[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Exposé des Actes des Apôtres

 

William Kelly

 

Paru de janvier 1882 à décembre 1890 dans le Bible Treasury; vol. 14 à 18.
1° édition comme ouvrage à part en 1890.
Traduction faite sur l’édition de 1952

Les sous-titres et divisions ont été ajoutés par Bibliquest

Sauf cas exceptionnels, les notes de discussions des textes grecs n’ont pas été reprises.

La traduction utilisée pour le texte Biblique est souvent celle de JND, mais la traduction propre à W. Kelly a été reprise occasionnellement, spécialement quand elle générait un sens ou un commentaire particulier. Le mot « Gentils » peut être remplacé par « nations » (= non Juifs).

 

Table des matières abrégée :

1     Actes 16

2     Actes 17

3     Actes 18

4     Actes 19

5     Actes 20

 

Table des matières détaillée :

1     Actes 16

1.1     Actes 16:1-3

1.2     Actes 16:4

1.3     Actes 16:5

1.4     Actes 16:6-12

1.4.1     Actes 16:6-7

1.4.2     Actes 16:6

1.4.3     Actes 16:7

1.4.4     Actes 16:8-10

1.4.5     Actes 16:11-12

1.5     Actes 16:13-15

1.5.1     Actes 16:13

1.5.2     Actes 16:14

1.5.3     Actes 16:15a

1.5.4     Actes 16:15b

1.6     Actes 16:16-18

1.7     Actes 16:19-24

1.7.1     Actes 16:19

1.7.2     Actes 16:20-24

1.8     Actes 16:25-26

1.9     Actes 16:27-31

1.10      Actes 16:32-34

1.11      Actes 16:35-40

1.11.1       Actes 16:35-39

1.11.2       Actes 16:40

2     Actes 17

2.1     Actes 17:1

2.2     Actes 17:2-3

2.3     Actes 17:4

2.4     Actes 17:5-9

2.5     Actes 17:10-15

2.6     Actes 17:16-21

2.7     Actes 17:22-31

2.8     Actes 17:32-34

3     Actes 18

3.1     Actes 18:1-4

3.1.1     Pas beaucoup de sages, pas beaucoup de puissants…

3.1.2     Aquilas et Priscilla

3.1.3     L’apôtre travaillant de ses mains

3.1.4     Actes 18:4

3.2     Actes 18:5-7

3.2.1     Actes 18:5

3.2.2     Actes 18:6

3.2.3     Actes 18:7

3.3     Actes 18:8-11

3.3.1     Actes 18:8

3.3.2     Actes 18:9

3.3.3     Actes 18:10

3.3.4     Actes 18:11

3.4     Actes 18:12-18

3.4.1     Actes 18:12

3.4.2     Actes 18:13-16

3.4.3     Actes 18:17

3.4.4     Actes 18:18

3.5     Actes 18:19-23

3.5.1     Actes 18:19

3.5.2     Actes 18:20-21

3.5.3     Actes 18:22

3.5.4     Actes 18:23

3.6     Actes 18:24-28

3.6.1     Actes 18:24-26

3.6.2     Actes 1:27-28

4     Actes 19

4.1     Actes 19:1-4

4.2     Actes 19:5-7

4.2.1     Formule du baptême

4.2.2     Réception du Saint Esprit et imposition des mains

4.3     Actes 19:8-12

4.3.1     Actes 19:8

4.3.2     Actes 19:9

4.3.3     Actes 19:10

4.3.4     Actes 19:11-12

4.4     Actes 19:13-20

4.4.1     Actes 19:13-17

4.4.2     Actes 19:18-19

4.4.3     Actes 19:20

4.5     Actes 19:21-22

4.5.1     Actes 19:21

4.5.2     Actes 19:22

4.6     Actes 19:23-31

4.7     Actes 19:31-34

4.8     Actes 19:35-41

5     Actes 20

5.1     Actes 20:1-6

5.1.1     Actes 20:1-4

5.1.2     Actes 20:5-6

5.2     Actes 20:7-12

5.3     Actes 20:13

5.4     Actes 20:14-16

5.5     Actes 20:18-21

5.6     Actes 20:22-23

5.7     Actes 20:24

5.8     Actes 20:25

5.9     Actes 20:26-27

5.10      Actes 20:28

5.10.1       Actes 20:28a

5.10.2       Actes 20:28b

5.11      Actes 20:29-30

5.12      Actes 20:31-32

5.12.1       Actes 20:32

5.12.2       Actes 20, encore le v. 30

5.12.3       Actes 20:31

5.12.4       Actes 20:32

5.13      Actes 20:33-38

 

 

1                    Actes 16

1.1   Actes 16:1-3

L’apôtre a maintenant commencé pleinement et librement son nouveau voyage missionnaire, y compris les visites aux assemblées déjà formées. Silas est le compagnon qu’il a choisi, en lieu et place de Barnabas. Toutes choses travaillent pour le bien dans la main de l’amour divin, tandis que du point de vue gouvernemental, chacun portera son propre fardeau : la grâce ne fait pas défaut, mais la responsabilité morale reste intacte.

 

De la Syrie et la Cilicie, Paul poursuit vers la Lycaonie. « Et voici, il y avait là un disciple nommé Timothée, fils d’une femme juive croyante, mais d’un père grec, lequel avait un [bon] témoignage des frères qui étaient à Lystre et à Iconium. Paul voulut que celui-ci allât avec lui, et l’ayant pris, il le circoncit, à cause des Juifs qui étaient dans ces lieux-là ; car tous, ils savaient que son père était Grec » (16:1-3).

 

Il n’est guère parlé d’autres effets de la visite de l’apôtre à Derbe et à Lystre. Notre attention est surtout attirée sur un « jeune disciple » de la région. Il ne fut probablement pas converti à ce moment-là, mais lors de la précédente visite de l’apôtre, qui parle de lui comme de son « véritable enfant dans la foi ». Il avait engendré Timothée dans le Christ Jésus par l’évangile. Les circonstances étaient spéciales. Il était fils d’une femme juive croyante, Eunice, mais d’un père grec, avec un témoignage exceptionnellement bon des frères de la région. Cela mena l’apôtre à procéder à une démarche remarquable : il le circoncit « à cause des Juifs » de l’endroit, « car tous savaient que son père était Grec » ou Gentil.

Or ce n’était nullement une exigence de la loi qui, au contraire, au sens strict, mettait Timothée dans la position douloureuse du dehors à cause de sa naissance. C’était réellement un acte de grâce de l’apôtre qui aurait totalement refusé la circoncision de Tite, car Tite était un Gentil. Il n’y avait pas du tout d’inconséquence vis-à-vis de la décision du récent concile de Jérusalem où il s’agissait alors de savoir s’il fallait placer le joug juif sur les Gentils croyants. Il avait été décidé, nous l’avons vu, qu’une telle contrainte n’était ni autorisée ni désirable. Mais ici il s’agissait du fils d’une femme juive contre lequel les Juifs avaient une sensibilité exacerbée à cause de son père. Celui-ci était très probablement mort, car nous n’entendons jamais parler qu’il fût vivant, et c’était lui qui aurait pu être la raison de faire perdurer l’incirconcision de son fils. Si le père n’était plus en vie, Paul était libre d’agir, et ce même champion de la liberté qui refusait la contrainte dans le cas de Tite, pris lui-même Timothée et le circoncit.

Il est très important d’apprendre à soumettre nos âmes à la largeur de la vérité divine. Les principes qui gouvernaient les cas de Tite et de Timothée étaient tout à fait différents, du fait de la nature et des circonstances totalement différentes qui les entouraient. Mais il y avait un point commun central où les deux principes se trouvaient en harmonie. Ils étaient tous les deux des expressions semblables de la liberté chrétienne ; dans les deux cas l’apôtre n’était pas sous la loi, mais sous la grâce. Qu’y a-t-il de plus instructif pour nous ? Nous sommes toujours disposés à faire l’inverse : la chair et la loi marchent bien ensemble habituellement, mais d’un autre côté nous sommes appelés à la grâce et à la vérité qui vinrent par Jésus Christ.

Ceci peut nous apprendre à éviter, et même à résister à la notion selon laquelle notre conduite ne peut être gouvernée que par un seul principe. Il n’en est pas ainsi si les relations et les circonstances des parties diffèrent totalement. La sagesse dans ce cas est plutôt de rechercher dans la Parole de Dieu l’instruction de l’Esprit pour être guidé dans chaque cas. La nature et la tradition tendent à un niveau fixe immuable, aussi éloigné qu’il est possible de la sagesse de Dieu selon laquelle nous sommes appelés à juger et à agir. Un principe pourtant vrai et sain amenant, par exemple, à ne pas circoncire Tite, peut être complètement en défaut dans le cas de Timothée où la grâce le fit circoncire pour arrêter les critiques des Juifs, tandis que la lettre de la loi l’aurait plutôt rejeté au lieu de le circoncire. La routine ne peut qu’induire en erreur dans les choses de Dieu. Un œil simple quant à Christ et à Sa grâce découvrira le vrai chemin, et la grâce sait quand il faut être inflexible et quand il faut céder. C’était la manière sage d’agir de celui qui, libre à l’égard de tous, s’était asservi à tous afin de gagner davantage de gens, — et qui se comportait comme un Juif vis-à-vis des Juifs afin de gagner les Juifs, et comme ceux qui étaient sous la loi vis-à-vis de ceux qui étaient sous la loi (n’étant pas lui-même sous la loi) afin de gagner ceux qui étaient sous la loi ; comme ceux qui étaient sans loi vis-à-vis de ceux qui étaient sans loi (n’étant pas sans loi quant à Dieu, mais étant justement soumis à Christ) afin de gagner ceux qui étaient sans loi (1 Cor. 9:19-22).

Quelle leçon pratique admirable que celle-ci pour Timothée qui devait être désormais le compagnon et collaborateur du grand apôtre des nations, malgré l’immense fossé entre eux ! Cette démarche se rattachait à ce qu’il allait accompagner Paul et que Paul cherchait à ôter toute occasion à ceux qui en cherchait. Quand rien ne s’impose, la grâce peut aller loin pour aller au devant de ceux qui ont des difficultés honnêtes et sincères ; tandis qu’elle déteste et refuse tout effort de lui imposer ce qui n’est pas autorisé par Dieu, et qui est incompatible avec elle (1 Cor. 9:20-21).

On peut rappeler ici les faits importants qui nous ont valu les deux épîtres que l’apôtre écrivit bien plus tard à Timothée ; car ils exercèrent réellement une très grande influence sur la course qui s’ouvrait au jeune compagnon de l’apôtre. En premier lieu, il y eut des prophéties faites précédemment au sujet de Timothée (1 Tim. 1:18 ; 4:14), et ceci non seulement pour le désigner, mais aussi pour indiquer le don que Dieu allait lui conférer. L’histoire nous donne simplement le désir et la pensée de l’apôtre à son égard, mais l’épître de Paul à Timothée montre qu’il y eut des indications prophétiques, probablement de la part de plusieurs, à l’égard de l’œuvre à laquelle il était désigné divinement ; ce n’était pas différent de la manière dont Barnabas et Saul avaient été appelés et mis à part pour leur premier travail et voyage missionnaires. L’apôtre lui-même n’agissait pas sans se référer à ces interventions remarquables qu’il rappelle à son enfant bien-aimé quand il lui écrit la première fois pour appuyer la délégation qui lui était confiée, et pour définir ses devoirs dans cette charge, « afin que par [ces prophéties] tu combattes le bon combat », bien que ceci fût vain sans avoir « la foi et une bonne conscience ». Cela devait redonner de la vigueur à son esprit de se souvenir que Dieu l’avait désigné pour un travail si difficile et si périlleux.

En second lieu, un don positif de Dieu, ou χαρισμα [charisme], avait été communiqué à Timothée par l’imposition des mains de l’apôtre (2 Tim. 1:6), les anciens s’étant aussi joints à cette imposition des mains au même moment (1 Tim. 4:14), non seulement en tant que témoins, mais pour exprimer leur communion avec l’acte de l’apôtre. Celui qui croit en la Parole de Dieu n’a pas besoin d’argument pour prouver qu’une telle puissance de l’Esprit est totalement distincte des qualités que Timothée possédait déjà auparavant, bien que tout ce qu’il avait auparavant fût sans aucun doute le vase dans lequel et par lequel le don opérait. L’expression « intelligence sanctifiée » si commune, comme tant d’autres, chez les évangéliques, mais aussi chez les catholiques, induit complètement en erreur, parce qu’elle exprime l’erreur que la nature humaine serait réhabilitée ou améliorée par la grâce, et qu’elle nie le jugement de la pensée de la chair à la croix (devant lequel la foi s’incline totalement), et qu’elle laisse dehors l’énergie spéciale de l’Esprit selon le don de Christ. Ceci, c’est ce que Timothée reçut alors, et de la manière décrite par l’Écriture : ce dont personne ne devrait douter sous le prétexte de l’imitation inefficace, pour ne pas dire profane, de certains corps dans la chrétienté depuis les premiers jours jusqu’à maintenant. Pour Timothée cela eut lieu d’une manière spéciale pour un travail spécial. C’est une erreur et de l’ignorance que de généraliser cela, et de considérer que personne d’autre n’a reçu des dons, χαρισματα, à défaut d’une telle imposition des mains ; c’est la même erreur et la même ignorance quand on soutient que l’Esprit Saint n’était donné que par imposition des mains. Il est bien vrai que, dans certaines circonstances, l’Esprit Saint fut donné par l’imposition des mains d’apôtres, mais dire qu’il en était toujours ainsi, c’est ne pas tenir compte des cas encore plus importants de Actes 2 et 10. Il en est de même des dons ; ils étaient donnés normalement en grâce souveraine sans imposition des mains, et c’est de toute importance pour tous les saints de tous les temps depuis, alors qu’il n’y a aucun apôtre, et qu’il ne peut y en avoir aucun, pour imposer les mains sur qui que ce soit. Mais la superstition est aussi aveugle que le rationalisme, bien qu’elle paraisse plus respectueuse.

 

1.2   Actes 16:4

« Et comme ils passaient par les villes, ils leur remirent pour les garder, les ordonnances établies par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem » (16:4).

 

Il est spécialement rapporté que l’apôtre et ses compagnons firent cela ; cela mérite d’autant plus d’être noté qu’il n’est jamais fait référence dans les épîtres aux décrets correspondants aux questions débattues au concile. Ici encore nous avons à discerner la sagesse de Dieu. Les décrets furent distribués là où l’influence juive prévalait. Ils étaient de la plus grande valeur pour apaiser les doutes de ceux qui regardaient vers Jérusalem, et spécialement vers les apôtres et les anciens qui s’y trouvaient. Si les anciens à Jérusalem et l’église dans son ensemble condamnaient totalement l’imposition de la circoncision aux nations, qui avait le droit d’insister là-dessus ailleurs ? Certainement pas ceux qui avaient du respect pour ceux que le Seigneur avait établis à Jérusalem.

Dans la première épître aux Corinthiens et dans celle aux Galates, la question est débattue en se plaçant sur le vaste terrain de l’évangile, sans faire référence aux décrets. Il n’y a en cela absolument aucune incohérence non plus. Les décrets étaient admirablement de saison et à leur place pour ceux à qui ils étaient remis, et Paul était visiblement zélé pour les donner à observer aux assemblées déjà formées, où les Juifs abondaient. Mais quand il écrivit ses épîtres dans l’exercice ultérieur de sa puissance apostolique, il résolut la question indépendamment de la décision prise à Jérusalem, en se basant sur la vérité de Christ et de Son œuvre maintenant pleinement révélées.

 

1.3   Actes 16:5

« Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour » (16:5).

 

Le Seigneur usait ainsi de grâce pour favoriser Son témoignage. L’agitation est éminemment destructrice, non seulement vis-à-vis de l’affermissement des âmes, mais vis-à-vis de l’avancement de l’œuvre parmi les nouveaux convertis. La foi est nourrie par la grâce, non pas par des questions engendrant des contestations, ni par « les viandes » selon le terme par lequel l’apôtre désigne les controverses juives avec quelque mépris, « lesquelles n’ont pas profité à ceux qui y ont marché » (2 Tim. 2:23 ; Héb. 13:9). Et la grâce est inséparable de Christ qui « est le même hier, aujourd’hui et éternellement » (Héb. 13:8). Aux questions dissociées de Lui répondent des doctrines diverses et étrangères qui brouillent les sens. Il est bon que le cœur soit affermi par la grâce. L’apôtre marchait en elle pour le profit de ceux qui l’entendaient. La foi était fortifiée et de nouvelles assemblées surgissaient toujours plus, ou du moins, leur nombre croissait tous les jours. Tel est le beau tableau dressé par l’Esprit de Dieu ; et tel était l’encouragement donné à l’apôtre et à ses compagnons de travail.

Nous savons combien le champ ouvert à l’œuvre de l’évangile est universel : « Allez dans tout le monde », avait dit le Maître aux apôtres, « et prêchez l’évangile à toute la création » (Marc 16:15). Cet ordre général est toujours d’actualité, mais il ne remplace pas la direction dans le détail que le Saint Esprit sait communiquer, pour la gloire du Seigneur. Il maintiendra le serviteur soumis à Christ et exercé de manière vivante au sujet de Sa volonté : un point de la plus profonde importance pour tous ceux qui veulent Le servir à fond, et aussi obligatoire maintenant qu’autrefois, bien qu’il puisse nous manquer maintenant certains moyens pour nous l’indiquer. Cette vérité apparaît remarquablement dans ce qui suit, et ailleurs.

 

1.4   Actes 16:6-12

« Et ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie, ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie ; et étant venus jusqu’en Mysie, ils essayèrent de se rendre en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Mais ayant passé par la Mysie, ils descendirent dans la Troade. Et Paul vit de nuit une vision : un homme macédonien se tenait là, le priant et disant : Passe en Macédoine et aide-nous. Et quand il eut vu la vision, aussitôt nous cherchâmes à partir pour la Macédoine, concluant que le Seigneur (*) nous avait appelés à les évangéliser. Quittant donc la Troade, nous fîmes voile, tirant droit sur Samothrace, et le lendemain à Néapolis, et de là à Philippes, qui est la première ville du district de Macédoine, et une colonie ; et nous séjournâmes quelques jours dans cette ville » (16:6-12).

 

(*) note Bibliquest : JND traduit « Dieu » au lieu de « le Seigneur ».

 

1.4.1       Actes 16:6-7

Ce n’est pas seulement chez l’inconverti que la volonté de l’homme est traitée comme mauvaise par l’Écriture : le croyant est maintenant exhorté à marcher par l’Esprit de même qu’il vit par l’Esprit (Gal. 5:25), et la puissance est accordée par l’Esprit qui lui est donné, bien que Sa puissance n’agisse en bénédiction positive que pour la gloire de Christ et dans la dépendance de Lui et dans l’obéissance à Sa parole. Il est donc très important de se rappeler qu’il n’en va pas autrement dans l’œuvre du Seigneur, où le serviteur est constamment exposé au danger d’être guidé par de belles apparences, ou de suivre ce qui plait à ses propres pensées, ou peut-être les suggestions d’autres qu’il respecte. Le Seigneur est jaloux, en ce qu’Il tient beaucoup à notre soumission, à notre fidélité et à notre confiance en Lui, afin que nous regardions à Lui qui ne manque pas d’agir par l’Esprit pour que Sa volonté soit connue et faite. L’œuvre est la Sienne, et Lui seul est à même de la diriger dans Sa sagesse et Sa puissance en grâce : nous ne sommes, au mieux, que Ses ouvriers dans cette œuvre. Quel bonheur de travailler et de marcher par la foi, étant guidés par Son œil et aidés tout autant qu’envoyés ici ou là par Sa grâce ! Dans un monde qui est abandonné à sa propre volonté et à toutes ses voies funestes, qu’il Lui est doux que Ses serviteurs n’oublient ni leur Seigneur absent ni la bénédiction personnelle qu’il y a à L’avoir Lui pour manifester clairement Sa volonté ; qu’il Lui est doux que leurs cœurs s’en remettent à Lui, et que leur foi attende de Lui tout ce qui est nécessaire pour Le glorifier et pour les préserver de s’écarter.

 

1.4.2       Actes 16:6

Ainsi le travail de Paul et de ses compagnons était ordonné par le Seigneur, et c’est mis ici en relief dans la Parole écrite pour que nous puissions travailler dans le même esprit de foi, sans laisser à l’abandon une telle faveur ni réduire l’Écriture à une lettre morte. « Et ils traversèrent la Phrygie et le pays de Galatie, ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie ». L’allusion à la Phrygie et à la Galatie comme sphère combinée de leurs visites est un fait plein d’intérêt ; mais combien l’absence de détails est frappante, alors que notre curiosité en aurait voulu beaucoup ! Dans l’épître aux assemblées de la Galatie, nous avons non seulement le fruit résultant de ce que la semence de l’évangile y a été semée, mais les circonstances qui y sont révélées sont d’une grande valeur et un avertissement solennel. De la Phrygie nous n’avons guère de détails, si ce n’est que Paul et Silas traversèrent alors cette région, ainsi que la Galatie, « ayant été empêchés par le Saint Esprit d’annoncer la parole en Asie ».

Cette province d’Asie était-elle totalement stérile ? Était-ce un sol sans espoir ? Dès le commencement de l’évangile, des témoins provenant de cette région (2:9-10) avaient entendu parler les choses magnifiques de Dieu dans leur langue, dans celle de la Phrygie et de nombreuses autres ; cependant ici, la Phrygie est visitée alors que l’Asie ne l’est pas, tandis que sous la direction très sage du Seigneur, les régions de la Galatie et de la Phrygie verront l’apôtre les traverser afin de « fortifier tous les disciples », et non pas seulement pour évangéliser (18:23). Paul visite aussi Éphèse après qu’Apollos n’y eut pas travaillé en vain et y eut appris plus soigneusement les voies de Dieu ; et c’est là que l’apôtre amène le petit noyau de disciples dans la plénitude de la vérité et des privilèges chrétiens (ch. 19), et il y poursuit l’œuvre pendant plus de deux ans, d’abord dans la synagogue, puis dans l’école de Tyrannus, de sorte que « tous ceux qui demeuraient en Asie entendirent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs », non seulement ceux qui demeuraient dans la capitale, mais aussi en province ; — et cette parole « croissait et montrait sa force », une puissance spéciale opérant de la part de Dieu par les mains de Paul. Le Saint Esprit, qui connaissait tous les cœurs, et qui est seul à pouvoir employer n’importe quelle bouche pour la gloire de Dieu, — c’est Lui qui leur interdit d’annoncer la parole en Asie à ce moment-là. Ceux qui croient en l’homme peuvent montrer leur incrédulité réelle à l’égard de Dieu en épiloguant sur la défense que nous avons ici ; ceux qui mettent leur confiance dans Sa grâce admireront le soin admirable qu’Il prend pour conduire au bon endroit pour témoigner, et en opérant plus tard dans le lieu interdit maintenant, après avoir daigné dans Sa bonté créer une ou plusieurs oasis fécondes dans ce désert. Lui sait, de manière infaillible, mieux même qu’un apôtre, et c’est Lui qui est encore ici pour guider l’œuvre à la louange du Nom de Jésus. Lui connaît le temps de semer, et pareillement Il assure une récolte à la bonne saison.

 

1.4.3       Actes 16:7

Or ce ne fut pas la seule interdiction à peu près à la même époque. Car « étant venus jusqu’en Mysie, ils essayèrent de se rendre en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas » (16:7). Pour ceux qui apprécient l’Écriture à sa juste valeur, il y a ici une preuve aussi claire que possible de l’action personnelle de l’Esprit corrigeant même les mouvements que l’apôtre se proposait. « Ils essayèrent de se rendre en Bithynie », où nous savons (1 Pierre 1:1) qu’il y avait de ceux de la dispersion, c’est-à-dire des Juifs chrétiens, aussi bien qu’en Galatie et dans le proconsulat d’Asie ; mais telle n’était pas maintenant la pensée du Seigneur pour Son service. On a ici une expression utilisée souvent, mais pas uniquement, pour associer l’Esprit au Seigneur, et elle a donc d’autant plus de force ici dans ce passage : « mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas ». L’Esprit est, comme nous le savons tous, une personne divine et on peut en parler simplement comme l’Esprit, ou le Saint Esprit ; Il peut être présenté d’une manière générale comme l’Esprit ou le Saint Esprit de Dieu, ou l’Esprit du Seigneur, c’est-à-dire de l’Éternel. D’autre part, Il peut être désigné par une désignation spéciale quand la vérité le requiert, comme l’Esprit du Père, du Fils, de Christ, ou, comme ici, de « Jésus », — dans chaque cas ces désignations apportent une justesse d’expression qui n’aurait pas pu être atteinte autrement. Négliger ces distinctions subtiles et merveilleuses, que l’on ne trouve dans aucun autre livre se rapprochant quelque peu de l’Écriture, montre ou génère très souvent du relâchement des idées chez les chrétiens ; ce genre de distinctions se retrouve dans tous les livres de l’Écriture quand le sujet le permet, et en perfection, quel que soit l’écrivain inspiré, et la date où il a été écrit, — ce qui fait ressortir qu’il y a eu un seul véritable Auteur, l’Esprit infaillible et divin. « L’Esprit de Jésus » associe d’une part l’intérêt personnel de l’Homme glorifié (c’était le désir de leur cœur et le grand objet de leur vie de faire connaître Son Nom, dans la soumission à Sa volonté), et d’autre part la puissance de l’Esprit qui est l’énergie opérant dans le nouvel homme.

 

1.4.4       Actes 16:8-10

« Mais ayant passé par la Mysie, ils descendirent dans la Troade. Et Paul vit de nuit une vision : un homme macédonien se tenait là, le priant et disant : Passe en Macédoine et aide-nous. Et quand il eut vu la vision, aussitôt nous cherchâmes à partir pour la Macédoine, concluant que le Seigneur nous avait appelés à les évangéliser » (16:8-10).

 

Le Seigneur aida ainsi Son serviteur de manière positive. Ils avaient tous besoin de direction pour l’œuvre, mais seul Paul vit la vision : c’est une faveur qui lui a été fréquemment accordée, de caractère très élevé, à laquelle aucune créature n’a le droit de s’attendre. La grâce lui a aussi donné des révélations. Mais bien que nous soyons placés dans une position très différente dans l’assemblée, dont la condition et les besoins sont tellement éloignés de l’état primitif, Dieu ne fait jamais défaut pour les difficultés présentes. C’est nous qui manquons à nous attendre à Lui et à compter sur Lui, bien que l’excellent recueil de Sa parole écrite soit maintenant complet, alors qu’il ne l’était pas alors. Mais un honneur spécial fut attribué à celui qui était au premier rang quant à la position, et dont les travaux furent si abondants et bénis. Tous furent immédiatement impressionnés par la vision de l’apôtre et tournèrent leurs yeux et leurs pas vers la Macédoine.

Il est bon de noter l’emploi du « nous » à la place du « ils » comme précédemment. Luc fait savoir modestement, mais sans aucun doute, qu’il a rejoint le groupe de l’apôtre en Troade. Que l’écrivain inspiré soit désormais un témoin personnel n’est sûrement pas une affaire secondaire ; mais la notion humaine selon laquelle son récit prendrait désormais un caractère supérieur est une profonde erreur de principe. En effet l’inspiration exclut toute question de degré d’assurance ou d’autorité. Ce que l’écrivain a écrit est pareillement de Dieu, qu’il en ait été témoin, ou non. L’Esprit de Dieu seul assure la vérité absolue, ce qui n’est affecté ni par la vue ni par l’ouïe, ni par des recherches des faits. L’homme ne peut s’élever au niveau de ce qui est donné divinement, sauf en tant qu’il le reçoit. Il peut être vaguement exact, mais il est nécessairement humain. Dieu, du fait qu’Il connaît tout, communique ce qu’il faut pour Sa gloire en amour pour les Siens.

En fait la présence de l’écrivain n’apporte pas plus de minutie dans ce qui est communiqué. Les conversations, les différences, les voyages, les prédications étaient déjà donnés quand Luc était absent, autant que quand il a fait partie des compagnons de l’apôtre. Quelle preuve simple et réconfortante que nous avons à faire dans la parole inspirée à un Dieu qui ne peut ni se tromper ni mentir, et non pas simplement à des hommes faisant de leur mieux ! Il nous fournit Son récit de ces faits spirituellement instructifs par le moyen de l’homme. Ultérieurement nous apprenons au cours du récit qu’ils restèrent un peu en Troade où il y avait au moins une assemblée (Actes 20). Mais maintenant il n’y eut pas d’indécision, et ils ne traînèrent pas en chemin : l’évangile devait être prêché tout de suite en Macédoine.

 

1.4.5       Actes 16:11-12

« Quittant donc la Troade, nous fîmes voile, tirant droit sur Samothrace, et le lendemain à Néapolis, et de là à Philippes, qui est une ville de Macédoine, la première du district, une colonie ; et nous séjournâmes quelques jours dans cette ville » (16:11-12).

 

La description est tout à fait exacte. Il n’aurait pas été juste de l’appeler la ville principale, ou la capitale de la Macédoine ; mais elle était la ville principale de cette partie ou district ; c’était aussi une colonie romaine, non pas grecque, ce qui a quelque importance par rapport aux incidents qui suivent, dont on a un tableau si expressif. Les armées romaines s’étaient livrées là à une lutte à mort, non pas avec des étrangers, mais entre elles. C’est là que se décida le sort de la république moribonde. C’est là que commença à naître le futur empire du monde, un empire qui devait durer plus qu’aucun de ses prédécesseurs, bien qu’il ait eu la distinction peu enviable d’être au contact du Seigneur de gloire, non seulement lors de Sa naissance méprisée, mais lors de Sa crucifixion ignominieuse ; c’est aussi le seul empire qui, après être resté mort si longtemps et si notoirement, est destiné à revivre pendant une période de temps courte mais terrible, caractérisée par l’iniquité et s’achevant dans une opposition vaine, blasphématoire et destructrice contre Son apparition des cieux, en gloire.

Mais il y a bien d’autres raisons, et des raisons meilleures, qui confèrent un saint intérêt à l’entrée de l’évangile et à la fondation de l’assemblée à Philippes. L’œuvre commença avec le piège d’un esprit malin, en face d’un monde hostile et inique, mais avec une singulière simplicité, avec de la joie s’élevant haut et fort au-dessus du chagrin et de la honte, avec une manifestation de la grâce et de la puissance divines. Il n’y eut rien de tout à fait semblable à Antioche, Corinthe, Éphèse, Rome ou Thessalonique, bien que chacune ait été caractérisée par des faveurs spéciales et admirablement appropriées. Philippes alla aussi jusqu’à une expérience mûrie dépassant tout ce qu’on avait connu d’analogue, non sans des épreuves sévères et des difficultés spéciales, mais en gardant globalement la puissance spirituelle ; il n’y eut pas à Philippes le genre de déclin qui atteignit, comme nous le savons, l’assemblée d’Éphèse autrefois belle et brillante. Dieu voulait nous apprendre comment la bonne semence prit racine et porta du fruit à Philippes. Que les autres se vantent de leur vieux répertoire de récits humains, vains et douteux, tant dans la sphère ecclésiastique que séculière. Ici le croyant peut se reposer sur la certitude de la vérité de Dieu, et profiter de ce que Celui qui connaît toutes choses donne pour notre rafraîchissement ou notre avertissement. Nous voyons hélas ! tout l’affaiblissement de ce que la grâce avait fait si bon, si vrai et si fidèle dans sa mesure, car où est cette assemblée maintenant ? Qu’en fut-il d’elle à la génération suivante, après l’épître de Paul adressée à tous les saints de cette assemblée ? Si elle était resté debout comme l’église latine, elle n’aurait été, comme Rome, qu’une statue de sel, avec toutes les vérités falsifiées (sauf peut-être les éléments que le credo d’Athanase reconnaît), et tous les moyens de la grâce changés en judaïsation. Cela n’aurait été qu’au plus profond déshonneur de Christ, et l’assemblée à Philippes, comme la plupart des plantations apostoliques, a disparu afin que les hommes puissent apprendre, à moins d’être aveuglés par la sagesse du monde et l’esprit charnel, que la puissance et même la vérité de l’église de Dieu ne reposent pas sur une succession ecclésiastique, mais sur l’énergie vivante du Saint Esprit opérant dans le lien de ceux qui confessent Christ, — lesquels sont moins que rien, comme témoins, s’ils ne Lui sont pas fidèles, mais ils ont du prix aux yeux de Dieu dans la mesure où ils font Sa volonté et reflètent Sa grâce.

L’évangile entra en Europe par les apôtres, en toute simplicité. Deux hommes inspirés firent partie de ceux qui l’introduisirent, un apôtre (le plus grand d’entre eux), et un prophète (non pas le moindre d’entre eux), ou, comme on le qualifie populairement, « l’évangéliste » Luc. Très vraisemblablement, il a été un évangéliste au vrai sens scripturaire du terme. C’est certainement sur des hommes comme Paul et Luc que furent édifiés les saints appelés maintenant de Dieu (Éph. 2:20), comme c’est à eux que fut révélé le mystère de Christ (Éph. 3:5). Le fondement était bien posé, Jésus Christ Lui-même ; pourtant quelle sainte absence de prétention, nous voyons ici !

 

1.5   Actes 16:13-15

« Et le jour du sabbat, nous sortîmes hors de la porte [et nous nous rendîmes] au bord du fleuve, où l’on avait coutume de faire la prière ; et, nous étant assis, nous parlions aux femmes qui étaient assemblées. Et une femme nommée Lydie, marchande de pourpre de la ville de Thyatire, qui servait Dieu, écoutait ; et le Seigneur lui ouvrit le coeur pour qu’elle fût attentive aux choses que Paul disait. Et après qu’elle eut été baptisée ainsi que sa maison, elle [nous] pria, disant : Si vous jugez que je suis fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et demeurez-y. Et elle nous y contraignit » (16:13-15).

 

1.5.1       Actes 16:13

Il semble qu’il n’y avait pas de synagogue dans la ville appelée autrefois « les Fontaines », mais maintenant Philippes — d’après le nom de celui qui avait détaché le district d’avec la Thrace pour l’annexer à sa Macédoine ancestrale, et qui alimentait largement ses trésors dans ce monde à l’aide des mines d’or du voisinage. Au bord du fleuve en dehors de la porte de la ville, l’une au moins des femmes assemblées là reçut un trésor plus grand, et but de manière à avoir en elle une fontaine jaillissant en vie éternelle. Le bon médecin qui écrivit ce récit n’était pas peintre, mais il faisait des descriptions colorées. Pensez à un philosophe, ou même à un rabbin, parlant aux femmes de ce que Dieu est et donne, et de la grâce et de la vérité qui vinrent par Jésus Christ ! Même les disciples s’étonnèrent une fois de ce que le Seigneur parlait à une femme, car Lui faisait passer en premier l’importance solennelle d’une âme perdue, et la valeur bénie d’une âme sauvée, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Et on trouve ici Son serviteur de première qualité, non pas seul, mais accompagné de quelques-uns animés du même genre de pensées et de cœur, en train d’annoncer Christ et d’administrer les mystères de Dieu auprès de ces femmes réunies.

 

1.5.2       Actes 16:14

L’une d’entre elles attire notre attention dans le récit ; c’est Lydie de Thyatire, une marchande de ce colorant pour lequel les Lydiens avaient une réputation largement répandue déjà du temps d’Homère (Iliad. δ. 141), tandis que des teinturiers semblent illustrés dans une inscription trouvée dans les ruines de Thyatire. Elle n’était pas idolâtre, mais elle adorait Dieu, et se joignait donc au petit groupe de Juifs qui se rencontraient le jour du sabbat pour la prière, séparés des corruptions païennes qui les entouraient ; le bord du fleuve était un lieu convenable pour les Juifs pour faire leurs purifications. Cela semble désigner le fleuve Gangas, petit et moins connu que le Strymon qui était plus éloigné. Lydie écoutait, et le Seigneur lui ouvrit le cœur pour être attentive à ce que disait Paul : elle reçut Celui qui venait par l’eau et le sang (1 Jean 5:6), croyant au nom de Jésus Christ.

Il est bon d’observer la forme spéciale prise par l’œuvre de la grâce dans les âmes : on n’en trouve jamais deux absolument identiques. La différence ne provient pas simplement des personnes, mais de ce que l’Esprit de Dieu donne un caractère nouveau à chaque cas, alors que tous étaient autrefois pareillement pécheurs perdus, et que le même Christ est tout et en tous. Chacun, cependant, a sa propre individualité, et Dieu ne refuse pas l’honneur au vase plus faible, mais partage Sa joie dans l’amour en donnant le détail des circonstances particulières à l’un de ces pécheurs, comme nous l’avons ici devant nous. Il ne fait pas de doute que sa conscience fut exercée, et qu’elle se repentit envers Dieu. Si cela n’avait pas eu lieu auparavant, cela eut lieu alors, car il n’y a pas d’opération vitale dans l’âme sans ce jugement de soi qui reconnaît ses péchés et son état de ruine, et qui se tourne vers la miséricorde de Dieu comme la seule source d’espérance salvatrice. Mais la bonne nouvelle, ou évangile de Dieu présente Christ comme mort et ressuscité, pour que la rémission des péchés puisse être non seulement promise, mais prêchée aux coupables, et pour que tout croyant puisse se savoir justifié de tout — exactement ce que la loi ne pouvait faire, même pour ses plus fervents zélateurs.

Il ne nous est pas parlé ici d’affliction poignante et de componction comme pour les Juifs convertis à la Pentecôte (Actes 2:37-38) quand ils furent confrontés à leur culpabilité d’avoir rejeté leur propre Messie ; ni de la grande crainte qui frappa tout ceux qui entendirent parler de la mort judiciaire d’Ananias et Sapphira (Actes 5:11), ni de la grande grâce accordée à ceux qui enseignaient et prêchaient le Seigneur Jésus par le fait qu’elle multipliait les disciples à la suite des persécutions (Actes 4:1-4). Le Seigneur opéra en Lydie, et ouvrit son cœur pour qu’elle fasse attention au discours de Paul. Ce n’était pas seulement la prière ce jour-là, mais la réponse de Dieu dans le témoignage de grâce qui, en Christ, répond à tous les besoins, et déborde toujours plus à Sa gloire.

 

1.5.3       Actes 16:15a

Devenue croyante, Lydie fut baptisée comme il convenait (Jean 4:1). Tel était le commandement du Seigneur à Ses serviteurs. Seuls les mâles parmi les Juifs étaient circoncis ; les disciples, tant hommes que femmes, étaient baptisés (Actes 8:12). Non seulement Lydie fut baptisée, mais aussi sa maison : « Après qu’elle eut été baptisée ainsi que sa maison… ». Que faut-il entendre par là ? Nous n’entendons pas parler d’enfants ni de mari ; il se peut qu’elle ait été veuve, sans famille, ou jamais mariée. Elle avait un foyer, et le verset 40 nous parle de frères dans sa maison, donc des croyants, et probablement pas seulement des hommes, mais aussi des femmes. Nous n’entendons pas parler de petits, et le récit divin, qui est complet et minutieusement exact pour notre admiration à d’autres égards, n’implique rien de la sorte, si bien que la témérité de la tradition, de l’intelligence et de la volonté, qui tireraient de ce récit une base pour de supposés petits enfants dans ce cas, est aussi hardie et évidente qu’injustifiable (*).

 

(*) note Bibliquest : Ces commentaires ne font pas apparaître que l’auteur ait tenu compte de la signification de la « maison » du croyant à travers l’Écriture.

 

C’est pourquoi Meyer, le plus capable des commentateurs luthériens modernes, dit honnêtement, à l’encontre de tous ses préjugés ecclésiastiques : « quand les familles juives ou païennes devenaient chrétiennes, les enfants qui en faisaient partie ne pouvaient être baptisés que lorsqu’ils étaient suffisamment grands pour pouvoir professer leur foi en Christ, et lorsqu’ils le faisaient effectivement ; car telle était l’exigence universelle pour recevoir le baptême [voir aussi les versets 31 et 33, Actes 18:8]. Au contraire, si les enfants étaient incapables de croire, ils ne participaient pas au rite vu qu’il leur manquait ce que l’acte présuppose. Il ne faut pas supposer que le baptême des enfants soit une institution apostolique, mais il a surgi progressivement dans la période post-apostolique après une longue résistance qui a commencé tôt, et en relation avec certaines vues doctrinales, et il ne se généralisa dans l’église qu’après la période d’Augustin. La défense du baptême des enfants dépasse le domaine de l’exégèse, et doit être abandonné à celui de la dogmatique ». D’autres commentateurs éminents vont dans le même sens, y compris des paedo-baptistes qui reconnaissent ouvertement que, ni ici, ni dans la suite du chapitre, ni en 1 Cor. 1 il n’y a la moindre preuve que certains furent baptisés hormis ceux qui avaient confessé Christ, et que le baptême des enfants n’a pas de justification scripturaire.

 

1.5.4       Actes 16:15b

Juste encore un point en passant. Lydie dont le cœur fut ouvert par le Seigneur, prit à cœur les serviteurs du Seigneur. « Elle nous pria, disant : Si vous jugez que je suis fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et demeurez-y. Et elle nous y contraignit ». L’amour de Christ était là, et lui fit coopérer à la vérité (3 Jean 8), bien qu’elle ne connût guère la valeur, aux yeux du Seigneur, de son importunité en grâce.

Une autre leçon d’une très grande portée pratique devrait être évidente : c’est la profonde indifférence non seulement vis-à-vis des âmes, mais vis-à-vis du Seigneur qu’il y a dans ce refus de « juger », qui plaît à la chair et qui caractérise l’église mondaine, aussi bien catholique que protestante, épiscopalienne, presbytérienne et tout le reste de ce qui n’est pas basé sur la confession du Christ de Dieu, et sur le don du Saint Esprit venant de Dieu (Matt. 16:16-18 ; Actes 11:17). Sans nul doute les hommes plaident que nous ne devons pas juger, ou que nous devons exercer un jugement de charité : les deux arguments sont pareillement ignorants, pervers et mauvais. Certainement nous ne devrions jamais être portés à la censure, jamais imputer de mauvais motifs là où une mauvaise conduite n’est pas manifeste. Mais pour ceux qui connaissent que la foi dans le témoignage de Dieu rendu à Christ est le point crucial du passage de la mort à la vie (la vie éternelle), abandonner ou négliger la distinction faite à cet égard, c’est faire preuve d’incrédulité autant que de manque de cœur. Notre jugement solennel, s’il est guidé par la parole, est que la mort est la condition de tous ; notre jugement de charité et notre joie sont que ceux qui par grâce écoutent Sa parole sont les seuls qui vivent par Christ et de Christ et en Christ ; c’est pourquoi nous les exhortons en Son nom à ne plus vivre désormais pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et est ressuscité (2 Cor. 5:15).

Lydie ne recula pas devant un tel jugement, mais elle le provoqua plutôt, humblement, comme dû au Seigneur. Paul et ceux qui l’accompagnaient agirent en conséquence, et le Saint Esprit l’a rapporté pour notre avertissement. Il n’y avait donc assurément aucun manque d’amour dans l’acte de Pierre jugeant Simon le samaritain [le magicien] selon ses propres paroles ; et bien que baptisé, il jugea qu’il était « dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité » (8:20-23). C’était plutôt, en effet, le côté douloureux du jugement d’amour que la connaissance de Dieu entraîne pour Ses serviteurs, — un jugement absolument indispensable vu les circonstances ; et malheur à ceux qui, pour plaire au monde ou pour leurs aises et avantages égoïstes, abandonnent un devoir dû aussi clairement et indiscutablement à leur Maître ! Ni Pierre ni Paul ne le firent.

 

1.6   Actes 16:16-18

« Or il arriva que, comme nous allions à la prière [ou : à la place de prière], une servante qui avait un esprit de python et qui, en prophétisant, procurait à ses maîtres un grand gain, vint au-devant de nous. Et marchant après Paul et nous, elle criait, disant : Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-haut, qui vous annoncent la voie du salut. Et elle fit cela pendant plusieurs jours. Mais Paul, affligé, se retourna et dit à l’esprit : Je te commande au nom de Jésus Christ de sortir d’elle. Et à l’heure même il sortit » (16:16-18).

 

Les meilleures autorités (ABCE, et al.) insèrent l’article avant le mot « prière » au verset 16 ; il est donc permis de penser que « le lieu de prière » est le sens le plus probable. S’il en est ainsi ici, ce serait aller trop loin de recommander le même sens au verset 13, car il est convenable là que l’article soit absent du fait que c’était un lieu préalablement inconnu et non encore mentionné. L’incident rapporté était important par lui-même et dans ses conséquences. Satan essayait un nouveau moyen de faire du mal, non pas en attaquant l’évangile, mais en le chapeautant, et ceci plusieurs jours durant. Affligé par cela, l’apôtre finit pas se retourner pour enjoindre au mauvais esprit de la quitter, ce qui arriva au nom de Jésus.

Hélas ! Les serviteurs du Dieu Très-Haut n’ont pas agi ainsi en Europe. Au lieu d’éviter les faveurs de l’ennemi, ils les ont acceptées, à leur propre honte, pour leur ruine et pour le déshonneur de leur Maître. En Asie on résista à l’évangile, on le calomnia et le persécuta. Aucune Pythonisse ne suivait ses prédicateurs, ni ne faisait entendre le cri : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très-haut, qui vous annoncent la voie du salut ». La manière du diable était alors l’opposition ouverte, non pas la flatterie. Plus tard l’Europe n’a pas eu de Paul pour chasser les esprits impurs ; un amalgame profane prévalut finalement, et les serviteurs de Dieu prétendirent honorer Jésus en rendant hommage au monde. Mais ce n’était que des paroles creuses des lèvres, comme les évènements de Philippes le montrèrent bientôt. Le monde est intrinsèquement et toujours en inimitié contre Dieu ; et rien n’est aussi éloigné du cœur de son prince que d’honorer le Fils de Dieu. Menteur et père du mensonge, il déteste être découvert ; et sa rage éclata quand le fidèle apôtre, après avoir négligé ses offres, chassa au nom de Jésus la puissance hors de son instrument d’imposture.

Cette puissance et cet acte exécutés avec autant de décision et sans compromis, suscita une réaction de l’ennemi en se servant de la cupidité humaine. Il est bon de noter que l’apôtre n’a agi avec l’énergie divine que quand c’est devenu un devoir à cause de la persévérance de Satan.

 

1.7   Actes 16:19-24

« Mais ses maîtres, voyant que l’espérance de leur gain s’en était allée (*), ayant saisi Paul et Silas les traînèrent dans la place publique devant les magistrats. Et les ayant présentés aux préteurs, ils dirent : Ces hommes-ci, qui sont Juifs, mettent tout en trouble dans notre ville et annoncent des coutumes qu’il ne nous est pas permis de recevoir ni de pratiquer, à nous qui sommes Romains. Et la foule se souleva ensemble contre eux ; et les préteurs, leur ayant fait arracher leurs vêtements, donnèrent l’ordre de les fouetter. Et leur ayant fait donner un grand nombre de coups, ils les jetèrent en prison, en commandant au geôlier de les garder sûrement. Celui-ci, ayant reçu un tel ordre, les jeta dans la prison intérieure et fixa sûrement leurs pieds dans le bois » (16:19-24).

 

(*) Littéralement « était sortie », ce qui semble une allusion au départ du démon.

 

1.7.1       Actes 16:19

Vaincu dans son effort de s’immiscer dans le travail de Dieu, l’ennemi revient à son opposition ordinaire et naturelle à travers les intérêts et les passions humaines. La cupidité est le principal moteur de l’activité du monde, « la cupidité, qui est de l’idolâtrie » (Col. 3:5). Ceux dont l’espoir de gains avait disparu avec l’esprit chassé, se saisirent iniquement de Paul et Silas, et les traînèrent à la place du marché où l’on trouvait alors, plus que maintenant, les magistrats locaux. On peut remarquer qu’ici seulement, l’historien inspiré désigne les magistrats de Philippes avec le terme grec correspondant aux préteurs : c’est une preuve frappante de son exactitude minutieuse, car la cité était une colonie, et une colonie, c’était Rome à petite échelle, avec ses deux chefs (en général un duumvirat ; mais il en était parfois autrement en tant que de besoin). Nous verrons les gouverneurs de Thessalonique désignés différemment au chapitre suivant, mais là aussi avec la même exactitude caractéristique qu’ici. Comparez aussi Actes 13:7,12 ; 18:12 ; 19:31 pour d’autres exemples d’une telle exactitude.

 

1.7.2       Actes 16:20-24

« Et les ayant présentés aux préteurs, ils dirent : Ces hommes-ci, qui sont (υπαρχοντες) Juifs [ou comme M. Humphry suggère : « étant Juifs pour commencer »], mettent tout en trouble dans notre ville et annoncent des coutumes qu’il ne nous est pas permis de recevoir ni de pratiquer, à nous qui sommes (οντες) Romains ».

 

C’était calculé, et sans doute voulu, pour soulever la foule, d’autant plus sensible sur le sujet de la fierté romaine et des privilèges qui s’y rattachaient, parce qu’ils n’étaient pas purement Romains ; et les éventuels Romains pouvaient être tolérants entre eux avec les religions des autres, et très jaloux de tout ce qui ressemblait à une agression contre eux. L’appel ne fut pas vain :

 

« Et la foule se souleva ensemble [c’est-à-dire avec les maîtres de l’esclave délivrée de l’esprit] contre eux ; et les préteurs, leur ayant fait arracher leurs vêtements, donnèrent l’ordre de les fouetter ».

 

Il n’est peut-être pas nécessaire de soutenir avec Bengel que les préteurs déshabillèrent Paul et Silas de leurs propres mains ; mais l’expression spéciale utilisée (περιρηξαντες) et la portée générale et le sens intrinsèque, excluent la notion que les magistrats déchirèrent (διαρρησσω) leurs propres vêtements. Il est certain qu’ils ordonnèrent qu’on les fouette sans avoir été condamnés, en violation flagrante de la loi romaine, ce qui les exposait à un châtiment sévère si une action en justice avait été intentée.

 

« Et leur ayant fait donner un grand nombre de coups, ils les jetèrent en prison, en commandant au geôlier de les garder sûrement. Celui-ci, ayant reçu un tel ordre, les jeta dans la prison intérieure et fixa sûrement leurs pieds dans le bois » (16:23-24).

 

Tel était l’homme, l’homme civilisé, quel que soit son rang dans la société ; il se laisse emporter dans l’injustice la plus évidente sans même une forme de jugement vis-à-vis des saints serviteurs du Seigneur, innocents et remplis d’abnégation, à l’appel des gens les plus vils qui profitaient des oracles et divinations d’une femme-esclave sous la puissance de Satan.

Dieu n’avait-il rien à faire ?

 

1.8   Actes 16:25-26

« Or sur le minuit, Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges de Dieu ; et les prisonniers les écoutaient. Et tout d’un coup il se fit un grand tremblement de terre, de sorte que les fondements de la prison furent ébranlés ; et au même instant toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent détachés » (16:25-26).

 

De tels faits pouvaient-ils désigner plus clairement Qui était Celui dont le dessein et la main avaient opéré en faveur de Ses serviteurs blessés ? Les hommes peuvent bien prétendre qu’un tremblement de terre arrive par hasard, et que les circonstances ne sont que des coïncidences singulières ; mais qui a jamais entendu parler d’un tremblement de terre si fort qu’il secoue non seulement les fenêtres et les murs, les chaînes et les verrous, mais jusqu’aux fondations d’un grand bâtiment, et en même temps ajusté avec tant de précision qu’il ne fait rien tomber ni ne blesse personne ! par contre toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous furent détachés ! C’était la même puissance divine qui avait délivré Simon Pierre, pourtant enchaîné à deux soldats, la veille de son exécution (Actes 12) ; c’était aussi la même puissance qui avait fait sortir les apôtres d’une prison fermée en toute sûreté, avec les gardes debout aux portes (Actes 5).

Ici un dessein plus profond était à l’oeuvre, et un grand tremblement de terre le proclama ; et Paul et Silas qui avaient chanté les louanges de Dieu, restèrent dans la prison pour annoncer Ses œuvres magnifiques ; et même ceux qui en d’autres circonstances auraient naturellement tellement désiré s’échapper et reprendre leur vie sans foi ni loi, furent si intimidés que nul ne quitta la prison ouverte. C’était le Dieu de toute grâce qui répondait aux prières et aux louanges de Ses prisonniers ; Lui savait comment contrôler les méchants, et Lui guidait Ses serviteurs pour Sa gloire. Car Il allait maintenant faire davantage, et pour le plus grand honneur du nom de Son Fils ; et Il allait le faire de manière à gagner pour Lui un cœur endurci qui battait à l’intérieur des murs de la prison.

 

1.9   Actes 16:27-31

Écoutons. « Et le geôlier, s’étant éveillé et voyant les portes de la prison ouvertes, tira son épée et allait se tuer, croyant que les prisonniers s’étaient enfuis. Mais Paul cria à haute voix, disant : Ne te fais point de mal, car nous sommes tous ici. Et ayant demandé de la lumière, le geôlier s’élança dans [la prison], et tout tremblant il se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Et les ayant menés dehors, il dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Et ils dirent : Crois au Seigneur Jésus (*), et tu seras sauvé, toi et ta maison » (16:27-31).

 

(*) La masse des témoins ajoutent « Christ » comme dans le Texte Reçu, mais les plus anciens avec quelques manuscrits à lettres cursives, la Vulgate et d’autres, ne l’accréditent pas.

 

Nous pouvons comprendre l’horreur du geôlier, et son premier mouvement, comme païen, de se supprimer, déduisant des portes ouvertes que les prisonniers s’étaient enfuis, et qu’en conséquence de la loi sévère (De Custodia Reorum) il n’avait plus devant lui que le coup violent de la honte judiciaire. Mais imaginez l’effet accablant sur sa conscience quand l’apôtre le détourna du suicide en l’assurant hautement que les prisonniers étaient tous là ! La lumière de Dieu pénétra en un instant son cœur ténébreux, lui inspirant un profond désir de miséricorde, avant d’avoir les lumières qu’il réclamait. Il n’avait pas besoin qu’on lui dise où se tourner pour avoir la vérité qu’il désirait, ni de davantage d’actions divines pour lui prouver que Sa main était dans tout ce qui venait d’arriver, et que Dieu était réellement du côté de ceux qui avaient été si rudement jetés en prison avec des moqueries et des coups. La Pythonisse ne les avait-elle pas notoirement désignés comme « les serviteurs du Dieu Très-haut, qui vous annoncent la voie du salut » ? Les profondeurs de son âme étaient brisées ; et comme ses péchés remontaient de tous les coins où ils étaient cachés, il sentit instinctivement que c’était maintenant le moment de trouver Dieu. Aussi se précipita-t-il à l’intérieur et, tout tremblant, se jeta aux pieds de Paul et Silas, et les fit sortir pour s’enquérir du grand salut.

Car il ne faut pas penser qu’il s’agit du salut en aucun sens secondaire. Le tremblement de terre venait de s’achever, les prisonniers étaient tous saufs ; qu’avait-il à craindre de la justice romaine ? Mais Dieu avait éveillé son âme, et ses péchés le troublaient — non pas la mort de la part de l’homme, mais le jugement divin quand tout ce qui était devant ses yeux prendrait fin ; et les serviteurs de Dieu en faveur desquels Il venait de s’interposer miraculeusement, étaient là pour lui dire le chemin du salut. Quoi qu’en pensent les érudits qui n’ont jamais senti le poids de leurs péchés, et qui palabrent sur les mots, et perdent leur temps dans des questions douteuses ou non, l’anxiété brûlante du geôlier concernait le salut de son âme. L’expression étrange adressée à ses deux prisonniers saints ne pouvait que s’élever devant lui vu son état d’esprit frappé par la crainte. C’était réellement Dieu qui opérait dans sa conscience, comme Il l’avait déjà fait d’une autre manière dans la prison. Il n’y avait pas un moment à perdre, de sorte qu’ayant fait sortir les deux prisonniers, il dit : « Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » Le salut éternel était le besoin urgent de son âme, comme il le reconnaît honnêtement.

La réponse des serviteurs du Seigneur ne fut pas moins prompte. Grâce à Dieu, il peut et il devrait toujours en être ainsi quand l’âme qui cherche est sérieuse. Car le fondement juste sur lequel repose le salut est déjà posé, et si parfaitement posé qu’y ajouter quelque chose, attendre quelque chose d’autre, c’est déshonorer Dieu et entraver le pécheur. L’œuvre d’expiation est faite et Dieu l’a acceptée, et c’est pourquoi Il envoie Sa bonne nouvelle au coupable, sans faire acception de personnes. Il n’est pas question que la faveur divine soit basée sur des promesses de la part de l’homme ni sur une amélioration. L’homme a été autrefois livré à lui-même jusqu’à ce que sa violence et sa corruption deviennent insupportables, et que le jugement balaie tout, sauf les quelques-uns qui se confièrent en Dieu dans l’arche fournie par Sa grâce. L’homme fut alors pleinement mis à l’épreuve par la loi de Dieu, avec toute l’aide religieuse possible, mais comme Dieu l’indiqua à l’avance, tout fut vain, sauf à prouver que l’homme ne peut être sauvé sur la base d’aucune valeur morale ni d’aucune ordonnance religieuse. Que restait-il ? Rien, sinon un Sauveur envoyé par Dieu pour être la propitiation pour les péchés. Le Sauveur est déjà venu, est déjà mort, et est maintenant ressuscité et glorifié. Et même Dieu a envoyé du ciel le Saint Esprit pour déclarer la bonne nouvelle par Ses serviteurs. Paul et Silas pouvaient donc dire avec une confiance absolue : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison ».

Telle est la grâce de Dieu dans l’évangile. Elle apporte le salut pour tous. Il n’est plus mis en réserve sous forme d’ombres. Il est apparu au monde. Il ordonne aux hommes que tous en tous lieux ils se repentent, mais nul ne reçoit la rémission des péchés sauf par la foi ; et le Seigneur Jésus est l’objet de cette foi. Sans doute Il a souffert pour nos péchés : autrement il ne pourrait y avoir de proclamation souveraine de la part de Dieu, ni une telle bénédiction pour l’homme. Mais la foi va de pair avec la grâce, et exclut absolument tout mérite de l’homme, car la justice révélée dans l’évangile est la justice de Dieu, fondée sur l’œuvre accomplie par Christ.

Il est de toute importance de voir et de tenir ferme le fait que l’évangile présente la personne de Christ, et non pas seulement Son œuvre. L’âme est appelée à « croire au Seigneur Jésus ». Ceci ne pourrait pas purifier la conscience s’il n’y avait pas l’effusion de Son sang ; cela ne pourrait pas donner la paix ou la liberté, si le Seigneur Jésus n’avait pas été livré pour nos fautes, et n’était ressuscité pour notre justification. Mais c’est au Seigneur Jésus que nous croyons. Ce n’est que de cette manière que l’âme est placée dans une juste attitude dès le départ, et cet objet de foi demeure jusqu’à la fin.

« Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé ». Ceci donna la joie et l’assurance à l’âme du geôlier, comme nous allons le voir bientôt. C’était donc voulu par Dieu, qui est le Dieu de paix, non pas d’incertitude, et qui introduit le croyant dans la communion de Ses pensées. « Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ » (Rom. 5:1). La foi est le principe, et ce qui est révélé à la foi n’est pas la justice humaine, mais celle de Dieu ; car il n’y a pas d’autre base que la grâce et la vérité puissent accréditer. Toute autre base exalterait l’homme, soit qu’il s’agisse de ses propres mérites, soit des ordonnances établies par d’autres pour lui. La justice de Dieu révélée sur le principe de la foi pour la foi exclut tout ce qui est de la sorte. Christ seul est, et demeure, la seule base efficace : le Seigneur Jésus qui a déjà offert Son seul sacrifice sur la croix. Toute l’Écriture sur ce sujet infini n’est que le développement de ce qui fut donné à connaître au geôlier dans ces paroles d’une grande portée : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison ».

On voit que le salut est offert tant à la maison du geôlier qu’à lui-même. Juif ou Gentil, vieux ou jeune, libre ou esclave, il n’y a pas de différence ; le salut est offert dans les mêmes termes de foi. Quels que soient les précieux privilèges attachés au chef de maison dans l’Écriture, on n’y trouve pas la notion que ce chef croit à leur place, ni qu’ils seraient sauvés parce qu’il est sauvé par la foi. Au contraire, cette idée est la licence pour la chair, basée sur la lettre et non sur l’esprit, aussi dangereuse pour l’âme qu’elle est subversive de la vérité fondamentale. Il n’est pas étonnant qu’elle s’abrite derrière d’obscures ordonnances faisant appel au sentiment et à l’imagination sans l’Écriture, tout en se vantant bruyamment de sa propre intelligence spirituelle. Même le doyen Alford oubliait le livre de prières anglican et se soumettait à la parole de Dieu en déclarant que και ο οικος σου (et ta maison), ne signifie pas que sa foi sauverait sa maison — mais que le même moyen était ouvert à eux comme à lui : « Crois et tu sera sauvé, et de même pour ta maison ». Meyer également, en présence de préjugés aussi grands, voire plus grands, démontre la fausseté d’une erreur opposée à l’évangile et à la vérité en général, et dit qu’en effet que le correctif συ και ο οικος σου s’étend à ou dépend de πιστευσον [crois] et σωθηση [tu seras sauvé]. Car, notons-le, le verset ne parle pas d’une institution comme le baptême, mais du salut, et il convient bien de parler sérieusement de ce qui est si sérieux. La légèreté humaine dans les choses divines est incroyablement commune, autant que déplorable.

Mais jusque-là, pour autant que je sache, cette hétérodoxie est seulement chuchotée en privé, ou tout au plus, enseignée là où les adeptes ignorants et aveugles d’un parti sont présents pour écouter. Ses défenseurs ne s’aventurent pas à l’affirmer là où elle serait passée au crible, pour leur honte, et où elle serait rejetée par ceux qui tiennent encore à la vérité. On verra dans la parole inspirée qui suit, combien ces enthousiastes ont l’audace de négliger le contexte pour se prévaloir hâtivement d’apparences tout à fait superficielles afin de donner du crédit à leur idée favorite. Mais laissons ceci de côté jusqu’à ce que nous en arrivions à ce reste du passage. Il est caractéristique de l’erreur de mépriser ce qui est le plus certain, solide et béni pour courir après des ombres vaines, et de se réjouir davantage pour un perverti que pour quatre-vingt-dix-neuf pécheurs repentants.

Pesons cela soigneusement : la question du geôlier et la réponse des serviteurs du Seigneur ne concernaient pas le signe, mais la réalité du salut, un salut d’âmes comme Pierre l’appelle (1 Pierre 1:9). Un tel salut est associé à la foi, ici comme ailleurs, et la foi est par-dessus tout personnelle, comme la repentance qu’elle implique. Croire pour les autres, même s’il s’agit de gens aussi proches que ceux de sa propre maison, afin qu’ils ne soient pas simplement baptisés, mais sauvés, montre non seulement la pauvreté des ressources de cette école prétentieuse, mais leur effronterie à avancer des thèses si dangereuses pour les âmes, sur des bases si maigres.

L’hypothèse qui sous-tend la théorie, dans les esprits les plus modérés, est probablement que la maison du geôlier se composait d’enfants assez jeunes pour être irresponsables : autrement (extravagance dont certains n’ont même pas honte) cette maison serait convaincue de ne pas tenir compte de la repentance envers Dieu, et de la foi en notre Seigneur Jésus (20:21) plus grossièrement que dans n’importe quelle secte chrétienne orthodoxe : car quelle est la secte qui ne demande pas une certaine profession aux candidats d’âge plus mûr ? Il n’est donc pas étonnant que tous les interprètes pieux ou sobres de la parole divine rejettent ces dérives de fanatiques de controverses. Or l’Écriture nous permet de pousser à fond cette réfutation, car le verset 32 ajoute qu’ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, « ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison », comme si le Saint Esprit par anticipation expresse avait prévu de ne laisser aucun argument possible à un enseignement aussi étrange. Seuls ceux qui pouvaient écouter la parole étaient concernés ; l’appel ne comprenait même personne d’autre selon les termes de la bénédiction, quoi que la grâce pourrait faire après, si tant est qu’il en restât à appeler et à bénir.

 

1.10                   Actes 16:32-34

« Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui étaient dans sa maison. Et il les prit en cette même heure de la nuit, et lava leurs plaies ; et sur-le-champ il fut baptisé, lui et tous les siens. Et il les fit monter dans sa maison, et fit dresser une table ; et croyant Dieu, il se réjouit avec toute sa maison » (16:32-34).

 

Le geôlier les prit à « cette heure » de la nuit, bien que l’heure ne parût guère raisonnable ; car telle est la force de « cette heure », plutôt que « cette même heure » qui n’est pas dit, même si c’était certainement vrai. Nous devons reproduire correctement ce qui a été écrit et voulu à l’origine. Après avoir lavé leurs plaies, lui et sa maison furent baptisés sans attendre, semble-t-il dans l’enceinte de la prison même. Puis il les fit monter dans sa maison, apparemment au-dessus du quartier des prisonniers, et il s’occupa de leur rafraîchissement corporel et se réjouit avec toute sa maison, ayant cru en Dieu.

Sans aucun doute, la phrase grecque pour « avec toute sa maison » est adverbiale ; mais cela ne fait pas de différence de sens sur le fond, ici ou ailleurs. Ainsi toute la famille [litt.: « la maison »] de tout homme appartenant à Jacob (Exode 1:1) vint de Palestine en Égypte : les chefs de chaque maison n’accompagnèrent pas Jacob à la place de leurs membres. Il est également vrai que tous vinrent, même si seuls les chefs de famille [ou : maison] sont mentionnés. Pareillement ici, le geôlier se réjouit, mais non pas en tant que représentant sa famille ; ceux de cette famille se réjouirent aussi dans leur mesure, aussi réellement que lui, bien que ce soit sa joie d’avoir cru en Dieu qui soit spécifiée. L’intention est bien de nous faire comprendre que la joie de la foi était la part de tous. Une belle image de la réalité et de l’activité de la grâce de Dieu dans ce monde, et ceci envers toute la maison d’un païen endurci ; et cela est répété à plusieurs reprises à propos de telles personnes. Car est-Il le Dieu des Juifs seulement ? Ne l’est-Il pas aussi des nations ? Oui, aussi des nations, car Dieu est Celui qui justifie la circoncision sur le principe de la foi et l’incirconcision par la foi (Rom. 3:30), n’annulant pas la loi par cela, mais l’établissant, car la loi n’a jamais été autant justifiée que dans la mort du Seigneur Jésus ; les croyants donc, ces anciens coupables, entrent dans la paix et la joie.

Tel est le triomphe de la justice de Dieu pour tous ceux qui s’y soumettent ; et encore ce n’est pas une promesse en suspens, encore moins une simulation, mais une réalité de la grâce bénie et effective pour ceux et seulement ceux qui se soumettent, quels que soient le désir et l’espérance des uns et des autres. Il est doux de voir l’amour prévenant et l’hospitalité immédiatement à l’œuvre quand la foi purifie le cœur. La contrainte et le contrôle de la loi sont un grand bienfait dans un monde pécheur ; mais le meilleur de cela, qu’est-il par rapport à l’œuvre de la grâce divine chez celui même qui vient juste de naître de Dieu ?

 

1.11                   Actes 16:35-40

« Et le jour étant venu, les préteurs envoyèrent les licteurs, disant : Relâche ces hommes. Et le geôlier rapporta ces paroles à Paul, [disant] : Les préteurs ont envoyé afin que vous soyez relâchés ; sortez donc maintenant, et allez-vous-en en paix. Mais Paul leur dit : Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mènent dehors ! Les licteurs rapportèrent ces paroles aux préteurs ; et ils eurent peur, ayant appris qu’ils étaient Romains. Et ils vinrent et les prièrent [de se rendre à leur voeu], et les ayant menés dehors, leur demandèrent de sortir de la ville. Et étant sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent » (16:35-40).

 

Une autre preuve de ce qu’il s’agissait d’une colonie romaine apparaît ici avec les licteurs fonctionnant comme subordonnés des préteurs.

 

1.11.1    Actes 16:35-39

On n’était plus en train de céder par passion ou par opportunisme aux cris injustes d’une émeute ; le lendemain matin on envoie dire de renvoyer les prisonniers objets d’un abus le jour précédent. Le geôlier naturellement répéta les ordres reçus, sans doute heureux de les relâcher. Mais la fermeté et la dignité dont Paul use pour la défense de l’évangile et aussi de la loi dont ils étaient les administrateurs indignes, sont aussi grandes que le support et la soumission sans murmure dont lui et ses compagnons avaient fait preuve précédemment en face de la violence illégitime. S’il y a un temps pour se taire, il y a un temps pour parler (Eccl. 3:7) ; l’Esprit seul peut guider vers l’un ou vers l’autre, et pour quel cas la parole seule est suffisante, — car la Parole appuie et l’un et l’autre, chacun en son temps. Nous voyons ici les deux injonctions exécutées dans la même affaire, et les deux tournant à la gloire du Seigneur.

Il n’en était pas toujours ainsi même avec des serviteurs aussi honorables. Leur propre esprit pouvait agir sans la direction infaillible de Dieu, et occasionnellement il l’a fait, par exemple dans le cas où le souverain sacrificateur fut admonesté et dans celui où il fut fait appel à César, chaque fois avec des conséquences plus ou moins graves, comme on le verra dans la suite. Ici, il est incontestable que la souffrance silencieuse de Paul et de Silas fut un témoignage puissant et frappant à la grâce pratique que le Seigneur voudrait voir caractériser les Siens. « Car quelle gloire y a-t-il », dit un autre apôtre, « si, souffletés pour avoir mal fait, vous l’endurez ? Mais si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange [litt.: une grâce] devant Dieu » (1 Pierre 2:20). C’est à cela que les saints, comme tels, sont appelés. Cela convient particulièrement à ceux qui enseignent de le pratiquer, comme le firent alors ces deux serviteurs bénis à Philippes. Ils subirent l’opprobre pour le nom de Christ, et participèrent à Ses souffrances sans murmure, et même avec des prières et des chants de joie de ce qu’ils avaient été estimés dignes de supporter qu’on leur fasse tort et honte à cause de Son nom.

Mais maintenant qu’ils l’avaient supporté ainsi, il convenait de prouver que Paul et Silas n’étaient pas des malfaiteurs punis justement par le fouet, la prison et les entraves, mais que les gardiens de la loi avaient été coupables d’une injustice flagrante, manifeste et inexcusable contre les prédicateurs de l’évangile. Le moment propice arriva lorsque les préteurs envoyèrent pour les relâcher ; c’est Paul qui s’en rendit compte en premier, non pas le geôlier. C’est pourquoi l’apôtre leur dit : « Après nous avoir fait battre publiquement, sans que nous fussions condamnés, nous qui sommes Romains, ils nous ont jetés en prison ; et maintenant ils nous mettent dehors en secret ! Non certes, mais qu’ils viennent eux-mêmes et qu’ils nous mènent dehors ! » Le dévoilement était complet, même si seuls les officiels et leurs victimes pouvaient le savoir. Il n’y avait pas l’ombre d’un ressentiment, ni le moindre désir de les blesser, ni d’extorquer des gens qui étaient absolument à la merci de ceux qu’ils avaient blessés sans motif. Mais il fut manifesté irréfutablement que, dans le conflit entre les officiels de la loi romaine à Philippes et les ministres de l’évangile, ces derniers étaient honorés par la puissance de Dieu en grâce, tandis que les premiers avaient entièrement manqué à réprimer la foule, et étaient même devenus des meneurs dans une infraction cruelle à cette loi qu’ils étaient tenus d’appliquer.

Les licteurs rapportèrent les paroles de Paul aux préteurs qui, quand ils apprirent que les victimes étaient des Romains, ne purent cacher leur crainte, mais vinrent implorer leurs prisonniers. C’était une humiliation pour eux, autant qu’un triomphe indéniable pour ceux qui étaient chargés de l’évangile de Dieu, et qui avaient souffert seulement comme chrétiens, l’Esprit de gloire et de Dieu reposant sur eux (1 Pierre 4:14).

Certainement les prédicateurs de la grâce n’étaient pas disposés à dévier de la grâce, encore bien moins maintenant que la vérité était claire ; et ils n’avaient pas non plus le désir de déshonorer aucune institution humaine, mais plutôt d’être des modèles dans la soumission aux autorités pour l’amour du Seigneur, à laquelle ils exhortaient positivement les autres. Ils cédèrent facilement à la requête des préteurs, n’ayant jamais eu la pensée de poursuivre les préteurs en justice.

 

1.11.2    Actes 16:40

« Et les ayant menés dehors, ils leur demandèrent de sortir de la ville. Et étant sortis de la prison, ils entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les exhortèrent et partirent » (16:39-40).

 

En quittant la prison, ils exercèrent leur droit indiscutable à la liberté en rendant visite à Lydie, chez qui ils virent « les frères ». Il semblerait qu’il s’agisse des gens de sa maison dont nous avons entendu parler au verset 15. Il ne nous est pas parlé d’autres qui fussent dans ce lien saint de relation fraternelle en ce temps-là à Philippes. Ils les exhortèrent, ou les encouragèrent, selon le besoin, et les serviteurs du Seigneur purent heureusement agir dans la défense et la confirmation de l’évangile (Phil. 1:7). Comme ils s’étaient réjouis dans leurs liens, ils prirent congé : une belle image dans leurs personnes de cette supériorité sur les circonstances que l’apôtre inculquait plus tard dans son épître à tous les saints de l’endroit, pour leur bénédiction et pour la nôtre.

 

 

 

2                    Actes 17

2.1   Actes 17:1

Nous passons maintenant à des circonstances quelque peu nouvelles. Le travail du Seigneur continue, le témoignage change de caractère, le zèle des serviteurs demeure, les résultats diffèrent plus ou moins, de même que l’opposition de l’ennemi.

 

 « Et ayant traversé Amphipolis et Apollonie, ils vinrent à Thessalonique, où était la synagogue des Juifs » (17:1).

 

Il vaut la peine de noter que les plus anciens manuscrits (Aleph, BD, et autres) omettent l’article devant « synagogue », de même que les versions autorisée et révisée anglaises du Roi Jacques ; mais il est rendu témoignage à son existence de manière abondante et variée. D’un côté, il est presque impossible de concevoir qu’on l’ait inséré s’il n’y était pas originellement. D’un autre côté, il est facile de comprendre qu’on l’ait omis à cause de son rapport inhabituel avec le contexte. Son emploi serait tout à fait justifié si, en fait, il n’y avait que cette synagogue dans la région, ce qui lui aurait donné de la notoriété. On voit qu’il n’y en avait pas à Philippes ; il n’y avait que l’endroit pour la prière près du fleuve, où quelques-uns s’assemblaient le jour du sabbat.

 

2.2   Actes 17:2-3

« Et selon sa coutume, Paul entra vers eux, et, pendant trois sabbats, il discourut avec eux d’après les écritures, expliquant et exposant qu’il fallait que le Christ souffrît et qu’il ressuscitât d’entre les morts ; — et [disant], que ce Jésus que moi je vous annonce, est le Christ » (17:2-3).

 

L’apôtre revient ici à un témoignage s’appliquant spécialement aux Juifs. Sans doute il est de la plus haute valeur pour tous, mais sa forme particulière convenait tout à fait au lieu où ses discours étaient prononcés. Le caractère souffrant et ressuscité de Christ était démontré d’après les Écritures ; et il l’était non seulement comme une vérité trouvée dans ce qu’ils reconnaissaient être la parole de Dieu, mais comme une nécessité absolue à cause du péché de l’homme, et comme le seul remède convenable de la grâce de Dieu, — tout ceci était complété par la conclusion décisive que « celui-ci est le Christ Jésus, que moi je vous annonce ». Il n’y avait pas besoin de miracle pour attirer l’attention. Les Écritures sont un témoignage au dessus des miracles, et le plus permanent de tous les témoignages. Jésus, à Lui seul, donne sa pleine signification à la parole de Dieu en ce qui concerne Sa première venue, et c’est ce qui suffit pleinement à la conscience et au cœur du croyant — à la conscience pour la purifier, et au cœur pour lui donner un objet béni et bénissant. Mais ce n’est pas tout ce que l’apôtre avait à dire à Thessalonique, comme nous allons vite l’apprendre ; mais pour le moment il n’y a rien à ajouter puisque c’est tout ce qui est mentionné ici.

 

2.3   Actes 17:4

« Et quelques-uns d’entre eux furent persuadés et se joignirent à Paul et à Silas, et une grande multitude de Grecs qui servaient [Dieu], et des femmes de premier rang en assez grand nombre » (17:4).

 

Ainsi, comme l’apôtre l’écrivit par la suite, « notre évangile n’est pas venu à vous en parole seulement, mais aussi en puissance, et dans l’Esprit Saint, et dans une grande plénitude d’assurance » (1 Thessaloniciens 1:5). La moisson était considérable, non seulement parmi les Juifs, mais encore bien plus parmi les nations, y compris de nombreuses femmes de premier rang. Dans aucune assemblée des temps apostoliques nous ne trouvons une plus grande simplicité, une plus grande fraîcheur et une plus grande puissance de la vérité que parmi les Thessaloniciens.

Mais le succès de l’évangile est toujours susceptible de susciter une opposition acharnée, et nulle part autant que parmi les Juifs : car ceux-ci avaient un vif sentiment de rancune haineuse, bien naturel de la part de ceux que leurs propres écritures accablaient, alors qu’ils ne pouvaient pas les expliquer, et qu’ils ne voulaient pas se courber devant elles.

 

2.4   Actes 17:5-9

« Mais les Juifs, pleins de jalousie, ayant pris quelques méchants hommes de la populace (litt. : qui traînaient au marché), et ayant fait un amas de peuple, troublèrent la ville, et ayant assailli la maison de Jason, ils cherchèrent Paul et Silas pour les amener au peuple. Mais ne les ayant pas trouvés, ils traînèrent Jason et quelques frères devant les magistrats de la ville, en criant : Ces gens qui ont bouleversé la terre habitée, sont aussi venus ici ; et Jason les a reçus chez lui, et ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus. Et la foule et les magistrats de la ville, qui entendaient ces choses, furent troublés. Et après avoir reçu caution de Jason et des autres, ils les relâchèrent » (17: 5-9).

 

Nous voyons ici le manque habituel d’honnêteté élémentaire, qui caractérise ceux qui attaquent religieusement la vérité. Les Juifs, qui professaient avoir la crainte de Dieu, n’eurent pas de scrupules, par jalousie, à grouper contre l’évangile des partisans trouvés parmi des hommes méchants de la plus basse espèce. Des païens livrés à eux-mêmes étaient d’assez bons alliés contre la vérité de leur propre Messie, car leurs convoitises mondaines ne leur permettaient pas de discerner ce Messie en Jésus souffrant, mais ressuscité. Dieu n’était dans aucune de leurs pensées ; et la propre volonté opérait pour obscurcir et détruire la force de Sa parole. Leur dégradation ne pouvait plus être cachée au vu de la compagnie avec laquelle ils s’accordaient pour former une foule et jeter le tumulte dans toute la ville. Pourtant les Juifs étaient les représentants exclusifs de la loi divine devant toutes les nations. Hélas ! ils étaient maintenant la preuve solide de leur faillite totale, non pas parce que la loi n’était pas sainte, ni le commandement saint, juste et bon, mais parce qu’eux-mêmes étaient profanes, injustes et mauvais. Même que leur propre Messie était maintenant venu, ils ne L’avaient pas reconnu à cause de leur incrédulité, et ils avaient poussé les Gentils à Le crucifier ; et maintenant ils empêchaient aussi Ses serviteurs de parler aux nations pour qu’elles soient sauvées. Ils comblaient la mesure de leurs péchés, « mais la colère est venue sur eux au dernier terme » (1 Thess. 2:16).

L’hôte de Paul, Jason, fut spécialement l’objet de leur animosité ; ils assaillirent sa maison avec l’idée d’amener les serviteurs du Seigneur devant le peuple, c’est-à-dire l’assemblée régulière de la ville. Ne les trouvant pas, ils traînèrent Jason et certains frères devant les magistrats de la ville, dénommés poliarques (*), un titre particulier des autorités locales, qui atteste d’autant plus l’exactitude de Luc qu’on ne retrouve pas ce terme ailleurs dans les restes de l’antiquité grecque. Seule une inscription existant encore sur une arche de marbre de la porte ouest ou Vadir de Salonique prouve que tel était le titre des magistrats de Thessalonique, au nombre de sept. Par une coïncidence remarquable, trois des noms des compagnons de Paul trouvés ici, ou dans les épîtres, correspondent à ceux de cette inscription selon Boeckh, No 1967, dans Conybeare et Howson I.395. Sosipater, Secundus et Gaïus figurent dans les deux cas, ce qui est significatif de la fréquence de ces noms dans la région. C’était une ville libre anciennement appelée Therma, qui fut ultérieurement nommée Thessalonique par Cassandre en l’honneur de sa femme, Thessalonica, sœur d’Alexandre le grand ; elle est restée une ville florissante de l’empire turc sous le nom dérivé de Salonique ou Saloniki encore à la fin du 19ème siècle.

 

(*) Le nom grec ici, πολιαρχος, non pas πολιταρχοσ, ainsi que le verbe analogue, est un mot banal chez Dio Cassius, pour désigner le préfet ou commandant d’une ville, outre son usage plus large dans le passé pour désigner un roi ou un prince. Mais je ne le trouve pas appliqué aux magistrats des cités grecques, seulement aux préfets de Rome.

 

La clameur des assaillants aux versets 6 et 7 est frappante et instructive, au moins dans sa dernière partie. Il était naturel de dire que ces prédicateurs de la grâce divine « bouleversaient la terre habitée », et cela devint un reproche constant, malgré sa fausseté. C’était certes compréhensible parce que l’évangile pénètre aussi bien les hautes couches de la société que les basses, et il détache du monde par le lien divin avec Christ dans les cieux. Mais justement pour cette raison il ne s’ingère pas dans l’autorité du monde ; au contraire il enjoint à toute âme de s’y soumettre comme à l’ordonnance de Dieu ici-bas. L’évangile attache simplement, mais complètement, le cœur de ceux qui croient au Rejeté, maintenant glorifié dans le ciel. Mais nous ne pouvons pas nous attendre à trouver la vérité dans la clameur folle poussée par des Juifs envieux et la foule amorphe des nations. Ils cherchaient seulement à créer une apparence suffisante pour faire peur aux magistrats, et faire chasser les principaux messagers de la vérité.

Mais ils ajoutaient une autre accusation plus précise, d’autant plus intéressante du fait de l’éclairage donné par les deux épîtres aux Thessaloniciens : « ils contreviennent tous aux ordonnances de César, disant qu’il y a un autre roi, Jésus ».

L’insinuation était infondée et malveillante, sans nul doute ; mais elle avait une apparence d’évidence vu l’importance donnée au royaume de Dieu dans lequel Jésus devait venir. Car Il était parti, entre autre, pour recevoir ce royaume et revenir (Luc 19:12). Or, quelle que soit la folie malveillante qu’il y avait à présenter cette attente comme contraire aux droits de César, il est clair que l’enseignement était très éloigné de la doctrine moderne, qui ne pourrait jamais être mal interprétée de cette manière. Paul et ses compagnons présentaient aux saints l’attente constante de Christ comme venant régner, et ceci, non pas comme un secret pour initiés, mais comme une espérance des plus influentes pénétrant toute la marche aussi bien que la doctrine, et sur laquelle on devait insister d’un bout à l’autre de la vie chrétienne. Selon le chapitre 1 de la première épître, cela caractérisait les convertis de Thessalonique dès le début. Ils s’étaient tournés des idoles vers Dieu pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux Son Fils qu’Il a ressuscité d’entre les morts, Jésus qui nous délivre de la colère qui vient (1 Thess. 1). Leur conversion, c’était autant d’attendre Jésus que de servir Dieu. Cette espérance convenait donc aussi bien aux plus jeunes croyants qu’à l’apôtre. Elle était indépendante du schéma prophétique dont les néophytes, spécialement ceux d’origine païenne, ne pouvaient être au courant. C’était pourtant d’autant plus une espérance brillante et sans réserve dans laquelle ils vivaient chaque jour.

C’était tellement le cas, que l’apôtre leur rappelle comment il les exhortait chacun, « comme un père ses propres enfants, et vous consolant, et rendant témoignage, pour que vous marchiez d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire » (1 Thes. 2:11-12). Qu’est-ce qui pourrait prouver davantage que Son royaume influence la marche présente ? C’est un fait notoire que si l’espérance n’est pas devant les yeux des saints, ils sont exposés à rechercher leurs aises et les honneurs, la richesse et toute sorte de mondanités. Si Son royaume et Sa gloire sont devant nous, nous pouvons supporter de bon cœur la honte et la souffrance, et il y a de l’élévation dans la marche. Même l’apôtre considérait la couronne dont il se glorifiait dans les saints, mais devant notre Seigneur Jésus à Sa venue (1 Thes. 2:19). Alors la sainteté sera achevée et manifestée à Sa venue avec tous Ses saints (1 Thes. 3). Les saints morts et vivants (1 Thes. 4) seront changés et enlevés avec Lui en haut à Sa venue ; et au temps voulu, le jour du Seigneur tombera avec une destruction soudaine sur un monde qui n’y pensera pas ni ne s’y attendra pas (1 Thes. 5).

Dans la seconde épître, l’annonce du royaume est encore plus précise, si tant est que cela soit possible. Pour différentes raisons, les saints de Thessalonique ne jouissaient guère de leur brillante espérance, et l’apôtre s’associe ses compagnons d’œuvre pour se glorifier de leur patience et de leur foi dans toutes leurs persécutions et leurs tribulations (2 Thes. 1:4). Celles-ci sont considérées comme un gage manifeste du juste jugement de Dieu selon lequel ils seraient estimés dignes du royaume de Dieu « pour lequel aussi vous souffrez ». Le rétribution viendra en son temps à la révélation du Seigneur Jésus des cieux : c’est Lui qui réalise, manifeste et administre le royaume (2 Thess.1). Mais ce jour ne peut avoir lieu (contrairement à ce que certains prétendaient à tort) avant que l’apostasie ne vienne, et que l’homme de péché ne soit révélé.

Le mystère d’iniquité était déjà à l’œuvre, et son sommet sera la révélation de l’inique, qui s’assiéra (c’est futur) au temple de Dieu, se disant être Dieu. Cela attirera un prompt jugement sur lui et ses adeptes, quand le Seigneur Jésus le consumera par le souffle de Sa bouche, et l’anéantira par l’apparition de Sa venue (2 Thes. 2). Ceci ne doit pas inquiéter les croyants les plus faibles, vu que Dieu les a appelés par l’évangile pour obtenir la gloire de notre Seigneur Jésus Christ (2:14), bien qu’en attendant, nous ayons besoin du Seigneur pour incliner nos cœurs à l’amour de Dieu, et à la patience de Christ (2 Thes. 3:5). C’est la seconde venue [ou : avènement], comme les hommes l’appellent, la manifestation du Seigneur en gloire, qui introduit le royaume judiciairement quand, selon la terminologie de Daniel, la « petite pierre » aura exécuté le jugement sur toutes les puissances opposées hostiles ici-bas, et deviendra alors une grande montagne remplissant toute la terre (Dan. 2:35). S’attendre à ce que le royaume de Dieu s’étende partout et ait la suprématie avant la venue personnelle du Roi et la défaite publique de Ses ennemis, est une erreur grave. Cette erreur a cherché à se répandre très tôt, mais elle fut dénoncée immédiatement par l’apôtre qui affermit les Thessaloniciens dans la vérité. Il insistait dès le commencement sur la venue de Christ et ensuite le royaume de Dieu, une vérité à la fois solennelle pour le monde et encourageante pour les saints.

Le monde était hostile, bien qu’on se bornât alors à prendre une caution (*) de Jason et des autres, et qu’on les relâchât, du fait que les prédicateurs n’avaient pas été trouvés. Mais l’épître montre que la persécution se mit bien vite à peser lourdement sur les jeunes convertis.

 

(*) Ceci est exprimé non pas par l’expression technique du grec plus ancien εγγυη, mais par l’équivalent du latin satisdatio, το ικανον.

 

2.5   Actes 17:10-15

« Et aussitôt les frères envoyèrent Paul et Silas, de nuit, à Bérée, lesquels étant arrivés, entrèrent dans la synagogue des Juifs. Or ceux-ci étaient plus nobles que ceux de Thessalonique ; et ils reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les écritures [pour voir] si les choses étaient ainsi. Plusieurs donc d’entre eux crurent, et des femmes grecques (*) de qualité et des hommes aussi, en assez grand nombre. Mais quand les Juifs de Thessalonique surent que la parole de Dieu était aussi annoncée par Paul à Bérée, ils y vinrent aussi, agitant les foules. Mais alors les frères renvoyèrent aussitôt Paul, comme pour aller à la mer ; mais Silas et Timothée demeurèrent encore là. Et ceux qui conduisaient Paul le menèrent jusqu’à Athènes ; et après avoir reçu pour Silas et pour Timothée l’ordre de le rejoindre au plus tôt, ils partirent » (Actes 17:10-15).

 

(*) Il s’agit bien de femmes grecques, non pas hellénistes.

 

Il est béni de noter le zèle infatigable des serviteurs du Seigneur. À peine échappés à la malveillance suscitée par les Juifs à Thessalonique, nous les voyons se rendre sans se démonter à la synagogue dès leur arrivée à Bérée. Ils se trouvèrent là devant des cœurs empressés à sonder les Écritures, animés d’une grande simplicité et d’une réelle noblesse d’âme. S’incliner devant la Parole, la recevoir comme la Parole de Dieu (ce qu’elle est en effet), voilà la condition la plus sûre de bénédiction divine ; mais ils examinaient journellement l’Écriture pour voir si ce qui leur était prêché s’accordait avec ce qui était écrit. Par conséquent beaucoup d’entre eux crurent. Aucune autre voie n’est aussi sûre et bonne. Et il est intéressant d’observer qu’ici aussi on trouve un assez grand nombre de femmes grecques de rang ayant cru, et tout autant d’hommes, ainsi que des Juifs qui craignaient Dieu. C’était sans doute une délivrance inexprimable de l’immoralité avilissante et des fables creuses — la délivrance d’une vie égoïste pour servir le seul vrai Dieu, et attendre Son Fils des cieux.

Mais la rancœur juive ne pouvait se contenter de chasser les apôtres de Thessalonique : des Juifs hostiles vinrent de là à Bérée pour contrecarrer la parole prêchée, en excitant et troublant les foules.

La connaissance d’une révélation ancienne ne donne aucune garantie qu’on recevra la vérité que Dieu est en train de communiquer ou dont Il se sert, quelle que soit l’époque. Au contraire, comme nous le voyons ici chez ces Juifs, ou ailleurs, l’orgueil de ce qu’on possède déjà agit puissamment pour faire rejeter ce par quoi Dieu veut tester les cœurs maintenant, spécialement si la grâce est à l’œuvre pour ouvrir la porte de la foi à ceux qui dès les temps anciens étaient sans position religieuse. C’est pourquoi l’évangile est ce qu’il y a de plus rebutant pour l’ancien peuple de Dieu, qui a la folie de refuser la miséricorde préparée pour eux avant tout, avant même qu’elle ne soit prêchée aux nations.

Là-dessus Paul est à nouveau renvoyé par les frères vers la mer, tandis que ses compagnons restaient encore un peu là. Athènes était la destination de l’apôtre, accompagné par une escorte d’amour, et d’où il donna l’ordre à Silas et Timothée de le rejoindre. Mais Athènes, comme nous le verrons, ne devait pas être un champ fertile pour la semence incorruptible, la vivante et permanente parole de Dieu.

Non ! Athènes allait être relativement stérile vis-à-vis de l’évangile : les pensées de Dieu sont tellement différentes de celles des hommes ! Le simple attrait de la nouveauté et le désintérêt à l’égard de la vérité, voilà ce qui caractérisait cette ville qui était autrefois le siège le plus renommé des arts, des lettres, de la philosophie. Elle était couverte d’idoles : En réalité Dieu n’était pas dans leurs pensées. En effet, Il ne peut être connu ou aimé en dehors de Jésus. Mais maintenant qu’un héraut était venu placer devant eux le témoignage de Jésus, on n’y prêtait guère attention, hélas !

 

2.6   Actes 17:16-21

« Et comme Paul les attendait à Athènes, son esprit était excité au dedans de lui, en voyant la ville remplie d’idoles. Il discourait donc dans la synagogue avec les Juifs et avec ceux qui servaient [Dieu], et tous les jours sur la place publique avec ceux qui s’y rencontraient. Et quelques-uns aussi des philosophes épicuriens et des philosophes stoïciens s’en prirent à lui ; et les uns disaient : Que veut dire ce discoureur ? et d’autres : il semble annoncer des divinités étrangères ; parce qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection. Et l’ayant pris, ils le menèrent à l’Aréopage, disant : Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine dont tu parles ? car tu nous fais entendre certaines choses étranges ; nous voudrions donc savoir ce que veulent dire ces choses. Or tous les Athéniens et les étrangers séjournant [à Athènes], ne passaient leur temps à autre chose qu’à dire ou à ouïr quelque nouvelle » (17:16-21).

 

L’esprit de l’apôtre était ému d’indignation et peiné en voyant des idoles partout. Il aimait et appréciait la présence de compagnons, et il languissait après des nouvelles de Thessalonique, mais aussitôt il se rend à la synagogue pour y trouver les Juifs et les prosélytes, et tous les jours à la place du marché pour y rencontrer les passants. Les épicuriens et les stoïciens ne tardèrent pas à le combattre ; les premiers étaient réellement des athées sous prétexte de chance, et ils attendaient la dissolution de l’âme et du corps ; les stoïciens relevaient d’une école plus sévère qui faisait grand cas de la nécessité, ou destin ; ils étaient d’un égotisme intolérant et intolérable, et étaient en réalité panthéistes. Certains prirent Paul en raillant : « Que veut dire ce discoureur ? » D’autres le prirent plus sérieusement : « il semble annoncer des divinités étrangères (ou démons), parce qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection ». Ces sages étaient si ignorants qu’ils prenaient la résurrection pour une déesse, la contrepartie de Jésus, un dieu. Le vrai Dieu était inconnu.

Mais ils n’étaient plus disposés à persécuter. La légèreté intellectuelle avait survécu à la perte de leur indépendance nationale et de leur puissance politique. Seules étaient restées la moquerie et la curiosité. Pourtant ils furent suffisamment frappés par la prédication de l’apôtre pour se saisir de lui et l’amener à l’aréopage, non pas qu’ils en voulaient à sa vie comme autrefois à l’encontre de Socrate, mais pour savoir ce qu’était cette nouvelle doctrine. Et ils ne purent qu’avouer combien ce qu’ils entendaient leur paraissait étrange : « Nous voudrions donc savoir ce que veulent dire ces choses ». Cependant la vérité n’entre pas simplement par l’oreille, mais aussi par la conscience, et quelle conscience y a-t-il quand on passe son temps à rien d’autre qu’à raconter ou entendre les dernières nouvelles ? Nous allons voir que l’apôtre leur présenta Dieu comme une réalité personnelle et vivante, et qu’ils étaient moralement en rapport avec Lui. Tant que la conscience n’est pas éveillée, quel travail de fond peut-il y avoir ? L’évangile est alors dégradé et ramené à une simple nouveauté de plus, et Jésus et la résurrection ne sont plus que les derniers arrivés au panthéon des vanités païennes.

 

2.7   Actes 17:22-31

« Mais Paul, se tenant au milieu de l’Aréopage, dit : Hommes athéniens, je vois qu’en toutes choses vous êtes voués [c’est-à-dire plus que d’autres] au culte des divinités [ou : démons] ; car, en passant et en contemplant les objets de votre culte, j’ai trouvé aussi un autel sur lequel était inscrit : Au dieu inconnu ! Ce que donc [ou : Celui donc que] vous honorez sans le connaître, c’est ce [ou : celui] que moi je vous annonce. Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main ; et il n’est pas servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie et la respiration et toutes choses ; et il a fait d’un seul sang (*) toutes les nations des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, ayant déterminé les temps ordonnés et les bornes de leur habitation, pour qu’ils cherchent Dieu, s’ils pourraient en quelque sorte le toucher en tâtonnant et le trouver, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous ; car en lui nous vivons et nous nous mouvons et nous sommes, comme aussi quelques-uns de vos poètes ont dit : «Car aussi nous sommes sa race». Étant donc la race de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent, ou à de la pierre, à une oeuvre sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme. Dieu donc, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance, ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent, car il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné [à cela], de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (17:22-31).

 

(*) « sang » n’est pas dans aleph,AB, huit cursives, et la plupart des anciennes versions.

 

Nous n’avons certes qu’un aperçu du discours de l’apôtre, mais il est facile de voir la différence frappante d’avec ce qu’il avait l’habitude de prêcher aux Juifs. Il part du point et de la forme les plus bas de la vérité, comme il l’avait fait auparavant (Actes 14) avec les barbares lycaoniens, afin d’atteindre la conscience des Athéniens ; les Juifs avaient, par le moyen de la loi, des pensées incomparablement plus dignes au sujet de Dieu et de leur relation avec Lui. Néanmoins, le discours commence avec la courtoisie habituelle sans pour autant qu’il y ait le moindre élément de flatterie de leur orgueil. Dans la foule d’honneurs rendus à des démons véritablement étranges, l’apôtre se saisit du seul objet qui confessait un fait humiliant à leur sujet et au sujet de Dieu. « Au Dieu inconnu », cette stèle dévoilait le fond de la vérité ; tout à l’entour, il n’y avait que tromperie et triomphe de l’ennemi. « Celui donc que vous honorez sans le connaître, c’est celui que moi je vous annonce ».

Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont est le Juge de tout le monde par le moyen de ce même Homme ressuscité qui est Sauveur de ceux qui se repentent et croient à l’évangile : peu importe qui ils sont ni ce qu’ils sont. La création n’était reconnue ni par les épicuriens ni par les stoïciens : les uns soutenaient l’absurdité d’un concours fortuit des atomes, et les autres avaient l’idée d’un cycle fixe et répétitif de génération et de dissolution dans l’univers, qui était leur dieu, pour autant qu’on admette qu’ils en eussent un. Mais le Créateur de toutes choses est aussi Seigneur des cieux et de la terre ; Il n’est ni apathique, ni simplement l’âme active d’un monde passif, mais Il est le Chef suprême, non seulement des cieux, mais aussi de la terre. Il ne doit donc pas être limité aux sanctuaires humains, ni ne doit être servi par des mains humaines, comme s’Il avait besoin de quelque chose, vu que Lui donne à tous la vie et le souffle et tout ce dont ils jouissent. On accepte certains éléments de ces vérités ici ou là, car l’homme a une conscience ; mais lorsqu’on les voit pleinement et simplement, ils balayent les nuages sombres des philosophes rêveurs, et ils maintiennent la place de bonté souveraine de Dieu envers l’homme, malgré tout l’orgueil, les ténèbres et la misère de ce dernier.

L’apôtre ajoute autre chose : Il s’attaque au thème classique de la vanité des Athéniens, un thème qui n’est nullement spécifique à cette race, à ce pays ou à cette époque : « et il a fait d’un seul [sang] toutes les races des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, ayant déterminé les temps ordonnés et les bornes de leur habitation, pour qu’ils cherchent Dieu, s’ils pourraient en quelque sorte le toucher en tâtonnant et le trouver, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous ». L’origine unique de l’homme s’accorde avec l’unité de Dieu, tandis que la prétention à des races distinctes marche avec les patrons respectifs du polythéisme. Les Juifs en train de tomber et de s’éloigner favorisaient cette fausseté par vanité pour s’exalter eux-mêmes, alors qu’ils étaient les seuls à avoir reçu la révélation de cette double vérité, que le christianisme seul applique entièrement et diffuse selon Dieu. L’apôtre ne rend pas seulement en passant un simple témoignage à la bonté de Dieu manifestée dans ce que le ciel donne la pluie et des saisons fertiles (Actes 14:17), mais il rend aussi témoignage aux saisons fixées [ou : temps ordonnés], et aux bornes des habitations des diverses nations, tout étant sous la main de Dieu avec des faveurs particulières distribuées à chacune, avec un petit peu de recherche de Dieu (non pas du « Seigneur », ce qui n’est vrai ni dans le sens juif de l’Éternel, ni encore moins en rapport avec l’exaltation du Messie rejeté qui venait d’être révélée), pour Le trouver peut-être en tâtonnant, bien qu’Il ne soit pas loin de chacun d’entre nous.

Il est intéressant de comparer la manière dont Job traite cette même vérité générale (Job 12:23-25) : Job insiste plutôt sur le côté de la souveraineté divine de Celui pour lequel les nations, avec toute leur indifférence vis-à-vis de Dieu, sont « comme une goutte d’un seau », et sont comptées « comme la poussière d’une balance » (Ésaïe 40:15). Mais la chaleur rayonnante du prédicateur inspiré n’a pas manqué d’insister sur le but moral de Ses dispositions favorables à grande échelle, pour qu’ils Le recherchent, « s’ils pourraient en quelque sorte Le toucher en tâtonnant et Le trouver » : enseignement tout à fait en harmonie avec son épître aux Romains (Rom. 1:20). Même dans les ténèbres du paganisme, plusieurs avaient reconnu Dieu comme la source de la race, même s’ils n’étaient pas allé jusqu’à la belle déclaration de Paul selon laquelle l’homme dépend absolument de Dieu pour continuer sa vie, son activité et son existence : une vérité déjà donnée très nettement en Luc 3:38, et qui est implicite paraboliquement en Luc 15:11, et enseignée formellement dans la première partie de phrase de Éphésiens 4:6. Les poètes parmi eux (Grecs païens) l’avaient exprimé, non seulement Aratus de Cilicie qu’il cite littéralement, mais aussi Cléanthe, qui emploie des paroles similaires, et d’autres encore semblables sur le fond.

Avec l’appui de ce que leurs poètes-prophètes reconnaissaient, l’apôtre établit la folie de l’idolâtrie. Si, parmi les créatures de la terre, l’homme seul est de la race de Dieu, comment affirmer que la divinité est semblable au fruit de l’habileté et de l’imagination humaines, en or, en argent, ou en pierre ? « Nous ne devons pas » penser ainsi, dit-il avec grâce, n’oubliant pas qu’Israël aussi devait subir l’ironie sévère d’Ésaïe (44:9-20). Un tronc d’arbre sans vie auquel l’homme donne une forme ne peut pas être, ni représenter, le Dieu qui l’a créé, lui et toutes choses.

Or Dieu qui était ainsi honteusement mal représenté dans les temps passés de l’ignorance, ne pouvait plus fermer les yeux sur une telle faute ; Il ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent (17:30). C’était un coup mortel porté à la fois aux Épicuriens adonnés aux plaisirs, et aux Stoïciens propre-justes, mais aussi aux insouciants et orgueilleux de toute l’humanité, et ceux de cette ville étaient loin d’être les derniers. Et l’apôtre poursuit avec le motif solennel qui explique l’urgence de tenir compte de l’ordre divin : « parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné [à cela], de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts ».

L’idée qui prévaut dans la chrétienté est une grande erreur. Les Juifs attendaient un jugement des hommes vivants, et peut-être dans une certaine mesure le font-ils encore ; la masse des chrétiens, en dépit des credo, attend en fait exclusivement un jugement des morts avant l’éternité. L’apôtre, ici et ailleurs, insiste sur le jugement de la terre habitable lors de l’apparition du Seigneur pour introduire Son royaume en puissance et en gloire, comme le Seigneur Lui-même l’a dit en Matthieu 24 et 25, Marc 13, Luc 17, 19 et 21 et d’autres passages. Le gage de Sa venue pour juger et régner est Sa propre résurrection, tandis que notre résurrection à nous qui croyons aura lieu lors de Sa venue, comme une préparation à notre apparition et à notre règne avec Lui.

Ce passage montre combien Sa résurrection est une vérité vitale et fondamentale ; Sa résurrection implique la nôtre (combien cela est béni !), et elle est le témoignage de Sa victoire sur la mort et sur Satan à la gloire du Père, en justifiant le Fils et en donnant efficace à Son sacrifice pour le croyant, et en manifestant la condition de l’homme qui est propre pour le ciel selon les conseils divins. Il est certain que Sa résurrection est un fait attesté par les Siens, avec des preuves tout à fait abondantes et de poids, et par-dessus tout par la parole de Dieu, longtemps avant cette résurrection, et encore par de nouvelles révélations immédiatement après cette résurrection. Y a-t-il quelque autre fait assuré sur des bases pareilles ? Tout ce sur quoi l’âme est établie éternellement devant Dieu repose sur le fondement identique du témoignage donné divinement ; et par conséquent, comme il est adressé à la foi, il purifie le cœur par l’opération du Saint Esprit, comme rien d’autre ne peut le faire.

 

2.8   Actes 17:32-34

Quel fut l’effet sur les Athéniens ?

« Mais quand ils ouïrent parler de la résurrection des morts, les uns s’en moquaient, et les autres disaient : Nous t’entendrons encore sur ce sujet. Ainsi Paul sortit du milieu d’eux. Mais quelques hommes se joignirent à lui et crurent, entre lesquels aussi était Denys, l’Aréopagite, et une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux » (17:32-34).

 

Il n’est pas étonnant que ces philosophes et dévoreurs de nouvelles fussent ébranlés par un appel reposant sur une base aussi irrécusable de la part de Dieu, aussi écrasante pour la volonté et l’incrédulité humaines, à savoir la résurrection. Car la science humaine ne s’élève jamais au-dessus des causes et des effets tangibles, ou des phénomènes arrangés selon les lois naturelles. Tout cela est vrai et intéressant dans sa propre sphère. La folie est de nier ce qui est d’un genre totalement différent, comme la grâce l’est nécessairement par rapport à la nature, — et de rejeter des faits attestés par les témoignages tout à fait complets et certains ; cette attitude est bien ce qu’on peut concevoir de plus déraisonnable vu qu’on est dans un domaine où les choses doivent et devraient dépendre de témoignages, car il s’agit de faits : dans un cas aussi exceptionnel que celui-ci, on ne comprend cette attitude que par l’antagonisme désespéré de l’humanité déchue contre Dieu, même quand Il prend soin de l’homme et lui parle avec la plus riche miséricorde.

Mais l’homme se rebelle contre la résurrection, et le philosophe n’est pas le moindre à le faire. Il pourrait endurer toute une nuit de discussion de Socrate sur l’immortalité de l’âme, car cette immortalité fait plaisir de manière plus noble, même si ceux qui sont moralement dégradés en sont offensés. Mais un homme mort et ressuscité introduit Dieu, et prouve que Dieu intervient au milieu d’un monde affairé pour désigner l’Homme qu’ils ont crucifié comme étant Celui qui va juger un jour ce monde habitable, comme Il va juger aussi en son temps les morts ressuscités ultérieurement, avant que toutes choses soient faites nouvelles pour l’éternité. Pour la science en tant que telle, ce fait de la résurrection est repoussant parce qu’impossible pour leur idole ; en effet, quelle peut être la cause de la résurrection ? Certainement pas la mort, mais Dieu dans la personne du Fils.

Courbe-toi, homme fier, courbe-toi devant Celui qui, dans Son amour, a envoyé Son Fils afin que nous vivions par Lui, qui est le vrai Dieu, — et afin qu’Il puisse mourir pour nous, pour nos péchés, — sans quoi le don de la vie éternelle n’aurait été qu’une anomalie, et avec quoi il y a la bénédiction profonde d’un salut complet et éternel de Sa grâce, mais un salut juste, pour la gloire de Dieu éternellement. Il y avait alors des moqueurs et des gens frivoles, comme maintenant. Oh ! Puissiez-vous comme ceux d’autrefois vous attacher à l’apôtre, et trouver votre place avec le vrai Denys de Luc, — non pas avec l’imposteur néoplatonicien qui emprunta le nom de l’Écriture pour ses fables et ses imaginations fabriquées au sixième siècle. Sans doute, dans cette place bénie on y trouve une Damaris et d’autres, dont les noms sont écrits dans les cieux, alors qu’ils sont inconnus sur la terre. Puisse Christ satisfaire votre âme, et qu’Il soit tout, et en tous !

 

 

 

3                    Actes 18

3.1   Actes 18:1-4

L’opération de la grâce divine envers Corinthe est en contraste net avec ce qui s’était passé à Athènes. Corinthe était la capitale riche de l’Achaïe, la province sud de la Grèce sous l’empire romain. C’est là que l’apôtre se rendit après son bref passage à Athènes : le résultat de son travail à Corinthe est dépeint non seulement dans le récit historique inspiré des Actes, mais dans les deux grandes épîtres à l’assemblée de Dieu à Corinthe.

 

« Après cela, étant parti d’Athènes, il vint à Corinthe ; et ayant trouvé un certain Juif, nommé Aquilas, originaire du Pont, tout récemment venu d’Italie, ainsi que Priscilla sa femme parce que Claude avait commandé que tous les Juifs sortissent de Rome, il alla à eux ; et parce qu’il était du même métier, il demeura avec eux et travaillait, car leur métier était de faire des tentes. Et chaque sabbat, il discourait dans la synagogue et persuadait Juifs et Grecs » (Actes 18:1-4.)

 

3.1.1       Pas beaucoup de sages, pas beaucoup de puissants…

Les voies de la grâce sont bien au-dessus des pensées de l’homme. Personne n’aurait imaginé que Dieu susciterait un trophée pour Son Fils dans la ville dépravée de Corinthe, et non pas dans la ville intellectuelle d’Athènes. Y avait-il un lien antérieur quelconque, une convenance naturelle quelconque entre le Saint de Dieu et ce siège renommé de l’impureté ? La grâce de Dieu n’en dit rien, mais elle travaille à la gloire de Christ, surtout là où l’homme en a le plus besoin ; et elle le fit au point même que l’apôtre demande au début de sa première épître aux Corinthiens : « Où est le sage ? est le scribe ? est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? Car, puisque, dans la sagesse de Dieu, le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient ; puisque les Juifs demandent des miracles et que les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons Christ crucifié, aux Juifs occasion de chute, aux nations folie, mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu ; parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et que la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Cor. 1:20-25). La sagesse de ce siècle avait prouvé sa folie à Athènes ; la compassion de Dieu s’émut sur Corinthe en face de toutes ses habitudes dissolues et de toute sa corruption.

« Car considérez votre appel, frères, — qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles,... Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les [hommes] sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Cor. 1:26-29). Jamais ceci ne fut mieux réalisé qu’à Corinthe où il se forma en son temps une assemblée nombreuse composée de Juifs et de Gentils, pour la plupart de peu d’importance dans ce monde.

 

3.1.2       Aquilas et Priscilla

Paul ne fut pas longtemps seul. Il trouva à Corinthe un Juif, nommé Aquilas, qui était originaire du Pont (comme son homonyme, prosélyte juif, qui plus tard traduisit très littéralement l’Ancien Testament en grec), et qui venait d’arriver d’Italie avec Priscilla, sa femme. C’est la première fois qu’ils sont mentionnés dans l’Écriture. Nous entendons plus tard parler d’eux à Éphèse, ainsi que de l’assemblée dans leur maison. Plus tard encore, on les retrouve encore une fois à Rome, et ils sont salués par Paul comme compagnons d’œuvre dans le Christ Jésus, qui « pour ma vie, ont exposé leur propre cou ; auxquels je ne rends pas grâces moi seul, mais aussi toutes les assemblées des nations » (Rom. 16:3-4). Là aussi il est question de l’assemblée dans leur maison. Dans la dernière épître écrite par Paul, il prie Timothée de les saluer encore une fois, et pour la dernière fois, à Éphèse.

La raison de leur venue à Corinthe était que l’empereur romain Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome. Suétone, le biographe romain des Césars, affirme que cet empereur les chassa de Rome, à cause d’une émeute juive « provoquée par Chrestus ». Cette expression en latin est probablement une erreur de sa part, mais elle fait peut-être allusion à des actes de violence des Juifs incrédules contre ceux qui croyaient, ou bien il s’agit peut-être d’une confusion (due à la jalousie des Romains) avec la prédication du Messie quelque part. L’évêque Pearson pense que cette expulsion eut lieu à peu près en 52 de notre ère, ce qui est l’année que Tacite (Ann. 12.52) attribue au décret du Sénat sur l’expulsion des « mathématiciens » ou « Chaldéens » ; mais il n’est pas sûr que ces décrets fussent identiques ou liés. On sait que Claude était grandement redevable à Hérode Agrippa I pour sa nomination à la tête de l’empire, et qu’il ne l’oublia pas, mais récompensa la famille d’Hérode : on ne peut donc guère supposer une attitude si hostile à l’égard des Juifs alors qu’Hérode Agrippa était à Rome ; et l’on peut facilement comprendre que, si ce décret avait été promulgué en son absence, le décret serait vite tombé à l’eau. Cette considération résout le problème de l’affirmation de Dio Cassius (60.6) que certains ont pensé en contradiction avec Luc et Suétone, et selon laquelle l’empereur ne les avait pas chassés, mais leur avait interdit le droit de réunion dans Rome. Si nous distinguons les périodes, tout est clair et juste.

Mais Dieu utilisa cet édit pour mettre Aquilas et sa femme en relation avec l’apôtre leur vie durant. Il n’est pas tout à fait certain que leur conversion datât d’avant leur première rencontre. On a beaucoup insisté sur le fait qu’Aquilas est désigné comme « un Juif », plutôt que comme un disciple ; mais cela peut tout à fait être considéré comme normal à la fois pour indiquer son lieu de naissance, et pour fournir les raisons de son départ de Rome pour Corinthe. Il faut ensuite garder à l’esprit que les Romains et les étrangers en général ne distinguaient pas au commencement les Juifs chrétiens d’avec leurs frères selon la chair, et que pareillement Paul se désigne plusieurs fois comme Juif dans la suite même de ce livre (21:39 ; 22:3). L’apôtre ne parle jamais d’eux comme de ses enfants dans la foi, même quand il les salue ou les caractérise chaleureusement. Il est certain qu’ils furent abondamment bénis par son moyen, et inversement il reconnaît de bon cœur la grande dette qu’il leur devait, non pas seulement lui-même, mais toutes les assemblées des nations (Rom. 16:4).

Nous n’entendons jamais parler que ce couple dévoué ait été en Judée ; ils étaient bien connus hors du pays parmi les nations où des assemblées se réunissaient. Leur richesse ou leur métier leur donnait les moyens d’accueillir les réunions des saints dans leur propre maison, une circonstance qui n’était pas rare en ce temps-là (et même bien plus tard, d’après les Acta Martyrii, S. Justini, Ruinart). On voit la même chose dans les cas de Nymphas et de Philémon. Cela demeure encore maintenant une ressource heureuse quand quelques-uns ne peuvent se réunir que de cette manière au nom de Christ et selon Sa parole. L’idée qu’ils devraient d’abord attendre un ancien ou évêque est soit une tradition venant d’Ignace soit une notion actuelle découlant de la même superstition incrédule qui a donné naissance à la tradition dans le passé. Pour un tel acte, c’est seulement la vérité permanente du « seul corps et du seul Esprit » (Éph. 4:4) qui appelle à la communion. L’indépendance est le refus de la vraie action de l’église.

 

3.1.3       L’apôtre travaillant de ses mains

Un autre fait qui résout un principe de grande importance pratique apparaît au verset 3 : « Et parce qu’il était du même métier, il demeura avec eux et travaillait, car leur métier était de faire des tentes » (*). Dieu s’est plu à arranger les choses de manière que le grand apôtre, dans la ville la plus riche et la plus luxueuse de la Grèce, exerçât un métier honnête pour répondre à ses propres besoins. Quel coup mortel cela porte à la fois au cléricalisme et à la mondanité ! Pourtant dans les circonstances tant de Paul que de Corinthe, c’était exactement la conduite digne de l’évangile de la grâce qui envoyait ce message. Il est déraisonnable de supposer que ce serviteur béni du Seigneur ait manqué de prévoyance ordinaire pour son voyage missionnaire, ou que les assemblées des saints aient manqué de soins à son égard ou de zèle pour l’œuvre, spécialement dans des régions au-delà de celles ou les fidèles se réunissaient déjà au nom de Christ.

 

(*) On sait que, chez les Juifs de ce temps-là, il était habituel pour un fils d’apprendre un métier. Certains des plus grands rabbins, sinon tous, exerçaient un métier manuel. En effet dans le Talmud, Rabbi Juda dit que celui qui n’enseigne pas un métier à son fils, lui apprend virtuellement à être voleur ; et Rabban Gamaliel compare un homme ayant un métier à une vigne qui est clôturée.

 

L’apôtre s’était avancé seul, sans moyens, dans une région où l’aisance et l’élégance distinguée abondaient, sans parler de la dissolution de mœurs qui s’y rattache. Et en travaillant de ses propres mains pour ses besoins autant que ceux des autres, selon son habitude, il représentait vraiment ce Maître qui était venu non pas pour être servi, mais pour servir. Quant à donner Sa vie en rançon pour plusieurs, cela n’appartenait qu’au Fils de l’homme ; Lui seul a eu à souffrir une fois pour les péchés, le Juste pour les injustes, pour nous amener à Dieu (1 Pierre 3:18). Mais l’apôtre des nations suivait Christ, et Il était Son imitateur, avec l’énergie d’un dévouement qui n’avait pas son pareil ni parmi les saints et les serviteurs, ni même parmi les apôtres établis par Dieu auparavant dans l’assemblée. Et la grâce permettait à son œil simple de discerner la meilleure manière de plaire à Christ et de Le glorifier dans de telles circonstances. Plus tard il exhorta les anciens de l’assemblée d’Éphèse à Milet dans ce sens (20:34-35), dans son touchant discours d’adieu, car il n’était pas homme à recommander aux autres de faire ce qui lui répugnait. Il n’hésita pas à recommander un tel chemin d’abnégation en grâce à ceux dont la charge est de nourrir et de paître le troupeau de Dieu.

L’ouvrier est en effet digne de sa nourriture, et de son salaire, car il y a des nécessités autres que la nourriture ; et le Seigneur n’en oublie aucune, comme cela ressort clairement de cette double déclaration (Matt. 10:10 et Luc 10:7, cité en 1 Tim. 5:18) : l’apôtre déclare ainsi (1 Cor. 9:14) que le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile, comme la loi l’avait fait auparavant pour ceux qui s’occupaient des choses saintes. Mais, tout en insistant pour les autres sur un droit si juste et si vrai, nous voyons, dans le même contexte, cet homme béni allant au-delà de ce droit quant à lui : « Mais moi je n’ai usé d’aucune de ces choses, et je n’ai pas écrit ceci, afin qu’il en soit fait ainsi à mon égard ; car il serait bon pour moi de mourir, plutôt que [de voir] quelqu’un anéantir ma gloire. Car, si j’évangélise, je n’ai pas de quoi me glorifier, car c’est une nécessité qui m’est imposée, car malheur à moi si je n’évangélise pas. Car, si je fais cela volontairement, j’en ai un salaire ; mais si c’est malgré moi, une administration m’est confiée. Quel est donc mon salaire ? C’est que, en évangélisant, je rends l’évangile exempt de frais, pour ne pas user comme d’une chose à moi de mon droit dans l’évangile » (1 Cor. 9:15-18). On n’a pas ici la lettre, mais l’esprit, non pas le moi, mais Christ, dans le plein courant de cet amour qui se manifeste aux pécheurs en Christ envoyé pour que, nous qui étions morts, nous vivions par Lui, et pour qu’Il meure en propitiation pour nos péchés. Il était convenable que le plus grand témoin de la grâce parmi les hommes soit dans sa mesure un donateur manifeste, comme Dieu l’est infiniment.

Il disait aussi aux Thessaloniciens dans sa première épître, qu’il n’avait pas cherché la gloire des hommes « ni de votre part, ni de la part des autres, quand nous aurions pu [vous] être à charge comme apôtres de Christ » (1 Thes. 2:6). Personne n’a jamais si bien senti la valeur des paroles de Christ : « Il est plus heureux de donner que de recevoir » (10:44). Sa raison était bien plus élevée que celle que Calvin lui impute ; d’après lui c’était parce que les faux apôtres enseignaient gratuitement sans rien prendre des auditeurs, afin de pouvoir s’insinuer en catimini. En 1 Cor. 9 où ses motifs sont dévoilés, il n’est pas fait allusion à ces mauvais ouvriers, et en fait il ne pouvait pas y en avoir à Corinthe quand Paul vint prêcher, car il n’y avait là encore aucune assemblée. Son cœur était rempli d’amour, et brûlait d’illustrer l’évangile en action et en vérité selon qu’il le proclamait en paroles, sans qu’il soit encore question d’adversaires se levant avec des prétentions viles et vantardes à avoir une grâce similaire. En 2 Corinthiens 11, il est certain qu’il dit s’être gardé d’être à charge aux saints de Corinthe, et être déterminé à s’en garder, afin d’ôter l’occasion à ceux qui en cherchent une, afin qu’en ce en quoi ils se glorifient, ils soient trouvés comme lui, et [non pas lui comme eux].

 

3.1.4       Actes 18:4

« Et chaque sabbat, il discourait dans la synagogue et persuadait Juifs et Grecs » (18:4).

 

Le même mot signifie soit « discourir » en général, soit plus particulièrement « raisonner », ou même « discuter », comme en Marc 9:34, Actes 17:2 et 24:12 et Jude 9. Ici comme en Actes 20:7, 9 et Héb. 12:5, le sens plus général semble préférable ; ailleurs « raisonner » peut être juste comme intermédiaire entre les deux sens extrêmes. Seul le contexte permet de décider. Comme la synagogue était le lieu où il discourait, on peut en déduire avec assurance que la base des appels de Paul à ses auditeurs était avant tout l’Ancien Testament ; cet auditoire n’était pas exclusivement Juif, car il nous est dit expressément qu’il persuadait des Grecs, non pas des Hellénistes. S’ils n’étaient pas des prosélytes, ce devait être des gens que les excès licencieux du paganisme poussaient justement vers la synagogue, et ce n’est pas étonnant quand on sait, comme quelqu’un l’a dit, que leur religion même corrompait l’homme ; et celui-ci faisait de sa corruption une religion.

À Corinthe ceci était vrai plus profondément et plus visiblement que nulle part ailleurs, à cause du culte d’Aphrodite, avec ses infâmes ιεροδουλοι, qui y prévalait (elle était le pendant de Vénus à Rome, et d’Astarté en Syrie, ou Ashtoreth en hébreu). Abandonnant toute crainte et toute pensée du vrai Dieu, ils tombèrent plus bas même que la décence naturelle de l’homme, et se déshonorèrent dans le déshonneur de Dieu. La synagogue, pourtant bien froide, attirait les consciences révoltées par le mal auquel la philosophie consentait, ou, au mieux, qu’elle était trop faible pour supplanter ou contenir ; et les Grecs y écoutaient avec les Juifs les discours saints et persuasifs de l’apôtre. Nous allons rencontrer une crise qui ne tarda pas à éclater, mais pas avant que l’apôtre n’ait été doté de compagnons d’œuvre bien-aimés.

On peut ajouter qu’on a trop fait dire au mot « persuader » au verset 4, comme s’il signifiait « pousser petit à petit ». C’est au contraire le mot dont l’apôtre lui-même se sert pour qualifier la prédication de l’évangile pour gagner des âmes à cause de la terrible réalité du tribunal de Christ pour les endurcis et les insouciants (2 Cor. 5:10-11). La parole de Paul ne consistait certainement pas en paroles persuasives de sagesse, comme il le dit aux Corinthiens dans sa première épître (1 Cor. 2:3-5), mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, dès qu’il avait été avec eux, depuis sa venue dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement. Il n’était pas là en tant que philosophe, ni comme « la puissance de Dieu appelée la grande » (8:10), mais il en était l’opposé autant que cela est possible ; sa parole visait à ce que la foi de ceux qui croyaient repose, non pas sur la sagesse de l’homme, mais sur la puissance de Dieu. L’effet de ses discours dans la synagogue était la persuasion des Juifs et des Grecs.

 

3.2   Actes 18:5-7

C’est l’état de choses que ses compagnons trouvèrent en arrivant, et bientôt davantage. La communion dans l’œuvre a une grande vertu, même pour un apôtre, et les nouvelles apportées étaient encourageantes.

 

« Et quand et Silas et Timothée furent descendus de Macédoine, Paul était étreint par la parole, rendant témoignage aux Juifs que Jésus était le Christ. Et comme ils s’opposaient et blasphémaient, il secoua ses vêtements et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations. Et étant parti de là, il entra dans la maison d’un nommé Titus Juste qui servait Dieu, et dont la maison tenait à la synagogue » (v. 5-7).

 

3.2.1       Actes 18:5

On remarque l’indication selon laquelle les deux compagnons d’œuvre descendirent de « Macédoine », la province romaine du nord de la Grèce, bien distincte de l’Achaïe dont Corinthe était la métropole. La Macédoine était le terme normal dans la phrase si l’on admet que Silas et Timothée venaient de lieux différents, et cela concorde avec la répétition de l’article. Sans doute ils étaient ensemble à Bérée ; et Timothée, sinon Silas, rejoignit Paul à Athènes, d’où il fut envoyé à Thessalonique en vue d’affermir et d’encourager les saints dans leur foi, pour qu’aucun d’eux ne soit troublé par les afflictions si rudes ici ou là. Silas et Timothée rejoignirent alors tous les deux l’apôtre à Corinthe, mais pas forcément au même moment, ni forcément en venant du même endroit. 1 Thess. 3:6 omet toute mention de Silas comme compagnon de Timothée lors de cette mission à Thessalonique qui apporta à Paul les bonnes nouvelles des saints de cette ville, tandis que, quand l’apôtre parle de la prédication à Corinthe, il s’associe Silas et Timothée au début de la deuxième épître (2 Cor. 1:19). L’apôtre avait averti à l’avance ces jeunes convertis des tribulations qui leur arriveraient, mais cela augmentait d’autant plus ses désirs à leur égard ; et maintenant il pouvait se réjouir de savoir que le tentateur avait échoué, et qu’ils tenaient ferme. L’apôtre était occupé avec ardeur à la prédication quand les deux compagnons d’œuvre arrivèrent, et assurément leur travail en commun avec lui réjouissait son cœur aussi bien que les bonnes nouvelles apportées de ses bien-aimés Thessaloniciens. Rien ne parait appuyer l’idée qu’ils seraient arrivés avec de l’aide pour Paul lui permettant de cesser de faire des tentes et de se consacrer exclusivement à la prédication de la parole : le verbe ‘συνειχετο’ ne signifie certainement rien de la sorte, mais montre plutôt Paul absorbé par la parole, et continuant à l’être, car ce verbe est à l’imparfait, et non pas à l’aoriste comme cela aurait dû être s’il avait indiqué une action nouvelle résultant de leur venue.

Mais il y a un autre mot qui doit être pris en compte, pour un jugement sain. Si le mot πνευματι était authentique, je ne peux m’empêcher de penser qu’Érasme (pace Bezae) aurait raison, et que le sens serait alors « redressés dans leur esprit ». Mais ce n’est pas le cas. Le Texte Reçu qui lit πνευματι (esprit) n’est pas soutenu par les meilleures autorités, car elles donnent λογω (« parole »), πνευματι s’étant glissé en provenance de Actes 17:16, 18:25, 19:21, et autres. C’est pourquoi la traduction de Wakefield « l’esprit de Paul était violemment perturbé » doit être écartée péremptoirement et pour toute sorte de raisons, malgré que l’auteur soutienne cette traduction dans ses notes comme étant parfaitement en accord avec l’original. La tournure donnée par Hammond, Mill et Wolf est également erronée : elle laisse entendre que l’esprit de l’apôtre était vexé de l’incrédulité des Juifs ; également erronée est la notion contraire, de Bèze et d’autres, qui le considèrent comme égaré par l’ardeur de son zèle. D’autres encore comme Casaubon, Grotius, et al. vont encore plus loin et considèrent que « l’esprit » signifie le Saint Esprit par l’impulsion duquel il fut entraîné à ce moment-là : une traduction fautive de toute manière, car le verbe ne peut pas avoir une telle force, et le texte grec retenu est certainement erroné. S’il était authentique, il requerrait plutôt l’absence d’article (à moins que αγιω ne figure là) : son insertion désigne simplement l’esprit de la personne.

Il est inutile, même si c’est instructif dans une mesure, de discuter ces déviations de la vérité, car on peut considérer comme certain que le passage indique que l’apôtre était occupé de la parole quand ses compagnons d’œuvre arrivèrent de Macédoine. Il donnait un témoignage complet (διαμαρτυρομενος) aux Juifs que Jésus est le Christ ou Messie, la pierre d’achoppement constante de ce peuple aveuglé. Sans aucun doute Jésus est beaucoup plus que « le Christ » ; et personne plus que Paul n’a jamais prêché la gloire plus élevée qui est la Sienne, gloire personnelle et conférée. Néanmoins il insistait auprès des Juifs que Jésus est le Christ, pour briser leur incrédulité et comme clef d’accès à toute lumière et bénédiction supplémentaire.

 

3.2.2       Actes 18:6

« Et comme ils s’opposaient et blasphémaient, il secoua ses vêtements et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations » (18:6).

 

À de rares exceptions près, tel est l’esprit des Juifs, et en cela ils accomplissent les terribles avertissements de leurs prophètes en commençant par Moïse. C’est une génération perverse et tortue, et en même temps obstinée, des enfants en qui il n’y a point de foi, poussant l’Éternel à la jalousie par ce qui n’est pas bon, et Le provoquant à colère par leurs vanités ; comme Il les a poussés à la jalousie par ce qui n’est pas un peuple, et il les a provoqués à la colère par une nation sans intelligence (Rom. 10:19). L’ignorance est supportable et réclame un service patient de présentation de la vérité ; mais l’opposition est une toute autre chose, spécialement face à un témoignage abondant et convainquant ; et parler injurieusement, et encore plus blasphémer, c’est pire encore, vu que ce sont la grâce et la vérité en Christ qui sont ainsi outrageusement rejetées. Le résultat est fatal. Ceux qui méprisèrent Jésus sur la terre eurent un nouveau témoignage Le concernant comme ressuscité et glorifié et attendant encore pour agir en grâce. Il n’y a pas de troisième témoignage, ni aucun autre, à rendre à ceux qui Le rejettent quand Il parle des cieux où Il est maintenant (Héb. 12:25) — ils n’ont rien à attendre sinon le jugement de Ses adversaires quand Il apparaîtra en gloire.

En conséquence, l’apôtre répondit de manière significative, en action et en paroles : « Il secoua ses vêtements, et leur dit… ». C’était l’esprit sinon la forme de Matt. 10:14, qu’il avait déjà appliqué de façon encore plus rigide en compagnie de Barnabas à Antioche de Pisidie (Actes 13:51). C’était comme si la poussière du lieu où ils se tenaient les souillait, et devait être ôtée en la secouant (*) en témoignage contre eux ; Sodome et Gomorrhe étaient plus tolérables.

 

(*)Wakefield, tout en conservant la version du Roi Jacques, est allé jusqu’à dire : « Je suis partiellement enclin à penser que cela veut dire ici « dépouiller son vêtement » : ce qui est une image frappante de la conduite de l’apôtre : « Comme j’ôte ce vêtement, ainsi je renonce à m’occuper de vous ».

 

Paul dit aussi : « Que votre sang soit sur votre tête ! ». C’est ce qu’avaient crié, et pire encore, ceux qui avaient insisté pour envoyer le Seigneur à la croix alors que Pilate voulait Le relâcher : « Que Son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » — ce qui est le cas jusqu’à aujourd’hui. Et l’apôtre ajoute : « Moi, je suis net : désormais je m’en irai vers les nations ». Cela était en parfaite harmonie non seulement avec sa manière d’agir ailleurs, mais, ce qui est encore plus important, avec les voies de Dieu dans l’évangile. Les Juifs devaient être les premiers à recevoir le témoignage, et c’est ce qui avait eu lieu, pas tout à fait en vain. Certains écoutèrent pour le salut de leurs âmes ; il y a un résidu élu. Mais quand la masse rejette l’évangile avec haine et blasphèmes, le flot de bénédiction continue à couler sans se perdre, pour la bénédiction parmi les sables arides des nations.

Cela peut intéresser certains de savoir que, même pour un passage aussi simple que la dernière phrase du v. 6, les érudits ne s’accordent pas. Lachmann suggérait, avec Alford à sa suite, une ponctuation qui donne le sens suivant : « désormais j’irai vers les nations avec une conscience pure ». Wakefield suit la version Peschito Syriaque en ponctuant comme suit : « Désormais je suis net ; je vais vers les nations ». En note, il dit : « cette disposition a un certain caractère abrupt qui relève plutôt d’un homme en colère ! » L’irrévérence de ce traducteur me semble aussi manifeste que son manque de jugement, et la ponctuation ordinaire fait preuve de plus de cohérence, de dignité et de solennité.

 

3.2.3       Actes 18:7

« Et étant parti de là, il entra dans la maison d’un nommé Titus Juste qui servait Dieu, et dont la maison tenait à la synagogue » (v. 7)

 

Plusieurs, de Chrysostome à Alford, et al., ont compris que l’apôtre cessait d’habiter avec Aquilas (*), et ils ont cherché à déterminer les motifs et les raisons de ce changement. Mais il était inutile de se donner cette peine, car il n’était pas question de quitter un logis, mais la synagogue, et par conséquent de trouver non pas un nouveau logement, mais un lieu convenable pour continuer le témoignage rendu précédemment dans la synagogue. Cela me semble confirmé de manière frappante par la contiguïté de la synagogue et de cette maison mise à la disposition de l’apôtre par un Gentil dévoué dont le cœur s’ouvrait à la vérité. Si c’était un simple logis, pourquoi préciser qu’il était attenant à la synagogue à laquelle Paul tournait désormais le dos ? Mais la maison de Juste remplissaient deux conditions nécessaires pour qu’une salle convienne pour le témoignage : l’une que le propriétaire était lui-même quelqu’un des nations, ce qui rendait la salle plus propre à attirer un auditoire de Gentils, et aussi à accentuer le fossé et le pas nouveau franchi par l’apôtre ; l’autre condition remplie était la proximité de la synagogue qui permettait d’attirer à la fois des Juifs ayant une conscience sensible vis-à-vis de la vérité de Dieu rejetée, et des prosélytes des nations, comme Juste, qui avaient l’habitude d’aller à la synagogue. L’école de Tyrannus au chapitre suivant correspond exactement à un même changement qu’ici. Dans ce cas-là, personne ne met en doute qu’il est question d’un lieu de réunion à part de la synagogue. Il n’y a donc pas lieu de conclure que l’apôtre cessa d’habiter avec Aquilas, parce que la maison de Juste fournissait un lieu convenable pour prêcher tandis que la synagogue n’était plus utilisable. L’apôtre ne pensait pas à lui-même, mais aux autres, sans admettre pour autant l’idée de Calvin « qu’il pourrait d’autant mieux aiguillonner les Juifs » — un motif mesquin et malsain, très éloigné de son cœur qui venait juste de les avertir de leur obstination et du danger de destruction qu’ils courraient. Il appartenait à Dieu de leur rappeler les conséquences funestes de leur absence de repentance ; les « aiguillonner » par l’abandon de la maison de ses amis pieux, Aquilas et Priscilla, pour celle d’un prosélyte des nations, semble incompatible aussi bien avec Christ, qu’avec la sagesse pieuse et avec des sentiments justes. Il était impossible de poursuivre avec les contradictions et les blasphèmes de la synagogue sans être en conflit permanent ; et il était donc particulièrement judicieux, en vue du témoignage, d’utiliser la maison de quelqu’un qui appréciait l’évangile, d’autant plus que la proximité de la synagogue pouvait favoriser la venue de tous ceux qui étaient bien disposés et sérieux.

 

(*) En effet, au lieu de εκειθεν, le codex Bezae et un manuscrit cursif (137) changent expressément « de là » en « de chez Aquilas », ce qui montre la force de la tendance à interpréter de cette manière. Ce n’était bien sûr qu’une simple glose [annotation], ou plutôt une mauvaise interprétation à rejeter.

 

Une bénédiction remarquable suivit la décision de l’apôtre, non seulement parmi les nations, mais même parmi les Juifs.

 

3.3   Actes 18:8-11

« Et Crispus, le chef de synagogue, crut le [JND : au] Seigneur avec toute sa maison ; et beaucoup de Corinthiens l’ayant entendu, crurent et furent baptisés. Or le Seigneur dit de nuit dans une vision, à Paul : Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville. Et il demeura là un an et six mois, enseignant parmi eux la parole de Dieu » (18:8-11).

 

3.3.1       Actes 18:8

Ce n’est pas peu de chose que le Saint Esprit distingue le nom d’un homme pour l’inscrire pour toujours dans l’Écriture. « Crispus » est donc mentionné comme ayant cru le Seigneur, d’autant plus qu’il avait été « chef de la synagogue » ; et non seulement cela, mais « toute sa maison » crut aussi, bien qu’il ne soit rien dit de leur baptême. Le point important était leur foi, et elle était un encouragement de poids pour les ouvriers de Dieu, et un appel puissant aux Juifs en général. L’expression utilisée ici est particulière : il n’avait pas cru « au » Seigneur comme un objet de foi, bien que cela soit vrai aussi, mais il crut ce qu’Il disait. 1 Cor. 1:14 indique que l’apôtre le baptisa, mais il n’est rien dit de sa maison ; il est cependant certain qu’eux aussi, ayant accepté le témoignage du Seigneur, furent baptisés bien que ce ne fût pas par l’apôtre, qui baptisait très peu comme il le dit aux Corinthiens. Le Seigneur l’avait gardé de trop apparaître et de trop être mis en avant personnellement.

« Et beaucoup des Corinthiens l’ayant entendu, crurent et furent baptisés » (18:8). Le travail se poursuivait dès lors avec vigueur sous la bénédiction du Seigneur. C’était un temps de riche moisson. Il ne s’agissait pas de Juifs, mais de Grecs, cela est clair ; néanmoins beaucoup l’entendirent et crurent l’évangile ; et, comme il convenait, ils se soumirent à la marque extérieure qui sépare celui qui confesse Christ d’avec le monde insouciant ou hostile. Ils furent ensevelis avec Christ dans la mort par le baptême. S’ils avaient été muets, ils disaient par cet acte qu’ils étaient mort avec Christ au péché ; non seulement qu’Il était mort pour leurs péchés, dont ils avaient la rémission par la foi, mais qu’ils se reconnaissaient comme morts au péché et vivant en Lui vis-à-vis de Dieu. Le péché ne devait donc plus régner sur leurs corps mortels. Quel changement et quelle délivrance pour des gens autrefois esclaves du péché jusqu’à la mort, et maintenant délivrés du péché, et devenus esclaves de la justice, esclaves de Dieu, ayant leur fruit dans la sanctification et comme fin la vie éternelle (Rom. 6) ! Car à Corinthe il y avait abondance de fornicateurs, d’idolâtres, d’adultères, d’efféminés, d’homosexuels, de voleurs, d’ivrognes, de cupides, d’outrageux, de ravisseurs ; « et quelques-uns de vous, vous étiez tels », dit l’apôtre aux Corinthiens qui croyaient (1 Cor. 6:11). Ils n’avaient nullement été exempts de ces viles corruptions.

La grâce ne trouve pas des saints, mais elle en fait, et elle les fait d’après un modèle nouveau et céleste, comme cela sera évident quand ils seront manifestés avec Christ en gloire. Elle nivelle tout le monde dans une condamnation absolue, mais elle établit gratuitement et pleinement en Christ tous ceux qui croient, selon le bon plaisir de la volonté de Dieu qu’Il nous a accordé gratuitement dans le Bien-aimé, en qui nous avons la rédemption par Son sang, le pardon de nos fautes, selon les richesses de Sa grâce (Éph 1:6-8). Les hommes haïssent cette grâce parce qu’elle réduit à néant les distinctions humaines dans lesquelles l’orgueil de l’homme s’exalte et se perd. Toute glorification de la chair est interdite pour qu’on se glorifie seulement dans le Seigneur. Car il n’y a qu’un seul homme qui soit de tout importance aux yeux de Dieu, non pas le premier, mais le Second, l’Homme Christ Jésus, qui s’est donné en rançon pour tous, — le témoignage étant rendu en son temps (1 Tim. 2:6) et devenant le tournant pour toute âme : si le témoignage est écouté, elle vit ; si le témoignage est rejeté, elle périt dans ses péchés, quelles que soient les apparences ou les prétentions.

Car le fait de croire est le meilleur moyen pour l’homme de reconnaître sa culpabilité et la grâce de Dieu, annulant pour lui la sentence qui pèse sur le monde et endossant l’estimation que fait le ciel du Crucifié. Baptisé en Son nom, il devient Sien pour Le servir, là où il était autrefois esclave de Satan, très souvent honteusement. C’est pourquoi, en vertu de la mort et de la résurrection de Christ, il a à Lui plaire à tous égards, quelle que soit sa condition ; s’il est esclave, il est l’affranchi de Christ ; s’il est libre, noble et royal, il est néanmoins esclave de Christ. Vous ne pouvez avoir les privilèges célestes et éternels, sans avoir la responsabilité maintenant ici-bas. C’est ce dont le baptême est le signe pour l’individu, tandis que la cène du Seigneur est le signe de communion comme corps. La signification de celle-ci n’a été aussi pleinement exposée à personne d’autre qu’aux Corinthiens en 1 Cor. 10 et 11. Ils avaient particulièrement besoin d’en être instruits, et de recevoir les avertissements correspondants ; c’est pourquoi la grâce leur donna tous les deux.

 

3.3.2       Actes 18:9

Mais il plut aussi au Seigneur d’accorder un encouragement extraordinaire à Son serviteur. Paul eut une vision au cours de laquelle il entendit et vit. À sa conversion, il avait vu et entendu le Seigneur de jour (Actes 9) ; et plus tard aussi quand il retourna à Jérusalem, il fut en extase quand il priait dans le temple ; il Le vit lui commander de sortir de Jérusalem pour remplir sa mission auprès des nations (Actes 22:17-21). 2 Corinthiens 12:2-4 relate qu’il a été ravi au troisième ciel (soit dans le corps, soit hors du corps, il ne savait). De telles visions et révélations étaient relativement fréquentes pour l’apôtre. Cette fois-ci, le but était pratique. Le Seigneur lui dit : « Ne crains point, mais parle et ne te tais point » (Actes 18:9). La structure de la phrase implique qu’il était inquiet. Il avait besoin d’un sursaut de courage au-delà de ce que ses compagnons d’œuvre pouvaient lui apporter, et le Seigneur le lui accorda selon son besoin. La hardiesse naturelle est une force tout à fait impropre à la guerre spirituelle où la règle est : « Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:10). Pour qu’il y ait la sécurité et être de Dieu, tout doit être dans la dépendance de la grâce de Christ. Alors, comme Il le dit Lui-même à l’apôtre, « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité » (2 Cor. 12:9). Fort heureusement l’apôtre pouvait donc dire : « Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes infirmités, afin que la puissance du Christ demeure sur moi ». C’était la situation actuelle : au lieu de craindre davantage, il devait continuer de prêcher et ne pas se retenir, bien que (selon ce qu’implique la forme de la phrase), il n’avait pas commencé à céder à la crainte.

 

3.3.3       Actes 18:10

Dans le verset suivant, le Seigneur condescend à donner deux raisons à son ordre : la première, « parce que Je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal », la seconde, « parce que J’ai un grand peuple dans cette ville ». Quoi de plus consolant pour le serviteur éprouvé ? Le Seigneur s’engage Lui-même d’un côté à lui donner sa présence pleine de grâce et de puissance contre tous les adversaires, et de l’autre à lui ouvrir une porte grande et efficace dans son travail (1 Cor. 16:9). Même si les émissaires de Satan enrageaient, le Seigneur avait un grand peuple à amener à Lui pour Lui appartenir dans cette ville dépravée et impie.

Il est lamentable d’entendre des remarques telles que celles de Limborch, qui voudrait voir dans la parole du Seigneur parlant d’« un grand peuple », non pas tant des objets de la pure grâce souveraine magnifiant Sa miséricorde en rédemption, mais plutôt des frères vertueux et bien disposés, appelés ici et pour cette raison « Son peuple », et « Ses brebis » en Jean 10:16. Nous sommes tous susceptibles de faire des erreurs, surtout ceux qui se flattent le plus de ne pas en faire, mais une erreur de ce genre sape l’évangile, en atténuant le sens de la ruine complète de l’homme, et de notre besoin aigu de la grâce. Personne ne doute de la sagesse de Dieu amenant quelqu’un comme Corneille à l’évangile, qu’Il fit annoncer pour la première fois en public aux Gentils par Pierre ; mais le grand apôtre des nations donne une histoire très différente du caractère des personnes que la grâce a daigné bénir à Corinthe (1 Cor. 6:9-11). Et encore, dans la parabole des noces pour le fils du roi, le Seigneur envoie Ses esclaves dans les carrefours des chemins pour inviter à la fête autant de gens qu’ils trouveraient. En conséquence, ils sortirent par les chemins et rassemblèrent tous, et assemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, tant mauvais que bons ; et la salle des noces fut remplie d’invités (Matt. 22:1-10). Il s’agissait de gens rencontrés qui, après avoir cru à l’évangile, sont sauvés sans discrimination, à la louange des richesses de la grâce de Dieu ; car les « bons » découvrent par la vérité de Christ qu’eux aussi « ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu » (Rom. 3:23), tandis que les « mauvais » trouvent, dans Sa rédemption abondante, que Sa grâce justifie gratuitement, — le même Christ étant Seigneur de tous, et riche envers tous ceux qui L’invoquent (Rom. 10:12). Il n’y a pas de différence, ni dans le fond de la ruine, ni dans le résultat en salut, « afin que, comme le péché a régné par la mort, ainsi aussi la grâce régnât par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur » (Rom. 5:21).

 

3.3.4       Actes 18:11

L’apôtre, face à toutes ces difficultés, resta à Corinthe plus longtemps qu’ailleurs jusqu’alors.

« Et il demeura là un an et six mois, enseignant parmi eux la parole de Dieu » (18:11).

Le résultat fut non seulement le salut de nombreuses âmes, mais aussi l’assemblée de Dieu là, sainte, catholique et apostolique, si jamais il y eut une telle assemblée quelque part. Elle fut plantée par quelqu’un qui n’était inférieur à personne, elle fut arrosée par d’autres que personne ne surpassait, et Dieu donna un accroissement incontestable. Pourtant combien cette belle scène fut vite flétrie, non pas simplement par la présence au milieu d’eux d’un péché inouï ordinairement parmi les nations, mais par la condition basse, charnelle et mondaine des saints en général ! Tant et si bien que l’apôtre eut à justifier son propre ministère devant un tribunal auto-constitué par ses propres enfants dans la foi, et qu’il dut remettre à plus tard une visite d’aide dont ils avaient terriblement besoin, parce qu’il aurait dû alors venir avec une verge, et qu’il préférait les voir dans l’amour et dans un esprit de douceur ; et cela ne pouvait avoir lieu que par le jugement de soi que sa première épître produisit effectivement chez eux. Les gens se représentent les apôtres allant ici ou là, et leurs paroles reçues avec confiance, et leur présence n’ayant qu’à être connue pour assurer un respect sans hésiter parmi les saints. Il n’en était pas ainsi. Les miracles, l’inspiration, et les plus hautes places dans l’église ne produisaient pas plus de soumission là et alors, qu’envers Moïse et Aaron qui avaient une place analogue dans la congrégation de l’Éternel autrefois.

Mais Dieu retourna la chute si rapide de Corinthe de deux manières : d’abord cela permet de réfuter la folie selon laquelle une assemblée ne peut pas se tromper ni devenir corrompue en doctrine ou en pratique, spécialement en peu d’années ; deuxièmement, il nous est dépeint de la part de Dieu la correction valable pour tous les temps et pour tous les saints auxquels il est accordé par la foi de se réunir sur le principe de l’assemblée de Dieu selon Sa parole et par Son Esprit. Sans aucun doute, le rétablissement fut le fruit de l’épître de l’apôtre comme sa seconde épître en témoigne, mais qui peut dire combien cela dura ? Il est certain que le second siècle, sinon le premier après J.C., a déjà vu l’assemblée s’éloigner partout du but précis qu’avait notre Dieu et Père en rassemblant les saints — la gloire de Christ dans l’assemblée par l’Esprit. La venue de Christ n’était plus un objet d’espérance, mais plutôt de crainte ; Sa parole fut de plus en plus recouverte d’autorité et de tradition humaines, et le monde commença à devenir une valeur à posséder et dont il fallait jouir toujours plus, au lieu d’être une scène de souffrances et de témoignage jusqu’à la venue de Celui qui a les droits sur lui, quand nous règnerons avec Lui en gloire.

 

3.4   Actes 18:12-18

Pendant le séjour de l’apôtre à Corinthe eut lieu un évènement assez intéressant pour que le Saint Esprit lui réserve une place dans le récit inspiré, et pour poursuivre ainsi la tâche donnée à accomplir à Luc.

 

« Mais pendant que Gallion était proconsul d’Achaïe, les Juifs, d’un commun accord, s’élevèrent contre Paul et l’amenèrent devant le tribunal, disant : Cet homme persuade aux hommes de servir Dieu contrairement à la loi. Et comme Paul allait ouvrir la bouche, Gallion dit aux Juifs : S’il s’agissait de quelque injustice ou de quelque méchante fourberie, ô Juifs, je vous supporterais à bon droit ; mais si ce sont des questions de paroles, et de noms, et de votre loi, vous y mettrez ordre vous-mêmes, [car] moi, je ne veux pas être juge de ces choses. Et il les chassa de devant le tribunal. Et ayant tous (*) saisi Sosthène, le chef de synagogue, ils le battaient devant le tribunal ; et Gallion ne se mettait pas en peine de tout cela. Et Paul, ayant demeuré là encore assez longtemps, prit congé des frères et mit à la voile pour la Syrie, et avec lui Priscilla et Aquilas, après qu’il se fut fait raser la tête à Cenchrée, car il avait fait un vœu » (Actes 18:12-18).

 

(*) le Texte Reçu ajoute « les Grecs », mais les meilleures autorités ne le supportent pas.

 

Le témoignage se poursuivit sans crainte ; la vision accomplit son objectif. Paul n’avait pas peur, mais parlait et ne se retenait pas ; et tandis que beaucoup de gens se mettaient en avant pour le nom du Seigneur, il ne fut permis à personne de faire du mal à Son serviteur. Si pas un passereau ne tombe à terre sans notre Père, si même les cheveux de notre tête sont tous comptés, si le Seigneur Lui-même confessera devant Son Père celui qui confesse le Fils devant les hommes, — il y a toute raison d’avoir bon courage, et de ne pas craindre l’homme. L’impuissance des gens les plus exaspérés fut manifestée d’une manière inattendue et dans un lieu inattendu, mais non pas sans le Seigneur.

 

3.4.1       Actes 18:12

Gallion était notoirement connu comme l’un des hommes les plus aimables. Le célèbre Sénèque dit de lui : « Aucun mortel n’est si doux envers autrui que lui envers tous les hommes ». Ceci exprimait sans doute l’affection admirative du frère qu’il était, mais le caractère général du gouverneur romain est incontestable. Et l’hostilité pleine de rancœur des Juifs espérait profiter de son tempérament accommodant et de son amour de l’approbation, à l’encontre du témoignage sans compromis rendu par le seul vrai Dieu le Père, et le seul Seigneur Jésus Christ. Mais la méchanceté amène sa propre défaite en face de la grâce et de la vérité, toutes les fois qu’il plaît à Dieu qu’il en soit ainsi ; et ici, comme Il avait précisément promis d’être avec Paul et que personne ne lui ferait du mal, c’est ce qui arriva, d’une manière tout à fait différente de ce que l’apôtre avait expérimenté ailleurs.

Il est bon de rappeler la position exacte de Gallion. Il était « proconsul » d’Achaïe. C’est d’autant plus frappant parce que, sous Tibère et Caligula, la province avait été une province impériale, et dépendait donc de l’autorité d’un propréteur. Claude, l’empereur régnant, avait restitué la province au sénat, ce qui impliquait le changement du gouvernement précédent en celui d’un proconsul. C’est donc à juste titre que Luc parle en ce temps-là d’un proconsul et non pas d’un propréteur. On a vu un exemple similaire avec Serge Paul, proconsul de Chypre, qui, comme l’Achaïe, avait été sous l’autorité impériale, puis avait été transférée au sénat, et était donc devenue proconsulaire. L’historien inspiré n’a pas fait d’erreur dans ces détails, là où cela aurait été excessivement facile d’en faire s’il n’avait été guidé divinement, d’autant plus que les premiers chrétiens se tenaient notoirement à l’écart de tout mélange avec l’administration politique. Mais dans l’Écriture on a le droit de chercher la vérité dans les petites choses comme dans les grandes ; et il faut que ceci soit reconnu en en donnant la signification aussi exactement que possible.

En fait, on avait supposé que, dans au moins un de ces cas, Luc s’était trompé en appliquant le terme à tort à l’état de choses antérieur au transfert au sénat, jusqu’à ce qu’un passage trouvé chez un historien généralement peu lu confirmât le changement, et que des pièces de monnaie avec le nouveau titre ne le rende encore plus évident. S’il n’y avait pas eu ces pièces ni l’affirmation de Dio Cassius, une preuve externe aurait manqué, mais la vérité serait pourtant restée la même dans l’Écriture : seulement des chrétiens auraient tremblé parce que l’histoire n’appuyait pas l’Écriture. C’est cette incrédulité qui est si déplorable, non seulement chez les païens et les Juifs, mais même chez les baptisés. Combien il est triste que des hommes qui portent le nom de chrétiens soient influencés ne serait-ce qu’un moment par des témoignages humains, et montrent leur empressement à douter même quand ils ont la parole inspirée à l’appui. Y a-t-il une preuve plus manifeste et claire que les hommes ne font naturellement pas confiance à Dieu ni à Sa parole ? Il ne devrait pas en être ainsi.

 

3.4.2       Actes 18:13-16

Les Juifs alors s’élevèrent d’un seul accord contre Paul, et l’amenèrent devant le tribunal du gouverneur dont ils comptaient obtenir une sentence qui leur soit favorable. « Cet homme », dirent-ils, « persuade les hommes de servir Dieu contrairement à la loi ». Gallion comprit le cas d’un coup, et vit l’inutilité d’une défense. Dans leur bouche, « la loi » signifiait la loi de Moïse. C’était suffisant pour le Romain dont la fierté était stimulée en faveur des siens. « Et comme Paul allait ouvrir la bouche, Gallion dit aux Juifs… ». Il en avait assez entendu pour être sûr qu’il n’y avait eu violation ni de la loi de l’état, ni de la moralité publique, ni de droits privés, et qu’il n’avait pas à en savoir davantage. Le mépris dans lequel les Juifs étaient généralement tenus, renforça sans doute sa décision, toute au bénéfice de l’accusé. Son aimable indifférence ne désirait pas être troublée par ce que l’apôtre avait à dire. L’opinion religieuse ou le culte rendu à Dieu, en tant que question entre les Juifs et quelqu’un qu’ils accusaient, ne le concernait ni lui, ni sa fonction ; Dieu n’était dans aucune de ses pensées, et il préférait ne pas en entendre davantage. Le temps viendrait où les serviteurs de Christ seraient amenés devant les gouverneurs ou les rois pour Son nom, en témoignage à eux et aux nations, et il leur serait donné à cette heure ce qu’ils auraient à dire (Marc 13:9-11). Ici, ce n’était pas le moment de parler, bien que Paul fut accusé devant le tribunal. Le Seigneur veillait sur les intérêts de l’évangile et de son fidèle témoin, en employant providentiellement l’amabilité insouciante du juge qui assurément ne pouvait être accusé d’une quelconque partialité pour l’apôtre, d’autant plus qu’il avait des vues proches de celles de son frère philosophe. Le stoïcisme de Sénèque était loin d’apprécier la foi et l’humilité des chrétiens, et loin de recevoir la révélation du Père et du Fils, de la vie éternelle et de la rédemption que le Saint Esprit fait connaître au croyant comme étant sa part.

Le Romain laissa les Juifs régler leurs affaires religieuses à leur manière. Gallion refusa de se laisser forcer la main ; il ne voulait pas juger ce genre d’affaires. « S’il s’agissait de quelque injustice ou de quelque méchante fourberie, ô Juifs, je vous supporterais à bon droit ; mais si ce sont des questions de paroles, et de noms, et de votre loi, vous y mettrez ordre vous-mêmes, [car] moi, je ne veux pas être juge de ces choses » (18:14-15). La personne la plus aimable et la plus courtoise peut être assez méprisante quand ce qui est en cause est la vérité dont il ne sait rien. « Et il les chassa de devant le tribunal » (18:16). Même si la force physique ne fut pas utilisée, cela implique au moins un ordre tranchant.

 

3.4.3       Actes 18:17

Un tel résultat de la part d’un officiel si haut placé n’allait pas manquer d’avoir son effet sur des gens impressionnables qui, comme les païens en général, méprisaient des Juifs déçus à l’égard de leur proie. Il n’est pas nécessaire que soit spécifié le caractère Grec de tous les assaillants du Juif éminent [Sosthène] qui jouait le rôle de plaignant dans ce cas, même s’il y a une autorité grande et bonne en faveur de l’ajout « tous étaient Grecs » adopté par le Texte Reçu. Certes quelques cursives attribuent l’assaut à « tous les Juifs », mais cette lecture est facile à réfuter car elle est intrinsèquement sans valeur et absurde. Si l’objet de l’animosité avait été Crispus et non pas Sosthène, une telle lecture pourrait se comprendre. Il semble bien que Sosthène ait succédé à Crispus dans sa fonction, sans qu’il n’y ait encore eu aucun indice d’une conversion chez lui jusque-là, même si c’est le même Sosthène que celui qualifié plus tard de frère. La meilleure variante, même si son authenticité n’a pas les appuis les plus considérables, est celle que l’on trouve dans les manuscrits onciaux Sinaïticus, Alexandrins et du Vatican, et certaines des plus anciennes versions. Ces témoins disent simplement qu’ils se saisirent « tous » de Sosthène, le chef de synagogue, et le battaient devant le tribunal, et que Gallion ne s’en mettait pas en peine. Ainsi Dieu, dans Sa providence, réduit à néant l’attaque malveillante des Juifs contre Paul, tout en manifestant l’indifférence incrédule de Gallion.

 

3.4.4       Actes 18:18

Il est intéressant de noter aussi que l’apôtre ne quitta pas Corinthe tout de suite, alors que l’échec des Juifs devant le gouverneur le laissait libre. « Et Paul, ayant demeuré là encore assez longtemps, prit congé des frères et mit à la voile pour la Syrie, et avec lui Priscilla et Aquilas, après qu’il se fut fait raser la tête à Cenchrée, car il avait fait un vœu » (18:18). C’est pendant son séjour à Corinthe que les deux épîtres aux Thessaloniciens furent écrites, avec un certain intervalle entre elles, court mais suffisant pour montrer que du mal peut arriver aux saints en très peu de temps ; il est faux de penser que l’erreur n’a pu entrer qu’après des siècles. Il en fut ainsi aussi, comme nous le savons, parmi les assemblées de Galatie, et d’une manière plus grave qu’à Thessalonique, et sur un sujet encore plus fondamental. Or dans ces deux cas, les saints avaient eu l’inestimable privilège d’avoir été établis par un apôtre, ce que Rome n’a pas eu, pas plus que d’autres localités, même s’ils s’en vantent en se basant sur des éléments très maigres. Corinthe aussi allait manifester la même tendance à s’égarer, bien qu’il s’agît principalement de vérité et d’ordre ecclésiastiques, sans pour autant que ce soit confiné à cela ; pourtant Paul était resté assez longtemps avant d’être accusé devant Gallion, et encore après, il est dit qu’il demeura là assez longtemps. Mais à la fin il prit congé des frères et fit voile pour la Syrie, accompagné de ses bien-aimés compagnons Priscilla et Aquilas.

La phrase de la fin du verset 18 a causé bien des débats. Les anciens ne semblent pas avoir douté qu’il s’agît de Paul, les mots précédents ayant un caractère de parenthèse. D’autres, spécialement des plus récents, comme Wieseler et Meyer, ont cherché à relier le vœu et le fait de se raser la tête, à Aquilas. Mais dans les circonstances qui laissaient intacte la grâce de l’évangile, le grand apôtre allait loin pour se conformer aux formes juives, et agir avec condescendances avec elles. Ce fut l’effort d’imposer la loi aux Gentils croyants, qui suscita une tempête de sentiments et d’arguments irrésistibles, car toute son âme fut engagée d’un coup avec un zèle brûlant pour la croix de son Maître, et pour la liberté des âmes mises en danger par cet effort. Quelques anciens, en effet, non pas seulement la Version éthiopienne, donnaient le sens que plusieurs se sont fait raser la tête selon le vœu ; mais je ne vois pas de raison suffisante de douter que ce soit Paul ; car c’est lui seul qui est dans les pensées inspirées par l’Esprit, et non pas Aquilas.

Non seulement Paul se fit raser la tête à Cenchrée, du fait d’un vœu, mais on doit déduire de l’histoire ultérieure, si ce n’est du contexte immédiat, que c’est l’Esprit qui voulait nous révéler et nous faire observer un fait aussi important dans le récit qu’Il donne de cet homme béni et de son labeur. Nous n’avons pas à en conclure qu’en agissant ainsi, Paul était à la hauteur des nouvelles révélations que Christ lui avait données, mais qu’avec celles-ci il agissait ainsi avec une bonne conscience. Il était apôtre des nations et ministre de l’assemblée, mais il était aussi, comme il le dit, pharisien fils de pharisien, et même après ce ch. 18, il se chargea pour sa nation d’aumônes et d’offrandes, et fut trouvé purifié dans le temple. La grâce faisait ressortir ses merveilles nouvelles, jusque-là cachées, en Christ et dans l’église, pour la gloire de Dieu ; mais le témoin de la vérité céleste, si profondément enseigné et parfaitement formé, aimait de tout son cœur l’ancien peuple de Dieu, et n’oublia jamais que lui aussi était Israélite, de la semence d’Abraham, de la tribu de Benjamin ; et ceci, non seulement dans l’enceinte de Jérusalem et dans le pays mais, comme nous le voyons ici, parmi les Grecs. Ce comportement est souvent une grande difficulté pour ceux qui sont imbus de l’esprit et des habitudes du christianisme traditionnel, mais c’est parce qu’ils sont et qu’ils voudraient être logiques, alors que le Saint Esprit est en train de décrire les choses, juste comme elles étaient, chez serviteurs du Seigneur les plus honorés. On ne se débarrasse pas si vite des préjugés et des préventions, même quand on voit un Israélite en qui il n’y a pas de fraude. Le Seigneur traite avec compassion un cœur sincère, alors qu’une intelligence froide n’identifie que de l’incohérence ; l’esprit critique ne peut pas suivre ce cœur, ne serait-ce qu’un moment, ni dans son service zélé ni dans la puissance et la force spirituelles en train de poursuivre le service à la gloire du Seigneur. Nous verrons cela encore plus développé dans la suite, avec un caractère similaire, et dans le récit inspiré cela met en relief celui qui indiscutablement est autant homme qu’apôtre.

 

3.5   Actes 18:19-23

« Et ils arrivèrent à Éphèse et il les y laissa ; mais étant entré lui-même dans la synagogue, il raisonnait avec les Juifs. Mais lorsqu’ils le prièrent de demeurer plus longtemps avec eux, il n’y consentit pas, mais il prit congé d’eux, disant : [Il faut absolument que je célèbre la fête prochaine à Jérusalem] ; je reviendrai vers vous, si Dieu le veut. Et il partit d’Éphèse par mer. Et ayant abordé à Césarée, il monta et salua l’assemblée, et descendit à Antioche. Et ayant séjourné là quelque temps, il s’en alla, et traversa successivement le pays de Galatie et la Phrygie, fortifiant tous les disciples » (18:19-23).

 

3.5.1       Actes 18:19

Des autorités bonnes et considérables vont à l’appui du Texte Reçu, et de la version anglaise Révisée et de la plupart des autres. Mais les meilleurs témoins et versions soutiennent le pluriel dans la première proposition, ce qui donne une force supplémentaire au singulier de la deuxième, sur laquelle tous s’accordent. « Et ils arrivèrent à Éphèse » est la lecture donnée par les manuscrits du Sinaï, Alexandrin, du Vatican, et Bodléien de Laud, avec quelques cursives. Le grec du manuscrit de Bèze est probablement une simple erreur de copiste vu qu’il n’a pas de cohérence grammaticale, et que le latin est d’accord avec les plus anciennes autorités et plusieurs des meilleures versions anciennes. Il est certainement vrai qu’ils arrivèrent tous à Éphèse. C’est seulement une question de l’insistance mise sur l’entrée de l’apôtre à la synagogue pour y discourir avec les Juifs : bien qu’il les laissât là, il n’y a pas lieu de donner trop d’importance à cette circonstance. Mais cela n’implique pas du tout qu’ils ne l’accompagnèrent pas à la synagogue ni qu’il soit suggéré (si αυτου est authentique au lieu de εκει) que la synagogue était hors de la ville ; ces déductions paraissent toutes les deux sans fondement.

 

3.5.2       Actes 18:20-21

« Mais lorsqu’ils le prièrent de demeurer plus longtemps avec eux, il n’y consentit pas, mais il prit congé d’eux, disant : [Il faut absolument que je célèbre la fête prochaine à Jérusalem] ; je reviendrai vers vous, si Dieu le veut » (18:20-21).

 

Il est bien connu que la phrase entre crochets n’est pas dans les meilleures Onciales, bien qu’elle soit attestée par des autorités bonnes et abondantes. Pour trancher la question, on est dès lors ramené aux preuves internes. Meyer insiste sur la référence de αναβας au verset 22 ; mais « il monta », bien que ce soit indiscutablement à Jérusalem, n’est pas nécessairement rattaché à la célébration d’une fête juive, à moins que ce soit expressément expliqué ainsi. La seule chose relatée comme un fait établi, c’est qu’il a salué l’assemblée. Ceci n’est pas une preuve allant à l’encontre du propos de célébrer une fête là, mais cela détruit la force de l’argument fondé sur αναβας. La vérité c’est que les deux peuvent être vrais : d’une part le verset 21, s’il est authentique, affirme ce qu’il voulait faire à Jérusalem, bien que rien ne soit dit de son accomplissement, et d’autre part le verset 22 nous fait savoir que son cœur avait d’autres buts devant lui que l’intention indiquée aux Juifs d’Éphèse. L’histoire nous informe ensuite rapidement qu’il revint bientôt à Éphèse pour l’un des services les plus bénis de sa vie merveilleuse.

De telles phrases testent le cœur des lecteurs. S’ils sont vains ou fiers, irrévérencieux ou propre-justes, ils cèderont probablement au piège de penser, voire de parler sans respect du grand apôtre, faisant par là tort à leur âme et blessant celle des autres. Car rien n’est plus facile pour des personnes qui n’ont qu’une conscience superficielle de la gravité de leurs propres fautes, que de s’empresser de souligner avec autosatisfaction les actes de Paul (un serviteur de Christ si profondément enseigné et dévoué !) qui ont été suscités par un attachement excessif à l’ancien peuple de Dieu, et à leurs habitudes de vie religieuse. Il est facile aussi d’oublier que c’est grâce à ses écrits inspirés, plus qu’à toutes les autres sources réunies, qu’on trouve des moyens de se poser en juge de l’apôtre sur ce point. Mais est-ce là le bénéfice que la grâce divine produit dans des cœurs qui en ont vraiment tiré profit ? Est-ce convenable pour nous de le faire ? N’est-ce pas une conclusion plus sage et plus sainte que de voir comment les affections les plus douces peuvent entraver même les plus fidèles et les plus spirituels, — et que nous devant qui tout a été placé par la main ferme et impartiale du Saint Esprit, nous avons à veiller pour en apprendre les leçons, afin qu’étant loin derrière dans l’abnégation et le labeur infatigable et dans les souffrances pour Christ, nous ne glissions pas par des affections moins élevées dans des fautes bien plus graves ?

 

3.5.3       Actes 18:22

C’est après cette visite à Jérusalem que l’apôtre descendit à Antioche (18:22). N’est-ce pas alors (en tout cas c’était , selon Galates 2:11-13) qu’il fallut résister en face à Céphas, aussi béni que fut celui-ci ? En effet, Pierre était condamné, car sa conduite n’était pas un simple reste de respect des institutions juives, ni de l’amour qui se renonce soi-même au profit du peuple duquel est issu le Messie selon la chair, — mais c’était compromettre l’évangile de Dieu aux nations par peur de la circoncision, et d’une manière branlante ; et ceci, non seulement après la révélation spéciale qu’il avait eue à Césarée, mais après avoir siégé avec les apôtres et les anciens au concile de Jérusalem. Ce n’était pas de la condescendance vis-à-vis du sentiment juif, mais c’était ce que Paul n’hésita pas à qualifier de dissimulation et de manque de droiture dans la marche selon la vérité de l’évangile ; et c’était d’autant plus mauvais et dangereux du fait de l’éminence et de l’influence du fautif. Certes on était encore loin du mal terrible qui commença à s’élever contre la vérité et l’enseignement de Christ à la dernière heure de Jean, et justement cet apôtre de l’amour les défend très rigoureusement (1 Jean 2:18-19). Mais jusque-là les hommes n’avaient pas sombré dans le raisonnement impur selon lequel il faut excuser le péché odieux quand il est pratiqué par ceux qui revendiquent d’être de chers enfants de Dieu. Ils avaient pourtant été avertis que la personne qui se vantait d’être prête à laisser sa vie pour Christ était précisément la même qui, en même temps, était à la veille de renier Christ à plusieurs reprises, et avec serments.

 

3.5.4       Actes 18:23

Tout ce qui nous est dit par Luc c’est que, « ayant séjourné là quelque temps » (c’est-à-dire à Antioche), Paul « s’en alla, et traversa successivement le pays de Galatie et la Phrygie, fortifiant tous les disciples » (18:23). Quand l’apôtre avait implanté l’évangile en Galatie, il y était venu depuis la Phrygie, qui est au sud et sud-ouest de la Galatie (Actes 16:6). Mais maintenant, venant d’ailleurs, il traversa la Galatie avant la Phrygie. Et comme c’était une seconde visite, nous apprenons qu’il traversa ces contrées « successivement », c’est-à-dire là où des assemblées existaient [note Bibliquest : WK traduit « successivement » par « en ordre »], en fortifiant « tous les disciples » qui avaient déjà reçu l’évangile. C’est d’un grand intérêt quant à la portée de ce passage par rapport à l’épître, qui fut certainement écrite peu après leur appel : « Je m’étonne de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, à un évangile différent, qui n’en est pas un autre » (Gal. 1:6-7). Tel est l’homme même là où le fondement a été posé peu de temps auparavant par le plus grand des apôtres.

 

3.6   Actes 18:24-28

Il y a maintenant le récit d’un incident important quant à sa portée sur l’histoire des âmes passant de l’état transitoire de la prédication de Jean le baptiseur à la pleine lumière de l’évangile. L’épisode est en effet double, une partie terminant le chapitre 18, et l’autre partie commençant le chapitre 19 ; mais les deux parties tendent à illustrer substantiellement la même chose : seulement la première partie traite l’affaire comme une question de vérité, l’autre parle de la puissance liée au Saint Esprit reçu par la foi en l’évangile. Considérons chacune de ces parties à son tour, et d’abord la conclusion du chapitre 18.

 

« Et il vint à Éphèse un Juif, nommé Apollos, Alexandrin de race, homme éloquent [ou : instruit] et puissant dans les Écritures. Il était instruit dans la voie du Seigneur ; et, étant fervent d’esprit, il parlait et enseignait avec précision les choses qui concernaient Jésus, ne connaissant que le baptême de Jean. Et il se mit à parler avec hardiesse dans la synagogue. Et Priscilla (*) et Aquilas, l’ayant entendu, le prirent et lui expliquèrent plus exactement la voie de Dieu. Et comme il se proposait de passer en Achaïe, les frères écrivirent aux disciples et les exhortèrent à le recevoir ; et quand il y fut arrivé, il contribua beaucoup par la grâce à [l’avancement de] ceux qui avaient cru ; car il réfutait publiquement les Juifs avec une grande force, démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ » (18:24-28).

 

(*) L’ordre dans les onciaux inférieurs et d’autres est « Aquilas et Priscilla », mais aleph, ABE et les versions copte, éthiopienne et la Vulgate ont comme indiqué ici. [Note Bibliquest : JND retient le contraire en mettant Aquilas en premier.]

 

3.6.1       Actes 18:24-26

On voit apparaître ici simplement un ouvrier juif, qui eut vite de quoi ne pas avoir honte, malgré son manque d’information initial. Il était natif de la ville qui joua plus tard un rôle notoire dans la corruption de la vérité céleste par la sagesse terrestre, et il était lui-même un homme instruit, ou éloquent (car le mot λογιος a les deux sens), et capable dans les Écritures. Il n’était pas simplement un érudit et quelqu’un de compétent, mais il était déjà instruit dans la voie de Dieu. Né de Dieu, il était, quant à l’intelligence, en avance par rapport aux Juifs craignant Dieu, mais il lui manquait toute la vérité plus complète que fournit l’évangile quant au fondement du mystère qui devait être révélé, ainsi que toute la merveilleuse lumière des conseils et des voies de Dieu. Mais étant fervent d’esprit, il parlait et enseignait avec précision les choses « qui concernaient Jésus » (la lecture correcte aide à clarifier le vrai sens, car le Texte Reçu dit « le Seigneur »). Il ignorait toute la vérité au-delà du « baptême de Jean ». Il ne manquait pas de courage moral ni de zèle ; « et il se mit à parler avec hardiesse dans la synagogue ».

Ceci soulevait la question de grande importance pratique : comment s’occuper d’âmes ainsi douées, mais peu renseignées sur la vérité. La grâce répond et arrange tout selon sa puissance. La moindre avancée au-delà du point mort de la tradition orthodoxe doit être saluée et encouragée. Combien il est lamentable de mépriser ceux qui, aujourd’hui, en sont là où nous étions hier ! « Car qui est-ce qui met de la différence entre toi [et un autre] ? Et qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si aussi tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor. 4:7). Voilà comment l’apôtre reprenait un peu plus tard ces Corinthiens vaniteux. Bien différent était le sentiment de ce couple pieux chez qui il demeurait dans cette même ville. « Et Aquilas et Priscilla, l’ayant entendu, le prirent et lui expliquèrent plus exactement la voie de Dieu ».

L’Alexandrin instruit ne fut pas indigné d’être à nouveau instruit en privé, non seulement par un Juif chrétien, mais aussi par sa femme qui, comme on peut le déduire de l’ordre inhabituel, semble être entrée dans la vérité plus spirituellement que son mari. Était-ce incompatible avec l’exhortation apostolique de 1 Tim. 1:12 ? Nullement. Une femme peut posséder le plus haut don spirituel, comme on le trouve en fait chez les quatre filles de Philippe (Actes 21:9) ; et assurément il y a place, sans parler de responsabilité, pour l’exercice qui convient de ce don, comme de tout autre don donné par le Seigneur, sans qu’il y ait conflit avec Sa parole ; ou plutôt il s’agit seulement de l’exercer d’autant plus. À celui qui a il sera donné. Apollos avait de quoi encourager ceux qui connaissaient mieux la grâce du Seigneur pour découper la vérité selon la parole, et il avait assez de vraie connaissance des choses concernant Jésus pour apprécier et accueillir pour son âme tout ce que Priscilla et Aquilas pouvaient lui dévoiler des Écritures. Ne devait-Il pas souffrir jusqu’à la mort pour nos péchés et entrer dans Sa gloire ? « Il est ainsi écrit ; et ainsi il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts le troisième jour, et que la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations » (Luc 24:46-47).

Cela va bien plus loin que le Messie promis qui était la substance de la prédication de Jean, avec l’insistance sur la repentance auprès des âmes qui recevaient cet enseignement. Apollos n’en savait pas plus, malgré son éloquence pour en proclamer la valeur, et sa capacité à étayer la vérité par de bonnes preuves tirées de l’Ancien Testament. On peut soutenir sans doute que Jean était allé plus loin dans sa prédication parce qu’il avait rendu témoignage que Jésus était l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Mais il est faux de conclure que Jean connaissait ou enseignait la rédemption par Son sang. Même les apôtres ne l’ont pas connue avant que le Seigneur soit ressuscité d’entre les morts. Jean parla par l’Esprit de choses qui dépassaient ce qu’il saisissait personnellement. Il savait très bien que Celui qui se tenait au milieu de ceux qui ne Le connaissaient pas, était le Christ et le Fils de Dieu dans un sens particulier, propre à Lui seul. Et par conséquent il prêchait le baptême de la repentance pour la rémission des péchés, reconnaissant Celui qui était plus puissant, dont il n’était pas digne de délier les sandales, et qui devait baptiser de l’Esprit Saint. L’efficace de Sa mort, la puissance de Sa résurrection, la gloire de Sa place en haut, — Jean le baptiseur n’y entrait pas du tout en tant qu’objets de foi manifestés et dont il pouvait jouir ; personne d’autre non plus, d’ailleurs, jusqu’à ce que les faits puissants aient eu lieu, et que ceux-ci aient été disposés par l’Esprit à partir de la parole de Dieu [note Bibliquest : c’est-à-dire l’Ancien Testament].

Ainsi l’aide de ce couple chrétien fut bienvenue auprès d’Apollos, car il était nécessaire de suppléer aux défauts de son instruction. On peut noter combien les moyens employés par Dieu sont loin et différents des méthodes formelles des écoles de théologie. Les modernes peuvent-ils se vanter d’être plus efficaces ? On peut bien en douter quand on sait combien ces écoles de théologie ont été des foyers fertiles en hétérodoxie dans tous les âges et dans tous les pays, qu’ils soient protestants ou catholiques ou autres. Ils peuvent être plus ou moins érudits, ils peuvent apprendre quelque vocabulaire de grec, d’hébreu, d’araméen ou autre ; ils peuvent enseigner leurs propres traditions et leurs propres dogmes, avec les banalités de la théologie ; ils peuvent exercer leurs étudiants à la composition et à l’éloquence. Mais la vérité de Dieu doit être connue par la foi, et ce n’est qu’à la foi qu’elle peut être confiée avec profit ; or ce sont là des denrées si rares dans les écoles qu’on ne peut pas compter dessus, bien qu’elles puissent s’y trouver de temps en temps, bien sûr ; mais même quand elles y entrent, tout contrarie leur croissance, tant ces écoles sont encombrées par ce qui est étranger et humain. Les moyens fournis par la grâce à Apollos, et relatés pour nous guider par le Saint Esprit qui inspire, ne trouveraient guère faveur, je le crains, aux yeux des croyants professeurs de théologie, ou même étudiants en théologie ; et ils feraient assurément l’objet des railleries de tous ceux qui ne croient pas, qu’ils soient conducteurs ou conduits.

 

3.6.2       Actes 1:27-28

Dieu a aussi jugé bon et sage de nous faire connaître comment Apollos a tiré profit de cet enseignement dans ses voyages. « Et comme il se proposait de passer en Achaïe, les frères écrivirent aux disciples et les exhortèrent à le recevoir ; et quand il y fut arrivé, il contribua beaucoup par la grâce à l’avancement de ceux qui avaient cru ». Car il réfutait avec force les Juifs en public « démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ ». Ses progrès étaient ainsi manifestes à tous ; et cela faisait honte aux opposants arrogants, car les fidèles étaient édifiés par son moyen. Apollos pouvait œuvrer avec une force qui dépassait ceux qui l’avaient instruit en privé. Tel est la manière scripturaire pour obtenir un bon degré, et beaucoup de hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus (1 Tim. 3:13).

 

 

4                    Actes 19

Nous avons ici un autre fait d’un profond intérêt illustrant l’état d’âmes qui n’ont pas eu la faveur d’un témoignage apostolique, ni même du témoignage ordinaire de l’évangile. La grâce de Christ montre sa flexibilité en leur faisant rencontrer la vérité dont ils ont besoin, afin de les amener dans la pleine jouissance de la position chrétienne.

 

4.1   Actes 19:1-4

« Or il arriva, comme Apollos était à Corinthe, que Paul, après avoir traversé les contrées supérieures, vint à Éphèse ; et ayant trouvé de certains disciples, il leur dit : Avez-vous reçu l’Esprit Saint après avoir cru ? Et ils lui [dirent] : Mais nous n’avons même pas ouï dire si l’Esprit Saint est. Et il dit : De quel [baptême] donc avez-vous été baptisés ? Et ils dirent : Du baptême de Jean. Et Paul dit : Jean a baptisé du baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus » (19:1-4).

 

Il est important de voir ce que ce récit inspiré donné clairement à connaître, à savoir que ces âmes imparfaitement instruites que Paul trouva à Éphèse après le départ d’Apollos à Corinthe, sont reconnues comme étant des disciples. L’apôtre ne met pas en doute la réalité de leur foi. Il observait sans doute un certain légalisme chez eux, qui soulevait la question de savoir non pas s’ils étaient nés de l’Esprit, mais s’ils étaient scellés de l’Esprit. « Avez-vous reçu l’Esprit Saint après avoir cru ? » Leur réponse rend la distinction aussi claire qu’importante. Ils n’avaient guère entendu parler du Saint Esprit selon la question de l’apôtre. Ils n’ignoraient sans doute pas l’Ancien Testament, ni bien sûr le témoignage de Jean, comme cela ressort de ce qui suit. Ils étaient par conséquent familiers avec le Saint Esprit comme l’Écriture en parle, et ils avaient dû entendre directement ou indirectement que Jean déclarait que le Messie allait baptiser de l’Esprit. Mais ils ne savaient pas que c’était déjà quelque chose d’effectif.

L’existence du Saint Esprit n’était pas mise en doute. Ce dont ils n’avaient même pas entendu parler, c’était qu’il y eût une réponse à la promesse, encore moins qu’ils en avaient été rendus participants (Héb. 6:4). Ceci suscita la question suivante : « De quel baptême donc avez-vous été baptisés ? » avec la réponse suivante : « du baptême de Jean ». Ils n’étaient donc même pas sur le terrain de la profession chrétienne car, comme l’apôtre le résume, le baptême de Jean était un « baptême de la repentance, disant au peuple qu’ils crussent en celui qui venait après lui, c’est-à-dire en Jésus ». Le baptême chrétien suppose qu’Il est mort et ressuscité, que l’œuvre de la rédemption est accomplie, et que la vie éternelle et la rémission des péchés sont proclamées en Son nom. Ils étaient croyants, le Saint Esprit avait opéré dans leurs âmes si bien que la parole de Dieu y était entrée, mais ils manquaient tout à fait des privilèges immédiatement conférés dont la foi jouit dans l’évangile.

Le cas qui est maintenant devant nous a aussi une portée vis-à-vis des âmes qui nous entourent aujourd’hui. Combien sont nombreux les saints qui ne savent rien au-delà de la nouvelle naissance, et qui s’imaginent qu’elle est la bénédiction ordinaire du christianisme, si même ils ne sont pas aussi livrés à l’illusion de ce qu’ils appellent une vie supérieure, la sainteté, la sanctification ou la perfection ! Ces trois derniers termes sont scripturaires, mais s’ils sont traités comme un but à atteindre, spécialement dans le sens de l’amélioration de la nature ou de l’extinction pratique du péché intérieur, ils voilent de très graves déviations d’avec la vérité.

Il faut donc noter combien l’Écriture distingue soigneusement le travail initial, vital du Saint Esprit appliquant la parole à des âmes en train d’être réveillées, d’avec la réception ultérieure de l’Esprit quand on a cru à l’évangile. Chez les hommes d’Éphèse dont nous parlons, il n’y avait pas encore une telle réception ; pourtant ils étaient nés de Dieu, ce qui n’est jamais dissocié de la soumission à Sa parole. Mais cela peut être éloigné de l’évangile de Sa grâce. On peut dire d’une manière générale que toute partie de la parole divine peut servir à vivifier une âme, mais sans guère dépasser l’expérience des saints de l’Ancien Testament, comme dans le cas qui est devant nous. Combien nombreux sont ceux dans la chrétienté qui se reposent sur une promesse et n’ont aucune notion de son accomplissement ! Ils reconnaissent bien sûr que le Sauveur est venu, mais ils sont totalement ignorants de la venue du salut, de la justice de Dieu révélée. Ils sont encore à la recherche de ce qu’ils n’ont pas encore obtenu comme le don présent de Dieu ; il s’ensuit que, s’ils sont sincères, ils sont anxieux, éprouvés, gémissant après ils ne savent quoi, si ce n’est sur leur propre indignité qui se manifeste, et sur le mal perfide de leur cœur. Ils omettent complètement la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ ; ils se reposent encore moins sur Son œuvre de la rédemption comme s’appliquant effectivement à leur âme. « Suis-je à Lui, ou non ? », telle est la question qui les tourmente habituellement. Attirés par Son amour, ils écoutent Ses paroles et sont momentanément ranimés, puis la pensée du moi se lève dans leur conscience, et ils tombent dans des abîmes, tout à fait incapables de réconcilier l’amour d’un Dieu saint avec leur état présent qu’ils ne peuvent que ressentir. De là ils sont conduits, par ignorance de l’évangile, à chercher à découvrir en eux tous les signes possibles d’une condition renouvelée ; et ainsi ils se fatiguent à une vie faite d’alternance d’espoirs et de craintes, sans qu’ils aient guère le sens ni d’une ruine totale ni de l’amour de Dieu envers eux. Et ce n’est pas étonnant, car ils ne sont pas occupés de Christ, mais d’eux-mêmes. Comment pourraient-ils échapper à ce sentiment, inévitable pour l’esprit, de leur misère interne, d’autant plus s’ils sont nés de Dieu, jusqu’à ce qu’ils connaissent, par la foi, l’œuvre puissante de Christ, où tout mal est jugé, où tous les péchés sont pardonnés, où la parfaite justice est établie sans nous et pourtant de manière immuable pour nous, et nous-mêmes sommes approchés de Dieu comme Ses saints et Ses enfants sans qu’aucune question ne reste à régler ?

Ces disciples d’Éphèse ne pouvaient rien savoir de tout ceci. Ils restaient ouvertement dans l’attente, là où la doctrine et le baptême de Jean les avaient laissés, croyant en Celui qui viendrait après Jean, c’est-à-dire en Jésus. Mais ils n’étaient pas du tout au courant de la bénédiction déjà venue, de la bonne nouvelle qui avait remplacé les promesses, parce que toutes les exigences de Dieu et tous les besoins du plus misérable des pécheurs, sont déjà accomplis dans l’œuvre expiatoire de notre Seigneur Jésus. De nombreux croyants sont encore aujourd’hui dans cet état pratique, et en disant cela nous ne parlons pas des écoles de doute où l’on pose comme principe que l’état normal correct consiste tristement à se démarquer du repos dans la grâce salvatrice de Dieu ; mais nous avons en vue des milliers de personnes qui, sans douter que Jésus soit le seul Sauveur, n’ont aucune idée du fait que Dieu leur annonce la paix par le sang de la croix de Christ.

En fait ils sont aussi sous la loi, et par suite ils sont dans un état habituel d’esclavage par la peur de la mort, avec des sentiments à l’égard d’eux-mêmes qui leur voilent constamment la simple vérité (sur laquelle l’évangile insiste) que nous sommes perdus, et que tout est grâce de la part de Dieu, qui a déjà été glorifié parfaitement quant au péché à la croix, si bien qu’Il peut justement se permettre de bénir pleinement le croyant. Ignorant cette grâce merveilleuse qui exclut toute pensée de se sauver soi-même du fait qu’on est mauvais et perdu, que peut-on faire si ce n’est attendre du bien comme un terrain d’espoir avec Dieu, tout en étant en même temps vaguement conscient que rien d’autre que la miséricorde ne peut opérer ? En vérité tout est relativement vague dans un tel état, hélas ! bien trop répandu dans la chrétienté où non seulement les méchants ont besoin de l’évangile, mais aussi de nombreuses âmes justes, vivifiées par l’Esprit au point de chercher Dieu à tâtons dans une certaine mesure, mais elles ne réalisent pas encore que c’est pour des perdus que le Fils de l’homme est venu et est mort, afin que, se reposant par la foi en Son sang, elles puissent savoir que leurs péchés sont effacés, et que leur vieil homme a été crucifié avec Lui pour que le corps de péché soit détruit [JND : annulé] afin que désormais elles ne servent plus le péché, mais que, libérées du péché et devenues serviteurs de Dieu, elles portent du fruit en sainteté, ayant pour fin la vie éternelle (Rom. 6).

Or dans l’état ainsi décrit, où les âmes sont présentement misérables, et tirent du futur un réconfort précaire et souvent fugace, même s’il y a des prières et de la piété, — c’est trop admettre que de considérer que de telles âmes aient reçu le Saint Esprit, ce privilège incomparable de l’évangile ; en effet de telles âmes n’ont pas réellement dépassé le stade des saints de l’Ancien Testament qui avaient des promesses auxquelles ils s’accrochaient justement, comme à une ancre dans la tempête quand la lumière de l’aurore ne s’est pas encore levée. Il est triste pour un disciple du temps présent d’en être au même stade, au lieu de se soumettre à la justice de Dieu et d’avoir ainsi la paix avec Lui, en tant que justifié par la foi en notre Seigneur Jésus Christ.

Aucun d’entre nous n’est un apôtre, mais c’est une part importante de notre travail et de notre témoignage que de répondre aux véritables besoins de telles âmes. Sinon vous chercherez en vain une marche détachée du monde, et une adoration en Esprit et en vérité, — et c’est aussi en vain ou pire qu’en vain que vous forcez ces faibles plantes dans les hautes sphères des privilèges de l’église comme corps de Christ, ou même de ses responsabilités comme maison de Dieu. De telles âmes ont réellement besoin de l’évangile et de l’Esprit en puissance pour leurs âmes. C’est après avoir entendu la parole de la vérité, l’évangile de leur salut, que les saints (il peut s’agir comme dans le cas devant nous de saints qui sont nés de Dieu) sont, en croyant, scellés du Saint Esprit de la promesse (Éph 1:13). Alors, et non pas jusqu’alors, ils peuvent se développer, prospérer et porter le « fruit de la justice, qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu » (Phil. 1:11). La bénédiction se produit par « l’ouïe de la foi », non par des œuvres de loi qui produisent la colère et la malédiction. « Ceux qui sont sur le principe de la foi sont bénis » (Gal. 3:9) — eux seuls.

On ne peut guère supposer que les douze disciples à Éphèse placés ici devant nous, avaient joui de l’enseignement d’Apollos, et encore moins de l’aide d’Aquilas et de Priscilla qui lui avaient révélé plus exactement la voie de Dieu. S’il en avait été ainsi, ils auraient continués à être conduits, comme ce fut le cas ensuite avec l’apôtre. C’était purement l’ignorance qui entravait leur avancement dans la vérité, et non pas de l’obstination ou une erreur absurde et mauvaise que certains leur ont imputée, et qui est apparue plus tard en orient, et a laissé des traces jusqu’à une époque récente, comme Neander l’affirme dans le premier volume de son Histoire de l’Église. Le baptême de Jean, dans l’Écriture, va de pair avec son appel à la repentance, comme nous venons de le voir, et avec la foi au Messie qui venait, c’est-à-dire Jésus. En aucune manière ce n’était le blasphème d’accepter Jean comme le Messie. Ils connaissaient la promesse, non pas son accomplissement : mais c’était s’arrêter juste avant l’évangile. Il leur est maintenant donné de recevoir la pleine vérité et la pleine bénédiction. Paul leur annonça Jésus. Le faisait-il auprès d’âmes qui n’étaient pas par Lui et en Lui ?

 

4.2   Actes 19:5-7

« Et ayant ouï [ces choses], ils furent baptisés pour le nom du Seigneur Jésus ; et Paul leur ayant imposé les mains, l’Esprit Saint vint sur eux, et ils parlèrent en langues et prophétisèrent. Et ils étaient en tout environ douze hommes » (19:5-7).

 

4.2.1       Formule du baptême

Il est bon de comprendre ce qui est enseigné ici ; d’après les expressions de l’historien inspiré, certains ont tiré la conclusion que la formule rituelle originale du baptême avait cessé d’être en vigueur, et que les Actes des apôtres montreraient, ici et ailleurs, qu’ils baptisaient seulement pour le nom du Seigneur Jésus. C’est une position grave. Elle prétend s’en tenir à la lettre de l’Écriture qui ne peut être anéantie ; c’est donc une position qui exige et mérite d’être considérée à fond, car en fait elle annule l’Écriture. Ceux qui ont nourri cette pensée, et ont agi en conséquence, avaient par principe horreur de toute vue ou pratique qui manquerait d’égards vis-à-vis de l’autorité directe du Seigneur. Pourtant personne ne nie que c’est Lui qui a institué le baptême au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit (Matt. 28:19).

C’est ce qui est établi dans le plus ancien des évangiles, où la grande mission est donnée aux onze. Il leur a été dit d’aller et de faire disciples toutes les nations, les Juifs ayant déjà été l’objectif de leur témoignage en Matthieu 10:5-6. Or désormais, le Messie étant non seulement rejeté mais ressuscité, et eux-mêmes Lui étant associés, le cercle visé par leur témoignage est dès lors élargi en conséquence de Sa mort et de Sa résurrection ; et il ne s’agit plus des droits de l’Éternel, le seul vrai Dieu et le Gouverneur d’Israël, mais il s’agit de Dieu pleinement révélé, non seulement dans la personne du Seigneur Jésus, mais par Son œuvre ; et ces disciples, Ses serviteurs, devaient baptiser pour le nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. L’évangile selon Matthieu était le lieu approprié pour faire connaître ce Nom, car dans cet évangile plus que dans tout autre, nous avons les conséquences du rejet du Messie, et le nouveau témoignage substitué à l’ancien, toute autorité Lui étant donnée dans les cieux et sur la terre. De ce point de vue, les Juifs rebelles qui Le rejettent sont abandonnés, et leur maison laissée déserte (Matt. 23:38), et leur ville aussi pouvons-nous ajouter, jusqu’à ce que la grâce opère la repentance dans leurs cœurs en un autre temps. En attendant, en vertu de l’œuvre accomplie de Christ crucifié et maintenant ressuscité d’entre les morts, la grâce envoie un message de miséricorde souveraine à toutes les nations. Il ne s’agit pas du Fils de David occupant le trône d’Israël, ni du Fils de l’homme à qui sont donnés la domination et la gloire et le royaume, pour que tous les peuples, nations et langues Le servent — Sa domination sera une domination éternelle qui ne passera pas, et Son royaume un royaume qui ne sera pas détruit (Dan. 7:14).

Voilà les gloires de l’ère nouvelle quand le Seigneur Jésus sera manifesté des cieux en puissance et en personne lors de Son retour. Ici il s’agit de la révélation de la Trinité et du témoignage qui doit être rendu avant ce jour-là, lorsqu’ils avaient à enseigner (non pas la loi ni les prophètes), mais toutes les choses que Jésus leur a commandées (Matt. 28:20). Et le Seigneur leur dit : « Voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle », une période qui ne sera pas achevée avant l’accomplissement de la dernière des soixante-dix semaines de Daniel. Ceci ne peut pas être, et n’est pas la révélation du mystère réservée au Saint Esprit par le moyen de l’apôtre des nations, mais c’est en contraste non seulement avec la loi de Moïse, mais avec les promesses faites aux pères et avec le sceau qui leur est attaché. Paul, contrairement aux douze, pouvait dire que Christ ne l’avait pas envoyé baptiser, mais évangéliser (1 Cor. 1:17). Pourtant il s’est bien soumis, à sa place en tant que professant, à cette institution du Seigneur, et il a aussi baptisé de temps en temps ceux qui confessaient le Seigneur, comme l’histoire inspirée en rend abondamment témoignage.

Or rien ne ressemblerait moins à l’Écriture que de répéter la formule chaque fois qu’un récit de baptême y est fait. Le fait est établi et la manière dont l’Écriture le relate est toujours déterminé selon le caractère et le but du livre où il figure. Or il est évident que tout au long du livre des Actes, le Saint Esprit rend témoignage à Jésus comme Seigneur. Par conséquent, quand il est parlé d’un baptême quelconque dans ce livre, il est aussi décrit de manière à rendre ce témoignage. Ceci concorde parfaitement avec le récit que nous avons ici, et c’est ce qu’il fallait du fait que ce Livre est réellement marqué par cet objectif, comme cela est évident pour tout œil intelligent. En plus il est hautement probable que ceux qui administraient le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, selon qu’ils y étaient tenus par l’injonction du Seigneur, y ajoutaient aussi le nom du Seigneur confessé par le baptisé. C’est ce qui est encore fait généralement de nos jours, en quelque mesure, par ceux qui marchent sur leurs traces. Le baptême chrétien est assurément mentionné dans le Livre des Actes comme fait « au » nom du Seigneur, ou « en » Son nom ou « pour » Son nom, chaque cas étant en stricte harmonie avec son caractère propre. Mais ceci ne permet nullement de déduire que les douze, ou Paul, ou quelque autre, se passaient de la formule donnée divinement. La forme dont l’histoire est rapportée est due à ce dessein également divin qui gouverne ce livre comme tous les autres de la Bible.

 

4.2.2       Réception du Saint Esprit et imposition des mains

Une autre circonstance mérite d’être notée : ces disciples éphésiens reçurent le Saint Esprit par l’imposition des mains de Paul, comme les Samaritains par les mains de Pierre et de Jean (Actes 8). C’était une marque insigne d’honneur que Dieu rendait aux apôtres. Comme l’œuvre en Samarie était due à la libre action de l’Esprit chez Philippe, il était d’autant plus nécessaire de les attacher tous ensemble de peur qu’il n’y ait en Samarie, avec l’approbation de Dieu, une église indépendante de celle de Jérusalem. L’unité de l’Esprit était sauvegardée par le don du sceau de l’Esprit aux nouveaux convertis seulement en réponse aux prières et par les mains des deux principaux apôtres parmi les douze. Quelle preuve plus simple que, comme l’Esprit est un, ainsi est l’église, même si localement les églises sont distinctes. Il en est ainsi maintenant. Les disciples d’Éphèse, baptisés pour Jésus après avoir entendu l’évangile, se sont vus imposer les mains par Paul afin de recevoir le Saint Esprit. C’était un seul corps partout ; et l’autorité de Paul, ayant déjà été établie dans l’église comme étant de Dieu, est affirmée comme celle de Pierre et de Jean avant lui.

Il est vain de discuter si le don du Saint Esprit accordé ici signifierait seulement le don de pouvoirs spirituels. Ces pouvoirs étaient certes inclus dans le don divin, comme la fin du verset 6 le laisse entendre. Mais parler en langues, ou même prophétiser, n’était pas tout ce que la réception de l’Esprit communiquait, et ce n’était même pas la meilleure partie de la bénédiction. C’est l’Esprit Lui-même qui est donné, ainsi que les dons pour signe ou pour l’édification, lesquels sont tous deux spécifiés ici. Même l’évêque Middleton, selon son principe trop étroit et défectueux, aurait été obligé de reconnaître que le Saint Esprit était donné ici personnellement. Et ce don n’est jamais retiré, et c’est ce qui fait du chrétien et de l’église ce qu’ils sont. Sans ce don et sans le sceau de l’Esprit, il n’y a plus ni chrétien ni église.

Il n’est pas vrai non plus que ce don dépende d’un apôtre, ou d’une succession apostolique imaginaire, totalement inconnue de l’Écriture, et même exclue par elle. Car l’intervention des apôtres comme en Actes 8 et 19, était exceptionnelle même si elle était juste et sage dans les deux cas. Les exemples typiques et à grande échelle où Il fut donné, c’est d’abord aux croyants Juifs à la Pentecôte, et ensuite aux croyants des nations chez Corneille ; dans aucun de ces cas l’Écriture ne parle d’une imposition des mains par les apôtres. L’Esprit fut donné directement sur la base de leur foi à l’évangile, et ce fait est rendu absolument et indiscutablement certain et clair dans le cas des Gentils (Actes 10:44-46), ce qui bien sûr est spécialement intéressant et important pour nous qui ne sommes pas d’Israël. Un tel fait est décisif pour qui croit en la sagesse et la bonté de Dieu, — non seulement en agissant ainsi à ce moment-là, mais en ce qu’Il l’a relaté pour le réconfort perpétuel des âmes ultérieurement. Le danger était que les âmes ignorent à la fois le don fait directement aux croyants Juifs et des nations, et que ce don est une garantie leur permettant de s’attendre à la même chose pour elles dans la suite — et qu’alors ces âmes tombent soit dans l’erreur soit dans le désespoir du fait que l’ordre apostolique n’existe plus, ou bien qu’elles rêvent avec présomption qu’un corps apostolique nouveau était nécessaire pour l’octroi d’un tel don, ou pour toute autre fonction apparentée. Le système catholique suppose en effet une sorte d’apostolicité perpétuelle, et résout ainsi la difficulté par une erreur aussi monstrueuse ; le protestantisme ne croit pas dans la présence à demeure de l’autre Paraclet qui rend effective la promesse du Père pour toujours ; l’Irvingisme, quant à lui, se vante d’un nouvel apostolat (presque disparu) pour réaliser un ordre qui ignorerait l’état de ruine de l’église — une erreur morale grossière. Mais autant la vérité est bénie dans sa permanence, autant ces erreurs sont pernicieuses.

Le cas de ces douze disciples à Éphèse est assez particulier, mais bien instructif ; ce cas étant traité, on voit l’apôtre reprendre son service parmi les Juifs à la synagogue : comparez Actes 18:19-21 ; il était là selon sa promesse.

 

4.3   Actes 19:8-12

« Et étant entré dans la synagogue, il parla avec hardiesse, discourant pendant trois mois et les persuadant des choses du royaume de Dieu. Mais comme quelques-uns s’endurcissaient et étaient rebelles, disant du mal de la voie devant la multitude, lui, s’étant retiré d’avec eux, sépara les disciples, discourant tous les jours dans l’école de Tyrannus. Et cela continua pendant deux ans, de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie ouïrent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs. Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, de sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes; et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient » (19:8-12).

 

4.3.1       Actes 19:8

La persévérance patiente de l’apôtre était grande. Pendant trois mois il parla hardiment dans la sphère limitée de la synagogue ; ses discours et sa persuasion avaient trait aux « choses du royaume de Dieu » (19:8), et nous comprenons facilement que c’était le sujet le plus adapté à des Juifs en quête d’information, et qui connaissaient la loi et les prophètes. Les Juifs pieux, comme nous l’apprenons de Joseph d’Arimathée, attendaient le royaume de Dieu (Luc 23:50-51). Ceci incluait la présentation par l’apôtre des souffrances de Christ et des gloires qui suivraient (1 Pierre 1:11). Il ne lui vint jamais à l’esprit de déprécier ce royaume, et encore moins de le nier à cause de tout ce qui est maintenant révélé aux chrétiens — des possessions plus élevées et une grâce plus riche dans le grand mystère quant à Christ et quant à l’assemblée. Même le salut tel que révélé maintenant dans l’évangile de la grâce de Dieu, a des profondeurs qui dépassent le royaume. Mais les Juifs sont sous l’effet de leur tradition qui obscurcit, et de leur incrédulité qui ferme les yeux sur ce qui a le plus d’importance dans l’Écriture, et c’est pourquoi ils étaient enclins à se détourner de Jésus comme le Christ, et à être ainsi aveuglés en présence de cette lumière qui, si on en tient compte, manifeste toutes choses. C’est seulement par la lumière divine en Lui que le vrai caractère de toutes choses est exposé ; et Sa grâce non seulement nous libère de toute crainte des conséquences qui en découlent, mais nous enhardit à la désirer comme une bénédiction assurée pour nos âmes et à la gloire de Dieu. Il y en eut quelques-uns qui persévérèrent dans la foi et goûtèrent que le Seigneur est bon ; les autres trébuchèrent sur la parole, étant désobéissants (1 Pierre 2:3, 8).

 

4.3.2       Actes 19:9

« Mais comme quelques-uns s’endurcissaient et étaient rebelles, disant du mal de la voie (*) devant la multitude, lui, s’étant retiré d’avec eux, sépara les disciples, discourant tous les jours dans l’école de Tyrannus » (19: 9).

 

(*) Aux jours des apôtres, la foi chrétienne semble avoir acquis le nom de « la Voie » ; voir Actes 9:2 ; 19:9, 23 ; 22:4 ; 24:14, 22. Pierre utilise l’expression : « la voie de la vérité », 2 Pierre 2:2.

 

La vérité prêchée dans la synagogue avait manifesté clairement ceux qui avait reçu l’amour de la vérité afin d’être sauvés (2 Thes. 2:10) et, non moins clairement, ceux qui la rejetaient fermement et étaient conduits par là à mal parler de la Voie en présence de la multitude. Continuer plus longtemps n’aurait conduit à rien de bon, et n’aurait fait qu’amener l’amertume des altercations et des invectives de la part des adversaires. C’est clairement Dieu qui les inspira de se retirer d’eux à ce moment-là. C’est ainsi que les disciples furent séparés dans la capitale de la province, le centre religieux d’une région encore bien plus vaste. La synagogue n’étant plus un lieu convenable, une salle assez commode était nécessaire, non pas seulement pour les disciples, mais pour le témoignage ; et l’apôtre poursuivit son travail, discourant journellement dans l’école de quelqu’un qui était, autant qu’on puisse en juger, un enseignant en rhétorique ou un philosophe.

Quel contraste dans cette école, sans doute à des heures différentes du jour, entre l’enseignant chrétien et le païen ! — L’un était plein de la grâce et de la vérité qui, comme un tout révélé, vinrent par Jésus et dans Sa personne ; cette grâce et cette vérité découlent de l’amour de Dieu pour l’homme, et avaient tout autant d’autorité divine que la loi promulguée au Sinaï plus de quinze siècles auparavant, et enfin et surtout, elles ouvraient les yeux du cœur et de la conscience par le Saint Esprit descendu du ciel, un Esprit non pas de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de conseil (2 Tim. 1:7). — L’autre enseignant ne manquait peut-être pas de pensée imaginative habillée par un langage attractif, mais il annonçait des spéculations, étant totalement dépourvu de certitude sur tout ce qui concerne au plus profond Dieu et l’homme, ignorant tout des moyens de réconciliation de l’homme avec Dieu sur une base juste, et de la formation de relations étroites et saintes avec Lui ; il ne possédait non plus aucune assurance présente de Sa volonté et de Ses affections pour en jouir et y obéir journellement, et il était encore moins capable de soulever le voile qui cache l’invisible et l’éternel. C’est pourtant dans ce même lieu que, jour après jour, chacun d’eux s’adressait à ses auditeurs, au moins Paul, sinon Tyrannus ; l’un présentait le travail de l’art qui laisse libre cours à l’éloquence et aux apparences (non pas la réalité) de la sagesse ; l’autre était un témoin simple mais profond, dépendant du Saint Esprit, de Celui qui s’est donné en rançon pour tous ; c’était le témoignage rendu en son temps (1 Tim. 2:6), car Dieu prend plaisir à la grâce.

C’est pourquoi le lieu du témoignage n’avait pas d’importance : toute la valeur, la vertu, la vérité, la grâce et la gloire dont nous nous glorifions sont en Celui qui était prêché. Le lieu saint et le lieu très saint n’étaient plus rien maintenant ; Jésus seul avait de l’importance. N’avait-Il pas été rejeté par le peuple de Dieu, par leurs scribes et leurs docteurs, par les lévites, les sacrificateurs et les souverains sacrificateurs ? Et quand ils Le mirent à mort par les mains d’hommes iniques (Actes 2:23), Dieu Lui-même n’avait-Il pas rendu témoignage en déchirant le voile depuis le haut jusqu’en bas ? La sainteté terrestre était complètement désacralisée. Le temple par conséquent n’est rien, ni Jérusalem, ni la montagne de bénédiction en Samarie. Un seul sacrifice a absorbé tous les autres, et est seul efficace. Tout est centré sur Jésus crucifié, mais exalté dans le ciel, où se trouve le vrai tabernacle que le Seigneur a dressé, non pas l’homme, et où se trouve le Souverain Sacrificateur, Jésus Lui-même (Héb. 8:1-2).

C’est pourquoi le bâtiment même dont l’homme faisait un mauvais usage pour la vanité, la foi pouvait l’utiliser pour magnifier le nom du Seigneur. Depuis l’ascension de Christ, la consécration d’un bâtiment est un retour au judaïsme et l’un des éléments minables du monde ; plus le bâtiment est grandiose, plus l’incohérence avec la croix est flagrante. Dans tout cela le papisme est logique, mais a outrageusement tort ; c’est même une rébellion contre Dieu et contre la vérité, en ce qu’il ressuscite tout ce qui a reçu un coup mortel à la mort de Christ ; car le papisme se glorifie de ses églises, de ses prêtres, et de ses sacrifices pour les vivants et les morts. Mais où est la logique de l’Anglican qui admet le seul sacrifice comme déjà achevé et accepté, mais soutient qu’il y a des prêtres terrestres et des lieux sacrés (saints) ? Qu’en est-il des Dissidents qui mettent de côté les prêtres terrestres, mais s’accrochent à l’illusion et à l’orgueil de temples, de chapelles ou de soi-disant « églises » ?

La pratique de l’église à ses débuts concorde avec ce principe, et le confirme. Pour ceux qui avaient la liberté d’entrer dans le sanctuaire par le sang de Jésus, le Grand Sacrificateur sur la maison de Dieu (Héb. 10:19-22), quelle était l’importance de ce qui n’était que le lieu où ils se réunissaient ? Hélas ! un lieu de splendeur terrestre ne peut que voiler la vérité et la gloire morale de la croix. Une chambre haute, une maison privée (aussi obscur que soit le quartier), ou (si les circonstances l’exigent comme ici) « l’école de Tyrannus », n’importe quel lieu, petit ou grand, selon les exigences du moment, voilà qui suffit pour l’assemblée. Si le nombre augmente dans une grande ville, il peut être approprié de se réunir dans plusieurs salles, mais jamais de manière à compromettre la vérité qu’il s’agit de « l’église », et non pas « des églises » dans cette ville. Là où l’unité est abandonnée, sauf quant aux fondements, ce n’est plus l’église de Dieu, mais celle des hommes.

 

4.3.3       Actes 19:10

À Éphèse, jusque-là, les choses étaient dans l’enfance ; les disciples furent séparés (c’est-à-dire séparés des Juifs qui tenaient à la synagogue), et c’est dans l’école de Tyrannus que l’apôtre discourait tous les jours. « Et cela continua pendant deux ans, de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie entendirent la parole du Seigneur, tant Juifs que Grecs » (19:10). Une porte grande et efficace pour le témoignage lui resta ouverte, même s’il y avait de nombreux adversaires. L’Asie proconsulaire avait l’évangile devant elle. Beaucoup n’entendirent peut-être qu’une seule fois, car la curiosité dominait parmi les Grecs, et la curiosité, si elle est facilement attirée, est aussi très facilement rassasiée. Mais si jamais il y eut un centre d’attraction pour les Grecs d’Asie, ce fut bien Éphèse. Ce fut aussi un temps où les hommes, lassés de la philosophie prétentieuse et dégoûtés des horreurs mentales et morales du paganisme, aspiraient à quelque chose de sûr, de solide, et de bon, même s’ils ne savaient pas quoi, et même s’ils ne le trouvaient que partiellement à la synagogue.

Ils voulaient selon le langage de Job, « un interprète, un entre mille, pour montrer à l’homme ce qui, pour lui, est la droiture, [et Dieu] lui ferait grâce, et dirait : Délivre-le pour qu’il ne descende pas dans la fosse : j’ai trouvé une propitiation » (Job 33:23-24). Or dans la personne de l’apôtre, ils avaient l’un des très rares interprètes et, plus que cela, quelqu’un qui pouvait, plus que tout autre, éprouver les sentiments des Juifs et des Grecs ; car aucun Juif, dans son incrédulité, n’avait haï Jésus avec plus d’acharnement que lui, et aucun Grec n’avait eu plus que lui du mépris orgueilleux contre ce nom. Et qui avait éprouvé et développé autant les richesses de la grâce de Dieu en Christ ? Dans cette cité, et même dans cette province (où les sept églises de l’Apocalypse, et d’autres, ont été ensuite connues pour s’y être rassemblées), tous ceux qui y vivaient entendirent pendant deux ans la parole du Seigneur de la part de celui qui travaillait avec tant de zèle et était si compétent à tous égards pour l’annoncer, la développer et l’appliquer. Il était heureux d’aller çà et là prêcher le royaume ; et il ne lui suffisait pas d’insister auprès des âmes qui périssent sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ (20:21). Il témoignait en effet de l’évangile de la grâce de Dieu, mais il ne mettait aucune réserve à annoncer tout le conseil de Dieu (20:27). Nous ne voyons nulle part ailleurs un endroit aussi favorisé ; nulle part ailleurs ce sage architecte n’a posé de fondement aussi large, profond et fort, bien qu’il ne fût en effet rien d’autre que celui seul qui peut être posé, c’est-à-dire Jésus Christ (1 Cor. 3:10-11). Mais qui l’a posé aussi bien que Paul à Éphèse, selon la grâce de Dieu qui lui avait été donnée ?

Au temps voulu, l’édifice de Dieu à Éphèse nous est apparu avec une plénitude et un brillant merveilleux, non seulement dans le livre des Actes, mais dans l’épître de l’apôtre aux saints et fidèles dans le Christ Jésus à Éphèse. À aucune autre assemblée, le Saint Esprit n’a révélé le mystère de Christ si librement — ce mystère qui en d’autres générations n’avait pas été révélé aux fils des hommes, comme il a maintenant été révélé à Ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit (Éph. 3:5), et il ne fut révélé par aucun autre comme par l’apôtre Paul, et il ne fut communiqué à aucun autres saints mieux qu’à ceux auxquels est adressée cette épître. Pourtant aux yeux de la tradition, l’assemblée à Éphèse n’a que peu d’importance par comparaison avec celle d’Antioche, ou d’Alexandrie, pour ne rien dire de Rome ou de Constantinople par la suite. Mais les voies de Dieu sont plus élevées que celles des hommes, et Ses pensées plus élevées que celles des fils des hommes. Il n’est pas de preuve plus humiliante de l’éloignement de la profession chrétienne d’avec l’estimation divine que ce que l’on trouve dans l’histoire de l’église, où un hommage toujours plus grand est rendu à l’esprit du monde.

 

4.3.4       Actes 19:11-12

Mais nous pouvons noter l’honneur que Dieu accorde à ce moment-là au témoignage apostolique rendu au Seigneur Jésus et à l’évangile dans cette sphère nouvelle. « Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, de sorte que même on portait de dessus son corps des mouchoirs et des tabliers sur les infirmes ; et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient » (19:11-12). La puissance de Dieu en bénédiction dans l’homme et pour l’homme était ainsi attestée. Bientôt elle triomphera dans le royaume où toutes choses seront mises entre les mains du Fils de l’homme glorifié. Mais Il est déjà glorifié, bien que nous ne voyions pas encore que toutes choses Lui soient assujetties. En attendant l’Esprit est ici sur la terre pour rendre témoignage à Lui et à Sa victoire accomplie en justice sur Satan. C’est le principe de ces manifestations initiales d’énergie divine dans l’homme. C’étaient des témoignages à Christ et à la défaite du diable, en faveur de l’homme, — des puissances du monde à venir, bien que ce ne fût, certes, que des échantillons de ce qui sera alors universel. Certainement, durant de nombreux siècles, ni l’église ni aucun saint individuel n’a eu de quoi se glorifier à ce sujet. Mais Dieu opéra merveilleusement non seulement par le moyen de Paul, mais dans l’assemblée, comme nous le voyons même à Corinthe, pour la gloire de Jésus, et pour que l’homme apprenne de tous côtés et de toutes façons quelle puissance en délivrance il y a dans Ses mains, non seulement vis-à-vis de l’infirmité humaine, mais à l’encontre de toute la puissance de l’ennemi.

Cette puissance victorieuse se manifesta ici par l’apôtre avec beaucoup de splendeur. Le Dieu, qui avait donné et envoyé Son Fils pour devenir homme et devenir la propitiation pour nos péchés, n’est pas indifférent aux misères de l’homme, ni au plaisir méchant que Satan prend à la rébellion et à la ruine. Ces premiers jours de la victoire de Christ monté au ciel étaient illuminés par de brillantes manifestations de ce que la toute-puissance dans les cieux et sur la terre est en Celui qui est à la droite de Dieu, et qui répond à la foi qui invoque Son nom. Et cette puissance ne s’exerçait pas seulement en présence de l’apôtre, ou à sa parole : ce qui avait touché sa personne opérait sur les malades qui ne pouvaient pas l’approcher. La foi qui apportait de lui vers eux des mouchoirs et des tabliers, avait sa récompense : les maladies s’en allaient, et les esprits malins (une classe à part) les quittaient. C’était vraiment une énergie de délivrance à la gloire du Seigneur, dans et pour l’homme ; et cela ne pouvait qu’impressionner profondément ceux qui sont assez sensibles à leurs intérêts et à leurs sentiments dans cette vie. Mais qu’est-ce par comparaison à la gloire encore plus grande du Fils de l’homme quand Dieu fut glorifié par Lui lorsqu’Il mourait pour le péché, pour que là aussi la justice soit justifiée clairement et absolument (et qu’elle le soit pour toujours du côté de l’homme), — la justice de l’homme croyant ?

 

4.4   Actes 19:13-20

Mais il plut au Seigneur de manifester d’une autre manière, négative certes, mais non moins effective, que Sa grâce délivre de ce présent siècle mauvais.

 

« Mais quelques-uns aussi des Juifs exorcistes qui couraient çà et là, essayèrent d’invoquer le nom du seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits malins, disant : Je vous adjure par Jésus que Paul prêche. Et il y avait sept fils de Scéva, Juif, principal sacrificateur, qui faisaient cela. Mais l’esprit malin, répondant, leur dit : Je connais Jésus et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? Et l’homme en qui était l’esprit malin, s’élança sur eux, et, s’étant rendu maître des deux, usa de violence contre eux, de sorte qu’ils s’enfuirent de cette maison, nus et blessés. Et cela vint à la connaissance de tous ceux qui demeuraient à Éphèse, Juifs et Grecs ; et ils furent tous saisis de crainte, et le nom du seigneur Jésus était magnifié. Et plusieurs de ceux qui avaient cru, venaient, confessant et déclarant ce qu’ils avaient fait. Plusieurs aussi de ceux qui s’étaient adonnés à des pratiques curieuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tous ; et ils en supputèrent le prix, et ils trouvèrent [qu’il se montait à] cinquante mille pièces d’argent. C’est avec une telle puissance que la parole du Seigneur croissait et montrait sa force » (19:13-20).

 

4.4.1       Actes 19:13-17

Pendant son ministère (Matt. 12:24-28), le Seigneur répondit aux reproches des pharisiens railleurs en faisant appel à ceux des fils d’Israël qui chassaient les démons ; Lui le faisait par l’Esprit de Dieu. Les esprits furent soumis non seulement aux douze (Marc 6:7), mais aussi aux soixante-dix, par Son nom, et aucune manifestation d’énergie divine ne toucha davantage leurs esprits (Luc 10:17). C’est le premier signe qu’Il promit, une fois ressuscité, à l’égard de ceux qui croiraient (Marc 16:17). Qu’il s’agisse de maladies ou de possessions par des esprits impurs, aucun cas ne résistait à la puissance du Saint Esprit (Actes 5:16). Nous avons vu un récit similaire avec Philippe en Samarie (Actes 8:7), et aussi avec Paul (Actes 16:18 ; 19:12).

Il est d’autant plus important d’insister sur la parole de Dieu à propos de ces mauvaises possessions, parce que, d’un côté les préjugés de l’homme se sont tellement installés dans les temps modernes qu’ils traitent leur existence par un mépris incrédule, tandis que d’un autre côté les gens n’ont pas abandonné les superstitions dégradantes et aveuglantes. Car Satan prend les hommes par des pièges de natures les plus contraires. La vérité est la seule chose qui n’intéresse pas les gens. De même qu’ils traitent la possession d’être humains par des esprits malins comme des fables de vieilles femmes reconnues comme fausses, de même ils repoussent avec mépris la réalité du Saint Esprit habitant dans chaque croyant, et opérant chez certains au moyen d’un don spécial, sans parler de Son action dans l’assemblée. Le livre des Actes est très explicite pour rendre témoignage à la puissance spirituelle, bomme ou mauvaise : douter de la persistance des deux n’est que de l’incrédulité, spécialement indigne du croyant.

Le Seigneur manifestait ici Son déplaisir contre ceux qui, sans Le reconnaître Lui-même, cherchaient quand même à se prévaloir de l’action apostolique en Son nom comme d’un charme auquel l’énergie divine doit être attachée. Cela concernait sept personnes d’une façon générale, et deux plus directement semble-t-il ; c’est donc sur ces deux-là que le châtiment tomba. Leur position également, comme fils du principal sacrificateur juif, attira d’autant plus l’attention sur une débâcle si solennelle. Ils invoquèrent en vain le nom du Seigneur sur quelqu’un ; et le fait d’avoir osé adjurer « par Jésus que Paul prêche » fit ressortir d’autant plus clairement que le Seigneur Lui-même défendait Son serviteur, ainsi que l’impuissance de ces hommes, et la réalité de la puissance de l’ennemi. Car l’esprit malin affirma de suite qu’il connaissait Paul et son Maître, mais avec un mépris souverain du caractère vain et profane de ceux qui abusaient de Son nom, et avec la démonstration concrète que la puissance du mal pouvait piétiner et rendre honteux des lèvres aussi impures, au lieu de se soumettre à leur victoire.

Il est intéressant de noter à quel point l’esprit malin s’identifie à celui qu’il possède, tout comme l’Esprit de Dieu se plaît en grâce à opérer chez ceux qui, par le fait qu’Il demeure en eux, sont des vases servant à magnifier le nom de Jésus. C’est Lui qui effectue tout ce qui est béni, et pourtant tout reste mélangé avec leurs pensées et leurs affections, de sorte que tout leur est mis en compte comme un tout. Ainsi ici le démoniaque « s’élança sur eux, et, s’étant rendu maître des deux, usa de violence contre eux, de sorte qu’ils s’enfuirent de cette maison, nus et blessés ». C’était bien lui qui avait agi, bien qu’il n’ait pu le faire en aucune manière si ce n’est par cette puissance terrible. L’impression morale de cette défaite fut grande sur tous ceux qui vivaient à Éphèse. Mais il n’y eut pas seulement cette crainte tombant sur eux tous : le nom du Seigneur Jésus fut aussi magnifié. Ce n’était pas simplement que Dieu et l’ennemi furent placés devant les consciences des gens, mais il y eut aussi un témoignage au Libérateur.

 

4.4.2       Actes 19:18-19

Mais il y eut plus encore. Ce qui fut connu de tous agit avec une puissance spéciale sur beaucoup de ceux qui avaient cru. Ils vinrent confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait ; et allant encore plus loin, ils donnèrent les meilleures preuves de l’horreur avec laquelle ils regardaient maintenant leur connivence avec le méchant. « Plusieurs de ceux qui s’étaient adonnés à des pratiques curieuses, apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tous ». Le prix fut calculé, et on le trouva tout à fait considérable. Ces faits vivants faisaient sentir la puissance de la parole, et les consciences réagissaient tout de suite.

 

4.4.3       Actes 19:20

Ce fut l’une des nombreuses manières dont le Saint Esprit opéra à Éphèse, et de même on trouve que l’une des caractéristiques très importantes de l’épître écrite longtemps après aux saints d’Éphèse réside dans l’action variée de l’Esprit. C’était la parole du Seigneur qui croissait ainsi puissamment et prévalait : non pas simplement un groupe de croyants, mais la parole du Seigneur — cette parole qu’Il a magnifiée au-dessus de tout Son nom (Ps. 138:2). C’est sur la terre maintenant, ce qui répond de la manière la plus sainte à Christ dans le ciel ; et combien il est précieux de voir, non pas simplement la crainte de Son nom intimidant les Juifs et les Grecs, mais le grand zèle pour Sa gloire chez ceux qui croyaient, au point de divulguer leur propre honte et leur pire dégradation des jours d’autrefois, et au point de se venger sur tout ce qu’ils avaient et qui respirait la puissance et les artifices de l’ennemi, quel qu’en fût le coût.

Il est cependant salutaire de garder à l’esprit que, quelles que fussent ces sombres pratiques et ces énergies diaboliques, le dieu de ce siècle poursuit son travail extrêmement destructeur par des méthodes de caractère banal, mais dont les tromperies sont adaptées aux passions et aux convoitises de la chair, et même aux affections naturelles et aux intérêts des hommes ; il se sert pour cela du filet de ce monde dont il est le prince. C’est par-dessus tout de cette manière que les âmes sont maintenues aveugles, par la mise de côté de la grâce et de la vérité qui vinrent par Jésus Christ. Dans la chrétienté maintenant, comme autrefois en Judée, la masse périt, non pas dans de terribles manifestations occasionnelles ici ou là, mais sous la surface tranquille de ce qui est respecté et incontesté sous un couvert de patriotisme et même de religion, — une religion où le Père est inconnu, et où par conséquent il n’y a pas le vrai Christ présenté au cœur par le Saint Esprit. Mais la parole du Seigneur accomplit le propos de grâce de Celui qui l’envoie, et elle opère aussi largement dans la conversion et la bénédiction des âmes, même si on n’est plus dans la puissance du temps des apôtres.

Ainsi c’est « avec une telle puissance » que la parole du Seigneur croissait et prévalait à Éphèse, selon l’expression remarquable de Luc. Tout le témoignage y avait été donné à pleine mesure : la puissance et la présence évidentes de l’Esprit, attestées par les langues et les prophéties, — la libre prédication du royaume de Dieu pendant des mois à la synagogue, — les discours journaliers, avec encore moins de restrictions, dans l’école de Tyrannus pendant deux ans, durant lesquels les disciples prirent la position de séparation qui convient — si bien que non seulement ceux d’Éphèse mais, sur un plan général, tous ceux qui demeuraient dans cette province d’Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la parole du Seigneur. La puissance hors du commun exercée par le moyen de Paul prouvait même extérieurement où et avec qui Dieu était, tandis que le châtiment ignominieux des exorcistes Juifs manifestait que même Satan méprisait leur usage égoïste et profane du nom de Jésus, de sorte que tous furent saisis de crainte au dedans, et que cela exerça salutairement les consciences de beaucoup, et ce fut pour la gloire du Seigneur (19:17). Quel besoin y avait-il dès lors de prolonger le séjour de l’apôtre dont le cœur se portait vers des régions plus lointaines.

 

4.5   Actes 19:21-22

« Or, après que ces choses se furent accomplies, Paul se proposa dans son esprit de passer par la Macédoine et par l’Achaïe, et d’aller à Jérusalem, disant : Après que j’aurai été là, il faut que je voie Rome aussi. Et ayant envoyé en Macédoine deux de ceux qui le servaient, Timothée et Éraste, il demeura lui-même quelque temps en Asie » (19:21-22).

 

4.5.1       Actes 19:21

Il n’est pas correct de penser que l’expression « dans son esprit » signifie le Saint Esprit. Cela ne signifie rien de plus que le fait l’apôtre se l’est proposé en lui-même, c’est-à-dire « dans son esprit », une expression fréquente chez l’apôtre, non seulement dans ce livre mais aussi ailleurs. Il désirait une fois de plus aller à Jérusalem après avoir traversé deux provinces romaines de Grèce. Il sentait que son travail à Éphèse était achevé pour le moment, et qu’après être allé à Jérusalem, il lui faudrait voir Rome. On peut comparer ce passage avec Rom. 1:9-13 et Actes 15:22-29, bien que le voyage en Espagne n’apparaisse nulle part ailleurs dans les Écritures inspirées, et que nous ne sachions pas s’il fut jamais réalisé.

Quelle immense énergie se dégage de ces quelques paroles ! Combien plus quand nous considérons combien Il prêchait pleinement l’évangile de Christ, non pas là où Il avait déjà été annoncé, mais là où la bonne nouvelle n’avait encore jamais pénétré ! Sa capacité spirituelle et son zèle embrassaient non seulement la vérité céleste et toute la portée des conseils divins pour l’éternité, ainsi que les prophéties de l’Ancien Testament sur le royaume, mais aussi les sujets les plus ordinaires du besoin de paix et de communion entre les saints, y compris leurs besoins temporels journaliers.

 

4.5.2       Actes 19:22

Nous voyons aussi comment il dirigeait le service des autres par l’autorité apostolique, quoi qu’il lui en coûtât personnellement, car à ce moment-là il envoya en Macédoine deux de ceux qui le servaient, non pas Éraste seulement, mais le compagnon d’œuvre le plus proche de son cœur, son enfant bien-aimé, Timothée, tandis que lui-même restait quelque temps en Asie.

 

4.6   Actes 19:23-31

« Or il y eut en ce temps-là un grand trouble au sujet de la voie ; car un certain homme nommé Démétrius, qui travaillait en argenterie et faisait des temples de Diane en argent, procurait un grand profit aux artisans ; et il les assembla, ainsi que ceux qui travaillaient à de semblables ouvrages, et dit : Ô hommes, vous savez que notre bien-être vient de ce travail ; et vous voyez et apprenez que non seulement à Éphèse, mais presque par toute l’Asie, ce Paul, usant de persuasion, a détourné une grande foule, disant que ceux-là ne sont pas des dieux, qui sont faits de main. Et non seulement il y a du danger pour nous que cette partie ne tombe en discrédit, mais aussi que le temple de la grande déesse Diane ne soit plus rien estimé, et qu’il n’arrive que sa majesté, laquelle l’Asie entière et la terre habitée révère, soit anéantie. Et quand ils eurent entendu [ces choses], ils furent remplis de colère, et s’écriaient, disant : Grande est la Diane des Éphésiens ! Et [toute] la ville fut remplie de confusion ; et, d’un commun accord, ils se précipitèrent dans le théâtre, entraînant avec eux Gaïus et Aristarque, Macédoniens, compagnons de voyage de Paul. Et comme Paul voulait entrer vers le peuple, les disciples ne le lui permirent pas ; et quelques-uns aussi des Asiarques, qui étaient ses amis, envoyèrent vers lui pour le prier de ne pas s’aventurer dans le théâtre » (19:23-31).

 

Tel était le nouvel effort de l’ennemi, non pas tant par le moyen des Juifs, mais des nations, et faisant appel aux convoitises mondaines plutôt que se servant d’une puissance spirituelle sous une mauvaise forme. Néanmoins les motifs religieux, tels qu’ils étaient là, donnaient une certaine auréole à ce qui n’était en réalité qu’égoïsme tout à fait sordide. Aucun expédient de l’ennemi n’est plus banal et permanent. Satan se débrouille dans ce monde pour entremêler une superstition avilissante et destructrice avec les intérêts présents et l’honneur de l’humanité. Ceci étant, il ne faut pas s’étonner de ce que la masse des hommes soit très facilement enflammée par le témoignage de la vérité, lequel menace de saper leur religion et leur prospérité matérielle. De nos jours, c’est la même chose qu’à Éphèse, en principe. Il fut facile de trouver un meneur actif pour se charger de l’affaire et enflammer la foule. Les artisans et les ouvriers engagés dans le commerce de temples de Diane en argent furent soulevés par leur employeur Démétrius, qui fit appel à leur cupidité et en même temps souligna que l’enseignement de Paul menaçait non seulement leur commerce, mais discréditait aussi leur grande déesse Diane. Cet appel ne fut pas en vain ; il ne l’est jamais, sauf quand la grâce fait connaître la vérité.

L’homme ignorant de Dieu combat d’autant plus âprement que ses richesses et sa religion sont en cause. On ne pouvait pas nier non plus que dans tout Éphèse et même dans toute l’Asie, Paul avait convaincu et détourné beaucoup de personnes de leurs nombreux dieux et autorités (1 Cor. 8:5). Il n’y avait pas de doute qu’il voulait vraiment dire que ceux qui sont faits de mains ne sont pas des dieux, et que pour nous il n’y a qu’« un seul Dieu, le Père, duquel sont toutes choses, et nous pour lui, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par lequel sont toutes choses, et nous par lui » (1 Cor. 8:6). Nous ne devons donc pas penser que la divinité est comme de l’or, ou de l’argent, ou de la pierre, gravée par l’art et le moyen de l’homme. Et donc le seul « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ; parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné [à cela], de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17:30-31). C’est ainsi que Paul avait prêché ouvertement à Athènes durant sa courte visite ; assurément son long séjour à Éphèse n’avait pas été moins fructueux dans la proclamation solennelle de la vérité. Nous n’aurions pas eu à nous étonner si les orfèvres s’étaient enflammés dès le début de son séjour. Mais la grâce sait comment tourner la colère de l’homme à la louange de Dieu, et contenir le reste de la colère (Ps. 76:10).

Cependant les choses furent bien arrangées en ce que cette émeute survînt alors que l’apôtre était encore là. Deux de ses compagnons de voyage furent effectivement saisis ; et Paul voulut rejoindre la populace en rage dans le théâtre, mais les disciples ne le lui permirent pas. Et il est très intéressant de voir l’effet moral de l’enseignement et de la vie de Paul sur certains des principaux fonctionnaires de l’Asie qui sont qualifiés comme étant de ses amis, tout en étant distingués des disciples. Ceux-là lui envoyèrent un message le priant de ne pas s’aventurer dans le théâtre. Qui plus est, l’Écriture montre que Paul, quel que soit son propre courage ou son sentiment, ne méprisa pas ces amis malgré leur position, mais il céda devant les remontrances de ses frères. Lui qui au moment opportun savait comment exercer sur la terre la puissance céleste pour la gloire du Seigneur, et qui écrivait aux saints ici-bas avec une autorité divine jusqu’à ce que le Seigneur vienne, il pouvait s’incliner avec grâce devant les autres, aussi bien qu’être seul quand c’était la volonté de Dieu. Seul le Saint Esprit peut donner le discernement du moment, quand l’œil est simple vis-à-vis de Christ.

 

4.7   Actes 19:31-34

Tel était le tumulte répandu parmi la foule dans le théâtre à Éphèse.

« Les uns donc criaient une chose, les autres une autre ; car l’assemblée était en confusion, et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient assemblés. Et ils tirèrent ensemble Alexandre hors de la foule, les Juifs le poussant en avant ; et Alexandre, faisant signe de la main, voulait présenter une apologie au peuple. Mais quand ils eurent connu qu’il était Juif, ils s’écrièrent tous d’une seule voix, durant près de deux heures : Grande est la Diane des Éphésiens ! Mais le secrétaire [de la ville], ayant apaisé la multitude, dit : Hommes éphésiens, qui est donc l’homme qui ne sache pas que la ville des Éphésiens est consacrée à la garde du temple de la grande Diane, et à l’[image] tombée du ciel ? Ces choses donc étant incontestables, il convient que vous vous teniez tranquilles et que vous ne fassiez rien précipitamment ; car vous avez amené ces hommes qui ne sont ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de votre déesse. Si donc Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont quelque affaire contre quelqu’un, les tribunaux sont ouverts et il y a des proconsuls ; qu’ils s’accusent les uns les autres. Et si vous avez une réclamation à faire sur d’autres sujets, on en décidera dans l’assemblée légale ; car nous sommes en danger d’être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd’hui, puisqu’il n’y a pas de motif que nous puissions alléguer pour rendre raison de cet attroupement. Et quand il eut dit ces choses, il congédia l’assemblée » (19:32-41).

 

Dans ce livre nous avons déjà eu le récit du Saint Esprit d’émeutes religieuses parmi les Juifs, non seulement quand cela finit pas la mort d’Étienne, mais en d’autres occasions où les Juifs étaient les principaux instigateurs des païens contre l’évangile et ses messagers. Il était bon que nous ayons une image vivante d’un tumulte quasi-religieux parmi les païens eux-mêmes, et ceci dans le théâtre le plus vaste dont il y ait encore des vestiges de nos jours. Assurément les nations étaient plutôt plus insensées que les Juifs, malgré des convictions bien moins profondes. « Les uns donc criaient une chose, les autres une autre ; car l’assemblée était en tumulte, et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient assemblés ». Quelles que soient les motivations égoïstes sous-jacentes, l’expression de leur colère concernait la grande Diane dont se vantaient les Éphésiens. Néanmoins, comme nous l’avons vu, Dieu opéra providentiellement par le moyen d’hommes sages et de haute position parmi eux, car les Asiarques, dont le chef (ou les chefs) vivait à Éphèse, étaient les plus fortunés et avaient une très haute position dans l’état, et on pouvait s’attendre, par leur fonction même, qu’ils fussent extrêmement sensibles à tout déshonneur fait à leur religion. Ce fut leur amabilité, sinon leur conscience, qui les amena à donner le conseil de prudence à Paul de ne pas s’aventurer lui-même dans le théâtre. Dieu se servit d’eux pour mettre à l’abri Son serviteur, quand le zèle et le courage n’auraient servi à rien, sinon à l’exposer au danger.

Ici encore, nous voyons les Juifs mettre en avant Alexandre. Néanmoins cette démarche, bien qu’astucieusement combinée, ne leur profita pas, mais excita d’autant plus la multitude. Les instincts des païens étaient irrités par un tel défenseur. Était-il honnêtement possible que des Juifs aient plus de respect que les chrétiens pour leur grande déesse ?

Ce fut donc en vain qu’Alexandre fit signe de la main en vue de faire son apologie au peuple. Il avait suffi qu’ils perçoivent qu’il était Juif, et donc hostile à leur idolâtrie. D’une seule voix, pendant deux heures, ils crièrent : « Grande est la Diane des Éphésiens ». Quel reflet exact du monde gouverné par des préjugés et des sentiments dans ce qui est de toute importance, non seulement pour la vie présente, mais aussi pour celle à venir ! Dieu, le vrai Dieu, n’est pas dans leurs pensées ; celles-ci sont dès lors ouvertes à toutes les illusions possibles.

 

4.8   Actes 19:35-41

Le secrétaire de la ville, ou greffier, apparaît maintenant sur la scène ; c’était un personnage bien plus important à cette époque et dans ce pays que dans la plupart des autres, comme on l’apprend à partir d’inscriptions anciennes et autres. Il était païen comme les autres, mais son bon sens était choqué par leurs excès sans objet, et son discours présente en termes simples et précis leur folie et leur erreur, non vis-à-vis de Dieu, mais par rapport aux hommes, et plus particulièrement vis-à-vis des gouverneurs romains.

Ayant calmé la foule, il dit :

« Hommes éphésiens, qui est donc l’homme qui ne sache pas que la ville des Éphésiens est consacrée à la garde du temple de la grande Diane, et à l’[image] tombée du ciel ? Ces choses donc étant incontestables, il convient que vous vous teniez tranquilles et que vous ne fassiez rien précipitamment ; car vous avez amené ces hommes qui ne sont ni des voleurs sacrilèges (*), ni des blasphémateurs de votre déesse. Si donc Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont quelque affaire contre quelqu’un, les tribunaux sont ouverts et il y a des proconsuls ; qu’ils s’accusent les uns les autres. Et si vous avez une réclamation à faire sur d’autres sujets, on en décidera dans l’assemblée légale ; car nous sommes en danger d’être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd’hui, puisqu’il n’y a pas de motif que nous puissions alléguer pour rendre raison de cet attroupement. Et quand il eut dit ces choses, il congédia l’assemblée » (19:35-41).

 

(*) Toutes les anciennes versions protestantes anglaises disent ici « voleurs d’églises », ce qui est non seulement faux, mais absurde. On voit combien les mauvaises habitudes sont ancrées, même au-delà des gens non instruits. Wiclif et la version de Reims ont été préservées de cette faute en suivant la Vulgate

 

C’est ainsi que l’homme est trompé. Il considère comme indiscutable ce qui n’est qu’une simple illusion de l’ennemi. Aucune intelligence ne met à l’abri des mensonges de Satan, rien d’autre ne le fait, sinon la vérité saisie par l’Esprit de Dieu. Pour cet homme, raisonnable par ailleurs, la grande Diane et la pierre tombée du ciel étaient des choses indiscutables. Sur la base de cette supposition, il insiste sur le calme comme étant le seul état d’esprit qui convienne à ses coreligionnaires. Il soutient que ceux qui étaient en cause n’étaient ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de leur déesse. Pourquoi donc les amener devant eux ? Mais il est plus précis encore, et souligne devant Démétrius et les artisans qui l’accompagnaient l’irrégularité de leur procédure et le danger qu’elle représente pour tous. Une accusation doit être déposée en temps et lieu appropriés, et devant le juge compétent. Cela seul peut donner un résultat légal. Toute autre réclamation doit être présentée à l’assemblée légale, ce que la présente assemblée n’était pas. De plus, « nous sommes en danger », non pas eux seulement, mais « nous », d’être accusés d’émeute pour les événements du jour, puisqu’il n’y a pas de motif à alléguer pour rendre raison de cet attroupement. Les Romains, c’est bien connu, étaient très méfiants de telles réunions dans le désordre, et ils les punissaient souvent par des carnages sans mesure. Comme son discours se terminait ainsi par une allusion très significative, il n’eut aucune difficulté à congédier l’assemblée.

 

 

5                    Actes 20

 

D’après l’épître aux Corinthiens, il semble que l’émeute au théâtre ne fut qu’un incident particulier au sein d’une crise dangereuse à Éphèse (1 Cor. 15:32). L’apôtre ne quitta certainement pas la ville avant qu’il y eût accalmie.

 

5.1   Actes 20:1-6

« Or, après que le tumulte eut cessé, Paul fit venir les disciples, et les ayant embrassés, il partit pour aller en Macédoine. Et ayant traversé ces quartiers-là, et ayant beaucoup exhorté les disciples, il vint en Grèce. Et après qu’il y eut séjourné trois mois, les Juifs lui ayant dressé des embûches comme il allait s’embarquer pour la Syrie, on fut d’avis de s’en retourner par la Macédoine. Et Sopater de Bérée, fils de Pyrrhus, l’accompagna jusqu’en Asie, et les Thessaloniciens Aristarque et Second, et Gaïus, et Timothée de Derbe, et Tychique et Trophime d’Asie. Ceux-ci ayant pris les devants, nous attendirent en Troade. Et pour nous, nous partîmes à force de voiles, de Philippes, après les jours des pains sans levain, et nous arrivâmes au bout de cinq jours auprès d’eux dans la Troade, et nous y séjournâmes sept jours » (20:1-6).

 

5.1.1       Actes 20:1-4

Dans ce passage, comme souvent ailleurs dans l’Écriture, nous avons un témoignage vivant des jointures et des liens qui, dans les temps apostoliques, fonctionnaient si efficacement pour garder les saints dans l’unité, dans la communion et dans l’amour. Le zèle missionnaire ne faisait pas défaut, et en outre l’Esprit de Dieu opérait beaucoup en exhortant et encourageant les saints. Le corps de Christ était ainsi édifié. C’est dans cette sollicitude que se manifeste le contraste le plus évident entre les temps modernes et les temps primitifs. Garder les convertis de se détourner, c’est en général tout ce qu’on tente aujourd’hui. Le zèle s’oriente d’habitude vers la conversion des pécheurs, et ceux qui se dévouent à ce travail sont estimés comme remarquablement fidèles et éclairés s’ils ne cèdent ni à la superstition ni à la philosophie. La croissance dans la vérité est rare, et pratiquement inconnue même chez ceux qui enseignent, sans parler des convertis. Les conséquences sont déplorables : dans ces circonstances, enseignants et élèves sont toujours exposés aux nombreuses influences trompeuses qui les environnent.

Dans ces jours du commencement, nous voyons au contraire le soin et le zèle extrêmes pour revisiter ceux qui avaient déjà été amenés à Dieu, et qui se réunissaient au nom de Jésus. On ne se contentait pas d’instruction orale. La forme nouvelle et caractéristique de l’instruction chrétienne qui s’exprime dans les épîtres apostoliques était maintenant pleinement à l’œuvre. Le tableau qui en est fait, est unique par toute la candeur et l’intimité qu’on y trouve, par la place donnée aux affections du cœur. C’est d’Éphèse que l’apôtre écrivit la première épître aux Corinthiens qui développe la vérité chrétienne et la vérité sur l’église d’une manière aussi grandiose que celle de l’épître aux Romains (écrite peu après, comme nous le verrons) qui développe les grands fondements de la grâce qui justifie les impies, qui réconcilie l’évangile prêché sans discrimination avec les promesses spéciales à Israël, et qui traite de la marche pratique du croyant en présence de tout ceci.

L’inspiration ne s’est pas poursuivie jusqu’à aujourd’hui ; mais ces deux manières de chercher à édifier les âmes doivent bien sûr toutes deux continuer. La prédication et l’enseignement ont une importance tout à fait incontestable pour atteindre les âmes plus simplement et plus directement qu’aucun autre moyen ; mais c’est la communication écrite (et nous pouvons ajouter imprimée) qui permet le mieux de traiter les sujets exactement et complètement. Ce dernier mode de transmission permet aussi d’atteindre un objectif de grande valeur, à savoir qu’il devient possible d’atteindre des âmes dans le monde entier, dont la plupart n’aurait pas pu ou pas voulu écouter une instruction orale de quelque importance.

Dans ces jours du commencement, nous voyons donc non seulement le principe de l’enseignement tant écrit qu’oral, mais la forme la plus élevée qu’aient jamais atteint l’un et l’autre. Les apôtres et les prophètes ont été le fondement sur lequel l’assemblée a été édifiée. Par la puissante grâce du Saint Esprit, ils ont été entièrement préservés de l’erreur. Ce n’étaient pas des gens qui faisaient de leur mieux, mais c’est Dieu qui communiquait Ses pensées en perfection au moyen d’instruments choisis.

Leurs écrits seuls constituent la norme chrétienne. D’autres écrits peuvent être suscités de nos jours pour retrouver ce qui a été oublié, et pour le propager, et pour propager toute la vérité ; l’Esprit peut opérer avec énergie par leur moyen, et conférer exactitude et fiabilité à leurs pensées et à leurs paroles pour développer la vérité révélée ; mais ils ne constituent aucunement une norme. Leurs écrits ne sont pas inspirés de Dieu, et comme ils n’ont pas le droit d’émettre leurs convictions avec l’autorité du « ainsi dit l’Éternel » pour chaque parole qu’ils prononcent, ainsi les saints sont responsables de juger, par l’Écriture infaillible, tout ce qu’ils disent ou écrivent, et surtout ce qu’ils font.

Ici donc, une fois le tumulte calmé, Paul envoya chercher les disciples et les exhorta, et après avoir fait ses adieux, il partit pour la Macédoine où il avait travaillé antérieurement. Là aussi nous le voyons traverser ces contrées, et après avoir longuement exhorté les saints, il vint en Grèce. Ce fut pendant les trois mois qu’il y passa qu’il écrivit l’épître aux Romains. Il avait longtemps désiré visiter Rome personnellement, mais il en avait été empêché jusqu’ici. Des devoirs urgents l’arrêtèrent ailleurs ; il était selon le propos de Dieu que son serviteur n’entrât à Rome que comme prisonnier. L’apôtre n’aurait pas arrangé les choses de cette manière, et les saints encore moins. Il est bon, cependant, d’apprendre à accepter la sagesse profonde de Dieu dans tout ce qu’Il fait.

Paul avait d’abord rendu témoignage à Corinthe « dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement » (1 Cor. 2:3). Après avoir traversé beaucoup de dangers et de persécutions, il avait quitté Éphèse. Il était incompris, et sa profonde spiritualité et son zèle se heurtèrent à beaucoup de préjugés à Jérusalem. Il ne put finalement aller à Rome que chargé de chaînes. Telles étaient les voies de Dieu dans le sentier et le service sans égal du précieux apôtre.

Néanmoins l’action de Paul est marquée par une profonde sobriété à tous égards. Quand il y eut complot contre lui de la part des Juifs, alors qu’il était sur le point de s’embarquer pour la Syrie, il l’évite en décidant de s’en retourner par la Macédoine, et non pas directement depuis l’Achaïe. Les Juifs avaient une influence énorme dans la grande ville commerçante de Corinthe ; et humainement parlant, il aurait bien pu être blessé ou tué en tant que passager d’un des nombreux navires de l’époque. Il changea donc ses plans et fit le voyage de retour en traversant la province du nord, accompagné de Sopater, fils de Pyrrhus, un Béréen, et des Thessaloniciens Aristarque et Second, et Gaïus et Timothée de Derbe, et Tychique et Trophime d’Asie.

Ce n’était donc pas simplement que l’apôtre travaillait dans toutes les directions. Nous trouvons ici pas moins de sept compagnons de service, qui ne se cantonnaient nullement à une sphère locale fixe. Les anciens travaillaient et conduisaient localement. Il y en avait beaucoup en plus des apôtres qui allaient et venaient en toute liberté, cherchant à édifier les fidèles et à répandre l’évangile. Parmi ces ouvriers, on peut distinguer deux classes. Les uns s’attachaient autant que possible à accompagner Paul. Nous en avons un exemple devant nous. Mais d’autres, comme Apollos, travaillaient de façon plus indépendante, et jouissaient moins de sa compagnie, bien qu’ils eussent toute son affection et toute sa confiance.

 

5.1.2       Actes 20:5-6

Au verset 5 il est parlé d’un autre compagnon personnel de l’apôtre qui lui était profondément attaché, Luc l’auteur inspiré de ce livre. « Ceux-ci ayant pris les devants, nous attendirent en Troade ». Cet homme honoré nous fait savoir ainsi tranquillement qu’il était aussi avec l’apôtre à ce moment-là à Philippes. On se rappelle que c’est dans cette région que Luc commença à accompagner Paul (Actes 16:10-12).

 

« Et pour nous, nous partîmes à force de voiles, de Philippes, après les jours des pains sans levain, et nous arrivâmes au bout de cinq jours auprès d’eux dans la Troade, et nous y séjournâmes sept jours » (Actes 20:6).

 

Pourquoi le groupe s’est-il séparé, pourquoi les autres partirent-ils en avant, et Paul et Luc restèrent-ils jusqu’après la fête ? on ne peut que se livrer à des conjectures. Mais quand on voit combien Luc est spécialement associé à l’apôtre, cela nous fait rejeter totalement l’explication vaine de Wieseler selon laquelle Luc voyageait avec lui comme son médecin. Quand les hommes ne peuvent voir sous la surface de la parole avec perspicacité spirituelle, combien il est triste de les voir exercer leur intelligence avec une naïveté aussi dégradante ! Les saints n’apprennent-ils pas par là combien l’église est tombée bien bas quand de telles pensées se répètent sans provoquer d’indignation ?

Le délai de sept jours fournit le privilège permanent de partager la cène du Seigneur ensemble. Ce qui suit nous fait comprendre que le séjour des frères en ce temps-là avait un but spirituel spécial.

 

5.2   Actes 20:7-12

« Et le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain, Paul qui devait partir le lendemain, leur fit un discours, et il prolongea le discours jusqu’à minuit. Or il y avait beaucoup de lampes dans la chambre haute où nous étions assemblés. Et un jeune homme nommé Eutyche, qui était assis sur la fenêtre, accablé d’un profond sommeil, comme Paul prêchait très longuement, tomba, accablé par le sommeil, du troisième étage en bas, et fut relevé mort. Mais Paul étant descendu, se pencha sur lui, et l’ayant embrassé, il dit : Ne soyez pas troublés, car son âme est en lui. Et après qu’il fut remonté, et qu’il eut rompu le pain et mangé, et qu’il eut conversé longtemps jusqu’à l’aube, il partit. Et ils amenèrent le jeune garçon vivant, et furent extrêmement consolés » (Actes 20:7-12).

 

Il n’y a ni difficulté réelle ni doute quant au jour indiqué. Ce n’était pas le sabbat, ou septième jour de la semaine, mais le premier jour de la semaine, le jour distingué pour tout chrétien par la résurrection de notre Seigneur. Nous trouvons donc les disciples réunis ce jour-là, le premier de la semaine — le jour même où Jésus ressuscité d’entre les morts vint et se tint au milieu d’eux. Il en fut de même huit jours après quand Thomas fut avec eux et fut délivré de son incrédulité (Jean 20:19-29). C’était le jour de la nouvelle création, non pas de l’ancienne, le jour de la grâce et non pas de la loi. Il n’y avait pas de transfert du septième jour au premier jour, et le premier n’est jamais appelé sabbat ; mais d’un coté les apôtres et d’autres qui avaient été Juifs se servaient de la liberté du jour du sabbat pour parler dans les synagogues, et de l’autre côté le premier jour de la semaine était sans équivoque, pour l’assemblée chrétienne, le jour spécial tenu en honneur. Quand, depuis la Pentecôte, ils étaient tous ensemble assemblés à Jérusalem, nous comprenons qu’ils fréquentaient le temple chaque jour, d’un commun accord, rompant le pain dans les maisons. Ici le temps avait passé, et nous trouvons parmi les nations que les chrétiens se réunissaient comme tels le premier jour. Ceci est d’autant plus marqué dans le passage qui nous occupe qu’il est dit que Paul « leur fit un discours ». Plus de deux fois il est dit que « nous » étions assemblés (v. 7, 8). Le devoir constant pour toute la famille de Dieu en contraste avec les Juifs, était de se rassembler ce jour-là pour rompre le pain ; le but spécial du discours de Paul se situait dans les saints qui vivaient en Troade : « Paul leur fit un discours ».

Ceci est entièrement confirmé par 1 Cor. 16:2 : « Que chaque premier jour de la semaine chacun de vous mette à part chez lui, accumulant selon qu’il aura prospéré, afin que, lorsque je serai arrivé, il ne se fasse pas alors de collectes ». Le premier jour de la semaine était clairement une institution établie pour les chrétiens.

Le mémorial du repos de la création était le sabbat, et non pas le premier jour ; la loi l’imposa en son temps comme un commandement très saint auquel se rattachaient particulièrement l’autorité et l’honneur de Dieu. La résurrection de Christ a introduit une nouvelle création, après qu’Il ait fait par Lui-même la purification de nos péchés sur la croix. C’est pourquoi le premier jour est le jour de la vie manifeste et triomphante en Christ, notre vie, quand nos cœurs s’épanchent dans l’adoration, la communion et le service. Un repos corporel partagé avec le bœuf et l’âne ne peut se comparer aux relations bénies de Christ ressuscité d’entre les morts. Et le canon du Nouveau Testament se referme en qualifiant ce jour de « journée dominicale » [ou : jour du Seigneur] (Apoc. 1:10). Il n’a pas manqué d’efforts pour faire de cette journée un jour prophétique, alors qu’elle n’a rien de commun avec cette idée. Car « le jour du Seigneur » sera un jour de jugements de Dieu sur la terre, toujours plus forts et plus solennels, tandis que la journée dominicale est une journée de grâces célestes, nous introduisant déjà dans la victoire de Sa résurrection d’entre les morts, le gage de notre résurrection ou de notre transmutation à Sa venue. D’autre part, c’est abaisser en dessous de tout le caractère et l’autorité du premier jour de la semaine que de le traiter simplement comme le jour désigné par l’église.

Ainsi ni la création ni la loi ni les arrangements humains n’ont rien à voir avec ce premier jour de la semaine. Celui-ci reste un jour marqué par des apparitions répétées du Seigneur, par la sanction inspirée du Saint Esprit, et par la sanction finale d’être consacré au Seigneur dans le grand livre prophétique du Nouveau Testament ; la Cène, littéralement « le repas du Seigneur », bien distinct de tous les autres repas, est seule à partager la même qualification frappante et spéciale [du Seigneur].

Certains ont cherché à rabaisser la fraction du pain en Troade dont il est parlé ici, au niveau d’une agape ; mais il n’y a aucune base pour une telle idée. Dès le début, le fait de rompre le pain fut consacré à la Cène du Seigneur : c’est ce que nous voyons dès le début du christianisme (Actes 2:46). La fraction du pain est clairement distinguée dans ce passage d’avec le fait de partager la nourriture avec joie et simplicité de cœur. Un peu avant, au verset 42 du même chapitre 2, la fraction du pain se réfère uniquement à la Cène [ou : repas] du Seigneur. Cela ressort du contexte — l’enseignement [= la doctrine] des apôtres et la communion, la fraction du pain et les prières. C’était là les éléments constitutifs de la marche unie et sainte des croyants, et sans doute ils avaient une influence très puissante sur les habitudes courantes et les besoins des croyants ; mais il est clair que ce verset 42 parle nettement de ce qui était tout à fait sacré.

On ne peut refuser non plus que l’expression « rompre le pain » soit aussi utilisée à propos de repas ordinaires quand le contexte l’exige. C’est ce que l’on a lors de l’occasion si émouvante où le Seigneur prit le pain et le bénit et, l’ayant rompu, Il le distribua à Ses disciples (Luc 24:30-35). Il reste vrai cependant que quand le contexte parle de la communion dans la fraction du pain, il ne s’agit que de la Cène du Seigneur. C’est le cas ici, et il est tout à fait intéressant de voir que la Cène du Seigneur et le jour du Seigneur étaient donc reliés ensemble. C’était sans doute un moment où l’assemblée profitait de l’exercice de dons, comme ici où Paul leur fit un discours, non pas leur « prêcha » comme le dit la Version Autorisée anglaise, ce qui pourrait laisser entendre qu’il s’agissait d’une proclamation de l’évangile à des inconvertis. « Discours » est clairement un mot de portée plus générale, autant applicable à ceux du dedans qu’à ceux du dehors.

Mais les circonstances de ce moment étaient particulières. Paul était sur le point de partir le lendemain, et il prolongea son discours jusqu’à minuit. Ceci provoqua le pénible incident arrivé à Eutyche. Il n’arriva pas dans une encoignure, car « il y avait beaucoup de lampes dans la chambre haute où nous étions assemblés ». Le jeune ainsi nommé était assis dans l’embrasure de la fenêtre ; et accablé d’un profond sommeil qui fut le plus fort tandis que Paul discourait longuement, il tomba du troisième étage en bas, et fut relevé mort. Il faut reconnaître que le médecin inspiré qui écrivit le récit était un témoin tout à fait compétent. Ce n’est pas simplement qu’il paraissait mort, ou qu’il fut tenu pour mort comme certains l’ont dit. Il était réellement mort ; mais Paul descendit, se pencha sur lui comme fit le prophète bien connu d’autrefois, et l’embrassa et dit : « Ne soyez pas troublés, car sa vie (son âme) est en lui ». Assurément par ces paroles l’apôtre n’avait nullement le désir de traiter à la légère la puissance de Dieu qui avait opéré dans ce miracle.

Il vaut la peine de comparer cette scène avec celle de Luc 8:49-56, où « l’esprit » de la jeune fille juive l’avait quittée. Mais les paroles du Seigneur suffirent, et « son esprit retourna en elle ». Ici il n’en fut pas ainsi : « son âme est en lui », dit l’apôtre, bien que seule la puissance divine pouvait la retenir ou empêcher le détachement imminent.

Certains ont supposé que quand Paul fut remonté et qu’il rompit le pain et mangea, il s’agissait de la célébration interrompue de la Cène du Seigneur. Cela me semble opposé à ce qu’indique le contexte. L’Écriture le décrit, non pas comme de la communion, mais uniquement comme un acte personnel de l’apôtre. Sans doute c’était « le pain (*) » de la Cène du Seigneur, mais c’était le pain (*) que l’apôtre prenait maintenant pour se restaurer, après ces circonstances si éprouvantes et avoir parlé si longuement, alors qu’il était sur le point de reprendre son voyage. Cela semble corroboré par le mot γευσαμενος, justement traduit par « mangé », ou littéralement « goûté ». Nous pouvons donc facilement comprendre pourquoi le Seigneur évite un tel mot en disant à Ses disciples « prenez, mangez », dans l’institution de la Cène. Le mot φαγειν pourrait être, et est utilisé de manière générale, mais ici c’est γευομαι. D’autre part, le fait que l’apôtre se soit entretenu avec eux très longtemps, jusqu’à l’aube, correspond mieux à un repas qu’à l’assemblée. Ainsi il nous est dit qu’il partit, et qu’ils amenèrent le garçon vivant, et qu’ils furent extrêmement consolés. La joie dépassait de beaucoup le chagrin.

 

(*) Note Bibliquest : en anglais « loaf », littéralement la miche de pain, ou pain rond

 

Ainsi s’est achevée la visite en Troade. À ce moment-là l’apôtre semble avoir été profondément affecté de ce que son ministère, au moins en orient, touchait à sa fin. C’est ce qu’il avait laissé entendre aux saints à Rome peu de temps auparavant, car il leur faisait savoir qu’il avait été empêché plusieurs fois d’aller vers eux, mais que maintenant il espérait les voir puisqu’il n’avait plus de sujet de s’arrêter « dans ces régions » (Romains 15:22-23).

Paul était axé sur l’administration de la contribution de la Macédoine et de l’Achaïe en faveur des pauvres parmi les saints à Jérusalem. Une fois ceci fait, il se proposait d’aller en Espagne en passant par Rome, assuré d’aller vers les saints de la capitale dans la plénitude de la bénédiction de Christ (Romains 15:24-29). Ce sentiment profond parait avoir affecté son ministère partout où il allait. C’est sans doute dans la ferveur que cela suscitait qu’il discourut si longtemps la dernière nuit de son séjour en Troade.

 

5.3   Actes 20:13

Mais maintenant le voyage doit commencer.

 

« Or pour nous, ayant pris les devants sur un navire, nous fîmes voile vers Assos où nous devions prendre Paul à bord ; car il l’avait ainsi ordonné, étant dans l’intention d’aller lui-même à pied » (v. 13).

 

Nous avons ici un autre effet de ce même sentiment solennel. Il y a un temps pour les contacts sociaux, il y a un temps pour l’isolement. L’apôtre qui jouissait de la communion de cœur avec ses frères, peut-être plus qu’aucun saint n’en a jamais joui, réalisait que c’était maintenant un temps où il lui fallait être seul. On ne peut guère douter que ce n’était pas rare pour quelqu’un comme Paul, engagé si activement dans le travail public. Sa piété habituelle le disposait de temps en temps à chercher des occasions de décharger son esprit, et de renouveler nettement et complètement son sentiment de dépendance vis-à-vis de la grâce de Christ. Ces relations secrètes avec le Seigneur étaient d’autant plus nécessaires que les exigences de l’œuvre réclamaient de l’énergie et de se mettre en avant devant les hommes.

Dans cette circonstance, il est indiscutable que Paul avait décidé d’être isolé de ses compagnons bien-aimés, et ceux-ci partirent en bateau, bien que cela impliquât pour lui un voyage plus pénible par voie de terre. À nous de juger le motif et le sens de cette décision (*), mais nous ne pouvons que penser que l’explication qui vient d’être donnée est meilleure que le simple désir de faire telle ou telle visite en chemin. Le contexte général renforce plutôt la conclusion que Paul évitait toutes les visites qui n’étaient pas indispensables à ce moment-là, et que n’ayant que peu de temps pour son voyage, il réservait le temps qu’il pouvait gagner à ce qui lui tenait le plus à cœur. Des visites non mentionnées n’auraient guère contribué à atteindre cet objectif.

 

(*) Calvin pense que c’était à cause de sa santé, et que, par courtoisie, il voulait épargner ses compagnons ; d’autres pensent qu’il voulait faire des visites en chemin.

 

5.4   Actes 20:14-16

« Et lorsqu’il nous eut rejoints à Assos, nous le prîmes à bord, et nous allâmes à Mitylène. Et ayant fait voile de là, nous arrivâmes le lendemain à la hauteur de Chios ; et le jour suivant nous touchâmes à Samos ; et nous étant arrêtés à Trogylle, nous vînmes le jour d’après à Milet ; car Paul avait résolu de passer devant Éphèse, de manière à ne pas dépenser son temps en Asie ; car il se hâtait pour être, s’il lui était possible, le jour de la Pentecôte, à Jérusalem » (Actes 20:14-16).

 

Il n’y a aucune raison spirituelle de s’arrêter à ce que suggéreraient ces noms d’Assos, ou Mitylène, Chios ou Samos, Trogylle ou Milet. Ils sont simplement cités ici comme les différentes étapes du voyage de l’apôtre, mais ce serait distraire nos esprits par rapport à ce voyage que de les occuper de questions historiques relatives à ces lieux, même si par ailleurs elles sont intéressantes en soi.

Il suffit de dire que, bien que Paul eût le cœur rempli de ce qui était tellement important pour les saints à Éphèse, Milet n’était que le lieu de rendez-vous, non pas la capitale de l’Asie. Ici aussi, le motif semble clair. S’il s’était rendu à Éphèse même, la forte affection et les liens nombreux qu’il avait avec beaucoup de saints, l’auraient empêché de les quitter sans prendre beaucoup de retard. Il préféra donc passer devant Éphèse pour ne pas aller à l’encontre du but de son voyage en Palestine. Si quelqu’un d’aussi connu, aimé et aimant, visitait Éphèse, il ne pouvait éviter d’être obligé de rester quelque temps parmi eux. Il fit donc un séjour passager à Milet de manière à ne pas entraver l’accomplissement de son désir d’être à Jérusalem pour le jour de la Pentecôte.

D’autre part, il était de la plus grande importance que les saints à Éphèse reçoivent à ce moment-là des paroles de conseil sage et plein de grâce. L’apôtre adopte donc une méthode tout à fait inhabituelle.

« Il envoya de Milet à Éphèse, et appela auprès de lui les anciens de l’assemblée » (Actes 20:17).

 

Ces anciens étaient les intermédiaires qui convenaient. Ils avaient ce service ecclésiastique habituel de responsables dans cette ville. Nous ne doutons guère qu’ils fussent assez nombreux selon l’impression générale que donne le reste de ce chapitre. Comme ceci ne cadre pas avec les habitudes et les pensées habituelles (pour ne pas dire l’égoïsme) des hommes, il s’est glissé dès les temps anciens la notion qu’il s’agissait des anciens de toutes les assemblées environnantes. Mais il ne faut pas accepter un seul instant une telle altération de la Parole de Dieu. L’apôtre envoya à Éphèse et appela à lui les anciens de cette assemblée, et non pas des assemblées environnantes. Il se peut qu’il y ait eu plusieurs lieux de réunions à Éphèse, mais on sait très bien que l’Écriture ne parle jamais des assemblées d’une ville, mais toujours de l’assemblée ou église dans cette ville. C’est pourquoi, quel qu’en soit le nombre, ils sont qualifiés ici d’anciens de l’assemblée, et sans aucun doute ils s’occupaient des affaires de tous. Tandis que la responsabilité locale était préservée à sa place, l’unité n’était pas oubliée. L’action commune en était le résultat naturel et convenable. Telle était la situation à Jérusalem, d’après les diverses mentions révélées sur cette assemblée qui comprenait plusieurs milliers de saints ; et nous le voyons ici aussi à Éphèse, bien qu’aucun détail de nombre ne nous soit donné. Les grands principes de l’église prévalaient et étaient les mêmes partout, bien qu’au début des éléments Juifs fussent à l’œuvre à Jérusalem, et que quelques-uns n’arrivaient pas à s’en détacher. Or une telle unité était du ciel et pour le ciel, elle ne venait pas du judaïsme ; elle provenait avant tout du Saint Esprit. « Il y a un seul corps et un seul Esprit » (Éphésiens 4:4).

Un autre sujet demande une brève explication ici, bien que cela anticipe un peu sur la suite. Les anciens de l’église sont désignés comme des « surveillants » [ou : évêques] par l’apôtre (Actes 20:28) : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau, au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre [fils] ». Cette identification entre anciens et surveillants concorde avec tous les autres passages qui en parlent. C’est ce qu’on peut honnêtement déduire de 1 Tim. 3:1-7 ainsi que de 1 Tim. 5:17-19, et encore plus clairement de Tite 1:5, 6, comparé aux versets 7 et 9, ainsi que de Actes 11, 14, 15, 16, et 21, et de 1 Pierre 5 et Jacques 5, autant que de Phil. 1:1. La grande distinction qui régna très tôt dans la chrétienté entre les évêques [surveillants] et les anciens est tout à fait inconnue de la parole de Dieu.

On désignait non pas un, mais plusieurs surveillants dans chaque assemblée ou ville, quand de telles charges étaient effectivement conférées. Il y avait régulièrement une pluralité d’anciens et de surveillants [évêques]. Ce pouvait être des hommes ayant des dons, des docteurs ou des évangélistes ; mais la tâche indispensable était de « conduire » ou d’« être à la tête ». C’était ce pour quoi ils étaient désignés, car certainement ils étaient effectivement désignés par l’autorité apostolique directe, ou indirecte quand un apôtre ne pouvait pas être présent (comme dans le cas de Tite chargé de cette mission par l’apôtre Paul, Tite 1:5). Les dons, de leur côté, étaient donnés par Christ sans aucune intervention du même genre. Un pasteur, un docteur, ou un évangéliste, comme tels, n’étaient jamais nommés par un apôtre ni par un délégué apostolique.

Il est bon de garder à l’esprit la distinction entre anciens et diacres. Les « sept » à Jérusalem, qui exercèrent un service de diacre furent choisis par la multitude des croyants, avant d’être nommés par les apôtres (Actes 6:1-6). Il est clair que cette élection par l’assemblée ne s’applique pas aux anciens d’après tous les passages qui traitent de leur désignation ; la désignation des anciens relève exclusivement des apôtres ou de leurs délégués expressément autorisés. Encore moins y avait-il élection par les hommes de ce qu’on appelle les dons : ceux-là, c’est Christ qui les choisissait. Selon que Christ leur donnait, ils prêchaient ou enseignaient en étant directement responsables vis-à-vis de Lui. Quand les chrétiens donnaient de leurs moyens matériels, ils étaient autorisés à choisir ceux qui distribuent parmi ceux en qui ils avaient confiance. Tel est l’enseignement constant du Nouveau Testament, et la seule chose qu’on peut en déduire légitimement. La chrétienté s’en est écarté tristement, aussi bien les églises nationales ou dissidentes, protestantes ou catholiques, et cet écart est si grossier qu’on se demande comment des hommes pieux peuvent négliger les faits qui se trouvent dans la Parole et qui rendent la volonté de Dieu manifeste ; et comment se fait-il, s’ils comprennent ces faits, qu’ils puissent être indifférents vis-à-vis de la vérité et des devoirs inaliénables qu’elle implique.

Il est d’autant plus important de remarquer le fait que les anciens étaient ceux de « l’assemblée à Éphèse », parce que l’erreur ancienne d’Irénée réapparaît chez des auteurs modernes, par exemple dans le commentaire du Dr Hackett sur ce livre : « Luc parle seulement des anciens d’Éphèse comme ayant été convoqués pour rencontrer l’apôtre à Milet ; mais comme la nouvelle de son arrivée a dû se répandre rapidement, cela n’a pas pu manquer d’en attirer d’autres aussi, non seulement d’Éphèse, mais des localités avoisinantes où des assemblées avaient été établies » (p 334, 335). La vérité, c’est que les organisations anciennes et modernes ne concordent pas plus les unes que les autres avec l’Écriture. Irénée était gêné par le préjugé au sujet de l’épiscopat, tout comme les traducteurs de la version anglaise autorisée ; mais la pluralité d’anciens ou évêques de l’assemblée à Éphèse ne s’accorde pas mieux avec le « ministre » [ou : pasteur] des groupes dissidents [= ayant quitté l’église nationale]. Il est certain qu’on ignore tout des villes ou assemblées avoisinantes dans ce cas, et que les anciens d’Éphèse furent les seuls à être appelés, et que c’est à eux seuls que l’apôtre s’est adressé. Le verset 25 concorde tout à fait avec cela. On remarquera que l’apôtre convoqua les anciens avec autorité, et qu’ils répondirent à son appel sans discuter. Rabaisser l’apôtre au niveau d’un ministre ordinaire est tout à fait antiscripturaire.

 

5.5   Actes 20:18-21

« Et quand ils furent venus vers lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière je me suis conduit envers vous tout le temps, depuis le premier jour que je suis entré en Asie, servant le Seigneur en toute humilité, et avec des larmes, et des épreuves qui me sont arrivées par les embûches des Juifs ; comment je n’ai rien caché des choses qui étaient profitables, en sorte que je ne vous eusse pas prêché et enseigné publiquement et dans les maisons, insistant et auprès des Juifs et auprès des Grecs sur la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » (Actes 20:18-21).

 

L’apôtre ne peut s’empêcher ici de leur rappeler son propre service parmi eux. C’était une de ses habitudes, comme nous le voyons tout particulièrement dans la première épître aux Thessaloniciens et ailleurs ; cela ne s’explique que par son zèle brûlant et sa bonne conscience devant Dieu. Rien n’était plus éloigné de son caractère que d’aimer parler de lui. Il appelle cela sa folie quand il rappelle aux Corinthiens son labeur et ses souffrances ; il n’en aurait jamais dit un mot, s’il n’avait été de la plus grande importance pour les saints qu’il le fasse. Ils connaissaient trop peu ce qu’exige la gloire de Christ, ce que doivent être la marche et le service et le dévouement du chrétien. Ils n’avaient eu l’habitude que des ténèbres grossières du paganisme, ou de la dureté vaine et prétentieuse des Juifs. Pour être formés et conformés aux voies de Christ, ils n’avaient pas besoin seulement de règles, mais d’un exemple vivant, — ce qui va avec les règles mais qui est tellement plus puissant.

C’est une fidélité inébranlable qui caractérisait habituellement la course de l’apôtre, selon ce qu’il dit : « servant le Seigneur en toute humilité, et avec des larmes, et des épreuves qui me sont arrivées par les embûches des Juifs ». Avec cela, il avait bien le droit d’interpeller ceux qui le connaissaient, et c’est ce qu’il fait maintenant avec les anciens d’Éphèse avec une solennité particulière. Il ne met pas en avant son savoir ni ses succès dans le ministère, mais le service du Seigneur en toute humilité d’esprit. Combien souvent ce service amène le novice à s’enfler ! Quels dangers environnent même les plus expérimentés ! L’humilité d’esprit est de toute importance dans le service, et le Seigneur aide par les difficultés mêmes et les peines qui l’accompagnent. Paul n’avait pas honte de parler de ses larmes, ni non plus des tentations qui lui étaient survenues par les embûches des Juifs, adversaires constants de l’évangile et spécialement acharnés contre Paul.

Il pouvait leur dire en outre qu’ils savaient qu’il n’avait rien caché de ce qui était profitable. Pour le faire, il faut de la foi, sans laquelle la fidélité ne suffit pas ; car l’apôtre était entièrement au-dessus de la crainte de l’homme, et ne retenait rien de ce qui était pour leur bien, mais il leur prêchait et les enseignait, publiquement et dans leurs maisons, témoignant et aux Juifs et aux Grecs de la repentance envers Dieu et de la foi en notre Seigneur Jésus Christ.

Naturellement ce dont parle l’apôtre s’appliquait à son travail dès son arrivée à Éphèse, mais c’est aussi ce dont toute âme a besoin comme premier témoignage de l’évangile. C’est pourquoi il parle de témoignage rendu aux Juifs et aux Grecs. C’est ce dont tout homme a besoin pour pouvoir venir à Dieu. La repentance et la foi sont inséparables là où il y a de la réalité, et le langage tenu est aussi précis que ce qu’on est en droit d’attendre de la part de quelqu’un comme l’apôtre qui, non seulement avait les pensées de Dieu, mais qui aussi les exprimait. Comme il n’y a pas de repentance authentique sans la foi, ainsi il n’y a pas la foi des élus de Dieu sans repentance. La repentance envers Dieu, c’est l’âme qui se juge elle-même et qui confesse ses voies devant Lui qui voit tout. La foi en notre Seigneur Jésus Christ, c’est l’âme qui reçoit la bonne nouvelle que Dieu envoie au sujet de Son Fils. « Repentez-vous », dit Pierre au jour de la Pentecôte aux Juifs déjà transpercés dans leur cœur, et qui acceptaient la parole et scellaient que Dieu est vrai (Jean 3:33). « Crois au seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison » dirent Paul et Silas au geôlier de Philippes et à tous ceux qui étaient dans sa maison. Il serait tout à fait dénué de fondement d’imaginer que dans un cas il y eut la repentance sans la foi, et dans l’autre, la foi au Seigneur Jésus sans la repentance envers Dieu ! Quand il y a un travail divin, toutes les deux sont données et on les trouve toutes les deux.

Le Saint Esprit qui opère tout ce qui est bon dans l’âme, prend soin que la repentance et la foi coexistent. Il peut y avoir des différences dans le développement extérieur. Certaines âmes peuvent manifester plus profondément la douleur de la repentance ; d’autres peuvent abonder dans la paix et la joie de la foi ; mais partout où il y a un vrai travail de Dieu, toutes les deux sont nécessairement présentes. Nous devons admettre des différences dans ce qui est manifesté chez différentes personnes. On ne trouve pas deux conversions qui présentent exactement les mêmes effets extérieurs ; certaines sont plus simples, d’autres vont plus profond dans ce Dieu opère. C’est une bonne chose quand à la fois la repentance envers Dieu est profonde et la foi envers notre Seigneur Jésus Christ est déterminée. Tout progresse alors heureusement pour l’âme. Mais c’est loin d’être le cas ordinaire. Chez la plupart, pour autant qu’on puisse le voir, la foi est un peu faible, et en conséquence l’âme est très éprouvée par le sentiment de son état de péché devant Dieu. Dans de telles circonstances, l’occupation de soi-même risque d’assombrir le cœur.

L’œil spirituel doit être fixé sur Christ comme objet de la foi, mais en se scrutant objectivement devant Dieu ; c’est de là que découle un vrai jugement des péchés et du péché. Il peut ne pas y avoir la paix, et il n’y en a pas quand commence ce jugement de soi accompagné de douleur pour le cœur ; mais la foi en un Dieu révélé à la conscience est sûrement là, même s’il n’y a pas encore le repos par la foi dans l’œuvre de la rédemption qu’on accepte et qu’on s’approprie. Quand l’œuvre de Christ et la grâce de Dieu sont connues mieux et plus pleinement, le jugement de soi de la repentance est d’autant plus profond. Dans ce cas le tribunal de Christ, aussi solennel soit-il, n’est plus un objet de crainte. Tout est déjà achevé dans la conscience, et la chair est jugée comme quelque chose de haïssable, et de si mauvais que rien, hormis la croix de Christ, ne pouvait en être un traitement adéquat ; mais désormais (Romains 6:6-11) il est reconnu que notre vieil homme a été crucifié avec Lui pour que le corps de péché soit annulé (et pas simplement que nos péchés soient pardonnés), afin que nous ne servions plus le péché ; car celui qui est mort a été justifié du péché. Aussi sûrement que la mort ne domine plus sur Christ (le péché ne l’a jamais pu), — car Christ, étant mort au péché une fois pour toutes, vit à Dieu, — de même ainsi nous pouvons et devons nous tenir nous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus. Nous sommes morts avec Lui.

La repentance envers Dieu n’est donc pas l’évangile de Sa grâce, ni la rémission des péchés, mais c’est ce travail intérieur dans la conscience par la Parole appliquée par le Saint Esprit, sans laquelle les privilèges de l’évangile sont vains, et poussent seulement l’âme avec d’autant plus de légèreté vers la destruction. Les vues misérables qui font de la repentance un travail humain servant de prélude à la foi, ne sont pas moins critiquables que les vues soi-disant élevées qui amalgament tout dans la foi, faisant de la repentance rien de plus qu’un changement de pensées. Ni le légalisme ni l’antinomianisme ne sont de Dieu, mais la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ (Jean 1:18). La vérité n’épargne pas la chair ni ses œuvres ; la foi et la repentance se courbent devant Christ, dans l’aversion de soi (Rom. 7:18), et la grâce règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21).

La repentance donc n’est pas un simple regret ou remords (littéralement : μεταμελεια); μετανοια est cette pensée après coup, ou ce jugement réfléchi, formés par le travail de Dieu au moyen de Sa parole devant laquelle la conscience s’incline, le moi et ses voies passées étant jugés devant Dieu. La repentance ne va jamais sans un témoignage divin, et elle provient donc de la foi ; la bonté de Dieu y conduit (Rom. 2:4), non pas seulement Son jugement ; et la tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret, mais la tristesse du monde opère la mort (2 Cor. 7:10). « J’ai péché contre le ciel et devant toi » (Luc 15:18), « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! » (Luc 18:13) : voilà la confession et le cri de la repentance chez un esprit brisé et contrit. La réponse de Dieu, c’est l’évangile, la bonne nouvelle de la grâce.

 

5.6   Actes 20:22-23

L’apôtre passe ensuite de son ministère à Éphèse aux perspectives qui étaient devant lui. Il était bien conscient des dures épreuves qui l’attendaient (comparez avec Romains 15:30-31), et il semblerait qu’il avait un pressentiment fort de ce que Jérusalem allait être la source de presque tout ce qui était sur le point de lui tomber dessus.

 

« Et maintenant, voici, étant lié en esprit (ou dans mon esprit) (*), je m’en vais à Jérusalem, ignorant les choses qui m’y doivent arriver, sauf que l’Esprit Saint rend témoignage de ville en ville, me disant que des liens et de la tribulation m’attendent » (Actes 20:22-23).

 

(*) Le Canon Humphry attache plus d’importance qu’il ne le faut aux anciens commentateurs tels que Chrysostome, Ammonius et Didyme, qui veulent faire dire à la phrase que Paul alla « mené captif par l’Esprit ». L’usage, autant que la distinction το πνευμα το αγιον dans les versets suivants, désignent son esprit, point sur lequel Meyer est finalement revenu après avoir suivi, dans un premier temps, la notion des pères Grecs. Paul n’était pas libre dans son esprit pour aller ailleurs qu’à Jérusalem, quoi que cela puisse lui en coûter.

 

Bien qu’il ne sût pas la forme précise des troubles à venir, il montre ainsi qu’il allait les yeux ouverts vers cette poussée de troubles, qui ne s’interrompit qu’un tout petit peu avant de s’achever par la mort en martyr. Il savait en outre que, quelle que soit l’issue finale, il aurait des liens et de l’affliction ; pour le cœur de quelqu’un qui aimait l’assemblée, y avait-il quelque chose de plus grave pour le témoignage du Seigneur et pour les saints en général ? Néanmoins Dieu était dans tout cela, car c’est pendant qu’il était dans ces liens, que Paul écrivit les épîtres qui donnent, comme nous le savons heureusement, la lumière la plus complète et la plus brillante sur Christ et sur les choses célestes, — plus qu’il n’a jamais été accordé pour l’instruction permanente et le réconfort des saints de Dieu. Nous verrons que des remontrances dans l’amour n’ont pas manqué de toute part, ce qui a dû d’autant plus ajouter à la peine qu’il éprouvait en résistant à de tels appels.

 

5.7   Actes 20:24

En effet, l’apôtre donne ici le cœur véritable de sa réponse en face de toutes les sollicitations et les dissuasions :

« Mais je ne fais aucun cas de ma vie, [ni ne la tiens] pour précieuse à moi-même, pourvu que j’achève ma course, et le service que j’ai reçu du seigneur Jésus pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu » (Actes 20:24).

 

Rien ne pouvait neutraliser une telle résolution. Il n’était pas question pour lui de réussite, comme les hommes disent, ni des effets présents, si prometteurs fussent-ils. Son regard était fixé sur la gloire de Christ, son oreille n’était à l’écoute que de la volonté de Dieu. Il ne se laisserait pas dissuader un instant par les éventuelles souffrances ou la mort qui pouvaient s’ensuivre. Son Maître lui avait montré, au plus haut degré et pour les buts les plus profonds, comment la souffrance glorifie Dieu dans un monde de péché et de misère.

Sans aucun doute il y avait dans la croix de Christ ce qui n’appartient qu’à Lui. L’expiation du péché Lui revient exclusivement, c’est le Sacrifice infini. Mais dans la mort de Christ, le sacrifice est loin d’être le seul élément, même si c’est le plus profond. Il y avait d’autres souffrances qu’il est permis aux saints de partager avec Lui — le mépris, la réjection, la souffrance pour l’amour et pour la vérité, ainsi que pour la justice. Ces souffrances ne sont pas la part de Christ seul, comme l’était la souffrance pour le péché ; et Paul, peut-être plus que quiconque, a pu se réjouir dans ses souffrances pour les saints, et accomplir dans sa chair ce qui restait des afflictions de Christ, pour Son corps qui est l’assemblée (Colossiens 1:24). Les souffrances pour l’évangile étaient aussi pour lui un sujet de gloire ; et aucun homme, avant ou après, n’a jamais gagné un tel droit, ni des cicatrices si honorables (Galates 6:17).

C’est en toute vérité que l’apôtre pouvait dire qu’il ne tenait pas sa vie pour précieuse pour lui-même ; ce n’était pas simplement un moment d’exaltation devant les anciens d’Éphèse, ou dans une occasion passagère du même genre. Il avait dans son cœur d’achever sa course avec joie, ainsi que le service qu’il avait reçu du Seigneur Jésus, à savoir de témoigner de la bonne nouvelle (ou évangile) de la grâce de Dieu. La largeur de cœur de l’apôtre est aussi rafraîchissante qu’instructive. Qui subissait quotidiennement une pareille pression d’une foule de sujets ? Qui comme lui portait le fardeau de toutes les assemblées ? S’il avait à faire à des consciences faibles, qui pouvait être faible comme Paul ? Qui compatissait comme lui avec celui qui trébuchait ? Néanmoins l’évangile lui tenait autant à cœur que pour l’évangéliste le plus fervent. Il n’y avait pas de préférence pour un type d’exercice chez ce serviteur béni du Seigneur. Il était là simplement pour exécuter tous les objectifs de Son amour, pour promouvoir Sa gloire partout où Son nom pénétrait, et Christ n’est pas plus la Tête de l’église que la somme et la substance de l’évangile.

On remarquera que l’évangile est ici désigné comme « l’évangile de la grâce de Dieu ». Cela paraît être le titre le plus vaste qui lui soit donné dans l’Écriture. Ailleurs l’apôtre en parle comme de « l’évangile de la gloire de Christ », où son côté céleste est mis en avant. Il parle aussi de « l’évangile de Dieu », quand l’accent est mis sur la source de l’évangile dans l’amour divin. Il est parlé de « l’évangile de Christ » quand ce qui est en vue est Celui qui a seul rendu possible la bonne nouvelle de Dieu pour l’homme. Dans les évangiles, il nous est parlé de « l’évangile du royaume », en considérant le Messie en puissance et en gloire ; dans l’Apocalypse, il est question de « l’évangile éternel », la révélation de la Semence meurtrie qui écrasera la tête du serpent. Chaque expression a son sens principal ou spécial ; mais comme aucune ne peut être séparée de Christ, ainsi aucune ne semble être si complète que « l’évangile de la grâce de Dieu ». Aucune autre désignation de cet évangile n’est plus en harmonie avec le livre des Actes, et avec le cœur de l’apôtre au moment où il s’adressait aux anciens d’Éphèse. Cette appellation de l’évangile implique pleinement la personne et l’œuvre du Seigneur Jésus, même si elles ne s’y trouvent pas nommément ; car, en qui et par qui la grâce de Dieu peut-elle briller, si ce n’est en Lui et par Lui ?

 

5.8   Actes 20:25

« Et maintenant, voici, moi je sais que vous tous, parmi lesquels j’ai passé en prêchant le royaume (*) [de Dieu], vous ne verrez plus mon visage » (Actes 20:25).

 

(*) Les manuscrits et les versions les meilleurs et les plus anciens, sauf la Vulgate, etc., lisent simplement « le royaume ». D’autres ajoutent « de Dieu », ce qui est le sens, même s’il n’est pas exprimé formellement. D’autres ont « de Jésus », ou « du Seigneur Jésus ».

 

C’est un adieu. Son travail en étant effectivement présent parmi eux était achevé.

Nous avons ici un autre sujet distinct, trop souvent négligé dans la prédication moderne, celui du royaume. Si on étudie les Actes de Apôtres, on trouve quelle grande place ce sujet occupe dans la prédication, non seulement de Pierre, mais aussi de Paul, et nous pouvons en être assurés, de tous les autres serviteurs du Seigneur de ces premiers temps de l’église. C’est une lacune grave de le laisser de côté, comme on le fait aujourd’hui. Le dommage n’est pas seulement causé à la foi des saints en ce que l’infidélité des prédicateurs modernes lui fait en général perdre le futur selon Dieu, mais l’évangile de Dieu en souffre aussi dans la foulée. Car en perdant de vue le royaume, on est sûr de tomber dans la confusion qui, en mélangeant les caractères du royaume et de l’évangile, empêche de jouir de la vérité simple et complète tant de l’un que de l’autre (*) : car le royaume sera le triomphe de la justice en puissance quand Christ apparaîtra dans Sa gloire. C’était une vérité très familière à ceux qui étaient imprégnés en permanence de la vision glorieuse de la prophétie de l’Ancien Testament. Le christianisme, quoiqu’il nous ouvre les choses célestes, n’a jamais eu en vue d’affaiblir cette perspective du royaume ; il devrait plutôt permettre au croyant d’en goûter davantage la bénédiction, à la fois en donnant une intelligence plus profonde de ses principes et en introduisant la gloire céleste. Nous pouvons en jouir d’une manière incomparablement plus vaste et plus nette, et ses principes nous sont expliqués par une vue plus profonde et plus complète de ses bases dans l’œuvre de réconciliation du Seigneur Jésus à la croix.

 

(*) Ainsi Calvin (Opera 6.185) dit : « la doctrine de l’évangile est à nouveau appelée royaume de Dieu ; elle commence le royaume de Dieu dans ce monde en renouvelant les hommes à l’image de Dieu, jusqu’à ce qu’à ce que ce soit finalement parfait dans la dernière résurrection ». Calvin était un homme pieux et capable ; mais la valeur de son commentaire des Écritures a été excessivement surestimée. Bien sûr, cela dépend beaucoup de l’intelligence spirituelle de celui qui parle.

 

5.9   Actes 20:26-27

« C’est pourquoi je vous prends aujourd’hui à témoin, que je suis net du sang de tous ; car je n’ai mis aucune réserve à vous annoncer tout le conseil de Dieu » (Actes 20:26-27).

 

L’apôtre pouvait ainsi attester solennellement de sa fidélité à la mission que le Seigneur lui avait confiée (comparez Ézéchiel 3:18-20). Deux fois au moins (dans les versets 20 et 27), il se défend d’avoir eu des réserves dans sa mission, alors que certains portant le nom de chrétien n’ont pas eu honte de déclarer qu’il s’agissait d’un mérite appris de Celui dont la mort a déchiré le voile, et Qui place tous ceux qui Le suivent vraiment dans la lumière de la vie, la lumière qui manifeste toutes choses. Marcher dans les ténèbres maintenant que la Vraie Lumière brille, c’est une marche dans la chair sans Dieu. Avec une telle doctrine, il ne faut pas s’étonner si « les brebis affamées lèvent les yeux et ne sont pas nourries ».

C’est une erreur de dire que « tout le conseil de Dieu » ne signifie pas plus que le plan de Dieu révélé dans l’évangile en vue du salut des hommes. « L’évangile » est en effet la prédication du salut qu’on trouve dans un Sauveur mort et ressuscité ; « le royaume », que ce soit moralement ou dans sa forme pleinement manifestée, a sa propre force distincte dans le règne de Dieu, comme nous l’avons vu ; « tout le conseil de Dieu » s’élève encore plus haut et embrasse Son propos dans toute son étendue (par exemple Éph. 1:9-12).

 

5.10                   Actes 20:28

Ayant ainsi placé solennellement son ministère devant eux, il se tourne maintenant vers les anciens et vers leur tâche.

 

« Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau, au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par Son propre sang [ou : le sang de Son unique] » (Actes 20:28).

 

5.10.1    Actes 20:28a

Le premier des devoirs, c’est de prendre garde à nous-mêmes, quelle que soit notre position, et un surveillant doit être tout spécialement attentif à ce point. Car quoi de plus dangereux que de s’occuper des autres en étant négligent à l’égard de soi ? On apprend le plus pratiquement, non pas de la Parole prise abstraitement, mais de la lumière qu’elle jette en brillant sur le chemin de notre propre expérience. Sans aucun doute, nous pouvons apprendre des autres, et par les autres ; mais comment peut-il y avoir de la réalité si l’on ne prend pas garde à soi-même ?

L’objectif d’une nomination d’anciens, était de surveiller le troupeau, et même tout le troupeau. Il pouvait y avoir plusieurs surveillants, et c’était le cas en général ; mais le devoir du surveillant est de prendre garde « à tout le troupeau » là où il vit. C’est d’autant plus important que cela humilie l’esprit tout en élargissant le cœur, car qui est suffisant pour ces choses ? Cela tend à neutraliser l’importance qu’on se donne en parlant de « son troupeau », ainsi que les rivalités quand on pense aux autres et à « leur troupeau ». Le « seul corps » était alors une chose nouvelle ; le christianisme moderne l’ignore totalement. Les saints ont à apprendre que Dieu n’a qu’un seul troupeau ici-bas. Il y avait l’unité, à la fois dans chaque localité et dans le monde entier. Pourtant les anciens avaient à s’occuper de tout le troupeau là où ils résidaient, non pas ailleurs. Être ancien est une charge locale.

En cela les anciens sont tout à fait distincts « des dons » (Éphésiens 4:8-11) qui existent dans l’unité du corps de Christ. Eux-mêmes bien sûr étaient des membres du corps comme les autres, et comme tels, ils n’appartenaient donc pas à « un corps », mais « au corps ». La fonction d’ancien s’exerçait dans des limites définies ; cette charge ne dépassait pas l’assemblée ou la ville particulière dans laquelle ils avaient été nommés. Il est admis, ou plutôt on insiste sur le fait que nul ne peut prétendre être un ancien à moins d’avoir été dûment nommé ; et il est clair d’après l’Écriture que personne ne pouvait en nommer sauf les apôtres, ou quelqu’un positivement délégué par un apôtre dans ce but. En d’autres termes, pour être mis en place, les anciens (ou évêques, ils sont identiques dans la parole de Dieu) dépendaient d’un apôtre, soit directement soit indirectement ; mais une fois ainsi nommés, on pouvait dire, comme ici, que le Saint Esprit les avait établis comme anciens ou surveillants : Sa sanction [ou : approbation] accompagnait la nomination apostolique.

La Version Autorisée est allée un peu au-delà de ce que la parole inspirée dit réellement : « sur lequel l’Esprit Saint vous a établis surveillants ». La Version Révisée traduit correctement par : « au milieu duquel ». Cette expression de l’apôtre leur faisait sentir qu’ils étaient dans le troupeau et du troupeau de Dieu, comme tout autre saint. Néanmoins personne ne doit nier que la responsabilité de tout ancien était de gouverner. Car, comme l’apôtre le dit à Timothée (1 Tim. 5:17), « que les anciens qui président [ou : gouvernent] dûment soient estimés dignes d’un double honneur, spécialement ceux qui travaillent dans la parole et dans l’enseignement ». Ils pouvaient ne pas travailler dans l’enseignement, mais ils étaient tous établis pour « gouverner » ou présider, et ils étaient responsables de « bien » gouverner. Ils étaient expressément nommés pour conduire, cela relevait de leur fonction. Ils étaient dans le troupeau, mais dans le Seigneur ils étaient au-dessus de leurs frères, bien qu’ils ne fussent nullement les seules personnes qui l’étaient.

Ceci n’interférait en aucune manière avec les dons dans le corps. Certains peuvent être pasteurs et docteurs, d’autres évangélistes ; mais tous ceux-là le sont sur une base différente de celle des anciens. La tâche des hommes ayant un don était le ministère de la parole, soit au dedans soit au dehors ; et ils devaient donc œuvrer de manière complètement dissociée d’aucune charge attribuée et d’aucune zone définie ou limitée. Éphésiens 4 est décisif quant à ce principe et quant à ce fait. Les apôtres et les prophètes n’étaient pas les seuls à avoir un champ de mission illimité ; les dons moindres, qui étaient le fruit de la grâce de Christ envers l’église, avaient un droit similaire, bien qu’à un niveau plus humble. Ainsi tous les dons en tant que tels sont dans l’unité du corps de Christ ; aucun d’eux n’est simplement un fonctionnaire local (comme c’était le cas des anciens, nous l’avons vu) ; bien que celui qui a un don puisse être nommé pour une charge, son don va au-delà.

Les surveillants sont alors exhortés par l’apôtre à s’occuper de l’assemblée de Dieu, à la paître. Ici encore nous voyons le contraste fort entre la vérité scripturaire et le système dominant aujourd’hui, celui d’une congrégation affectée à un « ministre » donné, et une autre congrégation à un autre ministre. Autrefois les anciens étaient tous des surveillants pour paître l’assemblée, ici pour paître toute l’assemblée à Éphèse. Sans doute leur devoir était d’exercer leur surveillance là où ils résidaient ; mais c’était paître l’assemblée de Dieu en ce lieu, et non pas chacun d’eux paissant une partie seulement (*). La largeur de la vérité scripturaire est aussi évidente que l’étroitesse de tous les arrangements des hommes, depuis les temps apostoliques. Les hommes, dans leur sagesse, ont pu juger nécessaire d’attribuer une portion à l’un et une autre portion à l’autre dans la même ville ; mais dans les choses divines, on ne peut faire confiance à la prudence terrestre, si respectable et utile soit-elle pour les intérêts présents. Quand, en fait, les ruptures arrivèrent dans le troupeau de Dieu, l’ordre clérical qui s’était introduit n’a pu qu’ouvrir la voie non seulement aux schismes, mais aux sectes, chacune ayant ses fonctionnaires la gouvernant.

 

(*) Nous pouvons voir le même fait scripturaire en Philippiens 1:1, où les traducteurs de la version du Roi Jacques ont laissé « évêques », au lieu d’adopter « surveillants » comme en Actes 20:28. Les cas sont strictement parallèles, car en effet une organisation similaire prévalait partout où les apôtres avaient fait une visite et mis un ordre en place. Le terme moderne de « ministre » des dissidents est tout aussi inconnu que le terme traditionnel de « diocèse ».

 

Les enfants de Dieu se sont tellement écartés des pensées de Dieu qu’on en arrive même au point que les saints considèrent que les diverses dénominations de la chrétienté sont un arrangement de la Providence, que seuls des fanatiques pourraient remettre en cause. Mais comme cela n’est pas selon la parole du Seigneur, c’est aussi fort éloigné de chemin de la foi. La raison humaine ne peut jamais renverser la révélation simple, sûre et permanente de la volonté de Dieu comme nous l’avons dans l’Écriture ; elle est spécialement la sauvegarde dans les temps fâcheux des derniers jours, l’apôtre nous le dit (2 Tim. 3). Les difficultés peuvent être énormes, les dangers peuvent croître, les épreuves peuvent être immenses ; mais l’obéissance est par-dessus tout ce qu’il y a de plus humble pour l’homme et de plus acceptable pour Dieu. Que chaque croyant pèse ces choses comme sous Son regard : Sa volonté devrait être chère à tous les enfants de Dieu.

 

5.10.2    Actes 20:28b

L’apôtre attribue d’autant plus de solennité à la tâche des surveillants, par la considération non seulement que l’assemblée était l’assemblée de Dieu et non pas la leur (on ne trouve nulle part cette dernière expression, même si elle est très commune dans la bouche des hommes), mais qu’Il l’a achetée ou acquise pour Lui-même.

Il est indiscutable que « avec Son propre sang » est une expression difficile, y compris dans le meilleur texte retenu, et elle mérite un examen attentif. Je ne veux pas dire qu’il y a la moindre ombre sur la vérité que Celui qui a versé Son sang pour nous était Dieu. Si le Sauveur ici n’était pas Dieu, Son achat n’aurait que la valeur d’une créature, et serait totalement insuffisant pour acquérir au profit de Dieu l’assemblée comme elle était, et même comme elle est. C’est parce qu’Il est une personne divine, qu’il y a une efficacité infinie et éternelle à l’avoir gagnée pour Lui par Son sang.

Mais l’expression, telle qu’elle est dans les versions autorisée et révisée anglaises n’a pas de pareil dans l’Écriture ; et qui plus est, comme cela a déjà été remarqué, elle est particulièrement embarrassante pour l’érudit chrétien parce que sa forme, comme la plupart la reconnaissent avec des bases très solides, est extrêmement emphatique au lieu d’être générale. En effet il aurait été plus facile de comprendre le sens tel qu’il est communément compris, si la forme avait été, comme dans le Texte Reçu του ιδιου αιματους. La lecture critique, bien qu’à première vue accroissant la difficulté, semble cependant juste : του αιματος του ιδιου. Il est suggéré que nous prenions του ιδιου comme régissant plutôt que comme s’accordant avec. Le sens qui en résulte est qu’il s’agit du « sang de Son propre », c’est-à-dire de Christ, Son Fils, plutôt que de « Son propre sang ». Avec ce sens-là, s’il est sûr, tout devient simple.

Il est très probable que c’est la perplexité éprouvée qui a conduit certains copistes des premiers temps à écrire l’assemblée « du Seigneur », au lieu de celle « de Dieu ». Mais cette lecture, bien qu’extérieurement bien supportée (ACpm DE, et autres), est en désaccord avec l’usage du Nouveau Testament, et tout bien considéré, elle est inférieure à celle du Texte Reçu.

 

[Le Texte Reçu est donc correct en lisant « l’assemblée de Dieu », mais il a tort en lisant « avec son propre sang ».

W. Kelly fait ici une très longue discussion (trois pages) des arguments et auteurs favorables ou défavorables à « l’assemblée de Dieu » ou à « l’assemblée du Seigneur ». Les arguments de tous ordres sont analysés. Bibliquest n’a pas jugé utile de reprendre ces controverses].

 

L’apôtre emploie donc des termes touchants inhabituels pour pousser les anciens à paître l’assemblée de Dieu, qu’Il a acquise pour Lui-même par le sang de Celui qui est Sien (Son propre) ; la qualité spéciale de cette Personne se joint à un prix d’achat cher et précieux au-delà de toute mesure. Que le Sauveur soit le Fils du Père d’éternité en éternité, cela est certain pour le croyant ; mais le livre des Actes présente habituellement la vérité selon un point de vue plus large auquel la mission apostolique adhère ici.

 

5.11                   Actes 20:29-30

Prendre garde à eux-mêmes ainsi qu’à tout le troupeau de Dieu était d’autant plus nécessaire du fait de la perspective certaine et sombre que l’apôtre place maintenant devant eux :

 

« Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des [doctrines] perverses pour attirer les disciples après eux » (Actes 20:29-30).

 

Il en a toujours été ainsi sur la terre. Moïse a averti pareillement Israël au moment de son départ (Deut. 32:15 à ch.33). L’apôtre nous apprend maintenant que ceux qui sont sous la grâce n’allaient pas mieux se conduire dans la maison de Dieu que le peuple sous la loi. Et voilà ce qui est arrivé, selon le tableau de l’Ancien Testament : Israël complètement ruiné, dispersé partout, méprisé et chassé, nulle part plus que dans leur propre pays ; et le Nouveau Testament avertit ainsi partout qu’un résultat semblable attend la chrétienté.

Le Seigneur Lui-même, dans la série de paraboles de Matthieu 13, présente sa corruption dès le commencement. L’ivraie une fois semée ne serait jamais arrachée avant la moisson (le temps de la moisson sera le jugement des vivants sur la terre). Dans Sa grande prophétie sur le Mont des Oliviers (Matt. 24 à 25), le Seigneur ne cache pas non plus ce triste futur. Le méchant serviteur dirait en son cœur : « Mon maître tarde à venir », et commencerait à battre les autres serviteurs, et à manger et à boire avec les ivrognes. Il ne peut y avoir, il n’y a pas, ni rétablissement, ni progrès général pour le bien. L’apparition de Christ en jugement traitera effectivement le mal. On ne voit pas d’autre évolution dans la belle image des dix vierges, cinq sages et cinq folles. La défaillance n’était-elle pas visible et complète quand toutes s’assoupirent et s’endormirent tandis que l’époux tardait ? Certes la grâce éveille les sages qui avaient de l’huile dans leurs lampes, et elles apprêtent ces lampes et entrent avec l’époux pour les noces. Mais pour les folles, qui n’avaient pas d’huile et qui s’affairent à s’en procurer ici ou là (en vain), la porte fut fermée. De même avec les serviteurs qui trafiquent avec les talents qu’on leur a donnés : rien si ce n’est le jugement ne rectifiera le tort fait au Maître. Non seulement il n’existe pas de triomphe universel de l’évangile, mais dans le cadre même limité de la profession chrétienne, ce qui doit la caractériser jusqu’à la fin, c’est des présentations déformées de Christ, et l’opposition à Sa volonté. Personne ne nie qu’il y aura, jusqu’à ce qu’Il vienne, comme il y a toujours eu, un témoignage de Christ et de la vérité dans la vie et les souffrances pour Son nom ; mais il y aura aussi la triste succession, toujours croissante, de tort fait à ce nom, non pas simplement par la persécution du dehors, mais par toute la corruption du dedans, ce qui est encore plus douloureux et honteux.

Les épîtres confirment entièrement et complètent la sombre esquisse présentée par notre Seigneur. Nous avons peut-être assez parlé ailleurs de ce déclin, mais 2 Thess. 2 en est sûrement un témoignage net, donné déjà très tôt ; 1 Tim. 4 et 2 Tim. 3 vont dans le même sens en rapport avec les phases préparatoires. Pierre dans sa seconde épître (2 Pierre 2), et Jude annoncent les deux la même chose avec un tableau plus noir ; mais nul ne va davantage à la racine du déclin que Jean, non seulement dans ses épîtres, mais prophétiquement dans l’Apocalypse.

Ici cependant nous avons l’irruption du déclin affirmée par Paul comme un point de départ précis :

« Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des [doctrines] perverses pour attirer les disciples après eux ».

 

Il y a beaucoup d’incrédulité là-dessus, même parmi des chrétiens bien disposés par ailleurs. Ils ne parviennent pas à voir que la puissance du christianisme se trouve dans la direction de l’Esprit de Dieu non contristé et selon Sa parole ; et Son Esprit ne peut agir librement qu’au nom de Christ et pour la gloire de Dieu. Quand les hommes agissent selon les principes humains, là où l’esprit du monde prévaut, la ruine en est le résultat inévitable. Tant que l’apôtre était ici-bas, la puissance et l’influence spirituelles pour réfréner étaient immenses. Il y avait alors la résistance la plus vigilante et la plus décidée au mal de toute sorte. Il savait qu’après son départ l’énergie spirituelle déclinerait de plus en plus, et que la gloire du Seigneur serait ainsi débordée. Le compromis est si facile parmi les saints de Dieu, mais si mortel, et ils y sont exposés par le moyen de l’amabilité, de la prudence, du désir de paix, de l’amour du grand nombre, et autres expédients de ce genre.

Les commentateurs nous disent que les loups redoutables ne sont pas des persécuteurs, mais plutôt des faux amis. De vrais ennemis devaient s’infiltrer parmi ceux qui portent le nom du Seigneur et ne pas épargner le troupeau. Mais les commentateurs ont certainement tort d’identifier les loups redoutables avec ceux qui sont décrits au verset 30 : « Il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des [doctrines] perverses ». Il s’agit manifestement de différentes classes d’hommes mauvais, les premiers plus violents, les seconds plus subtils ; les premiers cherchent leur propre satisfaction et leur propre avantage, tandis que les seconds font un travail plus mortel en annonçant des doctrines perverses pour entraîner les disciples après eux. Abuser le troupeau pour des motifs égoïstes est mauvais ; établir le moi et l’erreur à la place de Christ est pire, même si c’est plus convenable en apparence.

 

5.12                   Actes 20:31-32

Ici on peut remarquer une carence de la Version Autorisée en ce qu’elle ne représente pas la pleine méchanceté du mal. Chaque chef de parti cherche à détourner des disciples. Ici l’effort est d’autant plus aggravé qu’il s’agit de détourner les disciples après eux. C’était les tromper tous, soumettre tous les saints à eux-mêmes. D’où l’appel solennel de l’apôtre :

 

« C’est pourquoi veillez, vous souvenant que, durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun [de vous] avec larmes. Et maintenant je vous recommande à Dieu, et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de [vous] donner un héritage avec tous les sanctifiés » (Actes 20:31-32).

 

5.12.1    Actes 20:32

Le ministère de l’apôtre à Éphèse avait correspondu à ce qui s’était passé auparavant parmi les Thessaloniciens, pour qui il avait été d’abord comme une nourrice, puis comme un père (1 Thess. 2:7, 11). C’était maintenant au tour des anciens de veiller et de ne pas oublier l’exemple d’amour actif ; mais l’amour ne subsiste jamais, ne supporte jamais la tension sans qu’il y ait une foi réelle en Dieu pour ce travail ; d’où la force de ce qu’il les « recommandait à Dieu et à la parole de Sa grâce ». Il ne les recommandait pas à l’un seulement, mais aux deux. Sans Dieu devant le cœur, la parole devient sèche et stérile, et nous devenons découragés et impatients ; sans la parole pour diriger la vie, nous sommes en danger sur le plan de la volonté et de la sagesse, ou de la folie de l’homme. La parole de Sa grâce devient le grand test et la grande ressource, tandis que nous regardons à Dieu pour chaque pas et chaque question. Ainsi nous voyons l’apôtre le formuler par le Saint Esprit en 2 Timothée 3:15, passage qui, à propos, aide à déterminer à quoi se réfère le « qui » de « qui a la puissance d’édifier ». Est-ce Dieu ou la parole ? La comparaison des passages va dans le sens qu’il s’agit de la parole de Sa grâce.

 

5.12.2    Actes 20, encore le v. 30

L’apôtre a ainsi placé devant les anciens une perspective très pénible, pleinement confirmée au cours du temps. En effet, avant son départ les signes précurseurs des maux à venir apparaissaient déjà partout, si bien que lorsque ses dernières épîtres prophétisèrent non pas simplement sur un déclin, mais sur une ruine complète, il dut alors parler des graines de ces maux à venir comme déjà semées. Il n’y a pas de plus grande erreur que celle qui commença assez tôt à prévaloir, et qui se généralisa dans les temps modernes, le rêve du progrès. Il va directement à l’encontre de ces témoignages apostoliques, et des faits les plus clairs qui se voient dans la chrétienté.

Même si l’on s’en tient à une estimation généreuse tenant compte des simples professants, dans quelle mesure la foi chrétienne a-t-elle le droit à ce triomphe dont les hommes aiment tant parler ? En effet, si ces vains espoirs étaient réalisés, ne feraient-ils pas un contraste éclatant avec tout ce que la Bible nous enseigne sur ce qui est confié à la responsabilité humaine ? Depuis Adam, l’histoire de l’homme est l’histoire d’une faillite. Certes la grâce a opéré, et même opéré des merveilles, dans le sentier étroit de Christ ici-bas ; mais en règle générale, toute nouvelle épreuve de l’homme, et tout renouveau du témoignage de Dieu a toujours et partout été suivi de la ruine à cause de l’homme. Que ce soit en Éden ou hors d’Éden, avant ou après le déluge : la vérité et la justice ont-elles prévalu chez la plupart des gens ? Il est clair que Dieu a opéré par des individus, qu’Il a béni des familles, qu’Il a reconnu la justice dans un peuple, ainsi que la foi partout où Sa grâce l’a faite prospérer parmi les élus. La race comme le chef de race sont tombés, autant qu’Israël, malgré la faveur singulière montrée par Dieu ; le peuple est tombé aussi bien que les sacrificateurs et les rois, jusqu’à ce qu’il n’y eût plus de remède ; et Dieu les chassa de Son pays, non seulement par le moyen des puissances d’Assyrie et de Babylone, mais encore plus par les Romains.

Nous avons déjà vu que la chrétienté n’a pas fait exception, et ceci non seulement d’après ce qu’on voit par expérience, mais aussi d’après le témoignage net, répété et complet des hommes inspirés qui ont posé ses fondements ; et pourtant des gens osent encore espérer ! Espèrent-ils que les paroles de l’apôtre se révéleront fausses ? Les hommes, entièrement déchus maintenant dans la chrétienté, feront-ils mieux que ceux chez qui l’Esprit de Dieu opéra au commencement avec une puissance dépassant tout ce qui a eu lieu avant ou après ? Hélas ! La pauvreté dans son plus bas état est capable d’être la plus orgueilleuse. Dieu restera certainement vrai, et tout homme qui s’oppose à Lui sera trouvé menteur (Rom. 3:4). Cet éloignement de la vérité fut brièvement, mais solennellement, mis en relief par l’apôtre au moment de son départ d’Éphèse.

Notons de nouveau que la traduction du verset 30 par la version anglaise autorisée affaiblit la force des derniers mots. Il ne s’agit pas simplement d’attirer des disciples après eux — comme tout hérétique cherche à faire, et le fait effectivement ; mais l’objectif de l’ennemi par le moyen de ces hommes pervers, est de détourner les disciples, c’est-à-dire tout le corps de ceux qui confessent le Seigneur sur la terre. Le coup visant la gloire de Christ n’était rien moins que la désertion de tout le troupeau. Christ seul a droit à la loyauté de tous les disciples, et si c’est déjà grave de détourner de Lui un seul disciple, et de détourner de Sa volonté à l’égard des Siens ici-bas, combien est-ce plus grave de chercher à les égarer tous ! Mais la propre volonté est aveugle à l’égard de tout sauf de sa propre volonté, et elle apprend vite à faire en sorte qu’on la confonde avec la volonté du Maître. Pensez au déshonneur ainsi jeté sur Son nom !

 

5.12.3    Actes 20:31

« C’est pourquoi veillez », dit l’apôtre aux anciens, « vous souvenant que, durant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir chacun [de vous] avec larmes ».

 

Ce petit aperçu, arraché au cœur de l’apôtre par la nécessité, nous fait voir tout son dévouement. Il ne s’agissait pas d’affaires, ni même de répandre la vérité, encore moins de faire prévaloir sa propre opinion en vue du bien. C’était quelqu’un qui aimait Christ, et qui cherchait par-dessus tout à communiquer ce dévouement envers Lui et envers les Siens chez ceux qui étaient à la tête. Un soin infatigable, tendre et vigilant remplissait son cœur, tout cela accompagné de sentiments très profonds en tout temps et à tout prix. Il voudrait que nous sentions les choses de la même manière, aussi bien que ceux auxquels il s’adressait ce jour-là. Qui est suffisant pour ces choses ? La suffisance est en Dieu et de Dieu.

 

5.12.4    Actes 20:32

Et Paul continue ainsi :

« Et maintenant je vous recommande à Dieu, et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de [vous] donner un héritage avec tous les sanctifiés ».

 

Quels que soient les jours de danger, de difficultés, et de ruine, Dieu demeure fidèle, le Sauveur immuable, Jésus Christ le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Si les apôtres ne sont plus là depuis qu’avec les prophètes ils ont posé les fondements, la parole de Sa grâce demeure, ainsi que le Saint Esprit descendu du ciel. Lui seul avait la puissance divine, y compris du temps des apôtres. Il n’y a donc aucune excuse pour l’incrédulité. La foi brille d’autant plus dans un jour sombre, et le dévouement est avivé par le sens du déshonneur qui est fait à Celui qui est le plus cher à nos cœurs.

De plus, y a-t-il quelque chose de comparable à la parole de Sa grâce quant à la capacité de nous édifier ? La hardiesse de pensée et la beauté du langage sont vains s’il n’y a pas la vérité, et la vérité n’est jamais si certaine, si forte et si sainte que dans Sa propre parole, qui est la vérité. Ceci sonde la conscience, fortifie le cœur, nourrit la foi, fait abonder la bienheureuse espérance et la rend puissante en amour — cet amour qui est la force de tout ce qui est bon. Car l’amour est de Dieu, et Dieu est bon ; et Sa parole, à la fois nous édifie maintenant, et nous donne un héritage parmi tous les sanctifiés. La parole de Dieu reçue en vérité nous délivre de l’amour du présent siècle, du monde et des choses du monde.

 

5.13                   Actes 20:33-38

C’est pourquoi l’apôtre ajoute : « Je n’ai convoité ni l’argent, ni l’or, ni la robe de personne. Vous savez vous-mêmes que ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi » (Actes 20:33-34).

 

La vie en Christ est infiniment bénie et c’est la portion du croyant par la grâce de Dieu ; une vie totalement et absolument différente de celle du vieil Adam, qui trouve sa sentence non seulement dans la mort, mais dans le jugement sans fin. Pour le chrétien, notre vieil homme est crucifié avec Christ, afin que le corps de péché soit annulé pour que nous ne servions plus le péché, afin que nous puissions dire : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Galates 2:20).

Mettre de côté la grâce de Dieu amène sans doute la ruine, autant que réintroduire la loi. Mais qu’il est terrible de donner un témoignage faux et indigne de la grâce de Dieu en laissant faire les désirs de cette vie qui devraient être ensevelis dans la tombe de Christ ! Le vieil homme convoite l’argent, l’or et les vêtements. Tout ceci soigne les désirs du corps et de l’esprit. L’amour sert les autres ; seul l’amour avec la foi glorifie Dieu. Il est bon que ceux qui enseignent ces choses soient des exemples vivants de ce sur quoi ils insistent auprès des autres. Peu nombreux sont ceux qui peuvent dire en vérité et absolument avec l’apôtre :

« Je n’ai convoité ni l’argent, ni l’or, ni la robe de personne. Vous savez vous-mêmes que ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi. Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Actes 20:33-35).

 

Alors, que quiconque semble être, ou prétend être un conducteur, n’oublie pas ces choses ; oui, rappelons-nous tous la manière de marcher de l’apôtre, et ces paroles du Seigneur Jésus. Ce n’est certainement pas conforme à la manière des hommes, ni d’Israël, ni certes de la chrétienté. Ce sont les paroles de Christ, et Sa vie ici-bas en est le commentaire le plus béni. Ce n’est certainement pas la jouissance ou l’honneur présents, mais c’est Son amour pour paître et nourrir les brebis de Sa pâture, en attendant le jour où les comptes seront faits, le jour où le Souverain Pasteur sera manifesté, et où les bergers fidèles recevront la couronne de gloire qui ne passe pas.

 

Pourtant le récit ne serait pas complet sans la scène du départ qui prouve que la foi dans l’invisible n’empêche pas, mais confère l’amour qui est de Dieu dans ce monde de peines et d’égoïsme.

« Et ayant dit ces choses, il se mit à genoux et pria avec eux tous. Et ils versaient tous beaucoup de larmes, et se jetant au cou de Paul, ils le couvraient de baisers, étant surtout peinés de la parole qu’il avait dite, qu’ils ne verraient plus son visage. Et ils l’accompagnèrent au navire » (Actes 20:36-38).

 

Telle était la conduite du plus grand des apôtres. Oh ! Combien tous ceux qui se vantent d’être ses successeurs sont déchus de cette réalité ! Combien nous en sommes tous loin, nous qui avons en horreur de telles prétentions ! Tandis que la vérité et l’amour reculaient, la hiérarchie sous toutes ses formes s’est forgé un trône, ce qui est aussi loin de l’esprit de Christ que la terre l’est des cieux. Mais prenons garde de peur que notre amour ne se refroidisse en présence de l’iniquité qui abonde.