Ses garants : c’est une insulte véritable et manifeste à Dieu. Croire Dieu Lui-même, c’est ce qui donne à ma foi une source et un caractère divins. Aucune autre foi n’est acceptable pour Dieu. Même croire en Christ à cause des miracles qu’Il faisait et qu’ils voyaient, c’était une foi humaine, inacceptable : « Jésus Lui-même ne se fiait pas à eux » (Jean 2:24). S’attendre à quelqu’un ou à un corps, ou autoriser ceux-ci à accréditer la Parole de Dieu, est un grave péché contre Dieu et un grand tort fait à l’homme ; ce serait même fatal, à moins que ce ne soit une bévue, et que l’homme ait, en réalité, mieux qu’une foi avec un fondement humain.

 

3.7.12    Parole écrite plus importante que la Parole orale

Si quelqu’un veut recourir au subterfuge que l’apôtre ne parle que de la parole orale, qu’il sache qu’il est entièrement en erreur, comme un ingrat, en rabaissant ainsi la parole écrite. Le Seigneur Lui-même a décrété que, s’agissant d’autorité, l’Écriture est supérieure a tout ce qui n’est que simplement parlé, même si c’était Lui qui parlait, et Il parlait comme nul autre ne parlait. C’est pourquoi Il dit aux Juifs qui raisonnaient : « Ne pensez pas que moi, je vous accuserai devant le Père ; il y en a un qui vous accuse, Moïse en qui vous espérez. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jean 5:45-47). Les deux étaient la parole irrécusable de Dieu, l’une parlée et l’autre écrite par le Saint Esprit ; mais du point de vue de l’autorité de Dieu sur l’homme, le Seigneur donne incontestablement une place supérieure à la parole écrite, qui est le témoin permanent des pensées divines, et qui permet la méditation et la considération devant Dieu comme aucune parole orale ne le permet. Nous pouvons comparer ce passage avec la déclaration de l’apôtre en Rom. 16:26, traduite à tort par plusieurs « les écrits des prophètes », en contradiction directe avec les mots qui précèdent « manifesté maintenant » et avec « donné à connaître à toutes les nations » aussi bien qu’avec l’absence d’article : tout cela conduit à traduire « des écrits prophétiques » (en contraste avec Rom. 1:2). La phrase s’applique réellement aux écrits du Nouveau Testament qui avaient commencé à paraître dans la langue la plus connue des Gentils, et qui s’adressaient, comme l’évangile, à toutes les nations.

 

3.7.13    L’esprit d’erreur

Ces paroles terminent le sujet, et elles le font de manière admirable. Que ce soit la confession de Christ tel qu’Il est réellement, la vérité de Sa personne, ou l’autorité de la Parole qui Le révèle, nous avons ici dans sa forme la plus simple la vérité en Lui, et la vérité qui découle de Lui. Ceci est l’Esprit de vérité. Mais il y a aussi l’esprit d’erreur. Le diable en est la source active sous sa forme la plus mortelle. Il est naturel que ceux qui ne croient pas en la présence de grâce de l’Esprit de Dieu soient également incrédules quant à l’immense part que prend Satan à tout ce qui est fait pour égarer le monde à grande échelle en général, dans les misères des hommes individuellement, aussi bien que des nations civilisées et des ethnies sauvages. Mais le pire du mal du diable est ce qu’il fait dans la chrétienté, ce qu’il insinue contre Christ et contre la vérité de Dieu révélée. Là c’est appelé précisément, non pas l’esprit de méchanceté, mais « l’esprit d’erreur » ; c’est lui le plus dangereux. Ce n’est pas la corruption grossière, ni la violence sanguinaire, mais quelque chose d’extérieurement plausible, et subtil intérieurement, avec un peu de vérité à la surface d’une gros mensonge, la voie étant laissée libre à la volonté sans laisser de place à la conscience, Jésus n’étant pas confessé mais perverti, et le Père inconnu. Telle est l’œuvre de l’esprit d’erreur. C’est de là que sortiront l’apostasie et l’homme de péché.

 

3.7.14    Résumé et portée de 1 Jean 4:1-6

En face du déclin de la profession chrétienne, et de la révélation de la ruine complète, accompagnée du jugement, sans aucune promesse de rétablissement, combien grande est la grâce de Dieu de pourvoir à la sécurité et à la joie du fidèle, même dans l’épreuve : Jésus confessé en vérité, et cru ; la Parole de Dieu ; et les deux par l’Esprit de vérité. Telle est la substance de la parenthèse solennelle que nous avons devant nous.

Parmi ceux qui font reposer la sécurité et les directions à suivre sur les ordonnances extérieures et la position officielle, et non pas sur les paroles du Seigneur ou des apôtres, un cri retentit souvent : « écoutez l’église ». Mais il est frappant qu’ils ne pensent jamais à appliquer ces paroles de notre Seigneur en Matt. 18:17 comme Il les adresse. Il s’agit de la discipline qu’Il prescrit quand un frère pèche contre un frère, et il semblerait que ce soit une affaire individuelle entre les deux, inconnue des autres pour commencer, et qui vient au jour à la longue dans la mesure où l’offenseur est réfractaire, de telle sorte que l’assemblée ou église devient le dernier recours. Est-ce toujours la voie adoptée par ceux qui citent ces paroles en rapport avec ce que le Seigneur n’envisage ni ici ni ailleurs ? Comme chacun sait, aussi bien dans le bon cas que dans le mauvais, la parole « écoutez l’église » signifie pour eux, « écoutez le prêtre » ou « les prêtres » collectivement, ou, chez les extrémistes, l’archiprêtre, le pape. Mais ceci est purement une erreur, ou bien une fraude s’ils savent qu’ils sont sans doute en train d’appliquer Ses paroles de travers.

 

3.7.15    Avertissements d’Apoc. 2 et 3

Pourtant l’Écriture va beaucoup plus loin, et montre qu’avant la disparition du dernier apôtre, le déclin s’était établi de manière si décisive que le Seigneur dit à Jean en Esprit d’écrire aux sept églises choisies en tant que telles pour recevoir des lettres sur la terre. Elles commencent par celle d’Éphèse, si brillante aux premiers jours, mais menacée d’avoir sa lampe ôtée, et elles se terminent par le vomissement de l’église à Laodicée de la bouche du Seigneur à cause des nausées intolérables qu’elle donne. Le Seigneur n’est pas vu en train d’exercer un ministère de grâce, mais en train de juger au milieu des assemblées, et c’est pourquoi Il est vu comme Fils de l’homme, vêtu d’une robe allant jusqu’aux pieds, ni retroussée ni ôtée pour le service. Or à chacune de ces églises choisies pour manifester, comme un mystère, l’église sur la terre avant qu’elle ne soit plus vue ici-bas, la Parole du Seigneur (avec une promesse avant et après) est celle-ci : « Que celui qui a des oreilles, écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées ». Dès les jours de l’apôtre, le Seigneur a une grave controverse avec les églises. Déjà en ce temps, elles tendaient à la ruine comme assemblées, et Il finit par menacer de répudier. La prophétie du chapitre suivant (Apoc. 4) montre que le système extérieur n’est plus l’objet de Ses communications, et les vainqueurs sont vus glorifiés dans le ciel autour d’un trône de jugement divin sur les Juifs et les Gentils, avec un résidu épargné chez tous les deux ; quant à l’église, on ne la voit plus sur la terre, mais on voit les coups de courroux sur les nations. Ce sont « les choses qui doivent arriver » après « celles qui sont » (la période de l’église).

Or le message du Seigneur « à celui qui a des oreilles » est d’une puissance inexprimable. Il s’oppose au cri perverti « écoutez l’église ». Il fait appel à toute âme fidèle pour « écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées ». La norme pour la vérité n’a jamais été l’église, mais seulement la Parole de Dieu. Certes l’église (non pas Israël, ni l’Islam, ni les païens) est le témoin responsable de la vérité, et elle doit l’être par la fidélité à la vérité en paroles et actes. Ce n’est que dans l’église, et nulle part ailleurs ni en d’autres temps, qu’il est rendu témoignage à ce si grand « mystère de la piété » ; l’église n’est pas la vérité, mais elle en est la colonne et le soutien [piédestal]. Christ est la vérité objectivement, et l’Esprit est la puissance pour opérer intérieurement et pour la faire sentir et comprendre. Mais quand la décadence s’installe et que l’orthodoxie disparaît, l’église extérieurement professante cesse même d’être un témoin fiable. Et le Seigneur commande à celui qui a une oreille obéissante d’écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées.

 

3.7.16    Rôle de l’église ou assemblée par rapport à la Parole

L’autorité de la vérité réside dans Celui dont les paroles sont divines ; il n’en est pas ainsi pour la colonne et le piédestal qui les soutenaient autrefois, afin qu’elles soient vues et entendues (1 Tim. 3). La colonne peut être endommagée ou défigurée, mais la vérité demeure pour toujours en Christ, dans l’Esprit et dans la Parole. Pourtant 2 Tim. 3 parle de gens qui ont la forme de la piété, mais qui en ont renié la puissance, et l’instruction est donnée de se détourner d’eux. Il n’a pas tardé à y avoir des rivalités entre les églises, et non seulement cela, mais elles se sont lancées des anathèmes les unes aux autres. Cela a contraint tous, sauf les insouciants, à voir la nécessité de connaître la vérité, pour juger entre deux, laquelle était la vraie église, ou si ni l’une ni l’autre ne l’était. Ainsi le septuple appel du Seigneur à écouter ce que l’Esprit dit aux églises reste vrai, mais appliqué maintenant judiciairement et individuellement, sa valeur s’est accrue. Assurément, il est resté tout autant nécessaire et n’a rien perdu de son application après la Réformation quand non seulement les rois et les nations revendiquaient le droit d’établir leurs églises en tant que corporations religieuses distinctes, mais aussi des conducteurs ont affirmé un droit semblables pour leurs associations. Ainsi pour la plupart, la notion même d’église s’est perdue dans le chaos de la chrétienté.

Personne ne peut s’étonner qu’après avoir cessé depuis longtemps de croire en la présence et l’action du Saint Esprit dans l’assemblée, on a perdu en même temps la notion de l’autorité de la Parole, non seulement en pratique mais en principe, allant jusqu’à nier sa lumière qui éclaire tout pour la conscience de l’homme, et à affirmer le besoin que l’autorité de cette Parole soit validée par l’église faible et en train de tomber. Mais la perversité en ceci est aussi manifeste que la présomption : car on se sert de tout semblant d’Écriture mal comprise pour accréditer des systèmes à soi. Or le principe de se servir de l’église pour authentifier la Parole de Dieu est de l’incrédulité ; il convainc ceux qui affirment délibérément qu’elle n’a plus d’autorité divine. Le jour même de la Pentecôte, l’apôtre Pierre a justifié le don du Saint Esprit par la Parole de Dieu. Il ne lui est jamais arrivé, ni à aucun autre apôtre, de faire appel à l’église pour ce faire. La Parole de Dieu n’a pas besoin qu’on la justifie. Prétendre qu’elle en a besoin est au bord du blasphème. L’apôtre Paul rend honneur à l’Ancien Testament en louant les Juifs de Bérée de ce que non seulement ils recevaient la Parole avec toute bonne volonté, mais qu’aussi ils recherchaient dans les Écritures si les choses étaient ainsi. Ils savaient que les anciens oracles étaient de Dieu, et faisaient bien de tester la prédication orale de quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas, et dont ils trouvèrent, par leurs recherches constantes, que son témoignage était corroboré par ces Écritures. L’ancienne Parole écrite était la norme qui les conduisait d’autant plus à recevoir la nouvelle Parole avec toute bonne volonté.

 

 

4                    Treizième méditation publique — 1 Jean 4:7-10

4.1   1 Jean 4:7

4.1.1       Aimons-nous l’un l’autre

Après cette digression des versets 1 à 6, nous revenons au nouveau thème introduit par l’apôtre à la fin du ch. 3. Il y avait montré l’amour des frères comme étant une affection divine, qui n’est pas seulement désirable, mais qui est d’une importance si solennelle qu’elle permet de déterminer de manière décisive si nous sommes chrétiens ou non. C’est ce qui rend cette digression tout particulièrement intéressante pour nous, pour que nous soyons gardés de nous tromper nous-mêmes. « Bien-aimés, aimons-nous l’un l’autre, car l’amour est de Dieu ; et quiconque aime est né de Dieu, et connaît Dieu ».

Si cette conclusion tirée de manière divine est quelque chose de certain et de fort, qu’il fallait exprimer, il n’y a pas d’excuse pour manquer d’amour. Mais nous devons nous souvenir que l’amour ne consiste pas simplement à faire preuve d’amabilité envers les saints que nous côtoyons ; l’amour est aussi fidèle envers Dieu. Et quelque fois la fidélité de l’amour est prise en mauvaise part, au lieu d’être agréable. Dans un tel cas, le frère qui a été froissé par une réprimande occasionnée par un manquement quelconque, et qui regarde la fidélité de l’autre comme de l’inconséquence par rapport à l’amour, — ce frère a besoin de prendre garde. Car si le ressentiment l’envahit, ce qui arrive parfois, le résultat final peut être tel qu’il prouve qu’il n’y a jamais eu le don divin de la vie dans son âme. On constate trop souvent que manquer à l’amour, même dans une petite mesure, si on s’y laisse aller, est un signe extrêmement grave. Ce peut être un symptôme de ce qu’on peut appeler une lèpre morale de l’homme ; car nous sommes enseignés ici que chez l’homme qui n’aime pas, il n’y a réellement rien de Dieu, rien de vraiment sain.

 

4.1.2       Car l’amour est de Dieu

Au niveau du principe, n’est-ce pas aussi tout à fait clair ? La haine n’est certainement pas de Dieu ; l’amour l’est, car il est le reflet de l’énergie active dans la nature de Dieu. La lumière est, si l’on peut dire, le principe moral de Sa nature, ce qui est parfaitement pur, qui détecte et rejette tout mal ; car en Dieu, la lumière va de manière absolue avec la sainteté, et de fait également chez le chrétien, partout où il y la vie éternelle. Mais l’amour est l’épanchement actif de la nature divine, la recherche du bien avec des motifs qui ne sont nullement puisés en ceux qui sont aimés, mais dans sa propre source de bonté. L’amour de Dieu non seulement donne tout, mais pardonne tout. Cela ne peut avoir lieu en notre faveur que grâce au Médiateur. Car Dieu est conséquent dans Ses voies ; et là où il y a du péché, il faut qu’il y ait une base pour la justice. Où la trouver ? Certainement pas chez l’homme pécheur. Mais Dieu savait en Lui-même où trouver une justice infaillible, même en des jours où l’injustice prévalait.

Avant le déluge et après la loi, l’Éternel comptait sur Son Christ, et dans un jour mauvais Il parlait par Son prophète du salut à venir, et de Sa justice qui devait être révélée (És. 56:1). On ne pouvait la voir nulle part sur la terre, mais la foi l’attendait toujours. Il n’y avait aucune base quelconque pour la justice chez l’homme, même pas chez de vrais saints de Dieu, pas même chez Énoch ni chez Élie, sans parler des autres. Eux aussi regardaient vers l’avenir pour la justice, en espérance. Mais elle n’était pas encore un fait accompli. Tous les saints comptaient entièrement sur Celui qui allait venir ; car comme chacun sait, Il avait été annoncé à l’homme immédiatement après qu’il soit devenu pécheur. C’est ce que l’Éternel Dieu présenta au couple coupable de manière tout à fait frappante, car Il le fit sans s’adresser à ceux qui étaient tombés, mais en prononçant le jugement du serpent. Qui hormis Dieu aurait jamais pensé, à l’occasion d’une sentence prononcée sur un ennemi, à y incorporer la révélation d’un Sauveur ? C’est ainsi qu’en gardant tout son caractère de sainteté, Il fit la révélation d’un Sauveur qui allait écraser la puissance de l’ennemi, et délivrer ses victimes, mais qui allait aussi endurer en amour l’angoisse dans l’accomplissement de cette délivrance. Car qui sinon un incroyant ne voit pas que c’est le sens clair du talon qui allait être brisé ? Mais la Semence de la femme, bien qu’elle dût ainsi souffrir, allait briser la tête du serpent, causant ainsi la destruction fatale d’où le méchant ne se relèverait jamais.

L’amour envisagé ici n’a aucune source dans la créature ; il « est de Dieu » ; et si Dieu n’en était pas la source et la puissance, personne ne serait sauvé, et aucun saint ne marcherait dans Son amour. Car l’amour sait faire jaillir toutes les ressources de la grâce là où l’homme est plongé dans une ruine complète. Voyez-le en Christ qui est mort pour nos péchés, et qui vit pour être Avocat auprès du Père. Quel amour dans l’un et dans l’autre ! Il n’est pas dit simplement que les péchés des croyants sont pardonnés : si c’était tout, cela aurait pu signifier que lorsqu’un saint tombe, il a tout à recommencer. Or il ne manque pas de chrétiens qui pensent que si un croyant pèche, il perd tout et doit tout recommencer ; mais ceux qui pensent ainsi ne croient évidemment pas en la vie éternelle comme possession présente du croyant en Christ. Il est humiliant de dire que d’autres ont nié la vie éternelle, bien que d’une manière toute différente ; mais quelque soit la manière de la nier, c’est pécher contre une vérité fondamentale du christianisme.

 

4.1.3       Quiconque aime est né de Dieu

Il nous est dit ensuite que « quiconque aime est né de Dieu » (4:7). Être de Lui implique donc que l’amour se trouve chez les enfants. Ils ont Sa nature. Celui qui n’aime pas n’est jamais né de Dieu. Mais il peut arriver qu’on soit mal instruit, et qu’on n’ait guère appris à juger les résurgences de la chair, et en conséquence ne pas être au courant qu’un sentiment de haine est totalement hors de place chez le chrétien, car il est incompatible avec Dieu et avec la vie qu’a le chrétien dans Son Fils. « L’amour est de Dieu, et quiconque » (rien n’est plus clair) « aime est né [litt.: a été engendré] de Dieu et connaît Dieu ». N’est-il pas merveilleux de pouvoir dire cela au sujet de quelqu’un sur la terre ? Nous ne savons pas grand-chose l’un sur l’autre ; et une preuve de notre ignorance même de nos proches amis et parents est que nous sommes parfois surpris par de petites choses qui sont sources de difficultés et de surprises immenses, avec des peines et des douleurs sans fin ici-bas. Et bien, si nous nous connaissions l’un l’autre, et si nous possédions une nature aimante, cela ne pourrait pas avoir lieu. Quelle chose extraordinaire que nous, qui sommes si ignorants même de notre voisin de la porte à côté, nous soyons capables de connaître Dieu ! Il est possible que nous sachions beaucoup trop peu de choses sur nos frères ; la raison en est la faiblesse de notre amour. Si notre amour était fort par la foi, et si la vie nouvelle était en exercice sans entrave, nous serions intimes avec eux tous, et nous entrerions dans leurs souffrances avec Christ et pour l’amour de Lui, de manière qui à la fois plairait à Dieu, les consolerait et serait bénie pour nos âmes. Car la confiance est fille de l’amour, et l’amour connu engendre la confiance, comme nous le voyons avec Dieu aussi bien qu’avec Ses enfants. Chacun sait que la confiance est relativement petite, même parmi ceux qui sont enfants de Dieu ? Le manque d’amour est en effet un sujet de profond opprobre, et une grande inconséquence dans la famille de Dieu. Mais ici nous avons Sa pensée en quelques mots clairs.

 

4.1.4       Faux enseignements subversifs

Il y a des difficultés immenses dans ce monde, et elles sont aggravées par l’état de ruine de la chrétienté. Un ennemi extrêmement subtil et inlassable est à l’œuvre ; c’est ce que nous voyons dans les premiers versets quand il est dit : « Ne croyez pas tout esprit ». Le Saint Esprit a été envoyé d’en haut par le Père et le Fils. Alors Satan n’a pas tardé à envoyer des mauvais esprits pour imiter l’Esprit de Dieu, comme autrefois quand il cherchait à harceler le Seigneur Jésus sur la terre. Ce n’a pas été seulement des esprits incorporés aux démoniaques, mais il s’est servi de faux enseignements subversifs vis-à-vis de Christ Lui-même. Christ a donné des apôtres, des prophètes, des docteurs ou enseignants dans la puissance du Saint Esprit pour édifier les membres de Son corps ; Satan a tout contrecarré. « Ne croyez pas tout esprit », à la suite de quoi figurent les tests que nous avons considérés. Mais ici il s’agit de notre marche dans l’amour. Il ne s’agit pas d’assauts contre la vérité, mais de la vie pratique du croyant que Dieu voudrait voir, plus que tout autre chose, s’exercer de manière instinctive avec amour chez ceux qu’Il a engendrés par la Parole de vérité. La justice est supposée, de même que l’obéissance, mais il faut qu’il y ait l’amour ; et comme l’amour est la puissance d’énergie dans la nature de Dieu, ainsi il est aussi la puissance indispensable qui opère dans la vie des chrétiens les uns avec les autres, et qui ressort extérieurement peut-être plus que toute autre chose. Est-ce le cas chez vous, mon frère ? Est-ce que je manque d’amour ?

Il entame ce sujet comme précédemment en disant : « Bien-aimés ». Il faisait ainsi spécialement appel à leurs affections, bien qu’il s’agît d’un avertissement ; il était terriblement convaincu du danger. Il y avait ici ces mauvais esprits, et il y a une tendance à avoir beaucoup d’incrédulité tant vis-à-vis du Saint Esprit que vis-à-vis de Satan et de ses émissaires. Les mauvais esprits sont plus que jamais à l’œuvre dans la chrétienté, car c’est là leur lieu d’action privilégié. Ce n’est pas simplement les pays païens avec leurs superstitions sombres et cruelles ; dans la chrétienté l’esprit d’erreur prend une forme de belle apparence et prétend accéder au plus haut niveau de la vérité. « N’avons-nous pas des vérités dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant, et de la plus haute valeur ? C’était très bien d’avoir la justice de Dieu, l’appel céleste, le mystère de l’église, etc., mais maintenant nous avons quelque chose de bien meilleur. Nous n’avions alors que le son des instruments ; maintenant le concert a commencé pour de vrai, et nous sommes ceux qui jouent ! » Sans doute c’est complètement faux, mais tel est l’esprit et les sentiments aveugles de ceux qui sont animés par de mauvais esprits. Quelle vaine gloire ! elle saute aux yeux, et est tellement en contraste avec l’humilité du Seigneur de tout ! Elle a pour effet la destruction de la vérité, et non pas l’édification des âmes qui leur font confiance, un état pire que ce que l’Écriture appelle « servir son propre ventre » (Rom. 16:18). Ils sont du monde, et parlent selon les principes du monde. Ils ont leurs propres motifs en eux-mêmes.

 

4.1.5       Aimer est inséparable d’être né de Dieu

Mais le fait précieux relatif à l’amour qui est de Dieu est le suivant : le motif est entièrement dans Sa propre bonté, alors que par nature l’homme est l’inverse de cela. Le croyant reçoit la grâce en tant que pécheur perdu, et la grâce dans toute sa souveraineté quant à son objet ; le croyant ayant la vie éternelle, la grâce s’épanche de chez lui au dehors habituellement. C’est donc l’action de l’Esprit sur la nouvelle nature, comme engendrée de Dieu. Il a le droit de se glorifier en Dieu aussi bien que dans l’amour de Dieu, sans autre motif que le bien qu’Il est, et qu’Il se plait à communiquer à d’autres. Tels sont les chrétiens qui, par la foi en Christ, sont d’abord remplis de ce qu’ils sont les objets de Son amour, et qui ensuite sont portés au dehors à exercer cet amour envers leurs frères (car c’est de cette direction qu’il s’agit ici) par l’Esprit de Dieu. Mais le principe est tout à fait clair : aimer est inséparable d’être né de Dieu ; et ainsi celui qui aime prouve ipso facto qu’il est enfant de Dieu. Cet amour n’a rien à faire du tout avec les affections naturelles, lesquelles comme chacun sait, sont fortes chez les hommes et les femmes les plus méchants. Des ennemis mortels de Dieu, livrés aux viles passions et convoitises peuvent malgré tout avoir beaucoup de douceur naturelle et de chaude bienveillance. Aucune de ces choses n’est l’amour de Dieu, ni ce dont l’apôtre parle ici, ni rien de ce qui a brillé dans la Seigneur Jésus. « L’amour » dit l’apôtre « est de Dieu ». Tout ce qui est de nous-mêmes n’est pas de Dieu. Mais cet amour n’est pas de nous-mêmes, même chez le croyant. L’amour chez le croyant dérive entièrement d’en haut ; il est né de l’Esprit ; et ce qui est né ainsi, est esprit et non pas chair. Le croyant est né de Dieu, et Dieu est amour.

Il y a un lien ici avec ce qui a été abordé à la fin du ch. 3 où pour la première fois dans l’épître, il était question de l’Esprit de Dieu. Il était là (3:24) sous la forme de Dieu demeurant dans le croyant ; et la preuve est l’Esprit qu’Il nous a donné. L’Esprit donné au croyant demeure en lui et est la preuve que Dieu demeure en lui. C’est un grand progrès par rapport au fait d’avoir la vie nouvelle. Mais si grand que soit le privilège de partager une nature divine, c’en est un bien plus grand d’avoir Dieu demeurant en nous. Pourtant ceci est opéré et procuré par ce don de l’Esprit qui est la marque distinctive du chrétien.

 

4.1.6       Obstacles à la manifestation de l’amour

L’objectif dès lors est de mettre en exercice l’amour mutuel des chrétiens par la source d’où il découle, et par la nature qui, s’il agit, doit s’accorder avec. Mais il y a des obstacles qui s’opposent fortement à l’amour, au-dedans et au dehors, de telle sorte que les saints ont besoin que Dieu demeure en eux pour que l’amour opère librement et pleinement. En conséquence il nous faut non seulement être né de Dieu, mais avoir une puissance divine, et même Dieu demeurant en nous afin que nous nous aimions l’un l’autre selon Dieu. Si nous étions seulement né de Dieu, il resterait encore un obstacle puissant sur lequel la nouvelle naissance n’a guère d’effet. Quel est-il ? L’ignorance de la rédemption. Il doit y avoir la foi en l’œuvre de Christ pour nous, dans le sang de Christ qui purifie de tout péché. Il y a une œuvre divine dans l’âme avant qu’on se repose sur la rédemption qui est dans le Christ Jésus. Prenez n’importe quel cas de l’Écriture.

 

4.1.7       La pécheresse de Luc 7

Permettez-moi de présenter ainsi un cas tiré de l’évangile de Luc : la femme de Luc 7 au sujet de laquelle le Saint Esprit dit tant en si peu de mots : « une femme dans la ville qui était une pécheresse ». Pourtant au grand étonnement de Simon le pharisien, elle vint dans sa maison alors que le Seigneur et Ses disciples étaient chez lui en train de souper. Malgré ces circonstances si dissuasives, cette femme vint, alors qu’en toute autre occasion elle aurait eu peur d’entrer dans la maison de cet homme. Qu’est-ce qui lui donnait cette hardiesse ? Comme elle regardait au Seigneur avec foi, rien ne put la retenir de cette intrusion (c’est ainsi que n’importe qui aurait qualifié son acte, et tel il était selon les apparences) dans une telle maison et dans de telles circonstances. Or la puissance de la foi enfonce les plus grands obstacles. Pourtant à ce moment-là, elle ne savait pas que ses péchés fussent pardonnés, et ils ne l’étaient pas. Mais elle était en chemin. Elle aimait le Seigneur. Ce serait trop dire qu’elle aimait les disciples, ni qu’elle éprouvât envers Simon des sentiments meilleurs que pour n’importe qui. Il faut une autre œuvre puissante de Dieu pour produire cela. Mais le Seigneur l’attire à Lui par une force nouvelle d’attraction divine. C’est l’effet de la foi opérante par l’amour (Gal. 5:6). Sa grâce créait une affection qu’elle n’avait jamais connue auparavant. Elle était parfaitement sûre que le Seigneur était rempli d’un amour saint. Pourquoi parcourait-Il ainsi tout le pays ? Quel était le motif puissant de toute Sa vie, de Ses paroles et de Ses voies ? N’était-ce pas l’amour divin ?

La vie opérait déjà chez cette femme jusqu’alors pécheresse, pleine de souillures et marquée d’un caractère d’infamie. Mais elle croyait déjà au Seigneur Jésus, et elle aimait beaucoup, comme Il en rendit témoignage à Simon et à toute l’assistance. Elle trouvait en Lui une vie nouvelle, et un caractère nouveau formé par Sa précieuse Personne. Elle pouvait ne plus Le revoir, ni avoir de nouveau une opportunité pareille, si inopportune à d’autres yeux. Pour son âme, c’était maintenant ou jamais ; et il en est ainsi lorsqu’une foi simple pousse le cœur. Il n’y a pas de temps perdu, ni d’excuse pour reculer ; mais elle entre et « se tient derrière à Ses pieds, en pleurant ». Son attitude, dont elle ne se rendait pas compte, était moralement belle. Elle ne l’avait certainement pas apprise dans sa vie antérieure : c’était entièrement l’effet de la foi en Christ sur son âme. Elle commença à Lui laver les pieds avec ses larmes, et à les essuyer avec les cheveux de sa tête. Le Seigneur savait tout, et n’avait pas besoin de se retourner pour voir celle qui était derrière. Il savait tout parfaitement, et personne ne savait mieux que Lui. Mais cela ne fit qu’attirer le mépris de Simon ; car les mauvais sentiments du non-croyant visent plus le Seigneur que ceux qui Le suivent ; le non-croyant ne le dit pas toujours, et peut-être ne reconnaît-il pas toujours qu’il en est ainsi. Il est même possible que Simon n’eût pas permis cela, mais il est évident que, pour lui, la moralité de toute cette scène, la moralité du diable, était la suivante : « Celui-ci, s’il était prophète, saurait qui et quelle est cette femme qui le touche, car c’est une pécheresse ». Ainsi disait-il en lui-même, mais le Seigneur l’entendit et répondit. N’était-Il pas venu sauver les perdus ? et si Simon avait été brisé comme elle pour être aussi sauvé ? Mais prendre vraiment la place d’un pécheur, et cela devant Dieu, c’est plus difficile pour un pharisien orgueilleux et propre juste que pour une femme qui n’avait plus de réputation à perdre.

Mais la grâce et la vérité peuvent briser un Saul de Tarse tout autant que donner un profond sens du péché à une personne dissolue. Qu’est-ce qui produisit, ici, à la fois ce brisement et l’amour ? C’était Jésus pour la foi, l’amour divin en Jésus. Mais elle avait besoin de plus ; et la grâce le lui donna sur-le-champ. Car c’est un immense plus pour le cœur de savoir que les péchés sont pardonnés. Et le Seigneur ne voulut pas laisser cette question à l’état implicite seulement ; Il prononça la Parole de Dieu que l’âme réclamait si ardemment : « tes péchés sont pardonnés ». Il avait le droit de le dire. L’œuvre sur laquelle cela était fondé n’était pas encore faite, mais le Juge des vivants et des morts ne peut que dire ce qui est parfaitement juste, comme le Juge de toute la terre ne peut que faire ce qui est juste (Gen. 18:25). Aussi le Seigneur Lui-même plaide sa cause, et réfute l’incrédulité du pharisien ; car Il se montrait Lui-même le Seigneur des prophètes, et pardonnait les péchés comme Dieu seul en a le droit. Par la plénitude de Sa grâce, Il amena la femme à la connaissance que Sa foi l’avait sauvée, et Il la renvoya en paix.

Or jusqu’à ce que nous sachions que notre foi nous a sauvés, et que nos péchés sont pardonnés, cette question doit toujours nous occuper l’esprit. C’est forcément la grande question pour une âme réveillée. Comment une âme vivifiée peut-elle trouver du repos tant qu’elle ne connaît pas que ses péchés sont effacés et qu’elle est sauvée ? Tant qu’il y a hésitation et incertitude, le cœur doit être préoccupé ; et si nous n’avons pas d’assurance que nos péchés sont pardonnés, nous ne sommes pas encore en condition permettant au cœur de s’épancher en amour envers ceux qui ont trouvé le repos. Jusqu’à ce moment-là, nous ne pouvons pas vraiment prendre la place d’enfants de Dieu. Comme la femme le reçut de la bouche du Seigneur, nous avons à le recevoir par la foi de ou par la Parole écrite de Dieu. Si nous n’avons pas le pardon certifié par la Parole de Dieu, si l’Écriture n’a pas fait saisir à notre âme notre nouvelle relation, nous ne pouvons qu’agir sur la base de nos sentiments, de nos pensées, ou peut-être sur ceux d’un homme qui ne connaît rien de mieux lui-même. Or même si c’était le meilleur prédicateur possible, qui ne prêchât rien que la vérité, on est tenu de recevoir le témoignage de Dieu qu’Il a rendu au sujet de Son Fils. Et « celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage au dedans de lui-même » (5:10). Il n’y a de ressource qu’en Dieu, et il n’y a pas de règle de foi hormis Sa Parole. Nous devons donc avoir la vérité de la part de Dieu, et comment l’obtenir de la part de Dieu ? Par Sa Parole écrite.

 

4.1.8       Autorité divine de l’Écriture

C’est pourquoi on ne peut pas appliquer la hache plus méchamment contre l’arbre de la vérité qu’en niant l’autorité divine de l’Écriture. Un des signes principaux de l’incrédulité aujourd’hui consiste à dire que l’Écriture contient la parole, comme le dit le plus modeste des libres-penseurs. Mais ce que le Seigneur et les apôtres ont enseigné, c’est la Parole ; du fait que « toute écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3:14-17), ils ont certifié l’authenticité de ce qui a été écrit pour l’église de Dieu. Dans ces « écrits prophétiques » (Rom. 16:26), on trouve ce que dit le diable et d’autres méchantes personnes. Bien sûr, nous n’avons pas à suivre leurs paroles, mais elles sont données pour connaître les ennemis selon la mesure qui plait à Dieu. Seule l’incrédulité y voit une difficulté ; le croyant, quant à lui, accepte de la part de Dieu ce qu’Il dit du mal comme du bien. Ce qui est ainsi écrit est réellement la Parole de Dieu pour faire du bien par Sa sagesse, et que nous puissions d’autant mieux être sur nos gardes et éviter les pièges de Satan ou simplement de la nature. L’Écriture est la Parole de Dieu écrite.

 

4.1.9       Vie, paix, obéissance, amour

Depuis que le sang de Christ a été versé, ou pour parler d’une manière plus générale, depuis qu’Il est mort et ressuscité, le moyen pour les âmes d’avoir la paix est par la foi en la bonne nouvelle [l’évangile]. Dans le message de l’évangile, l’Esprit proclame la grâce de Dieu qui sauve. En Christ, la foi trouve non seulement la vie, mais aussi la paix. C’est la vraie préparation non seulement à l’obéissance, mais à aimer ceux qui croient, les enfants de Dieu comme nous-mêmes. Il n’est pas douteux que la nouvelle nature aime. La vie éternelle qui nous a été donnée a la capacité d’aimer ; mais la chair lorsqu’elle n’est pas jugée, est un obstacle sur le chemin. La grâce nous appelle à ressentir l’inconséquence, avant d’aller plus loin. On peut avoir un moteur et ses accessoires prêts à servir, mais il faut du carburant pour qu’il marche. Ceci illustre ce qui nous est communiqué dans les versets que nous considérons.

 

4.2   1 Jean 4:8

Voici à nouveau un côté sombre. « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu ». Peu importe le don de l’homme, ou son activité, ou sa réputation et son influence ; s’il n’aime pas, il ne connaît pas Dieu. La Parole est impitoyable vis-à-vis de l’illusion. Celui qui est né [a été engendré] de Dieu, aime son frère, et connaît Dieu. Ses nouvelles affections divines ont un domaine précis ; et il a cette connaissance de Dieu dont le Seigneur Jésus dit précisément qu’elle constitue la vie éternelle. Ce qu’Il présentait au Père en Jean 17:3 est pratiquement reproduit ici dans cette brève déclaration à caractère dogmatique, suivie de l’inverse : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour ». Là où il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de connaissance de Dieu. La raison est aussi claire que décisive : « car Dieu est amour ».

 

4.3   1 Jean 4:9

4.3.1       L’amour de Dieu manifesté en nous

Le verset qui suit fait ressortir l’amour de Dieu dans sa grâce et sa plénitude souveraines, un courant qui remplit d’amour le cœur vide. L’Esprit parle de Son amour dans sa manifestation éclatante en Christ, le Fils, envoyé en grâce infinie dans ce monde de péché, d’égoïsme et de ténèbres. Il serait difficile de dépasser sa grandeur simple, même ailleurs dans l’Écriture. « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu », non pas tout à fait « envers nous » ou « envers tous » comme dit l’apôtre en Rom. 3:22. L’amour de Dieu est manifesté en principe envers chacun. Ici c’est plus précis, et ça ressemble plus au « sur tous ceux qui croient » du même verset de Rom. 3:22. L’amour « a été manifesté en nous » (ou : dans notre cas) » [JND traduit : pour nous, ou : à l’égard de nous]. Cela parle ainsi de sa prise d’effet. « En nous » parait donc tout à fait la traduction correcte. « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu en nous » ou « dans notre cas ».

 

4.3.2       … a envoyé

Ici, s’agissant de la mission de notre Seigneur au sens le plus large, pour la vie éternelle, ce n’est pas seulement « envoya », mais « a envoyé », c’est-à-dire que cela exprime le résultat permanent d’un acte passé. Au v. 10 qui suit, c’est simplement « Dieu envoya », car bien que cela exprime simplement le fait, c’était le but de loin le plus profond, le plus grand, et le plus grandiose dans lequel le Père et le Fils aient jamais été engagés dans le temps et dans l’éternité. La différence est minime, car elle ne porte que sur le temps du même verbe ; mais comme toutes les différences dans l’Écriture sont là par la sagesse divine, il est bon pour nous d’en rechercher le sens. « Envoya » exprime simplement le fait. Ce peut être, et c’est très lourd de conséquences, et l’acte unique l’accentue dans ce cas. Mais « a envoyé » exprime le résultat présent d’une action passée, ce qui convient à Sa mission qui était que nous vivions par Lui.

 

4.3.3       … Son Fils unique … afin que nous vivions

« En ceci a été manifesté l’amour de Dieu en nous (ou : dans notre cas), que Dieu a envoyé son Fils unique ». Quel soin pour déclarer la gloire de Sa personne dans ce cas ! « Son Fils unique » : il n’était pas nécessaire de le répéter au verset suivant, car bien sûr « le Fils » est le même. Mais ici il était sage de signaler une œuvre si lourde de conséquences durables dans un langage très simple afin que son immensité sans parure et insondable puisse remplir le cœur et le faire déborder de l’amour de Dieu. « Dieu a envoyé Son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui ». C’est la première action de la grâce divine, essentielle en tant que premier besoin de ceux qui étaient vraiment morts spirituellement. Et cela subsiste pour toute âme maintenant. La première preuve basique et indispensable de l’amour surprenant de Dieu est que ceux qui étaient les objets de Son amour, et positivement morts vis-à-vis de Dieu, dussent recevoir la vie. Ils n’avaient pas conscience de leur propre état ; ils ne connaissaient pas Dieu ; et dans leur ruine morale, ils étaient entièrement indifférents à l’un et à l’Autre. Il pouvait y avoir des notions intellectuelles de l’esprit de l’homme, mais sans le moindre mouvement de vie vers Dieu. Ils avaient conscience de faire de Lui l’objet d’une frayeur pire qu’avec le démon le plus furieux qui soit.

Malgré la présence d’une telle dépravation, « Dieu a envoyé Son Fils unique dans le monde ». Quelle vérité ! Ce simple fait est merveilleux à lui tout seul, spécialement parce qu’il n’y avait dans cet acte que de l’amour. Ce n’était pas quelque chose fait au ciel. C’est le Fils unique qu’Il a envoyé pour donner dans ce monde une vie qui convienne à Dieu, là d’où Il venait. Mais aucune œuvre faite dans le ciel, même par le Fils, ne pouvait convenir ni à Dieu ni à l’homme. Le chemin de l’amour était que le Fils devienne homme pour glorifier Dieu, et qu’Il donne une vie de la nature la plus élevée à l’homme mort, par le moyen de la foi. Il y avait là des Juifs et des Gentils ; ils étaient tous pareillement morts dans leurs fautes et dans leurs péchés, par nature des enfants de colère (Éph. 2:3). En tant qu’hommes, ils étaient morts en vivant. Ils n’avaient aucune haine du péché, aucun amour pour la grâce ; aucun trait de caractère intérieur ou extérieur n’était bon chez eux. La pensée de la chair dans la circoncision et l’incirconcision n’était réellement qu’inimitié contre Dieu. Néanmoins Dieu a envoyé dans ce monde Son Fils unique, les délices du Père dans toute l’éternité, afin que nous vivions par Lui ; et la vie donnée était Sa vie.

L’Ancien Testament nous dit comment la race, Juifs ou Gentils, s’est comportée vis-à-vis de Dieu pendant des milliers d’années ; le Nouveau Testament raconte une histoire encore pire. Pourtant Celui qui connaissait tout à l’avance a envoyé Son Fils unique dans le monde ; mais en vue de quoi ? pour le jugement ? non, juste le contraire ; c’était pour vivifier des âmes mortes avec la vie éternelle qui était dans Son Fils. Car ce n’est rien moins que cela qui est impliqué par ces mots « afin que nous vivions par Lui ». Il y avait une vie nouvelle que l’homme n’avait pas en tant qu’homme, même pas Adam innocent dans le paradis d’Eden, qui désobéit quand tout était bon en lui et autour de lui, amenant la mort et le jugement. La vie était proposée à l’homme naturel, à Israël sous la loi : s’il y obéissait, il ne mourrait pas. Mais le seul résultat de ceci a été que la loi est devenue un ministère de mort et de condamnation (2 Cor. 3:7,9) ; parce que l’introduction de la loi a provoqué la volonté de l’homme, lequel est devenu transgresseur, et donc un pécheur pire après avoir eu la loi qu’avant de l’avoir. Le péché, afin qu’il parût péché, causait ainsi la mort par ce qui est bon, afin que le péché devienne excessivement pécheur (Rom. 7:13). Il n’y avait même pas prolongation de son ancienne vie. L’aboutissement pour le pécheur sous la loi était la ruine totale.

 

4.3.4       La vie éternelle, la vie dans le Fils

Mais il y avait une autre vie, la vie éternelle, et cette vie était dans le Fils, dans le Fils unique de Dieu que l’amour de Dieu a envoyé dans ce monde. Sans doute le Père réveille les morts et les vivifie (Jean 5:21) : c’est la prérogative de Dieu. C’est pourquoi aussi, le Fils vivifie qui Il veut. Mais en devenant homme, sans pour autant cesser d’être Dieu, Lui en parfaite humiliation, Il reçoit tout de Dieu, comme il convient à l’homme parfait. C’est pourquoi, comme le Père a la vie en Lui-même, ainsi Il a donné aussi au Fils d’avoir la vie en Lui-même (Jean 5:26). Le Fils était Celui qui était envoyé pour devenir homme et familier avec l’homme. Il était toujours l’objet de la foi ; et une fois devenu homme, Il est de manière encore plus évidente et urgente l’objet de la foi en tant que Jésus Christ, et pourtant le Fils, et cela dans une même personne. Il devint ainsi aussi de plus en plus évident pour qui Il avait été envoyé dans l’amour du Père. C’était pour l’homme, non pas pour les anges. « La vie était la lumière des hommes » (Jean 1:4). Mais aucune illumination ne suffit au besoin de l’homme ; et ainsi, bien qu’en venant dans le monde Il éclaire tout homme (ou : Il est lumière pour tout homme), il était beaucoup plus nécessaire qu’Il fût la vie pour celui qui croit, et Il le fut. À tous ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu. Ils sont nés maintenant, et ils ne sont pas nés d’une source créée, mais de Dieu. Or on ne croit pas, ni il n’y a de nouvelle naissance sans la Parole et sans l’Esprit. Il faut qu’il y ait la Parole de Dieu, parce que l’essence même de la foi est, qu’au lieu de me fier à mes pensées et à celles des autres, je crois Dieu dans Sa Parole (Rom. 10:17 ; Jacq. 1:18 ; 1 Pierre 1:23-25). Christ est la semence incorruptible par la Parole vivante et permanent de Dieu.

 

4.3.5       L’origine et la racine du mal

Quand Adam et Ève ont péché au paradis, c’était parce qu’ils avaient oublié la Parole de Dieu, non pas parce qu’ils y étaient assujettis. Ève a été trompée par la tentation du serpent, Adam n’a pas été trompé, mais il a transgressé plus effrontément. La Parole de Dieu ne gouvernait pas leur âme. L’ennemi subtil a insinué la méfiance à l’égard de Celui qui leur interdisait de manger de l’arbre qui permettait de connaître le bien et le mal comme Dieu. Alors la convoitise à l’égard de cet arbre a suivi, quand la femme n’a pas craint de parler davantage avec une créature dont il devint évident qu’elle avait pour but de la séduire pour qu’elle désobéisse à l’interdiction positive de Dieu, et qu’elle doute que la mort s’ensuivrait : « Oh ! non, mes chers, Dieu ne sera pas si dur que ça. Regardez ce beau fruit ! il est si désirable pour rendre sage. Dieu veut garder la connaissance du bien et du mal pour Lui tout seul. Quand vous serez capables de juger vous-mêmes de manière autonome entre le bien et le mal, vous acquerrez un rang absolument nouveau. Vous n’en savez rien pour le moment ; mais quand vous aurez mangé du fruit de cet arbre, vous saurez par votre propre conscience si une chose est bonne ou mauvaise. Pourquoi ne pas grandir et devenir indépendants de Celui qui fait peu cas de l’homme, et faire valoir vos droits comme monarques de tout ce que vous surveillez ? »

 

4.3.6       Quand la vie commence chez l’homme

C’était la propre volonté, la triste racine du mal. Par amour, le Fils de Dieu est venu pour se tenir à la brèche. La première urgence n’est pas l’expiation par le sang versé du Sauveur. Personne n’a jamais cru l’évangile sans avoir de la part de Dieu une nature qui désire ardemment et crie à Dieu pour avoir ce que l’évangile fournit. En tout cas, on est né de Dieu avant de se reposer réellement sur la propitiation de Christ. Car ayant ainsi une vie nouvelle, on a bientôt part à ce qui lui est nécessaire, et on entre dans son caractère précieux ; par la foi on mange la chair de Christ et boit Son sang. C’est pourquoi il est dit qu’on croit dans son cœur (Rom. 10:9) que Dieu L’a ressuscité d’entre les morts. Ceci ne veut pas dire qu’il y ait une certaine ferveur de sentiments. Cela n’a rien à faire avec le fait de rejeter l’âme sur ses émotions ; cela signifie qu’au lieu de résister à la vérité, le coeur s’accorde à la bonne nouvelle que Dieu lui envoie. Du cœur on croit à justice, se fondant sur l’estimation que Dieu fait de l’œuvre expiatoire du Seigneur Jésus ; comme de la bouche on fait confession à salut : ainsi Dieu est honoré, ainsi que Son Fils, le Seigneur rejeté.

Or le premier désir est celui de la vie, la vie éternelle dans le Fils. Avant d’avoir la vie, quel sens correct du péché peut-on avoir, comment peut-on connaître la nature sainte de Dieu d’une manière réelle ? On n’a rien, que la frayeur de Dieu. Un païen peut l’avoir ; les démons croient et ils frissonnent (Jacq. 2:19). Nous le savons par l’autorité divine, et c’est elle qui nous explique les faits révélés. La raison est que les démons ne savent que trop bien qu’il n’y a pas de pardon pour leur rébellion. Bien qu’ils croient qui est Jésus, cela ne leur sert à rien : ils sont sous la sentence d’une destruction éternelle. Ils ont péché de manière irréparable. Il n’y a pas de possibilité de salut pour un esprit mauvais, pour un ange déchu.

Mais la situation est totalement différente pour l’homme. La naissance de Christ a rendu témoignage au bon plaisir dans les hommes (Luc 2:14) ; combien plus Sa mort expiatoire ! Mais pour que le sang versé purifie le cœur et la conscience, une nouvelle nature est donnée quand on reçoit le Seigneur Jésus. Ce n’est pas encore se reposer sur Son œuvre, mais on croit en Sa grâce comme venu en chair, et en la gloire de Celui qui est venu pour cette merveilleuse mission d’amour, l’amour de Dieu. Aussi sûrement que le cœur Le reçoit de la part de Dieu, là à ce moment même, la vie est communiquée à l’âme. La vie est toujours une chose instantanée, alors qu’il n’en est pas du tout ainsi pour la paix avec Dieu. Dans les faits, il peut y avoir beaucoup d’expériences à traverser, où les âmes restent sans paix pendant des mois, voire des années. Pourtant pendant tout ce temps elles ont en partage une nature divine par le fait qu’elles se courbent devant le Fils de Dieu, sans pour autant avoir de paix solide. Elles ont la vie dès l’instant où le cœur Le reçoit. Et ainsi elles acquièrent une perception divine à la fois du mal au-dedans d’elles-mêmes, et de leurs voies passées, non seulement de ce qu’on a fait, mais de ce qu’on est. Tel est l’effet d’avoir la vie divine. C’est pourquoi elle est introduite ici parfaitement à sa place, sa vraie place, et la place qui lui convient.

 

4.4   L’amour de Dieu manifesté quand nous étions encore pécheurs (4:9 et 4:10)

4.4.1       Un évangile qui répond au besoin du pécheur

« En ceci a été manifesté l’amour de Dieu en nous (ou : dans notre cas), c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui ». Nous avons vu que la raison en est que jusqu’alors, nous étions spirituellement morts devant Dieu, absolument sans aucun lien vivant quelconque avec Dieu, n’ayant que la terrible responsabilité d’être naturellement de la progéniture de Dieu, mais néanmoins ennemis de Dieu dans nos mauvaises œuvres (Col. 1:21). Si l’on est ruiné par le péché, il ne nous est pas utile pour le salut de l’âme d’être la progéniture de Dieu (ce point est en contraste avec les animaux) par le fait de ce qu’Il nous a créé. L’homme tombe quand il est sous une responsabilité, et quand les Juifs ont entrepris d’obéir à la loi de Dieu, cela n’a fait qu’aggraver leur responsabilité, et n’a pu en aucune manière les délivrer de la colère qui vient. Le monde comprenait alors d’une part l’homme sans loi et poursuivant sa propre volonté, et d’autre part le Juif sous la loi essayant de se faire valoir auprès de Dieu. Or la grâce qui sauve n’est pas dans le pécheur, mais dans le Sauveur. « Mais Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5:8). Voilà l’évangile. Ce n’est pas notre amour pour Lui, mais Son amour pour nous alors que nous étions encore pécheurs, Son amour spontané et gratuit envers nous.

Cette seconde manifestation de Son amour nous est accordée ici aussi. L’apôtre nous montre comment l’amour de Dieu agit au vu du poids de notre culpabilité, non pas seulement au vu de notre état de mort spirituelle. L’amour de Dieu a opéré dans ce qui, pour Lui, était rude au-delà de tout pour Son cœur et pour celui de Son Fils. On ne peut pas concevoir ce qu’était pour Jésus de porter le jugement de nos péchés sous la main de Dieu. C’était aussi entièrement au-delà de la pensée des saints ; même les apôtres ne virent que l’extérieur de la croix jusqu’à ce que le Seigneur leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures (Luc 24:45).

 

4.4.2       Une énigme de l’Ancien Testament

Cependant l’Écriture avait préfiguré le Seigneur dans Sa grâce expiatoire, et dans Sa souffrance infinie, à la fois dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes. Tous les disciples avaient été témoins du rituel solennel du Jour des expiations (Lév. 16) ; tous avaient entendu le Psaume 22, ce psaume unique ; tous avaient été rendus perplexes par Ésaïe 53, non pas pourtant à cause de quelque obscurité de langage de ce chapitre, mais à cause de la vérité si étrange qu’il contient. Jésus en train de faire la propitiation pour nos péchés, c’est la solution de l’énigme de ces trois passages de l’Écriture. Aucune parole émanant de Jésus avant la croix ne donne la clé ; la contemplation de Jésus sur la croix n’apportait même pas la vérité dans leurs cœurs. Le sang de Sa croix a fait la paix dans les pensées de Dieu ; pour eux c’était encore l’angoisse aigue et la déception cruelle ; car Ses paroles étaient tombées dans des oreilles encore sourdes au sens de Sa mort, et ils n’avaient pas connu l’écriture selon laquelle Il devait souffrir afin qu’eux, aussi bien que quiconque, aient la rédemption. Au jour de la résurrection, les deux disciples déprimés sur le chemin d’Emmaüs exprimaient l’état de tous les autres quand ils Lui disaient « nous espérions qu’Il était celui qui doit délivrer Israël » (Luc 24:21) — or c’était justement ce en vue de quoi Il avait posé le fondement efficace et éternel ! Mais que répondit notre précieux Sauveur (Luc 24:25-26) ? « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’Il entrât dans sa gloire ? » Or Il le leur avait dit peu de temps auparavant (Luc 17:25) : « Mais auparavant il faut qu’Il souffre beaucoup, et qu’Il soit rejeté par cette génération ».

 

4.4.3       La souffrance de Celui qui expiait le péché. Psaume 22, l’abandon de Dieu

Regardons à l’un de ces passages à la lumière du Seigneur ressuscité et selon le témoignage rendu par le Saint Esprit. Que signifie ce cri, poussé non pas par les deux brigands de chaque côté, mais au milieu par le Messie rejeté ? « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? » C’était le sommet de cette souffrance sans pareille, le Serviteur juste, le Fils bien-aimé, abandonné de Dieu, celui que la nation abhorre (És. 49:7), méprisé des nations, Celui que les disciples ont fui. Pourquoi après avoir joui sans interruption de la face du Père à chaque pas de Son chemin d’épreuves et de douleur, pourquoi cette face Lui était-elle cachée maintenant qu’Il avait le plus besoin de son encouragement et de sa consolation ? Il connaissait bien la réponse ; pourtant Il laissait à la foi le soin de la donner, — la foi de ceux qui étaient autrefois morts, mais qui maintenant, par le moyen de Sa grâce ayant porté leurs péchés en Son corps sur le bois, étaient rendus capables de confesser qu’ils n’avaient eu que des péchés. Combien notre culpabilité était grande ! mais Son amour l’était encore plus, — cet amour qui envoya Son Fils, non seulement comme la vie pour les morts, mais comme propitiation pour nos péchés, quel qu’en fût le coût ; et ce coût était infini. L’opprobre, le mépris, les moqueries, les sarcasmes, les railleries étaient là pour Le blesser de la part de tous, les grands comme les petits, les religieux, les civils, les militaires, et même les brigands crucifiés ; beaucoup de taureaux, et des forts provenant de Basan, L’entouraient ; des chiens, et des malfaiteurs amassés en foule ; à cause de la perfection de Sa personne, la souffrance physique était d’autant plus ressentie, et non pas moins, quand Il était répandu comme de l’eau, et que tous Ses os se déjoignaient, que Son cœur était comme de la cire, Sa force desséchée comme un tesson de potier, et que Sa langue s’attachait à Son palais. Mais qu’était tout ceci comparé à l’abandon de Son Dieu, comme Lui-même le ressentait et le reconnaissait ?

Beaucoup de Ses saints avaient souffert à l’extrême dans leur corps, de la part des païens, et même de la part des Juifs, et ils avaient pourtant été remplis de patience et de joie. Un plus grand nombre encore de Ses disciples ont soufferts des tortures encore plus infernales par l’action de l’église dénommée à tort catholique, et spécialement par son enfant, l’abominable Inquisition ; eux aussi triomphèrent en Son nom des pires persécuteurs de la terre. Mais Lui se déclara abandonné de Son Dieu, et dans les angoisses de la croix, Il le confessa à Dieu comme le mal le plus profond, — de sorte que Ses ennemis purent l’entendre, quoiqu’ils ne comprirent pas mieux que Ses amis jusqu’à ce que le Seigneur ressuscité clarifia tout, et que le Saint Esprit fit que la vérité soit réalisée en puissance de paix et en témoignage à tous.

Mais le Seigneur débonnaire fit plus encore. Même en réalisant l’horreur d’être abandonné pour Son âme sainte et aimante, Il justifia pleinement Celui qui Le frappait et Le meurtrissait d’une manière dépassant toute pensée humaine : « Et Toi, Tu est saint, Toi qui habites au milieu des louanges d’Israël ». Et plus encore, Il reconnut que l’abandon de Dieu envers Lui était une exception unique : « Nos pères se sont confiés en toi ; ils se sont confiés, et tu les as délivrés. Ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés ; ils se sont confiés en toi, et ils n’ont point été confus. Mais moi, je suis un ver, et non point un homme ; l’opprobre des hommes, et le méprisé du peuple » (Ps. 22:4-6). Oui, il fallait qu’il en soit ainsi s’Il devait être la propitiation pour nos péchés. Car nous les coupables, nous ne pouvions être sauvés avec justice, à moins que Dieu ne fasse péché pour nous Celui qui était sans péché, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). Ceci et rien que ceci était la vraie réponse à Son « pourquoi ? », la seule réponse complète de l’énigme de cet abandon. Mais il reste encore impénétrable à tous les non croyants, à Israël plus qu’à tout autre, mais quand le voile qui couvre encore leur cœur aura été ôté, cela sera leur chant de louange éternelle. C’est ce que la seconde moitié de ce Ps. 22 révèle en toute clarté et certitude, en commençant par le petit troupeau chrétien, avant que se lève la lumière du ciel sur « la grande congrégation » (Ps. 22:25), conduisant dans le bon chemin tous les bouts de la terre pour qu’ils se souviennent de l’Éternel et qu’ils se tournent vers Lui, et toutes les familles des nations pour qu’elles se prosternent devant Lui, aux jours non pas du christianisme ni de l’église, mais du royaume, quand Il régnera parmi les nations comme Il ne le fait pas du tout maintenant.

Il est d’autant plus important, et même impératif, de posséder la vérité avec clarté sur Christ abandonné de Dieu pour l’expiation du péché ; parce que cela seul est le fondement de la grâce de Dieu et de notre paix saisie avec fermeté et avec une intelligence donnée de Dieu. Et ce n’est qu’ainsi que nous pouvons faire une estimation correcte, même si c’est faiblement, de la souffrance insondable de l’homme de douleurs, souffrant pour Dieu et pour nous, glorifiant Dieu et nous sauvant nous qui croyons. Sur ce point les théologiens, même ceux qui sont vraiment pieux, sont superficiels et fautifs ; et leurs âmes font une perte en proportion, — et pareillement, si ce n’est plus, ceux qui se confient dans leurs directions. On ne pense pas simplement à la communion grecque « orthodoxe » ou à la communion latine, où la pauvreté est extrême. Mais prenez les plus évangéliques des Anglicans, Luthériens ou Réformés, ou bien les Non-conformistes qui se vantent de leur liberté par rapport à la tradition et aux préjugés. Parmi ceux-ci l’un des meilleurs à citer est non pas Thomas Scott qui manque de finesse, mais le génial Matthew Henry, le fils pieux d’un père pieux chassé par l’« Acte d’uniformité » en 1662. Pourtant il n’y a aucun doute que ce commentateur anglais très respectable, semblable à tous les autres (*) sur ce point particulier, se montre incapable de saisir le fond de l’abandon de Jésus par Dieu sur la croix. Il dit en effet : « Une triste complainte sur le retrait de Dieu au v. 1 et 2. Ceci peut s’appliquer à David, ou à tout autre enfant de Dieu, en manque de signes de Sa faveur, écrasé sous la pression du fardeau de son déplaisir, etc. » (**). Bien sûr Henry croyait que cela s’appliquait à Christ crucifié, sinon on ne pourrait pas le reconnaître comme chrétien. Le Psaume parle tout du long de Lui seul, la seule personne qu’il a en vue, et au début du Psaume, il parle de Son abandon seulement à titre d’expiation pour tous les saints antérieurs ou postérieurs. Personne n’a jamais partagé cet abandon, Lui seul pouvait le supporter, quoiqu’il fût infiniment plus lourd pour Lui, le Saint de Dieu, que pour aucun saint ayant jamais vécu. Il nie positivement que quiconque ayant vécu auparavant ait connu un tel abandon ; le Saint Esprit l’exclut, dans le Nouveau Testament, pour tout chrétien. Il a été abandonné de Dieu pour nos péchés, afin que ces saints, comme nous, ne soyons jamais abandonnés. Il est entièrement faux de dire que « ceci peut s’appliquer à David, ou à tout enfant de Dieu ». C’est sans s’en rendre compte, un grave affaiblissement de l’évangile. Même quand le péché du croyant appelle un châtiment très sévère, Dieu agit envers lui comme un père, châtiant ceux qu’Il aime, et fouettant tout fils qu’Il agrée, car nous faillissons tous à plusieurs égards (Jacq. 3:2) ; mais Il a dit : « je ne te laisserai pas, et je ne t’abandonnerai pas » (Héb. 13:5). C’est une vérité absolue de Sa grâce ; et comme cela s’applique aux difficultés terrestres, ainsi de manière encore plus évidente elle s’applique à nos relations divines par l’efficace de la propitiation de Christ.

 

(*) C’est exactement dans la même veine que l’évêque pieux G.Horne écrit à propos des psaumes. — Par ailleurs, je saluerais avec plaisir un seul ecclésiastique qui en saurait plus, et qui l’écrirait, sur cette vérité fondamentale de l’évangile ; mais je n’en connais absolument aucun.

(**) Exposé de l’Ancien et du Nouveau Testament, en six volumes, Londres 1839, avec préface de E.Bickersteth’s.

 

4.4.4       Expiation : les deux boucs de Lév. 16

Comme témoignage typique du jour des expiations, on n’a pas besoin d’aller plus loin maintenant que de souligner la belle distinction entre les deux boucs, qui, ensemble, sont une ombre du seul sacrifice expiatoire pour les fils d’Israël, le sort pour l’Éternel, et l’autre, le sort pour Azazel (le bouc qui s’en va). Le premier bouc était égorgé, et son sang porté à l’intérieur du voile. Sur le second bouc, qui est un complément du premier, le souverain sacrificateur confessait toutes les iniquités d’Israël, et toutes leurs transgressions, selon tous leurs péchés, les déposant pour ainsi dire sur sa tête, et il l’envoyait alors par quelqu’un qui se tenait prêt pour cela, dans une terre inhabitée pour qu’on ne le revoie jamais (Lév. 16:21-22). C’est un témoignage rendu à la substitution de Christ emportant nos péchés au loin dans le pays de l’oubli, tandis que le bouc égorgé est le témoin de la propitiation pour le péché subissant le jugement devant l’Éternel en défense et justification de Sa nature, de Sa majesté et de Sa parole déshonorées par le mal. Ensemble, les deux boucs préfiguraient l’œuvre expiatoire de Christ dans laquelle on voyait Dieu ne pas épargner le Sauveur, Son propre Fils, afin d’épargner les pécheurs coupables que nous étions. L’amour de Dieu, à la fois dans le Père et le Fils, n’a-t-il pas été pleinement manifesté dans le sacrifice de Christ à Dieu pour nous afin que nous soyons sauvés pour toujours ?

 

4.4.5       Ésaïe 53

Sur Ésaïe 52:13 à 53:12, il y a d’autant moins à dire que ce passage parle si clairement du Messie qui doit être exalté et placé très haut, mais qui doit préalablement souffrir pour les péchés en sacrifice pour Son peuple pécheur, afin qu’ils puissent avoir part à la bénédiction et à l’honneur ainsi gagnés pour eux par Sa grâce. Nous partageons ses souffrances durant Sa vie, et certains partagent aussi Ses souffrances comme martyr ; mais Il est absolument seul à être la Propitiation et le Substitut, — ce qui n’est typifié qu’en Lév. 16, et qui est introduit seulement sur la base de Son abandon par Dieu selon le début du Ps. 22. Aucun autre que Lui n’a enduré le jugement de Dieu à l’égard du péché et de nos péchés ; et rien d’autre que ce jugement n’a provoqué l’abandon de Dieu. Nous pouvons endurer une discipline sévère à cause de nos fautes, mais c’est dans Son amour ; Lui, et Lui seulement, a enduré comme étant notre sacrifice pour le péché. Que signifie qu’il a été blessé pour nos transgressions, meurtri pour nos iniquités ? que le châtiment de notre paix a été sur Lui ? Que signifie que l’Éternel a fait tomber sur Lui l’iniquité de nous tous ? « À cause de la transgression de mon peuple, Lui a été frappé » (Lui, et non pas Israël comme les Juifs disent). De manière encore plus décisive, « il a plu à l’Éternel de le meurtrir ». Il L’a soumis à la souffrance. Si Toi (Éternel) fait de Son âme (celle du Messie) un sacrifice pour le péché, quel en est le sens sinon d’être Son œuvre expiatoire ? Et encore, qu’est-ce « Il portera leurs iniquités » ? et « Il a porté le péché de plusieurs » ? Seule l’incrédulité aveugle et obstinée peut échapper à ce que Dieu nous révèle aussi clairement que des mots peuvent l’exprimer.

 

4.5   1 Jean 4:10

4.5.1       L’amour divin, un amour complet pour le pécheur

« En ceci est l’amour, non en ce que nous ayons aimé Dieu ». C’est ce que la loi de Dieu demandait, mais n’a jamais obtenu, pas plus que l’amour du prochain. L’homme se trompe facilement dans l’estimation de son amour. Combien de Juifs ont essayé de faire croire qu’ils aimaient Dieu aussi bien que l’homme ! Mais c’était tristement en dessous du niveau requis par Dieu, comme le Seigneur Jésus l’a rendu évident quand Il était ici-bas. Jusqu’à ce que le cœur soit mis en liberté par la rédemption de Christ et qu’il ait la paix avec Dieu, il est impossible à l’amour de briser et traverser les barrières et enveloppes de mort. Même les saints sous la loi sont comme Lazare avec sur lui ses bandages servant de linceul, vivant mais ayant besoin d’être délié pour qu’on le laisse aller. Comment le cœur est-il gagné ? « En ceci est l’amour, non en ce que nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Lui nous aima, et qu’il envoya Son Fils pour être la propitiation pour nos péchés ». Plus il y a de conscience quand on est sous la loi en esprit, moins on est heureux. Les âmes exercées ne marchent pas mal habillées devant Dieu. Elles ressentent leurs carences, et sont sérieusement affligées sur elles-mêmes. Elles craignent que Dieu ait la même incertitude vis-à-vis d’elles que elles ne peuvent éviter d’avoir vis-à-vis de Lui. Le fait qu’Il justifie l’impie par la propitiation de Christ pour nos péchés, est la preuve complète de Son amour envers nous lorsque nous étions pécheurs.

 

4.5.2       Luc 15

La vie, comme nous l’avons vu, doit précéder la paix. Une personne peut être vraiment réveillée par bien des passages de l’Écriture, peut-être par les paroles solennelles de Dieu relatives au péché et aux pécheurs. Ceci est développé dans la parabole du fils prodigue qui fait suite à celle de la brebis perdue et de la drachme perdue. Dans la parabole intermédiaire, le Seigneur présente le perdu comme mort, tandis que dans la parabole précédente la brebis s’égarait activement. Il y a une vie mauvaise dans laquelle l’homme est actif, et s’égare ; il y a une autre vie vis-à-vis de laquelle il est mort. Ces aspects de la mort se trouvent dans les premières paraboles. La brebis insensée qui s’éloigne, insouciante, et s’expose à tous les dommages, c’est l’homme actif à s’éloigner de Dieu. La drachme perdue, c’est celui qui est mort dans ses péchés. Le Berger a toute la peine pour chercher l’égaré. La lumière brille par le travail de l’Esprit jusqu’à ce que la pièce perdue soit trouvée. Et c’est loin d’être tout. Il faut le fils prodigue pour compléter le tableau, et on y trouve un double travail de Dieu. D’abord le prodigue « revient à lui », il est amené à la repentance. Il se juge lui-même comme pécheur ; il reconnaît qu’il a péché contre le ciel et devant son père, selon les expressions de la parabole. Maintenant il prend le bon chemin, il est à la recherche de Dieu. Jusque là, il cherchait ses propres convoitises et ses passions ; maintenant qu’il est revenu à lui-même, « il se lève et vient vers son père ». Mais il n’a pas encore la paix. Il est encore en esprit sous la loi. « Traite-moi comme l’un de tes mercenaires ». C’est exactement ce que fait la loi ; au lieu de conduire à la liberté, elle ne fait que mettre en esclavage. L’évangile seul peut dire que tous les liens sont brisés par le Sauveur, et que l’esclave est mis dans la liberté de Christ. Ceci ressort du chemin de grâce du prodigue. « Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers ». Sans doute le prodigue était troublé quant à lui-même, et se demandait comment le père allait le recevoir. C’est le père, et non le fils, qui court à sa rencontre ; c’est le père qui l’embrasse sans tenir compte de son mal et de ses haillons. Quel triste spectacle que celui du fils, auquel il s’est réduit par la folie et par ses péchés ! Chez le père, l’amour surmonte tout. Le père ne lui permet pas de dire « traite-moi comme l’un de tes mercenaires ; on lui apporte la plus belle robe, on met un anneau à sa main, des sandales à ses pieds, on tue le veau gras et on fait une fête comme on n’en a jamais vu dans la maison. C’était un fils mort mais revenu à la vie, un fils perdu mais maintenant retrouvé.

Nous apprenons ainsi par ce tableau expressif ce qui est enseigné dogmatiquement dans l’Écriture : la bonté de Dieu qui mène à la repentance, tirant de la mauvaise direction vers la bonne, avec l’âme se jugeant elle-même, les marques certaines de la vie vis-à-vis de Dieu. Mais il n’y a eu de délivrance ni de la crainte ni de la loi avant d’être dans les bras du père, avant d’avoir le plein sens de la relation de fils par grâce. C’est alors, et alors seulement qu’il a su que tout était net. Le fait que son père l’embrasse le rendait parfaitement clair, et les voies du père à son égard en étaient tout le fruit. Il en est exactement de même dans l’évangile, mais beaucoup s’arrêtent sur le seuil. Ils sont sortis du pays où personne ne donnait rien, même pas quelque chose d’abject pour répondre à un besoin, mais ils ne sont pas allés auprès du père qui nous donne toutes choses avec le Fils (Rom. 8:32). Et c’est ce qu’on a ici aussi. « C’est ici l’amour », la vie pour le mort, la propitiation pour le coupable. N’est-ce pas une bénédiction encore plus grande que si l’on n’avait jamais été pécheur ? Adam au paradis n’avait rien de tel. Adam n’avait pas une vie pareille à celle de Christ. Ce n’était pas donné pour le paradis. Il peut l’avoir acquise plus tard, comme ceux qui ont cru, les saints de l’Ancien Testament ; mais il ne l’avait pas là en ce temps. C’est donc réellement quand l’homme est arrivé à son pire état, que Dieu a manifesté ce qu’Il avait de mieux — non pas Christ venant simplement nous donner la vie, mais Christ mourant comme propitiation pour nos péchés.

Quand nous pensons à la gloire et aux souffrances de Celui qui est ainsi mort, spécialement de la part de Dieu, quand nous pensons à tous les péchés et iniquités qu’Il a portés en sacrifice, — ô quelle merveille que le gouffre séparant le pécheur d’avec Dieu ait été ainsi comblé (rien d’autre ne pouvait le combler) ! C’est ce qui est impliqué ici. « Non pas en ce que nous, nous ayons aimé Dieu », — on peut avoir essayé, et si oui, on a complètement échoué ; c’était la loi, mais ici c’est l’évangile — « Il nous aima, et envoya Son Fils pour être la propitiation pour nos péchés ». Tout a été fait dans cet acte unique de Sa part, dans cette souffrance unique qui a été la Sienne. « Christ a souffert une fois » (« une fois » suffisait) « pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’Il nous amenât à Dieu » (1 Pier. 3:18). Il était homme, mais n’était-Il pas Dieu ? Il était le Fils, et Il est ressuscité. C’est la preuve glorieuse qu’Il a triomphé. Effectivement Il ne pouvait échouer. Comment Dieu pourrait-Il échouer ? N’était-Il pas le Fils unique de Dieu ? Si nous croyons l’Écriture, nous ne devons pas avoir de doute à cet égard. La peur et les manquements sont quelque chose de naturel chez l’homme déchu. Celui-ci est pécheur, et en conséquence il redoute le jugement de Dieu. Mais Dieu ne demande pas de vous fier à vous-même. Il vous demande de croire au Seigneur Jésus Christ. Il sait que trop bien que vous ne L’aimez pas ; Il vous commande de croire en Son amour manifesté en Christ, et en mourant comme propitiation pour vous. Ne dites pas que vous êtes trop mauvais ; effectivement vous êtes aussi mauvais qu’il est possible de l’être, et bien pire que vous ne pensez. Prenez honnêtement la place de « perdu », et ce sera la fin de vos discours sur votre mauvais état. Or c’est pour les perdus qu’Il est venu et est mort.

Le prodigue pensait qu’il était descendu bien bas quand il s’est proposé de demander de prendre la place d’un mercenaire [ouvrier salarié]. En fait il n’était pas en état d’être un mercenaire. Pensez-vous que quelqu’un voudrait prendre un serviteur avec un tel historique ? Ce n’est pas du tout notre caractère qui est en cause. La grâce souveraine s’élève au-dessus de tout péché et de toute iniquité. Que l’âme prenne la place d’un pécheur, et de rien d’autre ; et laissez donc à Dieu le soin de ne montrer rien d’autre que Son amour. Ce qu’Il fait n’est pas simplement de me donner la vie (pour ressentir ce qui est dû à Dieu, et ce qui convient à Son enfant), mais Il donne aussi la propitiation qui pourvoit à tous mes péchés et en fait le nettoyage. Et rappelez-vous que si le traitement n’est pas fait sur tous les péchés, il n’est fait sur aucun. Si des péchés sont traités, c’est tous qui le sont. Telle est la manière d’agir de l’évangile par lequel Dieu règle la question ; c’est ce sur quoi tout croyant est appelé à se reposer.

 

4.5.3       Repos en Christ. Jouissance et épanchement de l’amour dont la source n’est qu’en Dieu

Ô chers frères, vous reposez-vous ainsi en Christ ? parmi vous qui croyez en Jésus le Fils de Dieu, y a-t-il quelqu’un qui dit : « traite-moi comme l’un de tes mercenaires » ? Celui qui est venu comme homme, et apportant la vie éternelle, vous fait sentir vos péchés par ce don même de la vie, mais Il vous donne aussi de croire qu’Il est la propitiation pour ces péchés. Sous le système juif, il y avait des sacrifices continuels, des sacrifices répétés pour le péché ; mais maintenant dans l’évangile, du fait que le Fils s’est livré en sacrifice, il y a rémission de péchés, et il n’y a plus de sacrifice pour le péché (Héb. 10:18). Car par une seule offrande Il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés. « Sanctifiés » veut dire que ceux qui le sont, sont mis à part pour Dieu, non par la loi maintenant, mais par le sang de Christ.

Bien-aimés frères, est-ce là votre foi ? Puisse le Seigneur accorder qu’il en soit ainsi, et que vous puissiez trouver vos délices dans ce que l’apôtre Jean développe quant à la manifestation de l’amour de Dieu dans l’envoi de Son Fils avec les deux objectifs qu’il mentionne. Y a-t-il rien qui manifeste aussi parfaitement le vrai caractère de l’amour qui est de Dieu ? et que cet amour n’a absolument rien à faire avec aucun effort venant de nous. La source d’où il jaillit est Dieu. Mais si nous sommes nés de Dieu, nous partageons la nature de Dieu ; et si nous partageons Sa nature, Il a pourvu à ôter tout ce qui entrave l’exercice propre de cette nature. Notre vieil homme est encore là en fait, bien que nous sachions qu’il est crucifié avec Christ, afin que la corps de péché soit annulé, pour que nous ne servions plus le péché.

Cependant si votre œil n’est pas fixé sur Christ, la vieille nature est certainement une entrave. Nous avons donc besoin de savoir comment Dieu a traité nos péchés en Christ, et le péché, qui en est la racine. Il peut aussi y avoir un obstacle par le fait d’être inconséquent, de sorte que l’amour ne peut pas s’écouler selon Dieu vers ceux que Dieu voudrait qu’on aime. Son amour inspire l’amour à tous ceux qui sont Siens, à Ses enfants ; et Il y a pourvu par notre foi, par la nouvelle vie, et par l’Esprit qui demeure en nous. La question n’est pas de savoir si on aime telle qualité ou tel comportement, ou des choses de ce genre ; mais en face de toutes les difficultés, Il compte que nous les aimions de cet amour qui est de Dieu. Et Il introduit ces deux immenses manifestations de l’amour divin, auxquelles nous devons notre nouvelle relation et le lavage de nos péchés, afin de nous rendre propres à nous aimer l’un l’autre comme appartenant à la famille de Dieu.

Ceci n’est pas tout ; mais nous nous arrêtons là. Si le Seigneur le veut, nous verrons qu’Il a plus à nous dire, et quelque chose d’extrêmement important qui couronne Son amour. Nous avons eu l’amour descendant dans le Fils de sa hauteur céleste, et descendant dans les profondeurs sans fond pour nous ; et nous avons à attendre à ce qu’il nous élève à cette hauteur. Entre temps, je citerai les vers d’un agnostique fameux, converti à Dieu avant sa mort. Combien il est triste de ce que personne n’était là pour l’assurer, par le moyen de la Parole, de l’amour de Dieu en Christ, et pour ainsi chasser ses doutes ! J.G.R avait besoin de Luc 15 plutôt que du Ps. 27.

 

Je ne demande pas ton amour, ô Seigneur ;

Les jours peuvent ne jamais venir où l’angoisse se taira ;

Il suffit pour moi que tu me montres ta compassion,

À moi qui suit comme une brebis frappée qui s’égare

en criant sans cesse après les chemins qu’elle n’oublie pas.

Oh, fais-moi retourner aux pâturages que j’ai connus,

Ou trouve-moi seul dans le désert

Et tue-moi comme la main de grâce tue.

 

Je ne demande pas ton amour, et même pas

L’espoir de reposer sur ta poitrine ;

Mais que tu sois encore mon Berger — que tu le sois encore

Avec une compassion capable de s’attendrir, et avec un tel cri ;

De sorte que je puisse entendre Ton pied, et sentir que Tu me touches,

et entrevoir Ta face avant que je meure

 

 

5                    Quatorzième méditation publique — 1 Jean 4:11-16

5.1   1 Jean 4:11-12

Nous avons vu dans les versets déjà considérés, que, pour donner son caractère propre à l’amour auquel nous sommes appelés, l’apôtre a rappelé la manifestation de l’amour de Dieu en Christ : d’abord quand nous étions morts, Il nous a donné la vie (4:9), et ensuite quand nous avons eu la vie et que nous avons ressenti le fardeau et le mal de nos péchés comme jamais auparavant, Il a accompli la propitiation qui a enlevé tous nos péchés (4:10). Tel est le vrai ordre de l’action de Dieu dans l’âme. Cela nous permet de voir la grande importance de la réception de la vie, car sans la vie il n’y a rien de capable d’écouter les choses divines ou d’y répondre ; la mort dans l’âme n’est pas encore ôtée, et la notion que l’Esprit de Dieu opérerait en lieu et place de la vie, ou plutôt sans elle, est réellement monstrueuse. L’Esprit de Dieu ne peut pas agir en l’absence de la vie sur laquelle il agit normalement.

Christ est sans doute la vie du croyant ; et par la foi, le vieux « moi » est traité comme n’existant plus devant Dieu. Il est là en fait, mais par la grâce de Christ il n’a plus de droits. Comme chrétiens, nous le renions au nom de Christ ; nous le reconnaissons comme entièrement sans valeur ; nous le délaissons comme entièrement mauvais maintenant à nos yeux, comme il l’avait toujours été aux yeux de Dieu, malgré tout ce son entourage a pu en penser de cette personne. Il peut avoir été un grand génie, il peut avoir eu l’énergie la plus merveilleuse qu’on puisse désirer, mais le moi est sans Dieu et contre Dieu, et ne pourra donc jamais entrer dans Sa présence. Comment dès lors le vieil homme pourrait-il jamais être un objet que le Saint Esprit prenne en charge et sanctifie pour Dieu ? C’est pourquoi l’Écriture ne parle pas de sanctifier la vieille vie dépravée, mais elle parle du vieil homme crucifié avec Christ, du péché dans la chair condamné par Dieu en Christ comme sacrifice pour le péché, afin que le corps de péché soit annulé, pour que nous ne servions plus le péché (Rom. 6:6). Ce n’est plus le « moi » pécheur, mais « Christ vit en moi » (Gal. 2:20).

Il y a ainsi une nouvelle vie à laquelle, en vertu de la rédemption, le Saint Esprit peut s’attacher. Or sans la nouvelle vie, il n’y a rien sinon le vieil homme ; c’est pourquoi la nécessité de la nouvelle vie en Christ est manifeste. En fait, tous les personnages éminents de l’Ancien Testament avaient la vie, et comme tous les saints maintenant ont aussi la vie ; le croyant connaît-il une vie quelconque pour l’homme pécheur en dehors de la vie de Christ ? Comme l’incorruptibilité pour le corps bientôt, cette vie est mise en lumière par l’évangile (2 Tim. 1:10), mais elle opérait déjà dans tous les croyants avant l’évangile ; et il ne pourrait pas y avoir de saints sans cette vie. Quelles que soient les différences de forme intervenues, la part de ceux qui ont vécu après le temps où le Seigneur est devenu homme a été bien meilleure. Il a désormais été clair, comme jamais auparavant, ce qu’était la vie nouvelle, et qui étaient ceux à qui Il conférait la vie en croyant. Elle était pour les hommes, non pour les anges. « La vie était la lumière des hommes », et des hommes seulement, dans la mesure des indications de l’Écriture (Jean 1:4). Les anges élus ne sont jamais tombés ; ayant été préservés du péché, ils n’ont pas besoin d’une vie nouvelle ; pour les anges déchus, il n’y a ni repentance, ni don de la grâce. Ils ont une vie, quelle qu’elle soit, qui ne nous est pas expliquée, et ce n’est pas à nous d’en pénétrer le secret. Qu’avons-nous à faire avec de telles investigations ? (voir Col. 2:18). C’est toujours une vaine poursuite quand l’homme s’occupe des anges. J’ai pourtant connu un chrétien qui en était tellement plein qu’il prenait courage à l’idée chimérique que les anges, bons ou mauvais, le voyaient toutes les nuits, de sorte qu’il s’imaginait connaître leurs noms ; mais tous cela n’était que de la sentimentalité et de l’imagination, bien qu’il s’agît d’un véritable saint de Dieu. Il n’y a guère de folies plus grandes que de pareilles spéculations sur ce qui ne se voit pas (Col. 2:18).

 

Mais ici on a la réalité bénie de l’intérêt profond que Dieu prend à l’égard de l’homme, et de Son amour actif envers lui. Tout d’abord il est dans le caractère souverain de l’amour de nous donner la vie quand nous étions morts ; et de nous délivrer de toute culpabilité quand nous recevons la vie ; car le même Seigneur Jésus qui nous a apporté la vie, c’est Lui qui est devenu la propitiation pour nos péchés. Car cette vie sainte faisait que le fardeau de nos péchés nous était insupportable. Mais l’expiation a été faite par Son sang versé une fois pour les péchés ; et nous sommes appelés à croire la grâce de Dieu, et à jouir de la vérité bénie qui s’y rapporte.

 

5.1.1       Retour sur 1 Jean 3:24

Mais il y a plus que ceci, bien que l’apôtre passe très progressivement pour en arriver au reste. Il l’a déjà abordé au dernier verset (24) du ch. 3 : « celui qui garde Ses commandements demeure en Lui, et Lui en cet homme ». Celui qui est ainsi béni est obéissant, mais qui obéit maintenant ? Personne bien sûr, hormis le chrétien. Seulement ce n’est pas quelques chrétiens, mais tous ceux qui le sont réellement. Ils obéissent à Dieu comme ayant Sa nature, la vie que Christ est, et qu’Il leur a donnée.

Cependant il ne donne pas plus d’explication dans ce v. 24, et laisse le reste pour le considérer en son temps. Il se borne à ajouter une indication petite mais importante dans la dernière partie du verset 24. « Par ceci nous savons qu’Il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné ». Le mot grec pour demeurer est ici μενει, mais il existe un autre mot οικει. Dieu « demeure » en nous, c’est la force simple et certaine du verset. Ce n’est pas un acte passager, ni une visite de courte durée. Avec « demeurer », nous avons l’un des mots caractéristiques du christianisme, sa perpétuité. Israël connaissait très bien quelque chose qui avait été très bon pour un temps, mais qui leur avait été retiré ; comme le dit l’épître aux Hébreux (8:13), ce qui devient ancien et qui vieillit est près de disparaître. Tel était le judaïsme, qui devait céder sa place au christianisme qui reste permanent en lui-même et dans les âmes fidèles. Demeurer est le caractère stable de toute bénédiction chrétienne, sauf les bénédictions conditionnelles, et il y en a aussi. Mais le caractère éternel marque les choses nouvelles, spécialement la vie que nous avons en Christ ; pour cette raison elle est qualifiée par ce terme frappant d’« éternel », et nous faisons bien de nous en réjouir. En tout cas, c’est ce que nous avions tous l’habitude de faire quand nous avions beaucoup de compagnons qui la proclamaient et rendaient grâce pour elle sans mesure, alors que maintenant ils restent silencieux à l’égard de cette « vie éternelle » (*) — cela nous est douloureux.

 

(*) Note Bibliquest : L’auteur fait allusion à des événements de l’époque où s’était développée une fausse doctrine sur « la vie éternelle » qui n’était plus considérée comme une possession présente.

 

Mais il y a plus que la vie éternelle, bien que l’essence de notre bénédiction soit caractérisée par la vie en Christ. Et cette vie n’est-elle pas Christ manifesté constamment dans tous les actes des Siens ici-bas ? — la dépendance de Dieu selon une obéissance sans faille. S’Il nous appelle à obéir comme Lui a obéi, s’Il établit des commandements, ceux-ci n’ont absolument rien à faire avec les dix commandements. La loi faisait appel à la chair ; on y trouvait la vie ici-bas offerte, mais jamais gagnée : « fais ceci, et tu vivras ». Mais les commandements de Christ sont des préceptes directeurs pour ceux à qui la vie nouvelle a déjà été donnée par grâce par la foi. Ceux-ci ont donc maintenant la plus grande de toutes les bénédictions en ayant Christ dans leur vie. Ce qui est tout à fait certain, c’est que Dieu a donné les croyants à Christ, et que Christ s’est donné Lui-même pour eux. Merveilleuse vérité, et pourtant si simple ! C’est la parole de vérité, l’évangile de notre salut (Éph 1:13). Mais la vérité de l’évangile est vite perdue quand on spécule au lieu de croire.

C’est justement la raison pour laquelle, du fait que cette vie est simplement une vie de dépendance, nous désirons en outre la présence et la puissance de Dieu ; car les dangers et les difficultés sur le chemin sont immenses. Spirituellement, nous avons besoin de puissance en plus de la capacité de vie. S’il n’y a pas cette force vive, nous n’arrivons pas à surmonter les obstacles. Autrement nous constatons notre inertie ou bien nous adoptons l’énergie de la chair. La dépendance a beau être bénie, elle n’est pas de la puissance. La vraie énergie du chrétien est l’Esprit de Dieu qui demeure en lui, non pas la vie de manière abstraite, bien que notre nouvelle position de vie en Christ soit essentielle. Il y a besoin de Lui pour l’opération de la puissance en nous. Lors de la création, le Saint Esprit y contribua. Quand tout fut jeté dans le chaos, l’Esprit Saint planait au-dessus de la scène de confusion et de ténèbres. Pareillement, quand Dieu voulut avoir une tente au milieu de Son peuple, Il ne permit pas qu’Israël en arrange une selon sa sagesse. Tout fut arrangé par Lui. Outre les directions pour l’ouvrage, Dieu donna puissance par Son Esprit même aux artisans qui avaient à y travailler. On n’est peut-être pas assez respectueux, et on devrait dire ceux qui travaillaient l’or et l’argent et les pierres précieuses, les menuisiers, les tapissiers, etc. qui avaient à faire avec la construction des différentes parties du sanctuaire. Rien ne fut laissé à l’initiative de l’homme, mais l’Esprit de Dieu opéra tout par l’homme.

Or l’Esprit de Dieu a maintenant un but incomparablement plus élevé. Il n’est pas question d’un tabernacle terrestre ni d’un temple magnifique, même si nous savons que l’inspiration de Dieu donna des directives à l’égard de tous les deux. Maintenant l’Esprit de Dieu daigne habiter dans ceux qui croient. Il est Celui qui scelle chaque croyant pour le jour de la rédemption. Les saints de l’Ancien Testament n’avaient pas un pareil privilège, et bien qu’ils eussent la vie, ils semblent n’en avoir rien su, ou presque. La particularité du christianisme est que nous pouvons dire maintenant : « nous savons que Dieu a révélé ce qui leur était caché ». « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu », Il le révèle maintenant par Son Esprit (1 Cor. 2:9-10). Il n’est pas tellement pour nous un Esprit de prophétie, mais plutôt un Esprit de communion ; et aussi Il n’est certainement pas un Esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de sobre bon sens. En conséquence, comme c’était juste ce dont nous avions besoin, c’est aussi ce que Dieu nous a donné. « Par ceci nous savons qu’Il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné » (3:24).

 

5.1.2       Retour sur 1 Jean 4:1-10

L’apôtre prépare ici la voie pour la vérité nécessaire non encore abordée dans l’appel à aimer. « Bien-aimés », car tel est (4:11), ici aussi, le terme utilisé pour lancer son appel. C’était aussi le même terme (4:1) quand Dieu les avertissait contre les faux prophètes animés de mauvais esprits. C’est ce qui a été fait dans les versets du début du chapitre. Il parle aux saints avec amour du grand danger provenant de la puissance persuasive des mauvais esprits quand on s’oppose à eux en se confiant dans le premier homme, au lieu d’avoir foi en le Second homme. Seul Jésus est vainqueur de Satan ; et le croyant aussi est vainqueur, mais seulement par Celui qui l’a aimé et est mort pour ses péchés (Rom. 8:37). Aucun esprit mauvais ne confesse Jésus. Seul l’Esprit confesse Jésus venu en chair (4:2). Telle est la sauvegarde contre les faux prophètes : ils vantent l’homme déchu et rabaissent la Parole devenue chair. Mais l’apôtre répète « Bien-aimés » quand il exhorte les saints à s’aimer l’un l’autre à partir du verset 7 (ch. 4), à la fois parce que « l’amour est de Dieu », et sur la base de la preuve que cela fournit que celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu ; et aussi que quiconque n’aime pas, ne connaît pas Dieu, parce que Dieu est amour. Ici le même thème est poursuivi et le « Bien-aimés » est répété au v. 11.

 

5.1.3       1 Jean 4:11

« Bien-aimés, si Dieu nous aima ainsi, nous aussi nous devons nous aimer l’un l’autre » (4:11). L’apôtre ne dit jamais que nous devons aimer Dieu, car il est toujours supposé que nous L’aimons. C’est le cas de tout croyant qui connaît l’amour de Dieu pour lui lorsqu’il était dans ses péchés et dans l’inimitié contre Lui, et qui a appris dans l’évangile à connaître cet amour souverain pour nous lorsque nous étions sous notre culpabilité et dans l’état de perdition, — cet amour qui a donné Christ Son Fils pour mourir pour nous. « Car quand nous étions encore sans force, au temps convenable, Christ est mort pour des impies » (Rom. 5:6). Le « temps convenable » pour l’amour dont nous avions tant besoin, cet amour si immense en lui-même, si digne de Dieu et de Son Fils, c’était quand l’homme — à la fois les Juifs et les Gentils — a joint ses mains pour crucifier le Sauveur, et s’est ainsi retranché de la miséricorde quelle qu’en soit la base, sauf Sa grâce illimitée. Les Juifs se vantaient de la loi, mais la violaient à tous égards, ils ne l’ont jamais violée de façon plus éhontée qu’à la crucifixion. Les Romains se vantaient de leur loi et de leur gouvernement, mais malgré toute leur hardiesse dont ils étaient fiers, ils condamnèrent Celui qu’ils savaient innocent, Jésus, par crainte du cri méchant du peuple qu’il méprisait et par crainte de perdre l’amitié de César. Les Juifs et les Gentils se sont joints pour commettre l’iniquité atroce contre Dieu. C’est là et alors que Dieu manifesta Son amour pour nous en ce que, quand nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous (Rom. 5:8). Quelle folie d’imaginer qu’Il désirât que le pécheur se recommandât à Dieu en accomplissant quelque bien ou quelque grande chose ! et d’oublier que c’est Lui qui a opéré dans Son Fils la seule chose excellente et grandiose qu’Il pouvait faire dans ce sacrifice parfaitement suffisant pour celui qui croit ! Quand ceci est reçu, le cœur le plus orgueilleux et le plus noir, ne manque pas à aimer.

Or ce n’est pas la seule raison pour laquelle le chrétien aime Dieu. En recevant Christ, il reçoit la vie éternelle. Il est né de Dieu, il devient Son enfant. Il aime Dieu comme Son Père. Si en temps ordinaire un enfant aime ses parents malgré beaucoup de fautes des deux côtés, combien plus la nouvelle nature pousse le chrétien non seulement à aimer le Père plein de bonté et de grâce, mais aussi ceux qui ont la même vie, le même Esprit.

« Bien-aimés, si Dieu nous aima ainsi, nous aussi nous devons nous aimer l’un l’autre » (4:11). Il est facile de voir que toutes les exhortations chrétiennes de l’Écriture présupposent qu’on possède déjà la grâce divine. Dieu ne nous a pas appelés à aimer avant d’avoir prouvé Son amour envers nous en Christ, et de nous avoir fait connaître Son amour. Et les deux besoins du pécheur que d’autres passages de l’Écriture viennent juste de nous montrer comme satisfaits, nous les avons vu mis en relief brièvement, mais de façon touchante, aux v. 9 et 10, un peu plus haut dans ce chapitre. Ce n’est pas exagéré de dire que celui qui est né de Dieu et qui a été racheté par le sang de Christ ne peut qu’aimer Dieu ; c’est d’ailleurs une raison claire et suffisante pour laquelle l’apôtre n’exhorte jamais à aimer Dieu ou Christ.

Il en va tout autrement de l’homme naturel au temps où nous étions inconvertis. Tous ceux d’entre nous qui ont eu la faveur d’avoir des parents croyants, et d’avoir entendu la Parole de Dieu et participé à la prière dès nos plus jeunes années, nous avions mauvaise conscience jusqu’à ce que la vérité se soit fait sentir à nos cœurs ; nous avions peur de Dieu à cause de nos péchés, et pourtant nous négligions un si grand salut, et nous tremblions devant la mort et le jugement lorsqu’ils se présentaient à quelque peu à nos yeux. Impossible pour des âmes dans cet état d’aimer Celui dont le jugement éternel était un sujet d’effroi perpétuel pour nos âmes coupables, toujours en quête de plaisirs, de promotion dans le monde, de richesses et de toutes les autres vaines gloires possibles auxquelles nous aspirions. L’amour que nous avions alors était au mieux celui de la nature, sans aucune référence au cœur de Dieu. Un tel amour ne dépassait l’affection d’un chien ou d’un chat que dans la mesure où la nature de l’homme est plus élevée que celle des bêtes. Mais l’amour de la nouvelle nature est supranaturel, et il a son caractère, ses motifs et sa source en Christ. D’où l’erreur et le danger d’attribuer la bienveillance naturelle à la grâce. L’amour chrétien est apparenté à l’amour de Dieu pour nous, quand il n’y avait rien d’aimable en nous ; car nous lisons : « Car nous étions, nous aussi, autrefois, insensés, désobéissants, égarés, asservis à diverses convoitises et voluptés, vivant dans la malice et dans l’envie, haïssables, nous haïssant l’un l’autre » (Tite 3:3). Voilà ce que disait celui qui était sans reproche quant à la justice qui est par la loi (Phil. 3:6). Mais la lumière de la gloire de Christ brilla dans son cœur, en exposa la corruption ; et toutes ces choses et tout ce dont l’homme se glorifie, il le compta et continua à le compter comme des ordures en comparaison de Christ, de sorte qu’il ne lui importait pas d’avoir un chemin de souffrance en allant vers la résurrection d’entre les morts, c’est-à-dire vers Christ dans la gloire.

Notre apôtre dit que si Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer l’un l’autre. Car bien que nous partagions la même vie bénie en Christ, et la même propitiation pour nos péchés, la chair et le monde suscitent beaucoup de difficultés grandes et variées. C’est l’incrédulité la plus complète que de se dérober à Dieu, même quand nous cherchons à découvrir les folies et les torts dans lesquels nous avons pu glisser ; car c’est Lui qui tient à Sa relation de Père et à la notre en tant que Ses enfants, tandis que l’ennemi cherche à nous détacher de Lui. Mais les enfants de Dieu sont exposés à des pièges par la chair. Quand ils ne sont pas sur leur garde, ils sont enclins à espionner les fautes chez leurs frères ou à minimiser, voire occulter leurs propres fautes. Ce n’est pas s’aimer l’un l’autre du tout, et encore moins comme Christ nous a aimés, ce qui est la norme pour le chrétien comme la loi disait à Israël d’aimer leur prochain comme eux-mêmes : c’est une différence qu’il faut voir et sentir. Ils étaient un peuple dans la chair et sous la loi ; nous sommes dans l’Esprit (Rom. 8:9) et sous la grâce (Rom. 6:14), si du moins l’Esprit de Dieu habite en nous. Alors vient l’amour pour la famille de Dieu, qui découle de la grâce de Dieu pour nous personnellement. La loi n’a rien amené à la perfection (Héb. 7:19), et elle n’est pas faite pour le juste, mais pour l’inique et le hors-la-loi et ceux de ce genre, pour les condamner, et les conduire au seul refuge des pécheurs. L’usage de la loi par la chrétienté déchue, aussi bien ancienne que moderne, consiste à mettre le juste sous la loi, ce que l’apôtre déclare illégitime. Nous sommes expressément sous la grâce qui malgré tous les obstacles nous fortifie pour s’aimer l’un l’autre.

Nous ne pouvons qu’aimer Celui qui nous a aimés le premier, alors même que nous étions en haillons et dans la dégradation parmi les pourceaux, ne trouvant aucune pitié de la part de ceux qui se plaisaient à nous voir abonder dans le péché et la folie ; car quand on vient à être dans le besoin, personne ne donne rien. Tel est le monde, mais tel n’est pas le Père. Quand le prodigue jugea dans une mesure ses voies mauvaises et leurs terribles résultats, son cœur se tourna vers celui qu’il avait abandonné et oublié depuis si longtemps : « Je me lèverai [dit-il] et je m’en irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et se levant, il vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers » (Luc 15:18-20). Voilà l’amour de Dieu décrit par Celui qui le connaissait le mieux, et qui fut présenté aux publicains et aux pécheurs qui s’approchaient pour entendre les merveilleuses nouvelles de la grâce, à côté des scribes et des pharisiens qui murmuraient. Non content de pardonner, et ne laissant pas le prodigue proposer de prendre place parmi les mercenaires, il déclara : « Apportez dehors la plus belle robe, et l’en revêtez ; et mettez un anneau à sa main et des sandales à ses pieds ; et amenez le veau gras et tuez-le ; et mangeons et faisons bonne chère ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (Luc 15:22-24). Voilà la grâce, non pas la loi ; elle montre ce que Dieu est comme Père dans des paroles dignes de Son Fils. Et s’Il est tel vis-à-vis du pécheur le plus relâché qui vient à Lui, qu’il est triste de mettre en doute la grâce dans laquelle se trouve le croyant, ou de douter de Son amour plein de pitié envers le chrétien qui s’égare, Son enfant !

Hélas ! si Lui ne change pas, ses enfants sont changeants, de sorte qu’il était juste et nécessaire de les appeler à s’aimer l’un l’autre, comme l’apôtre le fait avec humilité, « nous devons nous aimer l’un l’autre ». Il se range parmi ceux qu’il appelle à cette obligation, qui n’est pas si facile en tout temps, comme certains le pensent. L’amour selon Dieu n’est pas simplement de l’« affection fraternelle », aussi excellente soit-elle quand elle est applicable. 2 Pierre 1:7 trace la ligne de démarcation, et met l’amour au-delà, comme étant plus profond et plus élevé. Quand la bonté fraternelle vient en aide, l’amour peut baisser en voyant un piège dangereux et un péché grave que la bonté fraternelle était trop préoccupée pour la discerner à la lumière de Dieu. L’amour divin regarde au côté divin, au lieu de céder à de simples émotions. Nous devons nous tenir à la source, pour ainsi dire, pour nous rafraîchir et être capables de rafraîchir, agissant avec un œil simple dans l’amour qui est de Dieu. Rien ne lui est plus opposé, que l’amabilité humaine qui ne met à l’épreuve aucune conscience et laisse faire la volonté de chacun. « Celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée » (Hébreux 12:6). Et il en est ainsi avec notre amour selon Dieu. Comme il est de Dieu, il sent et agit pour Dieu. Or si Lui nous a « ainsi aimés, nous aussi nous devons nous aimer l’un l’autre ». Il savait tous les obstacles et les insuffisances en nous Ses enfants, comme Il connaissait et sentait tous nos péchés et iniquités quand nous étions enfants de colère ; cependant Il nous a aimés jusqu’à donner Son Fils pour nous. Dès lors nous devons certainement nous aimer l’un l’autre comme étant les objets du même amour.

C’est ainsi que l’apôtre Paul dit aux Éphésiens : « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, comme offrande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur » (Éphésiens 5:1-2). Rien ne fait autant jaillir l’amour que l’amour ; aucun amour n’est aussi efficace et ne produit autant de fruit que l’amour de Dieu en Christ, la perfection même de Son amour. Et nous connaissons cet amour, non en spectateurs comme les anges, mais comme étant nous-mêmes les objets de cet amour à la fois vers le bas et vers le haut, à un degré stupéfiant aux yeux des anges. Car n’étions-nous pas dans les profondeurs de la dégradation et d’une culpabilité aggravée et d’une audace sans force ? Pourtant Christ Son Fils est descendu ici-bas sous nos péchés dans le jugement de Dieu à la croix. Et n’est-Il pas ressuscité au dessus de toutes les principautés dans la gloire céleste, anges et autorités et puissances Lui étant soumis (1 Pierre 3:22) — Lui à qui nous sommes maintenant unis par le Saint Esprit, pour être un esprit avec le Seigneur ? (1 Cor. 6:17).

 

5.1.4       1 Jean 4:12

Le verset 12 est digne de toute considération. Il rappelle Jean 1:18 : « personne ne vit jamais Dieu ». Comment a-t-il été répondu à un besoin aussi grand chez l’homme ? Le Dieu de toute bonté n’a-t-Il pas eu compassion pour la carence de l’homme ? En envoyant Son Fils homme parmi les hommes, Il s’est fait connaître, très glorieusement pour Lui et Son Fils, très efficacement en soi, et avec égards et amour envers l’homme. « Le Fils unique qui est dans le sein du Père, Lui, L’a fait connaître ». Si on avait demandé à toute âme d’homme depuis Adam comment Dieu pourrait se faire connaître de la manière la meilleure et la plus sûre, et dans l’amour le plus complet pour l’homme selon tous ses besoins et sa misère, personne ne se serait risqué à proposer une manière telle que celle choisie par Dieu. Pourtant Satan trouva les moyens de faire ignorer et rejeter le Fils de Dieu, pour la ruine de l’homme, en se servant des convoitises et des passions de l’homme, de sa volonté, de ses intérêts mal compris, et en particulier de sa religion inventée.

Mais le Fils de Dieu venu en amour divin, est retourné à Son Père. Et l’apôtre répète « personne ne vit jamais Dieu », en se référant clairement aux mêmes paroles de l’évangile. Pourtant le Fils, le Fils rejeté n’est pas ici pour Le faire connaître. Quelle est dès lors la réponse à ce même besoin ? « Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous, et Son amour est consommé en nous ». N’est-ce pas un moyen frappant et solennel de répondre au besoin ? Ne s’adresse-t-il pas d’une manière directe et puissante à vous, mes frères, à moi et à tout enfant de Dieu ? Nous sommes ici et maintenant non seulement lavés de nos péchés par le Fils, mais faits fils de Dieu ; et par le moyen de notre amour mutuel selon Dieu, nous sommes là pour connaître et témoigner de Lui dans un monde qui ne Le connaît pas. Les enfants ont à refléter maintenant ici-bas l’amour de Dieu. C’est ce que le Seigneur a fait en perfection quand Il était ici-bas ; dans quelle mesure le connaissons-nous réellement et demeurons-nous ainsi dans Son amour ?

Mais jusqu’ici nous n’avons regardé qu’aux premiers mots de la réponse de l’apôtre. Écoutons le reste : « Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous, et son amour est consommé en nous » (4:12). L’amour mutuel des chrétiens est la preuve et la puissance de communion pour qu’Il demeure en nous et que Son amour soit consommé en nous, au lieu d’être étouffé par la chair ou attiré par les appâts du monde. Évangéliser l’incrédule ou le pécheur qui périt n’est nullement une réponse à la question soulevée, à savoir : Où et comment Dieu peut-Il être vu maintenant ? En face de tous les efforts de Satan pour dresser les enfants de Dieu les uns contre les autres, le fait de s’aimer l’un l’autre comme Dieu a aimé, et comme Christ l’a manifesté, cela fait connaître que Dieu demeure en nous, et que Son amour est consommé en nous. Quel encouragement pour une marche humble et discrète dans l’amour qui est de Dieu ! Quel réprobation sur tous ceux qui pensent que cela n’a guère d’importance ni qu’il en résulte guère de bénédiction ! Pourtant 1 Jean 4:12 ne peut pas exister sans Jean 1:18, et plus encore — sans la mort de Christ pour nous et le don de l’Esprit en nous. Christ doit être la vie pour qu’un tel amour soit reproduit. Pourtant quand les disciples ont vu sa perfection en Christ, combien ils ont peu réalisé que Dieu était en Lui ! Une fois qu’il fut mort et ressuscité, ils comprirent mieux. Mais une fois oints du Saint Esprit, ils jouirent bien mieux de tout, et marchèrent en demeurant dans cet amour qui est l’énergie de la nature de Dieu. Il en est ainsi maintenant pour nous, en principe et en fait selon la mesure de notre spiritualité.

Ceux qu’on appelle les évangéliques pensent que le principal de leur amour consiste à aller chercher la conversion des âmes. C’est en effet une bonne œuvre si elle est faite dans la foi et l’amour pour Christ ; mais ce n’est pas ce que le Seigneur ordonne comme étant l’amour qu’Il a tellement à cœur ; et on ne peut pas douter que les évangélistes zélés et leurs alliés soient souvent peu sensible au nouveau commandement de nous aimer l’un l’autre. Ils ont tendance à être tellement occupés de leur travail qu’ils mesurent l’amour surtout par l’aide qu’on apporte à ce qui les intéresse. Et le système moderne des sociétés spéciales réclame pareillement de nouvelles méthodes, comme si les paroles de notre Seigneur étaient devenues obsolètes. Loin de mon cœur de dire des paroles désagréables envers qui que ce soit ; mais il faut voir les faits en face tels qu’ils sont, et je me réfère à des choses qui paraissent irréfutables.

On peut voir facilement combien cet amour de Dieu en nous envers nos frères s’élève au-dessus du devoir moral. Si le Saint Esprit n’avait pas ainsi écrit par le moyen de l’apôtre, nous aurions pu penser que c’était une exagération grossière de lui donner autant de valeur, jusqu’à dire que si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous, et Son amour est consommé en nous. Puissions-nous simplement et pleinement croire Sa Parole afin que nous soyons rendus capables d’aimer ainsi, et que nous assurions nos âmes que, comme l’amour est de Dieu, ainsi Lui demeure en nous pour marcher dans cet amour, à part du monde qui ne peut s’y mélanger que pour en détruire le caractère, au lieu que Son amour soit consommé en nous. Personne ne peut partager ni comprendre cet amour à moins d’être né de Dieu, et même alors il ne le peut qu’en marchant par la foi de Christ et en voyant ainsi l’invisible et l’éternel. La vue de nos yeux ou de notre esprit détruit son caractère.

Or nous sommes responsables de connaître Dieu, et nous qui croyons en Christ, nous avons la joie de connaître Dieu. Chaque mot, chaque action, chaque regard de Christ relatés dans la Parole nous font entrer dans cette intimité ; car les écrits inspirés ont beaucoup à nous dire, y compris dans toutes ces voies de Christ en rapport avec Dieu. Ils Le révèlent tous, le moindre détail comme la chose la plus grande. Mais maintenant notre Seigneur s’en est allé. Celui qui faisait connaître Dieu est dans les cieux. N’y a-t-il pas de témoignage présent et vivant au sujet de Dieu ? L’apôtre le répète ici dans son épître : « personne ne vit jamais Dieu ». Son amour fut en Christ en toute perfection. Il a été vu en contraste avec toutes les imperfections humaines. Quelle est la ressource ? « Si nous nous aimons l’un l’autre ». N’est-il pas très solennel que Dieu signale les chrétiens comme faisant contempler ce que Dieu est au monde dans les ténèbres ? Nous sommes spécialement appelés, par l’action de l’amour divin dans nos âmes et dans nos voies, à être les témoins de Dieu au monde qui doute de toutes les certitudes qui Le concernent. Quand Christ Le faisait connaître, Il était aussi parfait que Lui ; mais qu’en est-il dans notre cas, malgré toute notre infirmité ? « Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous, et Son amour est consommé en nous ». L’apôtre regarde ici encore au principe, non pas à la mesure dans laquelle les saints manquent ; c’est ce que nous avons vu être la manière de Jean. Il n’oublie jamais la source en Dieu et le canal en Christ qui manifeste l’amour ; et il met devant les saints l’épanchement de la grâce en harmonie avec la nouvelle nature.

Pourquoi se mettre à confesser continuellement que nous ne pratiquons pas la vérité ? Quand les chrétiens le font, n’y a-t-il pas quelque chose qui attriste le Saint Esprit ? C’est ce que nous ferons bien de rechercher et de juger devant Dieu. Nous sommes avertis de ne pas l’attrister. C’est la chair qui s’oppose surtout à l’Esprit. « Mais je dis : Marchez par [ou : dans] l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair [dit l’apôtre Paul]. Car la chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit [est] contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une à l’autre, afin que vous ne pratiquiez pas les choses que vous voudriez » (Galates 5:16-17). Il ne faut pas traduire comme le fait lamentablement la version autorisée anglaise (« de sorte que vous ne pouvez pas pratiquer… ») ce qui fournit trop naturellement une excuse pour pécher. Il n’y a pas la moindre base pour traduire pareillement. La chair est toujours le grand adversaire de l’Esprit. La chair peut œuvrer quelquefois aimablement, ce qui n’est pas réellement de l’amour, quelque fois avec grossièreté et inconvenance, ce qu’on ne peut pas imaginer être de l’amour. Mais ici, si nous nous aimons l’un l’autre en face de tous les efforts subtils de l’esprit de fausseté et de malice, il sera d’autant plus vrai et manifeste qu’il s’agit de l’amour de Dieu, qui n’est pas fondé sur ce que nous voyons chez l’autre, mais sur ce que nous avons tous reçu de Dieu en Christ. Pensez un peu à ce que nous étions autrefois et que maintenant nous sommes enfants de Dieu ; nous étions aussi méchants que n’importe lequel de ceux qui négligent un si grand salut, quelques uns d’entre nous étant plus audacieux et plus fameux que d’autres. Tels nous étions ; et si nous étions moraux ou religieux selon la chair, nous étions orgueilleux de ce qui n’était rien de plus qu’un voile, et qui était, aux yeux de Dieu et à cause de la prétention, pire que tout le mal fait ouvertement. « Et quelques-uns de vous, vous étiez tels ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Corinthiens 6:11). Ainsi l’apôtre écrivait, reconnaissant ce que l’amour de Dieu avait opéré chez beaucoup dans la ville corrompue de Corinthe, mais avec une réprobation aigue de leurs graves inconséquences. Et il a eu la joie d’apprendre que son fidèle amour (qui s’attristait plus qu’eux) n’avait pas été en vain, mais qu’il les avait attristés à repentance, et une repentance à salut dont on n’a pas de regret (2 Cor. 7:10) ; bien qu’animé de sentiments conflictuels, il regrettait sa lettre en passant, mais pour s’en souvenir par grâce avec une joie qui demeure (2 Cor. 7:8). Car le grand amour qui était en lui pénétra leurs consciences et la vérité atteignit le peu d’amour qu’il y avait chez eux ; et alors quel zèle cela produisit en eux ! combien ils se purifièrent, quelle indignation et quelle crainte et quel ardent désir, quel zèle et quelle vengeance — à tous égards ils avaient montré qu’ils étaient purs dans ce qu’ils avaient eu tellement à subir le blâme (2 Cor. 7:11) ! Voilà une forme triste et douloureuse de s’aimer l’un l’autre ; mais c’en était vraiment une, quoiqu’il soit de loin plus heureux de tenir compte de la Parole, de manière à être préservé de tout mal.

« Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous ». C’est la manière normale, là où la foi opère, et non pas la chair. Et ceci conduit à déployer la grande vérité de l’Esprit qui nous a été donné, et par lequel Dieu demeure en nous ; mais ce n’est pas tout ce qu’il dit, car il ajoute que « l’amour de Dieu est consommé en nous ». Ceci a été dit antérieurement et dans un autre contexte. Au ch. 2 v. 5, l’apôtre déclare que « quiconque garde sa Parole, en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé ». Car garder Sa Parole est la marque du caractère le plus élevé et le plus profond de l’obéissance. Quiconque ne garde pas seulement Ses commandements en détail, mais Sa Parole comme un tout, « en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé ». Bien sûr cela ne se traduit pas l’erreur étrange de la perfection de l’homme. La chair n’est jamais extirpée tant que nous vivons ; mais Dieu s’en est occupé à la croix de Christ, et nous qui avons la vie en Christ, nous mortifions nos membres qui sont sur la terre (Col. 3). Mais la chair est en nous, bien que nous ne soyons plus dans la chair. La chair n’est jamais changée en l’Esprit, et elle ne disparaîtra pas tant que nous serons ici-bas dans ce corps, mais par grâce, nous ne sommes jamais tenus de la laisser agir, mais nous sommes tenus de la garder par la foi sous la puissance de la mort de Christ. Ainsi Son amour est consommé aussi bien en celui qui garde Sa Parole que dans le fait que nous nous aimons l’un l’autre. Nous sommes soumis à Sa parole, et nous marchons ensemble dans l’amour malgré toutes les difficultés. Ainsi l’amour de Dieu est consommé en nous ; il s’exerce selon la pensée de Dieu. Il n’y a aucun sujet de se glorifier, mais nous obéissons de cœur et nous aimons par la puissance de Son amour envers nous et en nous. Sans aucun doute cela suppose que, de manière habituelle, nous regardions à Dieu, et qu’Il répond à nos prières, et qu’ainsi Son amour est consommé en nous. L’obéissance est pratiquée et aussi l’amour selon Sa pensée.

 

5.2   1 Jean 4:13

Il aborde maintenant le don de l’Esprit. « Par ceci nous savons que nous demeurons en Lui et Lui en nous, c’est qu’Il nous a donné de Son Esprit ».

Cela s’élève plus haut que le ch. 3 v. 24. Ce n’est pas simplement « l’Esprit ». Dieu opère par l’Esprit chez beaucoup alors qu’on ne pourrait pas dire qu’il s’agisse « de Son Esprit ». Nous entendons souvent parler de l’Esprit qui travaille, à la fois dans l’Ancien Testament et encore plus dans le Nouveau Testament — nous l’avons vu. Héb. 6:4, 5 parle de gens qui sont devenus participants du Saint Esprit et des miracles du monde à venir, et qui sont tombés loin de Dieu définitivement. Il n’est jamais dit de ceux-là qu’ils sont nés de l’Esprit, et encore moins que Dieu leur a donné « de Son Esprit ». Ceci implique une réelle communion avec Dieu ; et le Nouveau Testament donne une force plus grande à l’expression « de Son Esprit » que l’Ancien Testament. C’est de cette manière que Dieu habite dans le chrétien. Cependant même quand Dieu voulait agir de manière extérieure, Dieu opérait par la puissance de l’Esprit d’une manière ou d’une autre. En tout cas, c’était l’Esprit de Dieu ; et l’Esprit est un esprit de puissance. Il y avait par conséquent un effet absolument au dessus de l’homme, et au dessus même de ce que la vie éternelle pourrait faire sans l’Esprit.

Dieu demeure en nous, comme dit l’apôtre, et nous demeurons en Lui. Il commence par demeurer en nous, et non pas l’inverse (nous demeurant en Dieu), mais bien par Dieu demeurant en nous. On va montrer que c’est important de saisir la différence. Que Dieu demeure en nous, c’est Sa grâce envers nous quand nous nous reposons sur la rédemption de Christ. Que nous demeurions en Lui, c’est le fruit de la confiance en Dieu que Sa grâce nous inspire. Ainsi, pour ainsi dire, nous nous retirons du moi et de tout ce qui est de la créature autour de nous, et nous faisons de Dieu l’habitation de nos cœurs alors même que nous sommes encore ici-bas. C’est cela demeurer en Dieu ; et il nous convient de regarder à Dieu pour avoir ainsi habituellement la grâce de demeurer en Lui. Quand nous demeurons ainsi en Lui, Il agit en nous par voie de puissance en communion. C’est en accord avec cela qu’il est donc écrit qu’Il nous a donné de Son Esprit. « De Son Esprit » a quelque chose de particulier dans la manière de l’expression qui indique clairement que ce que nous partageons, nous le partageons avec Lui-même. Il est dit ici que nous partageons « de son Esprit ».

Cependant il y a un grand danger de se tromper sur un privilège aussi grand. Il y a beaucoup de personnes pieuses qui confondent un certain bonheur dans leur âme avec le fait que Dieu demeure en eux. Ce danger a généralement un caractère mystique. Ces personnes font de l’introspection et sont émotives. Tous ceux qui ont lus les écrits du fameux William Law sur l’âme savent ce dont je parle. Il était l’un de ces mystiques, mais il avait totalement tort de cacher ou même de perdre la grâce de Dieu en Christ sous l’efficace des sacrements et les sentiments intérieurs de l’homme. Il ne saisissait en aucune manière la ruine totale de l’homme, ni la plénitude de la rédemption, et encore moins la vie éternelle en Christ. C’était un effort d’aimer Dieu et une promptitude à accréditer l’effort fait dans ce sens ; ce n’était ni la foi en l’amour rédempteur de Dieu et le jugement impitoyable de la chair, pour trouver une part infiniment meilleure en Christ le Seigneur. Depuis lors on caractérise les communautés par ce qu’ils appellent la « sanctification chrétienne », qui n’est pas la sanctification de l’Écriture ; c’est plutôt une bonne opinion de leur état fondée sur un sentiment brillant dans leurs âmes ; la cause et l’effet en est qu’ils sont excessivement occupés d’eux-mêmes et de leurs expériences qu’ils se racontent les uns les autres pour leur édification mutuelle. Cela a une place si importante et régulière à leurs yeux, qu’ils ont des réunions régulières dans des classes, avec un meneur dans chacune, pour se communiquer l’un l’autre ce qu’ils pensent que l’Esprit de Dieu a produit dans leurs âmes de semaine en semaine. Ils ne peuvent pas montrer que le Nouveau Testament ait institué quoi que ce soit de ce genre.

Mais l’Esprit de Dieu glorifie Christ en prenant de ce qui est à Lui et en nous l’annonçant (Jean 16:14). Il est venu pour nous conduire dans toute la vérité. Ce genre de mysticisme glorifie le moi ; il est occupé de ses propres sentiments. Il est donc directement exposé à mener à l’adoration de soi-même chez certaines âmes et à plonger dans le découragement ceux qui ne se satisfont pas rapidement de ce à quoi ils sont parvenus. Il est salutaire d’apprendre qu’il n’y a rien en nous qui mérite la satisfaction spirituelle, de manière à faire de Christ notre tout, comme Il l’est en réalité. Mais être ainsi occupé de notre propre cœur, sauf pour nous humilier de ce qu’il est, est autant déshonorant pour Christ que dangereux pour nous. L’occupation de soi-même n’est pas seulement dépourvue de profit, mais elle empêche la croissance dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ (2 Pierre 1:8). Il n’est pourtant pas douteux que bien des vrais chrétiens ont été attirés dans cette invention humaine qui met forcément l’occupation de soi à la place de l’occupation du Christ Jésus, et se réjouir dans sa propre joie à la place de se réjouir toujours dans le Seigneur.

 

5.3   1 Jean 4:14

Notez, dans les versets suivants, le soin avec lequel l’inspiration a mis des protections contre l’école mystique. La vérité bénie de Christ, les faits que révèlent les évangiles, voilà le meilleur correctif à cet abus d’introspection, parce qu’il place et établit le cœur sur son fondement divin, et la plénitude de la joie en Christ exclut de s’appesantir sur nous-mêmes ou sur notre bon état, selon l’estimation que nous en faisons. Ici le Saint Esprit nous ramène de nouveau à nous reposer sur ce que Dieu a opéré pour nous, au véritable fondement de l’évangile lui-même. Qu’y a-t-il de mieux pour corriger en profondeur toute introspection ? « Et nous, nous avons vu » (4:14 ; notez l’emphase mise sur le mot « nous » par les témoins inspirés) « et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils comme [ou : pour être le] Sauveur du monde ». De quoi que soit que d’autres fassent leur occupation (ils prétendent que ce sont beaucoup de choses élevées) « nous, nous avons vu et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils comme [ou : pour être le] Sauveur du monde ».

Quel est, quel devrait être l’effet d’une pareille vérité ? Ne nous remplit-elle pas de louange du Père et du Fils ? Ne nous remplit-elle pas de honte jusqu’à n’être rien quant à nous-mêmes ? Cela nous montre que nous ne sommes que des pécheurs, mais qu’il est aussi certain que nous sommes sauvés par la foi par la grâce. Une foi timide se demande si nous sommes si mauvais que cela et Dieu si bon. Mais si par le Saint Esprit nous croyons simplement, nous ne pouvons certainement rien trouver en nous-mêmes qui soit digne qu’on en parle, quand on compare avec une grâce si riche et éternelle. Ainsi Dieu nous détourne de nous-mêmes, du monde et de tout autre objet, pour que nous trouvions les délices de nos âmes en Lui-même et dans Son Fils. La connaissance enfle, mais l’amour, l’amour du Père et l’amour du Fils, édifie.

Il délivre également d’une autre école, une école opposée, où l’on est occupé de soi-même comme étant sous la loi, et qui au lieu de chercher du bien en soi-même, pense plaire à Dieu et être d’autant meilleur qu’on est dans une sorte de pessimisme désespérant qui ne s’élève que rarement au dessus de « misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » Ils ignorent complètement ce que dit l’apôtre au croyant en vertu de l’œuvre de Christ. Au lieu de travailler comme un mercenaire à brasser la boue de leur cœur souillé et enténébré, ils ont droit, grâce au Sauveur du monde, à « la plus belle robe » et au « veau gras » et à partager la joie du Père dans la gloire du Fils (Luc 15). « Car la loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus m’a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Rom. 8:2). Et la consolation et la délivrance sont rendues d’autant plus frappantes si l’on observe que le « moi » libéré quand nous nous tournons de nous vers Christ, est le même « moi » qui juste auparavant gémissait sous la loi (Rom. 7:24). En face de ces écoles basées sur l’émotion et le gémissement, sur l’occupation de soi de différentes manières, combien il est meilleur de condamner la chair totalement et radicalement, comme Dieu l’a fait à la croix, et de trouver Christ digne de toutes nos pensées et source d’une paix et d’une joie qui ne s’affadissent jamais ! Nous prouvons là que nous sommes appelés à nous réjouir dans la volonté du Père et dans l’œuvre du Fils et dans le témoignage de l’Esprit, et nous le ferons éternellement.

Il y a un autre passage de l’Écriture qui se rattache de manière intéressante à ce sujet : c’est à Samarie qu’est le premier endroit où le Seigneur a été reconnu comme Sauveur du monde (Jean 4:42). Cela faisait suite à la scène merveilleuse du puits où la pauvre femme qui avait eu cinq maris, et celui qu’elle avait maintenant n’était pas son mari, — cette pauvre femme reçut la vie éternelle par la foi au Seigneur Jésus. Il lui parla aussi de la disparition des religions en conflit en Palestine. La montagne de Samarie allait s’effacer, comme aussi Jérusalem. Il y aurait dorénavant une adoration d’un tout autre caractère, dont le cœur fut alors divulgué par le Seigneur Lui-même : « l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent ».

C’est ainsi que fut révélée la plénitude de la grâce à une pauvre femme samaritaine en qui la grâce avait commencé à opérer. Elle fut frappée dans sa conscience et réveillée dans son âme ; et c’est ensuite qu’elle apprit qui était Celui qui parlait à son cœur de la part de Dieu (elle en reçut l’assurance) et qui fut reçu par elle avec une foi toute simple, tandis qu’elle devenait pour d’autres un messager de Celui en qui elle avait cru. Le Seigneur plein de grâce s’occupa de ces Samaritains, et fit ce que nous ne trouvons nulle part ailleurs au cours de Son ministère : Il demeura avec eux deux jours. Eux-mêmes rendirent témoignage de Lui, qu’ils croyaient non pas à cause de ce qu’elle avait témoigné de Lui, à savoir qu’Il lui avait dit tout ce qu’elle avait fait, mais « parce qu’ils L’avaient entendu eux-mêmes, et qu’ils connaissaient que Celui-ci était véritablement le Sauveur du monde » (Jean 4:42). Les copistes ont rajouté « le Christ », mais ce n’est pas le mot authentique ni approprié. Ils reconnurent donc très tôt en ce temps-là le titre de « Sauveur du monde » donné ici en 1 Jean 4:14, sauf une chose nécessairement absente, le fait que le Père avait envoyé le Fils. Ils ne connaissaient pas cela et ne pouvaient pas le connaître, pas même par anticipation. Ni eux ni d’autres n’ont eu le Saint Esprit donné « par lequel nous crions Abba Père » ; mais ils reconnurent, et furent les premiers à le faire, la vérité que Jésus est « le Sauveur du monde ». Ce n’était pas une question de Juifs, mais de pécheurs, et c’était donc pour les Samaritains et n’importe qui d’autre. Cela se passait avant que le Seigneur commence Son ministère public. Ces chapitres de l’évangile de Jean montrent les actes du Seigneur avant l’emprisonnement de Jean Baptiste et avant qu’Il aille en Galilée, ce qui est du plus grand intérêt quand nous trouvons une vérité si grandiose que le fait qu’Il soit reconnu comme « le Sauveur du monde ».

C’était une anticipation brillante de l’évangile avec un vrai sens de la grâce du Seigneur personnellement. Il n’était pas seulement un Sauveur, et pas simplement pour le peuple d’Israël qui attendait le Messie : Il était « le Sauveur du monde ». Même alors la vérité brillait à travers les nuages, la lumière brillait dans les cœurs des Samaritains méprisés et ignorants, qui étaient les premiers à Le confesser de cette manière. Ici en 1 Jean 4, c’est le témoignage apostolique : « et nous, nous avons vu et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde »

 

5.4   1 Jean 4:15

Mais comment savoir si un pécheur s’est approprié ceci, la grâce et la vérité de Christ ? Comment connaître de manière satisfaisante que la vérité salvatrice de Dieu est entrée dans l’âme de quelqu’un et l’a introduit dans l’association intime avec Dieu dont l’apôtre a parlé ? La réponse est donnée au verset suivant : « Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu ».

N’est-ce pas là recevoir une assurance tout à fait étonnante ? Car nous venons d’avoir un croyant tout simple, mais vrai, qui se courbe devant la bonne nouvelle que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde. Ce n’est pas simplement se soumettre au Messie, le Roi d’Israël qui vient, mais c’est croire qu’Il est le Fils de Dieu. « Quiconque confessera ». Rien de plus vaste que ce « quiconque ». Il n’est pas dit seulement « croira », mais « confessera ». Il a surmonté toutes les difficultés, les doutes ou les craintes. Il a pesé la vérité, éprouvé la grâce, il s’est jugé lui-même, et n’a plus d’hésitation. Et maintenant la bénédiction du Seigneur vient richement sur sa tête. L’apôtre Paul dit de la même manière : « Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur, et que tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé » (Rom. 10), pour insister sur la réponse de Dieu à l’œuvre de Christ. Ici en 1 Jean 4, comme d’habitude, notre apôtre insiste sur la gloire de la personne du Fils, mais dans la plénitude de Sa grâce envers les perdus dans l’évangile. Et le pécheur qui se détourne de lui-même et de tout appui de la création, confesse que Jésus est le Fils de Dieu. Qu’est-ce qui s’ensuit ? « Dieu demeure en lui, et lui en Dieu ». Je pense qu’il s’agit de personnes qui ont une fois confessé en vérité qu’Il est le Fils de Dieu, mais qui ont aussi cru à l’œuvre de la rédemption qu’Il a opérée et que Dieu a acceptée. Tout cela est vague pour l’incrédulité. Les gens peuvent se servir de mots sans réaliser la vérité qu’ils expriment. Bien sûr on suppose qu’il s’agit d’une confession vraiment faite selon Dieu. Il confesse que Jésus, l’homme que les multitudes ont pris pour n’être qu’un homme si grand soit-il, est le Fils de Dieu. Qui dès lors peut douter de l’efficacité de Sa rédemption ? Le fait frappant qui est souligné ici est que quiconque confesse Jésus comme le Fils de Dieu a non seulement la vie, et la rémission des péchés, et le Saint Esprit, mais Il a les privilèges spirituels les plus élevés qui peuvent se concevoir. Car qu’y a-t-il de plus élevé que Dieu demeurant en lui, et lui en Dieu ? Sans doute plus votre état est spirituel, plus vous le réalisez. Mais l’apôtre dit ici au chrétien qui confesse que telle est sa portion. Puissions-nous la chérir et en jouir ! Puisse-t-Il couper tout ce qui vient alourdir le sens et l’appréciation que nous en avons !

 

5.5   1 Jean 4:16

L’apôtre poursuit l’application de ceci au v. 16. « Et nous avons connu et cru l’amour que Dieu a pour nous ». Il n’y a pas d’incertitude dans la réponse au principe général selon lequel « nous [ce nous est emphatique], nous avons connu et cru l’amour que Dieu a pour nous » (début du v. 16). Son amour est non seulement envers nous, mais en nous. Nous apprécions et jouissons d’autant plus que Son amour en nous ait commencé par s’épancher envers nous lorsque nous étions enfants de colère. Il répète à nouveau que « Dieu est amour », mais maintenant il y rattache « celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu ». C’est une manière tout à fait nouvelle de parler de l’amour. Si je demeure dans l’amour qui vient de Dieu, je ne peux qu’être tout à fait chez moi avec Dieu. Son amour a découlé de Sa propre bonté et a donné Christ pour mourir afin que la justice de Dieu puisse être conférée de manière parfaite ; or c’est cet amour qui pardonne mes péchés et qui fait de moi Son enfant sans que je le mérite, et qui Le conduit à demeurer en moi. L’amour en Lui produit l’amour en moi — cela n’a rien d’étonnant ; et demeurant dans l’amour, je demeure en Dieu, et Dieu en moi. Ce n’est pas simplement une visite de temps en temps, mais c’est là que le chrétien demeure ; c’est son habitude et son « chez lui » de demeurer dans l’amour. Y a-t-il une bénédiction plus précieuse ? Combien tout cela est simple, si nous croyons. Cela jette par terre toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu (2 Cor. 10:5). L’apôtre n’écrit pas à des théologiens ou à des philosophes, ni à des scientifiques en matière de religion, mais à des enfants de Dieu, pour que personne ne reste en retrait, et que tous connaissent mieux l’amour de Dieu avec lequel ils ont commencé, et pour qu’ils jouissent de manière toujours croissante du Dieu d’amour.

Mais il est bon de souligner certaines différences importantes à faire entre le fait que nous « nous demeurons en Dieu » et que « Dieu demeure en nous ». Il y a trois formes séparées de bénédiction. La première du point de vue chronologique est que Dieu demeure dans le chrétien, et nous venons de voir que quiconque confesse Jésus comme le Fils de Dieu a cette bénédiction d’une double manière (4:15) ; Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Comment Dieu demeure-t-Il en lui ? Par l’Esprit qu’Il nous a donné, comme au ch. 3 v. 24, nous savons que Dieu demeure en nous. Alors le ch. 4 v. 13 va plus loin : « Par ceci nous savons que nous demeurons en lui, et lui en nous, c’est qu’il nous a donné de son Esprit ».

Ici nous avons le fait que nous demeurons en Lui, ce qui ne peut être que si, dans Sa grâce souveraine, Il daigne demeurer en nous par le don de l’Esprit, dont l’effet est de nous tirer pour demeurer en Lui. Comment alors expliquer l’ordre présenté au ch. 4 v. 13 ? Ce verset implique qu’en vertu de l’Esprit qui a été donné, Dieu demeure effectivement en lui ; mais par une puissance de communion en partageant « de Son Esprit », non seulement il demeure en Dieu, mais Dieu en lui dans la troisième forme de puissance spéciale. Et ceci est confirmé par l’autre indication spéciale du v. 16 : « celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu, et Dieu en lui », comme au v. 13, impliquant la bénédiction précédente de Dieu qui demeure, mais ajoutant les deux autres. C’est la puissance spirituelle comme troisième résultat, ce qui est spécial. Dans le cas général de tous ceux qui confessent que Jésus est le Fils de Dieu, nous avons seulement la première et la deuxième forme de bénédiction, Dieu demeurant en lui et lui en Dieu ; mais la troisième n’est ajoutée qu’ici. Ici ce n’est pas simplement l’Esprit mais « de son Esprit », et cette manière marque fortement la communion.

La manière de Dieu de demeurer dans le chrétien, c’est par l’Esprit qui lui a été donné. C’est par ceci que nous savons que Dieu demeure en nous, un fait merveilleux, mais qui n’est pas toute la bénédiction. L’apôtre nous en donne la garantie, et cela suffit. C’est Dieu demeurant en nous. Il y a alors un effet attractif sur nous, de sorte que connaissant Son amour, nous demeurons en Lui. La première bénédiction [Dieu demeure en nous], nous pouvons l’appeler l’opération souveraine de Dieu, en l’honneur de l’œuvre de Jésus confessé comme étant Son Fils. Il nous scelle avec l’Esprit comme étant Ses propres rachetés, — rachetés par Son sang, si nous nous utilisons le langage de l’apôtre Pierre sur ce thème. Cela signifie que Dieu demeure en lui. La seconde bénédiction [nous demeurant en Dieu] est la réponse du cœur du chrétien, qui compte habituellement sur Dieu dans la soumission et la confiance de l’amour, au lieu de se tourner vers soi ou vers les autres pour résoudre ses difficultés. Voilà ce qu’est demeurer en Dieu, Lui apportant tout à Lui dont l’amour a fait de lui Son chez soi. Et comme Il a attiré si près, nous aussi, en face de Son accueil, nous faisons de Lui notre chez nous. C’est ce qui parait être la différence entre Dieu demeurant en nous et nous demeurant en Dieu.

Ainsi il y a une troisième forme du privilège divin dans la puissance qui suit cette communion. La première est l’opération souveraine ; la seconde est l’effet par reflet et l’expérience de se fier à Lui ; et la troisième forme est la puissance de l’Esprit en puissance spirituelle, comme conséquence d’une bénédiction aussi grande. Et c’est là où est notre point le plus faible. Nous sommes effectivement enclins à nous arrêter avant d’atteindre le plein résultat dans ce monde en ruine, alors que nous ne devrions pas. C’est ce qui est humiliant pour nous. Car si vous ou moi n’avons guère de dévouement et de puissance spirituelle à montrer, nous en savons bien la raison, et que la faute en incombe entièrement et seulement à nous. Les fautes des autres ne sont ni la cause ni une excuse valable, mais c’est notre propre manquement qui est à l’origine. Si nous sommes provoqués, il a dû y avoir quelque chose à provoquer, et cela n’aurait pas pu avoir lieu si nous demeurions en Dieu et si Dieu demeurait en nous en puissance. Mais si le fait de Dieu demeurant en Dieu et le fait de nous demeurant en Dieu sont la portion de chaque chrétien, comme l’apôtre le montre clairement, quelle tristesse si ce n’est vrai qu’en principe, et qu’on en est loin en fait ! Exhortons-nous l’un l’autre pour que le principe aboutisse à une pratique fructueuse. Il y a là un encouragement extrême si nous regardons à Dieu de manière simple et constante, et que Sa grâce rend ce principe réel et manifeste en nous, à Sa louange, étant cependant prompt à nous jeter dans la poussière si nous sommes conscients de L’avoir déshonoré. Il ne convient pas à ceux qui sont si bénis comme chrétiens de n’avoir guère que des choses à se reprocher. Puissions-nous avoir la joie de prouver que Dieu est fidèle à Sa Parole en rendant effectif les privilèges si merveilleux que nous possédons de droit (malgré que peu de saints le croient), et qui sont là pour que nous en jouissions et que nous les pratiquions !

 

 

6                    Quinzième méditation publique — 1 Jean 4:17-21

6.1   Rapport avec le passage précédent

Comme le passage de la Parole considéré précédemment présente de par la nature du sujet plus de difficulté que d’ordinaire, la présente prédication fournit l’occasion de considérer la relation de ce passage avec celui qui attire maintenant notre attention, en s’en tenant simplement aux grandes lignes, sans s’arrêter aux détails. L’intention de l’Auteur divin était indubitablement d’intéresser et de fixer l’attention de tout chrétien sur ce qu’on a tendance à considérer comme tellement au-delà de notre portée, au point d’être pratiquement inaccessible. Comme ces passages font partie d’une Épître qui interpelle plus que d’autres tous les enfants de Dieu (d’autant plus qu’elle n’est adressée à personne en particulier), ceux-ci ne devraient-ils pas, ne devrions-nous pas, chacun, y faire d’autant plus attention ? Nous découvrirons certainement que la vraie foi de Christ autorise tout chrétien, en vertu de la vie qu’il a dans le Fils et en vertu de l’Esprit qui habite en lui, à re-lire et re-peser tout à nouveau cette épître dans la présence de Dieu, et à compter sur Son amour pour nous donner non seulement une compréhension spirituelle plus vaste, mais la réalisation de la bénédiction qu’Il répand devant nous pour que nous nous l’approprions et que nous en jouissions. Beaucoup de nous ont goûté à l’occasion la douceur de voir telle ou telle partie de l’Écriture ouvrir ses trésors variés sous l’effet de la puissance de l’Esprit, alors que jusqu’alors nous n’y avions rien vu. Or cela est d’autant plus à rechercher ici dans notre passage, que son but avoué est d’accroître et d’approfondir notre communion avec Dieu.

 

6.1.1       1 Jean 4:1-8

Après les doubles tests de vérité contre les faux prophètes dans les six premiers versets de ce ch. 4 — Jésus venu en chair, et la révélation apostolique (c’est-à-dire le Nouveau Testament) — le grand thème de l’amour est abordé selon la manière caractéristique de notre apôtre, quoique avec autant de poids que dans le passage Paulinien de 1 Cor. 13. Les enfants de Dieu ont à s’aimer les uns les autres, parce que l’amour est de Dieu, et tous ceux qui aiment ont été engendrés de Dieu, et connaissent Dieu. Nous voyons tout de suite qu’il considère l’amour comme lié indissociablement à la grande vérité de la vie éternelle en Christ, une relation donc avec Dieu Lui-même, et une connaissance spirituelle intelligente de Dieu. C’est donc une sphère pour le chrétien sur la terre, qui est non seulement au-dessus de la connaissance humaine, mais au-dessus des affections naturelles — qui a à faire avec les autres saints ici-bas, mais sur des bases non seulement supra-naturelles, mais divines, et directement avec Dieu et avec Sa présence, comme nous le verrons. Cependant en tout cela, tout chrétien est concerné directement, non pas en affectant une quelconque supériorité, ni en souhaitant briller à part comme une étoile isolée, mais dans la pleine intimité de Dieu demeurant en lui et lui demeurant en Dieu, pour marcher non pas simplement dans la lumière, mais dans l’amour de Dieu dont l’amour est la propre nature, la source de la nouvelle nature du chrétien.

 

6.1.2       1 Jean 4:9-10

Or comme ceci tend vers le côté subjectif des choses ou vers ce qui agit sur l’âme, et que cela peut avoir tendance à enfler (car c’est en effet autant merveilleux que vrai), un pas net est franchi entièrement en dehors du chrétien. C’est pourquoi il est confronté avec ce qui est absolument objectif. « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu dans notre cas, c’est que Dieu a envoyé Son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. En ceci est l’amour, non en ce que nous nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Lui nous aima et envoya Son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (4:9-10). Une « imitation de Christ » est absolument insuffisante. Nous avions besoin de la réalité infinie de l’amour de Dieu en Christ, d’abord afin que ceux qui étaient morts puissent vivre par Lui ; ensuite pour qu’Il puisse être fait péché en sacrifice pour nous qui étions coupables et souillés. L’amour qui a opéré si efficacement n’était qu’en Lui, non pas en nous. Nous sommes donc disciples seulement de Jésus, non pas de l’école de Thomas à Kempis ni de celle d’aucun autre mystique. Il s’agit expressément de fonder la vérité sur ce que Dieu était pour nous, non pas sur ce que nous sommes ni sur ce que nous désirons être pour Dieu.

 

6.1.3       1 Jean 4:11-13

Ceci étant maintenant admirablement clair, l’apôtre insiste sur le fait que, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons nous aimer l’un l’autre. Nous aimons Dieu et nous ne pouvons qu’aimer si nous croyons Son immense amour en Christ à notre égard ; mais nous devons aimer ceux qu’Il aime comme Il nous aime, nous qui sommes pareillement Ses enfants. Ceci est suivi par l’allusion remarquable faite à l’application similaire dans sa substance faite au Fils en Jean 1:18 et aux enfants de Dieu en 1 Jean 4:12 [comment Dieu peut-Il être vu]. Christ a parfaitement fait connaître le Dieu invisible : dans quelle mesure notre amour l’un pour l’autre le fait-il aussi ? Si nous aimons ainsi, « Dieu demeure en nous, et son amour est consommé [rendu parfait] en nous » (4:12-13). Sans avoir la vie en Christ, c’était impossible : mais il fallait plus que cette vie, et cela a été donné : c’est « de Son Esprit » (4:13). Car le même Esprit qui est descendu sur Christ et y est demeuré, en vertu de Sa perfection personnelle et intrinsèque, demeure maintenant en nous, en vertu de Son œuvre pour nous sur la croix. C’est ainsi seulement que nous sommes gardés d’avoir une plus haute pensée de nous-mêmes que celle qu’il convient d’avoir (Rom. 12:3), tandis que par grâce nous avons libre accès à l’intimité divine au plus haut degré.

 

6.1.4       1 Jean 4:14-16

Cette même parole qui est montrée être au-dessus de la nature humaine, non seulement pour voir mais pour contempler, est maintenant prêchée par des témoins au v. 14. « Et nous avons contemplé [vu] et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde » (4:14) ; il s’agissait de voir non comme une vision ou comme un spectacle externe, mais en le réalisant dans le Saint Esprit par la foi. C’est pourquoi « quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu » fait un pas vers la bénédiction — « Dieu demeure en lui, et lui en Dieu » (4:15). Tel est l’ordre dans ce que Dieu opère en grâce. C’est remarquablement confirmé par le v. 16 où l’apôtre se joint à tous les autres chrétiens en ajoutant que « nous avons connu et cru l’amour que Dieu a pour nous » (4:16). Car qui pourrait limiter cela au collège apostolique ? — cette présentation de la communion chrétienne avec Dieu, fondée sur la vie nouvelle et une propitiation accomplie, se poursuivant dans la participation par l’Esprit aux délices de Dieu dans l’amour en tant qu’étant Ses enfants, selon les paroles « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui » (4:16b). Tel est l’ordre de l’expérience et de la puissance spirituelles. Chaque élément est très réel quant aux rapports du chrétien avec Dieu, et chacun est affirmé ici juste à sa place ; autant cela est encourageant pour le simple saint, autant cela est une réprobation pour celui qui néglige ou qui est indifférent vis-à-vis d’une telle faveur et d’une telle joie divines. Et combien il est frappant qu’il n’y ait rien qui ressemble à un rêve ou à des visions, ni rien qui pourrait rendre le chrétien éminent aux yeux des autres ou à ses propres yeux.

 

6.2   1 Jean 4:17

On pourrait penser qu’il est impossible d’ajouter quoi que ce soit au-delà de ce qui a été si richement déployé devant nous. Car nous avons (1) le suivi à la trace de toute bénédiction depuis la source jusqu’à l’amour de Dieu nous donnant la valeur de la vie et de la mort de Christ quand nous gisions morts dans nos péchés ; (2) l’amour divin montré à l’œuvre en nous, l’un envers l’autre, aussi sûrement que nous sommes nés de Dieu et que nous Le connaissons, — le Saint Esprit demeurant en nous pour nous donner confirmation et pour nous élever, en nous rendant capables de demeurer en Dieu, et de jouir en puissance spirituelle du fruit qui en résulte. Le plus grand soin est pris pour montrer que tel est le droit en grâce de tout chrétien : seulement, pour que ce soit effectif, il faut que nos âmes soient en communion à ce sujet. Or au v. 17, une faveur plus grande est placée devant nous, comme une couronnement : « En ceci est consommé l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement, c’est que, comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ».

 

6.2.1       1 Jean 4:17a

Voilà, révélé maintenant au chrétien, un progrès notable dans la bénédiction. C’est l’amour divin, non pas simplement manifesté à notre égard, quand nous étions absolument indignes et incapables d’aucun bien ; ni l’amour opérant en nous les enfants de Dieu, l’un envers l’autre, selon Son amour. Ce n’est pas tellement ici le Saint Esprit soupirant avec nous qui soupirons en tant que saints affranchis dans des corps non encore délivrés, au milieu de toute la création qui soupire après la délivrance qu’elle aura certainement lorsque le Seigneur Jésus apparaîtra en puissance et en gloire. Mais ici, Jean nous parle de l’Esprit en train de travailler déjà ici et maintenant dans les enfants de Dieu, dans la puissance de l’amour divin, et dans la jouissance de la présence de Dieu. Ceci, c’était l’amour consommé [rendu parfait] en nous. Maintenant l’apôtre nous parle de la faveur transcendante que l’amour a été consommé [rendu parfait] avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement. Cette « assurance » s’élève complètement au dessus de la pensée que quelqu’un qui a cru viendrait en jugement, un jugement aux conséquences éternelles, un jugement de justice s’appliquant à l’homme coupable et défaillant. Car le jugement divin que le Seigneur Jésus va exécuter tiendra compte des secrets des cœurs et des paroles de la bouche autant que des actes du corps. Quel enfant d’homme peut comparaître à ce jugement et en ressortir acquitté et indemne ?

C’est pourquoi dans l’Ancien Testament où l’on ne trouve que fort peu de lumière sur le jugement des morts comparativement à ce qu’on trouve dans le Nouveau Testament, nous entendons le psalmiste (143:2) dire : « n’entre pas en jugement avec ton serviteur, car devant toi nul homme vivant ne sera justifié ». Ceci nous enseigne que si l’Éternel entre en jugement non pas simplement avec un pécheur relâché, mais avec « Ton serviteur » (un saint, bien sûr), celui-ci ne peut pas être davantage justifié que n’importe qui d’autre. Car le jugement ne doit pas éluder les faits, ni excuser les péchés, et aucun homme ordinaire n’a jamais vécu sans péché. Dès lors, comment un homme pécheur serait-il justifié ou sauvé ?

Notre Seigneur, quand Il était ici-bas, a traité cette terrible difficulté dans un langage parfaitement simple et clair (Jean 5). Il parle de Lui-même le Fils de Dieu incarné comme ayant la vie pour la donner à quiconque croit en Lui, et comme ayant le jugement pour l’exercer sur tous les méchants qui Le rejettent ou Le méprisent. Il donne la vie au croyant ; Il jugera l’incrédule. Or les paroles qui montrent tout à fait clairement le chemin de la délivrance, sont au v. 24 : « En vérité, en vérité je vous dis que quiconque entend ma parole et croit Celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est (ou : a) passé de la mort à la vie ». La version autorisée anglaise est tout à fait fautive ici en traduisant « condamnation » au lieu de jugement » pour s’adapter à l’erreur commune dans la chrétienté relative à un jugement universel des saints et des pécheurs. Le mot « jugement », qui est le seul vrai sens du terme, exclut cette idée ; et le Seigneur déclare ici que celui qui entend Sa Parole (les dix commandements ou quelque chose d’équivalent, ne suffisent pas), et qui croit Celui qui a envoyé le Sauveur (car il est essentiel de se courber devant Dieu dans cette grande mission de Son amour), a la vie éternelle, et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.

Le croyant n’est donc jamais mis en jugement à l’égard de sa culpabilité comme l’incroyant ; s’il croit le Seigneur, il est déjà passé de la mort à la vie, parce qu’en recevant Christ, il a reçu la vie éternelle. C’était honorer Christ ; mais du fait que l’incroyant Le déshonore Lui et Sa Parole, et ne croit pas que Dieu a envoyé Christ dans Sa mission d’amour, il doit ressusciter pour le jugement (« damnation » n’est pas le sens correct) ; inversement le croyant recevra une résurrection de vie, qui est mise ici clairement en contraste avec la résurrection de jugement. Néanmoins, une fois ressuscité, il rendra compte au Seigneur Jésus de tout ce qu’il aura fait dans le corps. Il est déjà enlevé au ciel quand il rend des comptes ; or cela est tout à fait incompatible avec un jugement dont le Seigneur lui donne l’assurance qu’il n’y viendra pas. Le Seigneur a porté sur la croix le jugement de ses péchés : C’est pourquoi cette question est réglée par grâce ; mais il sera manifesté (non pas jugé) devant le tribunal de Christ, afin qu’il connaisse comment il a été connu ; et cela remplira pleinement son sens de la grâce de Dieu dans le salut.

Un autre passage de l’Écriture ayant trait à ce sujet est Héb. 9:27-28 où la mort et le jugement qui sont la portion de l’homme, sont mis en contraste avec ce que Christ fait pour le croyant ; au lieu de la mort, il y a le sacrifice de Christ pour porter ses péchés dans Sa mort ; et au lieu du jugement, il y a l’apparition de Christ sans péché (n’ayant plus rien à faire avec le péché) pour le salut. Autrement dit, le salut remplace le jugement pour ceux qui L’attendent une seconde fois.

En effet le chrétien n’a qu’à regarder quelle justification par la foi est selon l’Écriture d’une manière générale, pour voir que la notion de jugement commun des pécheurs et des saints, ou des saints, au sens réel de jugement, est une erreur inconciliable avec l’évangile, — bien que je ne connaisse aucun père de l’église qui tienne la vérité à cet égard, et encore moins un seul article de Conciles. Aucun credo ne confesse cette vérité caractéristique de Christ. Or l’anomalie qui en résulte est manifeste ; car comme personne ne peut nier que notre Seigneur viendra pour les chrétiens, pour l’église comme un tout, et aussi pour les saints de l’Ancien Testament, et que non seulement Il les recevra auprès de Lui en l’air, mais Il les prendra pour aller dans la maison du Père, dès lors une confusion étrange découle de cette notion de jugement universel (généralement basée sur la manière dont le Seigneur traite les bons et les méchants des nations à la fin du siècle, en Matt. 25:31-46) : on considère que ceux que Dieu a justifiés (car c’est Dieu qui justifie) doivent être mis en jugement après avoir déjà été dans l’état glorifié, et qu’ils doivent être jugés par leur Sauveur pour savoir si, après tout, ils ne doivent pas être perdus. Si cette alternative est niée (car tout croyant sérieux la repousse sans doute), ne voit-on pas qu’on rend le jugement des croyants insignifiant, si l’on enlève l’aiguillon de sa terrible réalité, et si on le formule de manière à le limiter à une proclamation qu’on est sauvé ? On ferait bien de chercher à voir si les Écritures, quand on les interprète correctement, ne sont pas en accord avec l’autorité de la parole du Seigneur selon laquelle le croyant ne vient pas en jugement, celui-ci étant réservé à l’homme, à l’homme sans Christ, qui est coupable et perdu.

Ainsi donc, le jugement universel, bien qu’il prétende s’appuyer sur le canon de Vincent de Lérins qui est confessé par l’église catholique, d’occident et d’orient, est sur ce point en opposition directe avec la Parole du Seigneur, laquelle (selon ce que le Seigneur déclare ; Jean 12:48) jugera au dernier jour celui qui ne reçoit pas les paroles du Seigneur. Ce jugement universel génère des ténèbres dans toutes les directions. Il prive ceux qui en tiennent compte, de la consolation que Christ et Son œuvre accordent à leur foi. Il déshonore le Père autant que le Fils, qui voudrait que les croyants soient assurés de la grâce pour eux, et qu’ils goûtent les fruits de leur amour, à la fois en vie éternelle et en rédemption. Il oublie que la résurrection et l’ascension seront la séparation triomphante vers Christ dans la gloire céleste de ceux qui sont maintenant dans un monde de mélange.

Notre apôtre ne place pas ici la faveur excellente de Dieu sur la base ou avec le caractère de justice, comme le fait l’apôtre Paul en 2 Cor. 5:21 : « Celui qui n’a pas connu le péché, Il (Dieu) l’a fait péché afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui ». Le Juge ne siégera jamais pour remettre en cause la valeur de la justice de Dieu qui a été faite nôtre en Christ. Il jugera tous ceux qui prétendent avoir une justice par eux-mêmes, car c’est une fausseté et une fraude. Il jugera tous ceux qui Le méprisent dans la voie opposée d’une injustice téméraire, et qui se plaisent dans ce qui est un défi à Dieu. Il agira encore plus sévèrement avec l’injustice des hommes, même s’ils tiennent ferme la vérité dans l’injustice, comme cela est fréquent dans la chrétienté et, dans leur mesure, chez les Juifs. Mais sur ceux qui sont de Dieu dans le Christ Jésus qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu, et justice et sainteté et rédemption. Il ne fera jamais souffler le vent glacial du jugement dans le ciel, après avoir effectivement, par le Saint Esprit, rempli nos cœurs de la chaleur de Sa grâce. Que le Juge conteste Lui-même notre justice dans ce jour-là est une énormité sans fondement.

Tout le contexte précédent en démontre la fausseté. Et la première moitié de 2 Cor. 5 est consacrée à démontrer la puissance de la vie de résurrection en Christ en ce qu’elle délivre le chrétien des deux grands sujets de terreur de l’homme naturel, la mort et le jugement. « Car nous savons (dit-il) que, si notre tabernacle terrestre est détruit, nous avons un édifice de la part de Dieu, une maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux. Car aussi, dans cette tente, nous gémissons, désirant avec ardeur d’avoir revêtu notre domicile qui est du ciel, si toutefois, même en étant vêtus, nous ne sommes pas trouvés nus. Car aussi nous qui sommes dans ce tabernacle, nous gémissons, étant chargés ; non pas que nous désirions d’être dépouillés, mais [nous désirons] d’être revêtus, afin que ce qui est mortel soit absorbé par la vie. Or celui qui nous a formés à cela même, c’est Dieu, qui nous a aussi donné les arrhes de l’Esprit. Nous avons donc toujours confiance, et nous savons qu’étant présents dans le corps, nous sommes absents du Seigneur (car nous marchons par la foi, non par la vue), nous avons, dis-je, de la confiance, et nous aimons mieux être absents du corps et être présents avec le Seigneur. C’est pourquoi aussi, que nous soyons présents ou que nous soyons absents, nous nous appliquons avec ardeur à lui être agréables ; car il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses [accomplies] dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal » (2 Corinthiens 5:1-10).

Le grand apôtre traite ici du fait que le chrétien peut et doit avoir conscience que toute crainte de la mort et du jugement est ôtée, puisque Dieu nous a fait ce que Christ est afin qu’Il soit premier-né entre plusieurs frères, tous conformes à Son image glorieuse. Par Son œuvre Il a désarmé pour nous la mort de ses terreurs qui règnent sur toute la race. Étant chargés d’un corps qui n’est pas encore racheté, nous gémissons ; et nous gémissons d’autant plus, mais d’une manière marquée par la grâce, du fait que nous sommes réconciliés avec Dieu, avec les bénédictions qui s’y rattachent. Nous désirons avec ardeur d’être revêtus d’un corps changé, et nous avons toujours bon courage, et nous reconnaissons que déloger et être avec Christ est de beaucoup meilleur, comme Paul l’écrivait aux Philippiens, — meilleur que d’être absent du Seigneur, et nous préférons être présents avec le Seigneur.

Or le jugement de Christ, malgré toute sa solennité, ne suscite pas l’anxiété parce que Lui a porté notre jugement. Déjà ici-bas Dieu fournit des occasions, par la maladie et par d’autres voies, de reconsidérer notre état et notre conduite, à l’écart du travail et des occupations en tout genre qui nous absorbent ; et Dieu ne manque pas de sonder les blessures et de pénétrer les recoins les plus cachés du cœur. Il nous rend capables de nous écrier : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur, et regarde en moi s’il y a quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps. 139). Un tel jugement de soi est éminemment salutaire, et si nous ne l’avions pas, nous manquerions beaucoup de bénédiction au passage. Or ce que cela représente maintenant pour le chrétien n’est qu’une partie de ce qui sera complet devant le tribunal de Christ : le perdre, si c’était possible, serait perdre une immense bénédiction. Bien loin de susciter l’effroi, et d’ébranler la constance et le courage, l’apôtre ne parle de nous que comme étant affligés par sympathie pour ceux qui ne sont pas réveillés, et comme stimulés pour persuader la race humaine de cesser son endurcissement et de se tourner vers le Seigneur. « Sachant combien le Seigneur doit être craint, nous persuadons les hommes » (2 Cor. 5:11). Ils avaient de la crainte pour tous les autres, non pas pour eux-mêmes, ni pour le fait de savoir s’ils seraient agréés. « Car nous-mêmes » dit-il, « nous avons été manifestés à Dieu, et j’espère aussi que nous avons été manifestés à vos consciences ». La grâce donne déjà maintenant cette soumission à l’éclairage intérieur par la lumière de Dieu en Christ. La grâce qui nous approche de Dieu nous y amène. Il y a des obstacles à cela ; ce sera parfait quand nous serons manifestés devant le tribunal, sans fausse honte, étant dans un état glorifié, et capables sans un nuage de voir toute Sa gloire, si humiliante pour nous, et si glorieuse pour le Dieu de toute grâce, — et pour le Fils qui seul en a fait un moyen de bénédiction pour tout croyant, et pour le Saint Esprit dont la puissance constante et efficace a fait éprouver cette gloire, du début à la fin, à tous les saints.

Mais il faut d’autant moins chercher ailleurs [des preuves de l’absence de jugement des saints], que le verset qui est devant nous démolit entièrement cette idée étrange et antique, qui a fait autant de tort au témoignage de la vérité qu’à de nombreuses âmes pieuses qui ont souffert de ne pas connaître la vérité connue par d’autres. « En ceci est consommé [rendu parfait] l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement » (1 Jean 4:17). Méditez ces paroles, vous qui vous vantez de « l’enseignement de l’église », et qui n’avez jamais soupçonné qu’il s’agissait « d’un évangile différent, qui n’en est pas un autre ». Ainsi l’apôtre dénonce la même école qui se glorifie dans la croix comme d’une idole, et qui n’a jamais connu l’enseignement de Dieu sur Christ crucifié de manière à être délivré de l’homme et de ses vaines traditions, de sa philosophie, de sa science, et de tout ce qui s’élève contre la Bible et contre l’œuvre de Christ pour sauver les perdus. L’amour de Dieu a été manifesté aux pécheurs dans la vie de Christ donnée pour être notre vie, et dans Sa mort comme propitiation pour nos péchés, — pour que cet amour soit consommé [rendu parfait] en nous en tant que saints par Son Esprit opérant en nous. Mais même ceci n’était pas assez pour satisfaire notre Dieu pour l’honneur de Son Fils. L’amour a été consommé avec nous, « afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement ». « Quoi ! » vous écriez-vous, « est-il possible qu’il y ait de pareilles paroles dans la Bible ?  Est-il possible qu’elles veuillent dire ce qu’elles disent ?» Je ne serais pas du tout surpris que vous pensiez cela, et que vous n’osiez guère exprimer votre incrédulité vis-à-vis de la Parole de Dieu.

Pourtant, est-il possible d’exprimer plus clairement ce que les paroles de notre apôtre attestent ici, quant à l’amour consommé avec nous, chrétiens, afin que nous ne soyons ni tremblants ni remplis de doutes, mais que nous ayons toute assurance « au jour du jugement » ? Faire reposer cette assurance sur quoi que ce soit d’autre que l’œuvre de Christ serait un blasphème. Mais en Christ, c’est le triomphe de l’amour divin, — le même amour qui revêtait de « la plus belle robe » le fils prodigue couvert de haillons, non pas comme Adam dans l’innocence, mais comme celui qui revêt de la robe de mariage, de l’habit de noces, en l’honneur du Fils du Roi. C’est Christ que nous revêtons, Christ mort et ressuscité tandis que les péchés et le péché sont une affaire complètement réglée pour la foi. Ô vous qui vous êtes enivrés jusqu’à perdre le sens en buvant aux eaux stagnantes et souillantes des pères de l’église, pourquoi n’écoutez-vous pas le Père et le Fils et le Saint Esprit, et ne prenez-vous pas gratuitement l’eau de la vie ? Christ a tellement glorifié Dieu, non seulement dans Sa vie d’obéissance, mais dans Sa mort, qu’Il peut délivrer de la crainte de l’heure de la mort et du jour du jugement même des gens comme vous qui avez trop efficacement instillé cette crainte chez les affamés, alors qu’ils s’attendaient à être nourris par vous, et qu’ils ne l’ont pas été. Oui, il faut que tous pèsent ces paroles de Dieu. L’amour a été consommé [rendu parfait] « afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement ». Nous en voyons la source et le but — la source en Dieu par Son Fils, et le but pour Ses enfants en vue de ce jour-là. Quel contraste avec la misérable élégie, ou lamentation (n’appelez pas ça une hymne !), dont le titre est le « Jour de la Colère (« Dies Irae ») (*) que certains vantent à haut cris comme une composition chrétienne ! — Son amour chasse la crainte loin du cœur de tout chrétien.

 

(*) Note Bibliquest : séquence de la liturgie catholique des défunts.

 

6.2.2       1 Jean 4:17b

Mais il y a beaucoup plus que cela. L’apôtre donne la raison ou le fondement de ce qui accentue immensément ce privilège : « car, comme Il est Lui (Christ), nous sommes nous aussi dans ce monde ». Si Dieu ne l’avait pas révélé, on oserait dire qu’une telle déclaration relève vraiment de la présomption la plus effrayante jamais sortie d’une bouche ou d’une plume humaine. Or on a tout lieu de penser, ne le cachons pas, que la raison pour laquelle personne n’est troublé par la vérité étonnante que nous communique cette déclaration, c’est que sa force n’est pas du tout reconnue dans les écoles théologiques. Car l’apôtre déclare que ‘comme Christ est, ainsi nous aussi, nous chrétiens, nous sommes dans ce monde’. Il dit ceci selon la doctrine constante de son épître, « ce qui est vrai en Lui et en vous ». Car maintenant Il est mort et ressuscité, et Il porte beaucoup de fruit semblable à Lui. Notre vieux moi existe bien sûr en fait, mais « en ce jour-là [le jour de maintenant, depuis la Pentecôte], vous connaîtrez que moi je suis en mon Père, et vous en moi et moi en vous » (Jean 14:20). Ceci n’avait jamais été vrai auparavant, et ne le sera jamais dans le jour [l’ère] à venir, mais c’est vrai aujourd’hui pour les chrétiens ici-bas.

En conséquence notre position et notre modèle ne sont plus dans le premier Adam, mais dans le second Homme, et Lui est le dernier Adam. Il n’y aura jamais d’autre chef [ou : tête — de race]. Le Fils de l’homme a glorifié Dieu dans la mort même quant au péché ; c’était le seul moyen de délivrance ; car dans Sa mort le péché a été pleinement jugé à la gloire de Dieu. Et maintenant Dieu a glorifié le Fils de l’homme dans la résurrection et dans l’ascension — Il Le glorifie dans le ciel, Il Le glorifie en Lui-même, comme personne d’autre n’a jamais été glorifié ici-bas, ni ne peut l’être (Jean 13:31-32). Il n’attend pas de Le couronner sur le trône de David en Sion, ni comme Roi sur toute la terre. Mais le jour même de la résurrection Il envoie ce message à « Ses frères » : « Je monte vers mon père et votre père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Il nous prend dans notre nouvel être, hors de l’Adam déchu, et Il nous établit dans le Christ monté au ciel. Ainsi comme Il est Lui, nous sommes nous aussi dans ce monde.

Notez bien : Il n’est pas dit « comme Il était ». L’enseignement de l’église [anglicane] assez bien formulé par l’archidiacre R. Wilberforce et des centaines ou milliers d’autres est complètement faux. L’incarnation est une vérité bénie, essentielle pour la foi ; mais elle n’est pas notre union avec Lui. Elle est vraie sans aucun doute, mais elle n’est pas le christianisme. Vivant, Christ demeurait seul ; mourant Il porte beaucoup de fruit (Jean 12:24). L’union avec Lui ne pouvait pas avoir lieu tant qu’Il n’était pas mort pour nous et pour nos péchés. La phrase « mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu » a été prononcée en résurrection, après que le jugement de Dieu fût passé sur Lui à l’égard du mal de l’homme, et non pas avant ce moment-là. Le voile n’était pas déchiré avant Sa mort, et la sacrificature et les sacrifices terrestres et le sanctuaire terrestre avaient encore la sanction [approbation] de Dieu avant Sa mort. Mais Sa mort était leur mort ; et Sa résurrection est Sa vie en puissance. Le christianisme vient après, et le Saint Esprit vient pour sceller ceux qui sont lavés dans Son sang. « Comme Il est Lui, nous sommes nous aussi dans ce monde ». Nous nions aucune position devant Dieu sauf en Lui ; et c’est là notre position maintenant « dans ce monde ». Pensez-vous que quiconque enseigné du Saint Esprit à cet égard, puisse se satisfaire des impostures du papisme, de la lumière religieuse obscure du Puseyisme avec sa « voie moyenne », ou les compromis fluctuants des dénominations protestantes ? — Avons-nous une position chrétienne solide avec la bénédiction positive qui s’y rattache ? Une position plus élevée n’est pas possible ; or c’est là notre position, celle de tout vrai chrétien, « dans ce monde ». Il nous reste seulement à croire Dieu à cet égard pour nos âmes, et à nous attendre à Lui pour avoir la grâce pour aimer et pour le vivre — Christ comme notre tout.

 

6.3   1 Jean 4:18

6.3.1       1 Jean 4:18a [contre la doctrine Calviniste]

Les versets suivants montre l’importance immense de ce que nous avons gagné au verset 17. « Il n’y a pas de crainte dans l’amour, car l’amour parfait chasse la crainte ». Combien ces paroles de Dieu parlent au cœur ! Ce n’est pas du simple sentiment, mais c’est le Dieu de lumière et d’amour qui voudrait soutenir Ses enfants à l’encontre des doutes, afin qu’ils puissent jouir de ces paroles en toute simplicité et toute assurance. La crainte dont il est parlé ici est incompatible avec l’amour. Mêlez à cela l’erreur commune que Dieu va juger Ses enfants, et que les élus échapperont. Qui peut mesure le tourment d’anxiété que cela suscite chez des âmes pieuses ? La lueur de consolation est alors cachée par le secret impénétrable de l’élection, au lieu que la vraie lumière brille avec éclat et constance en Christ pour tous ceux qui viennent à Dieu par Lui. Je ne doute pas plus que les Calvinistes que ceux qui viennent soient élus ; mais leur façon de présenter les choses est propre à jeter les âmes sur un récif sans espoir, tandis que la vérité chrétienne oriente toujours l’âme qui est dans le besoin vers Celui qui peut et veut révéler le salut au pécheur et lui donner du repos par la foi en Lui.

Quant au chrétien qui se pose ces questions, la crainte qui accompagne inévitablement un jugement à la fin de la course n’est-elle pas le meilleur moyen d’empêcher et d’étouffer ses affections ? Peut-on aimer à fond et de bon cœur quelqu’un qui peut vous jeter en enfer ? — ce qu’on ne peut éviter de craindre quelque fois ? « Il n’y a pas de crainte dans l’amour » dit l’apôtre ; « il y a de la crainte dans mon amour » dit le simple croyant, conscient de beaucoup de manquements, et dont certains sont suffisamment graves pour susciter de l’angoisse à la pensée de ce jour-là. Si sa façon de voir le fait régulièrement trembler, il voit au moins assez en Christ pour produire en lui ce qu’il appelle une humble espérance ; mais il reste tout à fait certain de ne jamais avoir d’assurance au jour du jugement. Il en est si loin qu’il redoute de penser à, ou d’entendre parler d’un objet qui remplit pareillement de terreur. Je présente le cas de manière à convaincre ceux qui sont sous l’influence de ces pensées tout à fait irréconciliables avec la révélation de Dieu. Si vous dites : Non, mais c’est avec ce que l’apôtre dit ici que ces pensées ne peuvent pas être réconciliées, permettez-moi de vous garantir que vous n’améliorez pas votre cas par une telle insinuation ; au contraire vous mettez votre âme en danger en donnant l’impression incrédule que l’Écriture n’est pas toujours cohérente avec elle-même, et qu’un autre passage peut modifier ce qui vous trouble ici, ou même vous en débarrasser.

Ce qui est fautif c’est l’erreur dont vous avez été imprégné dans une mesure, ou que vous avez tolérée — ce n’est pas la parole du passage devant nous, qui a pour but de chasser la crainte, non pas de la créer. Christ seul peut chasser votre crainte, car Il est le témoin divin et la preuve divine de l’amour parfait de Dieu. C’est là le but invariable du Saint Esprit ; Il conduit dans toute la vérité, mais Il le fait en glorifiant Christ, en prenant de ce qui est à Lui et en nous l’annonçant. Il peut nous aider indirectement en prenant ce qui est à nous pour nous en humilier et nous en affliger devant Dieu ; mais même dans ce cas, Il le fait pour nous occuper de Celui par qui sont venues la grâce et la vérité, et qui est la plénitude de tout dans Sa personne même.

Un autre danger, encore, guette ceux qui ne sont pas encore délivrés de la crainte. Ils ont recours au baptême ou s’adonnent à la Cène comme une ressource contre la crainte. Mais l’Écriture ne donne aucun crédit à une telle illusion. Au contraire, quand l’apôtre écrivit son épître aux Corinthiens où beaucoup étaient dans un état mauvais et dangereux, l’apôtre prit soin de les avertir contre les mauvais usages de ce genre. Au ch. 1 v.14, il rend grâce à Dieu de n’avoir baptisé personne, sinon Crispus et Gaïus, afin que personne ne puisse dire qu’il baptisait en son propre nom. Il avait aussi baptisé la maison de Stéphanas, et ne savait pas s’il avait baptisé quelqu’un d’autre. Car, disait-il, Christ ne l’avait pas envoyé baptiser, mais prêcher l’évangile. Imaginez-vous qu’il ait pu écrire cela si le baptême était le moyen de la vie éternelle ?! Au contraire Christ ne l’avait pas envoyé baptiser (il laissait d’autres baptiser les nombreux Corinthiens qui avaient « entendu, cru et été baptisés » dans cette ville ; Actes 18:8). Et il leur dit au ch. 4 v. 15 : « Dans le Christ Jésus, je vous ai engendré par l’évangile ». L’évangile, la parole de vérité, était et est le moyen d’être engendré de Dieu, jamais le baptême, quelle que soit sa valeur à sa place.

Mais Paul va plus loin encore en 1 Cor. 10, car il avertit les Corinthiens, et tous les chrétiens depuis, en se servant de ce qui était arrivé à Israël : bien que tous fussent passés par la mer et que tous aient été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer, et que tous aient mangé la même viande spirituelle et que tous aient bu du même breuvage spirituel, néanmoins Dieu ne prit pas plaisir en la plupart d’entre eux, car ils tombèrent dans le désert. « Mais ces choses leur arrivèrent comme type, afin que nous ne convoitions pas des choses mauvaises comme eux aussi ont convoité ». Quant à la Cène du Seigneur, même des romanistes droits et capables comme le cardinal Cajetan, rejetaient la fausse interprétation de Jean 6:53-56 en rapport avec l’eucharistie. L’objet de notre foi, c’est Christ Lui-même dans la mort (tandis que le pain vivant était [l’image] de Lui incarné, avant la mort). Si on l’applique à la Cène du Seigneur, cela ne va pas pour deux raisons : Cela enseignerait que personne ne peut avoir la vie sans la Cène, et qu’inversement tous ceux qui y participent ont la vie : deux erreurs exécrables. Si on l’applique à Christ dans Sa vie et dans Sa mort, on a là deux précieuses vérités. Ainsi il est prouvé que la Parole de Dieu est plus forte que tous les arguments des hommes. Christ est le tout du chrétien.

L’apôtre nous fait maintenant savoir que Dieu, par Sa Parole, assure de Son amour tous ceux qui croient, et Il le fait ressortir dans Christ incarné, dans Christ souffrant dans l’expiation, et dans Christ dans la gloire, achevant le tout par la déclaration que « comme Il est Lui, nous sommes nous aussi dans ce monde » (4:17b). Car c’est ici-bas seulement que se trouvent Sa grâce et Sa vérité ; et comme Christ était plein de grâce et de vérité, Le recevoir c’est recevoir de Sa plénitude, comme c’est le cas de tout chrétien (Jean 1:16). Voilà maintenant la question qui vous est adressée, cher ami rempli de craintes et de doutes : Croyez-vous en Lui comme un pauvre pécheur coupable ? Croyez-vous que Dieu dans Son amour infini a donné Jésus Son Fils ? — Rejetez loin la vaine espérance qu’il y ait quelque chose de bon en vous qui convienne à Dieu ; sur la base de l’autorité de Dieu, et dans Sa grâce, recevez Celui qui a tout ce qui est bon non seulement pour Dieu, mais aussi pour vous, et qui a été envoyé pour être la propitiation pour les péchés. Alors, en recevant la bonne nouvelle de Dieu, vous avez le droit de dire, en pesant chaque mot devant Dieu : « par grâce, je crois que j’ai la vie, et la paix, et que je suis Son enfant ». Alors vous savez que vous êtes élu. Tout autre moyen de prétendre le savoir est humain et dangereux, incertain et mauvais, et le diable s’en sert pour vous tromper et vous ruiner. Christ est la vérité permettant de régler toute élection qui est vraie et bonne. Croyant en Lui et Le confessant, vous avez le droit de dire sans un atome d’argument : Dieu m’a choisi : sinon, laissé à moi-même et à ma raison, je n’aurais jamais cru d’une manière divine. Voilà cet « amour parfait qui chasse la crainte » et qui me donne par la foi, la paix avec Dieu, au lieu de ce châtiment et de ce tourment que mon esprit ne connaît que trop.

 

6.3.2       1 Jean 4:18b

Il est donc tout à fait certain que « celui qui craint n’est pas rendu parfait [= consommé] dans l’amour ». Tant que vous n’êtes pas certain de l’amour de Dieu, vous ne pouvez pas L’aimer réellement ; quand vous croyez la réalité de Son amour lorsqu’Il a donné Son Fils pour des impies, pour Ses ennemis, n’est-Il pas descendu à votre rencontre ? Prenez la femme pécheresse de Luc 7, et le brigand sur la croix : pourquoi ces cas extrêmes sont-ils relatés, sinon comme encouragement de la part de Dieu ? Autrement, ils auraient été passés sous silence. Mais ils sont écrits expressément pour répondre aux besoins d’hommes et de femmes qui doutent de l’amour de Dieu, qui ont autant voire plus de peine à croire cet amour que le pécheur le plus éhonté.

Ne soyez pas découragé si vous arrivez à la conclusion que vous n’aimez pas Dieu. Ce n’est pas là la vraie question, car Dieu ne désigne-t-Il pas Christ et Sa mort pour les péchés comme la meilleure preuve qu’Il pouvait donner de Son amour à vous et à moi ? Si vous courbez vos raisonnements devant une preuve aussi écrasante et convaincante de Son amour, vous aimerez certainement, même si vous êtes lent à vous y prêter : d’autres verront le changement en vous. Si vous vous reposez sur le sacrifice de Christ pour vos péchés, votre cœur s’ouvrira à Dieu qui vous purifiera ainsi de toute tache par le sang de Christ, et vous serez alors prêt à dire « je L’ai trouvé », et vous apprendrez bientôt que c’est Lui qui vous a trouvé. Venez tel que vous êtes, afin qu’à Lui revienne toute la gloire. Et s’Il m’a aimé d’un amour si puissant sans qu’il y eût rien chez moi qui fût digne de Son amour, pas même la moindre pensée — s’Il m’a tant aimé malgré que tout mon être et toute ma vie fussent remplis de péchés, va-t-Il cesser de m’aimer quand je suis Son enfant, Son fils par la foi en Christ, et que par le Saint Esprit je crie « Abba, Père » ? Certainement pas : même mon père ne me jetterait pas dehors si j’étais errant, irréfléchi et insensé. Mais alors Dieu comme Père me juge comme Son enfant, Il juge ma conduite journalière, et Il me discipline selon que j’en ai besoin. N’est-ce pas là le fruit de Son amour persévérant et fidèle envers moi dans le désert ?

C’est aussi un immense réconfort pour un enfant de Dieu de savoir que, malgré toutes les carences, les peines, la honte, la crainte, Il veut que j’aille à Lui librement et sans délai pour rejeter tout mon souci sur Lui, car Il prend soin de moi et Il m’aime. Veillez à ce que Satan ne sème pas la méfiance dans votre cœur : elle n’est que du mensonge pour me faire du tort en Le déshonorant Lui. Il me faut penser à Christ, et à ce que ce passage me dit de Son amour, et cette atmosphère détestable disparaîtra. Non je ne suis pas rendu parfait [consommé] dans l’amour si je Le redoute ; et plus j’ai été séduit, plus j’ai besoin de m’épancher dans Sa présence en ayant confiance dans Son amour.

 

6.4   1 Jean 4:19

Qu’est-ce qui explique alors la racine de toute l’affaire ? ce sont les quelques mots par lesquels l’apôtre résume tout au v. 19 : « Nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier ». Si brève que soit cette phrase (et elle est encore plus brève dans le texte critique qui est supporté par les meilleures autorités), elle est une source divine de repos pour le croyant. Il me semble que l’esprit naturel aurait été plus disposé à insérer le pronom (pour écrire « nous L’aimons »), qu’à l’omettre. Si l’original était « nous L’aimons », il aurait été audacieux de supprimer le pronom « L’ » (ou le pronom « Lui ») de la part de tout copiste même s’il n’était chrétien que de nom. Mais si l’omission du pronom est correcte (et des preuves externes suffisantes rendent cette omission préférable), il est facile de comprendre qu’un scribe bien intentionné ait trouvé ce début de phrase boiteux par manque d’objet direct [du point de vue grammatical], et ait voulu insérer le pronom, sachant que c’était sans doute intrinsèquement vrai.

Tout bien considéré il me semble que le texte laissé dans sa formulation absolue est impressionnant en soi, et il gagne plus qu’il ne perd par l’absence d’objet exprimé pour le verbe aimer, l’ajout d’un objet ayant plutôt pour effet de limiter le sens que de l’élargir. Laissé tel quel sans objet pour le verbe, il signifie que nous aimons [à la fois Dieu et Ses enfants] parce que « Lui nous a aimés ». Christ a été, dans nos âmes, la source de l’amour divin, quel qu’en soit l’objet ou la direction. Il n’a pas jailli de nous, en aucune manière. L’amour est de Dieu. Dans notre incrédulité, nous pensons qu’il doit commencer en nous pour provoquer l’épanchement de Son amour. Mais il n’en est pas ainsi : nous étions morts, nous étions pécheurs, et en tout cas l’amour n’était pas et ne pouvait pas être de nous, ni jaillir de nous. Notre histoire spirituelle, notre existence par rapport à l’amour et à Dieu est simplement celle-ci : « Nous aimons parce que Lui nous a aimés ». Nous reconnaissons à notre honte que c’est la vérité ; nous sommes heureux de reconnaître que c’est la vérité à Sa gloire et pour notre bénédiction éternelle. L’Esprit ouvre nos cœurs par la parole adressée à Son Fils que le Père a envoyé pour nous donner la vie et le salut par Sa mort expiatoire, et pour que nous soyons maintenant un seul esprit avec le Seigneur glorifié (1 Cor. 6:17), pour être comme Il est Lui dans ce monde, demeurant maintenant et dorénavant dans l’amour, et ainsi demeurant en Dieu et Dieu en nous.

 

6.5   1 Jean 4:20

Nous avons ensuite au v. 20 la dernière des fausses professions ; elle est ici individualisée comme au ch. 2. « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, il est menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1 Jean 4:20). Un pareil langage et une pareille conduite trahissent le manque de réalité ; et l’apôtre n’a pas de scrupule pour stigmatiser une telle personne en tant que menteur. Nos sentiments à l’égard de notre frère sont un test de la vérité ou de la fausseté de notre profession vis-à-vis de Dieu. C’est une question actuelle et concrète. Voici mon frère à ma porte, revêtu de la vie de Christ, et purifié de ses péchés par le sang de Christ ; vais-je permettre sous aucun prétexte de la haine dans mon cœur tout en parlant d’aimer le Dieu invisible. Si tel est le cas, il y a la fausseté : Satan a fermé mes yeux. S’il y avait une foi vivante, la vie attirerait, et l’amour de Dieu ferait jaillir de moi l’amour. Le Saint Esprit de Dieu n’habite pas pour rien dans le saint ; et là où le cœur Le traite comme n’étant rien chez l’autre, n’est-ce pas une preuve claire qu’il ne peut pas y avoir la jouissance de la communion l’un avec l’autre par le Fils par lequel vient toute bénédiction ? Si « menteur » est déjà un qualificatif tout à fait ignominieux parmi les hommes, n’est-ce pas bien pire dans la bouche d’un apôtre et dans les choses éternelles de Dieu ? C’est de cette manière que, dans le jour mauvais, le Dieu seul sage fournit à Ses enfants le moyen de ne pas être trompés. Car plus l’amour inspiré par la grâce divine est précieux, plus il est important qu’on ne nous impose pas quelque chose qui n’est pas vrai. Cela fait partie du gouvernement moral de Dieu sur Ses enfants de les mettre ici-bas à l’épreuve d’un grand nombre de manières. Mais l’amour qui est de Dieu se confie en Dieu, et demeure dans l’amour, que les autres y demeurent ou non, et il a la puissance de l’Esprit qui habite en nous pour faire sentir la présence de Dieu dans nos âmes, afin que nous restions paisibles et soumis quoi qu’il arrive.

 

6.6   1 Jean 4:21

Ici aussi, le même soin est pris que dans d’autres cas déjà vus, pour nous établir dans l’obéissance quant à l’amour de notre frère. Car qu’y a-t-il d’aussi humble que l’obéissance ? Qu’y a-t-il d’aussi actif dans le mauvais sens que l’orgueil ou la vanité, qu’un esprit léger ou passionné ? Et qu’est-ce qui donne autant de courage et de fermeté, même à l’âme timide, que la conscience d’obéir à Dieu ? D’où l’importance d’appliquer l’obéissance à l’amour de son frère qui, à cause de telle ou telle faute légère, pourrait être regardé comme purement persona non grata.

« Et nous avons ce commandement de sa part, que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère » (1 Jean 4:21). Notre Dieu ne nous laisse pas à nos propres pensées ou à notre arbitraire. Nous sommes sanctifiés pour l’obéissance, et pour l’obéissance selon l’amour filial de Christ, non pas pour l’obéissance à distance de Dieu du Juif sous la loi. Il enjoint à celui qui L’aime d’aimer aussi son frère. Car en effet, si Dieu aime Son enfant, qui suis-je, qui êtes-vous, pour ne pas l’aimer ? N’est-ce pas déjà honteux d’exercer sa volonté contre celle de Dieu ? Écoutez un peu Sa parole. Il la fait connaître comme un commandement faisant autorité, de sorte que si je résiste encore, je peux avoir dans mon âme la douleur cuisante d’être en train de combattre contre Dieu, d’autant plus qu’Il s’est révélé comme le Dieu de toute grâce. Vais-je persister à résister malgré une injonction si claire et qui s’accorde avec la vérité et avec un amour si précieux ? Ne ferais-je pas mieux de me juger moi-même, de juger ce que je suis et où je vais : car n’est-ce pas de la pure propre volonté contre le Dieu et Père du Seigneur ? Le frère peut avoir des voies ou des paroles qui ne me plaisent pas ; pourtant je peux tout à fait me tromper dans mon estimation, et la faute alors m’incombe à moi plus qu’à lui ; mais si j’objecte à Son commandement positif, comme puis-je avoir confiance en moi en quoi que ce soit ? N’est-ce pas de la rébellion ? et contre qui ?

C’était la gloire morale de Christ de toujours appliquer l’obéissance, quels que soient l’exigence et la difficulté. Au commencement, avant Son service public, Il s’en tint à cela, Il se soumit à cela, et il obtint par cela la défaite de l’ennemi dans chacune des trois grandes tentations. « Il est écrit », « Il est écrit » était ce qu’Il répondait dans l’entière soumission à Son Père. Satan osait-il citer l’Écriture, celle qui faisait référence à Lui, Il n’argumente pas, mais Il répond « Il est encore écrit ». Il ne doutait pas des soins de l’Éternel, ni de la tâche attribuée aux anges à Son égard ; Il n’était pas ici pour exécuter les ordres de Satan, et Il refusa de tenter Dieu comme s’Il doutait de Sa Parole. Nous trouvons la même obéissance inébranlable à la fin, publiquement : « Car moi, je n’ai pas parlé de moi-même ; mais le Père qui m’a envoyé, lui-même m’a commandé ce que je devais dire et comment j’avais à parler ; et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que moi je dis, je les dis comme le Père m’a dit » (Jean 12:49-50).

En donnant Ses dernières instructions aux Siens, Il manifestait la même obéissance, et elle était d’autant plus claire que s’approchait cette circonstance la plus solennelle de toutes, la mort. « Je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car le chef du monde vient, et il n’a rien en moi ; mais afin que le monde connaisse que j’aime le Père ; et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais » (Jean 14:30-31). En effet Il avait même dit ceci auparavant : « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne. Personne ne me l’ôte, mais moi, je la laisse de moi-même ; j’ai le pouvoir de la laisser, et j’ai le pouvoir de la reprendre : j’ai reçu ce commandement de mon Père » (Jean 10:17-18). Cela ne montre-t-il pas de la manière la plus claire que notre précieux Seigneur ramenait tout dans le cadre de Son obéissance ? Or c’est là la plus haute spiritualité que le Saint Esprit peut opérer dans un saint quelconque. C’est pourquoi nous tenons compte de Ses paroles solennelles : « Celui qui affectionne sa vie, la perdra ; et celui qui hait sa vie dans ce monde-ci, la conservera pour la vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur : si quelqu’un me sert, le Père l’honorera » (Jean 12:25-26). Précieux Seigneur, pour Te servir, nous voudrions Te suivre ; mais quelle irrégularité dans nos pas ! et quelle grande grâce que Ton serviteur puisse être là où Tu seras, avec Toi, et puisse avoir l’honneur du Père !

L’autorité de Dieu intervient ici dans le fait d’aimer, comme dans tout le reste de la vie chrétienne. Or, comme aimer son frère est particulièrement susceptible d’être freiné, voire éludé, Il en fait une question de commandement, joignant notre amour envers Lui à l’amour envers notre frère. Pourtant en ceci, la même bénédiction dirige la manière et tout ce qui s’y rattache. Seule Sa Parole peut guider sûrement et en sécurité, quelles que soient les circonstances qui modulent tellement les modalités d’application. Qui est suffisant pour ces choses ? Notre puissance est dans l’Esprit selon notre vie nouvelle en Christ, et dans l’obéissance à Dieu lorsqu’Il nous parle dans Sa Parole.

 

6.7   Encore le v. 19 — Le vrai amour de Dieu. Contre le mysticisme

Après avoir fait ressortir très complètement l’opération de l’amour divin envers nous comme pécheurs, et en nous maintenant que nous sommes des saints, et ceci tout droit vers le jour de gloire, la discussion se termine par ces mots : « Nous aimons, parce que Lui nous aimé le premier ». Sans doute « nous L’aimons », mais si l’omission critique du pronom « L’ » est correcte, ce qui parait être le cas, alors notre amour est mis sous une forme générale (« nous aimons », non pas seulement « nous L’aimons ») ; il comprends non seulement le fait de L’aimer Lui, mais le fait d’aimer tous les Siens autour de nous. « Nous aimons ». Il n’y avait pas d’amour réel dans nos cœurs avant que nous connaissions Son amour. C’est d’autant plus important de le dire à cause de l’abus sentimental qu’on en fait. Il y a une école de personnes pieuses qu’on appelle les mystiques et qu’on trouve surtout en France, en Allemagne et en Hollande, avec des adeptes en Angleterre ; ils ont inventé la théorie selon laquelle tout amour réel de Dieu ne peut qu’être totalement indépendant de soi. Cela parait très beau, mais ce n’est pas correct, et il ne s’y trouve guère de réalité. Cela n’a jamais été le cas pour aucune âme depuis le commencement du monde. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir d’expérience spirituelle s’élevant à un amour de Dieu indépendant de soi, et laissant le moi en arrière, pour nous perdre pour ainsi dire dans le sens de Son amour parfait, et de notre délice dans Sa nature et dans Ses voies.

Mais nous commençons toujours par le fait, qui est à la louange de Sa grâce, que Dieu nous a aimés quand nous étions morts et coupables. Cela a été pure miséricorde de Sa part que de nous sauver (Tite 3:4-7). On se trouve dans l’ignorance, l’incrédulité et la présomption les plus grossières, tant qu’on n’a pas vraiment trouvé en Christ et dans Son œuvre l’amour de Dieu envers nous lorsque nous étions dans la ruine complète et dans nos péchés. Se dérober à ces profondeurs, et s’efforcer de s’élever dans un amour de Dieu dépourvu d’égoïsme est non seulement sans valeur, mais c’est nuire par incrédulité à la vérité quant à Dieu et à Son Fils, et quant à nous-mêmes. Ce n’est qu’un développement déguisé du « moi » — ce que les mystiques refusent d’admettre et dont ils voudraient se passer, et qui conduit à une grande admiration de soi, et à des extases sur leur état. Mais après tout, cela manque complètement de la communion décrite par les apôtres, basée sur la vie de Christ en nous, sur Sa mort expiatoire dans sa pleine dans sa pleine efficacité, à la suite de quoi l’Esprit de Dieu qui nous a été donné a fait Son habitation en nous ; tout ceci est la portion commune aux chrétiens, bien que peu le réalisent comme ils devraient. Il est en effet déplorable qu’un enfant de Dieu, quel qu’il soit, descende bas au point de penser que la chose très importante est l’amour qu’il peut ressentir pour Dieu, et d’y trouver un tel plaisir comme si c’était le meilleur état pour les saints sur la terre. C’est Son amour en Christ qui est la source et la plénitude de tout, et qui, par comparaison, fait ressortir le nôtre comme bien peu de chose.

Combien la Parole que nous avons devant nous est simple, douce et forte ! « Nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier ». Assurément si nous sommes Ses enfants, nous aimons, et le changement est vaste pour ceux qui, autrefois remplis d’eux-mêmes sous une forme ou sous une autre, ont besoin d’être amenés à aimer d’un amour qui est de Dieu. Mais nous aimons Christ, et Dieu qui L’a donné, et les enfants de Dieu qui L’ont reçu comme nous-mêmes. Tout est inclus dans « nous aimons ». Pourtant rien [de cet amour] n’a été possible à moins de commencer dans la poussière de la mort, où et « parce que Lui nous a aimé le premier ». Ces paroles sont donc un correctif dont nos coeurs ont bien besoin pour nous vider de l’occupation de nous-mêmes et de l’admiration de nous-mêmes, de la folie d’imaginer que nous nous sommes débarrassés du péché par un sursaut spécial de foi nous amenant à un état de perfection morale. La notion que nous sommes parfaits dans un sens tel que celui-ci est la preuve la plus claire et la plus certaine de notre imperfection. Elle nous convainc de notre grande ignorance de l’Écriture qui est caractéristique de toutes les classes des écoles pratiquant l’introspection.

D’un autre côté, il est indéniable que l’effet d’être occupé de Christ, dans la Parole et par l’Esprit de Dieu, fait que Lui est notre tout, et que nous-mêmes nous ne sommes rien à nos propres yeux. Et ceci peut et doit aller, dans le délice que nos âmes trouvent en Lui et en Dieu Lui-même, jusqu’au point d’en finir totalement avec soi. Certains chrétiens sages et prudents n’aiment pas ceci, et disent qu’on ne peut pas être tout le temps en esprit dans le ciel, et qu’il faut descendre dans la vallée. Mais après tout, sont-ils sages, spirituellement parlant ? Aucun saint ne s’enfle quand il est consciemment dans la présence de Dieu. S’il quitte cette présence, le danger survient d’être fier d’y avoir été plus que les autres. Frères, si nous croyons l’apôtre, nous avons le droit de connaître que nous demeurons en Lui et Lui en nous, et nous avons le droit de connaître cela par Son amour qui a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Rom. 5:5 ; et non pas par nos sentiments qui changent comme la lune, et qui sont enclins à nous donner du crédit, à nous pauvres créatures insensées). L’effet béni en est qu’en toute simplicité « nous nous glorifions en Dieu » (Rom. 5:11) comme dit l’apôtre Paul, « par Jésus Christ notre Seigneur par qui nous avons reçu la réconciliation ».

 

6.8   Encore le v. 20

Observez aussi une autre caractéristique de notre apôtre : après avoir présenté ce qui est le plus élevé en nature, il ajoute quelques mots d’ordre pratique ; nous en avons bien besoin. C’est bon pour l’âme, et c’est ce que Dieu a écrit, sachant bien mieux ce qui est pour Sa gloire en nous.

« Si quelqu’un dit j’aime Dieu et qu’il haïsse son frère, il est menteur » (4:20). Ce qui était précieux aux yeux de l’apôtre, c’était de pratiquer la vérité, non pas d’en parler, mais avoir la sainte réalité. Or s’il hait son frère, il est menteur. Personne n’a parlé plus clairement et sans acception de personne quand c’était nécessaire, et pourtant personne ne peut nier que, même au milieu des apôtres, son amour était visible. Ne devons-nous pas agir ainsi quand cela est dû à Dieu ? Mais quelle différence immense d’avec ce qui passe pour de l’amour dans ces temps dégénérés, une singerie du monde où le grand but parait être de laisser libre cours à la volonté de chacun, et de n’exercer la conscience de personne. Combien cet idéal est loin de notre apôtre qui voulait ne prendre aucun ménagement vis-à-vis du mal parmi les chrétiens !

Or ce qui est pleinement à l’œuvre chez un professant sans réalité, peut opérer partiellement chez quelqu’un qui a la vraie confession de foi, et qui marche sans précaution ni vigilance. Le péché volontaire emporte l’incrédule qui devient une proie de Satan. Mais si un croyant pèche (non pas pèche continuellement), il est affaibli et le Saint Esprit est attristé ; dans cet état il peut agir de manière indigne vis-à-vis de son frère, ou en quelque autre manière inconvenante. Nous avons vu combien la grâce intervient et restaure, même si ce n’est pas toujours très rapide. Il peut ainsi y avoir de tristes inconséquences avant que l’âme soit restaurée. Si quelqu’un hait son frère, c’est une grave inconséquence, ou, pour se servir du langage du Lévitique, c’est une éruption dans la chair, sans qu’il y ait lèpre. Or Dieu peut se servir d’un tel mal pour le bien des autres, comme dit le Psalmiste : « la transgression du méchant dit, au dedans de mon cœur [non pas : au dans de son coeur] qu’il n’y a pas de crainte de Dieu devant leurs yeux » (Ps. 36:1). La grâce tire de l’inconséquence un avertissement. Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu (Rom. 8:28). Cela devient donc un point pratique, une leçon frappante mettant en garde contre le fait de dire et de ne pas faire. « Car celui qui n’aime pas son frère qu’il ne voit pas, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas » (4:20). La logique n’a jamais produit l’amour, ni ne s’élève au-dessus des déductions mentales. Mais la nouvelle nature sur laquelle Christ agit, produit un résultat selon Dieu.

Il est hors de question de parler de choses qui n’éprouvent pas le cœur ; mais Dieu dispose tout  de manière à ce que nous ayons des tests pratiques autour de nous. Comment nous comportons-nous vis-à-vis de ces tests que sont nos frères ? Le sens de la vérité qu’avait l’apôtre — sens donné divinement — écarte de manière absolue la possibilité d’éluder les tests. Il introduit une illustration, d’une simplicité presque enfantine, mais non pas puérile ; elle est sainte et sage. L’orgueil des hommes la considérerait comme sans importance. Ils se considèrent comme parfaits, et revendiquent pour eux-mêmes la liberté de laisser éclater à l’envi leur déplaisir et leur aversion. Les circonstances peuvent rendre cela éprouvant, même pour un saint, car un frère peut agir à tort. Dois-je l’aimer ? certainement il le faut. Sa conduite peut amener votre amour à prendre une forme différente, mais l’amour doit toujours être en exercice dans la conscience que Dieu voit tout. Il peut ne pas se maintenir de la même manière, mais y a-t-il quelque chose qui montre davantage l’absence d’amour que de se détourner de mon frère, même fautif, avec mépris et dédain, avec la volonté de ne pas partager son fardeau ou de lui être indifférent ? L’amour se montre quand vous partagez sa douleur, même s’il manque à se montrer réellement humilié comme il le devrait. Manifester de la réprobation à son égard peut être perçu comme de la provocation, et c’est pourquoi l’amour agira autrement. Car pour savoir comment marcher dans l’amour, nous avons besoin de Dieu davantage que partout ailleurs.

Mais ceux qui aiment savent où se tourner dans les difficultés, et ils ont par l’Esprit les directions de Dieu à cet égard comme pour le reste. L’amour ne se comporte pas d’une manière inconvenante, il ne cherche pas son propre intérêt. Il sait comment supporter ou comment tout couvrir, comment espérer tout, croire tout, endurer tout. Qu’y a-t-il donc de plus persévérant que l’amour ? et si le reste fait défaut, l’amour ne périt jamais (1 Cor. 13). C’est à cela que nous sommes appelés en Christ, et nous avons tant d’occasions pour l’exercer. Il y a nos frères que nous avons vus, et beaucoup que nous voyons autour de nous. Si je me place dans des circonstances où je ne les vois pas et où je ne me préoccupe pas d’eux, où je m’occupe d’autres objets qui me plaisent, ce n’est pas l’amour ; et si c’est une habitude de s’abandonner à un tel état, la situation devient assurément dangereuse. C’est certainement une chose à juger, et il faut crier à Dieu pour avoir la délivrance. Que l’amour fraternel demeure (Héb. 13:1).

 

6.9   Encore le v. 21

Il y a une autre chose importante en relation avec cet amour ici. Le sujet en est en effet pleinement discuté, et il l’est selon la relation merveilleusement proche dans laquelle nous sommes introduits avec le Père et le Fils. Il est appliqué ici aux affaires ordinaires de la vie journalière pour tester la réalité de l’amour ; mais il y a une autre manière de le faire sentir. « Et nous avons ce commandement de sa part, que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère » (1 Jean 4:21).

Beaucoup de chrétiens considèrent les commandements comme nécessairement légaux. Ils associent le mot « commandement » avec la loi, un ministère de mort et de condamnation. Mais ceux qui ont pesé l’évangile de Jean et cette épître que nous étudions, doivent être mieux au courant. L’appliquer ici serait une profonde erreur. La Bible abonde en commandements d’un autre caractère, aussi bien le Nouveau que l’Ancien Testament. La différence est claire. Les commandements de la loi s’adressent à l’homme dans la chair, pour lui prouver sa perversité et son caractère rebelle et, par suite, l’impossibilité de se tenir un seul instant devant Dieu sur ce terrain. Mais quand la grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue, Christ s’est donné Lui-même pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de purifier pour Lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres (Tite 2:14). Nous avons alors besoin de recevoir ces commandements pour nous guider, une sorte de fil conducteur divin au travers de tous les embarras de la vie. Dans le monde d’ici-bas, s’il y a détresse et souffrance, Dieu commande l’amour, l’imposant à Ses enfants.

Supposez un mari qui tient des propos très forts à sa femme — appelez cela des commandements si vous voulez — pensez-vous qu’elle trouvera ennuyeux d’y obéir ? Si elle l’aime, ce sera une joie pour elle. Une autre qui n’est pas sa femme sera irritée de ce commandement qu’il n’a pas le droit d’imposer ; mais la différence entre les deux est immense. C’est la relation qui l’explique. Or nous chrétiens, nous sommes dans la relation la plus étroite avec Dieu qui impose à nos cœurs, comme un commandement, d’aimer notre frère.

Il y a aussi lieu de supposer que le mari sait certaines choses mieux que sa femme, et en tout cas il est là pour guider sa femme. Il a cette responsabilité, et ne peut s’y soustraire sans pécher. Bien sûr il est tenu de veiller à être guidé par Dieu dans ce qu’il dit ; et quand il le fait, il est tenu de constater que ses désirs sont exécutés, de sorte que la femme n’y voit pas seulement son devoir, mais y trouve son plaisir. Si c’est clair parmi les hommes, combien plus cela incombe à l’enfant de Dieu. Voici Quelqu’un qui m’aime parfaitement, qui fait de moi Son enfant, Qui n’a pas épargné pour moi ce qu’Il a de plus précieux, Son propre Fils, quand il n’y avait rien d’aimable chez moi. Et maintenant Il m’aime, non plus comme un pécheur coupable, mais comme Son enfant : un commandement va-t-il être pour moi autre chose que quelque chose à recevoir en heureuse confiance ? Avec Lui, tout n’est que plénitude de bonté et de sagesse dans Ses voies, c’est incontestable. On ne peut pas, à coup sûr, compter sur la même chose chez un mari ou un père. Mais comme nous sommes tenus d’honorer nos parents, et de leur obéir (sauf si c’est directement contraire à une parole positive de Dieu), combien plus sommes-nous appelés à être des serviteurs disponibles pour la volonté de Dieu, et remplis d’amour pour tous Ses enfants ?

Il n’y a pas de vraie exception dans notre relation avec Dieu. Nous sommes absolument tenus d’obéir. Dans la hâte où il se trouvait, Luther, qui avait tant à apprendre à cause de son ignorance de Romaniste, n’a jamais aimé l’épître de Jacques, parce qu’il ne la comprenait pas ; elle lui aurait pourtant tellement fait du bien s’il l’avait comprise. Il est vrai qu’il a été donné à Jacques d’écrire sur la justification devant les hommes, — non pas pour la croire, mais pour la montrer. Mais dans son épître, Jacques parle admirablement de ce qui guide et dirige l’enfant de Dieu maintenant en tant que « loi de la liberté ». Elle est en contraste avec la loi de Moïse, la loi de servitude. Ce que Dieu impose à Son enfant, c’est la loi de la liberté. Comment cela se fait-il ? c’est parce que la nouvelle nature désire par-dessus tout faire la volonté de Dieu ; et en conséquence, quand on lui dit ce qu’est cette volonté, le cœur s’y engage complètement. Il y a bien sûr besoin de prière et de vigilance contre la chair, et Satan peut entasser tous les obstacles possibles ; mais une fois que nous savons ce que notre Père nous met à charge, nous jugeons toute réticence comme étant du mal, et nous chérissons Sa volonté comme la loi de la liberté. C’est ce dont la nouvelle nature jouit, et Jacques parle de la nouvelle nature plutôt que de la rédemption dont Paul est rempli. Vous vous rappelez que dans le même chapitre dont nous avons déjà cité quelques extraits, il nous est dit qu’« Il nous a engendré par la parole de vérité afin que nous soyons une sorte de prémices de Ses créatures ». C’est en substance ce que Jean appelle la vie, et Pierre la nature divine. Il a été donné à l’apôtre Paul, plus qu’à tout autre, de développer la rédemption opérée par Christ, et le puissant motif que donne au cœur la connaissance de l’amour de Christ qui nous étreint et qui se sacrifie lui-même. Mais Jacques nous parle de la nouvelle nature qui accompagne ce qui est montré comme étant la volonté de Dieu, et ainsi, de l’ensemble, nous obtenons une grande convergence de lumière pour nos âmes.

Il nous est inculqué ici qu’aimer nos frères n’est pas simplement l’instinct de la nouvelle nature, mais ce sur quoi Dieu insiste comme étant l’obéissance qu’on Lui doit. Qu’y a-t-il pour nous de plus saint que l’obéissance ? quoi de plus humble ? y a-t-il quelque chose qui convienne mieux, qui ressemble plus à Christ que l’obéissance ? C’est la place que Christ a occupé en toute perfection, jusqu’à même donner Sa vie en amour parfait pour nous. « J’ai reçu ce commandement de mon Père » (Jean 10:18). Le fait qu’il s’agît d’un commandement du Père, le rendait-il pénible à Christ ? Non — quel qu’en fut le coût, c’était un immense délice de plus pour notre Seigneur Jésus. Son amour parfait et le commandement de Son Père se fondaient ensemble, se rejoignaient dans ce délice ; et c’est le même genre d’appel qui nous parvient pour que nous aimions les enfants de Dieu : « Et nous avons ce commandement de sa part, que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère » (1 Jean 4:21). Non seulement nos cœurs doivent s’épancher en amour, mais nous savons que nous plaisons à Dieu et que nous faisons Sa volonté. Or « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » dit notre apôtre un peu plus haut (2:17). N’oublions pas qu’Il lie ensemble le fait de L’aimer Lui, et le fait d’aimer Ses enfants, et qu’Il ne veut pas avoir le premier sans avoir le second. Si c’est Son amour et Son honneur, que ce soit aussi notre amour et notre devoir, par ce qu’Il nous aime chacun et tous du même parfait amour.

 

 

7                    Seizième méditation publique — 1 Jean 5:1-5

7.1   1 Jean 5:1

7.1.1       1 Jean 5:1a

L’apôtre met ici à nu la racine de toute l’affaire. Il y a dans ce cas une autre relation d’importance beaucoup plus profonde que la relation avec « son frère », c’est-à-dire celle d’un frère avec un autre frère. Quel rapport y a-t-il entre mon frère et Dieu ? Car on a ici la continuation du sujet du chapitre précédent. Il est très important d’avoir une réponse de la part de Dieu à la question soulevée : qui est mon frère ? Bien des personnes sérieuses et pieuses semblent avoir de grandes difficultés à donner une réponse. Sans doute la dispersion des enfants de Dieu, autrefois rassemblés en un, accroît la perplexité. Mes frères sont-ils les personnes composant la même communion religieuse ? Pour ceux qui pensent ainsi, l’amour que Dieu attend de nous s’épanche vers ceux qui font partie de la même communauté, qu’elle soit juste ou erronée. La communauté peut être erronée selon Dieu ; mais même si elle est correcte en elle-même, l’état présent de ruine de l’église est un opprobre jeté sur Dieu, et c’est ce qui rend le chemin glissant pour la plupart des gens. La raison en est qu’on peut s’enfermer dans une communion de parti, au lieu de regarder à la pensée de Dieu, à la peine que je devrais ressentir devant la confusion et le désordre dans les choses divines, et le danger de s’écarter de Sa volonté.

N’oublions pas l’aspect essentiel de ce qui convient à un saint dans sa séparation du monde, — une séparation pour Dieu, par Sa grâce, mais une séparation non seulement du mal, mais vers Lui, en Christ. La sanctification est tout à fait imparfaite si nous mettons Dieu de côté, et si nous nous bornons à éviter tel ou tel mal. Car on peut tout à fait être séparé de 500 sortes de mal, et malgré tout dans une seule chose, être attiré à des compromis fatals, et ainsi ne pas être en communion avec Dieu et avec Sa volonté. La séparation peut rester bien intentionnée, mais ne pas mériter confiance, quoique le séparatiste y trouvera probablement sa propre satisfaction. Car quand les âmes mettent de côté en bloc Dieu et Sa Parole, elles sont portées à avoir une très bonne opinion d’elles-mêmes. Mais quand Christ et Dieu Lui-même sont devant le cœur, n’est-ce pas là ce qui conduit à plus de réelle humilité ?

Voilà exactement ce dont nous avons tous besoin : être parfaitement heureux par grâce, et n’être pourtant rien à nos propres yeux. Or ce qui harmonise ces deux bénédictions, c’est de n’avoir rien que Christ pour nous-mêmes, consciemment, dans la présence de Dieu. Vous pouvez trouver une personne humble en apparence, mais elle n’est pas sainte, et une autre sainte en apparence, mais loin d’être humble. Ni l’une ni l’autre ne sont selon Dieu. Dans un cas ce n’est que de l’humilité affectée, dans l’autre cas ce n’est que de la bigoterie. Il n’y a qu’illusion dans les deux cas. Christ seul donne la réalité. N’ayez jamais confiance en ceux qui cherchent à se donner du crédit comme étant humbles et saints. Ils me rappellent l’expression de l’Ancien Testament : « juste à l’excès » (Eccl. 7:16). Il y a toujours de pareilles gens autour de nous, il n’y a pas à se fier à eux. La plupart d’entre eux sont ceux qui disent et ne font pas (Matt. 23:3).

Mais ici il s’agit du sujet de très grande importance : savoir qui sont ceux qu’on est appelé à aimer. L’apôtre répond à la question dans un temps où les choses devenaient de plus en plus difficiles ; or nous avons besoins d’être assurés quant à la volonté de Dieu. L’état de choses était alors critique, mais il était relativement en ordre par comparaison avec nos jours où l’état est anormal ; mais bien que cet état fût critique, le test donné n’est pas celui de la communion extérieure. Aujourd’hui nous voyons des enfants de Dieu dispersés ici ou là, et Satan ne réussit que trop bien à leur donner de participer ecclésiastiquement avec presque toutes les sortes de mal qui existent sous le soleil, de sorte que la vraie communion selon Dieu est complètement noyée. Même les enfants de Dieu se dérobent, pour la plupart, aux conséquences de la fidélité. Nous avons d’autant plus besoin d’un test absolument infaillible pour déterminer qui nous sommes appelés à aimer, et le voici : « quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » ; et « quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui ». Il est à la fois enfant de Dieu et mon frère. Nous avons à aimer tous ceux qui sont nés [engendrés] de Dieu, autrement dit quiconque croit.

En outre, la manière dont la foi est décrite ici est remarquable. L’apôtre Jean ne regarde pas à Christ dans la gloire comme au ch. 4 v. 17. Il ne s’arrête même pas sur la mort et la résurrection de Christ. Il n’y a aucune déclaration sur la rédemption. C’est la personne de Jésus, et la personne de Jésus présentée sous sa forme la plus simple comme « le Christ ». Combien cela est bon et sage de la part de Dieu ! Nombreux sont ceux qui savent beaucoup de choses sur les paroles et les actes du Seigneur, et qui méconnaissent Sa personne. Ceux-là ne sont pas de vrais croyants. L’accent est spécialement mis ici sur le croyant le plus simple : est-il authentique quant à Sa personne ? celui qui ne croit pas que Jésus est le Christ n’est pas croyant du tout. Celui qui Le confesse véritablement et qui Le croit ainsi, peut tout à fait ignorer Ses nombreux offices, ignorer tous les propos et conseils de gloire de Dieu, mais l’objet de la foi devant son âme, quant à ce qu’elle croit, est correct. Il peut ne saisir que faiblement la sacrificature de Christ, ou Son office d’avocat, et pas du tout le fait qu’Il est la tête du corps de l’église, ni Sa suprématie sur toute chose, ni toutes les autres grandes vérités ou voies du Seigneur, — ce dont le Nouveau Testament est rempli. Un pareil manque de connaissance n’est pas une preuve qu’il n’est pas enfant de Dieu ; il a à apprendre progressivement ces choses.

 

7.1.2       1 Jean 5:1b

Voici un test pour établir notre relation avec Dieu sur la bonne base, et donner à notre amour la direction qu’il faut. Quiconque croit que Jésus est le Christ, — l’Oint de Dieu — qu’Il a envoyé dans le monde pour donner la vie et pour être un Sauveur, c’est notre frère. L’apôtre a été inspiré pour descendre au plus bas niveau auquel on puisse considérer notre Seigneur avec justesse. Il ne s’agit pas du tout des particularités de Christ dans la gloire, ni de ce qui est présenté à la foi dans Son œuvre pour nos péchés. L’apôtre ne soutient pas la pensée que les seuls vrais chrétiens sont ceux qui sont conduits directement à l’évangile de la gloire de Christ ; il n’accepte pas non plus que les seuls objets de l’amour soient ceux qui ont cru comme Saul de Tarse sur le chemin de Damas. Jean a été inspiré en dernier, quand cette épître a été écrite, pour encourager la foi des âmes plus simples qui n’avaient encore jamais entendu parler de ces choses ; mais il voulait qu’elles soient reconnues, de la part de Dieu, comme Ses enfants, et qu’elles aient droit à cet amour sur lequel il est insisté ici auprès de tous les saints.

L’étroitesse est justement ce que l’Esprit de Dieu détecte ici, et qu’Il met de côté comme déshonorant Dieu. C’est la vie divine, non pas la communion ecclésiastique, qui recommande celui qui est né de Dieu à l’amour de tous ceux qui sont pareillement engendrés par Lui. Il établit un principe tout à fait opposé à l’étroitesse, un principe de grâce la plus vaste. Si Dieu a ouvert le cœur pour croire que Jésus est le Christ, s’il s’agit peut-être de quelqu’un placé dans des circonstances difficiles où il n’entend que rarement la vérité de Dieu, nous avons à l’accueillir et à le reconnaître de cœur, et à l’aimer comme engendré de Dieu. Jésus le Christ étant devenu l’objet de sa foi, nous avons à reconnaître heureusement celui qui a été tiré par là des ténèbres et de la mort pour être amené à la vie éternelle. Il peut n’y avoir guère de connaissance ; mais nous avons le devoir de mettre en valeur le plus possible une œuvre de Dieu réelle. Et c’est sûrement le cas si l’âme se repose sur la personne bénie de Jésus comme le Christ. Il est né de Dieu aussi réellement que ce frère qui parait être entré très rapidement dans quelques-unes des vérités les plus profondes du Nouveau Testament. Ces deux-là, nous sommes appelés à les aimer l’un autant que l’autre, — à les aimer à la fois simplement, vraiment et divinement. Telle est la manière de l’amour qui nous est enjoint, bien que nous n’osions pas parler de la mesure dans laquelle nous le réalisons.

Ceci a une grande importance pratique ; car certains chrétiens ne sont pas du tout aussi plaisants ni agréables que d’autres ; mais ce genre de différences naturelles est tout à fait en dehors de l’amour dont parle le Saint Esprit. Christ donne et forme les objets de grâce indépendamment de la vieille nature et de son caractère ; si l’amour prévaut, c’est d’autant plus à la louange de Dieu là où naturellement il y avait tant pour repousser, tant à détester. Mais la vie en Christ se montre, par l’Esprit, supérieure à tout ce qui est de la chair ; ceci est à la gloire de Dieu, non à celle de l’homme. Beaucoup de chrétiens ont cependant été induits en erreur par des pensées erronées au lieu d’être confirmés convenablement dans la vérité. Telle âme n’a jamais été enseignée que les pensées de Dieu ne commencent à s’apprendre dans Sa parole qu’après la conversion. Telle autre âme a malheureusement été conduite à faire comme les Juifs, c’est-à-dire à admirer les beaux édifices et la grande musique dans le culte, et elle pense que ses prières sont mieux agréées dans une cathédrale. Si vous ne connaissez personne, même croyant, qui soit aussi stupide et ignorant de la liberté de l’évangile, il y en a au moins un ici qui se rappelle de ce qu’il était.

Il est banal et indubitable que beaucoup d’enfants de Dieu ne connaissent rien du tout des voies de Dieu, et qui ne connaissent rien de mieux. Vais-je manquer d’égards vis-à-vis d’une âme dans cette condition ? Certainement pas. Si c’est quelqu’un qui croit simplement et véritablement en Jésus comme étant le Christ, mon cœur doit s’épancher franchement et chaleureusement envers lui comme avec n’importe lequel de ceux qui sont familiers avec la vérité et fidèles dans les voies de Dieu. Seulement l’amour doit s’exercer selon l’état de la personne. Il faut les directions de l’Esprit avec du discernement et de la réflexion. La personne est-elle faible, est-elle facilement choquée et abattue ? Est-elle suffisamment forte pour supporter des propos très directs et en tirer profit ? Il est dangereux de déraciner des habitudes religieuses chez un croyant, et de les détruire sans remplir, par la vérité appropriée, le vide ainsi créé. « Ils seront tous enseignés de Dieu » dit l’Ancien Testament aussi bien que le Nouveau Testament (És 54:13 ; Jean 6:45). Nous avons besoin de Ses directions pour agir avec sagesse comme des instruments de la grâce en remédiant aux carences par une meilleure connaissance de Christ et de Dieu. N’est-ce pas là la bonne manière ?

Commencer par attaquer le caractère pompeux des cathédrales, leur faste et leur caractère attractif pour la nature humaine, risquerait de choquer un croyant pas assez mûr, qui a l’habitude de considérer ces « misérables éléments » comme quelque chose de correct. D’un autre côté il ne faut pas avoir le moins du monde l’air d’accepter les éléments juifs comme étant chrétiens ; ce serait manquer de franchise et être infidèle, encourager au mal la chair et la superstition de la personne. Mais tout cela montre combien il faut de la grâce pour agir avec un saint qui ne connaît guère la grâce. On manque si souvent sur ce point ! Si nous avons à faire avec ceux qui se tiennent réellement sur le terrain de la grâce, ils supportent facilement beaucoup de faiblesse ; mais vis-à-vis de ceux qui n’ont guère le sens de la grâce, nous avons besoin de beaucoup de grâce pour les traiter selon Dieu. Du fait que Dieu les aime, il n’y a pas de raison que nous, nous ne les aimions pas, et il y a toutes les raisons pour que nous les aimions. Dieu aime tous ceux qui sont engendrés de Lui. Voilà le fondement de notre amour, et la clef de toutes les difficultés. « Quiconque aime Celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de Lui ».

Il ne faut pas chercher loin pour voir ce principe dans le cas de la famille. Si quelqu’un va dans un foyer où il y a beaucoup d’égard pour le chef du foyer, quel en sera l’effet sur cette personne vis-à-vis des enfants ? Assurément de les aimer tous. Un enfant peut être plutôt éprouvant, bruyant, taquin, enclin à être turbulent et trop souvent brouillé avec ses frères et sœurs. Un autre enfant peut être gentil et plus attirant que tous les autres. Mais la question est : est-ce que je les aime tous ? Si j’aime les parents, j’aimerai certainement tous les enfants.

La vie divine fait apparaître la bonté chez les enfants de Dieu, si l’on observe avec un œil simple et un regard d’amour. En règle générale l’amour que nous leur devons ne constitue pas une lourde épreuve ; mais inversement nous devons nous souvenir quelle épreuve nos carences leur font subir. Et si même ces épreuves seraient dix fois plus éprouvantes qu’elles ne le sont réellement, voici la parole qu’Il nous adresse malgré tout, à moi et à vous : si nous aimons Dieu, nous aimerons sûrement Ses enfants, — non seulement ceux que nous voyons chaque jour, mais aussi ceux que nous ne voyons pas. Les apparences étranges, les fautes ou le mal à blâmer, tout cela n’altère que la manière dont nous avons à montrer l’amour. Ne laisse jamais libre cours, même un seul instant, à la pensée que nous n’aurions pas à les aimer. Les circonstances peuvent être mauvaises au point qu’il ne reste plus qu’à prier, mais prions en amour devant Dieu. Pesons aussi la question de savoir dans quelle mesure notre amour répond positivement au test vis-à-vis des saints que nous croyons dans leur tort. Cherchons-nous leur bien ? Avons-nous à cœur que la vérité les atteigne et les délivre de tout préjugé ou de toute prévention ? Nous pouvons toujours exercer notre amour dans la présence de Dieu. Il n’y a guère d’amour si nous ne sommes pas exercés sur ces choses et sur les moyens à utiliser, à la fois avec Dieu et de nous-mêmes, selon ce qu’Il peut nous mettre à cœur. Il me semble que c’est la conséquence évidente du principe posé par l’apôtre dans ce verset-ci.

 

7.2   1 Jean 5:2

Un autre principe apparaît au v. 2. « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». On ne peut guère concevoir quelque chose de moins logique selon le système des écoles. Celui-ci le qualifierait d’argumentation circulaire, relevant d’un mauvais raisonnement. Mais qu’est-ce que la logique a à faire avec la vérité, avec la grâce de Christ, avec l’amour de Dieu et de Ses enfants ? Qu’est-ce que la logique a à faire avec la vie éternelle ? ce n’est pas une question de raisonnement, mais de foi. Il n’est pas étonnant que les hommes qui ne peuvent pas s’élever au-dessus de la logique ou du savoir ou de la science soient embrumés, et même aveugles devant les vérités caractéristiques de la Parole de Dieu, et qu’ils tiennent Son amour et ses fruits pour incompréhensibles et faux selon les règles de la dialectique. Car il n’y a pas de nourriture pour l’âme dans les disputes ; et si même l’homme trouvait du pain pour cette vie, « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel » (Deut. 8:3). Par la Parole de Dieu le chrétien a trouvé le chemin de la vie et de l’amour divin, et les œuvres du Saint Esprit. Il s’incline donc devant cette parole remarquable : « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». C’est ainsi que les différentes vérités sont regroupées en un. C’est le raisonnement du cœur purifié par la foi, non seulement qui a Dieu pour point de départ, mais qui remonte vers Lui, en mêlant étroitement l’obéissance à l’amour de Dieu et de Ses enfants. C’est une sauvegarde tout à fait saine contre le risque de décevoir ou d’être déçu.

Cette manière de l’apôtre d’adresser un appel peut paraître étrange et tourner en rond pour des oreilles péripatéticiennes [la logique d’Aristote], mais n’est-ce pas là la manière vraiment divine et digne de Dieu ? L’homme ne peut le comprendre « parce que l’amour est de Dieu » ; et il nous faut avoir l’amour pour comprendre de telles paroles. Personne ne peut comprendre les voies pratiques de Dieu sans avoir la nouvelle nature qu’Il communique au croyant, car c’est elle qui vit à la fois dans l’obéissance et dans l’amour. La vie en Christ est donnée à Celui qui croit en Lui. Quand le croyant en a l’assurance, l’intelligence suit ; et le Saint Esprit est la puissance d’intelligence qui opère dans le nouvel homme. Plus nous apprécions une pareille grâce envers nous, plus la vérité frappe et nous remplit de louange quand nous découvrons à quel point elle provient de la souveraine grâce en Christ, et que toute la Déité y participe, Père, Fils et Saint Esprit. Nous voyons comment la grâce passe de la simple foi en Jésus comme le Christ, aux profondeurs de la nature de Dieu, et comment elle nous contraint à ne pas recevoir la vérité sans peser les merveilles de grâce qui s’y trouvent, et sans que nos âmes en soient exercées journellement.

Y a-t-il aucune autre épître plus propre à agir sur le cœur du croyant que celle qui est devant nous ? Si nous la lisons avec foi, certainement rien ne nous dérangera pour demeurer dans l’amour. Ce dernier point est, pour la foi, une affaire réglée par Christ pour toujours. La vérité de l’évangile est la base pour que Dieu demeure en nous, et nous en Lui, tout autant que pour une réalisation pratique de l’amour des enfants de Dieu, — cet amour que nous connaissons quand nous aimons Dieu et que nous gardons Ses commandements. L’amour divin en Christ brille sur le pauvre pécheur, et lui donne la confiance d’être l’objet d’un amour parfait, totalement différent de la meilleure des affections humaines. Car il a été fait non seulement un saint, mais un enfant de Dieu. Dieu seul pouvait aimer pareillement ; et Christ, Son Fils, est venu le montrer pleinement ; et pour le faire, et pour effacer nos péchés, Il est mort en sacrifice pour nous. Ce n’est pas ainsi que l’homme ou le monde donnent ; et cet amour a été rendu parfait [consommé], non seulement en ce que le Saint Esprit est venu habiter en nous et avec nous, mais en ce que nous, actuellement dans le monde, nous sommes comme Christ est devant le Père. Car tout le mal provenant de nous et en nous est traité et ôté par Sa mort, et nous avons Sa vie de ressuscité comme notre vie, Son Père comme notre Père, Son Dieu comme notre Dieu, tandis que nous sommes dans ce monde qui a crucifié Christ. Bientôt Il va venir pour nous recevoir auprès de Lui afin que là où Il est, nous nous soyons aussi. En attendant, d’autres sont enfants de Dieu comme nous, et Il nous appelle à les aimer comme Lui les aime. Comme ils sont dans la même relation et dans la même position que nous, tout est clair. Si Dieu aime, ainsi nous aimons Ses enfants ; aimer nos frères et les aimer tous, — Il en fait une affaire de commandement. Si nous ne les aimons pas, nous n’aimons pas Dieu, mais nous nous trompons nous-mêmes. Voilà la fin de toute la question.

Mais comment montrer l’amour aux enfants de Dieu ? Il est inséparable du fait d’aimer Dieu et de garder Ses commandements. Nous ne les aimons pas vraiment, si nous manquons à aimer Dieu ou à garder Ses commandements. Ce caractère donné au fait de les aimer, n’est-il pas remarquable, et ne nous sonde-t-il pas ? N’est-ce pas un sujet méritant d’être considéré avec sérieux ? Quel coup d’arrêt à l’indifférence du laisser-aller ! Supposer un enfant de Dieu piégé dans une faute contre Dieu, soit dans une fausse doctrine ou dans quelque autre manière pratique ; qu’arrive-t-il ? Est-ce de l’amour que d’entériner le mal, de le traiter légèrement, ou de s’associer à quelqu’un dans le mal, même si c’est un frère ? « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». Il n’y a pas l’amour des enfants de Dieu quand nous montrons que nous n’aimons guère Dieu du fait de notre indifférence à Son injonction. Ainsi le principe d’obéissance est affirmé ici d’une manière nouvelle pour stopper l’abus d’amour vis-à-vis de ceux qui sont en train de pécher, et pour appeler plutôt à la réprobation. Si nous badinons avec le péché, si nous glissons sur le mal ou les torts faits à Dieu sous prétexte d’aimer les enfants de Dieu, nous ne pouvons pas savoir si notre amour pour les enfants de Dieu est une réalité, ou s’il est un piège pour nous et pour eux. Si pour quelque raison, nous tombons dans la désobéissance à la volonté de Dieu, tout est de travers dans nos âmes, et il n’y a plus de certitude dans nos voies ; car nous avons cessé de jouir de la communion avec Lui, et nous sommes en danger de ménager les personnes au lieu d’aimer les enfants de Dieu. Il n’est plus vrai que nous les aimons d’une manière divine. Mais si au contraire nous introduisons Dieu par la foi dans la question comme étant Celui que le cœur aime, alors garder Ses commandements suit, et cela interdit de céder de manière humaine là où Dieu est concerné, et nous avons confiance que nous aimons les enfants de Dieu comme étant sous Son regard. Il s’agit donc d’un test important pour juger nos âmes devant Dieu. C’est une vérité qui va effectivement très profond, et qui termine la question par Sa Parole.

 

7.3   1 Jean 5:3

« Car c’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions Ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles ». Ainsi le Saint Esprit nous donne non seulement un test au v. 2, mais un contre-test au v. 3. Il n’y a pas d’amour de Dieu ni de Ses enfants si nous sommes désobéissants. Le vrai amour de Dieu obéit, en même temps qu’il se montre dans l’amour porté à Ses enfants, — non pas à ceux de notre groupe ou de notre parti, mais à tous les Siens. Nous ne pouvons séparer l’obéissance de l’amour. Sans obéissance, pas d’amour. S’il y a amour divin, l’obéissance va de pair.

« Et ses commandements ne sont pas pénibles ». C’est l’estimation qu’en font l’apôtre, ainsi que tous ceux qui se tiennent devant Dieu en ayant confiance dans Sa grâce. C’est aussi la vérité prononcée par le Saint Esprit. Le Seigneur Lui-même déclarait déjà en Matt. 11 que Son joug est aisé et Son fardeau léger. Mais sur le chemin des enfants de Dieu, il y a un obstacle permanent, peut-être plus grand que n’importe quoi. À première vue vous penseriez que c’est la chair. Mais non : aussi proche de nous que la chair, il constitue une difficulté plus grave. Quand la chair éclate chez les chrétiens, ils sont conscients de la honte et sont sensibles au fait d’avoir tort. Mais le monde est une peste subtile autour de nous ; quand elle nous affecte insidieusement, nous pouvons rester inconscients de ce qui produit l’obscurcissement spirituel et l’incapacité à jouir de l’amour du Père ou d’y répondre. Voilà donc quelque chose qui aliène les enfants de Dieu les uns des autres de diverses manières, et qui corrompt en proportion de son influence. Si le cœur attribue une valeur au monde, le monde le vole et il s’éloigne des enfants de Dieu, de ceux que Dieu voudrait lier ensemble par les liens familiaux les plus étroits, et chez qui Il voudrait voir l’amour s’épancher dans la puissance de l’Esprit. Or c’est justement ce que le monde proscrit, car il aime ce qui est à lui de manière tristement égoïste et sans cœur. Ainsi de grands dangers guettent les saints qui cherchent leur aise et leur honneur. C’est une chausse-trappe où l’on se fait prendre pour ces raisons et pour d’autres encore. Si un chrétien désire une bonne situation avec le monde, il doit lui plaire et le Saint Esprit ne peut qu’en être attristé.

Les hommes ne peuvent pas tolérer l’amour des enfants de Dieu parce que cet amour condamne le monde. Ils ne veulent pas s’associer avec ceux qui aiment les frères, et ils vous demandent si ces gens de bas niveau sont réellement vos compagnons : « Comment pouvez-vous faire de pareils types vos proches amis ? » Si un saint désire maintenir une position dans le monde, il ressentira tout de suite la difficulté. Les hommes et femmes de la haute société que vous courtisez refusent que vous leur fassiez honte en étant les intimes de ceux qu’ils méprisent. Voilà l’esprit du monde, et il ne peut être autrement. Or vous, enfant de Dieu et héritier des cieux, voulez-vous avoir une position reconnue de ceux qui ont crucifié le Seigneur de gloire ? Et voilà qu’en leur présence, vous cherchez à éviter tout signe fraternel à l’intention des pauvres enfants de Dieu qui vont régner avec Christ et devant le monde ! Est-ce là l’amour envers Dieu et envers Ses enfants ? Ce souci d’être en bons termes avec le monde, est-ce de la loyauté envers Christ ? Dans un tel cas, Ses commandements sont pénibles, au moins dans une mesure, n’est-ce pas ? De quel côté penchez-vous ? Ces gens de la haute société, sont-ils enfants de Dieu ? Vous ne le prétendez pas, mais ils sont des gens bien ! Même si vous espérez qu’ils soient enfants de Dieu, ne savez-vous pas que l’amitié du monde est inimitié contre Dieu ? « Quiconque pense être ami du monde se constitue ennemi de Dieu » (Jacq. 4:4). Ne poursuivent-ils pas les mêmes principes et mêmes pratiques qui ont chassé le Fils de Dieu du monde ?

Voilà le regard qu’il faut porter sur le monde, parce que c’est celui dont Dieu le regarde. Que la crucifixion soit récente ou ancienne, peu importe, c’est le monde qui l’a fait. Le péché est aussi frais maintenant devant Dieu qu’il l’était quand cet acte fatal a été commis. Rien n’a réellement changé du côté du monde depuis le jour de ce crime. Ou bien il revendique sa relation avec les chrétiens, ou bien il la nie à l’égard de ceux qui croient. On entend dire « quelle présomption d’appeler Dieu votre père ! » Le Seigneur a bien dit : « Père juste, et le monde ne t’a pas connu » (Jean 17:25). Ils peuvent penser servir Dieu en persécutant (Jean 16:2) ces hommes présomptueux que Christ n’a pas honte d’appeler Ses frères, et qui revendiquent Dieu comme leur Père. « Le pire de tout, c’est que ces gens disent qu’Il n’est pas notre Père, seulement le leur ». Qu’y a-t-il de plus vexatoire pour le monde, que de voir tirer une ligne de démarcation par ceux qui sont présumés avoir des bénédictions et des privilèges célestes qu’il n’a pas ?

Soutenez-vous que ce n’est pas vraiment un tableau de vous-même ? mais que vous avez un fils ou une fille pour lesquels vous désirez une bonne place dans le monde ? vous dites y avoir renoncé pour vous-même, mais il y a les enfants, dites-vous ! C’est souvent ce qui fait voir la mondanité du cœur des parents. Il n’y a pas le désir ardent que l’enfant soit en Christ, qu’il soit le propre enfant de Dieu. Le but pratique est premièrement d’assurer une bonne place dans le monde, même si on prie pour que l’enfant soit sauvé. Entre temps on s’efforce constamment de faire avancer les enfants dans la vie présente. Qu’est-ce que cela sinon le monde, quelles que soient les formes variées qu’il endosse ? On ne le dit pas toujours, mais les actes prouvent où est le cœur. Voilà ce qui semble faire le lien entre les v. 3 et 4.

 

7.4   1 Jean 5:4

Les commandements de Dieu sont surtout pénibles par la mauvaise influence du monde. « Parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ». C’est un appel qui nous sonde, quand nous pensons combien les enfants de Dieu sont de connivence avec le monde. En général il y a un sens très vague de ce qu’est le monde. On a souvent été choqué parmi les vrais chrétiens, sobres, d’en trouver qui, lorsqu’on leur demande ce qu’est le monde, ils s’avouent incapables de répondre. Beaucoup pensent que, depuis que les masses ont été baptisées, hormis ceux qui sont ouvertement incrédules, le monde s’en est allé, et que la chrétienté l’a remplacé à la gloire de Dieu en tout cas au sens moral de l’expression, si ce n’est en vérité pour chaque individu. Ne soyons pas trompé par Satan ou par des apparences d’après lesquels le monde serait incomparablement meilleur qu’il n’est. Christ est toujours la pierre de touche de la vérité. Christ est-Il maintenant la vie, l’objet de l’humanité dans aucun pays sous le soleil ? Là où Il est tout ceci, et même davantage, là où Il l’est simplement et vraiment, ce n’est pas le monde. Christ donne une conscience vivante de l’amour du Père et du repos qui s’y trouve ; là où cela est goûté par l’Esprit Saint, ce n’est pas le monde. Mais là où d’autres objets que Christ attirent et gouvernent le cœur, et où l’amour du Père est inconnu ou considéré comme une impossibilité, le monde demeure dans son opposition inchangée. Peut-il y avoir une question plus importante, si nous ne l’avons pas encore décidée par la foi, que de nous examiner et de tester notre conscience, notre cœur et nos voies ? Car il est très facile de laisser le monde regagner l’avantage dans les détails, même là où nous cherchons à être fidèle pour le principal. Si nous nous sentons incertains, n’est-il pas dangereux de reculer devant le test de l’Écriture ? Assurément si nous avons une vue un peu plus claire, nous sommes tenus par l’amour divin de nous aider l’un l’autre, au lieu de céder à l’habitude dépourvue d’amour d’espionner les inconséquences des autres en ceci ou en cela, comme pour trouver une excuse de s’être mêlé au monde dans le culte divin et dans nos voies. Il n’y a là rien de Christ, en quoi que ce soit.

Ici nous avons l’assurance que ceux qui sont victorieux du monde ne sont pas des reclus mystiques, ni seulement des gens de haute spiritualité, mais que « tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ». Cela ne stimule-t-il pas et n’encourage-t-il pas le plus simple des enfants de Dieu ? Le principe est posé clairement. Aucun vrai chrétien n’est exempté de ce privilège, pas plus que de la responsabilité. Tout vrai chrétien étant maintenant un objet de l’amour de Dieu et se trouvant dans la relation de Sa famille, il est dès lors « victorieux du monde ». « Et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde (non pas le service, ni le sacrifice, ni même l’amour, mais) notre foi ». Chrétien, le crois-tu ? Ne sois pas incrédule, mais croyant. C’est par la foi en notre Seigneur Jésus que nous sommes amenés à Dieu ; ainsi aussi nous sommes gardés par Dieu ; c’est ainsi que nous discernons et repoussons l’ennemi ; et c’est ainsi que nous nous reposons avec obéissance dans Son amour qui daigne nous appeler Ses amis.

 

7.5   1 Jean 5:5

La foi est la victoire qui a vaincu le monde ; mais comment ? La suite nous le dit. C’est « celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ». Ce n’est plus simplement « le Christ » comme au v. 1. Il s’agit du même Jésus, mais l’apôtre va plus loin dans l’expression de Sa dignité personnelle. Or il en est toujours ainsi avec l’âme réelle. On peut commencer par croire qu’Il est Jésus le Christ, ou ce qui a été présenté à notre foi peut aller plus loin — mais c’est déjà une bien bonne nouvelle que d’entendre d’une autorité divine que Dieu a oint Jésus, L’ayant envoyé dans le monde pour le bien éternel de ceux qui croient ; cela, c’est le Christ. Mais ici il nous est parlé de Sa gloire au-dessus du monde comme le Fils éternel de Dieu. N’est-ce pas bien au-delà du fait d’être le Christ ou l’Oint sur la terre ? Il était Fils de Dieu avant que le monde fût, et cependant le monde et Son peuple terrestre L’ont rejeté, Sa gloire comme Fils de Dieu survivra aux cieux et à la terre. Celui qui est descendu était Dieu s’humiliant en amour ; et Celui qui est monté était l’homme exalté au-dessus de tout l’univers après la rédemption, Jésus le Fils de Dieu. Lui qui était Dieu et homme dans une même personne remplit le cœur du chrétien, et remplira toutes choses. Nous ne regardons plus à Lui comme à Celui qui était oint de l’Esprit Saint et de puissance, et qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance (Actes 10:38). Nous Le voyons dans la gloire céleste, nous sommes rendus capables de L’apprécier dans Sa relation éternelle avec Dieu, et avec nous-mêmes et avec tout le reste.

Voilà donc le titre choisi pour Lui pour expliquer le caractère de la foi victorieuse du monde. Comment pourrait-il en être autrement ? La grâce en Lui a attiré nos cœurs quand nous étions perdus, Lui qui nous a donné la vie et est mort pour nos péchés ; alors la vie nouvelle est appelée à s’exercer dans la connaissance de la gloire divine qui fait pâlir, et même annule la fausse gloire de l’homme et du monde, — et à s’exercer dans la connaissance de l’amour qui nous amène en relation effective avec le Père et le Fils, créant des devoirs correspondant, selon la position entièrement nouvelle dans laquelle la grâce souveraine a maintenant introduit le chrétien. La vie que nous recevons ne peut que s’élever à sa source, et comme la grâce mieux connue lui donne plus de puissance par l’Esprit, nous croissons dans notre appréciation de Christ et de Sa Parole. On voit donc la portée de la vérité qu’Il est non seulement l’Oint venant dans le monde par un effet de la miséricorde divine, mais Il est le Fils de Dieu dans une gloire personnelle, indépendante d’aucune mission particulière, et qui est seulement augmentée par le mépris ignorant du monde à Son égard, — un mépris qui aboutit à la ruine. Il est le Fils de l’homme qui est descendus dans toutes les profondeurs pour glorifier Dieu même quant au péché, et pour sauver les perdus. Mais comme Il était le Fils de Dieu avant que la terre et les cieux existent, ainsi Il le demeure après qu’ils auront péri. C’est pourquoi cette gloire du Seigneur Jésus est mise en avant comme ce qui fortifie la foi contre toutes les difficultés provenant du monde. Car « qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jean 5:5).

Une telle âme n’en est pas resté à la vérité reçue au début, à la conversion, mais en en ayant goûté le caractère précieux, elle a été conduite par l’Esprit à mieux connaître le [Seigneur] dans la relation avec Dieu et en rapport avec Sa gloire — pas seulement dans la relation propre à son cercle. « À celui qui a, il sera donné » ; et le diligent sera engraissé (Prov. 11:25 ; 13:4), et il aura donc d’autant plus la joie de saisir Son amour et Ses perfections. Ceci donne donc de la puissance bien au-dessus de tout ce que le monde pourrait faire dans sa haine et sa désapprobation, et encore plus dans ses attractions, ses aises et ses honneurs. La foi voit toujours dans le monde la haine meurtrière contre le Fils de Dieu. Allons-nous craindre ce dont nous devons avoir horreur ? « Vous aurez de la tribulation dans le monde ; mais ayez bon courage : Moi j’ai vaincu le monde » (Jean 16:33).

La foi qui va toujours en s’approfondissant dans la gloire de Christ, est la principale protection contre le monde. Comme Satan est son prince et n’en finit pas de ruser pour égarer et causer du tort, nous avons besoin de tout ce que notre Seigneur est, y compris comme Fils de Dieu, pour vaincre dans le conflit auquel nous sommes exposé et que nous subissons justement à cause de notre bénédiction en Lui. Être assurés que le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous nos pieds est excellent (Rom. 16:20) ; mais se reposer seulement sur cette victoire finale serait un piège pour nos âmes. Nous sommes ici pour avoir la victoire sur lui maintenant et toujours, selon l’exhortation de Josué à Israël (Josué 23) ; et nous devons être fidèles dans les petites choses chaque jour, si nous voulons vaincre dans les grandes difficultés.

C’est pourquoi nous pouvons voir dans les épîtres aux sept églises d’Asie comment le Seigneur attend cette victoire dans chacune de ces épîtres, et comment Il donne des promesses spéciales et appropriées pour donner de l’énergie aux individus fidèles quand il ne pouvait plus compter sur les assemblées en déclin. Et lorsqu’il ne s’agissait plus seulement de l’esprit de Balaam avec les Nicolaïtes à Pergame, mais de la Jézabel bien plus effrontée à Thyatire, voyez comment Il se présente comme le Fils de Dieu, le Roc sur lequel Il construit Son assemblée, sur laquelle le pouvoir de la mort ne peut pas prévaloir. C’est la vie en Lui qui nous convient pour avoir communion avec le Père et Lui-même ; mais pour vaincre le monde et jouir de la communion, la foi au Fils de Dieu doit être rafraîchie et affermie par la grâce, et le monde soi-disant chrétien (comme beaucoup n’ont pas honte de l’appeler) devient plus pénible et détestable que le monde grossier ouvertement païen. Il est tel pour le Père comme pour le Fils. Les pères de l’église, corrupteurs de la vérité, avaient l’habitude d’enseigner que quelqu’un de baptisé, même s’il vivait dans la méchanceté, aurait des souffrances en enfer atténuées par le baptême ; pourtant le Seigneur avait établi le contraire, si seulement ils avaient eu des oreilles pour entendre : « Or cet esclave qui a connu la volonté de son maître, et qui ne s’est pas préparé et n’a point fait selon sa volonté, sera battu de beaucoup [ou : plusieurs] de coups ; et celui qui ne l’a point connue, et qui a fait des choses qui méritent des coups, sera battu de peu de coups » (Luc 12:47-48).

Oh ! que nous puissions voir cela, afin qu’étant simples et forts dans la foi que Jésus est le Fils de Dieu, nous puissions nous aussi être victorieux du monde !

 

 

 

8                    Dix-septième méditation publique — 1 Jean 5:6-12

8.1   Résumé de 1 Jean 5:1-5

Les versets que nous venons de voir au début de ce ch. 5 indiquent ceux que nous avons à aimer selon Dieu, et ils nous disent que cet amour est inséparable de l’obéissance. L’amour divin chez le chrétien ne peut pas aller sans l’obéissance aux commandements de Dieu. Il n’en est pas ainsi avec l’affection naturelle, car celle-ci est entièrement indépendante de l’obéissance. L’amour chrétien est l’activité spirituelle du nouvel homme, et comme il s’épanche envers tous ceux qui sont enfants de Dieu parce qu’ils sont à Lui, il ne peut pas s’épancher sans la soumission à la volonté de Dieu. L’amour doit prendre une forme différente s’il a à faire à la désobéissance de ceux qui sont tenus d’obéir à Dieu. En tout cas l’amour divin et l’obéissance divine sont considérés comme inséparables chez le croyant.

Nous apprenons alors qu’il y a un ennemi actuel qui est contre nous à tous égards, un ennemi dont les enfants de Dieu risquent de méconnaître le caractère insidieux. Les plus jeunes ont raison de sentir que ce que l’Écriture appelle « la chair » est une source de mal haïssable et égoïste, bien qu’hélas ! il soit plus facile de détecter la malséance chez les autres que chez soi. En effet cela fait partie de son action trompeuse que nous soyons aussi prompts à discerner, voire à imaginer, sa nature offensante chez un autre, que lents à la juger chez nous.

Mais le monde est souvent un piège plus subtil. Il a son propre code de bienséance, tout en offrant bien des objets qui plaisent à la nature humaine et à beaucoup de vrais chrétiens ; sa religion (son pire côté aux yeux de Dieu) a une grande puissance d’attraction. Le monde est donc un ennemi bien plus dangereux que la chair. Une manifestation de la chair n’est pas seulement honteuse, mais humiliante et affligeante devant Dieu, même si l’on a une mesure de spiritualité relativement basse. Par contre le monde parait respectable dans une large mesure, et il en résulte que la plupart des saints sont enclins à trouver des excuses pour être indulgents vis-à-vis du monde, alors qu’aucun d’eux ne manquerait de découvrir les œuvres ordinaires de la chair. Or le monde est l’ennemi direct du Père, au point que l’amour du Père comme tel ne peut ni avoir de la puissance ni être goûté là où l’esprit du monde prévaut. On a souvent remarqué, et c’est évidemment vrai, que l’Écriture oppose le monde au Père, la chair à l’Esprit, et le diable au Fils de Dieu. Or l’opposition de Satan à la Trinité sous ces trois aspects fait son œuvre malveillante par le biais du monde et de la chair ; nous avons la consolation que Dieu le Père opère pour le bien par le biais du Seigneur Jésus par l’Esprit. Nous pouvons distinguer les diverses formes de mal, mais en fait et en pratique, elles agissent de manière combinée, et il en est de même des opérations de la Déité ; or Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde (4:4).

 

8.2   1 Jean 5:6

8.2.1       1 Jean 5:6a

Ceci introduit devant nous le témoignage de Dieu dans le monde qui appelle l’homme et forme Sa propre famille. C’est donc par la foi en la Parole qui révèle Jésus le Fils de Dieu. Ce n’est pas une question de raisonnement ni d’affection, pas plus que de rite appliqué à une classe de personnes particulière. C’est par le témoignage de Dieu agissant sur la conscience du pécheur, purifiant le cœur par la foi qui, à l’égard de la propitiation, se repose sur la mort du Seigneur Jésus en sacrifice. « C’est Lui qui est venu par l’eau et le sang, Jésus le Christ, non seulement par (ou : dans la puissance de) l’eau, mais par l’eau et par le sang ». Car Dieu donne des témoignages spéciaux pour agir sur l’homme soumis à la pression de l’impureté et de la culpabilité, qu’il s’agisse de non croyants ou de croyants — sur les non croyants pour qu’ils se courbent devant Lui et devant la vérité ; sur les croyants pour qu’ils soient purifiés dans leur conscience, mis au large et fortifiés dans leur foi.

De la personne de Christ qui vient d’être placée devant nous, nous sommes ensuite conduits à l’œuvre de Christ qui caractérise Sa personne. Car c’est Son œuvre qui fournit les témoins. Dieu daigne nous donner plus qu’un témoignage suffisant. Deux témoins sont requis pour les affaires des hommes entre eux ; deux suffisent, trois c’est mieux. Ici Dieu fournit tout ce qu’il faut. Il présente à l’homme trois témoins, du poids le plus considérable possible, pour conduire dans la vérité. « C’est Lui qui est venu », ni par naissance, ni par puissance ou sagesse humaines, ni par puissance ou gloire divines. Ce n’a pas été par Son incarnation ni par Son ministère sans pareil. « C’est Lui qui est venu par l’eau et le sang, Jésus le Christ ». Il était le vrai Dieu et la vie éternelle, et Il est venu pour mourir aussi véritablement que n’importe quel homme, cependant comme personne d’autre ne pouvait mourir : Lui a été fait péché par Dieu pour sauver des pécheurs et pour les laver, non seulement pour les purifier intérieurement, mais pour les purifier aux yeux de Dieu jusqu’à être plus blanc que la neige par Son sang. Oui, Il est venu pour mourir, car Sa mort seule pouvait effacer nos péchés et glorifier Dieu vis-à-vis du péché (Jean 13:31, 32). C’est incontestablement une allusion à ce qui s’est passé sur la croix lorsque notre Seigneur, déjà mort, a été percé par un soldat pour s’assurer de Sa mort, et que du sang et de l’eau ont coulé de Son côté. Historiquement, bien sûr, le sang est ce qui a frappé l’œil en premier, et c’est pourquoi il est nommé en premier. Mais de l’eau qui coulait a aussi été observée. Qui a jamais vu ou entendu parler d’un fait aussi extraordinaire, que du sang et de l’eau aient coulé du côté d’un homme mort ? Pourtant, c’est ce qui eut lieu là.

L’évangile de Jean (19:33-37) avait davantage attiré l’attention sur ce fait que sur Ses miracles les plus prodigieux. « Mais étant venus à Jésus, comme ils virent qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais l’un des soldats lui perça le côté avec une lance ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Et celui qui l’a vu rend témoignage ; et son témoignage est véritable ; et lui sait qu’il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez » (Jean 19:33-37). C’est réellement d’un homme mort que cela a coulé. Dieu n’a fourni ce signe surnaturel que pour une œuvre spéciale du Fils incarné de Dieu ; et l’Esprit de Dieu l’a estimé tellement significatif pour Sa gloire et pour la réconciliation de l’homme qu’Il l’a d’abord consigné avec insistance dans le dernier évangile, puis qu’Il l’a appliqué à nous dans l’épître que nous considérons.

« C’est Lui qui est venu par l’eau et le sang ». Adam n’est pas devenu père de sa race avant que le péché soit entré et que la mort ait commencé à faire son œuvre. Pareillement notre Seigneur est devenu chef [= tête] de la nouvelle création après avoir porté nos péchés et être ressuscité comme Premier-né entre plusieurs frères. C’est par la « mort » (non pas par la naissance comme l’affirment à la fois les Puseyites, les Irvingites, les rationalistes et d’autres meneurs d’erreur) qu’Il a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort (Héb. 2:14). Jusque-là, le système lévitique avec ses prêtres, ses sacrifices et son sanctuaire terrestre avait la sanction [approbation] de Dieu. L’œuvre n’a été achevée qu’alors, et le christianisme a commencé sur la base du seul sacrifice efficace et d’un Sauveur ressuscité, qui allait bientôt être glorifié dans le ciel. C’est pourquoi, de même que Paul rétablissant l’évangile auprès des Corinthiens versatiles, commença par Christ mourant pour nos péchés selon les Écritures (1 Cor. 15:3), ainsi aussi, quand l’apôtre Jean fait valoir le témoignage de Dieu, il passe par-dessus tout le reste et en vient directement à la mort du Seigneur pour la purification et l’expiation. — Il commence ici par l’eau, le symbole bien connu de la puissance purifiante de la Parole, comme nous lisons dans d’autres passages tels que Jean 3:5, où l’Esprit coopère avec l’eau, tandis que l’eau est suivie du sang en 1 Jean 5. La Parole de Dieu commence par s’occuper efficacement des âmes. Dieu parle par là à notre conscience, et introduit notre culpabilité. C’est Sa Parole, et non pas la tradition ni les discours des hommes, qui montre que nous sommes sourds, obstinés et souillés par le péché à Ses yeux. Mais dans ces conditions, combien est précieux ce qui découle de Lui !

En conséquence le lavage à l’eau provient du côté percé de Celui qui est mort pour les pécheurs. Ceci en accroît immensément la force. C’est ce qu’a établi le Seigneur avant de mourir : « celui qui a tout le corps lavé [c.à.d : baigné] n’a besoin que de se laver les pieds ». On ne reçoit qu’un seul lavage en entier, tandis que les pieds ont besoin d’être lavés tout le long du pèlerinage terrestre. Le service d’avocat de Christ, non pas la Cène, est ce qui fait réellement face aux fautes journalières (ce serait faire un mauvais usage de la Cène, un usage profane et ignorant) ; et le Saint Esprit applique Sa Parole sur la base de Sa mort chaque fois qu’il en est besoin ; mais le « lavage de la régénération » (Tite 3:5) n’a lieu qu’une fois pour le chrétien. Rien d’autre que la mort de Christ ne nous nettoie du péché. Nous pouvons en effet ressentir et haïr le péché, et nous juger nous-mêmes à cause de lui, mais nos âmes ne sont pas purifiées du péché indépendamment de la mort de Christ. « C’est Lui qui est venu etc. ». Telle est la grande vérité qui était devant Dieu dans la mort de Christ. Voilà le résumé de Christ pour le témoignage de Dieu : il est dans Sa mort ! Quelle profonde vérité ! Quelle grâce incomparable de nous parler ainsi !

Mais il n’est pas seulement vrai que ce soit là la puissance purifiante agissant sur nous dès notre entrée dans le christianisme ; Sa mort était absolument nécessaire autant du côté de Dieu que du nôtre. Du côté de Dieu bien sûr, il ne s’agissait pas de purification, mais d’expiation. Le péché avait tout disloqué et tout jeté par terre ici-bas dans le chaos moral. La croix établit l’ordre divin pour toujours. Sans elle, comment faire aller ensemble l’amour et la lumière, la grâce et la vérité ? Comment l’amour pourrait-il amener au ciel le pécheur dont la lumière montre qu’il ne mérite que l’enfer ? Si la grâce plaide pour la miséricorde, qu’est-ce qui peut aller à l’encontre de la vérité qui le dépeint comme un ennemi impie et sans cœur ? À la croix, la nature et les attributs de Dieu on été parfaitement revendiqués et se sont trouvés en parfaite harmonie. Dieu y a été glorifié dans le Fils de l’homme ; et c’est Sa justice que de justifier le simple pécheur qui croit véritablement dans le Seigneur Jésus, même si c’est le pire pécheur.

Voilà pourquoi Il est venu par le « sang », et il est ajouté « non par l’eau seulement, mais par l’eau et le sang ». La majesté de Dieu, Son autorité, Sa Parole, Sa sainteté, Sa justice autant que Son amour, tout était en jeu. Mais maintenant, tout est harmonisé dans la mort du Fils de l’homme et tout y est glorifié en perfection absolue, comme rien d’autre ne pouvait le faire ; et si Dieu se repose en cela dans un délice éternel, Il opère par le Saint Esprit envoyé du ciel pour le révéler par Sa Parole à tous ceux qui reçoivent Christ et Sa Parole par la foi.

Or que nous dit au sujet de l’homme le fait que le Seigneur soit venu par l’eau et le sang (c’était la fin de Sa vie terrestre) ? La terrible vérité que l’homme était si complètement mauvais que, même un Bienfaiteur vivant et divin qui a daigné devenir homme par amour pour l’homme, n’a pas pu ni ne pouvait tirer l’homme de son mal et de son inimitié. Il fallait un Sauveur qui meure. « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5:40). « À moins que le grain de blé tombant en terre ne meure, il demeure seul » (Jean 12:24). « Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même » (Jean 12:32). La mort de Christ est la preuve écrasante de la mort morale de l’homme, et maintenant, par grâce, c’est elle la base des meilleures bénédictions de Dieu. Quelle démonstration de ce que la loi de Dieu ne pouvait que condamner l’homme ! Elle prouve également la ruine totale de la nature humaine dans toutes les classes. Bien que la plénitude de la Déité habitât en Jésus corporellement (Col. 2:9), elle ne pouvait quand même pas délivrer l’homme de ses péchés sans la mort de Christ qui, une fois ressuscité, est la plénitude et le modèle de l’état nouveau et céleste de l’homme selon les conseils divins de la grâce.

Il n’est pas facile de rendre correctement les deux prépositions du v. 6 que la version autorisée anglaise traduit toutes les deux par « par ». Car la première préposition utilisée une fois (dia), si on veut la distinguer de le seconde (εν), peut être rendue par « par le moyen de » ; quant à la seconde préposition, elle a davantage de force, et elle est bien rendue par « dans la puissance de », mais il est possible que « par » suffise. La première préposition voit symboliquement l’eau et le sang comme les moyens de faire face à l’extrémité de l’homme, et elle communique la pensée que le Seigneur Jésus est venu effectuer, par leur moyen, la délivrance du croyant de la souillure et de la culpabilité. Dans la proposition suivante, qui est emphatique, « dans » est employé avec son sens fréquent de « dans la puissance de », ce qui donne donc : « non pas dans la puissance de l’eau seulement, mais dans la puissance de l’eau et du sang ». L’homme était tellement perdu que Christ venu en sa faveur, bien qu’il fût à la fois Dieu et homme dans la même personne, n’était pas en mesure de purifier et d’expier, sinon par la mort. Mais en fait, dans Sa mort ou par Sa mort Il est venu dans la pleine puissance pour purifier et expier. Sa mort a été infiniment efficace en elle-même pour le plus infâme et le plus coupable des pécheurs, même si aucune âme n’avait cru. Mais la grâce de Dieu voulait opérer et elle a opéré pour qu’il y ait de la foi en Lui, et donc « par l’eau et le sang ».

 

8.2.2       1 Jean 5:6b — L’Esprit est la vérité, Ta Parole est la vérité, Je suis la vérité

Il y a alors un ajout de grande importance : « et c’est l’Esprit qui rend témoignage, car l’Esprit est la vérité ». Chacun sait que le Seigneur Jésus parle de Lui-même comme étant « la vérité » (Jean 14:6). Comment se fait-il donc que l’Esprit soit appelé la vérité, alors que Dieu le Père ne l’est jamais ? La Parole en tant que réponse écrite ou verbale à Christ est aussi désignée par cette expression (« ta parole est la vérité », Jean 17:17), ce que nous pouvons facilement comprendre s’agissant de la Parole que le Saint Esprit emploie pour glorifier Christ auprès des Siens et dans les Siens. Mais la différence d’avec 1 Jean 5:6 semble résider dans le fait que Jésus le Christ est la vérité objectivement devant nous, tandis que le Saint Esprit l’est comme puissance qui agit intérieurement dans le saint pour réaliser Christ et jouir de Lui. Pour être béni de Dieu, il faut faire face à deux carences graves. Nous avons besoin de la vérité de la part de Dieu pour la conscience, pour le cœur et pour les pensées : on la trouve ainsi pleinement et parfaitement dans notre Seigneur Jésus, qui est la vérité objectivement. Mais il y a du « péché » dans la vieille nature qui résiste à ce qui condamne ; et même quand un homme est né de Dieu, la vigilance contre les manifestations extérieures du péché est toujours nécessaire ici-bas. Comment cela est-il réalisé ? par l’Esprit de Dieu qui est donc la vérité en tant que puissance intérieure pour faire ressentir et pour appliquer la vérité qu’on trouve extérieurement en Christ. Le Saint Esprit fait que l’objet de la foi est reçu et apprécié intrinsèquement. Il est l’énergie d’appropriation pour le nouvel homme, pour la vie en Christ. En ceci qui est quelque chose de très réel et de très nécessaire, Lui aussi [le Saint Esprit] est la vérité intérieurement, quoiqu’il ne soit pas correct de dire qu’Il est la vérité subjectivement. Pour s’exprimer simplement, nous regardons au Seigneur tel que placé devant les yeux de la foi, et l’Esprit est la puissance à l’intérieur de nos cœurs. Comme la vérité révèle toutes les personnes et de toutes les choses telles qu’elles sont, nous pouvons comprendre pourquoi le Fils et le Saint Esprit sont tous les deux appelés la vérité, tandis que ni Dieu comme tel, ni non plus le Père ne le sont, parce que ni l’Un ni l’Autre ne sont Celui qui révèle, mais ils sont pleinement révélés par le Fils et par l’Esprit.

Si vous écoutez la théologie (c’est-à-dire la tentative de faire de la vérité révélée une « science », comme les rationalistes et les ritualistes aiment le faire au déshonneur de Dieu et à leurs tristes dépens), on vous parle de Dieu comme étant la vérité. Je me rappelle, il y a bien des années, avoir rencontré un étranger célèbre de l’école romantique, un sceptique qui rejetait les Voltaire et les Rousseau, mais insistait par-dessus tout sur le fait que Dieu était la vérité. Il rapporta la différence qu’il voyait entre lui et moi à un ami de nous deux, et la résuma ainsi, même si cela manquait de respect : lui voyait Dieu par lui-même, et moi je Le voyais « par les lunettes de Jésus Christ ». En fait il se trompait en croyant qu’il voyait Dieu ou qu’il connaissait quelque chose de Lui en aucune manière. Dieu en Lui-même est entièrement hors de portée de la créature. L’homme a besoin d’un médiateur qui soit autant homme que Dieu pour être rendu capable, par l’Esprit, de Le connaître. La vérité ne peut être connue que de cette manière. Dieu comme tel n’est pas la révélation de Dieu (pas plus que la conscience de l’homme ni sa raison), mais Christ comme objet, et l’Esprit comme puissance intérieure pour la nouvelle nature le sont. Comment Dieu est-Il révélé ? en Christ. Christ est Celui qui révèle extérieurement, tandis que l’Esprit opère intérieurement, et la Parole est la révélation de Dieu ou la vérité. Christ peut être devant nous à tout moment de notre vie, sans que nous en soyons meilleurs, à moins que le Saint Esprit ne coopère avec la Parole pour nous rendre capable de la recevoir par la foi, et dès lors dans la vie nouvelle.

 

8.3   1 Jean 5:7-8

8.3.1       Trois témoins : une personne, deux figures

Mais l’apôtre a plus à dire dans ses paroles brèves mais riches : « Car il y en a trois qui rendent témoignage : l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois sont d’accord pour un même témoignage ». On notera que l’ordre est ici inversé. Historiquement il y a eu le sang, l’eau et l’Esprit envoyé du ciel en honneur de la rédemption de Christ, pour donner aux saints le Paraclet habitant en eux, et pour répandre universellement la bonne nouvelle dans la puissance de Dieu et non pas de l’homme, bien qu’Il opérât par le moyen de l’homme. Dieu donne trois témoins qui sont d’accord pour un même témoignage ; mais dans les faits spirituels l’ordre est « l’Esprit, l’eau et le sang » (5:8). Bien sûr, du point de vue littéral, le témoin personnel est le Saint Esprit, et Il est aussi la puissance présente vivante. L’eau et le sang ne sont qualifiés de témoins qu’à titre figuré, et ils sont ainsi personnifiés. Mais le Saint Esprit est une vraie personne dans la Déité ; et l’une de Ses fonctions spéciales est, comme celle du Fils, de rendre témoignage sur la terre, le Saint Esprit de Christ, et Christ de Dieu et du Père. « Et c’est l’Esprit qui rend témoignage, car l’Esprit est la vérité » (5:6).

 

8.3.2       1 Jean 5:7-8 et le Texte Reçu

Le texte a souffert ici, que ce soit par inadvertance ou volontairement. Disons directement que « dans le ciel » au v. 7 et « sur la terre » au v. 8, ce n’est pas l’Écriture, mais des interpolations. Il est possible que cela ait commencé par être une simple note en marge, puis que cela ait été copié comme étant le texte par des hommes qui ne comprenaient pas la vérité. L’histoire de cette affaire a été suivie complètement et en détail, et il en résulte que les mêmes raisons qui rendent le texte du Nouveau Testament certain ailleurs, prouvent avec certitude qu’on a affaire ici à une insertion humaine. Je vais essayer de montrer aux chrétiens qui ne connaissent pas le grec qu’ils ont à être persuadés que ces ajouts sont apocryphes. Il n’y a pas besoin d’être érudit ni d’avoir fait des recherches pour en avoir la conviction par soi-même. La Parole de Dieu est par elle-même amplement suffisante et parfaitement concluante.

D’abord quel sens y a-t-il à rendre témoignage « dans le ciel » ? Réfléchissez à cette idée, pas seulement d’après l’Écriture : n’est-ce pas une folie ? Comment y aurait-il là le besoin ou simplement le fait de « rendre témoignage dans le ciel » ? Les habitants naturels du ciel sont les anges qui n’ont pas besoin qu’il leur soit rendu témoignage. Ils sont élus et saints. Tout témoignage est superflu à leur égard. — Les anges déchus sont irrémédiablement perdus, ayant abandonné leur premier état, et certains sont liés dans des chaînes d’obscurité, tandis que d’autres, comme Satan, ont encore la permission d’accuser les saints, de les tenter, et de tromper la terre habitée toute entière (voire Jude et Apoc. 13). Il n’y a pas de témoignage pour eux. — Quant aux esprits des saints délogés pour être avec Christ, de quel témoignage auraient-ils besoin ? (*) — C’est sur la terre qu’il y a besoin d’un témoignage, et celui-ci est donné par la grâce de Dieu parce que les hommes sont plongés dans les ténèbres et le manque de vérité. Dans sa question « qu’est-ce que la vérité ? », Pilate ne faisait qu’exprimer l’ignorance du monde entier. C’était une question en l’air, et comme la plupart des gens, il n’attendait pas de réponse certaine. Personne ne pouvait trouver la réponse à moins que Dieu ne donnât des témoins compétents ; et nous les avons ici, Ses trois témoins, « l’Esprit, l’eau et le sang ».

 

(*) Il y a une autre preuve interne de ce que « les trois qui rendent témoignage dans le ciel » sont une erreur humaine, et non pas la vérité révélée de Dieu. Aucun homme inspiré n’a jamais écrit « le Père, la Parole ». Il n’y a pas de corrélation entre ces termes. Dans l’Écriture, la « Parole » va avec « Dieu », et le « Fils » avec le « Père ». Les éditeurs de la Bible polyglotte de Complutense ont été les premiers à imprimer les mots illégitimes sur la base de manuscrits récents de peu de valeur, même si ces mots ont été écrit antérieurement à l’usage de l’imprimerie, peut-être pour authentifier la Vulgate latine à l’usage des catholiques, malgré leurs meilleurs manuscrits anciens. L’un des manuscrits grecs écrit ces versets dans un grec si mauvais que seul un ignorant ou un non-helléniste peut l’avoir écrit, allant jusqu’à omettre l’article là où il est nécessaire.

 

8.3.3       1 Jean 5:6-7. Un seul mot à traduire par « témoignage »

Au passage il peut être bon de signaler à ceux qui ne disposent que de la Bible anglaise, que le même mot grec pour « témoignage » est rendu par « record » au v. 7 et par « witness » au v. 8. Les deux mots anglais signifient le témoignage de Dieu rendu à l’homme ; de la même manière, en Jean 5:22-23, le mot grec est traduit correctement par « jugement » et incorrectement par « condamnation » et « damnation ». Il est dommage que le même mot dans le même contexte n’ait pas été traduit de la même manière, car cela conduit les gens à s’imaginer qu’il doit y avoir quelque différence manifestée par la présence de deux ou trois mots anglais différents. « Il y en a trois (*) qui rendent témoignage », mais il ne faut pas ajouter « sur la terre » qui est une interpolation. Ces mots ne sont pas nécessaires parce que Dieu ne rend pas Son témoignage ailleurs, et le but du témoignage est de présenter la vérité à ceux qui ne la connaissent pas. Les actions de grâces et la louange sont ce qui caractérise le ciel, non pas des témoignages rendus. Mais ici, si nous recevons nous-mêmes le témoignage de Dieu, l’amour de Christ nous contraint à rendre témoignage à d’autres qui sont encore pécheurs comme nous l’étions.

 

(*) C’était une idée malavisée de faire six témoins, trois pour le ciel et trois pour la terre. Cela suppose que l’Esprit dans le ciel répond à l’Esprit sur la terre. Il est fâcheux de concevoir donc le Saint Esprit comme un témoin terrestre, comme d’imaginer l’Esprit dans un second trio pour être un autre témoin, selon ce que soutiennent les partisans de l’interpolation contestée. Il est évident que le codex Ravianus ainsi que les copies de Wolfenbüttel à Berlin sont des faux copiant la polyglotte de Complutense dans ses fautes d’impression et ses inscriptions particulières. Le codex Regius Neapolitanus (173 dans la liste de Scholz) confirme le vrai texte, et donne la phrase sous sa forme correcte, mais seulement en marge. Les deux autres (Codex Ottob. ou Vat.298, et Codex Montfort. ou Trinity College de Dublin G.97) omettent grossièrement l’article et sont autrement entièrement dans l’erreur.

 

8.3.4       L’ordre des témoins selon le v.6 et selon les v.7-8

Mais venons-en à ce que l’Esprit a écrit. Il n’y a là que la vérité.

On a déjà montré la justesse de l’ordre du v. 6 qui met l’Esprit en dernier, parce que la présence de l’Esprit comme témoin divin sur la terre non seulement a suivi l’œuvre de Christ à la croix, mais depuis, Il est donné aussi individuellement, sur la base de la foi en la parole de vérité, l’évangile de notre salut (Éph. 1:13). En conséquence l’eau et le sang viennent en premier, comme dans les faits quand il s’agit de l’opération de la grâce chez le croyant. N’est-ce pas ainsi que l’on reçoit la vérité de l’évangile ? D’abord la parole de la vérité entre par une conscience réveillée, et la personne vient à Dieu comme pécheur au nom du Sauveur. Ensuite le sang de Christ lui est présenté en privé ou prêché en public comme le parfait sacrifice capable de résoudre son cas ; et si elle se soumet à la justice de Dieu au lieu de chercher à établir sa propre justice (Rom. 10:3), le Saint Esprit lui est donné comme Esprit de liberté et de communion — elle ne pourrait pas L’avoir sans se reposer sur le sang de Christ qui purifie entièrement. Ainsi l’ordre dans la bénédiction de l’âme, par grâce, correspond à l’eau, au sang et à l’Esprit, exactement selon les termes du v. 6. Pareillement dans la consécration des fils d’Aaron (Lév.8), les sacrificateurs, le lavage d’eau intervenait en premier ; puis le sang du bélier de consécration était mis sur l’oreille droite, sur le pouce droit et sur l’orteil droit (les organes servant à recevoir, à travailler et à marcher) ; et en dernier lieu intervenait l’onction d’huile avec une aspersion du sang de l’autel sur les sacrificateurs et sur leurs vêtements. Quel croyant pourrait ne pas voir à quel point le type se conforme à la réalité du Nouveau Testament chez les chrétiens qui sont constitués maintenant une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices spirituels (1 Pierre 2), — ce sont là les seuls sacrificateurs et les seuls sacrifices de culte sur la terre qui soient agréables à Dieu par Jésus Christ.

Nous arrivons maintenant aux témoins considérés dans l’ordre non pas de l’œuvre historique de Dieu, mais dans l’ordre de l’opération dans le chrétien individuellement. Or quand nous parlons des trois qui rendent témoignage, l’Esprit vient nécessairement en premier parce que c’est Lui qui a non seulement la place d’honneur, mais qui est Celui qui fait connaître en puissance l’eau et le sang pour la bénédiction de l’âme. C’est la raison de la différence qui apparaît au verset suivant (v.7) : « Car il y en a trois qui rendent témoignage : l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois sont d’accord pour un même témoignage » — trois témoins, mais un seul témoignage et un témoignage uni.

 

8.4   1 Jean 5:9-10

8.4.1       1 Jean 5:9

« Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand » (5:9a). Puis-je rappeler le soulagement divin et la délivrance divine que ces paroles apportèrent il y a plus de 60 ans à une âme convertie, mais fatiguée et profondément exercée par le sentiment du péché qui ternissait le repos de son âme sur Jésus ? Ces paroles dissipèrent tout doute, et lui firent honte de suspecter les témoignages de Dieu. Il ne s’agissait plus que de l’application de la vérité par Dieu à lui, et non plus de lui-même se l’appliquant à lui-même, bien qu’il ne doutât nullement de la valeur intrinsèque de la mort de Christ pour le pécheur. Il ne s’agit plus de ce que je devrais voir comme efficace du sang, mais il s’agit de se reposer par la foi sur le fait que Dieu voit cette efficace, et qu’Il l’apprécie comme elle le mérite.

Quel est donc le témoignage de Dieu dont il est parlé au début du v.9 ? Voilà la réponse : « car c’est ici le témoignage qu’Il a rendu au sujet de Son Fils » (5:9b). L’esprit est troublé justement parce qu’il n’est plus mort, et il est profondément inquiet du témoignage de Dieu à son égard, et cette agitation l’empêche d’écouter Dieu au sujet de Son Fils. Mais toute la question est de s’abandonner comme n’étant bon à rien devant Dieu, comme un simple pécheur perdu. Christ étant ainsi reçu sur la base du témoignage de Dieu, me rend capable d’en avoir complètement fini avec moi-même. Ce que Christ est et a fait donne la paix. La mort du Seigneur est la meilleure preuve qu’il n’y a pas de vie dans le premier homme ni dans sa race. Depuis Caïn jusqu’à la croix, aussi mauvais que soit l’homme déchu dans les autres domaines, le pire est quand il professe une religion, et qu’il y met sa confiance et qu’il s’en vante ; depuis le sang d’Abel jusqu’au sang infiniment précieux de Jésus, nous apprenons la haine de l’homme à l’égard de la grâce et de la vérité de Dieu en Christ. Mais tout devient clair pour la foi, même si ce n’est pas toujours d’un coup : « Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage au dedans de lui-même ; celui qui ne croit pas Dieu, l’a fait menteur, car il n’a pas cru au témoignage que Dieu a rendu au sujet de son Fils » (5:10). Y a-t-il un témoignage plus simple, plus net, plus fort que celui de Dieu dans ces quelques paroles claires ? Ne sont-elles pas là pour amener chacun au sentiment du besoin qu’il a d’une telle grâce ? Oh ! quelle incrédulité que d’appeler la foi « de la présomption » ! de douter que, par la Parole de Dieu, on a le droit de prendre Dieu au mot et de Le reconnaître comme vrai et fidèle en recevant Son témoignage au sujet de Son Fils ! Y a-t-il une preuve plus complète que l’homme, si religieux soit-il selon la chair, croit Satan et n’accorde pas de crédit à Dieu ? Normalement personne ne penserait à douter du témoignage d’un homme sérieux. De manière tout aussi ordinaire, chacun doute du témoignage de Dieu pour lui-même, et qualifie le croyant de présomptueux, voire d’hypocrite.

Quelle folie aussi d’écouter ce que susurre l’ennemi, que vous êtes un trop grand pécheur pour être sauvé par Christ. Il est venu sauver les perdus : pouvez-vous être pire que « perdu » ? Qu’est-ce qui n’est pas couvert par le mot « perdu » ? Pensez à la Samaritaine ; à la femme pécheresse dans la ville ; à Marie de Magdala : tous des cas désespérés, tous différents les uns des autres ; toutes sont sauvées et cela leur est donné à connaître ; et tout cela est consigné pour que vous aussi vous croyez et soyez sauvés (Jean 20:31). Elles ont toutes été sauvées « par grâce », la grâce de Dieu, non pas la leur, et « par la foi », non par des sentiments ni par de l’amour ni par un service ni par des sacrements. L’apôtre rendait grâce à Dieu de ce qu’il n’avait baptisé presque personne parmi les nombreux Corinthiens qui avaient cru et avaient été baptisés. Christ, dit-il, l’avait envoyé, lui l’apôtre, prêcher l’évangile, non pas baptiser. C’était en Christ qu’il les avait engendrés par l’évangile, non pas par le baptême, aussi excellent soit-il quant à son but propre. Mais le baptême n’a jamais donné la vie à une seule âme ; Christ est Celui qui donne la vie à tous ceux qui croient, opérant dans chacun individuellement par Sa Parole et par Son Esprit, comme aussi Il jugera tous ceux qui Le rejettent pour leur ruine. Que dira-t-Il à ceux qui annulent Sa Parole par la tradition, et qui, au lieu de croire Dieu, mettent un rite pour donner la vie, à Son grand déshonneur, et pour donner de l’importance à leur fonction, comme s’ils étaient médiateurs entre les vivants et les morts ? Voilà la réelle présomption ; elle n’est pas dans la foi qui rend gloire à Dieu.

La vie éternelle est dans le Fils de Dieu (5:11), le second homme. Telle est la doctrine de premier ordre des épîtres. Nous y revenons une fois de plus après l’usage si frappant qui a été fait du sang et de l’eau ayant coulé de Christ mort, avec le don du Saint Esprit pour conséquence — nous revenons à la caractéristique principale de notre épître, la vie éternelle dans le Fils de Dieu. C’est en effet l’une des plus grandes vérités de toute l’Écriture, et elle est d’une importance capitale pour les saints de nos jours. Nous avons appris par expérience le mal fait par ceux qui se sont laissé aller à saper ou obscurcir cette vérité (*), sous le vain prétexte d’une vérité nouvelle, alors qu’elle ne valait pas mieux qu’une vieille ordure ranimée, ce qui est un moyen fréquent de Satan pour accomplir ses desseins pervers.

 

(*) Note Bibliquest : allusion à l’hérésie de Raven

 

Et bien, « si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand » (5:9a). Qu’y a-t-il d’aussi bon, d’aussi sage, d’aussi certain ? qu’y a-t-il d’aussi satisfaisant que le témoignage de Dieu ? Il connaît toute la vérité, et comme le Dieu de toute grâce, Il a donné Son Fils à la fois pour nous la faire connaître et pour nous rendre capables de la recevoir dans une nouvelle vie ; et en outre, après la rédemption, Son Esprit est la puissance divine à la fois pour en jouir et pour la faire connaître à nos prochains. C’est pourquoi on peut comprendre le poids de cette expression « le témoignage de Dieu », — un poids plus grand que toutes les difficultés.

Et ce triple témoignage de Dieu est d’abord celui de la mort inscrite sur toute l’humanité par Celui qui a bu la coupe jusqu’à la lie, mais dans Son cas, d’une mort aboutissant à une vie sans péché pour nous, bien que ceci n’ait jamais été nécessaire pour Lui. Cette vie éternelle n’exigeait aucune œuvre pour elle-même. C’est notre état de péché et de mort qui ont nécessité Sa mort pour vaincre tout le mal à la gloire de Dieu.

 

8.4.2       1 Jean 5:10

« Car c’est ici le témoignage de Dieu qu’Il a rendu au sujet de Son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage au dedans de lui-même » (5:9b-10a). « Vous ne recevez pas notre témoignage » (Jean 3:11), disait le Seigneur à Nicodème. L’homme doit naître de nouveau ; il est incapable autrement d’apprendre selon Dieu. Seule la foi en la Parole de Dieu conduit à être enseigné de Dieu. L’église devrait avoir été un témoin fidèle et véritable, comme le Seigneur (Apoc. 3:14). Mais son état est déjà devenu tel qu’on ne peut pas se fier à elle. Quelle consolation infaillible, spécialement pour le croyant, d’avoir le témoignage, le témoignage de Dieu « au-dedans de lui-même ».

Mais en face d’un tel besoin absolu, alors que par grâce nous avons « le témoignage de Dieu », quelle effronterie et quelle incrédulité d’appeler les âmes à « écouter l’église » ! Non, la Parole de Dieu qui montre ce que l’église était appelée à être dans le monde, c’est aussi elle qui montre que l’église allait tomber dans toutes sortes de désordres. Et il est bien remarquable qu’on trouve ces deux choses dans les deux épîtres à Timothée : dans la première épître, on a l’église en ordre, « colonne et soutien de la vérité » — dans la seconde épître, l’église dans un triste état de désordre. Mais l’église n’est pas la vérité que le chrétien est tenu d’écouter et de recevoir, bien qu’elle soit un témoin collectif à la vérité, comme le chrétien en est le témoin individuel. L’église aussi bien que le chrétien sont appelés à ne considérer comme la vérité rien d’autre que la Parole de Dieu qui fait autorité. En 2 Timothée nous apprenons que la profession chrétienne est devenue comme une grande maison remplie de vases à honneur et à déshonneur. C’est pourquoi quand on accepte et soutient le levain au lieu de l’ôter (1 Cor .5), on en vient au besoin de se purifier soi-même de toutes ces sortes de mal radicalement établies, pour être un vase à honneur. Ce n’est pas pour s’isoler, mais pour être « avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur » (2 Tim. 2:22).

L’Écriture est tellement loin d’accepter la prétention de devoir écouter l’église, que nous apprenons dans le dernier livre, l’Apocalypse, que toute âme fidèle est tenue d’écouter, non pas ce que l’église dit, mais « ce que l’Esprit dit aux assemblées », et ceci est répété dans chacun des messages aux sept églises [ou : assemblées]. Y a-t-il quelque chose de plus opposé à la pensée du Seigneur que d’admettre qu’il faut écouter l’église alors qu’elle sombre dans la ruine ?

Quel que soit l’état de la chrétienté, la Parole de Dieu demeure toujours vraie et applicable pour le chrétien. « Celui qui croit… a le témoignage au dedans de lui-même » (5:10a). Si le croyant était dans un pays où il ne peut pas jouir de la communion avec les saints, où il n’aurait aucune occasion d’entendre un prédicateur chrétien, où il ne connaîtrait pas un seul frère dans le Seigneur, le Fils de Dieu en qui il croit demeure exactement le même ; et il a le témoignage au dedans de lui-même aussi sûrement que s’il était environné de tous les privilèges chrétiens possibles sur la terre. Il ne dépend de personne sous le soleil ; il a le Fils. Combien ce témoignage de la part de Dieu est profondément sage et plein de grâce ! Or dans un tel cas, nombreux seraient ceux qui crieraient « quelle présomption effrontée ! ». Mais Dieu Lui-même dit : « Celui qui croit a le témoignage au dedans de lui-même ». L’effronterie est dans l’incrédulité qui rejette ce témoignage : « celui qui ne croit pas Dieu, l’a fait menteur, car il n’a pas cru au témoignage que Dieu a rendu au sujet de son Fils » (5:10b). Quoi de pire ? C’est déjà suffisamment mauvais de mentir au sujet de soi-même, comme un Brahmaniste accompli qui dit qu’il n’a pas péché, bien que ce soit faire mentir la Parole. Faire Dieu menteur est pire, non pas seulement négativement, mais positivement, et pourtant c’est ce que font tous ceux qui rejettent le témoignage de Dieu à l’égard de Christ, Son Fils.

 

8.5   1 Jean 5:11

« Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans Son Fils » (5:11). Y a-t-il quelque chose de plus clair et de plus précis ? « Dieu nous a donné », à chaque chrétien, « la vie éternelle ; et cette vie est dans Son Fils ». Même un incrédule, aussi endurci soit-il, ne peut entendre sans émotion l’assurance claire et brillante que donnent la foi et la profession [de foi]. Il connaît sa propre misère, s’il y pense tant soit peu. La paix du croyant est entièrement centrée sur le fait d’avoir le Fils de Dieu et la vie éternelle en Lui. Certains (*) ont beaucoup insisté récemment sur le fait que la vie est dite être « dans Son Fils » et non pas en nous. Cette idée parait leur plaire parce qu’ils en tirent la conclusion qu’ils veulent, à savoir que le chrétien n’a pas la vie éternelle. On a de la peine à comprendre pourquoi cela les rend contents, si l’on ne se rappelait pas le pouvoir d’aveuglement de l’ennemi ; et c’est avec tristesse que je me souviens (je ne l’oublierai jamais) de l’époque où leur joie semblait être dans la vérité que maintenant ils nient. N’est-ce pas horrible de pervertir un passage de l’Écriture pour le mettre en contradiction avec un autre ? Il est écrit ici que cette « vie est dans Son Fils » parce que l’Esprit voudrait encourager le croyant par le moyen de la sécurité qui ne dépend pas de lui ni d’aucune autre créature. C’est dans le Fils qu’est cette vie, là où aucun mal ne peut l’atteindre, ni aucun danger ne peut l’approcher. C’est la joie du croyant de savoir que sa vie, la vie éternelle, est en Lui qui en est non seulement la source infaillible, mais le préservateur divin contre toutes les ruses de Satan ; et c’est d’autant plus sa joie s’il est en communion avec Dieu le Père, l’objet de son amour et de son honneur, plus que jamais depuis la rédemption.

 

(*) Note Bibliquest : de nouveau une allusion à l’hérésie de Raven.

 

Jean 5:24 nous assure également que nous avons cette vie, et que Dieu nous l’a donnée ici-bas ; et une foule d’autres passages de l’Écriture montrent qu’avec la rédemption, cette vie est essentiellement à nous comme la seule vie sur laquelle et en laquelle l’Esprit estime bon d’opérer. La vie naturelle peut aider à expliquer. La vie agit du sommet de la tête jusqu’au bout des doigts et des orteils. Mais les doigts et les orteils ne sont pas le siège de la vie, ni même le bras ni la jambe ; on peut enlever ces derniers sans nuire au siège de la vie. Mais en Christ, il n’y pas de perte de ce genre. En Christ la vie nouvelle s’élève bien au dessus de la vie naturelle. Christ est le siège central de la vie éternelle ; et même les petits enfants ont absolument et vraiment la vie, et ils ne périront jamais. Notre bénédiction réside dans la certitude que la vie est dans le Fils de Dieu. C’est ce qui la maintient selon toute la confiance que cela inspire à tout croyant ; mais retourner ce fait que la vie est « dans Son Fils » pour en tirer une preuve que le croyant n’a pas maintenant la vie éternelle, cela témoigne non seulement de l’incrédulité personnelle, mais d’une application erronée de la Parole de Dieu.

 

8.6   1 Jean 5:12

8.6.1       1 Jean 5:12a

« Celui qui a le Fils a la vie » (5:12a). Elle est inséparable du Fils. Personne ne peut avoir la vie à moins d’avoir le Fils, qui est le chemin, la vérité et la vie. Non seulement Il est Dieu pour la donner, mais en tant qu’ayant glorifié Dieu, Il est aussi le Fils de l’homme qui est et était aussi le Fils de Dieu. Et Dieu rend témoignage de ce que cette vie est en Lui et en aucun autre. Le croyant honore le Fils en croyant (Jean 5:23), et il reçoit la vie éternelle (Jean 5:24). L’incroyant déshonore le Fils et rejette le don de la vie pour sa propre perdition, mais il devra se courber lors de la résurrection de jugement. S’il avait été possible de détacher la vie du Fils de Dieu, au point qu’elle soit en nous seulement, et non pas dans le Fils, on pourrait concevoir qu’elle soit détériorable ou ruinable ; mais dans la mesure où elle est dans le Fils, elle demeure sainte et impérissable ; et c’est ainsi que nous l’avons, et nous savons que nous l’avons d’après Sa Parole. Toute bonne œuvre, toute affection juste, tout vrai service et toute adoration acceptable, découlent de la vie éternelle dans la puissance de l’Esprit. Il est impossible que le chrétien puisse plaire au Dieu et Père du Seigneur Jésus sans l’action de la vie éternelle ; car maintenant que cette vie est venue dans la personne du Fils de Dieu, le Père a Ses délices dans le fait que nous ayons cette vie, et il en rejette toute autre ; car cette vie trouve sa joie à connaître, servir et adorer le Père et le Fils, selon ce que le Saint Esprit conduit.

 

8.6.2       1 Jean 5:12b

Mais que personne n’oublie l’autre côté solennel : « celui qui n’a pas le Fils n’a pas la vie » (5:12b). Vous qui lisez ces paroles, si vous êtes un non croyant, faites attention, je vous en supplie. Pourquoi périr éternellement ? Pourquoi rejeter l’amour de Dieu donnant et envoyant Son Fils ? Pourquoi rejeter Celui qui a goûté la mort pour vous ? Pourtant Il ne vous a jamais fait que du bien, et qu’avez-vous jamais montré à l’égard de Son nom, sinon de la négligence, de la répugnance et du mépris, autant que vous pouviez ? Oh ! croyez ce que Dieu vous dit au sujet de Son Fils. Si vous croyez en Lui, vous L’avez. Il est impossible d’avoir le Fils de Dieu et de ne pas avoir la vie éternelle ; mais « celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie ». Ceci est aussi vrai que terrible : le non croyant « ne verra pas la vie ». « Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains. Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit (ou : ne croit pas) au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:35-36).

 

8.6.3       La vie éternelle dans le Fils et sa communication, dans l’évangile et dans l’épître

Avant de terminer, remarquons deux points intéressants et importants. Le premier est le soin pour présenter la vie éternelle objectivement dans la Parole de vie, le Fils de Dieu, au premier chapitre. L’apôtre a abondamment présenté le Seigneur dans l’évangile comme donnant la vie éternelle au croyant dans les ch. 3, 5, 6 et 10 ; mais ici il commence par la Parole elle-même comme étant la vie sans encore la moindre indication que cette vie nous soit communiquée. C’était pourtant une vérité familière avant même que cette épître soit écrite. C’est donc pour satisfaire un propos divin que pas un mot n’est dit ici de notre réception de la vie, bien que ce fût déjà connu de l’écrivain et des saints. Ici donc le but semble d’être de Le présenter comme un objet, de sorte que nous puissions trouver le délice de nos âmes en Lui comme la vie éternelle dans un être divin auprès du Père, et manifestée dans sa perfection quand elle nous a été manifestée ici-bas comme un Homme parmi les hommes. Quelle immense perte s’il n’y avait pas eu effectivement cette manifestation objective de la vie éternelle, qui fait le charme particulier de l’évangile de Jean tout du long de cet évangile ! Et c’eût aussi été une perte doctrinalement pour cette épître si Christ n’en avait pas été le point de départ et la base. C’est très graduellement que nous arrivons à ce que soit traitée ouvertement la question de la communication de la vie éternelle à nous ; en fait ce sujet n’est traité explicitement qu’au ch. 5, à la fin de son enseignement, comme le fait que la vie se trouve objectivement en Christ soit le commencement de l’épître.

 

8.6.4       Absence de mention du baptême et de la Cène dans l’évangile et dans l’épître de Jean

Le second point est aussi très parlant. S’il y a quelque partie de l’Écriture qui est consacrée plus que tout autre au déploiement de la vie éternelle en Christ et en ceux qui sont Siens par grâce, c’est bien l’évangile et la première épître de Jean. Pourtant on n’y trouve ni le baptême chrétien ni la Cène. Cet évangile et cette épître s’occupent de la vie éternelle dans toute sa plénitude et sa puissance en Jésus le Fils de Dieu, plus que tout autre évangile ou épître ; et plus que tout autre, ils rendent témoignage à sa communication au croyant. Pourtant ni l’un ni l’autre ne parle de cette institution chrétienne [le baptême] à qui la communication de la vie est attribuée là où on altère la vérité, à l’Est et à l’Ouest, chez les anciens comme chez les modernes, chez les épiscopaliens comme chez les presbytériens. La seule nuance qui différencie les presbytériens de tous les autres, est que, selon leur code de doctrine, l’efficace du baptême pour donner la vie dépend de l’élection, mais comme tous les autres cette efficace dépend du baptême par désignation divine. La position écossaise est aussi nette que celle des Réformés avec Calvin en Europe ; et bien sûr Luther est allé aussi loin et même plus loin.

Or si le baptême chrétien était réellement ce que la tradition a largement enseigné depuis longtemps, c’est-à-dire le moyen de vivification des âmes, comment se fait-il qu’il n’en est jamais parlé dans l’Écriture la plus complète au sujet de la vie éternelle et au sujet de ce qui donne la vie, et que celle-ci en reste exclusivement au fait que donner la vie est une opération directement divine par le Saint Esprit utilisant la Parole pour révéler Christ au croyant ? Car il faut dire clairement que c’est autant une erreur grossière de fourrer le baptême dans l’eau de Jean 3:5 que dans l’eau de 1 Jean 5:6, 8. L’apôtre laisse absolument les institutions de côté, et s’en tient à la vérité vitale avec ses conséquences éternelles ; il ne fait allusion qu’en passant au baptême des disciples durant les jours du ministère de notre Seigneur en Jean 4:1-2, prenant bien soin de mentionner que Jésus Lui-même ne baptisait pas, bien qu’il fût Celui qui vivifie les morts. Et le baptême avant Sa mort et Sa résurrection était si différent de celui à l’égard duquel Il donna une mission après Sa résurrection, que les personnes déjà baptisées de cette manière furent baptisées à la manière chrétienne même par le grand apôtre (Actes 19:5), lequel remerciait Dieu de n’avoir baptisé que peu de personnes à Corinthe, avouant que Christ ne l’avait pas envoyé baptiser, mais prêcher l’évangile (1 Cor. 1:14, 17), et il déclarait que lui les avait engendré dans le Christ Jésus par l’évangile. Le baptême chrétien est réellement pour la mort de Christ, selon l’enseignement clair de Rom. 6 et si nous croyons la Parole de Dieu ; il n’a rien à faire avec le fait de conférer la vie à l’âme morte dans ses péchés.

 

 

9                    Dix-huitième méditation publique — 1 Jean 5:13-21

9.1   Connaître avec certitude qu’on a la vie éternelle

Il est remarquable à quel point l’Esprit de Dieu insiste à plusieurs reprises auprès des croyants non seulement sur le fait qu’ils ont la vie éternelle, mais sur le fait qu’ils savent qu’ils l’ont. Il serait possible, comme c’était le cas avant Christ, d’avoir la vie éternelle sans le savoir, et assurément maintenant encore il y a des opérations et des effets clairs de cette vie avec et pour bien des personnes qui ne savent pas qu’elles possèdent cette vie. Or le manque de discernement d’une influence délétère expose toujours celui qui est ignorant d’un si grand privilège, non seulement à une grande perte de bonheur pour son âme devant Dieu, mais au résultat pratique d’abaisser le niveau de sa marche. Quelqu’un qui n’a pas la paisible certitude d’avoir la vie éternelle, comment peut-il éviter l’inquiétude, quand la conscience exige, pour ainsi dire, de son cœur qu’il cherche à voir s’il est vraiment un chrétien, après tout, vu toutes les défaillances dans ses voies, — et quand il a affaire au tentateur qui cherche continuellement à l’amener à déshonorer le Seigneur, puis à susciter la méfiance vis-à-vis de la grâce de Dieu ?

Une autre raison pour laquelle l’Esprit de Dieu insiste tellement, et en se répétant, non seulement sur la connaissance (γιν.) d’avoir la vie éternelle, mais sur la connaissance consciente (ειδ.), c’est que dès les jours de l’apôtre, il y a toujours eu des adversaires de la vérité qui ont contesté la possibilité de connaître la vie éternelle, jusqu’à rendre la chose très incertaine. Telle est la manière d’agir habituelle de l’incrédulité dans tous les temps : voiler la certitude, souvent en arguant de manière spécieuse de notre ignorance, de notre indignité et de la facilité dont nous nous trompons, ce qui est vrai et incontestable. Mais la question n’est pas là ; il s’agit simplement de savoir si Christ a ou n’a pas pleinement et clairement révélé le fait qu’Il donne maintenant la vie éternelle à tout croyant. Il est complètement faux de soutenir que ce privilège serait réservé seulement à certains membres favorisés et hautement spirituels de la famille de Dieu. Le Nouveau Testament révèle que savoir qu’on a la vie éternelle est censé être la part de tous ceux qui croient au Fils de Dieu.

Rien n’est plus certain que cet amour de Dieu envers tous les enfants de Sa famille. C’est pourquoi la Parole de Dieu est tout à fait explicite sur le fait que ce privilège est destiné à être connu intérieurement, à être goûté et exercé dans la communion, l’adoration et la marche personnelles de tout chrétien même dépourvu de maturité ; inversement pour l’autre vie, la chair toujours entièrement haïssable pour Dieu, est plus que jamais rendue haïssable pour le chrétien, par Christ et par le Saint Esprit qui a été donné. C’est pourquoi le chrétien a à désavouer et mettre de côté la vie déchue, et par la foi à marcher dans sa nouvelle nature selon le seul modèle parfait de Christ, appelé la « vie éternelle » ici et dans l’évangile correspondant. C’est la vie de Christ, et c’est maintenant « notre vie » par grâce.

C’était la tâche spéciale de l’apôtre Jean de déployer, non pas tellement l’œuvre de rédemption du Sauveur (bien qu’il en parle, pour la gloire céleste, et pour le grand propos futur de Dieu quant à l’univers, et pour Ses conseils), mais plutôt la dignité et la grâce personnelles de Celui dont la gloire a donné toute sa valeur à la vie qu’Il confère et à Son œuvre. C’est avec justice et selon tout ce qui est en Lui que Dieu peut trouver Ses délices dans ces conseils qui ne sont pas encore accomplis. En conséquence toute base pour se reposer soit sur notre dignité soit sur notre indignité est ôtée. Ce n’est plus une question du premier homme, mais c’est entièrement une question du Second, Christ le Seigneur. Notre fondement est ce que Christ est et a fait comme donné à nous par Dieu. Qu’est-ce que Sa personne et Son œuvre réclament de la part de Dieu qui, plus que tout autre, L’apprécie à Sa juste valeur ; et pour qui ? Non pour Lui-même, certainement, car Il n’a besoin de rien, étant le Fils qui est un avec le Père, l’objet de l’amour du Père de toute éternité. Il est venu et s’est livré Lui-même pour revendiquer la gloire de Dieu et donner effet à l’amour parfait de Dieu en réponse au mensonge de Satan, qui après s’être rebellé contre Dieu Lui-même, a cherché à amener l’homme sous le déplaisir de Dieu, et a réussi selon toutes les apparences. Mais les conseils de Dieu ne pouvaient pas manquer, et Dieu veut sûrement les accomplir sur le terrain de la rédemption. Car la rédemption n’était pas une idée après coup, et les conseils de Dieu n’ont pas été formés à cause d’une défaillance dans ce qu’Il avait institué. Ces conseils nous ont en effet été donnés à connaître à nous qui croyons, après l’échec total de l’homme ici-bas. Mais les conseils de Dieu étaient avant la création, tout comme l’amour de Dieu, et c’est ce que l’apôtre Paul montre en Éph. 1:3-14 et Col. 1:26 et 2 Tim. 1:9 et Tite 1:2.

Jean a spécialement été donné pour entrer profondément dans la nature de Dieu, et c’est pourquoi il s’appesantit beaucoup sur la personne éternelle du Seigneur et sur Sa condition incarnée, de manière à fixer le cœur et à élever le croyant au dessus du triste fait qu’à l’extérieur l’église s’est écartée jusqu’à une confusion et une ruine complètes, et à tomber sous le jugement de Dieu qui approche parce qu’il commence par Sa propre maison. La défection croissante de la chrétienté n’est pas une raison pour ébranler ou affaiblir notre confiance en Christ d’un iota. Comment dès lors le Saint Esprit va-t-Il fortifier le cœur ? En nous dirigeant vers la vie éternelle auprès du Père avant qu’aucune créature existât et avant que Dieu descendît, vrai homme dans la personne du Seigneur Jésus, afin que la vie éternelle soit notre portion connue aussi réellement qu’au jour de la gloire. Bien sûr elle est maintenant nôtre en Lui par la foi. Or c’est une doctrine étrange qu’une chose « présente » ne soit pas nôtre maintenant par la foi aussi véritablement qu’une chose « future » que nous attendons (1 Cor. 3:22). La seule différence est que le cas de la vie en Christ est bien plus fort.

Les mots ne peuvent pas être plus clairs que ceux du Seigneur en Jean 5:24 ou en 1 Jean 5:12 qui est maintenant devant nous. Nous pouvons acquérir la connaissance (γιν.) de ce que nous nous attendons à recevoir, mais nous ne pourrions pas être conscients intérieurement de ce que nous ne possédons pas effectivement. Aucun Pélagien n’est jamais allé jusqu’à nier qu’aucun chrétien puisse avoir la vie éternelle maintenant, bien qu’il puisse donner une explication satisfaisante de cette vie éternelle. Mais discréditer tous les deux était réservé à des modernes qui ressuscitent de vieilles hérésies gnostiques auxquelles notre épître n’accorde aucune grâce. Aucune secte orthodoxe n’a jamais adopté cette erreur mortelle.

Or l’erreur mortelle est rampante maintenant plus que jamais ; et l’incrédulité ne connaît plus de honte de nos jours. On aurait peine à trouver une société de chrétiens professants ayant la réputation d’être une dénomination ecclésiastique, où, dans le temps présent, il ne se trouverait aucun scepticisme plus ou moins actif contre l’Écriture. Je me rappelle pourtant l’époque où un mal aussi fatal était inconnu sinon en dehors de ces dénominations. L’incrédulité n’avait pas alors recouvert son opposition à l’autorité de Dieu du voile de « la science de l’investigation littéraire et historique ». Ils rejetaient ouvertement Sa Parole, refusaient de signer des articles de foi qui affirmaient celle-ci, et renonçaient aux fonctions et salaires comme sanction [punition]. Mais la race présente met de côté l’honnêteté commune et garde les honneurs terrestres et le profit. À quoi cela va-t-il aboutir ? À l’apostasie et à l’homme de péché, tandis que les ritualistes aboutiront au mystère de Satan, la grande Babylone, la mère des prostituées et des abominations de la terre.

 

9.2   1 Jean 5:13

Considérons maintenant les remarque de conclusion de l’apôtre : « Je vous ai écrit ces choses [ou je vous écris, comme un aoriste épistolaire] afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (5:13). La grâce n’a trouvé en nous que péché et mort : la grâce nous donne le meilleur de ce que Dieu pouvait accorder, et ceci par la foi dans le Seigneur Jésus Son Fils. Et qu’y avait-il d’aussi approprié et de si nécessaire que la vie éternelle, une nature divine qui aime Dieu et Son Fils et tout ce qui est bon et saint ; qui hait le péché et aime la justice selon la loi parfaite de la liberté, obéissant à Dieu, non pas sous la contrainte comme un Juif, mais de manière filiale comme notre Seigneur a obéi. Combien est sinistre l’école qui abandonne les anciennes convictions pour des idées nouvelles et folles, qui dit non seulement que vous ne pouvez pas savoir que vous avez la vie éternelle, mais qu’elle ne peut être pour personne maintenant ! La vie éternelle est le bon fondement indispensable à ce qu’un autre apôtre appelle « les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance pour que nous marchions en elles » (Éph 2:10). Bien loin de laisser aucune excuse à ceux qui doutent ou ne croient pas, l’apôtre, ici comme au début de l’épître, dit tout ce qui doit nous établir en Christ à l’encontre de ceux qui égarent. Il a montré l’excellence suprême et la plénitude de cette vie en Christ comme objet de la foi et de l’amour pour les âmes au commencement ; maintenant au dernier chapitre, il insiste sur le fait que le croyant possède cette vie, et qu’il la possède ici-bas dans une connaissance consciente. N’est-ce pas là justement ce qui devrait être ? C’est dû au Fils ; c’est les délices du Père ; et cela accroît d’autant plus le privilège du croyant. Sachant que c’est le premier don de grâce aux âmes jusqu’ici, - que c’est ce dont la communion avec le Père et le Fils dépend, - que c’est ce sur quoi et en quoi le Saint Esprit le Paraclet agit en puissance à chaque moment de notre vie chrétienne dont nous sommes conscients, - quelle perte immense, quelle erreur incalculable font tous ceux qui sont imbibés du poison, et tous ceux qui sous n’importe quel prétexte traitent légèrement cette question, ou ne s’en dissocient pas ou cherchent à l’excuser !

La traduction de ce verset 13 donnée ci-dessus est très proche de meilleur texte qu’on peut déterminer de ce que l’apôtre a écrit. Comme au v. 12, le Texte Reçu et la version autorisée anglaise sont malheureusement confus et induisent même en erreur. C’est pourtant aussi simple qu’important.

 

9.3   1 Jean 5:14-15

Nous arrivons maintenant à un autre point important pour la confiance et la hardiesse du cœur dans nos relations avec Dieu comme Ses enfants. Sans la conscience d’avoir la vie éternelle et la relation d’enfant, il serait impossible d’avoir cette confiance et cette hardiesse. Quant à ceux qui ne croient ni à la vie éternelle ni à la conscience de l’avoir comme étant des privilèges existant et goûtés présentement, il ne faut pas s’étonner qu’ils critiquent une pareille hardiesse comme étant tout à fait impropre. Comment peuvent-ils lire sérieusement ces versets, et bien d’autres dans le même sens, et ne pas apprendre que c’est ce que Dieu attend de Ses enfants, et qu’Il a donné de telles paroles écrites pour les encourager dans ce sens, et pour qu’ils jugent eux-mêmes tout ce qu’ils pourraient laisser comme obstacle sur le chemin ? C’est le principe majeur animant la prière du chrétien. Il devrait imprégner toutes nos requêtes. Cela ne veut pas dire que, quand la hardiesse confiante manque, on devrait suspendre la prière. Car nous ne devons pas oublier la parabole du Seigneur (Luc 18:1-8) exprimée aux disciples que eux (non pas les « hommes » comme dans la version autorisée anglaise) devraient toujours prier et ne pas se lasser. Prier autrement n’est pas l’esprit qui convient pour la prière du chrétien. Celui-ci devrait chercher sérieusement à ce que tout poids mort soit ôté, et qu’une sainte hardiesse lui soit donnée. Le fait même d’avoir la vie divine et la rédemption, aussi bien que la relation la plus étroite possible avec Dieu au milieu d’un monde d’incrédulité (qui n’a aucune part réelle à aucun de ces privilèges, et qui pourtant se trompe lui-même en pensant que la position religieuse est assurée collectivement, si ce n’est individuellement) crée constamment une foule de dangers, de difficultés et de manques pour nous-mêmes et pour nos frères. La ressource est la prière que Dieu encourage, même si ce n’est pas toujours la prière de la foi, et trop souvent de la pure perplexité. Si notre œil était simple, nous prierions plus librement par le Saint Esprit ; mais nous pouvons toujours nous encourager nous-mêmes à crier à Lui comme notre Père, qui nous a aimé quand il n’y avait rien d’aimable, et qui nous aime maintenant comme Ses enfants revêtus de la plus belle robe, déjà comme chrétiens ici-bas dans ce monde. S’il nous avait été laissé le choix des preuves les plus fortes de Son amour envers nous, qu’aurions-nous pu demander de comparable à ce que Sa parole assurée déclare qu’Il nous a donné en Christ ?

Demeurant donc dans l’amour, demeurons en Dieu, et Dieu en nous. Par Sa grâce, ceci chassera les obstacles petits ou grands, et nous donnera d’avoir hardiesse par l’amour qui est immuable au milieu de tous les changements. Dieu se plait dans cette hardiesse qui compte sur Ses soins pour nous au milieu de nos épreuves, de notre faiblesse, de nos besoins, dans la peine qu’apporte la maladie, dans les circonstances douloureuses, dans toutes les voies par lesquelles nous sommes mis à l’épreuve de jour en jour. Quel doit être alors notre sentiment ? Avons-nous la hardiesse de la foi dans nos relations présentes avec Dieu, et comptons-nous sur Lui par la grâce qui nous a délivrés de la mort et des péchés, et qui nous a donné la vie et le Saint Esprit ? Sommes-nous tremblants et dans le doute dans les petits troubles de cette vie ? N’est-ce pas indigne, et une étrange inconséquence ? Si nous avons de la hardiesse en rapport avec les meilleures bénédictions, n’ayons pas moins de hardiesse sur ces choses moindres de la vie journalière. Ne doutons pas que Celui qui nous aime entre dans tout ce qui est permis ou envoyé pour nous éprouver. Voici les paroles : « c’est ici la hardiesse [JND : confiance] que nous avons en Lui, que si nous demandons quelque chose selon Sa volonté Il nous écoute » (5:14). Sûrement nous devrions avoir honte de demander quelque chose contre Sa volonté. Sa Parole nous fait savoir ce qui est Sa volonté, et ce qui ne l’est pas. Mais il y a plus : « et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous avons les demandes que nous lui avons demandées » (5:15). Oh ! ne doutons pas de Lui dans ces épreuves relativement petites, après qu’Il ait prouvé Son amour infini dans les plus profondes nécessités qui pouvaient être ! Quelle preuve nous en avons par le ch.4 selon lequel, en Christ, rien n’est trop grand pour l’homme, et dans ces versets du ch. 5 selon lesquels rien n’est trop petit pour l’amour de Dieu ! Combien nous oublions facilement d’agir au moment où il pourrait y avoir une réponse, et ensuite les appels arrivent quand ce n’est plus possible ! La prière est due à notre Dieu, et une riche bénédiction pour nous et pour les autres. Mais s’il n’y a pas la hardiesse qui honore l’amour de Dieu pour nous, la prière n’est pas comme elle devrait être.

Sachant que nous sommes Ses enfants, et que nous avons la vie et la rédemption, jugeons tout ce qui fait obstruction. Malgré le péché et Satan, nous avons déjà maintenant ces privilèges incomparables, les précurseurs de la gloire éternelle, et mieux que tout, nous avons le Fils et le Père et le Saint Esprit. Nous sommes bénis avec Celui qui bénit. Les croyants qui diffèrent cette bénédiction jusqu’au jour de gloire peuvent avoir raison quant à ce jour-là, mais ils ont entièrement tort d’exclure leur propre joie jusqu’à ce moment-là. C’est maintenant le temps où nous avons besoin de ces bénédictions : elles sont spécialement nécessaires au mauvais jour, à la fois pour la gloire de Dieu et pour Ses enfants. Quand le jour de gloire sera là, il n’y aura besoin d’aucune exhortation à la hardiesse dans la prière, car tous feront monter la louange. Il y a un urgent besoin pour de telles prières maintenant dans ce monde avec ses difficultés et ses dangers ; en outre c’est le jour de la plus riche bénédiction pour le chrétien quand nous connaissons que Christ est dans le Père, nous en Lui et Lui en nous. C’est donc juste le temps opportun pour cette hardiesse pratique qui demande à Dieu tout et n’importe quoi qui soit selon Sa volonté : ce qui ne le serait pas, nous ne devrions même pas le souhaiter. Et nous savons qu’Il nous entend. Quel tort d’en douter ! Dieu n’a-t-Il pas prouvé son amour parfait et constant à notre égard ? Il peut trouver bon de nous éprouver par une épreuve sévère. Il peut faire perdre au chrétien (qui peut-être se préoccupe de l’argent plus qu’il ne faudrait) ses moindres centimes dans un monde où chaque centime est utile. Il peut ne pas savoir d’où viendra son prochain petit-déjeuner. Mais va-t-il douter de Dieu après tout ce qu’il connaît de Sa bonté et de Sa sagesse, aussi bien que de sa propre folie ? Il va Lui demander de faire comme Il veut, assuré qu’Il l’écoute, et que nous avons les demandes que nous lui avons demandées.

Je me rappelle, il y a peut-être un demi-siècle, un ex-membre du clergé, pieux, qui était interrogé en pleine rue par un ami sur la manière dont il vivait, lui et sa famille. Sa réponse était qu’il ne pouvait pas bien dire comment, et que pourtant ils étaient bien vivants par la grâce de Dieu. Voilà qu’à ce moment-là le facteur arrive sans un mot, juste un billet de banque, et l’ex-membre du clergé le montre alors à celui qui l’interrogeait, y ajoutant la remarque suivante : « ceci vous dira peut-être comment je vis ». Notre Dieu est un Dieu vivant, et Il répond à la foi comme Il le juge approprié, quelles que soient les circonstances. Une lourde épreuve est un honneur pour le chrétien maintenant, comme autrefois pour Abraham. Certains peuvent n’être guère éprouvés dans leur foi par le Seigneur, parce qu’ils sont faibles en foi et ne peuvent pas supporter davantage. Mais celui qui est fort dans le Seigneur est sûr d’être mis à l’épreuve, pour sa bénédiction. « Il ne retire pas Ses yeux de dessus le juste » (Job 36:7). Or nous sommes environnés de besoins, de misères et de douleurs. Nous n’avons pas à être centrés sur nous-mêmes avec un sentiment aigu de nos propres épreuves, en restant sourd aux épreuves des autres. Nous connaissons plusieurs qui sont dans la même relation de grâce et qui souffrent sévèrement d’une manière ou d’une autre. Ne dois-je pas demander de tout cœur comme pour moi-même, et ne dois-je pas agir comme il convient à un frère en Christ ?

Mais la confiance hardie en Dieu en accord pratique avec Son amour est absolument pour chacun. En accord avec cela, nous apprenons à nous défier de notre propre volonté, et à ne demander que ce que nous savons être selon Sa volonté. Quel en est le résultat ? « Il nous écoute ». C’est un privilège (et nous sommes même pressés de le faire) de demander en confiance en Celui qui aime et qui sait tout, et nous sommes enseignés à compter sur Sa réponse de grâce. Et si nous savons qu’Il nous écoute (ce n’est pas une connaissance objective, mais une connaissance intérieure et consciente), quoi que ce soit que nous demandions, nous savons (il s’agit de la même connaissance intérieure) que nous avons les demandes que nous Lui avons demandées. Qu’est-ce qui pourrait mieux encourager la hardiesse du croyant ? Ce peut ne pas être notre pensée, mais Sa réponse d’une manière plus sage, plus profonde et plus intime.

Tout est fondé sur l’amour de Dieu qui a donné Christ pour nous comme pécheurs, et à nous comme saints, avec le Saint Esprit pour nous le faire éprouver dans nos cœurs et dans nos voies. Mais si Dieu nous encourage à demander avec hardiesse, nous sommes constamment exposés à manquer de demander selon Sa volonté, à moins que nous croissions dans la connaissance de Sa Parole. C’est là que réside la valeur pratique de cultiver une compréhension spirituelle plus profonde de l’Écriture. Dieu exalte Sa Parole au-dessus de tout son nom (Ps. 138:2) ; c’est aussi ce qu’ont fait le Seigneur et les apôtres, et c’est ce qu’il nous faut faire. Quel misérable rendu pour Son amour, et pour l’abondance de vérité dans l’Écriture et pour le don du Saint Esprit qui nous a été fait et qui a inspiré les écrivains de l’Écriture, quand on ne fait cas guère que du salut personnel, et qu’on s’en tient à la famine spirituelle, restant aveugle aux richesses de grâce sans fin qui nous sont révélées !

 

9.4   1 Jean 5:16-17

Aux versets 16 et 17, l’apôtre aborde le cas délicat où l’on peut bien faire ou ne pas bien faire en demandant à Dieu. « Si quelqu’un voit son frère pécher d’un péché qui ne soit pas à la mort, il demandera [pour lui] ; et Il lui donnera la vie, [savoir] à ceux qui ne pèchent pas à la mort. Il y a du péché à la mort : pour cela, je ne dis pas qu’il demande. Toute injustice est péché, et il y a du péché qui n’est pas à la mort » (1 Jean 5:16-17).

Ce passage a souvent suscité des difficultés à cause des idées préconçues qu’y mettent ceux qui oublient que le gouvernement moral reste toujours en vigueur pour les croyants. C’est une question discutée dans le livre de Job, où ses trois amis ont manqué si visiblement. Le Nouveau Testament le fait ressortir clairement : voyez entre autres Jean 15:1-10 et 1 Cor. 11:27-32 et Héb. 12:5-11 et 1 Pierre 1:17. Et c’est aussi le cas ici. Il n’est pas question de seconde mort, mais d’un saint qui est retranché de ce monde pour un péché ayant un caractère tel, ou commis dans des circonstances telles que Dieu le châtie par la mort. Ce peut-être comme autrefois, le retranchement de saints auparavant en grand honneur, comme Moïse et Aaron qui causèrent un grand déplaisir à l’Éternel à Kadesh (Nomb. 20) ou son exécution immédiate comme sur Ananias et Saphira en Actes 5. Le principe en est expliqué par l’apôtre aux saints de Corinthe, dont beaucoup étaient non seulement faibles et malades, mais un assez grand nombre s’était endormi. « Mais si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés [comme tous ceux-ci furent jugés à divers degrés]. Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde » (1 Cor. 11:31-32). Il s’agissait alors de péché à la mort, c’est-à-dire du châtiment du Seigneur sur des saints égarés dans le but formel qu’ils ne soient pas condamnés à la seconde mort comme le monde.

Ce serait donc tout à fait mal comprendre la pensée du Seigneur que de prier pour que la vie d’un frère soit prolongée quand il a péché au point que le Seigneur prévoit pour lui la mort à titre de châtiment. Le monde qui ne fait que pécher et qui refuse le Sauveur est réservé pour le châtiment terrible de la seconde mort, le jugement éternel. Introduire ceci dans ces versets ne fait que jeter de la confusion sur l’intelligence spirituelle. Mais d’un autre côté, ces versets soulignent la manière pleine de grâce par laquelle Dieu daigne maintenir notre hardiesse libre et sans faille, tout en nous préservant de l’erreur qui pourrait nous atteindre.

Un mensonge est un grand péché, particulièrement chez un chrétien. Mais depuis les jours d’autrefois, il est arrivé trop souvent sans qu’il soit suivi de la mort. L’Esprit qui venait d’être donné, la grande grâce qui était sur eux tous (Actes 4:33), et la puissance remarquable qui prévalait, tout cela a fait que le mensonge d’Ananias et Saphira a eu un caractère spécialement mauvais aux yeux de Dieu. L’hypocrisie jointe à un pacte délibéré conclu par le couple, chacun niant l’accusation solennelle de Pierre à son égard, tout cela a aggravé le cas jusqu’à en faire un cas manifeste de péché à la mort. Car la bénédiction merveilleuse que Dieu venait de donner en l’honneur de Son Fils rendait le mensonge d’autant plus intolérable. Combien il était alors odieux de prétendre à un degré de dévouement qui était entièrement faux ! Tel était aussi le cas à Corinthe : ils profanaient la Cène par leur mauvaise conduite.

Ceci rappelle un cas frappant que j’ai connu il y a des années. Un frère qui paraissait fort dans sa santé fut subitement mis de côté ; j’allai le voir. En tant que médecin, il était probablement meilleur juge que les autres. Mais il me dit calmement, avec gravité, et une gravité sentie, qu’il allait mourir. Il n’y avait aucune manifestation de maladie, et on ne pouvait pas dire ce qu’il avait ; mais lui était certain que son dernier moment sur la terre était venu, et il ajouta : « j’ai péché d’un péché à la mort », et il me dit ce dont il s’agissait. Il ne souhaitait plus vivre, ni prier ni me demander de prier pour cela. Il se courbait devant le châtiment du Seigneur, peiné seulement du péché qui l’avait provoqué, et tout à fait heureux de déloger pour être avec Lui. Là-dessus, il s’endormit. Il reconnaissait la main juste du Seigneur, et mourut en l’acceptant sans aucune réticence.

Sans doute, c’est une voie solennelle du Seigneur, mais il n’y a aucune raison de confiner le péché à la mort à une époque particulière.

Qu’est-ce qui fait la grande différence ? Non pas l’énormité du péché, mais le fait qu’il soit commis dans des circonstances qui le rendent grossier aux yeux de Dieu ; cela devient une question d’intelligence spirituelle si la personne elle-même (le sujet) ne désire pas qu’on prie pour elle et n’a plus de désir de vivre. Dans le cas que j’ai mentionné, il savait que ce n’était pas bien de prier pour lui. Je ne me rappelle pas qu’on ait prié pour lui, et effectivement il mourut rapidement. Ordinairement, la prière est justement ce que nous devons faire. Nos affections s’épanchent envers une personne malade. Nous aimons à penser qu’elle va rester avec nous un peu plus longtemps. Nous nous réjouissons de savoir qu’elle a le caractère chrétien, d’entendre dire que sa foi est éprouvée d’une manière ou d’une autre, et de voir sa patience dans l’épreuve. C’est pourquoi nous avons besoin d’être corrigé pour agir autrement en cas de péché à la mort.

« Il y a du péché à la mort » plutôt qu’« un péché ». « Toute injustice est péché ». Tout acte inconséquent avec notre nouvelle relation est péché. Nous sommes laissés ici pour faire la volonté de Dieu. Mais un acte devient péché à la mort seulement quand il est aggravé par des circonstances spéciales qui en font un affront fait à Dieu en public ou en privé. Ce n’est pas le cas ordinaire.

 

9.5   1 Jean 5:18-21

Les versets 18 à 21 forment une conclusion digne de l’épître. Dans ces temps du commencement où certains qui avaient semblé bien commencer à marcher, démontraient leur absence de foi et de vie en abandonnant Christ au profit de la connaissance (gnosis) faussement ainsi nommée, et finissaient par être hostiles au Père et au Fils, l’apôtre se met du côté des croyants que la grâce rend capables de dire « nous savons » (οιδαμεν). Ils avaient une connaissance intérieure bien qu’ils l’aient appris initialement de l’extérieur. Pour les autres qui n’étaient pas nés de Dieu, la connaissance n’était jamais devenue une conscience incrustée dans l’esprit, contrairement à ce qui est le cas chez tous les enfants de Dieu. Ces derniers n’ont aucune estime ni de désir pour cette connaissance externe qui séduit et enchante l’homme naturel. Les autres étaient simplement des gnostiques, et leur gloire était dans ce qui est réellement une honte (Phil. 3:19), comme les fables et la philosophie, qui caractérisaient non seulement les antichrists, mais aussi les premiers pères de l’église, comme Clément d’Alexandrie et d’autres semblables. Mais il n’en est pas ainsi pour les vrais disciples qui trouvent en Christ (vu sur la terre, ou bien dans les cieux où apparaît « le mystère » selon les épîtres de Paul) tous les trésors autrefois cachés de la sagesse et de la connaissance divines (voir Col. 2:3). Et dans cette recherche, ils ont le Saint Esprit pour les guider dans toute la vérité, la vérité ancienne mais toujours nouvelle, et toujours fraîche comme aucune connaissance terrestre ne peut l’être ; car le Saint Esprit est le seul à recevoir ce qui est de Christ et à nous le communiquer, comme c’est maintenant dans la Parole écrite (Jean 16:14).

 

9.5.1       1 Jean 5:18

« Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas, mais celui qui est né de Dieu se conserve lui-même, et le méchant ne le touche pas » (5:18). Il s’agit ici de la connaissance consciente opérée divinement pour tout individu, et que le chrétien tient à coeur immédiatement et profondément pour la garder brillante dans son coeur. Dans la forme, c’est une déclaration d’ordre général et abstrait, et rien de plus ; cependant la foi peut y entrer et l’appliquer. Il y a une nuance qui différencie les expressions « né de Dieu » de la première proposition et de la seconde, bien qu’il s’agisse dans les deux cas de la même personne, le chrétien. La première est l’effet continu d’être ainsi né, la seconde c’est simplement le fait lui-même sans idée de continuité. Si le péché était quelque chose de peu d’importance aux yeux des gnostiques (ils l’ignoraient ou l’acceptaient comme une nécessité déplaisante — il y avait d’assez grandes différences entre eux), c’est une chose grave pour les enfants de Dieu, comme elle l’est pour Dieu. Leur dire solennellement que celui qui est né de Dieu ne pèche pas, et que le méchant ne le touche pas, c’était à la fois une consolation et un avertissement. Car la Parole de Dieu est vivante et opérante, comme aucune autre parole ; et le Saint Esprit habite dans chaque chrétien pour lui donner de la puissance. La communion et la marche, le service et l’adoration, remplissent la vie ici-bas.

 

9.5.2       1 Jean 5:19

« Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier gît dans le méchant » (5:19). Il n’y a rien d’indéfini ici, ni aucune atténuation du contraste absolu tracé fermement et sans hésitation entre nous, la famille de Dieu d’un côté, et le monde entier de l’autre côté, avec son terrible assujettissement au méchant. C’est la même conscience intérieure qui fait connaître au chrétien à la fois que son nouvel être a sa source en Dieu Lui-même, et que le monde entier gît sous la puissance du méchant. Quoi de plus net de chaque côté ? Dieu, la source de tout, d’un côté ; l’assujettissement complet à Satan de l’autre. Ce n’est pas l’église par contraste avec les Juifs et les Gentils et subissant leur opposition, ni l’église à laquelle les Juifs et les Gentils s’opposent ; mais « nous sommes de Dieu » dans notre conscience, et le monde entier est inconsciemment asservi au méchant, comme nous ne le savons que trop bien. Il appartient à la vie nouvelle de réaliser, de s’approprier par la foi les bénédictions connues, ce qui est la volonté de Dieu.

 

9.5.3       1 Jean 5:20

« Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence [ou : compréhension] afin que nous connaissions le Véritable, et nous sommes dans le Véritable, [savoir] dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (5:20). L’objet de la foi connu consciemment, du fait qu’il est déjà venu, est aussi important que la nouvelle nature et sa source divine ; ici il est déclaré qu’il est à nous pleinement. Nous avons ici la même connaissance intérieure que plus haut ; « nous savons que le Fils de Dieu est venu » en contraste manifeste avec les Juifs qui attendent un autre qui doit venir (Jean 5:43), entièrement inférieur à tous égards ; et en contraste avec les Gentils qui sont encore plus ignorant, si l’on peut dire, car ils ne connaissent pas Dieu et adorent des démons. Mais Lui, le Fils de Dieu, qui a donné l’existence à toutes choses, est devenu homme dans Son amour infini, non seulement pour nous donner la vie éternelle, mais pour se livrer Lui-même à la mort expiatoire pour nos péchés, selon le témoignage rendu ailleurs. C’était grand de parler pour tirer le monde du néant, c’était plus grand de racheter. Mais ici il est dit qu’Il est venu pour nous donner une intelligence afin que nous connaissions le Véritable, le Dieu véritable. Car Lui seul était capable d’être l’image parfaite du Dieu invisible dans un monde de ténèbres et de honte et d’ombres, avec des puissances du mal par derrière pour donner de la couleur à la fausseté, et pour aveugler les hommes contre la vérité. Sa personne n’est pas une idée (comme les trompeurs se plaisent à Le concevoir), mais c’est une personne divine réelle, la vie éternelle comme un fait vivant, sur laquelle est basée la vérité profonde, élevée et sainte connue en Christ, dont l’église est le témoignage collectif et responsable — défaillante déjà en ce temps-là, et combien plus depuis. Mais il y a une ressource pour la foi dans le jour le plus sombre, et cette épître joue un grand rôle en la signalant plus clairement et plus pleinement que jamais, avec une divine autorité en Jésus Christ, Lui qui est le même hier, aujourd’hui et éternellement, pour le croyant individuellement comme aussi en Lui-même.

Ce privilège immuable est exprimé brièvement mais puissamment : « et nous sommes dans le Véritable, [savoir] dans son Fils Jésus Christ » (5:20). C’est ainsi qu’est expliquée la manière pour nous d’être dans la sécurité infaillible du vrai Dieu : c’est d’être dans Son Fils ; or nous savions ceci déjà d’après Ses propres paroles en Jean 14:20 : « en ce jour-là, vous connaîtrez que Je suis en Mon Père et vous en Moi et Moi en vous » — non seulement être en Lui, mais connaître ceci [que Je suis en Mon Père et vous en Moi et Moi en vous] et tout le reste de ce qui déclaré ici [en 1 Jean 5]. Ce jour-là, c’est le jour de maintenant. Pouvait-il être fait davantage que de nous donner une nature divine en Christ, et de nous donner de demeurer en Dieu par le Saint Esprit habitant en nous ? cela est d’autant plus frappant que ceux qui, contents ou mécontents, poursuivent leur course avec une chrétienté mondaine, ne semblent jamais avoir même la simple notion des privilèges que tous les enfants de Dieu sont censés réaliser et vivre. Quelle richesse de sens et quelle plénitude de bénédiction il y a dans les versets de la fin de ce paragraphe ! « Lui [Jésus Christ Son Fils] est le Dieu véritable et la vie éternelle » (5:20). Lui de qui nous sommes, et en qui nous sommes, Il est Le Véritable, par opposition à tous les faux dieux, ou à la fausseté de ne pas avoir Dieu ; en fait, Dieu est inconnu sauf dans Son Fils Jésus Christ, car Dieu veut être connu à travers Lui seul, Lui qui a tout abandonné pour faire que nous soyons en Lui, et pour nous en rendre capables en nous donnant Sa nature. Lui est le Dieu Véritable ; et Il est aussi la vie éternelle, sans laquelle, maintenant qu’elle nous est donnée, nous ne pourrions connaître ni le Père ni Celui que le Père a envoyé. En Christ ressuscité nous avons le plein caractère de cette vie pour nos âmes maintenant ; lors de la résurrection ou du changement [ou : transmutation] à Sa venue, nous l’aurons pour nos corps.

 

9.5.4       1 Jean 5:21

Un avertissement bref et solennel est joint à la vérité et à la grâce qui nous sont ainsi présentées de manière si frappante : « Chers enfants, gardez-vous des idoles » (5:21). Tout objet en dehors de Christ, que le cœur de l’homme met en place pour s’y attacher, Satan en fait une idole. Aujourd’hui, elle peut ne pas être en or ou en argent, en pierre ou en bois, mais de nature plus subtile. Pourtant le jour approche rapidement où la masse des Juifs, aussi improbable que cela paraisse, retournera à leur ancien péché, et pareillement la chrétienté, y compris là où elle s’est vantée de son protestantisme et de sa haine invincible pour l’idolâtrie romaine. Elles se mélangeront pareillement dans l’apostasie à venir, et comme toutes les deux adoreront l’homme de péché, l’antichrist quand il s’assiéra au temple de Dieu, se disant être Dieu, elles seront jetées dans la perdition avec son grand allié politique, la bête romaine de ce temps-là. Le Seigneur est proche.