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2 Pierre

 

William  Kelly [entre crochets : ajouts de Bibliquest]

 

Cet écrit, comme souvent ceux de W.Kelly, sont un peu difficiles à lire, notamment par la longueur des phrases et des expressions. Le traducteur a souvent laissé subsister ces défauts, ne voulant pas tronquer la pensée de l’auteur. — Le terme « église » a été en général laissé comme l’auteur utilise « church » en anglais, mais il ne faut pas y voir un sens distinct de celui du mot « assemblée » utilisé dans la version Darby de la Bible.

 

Original en 1906 — Traduction d’après l’édition de 1923 de C.A. Hammond

Table des matières sommaire :

1       Préface

2       Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

3       2 Pierre 1

 

Table des matières abrégée : (Table détaillée)

1       Préface

2       Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

2.1         [Des doutes émis]

2.2         [Le nom de Siméon]

2.3         [Prendre du temps pour que la suspicion disparaisse ? y a-t-il un devoir de douter ?]

2.4         [On ne juge pas l’Écriture, c’est elle qui juge l’homme]

2.5         [Caractère tardif des objections]

2.6         [La vigueur du langage de l’épître se retrouve chez Pierre dans le livre des Actes]

2.7         [Condensé du ch. 1]

2.8         [Condensé du ch. 2]

2.9         [Condensé du ch. 3]

2.10       [Caractères communs aux deux épîtres de Pierre, et leur unité]

2.11       [Parole de Dieu adressée à une partie des fidèles]

2.12       [Écrits reçus comme venant de Dieu]

2.13       [La seconde épître est une suite appropriée à la première]

2.14       [Comparaison des origines de l’épître aux Hébreux et de la seconde de Pierre]

2.15       [Raisons conclusives montrant que les doutes ne sont pas fondés]

3       2 Pierre 1

3.1         [Ch. 1:1]

3.2         [Ch. 1:2 — la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur]

3.3         [Ch. 1:3]

3.4         [Ch. 1:4]

3.5         [Ch. 1:5-7]

3.6         [Ch. 1:8-9]

3.7         [Ch. 1:10,11]

3.8         [Ch. 1:12 — Je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours]

3.9         [Ch. 1:13-14]

3.10       [Ch. 1:15]

3.11       [Ch. 1:16]

3.12       [Ch. 1:17]

3.13       [Ch. 1:18]

3.14       [Ch. 1:19]

3.15       [Ch. 1:20-21]

 

 

Table des matières détaillée :

1       Préface

2       Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

2.1         [Des doutes émis]

2.2         [Le nom de Siméon]

2.3         [Prendre du temps pour que la suspicion disparaisse ? y a-t-il un devoir de douter ?]

2.4         [On ne juge pas l’Écriture, c’est elle qui juge l’homme]

2.5         [Caractère tardif des objections]

2.6         [La vigueur du langage de l’épître se retrouve chez Pierre dans le livre des Actes]

2.7         [Condensé du ch. 1]

2.8         [Condensé du ch. 2]

2.9         [Condensé du ch. 3]

2.10       [Caractères communs aux deux épîtres de Pierre, et leur unité]

2.11       [Parole de Dieu adressée à une partie des fidèles]

2.12       [Écrits reçus comme venant de Dieu]

2.13       [La seconde épître est une suite appropriée à la première]

2.14       [Comparaison des origines de l’épître aux Hébreux et de la seconde de Pierre]

2.14.1          [Doutes initiés par Jérôme et Novatien sur l’épître aux Hébreux]

2.14.2          [Pierre fait allusion à l’épître aux Hébreux]

2.14.3          [Hésitations de Calvin]

2.14.4          [Les doutes suscités par des parti-pris]

2.15       [Raisons conclusives montrant que les doutes ne sont pas fondés]

3       2 Pierre 1

3.1         [Ch. 1:1]

3.1.1       [Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ — Le titre d’esclave]

3.1.2       [Caractéristique des destinataires]

3.1.3       [Une foi de pareil prix]

3.1.4       [La foi par la justice]

3.2         [Ch. 1:2 — la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur]

3.3         [Ch. 1:3]

3.3.1       [Sa puissance divine nous a donné tout…]

3.3.2       [… tout ce qui regarde la vie et la piété]

3.3.3       [par la connaissance de Celui…]

3.3.4       [qui nous a appelés par sa propre gloire et son excellence » (version Darby : par la gloire et par la vertu)]

3.4         [Ch. 1:4]

3.4.1       [Les très grandes et précieuses promesses]

3.4.2       [Participer à la nature divine. La vie éternelle. Ce qu’en disent les apôtres Jean, Paul et Pierre]

3.4.3       [Ayant échappé à la corruption]

3.4.4       [Lien entre les diverses expressions ou vérités des versets 1 à 4]

3.5         [Ch. 1:5-7]

3.5.1       [pour cette même raison… : appel à la diligence ou empressement]

3.5.2       [joindre la vertu]

3.5.3       [joindre la connaissance]

3.5.4       [joindre la tempérance]

3.5.5       [joindre l’endurance, ou patience]

3.5.6       [joindre la piété]

3.5.7       [joindre l’affection fraternelle]

3.5.8       [joindre l’amour]

3.5.9       [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon Calvin]

3.5.10          [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon l’apôtre Paul]

3.5.11          [élévation de l’amour selon Dieu — quelques citations de l’apôtre Jean]

3.6         [Ch. 1:8-9]

3.6.1       [1:8a — si ces choses sont en vous]

3.6.2       [1:8a — et y abondent]

3.6.3       [1:8b — elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles]

3.6.4       [1:8b — pas oisifs ni stériles pour ce qui regardent la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ]

3.6.5       [1:9a — celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle]

3.6.6       [1:9b — et ne voit pas loin (est myope)]

3.6.7       [1:9c — ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois]

3.7         [Ch. 1:10,11]

3.7.1       [1:10 — Étudiez-vous à…]

3.7.2       [1:10a — L’ordre des termes, l’appel puis l’élection]

3.7.3       [1:10a — Affermir l’appel et l’élection]

3.7.4       [1:10b — Vous ne faillirez jamais]

3.7.5       [1:11 — l’entrée dans le royaume éternel]

3.8         [Ch. 1:12 — Je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours]

3.8.1       [Importance de la Parole écrite]

3.8.2       [« Correction inspirée » dans le cas des Galates]

3.8.3       [« Correction inspirée » dans le cas des Corinthiens]

3.8.4       [« Correction inspirée » dans les autres épitres]

3.8.5       [Les nouvelles écritures (NT) et leur puissance, une ressource (nourriture et protection) et une norme permanentes]

3.8.6       [Les attaques contre les Écritures]

3.8.7       [Nécessité des rappels insistants de l’apôtre. Réinculquer la « vérité présente »]

3.8.8       [Négliger la vérité présente]

3.9         [Ch. 1:13-14]

3.9.1       [La vérité présente, son importance par rapport aux révélations précédentes]

3.9.2       [La tradition ne fait pas autorité, elle n’est que paroles d’hommes]

3.9.3       [Valeur de la Parole inspirée]

3.9.4       [La Parole de Dieu écrite est complète]

3.9.5       [Souvenir de la réprimande de Pierre par Paul — Encore contre la tradition]

3.10       [Ch. 1:15]

3.10.1          [Témoignages écrits, témoignages oraux — Témoignages rendus à Christ]

3.10.2          [Une nouvelle Écriture qui n’est pas la tradition : le Nouveau Testament]

3.10.3          [Les Écritures comme sauvegarde contre ceux qui résistent à la vérité]

3.10.4          [Les faiblesses des écrivains des écritures inspirées ne nuisent pas. Perfection de l’Écriture]

3.10.5          [« Toute écriture ». Pas d’erreurs partielles]

3.10.6          [Les ministères œuvrent sur la base de l’Écriture inspirée]

3.10.7          [L’esprit de l’homme tend à remplacer le Saint Esprit. La ressource reste l’Écriture. Naissance du clergé]

3.10.8          [Immense propagation de l’erreur dans les dernières décennies]

3.11       [Ch. 1:16]

3.11.1          [Une vision propre à Pierre et aux évangiles synoptiques]

3.11.2          [Raison de l’absence du « Écoutez-Le »]

3.11.3          [Une vision de la gloire, mais la gloire ne vient qu’après les souffrances]

3.11.4          [Un échantillon du royaume à venir, pas de l’éternité]

3.11.5          [Le royaume dans le plan de Dieu]

3.11.6          [Nous vous avons fait connaître la puissance et la venue…]

3.11.7          [Ce n’est pas la puissance de l’évangile]

3.11.8          [Absence des anges dans la vision]

3.12       [Ch. 1:17]

3.12.1          [Au milieu de ce temps d’humiliation, il y avait besoin de donner l’assurance de l’exaltation future]

3.12.2          [La mort du Seigneur, sujet des entretiens sur la montagne de la Transfiguration]

3.12.3          [L’inspiration de chaque auteur dans l’Écriture lui est spécifique et correspond à un dessein spécifique]

3.12.4          [Ce qui constituait le plaisir du Père]

3.12.5          [Omission de « Écoutez-Le »]

3.13       [Ch. 1:18]

3.13.1          [Une scène merveilleuse, une voix venue du ciel]

3.13.2          [La voix du Père au baptême de Jean]

3.13.3          [La voix du Père à la Transfiguration. Différences d’avec les évangiles et entre évangiles]

3.14       [Ch. 1:19]

3.14.1          [La Transfiguration est une brève confirmation de la Parole prophétique au moment où le rejet de Christ va culminer dans Sa mort]

3.14.2          [Spécificité de la parenthèse de l’Église]

3.14.3          [Esquisse de la prophétie jusqu’au règne de Christ en Sion centre des royaumes du monde]

3.14.4          [La Parole prophétique ne décrit pas l’état chrétien sur la terre. Danger de la spiritualiser]

3.14.5          [Lumière de la prophétie, lumière de la vérité céleste]

3.14.6          [Le jour et l’étoile du matin]

3.15       [Ch. 1:20-21]

3.15.1          [La Parole prophétique : Dieu parle avec certitude de l’avenir à un monde en confusion]

3.15.2          [1:20 — Sens de « sa propre » interprétation : cela se rapportent à la « prophétie » — Des erreurs de traduction]

3.15.3          [1:20 — Sens de l’expression « prophétie de l’Écriture » : l’annonce du royaume pour la gloire de Christ]

3.15.4          [1:20 — Jonas parlait de Christ, ce n’est pas une prophétie particulière]

3.15.5          [Ch. 1:21]

3.15.6          [1:21 — Défi lancé aux pronostiqueurs. Cohérence incomparable des instruments de Dieu dans la prophétie]

3.15.7          [1:21 — Réconciliation de toutes choses]

3.15.8          [1:21 — L’Esprit annonce les gloires à venir de Christ, tandis que l’incrédulité, opposée à l’œuvre de la grâce, ouvre la voie à l’apostasie]

 

 

 

 

1         Préface

On remarquera que cet exposé sur la deuxième épître de Pierre ne va pas plus loin que le v.7  du ch. 3 qui sert de conclusion ; c’est là qu’en était l’auteur lorsqu’il a été appelé dans le repos.

Il aurait été facile d’ajouter quelques commentaires sur les versets restant de cette épître à partir des autres écrits de l’auteur, cependant ils n’auraient pas eu le même niveau de détails que ce qui est présenté ici. Il a été jugé préférable de publier ce petit livre en l’état, avec le désir sincère que le Seigneur veuille user de grâce et le bénir pour le rafraichissement et l’édification du lecteur, à qui l’auteur, bien que mort, parle encore (Héb. 11:4).

 

2         Introduction [au sujet de l’authenticité de l’épître]

2.1        [Des doutes émis]

L’authenticité de la première épître n’a nécessité aucun commentaire. Elle semble n’avoir jamais été contestée dès l’origine. Il n’en a pas été de même pour la seconde. Eusèbe, qui est mort vers l’an 340, nous dit (H.E. III.25) que cette épître fait partie des Écritures controversées, mais reconnues par le plus grand nombre. Même s’il n’a pas osé la classer comme apocryphe (comme les épîtres de Jacques, Jude, 2 et 3 Jean et l’Apocalypse), il ne la compte néanmoins pas comme acceptée par tous, de manière indiscutable, comme les autres livres du Nouveau Testament.

 

2.2        [Le nom de Siméon]

Pourtant il apparait d’entrée que l’écrivain se désigne avec plus de précautions que pour la première épître : il se nomme « Siméon Pierre », nom et surnom, et non pas simplement « Pierre ». Ainsi, à la conférence de Jérusalem sur la question des Gentils, Jacques parle de lui (Actes 15:14) comme « Siméon » (forme araméenne de « Simon »), bien qu’il fût désigné historiquement comme « Pierre » juste avant (Actes 15:7). Un faussaire aurait soigneusement évité la moindre différence, même superficielle, entre les deux épitres ; il n’aurait jamais non plus imaginé qu’on puisse avoir davantage de soin pour attester avec précision que le Pierre qui ajoutait cette seconde épître était l’auteur de la première. Car Pierre était maintenant conduit, avec toute la sainte énergie et l’autorité apostolique, à dénoncer ceux qui corrompaient de plus en plus la profession chrétienne, à la fois les faux docteurs et les moqueurs marchant selon leurs propres convoitises, volontairement aveugles quant au jour du Seigneur, soit par incrédulité soit par matérialisme.

 

2.3        [Prendre du temps pour que la suspicion disparaisse ? y a-t-il un devoir de douter ?]

L’évêque Christ Wordsworth, maintenant décédé, défendait loyalement la vraie inspiration de cette épître ; cependant il chercha à remédier aux hésitations soulevées (au moins celles des troisième et quatrième siècles). Il plaida ceci : « du fait que les hérétiques ont très tôt fabriqué des écrits aux noms des apôtres, spécialement au nom de saint Pierre », il incombait aux églises chrétiennes d’être sur leur garde, et de ne recevoir aucun livre prétendument écrit par un apôtre et dicté par le Saint Esprit, avant d’être convaincues par des preuves irréfragables qu’il émanait bien des apôtres et était inspiré. « Un retard temporaire sur ce jugement n’est guère dommageable. Si l’épître était ce qu’elle prétendait être, à savoir une œuvre de l’apôtre St Pierre, alors elle ne manquerait pas d’être universellement reçue en tant que telle en son temps. Mais si elle n’était pas ce qu’elle prétendait être, alors l’hérésie pourrait s’infiltrer dans l’église sous l’habit vénérable d’un nom apostolique, et l’église pourrait être reconnue coupable de lire un faux comme étant parole de Dieu ; et alors la crédibilité et l’inspiration des autres livres, à savoir les quatre évangiles, les Actes des Apôtres et les treize épîtres de St Paul, qui avaient déjà été reçus par l’Église, seraient mises en doute et rendues suspectes ; le fondement de la foi risquerait d’être renversé. Il était donc du devoir de toutes les églises de prendre du temps pour réfléchir, avant de recevoir un livre quelconque comme étant un écrit d’apôtre : c’était leur devoir de douter ».

 

2.4        [On ne juge pas l’Écriture, c’est elle qui juge l’homme]

L’erreur ici est assez grave ; le docteur W. qui est un prélat sérieux et sincère (bien au-dessus de la tricherie), met à nu la laideur de cette erreur. Ce serait le devoir de toutes les églises de douter !! Combien l’évêque Wordsworth a besoin de peu de chose pour abandonner le terrain de la foi ! La tendance ecclésiastique l’a égaré. Ce n’est jamais un devoir, même pour le chrétien le plus simple, de douter de l’Écriture, mais il a seulement à la croire ; et s’il en est ainsi pour le chrétien individuel, que dire d’un devoir de douter de toutes les églises, ou même d’une seule église ? C’est suicidaire, et un déshonneur total pour Dieu qui a inspiré les Écritures, et une faute éhontée de la part de l’église. L’un des péchés les plus hautains du papisme est d’établir comme règle la prétention de l’église de pouvoir décider ce qui est l’Écriture. Conférer cette prérogative à l’église, ou à un concile œcuménique ou au pape, ne change guère les choses au fond. Quelle qu’en soit la forme, introduire une autorité autre que celle de Dieu est une trahison allant contre Sa gloire.

Quels que soient la position, les privilèges, les pouvoirs ou les responsabilités de l’homme, bien loin qu’il ait le devoir de juger la parole de Dieu, c’est elle qui juge l’homme. Pour l’homme, douter de la parole de Dieu, ou s’asseoir pour juger et se prononcer si c’est Sa Parole ou non, c’est un renversement de toute justice et de toute grâce, et on pourrait ajouter de toute décence. C’est mettre en péril les âmes, et c’est particulièrement incompatible avec le fait d’être chrétien ou d’être l’église, que de mettre en question ce que Dieu a écrit. Le Seigneur a décidé en faveur de l’autorité intrinsèque de Ses propres paroles, pour ne rien dire de Sa révérence immuable à l’égard de toute l’Écriture comme expression complète et définitive des pensées de Dieu : « Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles, a celui qui le juge ; la parole que j’ai dite, celle-là le jugera au dernier jour. Car moi, je n’ai pas parlé de moi-même ; mais le Père qui m’a envoyé, lui-même m’a commandé ce que je devais dire et comment j’avais à parler ; et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que moi je dis, je les dis comme le Père m’a dit » (Jean 12:48-50).

Le Saint Esprit n’est pas moins précis quand Il affirme le même principe en Héb. 4:12-13. « Car la parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a aucune créature qui soit cachée devant lui, mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire ». Quelles paroles faudrait-il pour refuser plus nettement l’hypothèse monstrueuse que l’église serait qualifiée pour accréditer l’Écriture, ou l’affirmation encore plus inconvenante qu’elle a un devoir d’en douter ?

 

2.5        [Caractère tardif des objections]

Aucune preuve de doute de l’authenticité de 2 Pierre n’a été soulevée au premier siècle. On en entend parler beaucoup plus tard au quatrième siècle, quand l’incrédulité et l’absence de spiritualité ont depuis longtemps prévalu, avec pour effet le déclin de la foi et la généralisation des doctrines étrangères (hétérodoxie) ; la mondanité ouverte et acceptée qui suivit leur donna une forte impulsion et une vaste diffusion. La mort de Pierre n’a pas plus invalidé sa seconde épître, que la mort de Paul ne l’a fait pour la seconde épître à Timothée. On n’a fait par là qu’imaginer des circonstances pour essayer d’expliquer une hésitation bien plus tardive et totalement sans fondement quant à notre épître. La supposition qu’on aurait commencé par un retard, puis qu’on se serait mis à collecter des preuves provenant de divers côtés avant que l’église prononce son verdict sur l’authenticité de l’épître, — tout cela n’est qu’une douce rêverie.

 

2.6        [La vigueur du langage de l’épître se retrouve chez Pierre dans le livre des Actes]

La seconde épître, comme la première, a trait avant tout à la vie quotidienne. Le fait qu’elle comporte moins de doctrine est naturel en raison de ce qu’elle a été ouvertement écrite comme une suite de la première épitre, et qu’elle était adressée aux mêmes personnes. Les deux épîtres sont exhortatives ; mais la seconde, contrairement à la première, prononce un avertissement solennel sur les maux de la fin, et elle dénonce très sévèrement les faux docteurs qui nient le Maître Souverain qui les a achetés (ch. 2). Ceux-ci font venir sur eux-mêmes une prompte destruction, et égarent beaucoup de gens par leurs actions dissolues, ce qui a pour effet de faire blasphémer la voie de la vérité. Et aussi par cupidité et à l’aide de paroles artificieuses, ils font du trafic avec les saints comme s’ils étaient de la marchandise. D’où l’importance donnée à ces énormités consternantes cachées sous le manteau, non seulement chez les chrétiens professants mais aussi chez les enseignants reconnus. Ceci a frappé, du moins tardivement, les observateurs superficiels et leur a paru si étrange qu’ils ont soulevé la question de la paternité de l’épître. Mais ils auraient dû reconnaître le même esprit chez Pierre dans l’épisode du début des Actes (Actes 8:18-24) avec le magicien Simon de Samarie. La ferveur d’amour qui caractérisait son évangélisation s’embrasa contre le caractère profane de ce baptisé qui pensait obtenir le don de Dieu avec de l’argent. Pour avertir les autres, et lui-même aussi, Pierre le désigna directement comme étant dans un fiel d’amertume et dans des liens d’iniquité. L’avancement et la propagation de la corruption débusqués maintenant par l’Esprit sont dénoncés en termes d’horreur encore plus énergiques ; le dernier chapitre expose la moquerie des infidèles sous une forme philosophique aux derniers jours.

 

2.7        [Condensé du ch. 1]

Après la salutation appropriée en 2 Pierre 1:1-2, l’apôtre présente le fondement de grâce de toutes choses pour la vie et la piété ; ce fondement se trouve dans ce qui a déjà été donné, jusqu’à devenir participant, non d’une nature humaine améliorée, mais d’une nature divine, — et le devenir par le moyen des très grandes et précieuses promesses, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise. Mais précisément pour cette raison, il y a besoin de faire preuve d’empressement (de diligence) pour affermir notre appel et notre élection (1:3-11). C’est ce qu’il leur montre en vue de son prochain départ ; et il le fait non par une quelconque allusion à une succession apostolique, mais en leur laissant la vérité, et en rappelant la merveilleuse vision qui lui a été accordée sur la sainte montagne, à lui et à deux autres témoins choisis ; c’était une vision de la puissance et de la venue de notre Seigneur ; elle a eu lieu aux jours de Sa chair, et ils ont entendu la voix du Père venant de la gloire magnifique : c’était une miniature divine du royaume, en confirmation de la parole prophétique, avec un échantillon d’une bénédiction et d’une espérance pour leur cœur allant plus loin [que cette parole prophétique] (1:12-21). Il explique qu’aucune prophétie ne se solutionne d’elle-même, mais elle forme plutôt un tout selon un dessein divin et une puissance divine qui convergent vers le royaume de Dieu en Christ.

 

2.8        [Condensé du ch. 2]

Ensuite au ch. 2, il y a la prédiction indignée de l’apôtre sur l’aboutissement impie, dont le germe était déjà à l’œuvre, et dont le jugement de la part de Dieu était certain et inéluctable. Cela complète la première épître. Cette première épître était occupée de ce que la souffrance des justes de la part d’un monde hostile tournait pour leur bien ; pareillement la seconde épître parle de la ruine qui doit tomber sur les faux docteurs corrupteurs qui ont hypocritement tourné en dérision la vérité et la justice. Le jugement sur les anges qui ont péché, celui sur les impies qui méprisaient Noé, et celui sur les villes impies et souillées de Sodome et Gomorrhe, sont présentés comme des précurseurs du châtiment qui attend ceux encore plus coupables qui suivent maintenant Balaam dans son iniquité. Malgré tous leurs orgueilleux discours de vanité, ils méprisaient la domination et étaient des esclaves de la corruption.

 

2.9        [Condensé du ch. 3]

Le ch. 3 fait le suivi jusqu’au bout du juste gouvernement de Dieu sur le monde, jusqu’à la dissolution du ciel et de la terre de maintenant, purgeant ainsi le monde de toutes les associations avec l’impiété, pour instaurer de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans lesquels la justice habite. L’apôtre ne se contente pas de dévoiler la destruction des corrompus, des cupides et des insubordonnés, mais aussi celle des sceptiques qui se reposent sur la stabilité des choses matérielles, qui aussi périront. Les saints qui croient en la promesse de Dieu, et s’attendent au déploiement terrifiant de la rétribution à venir, — l’apôtre voudrait qu’ils soient trouvés devant Lui en paix sans tache et irréprochables.

 

2.10   [Caractères communs aux deux épîtres de Pierre, et leur unité]

Ainsi, n’importe quel chrétien dépourvu de préjugés comprend clairement, même sans avoir la parole inspirée de Pierre pour le dire, que les deux épîtres proviennent de la même main, de la même pensée et du même cœur, dans la puissance du Saint Esprit : l’une a trait spécialement au gouvernement de Dieu dans le présent à l’égard des justes ; l’autre spécialement au gouvernement de Dieu dans le futur à l’égard des injustes. Ce n’est qu’ensemble qu’elles traitent complètement le grand sujet, et ceci dans le style du grand apôtre de la circoncision ; ce style est totalement différent de celui de Jacques, de Jean et de Paul, tandis que Jude a son caractère propre à part, comme on pourra facilement le prouver en son temps. « Vous donc, bien-aimés, sachant ces choses à l’avance, prenez garde, de peur qu’étant emportés par l’erreur des pervers, vous ne veniez à déchoir de votre propre fermeté, mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. À lui la gloire, et maintenant et jusqu’au jour d’éternité ! Amen » (3:17-18). La fin est directement pratique tout comme le commencement ; il en est ainsi, dans une mesure, de tous les passages de l’Écriture : appliqués correctement, ils sont aussi sûrement profitables à l’homme que inspirés par Dieu. Cela est particulièrement évident dans les écrits de Pierre, autant dans la seconde épître que dans la première. Pourtant tout est basé sur la rédemption accomplie par Christ, sur la possession d’une nature nouvelle et divine pour préserver de la corruption, et sur une espérance vivante par la résurrection de Celui qui est monté au ciel, anges et autorités et puissances Lui étant soumis (1 Pierre 3:22).

 

2.11   [Parole de Dieu adressée à une partie des fidèles]

Le principe catholique selon lequel l’église enseigne est faux ; c’est elle qui est enseignée par ceux qui sont donnés (Éph. 4:11) comme docteurs (enseignants) par Celui qui est la Tête exaltée. Ce n’est pas non plus l’église qui prêche, mais ce sont les évangélistes – également donnés par Christ dans la gloire. Les protestants sont tout autant dans l’erreur quand ils affirment le droit de tout homme au jugement privé. Cela tend directement au rationalisme et déifie l’homme, comme les catholiques le font vis-à-vis de l’église. La vérité est que Dieu a le droit et l’autorité d’envoyer son évangile à tout homme ; et malheur à ceux qui le méprisent. Ainsi Dieu adresse Sa parole en général aux chrétiens et à l’église ; malheur à ceux qui ne s’inclinent pas devant elle et ne Le bénissent pas pour elle. Il est donc tout à fait exceptionnel quand ces communications divines, bien que profondes, sont envoyées aux fidèles, non pas dans leur ensemble, mais à ceux dans telle ou telle position, ou bien sans restriction. Il y a trois épitres à deux conducteurs principaux [Timothée et Tite], qui avaient une place spéciale en tant que serviteurs du Seigneur et de Sa Parole, et délégués apostoliques. Cependant, les déploiements les plus riches de la grâce et de la vérité dans les épîtres n’étaient pas adressés à des gens ayant des fonctions officielles, mais expressément à tous les saints et à l’église. N’est-il pas presque blasphématoire de dire que les saints ou l’église qui en sont les destinataires avaient le devoir de douter ? Ce qui est incroyable, c’est comment un chrétien peut en arriver à être séduit jusqu’à penser cela. La tradition humaine et les habitudes ecclésiastiques prédominantes sont responsables de beaucoup d’erreurs.

 

2.12   [Écrits reçus comme venant de Dieu]

Prenez les faits du Nouveau Testament. L’église des Thessaloniciens a-t-elle douté de la première épître de Paul, aussi novatrice qu’elle fût ? N’ont-ils pas accepté sans conteste son témoignage écrit, comme ils avaient accepté son témoignage oral peu auparavant, — et ils les ont accepté non pas comme une parole d’hommes, mais comme une parole de Dieu, ce qu’elle est véritablement (1 Thes. 2:13), laquelle opère dans le croyant, mais certainement pas dans celui qui doute ! Cela se rapporte d’autant plus à notre sujet, que la seconde épître aux Thessaloniciens expose la fraude d’une lettre qu’on prétendait provenir de l’apôtre, et qui avait fait impression sur quelques-uns (2 Thes. 2:2). Dès lors, sa salutation écrite de sa propre main dans chaque épître est un gage pour préserver les saints ; pourtant, tant lui, l’apôtre, que eux, les destinataires, étaient loin d’avoir la pensée nauséabonde et incrédule que leur église, ou toute autre église, dût temporairement mettre en suspens leur jugement, bien que pourtant, eux ou certains d’entre eux, venaient d’être égarés par un trompeur.

Si le signe manuscrit de Paul suffisait, sûrement aussi celui de Pierre, ou Siméon Pierre ! Le nom pouvait éventuellement être mis en question ; or il n’était pas difficile à certifier. Silvain, un prophète (Actes 15:22) était le porteur de la lettre (1 Pierre 5:12). Ceci était déjà réglé quand la deuxième épître arriva ; il n’y avait donc rien à faire sinon à recevoir comme venant de Dieu ce que Son serviteur inspiré transmettait aux mêmes saints, lesquels avaient déjà sa première épître. Examiner son contenu pour savoir si l’église avait à l’accepter, aurait été un piège tendu par l’ennemi. C’est la parole inspirée qui était juge de leurs consciences ; ce n’était pas à eux de la juger, mais c’était à eux d’avoir les cœurs revigorés et les âmes encouragées par Sa grâce et Sa vérité par Jésus Christ notre Seigneur.

Encore une fois, non seulement l’écrivain inspiré a mis en tête son nom et son titre apostolique de façon plus complète que dans la première épître, mais en outre au début de cette seconde épître il se réfère à des faits personnels, (1) l’un du plus grand poids, (2) l’autre, très exclusif par nature. C’est ainsi qu’il parle (1) de façon très émouvante de ce qu’il savait qu’il allait prochainement déposer sa tente ou tabernacle [autrement dit mourir], et il le présente comme motif de leur envoyer un témoignage permanent de ce dont ils avaient besoin, pour qu’ils s’en souviennent continuellement. Ensuite, (2) il introduit la scène la plus magnifique et la plus unique jamais accordée à des saints sur la terre, en l’occurrence lui-même et ses deux compagnons : la transfiguration du Fils de l’homme, reconnu par le Père comme Son Fils bien-aimé, bien au-dessus de Moïse et Élie, au niveau desquels l’apôtre Le plaça follement. « Écoutez-Le », et quand la voix venant de la nuée se fit ainsi entendre, Jésus se trouva seul. Par conséquent cette épître ne peut qu’être ou bien une imposture grossière, ou bien les dernières paroles d’amour de cet apôtre.

 

2.13   [La seconde épître est une suite appropriée à la première]

Aucune partie du Nouveau Testament n’est plus porteuse de conseils sages et saints, adaptés aux besoins des saints, et plus caractéristiques de celui qui les a écrits, sous forme de suite à sa lettre précédente. Car comme sa première lettre présente le gouvernement juste de Dieu envers Ses enfants, fondé sur Sa grâce qui les a appelés à Sa gloire éternelle dans le Christ Jésus (1 Pierre 5:10), ainsi sa seconde épître ajoute ce gouvernement juste sur le point de tomber d’une part sur les faux docteurs corrompus qui allaient bientôt introduire des sectes ou hérésies de perdition (2 Pierre 2), et d’autre part sur les sceptiques qui se reposent sur la stabilité du monde pour se moquer de la venue du Seigneur (2 Pierre 3). On voit donc que la seconde épître est nécessaire pour compléter la première ; pareillement, l’épître de l’apôtre Paul aux saints de Colosses complète ce qu’il a écrit aux Éphésiens (la plénitude de la Tête, et le corps qui est Sa plénitude). C’est croître dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ (2 Pierre 3:18).

Les deux épîtres de Pierre insistent sur l’importance extrême de l’évangile, déjà si béni, mais toutefois entouré par un monde de persécuteurs aussi bien que par des dangers immenses venant d’hommes méchants, à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. C’est ce développement du mal qui fait jaillir dans tout le ch. 2 son esquisse énergique des conducteurs qui égarent, et dans le ch. 3 son esquisse des ennemis sceptiques et du sort qui les attend jusqu’à la dissolution de toutes choses. Ce sont ces deux chapitres qui ont conduit les ignorants et les mal affermis dont l’apôtre parle en 2 Pierre 3:16, à spéculer sur l’identité de l’auteur réel de l’épître. Sans aucun doute ces avertissements solennels ont un cachet propre, forcément différent tant de la première épître, que de ce qui précède et ce qui suit dans la seconde. Mais une telle objection est futile et vaine. La nature des faits exigeait une dénonciation impitoyable, qui aurait été tout à fait intempestive ailleurs. Pierre est occupé des âmes des saints comme dans la première épître, et son style dans la seconde est marqué et pétri de la même solennité ardente, fervente et pratique dans l’amour et la piété, d’une manière qui lui est propre, dépassant tout autre écrivain du Nouveau Testament. — Combien est belle l’allusion à « notre bien-aimé frère Paul » ! combien elle fait contraste avec les impostures bien connues des pères de l’église qui dressent les uns contre les autres !

 

2.14   [Comparaison des origines de l’épître aux Hébreux et de la seconde de Pierre]

Le cas de l’épître aux Hébreux illustre celui de 2 Pierre, bien que les circonstances soient très différentes. Car il y avait des considérations de grâce faisant que l’épître aux Hébreux n’a pas d’indication de nom d’auteur, bien qu’à la fin (Héb. 13:23-24) on y trouve des marques spécifiques du seul apôtre [Paul] qui fût en mesure d’écrire une lettre si complète, profonde et sage dans un style qui s’élève en grandeur à la hauteur de ses arguments, comme il le faisait quand c’était nécessaire pour les Romains (Rom. 8), les Corinthiens et les Colossiens. Ici dans 2 Pierre, le style est soutenu du début à la fin ; Pierre enseigne la valeur latente de l’Ancien Testament à des saints familiers avec la lettre du texte, mais non pas comme un apôtre et prophète [Paul ; Éph. 3:5,9] en train de communiquer les mystères du Nouveau Testament dont il était l’administrateur le plus honoré. Paul, dans l’épître aux Hébreux, a été inspiré en dehors du domaine qui lui était attribué, pour écrire le dernier appel aux Juifs croyants, afin qu’ils réalisent, comme ils ne l’avaient pas fait jusqu’alors, leur position chrétienne propre permettant d’entrer à l’intérieur du voile déchiré, et d’aller vers le Messie rejeté en dehors du camp, portant son opprobre [Héb.6:19 ; 13:13]. La « nouvelle » alliance, dont l’esprit est incorporé dans l’évangile, a rendu ancienne la première alliance ; et ce qui devient ancien et qui vieillit est proche de disparaître [Héb. 8:13]. Or Dieu a affirmé cela après une longue patience, avant que le jugement providentiel ne tombe sur la ville et sur son sanctuaire. Nous ne devons pas non plus manquer d’admirer le soin divin d’envoyer par le moyen de Paul le dernier message de Dieu aux Juifs convertis, alors qu’Il a envoyé Son premier appel apostolique aux Gentils par le moyen de Pierre.

 

2.14.1    [Doutes initiés par Jérôme et Novatien sur l’épître aux Hébreux]

Pourtant, des hommes influents de l’église de Rome ont mis en doute l’écrit de Paul aux Hébreux. Eusèbe P. nous dit cela (H.E. III, 3 ; VI, 14, 20), non seulement au sujet de Caïus et Hippolyte (celui qu’on appelle communément l’évêque de Portus R.), mais au sujet d’autres encore, y compris parmi ses contemporains. Baronius travaille en vain pour se débarrasser de cette honte : mais Photion le confirme dans son Bibl. μή. ρκα Ed. Hoesch, 1653. Ainsi Jérôme, plus de six fois dans ses lettres, exposés et autres, indique en général que « la coutume latine n’a pas reçu cette épître parmi les Écritures canoniques ». Néanmoins l’église de Rome comme telle n’est jamais allée jusqu’à rejeter l’épître ; et à partir du milieu du quatrième siècle, elle y était aussi complètement reconnue, là comme ailleurs. Le trouble provenant de Novatien avait accentué les préjugés contre cette épître, par un usage abusif de passages tels que le début d’Hébreux 6 servant à justifier des positions extravagantes de partisans ou d’autres plus anciens. On ne connaît personne, dans ces jours de foi, qui ait suivi l’idée que l’église aurait le devoir de porter un jugement sur une communication inspirée. Le danger s’est situé plutôt au deuxième siècle, en tout cas par la lecture de ce qui n’était pas inspiré, selon la pratique que nous connaissons.

 

2.14.2    [Pierre fait allusion à l’épître aux Hébreux]

Si les gens avaient connu les Écritures avec foi et puissance, aucune question de ce genre ne se serait jamais posée au sujet de l’épître aux Hébreux. Dieu a pris soin de couper court à toute excuse d’incrédulité par la confirmation inhabituelle de 2 Pierre 3:15,16. Car, du fait qu’il est certain que Pierre a écrit ses deux épîtres aux Juifs chrétiens (1 Pierre 1:1 ; 2 Pierre 3:1), ce qu’il déclare au sujet de Paul comme leur ayant aussi écrit, est également certain. Peut-il s’agir d’autre chose que de l’épître aux Hébreux ? Dans cette épître aux Hébreux il est parlé des mêmes sujets qu’ici : la patience du Seigneur et le salut (il en est parlé bien plus que dans les épîtres aux Galates, aux Éphésiens ou aux Colossiens), et aussi Sa venue pour la bienheureuse gloire des Siens, et le jugement de tous ceux qui refusent Sa voix et qui sont des adversaires. — Il ne faut pas non plus négliger le point suivant : Pierre dit que, dans ce que Paul a écrit à ces croyants hébreux de même que dans toutes ses épîtres, il y a des choses difficiles à comprendre, que les ignorants et les mal affermis tordent à leur propre destruction ; pareillement Paul dit aux Hébreux dans son épître (Héb. 5:11-14) qu’il avait beaucoup de choses à dire qui étaient difficiles à expliquer à cause de leur paresse à écouter.

Ainsi, dans le chapitre suivant (Héb. 6:1), Paul les exhorte à laisser la parole du commencement du Christ (certainement pas les principes de Sa doctrine, mais ce qui était connu avant la rédemption et la descente du Saint Esprit), pour avancer vers la perfection, c’est-à-dire vers la croissance complète par la vérité. Luther et Calvin, pas plus que Cajetan et Erasme, n’ont reconnu cela, et se sont livrés à des rêves dont certains érudits ne sont pas revenu, même jusqu’au doyen Alford et d’autres de nos jours, attribuant l’épître aux Hébreux à Apollos, Barnabas, Luc, Silas, Clément de Rome et même Tertullien ! Ils auraient aussi bien pu donner le spectacle de rajouter une soixantaine d’autres, en plus de ces six ; car il n’y a aucune raison valable pour aucun d’eux. Quoi de plus frivole que de chercher à rattacher l’un quelconque de ces noms à cette noble épître ? Qu’est-ce qui peut excuser la mise de côté de l’attribution à Paul que fait le Saint Esprit [2 Pierre 3:15], comme nous venons de le voir ?

Il est intéressant de noter également que la lettre de l’église de Rome attribuée à Clement R., se réfère à plusieurs reprises à l’épître aux Hébreux, et prouve qu’il n’existait aucun doute sur son inspiration à cette date ancienne (probablement avant la fin du premier siècle). Son ch. 36 utilise beaucoup Héb. 1, et il le fait en se servant de la formule solennelle γέγραπται, Il est écrit. Les doutes émanant d’individus ne sont arrivés que longtemps après.

 

2.14.3    [Hésitations de Calvin]

Calvin, d’assez haute réputation comme commentateur, ne tient pas compte de ce dernier point dans son commentaire qui est en effet maigre et vague. Pourtant, il ne doutait pas que Pierre ait écrit la première épître aux Juifs convertis en Asie Mineure, mais (c’est triste à dire) il était coupable de la même hésitation qu’Origène et d’autres vis-à-vis de la seconde. Il n’attribue aucune valeur aux doutes de l’inconnu dont parle Eusèbe, mais il est influencé un peu par la mention de Jérôme de ceux qui raisonnaient sur la différence de style. « J’avoue cependant qu’il y a une différence de style manifeste et suffisante pour prouver des auteurs différents ». « En même temps, tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a rien d’indigne de Pierre quant à l’expression partout de la force et de la grâce d’un esprit apostolique. Mais si elle est reçue comme canonique, on doit confesser que Pierre en est l’auteur, car non seulement il a inscrit son nom dedans, mais il atteste aussi avoir vécu avec Christ ; se faire passer pour quelqu’un d’autre serait une fiction indigne de Christ. Alors je détermine que si l’épître est digne de crédit, elle doit provenir de Pierre ; non pas qu’il l’écrivit lui-même, mais que quelqu’un de ses disciples, sous son commandement, ait composé les choses que la nécessité du temps exigeait ». Qui peut manquer de voir une hésitation indigne de celui qui pouvait être ferme dans des questions d’importance moindre que ce qui touche à l’honneur de la Parole écrite ? (J. Calv. Opp.vii Arg. in loco). Parmi les anciens ou les modernes, il n’y a eu aucune base réelle pour aucun doute.

 

2.14.4    [Les doutes suscités par des parti-pris]

Il est remarquable que la seule autre épître adressée à des Hébreux ait souffert, sans aucune raison valable, du même doute d’incrédulité. Ceci mériterait d’être traité à fond, mais ce serait mieux de le faire ailleurs, là où ce serait plus directement nécessaire. Quelques mots suffiront ici pour confirmer ce qui a été dit contre les suspicions jetées à l’encontre de la seconde épître de Pierre. La défense du Dr. Wordsworth en faveur de la qualité d’auteur de Paul dans la préface de l’épître aux Hébreux est excellente ; c’est un plaisir de le dire, alors que ses remèdes aux hésitations à propos de 2 Pierre sont déplorables.

L’église de Rome, ou quelques-uns de ses conducteurs éminents, ce sont eux qui ont toléré ce préjugé injustifiable [contre l’épître aux Hébreux]. Jérôme dit à plus de six endroits que « la coutume latine ne l’a pas reçue parmi les Écritures canoniques ». Baronius, dans son histoire, combat les allégations d’Eusèbe et tente d’excuser Jérôme comme ayant été trompé par lui. La dispute de Novatien, avec son abus erroné de Héb. 6, a certes indisposé ceux de Rome contre l’épître, mais finalement le préjugé a cédé devant la lumière brillante de la vérité et celle-ci a dissipé tout nuage et brume.

 

2.15   [Raisons conclusives montrant que les doutes ne sont pas fondés]

Mais le fait remarquable est qu’au commencement aucun doute n’a été entretenu. On ne peut pas demander de preuve plus ancienne et plus forte que le fait d’être fréquemment citée comme étant la Parole écrite dans la lettre de l’église de Rome à celle de Corinthe sous le nom de Clemens R.. Ces citations sont si nombreuses que le professeur américain Moses Stuart divise même ces citations en quatre classes. Et peu après, dans la première moitié du deuxième siècle, Justin M. fait clairement référence à cette épître, à la fois dans son Apologie, et dans son Dialogue avec le Juif Trypho. Nous n’avons pas besoin d’en dire plus sur ces preuves externes. Il est très significatif que, malgré les particularités de cette épître, aucun doute n’a été exprimé sur elle pendant très longtemps après avoir été reçue sans aucun doute comme un document inspiré. Pierre lui-même fournit une preuve donnée divinement de ce que Paul a écrit aux saints Hébreux, et qu’il s’agit de l’épître aux Hébreux — une épitre bénie. Ce devrait être la fin de la controverse pour tout chrétien. « Mais si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant » (1 Cor. 14:38).

Ces deux épîtres [Hébreux et 2 Pierre] sont éminemment caractéristiques des deux apôtres [Paul et Pierre], indépendamment de leurs particularités provenant des besoins urgents qui les ont fait naître. Il n’y a aucune raison valable pour considérer que quelqu’un d’autre que Paul et Pierre ait eu à faire face à ces particularités. Les deux manifestent indubitablement la puissance de l’inspiration du Saint Esprit. Tous les deux ont écrit avec ce qui est propre à la grâce de Dieu, à savoir la puissance morale, la précision doctrinale, la majesté divine et l’amour pour les saints, — et tout cela avec autorité et non pas comme les scribes [Marc 1:22].

 

3         2 Pierre 1

3.1        [Ch. 1:1]

« Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi de pareil prix avec nous, par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ ».

 

3.1.1        [Siméon Pierre, esclave et apôtre de Jésus Christ — Le titre d’esclave]

Le premier trait notable de cette épître est que l’écrivain ne répète pas seulement le nouveau nom que Christ lui a donné (Pierre – Matt. 16:18) en même temps que sa mission d’apôtre, mais il ajoute son ancien nom [Siméon] comme ayant été ainsi l’objet de la miséricorde divine ; il ajoute le qualificatif « esclave », confessant par-là une soumission absolue à son Maître. Paul aimait s’appeler de cette manière, comme Jude et Jean. Le Seigneur Jésus a débarrassé ce nom de la honte et de la dégradation qui affublent forcément le porteur de ce nom, selon l’estime de l’homme naturel. Le Seigneur Jésus a revêtu ce titre d’esclave dans Sa propre personne, quand la Parole est devenue chair, et Il l’a joint à tout ce qui est juste, aimable et dévoué aux yeux de Dieu, — à tout ce qui est de toute importance pour la foi de ceux qui ont communion avec Lui.

Car qui a été un esclave comme Lui, qui, « étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » ? (Phil. 2:6-8). Et Il ne s’en n’est pas tenu à cela ; car avant Son départ, Il a donné la belle assurance de continuer au ciel le très humble service de laver les pieds des Siens, comme Avocat auprès du Père. Son amour ne s’est pas non plus contenté de cela ; car Il a aussi laissé entendre que ceux de Ses esclaves qui, à Sa venue, seront trouvés les reins ceints et leurs lampes allumées, seront alors bénis en haut à Son retour : Il se ceindra et les fera asseoir à table et s’avançant Il les servira (Luc 12:37). Bien plus, lorsqu’Il remettra le royaume à Son Dieu et Père, toutes choses Lui ayant été assujetties, alors le Fils Lui-même sera assujetti à Celui qui Lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (1 Cor.15:28). Comme Il ne cessera jamais d’être un homme, Il demeurera serviteur durant l’éternité, sans déroger à cette Déité qu’Il partage à toujours comme Fils avec le Père et le Saint Esprit. C’est Christ qui seul nous donne la pleine vérité, et donc celle de ce qu’est être esclave ou serviteur, comme au sujet de tout le reste. Dans un monde mauvais, la place d’esclave est celle de l’amour divin, actif et souffrant, — la place qu’Il aimait tant qu’Il ne l’abandonnera jamais.

Le Seigneur a mis sur Ses disciples le même devoir et privilège d’amour, comme nous le lisons à plusieurs reprises dans tous les évangiles, et sous diverses formes. Qu’il suffise de citer ce que Luc (ch. 22) nous donne au dernier souper (Cène) ; car c’est Luc qui groupe les contrastes moraux les plus profonds ; et si c’est à la honte de l’homme, c’est pour le profit du croyant, et par-dessus tout à la gloire de Christ. « Et ils se mirent à s’entre-demander l’un à l’autre, qui donc serait celui d’entre eux qui allait faire cela (c’est-à-dire Le livrer). Et il arriva aussi une contestation entre eux pour savoir lequel d’entre eux serait estimé le plus grand. Et il leur dit : Les rois des nations les dominent, et ceux qui exercent l’autorité sur elles sont appelés bienfaiteurs ; mais il n’en sera pas ainsi de vous ; mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui conduit comme celui qui sert. Car lequel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Or moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22:23-27).

Par grâce, les apôtres ont été rendu capables d’endosser ce caractère d’esclave de Christ. Quel contraste avec ceux de Ses serviteurs qui ont trop tôt revendiqué être les successeurs, bien que ce ne fût pas limitée à eux ; et cela a continué depuis ce temps-là ! — Quand ce titre d’esclave n’est pris qu’en paroles, il n’est sans doute qu’un vain nom d’orgueil ; mais quand il est pris avec puissance, qu’y a-t-il de comparable ? Être quelqu’un, voilà le désir de l’homme déchu ; c’est l’esprit du monde — renoncer à tout par amour et dans l’obéissance, voilà ce qui est l’esprit de Christ, Lui qui seul possédait réellement toutes choses. C’est notre modèle maintenant. La grandeur selon Lui est d’être un vrai serviteur ; et être chef, c’est être esclave, comme Lui l’est devenu ; non seulement Il répondait à tous les besoins, mais Il a donné Sa vie en rançon pour plusieurs (beaucoup) : voilà ce qui est Sa gloire particulière.

Pierre donc dans sa seconde épître, ne cache pas son nom juif qui rappelait une nature remplie de manquements, mais il fait précéder son titre apostolique du beau nom d’esclave. Ce nom brillait plus que jamais à ses yeux ; il est tellement nécessaire et tellement bon que les saints le méditent, y trouvent leur délice et se l’approprient.

 

3.1.2        [Caractéristique des destinataires]

« Esclave et apôtre de Jésus Christ ». Il écrit aux mêmes saints que dans la première épître (2 Pierre 3:1). Mais les termes qu’il emploie maintenant diffèrent de manière frappante, et pourtant ils s’appliquent de manière tout aussi appropriée à ceux de la dispersion juive en Asie Mineure qui croyaient au Christ. Dans sa première épître, il a pris soin de les décrire comme des étrangers élus selon la préconnaissance de Dieu le Père par la sanctification de l’Esprit pour l’obéissance et l’aspersion de sang de Jésus Christ (1:2). C’était en contraste précis et approfondi avec leur position antérieure en tant que nation élue pour l’Éternel, séparée des autres par l’ordonnance charnelle de la circoncision, et tenue à obéir à la loi sous la sanction pénale du sang des victimes (Exode 24), ce qui maintenait la mort devant eux s’ils se rendaient coupables de transgression. Ici, dans la deuxième épître, ils sont caractérisés comme ayant reçu obtenu une foi précieuse, semblable à celle de l’apôtre et de ses frères qui étaient aussi les leurs, en vertu de la justice de leur Dieu et Sauveur Jésus Christ.

 

3.1.3        [Une foi de pareil prix]

« Une foi aussi précieuse » [ou : une foi de pareil prix] ; il ne s’agit pas d’une question de mesure de foi chez ceux qui croient, mais cette expression affirme que ce qui est cru est autant précieux pour les chrétiens les plus simples que pour un apôtre, quant à sa source, son canal, son objet et son résultat. C’est cette pleine révélation de Dieu en Christ, et pas seulement de la part de Dieu comme cela avait toujours été.

 

3.1.4        [La foi par la justice]

Il y a cependant ensuite une expression remarquable qui diffère entièrement de « la justice de Dieu » comme en parle notre Seigneur en Matt. 6:33, et aussi l’apôtre Paul dans l’épître aux Romains et ailleurs. Pourtant, l’une est aussi vraie que les autres, et toutes sont en harmonie du fait qu’elles proviennent pareillement de Dieu. Il est donc intéressant et important de les distinguer, tandis que toutes les trois sont d’accord pour désigner la cohérence morale de Dieu avec Lui-même sous différents aspects.

1. En Matthieu, le disciple est invité à rechercher premièrement, non la satisfaction de ses besoins naturels pour lesquels nous pouvons compter sur les soins de notre Père, mais « le royaume de Dieu et sa justice ». Ceci était alors révélé en Christ, puissance de Dieu et autorité suprême de Dieu, et en toute bonté, mais en cohérence avec Lui-même. À cela la nouvelle nature répond par la soumission et l’amour ; et c’est ce que les disciples devaient chercher premièrement, assurés que Lui veillerait sur tout ce dont ils auraient besoin. Mais cela ne dit rien sur la rédemption, ou le salut des pécheurs perdus ; il est seulement question des saints répondant à ce que Christ manifestait à la foi en Lui-même et en Son enseignement.

2. En Rom. 1, 3, 8, 10:4, nous avons l’évangile de Dieu basé sur l’œuvre de Christ, et envoyé à toute l’humanité précisément parce qu’ils sont perdus. C’est donc une justice qui justifie le pécheur par la foi de Christ ; c’est la justice de Dieu, non pas celle de l’homme ; elle repose sur Sa rédemption, de sorte que celui qui croit Son témoignage rendu à Christ est justifié par la mort et la résurrection de Christ. Dieu peut se permettre, par le moyen du Sauveur, de le bénir quelle qu’ait été son impiété, et Il le bénit en accord avec Son sang purificateur et sa puissance de résurrection.

3. Mais dans notre texte, ce n’est pas le croyant qui obtient la justice de Dieu par la foi, mais qui obtient la foi par la justice de son Dieu et Sauveur Jésus Christ (*) : une vérité toute différente et particulière au résidu que Dieu a toujours eu en Israël [Rom.11:16-24 ici et dans tout ce paragraphe]. Les branches peuvent être coupées et sont coupées, mais pas toutes. Il y a toujours des élus qui obtiennent, tandis que les autres sont aveuglés ; il en est ainsi à l’heure actuelle, et il en a toujours été ainsi autrefois. De tous les hommes, ils sont les seuls à avoir ce privilège d’être un résidu selon l’élection de grâce. Cela ne peut être affirmé d’aucune autre nation. Ils avaient les pères, mais c’est bien mieux d’avoir les promesses. En conséquence, le fait d’avoir reçu une foi de pareil prix, l’apôtre l’attribue ici à la justice de l’Éternel-Messie, Jésus leur Sauveur et leur Dieu. Lui au moins a été fidèle à la promesse, en vertu de quoi, il leur a été donné de croire, tout comme à l’apôtre et aux saints à Jérusalem. C’est ce que Pierre avait prêché le jour de la Pentecôte : « car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui » (Actes 2:39). Eux aussi, Il les avait appelés, et ils avaient cru par grâce ; mais c’était dans Sa justice — celle de « notre Dieu et Sauveur Jésus Christ ».

 

(*) Le lecteur peut être intéressé à savoir que le théologien le plus instruit et le plus capable parmi les Puritains Congrégationalistes n’a pas compris « la justice de Dieu » ici comme se rapportant à l’obéissance de Christ à la loi, — ce que beaucoup de modernes ont soutenu. Voici ses expressions : — « En 2 Pierre 1:1 il est dit des saints qu’ils obtiennent « une foi précieuse, par la justice de Dieu ». C’est une chose juste pour Dieu de leur donner la foi, à eux pour qui Christ est mort, parce qu’ainsi ils y ont droit. La foi, étant parmi les fruits les plus précieux de la mort de Christ, en vertu de cette mort la foi devient un dû à ceux pour lesquels Christ est mort » (Œuvres de John Owen, DD. éd. Goold, X. 468). Ce n’est pas qu’il ait compris sa vraie portée, mais il était trop intelligent et logique, pour ne pas dire consciencieux, pour forcer le texte comme ceux qui l’ont suivi, et comme d’autres, le font communément. Il ne lui est pas venu à l’idée de connecter ce passage avec le résidu croyant des Juifs et leur appropriation particulière de la promesse — d’où son calvinisme tendait à l’éloigner.

 

3.2        [Ch. 1:2 — la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur]

« Que la grâce et la paix soient multipliées dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ».

 

Le texte de la salutation au v. 2 ne diffère de celui de la première épître que par l’addition des mots « dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ». Ces mots réapparaissent en substance ailleurs. Ils sont caractéristiques de la seconde épître, et ont un grand poids et une grande valeur là où une foi vivante accompagne cette pleine connaissance.

Pourtant 2 Pierre 2:20-22 montre le fait solennel qu’une telle connaissance complète peut n’être que dans la chair, et se terminer dans un dernier état pire que le premier, voire une ruine totale. En Rom. 1:18 il est parlé d’hommes qui possèdent la vérité tout en vivant dans l’iniquité : très zélés pour une croyance orthodoxe, mais pas du tout régénérés, ils tiennent donc ferme la vérité avec de l’injustice. La foi, le christianisme, est si riche en connaissance du plus grand intérêt, que l’esprit naturel peut se tromper lui-même quand la conscience ne se tient pas devant Dieu et que l’âme n’est pas purifiée par l’obéissance à la vérité (1 Pierre 1:22) — l’esprit naturel peut alors acquérir facilement beaucoup de choses qui enflent au lieu d’édifier. Dans ce cas, l’amour de la vérité pour être sauvé n’est jamais reçu (2 Thes. 2:10) ; on maîtrise alors la vérité comme on le ferait de tout domaine des arts ou de la science, plutôt que d’être sondé par la vérité, et de lui être soumis à salut. En un mot, il n’y a pas de repentance envers Dieu, mais seulement de l’intellectualisme. Quand Christ est l’objet et la vie, la vérité est connue et aimée, et elle libère de toute sorte de servitudes pour rendre d’autant plus esclave de Jésus. C’est ainsi que l’apôtre souhaitait que « la grâce et la paix soient multipliées dans la pleine connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ».

Il était très important pour les Juifs chrétiens d’apprendre (c’est en effet imparfaitement compris dans la chrétienté) qu’avant la venue du Seigneur, la connaissance de Dieu, quoique vraie, était vague, relativement parlant. Tous les saints de l’Ancien Testament détournaient les regards d’eux-mêmes pour les tourner vers Dieu dans l’espoir assuré de la Semence de la femme qui détruirait l’ennemi. Ils Le connaissaient comme un fidèle Créateur, un Conservateur et un Sauveur, et aussi par les sacrifices. Ses voies envers Adam et Abel, Enoch et Noé, donnaient une lumière toujours croissante ; quoique partielle, elle était bénie. Il fut accordé davantage à Abraham, et le nom du Tout-Puissant représentait beaucoup en tant que secours actuel au milieu d’une race mûrissant pour le jugement. Beaucoup plus fut donné à connaître quand, par le moyen de Moïse, Il communiqua le nom de Jéhovah l’Éternel, en tant que grand mot d’ordre national à Israël, Son peuple ; ce Nom était la sécurité de leur bénédiction finale et éternelle sur la terre sous Son gouvernement, quels que soient les changements entre temps.

Or le Seigneur Jésus nous a donné à connaître Dieu Son Père tel qu’Il Le connaissait, d’une manière générale aux jours de Sa chair, et pleinement dans Sa résurrection et Son ascension, — le but étant que nous Le connaissions comme Son Père et notre Père, Son Dieu et notre Dieu, dans la nouvelle création conséquence de Sa mort expiatoire. Qu’y avait-il auparavant de comparable à cette plénitude, dans tant de manières différentes et tant de degrés différents de connaissance ? Comme dit le disciple « bien-aimé » dans sa première épître (1 Jean 5:20) : « Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable, et nous sommes dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle ». Qu’y a-t-il d’aussi merveilleux, pratique et plein de grâce, que la vérité donnée maintenant pleinement à connaître ? Cela ne pouvait pas exister jusqu’à ce que vînt Celui qui Le connaissait Lui-même en perfection, et qui est mort et est monté au ciel afin que nous soyons amenés dans Ses relations autant qu’il est possible, et que nous soit donné le Saint Esprit pour Le connaître aujourd’hui (Jean 14:20). Voilà la connaissance chrétienne du Père, du Fils et du Saint Esprit. Le Père est révélé, le Fils révèle, et Il ne le fait que dans une réalité vivante par le Saint Esprit. C’est la pleine révélation de Dieu, confessée dans notre baptême, et dont nous avons besoin pour en jouir à chaque étape du chemin jusqu’à ce que notre pèlerinage se termine par Sa venue pour nous emmener en haut, afin que là où Il est, nous nous soyons aussi (Jean 14:3).

 

3.3        [Ch. 1:3]

« Comme sa puissance divine nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété par la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et son excellence [Darby : par la gloire et par la vertu] ».

 

3.3.1        [Sa puissance divine nous a donné tout…]

C’est le témoignage de l’apôtre au sujet de l’intervention de la grâce de Dieu dans le salut. Qui le savait mieux que lui qui avait été le principal ouvrier lors de la grande fête de la Pentecôte où trois mille âmes avaient été ajoutées en un seul jour ? Qui pouvait témoigner comme lui de la puissance de Dieu

●        opérant au dehors pour sauver des multitudes (Actes 2 et3),

●        opérant au-dedans contre le mal, judiciairement (Actes 5:1-11), et

●        opérant tout autant par le dévouement de ceux qui étaient un cœur et une âme pour Christ, dans un amour dépassant tout égoïsme (Actes 4:32) ?

 

Qui pouvait mieux [que Pierre] parler de l’énergie miraculeuse accordée dans ces jours du commencement où, malgré la crainte qui régnait, les malades étaient apportés dans les rues et déposés sur des lits et des couchettes, afin qu’à son passage, son ombre puisse passer sur eux ; et les malades et les possédés étaient tous guéris, non seulement ceux de Jérusalem, mais aussi des villes d’alentour ? (Actes 5:15-16).

 

3.3.2        [… tout ce qui regarde la vie et la piété]

Ici, cependant, il ne parle que de la puissance divine dans son fonctionnement ordinaire, hormis le surnaturel. C’est la prérogative de Dieu de vivifier les âmes qui étaient mortes dans leurs fautes et dans leurs péchés (Éph. 2:1) ; le Père en communion avec le Fils donne la vie (Jean 5:21). Il appelle des ténèbres à Sa merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9) — et même, nous qui étions autrefois ténèbres, nous sommes maintenant lumière dans le Seigneur (Éph. 5:8) ; nous qui étions haïssables et nous haïssant l’un l’autre (Tite 3:3), nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier (1 Jean 4:19). Pensez aussi aux relations qu’Il confère aux chrétiens, Ses enfants et Ses fils, qui, selon la première épître (ch. 2), sont aussi une sainte sacrificature, une sacrificature royale. Nous pourrions lister encore d’autres dons ; car, étant à Christ, toutes choses sont à nous avec le Saint Esprit habitant toujours en nous depuis que nous nous reposons par la foi sur la rédemption de Christ, afin qu’il y ait puissance et capacité. Combien il est vrai que Sa puissance divine nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété !

Les Juifs, nous le savons, demandent des signes, les Grecs cherchent la sagesse (1 Cor. 1:22). Jamais il n’y a eu des signes de puissance et de bonté tels que ceux vus en Christ ; pourtant, les Juifs L’ont rejeté. Jamais il n’y a eu une sagesse de Dieu telle que celle vue en Jésus ; pourtant les Grecs, le monde, L’ont dédaigné. Si les chefs de ce monde l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire (1 Cor. 2:8) ; mais personne ne l’a connue. Ils étaient aveugles dans l’incrédulité. Et une nouvelle chose a été introduite ; non pas encore le royaume restauré en Israël en puissance et en gloire que l’on attendait, mais « quelque chose de meilleur » (Héb. 11:40) dans la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur (2 Pierre 1:2), « qui est à la droite de Dieu, étant allé au ciel, anges et autorités et puissances Lui étant soumis » (1 Pierre 3:22). De ce fait, accomplissant ce qui était surprenant même pour les Douze, « Sa puissance divine nous a donné » dès maintenant « tout ce qui regarde la vie et la piété » (2 Pierre 1:3). Car le chrétien est appelé à une vie de foi en toute révérence et crainte pieuse (Héb. 12:28), comme n’ayant rien, mais possédant toutes choses (2 Cor. 6:10), ayant part maintenant à l’opprobre de Christ (Héb. 11:26), les regards étant fixés sur les choses qui ne se voient pas et qui sont éternelles (2 Cor. 4:18).

Telle est la foi chrétienne que, dans sa première épître, l’apôtre a placée devant ces saints autrefois Juifs ; et dans la seconde épître, il confirme avec détermination et solennité contre toute corruption et moquerie. Par conséquent, dès le début, il voulait établir leur confiance dans les ressources de grâce pour tous les besoins, faiblesses et dangers. Les Juifs étaient même considérés comme des athées, parce qu’ils n’avaient pas d’images. Combien plus les chrétiens étaient susceptibles d’être accusés de cela du fait qu’ils n’avaient rien de visible, ni temple, ni autel ni sacrifice ! Pourtant, eux et eux seuls connaissaient le seul vrai Dieu, et Jésus Christ Son envoyé. Maintenant que Christ était en haut, ils avaient les seuls à avoir l’autre Paraclet, l’Esprit Saint que le Père avait envoyé au nom de Jésus pour être avec eux éternellement, et pour être en eux (Jean 14:16,17), comme conséquence de la mort de Christ et de leur acceptation qui s’ensuit.

 

3.3.3        [par la connaissance de Celui…]

Ce n’était là qu’une partie de « tout ce qui regarde » la vie et la piété et que Sa puissance divine nous a donné. Car nous avons maintenant aussi une révélation entièrement nouvelle, pleinement conforme à l’Ancien Testament qu’ils avaient autrefois ; cette révélation transmettait ce qui convenait maintenant à Dieu, non plus le Dieu caché dans le lieu saint d’où Son peuple était strictement exclu, mais Dieu pleinement manifesté en Jésus, Son Fils bien qu’Il soit homme, parfaitement Dieu et parfaitement homme dans la même personne. Cela impliquait un changement total pour tous ceux qui croient maintenant. Nous avons la rédemption par Son sang, et nous attendons Sa venue pour la rédemption du corps aussi bien que la rédemption de l’héritage (Éph 1:14 ; Rom. 8:23). Nous sommes baptisés dans la puissance de l’Esprit en un seul corps, Juifs ou Grecs, cela n’étant que des distinctions charnelles que l’Ancien Testament maintenait strictement, mais disparues dans le baptême. Nous avons un grand Souverain Sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus le Fils de Dieu, capable de sympathiser et intercéder (Héb. 4:14,15 ; Rom. 8:34) ; et si quelqu’un a péché, nous L’avons comme Avocat auprès du Père, le Juste qui est la propitiation pour nos péchés. Et nous avons une espérance non moins précieuse et élevée, celle qu’Il vient bientôt pour nous (nous ne savons pas quand), pour nous prendre auprès de Lui dans la maison du Père, et pour nous montrer dans la même gloire avec Lui devant le monde quand nous régnerons avec Lui. Par conséquent, nous avons besoin d’une révélation nouvelle et spéciale, et nous l’avons dans ce qu’on appelle le Nouveau Testament pour nous guider dans Son chemin jusqu’à ce qu’Il vienne, car nous ne sommes pas du monde comme Christ n’en est pas. Les évangiles, les épîtres et l’Apocalypse le fournissent parfaitement par l’Esprit qui est notre guide dans toute la vérité.

Nous voyons avec quelle prudence l’apôtre préserve la vérité d’être de la simple spéculation ou du sentiment. La connaissance qui enfle est aussi loin que possible de sa pensée, sauf chez ceux qui n’ont rien d’autre que leurs voies dissolues ou injustes. Il peut y avoir une connaissance de Dieu et de Jésus qui ne s’élève jamais au-dessus des pensées humaines, qui ne conduit à aucune communion avec Dieu, qui n’a même aucune racine morale dans la conscience et le cœur et est toujours susceptible d’hérésie parce qu’elle est seulement selon la nature. Mais la connaissance qu’il recommande aux saints est ce que son compagnon d’œuvre l’apôtre Jean traite comme étant la vie éternelle, et ce que lui-même traite comme étant le moyen de la vie et de la piété ; car notre apôtre est toujours attentif au résultat pratique. Car, en effet, cette puissance divine ne peut qu’être ressentie comme un besoin, car les saints sont ici encouragés par l’assurance qu’elle agit.

Sa manière d’opérer est exprimée de manière frappante : « par la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre (*) gloire et son excellence » [version Darby : par la gloire et par la vertu]. L’homme est déchu, est ainsi dans une condition tout à fait différente de son premier état. Dans celui-ci, son devoir était d’obéir, en remerciant Dieu pour toute la bonté qui l’environnait. Mais avec sa désobéissance, la ruine est venue non seulement pour lui-même, mais aussi pour la création dont il était la tête. S’éloignant de Dieu, il a été un exilé du paradis, un pécheur moribond ; et pareillement pour la race issue de lui. Toute délivrance était suspendue à Un Autre, la Semence de la femme, dont le talon serait écrasé et qui écraserait la tête du serpent ; cet Autre serait un Homme, mais il faudrait nécessairement qu’il soit plus qu’un homme pour opérer la délivrance par la défaite totale de Satan. À partir de ce jour-là, la foi s’est accrochée à Celui qui allait venir, appelé plus tard, dans les Psaumes et les Prophètes, Fils de Dieu, et Fils de l’homme, Messie. Seul le Nouveau Testament fait ressortir la vérité à Son sujet en toute simplicité, clarté et profondeur ; non pas Sa seule gloire personnelle, mais Son œuvre de réconciliation brillante de lumière divine.

 

(*) Les manuscrits aleph, A, C, P et d’autres bons témoins justifient ce qui est donné ici, et suivi par les meilleurs critiques sauf Westcott et Hort. C’est particulier à notre apôtre de parler de ἀρετὴ [la vertu] de Dieu, que ce soit au pluriel comme en 1 Pierre 2:9 [annoncer les vertus de Celui…], ou au singulier comme ici en 2 Pierre 1:3. La vertu ou le courage moral conviennent pour traduire ce mot quand il s’agit de l’homme. C’est l’excellence de Dieu qui opère la vertu dans le saint.

 

3.3.4        [qui nous a appelés par sa propre gloire et son excellence » (version Darby : par la gloire et par la vertu)]

Ce salut est par l’appel de Dieu ; on quitte le moi, l’homme, le monde, les péchés et tout, pour l’objet de la foi qu’Il place devant nous. Voilà Dieu qui nous appelle par Sa propre gloire et Son excellence. Cela se trouve en Christ, mais c’est Sa propre gloire à Lui et Son excellence, pas les nôtres. Au lieu de rester là où nous sommes, ce qui aurait été correct si le péché et la ruine n’étaient pas intervenus, nous nous tournons vers Celui qui est dans la gloire céleste après avoir souffert ici pour nos péchés, afin que nous soyons non seulement pardonnés, mais que nous soyons là auprès de Lui ; et déjà maintenant ici-bas, alors que nous sommes effectivement faibles, nous nous tournons vers Lui pour jouir de cette excellence qui émane de Lui pour nous préserver et nous garder dans la scène présente de mal. Nous laissons tout par la foi pour Lui. Notre appel est l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus (Phil. 3:14) et c’est là que sera le prix. Or c’est là qu’Il est, mort et maintenant ressuscité ; et c’est à Lui que le pécheur regarde pour être sauvé, car Lui est la puissance qui garde des voies du destructeur. Celui qui s’en tient à ce qu’il est, s’en tient au moi et au péché, aveuglé par l’ennemi. La voix de Christ l’éveille à sa condition perdue ; et lui, obéissant à la parole, se repentant envers Dieu, et croyant au Seigneur Jésus, est appelé par la gloire et l’excellence de Dieu. Le Sauveur est là et, celui qui croit, Il l’associe à Lui en haut dans l’espérance, le séparant ainsi du mal qui se trouve en lui et autour de lui.

Il peut être utile aux âmes d’illustrer ce qui vient d’être dit par les paroles de l’apôtre Paul en Rom. 3:23, d’autant qu’on a plus l’habitude de les entendre que d’en saisir le sens. « Car tous ont péché, et n’atteignent pas à la gloire de Dieu ». La première partie de la phrase est simple ; mais qu’en est-il de la seconde ? Par le péché, l’homme a perdu sa place sur la terre ainsi que sa vie telle qu’elle était. Le problème est désormais de satisfaire à la gloire de Dieu, ou bien d’être jeté en enfer. Et ceci n’est résolu que par le Sauveur et Son œuvre à la croix pour rendre le pécheur propre pour la gloire céleste par la foi en Lui. Sinon, le pécheur se satisfait de lui-même, néglige un si grand salut et refuse le Sauveur qui le jugera au dernier jour. En vérité il n’atteint pas à la gloire de Dieu, tandis que le croyant se réjouit dans l’espérance de cette gloire. Sans le sang de Jésus, nous ne pouvons pas nous tenir par la foi devant la gloire de Dieu ; mais, sachant que Son sang purifie de tout péché, nous avons le droit de nous y tenir en esprit déjà maintenant, et ainsi de ne pas être de ceux qui n’atteignent pas à la gloire de Dieu. Nous sommes appelés par Sa propre gloire et par Son excellence.

Justifié gratuitement par Sa grâce par la rédemption qui est dans le Christ Jésus (Rom. 3:24), nous nous repentons envers Dieu, nous nous jugeons nous-mêmes, et (au lieu de nous reposer ici-bas sur nous-mêmes) nous avançons par la foi vers Celui qui est à la droite de Dieu, ayant par là le droit de nous glorifier, non plus en nous-même, ni en l’homme, ni dans le monde, mais dans l’espérance de la gloire de Dieu (Rom. 5:2). En attendant, nous sommes gardés par Sa puissance par la foi pour le salut y compris de nos corps en ce jour-là (1 Pierre 1:5). Mais c’est par Sa propre excellence (et pas la nôtre) et Sa propre gloire qu’Il nous a appelés, au lieu de donner licence aux aises, à l’honneur mondain ou à la jouissance naturelle. C’est ce qui fait que l’apôtre Paul décrit ainsi l’expérience juste du chrétien : « Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ, et que je sois trouvé en lui, n’ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ, la justice qui est de Dieu, moyennant la foi »… « non que j’aie déjà reçu le prix ou que je sois déjà parvenu à la perfection ; mais je poursuis, cherchant à le saisir, vu aussi que j’ai été saisi par le Christ » (Phil. 3:8-12). Au lieu de demeurer comme l’homme non déchu le devait dans son premier état, il n’y a qu’une chose à faire : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le christ Jésus » (Phil. 3:14).

 

3.4        [Ch. 1:4]

L’apôtre se met ensuite à expliquer à fond ce que Dieu a accordé maintenant, non pas le royaume manifesté du Messie (car ceci est reporté au jour de Son apparition dans les nuées ​​du ciel avec puissance et une grande gloire), mais les très grandes et précieuses promesses, comme il les appelle, tandis que nous, nous L’attendons Lui, marchant par la foi, et non par la vue (2 Cor. 5:7). Car que sont, par comparaison, cette gloire terrestre et cette puissance promises à Israël sur la terre ? Nos promesses sont l’association avec Christ au ciel. En bref, une bénédiction d’un autre ordre et d’un ordre plus élevé est en route maintenant. Voilà ce que nous appelons le christianisme.

 

« par lesquelles il nous a donné les très-grandes et précieuses promesses, afin que par elles vous participiez de la nature divine, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise.. » (2 Pierre 1:4).

 

3.4.1        [Les très grandes et précieuses promesses]

Ces paroles sont l’expression de poids d’une vérité particulièrement appropriée et nécessaire aux destinataires de l’épître ; mais elles ont une valeur permanente pour tous les saints depuis lors jusqu’à nos jours. « Lesquelles » se réfère à la gloire et à l’excellence de Dieu, sur lesquelles nous avons insisté, d’autant plus que la force est tout à fait perdue dans le texte grec ordinaire et dans la traduction anglaise courante [KJV]. Aucun niveau moindre ne convenait à Son appel. Il voulait que les appelés apprécient l’immense différence de cet objectif (la gloire et l’excellence de Dieu) par rapport à ce qui leur était familier en tant que Juifs sous la loi. Vivre longtemps sur la terre et être béni dans sa corbeille et dans sa huche (Deut. 28:5) était une perspective incomparablement inférieure ; et c’était même un terrain sans espoir, si on l’appliquait spirituellement à des créatures pécheresses comme ils étaient aux yeux de Dieu ; un tel ministère serait en effet un ministère de mort et de condamnation (2 Cor. 3:7,9). L’évangile proclame la grâce qui règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21) ; il est un ministère de l’Esprit et de justice, et même de la justice de Dieu, ce que nous devenons en Christ (2 Cor. 5:21). C’est pourquoi nous sommes toujours confiants, même en face de la mort et du tribunal de Christ, parce que Dieu nous mène pour le triomphe que nous connaissons en Christ (2 Cor. 2:14), et Il nous a déjà donné les arrhes de l’Esprit jusqu’à ce que nous aussi nous soyons glorifiés. Même la nouvelle alliance pour Israël sous le règne du Messie est tout à fait en deçà des relations célestes avec Christ que nous avons déjà.

Nous pouvons donc comprendre la ressource généreuse de Sa parole pour nous faire entrer intelligemment dans ce qu’Il nous a donné en accomplissant Son propos de grâce. Par Sa propre gloire et Son excellence, Il nous a assuré les très grandes promesses, bien plus élevées qu’aucune de celles données à Son peuple terrestre, Israël. Prenons un petit exemple de ce que l’apôtre lui-même avait dit au début de la première épître (1:3-5) : « Béni soit le Dieu et Père de notre seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, sans souillure, inflétrissable, conservé dans les cieux pour vous, qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi, pour un salut qui est prêt à être révélé au dernier temps ». Dans le verset que nous considérons (2 Pierre 1:4), il ne répète pas ce que sont ces précieuses promesses proposées maintenant à la précieuse foi des chrétiens. Mais ce seul échantillon (1 Pierre 1:3-5) peut suffire à montrer un caractère général, en contraste avec les espérances terrestres ; or autrefois, ces espérances terrestres suffisaient à les remplir de satisfaction et d’orgueil au plus haut degré, et ont ainsi grandement contribué à leur incrédulité à l’égard du Messie.

Les promesses chrétiennes ne se prêtent nullement à la sentimentalité humaine ni à l’ambition mondaine. Nous pouvons facilement comprendre comment les Juifs pouvaient se réjouir charnellement en pensant à l’avance au jour prédit par Ésaïe (49:23) où des rois seront les pères nourriciers de Sion et les princesses païennes ses mères nourricières. Ils se prosterneront devant Sion, face contre terre, et lécheront la poussière de ses pieds. Alors les fils des étrangers bâtiront ses murailles, et leurs rois serviront Sion, et ses portes resteront ouvertes jour et nuit continuellement, pour lui apporter la richesse des nations, et leurs rois en cortège triomphal (És. 60:10-11). Car la nation et le royaume qui ne serviront pas Sion périront ; et ces nations seront certainement dévastées (És. 60:12). Tout chrétien peut facilement vérifier d’après les prophètes en général, qu’il est facile d’accumuler les visions rayonnantes de la gloire terrestre assurée à Israël converti et restauré, quand se lèvera le jour de l’Éternel. Mais ici aussi, une seule voix inspirée suffit sans aucun doute.

 

3.4.2        [Participer à la nature divine. La vie éternelle. Ce qu’en disent les apôtres Jean, Paul et Pierre]

La chair dans son incrédulité et sa vanité parmi les chrétiens professants peut abuser de toute parole de Dieu. Or les très grandes et précieuses promesses offertes aux chrétiens ne fournissent, en elles-mêmes, aucune prise à l’action charnelle. Elles prévoient la venue du Seigneur et la transformation du corps de notre abaissement en la conformité du corps de Sa gloire. En ce jour-là, assurément, il ne pourra y avoir aucune perversion pour les chrétiens dans le ciel, ni pour Israël sur la terre, ni pour tous les justes sous le Messie et la nouvelle alliance. C’est maintenant que nous sommes exposés au danger, étant dans un monde mauvais régi par Satan, et avec la chair encore en nous. Or ces promesses nous ont été accordées par Dieu, dit l’apôtre, « afin que nous participions à la nature divine ». Car c’est dans l’exercice de Sa propre volonté que le Père des lumières nous a engendrés par la parole de la vérité (Jacq. 1:17-18).

Il ne s’est pas agi d’une simple opération, si excellente et puissante soit-elle, sur les pensées. Il y a eu cela, bien sûr. La conscience a été pénétrée et accablée par un sens juste de nos péchés et de notre état mauvais ; le cœur a été réellement exercé devant Dieu par Son amour manifesté en Christ et dans Son œuvre. Mais à côté de cela, une nouvelle nature a été communiquée, et ceci est tout à fait surnaturel dans son caractère. Nous sommes nés de Dieu, non seulement des fils par adoption, mais il nous a été donné le droit et la réalité d’être Ses enfants (Jean 1:12, 13). Tout au long de l’évangile de Jean, le dessein divin était de déclarer la vie éternelle dans le Fils de Dieu, de manifester son caractère en Lui-même et dans Ses voies et Ses paroles, mais aussi d’annoncer que cette vie, Il la donne d’autant plus nettement qu’Il a été rejeté par les Juifs et par l’homme — par le monde en un mot. De Jean 3 à 20 ceci est écrit avec plus de brillant que celui d’un rayon de soleil ; et si maintenant Il est renié par ceux qui autrefois se réjouissaient à cette lumière, cela ne peut être que par la puissance d’aveuglement de Satan.

Les saints de l’Ancien Testament avaient la vie dans le Fils ; ils étaient enfants de Dieu : sans cette vie, ils n’auraient jamais pu marcher par la foi et dans la fidélité comme ils l’ont fait, ni avoir part à la résurrection à Sa venue, ni ne pourraient régner avec Lui. Mais ce n’est que dans l’évangile de Jean que cette vie dans le Fils a été révélée comme une réalité connue, consciente et présente. Son privilège futur pour Israël converti et les brebis Gentils est clair (Ps. 133:3, Daniel 12:2, Matt. 25:46) ; mais alors et même avant, nous l’aurons, si nous sommes décédés, dans une résurrection pour le corps, comme maintenant nous l’avons dans nos âmes comme une certitude révélée et existante. Douter, obscurcir ou nier cette vérité fondamentale de christianisme vient du malin ; c’est lié à la fausse doctrine quant à la personne de Christ, et plus ou moins à la perte de presque toute la vérité caractéristique du chrétien et de l’église.

Cette vie dans le Fils ne dépend pas seulement de l’expression « vie éternelle », ni de l’évangile et de la première épître de Jean — là où on trouve la révélation de cette expression bénie que certains voudraient réduire jusqu’à l’éteindre. L’apôtre Paul parle en substance du même don de grâce avec d’autres formes de langage adaptées à la portée donnée à son enseignement. Regardons seulement l’épître aux Romains, bien que d’autres soient tout aussi claires et abondantes. Il nous parle de la vie dans le futur (Rom. 5:17, 21), mais aussi de la « nouveauté de vie » dans laquelle nous devrions marcher maintenant (Rom. 6:4) ; il nous commande de nous compter comme vivants à Dieu dans le Christ Jésus tandis que nous sommes ici-bas, et de nous livrer à Dieu, comme d’entre les morts, étant déjà faits vivants (Rom. 6:11, 13). Dans Rom. 7:4 il dit à ceux qui connaissent la loi qu’ils ont été rendus morts à la loi par le corps de Christ, pour être à Un Autre, à Celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin qu’ils puissent porter du fruit pour Dieu — ce qui est une impossibilité sans la vie en Christ, servant aussi en nouveauté d’esprit et non pas en vieillesse de lettre. Nier qu’une telle vie soit éternelle, serait s’en tenir à la lettre dans la manière d’exposer, même si le terme de vie éternelle n’est pas employé. Et encore en Rom. 8:2 : la vie dans le Christ Jésus est-elle quelque chose d’autre que la vie éternelle ?

Sans doute dans la chrétienté, et dans la plupart des milieux évangéliques, il y a la plus grande faiblesse quant à la réalité de la vie spirituelle communiquée maintenant au croyant. Il en résulte une tendance dangereuse, soit à l’amélioration du vieil homme, soit à un misérable vide, comme si nous n’avions que la chair, et l’Esprit de Dieu seulement pour guider et réprouver selon le besoin. C’est une triste perte de méconnaitre Christ en nous, Christ comme la vraie vie du saint, tandis que la vie adamique déchue est le partage de toute la race.

 

3.4.3        [Ayant échappé à la corruption]

C’est ce qui est impliqué par la « nature divine » dont parle Pierre et dont il dit que les saints en sont devenus participants par le moyen des promesses divines que Dieu leur a accordées, — « ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise », la source du mal. Il ne parle pas de la vie éternelle comme il a été donné à Jean de faire, ni de la mort et de la résurrection avec Christ comme Paul ; mais il présente le résultat moral, inséparable de la vérité comme chacun d’eux la présente ; il est aussi important que le croyant saisisse ce résultat et entre dans sa jouissance. Pierre parle donc du même privilège au fond [que les apôtres Jean et Paul] en ce que les saints participent à la nature divine, ou la possèdent en commun, et qu’il s’y joint la bénédiction morale « d’avoir échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise ». Le premier raccourci [participant de la nature divine] se rapporte plutôt au caractère divin dans lequel le croyant entre pour former sa pratique jour après jour ; l’autre raccourci [ayant échappé à la corruption…] se rapporte plutôt au côté négatif du mal et au danger auxquels la grâce a donné aux saints d’échapper par la foi : ces deux raccourcis tombent parfaitement dans la ligne de vérité sur laquelle l’apôtre aime s’appesantir. Jean se plait à témoigner de sa source en Christ le Médiateur ; Paul aime insister sur l’association avec Celui dont l’œuvre confère au croyant la délivrance non seulement des péchés, mais du péché ; il aime aussi insister sur les conseils éternels de Dieu pour la gloire céleste avec Christ, et insister sur Sa puissance présente par l’Esprit qui devrait opérer dans l’homme intérieur pour faire plus que tout ce que nous demandons ou pensons (Éph 3:20).

 

3.4.4        [Lien entre les diverses expressions ou vérités des versets 1 à 4]

Nous avons vu avec quel soin l’apôtre a été conduit dès le début à faire ressortir le caractère distinctif du christianisme dans sa manière d’agir avec les âmes. Ce n’était désormais plus la loi, comme ils l’avaient connue, exigeant de la cohérence avec les obligations envers le Dieu d’Israël ; cette loi s’adressait à un peuple dans la chair déjà formé et reconnu, et dirigé par une sacrificature divinement nommée, dont le rôle était de les maintenir en accord avec l’alliance légale qui les mettait à l’épreuve pour savoir s’ils pourraient se tenir sous Ses yeux. Le résultat fut non seulement l’idolâtrie, mais le rejet de leur propre Messie, le Juste (Jacq. 5:6) et, comme Il le leur a annoncé, le résultat continuera avec la réception de l’antichrist lors de la consommation du siècle, et la destruction de cette génération avec lui (Jean 5:43 ; la consommation du siècle est l’achèvement de l’époque ; l’antichrist est « l’homme de péché », 2 Thes. 2:3). L’évangile est fondé sur le principe entièrement différent de la grâce souveraine ; un autre caractère des choses s’ensuit et les résultats sont en contraste manifeste. L’évangile s’adresse aux Juifs et aux Gentils, pareillement coupables et perdus. Il les appelle, par la foi en Christ, au Dieu qui nous a réconciliés avec Lui-même (2 Cor. 5:18-19) par Celui qu’Il a fait péché pour nous (alors qu’Il était sans péché), afin que nous devenions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). C’est pourquoi le ministère de la réconciliation est là pour gagner les âmes pécheresses par la grâce salvatrice de Dieu ; et le ministère de l’église est là pour nourrir et guider les saints dans la vérité et par toute la vérité, – Christ étant le grand Sacrificateur, l’Avocat et la Tête, etc., et les sauvés sont faits rois et sacrificateurs, maintenant en droit et en jouissance, plus tard de manière publique dans ce qui sera le jour de gloire.

C’est la raison pour laquelle l’accent est mis ici d’une part sur le fait qu’ils avaient reçu une foi de pareil prix (1:1-2), et d’autre part (1:3-4) sur la connaissance de Celui qui avait appelé par Sa propre gloire et Son excellence, par lesquelles il avait donné les très grandes et précieuses promesses ; or ces promesses allaient bien au-delà de celles faites à Israël de sorte que, par elles, ils pouvaient devenir participants de la nature divine, ayant échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise. Car Pierre insiste toujours sur des réalités morales claires. Pour celles-ci, les ordonnances ou institutions ne servent à rien. Dans le christianisme, il y a et il doit y avoir

●        la communication directe à l’âme de la grâce de Dieu et de la vérité en Christ,

●        la connaissance de Dieu qui s’ensuit,

●        l’approche de Lui

o                                                    dans la confiance quant à Son amour

o                                                    dans la confiance de notre propre proximité dans une faveur connue, tous les péchés étant pardonnés.

Car il n’y a en effet ni énergie ni mérite de notre part, mais Sa divine puissance nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété. La foi est le moyen approprié.

 

3.5        [Ch. 1:5-7]

Pourtant, il y a besoin de beaucoup plus de notre part, et c’est ce que l’apôtre se met à faire valoir. Une nature divine requiert une abondance de soin et de zèle pour pouvoir se développer ; du fait que sa source et sa plénitude sont en Christ, et du fait qu’elle nous est communiquée et révélée par la Parole sous l’action de l’Esprit, elle est formée en tout ce qui lui convient, par la nourriture, l’exercice, les buts et les objets requis.

 

« pour cette même raison aussi, y apportant toute diligence [Darby : empressement], joignez à votre foi la vertu, et à la vertu la connaissance, et à la connaissance la tempérance, et à la tempérance l’endurance [Darby : la patience], et à l’endurance [Darby : la patience] la piété, et à la piété l’affection fraternelle, et à l’affection fraternelle l’amour ».

 

3.5.1        [pour cette même raison… : appel à la diligence ou empressement]

Il est évident que l’apôtre insiste ici sur la réalité expérimentale chez les saints. Au lieu de « pour cette même raison », la version autorisée anglaise (KJV) énonce « et à côté de cela », mais cela ne donne pas la vraie force du passage. Il s’agit en réalité d’un appel énergique pour ce qui est dû à la grâce de Dieu qui a communiqué la bénédiction éminente d’être participant d’une nature divine par la foi dans Ses très grandes et précieuses promesses. La puissance et la certitude de la grâce divine font comprendre, même à un esprit charnel, qu’on doit normalement trouver chez le croyant une décision de cœur sérieuse et pratique. Or l’Écriture va plus loin dans l’argument, et elle met en garde contre la paresse et le laisser-aller, et elle appelle à une diligence assidue de toute part. Voilà la raison exacte pour laquelle, en plus de ce qu’ils avaient déjà, ils avaient à exercer la diligence à tous égards.

C’est ainsi que le salut, selon le point de vue qui a été donné à Pierre, n’est pas considéré comme complet en Christ (comme en Éph. 2:8 ; 2 Tim. 1:9 ; Tite 3:5), mais plutôt comme un processus qui se poursuit jusqu’au bout du voyage à travers le désert (comme en Romains, Corinthiens, Philippiens et Hébreux, etc.). Ce sont des aspects distincts de la vérité, aussi vrais l’un que l’autre, quoique pas aussi élevés l’un que l’autre, mais tous deux sont très importants à retenir et à distinguer. Car c’est notre privilège comme croyants adultes, ou « parfaits » dans ce sens particulier, de jouir de la certitude sans nuage et de l’encouragement d’un salut si complet que nous sommes, non seulement vivifiés ensemble avec Christ, mais ressuscités ensemble et assis ensemble dans les lieux célestes en Lui. Pour cela, nous devons nous tourner vers les dernières épîtres de l’apôtre Paul. Comme croyants adultes (pleinement développés) nous n’avons pas moins à travailler à notre propre salut avec crainte et tremblement ; car c’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon Son bon plaisir (Phil. 2:12-13), avec le prix en vue reçu au moment de Sa venue en tant que Sauveur, pour rendre le corps de notre abaissement conforme à Son corps de gloire (Phil. 2 et 3 ; 3:21).

Nous sommes déjà par grâce participants d’une nature divine ; mais nous sommes encore dans un corps qui n’est pas encore racheté et nous traversons un monde de corruption sous l’effet de la convoitise. Et nous, qui sommes dans cette tente (tabernacle), nous gémissons (ou : soupirons), nous sommes chargés, mais non pas comme quand nous étions autrefois dans la servitude, mais du fait que nous sommes seulement libérés (ou : affranchis) en esprit et que nous devons encore attendre l’adoption pleinement, la rédemption de notre corps (2 Cor 5, Rom. 8). Il faut donc, en attendant, faire preuve de toute diligence en face du monde, de la chair et du diable. Il ne s’agit pas seulement de notre faiblesse et d’une position où nous sommes exposés au danger si nous ne veillons pas dans la prière, ou si, en quelque mesure, nous ne tenons pas compte de la Parole ; car nous appartenons au Père et au Fils, et nous sommes tenus de rendre le témoignage d’une bonne confession par le Saint Esprit, en paroles et en actes.

 

3.5.2        [joindre la vertu]

Il est supposé que tous les destinataires de l’épître avaient la foi, et il ne leur est donc pas dit de l’étoffer. Mais pour que nous puissions être formés spirituellement, ou croître dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, comme il est dit plus loin, nous sommes exhortés ici non pas à « ajouter » à notre foi, mais à « y joindre » la vertu, ou courage spirituel devant un monde hostile. Phil. 4:8 a été cité en vain pour s’opposer à ceci : qu’il s’agisse de valeur morale ou de vigueur spirituelle, c’est tout autant le sens en Phil. 4 qu’ici en 2 Pierre 1. Un sens plus vague affaiblirait les deux textes. C’est la première des sept qualités requises ici comme nécessité et puissance pratiques. Le chrétien rencontre des occasions urgentes pour toutes ces qualités, n’importe quand tous les jours — de sorte que nous n’avons pas à concevoir un progrès de l’une à l’autre par étapes successives, même si l’ordre a été donné ici avec sagesse par la puissance de Celui qui a inspiré l’auteur. Il y a une élévation perceptible de l’une à l’autre de ces qualités quant à leur caractère ; mais chacune d’elle doit en principe marquer plus ou moins le croyant du début à la fin, bien qu’ici, celui-ci soit appelé, et c’est très frappant, à se les approprier toutes pratiquement.

Il est certain que le plus jeune des saints trouve rapidement la valeur qu’il y a à joindre la vertu ou puissance morale à sa foi. Il a besoin de soutenir la foi, afin de ne pas s’écarter de son aptitude de né de nouveau à voir les choses dans la lumière de Dieu, au lieu de se servir de la lumière de ses propres yeux ou de celle des autres hommes. Le Seigneur Lui-même, après avoir été reconnu divinement comme le Fils de Dieu, a été conduit au désert pour être tenté par le diable ; il en va de même pour chacun de ceux qui sont fils de Dieu par la foi en Jésus Christ. Nous aussi, à notre mesure, nous sommes mis à l’épreuve et nous avons besoin de courage pour résister à l’adversaire, pour tenir ferme dans la foi et pour être soumis à l’Écriture. La confession de foi fait qu’on devient tout de suite une cible des attaques de Satan. Or nous avons à appliquer l’Écriture au moment opportun. Pour l’enfant, ce peut être le pur lait de la Parole ; or c’est justement la nourriture qui va lui permettre de grandir jusqu’au salut. Pour ceux qui ont atteint l’âge adulte, ce peut être plutôt de la nourriture solide. En tout cas le moyen de grandir jusqu’à Christ en toutes choses, ce n’est pas juste le pain issu du travail de l’homme, mais c’est la révélation de Dieu. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matt. 4:4). Sa parole vivifie. Elle révèle Christ comme Celui qui donne la vie, et elle associe ainsi immédiatement l’âme vivifiée à Dieu Lui-même.

 

3.5.3        [joindre la connaissance]

Il est clair que la vigueur spirituelle n’est pas tout. La connaissance est nécessaire aussi bien que le courage. L’Écriture la fournit de manière fiable, et dans le Nouveau Testament, elle fournit à la fois directions et instructions en abondance et avec précision : c’est le privilège des chrétiens. Quelle belle scène que celle de Luc 2 où notre précieux Seigneur, à douze ans, était assis au milieu des maîtres juifs, les écoutant et leur posant des questions, tandis que tous ceux qui L’entendaient étaient étonnés de Son intelligence et de Ses réponses ! Il était un vrai homme aussi bien que Dieu, avançant en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes. En tant que participants de la nature divine, nous avons une nouvelle capacité venant d’en haut ; et de plus, nous avons reçu non pas l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données librement par Dieu (1 Cor. 2:12). Il y a donc une plénitude de ressources pour répondre à ces besoins, et rien n’excuse l’ignorance des choses divines chez les chrétiens. L’homme naturel, animé par son âme, ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui ; et il ne peut pas les connaître, car elles se discernent spirituellement. Mais l’homme spirituel discerne toutes choses, et lui n’est discerné par personne. Car qui a connu la pensée du Seigneur pour l’instruire ? Mais nous avons la pensée de Christ (1 Cor. 2:14-16). Combien ce privilège permanent du chrétien est merveilleux et pourtant vrai !

 

3.5.4        [joindre la tempérance]

« À la connaissance » se joint la « tempérance » ou la maîtrise de soi. La connaissance, si précieuse soit-elle, risque d’enfler et d’engendrer des conflits ; et en elle-même, elle n’est qu’une piètre protection contre la convoitise, la rancune ou la passion. C’est pourquoi il faut absolument faire preuve de retenue. Il n’y a pas de loi contre un tel garde-fou : c’est plutôt un garde-fou tranquille contre l’enflure, qui préserve contre la faute du diable [l’orgueil], ainsi que contre son piège et contre l’opprobre. À aucun moment nous n’avons davantage besoin de veiller que lorsque nos sentiments sont gravement blessés. Car ils ne font que nous aveugler sur le caractère de toute impulsion hâtive et ils nous poussent à sacrifier au Moi toute considération chrétienne. Or nous sommes obligés de nous méfier de cela. C’est exactement ce qui n’a jamais agi en Christ, en aucun cas ni à aucun degré. Christ s’est toujours incliné devant Son Père en acceptant de Lui le pire affront, le pire déshonneur et le pire mépris venant de ceux parmi lesquels Il était en train de faire du bien, surtout de la part du peuple de Dieu dans son incrédulité.

Il ne fait aucun doute que la douleur est plus profonde si notre épreuve provient de Ses enfants, et plus aigüe si elle vient de ceux en qui nous avons eu une confiance et une estime particulières. Mais l’important pour l’âme, et surtout pour Dieu, n’est pas ce qu’un tel a fait ou a dit (de peur que cela ulcère puis enflamme), mais moi, suis-je au-dessus de tout cela par grâce ? Suis-je retenu non pas par moi-même, mais par Christ opérant en moi ? Cela rend capable de ne pas ruminer ce qui provoque, mais de penser aux choses aimables et à celles qui sont de bonne renommée (Phil. 4:8), et cette chaleur de notre côté nous fait oublier. Si d’autres trébuchent, est-ce que je manifeste Christ ?

 

3.5.5        [joindre l’endurance, ou patience]

Or il y a la souffrance pour la justice, si ce n’est pour le nom de Christ, et elle n’est jamais loin en distance ou en temps du chemin du chrétien ; il y a donc besoin de maîtrise de soi pour fournir de « l’endurance » [JND : patience]. Le croyant chrétien ne doit pas trembler s’il est appelé à souffrir à tort. Combien il est indigne de s’en plaindre, même si c’est naturel de le faire ! Mériter de souffrir procurerait-il une satisfaction quelconque ou un quelconque soulagement réel ? « Car il vaut mieux, si la volonté de Dieu le voulait, souffrir en faisant le bien, qu’en faisant le mal » (1 Pierre 3:17). « Mais si quelqu’un souffre en tant que chrétien, qu’il n’en ait pas honte, mais qu’il glorifie Dieu en ce nom » (1 Pierre 4:16). Oui, les croyants ont besoin d’endurance. Alors ayons cette « maîtrise de soi » qui met un frein, silencieux mais nécessaire, sur nous-mêmes et sur tous les caprices de la propre volonté ; elle fournit « l’endurance » en face de tous les torts infligés par autrui. Cela ne s’oppose pas à avoir de la réserve, et c’est tout à fait compatible avec la réprimande ouverte d’un saint qui fait ainsi fausse route.

 

3.5.6        [joindre la piété]

Un autre besoin de poids au moins égal ou plus important que le précédent est ensuite indiqué : « à l’endurance [joignez] la piété ». Quoi de plus important pour l’âme que de préserver les liens de révérence et d’affection, de dépendance et d’obéissance dans un exercice constamment renouvelé avec Dieu et notre Seigneur Jésus ! Or le danger des préoccupations terrestres est grand, à cause de la pression du travail, sans parler du train de notre époque, de la tromperie des richesses, de la déception de ce qu’on perd, de la convoitise de ce qu’on n’a pas. Ici, il nous est rappelé de donner à la piété une place permanente. Se confier à Lui, se plier implicitement à Sa volonté dans l’assurance que c’est ce qui est le mieux, — tout cela est d’autant plus béni quand la pression des persécutions met à l’épreuve notre endurance. Car en effet, Lui est bon, et fait du bien ; Il a surmonté le mal chez nous par Son bien (Sa bonté), et Il nous fortifie pareillement pour ne pas être surmontés par le mal, mais pour surmonter le mal par le bien (Rom. 12:21). Si nous ne savons pas ce qu’il faut demander comme il convient (Rom. 8:26), nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu (Rom. 8:28). Une vraie piété le ressent, c’est certain. Dans le même but, il commandait dans la première épître (1 Pierre 3:14, 15) de ne pas craindre les craintes du monde et de ne pas être troublés, mais de sanctifier dans nos cœurs Christ comme Seigneur, comme Lui avait toujours eu l’Éternel devant Lui (Ps. 16:8).

 

3.5.7        [joindre l’affection fraternelle]

Ensuite, il nous est rappelé que rendre à Dieu ce qui Lui est dû, n’ôte rien à « l’affection fraternelle », mais au contraire l’encourage et la guide ; car ce qui convient à la piété et qui est nécessaire pour qu’elle soit excellente, c’est d’y joindre l’exercice de grâce de « l’affection fraternelle ». Comme l’écrivait l’apôtre Paul à cet égard à ses chers Thessaloniciens récemment convertis : « Vous-mêmes, vous êtes enseignés de Dieu à vous aimer l’un l’autre ; car aussi c’est ce que vous faites à l’égard de tous les frères qui sont dans toute la Macédoine ; mais nous vous exhortons, frères, à y abonder de plus en plus » (1 Thes. 4:9-10). Cependant l’affection fraternelle a ses limites à cause de sa nature et de ses objets ; car elle n’est pas Dieu, et elle peut souvent laisser entrer ce qui Le met dehors. Ainsi, les frères glissent trop souvent dans un mal d’une sorte ou d’une autre ; et si on insiste sur l’affection fraternelle (comme c’est courant) comme étant le sommet de l’amour, quel tort cela cause aux saints ! et quel déshonneur pour le Seigneur et la vérité !

 

3.5.8        [joindre l’amour]

C’est pourquoi remarquez la sagesse divine et le profit pour nous, en ce que l’apôtre ne confond pas l’« amour » et l’affection fraternelle, mais il les distingue bien ; car il termine par l’exhortation à joindre l’amour à l’affection fraternelle. Il ne pouvait pas s’élever plus haut que l’amour, car non seulement l’amour est de Dieu, mais Dieu est amour. Il est de toute importance qu’à l’affection fraternelle nous joignons cet amour qui est de Dieu et qui est Dieu. Rien ici ne démontre plus l’état misérable de la chrétienté que le chœur des commentateurs qui ne pensent à rien au-delà de l’affection fraternelle, sinon à l’amour pour tous les hommes, y compris les ennemis, et qui négligent la source et la puissance de tout bien. Ainsi font Alford et Wordsworth, Bloomfield, Webster et Wilkinson, etc., représentent la plupart des nuances de la théologie moderne ; les anciens, pour autant qu’on sache, ne valent pas mieux.

 

3.5.9        [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon Calvin]

Les remarques de Jean Calvin sont singulièrement maigres pour passer en revue le beau cercle de vérité qui nous est donné ici. Il laisse la vertu et la connaissance en peu de mots pour se tourner vers l’affection fraternelle, et n’a rien à dire de plus sur l’amour que « Caritas latius patet, quia totum humanum genus complectitur » (« L’amour s’étend plus largement, car il embrasse toute la race humaine »). Ceci suffit pour représenter l’état des pensées des Réformateurs, dont Calvin a été considéré comme le principal auteur d’exposés. C’est tout à fait défectueux et erroné, car une telle vue fait perdre ce que l’un d’eux appelle « le couronnement de la vertu chrétienne ». Certes ce n’est pas monter vers une apogée seyante, mais c’est une descente depuis le caractère profond et fidèle d’une affection spéciale envers une sainte fraternité jusqu’à l’amour universel et bienveillant pour les hommes en tant que tels. Il parle comme l’auteur de Saturday Evening, ch. 12, qui était beaucoup trop humanitaire.

 

3.5.10    [différence entre l’amour et l’affection fraternelle selon l’apôtre Paul]

Au contraire, il y a une élévation immense et bénie depuis l’affection, si haute soit-elle, vers « l’amour » dans sa plénitude de nature. C’est ainsi que parle l’apôtre Paul qui a beaucoup communiqué à son frère (Pierre) apôtre de la circoncision pour l’écriture de ses deux épîtres, et dans son épître aux frères de Galatie après avoir exercé envers eux « des entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité » (Col. 3:12) avec un esprit de support et de pardon. « Et par-dessus toutes ces choses, l’amour qui est le lien de la perfection » (Col. 3:14), comme il écrivait plus tard aux Colossiens.

 

3.5.11    [élévation de l’amour selon Dieu — quelques citations de l’apôtre Jean]

Nous n’avons pas besoin non plus de citer les épîtres de Jean, aussi riche que soit leur apport de preuves dans le même sens. La raison aussi est assez simple. La nature de Dieu dans son énergie active d’amour est le complément de tout, et en même temps le standard qui nous fortifie contre tous les maux. L’amour, tel qu’il est connu en Dieu, dont Christ est la pleine expression, tout en étant nécessairement la plus expansive des affections, maintient tout Son caractère intact, refuse tout sacrifice de Ses droits qui servirait à tolérer ou pallier la faute ou l’erreur d’un frère ; l’amour s’élève à sa pleine hauteur en Dieu.

Combien cela se trouve de manière profonde et merveilleuse en Dieu qui a donné Son Fils unique et bien-aimé pour que nous, perdus et morts, nous vivions par Celui qui a été envoyé dans le monde avec la vie éternelle en Lui-même pour tous ceux qui croient ! oui, Il a été envoyé pour être la propitiation pour nos péchés, afin que soit effacé pour toujours le mal en nous, — ce mal qui est intolérable pour Lui, et une source de douleur et d’horreur pour nous ! Ce n’est pas pour que nous L’aimions ensuite, mais Lui nous a aimé à l’extrême : c’est pourquoi nous L’aimons Lui dont l’amour parfait chasse la crainte (1 Jean 4:18). Nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier (1 Jean 4:19). Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en Lui (1 Jean 4:16). Ainsi l’amour donne sa meilleure force, mais aussi sa sauvegarde préservatrice à l’affection fraternelle — tandis qu’il a sa portée la plus haute et la plus profonde selon sa source, sa nature et son caractère divins. « Bien-aimés, si Dieu nous aima ainsi, nous devons nous aimer l’un l’autre » (1 Jean 4:11) ; mais il ne dit jamais que nous « devons » aimer Dieu ; car c’est ce que nous faisons, si nous sommes effectivement appelés selon Son propos (Rom. 8:28). Il peut être parfois difficile d’aimer un frère quand il est détestable : mais nous aimons toujours Dieu. Cela ne nous dit-il pas ce qu’il faut laisser de côté ?

Il peut être intéressant pour certains de savoir que le trop célèbre évêque Warburton a prêché un sermon sur ces trois vers, intitulé « l’édification de la justice évangélique » (Œuvres, V, 123-143, 4to, 1788). Mais aussi capable fut-il dans son style particulier, et laissant quand même une forte impression de la sagesse divine de ces versets, il est vicié par son ignorance de la grâce et de la vérité, au point qu’il tient pour acquis que le Nouveau Testament, ici comme ailleurs, se réfère à ce que la Religion de la Nature (!) enseigne concernant la vertu par exemple.

 

3.6        [Ch. 1:8-9]

L’apôtre fait valoir l’importance de la diligence à laquelle il avait exhorté les saints par une double considération exprimée aux v. 8 et 9 :

●        en premier, il souligne la bénédiction d’être, dans notre état pratique, entièrement équipé pour toute bonne parole et toute bonne œuvre,

●        en second, il souligne l’effet dévastateur de la négligence sur notre état.

 

« Car si ces choses sont en vous et y abondent, elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ; car celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle, et ne voit pas loin, ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois ».

 

3.6.1        [1:8a — si ces choses sont en vous]

Ces diverses qualités, énoncées dans le bon ordre, étaient toutes requises pour le caractère chrétien. Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni l’esclave au-dessus de son seigneur (Matt. 10:24). Le chrétien suit Christ et il est Son témoin dans le chemin de tous les jours. L’apôtre Paul, rappelant les saints de Corinthe à l’obéissance, leur dit : « Vous êtes, vous, notre lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les hommes ; car vous êtes manifestés comme étant la lettre de Christ, dressée par notre ministère, écrite non avec de l’encre, mais par l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair du cœur » (2 Cor. 3:2-3). La nouvelle nature divine n’imite pas des aspects extérieurs de la convenance morale, mais elle regarde Christ objectivement, ce qui opère intérieurement en trouvant de la joie dans Sa perfection. La nouvelle nature participe donc à tout ce qui plaît à Dieu, et elle est particulièrement vigilante là où une conscience éveillée a ressenti et jugé un manquement particulier. Nous lisons donc ici : « Si ces choses sont en vous… » (1:8). La vie divine opère énergiquement dans toutes les bonnes directions.

 

3.6.2        [1:8a — et y abondent]

Mais l’apôtre a été conduit à rechercher davantage. Il insiste pour que ces choses [la liste des qualités requises] « abondent » ; or c’est ce qui se passe là où Christ habite dans le cœur par la foi. Sans doute les paroles de Éph. 3:17 vont immensément plus loin ; mais Christ est et doit être la source et la force du cœur pour tout ce qui est agréable à Dieu. L’exercice du cœur dans la pleine confiance de l’amour de Christ favorise la croissance dans ce qui est bon. Ces choses ne sont donc pas seulement ce qui permet au chrétien de réellement subsister, mais aussi d’abonder par le fait de dépendre de Sa grâce. Les difficultés ne nous distraient pas, si au lieu de nous en occuper intensément, nous sommes assez simples pour rejeter le fardeau sur Lui qui prend soin de nous, et prend plaisir à entendre le cri de la confiance de la foi en Lui, et donne Sa propre paix pour garder nos cœurs et nos pensées par le christ Jésus (1 Pierre 5:7 ; Jean 14:27 ; Phil. 4:7). Si jamais nous sommes ainsi affligés, la nouvelle nature, tout en n’épargnant aucunement notre moi ou celui des autres, nous donne de nous tourner vers les occupations qui lui sont propres, c’est-à-dire ce qui est pur, vrai, noble, juste, aimable et de bonne renommée (Phil. 4:8-9) ; elle donne de penser à ces choses, plutôt que d’être occupé du mal, quand ce n’est pas un devoir positif.

 

3.6.3        [1:8b — elles font que vous ne serez pas oisifs ni stériles]

Quel est l’effet de toutes ces choses ? Elles « font que ne vous serez pas oisifs ni stériles (ou : infructueux) pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ». La version autorisée a traduit, à tort, « stérile et infructueux » au lieu de « oisif et stérile ». Cela a conduit beaucoup de lecteurs et de prédicateurs à imaginer quelle pourrait être la différence entre « stérile » et « infructueux ». Mais il n’y a pas lieu d’introduire du doute ou quelque difficulté.

Si les caractéristiques pratiques du christianisme abondent chez les saints, ils ne seront ni oisifs ni infructueux. Combien il est indigne d’être oisif, en particulier du fait qu’on est dans une relation si bénie et du fait que cette relation est possédée par la grâce d’une nouvelle nature si excellente, qui repousse tout ce qui est mauvais ! Combien il est indigne d’être sans fruit si on fait partie des branches du Vrai Cep que le Père émonde pour qu’elles portent plus de fruit (Jean 15:2 ; 1 Pierre 1:17) ! « En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit ; et vous serez mes disciples » (Jean 15:8). Ainsi, l’apôtre Paul prie pour les fidèles Philippiens afin qu’ils soient purs et sans broncher jusqu’au jour de Christ, « étant remplis du fruit de la justice qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu » (Phil. 1:10-11).

 

3.6.4        [1:8b — pas oisifs ni stériles pour ce qui regardent la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ]

La sainteté de la nouvelle nature rend tout péché haïssable aux yeux du croyant. Mais comme la chair est encore en nous, et prête à être active et à se manifester, il y a la nécessité constante de la prière et du jugement de soi appliquant la parole avec vigilance. La relation avec des frères réclame sans cesse que nous ne fermions jamais les yeux sur le péché, mais que nous l’ayons en horreur dans l’affection fraternelle, et encore plus fortement dans l’amour qui nous fortifie pour garder Ses commandements et pour réprimander la désobéissance et toute iniquité d’un frère. Et si nous sommes attachés de tout cœur au Seigneur, pouvons-nous être insensibles à tous les humains qui nous entourent et qui restent, comme nous l’étions autrefois, inintelligents [JND insensés], désobéissants, asservis à diverses convoitises et voluptés, vivant dans la malice et dans l’envie, haïssables et nous haïssant les uns les autres (Tite 3:3) ? Si nous sommes oisifs pour confesser sincèrement, selon notre mesure, la grâce du Dieu Sauveur dans l’évangile, nous ne pouvons qu’être stériles (sans fruits) « pour ce qui regarde la connaissance de notre Seigneur Jésus Christ ». Où est alors notre cœur pour Dieu et pour Son Fils, pour les saints et pour les pécheurs ? Dans quel but sommes-nous laissés, depuis notre délivrance, dans un monde tel que celui-ci ? N’est-ce pas pour que Dieu soit glorifié en toutes choses, en ce qui concerne Ses enfants, par Jésus Christ, à qui est la gloire et la puissance aux siècles des siècles, Amen (1 Pierre 4:11) ?

 

3.6.5        [1:9a — celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle]

Mais l’autre côté est noté ensuite, et il est bon d’en tenir compte. « Car celui en qui ces choses ne se trouvent pas est aveugle ». Quelle tristesse qu’un tel signalement soit appliqué à quelqu’un qui porte le nom du Seigneur ! Pierre, dans sa première épître (1:8), n’avait-il pas présenté les chrétiens comme aimant Celui qu’ils n’avaient pas vu, et croyant sans Le voir, et pourtant ils exultaient d’une joie ineffable et glorieuse ? Ils n’avaient pas une vision naturelle, mais surnaturelle dans la merveilleuse lumière de Dieu. Quelle déchéance des privilèges divins quand on est « aveugle », ou même myope (= qu’on ne voit pas loin) ! C’est le manque de perception spirituelle par la négligence de la communion avec Dieu, c’est le résultat d’une habitude d’indifférence et d’égoïsme, amenant à attrister l’Esprit et au manque de considération pour Christ.

 

3.6.6        [1:9b — et ne voit pas loin (est myope)]

Ceci est expliqué par le mot qui suit : « myope » ou « qui ne voit pas loin ». Les choses éloignées, les choses célestes, ne sont plus les objets devant les yeux du cœur. Ainsi, les choses qui sont proches et devant tous les humains absorbent l’esprit. C’est un esprit mondain activement à l’œuvre pour les choses du monde, et non pas celles que le Père aime. Parce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde, selon l’avertissement de l’apôtre Jean (1 Jean 2:16). Le monde passe, et sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (1 Jean 2:17). La connaissance de notre Seigneur Jésus Christ est entravée et sa puissance de séparation est annulée si nous regardons, non pas aux choses invisibles, mais aux choses visibles ; car les choses qui se voient sont pour un temps, mais celles qui ne se voient pas sont éternelles (2 Cor. 4:18).

 

3.6.7        [1:9c — ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois]

Une autre perte immense s’ensuit : « ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois ». Ce n’est pas ici une âme qui nie la vérité de l’évangile, ou qui s’oppose à sa justification par la foi en Christ et en Son œuvre. Mais la jouissance de la paix avec Dieu a disparu. Car l’Esprit Saint, au lieu de rendre un témoignage présent à son esprit qu’il est un enfant de Dieu, témoigne de son incohérence et de son état mauvais. La doctrine, si certaine et si vraie, que les vrais adorateurs, une fois purifiés, n’ont plus aucune conscience de péchés, cesse d’être sa joie et est oubliée (Héb. 10:2). Sa conscience n’est pas claire, mais troublée quant à son état, au lieu d’être confiante et d’avoir une pleine liberté devant Dieu (Héb. 10:19). Jusqu’à ce qu’il se soit complètement jugé lui-même, il sent, quand il réfléchit, que son propre cœur le condamne ; et si c’est le cas, combien plus Dieu doit-Il le faire, Lui qui est plus grand que notre cœur, et qui sait tout ! (1 Jean 3:20).

N’est-ce pas dans ce devoir et dans ce sens qu’il encourt l’oubli de la purification de ses péchés d’autrefois ? Ce n’est pas qu’il abandonne la vérité ou qu’il désespère de lui-même ; mais il n’y a plus la conscience réconfortante de cette purification de nos péchés que l’évangile même proclame à tout croyant. Comment peut-il en être autrement dans ce gouvernement que Dieu, comme Père, maintient avec Ses enfants pendant le temps de notre séjour ici-bas (1 Pierre 1:17) ? Quand on se souvient vraiment de la purification de ses péchés d’autrefois, cela agit sur l’âme pour l’attacher à Celui qui, pour nous, est mort et est ressuscité, et qui nous fortifie pour haïr le mal en tout genre, spécialement celui dans nos propres voies. Oublier qu’on a professé avoir été purifié de ses péchés, c’est perdre la puissance et le devoir de la pureté pratique ; être chrétien ne devient alors qu’un nom.

Ici encore, dans ces paroles qui forment la conclusion de l’introduction de l’épitre, on peut voir le sérieux pratique qui caractérise éminemment notre apôtre. Son but n’est pas de clarifier la doctrine, mais c’est la puissance spirituelle pour chaque jour.

 

3.7        [Ch. 1:10,11]

« C’est pourquoi, frères, étudiez-vous d’autant plus à affermir votre appel et votre élection, car en faisant ces choses, vous ne faillirez jamais ; car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement donnée » (1:10, 11).

 

3.7.1        [1:10 — Étudiez-vous à…]

La vraie connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur est caractéristique du christianisme et s’élève bien au-dessus de ce que la loi et les prophètes ont transmis, si excellent que ce fût et que ce soit encore. Mais cette connaissance de notre Seigneur Jésus Christ que l’évangile communique, a pour but de faire que nous ne soyons ni oisifs ni stériles, nous qui sommes participants d’une nature divine. La chair doit être jugée, et le monde tenu à l’écart par ceux qui ont échappé à sa corruption par la convoitise. Nous avons besoin, comme toute vie en a besoin, de croître en prenant une nourriture divine appropriée ; et nous sommes appelés à faire la volonté de Dieu.

Il y a les affections à cultiver autour de nous et vers le ciel. Un avertissement remarquable venait d’être donné :

●        sur le résultat inévitable [oisif et stérile…] de l’indifférence au côté moral,

●        sur l’aveuglement qui s’ensuit,

●        sur la myopie vis-à-vis de la gloire et de l’excellence de Dieu – Jésus couronné de gloire et d’honneur dans tout ce qui convient à notre relation – et

●        sur les dangers toujours présents ici-bas [péchés d’autrefois].

 

Sinon, on oublie la rémission des péchés, solennelle et pleine de grâce, que donne l’évangile, et le sens du baptême pour la mort de Christ au début de la profession chrétienne.

C’est pourquoi la diligence demandée aux v. 5 à 7 [y apportant tout empressement…] est inculquée d’une manière différente aux v. 10 et 11 [étudiez-vous à…]. Aux v. 5 à 7, c’était avec la foi comme point de départ pour fournir les éléments nécessaires et bénis [v. 5b-7] qui forment le caractère chrétien : partant du courage moral [vertu] cela va jusqu’à l’amour divin reproduit dans le cœur et dans les voies ; le résultat est heureux là où ces éléments existent et abondent [v.8] ; l’effet est des plus tristes là où ils font défaut [v.9]. Ici aux v. 10 et 11, en regardant des deux côtés, l’apôtre exhorte ses « frères » à faire d’autant plus preuve de diligence : le but n’est pas simplement de traduire en souvenir vivant & reconnaissance & exercices de conscience leur première confession de la grâce divine envers eux en tant que pécheurs coupables ; mais le but de cette diligence est d’« affermir leur appel et leur élection ». Dans notre état déchu aussi bien que dans le monde, il n’y a rien du tout pour aider à la vie et à la piété. La plus belle présentation dans la chair est ce qu’il y a de plus trompeur et dangereux ; si les Gentils, comme les frères de Galatie et de Colosse, étaient si enclins à tomber dans ce piège, combien plus ceux qui avaient été Juifs, risquaient de s’éloigner de la grâce en revenant en arrière et en en faisant un credo à suivre, au lieu de tenir cette grâce pour la source, la preuve et la joie de la foi ?

 

3.7.2        [1:10a — L’ordre des termes, l’appel puis l’élection]

Il est clair que ce nouvel appel concerne notre état et le déroulement et le caractère de la marche qui en découlent. L’ordre même des termes l’indique, car du côté de la grâce divine, l’élection selon l’Écriture précède nécessairement l’appel. Le choix du chrétien par Dieu est dans l’éternité, tandis que Son appel est dans le temps, nous tirant des ténèbres vers Sa merveilleuse lumière (1 Pierre 2:9). Ainsi au début de la première épître, il est dit que les saints sont élus selon la préconnaissance de Dieu le Père ; mais c’est en vertu de la sanctification [ou : sainteté] de l’Esprit qu’ils ont été mis à part pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ (1:2). Le résumé bien connu de Rom. 8:28-30 est encore plus précis et plus complet. « Et nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son dessein. Car ceux qu’Il a préconnus, Il les a aussi prédestinés à être conforme à l’image de Son Fils, afin qu’Il soit premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’Il a prédestinés, Il les a aussi appelés ; et ceux qu’Il a appelés, Il les a aussi justifiés ; et ceux qu’Il a justifiés, Il les a aussi glorifiés ». Ainsi la chaîne de bénédiction sera complète lorsque les nombreux [plusieurs] frères auront été rendus conformes à leur Seigneur glorifié, y compris quant au corps. L’ordre en Rom. 8 est clairement celui de la grâce de Dieu, tandis qu’ici en 2 Pierre 1 l’appel vient avant l’élection car il s’agit de son application effective à l’homme. Cela est en harmonie avec le contexte qui traite du gouvernement moral actuel des âmes.

 

3.7.3        [1:10a — Affermir l’appel et l’élection]

Le passage, là où il est, correspond à ce que nous avons en 1 Pierre 1:17-19 : « Et si vous invoquez comme père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour [ici-bas], sachant que vous avez été rachetés de votre vaine conduite qui vous avait été enseignée par vos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache », etc. La crainte à laquelle nous sommes invités n’est pas de l’incertitude quant à notre rédemption, car celle-ci, au contraire, est effectuée en toute puissance et clarté. C’est une crainte filiale dont la force est basée sur le seul sacrifice efficace, mais qui est adoucie parce qu’un Père saint et impartial veille sur chaque étape de notre pèlerinage ; et comme Il ne veut pas nous condamner avec le monde, Il châtie parce qu’Il nous aime trop pour passer sous silence nos manquements. Ici, l’accent est mis sur la responsabilité chrétienne, afin qu’il n’y ait pas d’incohérence dans nos voies. Son appel, comme Son élection, sont une question de grâce souveraine, et n’admettent aucune remise en cause. Mais la situation est différente lorsqu’on parle de notre appel et de notre élection. Dans ce cas, la négligence met du désordre dans la marche, et compromet la profession que nous faisons de Son nom, elle enlève notre joie et affaiblit ou empêche notre témoignage, et ce d’autant plus si notre conscience est sensible. Le cœur nous condamne, comme il est dit en 1 Jean 3:20 ; et combien Dieu le fait davantage : Lui qui, plus grand que notre cœur, connaît toutes choses et nous pousse à nous juger nous-mêmes, afin que notre cœur ne nous condamne pas !

 

3.7.4         [1:10b — Vous ne faillirez jamais]

Il est donc insisté sur la fidélité pratique avec d’autant plus de diligence pour affermir notre appel et notre élection ; « car en faisant ces choses » qui plaisent à Dieu et qui sont Sa volonté à notre égard, notre appel et notre élection sont affermis — ce dont nous jouissons, — au lieu qu’ils soient lâches et instables quand notre état est négligé ; et on peut ajouter que notre appel et notre élection sont aussi  affermis pour les autres qui s’attendent à ce que nos voies soient en accord avec nos paroles. En marchant dans la dépendance et l’obéissance, nous ne trébucherons jamais. Il est donc très humiliant de trébucher quand on circule hors du chemin, et qu’on prend à tort sa propre volonté ou la suggestion de l’ennemi comme étant la direction du Seigneur. Qu’il est pénible d’apprendre que toute la connaissance fait défaut ici ; et que nous devons être amenés à un profond jugement de soi, et à la vigilance en regardant au Seigneur et en s’appuyant sur Lui pour Le suivre de près. Car n’importe qui peut voir un manquement, et la chair sait censurer sans mesure et sans cœur. Seule la grâce peut purifier selon la norme du sanctuaire ; mais cela peut être retardé par ce qu’on manque à pénétrer jusqu’aux racines de ce qui a induit en erreur. Et ici c’est nous-mêmes qui sommes à blâmer, car il y a en Christ et dans la Parole toutes les ressources pour répondre au besoin, et aussi pour fortifier nos frères, comme Pierre lui-même a dû l’apprendre, et l’a si bien appris.

 

3.7.5        [1:11 — l’entrée dans le royaume éternel]

Mais d’autres encouragements suivent maintenant. « Car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ vous sera richement fournie [Darby : donnée] ». Là encore, il ne s’agit pas de la prédiction d’un fait éminent, mais de ce que réalise pleinement déjà maintenant l’âme qui marche irréprochablement devant Dieu. C’est ainsi que l’entrée dans le royaume doit être fournie. On est ainsi rendu capable d’anticiper dans une riche mesure le royaume éternel. C’est ainsi que l’Esprit s’est plu à le décrire. En tout cas, il n’est pas présenté comme un étalage de gloire par un médiateur dans une règne sur la terre pendant mille ans, aussi béni que cela sera ; mais ce qui est présenté est plutôt ce qui est immuable. Car il est aussi révélé ailleurs que Ses esclaves Le serviront et ils verront Sa face, et ils régneront aux siècles des siècles (Apoc. 22:3-5).

Ainsi donc, à ceux qui marchent fidèlement par grâce « l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ sera richement donnée ». Non seulement le mal est évité, mais il n’y a rien qui obscurcisse les yeux ou qui charge le cœur. La gloire future remplit richement l’âme ; elle est ce qui Lui appartient et est partagé avec nous comme héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ. Nous sommes ainsi introduits dans cette gloire pour que le cœur en jouisse ; car l’Esprit, n’étant pas attristé, n’est pas arrêté par nos erreurs et nos fautes afin de nous humilier, mais Il peut nous montrer les choses à venir. « Il me glorifiera, car il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera » (Jean 16:14). L’entrée dans le royaume sera richement fournie dans le cas décrit [v.10], donnant une joie pratique et une puissance au-dessus de tout ce qui est présent et dont Satan se sert pour chercher à aveugler et à occuper ceux qui ne veillent pas.

 

3.8        [Ch. 1:12 — Je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours]

Un grand principe divin apparaît dans les paroles qui suivent, lesquelles méritent qu’on y fasse attention. Car la preuve en est abondante et claire, et ces paroles constituent un sérieux avertissement à ne pas négliger ce principe, en ce moment même, comme aussi de tout temps ; le négliger met en péril la gloire de Dieu dans Ses saints.

 

« C’est pourquoi je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses, quoique vous les connaissiez et que vous soyez affermis dans la vérité présente » (1:12).

 

3.8.1        [Importance de la Parole écrite]

La solennité avec laquelle cet apôtre inspiré, apôtre de notre Seigneur, donne son dernier message est une preuve claire de toute l’importance de la parole écrite, non seulement pour communiquer la vérité avec une autorité divine, mais aussi pour en garder intact le souvenir vivant chez les saints.

 

3.8.2        [« Correction inspirée » dans le cas des Galates]

Nous apprenons en Gal. 1:6-10 à quel point les frères Gentils étaient versatiles et enclins, sous de mauvaises influences, à oublier même le principe fondamental de l’évangile qu’ils avaient entendu du plus grand prédicateur qui ait jamais vécu. « Je m’étonne de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, à un évangile différent, qui n’en est pas un autre ; mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent pervertir l’évangile du Christ. Mais quand nous-mêmes, ou quand un ange venu du ciel vous évangéliserait outre ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème. Comme nous l’avons déjà dit, maintenant aussi je le dis encore : si quelqu’un vous évangélise outre ce que vous avez reçu, qu’il soit anathème. Car maintenant, est-ce que je m’applique à satisfaire des hommes, ou Dieu ? Ou est-ce que je cherche à complaire à des hommes ? Si je complaisais encore à des hommes, je ne serais pas esclave de Christ ».

 

3.8.3        [« Correction inspirée » dans le cas des Corinthiens]

Nous apprenons également de 1 Corinthiens que, dans la capitale de l’Achaïe où le même apôtre Paul avait prêché et gagné beaucoup de gens au Seigneur, les vaines pensées grecques détournèrent vite des voies et de la volonté de Dieu, dès qu’il eut le dos tourné. Cela alla jusqu’à compromettre la vérité de la résurrection, — mais non pas celle de l’immortalité de l’âme, qui avait la faveur de la philosophie et dont le premier homme a pu faire et a fait un mauvais usage pour s’exalter lui-même. De cela vient que la première épître, malgré sa proximité des origines, reprochait aux Corinthiens leurs écoles charnelles avec des meneurs, leur basse moralité, leur mondanité en se faisant des procès, leur fréquentation des fêtes d’idoles comme si ce n’était rien, et le laxisme dans les relations naturelles. Il fallut même réaffirmer l’évangile en 1 Cor. 15, tandis que leurs désordres lors de la Cène et dans l’assemblée nécessitèrent des réprimandes et des redressements en 1 Cor. 11, 12 et 14.

 

3.8.4        [« Correction inspirée » dans les autres épitres]

On se contentera de mentionner les « disputes sur des questions douteuses » qui mettaient en danger la paix des saints à Rome (Rom. 14), — la prédication par envie et par esprit de dispute chez certains Philippiens (Phil. 1), — ceux qui faisaient pleurer l’apôtre au point de les qualifier d’ennemis de la croix du Christ, dont la fin était la perdition et dont le Dieu était leur ventre et la gloire était dans leur honte, et qui avaient leurs pensées aux choses terrestres (Phil. 3).

L’épître aux Colossiens n’appelle pas non plus à ce qu’on s’y arrête ici, bien que cela puisse être long et approprié de le faire au vu des ravages qui menaçaient ces saints à cause d’incursions de la philosophie païenne et d’éléments juifs sur ce qui est la gloire de la Tête et sur l’unité du corps avec Lui.

Les épîtres aux Thessaloniciens ont été écrites entre autres pour détromper ces jeunes chrétiens de diverses erreurs : la première épitre au sujet des saints défunts lors de la venue de Christ, la seconde épitre au sujet du jour du Seigneur pour les saints vivants.

Les lettres aux fidèles compagnons d’œuvre de Paul, Timothée et Tite, traitent explicitement de l’abandon de la foi, des bavardages profanes, des discours vains, et de ceux qui égarent, en particulier ceux de la circoncision. Dans tous les cas, elles fournissent le remède adéquat dans la grâce et la vérité de Dieu, comme il faut le savoir.

Le piège opposé, exposé dans la grande épître aux Hébreux, est éminemment instructif. L’apôtre y expose la gloire de Christ dans Sa personne, Son office et Son œuvre, afin de délivrer les croyants circoncis de leur attachement traditionnel au judaïsme avec sa sacrificature, ses ordonnances et son sanctuaire ; ils n’avaient pas réussi à s’en détacher après tant d’années de connaissance de Christ. Mais l’Esprit de Dieu ne voulait plus continuer à tolérer cette lenteur d’esprit, naturelle chez les bébés, mais incompatible avec la nourriture solide d’hommes adultes qui ont leurs sens exercés à distinguer le bien du mal (Héb. 5:14). L’exhortation de la part de Dieu est donc de prendre leur véritable place chrétienne qui consiste à entrer avec une pleine liberté dans les lieux saints par le sang de Jésus (Héb. 10:19), et à sortir vers Lui hors du camp, en portant Son opprobre (Héb. 13:13). Ceci était exprimé formellement avant la destruction de la ville et du temple, afin que les saints se débarrassent de leurs vieux langes, pour être complètement et uniquement chrétiens, fidèles de Christ par la foi, avant que Dieu agisse bientôt en providence.

Les dernières épîtres sont les plus complètes sur la ruine imminente de l’église professante, les dernières de toutes (Jude et Jean) soulignant l’apostasie à la fin avec le jugement impitoyable du Seigneur. Car « la dernière heure », même si elle se prolongeait par la patience divine, était déjà caractérisée par « de nombreux antichrists », gage certain de « l’Antichrist » qui sera détruit au jour du Seigneur.

 

3.8.5        [Les nouvelles écritures (NT) et leur puissance, une ressource (nourriture et protection) et une norme permanentes]

Ce bref aperçu de la correction inspirée est la preuve la plus convaincante de ce que les saints chrétiens dépendaient des nouvelles écritures (NT) pour que leurs âmes soient protégées de l’oubli de la vérité et des aberrations de tout l’entourage : or l’esprit de mensonge les provoque et les favorise. Mais, en plus de cela, ces nouvelles écritures fournissaient la nourriture au temps voulu. Pour les saints de Rome, l’apôtre Paul ne fait référence qu’à la révélation d’un mystère ou d’un secret à l’égard duquel le silence avait été gardé dans les temps éternels, mais qui était maintenant manifesté et donné à connaître à toutes les nations par des écrits prophétiques, selon le commandement du Dieu éternel, pour l’obéissance de la foi (Rom. 16:25-26). Mais ce mystère n’était pas révélé dans cette épitre aux romains. Il ne l’a pas été non plus aux Corinthiens dans son côté céleste, mais seulement dans son fonctionnement terrestre ; encore moins aux Galates ou aux Thessaloniciens. Ce n’est que lorsque Paul fut prisonnier à Rome qu’il révéla pleinement le mystère aux saints éphésiens et colossiens, et de là à toute l’église, progressivement et largement. La parole est la vérité, et sa forme écrite, par l’inspiration puissante de Dieu, y ajoute Sa permanence immuable, tout comme la ressource et la norme pour Ses enfants.

 

3.8.6        [Les attaques contre les Écritures]

On ne peut pas non plus douter qu’aujourd’hui se déroule l’attaque la plus redoutable, la plus répandue et la plus virulente contre les Écritures depuis le départ des apôtres. De tout temps, des hommes mauvais ont cédé [devant ces attaques] ; et leurs doutes et leur incrédulité ont circulé avec plus ou moins d’audace. Mais aujourd’hui, l’incrédulité est si éhontée que les sièges de l’enseignement humain en sont les forteresses ; et les théologiens rivalisent avec les scientifiques et les littéraires dans la négation de la parole de Dieu, de la Genèse à l’Apocalypse, — négation pas tout à fait franche jusqu’à négation ouverte. La révélation divine est donc une question brûlante aujourd’hui, d’autant plus que le fait de la contester contamine largement et profondément toutes les sectes ou écoles de pensée de la chrétienté.

Et qu’en est-il de ceux qui se défendent d’avoir une position sectaire ? N’a-t-on pas affirmé parmi eux, oralement et par écrit, que l’Église n’a pas besoin de l’Écriture, du moins si elle marche décemment et en ordre ? N’a-t-on pas prétendu qu’« il ne sert à rien d’envoyer des bibles s’il n’y a pas de prédicateurs » ? ou encore que « la parole de Dieu est dans les écritures » ? non pas que l’écriture soit la parole écrite, mais Christ est la parole de Dieu ? On prétend que « les écritures sont plutôt un enregistrement de cette parole plutôt que la parole elle-même ».

Nous connaissons tous ce genre de langage chez les adversaires de la vérité ; mais combien il est solennel que ces expressions d’incrédulité, qui prétendent être une louange de l’Écriture, passent comme venant de l’Esprit de Dieu chez les plus ignorants de ceux qui étaient autrefois les plus fermes pour la Bible ! Et combien encore plus solennel qu’une telle impiété n’ait pas été jugée chez ceux qui en étaient coupables, et répudiée avec horreur et humiliation par les plus intelligents ! N’y a-t-il personne qui soit assez vrai de cœur pour Dieu et pour Sa parole, pour s’élever au-dessus de la peur des conséquences ?

 

[L’auteur développe ensuite des détails sur d’autres cas d’incrédulité manifestés dans des difficultés particulières parmi les chrétiens en fin du 19ème siècle. Il n’a pas paru utile à la compréhension de 2 Pierre de reprendre ces commentaires.]

 

3.8.7        [Nécessité des rappels insistants de l’apôtre. Réinculquer la « vérité présente »]

Ces exemples montrent les besoins, non seulement dans des dénominations lointaines, mais même parmi des chrétiens autrefois simples, pleins de grâce et fidèles. Ces échantillons de besoins peuvent aider, en tant que cas concrets, à mieux voir la valeur incalculable de l’aide dont l’apôtre parle ici aux saints. Il devait être toujours prêt à leur faire souvenir de ces choses, venant juste d’insister pour qu’ils en tiennent compte, même s’ils les connaissaient et étaient établis dans la vérité présente les concernant. Avec quels égards il fait appel à eux, et combien il leur attribue le plus possible de points positifs ! Il était vraiment esclave autant qu’apôtre de Jésus Christ, et ne dominait pas sur leur foi, comme un compagnon d’œuvre de Paul en coopérant comme lui non seulement à la joie, mais à la stabilité et la sécurité (2 Cor. 1:24).

Il ne suffisait pas que les saints connaissent les choses que l’évangile leur communiquait, ni même qu’ils soient affermis en elles. Ces grands faits de grâce divine, avec la responsabilité morale qu’ils impliquent, sont « la vérité présente » : Jésus le Messie venu effectivement, rejeté par la nation élue selon ce que les prophètes avaient annoncé et comme base de tout. Mais on le laissait facilement échapper, parce que les visions rayonnantes du royaume n’étaient pas encore accomplies et tendaient à éclipser ce qui était plus profond et essentiel. D’où la solennité de l’apôtre voulant réinculquer à ses frères la vérité qui était alors devant eux, tellement distincte du passé et du siècle à venir.

C’était, comme il l’avait dit, la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur (1:2) ; la connaissance en particulier de notre Seigneur Jésus Christ (1:8), sans laquelle personne ne peut connaître Dieu comme Il doit être maintenant connu. En vain les gens vantaient ce qui était si précieux dans le temps précédent. Tous les prophètes et la loi avaient prophétisé jusqu’à Jean ; et aucun plus grand que Jean-Baptiste n’avait été suscité parmi ceux qui sont nés de femmes (Matt. 11:11). Mais depuis ses jours le royaume des cieux souffrait de violence, et les hommes de violence s’en emparent (Matt. 11:12). C’est maintenant une question de foi qui traverse toutes les difficultés et tous les obstacles dans la puissance de l’Esprit pour recevoir le Fils de Dieu qui est venu, et cela met nécessairement à l’épreuve toute âme d’homme. Car c’est la vie éternelle qu’ils connaissent le Père révélé par le Fils qu’Il a envoyé dans ce but (Jean 17:3). Y avait-il aucune connaissance comparable à cela ? En vain ils parlaient de leur « père Jacob » (Jean 4:12), ou de tous les pères depuis Abraham, qui exultait à l’idée de voir le jour de Christ, comme il le voyait par la foi et s’en réjouissait. Car Une Personne unique était venue qui, quoiqu’étant homme, pouvait dire : Avant qu’Abraham fut, JE SUIS (Jean 8:58). Ceci changeait tout pour la foi, et rendait inexcusable l’incrédulité qui ne faisait que rester dans le passé.

 

3.8.8        [Négliger la vérité présente]

Négliger « la vérité présente », c’était perdre Dieu et Son Fils. Car elle seule met le croyant en relation vivante avec Dieu, et met à disposition Sa puissance divine qui nous a assuré tout ce qui regarde la vie et la piété ; car ceci est inséparable de la connaissance de Celui qui nous a appelés par Sa propre gloire et Son excellence (1:3). C’est en fait ce que nous entendons par « le christianisme », en tant que vie, non moins qu’en tant que foi qu’on confesse ; et c’est pourquoi il implique une croissance pratique, comme nous l’avons vu, dans tout ce qui convient au chrétien, ce dont Dieu est le juge, Lui qui daigne nous instruire avec toute précision du fait que nous sommes devenus participants de la nature divine, et ayant ainsi échappé à la corruption qui est dans le monde par la convoitise (1:4). Car ce que la loi ne pouvait pas faire car elle était faible par la chair, Dieu, ayant envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché et pour le péché, a condamné le péché dans la chair, afin que la juste portée (ou : exigence) de la loi soit accomplie en nous qui ne marchons pas selon la chair mais selon l’Esprit (Rom. 8:3-4). Car Dieu n’a que faire des simples formes maintenant, Il veut avoir de la réalité chez ceux qui sont Siens. Plus les privilèges actuels sont grands, plus les saints doivent s’appliquer à affermir leur appel et leur élection (1:10), à éviter de trébucher et à ce que leur soit assurée une riche entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ (1:11). Car, comme le dit un autre apôtre cher à Pierre, « celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17).

 

3.9        [Ch. 1:13-14]

Mais pratiquement, les croyants sont exposés à des influences néfastes, distrayantes pour l’esprit et attirantes pour la chair, de sorte qu’ils sont comme des montres qui ont besoin d’être remontées régulièrement. Il ne suffit pas de connaître et d’être affermi dans la vérité présente. C’est pourquoi l’apôtre est prêt à leur faire toujours souvenir de ces choses (1:12). Puis encore, il réinsiste comme leur besoin urgent tant qu’il vit, et en vue de son départ prochain (1:13,14).

 

« Et j’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente (tabernacle), de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire, sachant que le moment de déposer ma tente s’approche rapidement, comme aussi notre Seigneur Jésus-Christ me l’a montré » (1:13, 14).

 

3.9.1        [La vérité présente, son importance par rapport aux révélations précédentes]

Comme tout chrétien est tenu de le croire, celui qui croit sait que le grand ennemi se dresse lui-même le plus possible contre tout ce que Dieu a réellement en main ; il peut donc facilement comprendre l’importance de ce soin de l’apôtre Pierre pour les saints. Il en a toujours été ainsi. Caïn et Abel ont été chacun séparément mis à l’épreuve par la vérité alors urgente du sacrifice ; la foi en a saisi la valeur et l’incrédulité l’a dédaignée. Hénoc et Noé ont tous deux reconnu l’ancienne vérité, mais ils ont été mis à l’épreuve, et trouvés fidèles, par rapport à ce que Dieu leur a révélé chacun en son temps. Abraham détenait tout ce qui précédait, mais il a cru aux promesses, et s’est confié dans ce que le « Dieu tout-puissant » lui révélait à lui, pèlerin parmi des races à détruire à cause de leur iniquité. Dieu fit sortir Israël d’Égypte, à son tour, et les a amenés à travers le désert dans le pays de Canaan, sous condition de la loi qu’ils s’engagèrent à respecter dans leur confiance en eux-mêmes. Le chrétien commence avec la rédemption par Son sang qui nous donne la vie éternelle, et il marche dans la lumière du vrai Dieu révélé en amour et dans Son appel à Sa gloire éternelle (1 Pierre 5:10). Dans tous les cas, la puissance de la foi se manifeste en s’appropriant spécialement « la vérité présente », tout en appréciant tout ce qui a été donné à connaître auparavant, car tout cela était l’œuvre de Dieu et Sa communication.

Mais, tandis que cela est vrai en principe, la nature infinie de la révélation de Dieu de Lui-même en Christ rend le dépôt effectif de la foi précieux et d’une importance majeure au-delà de toute comparaison. Il ne s’agit pas d’une simple révélation de la part de Dieu, mais d’une révélation de Dieu. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont maintenant donnés à connaître

●        à travers notre Seigneur comme homme, et

●        dans Son œuvre de rédemption en conséquence de laquelle Il est maintenant dans la gloire céleste, et,

●        par l’Esprit envoyé du ciel, l’Esprit de Dieu et de gloire qui repose sur le chrétien (1 Pierre 4:14).

Notre apôtre ne nous fait pas connaître tous ces merveilleux privilèges, individuels ou de l’église corps de Christ ; mais il insiste sur l’importance majeure de la connaissance de Dieu qui est maintenant la portion de la foi, au-delà de ce qui pouvait exister avant la venue de Christ, ou de ce qui sera bientôt déployé au monde dans le royaume.

 

3.9.2        [La tradition ne fait pas autorité, elle n’est que paroles d’hommes]

C’est l’Esprit par inspiration qui a mis cette charge sur l’apôtre, sachant qu’il n’avait plus beaucoup de temps et que le moment de déposer sa tente (tabernacle) terrestre était proche. Il n’a jamais pensé à de la tradition au sens de transmettre quelque addition orale de l’homme. Quel effet cela a-t-il eu pour les hommes avant ou après le déluge ? Quel était l’enjeu de prétendre avoir de la tradition en Israël ou dans la chrétienté ? Le prophète s’est exprimé sur l’absence de valeur de la crainte de l’Éternel enseignée par un commandement d’hommes (És. 29:13) ; le Seigneur a été encore plus catégorique en disant que l’effet de la tradition était la transgression du commandement et l’annulation de la parole de Dieu (Matt. 15:3, 6, 9). L’inspiration fait qu’elle n’est pas une parole d’hommes, mais comme elle l’est vraiment, la parole de Dieu (1 Thes. 2:13) ; celle-ci agit aussi en ceux qui croient ; l’inspiration revêt la Parole de la permanence divine comme étant écrite par l’Esprit.

 

3.9.3        [Valeur de la Parole inspirée]

C’est pourquoi l’apôtre Paul commandait à Timothée de demeurer dans les choses qu’il avait apprises et dont il était assuré, sachant de qui il les avait apprises, et que, dès son enfance, il avait connu les saintes lettres qui sont capables de rendre sage pour le salut par la foi qui est en Jésus-Christ (2 Tim. 3:14,15). Cela fait bien sûr référence à l’Ancien Testament. Mais il ajoute encore : « Toute écriture est insufflée ou inspirée de Dieu et utile pour enseigner, convaincre, corriger, instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16-17). Il s’agit d’une phrase formulée expressément de manière à englober non seulement tout ce qui était déjà paru du N.T., mais aussi tout ce qui restait à écrire. Les termes ne pouvaient pas être conçus de façon plus simple et plus absolue pour déclarer l’autorité de Dieu sur chaque partie de la Parole écrite. La qualifier d’authentique est totalement en deçà de la force de l’expression. Elle a été inspirée ou insufflée par Dieu, afin que nous puissions connaître les choses que Dieu nous a librement données (1 Cor. 2:12), ceci étant exprimé en paroles, non pas enseignées par la sagesse humaine, avec faiblesse et défauts quelconques, mais en paroles enseignées par l’Esprit. Les pensées et les paroles étaient pareillement spirituelles, afin que le résultat soit la parole de Dieu, certaine et complète.

Notre apôtre, comme Paul, avait son départ devant les yeux, ainsi que le mal croissant par de faux docteurs enseignant la dépravation et le scepticisme. Les deux apôtres désignent avec précision l’Écriture comme la grande sauvegarde. Tous les deux mettent de côté la tradition, et tous les deux excluent toute pensée de succession apostolique. La grâce pouvait susciter des hommes fidèles pour enseigner la vérité qu’ils avaient apprise, ou pour instruire d’autres personnes compétentes pour la communiquer. Mais l’Écriture seule est la règle de foi, la seule norme infaillible donnée par Dieu à tous Ses enfants pour tester ce qu’ils entendent ; et elle est d’autant plus bénie et nécessaire que des hommes méchants et des imposteurs avancent de mal en pis, séduisant et étant séduits (2 Tim. 3:13). L’Écriture seule a l’autorité divine. Par elle, Dieu parle directement à toute âme ; c’est ce que l’apôtre Jean exprime dans sa première épître : « Nous {ceux qui sont inspirés, apôtres et prophètes} nous sommes de Dieu : celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas : à cela nous connaissons l’Esprit de vérité et l’esprit d’erreur » (1 Jean 4:6). Personne n’a honoré l’Écriture comme Christ l’a fait du début à la fin, sur la croix, et une fois ressuscité d’entre les morts. Il a même établi la parole écrite comme un témoignage définitif au-delà de Ses propres paroles (Jean 5:47).

 

3.9.4        [La Parole de Dieu écrite est complète]

Ce n’est là qu’une partie de ce qui pourrait être cité pour expliquer ce que l’apôtre a ressenti ici quand il était guidé par Dieu pour écrire ses dernières paroles. La tradition n’est rien d’autre qu’un fondement de sable ; et le fondement des apôtres et des prophètes (Éph. 2:20) est trop bien posé par la grâce divine pour admettre un supplément, que ce soit une vague et imaginaire succession apostolique, ou une douzaine rivale mise en place par des prophètes modernes (?). L’Écriture doit être elle-même complète pour rendre l’homme de Dieu complet et entièrement équipé pour toute bonne œuvre (2 Tim. 3:17 ; Darby : « accompli et parfaitement accompli »). Mais la puissance divine est nécessaire pour recevoir la parole écrite, pour en jouir et pour la mettre à exécution ; et cela est conféré à chaque chrétien par le don du Saint-Esprit demeurant en nous et avec nous pour toujours. Cette parole est la seule norme. Avec son départ en vue, l’apôtre voulait écrire ses dernières paroles inspirées pour stimuler les saints en rappelant ce qui est facilement oublié, mais à cause de son prochain départ, cela devenait d’autant plus urgent, « comme notre Seigneur Jésus-Christ me l’a montré ».

 

3.9.5        [Souvenir de la réprimande de Pierre par Paul — Encore contre la tradition]

Pierre se souvenait de la grave leçon qu’il avait apprise par l’intermédiaire de Paul à Antioche, lorsqu’il n’avait pas lui-même gardé à l’esprit la vérité communiquée de façon si vivante par la vision de Joppé et par son accomplissement à Césarée, — celle de la grâce de Dieu adressée désormais aux Gentils comme aux Juifs. Le pilier de la circoncision [Pierre] fut condamné, et celui à qui avait été confié l’apostolat de l’incirconcision [Paul] lui résista devant tous (Gal. 2:11,14), et pour l’amour de la vérité, il fit le récit d’un si grand manquement dans l’Écriture. Si cela peut sembler peu de choses à des yeux charnels, c’était une dissimulation pour plaire à certains qui venait de chez Jacques, compromettant la liberté des Gentils et abandonnant la vérité de l’évangile. Dieu prit donc soin de l’enregistrer comme telle, une réfutation accablante d’un siège romain infaillible, s’il y avait quelque preuve (ce qui n’est pas le cas) que Pierre eût été le fondateur de l’église de ce lieu, ou son premier évêque. La tradition le dit, et les gens crédules le croient, sans et même malgré le témoignage contraire et clair de l’Écriture. Paul ne l’a pas fondée non plus, mais il a écrit son épître aux saints de Rome avant d’y être mené en prisonnier de Jésus-Christ pour les Gentils (Éph. 3:1), et finalement pour son martyr.

Pourtant, Irénée, — qui se situe au-dessus de tous les pères de l’église au deuxième siècle comme Clémens de Rome au-dessus de ceux du premier siècle, — nous dit dans son « livre III contre les hérésies » que Matthieu publia son évangile en hébreu « lorsque Pierre et Paul étaient en train d’évangéliser à Rome et d’y fonder l’église ». C’est ce qu’adopte le célèbre et premier historien ecclésiastique, Eusèbe (H.E. V. 28), bien qu’il s’agisse d’une erreur inconciliable avec l’Écriture. Il avait déjà dit (II.25) auparavant en suivant Dionysius, évêque de Corinthe, que Pierre et Paul avaient fondé l’Église à Corinthe avant d’aller à Rome pour un travail semblable. Or nous savons que Paul a été celui qui a planté l’église à Corinthe (Actes 18), et non pas Pierre. Quoi de plus clair pour montrer l’absurdité de faire confiance à la tradition, même celle des premiers jours, en présence de la lumière sûre de la parole de Dieu ? Néanmoins tout justifie le zèle de notre apôtre (Pierre) à ne rien laisser pour l’édification à un canal aussi désordonné, mais à écrire tout ce qui était nécessaire pour aider, garder et stimuler les saints par des paroles enseignées par l’Esprit, afin qu’ils soient ainsi mis en face de Celui qui a inspiré ces exhortations. C’est ainsi seulement que nous pouvons connaître Dieu et avoir communion avec Lui.

 

3.10   [Ch. 1:15]

Dans une troisième formulation, l’apôtre présente l’importance urgente qu’il ressentait par l’Esprit pour la parole écrite ; ici, il dit expressément qu’« après son départ », ils devraient être capables à tout moment « de se rappeler ces choses ».

 

« Et je m’étudierai aussi qu’après mon départ, vous puissiez en tout temps vous rappeler ces choses » (1:15).

 

3.10.1    [Témoignages écrits, témoignages oraux — Témoignages rendus à Christ]

C’est là l’un des nombreux et immenses avantages de l’écriture par rapport à la parole orale, même si cette parole orale est donnée de façon très claire par la plus haute autorité. Personne ne l’énonce plus clairement que notre bienheureux Seigneur en Jean 5, où Il récapitule aux Juifs réticents les divers témoignages rendus à Son égard comme des fondements de foi.

1.      « Vous avez envoyé vers Jean, et il a rendu témoignage à la vérité » (Jean 5:33).

2.      « Moi, j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que le Père m’a données pour les accomplir, ces œuvres mêmes que je fais rendent témoignage de moi, que le Père m’a envoyé » (Jean 5:36).

3.      « Et le Père qui m’a envoyé, lui, a rendu témoignage de moi » (Jean 5:37).

4.      « Vous sondez les écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi…. Car si vous aviez cru Moïse, vous m’auriez cru, car il a écrit à mon sujet. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jean 5:39, 46, 47).

 

Jamais homme ne parla comme cet Homme, selon le jugement même de Ses ennemis (Jean 7:46). Pourtant, au grand sommet des témoignages, le Seigneur n’hésite pas à mettre la parole écrite à la place supérieure d’autorité avec un caractère de permanence qui lui est propre, afin que le lecteur ou l’auditeur puisse la peser et la repeser avec prière. Ceux qui rabaissent l’Écriture pour privilégier à l’excès le ministère devraient réfléchir à Sa décision. Combien il est remarquable que le Seigneur parle ainsi des livres de Moïse, qui étaient alors incontestablement ce qu’ils sont maintenant, comme de nombreuses citations le montrent, et en tout premier celles que Lui en fait ! Pourtant, l’effronterie moderne a levé son talon (Ps. 41:9) contre ces livres tout autant que contre ceux d’Ésaïe et Daniel. Mais Celui qui sait ce qui est en Dieu non moins que ce qui est dans l’homme (Jean 2:25) a anticipé et s’est prononcé contre toutes ces critiques vantardes de l’incrédulité.

 

3.10.2    [Une nouvelle Écriture qui n’est pas la tradition : le Nouveau Testament]

Il est tout aussi évident que l’apôtre a suivi son Maître dans l’horreur de la tradition. Elle n’a jamais été digne de confiance depuis que Dieu a jugé bon de transmettre Ses pensées dans de saints écrits ; et moins que jamais depuis qu’un nouveau corps de vérité a été révélé pour amplifier, instruire, exercer et consoler la foi dans ce que nous appelons le Nouveau Testament. Plus la vérité était élevée, (comme cela est forcément le cas en rapport avec la personne de Christ, son œuvre et ses offices, découvrant une sphère illimitée de choses célestes moralement et de choses à venir), plus la nouvelle Écriture était impérativement nécessaire et fournie abondamment ; et c’est le même Esprit qui a été donné personnellement pour aider les croyants, que Celui qui avait inspiré les instruments choisis pour la parfaite communication de cette nouvelle Écriture.

 

3.10.3    [Les Écritures comme sauvegarde contre ceux qui résistent à la vérité]

L’un des plus grands périls que les apôtres prévoyaient après leur propre départ est la montée et la multiplication d’imposteurs, corrompus dans leurs pensées, réprouvés quant à la foi (2 Tim. 3:8). Ces hommes résistent à la vérité : certains par la superstition, les fables et la tradition ; d’autres par le mépris et la raillerie de la parole de Dieu en général, et de la prophétie en particulier. Ce qu’on peut lire de la part de Paul en 2 Tim. 3, et ici de la part de Pierre, montre que les grandes sauvegardes sont :

(1) de savoir de quelles personnes on a appris la vérité (2 Tim. 3:14b), non seulement l’enseignement, mais la conduite, le but, la foi, le support, l’amour, la patience, les persécutions, les souffrances (2 Tim. 3:10) ; et

(2) non seulement les saintes Écritures, l’Ancien Testament, capables de rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus (2 Tim. 3:15), mais « toute écriture » divinement inspirée et utile pour enseigner, convaincre, corriger, instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre (2 Tim. 3:16).

Autrement dit il y a un très haut degré de valeur

●        dans une source connue en relation immédiate avec le Dieu qui a communiqué Ses pensées, Sa grâce et Sa volonté ; ainsi que

●        dans la certitude divinement assurée que les paroles et les pensées ont été enseignées sans équivoque par l’Esprit.

Aucune sauvegarde confiée à l’église, pas seulement aux ministres mais à tous les saints, n’est aussi sûre et infaillible que l’Écriture.

 

3.10.4    [Les faiblesses des écrivains des écritures inspirées ne nuisent pas. Perfection de l’Écriture]

Ce n’est qu’une tricherie d’incrédulité que de tirer argument de l’infirmité des hommes [les écrivains inspirés] employés pour cette œuvre de toute importance. Admettant même toute infirmité possible, nous sommes assurés (d’après ce que Dieu nous dit en 1 Cor. 2 et 2 Tim. 3) que Son inspiration empêche l’action de la faiblesse humaine de nuire à la fiabilité absolue de ce qui est révélé (en particulier révélé pour amener nos âmes qui le croient à se soumettre directement à Dieu). Il est parlé à la conscience, à l’intelligence et au cœur, à chacun de manière appropriée ; mais le but est que nous puissions avoir communion avec les messagers inspirés, et ainsi, par le Saint-Esprit, avoir communion avec Dieu Lui-même, avec le Père et Son Fils Jésus-Christ, et avoir la puissance dans la nouvelle vie pour une marche sainte.

Le devoir primordial pour le chrétien est donc de se détourner de ces hommes mauvais, qu’ils soient savants humainement ou bigots dans leurs manières, soit qu’ils sapent les Écritures, soit qu’ils leur substituent la tradition. Avoir une forme de piété ne fait que rendre plus dangereux ces séducteurs qui se séduisent eux-mêmes. Il est vain de raisonner sur les Écritures comme étant partielles ou fragmentaires. C’est une caractéristique essentielle de celles-ci que, parmi beaucoup d’autres choses qui ont été données par l’Esprit oralement, Dieu a choisi tout ce qui était destiné à être permanent et utile, tout ce qui était nécessaire pour rendre accompli celui qui est le plus avancé et le plus honoré, et même parfaitement accompli pour toute bonne œuvre. Même si nous pouvions avoir d’une source incertaine des bribes tirées de l’enseignement du Seigneur ou de n’importe quel apôtre, qu’est-ce que cela pourrait ajouter pour produire le résultat spirituel que l’Écriture revendique pour elle-même ? Ce n’est pas le moindre de ses mérites que l’Écriture, si étonnamment complète qu’elle répond à tous les besoins et réfute toutes les erreurs, et qu’on doit aussi la débarrasser du superflu [s’il s’en trouve sous l’effet de la tradition ou par l’ajout humain de mots supplémentaires]. Combien elle est digne de Celui qui l’a donnée comme elle est !

 

3.10.5    [« Toute écriture ». Pas d’erreurs partielles]

Ce n’est pas seulement contre les sceptiques que nous avons à être sur nos gardes. La corruption s’introduit par ceux qui ne nient pas ouvertement l’inspiration, mais la rognent, acceptant l’erreur dans l’histoire ou dans d’autres domaines secondaires (comme ils les appellent), et qui attribuent la sélection de ce qui est écrit aux instruments sans Dieu. Mais dire et dédire, c’est se séduire soi-même et séduire les autres. Si Dieu a inspiré les écrits, Il a suggéré, Il a sélectionné, Il a inclus, Il a laissé de côté. Il a donné les pensées et les mots ; Il a tout guidé et tout contrôlé. Voilà l’Écriture.

La première et la plus grande caractéristique est que Dieu a inspiré toute écriture, le moindre brin écrit lorsque Paul a écrit sa dernière lettre à Timothée, sa dernière lettre à qui que ce soit. Toute écriture est insufflée de Dieu, y compris tout ce qu’Il a voulu ajouter ensuite. Cela suffit pour tous ceux qui connaissent Dieu, et qui ont toutes les raisons de se méfier d’eux-mêmes ou d’autres hommes qui n’ont pas été inspirés. L’apôtre Jean le dira plus tard encore, et de la manière la plus tranchante : « Pour vous, enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus [les séducteurs et antéchrists], parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. Pour eux, ils sont du monde ; c’est pourquoi ils parlent selon les principes du monde, et le monde les écoute. Nous [les inspirés], nous sommes de Dieu ; celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas : à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur » (1 Jean 4:4-6). Quel terrible avertissement à ceux de la « haute critique » et à leurs victimes ! L’Écriture possède, par-dessus tout, l’autorité indélébile de Dieu, non seulement quant à ce que cela signifiait, mais quant à ce qui est écrit ; or s’il en est ainsi, c’est de la manière la plus pleinement profitable. Sa valeur est sans rivale, non seulement en tant que source ultime de vérité, mais aussi en tant que norme selon laquelle le ministère le plus élevé, y compris celui d’un apôtre, devait être jugé (Actes 17:11).

 

3.10.6    [Les ministères œuvrent sur la base de l’Écriture inspirée]

Le ministère est l’exercice d’un don de la part du Seigneur monté au ciel (Éph. 4) ; Il n’a pas donné ses précieux dons seulement à la Pentecôte, soit pour poser les fondements par les apôtres et les prophètes, ou pour perpétuer d’autres dons jusqu’à ce que le corps soit complet au sens plein du terme (Éph. 4:13). Or la base et les ressources du ministère dépendent de l’autorité de la parole écrite ; et c’est ainsi qu’Il a ouvert la voie lorsqu’Il était sur terre l’Apôtre suprême de notre confession comme aussi le souverain Sacrificateur ou Grand Prêtre (Héb. 3:1). Qui a autant que Lui honoré, aimé et utilisé les Écritures avec Dieu, avec l’homme, avec Satan ? C’est ce que nous voyons avec tous les écrivains inspirés. Quelle que soit la nouvelle vérité à communiquer, ils ont été conduits par l’Esprit à faire comprendre aux saints à fond les revendications divines de l’ancienne écriture sainte. Personne n’est plus remarquable de cette manière que celui qui s’est appelé le moindre de tous les saints (Éph. 3:8), à qui nous sommes redevables plus qu’à tout autre de l’administration du mystère caché dès les siècles en Dieu, mais révélé maintenant (Éph. 3), ministre de l’église (ou « serviteur de l’assemblée » comme il le dit en Col. 1:25) pour compléter la parole de Dieu.

 

3.10.7    [L’esprit de l’homme tend à remplacer le Saint Esprit. La ressource reste l’Écriture. Naissance du clergé]

Nous pouvons ensuite observer avec quel soin l’apôtre Pierre exclut toute dépendance non seulement de la tradition, mais de toute fonction ecclésiastique après son départ. Lorsque la foi décline et parallèlement la puissance de la vérité en proportion, alors l’énergie de l’homme prend la place du Saint-Esprit, et le monde entre avec l’amour des choses du monde pour voiler, obscurcir et détruire l’amour du Père ; les choses extérieures prennent une place excessive et de plus en plus fausse. Le baptême et la Cène du Seigneur, au lieu d’être gardés dans leur vraie petite place, deviennent à la longue des pièges d’erreur et des moteurs de destruction, prenant le vêtement de la réalité de la grâce qui est dans le Christ Jésus. Il en a été ainsi avec les anciens, surtout lorsqu’ils n’ont plus eu l’authentification directe ou indirecte des apôtres. Et ainsi on a conçu orgueilleusement la fiction d’une succession apostolique, sans parler du rêve moderne d’un apostolat entier de douze personnes nommées par des prophètes aussi prétentieux et aussi faux que ces apôtres eux-mêmes. Pierre reste muet sur toute ressource de ce genre pour l’avenir. Il a été conduit par Dieu à fournir l’Écriture aux saints. « Et je m’appliquerai à ce qu’après mon départ, vous puissiez en tout temps vous rappeler ces choses. »

C’est exactement ce que le grand apôtre de l’incirconcision [Paul] demandait aux anciens de l’église d’Éphèse de faire quand il les a rencontrés à Milet (Actes 20). « Je sais qu’après mon départ, il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour entraîner les disciples à leur suite. Veillez donc, vous souvenant que pendant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun de vous avec larmes. Et maintenant, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés ». Les anciens allaient devenir un danger et un mal pour eux-mêmes et pour les disciples, — non pas eux seulement, mais eux en tout premier ; car c’est d’eux que n’a pas tardé d’émerger un clergé (non pas des hommes ayant un don), ce qui demeura inconnu du vivant des apôtres. Si la parole de Christ avait habité richement les saints (Col. 3:16), un tel changement n’aurait pas pu avoir lieu. On a regardé à l’homme, et on s’est mis à négliger la parole de la grâce de Dieu, puis à l’oublier et elle a perdu sa puissance.

 

3.10.8    [Immense propagation de l’erreur dans les dernières décennies]

Quiconque observe la chrétienté, y compris cette partie qui se vante d’avoir la Bible ouverte et d’être séparée des idolâtries et momeries du papisme, peut-il douter que l’avertissement de l’apôtre se soit vérifié, et que bien pire soit en train de progresser rapidement ? Quiconque se rend compte de l’énorme changement intervenu au cours des soixante-dix ou quatre-vingts dernières années [= fin du 19ème siècle], le mal se répandant et s’approfondissant, soit par la superstition [= religions de rites] soit par la libre-pensée [= incrédulité], ne peut que ressentir humiliation et horreur, à moins d’être sous l’emprise de l’une ou l’autre de ces illusions ? L’un des signes les plus douloureux et les plus certains de l’œuvre du grand ennemi est la propagation quasi universelle de l’erreur et de la mondanité, non seulement dans les grandes communautés, mais partout, jusqu’aux plus petites. Il en est ainsi dans le nouveau monde et le monde occidental, comme dans l’ancien monde ; il en est ainsi dans presque tous les pays et toutes les langues, et spécialement dans ceux qui, autrefois, saluaient tout ce que la Réforme a retrouvé quant à la vérité et a rendu aux mortels affamés et assoiffés.

Combien peu ceux qui se glorifient de la lumière, de la liberté et du progrès du siècle qui s’ouvre (20 ème) sont conscients de ce que tant les adhérents sensuels et sentimentaux des églises de réveil, que les intellectuels irréligieux qui mutilent les Écritures, tous ceux-là préparent activement la voie à ce que l’apôtre Paul appelle « l’apostasie », lorsque l’Ancien comme le Nouveau Testament seront tous deux rejetés avec mépris ; lorsque le Sauveur et Sa croix, Sa gloire dans le ciel et Son retour, seront des objets de dérision ouverte et de moqueries obscènes générales ! Le christianisme dans son ensemble sera rejeté par les papistes et les protestants, par les épiscopaliens et les presbytériens, par les indépendants et les baptistes, par les méthodistes, etc., par les quakers, les résistants passifs et les contestataires en tout genre. Le fait de négliger la parole prophétique ne fera qu’accélérer la terrible catastrophe.

 

3.11   [Ch. 1:16]

Dans son zèle à fournir aux saints des fondements divins de la foi, l’apôtre fortifie ses lecteurs en leur rappelant un déploiement unique de gloire apparue dans une vision directe dont il avait été personnellement spectateur avec d’autres témoins adéquats.

 

« Car ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées, que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de sa majesté » (1:16).

 

3.11.1    [Une vision propre à Pierre et aux évangiles synoptiques]

Une vision plus merveilleuse qu’aucun miracle, une scène plus impressionnante et plus majestueuse que toute autre vision sur terre, une miniature vivante du royaume futur, plus instructive, plus vivante et plus glorieuse qu’aucune prophétie ne pouvait présenter, — voilà ce qui fut donné à des yeux et des oreilles de saints, afin que ce soit divinement enregistré et que cela fortifie le cœur des fidèles. Tous les évangiles synoptiques avaient déjà ce récit. Mais manifestement, il n’entrait pas dans le cadre du quatrième évangile de le décrire, bien que beaucoup aient pensé qu’il y faisait allusion dans la dernière phrase de Jean 1:13. Mais ici, notre apôtre l’atteste en tant que l’un des trois qui ont été choisis pour voir la gloire et entendre la voix du Père au sujet du Fils ; c’est un passage du Nouveau Testament propre à l’épître de Pierre, susceptible d’avoir une large application, et allant au-delà du témoignage oculaire et approprié de ceux qui étaient admis au plus haut degré des mystères chez les Grecs. Car ἐπόπται (témoin oculaire) n’est pas la même chose que αὐτόπται (ayant vu personnellement) dans Luc 1:2.

 

3.11.2    [Raison de l’absence du « Écoutez-Le »]

Néanmoins, sans entrer dans les détails, nous pouvons tous percevoir que l’épître omet une leçon des plus importantes pour les chrétiens et que les évangiles ont été inspirés à transmettre : « Écoutez-Le », Lui le Christ, le Fils de Dieu. Ces mots ont été prononcés à cause de la proposition hâtive, superficielle et irrévérencieuse de Pierre de faire ici trois tentes (tabernacles), une pour le Seigneur, une pour Moïse et une pour Élie. Marc ajoute qu’il ne savait que répondre, étant effrayé comme les autres. Et leur peur ne fit que s’aggraver par la nuée lumineuse (le signal de la présence de Dieu) qui les couvrit, et dans laquelle ils entrèrent et de laquelle la voix du Père fit une réprimande de grace : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir : écoutez-le » ; Moïse et Élie disparurent alors.

Pourtant, seul Pierre omet ce « Écoutez-Le », et lui seul [avec Matthieu] donne l’expression personnelle et grandiose du plaisir du Père (1:17). Imputer à une carence des hommes soit l’omission, soit l’addition, c’est trahir sa propre incrédulité quant à la perfection de la parole de Dieu. Ces différences sont autant voulues que leur présence simultanée dans les évangiles ; il ne s’agit pas de divergences réelles de sens, mais d’indications distinctes de la vérité pour mener à bien le dessein spécial du Saint-Esprit dans chaque partie de la Sainte Écriture. Les évangiles devaient initier et maintenir la valeur et l’autorité premières de la parole de Christ, non seulement telle qu’elle fut prononcée, mais aussi comme devant être communiquée de manière permanente et en temps voulu dans ce qu’on appelle communément « le Nouveau Testament ». Pierre corrobore ici le témoignage au royaume de Christ par la scène magnifique dont il a été témoin sur la sainte montagne de la Transfiguration. Or personne n’avait autant de raisons que lui, à tous points de vue, de se souvenir du « écoutez-Le » dans cet incident inoubliable. Son omission est donc le fruit, non d’une faiblesse, mais d’un dessein divin. Pierre est en train ici, comme il le dit, de faire connaître à ses frères hébreux croyants « la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ » : la phrase oraculaire bénie « écoutez-Le » aurait été aussi déplacée ici qu’elle était de la plus haute importance pour le dessein de Dieu dans les évangélistes synoptiques.

 

3.11.3    [Une vision de la gloire, mais la gloire ne vient qu’après les souffrances]

Examinons ensuite brièvement le caractère et l’enseignement de ce qui est arrivé sur la montagne. Ce qui a suscité le déploiement de sa gloire dans le royaume avant qu’elle soit établie, était le besoin de fortifier les Siens pour prendre la croix à la suite du Maître. Car les disciples, comme les frères incrédules, comme la chrétienté aussi, s’attendaient au progrès et au triomphe, et méconnaissaient la foi et l’amour mis à l’épreuve par la souffrance avec Christ, le modèle de toute sainte endurance. C’est pourquoi le Seigneur leur parla clairement de Ses propres souffrances et des gloires après celles-ci. Pareillement il faut que les pécheurs soient sauvés avec justice ; et quant aux saints, qu’ayant souffert avec Lui, ils soient aussi glorifiés avec Lui. Si nous souffrons avec patience, nous régnerons aussi ensemble. « Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles parmi cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura lui aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. Et il leur dit : En vérité, je vous le dis, il y a ici quelques-uns de ceux qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu entrer en puissance. Six jours plus tard, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les mène seuls à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux » (Marc 8:38 à 9:2). Non seulement l’apparence de Son visage devint toute autre comme Il priait, resplendissant comme le soleil, mais ses vêtements aussi devinrent éclatants comme la lumière (Matt. 17:2). Il n’y eut pas d’anges, mais Moïse et Élie apparurent en gloire, et parlèrent de Son départ qu’Il allait accomplir à Jérusalem (Luc 9:31).

 

3.11.4    [Un échantillon du royaume à venir, pas de l’éternité]

C’était donc un échantillon anticipatif et incomparable du royaume, non pas comme il a été depuis qu’il est en mystère, mais en manifestation publique comme il sera quand Christ viendra en puissance et en gloire. Alors qu’il y avait tellement de quoi éprouver les disciples par Son humiliation qui devait encore s’approfondir, pouvait-il y avoir quelque chose davantage rempli de grâce de Sa part et plus adapté à leur besoin, que ce qu’Il a accordé à ces disciples : ils devaient être choisis parmi les douze pour être seuls avec Lui dans Son angoisse [à Gethsémané], et c’est justement ces trois-là qui ont été avec Lui pour contempler un avant-goût si extraordinaire ! Car il y avait là les grands éléments du royaume à venir.

Ce n’est pas du tout un tableau de l’éternité, lorsque le royaume sera remis à Celui qui est Dieu et Père, après que Christ aura aboli toute principauté et toute autorité et puissance, et que le Fils lui-même sera assujetti à Celui qui Lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu (Père, Fils et Saint-Esprit) soit tout en tous (1 Cor. 15:24-28). On reconnaît facilement cela en Apoc. 21:1-8. Mais ici, c’est l’Homme exalté, fait Seigneur et Christ après que l’homme l’ait crucifié et mis à mort (Actes 2:36). Ici, Il est vu comme quand Il régnera en puissance de sorte que tous verront, à la fois les saints morts et ressuscités [comme Moïse] et les vivants transmués [comme Élie] correspondant aux deux hommes glorifiés. Il y aura aussi les justes dans leur corps naturel, comme les trois disciples honorés ayant libre accès à la bienheureuse vision.

 

3.11.5    [Le royaume dans le plan de Dieu]

Cela peut ressembler aux pensées des Corinthiens qui savouraient les choses des hommes — quel mélange détestable ! Et quel dommage ! Car le royaume est le grand plan de Dieu et il est la réponse à la honte que le monde fait peser sur les chrétiens fidèles, comme autrefois sur Christ jusqu’à l’extrême. Si dans leur dévouement envers Lui, ils devenaient un spectacle pour le monde, tant pour les anges que pour les hommes, combien il était juste que dans le jour de gloire à venir ils soient exaltés avec Christ ! Alors le monde connaitra que le Père a envoyé le Fils, bien qu’Il se soit abaissé si bas en grâce, et il connaitra qu’Il a aimé les saints comme Il a aimé Christ, aussi faibles et inutiles que ces saints se soient sentis (Jean 17:22, 23). Il y aura « le monde » d’hommes non glorifiés ; il y aura Israël et les nations sur terre pour l’apprendre ; ce ne sera pas en effet dans l’état éternel, mais dans le royaume que Christ établira et manifestera durant le « siècle à venir ». Quand l’éternité suivra le jugement du « grand trône blanc », la justice habitera dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre, au lieu de régner comme dans la terre millénaire. Pour cette dernière, le Fils de l’homme recevra le royaume et reviendra (Luc 19:15) pour régner ; pour l’éternité, Il remet le royaume au Père, afin que Dieu soit tout en tous, après qu’il en soit fini du règne médiatorial et du jugement, et que l’univers soit mis en parfaite harmonie avec les conseils et les voies de Dieu en grâce et en justice, quant au bien et au mal, pour Sa gloire aux siècles des siècles.

 

3.11.6    [Nous vous avons fait connaître la puissance et la venue…]

Selon un témoignage (mais que certains contestent) il était réservé au pape Léon X d’avouer sans rougir que pour la communion romaine et son chef, l’évangile s’était avéré être une fable profitable ; et la basilique Saint-Pierre de Rome se dresse comme le monument construit avec une partie de l’argent payé pour des indulgences par les âmes plongées dans l’ignorance ! — c’est ce trafic grossier des péchés qui a amené la Réforme. Quel contraste avec le saint homme qu’ils revendiquent à tort comme étant leur premier pape ! Voici la simple et véritable affirmation d’un vrai pêcheur d’âmes : « Car ce n’est pas en suivant des fables ingénieusement imaginées que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, mais comme ayant été témoins oculaires de Sa majesté » (1:16). Ce que les trois témoins ont vu et entendu sur la montagne était un spectacle glorieux que seul Dieu pouvait agencer. Or ce n’était pas seulement la manifestation du plus grand honneur accordé à Christ rejeté. C’était aussi une image très instructive de Sa gloire dans le royaume qui allait venir en temps voulu pour mettre fin à toutes les souffrances, lorsque Son église sera complète à la suite du rassemblement depuis le jour de la Pentecôte. Ce que la vision a montré de ce royaume, était le modèle merveilleux et le gage certain. C’est pourquoi l’apôtre exprime sa différence d’avec Sa première venue par la phrase « la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ ». Il est d’abord venu pour souffrir et mourir ; « car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté afin que, par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8:9). Oui, Il a été crucifié dans la faiblesse. Mais quand Il apparaîtra de nouveau, Il viendra sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire (Luc 21:27), comme le Seigneur incontestable de tous.

 

3.11.7    [Ce n’est pas la puissance de l’évangile]

C’est pourquoi nous devons éviter l’erreur des puritains pieux qui appliquent ce verset 16 à la puissance de Christ dans l’évangile prêché pour sauver de la culpabilité et de la corruption du péché. Ils l’ont donc appliqué soit en excluant, soit en incluant Son avènement futur. Mais un tel flou est le moyen de perdre la précision de la vérité, et au mieux c’est un expédient quand on est dans l’incertitude et qu’on cherche à la couvrir. Car la Transfiguration était significative, non pas de la grâce pour les pécheurs qui périssent, mais de ce glorieux royaume de Dieu à venir, qui consistera en des choses célestes aussi bien que terrestres, et le Seigneur sera le chef et centre glorieux de toutes ces choses. Comparez Matt. 6:10 ; 13:41-43 ; 19:28 ; Éph. 1:10.

 

3.11.8    [Absence des anges dans la vision]

Il est à noter qu’on n’a pas vu d’anges sur la montagne de la Transfiguration. Pourtant, nous savons que, lors du jour de l’établissement de Son royaume, le Fils de l’homme viendra dans la gloire de Son Père avec Ses saints anges (Marc 8:38), ou, comme Luc (9:26) le dit pleinement, « dans Sa gloire, et celle du Père, et celle des saints anges ». Ici, pas un mot n’est dit à leur sujet. Les hommes sont éminents, deux saints du passé, en gloire, représentant la loi et les prophètes, et trois disciples actuels de Christ dans leur corps naturel. Les délices de la Sagesse Divine étaient avec les fils des hommes ; la Vie était la Lumière des hommes, et ainsi quand Il a daigné entrer dans Sa mission et Son œuvre terrestres, Il ne prend pas des anges, mais Il prend la semence d’Abraham (Héb. 2:16), — non seulement pour tout ce que les promesses aux pères ont assuré, mais pour des conseils célestes et éternels.

 

3.12   [Ch. 1:17]

Mais il y a plus à remarquer : une voix sur laquelle on ne peut pas se tromper, sort de la nuée de la Présence Divine ; ce n’est pas une voix de tonnerre, mais une voix aux accents de l’amour le plus tendre, qui à l’évidence répond au désir de Pierre d’exalter son Maître, — désir bien intentionné, mais totalement déplacé. Seul le Père sait comment Son Fils doit être honoré, car en effet Il aime le Fils suprêmement, et a mis toutes choses entre Ses mains (Jean 3:35). Écoutons, nous aussi, le Père ; car il est le Père de Christ et notre Père, Son Dieu et notre Dieu (Jean 20:17).

 

« Car il reçut (litt. : ayant reçu) de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (1:17).

 

3.12.1    [Au milieu de ce temps d’humiliation, il y avait besoin de donner l’assurance de l’exaltation future]

Le Seigneur Jésus était l’Homme, le Messie, sur le chemin de l’humiliation la plus extrême, y compris jusqu’à la mort de la croix, et il n’a jamais été aussi avidement livré à cette mort que par son propre peuple, les Juifs. Telle était l’aveuglement ruineux et l’incrédulité coupable qui ont envahi l’humanité. C’est pourquoi, pour encourager ses faibles disciples sur un chemin de souffrance et à la dernière chose à laquelle ils s’attendaient, il convenait à Celui qui est sage, bon et juste de s’élever au-dessus de toutes les limites naturelles qui prévalaient habituellement, et de manifester de la manière la plus inattendue et la plus impressionnante son exaltation prédestinée dans le royaume à venir. En effet, celui-ci n’est toujours pas venu, tandis qu’Israël demeure dans une incrédulité profonde, et qu’entre-temps l’Église est appelée à sa bénédiction spéciale dans les lieux célestes. Alors les Juifs aussi deviendront les objets de la miséricorde de Dieu qui guérit, comme le font maintenant les Gentils, bien qu’ils abandonnent rapidement la vérité pour aller vers la crise de la fin de l’ère, ce que font aussi la masse des Juifs.

 

3.12.2    [La mort du Seigneur, sujet des entretiens sur la montagne de la Transfiguration]

C’est pourquoi, en vue des souffrances de Christ et de Ses gloires qui devaient suivre au temps propre à la fois dans les cieux et sur la terre, la grâce a donné, à des témoins choisis, cette extraordinaire anticipation miniature avec une profondeur et une puissance divines. Pendant qu’il priait (c’est ce que nous dit Luc, qui parle le plus de Sa perfection humaine), l’apparence de Son visage devint toute autre, et Son vêtement devint blanc et resplendissant. Et les deux hommes des temps d’autrefois, si réputés pour leur fidélité à l’Éternel et à Son peuple, parlaient avec Lui, l’Objet central pour les saints d’en-haut et ceux d’ici-bas. Apparaissant en gloire, ils parlaient de Son départ qu’Il allait accomplir à Jérusalem. Combien cela est pleine d’intérêt et d’instruction ! L’un était le promulgateur de la loi de Dieu, l’autre son restaurateur et son défenseur lorsqu’Israël avait apostasié et adoré Baal. Pourtant c’est de la mort de notre Seigneur qu’ils parlaient, et non de la loi. Y avait-il quelque chose de comparable à Sa mort ? et « à Jérusalem », combien c’est sinistre ! C’est par cela seul que Dieu a été glorifié moralement à l’égard du péché ; là, Satan a été vaincu pour toujours ; là, le péché de l’homme, là, le péché des Juifs ont été les plus noirs ; là, la grâce a été manifestée à son sommet ; là, le jugement de nos péchés a été porté de telle sorte que Dieu ne peut que justifier celui qui croit en Jésus. Moïse et Élie leur avaient-ils révélé quoi que ce soit de comparable à ces vérités ? Pourtant, il s’agit de la foi commune des chrétiens, la foi une fois enseignée aux saints (Jude 3).

 

3.12.3    [L’inspiration de chaque auteur dans l’Écriture lui est spécifique et correspond à un dessein spécifique]

Pierre, qui était pourtant présent, ne dit pas un mot de sa merveilleuse conversation ; et Luc, qui n’était pas là, est le seul à en parler. Paul n’était alors qu’un Hébreu des Hébreux, quant à la loi pharisien, ignorant de Christ selon la chair, ne l’ayant connu que comme mort, ressuscité et monté au ciel, et n’ayant rien connu des jours de Sa chair. Cela prouve le dessein de Dieu et Sa puissance et Sa volonté quant à l’inspiration ; Il a donné à chaque écrivain ce qui répondait à Son dessein par chacun. Ici, l’apôtre ayant devant lui la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus, témoigne de l’honneur et de la gloire qu’Il a reçus de la part de Dieu le Père, lorsque lui, Pierre, a été initié à ce mystère — or ce mystère transcendait tous les mystères secrets des païens, tout comme le Père et le Fils transcendaient en vérité et en amour leurs misérables divinités, moralement méprisables dans tout ce qu’elles montraient, que ce soit dans leurs fables ou dans l’effet moral sur leurs adeptes. Or c’est en vue de l’introduction du royaume à venir que les deux épîtres de Pierre foisonnent de révélations de Christ.

 

3.12.4    [Ce qui constituait le plaisir du Père]

Pierre parle quand même de « cette voix qui lui est adressée par la gloire magnifique : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Très bientôt il allait être prouvé par Sa mort (Son départ) à Jérusalem que la ville sur laquelle Il avait pleuré ne voyait en Lui ni forme ni éclat pour nous Le faire désirer (És. 53:2) ; elle cachait pour ainsi dire son visage de Lui, en signe d’aversion des hommes et contre quelqu’un frappé de Dieu et affligé (És. 53:3). Or voici ce qu’atteste la voix de la gloire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir ». Il en était ainsi dans l’éternité avant la création ; il en a été ainsi quand le monde fut créé par Lui, et dans toutes les actions de la Providence, dans les opérations secrètes de la grâce avec les individus et dans le gouvernement public d’Israël sous la loi. Et il en a été ainsi encore plus lorsque la Parole incarnée [Jésus] a présenté cet objet de Son plaisir éternel comme un homme sur terre, dans une dépendance et une obéissance inébranlables, allant Son chemin vers la mort, et quelle mort ! une mort pour Sa gloire, pour le salut de l’homme, pour la bénédiction de l’église, pour la délivrance de Son peuple et pour la réconciliation de toutes choses.

 

3.12.5    [Omission de « Écoutez-Le »]

Mais Pierre omet ici ce que les trois Synoptiques nous disent : « Écoutez-le », si important pour l’objectif de ces évangiles, mais pas pour la tâche assignée par Dieu à Pierre. Christ n’a rien perdu de Sa gloire éternelle par Son humiliation extrême, même jusqu’à la croix. Au contraire, de même qu’Il avait ainsi glorifié Dieu à la fois comme Père et comme Dieu, de même il était, Lui, l’objet que Dieu le Père glorifiait ; ici c’était en vue de Son royaume à venir, incomparablement plus glorieux que tout ce qu’aucun rabbin n’en avait jamais conçu — glorieux en lui-même et en Celui qui voulait déployer tout son caractère et toute sa puissance. Les aspirations et les anticipations des rabbins étaient aussi maigres concernant le royaume que concernant le vrai Messie et le Fils bien-aimé de Dieu.

 

3.13   [Ch. 1:18]

Comme l’apôtre a recours une fois de plus à la voix du Père, suivons-le nous aussi.

 

« Et nous, nous entendîmes cette voix venue du ciel, étant avec lui sur la sainte montagne » (1:18).

 

3.13.1    [Une scène merveilleuse, une voix venue du ciel]

Les trois apôtres ont été vraiment témoins oculaires de la majesté du Seigneur, d’autant plus merveilleuse que c’était Sa puissance et Sa venue selon un court aperçu au milieu de Son humiliation en grâce pour la gloire de Dieu. Chaque détail de la scène qu’ils avaient sous les yeux était un témoignage magnifique au royaume futur du Fils de l’homme vu en miniature, avant que le Seigneur vienne au temps fixé l’établir devant l’univers dans sa grandeur visible. Mais l’accent est manifestement mis sur « cette voix que nous avons entendue », sortie du ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la sainte montagne.

 

3.13.2    [La voix du Père au baptême de Jean]

La voix du Père avait déjà été entendue dans des termes identiques à ceux qui sont maintenant rapportés, hormis la construction εἰς ὃν au lieu de ἐν ᾧ dans l’évangile, ce qui ne fait aucune différence quand on traduit. Mais personne, à notre connaissance, ne l’avait entendue la première fois, hormis le Seigneur Lui-même et Jean le Baptiseur, bien que le Seigneur l’ait produite comme l’un des quatre témoignages à Sa gloire personnelle prouvant la totale incrédulité des Juifs :

 

●        Jean-Baptiste, Son héraut qui avait été prédit (Jean 5:33-35) ; puis

●        le témoignage plus grand que le Père Lui a donné à compléter (Jean 5:36) ; ensuite,

●        le Père qui L’a envoyé a Lui-même rendu témoignage à Son sujet par Sa voix (Jean 5:37-38) ; et enfin

●        les Écritures, auxquelles Il a donné une très grande place (Jean 5:39, 45-47).

 

Mais la volonté de l’homme peut résister à tout et n’importe quoi, comme les Juifs en ont fait l’expérience jusqu’à leur ruine, et la feront de nouveau en un autre jour et sous une autre forme, comme Il les en a alors avertis.

L’occasion était aussi tout à fait différente. Car au baptême de Jean, la grâce du Seigneur Jésus L’avait conduit à prendre place avec le faible résidu des Juifs qui obéissaient à l’appel à la repentance de Jean, et Il vint au Jourdain pour être baptisé comme eux. Saint, sans tache, sans souillure, Il s’associa à ceux qui n’avaient rien que des péchés ; tandis qu’ils les confessaient, ce qui est la première marque d’une conscience éveillée qui se soumet à l’appel de Dieu, Lui ne voulut pas se tenir à l’écart bien qu’Il n’eût pas le moindre mal à confesser. C’était la perfection de la position d’homme en amour humble et actif — de sorte que Lui, le seul Juste, corrigea la réticence de Jean par des paroles de grâce : « Il nous convient (à toi et à Moi) d’accomplir toute justice ». « Et Jésus, étant baptisé, remonta aussitôt de l’eau ; et voici les cieux lui furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui ; et voici une voix qui venait des cieux, disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matt. 3:15-17). Les cieux s’ouvrirent à Lui, le Saint-Esprit descendit sur Lui comme une colombe, la voix du Père exprimant Son délice résuma alors la situation, rendant témoignage du plaisir divin qu’Il n’avait jamais autant trouvé en Lui que dans cet acte d’humiliation en grâce.

 

3.13.3    [La voix du Père à la Transfiguration. Différences d’avec les évangiles et entre évangiles]

Sur la montagne de la Transfiguration, l’occasion directe de la voix à nouveau entendue, cette fois par des témoins choisis, fut la tentative de Pierre lui-même d’honorer son Maître de la manière la plus élevée qu’il pouvait alors suggérer. Mais Le mettre au même niveau que les chefs de la loi et des prophètes ne convenait pas au Père. « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé : écoutez-Le ». Et les disciples terrifiés tombèrent sur leur face ; mais, relevés par ce coup et sous l’effet des paroles réconfortantes de leur Maître, ils ne virent que Jésus, seul avec eux. C’est Lui qu’il fallait écouter, Lui par-dessus tout, Lui la vérité. Les autres n’étaient, au mieux, que des précurseurs.

Comme nous l’avons déjà remarqué, Pierre n’a pas été amené ici à rappeler cette dernière partie de ce qui a été prononcé et que donnent tous les évangiles synoptiques. Son but était de concentrer l’attention sur Jésus comme centre de l’affection et de la gloire divines ; le but des évangiles était entre autres de rendre témoignage à Christ comme la plénitude complète et le révélateur de toute la vérité. Matthieu donne la voix du Père sans restriction : car son domaine était de montrer la pleine conséquence du rejet du Messie, Sa gloire plus vaste comme Fils de l’homme, et plus élevée comme Fils bien-aimé de Dieu, le Roc sur lequel l’Église allait être bâtie. Marc et Luc omettent l’expression du plaisir de Dieu en Lui, afin de mettre l’accent sur l’écoute de Sa voix — dans Marc en tant que Fils, serviteur dans l’évangile, dans Luc en tant que Fils de Dieu, mais pleinement homme. Notre apôtre (Pierre) omet la phrase qu’ils consignent soigneusement (Écoutez-Le), non pas parce qu’il pourrait ou voudrait l’oublier, mais pour mettre d’autant plus en évidence le bon plaisir que le Père avait en Lui, Son Fils bien-aimé.

 

3.14   [Ch. 1:19]

Nous entendons ensuite parler de la confirmation que la vision sur la montagne donne à la parole prophétique ; la lumière de cette vision, si précieuse soit-elle, n’est montrée que très brièvement, puis elle cède la place à l’éclat supérieur d’une lumière céleste pour le cœur des saints, et non à une manifestation pour le monde.

 

« Et nous avons la parole prophétique rendue plus ferme, (à laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur), jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire et qu’une (ou : que l’) étoile du matin se soit levée dans vos cœurs » (1:19).

 

3.14.1    [La Transfiguration est une brève confirmation de la Parole prophétique au moment où le rejet de Christ va culminer dans Sa mort]

La parole prophétique de l’Ancien et celle du Nouveau Testament convergent vers la venue et le royaume de notre Seigneur Jésus ; et comme l’apôtre le déclare ici, cette parole prophétique a été rendu plus ferme, ou a été confirmée, par ce qu’il a été donné aux témoins de voir et d’entendre, la glorieuse anticipation et précurseur du jour de puissance et de gloire pour l’univers. Les prédictions étaient absolument vraies et fiables ; mais il a semblé bon à Celui qui est Toute-sagesse, lors de la première venue de Christ et en vue de Sa mort dans la honte (si essentielle pour établir le fondement pour les voies et les buts de la grâce), de confirmer la vérité de Sa seconde venue et de Son royaume par une vision qui allait mettre un sceau supplémentaire sur la Parole. Une réalisation vivante, mais brève, de ses principaux éléments a confirmé la parole prophétique d’une manière qui dépasse tout le reste. Aucun moment n’était aussi approprié, car elle a eu lieu quand Il a solennellement chargé Ses disciples et leur a enjoint de ne dire à personne qu’Il était Christ, disant que le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, et être rejeté par les anciens, les principaux sacrificateurs et les scribes, et que le troisième jour Il ressuscitera (Luc 9:22). C’était un fait tout à fait inattendu par tous, y compris par celui [Pierre] qui venait de reconnaître Sa dignité personnelle de Fils du Dieu vivant (Matt. 16:16). C’était la substitution de la mort et de la résurrection du Fils de l’homme et Fils de Dieu, en remplacement du témoignage et de l’espérance messianiques totalement rejetés par le peuple et ses dirigeants. Cela a jeté la base de l’introduction non seulement du royaume des cieux, mais aussi de l’Église, qui occupe désormais la place qu’Israël avait autrefois d’une manière terrestre en vertu de la loi, et qu’ils auront sous le Messie et la nouvelle alliance lorsqu’ils se repentiront.

 

3.14.2    [Spécificité de la parenthèse de l’Église]

Les Juifs chrétiens, comme le dit l’apôtre, faisaient bien fait d’être attentifs à tout ce que les prophètes avaient annoncé au sujet de ces jours de gloire à venir. Ils ne faisaient pas une mauvaise application de leurs paroles, comme la chrétienté commença bientôt à le faire à l’égard du caractère de la parenthèse qui court entre la première et la seconde venue de Christ. C’est maintenant une victoire invisible que la foi contemple en Christ ressuscité d’entre les morts et assis sur le trône de Son Père, et dans les chrétiens unis à Lui en haut par l’Esprit envoyé ici-bas ; pendant ce temps ils souffrent sur la terre comme leur Maître a souffert (hormis Sa mort expiatoire), n’étant pas du monde comme Lui n’en était pas. Il n’en sera pas ainsi au jour où Christ apparaîtra et s’assiéra sur Son propre trône : ils régneront alors avec Lui, eux qui souffrent maintenant avec Lui, si ce n’est aussi pour Lui.

 

3.14.3    [Esquisse de la prophétie jusqu’au règne de Christ en Sion centre des royaumes du monde]

Alors Israël, au lieu d’être perdu dans l’incrédulité, sera sauvé et deviendra le témoin de l’Éternel, en vérité de cœur et en puissance. Toutes les nations se soumettront à Son ordre, non seulement parce qu’elles auront appris la justice quand ses jugements seront sur la terre (És. 26:9), mais aussi parce qu’elles seront vraiment soumises à son Roi oint sur Sion, le centre de tous les royaumes du monde, d’où la loi sortira (És. 2:3), leurs idoles d’argent et d’or étant jetées aux rats et aux chauves-souris (És 2:20). Car le grand organisateur invisible de l’iniquité sera renfermé dans l’abîme (Apoc. 20:1-3), tandis que toute la terre jouira de ce déploiement de justice, de paix et de gloire, jusqu’à ce que l’heure vienne [fin du millénium] pour Dieu de passer au crible ceux qui se seront multipliés alors que la guerre, la misère et la peste auront été inconnues. Mais ceux qui seront sur la terre (les ressuscités étant en haut) et qui ne seront pas nés de Dieu, tomberont à nouveau sous la puissance de Satan lorsqu’il sera relâché pour tenter, et ils seront la démonstration que la nature déchue de l’homme est aussi inaméliorable sous la dispensation de la gloire, que sous celle de la grâce ou de la loi, ou de n’importe quoi d’autre. L’homme préfère toujours Satan à Dieu pour ne pas avoir de contrainte dans sa corruption et sa violence.

 

3.14.4    [La Parole prophétique ne décrit pas l’état chrétien sur la terre. Danger de la spiritualiser]

Si les Juifs chrétiens restaient hermétiques à nos privilèges les plus élevés, ils n’étaient pas séduits au point d’imaginer que la parole prophétique, sauf cas tout à fait exceptionnel, décrit l’état chrétien qui est maintenant notre part. Le danger qu’ils couraient était plutôt de mettre leur espérance dans le royaume futur, au lieu de lire dans les prophètes l’espérance d’Israël et de tous les peuples qui, en ce jour-là, accepteront la parole de l’Éternel venant de Jérusalem. L’illusion de la chrétienté a été au contraire de s’appliquer le royaume maintenant au moyen de ce qu’ils appellent la spiritualisation, et de reléguer à l’éternité ce qu’ils ne peuvent ainsi y faire rentrer de force. Le croyant appelé à des espérances célestes n’oublie pas, pour autant, que l’Éternel renouvellera et rétablira Israël à sa place promise sur la terre.

 

3.14.5    [Lumière de la prophétie, lumière de la vérité céleste]

C’est pourquoi il leur était dit ici que, s’il était bon de tenir compte de la parole prophétique, celle-ci n’était pourtant que « comme une lampe qui brille dans un lieu obscur » ; car tel est et doit être l’état de la terre jusqu’à ce que se lève le Soleil de justice avec la guérison dans Ses ailes (Mal. 4:2). L’apôtre ne fait que jeter un coup d’œil sur la lumière supérieure de la vérité céleste, dans laquelle ils n’avaient, peut-être, encore guère pénétré, même s’ils avaient vraiment reçu le Christ Jésus comme leur Seigneur. La parole prophétique montrait bien la ruine d’Israël dans son ensemble à cause de son idolâtrie, et le péché spécial supplémentaire de Juda par le rejet du Messie. La parole prophétique montre clairement l’émergence des quatre empires Gentils tandis que les Juifs sont Lo-ammi (pas-mon-peuple), et entre Daniel et l’Apocalypse, elle montre également la réapparition du dernier empire ou empire romain avec les Juifs apostats, qui établiront l’Antichrist en Palestine, pour être détruits par le Seigneur apparaissant comme un éclair dans le ciel.

 

3.14.6    [Le jour et l’étoile du matin]

Or la parole prophétique ne révèle nulle part ces conseils célestes dont fait partie le mystère caché (durant des siècles) et donné à connaître par l’intermédiaire de Paul. Ici Pierre se borne à y faire allusion sous les figures étonnamment distinctes du « jour » et de l’« étoile du matin ». La lampe est excellente pour jeter une lumière suffisante sur ce monde de ténèbres, sur le mal qui s’y trouve et son jugement ; et ils faisaient bien d’y être attentifs, « jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire et qu’une (ou l’)étoile du matin) se soit levée dans vos cœurs » — autrement dit, jusqu’à ce qu’ils saisissent avec joie la brillante relation céleste que le christianisme, bien compris, nous donne maintenant en Christ, et qu’ils saisissent aussi l’espérance céleste de Sa venue pour nous introduire dans la maison du Père. La lampe prophétique est bonne pour nous aider contre le lieu sordide où nous sommes ; mais combien plus la « lumière du jour » en Christ est propre pour nous élever au-dessus du monde dans toutes nos relations de foi, et combien la brillante espérance peut aussi le faire, c’est-à-dire Christ comme étoile du matin ; or non seulement Il l’est, mais Il a promis de la donner au vainqueur (Apoc. 2:28 ; Apoc. 22:16, 17) !

 

3.15   [Ch. 1:20-21]

3.15.1    [La Parole prophétique : Dieu parle avec certitude de l’avenir à un monde en confusion]

L’apôtre ajoute une réserve importante à l’éloge du v. 19. Ils faisaient bien de tenir compte de la parole prophétique. Dieu seul peut parler avec certitude de l’avenir pour un monde en confusion et en mutation, enclin au péché ; et il Lui a plu non seulement de parler, mais d’écrire par des instruments choisis, de sorte que ceux qui croient peuvent profiter de Ses communications ; sinon ils risquent de s’égarer ; et de cette manière la foi leur permet de jouir de la mesure de lumière ainsi offerte. Son peuple ne peut pas la mépriser, sous peine de Le déshonorer et eux-mêmes d’y perdre gros.

Avant le déluge, Hénoc/Énoch prophétisa sur les impies en actes et en paroles, dont l’audace amènerait le Seigneur à venir avec Ses saintes myriades pour exécuter le jugement sur leur impiété ; cette prophétie a été préservée et est citée par Jude inspiré ; elle reste encore à s’accomplir sur ceux qui renient notre seul Maître et Seigneur Jésus-Christ. Plus tard, par la foi, Noé, ayant été mis en garde oraculairement sur des choses qui ne se voyaient pas encore, étant animé d’une crainte pieuse, prépara une arche pour le salut de sa maison, par quoi il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui est selon la foi (Héb. 11:7). Abram n’eut pas seulement une prophétie, mais une vision prophétique, des siècles à l’avance, de l’oppression de sa semence en Égypte et de la délivrance de l’oppresseur par des jugements divins, qui devraient également atteindre en temps voulu les ennemis qui remplissaient Canaan (Gen. 15:16). De plus, il lui a été donné, comme une marque d’amitié divine, d’apprendre de l’Éternel lui-même la destruction imminente des villes de la Plaine (Gen. 18).

Il n’en va pas autrement pour nous, chrétiens ; car si une chose incomparablement « meilleure » (Héb. 6:9) nous est donnée maintenant en Christ et avec Christ glorifié après l’accomplissement de la rédemption, nous ne perdons pas la valeur présente de la prophétie. Le même Esprit Saint, qui nous guide dans toute la vérité (comme Il a donné aux apôtres et prophètes le pouvoir de nous la faire connaître), devait nous annoncer les choses à venir, et Il est en nous pour amener tout à bonne fin au lieu de nous laisser à des conjectures sans profit.

 

3.15.2    [1:20 — Sens de « sa propre » interprétation : cela se rapportent à la « prophétie » — Des erreurs de traduction]

Mais pour cette raison, nous avons besoin de l’autorité de la parole de Dieu, et la voici :

 

« Sachant ceci premièrement qu’aucune prophétie de l’Écriture n’est de sa propre interprétation. » (1:20). (*)

 

(*) Darby traduit « … ne s’interprète elle-même » et donne, en note, l’alternative suivante : « …n’est d’une interprétation particulière ».

 

« Sa propre » est la seule manière de traduire qui satisfasse le contexte ; c’est aussi l’usage le plus simple, le plus strict et le plus fréquent de l’expression contestée. On a de la peine à comprendre pourquoi la version autorisée anglaise (KJV) et la version révisée (RV) ont adopté le terme « privé » [… n’est d’une interprétation privée], si ce n’est qu’ils ne savaient pas quoi faire de ce terme. Il en va de même pour le doyen Alford qui, dans son commentaire, suit l’idée de Huther que « la prophétie ne découle pas d’un pronostic humain ». Une telle opinion serait compréhensible comme antidote là où la « libre pensée » de la « haute critique » prévaut ; mais elle ne pouvait être considérée qu’avec horreur par les Juifs chrétiens auxquels l’apôtre s’adressait. Le critère que l’apôtre mettait en place n’était pas dirigé contre de tels sceptiques ramenant à ce qui est humain ; il s’agit d’une sérieuse mise en garde pour le croyant, pour son profit, quand il cherche édification et intelligence dans l’étude des écrits des prophètes.

Le doyen Alford dit que « deux références semblent possibles » [quand on détermine à qui se rapporte « sa propre »] : à nous, ou aux prophètes eux-mêmes. Or il en a oublié une troisième, qui est la plus exacte même grammaticalement : c’est la prophétie elle-même : « Aucune prophétie des Écritures n’est, ou ne vient à être, de sa propre interprétation ». Si vous isolez les prophéties, et faites de chacune son propre interprète, vous contrecarrez son origine et son caractère, et vous perdez sa force comme se rapportant au grand plan de Dieu qui est de glorifier son Fils, le Seigneur Jésus. Donner ce caractère à la prophétie de l’Écriture est un dessein divin, comme pour le reste.

L’apôtre est donc bien plus précis et soigneux dans son langage que ce qu’ont pensé les commentateurs en général. Il ne nie pas que beaucoup de prophéties n’ont eu de portée que dans un événement particulier et passager suffisamment important pour la susciter. Les Écritures en mentionnent un bon nombre. Prenez dans la Genèse les rêves du Pharaon et de ses deux officiers. Prenez dans les Actes des Apôtres, les prophéties d’Agabus concernant la famine et l’apôtre Paul. Beaucoup d’entre elles sont consignées dans l’Ancien Testament. Pourtant, aucune d’elles n’est une prophétie de l’Écriture au sens du v.20 ici ; la même chose s’applique, par exemple, au cas de Jacob en Genèse 49 ou Moïse en Deut 33, ou Balaam en Nomb. 23, et spécialement à ce qu’on appelle les Prophètes. Ils ont eu leur importance à l’époque, comme l’indique l’Écriture.

 

3.15.3    [1:20 — Sens de l’expression « prophétie de l’Écriture » : l’annonce du royaume pour la gloire de Christ]

Par « prophétie de l’Écriture », l’apôtre, à mon sens, semble signifier exclusivement celles qui ont le regard porté sur le futur Royaume de Dieu à la gloire de Christ ; or celle-ci est l’objet visé par les prophètes, de sorte qu’on peut parler de toute « prophétie de l’Écriture » que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament. Elles peuvent parler abondamment du mal moral qui nécessite l’intervention de Dieu pour abattre Satan et un monde révolté, et pour instaurer le long règne promis du Seigneur dans la justice, la paix et la gloire. Mais ce Royaume béni est le sujet dont se plaît à parler l’Esprit source de l’inspiration, parce que ce sera alors la sphère de la gloire de Christ manifestée dans l’univers ; dans le Nouveau Testament, l’Esprit a déjà donné à connaître au chrétien Sa gloire cachée en tant qu’Homme exalté au ciel.

C’est pourquoi, d’Ésaïe à Malachie, aucune « prophétie de l’Écriture », quelle que soit l’importance d’un événement dans la providence de Dieu et l’application de la prophétie à cet événement, ne s’arrête avant le grand accomplissement, « quand les puissances des cieux seront ébranlées » (Matt. 24:29), quand Satan perdra son éminence mauvaise et qu’Israël sera sauvé, pour bourgeonner, fleurir et remplir de fruits la face du monde. Le premier homme n’y est jamais arrivé, ni non plus Nebucadnetsar ni Cyrus, ni Alexandre ni César. Cela se réalisera en l’Éternel-Jésus quand « l’Éternel sera roi sur toute la terre ; en ce jour-là, il y aura un Éternel, et son nom sera un » (Zach. 14:9).

Nous n’avons pas besoin ici de parler de l’exaltation de Christ au-dessus de tous les cieux et de toute la terre ; ni de l’union de l’Église avec Lui, en tant que Tête du corps sur toutes choses : les deux parties de ce mystère, caché dès les siècles en Dieu et qui a été maintenant révélé à Ses saints apôtres et prophètes par la puissance de l’Esprit, et donc à nous, chrétiens du Nouveau Testament (Col. 1:26 ; Éph. 1:22 ; 3:5 ; 4:10). Mais le royaume était toujours plus en vue depuis la sentence de Dieu sur le serpent et à travers les âges ; et toute mise de côté de ce royaume dans la portée d’événements même relativement petits, frustre le dessein de Dieu quant au témoignage que tous rendent au Libérateur et au Roi à venir.

C’était si notoire que les païens eux-mêmes savaient que Sa naissance était attendue au moment ou environ au moment où notre Seigneur apparut et s’est vu attribuer la croix au lieu de la couronne, par les Juifs et les Gentils. Tacite et Suétone l’attestent, tout comme l’historien juif du siège de Jérusalem. La prophétie de l’Écriture prédisait qu’il devait en être ainsi, et dans le vrai ordre moral des « souffrances de Christ et des gloires qui suivraient » (1 Pierre 1:11). Car c’est ainsi seulement que ceux qui croient pouvaient être sauvés du mal, et partager Ses gloires. Régner d’abord, et souffrir ensuite, aurait été sans valeur et sans but, et n’aurait produit qu’une confusion totale. Mais du fait que Christ a été ainsi fidèle dans Son amour infini, les Juifs incrédules l’ont rejeté ; et c’est pourquoi Dieu les a rejetés pour un temps, celui de Sa riche miséricorde envers les Gentils.

Nous pouvons donc comprendre que l’expression la « prophétie de l’Écriture » est chargée des pensées de Dieu concernant le royaume de Christ en puissance et en gloire, mais après Ses souffrances ; ce dernier élément est moins fréquent que le premier, mais il est quand même bien attesté sous une forme ou une autre dans la Loi, les Psaumes et les Prophètes. Quant au royaume futur sur la terre, où n’est-il pas présenté ?

 

3.15.4    [1:20 — Jonas parlait de Christ, ce n’est pas une prophétie particulière]

On invoquera peut-être le livre de Jonas comme faisant exception. C’est un livre très particulier, mais profondément intéressant et instructif. En apparence, il ne contient aucune « prophétie de l’Écriture », mais seulement une menace conditionnelle de jugement qui a été arrêtée par la repentance. Pourtant, il transmet un véritable récit prophétique sur lequel le Seigneur a apposé Son sceau, non seulement comme une prédication aux Ninivites païens qui se sont repentis, mais comme un signe de Sa propre mort et de Sa résurrection, — tandis que le Gentil qui croit, entre dans la bénédiction de la grâce, et le Juif qui a refusé, récolte le jugement de son incrédulité. Car Jonas nous montre Israël enfermé dans un préjugé égoïste méprisant les Gentils, et ne voulant pas les avertir par jalousie, craignant que, si Ninive se repentait, Dieu ait assez de grâce pour arrêter le jugement, et qu’Il écarte ainsi l’annonce du prophète.

Sous forme de contraste, Jonas est un type de Christ, bien que, quant à lui, il fût un témoin infidèle, et à cause de cela jeté dans la mer, et même englouti par un grand poisson pendant trois jours et trois nuits. Tandis qu’il allait auprès des Gentils, il boudait encore la grâce de Dieu, au moment où Dieu lui faisait sentir sa folie. Inversement Christ a été le Témoin Fidèle, et a sauvé Son peuple ingrat ; Lui se réjouissait de la grâce envers les Gentils, et à cause de la joie qui était devant Lui, Il a enduré la croix en amour et en obéissance, méprisant la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu (Héb. 12:2). Le parcours de Jonas est un véritable type prophétique de Christ, mais autant à sa propre honte qu’à la gloire de Dieu à la fin ; le fait que, par inspiration, il ait écrit le livre jusqu’à la fin, est la meilleure preuve de sa repentance. Il fait aussi contraste de façon frappante avec la perfection de Christ, et préfigure la miséricorde que Dieu, en tant que fidèle Créateur, manifestera, non seulement aux païens dans l’obscurité, mais aussi aux plus minables de Ses créatures. S’il avait écouté les Juifs, et même un vrai prophète juif, pas un seul Ninivite n’aurait été épargné en l’honneur du malheur qu’il avait prononcé sur la ville. Mais Dieu est juste envers la valeur de la mort expiatoire de Christ et envers les revendications faites en vertu de cette mort : dans le royaume à venir, cela brillera dans la miséricorde et la bénédiction de toutes les nations, de sorte que « les bêtes et tout le bétail » se joindront au chœur de louange à son nom depuis la terre (Ps. 148:10).

Ainsi, même le livre de Jonas ne diffère que dans la forme et de manière exceptionnelle, des autres prophéties de l’Écriture. Toutes dirigent vers le Royaume de Christ à venir. Celui-ci a été si vite oublié après les apôtres, qu’on ne trouve aucun credo ancien qui en fasse état, ni non plus dans les symboles de la Réforme. Ni les Pères, ni les réformateurs n’étaient aucunement versés dans la prophétie. Le réveil des Pères à Oxford n’aide donc en rien ; encore moins l’école rationaliste, qui la nie dans son principe. Les non-conformistes n’ont également aucune lumière de Dieu quant à l’avenir, et encore bien moins depuis qu’ils se sont lancés dans l’arène politique et qu’ils sont devenus aussi mondain que la papauté qui a ses préoccupations dans les choses terrestres.

 

3.15.5    [Ch. 1:21]

Le dernier verset de notre chapitre donne la raison pour laquelle aucune prophétie de l’Écriture ne peut être limitée à sa propre solution isolée, mais fait partie d’un vaste cercle de prédictions divines centrées sur Christ et Son royaume.

 

« Car la prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de (saints) (*)  hommes ont parlé de la part de Dieu, étant poussés (ou : portés) par [le] Saint-Esprit » (1:21).

 

(*) Les manuscrits sont ici très confus, à la fois dans l’ordre, ce qui est de moindre importance, et dans les mots ajoutés ou omis. Pourtant, tous les onciaux omettent l’article avant ἄνθρωποι (hommes), et les meilleurs omettent ἅγιοι (saint).

 

3.15.6    [1:21 — Défi lancé aux pronostiqueurs. Cohérence incomparable des instruments de Dieu dans la prophétie]

Il n’est pas surprenant que ceux qui n’ont de relations qu’avec l’homme, ses pensées, ses dires et ses actes, ne croient pas plus à la prophétie qu’au miracle, et méprisent la grâce et la vérité. Car tout cela vient de Dieu, et est absolument impossible sauf par Sa puissance : la grâce et la vérité ne sont que dans et par notre Seigneur Jésus. Si nous tournons maintenant notre attention vers la prophétie, examinons comment le prophète Ésaïe a été amené à triompher des pronostiqueurs païens et des astrologues idolâtres, comme Moïse l’a fait vis-à-vis des magiciens d’Égypte, et Élie vis-à-vis des prêtres de Baal.

En Ésa. 41:21-26 on lit : « Produisez votre cause, dit l’Éternel ; apportez ici vos arguments, dit le roi de Jacob. Qu’ils les apportent, et qu’ils nous déclarent ce qui arrivera. Déclarez les premières choses, ce qu’elles sont, afin que nous y fassions attention, et que nous en connaissions le résultat ; ou faites-nous savoir celles qui viendront ; — déclarez les choses qui vont arriver dans la suite, et nous saurons que vous êtes des dieux ; oui, faites du bien et faites du mal, afin que nous le considérions et le voyions ensemble. Voici, vous êtes moins que rien, et votre œuvre est du néant : qui vous choisit est une abomination.... Je l’ai réveillé du nord, et il vient, — du lever du soleil, celui qui invoquera mon nom. Et il marchera sur les princes comme sur de la boue, et comme le potier foule l’argile. Qui l’a déclaré dès le commencement, afin que nous le sachions, et d’avance, afin que nous disions : C’est juste ? Non, il n’y a personne qui le déclare ; non, personne qui le fasse entendre ; non, personne qui entende vos paroles ».

Ici, le défi était impossible à relever pour tout adepte d’un faux dieu, bien que l’objectif visé fût minime comparé à la prophétie de l’Écriture. Parler, même de manière ponctuelle, d’une personne ou d’un événement futur est inaccessible à la volonté de l’homme. Mais les personnes ou événements futurs donnés par Dieu à dessein font tous partie d’une immense toile qu’Il a tissée et sur laquelle est tracé de façon indélébile Son dessein de glorifier Christ — Lui qui a renoncé à la gloire qui Lui est propre comme étant divin, afin de devenir homme et que par Sa mort et Sa résurrection Il concilie les principes les plus discordants et joigne les personnes les plus opposées. Il veut enlever tous les péchés et toutes les iniquités des croyants ; Il veut établir la justice, la paix et la joie sur toute la terre, où le moi et la volonté propre n’ont opéré que du mal et des dégâts. Il a vaincu et vaincra l’adversaire subtil et puissant et toute son armée. Les rebelles faibles (trompés pour lancer un défi à Dieu), Il les ramène à la repentance, à la douceur et à l’humilité, jusqu’à se réjouir d’être des serviteurs prêts à faire Sa volonté ; car Dieu daigne faire d’eux Ses enfants et Ses fils, héritiers de Dieu et cohéritiers avec Christ. Ils jouissent déjà maintenant de la communion avec le Père et le Fils dans la puissance du Saint-Esprit et par Son opération sur la vie en Christ ; et ils règneront avec Lui lorsqu’Il règnera devant le monde, et pour toujours devant Dieu.

 

3.15.7    [1:21 — Réconciliation de toutes choses]

Quant à la réconciliation, ce n’est pas seulement ce que nous recevons maintenant ; mais elle embrassera les cieux souillés par le mal de l’ennemi, et la terre où, par la servitude de l’homme, l’ennemi s’est érigé en prince et dieu de ce monde. Par la mort de Christ sur la croix, toutes choses seront réconciliées avec Dieu, tant les choses qui sont sur la terre que celles qui sont dans les cieux ; mais non pas ceux qui vivent et meurent en méprisant pareillement le Dieu invisible et Son Fils qui s’est abaissé si bas et qui a souffert infiniment pour le péché afin que Dieu puisse dire avec justice aux pires : « Soyez réconciliés avec Dieu » (2 Cor. 5:20). Dieu aura les saints ressuscités en haut avec Christ, donnant ainsi à Ses enfants leur joie spéciale dans la maison du Père et aussi ils partageront la gloire de Christ devant l’univers. Rien ne manquera non plus à Ses magnifiques plans pour la terre :

●        Israël sera délivré de son cou roide (son obstination),

●        Israël adorera le Messie crucifié

●        Israël se lèvera de toute leur humiliation pour être fils de Dieu, Son premier-né nationalement sur la terre

●        toutes les nations abandonneront leurs idolâtries honteuses,

●        toutes les nations reconnaitront de bon gré le peuple longtemps coupable qui deviendra la semence que l’Éternel a bénie.

 

« Les fils de l’étranger bâtiront tes murs, et leurs rois te serviront … et la nation et le royaume qui ne serviront pas Sion périront » (És. 60:10,12), lorsque le Messie régnera et qu’Israël sera sous la nouvelle alliance.

 

3.15.8    [1:21 — L’Esprit annonce les gloires à venir de Christ, tandis que l’incrédulité, opposée à l’œuvre de la grâce, ouvre la voie à l’apostasie]

La volonté de l’homme est défavorable à tout cela ; or même si elle avait été zélée pour aider, qui, si ce n’est Dieu, est suffisant pour prendre en charge une œuvre d’une étendue aussi vaste, profonde et élevée ? La seule puissance possible est donc celle de l’Esprit Saint ; et, dans Son grand amour de la bénédiction de l’homme, Dieu a daigné nous annoncer à l’avance les gloires à venir de Christ, comme Il avait aussi annoncé Ses souffrances par de saints hommes.

L’annonce de ces gloires était une compétence entièrement conférée par la grâce de Dieu [aux prophètes]. Pour ouvrir la voie à l’apostasie, Satan a donc maintenant suscité une nouvelle école d’hommes dans tous les lieux d’instruction ou d’apprentissage du monde, tout spécialement dans les rangs des clercs et des ministres de cultes ; ceux-ci ne sont d’accord sur rien, sinon que la vraie prophétie est impossible. Ils portent ainsi sur leur front et leurs mains la tache de l’incrédulité, et consacrent leurs activités à propager leur mensonge sur une grande partie des deux Testaments, prétendant que c’est la vérité de Dieu.

Pourtant, le fait est que les prophéties directes, formelles et avouées abondent dans l’Écriture, positives et précises, certaines d’entre elles avec un caractère très vaste et très élevé, d’autres minuscules, à un degré qu’on ne s’attendrait pas si l’on n’est pas familier avec la tendresse et la condescendance de Dieu. Or les récits de personnes et de faits dans le premier livre de l’Ancien Testament ont une portée prophétique profonde sous la surface. Le même principe s’applique aux instructions données à Son peuple terrestre que seul quelqu'un de non-spirituel ne réussit pas à voir tout le long de la Genèse, mais aussi de l’Exode, du Lévitique, des Nombres et, dans une moindre mesure, du Deutéronome, et en réalité de tout ce qui, dans l’Écriture en général, n’est pas ouvertement une prédiction. Qui, à part Dieu, était suffisant pour ces choses ? En vérité, lorsque nous acceptons et qu’à la fois nous comprenons et croyons qu’aucune prophétie n’a jamais été apportée par la volonté de l’homme (mais que des hommes ont parlé de la part de Dieu étant poussés par le Saint-Esprit), nous ne pouvons que dire : « Quelle grâce de Dieu ! combien nous en avons besoin ! Mais quelle indignité que l’homme soit si sourd à Sa parole, si prêt à tenir compte des raisonnements superficiels des émissaires de Satan qui ajoutent à leur culpabilité la prétention de porter le nom de chrétien, bien qu’il sombre plus bas que les Juifs ordinaires !