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Exposé des ACTES des Apôtres

 

 

William Kelly

 

Paru de janvier 1882 à décembre 1890 dans le Bible Treasury; vol. 14 à 18.
1° édition comme ouvrage à part en 1890.
Traduction faite sur l’édition de 1952

Les sous-titres et divisions ont été ajoutés par Bibliquest

Sauf cas exceptionnels, les notes de discussions des textes grecs n’ont pas été reprises.

La traduction utilisée pour le texte Biblique est souvent celle de JND, mais la traduction propre à W. Kelly a été reprise occasionnellement, spécialement quand elle générait un sens ou un commentaire particulier.

 

 

Table des matières abrégée :

1     Actes 1

2     Actes 2

3     Actes 3

4     Actes 4

5     Actes 5

6     Actes 6

7     Actes 7 et 8:1a

8     Actes 8:1b-40

 

 

Table des matières détaillée :

1     Actes 1

1.1      Sujet et adresse

1.2      Actes 1:1-5

1.2.1      1:2 — Puissance dans la vie de résurrection

1.2.2      1:3 — Certitude de la résurrection

1.2.3      1:4-5 — Promesse du Saint Esprit

1.3      Actes 1:6-11

1.3.1      1:6-8 — L’évangile et son contenu

1.3.2      1:9-11 — L’espérance du retour du Seigneur

1.4      Actes 1:12-14 — La prière. Les femmes. Marie

1.5      Actes 1:15-26

1.5.1      1:15-22 — Pierre applique l’Écriture. Sort de Judas

1.5.2      1:23-26 — Le choix d’un douzième apôtre et le tirage au sort

2     Actes 2

2.1      Actes 2:1-4 — Baptême du Saint Esprit. Les langues

2.2      Actes 2:5-11 — Encore les langues

2.2.1      Ce que sont ces langues

2.2.2      Une étape vers la grâce adressée aux nations

2.2.3      Le don du Saint Esprit est une nouveauté bien plus importante

2.3      Actes 2:12-21 — Encore le changement radical de la descente du Saint Esprit

2.3.1      Les prophètes l’annonçaient

2.3.2      Un autre accomplissement eu dernier jour

2.3.3      Rôle du Saint Esprit

2.3.4      Suppression des intermédiaires humains avec Dieu

2.4      Actes 2:22-36

2.4.1      Actes 2:22-23 — Christ démontré être le Messie. La croix

2.4.2      Actes 2:24-28 — La citation du Ps. 16

2.4.3      Actes 2:29-36 — La citation du Ps. 132

2.4.4      Actes 2:33-36 — La citation du Ps. 110

2.5      Actes 2:37-47

2.5.1      Actes 2:37 — Travail de conscience

2.5.2      Actes 2:38 — Baptême du Saint Esprit. Le don du Saint Esprit

2.5.3      Actes 2:39 — Une promesse pour tous

2.5.4      Actes 2:40 — Sauvez-vous de cette génération perverse

2.5.5      Actes 2:41 — Un travail en profondeur

2.5.6      Actes 2:42 — Persévérant dans la doctrine, la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières

2.5.7      Actes 2:43 — Crainte de Dieu, prodiges et miracles

2.5.8      Actes 2:44-47 — Tout en commun

3     Actes 3

3.1      Actes 3:1-10 — Le miracle au temple

3.2      Actes 3:11-13 — Pierre accuse les Juifs de renier leur Messie

3.3      Actes 3:14-16 — Dieu ressuscite Celui qu’ils ont mis à mort

3.4      Actes 3:17-18 — Une iniquité aveugle et un propos de Dieu

3.5      Actes 3:19-21 — Conditions pour la restauration d’Israël

3.6      Actes 3:22-26 — Le prophète annoncé par Moïse

4     Actes 4

4.1      Ch. 4:1-4

4.2      Ch. 4:5-12

4.3      Ch. 4:13

4.4      Ch. 4:14

4.5      Ch. 4:15-17

4.6      Ch. 4:19-20

4.7      Ch. 4:21-22

4.8      Ch. 4:23-30

4.8.1      Actes 4:23-24

4.8.2      La citation du Psaume 2 (Actes 4:25-26)

4.8.3      Actes 4:27-28

4.8.4      Actes 4:29-30

4.9      Ch. 4:31-37

4.9.1      Actes 4:31

4.9.2      Actes 4:32

4.9.3      Actes 4:33

4.9.4      Actes 4:34-35

4.9.5      Actes 4:36-37

5     Actes 5

5.1      Actes 5:1-6

5.1.1      La présence de Dieu dans Sa maison (par l’Esprit) et la sainteté requise

5.1.2      Actes 5:1-6

5.2      Actes 5:7-10

5.3      Actes 5:11

5.4      Actes 5:12-16

5.5      Actes 5:17-20

5.6      Actes 5:21-32

5.6.1      Actes 5:21-23

5.6.2      Actes 5:24

5.6.3      Actes 5:25-26

5.6.4      Actes 5:27-28

5.6.5      5:29

5.6.6      Actes 5:30-31

5.6.7      Actes 5:32

5.7      Actes 5:32-42

5.7.1      Actes 5:33

5.7.2      Actes 5:34-39

5.7.3      Actes 5:36

5.7.4      Actes 5:38-39

5.7.5      Commentaire de Calvin sur l’opinion de Gamaliel

5.7.6      Actes 5:40-42

6     Actes 6

6.1      Actes 6:1

6.2      Actes 6:2-4

6.2.1      Choix de personnes pour le service dans l’assemblée

6.2.2      Actes 6:4

6.3      Actes 6:5-6

6.3.1      Ch. 6:5

6.3.2      Ch. 6:6

6.4      Actes 6:7

6.5      Actes 6:8-15

6.5.1      Ch. 6:8

6.5.2      Ch. 6:10

6.5.3      Ch. 6:9

6.5.4      Ch. 6:13

6.5.5      Ch. 6:12, 14

6.5.6      Ch. 6:15

7     Actes 7 et 8:1a

7.1      Actes 7:1-3

7.2      Actes 7:4-5

7.2.1      Actes 7:4

7.2.2      Actes 7:4-5

7.2.3      Actes 7:5

7.3      Actes 7:6-7

7.4      Actes 7:8

7.5      Actes 7:11-14

7.6      Actes 7:15-16

7.7      Actes 7:17-19

7.8      Actes 7:20-29

7.8.1      Actes 7:20-22

7.8.2      Actes 7:23-25

7.8.3      Actes 7:26-28

7.8.4      Actes 7:29

7.9      Actes 7:30-37

7.9.1      Actes 7:31-33

7.9.2      Actes 7:34

7.9.3      Actes 7:35

7.9.4      Actes 7:36

7.9.5      Actes 7:37

7.10    Actes 7:38-40

7.10.1     Actes 7:38

7.10.2     Actes 7:39

7.10.3     Actes 7:40

7.11    Actes 7:41-43

7.12    Actes 7:44-47

7.13    Actes 7:48-50

7.14    Actes 7:51-53

7.14.1     Actes 7:51a

7.14.2     Actes 7:51b

7.14.3     Actes 7:52

7.14.4     Actes 7:53

7.15    Actes 7:54 à 8:1a

7.15.1     Actes 7:54-56

7.15.2     Actes 7:57-59

7.15.3     Actes 7:60

7.15.4     Actes 8:1a

8     Actes 8:1b-40

8.1      Ch. 8:1b-4

8.2      Ch. 8:5-8

8.3      Ch. 8:9-13

8.4      Ch. 8:14-17 — Le don et les dons du Saint Esprit

8.5      Ch. 8:18-24

8.6      Ch. 8:25

8.7      Ch. 8:26-38

8.8      Ch. 8:39-40

 

 

 

1                    Actes 1

1.1   Sujet et adresse

Le récit de Luc sur notre Seigneur Jésus était déjà adressé à un chrétien converti, et il en a été de même pour sa suite qui relate le don du Saint Esprit envoyé du ciel, Sa présence, et Son opération, spécialement chez les principaux apôtres, d’abord ceux de la circoncision, puis de l’incirconcision. Mais nous y trouvons aussi les voies et l’œuvre du Saint Esprit en rapport avec beaucoup d’autres personnes, et aussi dans et avec l’assemblée : ceci est une vérité d’importance capitale, quoique pratiquement perdue de vue au grand déshonneur de Dieu, et au détriment irréparable de l’Église.

Il semblerait que Théophile ait ou bien cessé d’être gouverneur (ou d’avoir quelque autre position publique de magistrat, comme l’implique le titre de « très excellent » donné par l’historien inspiré ; cf. Actes 23:26 ; 24:3 ; 26:25, et Luc 1:3), ou bien qu’il ait suffisamment mûri dans la foi et la spiritualité, au point de ne plus attribuer de valeur ni au titre ni à la position, quoiqu’on imagine guère un fidèle conservant une telle position. Par ailleurs, il ne faut pas écouter ceux des temps anciens ou modernes qui imaginent que ce nom soit une désignation imagée et générique de quiconque aime Dieu. Non seulement la comparaison de l’Évangile de Luc et des Actes évoque un chrétien vivant auquel l’auteur adresse ces deux écrits, mais la forme même du mot aurait été dans ce cas φιλοθεος, (comme en Timothée ou autre), et non pas θεοφιλος.

 

1.2   Actes 1:1-5

« J’ai composé le premier traité, ô Théophile, sur toutes les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner, jusqu’au jour où il fut élevé [au ciel], après avoir donné, par l’Esprit Saint, des ordres aux apôtres qu’il avait choisis ; à qui aussi, après avoir souffert, il se présenta lui-même vivant, avec plusieurs preuves assurées, étant vu par eux durant quarante jours, et parlant des choses qui regardent le royaume de Dieu. Et étant assemblé avec eux, il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, laquelle, [dit-il], vous avez ouïe de moi : car Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint, dans peu de jours » (1:5).

Ces cinq premiers versets sont le commencement tout simple de ce livre dont le sujet est les œuvres merveilleuses de Dieu dans la nouvelle création, dont Il voulait rendre témoignage dans l’ancienne création par un témoin non moins compétent que Son propre Esprit. À la croix du Fils de l’homme le péché a été jugé par Dieu, non sur des pécheurs, mais dans le seul Sacrifice qui ait été parfait, afin que Dieu puisse diffuser en toute justice, parmi les Juifs et les Grecs, tous ruinés pareillement, la bonne nouvelle de la grâce qui sauve, et afin que, par la foi, tous puissent aussi être pareillement sauvés. Et maintenant le Sauveur est dans une position de vie et de puissance de résurrection, prémices de ceux qui sont endormis, Esprit vivifiant pour tous ceux qui croient (1 Cor. 15:20, 45). Comme Il avait marché selon l’Esprit de sainteté dans un monde de péché pendant les jours de Sa chair, Il est ainsi déterminé Fils de Dieu en puissance selon ce même Esprit par la résurrection (Rom. 1:4), vainqueur de Satan dans la mort comme dans la vie, ayant épuisé le jugement de Dieu en souffrant pour le péché, afin d’être le chef juste d’une famille nouvelle qui vive de Sa vie comme Il est mort pour leurs péchés. Ainsi l’Évangile de Luc amène à ces « Actes des Apôtres » comme on les appelle habituellement, — mais cette appellation est incorrecte, car il s’agit plutôt du récit inspiré de l’œuvre du Seigneur ressuscité, dans l’énergie du Saint Esprit descendu d’en haut et Lui rendant témoignage, à la fois dans l’assemblée et dans Ses serviteurs, surtout certains apôtres.

 

1.2.1       1:2 — Puissance dans la vie de résurrection

Le Seigneur ressuscité d’entre les morts, quoique pas encore élevé au ciel, est vu ici donnant Lui-même des ordres aux apôtres par le Saint Esprit (1:2). Ce n’était pas simplement des ordres avant de mourir ; dans le nouvel état de l’homme au-delà du tombeau, nous avons la preuve de la même puissance bénie. L’Esprit Saint agit dans l’homme ressuscité, et en Jésus, nous voyons cette vérité, comme toutes les autres. Il en sera de même pour nous une fois ressuscités d’entre les morts ; nous ne perdrons pas cette source divine de puissance et de joie quand, ou parce que, nous entrerons dans cet état final de l’homme selon les conseils de Dieu. Ce sera l’état où ce qui est parfait sera venu  (1 Cor. 13:10), mais c’est justement pourquoi le Saint Esprit ne cessera pas d’agir en nous ; ou plutôt Il nous formera pour toute l’adoration et le service convenant à ceux qui sont glorifiés avec Christ.

 

1.2.2       1:3 — Certitude de la résurrection

Que Christ se soit présenté Lui-même vivant après avoir souffert, c’est le grand fait établi « avec plusieurs preuves » (1:3), et c’est aussi le sujet du témoignage rendu tout le long de ce livre des Actes, et aussi la vérité fondamentale de l’évangile. Le Dieu de grâce est le Dieu de résurrection en Christ qui a souffert une fois pour les péchés, le Juste pour les injustes (1 Pierre 3:18). Les apôtres ont été des faux témoins de Dieu s’Il ne L’a pas ressuscité, et Il ne L’a pas ressuscité si les morts ne ressuscitent pas ; et s’Il n’est pas ressuscité, notre foi est vaine : nous sommes encore dans nos péchés (1 Cor. 15:12-19). Mais Il a été ressuscité d’entre les morts, aussi sûrement que Dieu est vrai et que Sa parole est vraie ; Sa grâce et Sa puissance sont manifestées à la fois dans les témoins qu’Il a choisis que dans les effets transformants de Son témoignage sur d’autres qui croient, autrefois fils de désobéissance et enfants de colère, Ses ennemis. La mission a été confiée aux apôtres de Sa part à Lui, le Ressuscité.

Ce n’était pas seulement qu’Il a été vu d’eux, ou qu’Il leur est apparu, pendant 40 jours ; Il a aussi parlé des choses qui regardent le royaume de Dieu, comme l’ont ensuite prêché Ses serviteurs. Ceci était tout autant vrai de l’apôtre des Gentils, et jusqu’à la fin, comme on l’apprend spécifiquement par Actes 20:25 et 28:31.

 

1.2.3       1:4-5 — Promesse du Saint Esprit

Étant réuni avec eux, Il leur commanda de ne pas partir de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père, le baptême du Saint Esprit, peu de jours après (1:4-5). Il est de toute importance de bien comprendre cela : car beaucoup appliquent à tort le baptême de l’Esprit, soit à des manifestations miraculeuses, soit à la nouvelle naissance ; et d’autant plus que, sans aucun doute, Il a abondamment agi de ces deux manières-là au jour de la Pentecôte. Mais le lecteur n’a qu’à considérer Jean 14 à 16 pour apprendre de la Parole de Dieu qu’il n’est pas ici question du premier et grand besoin de l’homme pécheur de tout temps, savoir d’être né de l’Esprit, et encore moins de ces dons ou « charismes » distribués si abondamment parmi ceux qui confessaient le Seigneur en ce temps-là, mais du privilège immense et permanent de l’Église, celui de la présence du Saint Esprit envoyé d’en haut en personne pour demeurer avec les saints et être en eux. C’est Lui que Le Père a donné pour être avec eux éternellement (Jean 14:16) ; c’est Lui que le Fils a envoyé d’auprès du Père (Jean 15:26). Car cet envoi était conditionné par le départ du Fils : s’Il ne s’en était pas allé, cet autre Avocat [ou : Consolateur], l’Esprit de vérité, ne serait pas venu (Jean 16:7). Mais une fois l’œuvre de réconciliation accomplie, Jésus est monté au ciel et a envoyé l’Esprit ici-bas. C’était l’accomplissement de la promesse du Père. Il fallait alors que les saints soient baptisés dans le Saint Esprit.

Pour le croyant, on ne peut rien concevoir de plus important et empreint d’autorité, et intrinsèquement pour la gloire de Dieu, et pour la vérité doctrinale, et quant aux conséquences pratiques. Pourtant, y a-t-il rien qui ait été si vite et si généralement oublié ? Sans cela, la place de Christ comme Tête de l’Église est inconnue, et aussi, par conséquent, la vraie relation de l’Église comme Son corps. La rédemption est affaiblie, la position nouvelle et céleste du chrétien n’est ni comprise ni goûtée, et l’espérance propre au chrétien est rabaissée au niveau d’une attente juive avec ses signes et ses dates, ses troubles et ses craintes. Le manque de foi quant au baptême du Saint Esprit affecte encore plus directement la marche et le service de l’individu, l’adoration en commun et l’action publique de l’assemblée. Il n’y a pas de signe plus sûr de la ruine de tout le témoignage rendu à Christ, ni de moyen plus fatal conduisant à cette ruine, que la pure ignorance et la mise complète de côté de cette puissance et de ce privilège incomparables pour le chrétien et l’Église, — or la chrétienté est imprégnée de cette ignorance et de cette mise de côté, et cela a eu lieu dès les temps apostoliques. Oh, quelle miséricorde de la part de Dieu, quel amour pour les Siens, quel honneur pour Christ et Sa croix, que le Saint Esprit ait daigné rester de manière absolument certaine pour l’Église, malgré l’infidélité montrée par l’Église à Son égard ! Le don ou baptême du Saint Esprit était la promesse du Père, et les disciples en ont entendu parler par le Fils. Jean, le plus grand de ceux qui sont nés de femme, a baptisé avec de l’eau, le baptême de repentance ; le Fils de Dieu, tout à la fois Homme ressuscité et exalté, est Celui qui baptise dans (ou avec) le Saint Esprit. Personne ne le pouvait en effet, sinon une personne divine ; pourtant c’est Celui qui, devenu homme pour accomplir la rédemption, a été reçu en haut, dans la gloire, d’où Il a envoyé l’Esprit.

 

1.3   Actes 1:6-11

« Eux donc étant assemblés, l’interrogèrent, disant : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu rétablis le royaume pour Israël ? Mais il leur dit : Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité ; mais vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre. Et ayant dit ces choses, il fut élevé [de la terre], comme ils regardaient, et une nuée le reçut [et l’emporta] de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (1:6-11).

 

1.3.1       1:6-8 — L’évangile et son contenu

Comme dans l’Évangile (Luc 19:11, et d’autres), le Seigneur corrige l’attente impatiente des disciples : le royaume ne devait pas apparaître immédiatement. La pâque devait être accomplie dans ce royaume quand il prendrait une forme différente (Luc 22:16). Ce n’est pas la forme chrétienne du royaume dont il est parlé ici, parce que la question portait sur la restauration du royaume à Israël en ce temps-là. Or le Seigneur ne nie pas du tout qu’une telle restauration aurait lieu en son temps, mais le salut d’Israël et le rétablissement du royaume pour le peuple élu appartiennent clairement aux voies de Dieu dont traite la prophétie ; et Il leur fait connaître qu’il y a des temps et des saisons que le Père a réservé à Sa propre autorité. Il leur fait voir une autre perspective sur ce qui les attendait immédiatement : « mais vous recevrez de la puissance à la venue du Saint Esprit sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (1:8).

Ces paroles expliquent la situation avec une précision divine et une grâce ineffable. Il n’allait pas encore y avoir le royaume manifesté qui appartient au siècle [ou : « ère »] à venir et au monde à venir. Il est maintenant question de témoignage dans la puissance du Saint Esprit, — ce témoignage étant lié à la mission et à la présence de ce Saint Esprit. Ils devaient être témoins de Christ, sans encore régner avec Lui, — mais témoins de Lui comme le rejeté et malgré tout ressuscité, méprisé des hommes, spécialement des Juifs et de Jérusalem, mais sur le point d’être exalté par Dieu dans le ciel, et témoins de Lui — car tout est par grâce — à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’au bout de la terre. Comparez la fin de l’Évangile de Luc avec le début des Actes, et vous y verrez que le Sauveur ressuscité commande de prêcher en Son nom la repentance et la rémission des péchés parmi toutes les nations, en commençant par Jérusalem : « Et vous, vous êtes témoins de ces choses ; et voici, moi, j’envoie sur vous la promesse de mon Père. Mais vous, demeurez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de puissance d’en haut » (Luc 24:47-49). Il ne s’agit pas ici de baptême, mais d’une bénédiction vitale, de la repentance pour la vie et de la rémission des péchés scellées du Saint Esprit. Tout a sa place et sa convenance, mais le meilleur fut donné au médecin bien-aimé pour qu’il le communique, par l’inspiration puissante de Dieu, qui allait donner (en honneur de la personne et de l’œuvre de Son Fils) la vie et la liberté avec le sceau de l’Esprit à tous ceux qui croient à l’évangile : sa source est la grâce de Dieu, son juste fondement est la croix de Christ, le caractère de la vie qu’il donne est celui de Sa résurrection ; l’objet d’après lequel il forme est Sa gloire céleste ; et sa puissance est l’Esprit Saint envoyé d’en haut.

 

1.3.2       1:9-11 — L’espérance du retour du Seigneur

Mais il manque encore la vraie perspective de l’espérance pour compléter le cercle de bénédiction. Et c’est ce qu’on trouve ensuite, l’espérance du retour du Seigneur, du moins dans la mesure où elle se rapporte à la portée de ce livre des Actes (car il y a un système divinement parfait dans toute l’Écriture et dans chacune de ses parties). « Et ayant dit ces choses, il fut élevé [de la terre], comme ils regardaient, et une nuée le reçut [et l’emporta] de devant leurs yeux. Et comme ils regardaient fixement vers le ciel, tandis qu’il s’en allait, voici, deux hommes en vêtements blancs, se tinrent là à côté d’eux, qui aussi dirent : Hommes galiléens, pourquoi vous tenez-vous ici, regardant vers le ciel ? Ce Jésus, qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel ». Il s’agit sans aucun doute de Son retour pour établir le royaume sur toutes langues et nations, pour le rétablissement de toutes choses (3:21) et non pas le moment spécial où Il recevra les Siens auprès de Lui et les présentera dans la maison du Père. C’est l’aspect plus général de Sa venue, non pas le côté céleste. Mais c’est quand même encore un objet personnel pour les saints, le Seigneur revenant en personne aussi sûrement que les témoins choisis l’ont vu s’en allant au ciel. Cela, les disciples l’ont laissé échapper comme espérance réelle et vivante, au déshonneur du Seigneur, attristant par là l’Esprit (Éph. 4:30), et à leur immense détriment. Car si, comme les gens disent, l’essentiel c’est la foi, on ne peut pas obscurcir, affaiblir, ou détruire la vraie espérance sans qu’il en résulte un dommage proportionnel, si l’on en juge par la seule et pleine mesure de la gloire de Dieu en Christ. Nous tombons dans des espérances trompeuses dès que la vérité cesse d’être devant le cœur ; et aucune n’est aussi fausse que d’attendre l’amélioration progressive du monde, ou même de la chrétienté, qui doit être jugée lors du jour du Seigneur ; nous devrions, comme des pèlerins et des étrangers, comme une épouse séparée du monde, attendre Christ qui vient nous chercher pour aller au ciel pour les noces de l’Agneau. C’est là la séparation pour Dieu, en grâce et céleste, au-dessus des attractions et des honneurs du monde, en dehors de tout le mal qui s’y trouve, et qui ne change pas sous l’effet de l’inimitié de ce monde. Que ce soit toujours plus vrai de nous dans Sa grâce !

Ce qui est donc ainsi clairement placé devant nous, c’est la position et l’attente des disciples dans ces jours du début. Ils savaient par la parole du Seigneur, que la promesse du Père allait bientôt s’accomplir dans le don du Saint Esprit. Au lieu du rétablissement du royaume pour Israël, ils allaient être des témoins de Christ partout jusqu’au bout de la terre ; et ils avaient l’assurance que le Seigneur Jésus, qui venait juste d’être élevé au ciel, reviendrait de la même manière qu’il L’avait vu s’en aller au ciel.

 

1.4   Actes 1:12-14 — La prière. Les femmes. Marie

« Alors ils s’en retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des Oliviers, qui est près de Jérusalem, le chemin d’un sabbat. Et quand ils furent entrés [dans la ville], ils montèrent dans la chambre haute où demeuraient Pierre, et Jean, et Jacques, et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques [fils] d’Alphée et Simon Zélote, et Jude [frère] de Jacques. Tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères » (1:12-14).

C’est ainsi que les saints passaient leur temps à l’exercice d’une continuelle dépendance de Dieu. Ils avaient été les témoins choisis de la Parole de la vie, tel qu’Il s’était manifesté ici-bas, et en Lui-même, le Fils leur avait montré le Père. Et maintenant ils attendaient cette personne divine qui allait être en eux aussi bien qu’avec eux, selon que le Seigneur les y avait préparés : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur » (Jean 14:15-16). Maintenant donc, ils s’adonnaient tous, et d’un commun accord, à la prière avec persévérance.

Il y avait avec eux des femmes croyantes. Combien leur place est différente de celle accordée par les Juifs, puis plus tard par les Musulmans, et de celle de la flatterie ou de la superstition médiévales, même au temps où le christianisme de nom pénétra l’occident ! Il n’y avait pas seulement des femmes mariées, d’où la forme générale de la phrase. Parmi elles, il est nommé spécialement celle devant qui la folie pécheresse allait plus tard se prosterner en lui rendant un culte prétendu secondaire, mais qui a pratiquement prévalu dans les âmes sur celui rendu au Fils et au Père.

C’est la première mention de Marie depuis l’ascension du Seigneur, dans cet historique qui est le seul certain et divinement inspiré. Elle a été grandement favorisée, et bénie entre les femmes, et toutes les générations la disent donc bienheureuse (Luc 1:48). Pourtant elle se trouvait en toute humilité avec les autres femmes, et les apôtres aussi avec elles toutes, attendant de Dieu le don du Saint Esprit. Depuis la croix, elle avait été prise au domicile du disciple bien-aimé. Après la résurrection, on ne voit rien dans la Parole qui suggère une apparition du Seigneur à Sa mère. Une autre Marie L’a vu, celle de Magdala, la première de tous, et d’autres femmes peu après ; l’Écriture se tait entièrement sur une quelconque apparition à Sa mère en particulier. Elle peut L’avoir vu ressuscité, comme les 500 en une fois, mais l’Écriture n’en touche pas un mot. C’est que Christ devait absolument ne plus être connu selon la chair (2 Cor. 5:16). Il était mort et ressuscité, et la gloire de Messie né de la Vierge s’effaçait devant la gloire plus éclatante de Commencement, et de Premier-né d’entre les morts (Col. 1:18).

C’est aussi la dernière mention de Marie. Chrysostome peut bien supposer que Joseph était mort ; en vérité, il avait disparu depuis longtemps. Il est parlé des deux ensemble pour la dernière fois dans la belle scène du Seigneur à l’âge de douze ans (Luc 2:42-51). Le Seigneur n’était pas encore oint du Saint Esprit, mais Il était pourtant parfaitement homme et véritablement Dieu, enfant de Marie, et soumis non seulement à elle, mais aussi à son mari — Son père du point de vue légal. Mais l’incident fait ressortir clairement Sa perfection comme enfant se nourrissant de la parole de Dieu, et la conscience qu’Il avait d’être le Fils de Dieu (bien au-delà des pensées de Joseph et de Marie), et en même temps Sa soumission à tous les deux, « Ses parents » dans la position humaine où Il était descendu de la gloire divine dans un amour non moins divin. Quand au temps convenable, oint du Saint Esprit, Il est entré dans Son service et qu’a commencé Sa présentation comme Messie, Joseph n’était plus là. C’est ce qu’il fallait. C’est par Joseph qu’Il pouvait revendiquer directement le titre royal de Fils de David ; car Joseph descendait de Salomon, et cela constituait la lignée authentique de la promesse au trône. Marie aussi descendait de David, mais à travers Nathan, qui ne pouvait conférer un tel titre. Légalement et naturellement, Il descendait donc du roi bien-aimé de Dieu, mais Il avait dans Sa propre personne un titre supérieur à David, et évidemment aussi supérieur à Joseph et Marie ; Il était Dieu, l’Éternel, le Seigneur Dieu d’Israël. Il faut bien que la parole de Dieu soit honorée et trouvée vraie dans toutes les particularités humaines que la grâce divine a données et fait connaître, pour l’exercice, la récompense, l’épreuve et la joie de la foi.

Ainsi Marie, selon l’Écriture, apparaît pour la dernière fois dans ce saint groupe de prière, avec d’autres, hommes et femmes, où on ne la prie pas, mais c’est elle qui prie. Que la chambre haute ait été dans le temple, c’est une rêverie du Dr. Hammond. Qu’il est étrange que des théologiens sérieux puissent concevoir de telles balourdises, et semblent si dépourvus d’amis bienveillants et fidèles pour les effacer afin qu’on ne les tourne pas à leur honte à leur détriment ! Le temple est le dernier endroit où les disciples auraient pu avoir une telle chambre. Il n’est pas douteux qu’elle se trouvait dans une maison privée où ils séjournaient alors ; nous ne savons pas si c’était la grande chambre garnie où le Seigneur s’est assis pour manger la dernière pâque ; cela n’a d’ailleurs pas d’importance divine, sinon cela nous aurait été dit. De telles chambres étaient courantes parmi les Juifs, spécialement à Jérusalem, nous pouvons en être sûrs, où Dieu avait Ses plans pour la bénédiction par Son Fils et à Son honneur.

 

1.5   Actes 1:15-26

1.5.1       1:15-22 — Pierre applique l’Écriture. Sort de Judas

« Et en ces jours-là, Pierre se levant au milieu des disciples (le nombre de ceux qui étaient réunis était d’environ cent vingt), dit : Hommes frères, il fallait que fût accomplie cette écriture que l’Esprit Saint a dite d’avance par la bouche de David, touchant Judas, qui a été le guide de ceux qui ont pris Jésus ; car il était compté parmi nous, et il avait reçu en partage ce service ; (celui-ci donc s’était acquis un champ avec le salaire de l’iniquité, et, étant tombé la tête en avant, s’est crevé par le milieu, et toutes ses entrailles ont été répandues. Et ceci a été connu de tous les habitants de Jérusalem, de sorte que ce champ-là est appelé dans leur propre dialecte Aceldama, c’est-à-dire champ de sang ;) car il est écrit dans le livre des Psaumes : «Que sa demeure soit déserte, et qu’il n’y ait personne qui y habite» [Psaume 69:25], et : «Qu’un autre prenne sa charge de surveillant» [Psaume 109:8]. Il faut donc que d’entre les hommes qui se sont rassemblés avec nous pendant tout le temps que le seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous, en commençant depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour auquel il a été élevé [au ciel] d’avec nous, quelqu’un d’entre eux soit (*) témoin avec nous de sa résurrection. Et ils en mirent deux sur les rangs : Joseph, appelé Barsabbas, qui était surnommé Juste, et Matthias. Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre lequel de ces deux tu as choisi, afin qu’il reçoive en partage ce service et cet apostolat, duquel Judas est déchu pour s’en aller en son propre lieu. Et ils jetèrent le sort sur eux ; et le sort tomba sur Matthias, qui fut adjoint (**) aux onze apôtres » (1:15-26).

 

(*) C’est à tort que la version autorisée du roi Jacques traduit « soit ordonné pour être ».

(**) W. Kelly traduit « compté avec les onze apôtres », de même que JND en anglais et aussi la version autorisée du roi Jacques. « Adjoint » figure dans la traduction JND en français.

 

Les cent vingt n’incluaient pas tous les fidèles du pays, mais probablement tous ceux de Jérusalem. Pierre leur parle avec décision, mais à la lumière de l’Écriture et avec son autorité. La puissance d’en haut n’était pas encore descendue sur lui, mais il y avait à l’évidence une intelligence dont il n’avait jamais fait l’expérience avant la mort et la résurrection du Seigneur. Ces deux choses peuvent coexister maintenant ; on peut trouver de l’intelligence spirituelle sans qu’une puissance spéciale ait été donnée, quoique le Saint Esprit soit (19:2), et qu’il doive demeurer pour toujours. Mais nous apprenons ici le fait important qui les distinguait, et cela d’autant plus clairement que le Saint Esprit n’avait pas encore été répandu. Pierre applique l’Écriture avec clarté. Elle brille à la lumière de la mort et de la résurrection du Seigneur. Elle doit être accomplie non pas seulement en Christ, mais aussi dans l’antichrist ; or Judas en était un, lui qui avait guidé ceux qui ont pris Jésus. Le Saint Esprit a daigné parler du mal et du bien, et tout doit être accompli, même si c’est par des lèvres humaines. L’incrédulité de l’homme peut faire sa ruine, mais ne peut annuler la parole écrite ; pas plus que la part reçue par Judas dans le ministère de Christ ne l’a exempté de son péché et de son châtiment terribles. Et le champ acquis au moyen du salaire d’iniquité rendait un témoignage écrit en lettres de sang, après que Judas ait été déchu de la position de service et d’apostolat qui lui ont été retirés, pour s’en aller en son propre lieu de tourment. Rien d’étonnant que, comme Dieu marquait alors si solennellement son ressentiment devant tous les habitants de Jérusalem, Il ait dû parler auparavant par la bouche de David d’un tel pécheur contre Son propre Fils et aussi contre sa propre âme. Le Psaume 69:25 prononce la malédiction sur lui, et le Psaume 109:8 appelle un successeur pour prendre sa charge vacante. Et pour un tel successeur ayant accompagné les apôtres depuis le baptême de Jean jusqu’à l’ascension, Pierre établit la condition essentielle qu’il devienne avec eux un témoin de Sa résurrection.

Une fois de plus, nous voyons la place immensément importante que devait tenir la résurrection dans le témoignage de Christ et de l’évangile, et comment elle fait partie du tissu même du livre des Actes en particulier. Sans elle, il ne peut y avoir ni force ni clarté dans la prédication et l’enseignement. Et en présence de la résurrection, l’homme vain est annihilé ; par elle Christ est justifié, Dieu est glorifié, et le croyant reçoit la justice. Mais dans ce livre, nous apprenons mieux sa puissance et sa valeur aux mains du Saint Esprit en considérant l’usage pratique que Pierre a fait des Psaumes qu’il cite.

 

1.5.2       1:23-26 — Le choix d’un douzième apôtre et le tirage au sort

Deux personnes ont donc été mises en avant, Joseph Barsabbas Justus et Matthias, qui, autant qu’on peut voir, possédaient des qualifications équivalentes. C’est pourquoi on a fait appel au Seigneur par la prière. C’était Son œuvre qui était en jeu, et c’était à Lui de choisir l’ouvrier. Ainsi, en Matthieu 9:38, Il dit à Ses disciples de supplier le Seigneur de la moisson d’envoyer des laboureurs dans Sa moisson, puis, au ch. 10, Il appelle à Lui Ses douze disciples, leur donne autorité et les envoie. C’est le même principe ici. Ailleurs, en rapport avec l’assemblée de Dieu, c’est à Son Dieu et Père qu’il peut être tout à fait approprié de s’adresser ; mais c’est quand même au Seigneur qu’on s’adresse en ce qui concerne Son service et les instruments qu’Il peut choisir.

Il y a une particularité à relever, le fait de tirer au sort. Ce n’était point du tout la volonté de l’homme qui choisissant celui qu’il voulait, comme plusieurs érudits ont supposé à tort, sous l’effet de préjugés provenant de leurs habitudes particulières, et sans désir de les justifier par l’Écriture. Enfin le mot traduit par « compté avec » (1:26), n’appuie pas la notion d’élection populaire qui, dans son principe, est étrangère à l’Écriture, s’agissant du choix des serviteurs dans la Parole. Le sort était, comme il le sera au dernier jour, une façon spécialement juive pour chercher la direction divine, et ainsi, dans le choix du douzième apôtre (Matt. 19:28), c’est à juste titre qu’on y eut recours. Car on ne bénéficiait pas encore de la présence de l’Esprit, cette puissance nouvelle, où on ne connaît ni Juifs ni Gentils. On s’attendit donc au Seigneur de cette manière, mais on ne tira plus jamais au sort après la descente du Saint Esprit à la Pentecôte.

Il n’y a donc pas de raison pour Stier, que cite Alford, de mettre en doute cette phase de choix d’un douzième apôtre, qui semble être entièrement en accord avec la position d’attente des disciples. Par ailleurs, Actes 2:14 et 6:2 impliquent le contraire, selon que pensent la plupart, et ces passages montrent que Luc parle bien des Douze par la suite. Supposer que Paul était prévu pour faire le douzième revient plutôt à rabaisser sa position vraiment spéciale et son appel extraordinaire.

 

2                    Actes 2

2.1   Actes 2:1-4 — Baptême du Saint Esprit. Les langues

La mort de Christ comme agneau pascal eut lieu exactement le jour de la pâque, et il en fut de même pour Sa résurrection comme gerbe tournoyée. Aucun saint ne connut la signification de ces deux fêtes avant qu’elles deviennent des faits accomplis. Nous n’avons pas non plus de preuve, malgré l’intelligence manifestée dans l’emploi de l’Écriture après la résurrection (Actes 1, cf. Luc 24:45) que quelqu’un ait compris la signification de la fête des semaines avec ses pains tournoyés avant qu’elle fût accomplie. Les disciples étaient cependant ensemble, dans leur vraie position d’attente et de dépendance. « Et comme le jour de la Pentecôte s’accomplissait, ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Et il se fit tout à coup du ciel un son, comme d’un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, et commencèrent à parler d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer » (2:1-4).

C’était là le baptême de l’Esprit, quoique la cause puissante n’en soit pas ici dévoilée, ni les effets esquissés. Mais la promesse du Père était maintenant accomplie. Le Saint Esprit était envoyé du ciel selon la parole du Seigneur pour demeurer éternellement avec les Siens : c’est cet autre Avocat [Consolateur] correspondant sur la terre à Christ dans le ciel, — le divin gestionnaire de toutes nos affaires selon la volonté de Dieu. Comme c’était une chose entièrement nouvelle, elle fut accompagnée de signes, ayant un double caractère : non seulement un souffle violent remplit toute la maison, mais des langues divisées, comme de feu, se posèrent sur chacun d’eux. C’est ainsi que fut manifestée la présence de l’Esprit d’une manière générale pour toute la maison, et d’une manière spéciale comme puissance de témoignage pour chacun : c’est une distinction importante qu’on retrouve ailleurs sous d’autres formes.

Le témoignage est ici le point majeur, car s’ils furent tous remplis de l’Esprit, ils commencèrent aussi à parler d’autres langues selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer. D’où la justesse de la forme sous laquelle l’Esprit manifesta Son action : non pas une colombe comme quand le Seigneur fut scellé sur la terre, symbole d’Une Personne unique, sainte, innocente, et sans souillure, — mais des langues pour faire connaître les œuvres merveilleuses de Dieu dans la nouvelle création, qui dépassent de loin et à tous égards les merveilles de l’ancienne. Les langues n’étaient pas une, mais divisées. Le Gentil doit entendre, tout autant que le Juif, seul objet de faveur auparavant. La mission de la grâce était maintenant de s’étendre sans discrimination comme il convenait à un Sauveur mort et ressuscité, que Dieu a exalté en haut, après que l’homme, spécialement Israël, L’ait rejeté comme son Messie sur la terre. De plus, les langues étaient comme de feu, ce qui fait ressortir le jugement divin qui ne tolère pas le mal, selon la démonstration qui venait d’en être faite en grâce à l’homme, à la croix de Christ.

Mais les langages étaient à la fois très réels et différents de leur langue maternelle ou de toute autre langue apprise naturellement. C’est un fait clairement établi, autant que le don lui-même fut tout à fait significatif et approprié au temps. Pouvait-il y avoir un témoignage plus clair que, si Dieu avait donné Sa loi à Israël, — quoiqu’en elle-même, elle fût l’expression du devoir moral de l’homme, — Il allait maintenant faire connaître Sa grâce dans l’évangile à toutes les races et toutes les langues ? Non seulement Sa grâce pardonne toutes les offenses, mais elle vivifie ensemble avec Christ, de manière à constituer une base nouvelle et éternelle pour l’énergie de l’Esprit, pour que celle-ci produise, dans une vie nouvelle, le fruit de la justice qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu (Phil. 1:11). Ce témoignage de l’amour divin, efficace par la rédemption qui est dans le Christ Jésus (Rom. 3:24), s’adresse à tous, et agit effectivement sur tous ceux qui croient. Ce n’était pas l’élimination des différences de langues, ni la puissance qui fera qu’une fois de plus la terre entière aura une seule bouche et les mêmes paroles (Gen. 11:1), mais c’était la grâce élevant ses objets et ses instruments au-dessus des effets du jugement de Babel, qui confondit l’orgueil de la race humaine par la multiplicité des langues, quand elle cherchait à s’associer et à s’exalter au moyen d’une union des volontés humaines dans l’oubli complet de Dieu (Gen. 11). Mais Dieu se souvint de l’homme coupable et misérable, et dans Sa sagesse et Sa miséricorde, Il se servit de la haine du peuple élu contre Lui et contre Son Fils (Jean 15:24) pour sortir dans la puissance du Saint Esprit envoyé du ciel, et pour signaler ceci d’une manière très touchante à toutes les nations sous le ciel.

 

2.2   Actes 2:5-11 — Encore les langues

« Or il y avait des Juifs séjournant à Jérusalem, hommes pieux, de toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel. Et le bruit de ceci s’étant répandu, la multitude s’assembla, et fut confondue de ce que chacun les entendait parler dans son propre langage. Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes, et s’étonnaient, disant : Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, [celui du pays] dans lequel nous sommes nés ? Parthes et Mèdes et Élamites, et nous qui habitons la Mésopotamie, la Judée et la Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l’Égypte et les quartiers de la Libye qui est près de Cyrène, et nous, Romains qui séjournons [ici], tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, — nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu » (2:5-11).

 

2.2.1       Ce que sont ces langues

S’il avait fallu rendre claire et précise la nature du miracle en quelques mots, on aurait pu penser que ces versets y réussiraient à coup sûr. Mais les érudits et scientifiques de ce monde, même ceux qui portent le nom de chrétien, ne manifestent pas moins d’incrédulité aujourd’hui que les Juifs d’autrefois qui, dans leur folie, ont cherché à attribuer ce parler en langue à une simple excitation. Certains ont essayé de trouver dans ce récit la même chose qu’ont fait revivre les Irvingites dans la première moitié du 19° siècle, soit une sorte de jargon dépourvu de sens, soit une langue entièrement nouvelle (*) (comme ses partisans, notamment Meyer, le prétendent). D’autres (comme Bleek, et autres) soutiennent qu’il s’agissait d’une manière de parler très excitée ou extatique appropriée à la communication des merveilles de la grâce ; d’autres comme Olshausen en sont à la pensée de bas niveau de l’existence d’une relation magnétique entre les orateurs et les auditeurs ; d’autres comme Wieseler et autres, y voient de simples exclamations inarticulées de louange ! Les rationalistes plus anciens, comme Paulus, et autres, ne supposent rien d’autre que leur langue maternelle ; d’autres, de Grégoire de Nysse et Cyprien jusqu’à Érasme et des hommes actuels, ont greffé sur cette première idée, l’idée étrange que, par l’Esprit, la multitude des étrangers entendait chacun sa propre langue ! Mais Grégoire de Nazianze rejette cette notion qui fait reposer le miracle sur les auditeurs plutôt que sur les orateurs, l’estimant contraire à la déclaration claire de l’Écriture, — comme c’est d’ailleurs le cas de toutes ces autres hypothèses vaines.

 

(*) Il n’est pas douteux que ce qui a donné occasion à cette tromperie de l’ennemi, et a aidé à l’établir, c’est l’insertion du mot inconnu dans la version autorisée du roi Jacques en 1 Cor. 14:2, 4, 13, 19, 27. C’est une preuve, et non des moindres, du mal fait par ces additions non étayées ; mais je ne suis pas le premier à en faire la remarque, quoique cela me soit venu à l’esprit de manière indépendante.

Bien que toutes ces idées soient soutenues non seulement par des prédicateurs, mais par des théologiens de niveau supérieur, elles sont en vérité balayées au premier contact de la Parole écrite, qui est toujours la norme de la vérité, et dont on a plus que jamais besoin dans nos jours de fertilité et d’audace intellectuelles. Les disciples furent rendus capables, dans la puissance de l’Esprit, de parler les différentes langues de la terre ; mais il semblerait qu’il y ait eu différentes mesures dans ce don, comme pour les autres dons. L’apôtre rend grâce à Dieu de ce qu’il parlait en langues plus que tous les Corinthiens, lesquels aimaient faire étalage de ces dons-signes ; mais il insiste aussi sur la place subalterne de tous ces dons par rapport à la prophétie, celle-ci étant un don servant de manière caractéristique à l’édification, à l’encouragement et à la consolation. La grande finalité dans l’assemblée, c’est l’édification, et une langue qui n’est pas interprétée n’y contribue pas ; en outre leur emploi fréquent, voire simultané, était une violation évidente de l’ordre, et ces deux déviations font l’objet d’un redressement par le commandement du Seigneur (1 Cor. 14).

Les langues jouaient donc un rôle très inférieur dans l’assemblée. Beaucoup, dans les temps anciens et modernes, ont supposé qu’elles ont été conférées pour la diffusion de l’évangile. Elles ont certainement été utilisées pour retenir l’attention des Juifs de pays étrangers qui affluaient à Jérusalem pour cette fête, ou qui y séjournaient par ailleurs. Ce qui a confondu ces étrangers issus de tant de pays était que chacun entendait les disciples parler dans sa propre langue ; et même si telle ou telle langue comme l’Araméen, le Grec ou le Latin, prévalait dans le monde connu alors, il est vain de dire à quelqu’un qui croit cette énumération soigneuse et variée du Nord-Est au Sud et à l’Ouest (ce qui semble être la raison pour laquelle la Judée figure entre la Mésopotamie et la Cappadoce), que l’écrivain inspiré n’entendait évoquer que quelques langues spécifiques. Ceux qui résidaient ou séjournaient à Jérusalem n’en ont pas jugé ainsi ; or leur piété leur donnait du poids, et ils étaient les derniers à être enclins aux innovations religieuses. Pour eux, la preuve était irrécusable, c’était même une preuve impossible si la diversité des langues n’avait pas été une réalité sûre et manifeste dont ils étaient compétents pour juger. « Voici, tous ceux-ci qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Et comment les entendons-nous, chacun dans son propre langage, [celui du pays] dans lequel nous sommes nés ? Parthes et Mèdes et Élamites, … — nous les entendons annoncer dans nos langues les choses magnifiques de Dieu ».

 

2.2.2       Une étape vers la grâce adressée aux nations

Pourtant, ceux qui entendirent et crurent l’évangile en ce jour-là n’étaient que des Juifs et des prosélytes. Mais cette forme merveilleuses de témoignage préparait la voie pour ceux qui glanent la pensée de Dieu à la fois à partir des miracles de Sa puissance en grâce et des paroles du Seigneur dans les diverses missions qu’Il a confiées aux disciples, — cette activité à laquelle ils furent appelés et qui consiste à rendre témoignage, au loin, de Son amour. Ces mains qui avaient été tendues en vain vers un peuple désobéissant et contredisant, se tournaient déjà vers toutes les nations qui voudraient écouter. Mais, comme nous le verrons en son temps, le Seigneur allait devoir utiliser des moyens nouveaux pour atteindre les oreilles et ranimer les pieds hésitant des Siens dans cette grâce qui n’attend pas l’homme, et ne dépend pas des fils des hommes (Michée 5:7).

 

2.2.3       Le don du Saint Esprit est une nouveauté bien plus importante

L’apôtre explique ailleurs que les langues étaient un signe pour les incrédules (1 Cor. 14:22). Elles avaient pour but de retenir l’attention et de susciter des interrogations. La présence du Saint Esprit promis était un fait incomparablement plus profond et plus fécond. Il fut envoyé du ciel pour former l’assemblée, le nouveau lieu d’habitation de Dieu, le corps de Christ. Il devait être la puissance de témoignage, des bonnes nouvelles de Dieu pour le monde. Il devait être dans les croyants et avec eux éternellement, le Paraclet que Christ allait envoyer après être monté en haut, non seulement pour convaincre le monde de péché, de justice, et de jugement, mais pour conduire les saints dans toute la vérité, leur annonçant les choses qui devaient arriver, et glorifiant Christ comme Lui avait glorifié le Père (Jean 14:16 ; 15:26 ; 16:8, 13, 14). Quelles qu’aient pu être la merveille et l’à-propos plein de grâce des langues, le don de l’Esprit Lui-même les surpasse infiniment ; mais Sa présence et les résultats de toute importance qui en découlent, échappent au monde qui ne Le voit pas et ne Le connaît pas (Jean 14:17). Les signes et les miracles, c’est ce dont les hommes s’occupent.

 

2.3   Actes 2:12-21 — Encore le changement radical de la descente du Saint Esprit

« Et ils étaient tous hors d’eux-mêmes et en perplexité, disant l’un à l’autre : Que veut dire ceci ? Et d’autres, se moquant, disaient : Ils sont pleins de vin doux. Mais Pierre, s’étant levé avec les onze, éleva sa voix, et leur parla : Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l’oreille à mes paroles ; car ceux-ci ne sont pas ivres, comme vous pensez, car c’est la troisième heure du jour ; mais c’est ici ce qui a été dit par le prophète Joël : Et il arrivera aux derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes hommes verront des visions, et vos vieillards songeront en songes ; et sur mes serviteurs et sur mes servantes, en ces jours-là, je répandrai de mon Esprit, et ils prophétiseront ; et je montrerai des prodiges dans le ciel en haut, et des signes sur la terre en bas, du sang et du feu, et une vapeur de fumée ; le soleil sera changé en ténèbres et la lune en sang, avant que vienne la grande et éclatante journée du Seigneur. Et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (2:12-21).

 

2.3.1       Les prophètes l’annonçaient

Comme d’habitude, les gens se répartissent en plusieurs catégories, les uns surpris, les autres hostiles et méprisants. Pierre prend l’initiative pour donner des explications avec sérieux et précision. Il nie formellement la pensée indigne de l’ivresse, que l’heure matinale aurait dû suffire à écarter comme contraire à la crainte de Dieu de ces hommes. C’était en réalité ce dont Joël avait parlé : évidemment pas son accomplissement comme il aura lieu aux derniers jours, mais une effusion de même nature. En effet, les paroles du prophète allaient au delà de ce qu’on venait de voir s’accomplir ; car il n’est pas juste de limiter « toute chair » à Israël seulement ; et Dieu, qui allait bientôt introduire les Gentils au nom de Christ, bénira les nations dans le royaume futur, quand tous les bouts de la terre se souviendront et se tourneront vers le Seigneur, et que toutes les tribus des nations se prosterneront devant Lui (Ps. 22:27). L’évangile réalisait maintenant cette grâce de Dieu sans discrimination, et même plus profondément que sous Son gouvernement futur, quand Il fera voir que le royaume est à l’Éternel, et qu’Il est celui qui domine au milieu des nations (Ps. 22:28).

 

2.3.2       Un autre accomplissement eu dernier jour

Au dernier jour, quand les paroles de Joël s’accompliront en totalité, l’Esprit sera répandu, et la bénédiction dont Israël jouira librement se déversera bien au delà de leurs limites étroites. Les voies de Dieu seront alors connues sur la terre, et Son salut parmi toutes les nations (Ps. 67:2). La bénédiction temporelle sera alors accordée à Israël (Joël 2:19-27), et ils seront débarrassés pour toujours de leur grand ennemi du nord (Joël 2:20) ; car l’Éternel fera de grandes choses pour Son peuple et Son pays (Joel 2:21 ; Ps. 126:3), malgré tout ce que l’ennemi se préparait à faire. « Mon peuple » souligne-t-Il majestueusement, « ne sera jamais honteux » (Joël 2:27). Alors le prophète fait deux annonces bien distinctes : la première, l’effusion du Saint Esprit (Joël 2:28, 29) ; la seconde, des signes extérieurs de jugement introduisant le jour de l’Éternel, dont les circonstances sont détaillées au ch. 3, jusqu’au récit final de la reprise de leurs bénédictions. Des miracles dans le ciel et sur la terre précèderont ce jour, tandis que la repentance d’Israël préparera la voie à leur délivrance et leur bénédiction, spécialement au don de l’Esprit. C’est le même principe qu’ici.

 

2.3.3       Rôle du Saint Esprit

En répandant maintenant Son Esprit, Dieu associe par là les croyants à Christ élevé dans le ciel. Donné en vertu de la rédemption, le Saint Esprit verse l’amour de Dieu dans leurs cœurs (Rom. 5:5), les scelle pour le jour de la rédemption, et est les arrhes de leur héritage (Éph 1:13-14). Il demeure en eux maintenant, et vivifiera bientôt leurs corps mortels à la venue de Christ (Rom. 8:9-11). En outre, Il est le lien béni et divin qui fait d’eux le corps de Christ et la maison de Dieu. Beaucoup seront intéressés à ce que je mentionne le jugement formé par le célèbre historien ecclésiastique Neander, qui, comme luthérien, n’avait bien sûr aucun préjugé à l’égard de la vérité de l’Église. Je ne le cite pas comme étant toujours correct ni comme faisant autorité en aucune manière, mais comme le témoignage sérieux d’un chrétien capable et bien informé, — condition contraire à celle de l’église actuellement, qu’elle soit Protestante ou Romaine, Orientale ou Grecque. C’est, donc, dans sa mesure, un hommage fort et involontaire à la vérité révélée sur ce sujet.

 

2.3.4       Suppression des intermédiaires humains avec Dieu

« Ce que Moïse a exprimé comme un souhait (Nom. 11:29), à savoir que l’Esprit de Dieu puisse reposer sur tous et que tous puissent être prophètes, me semble une prédiction de ce qui devait être réalisé par Christ. Par Lui devait être instituée une communion de vie divine qui, procédant d’une relation égale et également directe de tous avec le seul Dieu, comme source divine de vie pour tous, devait ôter ces frontières à l’intérieur desquelles était encore confiné le développement de la vie plus élevée, selon la position de l’Ancien Testament ; et par conséquent, la communion qui en dérivait allait se distinguer fondamentalement de la constitution de toutes les sociétés religieuses antérieures. Dans une telle société, il n’y aurait plus de fonction de prêtre ou de prophète, destinée à servir de moyen de propagation et de développement du royaume de Dieu, et de laquelle la conscience religieuse de la communauté devait dépendre. Ce genre de corporation de sacrificateurs comme il en existait dans les systèmes religieux antérieurs, donnait à ses membres le pouvoir de guider d’autres hommes, et ceux-ci restaient ainsi, pour ainsi dire, en état de tutelle religieuse ; une telle corporation avait la charge exclusive de pourvoir aux besoins religieux des hommes, et de servir de médiateurs par lesquels les autres hommes entraient en relation avec Dieu avec les choses divines — une telle caste sacerdotale n’avait pas de place dans le christianisme. En enlevant ce qui séparait les hommes d’avec Dieu, en communiquant à tous la même communion avec Dieu, Christ a également enlevé la barrière qui séparait jusque-là les hommes les uns des autres. Christ, le Prophète et le Souverain Sacrificateur pour l’humanité entière, était la fin de la prêtrise et de la fonction prophétique. Il y avait désormais le même Grand Sacrificateur et Médiateur pour tous, par Lequel tous les hommes, réconciliés et unis avec Dieu (*), sont constitués une race spirituelle et sacerdotale ; il y avait aussi un seul Roi, Conducteur et Maître qui enseigne, qui est céleste et par Lequel tous sont enseignés de Dieu ; une seule foi, un seule espérance, un seul Esprit qui devait tous les vivifier ; un seul oracle dans les cœurs de tous, la voix de l’Esprit procédant du Père ; tous devaient être citoyens d’un seul royaume céleste, et ils seraient munis des pouvoirs célestes de ce royaume, même dans leur condition d’étrangers dans le monde. Quand les apôtres appliquaient l’idée de sacrificature selon l’Ancien Testament au christianisme, il me semble que c’était toujours dans le simple but de prouver qu’aucune sacrificature visible de ce genre ne pouvait avoir sa place dans la nouvelle communauté ; et que, du fait qu’un libre accès à Dieu et au ciel avait été ouvert une fois pour toutes aux croyants par le seul Grand Sacrificateur — Christ Lui-même —, ces croyants, en vertu de leur union avec Lui, étaient devenus, un peuple spirituel, consacré à Dieu ; ils n’étaient appelés à rien moins qu’à consacrer leur vie entière à Dieu en offrande d’action de grâces en réponse à la grâce de la rédemption, en vue de publier au loin la puissance et la grâce de Celui qui les avait appelés du royaume des ténèbres à Sa merveilleuse lumière, pour faire de leur vie une sacrificature continuelle, un culte spirituel jaillissant de la foi opérante par l’amour, un témoignage continuel pour leur Sauveur (comparez 1 Pierre 2:9 ; Romains 12:1 ; ainsi que l’esprit et la ligne de pensée traversant toute l’épître aux Hébreux). Ainsi aussi, l’avancement du royaume de Dieu en général et en particulier, la diffusion du christianisme parmi les païens et le bien de chaque communauté particulière, — tout cela n’était désormais plus le devoir d’une seule classe spéciale de chrétiens, mais l’exercice immédiat de chacun individuellement » (Histoire générale de la religion chrétienne et de l’église, par Neander, i. §2, pp. 248-250, édition de Bohn).

 

(*) L’auteur aurait dû écrire « tous les croyants [et non pas : tous les hommes], réconciliés et unis avec Christ [et non pas : unis avec Dieu].

Bornons-nous à noter l’inexactitude vague de « l’humanité entière » d’une part et du « roi » de l’autre, car il ne faut pas s’attendre à ce qu’un Luthérien connaisse la ruine totale de l’homme et les relations nouvelles de Christ. Qu’Il ait goûté la mort pour tout homme, c’est vrai ; mais Il est roi d’Israël et des nations, et aussi Tête de l’Église, mais non pas de l’humanité en tant que telle. Il a autorité sur toute chair pour donner la vie éternelle à tous ceux que le Père lui a donnés (Jean 17:2). Quoi qu’il en soit, ce texte de Neander, malgré de sérieuses inexactitudes, prouve que cet historien moderne avait mieux compris que la plupart le caractère particulier de cette chose nouvelle que Dieu a formée pour Sa gloire au jour de la Pentecôte ; un caractère nullement accidentel ou provisoire, mais qui la distingue essentiellement du début jusqu’à la fin, — ce caractère étant à la fois distinct de ce que Dieu avait établi en Israël et des inventions de Satan parmi les Gentils. Cette chose nouvelle était l’habitation de Dieu par l’Esprit.

Telle était la préface du discours de l’apôtre, un démenti à l’excitation charnelle, pour ne pas dire immorale, qui leur était imputée, et l’affirmation de la puissance de l’Esprit manifestée à la fois dans le don des langues, et dans le fait de prophétiser selon Joël.

 

2.4   Actes 2:22-36

Maintenant Pierre aborde le fondement de leurs espérances comme peuple élu de Dieu, et il fait ressortir les faits qui venaient de s’accomplir à la lumière de Sa parole, surtout les psaumes 16, 110 et 132, comme nous le verrons.

« Hommes israélites, écoutez ces paroles : Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous-mêmes vous le savez, ayant été livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à [une croix] et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques, lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. Car David dit de lui : «Je contemplais toujours le *Seigneur devant moi ; car il est à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé. C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma langue a tressailli de joie ; et plus encore, ma chair aussi reposera en espérance ; car tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption. Tu m’as fait connaître les chemins de la vie, tu me rempliras de joie par [le regard de] ta face» [Psaume 16:8-11]. Hommes frères, qu’il me soit permis de vous dire avec liberté, touchant le patriarche David, et qu’il est mort, et qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est au milieu de nous jusqu’à ce jour. Étant donc prophète, et sachant que Dieu lui avait juré, avec serment, qu’il ferait asseoir [quelqu’un suscité] du fruit de ses reins, sur son trône, il a dit de la résurrection du Christ, en la prévoyant, qu’il n’a pas été laissé dans le hadès et que sa chair non plus n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté dans les cieux ; mais lui-même dit : «Le *Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds» [Psaume 110:1]. Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (2:22-36).

 

2.4.1       Actes 2:22-23 — Christ démontré être le Messie. La croix

L’apôtre s’adresse à eux selon leur titre national, en tant que théocratie choisie de Dieu ; et tout en ne cachant nullement le nom d’humiliation de son Maître, il revendique pour Lui le caractère de Messie démontré de façon irrécusable. C’est Dieu, affirme-t-il, qui Le leur avait ainsi proclamé (*) par des miracles, des prodiges et des signes ; c’est Dieu qui avait ainsi opéré par Lui parmi eux. Ils ne pouvaient pas nier la manifestation effective de la puissance divine en toutes sortes de bontés et de miséricordes, ni que c’était de cette manière qu’Israël avait attendu l’Oint de Dieu selon les oracles vivants. Les yeux de l’aveugle étaient ouverts, les oreilles du sourd débouchées, le boiteux sautait comme un cerf, et la langue du muet chantait. Tout ceci était-il arrivé sans la personne à laquelle l’Écriture rattache tout cela ? Si ce n’était pas encore accompagné de vengeance, n’était-ce pas certainement d’une grâce manifestement divine ? Certes le sol desséché n’est pas devenu un étang, et il ne jaillit pas d’eau sur les terres assoiffées (És. 35:7) ; le chemin de sainteté n’est visible que pour la foi ; les impurs abondent, « hardis » comme des lions, et les bêtes qui déchirent suscitent toujours la terreur, — parce que le peuple est apostat par rapport à son Roi depuis qu’Il est venu, comme ils avaient autrefois abandonné l’Éternel au profit de toutes les vaines idoles des nations (cf. Ps. 35). Mais Dieu n’avait pas manqué de rendre témoignage à tout ce qui pouvait recommander Son serviteur qu’Il soutenait, Son élu en qui Son âme trouvait Son plaisir (És. 42:1) ; et le peuple l’a su, quoique tentés par Satan de l’imputer à l’ennemi afin de faire échapper leur conscience à la soumission à la vérité. L’imputer à l’ennemi ! quand toutes les paroles et toutes les œuvres de Christ visaient directement la destruction des ruses et de la puissance de méchanceté de Satan ! Mais l’esprit de l’homme quand il est induit en erreur… que n’imaginera-t-il pas et que ne dira-t-il pas pour éviter la grâce qui a pitié de lui et voudrait le sauver, s’il s’inclinait devant Dieu et son Christ ?

 

(*) Note du traducteur : le terme proclamé est celui utilisé par WK dans sa traduction de 2:22, là où JND traduit approuvé de Dieu. Le commentaire de WK suit sa version de la Bible.

La croix a-t-elle été une pierre d’achoppement pour quelque Israélite en annulant ce à quoi il avait droit ? Sur la croix pourtant, l’homme — le Juif — étant ce qu’il est, Dieu a tout disposé merveilleusement à Sa propre gloire. D’un côté, l’incrédulité, la rébellion et le blasphème ont pu agir sans frein, au moment convenable ; et Jésus a été rejeté ignominieusement par Son propre peuple, et les Gentils ont été poussés par lui à le crucifier ; tout cela pour que, d’un autre côté, Il puisse devenir une propitiation pour les péchés de ceux qui croient, les Siens, et même pour le monde entier (1 Jean 2:2). Le premier côté, c’est l’iniquité inexcusable de l’homme ; le second, c’est la grâce souveraine de Dieu. D’un côté ils étaient les instruments de leur propre méchanceté, de l’autre côté Dieu a donné Celui qui a été manifesté pour ôter le péché par le sacrifice de Lui-même. Ainsi à cette même croix se sont rencontrés la volonté des créatures, celles de l’homme et de Satan, en hostilité mortelle contre Dieu, et l’amour divin tournant le péché, autrement sans espoir, en l’effusion de ce précieux sang qui lave de tout péché, — ce qui était impossible sans la glorieuse personne qui est Dieu autant qu’homme, impossible si ce n’est par Ses souffrances expiatoires une fois pour toutes pour nos péchés, le Juste pour les injustes (1 Pierre 3:18). « Livré par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu, — lui, vous l’avez cloué à [une croix] et vous l’avez fait périr par la main d’hommes iniques » (2:23).

Aussi terrible que soit la croix comme preuve de la culpabilité aveugle de l’homme et de la puissance de Satan, et maintenant qu’on la voit non seulement comme nécessaire pour accomplir l’Écriture, mais comme la porte indispensable et seule possible pour la délivrance du pécheur par la grâce de Dieu, la croix, dis-je, est reconnue comme une partie essentielle et moralement la plus profonde des voies de Dieu, comme elle est aussi la gloire morale la plus élevée du seigneur Jésus. Comme Il l’a dit Lui-même la veille de la croix : « Maintenant le fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même ; et aussitôt il le glorifiera » (Jean 13:31-32).

 

2.4.2       Actes 2:24-28 — La citation du Ps. 16

Mais la résurrection ! — que dit Dieu par son moyen ? C’est en vain qu’on a menti en prétendant que les disciples étaient venus de nuit et avaient volé le corps de Jésus, tandis que les soldats dormaient. Pierre ne mentionne même pas ce subterfuge si indigne, mais il affirme simplement la grande vérité sur laquelle repose l’évangile : « lequel Dieu a ressuscité, ayant délié les douleurs de la mort, puisqu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. Car David dit de lui : Je contemplais toujours le Seigneur devant moi… ». La parole de Dieu prononcée par David annonçait la résurrection du Messie, et Dieu L’a ouvertement montré ressuscité à des témoins choisis de Lui à l’avance (10:41). Mais il n’était pas possible en effet qu’il fût retenu dans la mort à laquelle Lui, le Saint, s’était soumis pour le péché et à la gloire de Dieu. Il n’était pas non plus possible que soit annulée l’écriture qui dit : « tu ne laisseras pas mon âme en hadès, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption ». Même selon l’ancienne interprétation juive, ces paroles du Psaume 16 ne peuvent s’appliquer qu’au Messie (Schöttgen, 564-8). Pierre ici, et Paul en 13:33-37, déclarent que cette Écriture a été accomplie en ce que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, et non pas en David, et encore moins en quelqu’un d’autre. Ainsi il Lui a été montré le chemin de la vie à travers la mort, avec un rassasiement de joie dans la présence de Dieu Son Père (2:28 ; Ps. 16:11).

 

2.4.3       Actes 2:29-36 — La citation du Ps. 132

Dans son raisonnement, l’apôtre cite le Psaume 132, le grand Psaume du royaume établi pour toujours dans le fils de David. « Hommes frères, qu’il me soit permis de vous dire avec liberté, touchant le patriarche David, et qu’il est mort, et qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est au milieu de nous jusqu’à ce jour. Étant donc prophète, et sachant que Dieu lui avait juré, avec serment, qu’il ferait asseoir [quelqu’un suscité] du fruit de ses reins, sur son trône, il a dit de la résurrection du Christ, en la prévoyant, qu’il n’a pas été laissé dans le hadès et que sa chair non plus n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins ». Ceci, et ceci seulement, explique le caractère particulièrement glorieux du royaume même dans ses relations terrestres. Le Roi est déjà maintenant ressuscité d’entre les morts. Ceci marque la perpétuité comme rien d’autre ne pouvait le faire : pourtant c’est le royaume d’un homme. Seulement c’est l’homme ressuscité d’entre les morts, car en toutes choses Il doit avoir la première place (Col. 1:18).

 

2.4.4       Actes 2:33-36 — La citation du Ps. 110

Or en fait, la résurrection était directement comme une borne d’étape, non pas vers le royaume qui est encore suspendu dans l’attente de Son apparition en gloire, mais vers Son ascension et Son entrée dans la présence de Dieu ; il y a des raisons pour cela qui touchent de près à la fois la gloire de Dieu maintenant, et ceux qui jouissent maintenant de Sa faveur, selon ce que nous lisons : « Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté dans les cieux ; mais lui-même dit : ‘Le Seigneur a dit à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour marchepied de tes pieds’ [Psaume 110:1]. Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (2:33-36).

Du si riche trésor des paroles de Dieu, il est encore tiré une phrase pour démontrer la portée de la vie de Christ, y compris Sa résurrection et Son ascension ; on y trouve non seulement des faits de la plus haute importance, les fondements de la vérité nécessaire pour chaque jour et pour l’éternité, mais aussi des parties du plan infini de Dieu pour manifester Sa propre gloire et pour donner effet à Sa bonté envers nous. Si le Psaume 132 assure au fils de David ressuscité la position de Roi pour toujours sur son trône en Sion, avec les privilèges abondants et appropriés à Son royaume sur la terre et en Israël, la citation du Psaume 110 rend témoignage à Son exaltation actuelle dans le ciel. La preuve la plus déterminante en était donnée dans la promesse du Père accomplie maintenant, le don du Saint Esprit, avec une preuve incontestable de Son effusion sous leurs yeux et à leurs oreilles. Christ avait reçu ce don pour la seconde fois. La première fois Il avait été scellé comme homme sur la terre, Lui le saint et agréable délice de Dieu ; ensuite comme homme dans le ciel, Il a reçu une seconde fois le même Esprit comme Celui qui, ayant achevé l’œuvre de la rédemption, s’en est allé en haut, comme garantie et témoin glorieux de l’acceptation de tous ceux qui, croyant en Son nom, sont justifiés et délivrés, pour pouvoir être unis en un, comme corps de la Tête exaltée. C’est sur ceci que repose la continuation à perpétuité de ce don, la présence du Saint Esprit, si essentielle à l’Église de Dieu. L’Esprit Saint répandu est non seulement le fruit de Son œuvre acceptée, dans tout ce qu’elle a d’amour invariable et éternel, mais Il est donc de nouveau donné à Christ, quoique pour nous. Si Christ a reçu du Père l’Esprit promis et a répandu ce qui a été vu et entendu à la Pentecôte, comment l’Esprit Saint pourrait-il faire autre chose que de demeurer en Son honneur et en l’honneur de Son œuvre ? Rien d’étonnant donc qu’Il demeure en nous et avec nous éternellement, quelles que soient les provocations humiliantes et déplorables qui viennent de nous, et quelles que soient les peines profondes que le Saint Esprit éprouve à l’égard des torts faits au nom de Christ. Il est venu rendre témoignage à ce que Dieu a exalté Jésus, fait Seigneur et Christ, que les hommes, et même les Juifs, ont crucifié.

L’effet de cet appel solennel à la conscience, fondé sur des témoignages de l’Écriture indéniables et directs, fut à la fois immédiat et durable. La vérité de Dieu sondait Son peuple sans ménagement : Sa grâce les rencontrait dans Sa bonté souveraine, et les établissait en Christ qu’ils avaient rejeté si aveuglément et si méchamment.

 

2.5   Actes 2:37-47

« Et ayant ouï [ces choses], ils eurent le cœur saisi de componction, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Que ferons-nous, frères ? Et Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit : car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui. Et par plusieurs autres paroles, il conjurait et exhortait, disant : Sauvez-vous de cette génération perverse. Ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes. Et ils persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières. Et toute âme avait de la crainte ; et beaucoup de prodiges et de miracles se faisaient par les apôtres. Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes ; et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que quelqu’un pouvait en avoir besoin. Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple ; et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (2:37-47).

 

2.5.1       Actes 2:37 — Travail de conscience

C’était un réel travail de Dieu dans la conscience. Ils n’étaient pas seulement persuadés, mais leurs cœurs étaient atteints, et saisis de componction. Il y avait de la soumission à la personne de Celui qu’ils venaient de crucifier, et cela venait par la foi en la parole de Dieu. Ce n’était pas un simple remords, encore moins un simple changement de pensées, mais un vrai jugement de soi devant Dieu (dont ils prenaient le parti contre eux-mêmes et contre leur mauvaise incrédulité du passé), et ils se rejetaient précisément sur Celui qu’ils avaient méprisé si implacablement, pour leur propre ruine. Maintenant ils se repentaient, et ils furent tous baptisés au nom de Jésus en rémission de péchés. C’est par Son nom que le croyant reçoit la rémission de péchés ; il n’y a de salut en aucun autre. Il est exalté pour donner la repentance et la rémission des péchés. Comme ils s’étaient repentis, ils furent donc baptisés en Son nom, selon la mission confiée à Ses serviteurs. Ils prirent la position de morts avec Lui : je ne dis pas qu’ils en comprenaient alors le sens, comme ils l’ont sans doute fait ultérieurement plus ou moins. Le Seigneur avait commandé à Ses serviteurs de baptiser, et les nouveaux convertis s’y soumettaient simplement et sans discuter. C’était Sa manière d’agir, et il n’y en a pas d’autre aussi bonne, bien que beaucoup de Ses serviteurs se soient écartés de Ses ordres, et que beaucoup de convertis paraissent se croire plus sages que leur Maître, en ceci comme en d’autres choses. C’était une rupture nette et définitive d’avec les péchés et le péché, d’avec l’homme et l’homme religieux, et d’avec le Judaïsme. À ce moment solennel de la nouvelle naissance, il faut admettre qu’aucun de ceux qui firent cette confession ne saisissait grand-chose avec intelligence ; mais ils ressentaient devant Dieu leur néant et la toute suffisance du nom de Celui qui était mort sur la croix. Ils étaient alors accueillis à ce précieux privilège du baptême qui leur était conféré, car ils n’auraient jamais pu être reconnus comme disciples, s’ils avaient refusé le baptême en Son nom. C’était la marque qu’on Le confessait, le signe du salut ; et malheur à celui qui repousse avec mépris l’autorité et la grâce de Celui qui l’a institué !

 

2.5.2       Actes 2:38 — Baptême du Saint Esprit. Le don du Saint Esprit

Mais il s’en suit une autre question d’une importance nouvelle et immense. Ces Juifs repentants qui se soumettaient au baptême au nom de Jésus Christ en rémission de péchés étaient assurés de recevoir ensuite le don de l’Esprit : « Vous recevrez le don du Saint Esprit » (2:38). Ils étaient déjà nés de Dieu, sans quoi il ne pouvait y avoir ni repentance ni foi. Il leur fallait être baptisés d’eau au nom de Jésus en rémission de péchés — sans quoi le Juif croyant ne recevrait pas le Saint Esprit envoyé du ciel ; car c’est ce dont il est question ici, « le don » du Saint Esprit (η δωρεα), non pas simplement les dons (τα χαρισματα) ou pouvoirs qui accompagnaient et attestaient Sa divine présence maintenant sur la terre. Il est d’autant plus nécessaire d’insister sur le caractère spécifique de la vérité, en raison de la confusion répandue dans la chrétienté quant à tout ceci. Le don de l’Esprit dont il est ici parlé, privilège particulier du chrétien et de l’Église, et privilège qui demeure, est différent à la fois de la nouvelle naissance par l’Esprit et des dons dont les Actes des Apôtres et les Épîtres nous entretiennent passablement. Mais il faut noter la différence de circonstances dans la manière du don. Car tandis que le Juif favorisé d’Actes 2 devait être baptisé avant de recevoir ce don merveilleux, le Gentil jusqu’ici méprisé allait recevoir le Saint Esprit avant d’être baptisé au nom du Seigneur : à mon avis, c’est une différence digne de Dieu, et instructive quant à Ses voies envers Ses enfants.

 

2.5.3       Actes 2:39 — Une promesse pour tous

Ce don inestimable n’était pas passé sous silence dans l’Ancien Testament, ni les bénédictions nouvelles de la rédemption en général, ni celle de l’Esprit en particulier. Et Pierre pouvait dire ici que la promesse était pour eux et pour leurs enfants, oui, pour tous ceux qui étaient loin, autant que le Seigneur leur Dieu devait en appeler à Lui (2:39). Maintenant que le moment était venu de manifester non plus la loi et le gouvernement, mais la grâce, Dieu voulait appeler à Lui les plus éloignés, et bénir pleinement ceux qui en avait besoin. Il n’est pas question maintenant d’un simple signe extérieur, mais de la puissance de Dieu en grâce selon Sa promesse.

 

2.5.4       Actes 2:40 — Sauvez-vous de cette génération perverse

Ce n’était pas tout ce sur quoi l’apôtre a insisté en ce jour mémorable, mais parmi tout ce qu’il a pu ajouter d’autre, il a suffi au Saint Esprit de rappeler l’exhortation suivante : « Sauvez-vous de cette génération perverse » (2:40). Car Dieu allait maintenant non seulement pardonner et délivrer, mais aussi séparer ; en tout cas, le salut va plus loin que la culpabilité et le péché. Il voulait séparer de cette génération perverse qui se hâtait vers une ruine rapide, et qui rejetait l’évangile comme elle avait rejeté le Messie Lui-même. Ce peuple étant démontré maintenant entièrement tortu et rebelle, Il voulait que les Siens en soient sauvés, à Sa gloire et d’une manière nouvelle. Le reste de ce livre des Actes nous montre comment ; tout cela est pour nous du plus profond intérêt et de haute valeur pratique. Car nous aussi, bien que d’entre les Gentils par nature, nous appartenons à cette nouvelle famille de Dieu et à ce nouveau témoignage de Christ.

 

2.5.5       Actes 2:41 — Un travail en profondeur

« Ceux donc qui reçurent sa parole, furent baptisés ; et en ce jour-là furent ajoutées environ trois mille âmes » (2:41). « Joyeusement » [« ceux qui reçurent joyeusement sa parole »] selon le Texte Reçu est rejeté par les critiques avec des preuves abondantes, comme ne se trouvant pas dans les textes les plus anciens et les meilleurs. Ce terme semble être avoir été tiré d’Actes 21:17 ou influencé par ce passage, peut-être inconsciemment ; il s’y trouve là (en 21:17) parfaitement à sa place, mais non pas ici. Car, aussi précieux et consolant que puisse être l’évangile, un profond sérieux caractérisait ces âmes qui venaient juste de se repentir, d’autant plus que c’était pour des raisons susceptibles de les sonder jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. Une réception « joyeuse » serait mieux en harmonie avec un mouvement de réveil, et les résultats en sont généralement superficiels. L’œuvre à la Pentecôte était profonde et étendue : trois mille âmes ce jour-là, ce n’était pas une petite prise, mais c’était tout à fait convenable pour montrer qu’une personne Divine était venue à la fois en grâce et en puissance, pour sauver et rassembler. Telle est la volonté du Seigneur que nous nous souvenions toujours de Sa présence, et que nous en tenions compte du commencement à la fin. Le Saint Esprit opère par l’évangile et forme l’Église ici-bas pour le ciel.

 

2.5.6       Actes 2:42 — Persévérant dans la doctrine, la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières

De plus, l’Esprit continue à demeurer, ce qui ôte toute excuse à ne pas marcher avec Dieu selon Sa parole et Sa volonté. C’est ainsi qu’il est noté ici qu’ils « persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, la fraction du pain et les prières » (2:42). Tel était le chemin où s’engageaient ces âmes qui venaient de naître à Dieu et d’être bénies par Lui en Christ. La doctrine des apôtres fournissait l’instruction nécessaire, y étant parfaitement adaptée, non seulement en ce que l’Esprit leur faisait ressouvenir de toutes les paroles du Seigneur Jésus, mais en ce que l’Esprit Lui-même leur communiquait, selon la promesse du Sauveur, tout ce qu’ils ne pouvaient pas alors supporter (Jean 14:26 ; 16:12-13). Il n’y avait jamais eu un tel enseignement pour ces âmes dont l’introduction très récente dans les relations divines les rendait affamées et assoiffées de tout ce qui pouvait satisfaire leurs nouveaux besoins spirituels et leurs nouvelles affections. Ils n’ont pas eu cet enseignement seulement sous forme orale, mais bientôt aussi sous forme écrite par l’inspiration, afin que nous aussi puissions avoir « communion » avec eux (1 Jean 1:1-4), incluant désormais non seulement les « douze », mais aussi le grand apôtre des Gentils dont l’appel n’avait pas encore eu lieu. Car la « doctrine », même de grande valeur n’est pas suffisante sans « la communion » ; peu nombreux sont ceux qui réalisent tout ce qu’ils doivent à la présence de commentaires vivants sur la vérité, que leur fournissent en pratique des échange en commun (*). « La fraction du pain » avait alors une place très riche par son influence, à la fois en maintenant continuellement, devant les saints, le Seigneur dans Sa grâce et Ses souffrances inexprimables, et en faisant s’exprimer les plus profonds sentiments du cœur, à un moment où l’exercice et le déploiement de la puissance pouvaient devenir un danger, comme on le voit à Corinthe, où le vrai caractère de la Cène était perdu, et où l’assemblée était devenue une scène pour faire de l’étalage (1 Cor. 11:20-34). Quant à aux « prières », je ne pense pas que cette expression signifie que les prières unies des saints, ou en commun, étaient laissées hors de cette liste importante, car personne ne peut négliger « les prières » sans perte irréparable ; et elles étaient d’autant plus importantes que les saints s’éveillaient à la joie de leur bénédictions nouvelles et éternelles. Car la puissance et les privilèges sont les choses les plus fatales entre toutes si les saints perdent le sentiment du besoin d’une dépendance constante et nécessaire de Dieu.

 

(*) Le chanoine W. G. Humphry voudrait, avec d’autres, appliquer κοινωνια ici « à la communication des biens mondains », mais ceci ne concorde pas avec le contexte direct, et on le trouve plus loin sous une autre forme. De plus κοινωνια exige d’être modifié comme en Rom. 15:26, 2 Cor. 8:4 et Héb. 13:16, pour signifier autre chose que « communion », comme ici.

 

2.5.7       Actes 2:43 — Crainte de Dieu, prodiges et miracles

D’un côté, il y avait un effet moral grand et immédiat (2:43) : « toute âme avait de la crainte », d’autant plus (non pas d’autant moins) que c’était l’effet de la présence de Dieu en grâce, et non pas dans des jugements qui alarment temporairement, mais génèrent rapidement une réaction fatale. « Et beaucoup de prodiges et de miracles [signes] se faisaient par les apôtres ». Les manifestations de puissance étaient non seulement merveilleuses, mais significatives pour révéler Celui qui opérait par le moyen de Ses serviteurs dans Son propre caractère et dans Ses propres voies, hélas, parmi un peuple manifestement traité comme incrédule et apostat : Sa parole aurait autrement suffi et les auraient transportés.

 

2.5.8       Actes 2:44-47 — Tout en commun

D’un autre côté, quel beau tableau les fidèles ont présenté pendant cette courte période ! « Et tous les croyants étaient en un même lieu, et ils avaient toutes choses communes ; et ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon que quelqu’un pouvait en avoir besoin. Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple ; et, rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et ayant la faveur de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’assemblée ceux qui devaient être sauvés » (2:44-47). Jamais auparavant on n’avait vu chose pareille parmi les hommes sur la terre, jamais un tel amour s’élevant au-dessus de l’égoïsme de la nature, non pas simplement dans ce pays et cette race, mais où que ce soit ; et tout cela par la puissance de la grâce divine au nom du Crucifié vu maintenant par la foi dans le ciel. C’était le doux fruit de l’Esprit, aussi loin que possible d’une exigence ou d’un commandement, — même si la voix de l’autorité divine est parfaitement juste à sa place. Mais ici l’amour divin s’épanchait, puissant et spontané, embrassant tous ceux qui étaient nés de Dieu, sans réserve ni restriction dans des cœurs qui répondaient dans leur mesure au Sien qui, avec Son Fils, nous donne toutes choses (Rom. 8:32).

C’était, sans doute, une période particulière à caractère transitoire, convenant parfaitement à un état de choses où tous les fidèles étaient dans une seule et même ville, ce qu’en fait on ne retrouve jamais ailleurs, une fois que la grâce a appelé et rassemblé, spécialement parmi les Gentils. L’amour n’a sûrement jamais manqué là, dans la puissance de Dieu, mais il n’a pourtant jamais pris cette forme, mais il en a pris une mieux adaptée au seul corps, où qu’on le trouve sur terre. Ainsi, aussi, nous pouvons les voir persévérer dans le temple, avec constance jusqu’ici, peut-être plus que jamais, tandis qu’ils célébraient la Cène du Seigneur « à la maison » (non pas « de maison en maison ») : joie profonde et solennelle dans le souvenir du Sauveur, mais attachement jusqu’ici sans faiblir au temple et à ses heures de prière. Même les repas ordinaires étaient illuminés du bonheur de Sa présence : combien plus quand toute Son abnégation était devant leurs yeux ! Ils louaient ainsi Dieu, et tout le peuple les regardait avec la faveur avec laquelle ils avaient regardé Christ lui-même aux jours de Son enfance (Luc 2:52).

Dans le dernier verset « à l’assemblée » semble être une glose (annotation). « Ensemble » d’Actes 3:1 devrait figurer ici : « Et le Seigneur ajoutait ensemble jour après jour ceux qui devaient être sauvés » (*). C’était l’Église, mais seulement décrite, non pas encore désignée comme telle avant Actes 5:11, où les saints appelés et sortis ensemble sont nommés « l’assemblée » ou église.

 

(*) Il me semble que σωπθητε, au v. 40, réfute l’erreur si répandue que « τους σωζομενους » signifie « ceux en train d’être sauvés » quoique ceci soit grammaticalement possible et facile. Mais voyez Luc 13:23. Ainsi Héb. 10:10 prouve que « τους αγιαζομενους » au v. 14 ne peut se rapporter au processus actuel. Ce n’est pas une question de temps, mais de caractère.

 

Ainsi Dieu rassemblait au nom du seigneur Jésus ; Son Église commençait à être bâtie. Mais Il n’oubliait pas pour autant Son ancien peuple. En parole et en actes, Il faisait appel à leurs consciences, si peut-être ils pouvaient se repentir, pour qu’alors Il introduise les temps de bénédictions prédits.

 

3                    Actes 3

3.1   Actes 3:1-10 — Le miracle au temple

« Et Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l’heure de la prière, qui est la neuvième, et on portait un homme qui était boiteux dès le ventre de sa mère, lequel on mettait tous les jours à la porte du temple, appelée la Belle, pour demander aumône à ceux qui entraient dans le temple : cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, leur demanda l’aumône. Et Pierre, ayant, avec Jean, arrêté ses yeux sur lui, dit : Regarde-nous. Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux. Mais Pierre dit : Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l’instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes ; et faisant un saut, il se tint debout et marcha ; et il entra avec eux au temple, marchant, et sautant, et louant Dieu. Et tout le peuple le vit marchant et louant Dieu ; et ils le reconnurent comme celui qui était assis, pour demander l’aumône, à la Belle porte du temple, et ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé » (3:1-10).

Les circonstances racontées ici concordent singulièrement avec la forme spéciale que revêt la vérité. Dieu montrait Sa grâce si patiente envers Israël, bien qu’Il ait déjà commencé un témoignage et une œuvre entièrement distincts avec l’évangile et l’Église. On voit ainsi Pierre et Jean, qui ne se tenaient certainement pas en arrière quant à cette nouvelle position et ce nouveau témoignage, montant au temple à l’heure de la prière, la neuvième. En ce temps-là, ils paraissaient être en tout cas les meilleurs juifs puisqu’ils étaient si bénis comme chrétiens. Ni leur dignité apostolique, ni la puissance dont ils venaient d’être revêtus, rien ne les en détachaient. Là, à la Belle porte, au moment d’entrer dans le temple, un homme boiteux de naissance (qu’on avait l’habitude de voir couché là) leur demanda l’aumône, et obtint une bénédiction meilleure. Car Pierre, le regardant avec Jean, arrêta l’attention de celui qui comptait recevoir une petite faveur. Mais s’il fut découragé en entendant « je n’ai ni argent ni or », il entendit quelque chose de plus : « mais ce que j’ai, je te le donne : Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ». L’apôtre alors, saisissant promptement sa main droite, le releva, et ses pieds et ses chevilles devinrent immédiatement fermes, de sorte qu’en sautant, il se leva, marcha, et entra avec eux dans le temple, louant Dieu. Cela n’était pas passé inaperçu, en cachette. Tout le peuple vit, entendit et reconnut cet homme comme étant le même que celui assis d’habitude pour mendier. Ils furent remplis d’étonnement et d’admiration de ce qui lui était arrivé.

C’était en effet un signe admirablement calculé pour éveiller les Juifs, pour rendre témoignage à la grâce de Dieu à l’égard de leur entière faiblesse, et pour manifester la puissance du Messie ressuscité et glorifié, d’autant plus que ce n’était pas l’effet de Sa présence, mais Sa réponse d’en haut à la puissance de Son nom invoqué par Son serviteur sur la terre. Si telle était la vertu instantanée du nom de Jésus pour l’homme boiteux, quelles ne seraient pas les suites de la foi en ce nom, si Israël croyait ?

 

3.2   Actes 3:11-13 — Pierre accuse les Juifs de renier leur Messie

« Et comme il tenait [par la main] Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon. Et Pierre, voyant cela, répondit au peuple : Hommes israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? Ou pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ? Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, que vous, vous avez livré, et que vous avez renié devant Pilate, lorsqu’il avait décidé de le relâcher » (3:11-13). Ceci n’était pas un son incertain, mais tout est en harmonie. C’est le Dieu de nos pères qui a glorifié le Messie, Son serviteur Jésus. La version autorisée du roi Jacques traduit « son fils Jésus » au lieu de « son serviteur Jésus » ; or « fils » n’est pas la pensée du passage, mais bien plutôt celle de « serviteur » de l’Éternel comme en Ésaïe 42, 49, 50, 52, 53, Celui que les Juifs ont renié devant le juge romain quand il était disposé, et même déterminé à Le laisser aller.

Mais qui est celui-ci en train d’accuser si hardiment les Juifs d’avoir renié leur propre Messie ? C’est le même homme qui, quelques semaines auparavant, L’avait renié en jurant. Mais Pierre fut immédiatement brisé dans une douleur qui opéra une repentance selon Dieu (2 Cor. 7:10), car il jugea non seulement le fruit mûr, mais la racine de son péché. Maintenant restauré, les pieds lavés, il est purifié si entièrement de la souillure qu’il peut, sans rougir ni trembler, taxer les hommes Israélites du péché même dont il venait d’être libéré si récemment. Car la rédemption par le sang de Jésus était intervenue, et le croyant en jouit d’autant plus qu’il se juge devant Dieu.

 

3.3   Actes 3:14-16 — Dieu ressuscite Celui qu’ils ont mis à mort

« Mais vous, vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ; et vous avez mis à mort l’auteur [litt. Chef ; JND : prince] de la vie, lequel Dieu a ressuscité d’entre les morts ; ce dont nous, nous sommes témoins. Et, par la foi en son nom, son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et la foi qui est par lui a donné à celui-ci cette entière disposition de tous ses membres, en la présence de vous tous » (3:14-16). Personne ne peut prêcher, ni adorer, comme une âme purifiée, qui n’a plus conscience de péchés. Quelle position désespérée était la leur ! Ils avaient renié le Saint et le Juste (Ésaïe 53:11) ; ils avaient demandé la faveur qu’on leur accorde un meurtrier : Dieu était manifestement contre eux en ressuscitant d’entre les morts l’Auteur de la vie qu’ils avaient mis à mort ; et les apôtres en étaient témoins ; Son nom, par la foi en ce nom, avait raffermi l’homme boiteux qu’ils regardaient et connaissaient. Qu’étaient-ils et où en étaient-ils, à rester incrédules et à contredire Celui qui répondait à la foi par Lui et en Lui, en donnant à un tel estropié l’entière disposition de ses membres en présence de tous ?

 

3.4   Actes 3:17-18 — Une iniquité aveugle et un propos de Dieu

L’apôtre explique alors comment ils en étaient venus à un acte si terrible. « Et maintenant, frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi ; mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous les prophètes, [savoir] que son Christ devait souffrir » (3:17-18). Ceci pouvait, en un sens, aggraver la condition dégradée de l’ancien peuple de Dieu ; car comment en étaient-ils venus, eux et leurs chefs, à être si ignorants ? Ils ne connaissaient ni l’Écriture ni la puissance de Dieu (Marc 12:24). Ils n’appréciaient ni la grâce ni la vérité. Ils voyaient des œuvres, ils entendaient des paroles comme on n’en avait jamais vécu auparavant ; et pourtant ils étaient plus abrutis que les païens, plus lourds que leurs bêtes de somme. Mais Celui qui avait souffert pour eux sur la croix, avait prié Son Père de leur pardonner, car ils ne savaient ce qu’ils faisaient ; et maintenant, le Saint Esprit, leur donnait l’assurance par l’apôtre qu’il en était ainsi, pour faire appel à la compassion divine. Que Son Christ dût souffrir n’était pas une pensée ultérieure de Dieu , car Il l’avait prédit par tous les prophètes, et l’avait ainsi accompli. Le peuple devait ainsi apprendre à connaître leur iniquité aveugle ; et Dieu voulait ainsi manifester Sa grâce, qui donnait Christ comme propitiation pour leurs fautes.

 

3.5   Actes 3:19-21 — Conditions pour la restauration d’Israël

« Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés, en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du *Seigneur, et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (3:19-21).

Nous avons ici la condition nécessaire pour que les Juifs soient bénis. Il est vain de rechercher pour eux, en tant que peuple, des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur, avant qu’ils se soient repentis, et qu’ils se convertissent pour que leurs péchés soient effacés. Le Seigneur l’a indiqué quand Il s’est incliné devant leur rejet, et qu’Il a déclaré que leur maison était laissée déserte : « Dorénavant vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, — de l’Éternel » (Matt. 23:38-39). Quand leur cœur se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté (2 Cor. 3:16). Ils seront convertis pour que leurs péchés soient effacés. Ils recevront de cœur leur Messie longtemps méprisé, et l’Éternel L’enverra. Il y aura enfin un résidu converti, attendant Sa venue ; et Il apparaîtra pour leur délivrance et la défaite de leurs ennemis, comme tant de passages en rendent témoignage. Parmi ce résidu pieux, un assez grand nombre sera mis à mort, et qu’ils fassent partie soit des premiers soit des derniers martyrs, ils seront ressuscités à temps pour rejoindre les saints déjà glorifiés, et pour pouvoir régner mille ans avec Christ selon Apocalypse 20:4. Ceux qui échapperont et survivront deviendront le premier noyau richement honoré du royaume terrestres, quand il n’y aura plus au ciel un Christ préordonné pour eux, Jésus, et que des temps de rétablissement de toutes choses se lèveront alors sur la terre.

Car Dieu se propose de bénir cette création qui soupire depuis longtemps, et Il a inspiré la bouche de Ses saints prophètes pour en parler depuis que le temps a commencé. Ceux donc qui nient l’immensité et l’universalité de la bénédiction en réserve pour Israël, les nations, la terre, et même la création inférieure, se trompent grandement. Ils ne savent pas comment Dieu a l’intention de combler les hommes ici-bas de Sa bonté pleine d’amour et de Sa tendre miséricorde, quand Il ouvrira Sa main pour satisfaire le désir de tout être vivant. Certes le jugement doit tomber au préalable ; et l’Éternel punira l’armée d’en haut en haut, et les rois de la terre sur la terre (És. 24:21). Alors la lune rougira, et le soleil aura honte, quand l’Éternel des armées régnera en la montagne de Sion et à Jérusalem, et devant Ses anciens, en gloire (És. 24:23). Car le grand trait distinctif, en plus de l’exclusion de Satan et de sa puissance, doit être la présence et le règne puissants et bienfaisants de l’Éternel-Jésus, qui jugera avec justice les misérables, et reprendra avec droiture les débonnaires de la terre, après avoir frappé la terre avec la verge de sa bouche, et avoir fait mourir le méchant par le souffle de ses lèvres. « Et la justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité, la ceinture de ses flancs. Et le loup habitera avec l’agneau, et le léopard couchera avec le chevreau ; et le veau et le jeune lion, et la bête grasse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache paîtra avec l’ourse, leurs petits coucheront l’un près de l’autre, et le lion mangera de la paille comme le bœuf. Le nourrisson s’ébattra sur le trou de l’aspic, et l’enfant sevré étendra sa main sur l’antre de la vipère. On ne fera pas de tort, et on ne détruira pas, dans toute ma sainte montagne ; car la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent [le fond de] la mer. Et, en ce jour-là, il y aura une racine d’Isaï, se tenant là comme une bannière des peuples : les nations la rechercheront, et son repos sera gloire » (Ésaïe 11:4-10).

Quel carence dans les pensées et les désirs chez les saints qui n’attendent aucun de ces changements grands et glorieux en l’honneur de Jésus ! Quelle déficience dans la vision des choses quand on ne connaît pas les grands propos de Dieu pour inverser la ruine et la misère du monde qui sont là depuis que le péché les a amenées ! On notera qu’il n’est rien dit ici du cercle encore plus magnifique de bénédiction révélé en Éph. 1:10, quand Dieu réunira sous l’autorité de Christ comme Chef toutes les choses qui sont dans le ciel et toutes les choses qui sont sur la terre. Dans notre passage, nous n’avons que les choses terrestres en rapport avec le Messie et Israël, non pas tout l’univers assujetti à Christ et aux saints célestes.

 

3.6   Actes 3:22-26 — Le prophète annoncé par Moïse

En attendant, les Juifs ont refusé de se repentir, et le royaume, au lieu d’être introduit, a été différé jusqu’à ce qu’ils se convertissent, et que leurs péchés soient effacés, dans un jour futur, en sorte que les temps de rafraîchissement puissent venir de devant la face de l’Éternel, et que le Messie soit envoyé du ciel, selon la parole prophétique.

« Moïse déjà a dit : ‘Le *Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire ; et il arrivera que toute âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple’ [Deutéronome 18:15-19]. Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours. Vous, vous êtes les fils des prophètes et de l’alliance que Dieu a établie avec nos pères, disant à Abraham : ‘Et en ta semence seront bénies toutes les familles de la terre’ [Genèse 22:18]. À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun [de vous] de vos méchancetés » (3:22-26).

Dans l’intervalle, Dieu transforme la période d’incrédulité juive en appel de l’évangile aux Gentils, et en la formation du corps, l’Église, une avec Christ, où il n’y a ni Juif ni Grec. Pierre les exhorte encore ici à se repentir, et le cas échéant, garantit le retour du Christ pour établir le temps de paix et de bénédiction prévu. Car Jésus était clairement le prophète suscité, comme Moïse, mais incomparablement plus grand que Moïse, selon le témoignage rendu par celui-ci en Deut. 18:15 : personne ne pourrait refuser impunément Ses paroles, sinon à sa propre destruction. « Et même tous les prophètes, depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi, tous ceux qui ont parlé, ont aussi annoncé ces jours ». Comme les Juifs étaient les fils des prophètes et de l’alliance de Dieu avec leurs pères, selon la bénédiction promise dans la semence d’Abraham, ainsi leur a été envoyé, à eux en premier, Jésus, Son serviteur oint, pour les bénir en les détournant chacun de ses iniquités.

Ce n’était pas encore le témoignage céleste de Paul, ni même ce que Pierre a prêché aux convertis et croyants en Christ, comme en Actes 2, mais son appel aux Juifs, responsables d’entendre l’appel final à cette nation.

 

 

4                    Actes 4

 

Le discours de l’apôtre fut interrompu à ce moment-là, mais on le perd de vue généralement à cause de la division des chapitres.

 

4.1   Ch. 4:1-4

« Mais comme ils parlaient au peuple, les sacrificateurs et le commandant du temple et les sadducéens survinrent, étant en peine de ce qu’ils enseignaient le peuple et annonçaient en Jésus la résurrection d’entre les morts. Et ils mirent les mains sur eux, et les firent garder jusqu’au lendemain, car c’était déjà le soir. Mais beaucoup (*) de ceux qui avaient ouï la parole crurent ; et le nombre des hommes se monta à environ cinq mille » (4:1-4).

 

(*) WK traduit « beaucoup » alors que JND traduit « plusieurs »

 

L’autorité religieuse prit ombrage de ce qu’ils faisaient. Qui étaient ces hommes pour parler dans le pourtour du temple ? Il est vrai qu’un miracle puissant avait été opéré de manière publique et incontestable ; mais ceux qui ont une position officielle sont très sensibles à tout empiètement sur leurs droits, et ils sont prêts à ne tenir aucun compte de Dieu, et à parler comme étant du monde, ne connaissant que le monde comme auditoire. Mais voilà apparaître une catégorie de gens qui étaient restés relativement en arrière-plan pendant la vie et le service du Seigneur ici-bas. À cette époque-là, les adversaires actifs du Seigneur étaient les Pharisiens, ces défenseurs d’une justice fausse et défectueuse qui s’opposaient au Juste. Mais maintenant l’ennemi tenait prêt une autre classe d’entre les Juifs, une classe très différente, celle des Sadducéens ; ils étaient tirés de leur calme habituel par une vérité qui démontrait qu’ils étaient coupables d’infidélité totale, et par conséquent opposés à Dieu et à Sa Parole. Les miracles étaient déjà trop mauvais aux yeux des libres penseurs : ils rendaient la puissance de Dieu trop proche ; ils étaient un signe pour les incrédules que ce qui était donné à entendre était la vérité. Mais la résurrection, dont la personne de Jésus donnait l’exemple, était intolérable. Nul n’est aussi intolérant que ceux qui, confrontés à la vérité, se vantent de tolérer toutes les nuances. Les doux Sadducéens dépassent l’acharnement des Pharisiens, personne n’étant aussi perturbés qu’eux par l’annonce de Jésus ressuscité d’entre les morts.

Rien d’étonnant. La résurrection de Celui qu’on venait de mettre à mort est la preuve claire, décisive et irréfutable de la puissance de Dieu selon Sa parole ; c’est la réfutation la plus complète de ceux qui n’admettent rien qui sorte du cours naturel des choses dans ce monde. On ne conteste pas les lois qui gouvernent la nature, ni la connaissance de ces lois, qu’on appelle la science. Mais la résurrection démontre qu’il y en a Un au-dessus de ces lois, et que celles-ci ne déterminent ni ne limitent Sa puissance, ainsi qu’Il le manifestera au jour où Il fera toutes choses nouvelles. En attendant, tandis que les choses suivent leur cours normal, la résurrection de Jésus d’entre les morts est le témoin suffisant et saisissant de la puissance qui détruira le monde de maintenant, et qui en créera un nouveau, complètement différent, à Sa gloire.

L’école rationaliste s’enflamma donc contre les apôtres à cause de leur proclamation de la résurrection d’entre les morts dans le cas de Jésus ; car elle mettait à nu leur méchante incrédulité, et démontrait qu’ils étaient ennemis de la vérité, en train de combattre contre Dieu Lui-même. Sinon, ils se seraient enquis des faits, et en les comparant avec les Écritures, ils auraient du se réjouir de ce qu’Il ait accompli quelque chose d’aussi glorieux et béni selon Sa parole. Car la résurrection de Christ est le gage que ceux qui sont de Christ ressusciteront comme Lui est ressuscité : Il est expressément les prémices [premiers fruits] de ceux qui sont endormis par Lui. Car, comme en Adam tous meurent, ainsi aussi dans le Christ tous seront rendus vivants. Christ et Adam sont les têtes de deux familles, la famille d’Adam et celle de Christ, la mort étant intervenue par l’une, et la résurrection par l’autre, maintenant. Ceux qui sont de Christ ressusciteront à Sa venue (1 Cor. 15:20-23). Ce sera une résurrection d’entre les morts, comme la Sienne, et ils règneront avec Lui mille ans. Le reste des morts ne vivra pas jusqu’à ce que les mille ans soient accomplis. Bienheureux et saint celui qui a part à la première résurrection : sur eux la seconde mort n’a point de pouvoir ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et règneront avec Lui mille ans (Apoc. 20:4-6). Il n’est pas douteux qu’en un autre sens ils règneront pour toujours, aux siècles des siècles, comme ce sera le cas de tous les hommes pieux nés de Dieu pendant le règne millénaire. Mais cette période de règne spécial sur la terre ne doit pas être ignorée à cause de la bénédiction éternelle de ceux qui seront glorifiés après la fin du règne, quand les nouveaux cieux et la nouvelle terre auront commencé d’exister, et que les méchants auront été ressuscités, jugés, et jetés dans l’étang de feu. Leur résurrection n’est pas d’entre les morts, car il n’y aura plus aucun mort laissé dans la tombe, eux-mêmes constituant tous ceux qui restent après la résurrection des justes.

Ce n’était donc pas simplement la vérité de la résurrection qui soulevait la malveillance des Sadducéens, mais celle de la résurrection d’entre les morts. La résurrection des injustes, de la masse de l’humanité, n’est pas d’entre les morts comme l’est la résurrection des justes ; elle est l’effet de la puissance de Christ, le Fils de Dieu, quand Il fera sortir les méchants de leurs tombes pour le jugement. Les justes ont la vie dans le Fils maintenant, et ils ressuscitent en résurrection de vie ; les injustes ressusciteront pour la résurrection de jugement mille ans plus tard, quand ils devront honorer Celui qu’ils méprisent maintenant. Jean 5 s’accorde donc parfaitement avec Apocalypse 20. Il n’y a aucun désaccord ; selon l’Écriture il y a deux résurrections, non pas une seulement. La résurrection générale sans distinction que l’on trouve dans les credo provient de la tradition, elle n’est qu’une fable. Il y aura une résurrection tant des justes que des injustes, — des justes pour régner avec Christ à Sa venue, des injustes pour être jugés par Lui avant qu’Il remette le royaume à Celui qui est Dieu et Père, quand Il aura aboli toute principauté, et toute autorité, et toute puissance (1 Cor. 15:24). Les hommes, et même les croyants dont les pensées sont aux choses des hommes, s’estiment offensés par la grâce qui fait des distinctions maintenant, comme elle le fera de manière encore bien plus évidente par la résurrection d’entre les morts. Ils préfèrent une « faible lumière religieuse », avec son vague et son incertitude ; ils reculent devant cette espérance bénie — au moins sous une forme précise quelconque — qui est le fruit de la grâce souveraine pour le croyant, et qui implique en effet un arrière-plan de jugement, sombre et solennel, pour tous ceux qui méprisent à la fois la grâce et la vérité en Christ.

Mais si les apôtres furent placés sous garde cette nuit-là jusqu’au matin, la parole, elle, n’était pas liée ; la vraie lumière brillait déjà (1 Jean 2:8). Beaucoup de ceux entendirent la parole crurent. Le nombre des hommes s’élevait jusqu’à environ cinq mille, ce qui implique beaucoup de femmes et d’enfants en plus : comparer Matthieu 14:21 ; Luc 9:14 ; Jean 6:10. Il n’y a pas de raison valable pour comprendre le terme « hommes » (ανδρων) autrement que selon la désignation habituelle des individus de sexe masculin.

 

4.2   Ch. 4:5-12

« Or il arriva que, le lendemain, leurs chefs et leurs anciens et leurs scribes, s’assemblèrent à Jérusalem, et Anne, le souverain sacrificateur, et Caïphe, et Jean, et Alexandre, et tous ceux qui étaient de la lignée souveraine sacerdotale. Et les ayant fait comparaître, ils [leur] demandaient : Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? Alors Pierre, étant rempli de l’Esprit Saint, leur dit : Chefs du peuple et anciens d’Israël, si aujourd’hui nous sommes interrogés au sujet de la bonne œuvre qui a été faite à un homme impotent, par laquelle il a été guéri, sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, qu’au nom de Jésus Christ de Nazareth, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est en [ou : par] Lui [ou : en ce (nom)] que cet homme se tient devant vous plein de santé. Celui-ci est la Pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire ; et il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (4:5-12).

 

Le lendemain les autorités religieuses s’assemblèrent en partant du rang le plus haut, tous grades compris, et les deux apôtres passèrent à l’interrogatoire. Pierre répondit, rempli de la puissance de l’Esprit, que la bonne œuvre avait été faite au nom de Celui qu’ils avaient crucifié, et que Dieu avait ressuscité d’entre les morts ; Celui que Sa parole caractérise comme la Pierre, méprisée par ceux qui bâtissaient, mais pourtant devenue la tête de l’angle, le Messie rejeté mais exalté. Quelle situation pour les chefs et le peuple d’Israël ! et combien le témoignage de l’Écriture rendu à la Pierre — figure incontestable, utilisée depuis longtemps au sujet du Messie — faisait jaillir de lumière sur ce qui était survenu à Jésus Christ de Nazareth !

Considérerons brièvement Gen. 49:22-25 ; Ps. 118:22 (le passage évoqué ici) ; És. 28:16 ; Dan. 2:34, 44-45, spécialement selon l’usage qu’en fait notre Seigneur Lui-même en Matt. 21:42-44 ; auxquels on peut ajouter Éph. 2:20 et 1 Pierre 2:7-8. Il y a d’abord Sa relation avec Israël ; puis Son rejet par les chefs, mais tout de même Son exaltation ; ensuite, l’Éternel qui Le recommande au croyant en face du jugement divin, et finalement le royaume de Dieu établi par Lui ici-bas, avec la destruction des puissances Gentiles qui avaient transporté Israël. Le Nouveau Testament confirme bien entendu tout cela, mais y ajoute en premier lieu la liaison entre la Pierre et les deux venues du Messie, rendues toutes les deux nécessaires par la grâce et par le jugement de Dieu, et en second lieu l’incrédulité présente d’Israël et sa repentance future en vue de Son retour, cela étant couronné par la position de Christ comme maîtresse pierre du coin, et Christ étant Celui qui introduit déjà maintenant les Juifs qui croient en Lui dans de meilleures bénédictions que celles que la nation recevra bientôt à Son apparition ; ces bénédictions sont le fait d’être une sacrificature sainte et une sacrificature royale, avec tout ce qui convient à chacune de ces relations bénies.

Pierre n’entre pas ici dans ces considérations, car il ne s’adressait pas au résidu croyant des Juifs chrétiens, mais aux ennemis orgueilleux et acharnés de Christ et du chrétien. Il fait ressortir par contre, en vue de l’honneur de Christ et par amour pour ceux-là mêmes qui L’avaient rejeté d’une manière si coupable, l’assurance claire et exclusive du salut en Christ. « Il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés ». Quelle bénédiction que, bien que Dieu L’ait placé à Sa droite dans le ciel, Son nom soit quand même donné sous le ciel parmi les hommes sur la terre pour pouvoir être sauvé ! C’est ici et maintenant que nous devons être sauvés ; car c’est par la grâce et par la foi. Il n’y a pas d’autre nom (le nôtre serait  bien le dernier de tous), et pas d’autre chemin, car Lui est le chemin (Jean 14:6). La foi exalte le Sauveur et le Dieu qui L’a donné, et ne laisse aucune place pour des œuvres de justice de notre part, même si nous en étions capables, ce que nous n’étions certainement pas, dans notre état d’incrédulité. Tout est par grâce, mais une grâce qui règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21). Combien il est terrible que des hommes négligent un si grand salut (Héb. 2:3) — et cela malgré que les serviteurs de Christ supplient de Sa part d’être réconciliés avec Dieu (2 Cor. 5:20) !

Le conflit commençait maintenant pour les serviteurs de Christ. D’un côté la puissance et la religion du monde, la position, le nombre ; d’un autre, la foi dans le nom de Celui que leurs adversaires avaient crucifié. Quoi de plus inégal en apparence ? Oui, pour ceux qui mettent de côté Dieu, Son Fils, et l’Esprit envoyé du ciel. Mais chez le croyant, n’est-ce pas une incrédulité inexcusable ? Pourquoi ne comptons-nous pas toujours sur l’intervention divine, jusqu’à ce qu’Il rejette judiciairement les gens à leur propre erreur ?

 

4.3   Ch. 4:13

« Et, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et s’étant aperçus qu’ils étaient des hommes illettrés et du commun, ils s’en étonnaient, et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus » (4:13).

 

La puissance de l’Esprit ne brille jamais de manière plus visible que chez ceux qui ne peuvent se vanter d’aucun des avantages du monde. Les « grands » et les « petits » prônent l’instruction scolaire : les grands font le plus grand cas de ce dont ils ont profité, et les petits en général excusent leurs carences et surestiment ce qu’ils n’ont pas. Mais dans les choses de Dieu, rien n’a autant de puissance que la foi en Dieu qui glorifie Christ. L’instruction, quand on s’appuie dessus comme un but en soi, loin d’être une aide, a tendance à devenir un obstacle positif et un vrai piège. L’homme en tant que tel, est capable de s’instruire au plus haut degré, et il en résulte en général de l’orgueil, et les acclamations des hommes. Mais les voies de Dieu ne sont pas les nôtres, et Il s’est plu à abaisser l’homme, non seulement par Christ crucifié, mais en choisissant les choses folles du monde pour couvrir de honte les sages (1 Cor. 1:27). Au premier rang de ces choses folles, il y avait les apôtres qui, tout en parlant hardiment, n’avaient pas de distinction aux yeux du monde, rien dont la chair pouvait se glorifier.

Tels étaient certainement maintenant Pierre et Jean en présence des chefs Juifs qui, en ayant rejeté Jésus, avaient perdu Dieu, et n’opposaient qu’un bras de chair contre Ses plans et Ses serviteurs. Les chefs voyaient d’un côté leur conduite hardie, et de l’autre leur manque d’instruction et l’absence d’une position publique qui aurait pu renforcer leur puissance ou leur communiquer de l’expérience et de la présence d’esprit. S’ils ne pouvaient que s’étonner, ils les reconnaissaient aussi pour avoir été avec Jésus. Cela ne pouvait qu’aggraver leur malaise, spécialement en face d’un témoin incontestable.

 

4.4   Ch. 4:14

« Et, voyant là présent avec eux l’homme qui avait été guéri, ils n’avaient rien à opposer » (4:14).

 

Quelle position solennelle que celle de ces hommes qui portent le nom du peuple de Dieu, mais sont tellement enlacés par l’ennemi qu’ils ne peuvent nier la vérité devant laquelle ils sont, en même temps, déterminés à ne pas s’incliner ! La reconnaître serait leur ruine, pensent-ils. Au contraire, ce serait leur salut ! Ils auraient dû faire la découverte humiliante de leur péché, de la grâce ineffable de Dieu, d’un Messie rejeté mais exalté, et dont le nom apporte, par la foi en ce nom, la vie et la rémission des péchés. Mais non : ils ne veulent pas venir à Lui pour avoir la vie (Jean 5:40). Ils aiment mieux les ténèbres que la lumière car leurs œuvres sont mauvaises (Jean 3:19). Ils estiment la gloire des hommes et non la gloire de Dieu, car Celui-ci n’entre dans aucune de leurs pensées. Ce ne sont pas seulement les incrédules qui périssent, mais les peureux, les lâches, ceux qui courent après leurs intérêts du moment selon leur propre calcul, en vue de leur propre plaisir, au mépris des preuves suffisantes et même accablantes fournies à leurs consciences, de ce qu’ils étaient en train de combattre contre Dieu. N’y avait-il pas là debout devant tous, avec les apôtres, un homme qui, notoirement, ne s’était jamais tenu debout auparavant ?

 

4.5   Ch. 4:15-17

Ils ne se cachèrent pas leur coupable dilemme, ni le cachèrent l’un à l’autre quand ils se furent débarrassés de la présence de ceux qui les condamnaient moralement.

 

« Et leur ayant ordonné de sortir du sanhédrin, ils conférèrent entre eux, disant : Que ferons-nous à ces hommes ? car il est apparent pour tous les habitants de Jérusalem, qu’un signe notoire a été fait par eux, et nous ne pouvons le nier ; mais afin que cela ne soit pas répandu davantage parmi le peuple, défendons leur avec menaces, de parler davantage en ce nom à qui que ce soit » (4:15-17).

 

Ici, la parole de Dieu, qui ne se trompe pas, met à nu les œuvres que des sentiments endurcis dépourvus de conscience opéraient chez Ses ennemis ; personne n’est si acharné et entêté que ceux qui, en tant que peuple de Dieu responsable de faire Sa volonté, ont décidé de faire la leur. Ils connaissaient parfaitement l’œuvre remarquable qui venait d’être opérée par l’apôtre ; ils la reconnaissaient non pas simplement comme un miracle, mais comme un signe [WK traduit signe au verset 16, là où JND traduit miracle], et pourtant ils se fortifièrent contre le Tout-Puissant, se ruant contre les épaisses bosses de son bouclier. En face de la manifestation évidente du doigt de Dieu et de Sa leçon instructive, ils s’efforcent délibérément d’en annuler les effets. Ils sont bien conscients que « ces hommes » ne revendiquent rien pour eux, et n’insistent que sur le nom de Jésus. Mais c’est justement le nom qu’ils craignent le plus, et qu’ils voudraient bannir pour toujours, s’ils le pouvaient. Combien tout cela est en vain ! C’est par excellence le jour convenable pour rendre témoignage à Jésus. C’est la vraie et grande affaire du croyant, sa joie infaillible et son devoir : dans l’évangile, dans l’église, avec des amis ou des ennemis, à peu ou à plusieurs, en parole habituellement, en acte souvent, parfois en silence, — partout et toujours nous sommes appelés à être Ses témoins. N’avait-Il pas dit précisément à ces hommes, avec d’autres, comme la dernière tâche qu’Il leur confiait : « vous recevrez de la puissance, le Saint Esprit venant sur vous ; et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » ? Ces chefs Juifs comploteurs et aveugles, qui se condamnaient eux-mêmes, pouvaient-ils étouffer ce témoignage ? C’est ce qu’ils espéraient dans l’aberration de leur incrédulité qui les rendait aveugles tant vis-à-vis de leur extrême iniquité que de la volonté et de la gloire de Dieu. Mais la foi est victorieuse du monde.

Le commandement, imposé à Pierre et à Jean par le sanhédrin, de ne pas parler du tout ni d’enseigner au nom de (ou : en s’appuyant sur le nom de) Jésus, était donc à la fois effronté et méchant, d’autant plus qu’il émanait de chefs qui revendiquaient la plus haute autorité en matière de religion (4:18). Qu’il est solennel de penser qu’inconsciemment ils avaient traité de la même manière leur propre Messie ! Et pourquoi était-ce « inconsciemment » ? Dieu leur avait-Il donné une lumière inefficace au moyen des prophètes ? Ils reconnaissent à ce moment un signe manifeste dans l’homme qui avait été guéri. Ils ne pouvaient nier qu’ils ne voulaient pas croire. Et demeurant ainsi dans les ténèbres, ils ne connaissaient pas l’impiété du silence qu’ils imposaient au sujet du Messie dont la bonté d’amour était meilleure que la vie, pour Ses serviteurs (Ps. 63:3).

 

4.6   Ch. 4:19-20

« Mais Pierre et Jean, répondant, leur dirent : Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu. Car, pour nous, nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (4:19-20).

 

Cette réponse donnait à l’affaire une clarté incontestable et de la puissance morale. Un chef, spécialement un chef religieux, est responsable de maintenir ce qui est juste devant Dieu, et leur commandement revenait à tenir compte d’eux plutôt que de Dieu, car ils demandaient qu’il n’y ait pas une parole de plus au nom de Jésus, alors que Dieu venait juste d’honorer ce nom ouvertement et nettement.

Quant aux apôtres, la foi en Christ, l’amour des âmes, l’appel spécial, l’autorité divine, le dévouement pour Sa gloire, tout contribuait à ouvrir leurs bouches pour témoigner de Lui et Le louer. Les choses qu’ils avaient vues et entendues étaient si liées à ce qui était dû à l’Éternel et à Son Oint, autant qu’à la bénédiction du croyant et à la misère de l’incrédule, que, malheur à eux s’ils se taisaient ! Une nécessité pesait sur eux comme plus tard sur Paul (1 Cor. 9:16). Ils avaient reçu un commandement personnel de Celui par qui les rois gouvernent selon la providence divine ; seulement ce commandement qu’ils avaient reçu était, sur le terrain de la grâce et de la vérité, inconnu des gouverneurs terrestres en tant que tel, et à des fins immensément plus grandes et plus durables. Ceux qui revendiquaient Son approbation dans une sphère plus basse, étaient-ils autorisés à la mettre de côté dans une sphère plus haute ? Ils pouvaient essayer, mais il était sûr que ce ne pouvait qu’être à leur propre destruction irrémédiable, et qu’être vain à l’encontre de ceux qui entendaient la voix de Celui qui, dans les lieux hauts, est plus puissant que la voix des grosses eaux, même quand les fleuves élèvent leur voix plus haut que jamais (Ps. 93:3-4).

 

4.7   Ch. 4:21-22

« Et après les avoir menacés, ils les relâchèrent, ne trouvant pas comment ils pourraient les punir, à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui avait été fait. Car l’homme en qui avait été faite cette miraculeuse guérison, avait plus de quarante ans » (4:21-22).

 

Menacer toujours davantage, voilà des marques de faiblesse et de mauvaise volonté, non pas de puissance qui sait patienter jusqu’à ce que le moment critique arrive. C’est la ressource naturelle de ceux qui n’ont pas la vérité, et qui ne peuvent trouver aucun prétexte d’injustice chez ceux qu’ils veulent punir. Dans ce cas aussi, ils craignaient le peuple et non pas Dieu. Ce n’est pas qu’ils aimaient le peuple, car ils le méprisaient plutôt ; mais on ne pouvait s’en passer comme moyen d’influence dont ils redoutaient la perte par dessus tout. Quel contraste avec le Gouverneur juste par excellence, qui règne dans la crainte de Dieu ! Leur caractère est comme les ténèbres, et leur fin la mort : Lui est comme la lumière du matin quand le soleil se lève, comme un matin sans nuage : comme l’herbe tendre germant de la terre par la clarté du soleil après la pluie (2 Sam. 23:4).

Le gouvernement, aussi piètre qu’il soit maintenant, est juste et nécessaire ; mais il n’est jamais juste quand ceux qui devraient l’exercer se dérobent par crainte du peuple, au lieu d’agir devant Dieu qui leur a donné l’autorité. Hélas, c’était le conseil [sanhédrin] religieux qui était sans Dieu et qui Lui était opposé. Mais les pauvres et les simples, aussi ignorants qu’ils soient, glorifiaient tous Dieu pour ce qui avait été fait dans ce cas. Depuis bien des années, ils connaissaient bien l’homme souffrant que la puissance divine avait guéri ; et ils n’avaient aucun intérêt de classe susceptible d’être blessé s’ils reconnaissaient la bonne main de Dieu. Les chefs des Juifs ne craignaient pas Dieu, mais seulement le peuple, et ils auraient puni les saints serviteurs de Christ s’ils avaient seulement pu trouver une raison plausible devant les hommes. Ils étaient dans les ténèbres de la nature, avec l’orgueil de posséder la loi de Dieu, et sous la direction de Satan. La sagesse de leurs sages périssait, et l’intelligence de leurs intelligents était annulée (1 Cor. 1:19). En présence de Sa pensée révélée, tous, instruits ou non-instruits, étaient obligés de reconnaître qu’ils ne pouvaient pas la saisir.

Dorénavant Sa parole était avec les serviteurs du Seigneur Jésus et avec ceux qui Le confessaient. L’Esprit qui leur avait été donné était bien évidemment non pas un esprit de crainte lâche, mais de puissance et d’amour et de sobre bon sens (2 Tim. 1:7). La vérité de Christ concerne Dieu et l’homme de trop près pour être écartée. Si elle est vraiment reçue, elle gouverne la conscience et le cœur, l’esprit et l’âme. Si les chefs ne pouvaient pas nier le signe devant leurs yeux, encore moins pouvaient-ils retenir les apôtres de confesser le nom de Jésus, le Sauveur dans le ciel pour l’homme sur la terre. Taire la bonne nouvelle de Dieu en Christ aurait été pour eux une trahison spirituelle. L’indifférence à Christ ou à l’évangile est cousine germaine de l’incrédulité.

Il était alors indéniable qu’il y avait sur terre une puissance intrinsèquement et incomparablement supérieure à celle de l’homme, mais elle n’était pas encore à l’œuvre au point d’exclure la honte et la douleur, spécialement celles endurées pour l’amour de Christ. Elle ne se heurtait pas simplement au paganisme ténébreux, mais à la plus haute autorité du peuple Juif, lesquels se montraient désormais au moins aussi opposés que les païens à la lumière et à la vérité et à la puissance de Dieu manifestées par la présence du Saint Esprit ici-bas. Les miracles et les signes faits par les apôtres, les langues des Gentils parlées tout à coup par des chrétiens juifs qui ne les avaient jamais apprises, les œuvres puissantes de Dieu en rédemption manifestées, et la grâce généreuse élevant les croyants au-dessus de ce que recherchaient avidement non seulement leurs propres habitudes, mais la nature universelle de l’homme, — tout cela, aussi riche que ce soit, ne constituait pas le témoignage complet pour le nom du seigneur Jésus.

Un signe particulier opéré en Son nom devant le temple avait tout autant soulevé la stupéfaction de la foule que les craintes jalouses des chefs religieux, fâchés de ce qu’ils annonçaient la résurrection d’entre les morts de Jésus. Combien l’influence de l’incrédulité est aveuglante ! Ils ne pouvaient pas nier la réalité du miracle, et ils ne voulaient pas croire l’évangile. Ils mirent sous garde, puis menacèrent les instruments de la puissance divine. Ils n’avaient pas un mot à dire au sujet de leurs propres écritures qui rendaient témoignage au rejet du Messie par eux et à Son exaltation par Dieu. Cependant ils commandèrent aux apôtres de ne pas parler du tout, ni d’enseigner au nom de Jésus, désireux de les punir, mais ne trouvant pas encore moyen de le faire, à cause du peuple dont ils redoutaient de perdre la faveur, n’ayant pas de crainte de Dieu. Quel tableau vraiment lamentable de ceux qui prétendaient être eux seuls Son peuple sur la terre !

Ils ne avaient guère que Dieu avait commencé à appeler un nouveau corps de témoins d’entre Son ancien peuple, et qu’Il voulait en rassembler encore plus d’entre les Gentils. Et ainsi l’Esprit indique dans ce livre à titre de fait, la base de ce qui est expliqué dans les Épîtres.

 

4.8   Ch. 4:23-30

« Et ayant été relâchés, ils vinrent vers les leurs et leur rapportèrent tout ce que les principaux sacrificateurs et les anciens leur avaient dit. Et l’ayant entendu, ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu, et dirent : Ô Souverain ! toi, tu es Celui qui as fait le ciel et la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont : qui as dit, par le Saint Esprit, par la bouche de notre père David ton serviteur : « Pourquoi se sont déchaînées les nations, et les peuples ont-ils projeté des choses vaines ? Les rois de la terre se sont trouvés là, et les chefs se sont réunis ensemble, contre le Seigneur et contre son Christ ». Car en effet, dans cette ville, contre ton saint serviteur Jésus que tu as oint, se sont assemblés et Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël, pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient à l’avance déterminé devoir être faites. Et maintenant, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse, en étendant ta main pour guérir, et pour qu’il se fasse des signes et des miracles par le nom de ton saint serviteur Jésus » (4:23-30).

 

4.8.1       Actes 4:23-24

Qu’est-ce qui faisait que ces croyants étaient « les leurs » ? Qu’est-ce qui attirait instinctivement les deux apôtres vers eux, immédiatement après leur renvoi du sanhédrin ? C’était l’Esprit de Dieu qui les avait rassemblés au nom du Christ ressuscité. Le peuple d’Israël, au moins leurs chefs, devenaient maintenant leurs ennemis aussi bien que ceux de Christ ; un nouveau peuple était en train de se former avec un Grand Sacrificateur assis à la droite du trône de la Majesté dans les cieux, ministre du sanctuaire, et du vrai tabernacle que le Seigneur a dressé, non pas l’homme. Car Il a obtenu un ministère d’autant plus excellent, qu’Il est médiateur d’une meilleure alliance qui est établie sur de meilleures promesses (Héb. 8:1, 2, 6). Ce n’est pas qu’ils comprenaient alors leurs privilèges comme il vient d’être exposé ici, ni que la déclaration citée ici recouvraient leurs bénédictions les meilleures et les plus élevées ; mais ils connaissaient Celui qui, en haut, était l’accomplissement et le garant de tout, et ils étaient par conséquent de plus en plus attirés vers le cercle de ceux qui Le confessaient et qui se détachaient en principe, et progressivement toujours plus dans le cœur, de leurs anciennes appartenances et de leur vanterie d’autrefois.

Et « les leurs » répondirent d’un commun accord en entendant leur rapport sur tout ce que les chefs religieux de la nation avaient dit. Leurs propos sont un remarquable épanchement vers Dieu, et prouvent la profonde erreur de ceux qui imaginent qu’il ne peut pas y avoir d’accord dans la prière si ce n’est au moyen d’un modèle composé au préalable et dont tous ont un exemplaire : c’est là au contraire une interférence grave avec la puissance de l’Esprit Saint, et un déni pratique de cette puissance, la seule source correcte et convenable de tout ce qui doit caractériser l’assemblée de Dieu. Car c’était Lui qui dirigeait cet épanchement spontané au sujet de leurs circonstances présentes devant Dieu, qui s’appuyait sur l’Écriture et présentait une identification frappante avec le Seigneur Jésus. « Souverain » dirent-ils, dans le sens de Celui qui possède et dispose de tout, « toi, tu es Celui qui as fait le ciel et la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont ». Ils reconnaissent Sa gloire dans la création, mais ils se tournent immédiatement vers Sa parole prophétique par le moyen de David au début du Psaume 2. Ils l’appliquent nettement à cette association contre nature que Jérusalem venait de voir, entre Gentils et Juifs, entre Hérode et Ponce Pilate, contre Jésus le Messie. Il dirigeait tout, Lui qui a tout créé au commencement, et Il avait révélé Sa volonté dans Sa parole, même si elle n’était pas encore entièrement accomplie.

 

4.8.2       La citation du Psaume 2 (Actes 4:25-26)

Il n’y avait aucun doute que David avait ainsi parlé par le Saint Esprit. Depuis que ce Psaume était écrit, ses paroles introductrices ne pouvaient s’appliquer à aucun autre événement qu’à celui qui était justement devant eux ; elles parlent avec précision de cette union étrange et de cette culpabilité téméraire quand Juifs et Gentils se liguent avec leurs chefs contre l’Éternel et contre Son Oint — cela n’a jamais eu lieu ni auparavant ni depuis. Il y a de grands principes dans Écriture, et aussi des prophéties exclusivement personnelles. Or bien que les disciples aient discerné dans cette union une conspiration dirigée par Satan, dans laquelle le mal semblait avoir libre cours, sans frein, jusqu’au point même de crucifier le Seigneur de gloire, ils disent clairement que l’ennemi, avec toutes ses armées, n’a en réalité rien gagné, sinon une défaite. Les autres n’y pensaient pas du tout, tandis qu’ils tenaient leur conseil et condamnaient Jésus à la mort de la croix ; mais ils étaient rassemblés par Celui qui est plus haut que les plus hauts, pour faire tout ce que Sa main et Son conseil avaient prédéterminé devoir être fait.

 

4.8.3       Actes 4:27-28

Il en est toujours ainsi, même dans ce monde qui gît dans le méchant, mais ce n’est pas toujours aussi visible que dans ces scènes décrites par l’Écriture, si infiniment importantes pour Dieu et pour l’homme. Combien il est solennel de voir « dans cette ville » (4:27), comme partout, que les hommes qui sont concernés de plus près, ceux qui ont perpétrés ces horreurs contre Dieu et Son Christ, sont les derniers à percevoir la portée de leurs propres actes, et encore moins à voir les desseins éminents et pleins de grâce de Dieu qui s’y rattachent ! En vérité, aucun passereau ne tombe en terre sans Lui ; et les cheveux même de notre tête sont tous comptés.

Effort futile et méchant ! La violence meurtrière de l’homme ne fait que fixer les liens et les cordes qu’il voudrait rompre. Celui qui est assis dans les cieux rira ; le Seigneur les aura en dérision. Mais c’est loin d’être tout le Psaume 2. Alors Il leur parlera dans Sa colère et les épouvantera dans Sa fureur. Ceci, cependant, n’est pas pour tout de suite, car, au lieu de jugements pour punir leur mal et briser leur orgueil, Sa grâce envoie pour le moment l’évangile — la repentance et la rémission des péchés prêchées au nom de Jésus à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. La promesse de Son Père est envoyée sur les disciples, le Saint Esprit comme puissance d’en haut pour associer ceux qui croient avec Lui dans le ciel. Quand cette œuvre de grâce céleste sera terminée, Dieu prendra position pour la terre et en Israël particulièrement. Il n’a nullement oublié, ni ne s’est repenti, de Sa promesse à Abraham ou à David. « Et moi, j’ai oint mon roi sur Sion, la montagne de ma sainteté. Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre » (Ps. 2:6-8).

Quelqu’un soutient-il que cette dernière partie du Psaume est maintenant accomplie avec l’évangile, « spirituellement », disent-ils ? On peut tout à fait démontrer qu’une telle interprétation forcée de Écriture est exclue par le contexte. Car il est déclaré ici que le Messie les brisera avec une verge de fer (et non pas les sauvera, ni les unira à Lui comme membres de Son corps, mais) Il les mettra en pièces comme un vase de potier. Apocalypse 2: 27 montre que les fidèles qui sont appelés aujourd’hui, partageront cette tâche avec Christ à Sa venue, au lieu que ce soit accompli aujourd’hui d’une manière allégorique quelconque — un sens indigne de toute interprétation juste. Par conséquent l’appel final s’adresse aux rois et aux juges de la terre pour qu’ils rendent hommage à l’Éternel et au Fils, de peur qu’Il ne s’irrite, et qu’ils ne périssent, quand Sa colère s’embrasera tant soit peu. Ce n’est pas un appel aux pauvres et à ceux qui sont chargés de fardeaux pour croire à l’évangile ; c’est une question du royaume futur de Dieu, qui sera manifeste quand le Fils de l’homme viendra en puissance et en gloire. Comparez Ps. 8 et Dan. 2 et Dan. 7. Que ce soit maintenant ou plus tard, bienheureux sont tous ceux qui mettent leur confiance en Lui.

C’est en vain que certains, à la suite de quelques rabbins, limitent ou même appliquent de telles paroles au règne de David ou de Salomon, parce que ces paroles dépassent leur gloire, et encore plus celle de leurs successeurs. Ni l’un ni l’autre n’ont essayé de régner jusqu’aux bouts de la terre, ni n’ont exigé l’hommage de ses rois en tant que tels ; aucun homme, non plus, n’a été appelé à mettre sa confiance en l’un ou en l’autre ; et le manque de révérence n’a pas été puni par une telle perdition. Que Christ n’ait pas encore exécuté le jugement du verset 9 n’est pas la preuve qu’Il ne le fera pas, mais plutôt l’assurance solennelle qu’Il le fera.

En relation avec notre passage, on peut noter que ceux qui appliquent de manière si restrictive le Psaume quant à son accomplissement dans le soulèvement contre le Messie ne vont pas jusqu’au bout. Ils n’expriment rien sur Sa demande à l’Éternel de recevoir les nations pour héritage et les bouts de la terre pour Sa possession (Ps. 2:8). Christ s’occupe maintenant de Ses relations célestes et de Ses offices présentement. Il demandera la terre quand Il sera sur le point de venir exécuter le jugement sur les vivants et les morts. Ce sera alors Son apparition et Son royaume. Maintenant Il est caché en Dieu, Source des dons pour le perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu (Éph. 4:11-13).

 

4.8.4       Actes 4:29-30

C’est pourquoi les saints quand ils prient maintenant ne demandent pas la vengeance de la part de Dieu sur leurs adversaires, comme dans l’Ancien Testament, tout spécialement dans les Psaumes qui reflètent les sentiments les plus intimes des hommes pieux exercés, que ce soit dans leur accomplissement préparatoire passé ou dans leur accomplissement complet à la fin du siècle. Ces intercessions contre les méchants, comme aux Psaumes 6, 10, 54, 59, 83, etc., ne sont pas vindicatives, comme osent le penser beaucoup de gens présomptueux et ignorants. Elles auront un caractère solennel et judiciaire quand le temps et les instruments seront là pour verser la colère de Dieu sur tous ceux qui Le méprisent. Mais maintenant c’est le jour de la grâce et du salut, le temps agréable (2 Cor. 6:2) : pendant ce temps Christ est assis à la droite de Dieu, et le Saint Esprit unit à Lui le seul corps, l’église ; et la grâce souveraine dans l’évangile s’épanche, dépassant, pour l’ère chrétienne, toute différence entre Juifs et Gentils qui sont appelés à la gloire céleste. C’est dans un esprit approprié à cet état de choses qu’ils prient : « Et maintenant, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes esclaves d’annoncer ta parole avec toute hardiesse, en étendant ta main pour guérir, et pour qu’il se fasse des miracles et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus » (4:29-30).

Il suffisait pour leurs cœurs que le Seigneur regarde aux menaces de ceux qui cherchaient à leur nuire : Il savait parfaitement ce qu’il y avait lieu de permettre et ce qu’il y avait lieu de contenir ; et Il pouvait délivrer. Pour eux-mêmes, ils suppliaient de recevoir la grâce d’annoncer Sa parole avec toute hardiesse ou liberté. Est-ce ce que nous cherchons ou faisons ? L’estimons-nous comme notre plus grande joie, notre plus grand devoir et notre plus grande tâche sur la terre ? Ou bien nous suffit-il simplement d’être avec des compagnons chrétiens ayant des pensées similaires, passant une heure ou deux le matin avec des désœuvrés, et le soir avec ceux qui ont terminé leurs durs travaux terrestres ? Ceci peut être très bien, mais dans une telle atmosphère nous sommes enclins à nous mettre au-dessus de la Parole plutôt que d’avoir la Parole au-dessus de nous, admirant notre savoir, et critiquant ceux qui ne connaissent pas les merveilleux conseils et voies de grâce. Le cœur de ces premiers saints était bien différent, ils avaient tellement à apprendre ; mais leur foi les amenaient à avoir ou à acquérir ce courage moral et ce zèle pour Christ, et cet amour divin qui leur faisait annoncer Sa parole « avec toute hardiesse ».

Le Seigneur accorda ce qu’ils désiraient, non pas simplement en anéantissant les menaces de Ses ennemis et de leurs ennemis au moment opportun pour Sa gloire, mais en leur donnant de rendre un témoignage libre et hardi à Lui-même. Sa parole courait et était glorifiée, comme nous le verrons ; et d’autant plus de croyants étaient ajoutés au Seigneur, des multitudes d’hommes et de femmes. Ils parlaient de Lui avec dévouement, et Il les bénissait abondamment. Il n’arriva jamais à leurs esprits simples de prêcher pour le plaisir de prêcher, ce qui a pour résultat inévitable et mérité l’absence totale de fruit. Annonçant Sa parole, ils regardaient à Lui pour que le résultat en soit à Sa gloire par des âmes amenées à Dieu et remplies de joie divine dans Sa grâce.

Il est vrai que leur foi, selon la parole du Seigneur (Marc 16:17-18), comptait sur plus qu’une bénédiction spirituelle. Ils avaient désiré la guérison du malade ou infirme, en Son nom, comme signe précieux et significatif pour les incrédules. C’est ainsi que le Maître avait opéré ici-bas ; c’est ainsi que Ses esclaves allaient faire en témoignage de Sa puissance en grâce, puisque Celui qui était ressuscité et au ciel était Celui qui avait vaincu Satan, — le Seigneur coopérant avec eux et confirmant la parole par les signes qui suivaient. Dans la confiance de cette garantie de Sa part, ils Lui demandent de leur accorder toute hardiesse pour annoncer Sa parole, pendant qu’Il étendrait Sa main pour guérir, et pour que des signes et des miracles soient faits au nom du saint serviteur Jésus.

Cette puissance était bien à sa place alors que Dieu inaugurait le fait infini du Saint Esprit envoyé en personne du ciel et faisant maintenant de l’assemblée Son habitation, Son temple ou maison sur la terre, de façon permanente. Quel honneur aussi pour Lui que les Juifs avaient crucifié par la main d’hommes iniques, que ces signes et miracles faits « par le nom de Son serviteur Jésus » ! Quand le nom du Seigneur serait professé dans toute la chrétienté, la continuation de tels signes n’aurait plus de vraie raison d’être, et ne serait même plus convenable, les Écritures étant alors acceptées dans cette sphère comme la pleine et vraie révélation de Dieu. Et de plus, quand la profession d’acceptation du christianisme serait fausse et superficielle, et qu’elle aboutirait de plus en plus au reniement du Seigneur du fait des œuvres pratiques de ces professants, combien la continuation de ces marques extérieures d’honneur et de puissance serait incongrue !

Plus on pèse le problème, plus on voit la convenance de ce que Celui qui a donné des miracles au commencement n’en a pas fait un héritage inaliénable attaché à l’église ou à Ses serviteurs. Il avait promis qu’ils accompagneraient « ceux qui auront cru » (Marc 16:17), et ce fut ainsi. Il n’a jamais indiqué qu’ils les accompagneraient perpétuellement ou absolument. Et ils ont cessé dans Sa sagesse, car maintenant ils ne pouvaient qu’être un danger, et même une certitude que des résultats mauvais se produiraient à Son déshonneur ; car ils serviraient à passer sous silence l’état de ruine de l’assemblée, en sorte que, soit chacun exercerait de tels miracles, et ils émousseraient alors toutes les consciences, soit quelques-uns seulement les exerceraient, et ils les enfleraient d’orgueil.

Le témoignage, la parole de Dieu, était alors le désir principal qu’ils exprimèrent devant Lui, parce qu’ils cherchaient la grâce et la bénédiction pour leurs adversaires, non pas la vengeance ; et les marques de puissance qu’ils demandaient de Sa main ne consistaient pas à faire descendre du ciel un feu consumant, ou à faire ouvrir la terre pour engloutir l’ennemi, mais plutôt à « guérir » (4:30) et, si des « signes et des miracles » se faisaient, ils sollicitaient qu’ils se fassent « par le nom de Son saint serviteur Jésus » — parce que leurs cœurs étaient décidés à honorer le Fils, comme ils honoraient le Père (Jean 5:23). La puissance demandée dans les prières n’était pas pour avoir une influence ou une autorité apostoliques, mais pour la gloire de Celui qui s’est fait esclave, et pour recommander la Parole qui Le révèle. C’était le Créateur qui, après avoir fait une prédiction par Son serviteur David, avait maintenant accompli Son œuvre, par le moyen même de Ses ennemis.

On notera que le texte critique ne diffère pas peu du Texte Reçu : non seulement il omet « Dieu » au verset 24, il insère « dans cette ville » au verset 27, il insère de manière singulière « par [l’] Esprit Saint » au verset 25 selon les  manuscrits Aleph, A, B, E et d’autres autorités. Il est difficile de concevoir que le vrai texte ait été délibérément changé en cette forme ancienne ayant une apparente rudesse inhabituelle ; il est facile au contraire de comprendre que les copistes postérieurs aient adouci l’expression. Ce n’est pas souvent que les manuscrits les plus anciens sont plus copieux ; mais nous en avons ici un cas caractéristique. De plus, aux versets 27 et 30, comme en Actes 3:13, 26, le vrai texte est « Serviteur », et non pas « Fils », ni même « Enfant » ici ; le terme « serviteur » répond à Ésaïe 42:1 et 52:13 ; la version anglaise autorisée du Roi Jacques traduit correctement au verset 25. Seulement dans la prière, Jésus (ton « saint » serviteur) est ici soigneusement distingué de David (ton serviteur). (*)

 

(*) note Bibliquest : La traduction JND ne suit que partiellement ces options de traductions retenues par WK. JND maintient le mot Dieu au v. 24 et n’insère pas « par l’Esprit Saint » au v. 25, cette variante étant quand même citée en note.

 

4.9   Ch. 4:31-37

Une réponse nette et immédiate fut maintenant donnée à leur prière en commun : comme toujours, la foi reçoit plus qu’elle n’a demandé.

 

« Et comme ils faisaient leur supplication, le lieu où ils étaient assemblés fut ébranlé, et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse. Et la multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme ; et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux. Et les apôtres rendaient témoignage avec une grande puissance à la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous. Car il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse ; car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et apportaient le prix des choses vendues, et le mettaient aux pieds des apôtres ; et il était distribué à chacun, selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin. Et Joseph qui, par les apôtres, fut surnommé Barnabas (ce qui, étant interprété, est fils de consolation), lévite, et Cypriote de naissance, ayant une terre, la vendit, et en apporta la valeur, et la mit aux pieds des apôtres » (4:31-37).

 

4.9.1       Actes 4:31

La voix de L’Éternel fait trembler le désert (Ps. 29:8). Il regarde vers la terre, et elle tremble (Ps. 104:32). Ainsi quand Il viendra régner, la terre verra et tremblera. Ici, cet ébranlement n’était pas en jugement, mais en grâce, pour donner une marque extérieure de Son intervention ; cela ne donnait pas l’idée de quelque danger universel et illimité, comme dans un tremblement de terre, mais par sa forme particulière, limitée au lieu où ils étaient rassemblés, cet ébranlement donnait la conviction qu’Il avait entendu et veillait sur eux pour Sa propre gloire.

Mais il y eut plus et mieux qu’un simple signe extérieur. Ils furent tous remplis du Saint Esprit et annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse (il ne nous est pas dit que ce soit en d’autres langues). C’était la présence de Dieu manifestée de la manière la plus appropriée à la fois en puissance et en grâce. C’était entièrement distinct de l’opération de l’Esprit par laquelle une âme naît de nouveau. C’était l’énergie du Saint Esprit, montrée extérieurement aussi bien que dans les croyants : l’Esprit non seulement donné, mais excluant l’action de la chair de sorte que, pendant ce temps au moins, tout ce qui agissait était de Lui. C’était la puissance spirituelle mais dans la dépendance de la foi, n’annonçant pas simplement des idées fortes et originales, mais annonçant la parole de Dieu avec hardiesse, comme il convenait à Ses serviteurs, se confiant dans Sa grâce parfaite, et sentant la ruine de l’homme sans Christ. Deux des apôtres interdits de parole par les hautes autorités d’Israël, avaient auparavant plaidé : « nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (Actes 4:20). Ils étaient maintenant tous animés de la même foi et de la même ferveur dans le Saint Esprit. Ce n’était pas une petite chose pour quelqu’un d’être ainsi fortifié ; combien plus de voir une compagnie entière de gens faisant pareillement confession !

 

4.9.2       Actes 4:32

Qu’est-ce qui les caractérisait ? « Et la multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme ». On n’avait jamais vu un tel temps sur la terre avant la Pentecôte. Maintenant que l’opposition s’est nettement exercée contre eux, on voit quelque chose qui a encore plus d’éclat spirituel, si tant est que cela soit possible. Tout avait la saveur de la présence de Celui qui a daigné descendre du ciel, et faire des saints l’habitation de Dieu. C’est l’énergie du Saint Esprit qui opère tout ce qui est agréable à Dieu, tout ce qui est édifiant pour l’homme. Sans Lui il y aurait seulement eu des individus en grand nombre. L’Esprit unit à Christ ; Il donne aussi, de ce fait, l’unité pratique, comme ici. Le cœur et l’âme de ceux qui croyaient étaient uns, bien qu’ils fussent une multitude. Assurément une telle unité n’aurait pas pu avoir lieu sans un objet suprême et absorbant, Christ Lui-même, mais il y avait aussi besoin de la puissance de l’Esprit pour exclure l’activité de chacune des volontés séparées. Car la chair aime à se différencier, et elle cherche quelque chose de particulier pour elle. Une fois unis à Christ par l’Esprit, ils ont cherché tous les choses de Jésus Christ, sans pour autant avoir l’intelligence de l’union avec Christ et des relations célestes. Pourtant il n’y a jamais eu, ni avant ni depuis, dans n’importe quelle communion sur la terre, un pareil témoignage à la délivrance, par Son nom, de l’égoïsme de la nature et de l’orgueil du monde ; jamais il n’y a eu plus de joie en Dieu, de joie soutenue, ni plus d’amour mutuel par notre Seigneur Jésus. C’était l’accomplissement de la prière de Jean 17:20-21 : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m’as envoyé ». Ils étaient uns, cœur et âme. L’expression de l’historien inspiré est d’autant plus énergique que l’unité pratique en grâce était réalisée avec beaucoup d’éclat devant le monde. Il n’y a pas de signe d’une plus grande faiblesse dans l’église que la division de chemin, de sentiment, ou de pensée ; pas de marque plus évidente de la puissance de l’Esprit que l’unité dont Christ est la source et le caractère.

On a ensuite, plus fraîche que jamais, un échantillon de la supériorité sans pareille sur les intérêts personnels, qu’on a vue initialement à la Pentecôte. « Et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux ». Ceci ne ressemblait en rien à la loi, mais c’était la grâce. N’est-il pas surprenant que quelqu’un qui croit les Écritures puisse éluder ce fait clair et béni ? C’était un état de choses admirablement approprié pour l’église quand elle était toute à Jérusalem, et dans sa pleine et première beauté formée par le Saint Esprit non attristé ; nous ne le trouvons plus quand des saints furent rassemblés autour du Seigneur en d’autres lieux. La mise en commun des biens, pour autant qu’elle fut opérée en grâce, ne pouvait avoir lieu correctement, dans la nature des choses, que quand tous les membres étaient dans un même lieu. Quand le Seigneur opéra en d’autres lieux, les saints étaient aussi proches dans la relation divine que ceux qui demeuraient dans la même ville de Jérusalem. Ce qui était particulier à l’assemblée à Jérusalem a alors évolué en des formes plus ordinaires et plus vastes d’amour envers tous les saints où qu’ils se trouvent, car l’Église sur la terre est une, et nous sommes membres les uns des autres, même si nous nous trouvons dans des régions fort éloignées du globe. Nous avons alors des instructions et des exhortations des plus précieuses au sujet de donner, comme en Rom. 12 ; 1 Cor. 16 ; 2 Cor. 8 et 9 ; Gal. 6 ; Éph. 4 ; Phil. 4 ; 1 Tim. 6 ; Héb. 13, etc. Il est clair que ces exhortations ne supposent jamais un état de choses où tout est mis en commun, mais plutôt des riches et des pauvres qui, en conséquence, sont appelés à faire ceci ou cela. La parole du Seigneur, quoique toujours aussi vraie pour nous, recevait son application la plus nette : « En vérité, je vous dis : il n’y a personne qui ait quitté maison, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, [ou femme], ou enfants, ou champs, pour l’amour de moi et pour l’amour de l’évangile, qui n’en reçoive maintenant, en ce temps-ci, cent fois autant, maisons, et frères, et sœurs, et mères, et enfants, et champs, avec des persécutions, et dans le siècle qui vient, la vie éternelle » (Marc 10:29-30).

 

4.9.3       Actes 4:33

Ici nous voyons aussi la place éminente tenue par la résurrection de Christ dans l’enseignement apostolique. « Et les apôtres rendaient avec une grande puissance le témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus ». Est-il besoin de souligner que les apôtres avaient raison, contrairement aux modernes qui prêchent le Seigneur dans Son service, ou dans Sa mort, et qui s’arrêtent là pratiquement ? Ils amputent ainsi le vrai témoignage de sa plénitude bénie, et toute leur prédication, pour ne pas dire leur foi, en souffre. Car pourquoi séparer la résurrection de la mort de Christ ? S’Il « n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine, et votre foi est vaine aussi : vous êtes encore dans vos péchés » (1 Cor. 15:13-17). Sans Sa résurrection, il n’y a aucune preuve que nos péchés sont ôtés, que nous-mêmes sommes justifiés, et que Dieu est glorifié. Là où on ne tient pas ferme la résurrection en puissance, la porte est grande ouverte pour ignorer à la fois la ruine totale de l’homme, et la pleine délivrance que Dieu a opérée en Christ, et qu’Il donne maintenant librement dans Sa grâce. Certains peuvent raisonner, d’autres espérer ; mais la résurrection est le grand fait que Celui qui a souffert pour nos péchés n’est plus dans le tombeau, là où l’homme a déposé Son corps, mais Il est ressuscité par Dieu, dont la bonne nouvelle au sujet de Son Fils est qu’Il est proclamé vainqueur du péché et de la mort pour le salut de quiconque croit.

Et ce témoignage est de toute efficacité pour le fidèle, parce qu’une « grande grâce était sur eux tous ». Il est de toute importance d’arrêter et de gagner des incrédules à Dieu ; mais la foi voit dans la résurrection du Seigneur le gage de sa propre justification, autant que celle du jugement de tous ceux qui s’opposent à un si grand salut, ou le négligent. Le Dieu qui a ressuscité d’entre les morts Celui qui s’est chargé de la responsabilité de nos péchés, et qui est descendu dans la mort sous le jugement divin à cause de nous, c’est le Dieu Sauveur ; et Sa grande grâce se reproduit dans ceux qui Le connaissent ainsi. L’amour n’est pas le fruit d’un commandement ou d’un effort d’aimer. Sa grâce a une puissance créatrice de bonté chez ceux qui se savent aimés de Lui.

 

4.9.4       Actes 4:34-35

Il est triste qu’on réduise cette « grande grâce » à la « faveur du peuple », selon Actes 2:47. Le verset suivant (Actes 4:34) ne donne pas non plus la raison pour laquelle le peuple les regardait favorablement (« car il n’y avait parmi eux aucune personne nécessiteuse », comme si l’église était un bon club de partage de profit !). Le verset 34 donne simplement un exemple particulier de la manière dont la grande grâce opérait sur eux ; car ce n’était plus simplement de la promptitude à donner, comme on avait vu à l’origine en Actes 2:44-45. Maintenant, quand des champs ou des maisons étaient vendues, l’argent était mis aux pieds des apôtres, et la distribution était faite selon que l’un ou l’autre en avait besoin. Quel contraste entre le désintéressement spontané manifesté ici, et la rigueur formelle des règles monastiques — moines mendiants etc. !

 

4.9.5       Actes 4:36-37

Parmi ceux qui furent distingués par cet amour qui se dépouille pour les frères, une place spéciale est donnée à celui dont le nom sera éminent par la suite, Joseph, surnommé Barnabas (4:36-37), fils d’exhortation ou peut-être de consolation. Plus tard (Actes 11:24), il est caractérisé comme « homme de bien, et plein de l’Esprit Saint et de foi ». Ici, il est indiqué qu’il était d’origine chypriote (ou cypriote) ; bien que Lévite, il était possesseur d’un champ, qu’il vendit et en mit l’argent aux pieds des apôtres. La mention expresse de cette circonstance prouve combien peu cette pratique était devenue obligatoire, car pourquoi nommer Barnabas en particulier, si c’était une règle absolue et universelle ? Quand les hommes imitent, soit dans le monde soit même dans l’église, l’œuvre de loi remplace la grâce, et la communauté noie l’individu, ce qui détruit l’amour d’un côté, la conscience de l’autre. Seules la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ mettent l’individu et le corps à leur vraie place, et l’y maintiennent, car ce n’est qu’ainsi que Dieu est Dieu devant l’homme qui croit. Le papisme et le communisme se sont pareillement efforcé en vain de réaliser la grâce désintéressée de ces premiers jours de l’église ; mais ni l’un ni l’autre ne lui ressemblent ; ils n’en sont que des caricatures, et sont aussi loin qu’il est possible d’en avoir la même source, le même caractère, et le même aboutissement.

La grâce est inimitable ; seul le Saint Esprit peut la produire en réalité. C’est Lui qui opérait alors dans une si riche mesure. Et Il continue à opérer tout ce qui est en harmonie avec Christ en tout temps, avec la pleine considération de ce qui est dû aux voies de Dieu actuellement, et à l’état de l’homme. Mais les intérêts et l’activité du Saint Esprit ne sont plus dans la bergerie d’Israël. Il est présent, en plénitude à la fois de grâce et de puissance, dans une sphère nouvelle et différente, en dehors d’Israël aussi bien que des nations ; Il y rend témoignage à Jésus ressuscité, que les hommes ont crucifié et mis à mort, et à la bénédiction sans limites conférée à ceux qui Le confessent. Il produit un fruit nouveau et approprié chez ceux qui sont Siens, unis comme une seule âme, quelles qu’aient été dans le passé leurs anciennes habitudes ou leurs intérêts contraires : tel est maintenant le doux effet de leur unité dans le Père et le Fils, afin que le monde croie que le Père a envoyé le Fils (Jean 17:21).

 

 

5                    Actes 5

5.1   Actes 5:1-6

La manifestation de la grâce provoque l’animosité de l’adversaire, et la chair aimerait bien s’acquérir la meilleure réputation au moindre coût possible. C’était bien tôt pour oublier que Dieu venait de faire de l’assemblée Son habitation ; et les témoignages de Sa présence y étaient assurément nombreux et évidents. Mais l’ennemi sait comment leurrer l’âme petit à petit pour les attraper dans un mal fatal ; et la prétention spirituelle en est une route directe et glissante avec une pente rapide.

Barnabas avait été distingué par une mention particulière, car il devait plus tard être utilisé et honoré par Dieu au premier rang de Ses serviteurs. Ananias prend sa suite, mais sans que son cœur soit droit devant Dieu : il saisit l’occasion de cette « grande grâce sur eux tous » pour une grande tromperie, aggravée par le fait que sa femme le savait et y prenait part. Combien de femmes chrétiennes ont été une vraie aide à leur mari pour avertir en temps utile, pour faire des appels pressants, et pour condamner tout mal au premier bourgeonnement ! Quelle situation terrible quand l’homme et la femme s’aident mutuellement pour oublier Dieu, et oublier Sa présence sainte et pleine de grâce, et pour s’entendre pour déshonorer le nom du Seigneur en simulant mensongèrement une consécration pleine d’abnégation !

 

« Mais un homme nommé Ananias, avec Sapphira sa femme, vendit une possession, et, de connivence avec sa femme, mit de côté une partie du prix, et, en apportant une partie, la mit aux pieds des apôtres. Mais Pierre dit : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? Si elle fût restée [non vendue], ne te demeurait-elle pas ? Et vendue, n’était-elle pas en ton pouvoir ? Comment t’es-tu proposé cette action dans ton cœur ? Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu. Et Ananias, entendant ces paroles, tomba et expira. Et une grande crainte s’empara de tous ceux qui entendirent [ces choses]. Et les jeunes hommes, se levant, le couvrirent, et l’ayant emporté dehors, l’ensevelirent » (5:1-6).

 

Lévitique 4 fait bien ressortir combien la position du coupable aggrave le péché. Un chef est traité différemment de quelqu’un du peuple, et le péché du sacrificateur oint entraînait des conséquences beaucoup plus graves que celui d’un chef ou de quelqu’un du peuple.

 

5.1.1       La présence de Dieu dans Sa maison (par l’Esprit) et la sainteté requise

Mais il y a un autre critère, encore bien plus solennel, celui de la présence de Dieu, et la présence de Dieu selon Sa nature qui est maintenant pleinement révélée. En Israël c’était l’Éternel qui habitait dans l’obscurité profonde, tout en gouvernant Son peuple qui était autour de Lui sans pour autant être en mesure de s’approcher, le Saint Esprit indiquant par-là que le chemin des lieux saints n’était pas encore manifesté (Héb. 9:8). Maintenant il l’est, en vertu du sang de Christ, entré une fois pour toute dans les lieux saints, ayant accompli une rédemption éternelle (Héb. 9:12). C’est aussi pour cette raison que le Saint Esprit est descendu ici-bas pour faire de nous l’habitation de Dieu, Son temple saint (1 Cor. 3:16). Si le péché est devenu excessivement pécheur par le commandement (Rom. 7:13), combien plus est-il abominable à la lumière de la croix ! Mais à la croix, Dieu a condamné le péché (Rom. 8:3), non seulement dans ses fruits mais dans sa racine, et ceci en Celui qui est devenu un sacrifice pour le péché. Telle a été l’œuvre de Dieu en envoyant Son propre Fils, le Saint pourtant fait péché pour que nous devinssions justice de Dieu en Lui (2 Cor. 5:21). Les péchés du croyant sont effacés et pardonnés ; la mauvaise nature qui ne pouvait pas être pardonnée, est déjà condamnée à la croix de Celui qui est mort pour cela ; et Il est ressuscité, et nous sommes en Lui, libérés de toute condamnation, et vivants de la vie de Celui qui est de nouveau vivant pour toujours. Le Saint Esprit n’est pas seulement témoin envers nous, mais Il est puissance en nous, et présent personnellement ici-bas pour que la présence de Dieu soit réalisée.

Redisons-le, l’habitation de Dieu est la raison vraie et parfaite de l’appel à la sainteté. Même en Israël il en était ainsi : « La sainteté sied à ta maison, ô Éternel ! pour de longs jours » (Ps. 93:5). Ainsi chanteront-ils plus tard, en vérité du cœur, quand le royaume viendra et que l’Éternel règnera. Et c’est ce qui eut lieu pour Israël quand, regardant en arrière et pas seulement en avant, ils n’avaient encore qu’une rédemption temporelle pour sortir d’Égypte par la puissance divine, — un type de la rédemption incomparablement plus bénie et permanente, et même éternelle, que le Seigneur Jésus a acquise par Son sang. Même à ce moment-là où la rédemption n’était que l’ombre de choses meilleures à venir, le Dieu d’Israël manifesta Sa présence en faveur de Son peuple, et au milieu d’eux. Maintenant tout est réel, parce que Christ, qui est la vérité, est venu ôter le péché par le sacrifice de Lui-même. Le plein résultat n’apparaît pourtant pas pour l’univers avant qu’Il ne vienne pour régner en justice, après quoi il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans lesquels la justice habite (2 Pierre 3:13). Mais en attendant, l’œuvre puissante de la propitiation n’est pas seulement accomplie, mais elle est acceptée, et l’Esprit de vérité est descendu en personne pour rendre effective la présence et l’habitation de Dieu ici-bas dans l’assemblée des saints, qui est Sa maison.

Ainsi si le livre de l’Exode, plus que tous les autres livres de la Bible, est dans sa première partie la figure de la rédemption, sa seconde partie nous montre l’habitation de Dieu qui en résulte, l’habitation de Dieu au milieu de Son peuple, ou tabernacle ; et c’est par rapport à cette habitation que les voies du peuple sont réglées. « Et je me rencontrerai là avec les fils d’Israël, et la tente sera sanctifiée par ma gloire. Et je sanctifierai la tente d’assignation [ou : tabernacle de la congrégation] et l’autel ; et je sanctifierai Aaron et ses fils, afin qu’ils exercent la sacrificature devant moi. Et j’habiterai au milieu des fils d’Israël, et je leur serai Dieu ; et ils sauront que moi, l’Éternel, je suis leur Dieu, qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux. Je suis l’Éternel, leur Dieu » (Exode 29:43-46).

Il en est de même dans l’église maintenant. La sainteté est impérative individuellement, car l’Esprit de Dieu habite en chacun de nous comme saints purifiés par le sang de Jésus, vivants d’entre les morts, délivrés du péché et devenus esclaves de Dieu, afin que nous ayons notre fruit dans la sainteté et pour fin la vie éternelle (Rom. 6:22). « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Cor. 6:19-20). Mais Il habite aussi dans l’assemblée (1 Cor. 3:16-17), et Il fait de nous collectivement le temple du Dieu vivant, responsables en tant que retirés des incrédules, d’être séparés et de ne pas toucher ce qui est impur. C’est là que Dieu habite ; et Il est un Père pour ceux qui sont tels. « Ayant donc ces promesses, bien-aimés, purifions-nous nous-mêmes de toute souillure de chair et d’esprit, achevant la sainteté dans la crainte de Dieu » (2 Cor. 6:16 à 7:1). Ainsi de tous les côtés, individuel et collectif, la sainteté est basée, non pas sur la loi, mais sur ce que la grâce a opéré et nous a donné par notre Seigneur Jésus ; et le Saint Esprit reste présent pour que ce soit réalisé, ou, s’il y a du mal, pour susciter un témoignage approprié contre ce que la croix a prouvé être absolument intolérable. Dieu ne sera pas indulgent vis-à-vis de l’iniquité chez Ses enfants, et encore moins dans l’église. Dieu est là dans la puissance du Saint Esprit pour venger le tort fait à Sa grâce comme habitant là, et à Sa nature de laquelle le chrétien est devenu participant.

 

5.1.2       Actes 5:1-6

Ananias se présente alors, cherchant à se faire valoir par une manifestation de foi opérant par l’amour (Gal. 5:6) ; la chair, amorcée par Satan, cherche à imiter cela sans avoir la confiance en Dieu, et même en cherchant à Le tromper, comme s’Il n’avait pas de maison sur terre où habiter et manifester Sa puissance aussi bien que Sa grâce. Ananias garda pour lui-même une partie du produit de la vente de ses biens, et mit l’autre partie aux pieds des apôtres comme étant le tout. Le Seigneur, par le moyen de Son serviteur, ressent le péché et l’insulte. « Ananias », dit Pierre, « pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu aies menti à l’Esprit Saint et que tu aies mis de côté une partie du prix de la terre ? … Tu n’as pas menti aux hommes, mais à Dieu ». Quoi de plus simple et à la fois plus puissant, pour nous faire connaître le sens qu’ils avaient de la présence de Dieu ? Le péché aveuglait alors les yeux du disciple coupable ; dans des temps moins lointains, l’incrédulité a dérobé la vérité de l’église, et là-dessus elle a établi ses propres remparts, ses règles, ses fonctionnaires, les œuvres de ses propres mains, ses veaux d’or, oubliant à la fois Celui qui revient bientôt du ciel, et Celui qui, en attendant, est ici-bas pour glorifier le Fils et le Père. Il n’y a pas de raison de supposer que le motif d’Ananias était d’espérer posséder des dons spirituels comme Barnabas, ou la convoitise de la puissance d’en conférer comme Simon (8:19). C’est une erreur de conclure que telle était la forme de son péché contre le Saint Esprit. La vérité de Dieu est plus profonde qu’aucun produit du raisonnement humain. C’est le même verbe (ψευδομαι) aux versets 3 et 4, mais avec une construction différente : avec un accusatif au v. 3 dans le sens d’abuser quelqu’un par fausseté, avec un datif au v. 4 comme disant un mensonge à une personne, ici à Dieu Lui-même dans la personne de l’Esprit descendu du ciel.

Dieu était dans Son saint temple (par le rejet du Messie, l’ancien temple était maintenant réduit à être « leur maison », la maison des Juifs incrédules) ; et c’est là que quelqu’un portant le nom du Seigneur osa Lui mentir en face. Ce n’était pas une erreur faite dans la précipitation, mais une tromperie avec un but égoïste et hypocrite conçu dans le cœur, et elle était d’autant plus odieuse qu’elle était commise en présence de la grâce nouvelle et sans limite de la part de Dieu, et en présence du fruit publique qu’elle portait chez bien des saints, sous forme d’un renoncement à soi sans pareil. Dieu jugea sévèrement, autrefois, un Acan qui convoita la chose maudite, et un Guéhazi qui s’enrichissait par une prostitution honteuse du nom du prophète. « Est-ce le temps », demanda l’homme de Dieu indigné, « de prendre de l’argent, et de prendre des vêtements, et des oliviers, et des vignes, et du menu et du gros bétail, et des serviteurs et des servantes ? » (2 Rois 5:26). Ainsi, quoique ce fût un jour de grâce, il était par cela même d’autant plus grave aux yeux de Dieu de professer être un croyant en Christ et en même temps d’espérer que son iniquité soit acceptable dans la maison de Sa sainteté.

En entendant les paroles apostoliques Ananias tomba et expira ; de sorte que tous ceux qui entendirent furent impressionnés.

 

5.2   Actes 5:7-10

Les jeunes hommes qui couvrirent et emportèrent son corps pour l’ensevelir n’étaient pas encore revenus que, environ trois heures après, sa femme entra, ne sachant pas ce qui était arrivé. Pierre tira d’elle la preuve nette qu’elle était de connivence avec l’imposture, et dit : « Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur ? » (5:9).

C’est précisément ce que Satan désire et incite à faire, que ceux qui sont au Seigneur, ou au moins professent l’être, ne croient pas qu’Il est parmi eux. Le tenter c’est douter de cela en parole ou en acte — dire dans son cœur : est-Il parmi nous ou n’y est-Il pas ? (Ex. 17:7). Quelle question indigne de la part de ceux qui devraient le mieux connaître Sa présence, — cette présence qui est assurée à un prix infini que le chrétien devrait aussi au moins connaître ! Qu’il est terrible de penser que ce péché prévaut maintenant, et qu’il est peu ressenti et peu jugé, même par de vrais enfants de Dieu ! En fait, les saints ont en général perdu de vue si complètement la présence et l’action de l’Esprit dans l’assemblée qu’ils prient ouvertement et périodiquement qu’Il soit de nouveau répandu. Bien sûr, ils n’entendent par-là guère plus, voire rien de plus, qu’un accroissement de consolation pour les croyants, et beaucoup plus de conversions chez les pécheurs. Mais ils ignorent tout le temps la présence effective de l’Esprit sur la terre, et semblent tout à fait inconscients du grave affront qui Lui est fait quand on exclut Son action révélée et souveraine pour la gloire de Christ au milieu des saints réunis. Ils peuvent se réveiller pour Lui permettre plus de liberté d’action dans le travail de l’évangile au dehors pour le salut de l’homme ; mais quant à Son énergie dans l’église pour la gloire de Dieu et en soumission à Sa parole, ils ne veulent pas en entendre parler ; tout ce qui a pu avoir lieu dans le passé, est considéré maintenant comme périmé et du désordre ! Hélas, c’est faire l’église de l’homme et non celle de Dieu, bien que ce qui relève de Son propos de grâce durera pour toujours.

Pierre ajoute alors à la veuve convaincue de péché : « Voici, les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront aussi. Et à l’instant elle tomba à ses pieds et expira. Et les jeunes hommes, entrant, la trouvèrent morte ; et ils l’emportèrent dehors et l’ensevelirent auprès de son mari » (5:9-10).

 

5.3   Actes 5:11

C’était incontestablement une punition d’origine divine en raison de sa répétition, et elle ne pouvait donc que faire une impression immédiate et encore plus profonde ; nous lisons en effet « qu’une grande crainte s’empara de toute l’assemblée et de tous ceux qui entendaient parler de ces choses » (5:11). Cela était destiné à avertir tous ceux du dedans aussi bien que du dehors.

C’est la première fois où l’église ou assemblée est mentionnée positivement. Il est en parlé comme d’un corps connu et déjà existant, non pas comme si elle venait d’être inaugurée. L’église a commencé comme un fait au jour de la Pentecôte, quand le Saint Esprit (la promesse du Père, que Christ a envoyé du Père, comme le Père L’a envoyé au nom de Son Fils) a baptisé tous les saints en un seul corps. Il y avait eu des saints déjà depuis Abel ; mais maintenant ils deviennent un dans le Saint Esprit. En Actes 2:47 la traduction correcte est presque certainement « le Seigneur ajoutait jour après jour ensemble ceux qui devaient être sauvés », et non pas « ajoutait tous les jours à l’assemblée… » ; quoiqu’ils fussent déjà l’assemblée, celle-ci n’est pas encore nommée là. La chose était, mais sans être nommée. Or selon les paroles du Seigneur en Matt. 16:18 et 18:17, ils étaient ainsi appelés au moment où Dieu établissait de la manière la plus solennelle la réalité de Sa présence par l’action de l’Esprit qui habite là, et qui a tout pouvoir pour venger promptement un tort délibéré fait dans l’assemblée contre Sa nature et Sa majesté ; s’Il n’avait pas agi ainsi, Il aurait participé et consenti à Son propre déshonneur.

Le Seigneur a saisi le moment critique où Ananias et Sapphira péchaient ainsi à la mort, et une mort si terrifiante, pour renouveler en grâce l’honneur mis sur les Douze. Un des leurs venait d’être mis en évidence devant tous comme le vase de la puissance divine en jugeant l’iniquité délibérée et hypocrite, dans laquelle le couple avait été des partenaires consentants pour commettre l’offense. Maintenant il était selon Sa sagesse de manifester le cours normal de Sa bonté et de Sa compassion en l’honneur du Seigneur Jésus, dans un monde ruiné par le péché et livré à la misère par ses tristes effets.

 

5.4   Actes 5:12-16

« Et beaucoup de signes et de prodiges se faisaient parmi le peuple, par les mains des apôtres ; (et ils étaient tous d’un commun accord au portique de Salomon ; mais, d’entre les autres, nul n’osait se joindre à eux, mais le peuple les louait hautement ; et des croyants d’autant plus nombreux se joignaient au Seigneur, une multitude tant d’hommes que de femmes) ; de sorte qu’on apportait les infirmes [ou : malades] dehors dans les rues, et qu’on les mettait sur de petits lits et sur des couchettes, afin que, quand Pierre viendrait, au moins son ombre passât sur quelqu’un d’eux. Et la multitude aussi des villes d’alentour s’assemblait à Jérusalem, apportant les infirmes et ceux qui étaient tourmentés par des esprits immondes ; et ils étaient tous guéris » (5:12-16).

 

Nous sommes susceptibles d’oublier ce témoignage à la suprématie du Messie, rejeté mais exalté maintenant à la droite de Dieu, du fait que nous sommes accoutumés depuis longtemps à Son absence ; peut-être aussi pensons-nous trop exclusivement à Sa grâce envers nous, et trop peu à Sa gloire. Quelle grâce que celle qui maintient ce qui est encore plus précieux, et bien plus profondément merveilleux, l’efficacité immuable de son Sang, la nouvelle création, l’union avec Lui, et la présence pour toujours du Saint Esprit dans et avec nous sur la terre ! Mais nous ne devrions pas être insensibles à la manifestation bénie, même si elle est partielle, du témoignage à Sa puissance sur toute la création qui soupire, et sur ces mauvais esprits, rebellés contre Dieu, qui ont séduit l’homme pour sa ruine ; nous ne devrions pas non plus ignorer le fait humiliant qu’une telle manifestation a si vite disparu, même s’il était convenable qu’il en soit ainsi. Le Dieu de toute grâce (c’est principalement de cette manière que Dieu se révèle maintenant) ne voulait pas que subsiste sur la terre une telle réponse à l’exaltation de Christ sur le trône de la puissance divine, à moins qu’il existe des raisons très sages et très convenables pour le faire, non seulement en rapport avec Sa propre gloire morale, mais parce que la continuation des signes et des miracles serait une anomalie dans Ses voies, et un tort fait aux saints plutôt qu’une bénédiction pour eux, au temps où l’assemblée s’éloigne de plus en plus de la grâce et de la vérité qui sont venues par notre Seigneur Jésus Christ.

Il est évident qu’ici, comme en d’autres occasions, les apôtres étaient ceux qui furent par-dessus tout distingués par les nombreux signes et miracles qu’ils faisaient. Il ressort clairement d’Actes 6:8 et 8:6, 7, 13, que la puissance n’était nullement restreinte à ceux que Dieu a placés au premier rang dans l’église ; le martyr Étienne et l’évangéliste Philippe en sont tous deux des exemples remarquables. Le croyant qui lit 1 Cor. 12 ne peut intelligemment douter que de tels dons-signes étaient largement répandus en dehors de tout service public ; même notre Seigneur annonçait ces signes et miracles en Marc 16:17, 18, 20 pour ceux qui auraient cru, et non pas simplement pour certains croyants ayant une fonction éminente particulière. Ici, cependant, les miracles sont opérés par ceux qui tenaient le premier rang, non pas en cachette, mais publiquement, parce qu’ils étaient tous d’un même accord au portique de Salomon, et personne d’autre n’osait se joindre à eux. L’effet moral était immense. D’une part le peuple les louait hautement ; de l’autre, des croyants nombreux étaient plus que jamais ajoutés au Seigneur, des multitudes d’hommes et de femmes. Des « femmes » avaient été spécialement mentionnées en Actes 1:14, quand les disciples, quoique assemblés intimement, n’étaient qu’autant d’individus s’attachant au Seigneur dans la foi, et s’adonnant continuellement d’un même accord à la prière, avant que la puissance d’unité du seul Esprit envoyé du ciel les ait tous baptisés en un seul corps. La prophétie de Joël appliquée au don de la Pentecôte suppose la part commune que les femmes devaient avoir à la promesse du Père, et à ses conséquences miraculeuse (Actes 2:17, 18) ; et maintenant les « femmes » sont de nouveau nommées explicitement parmi les multitudes de croyants ajoutés au Seigneur.

Parmi les signes et les miracles, le verset 15 souligne un aspect très spécial : le fait qu’ils apportaient les malades dans les rues et les y mettaient sur des lits et des couchettes pour que la seule ombre de Pierre couvre quelques uns d’entre eux tandis qu’il passait. C’est ainsi que la bonté abondante de Dieu chez l’homme en l’honneur de Jésus remplissait les cœurs des hommes d’une espérance confiante. Nous n’entendons pas parler qu’aucun fût déçu. Au contraire il nous est dit que la multitude aussi des villes d’alentour de Jérusalem s’assembla là, apportant les malades et ceux qui étaient troublés par des esprits impurs ; et la guérison était accordée à tous. Combien est merveilleuse la vertu de ce Nom qui a ainsi conféré sans faille à Ses serviteurs une puissance contre le mal supérieure à tous les besoins, que le mal soit vu ou non !

 

5.5   Actes 5:17-20

Le parti sadducéen réapparaît. Car le libéralisme n’est pas plus favorable à la vérité que le traditionalisme. Qui s’en étonnerait ? Leur citadelle avait été prise d’assaut par la résurrection du Seigneur Jésus. Ils se sentaient attaqués et poursuivis sur le terrain par la proclamation de l’évangile, et par les pouvoirs miraculeux qui magnifiaient le Nom du Messie crucifié, maintenant ressuscité.

 

« Et le souverain sacrificateur se leva, lui et tous ceux qui étaient avec lui, savoir la secte des sadducéens ; et ils furent remplis de jalousie, et mirent les mains sur les apôtres et les jetèrent dans la prison publique. Mais un ange du Seigneur ouvrit de nuit les portes de la prison, et les conduisit dehors, et dit : Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie » (5:17-20).

 

Pendant le ministère du Seigneur Jésus ici-bas, les pharisiens avaient été Ses principaux adversaires : leur propre justice (une injustice) s’accrochait avec zèle à la tradition, et sous couvert de formes religieuses, ils entretenaient en permanence un état de guerre contre le Juste ; et ils le faisaient d’autant plus qu’Il était toujours l’expression de la grâce et de la vérité de Dieu envers ceux qui reconnaissaient leur vraie condition de culpabilité et de ruine devant Dieu. Quand Il s’est présenté pour la dernière fois comme Messie au peuple incrédule et qu’Il allait à la mort, le sachant, non pas seulement comme rejeté, mais pour l’expiation, tous manifestèrent au grand jour leur opposition déclarée, quel que fut le prétexte, les principaux sacrificateurs et les anciens, les pharisiens, les hérodiens, les sadducéens ; ils venaient Le juger, mais finalement c’était eux qui étaient jugés par la Parole. Maintenant après Sa résurrection d’entre les morts, ceux qui disent qu’il n’y a ni résurrection ni ange ni esprit (23:8) furent naturellement les plus acharnés, malgré leur autosatisfaction habituelle et leur désir de se placer comme les plus modérés du peuple.

Mais l’homme ne se connaît jamais lui-même en dehors de Christ, pas plus que ne sont corrects ses pensées et ses sentiments à l’égard de Dieu. La vérité révélée détecte et met à nu son éloignement de Dieu ; et ceci est d’autant plus intolérable qu’il a une position religieuse à maintenir. D’où la colère extrême du souverain sacrificateur sadducéen et de son parti, à ce moment-là. La liberté de conscience dont ils se vantaient n’est qu’en faveur des différentes formes d’erreur. La vérité de Dieu n’est jamais bienvenue, et ceux qui la prêchent ne sont que des semeurs de trouble à punir sans hésitation. Ils « mirent les mains sur les apôtres et les jetèrent dans la prison publique ».

Mais le Dieu qui avait agi dans l’assemblée en frappant le mari et la femme coupables, ne faisait pas défaut maintenant, et un messager providentiel de Sa puissance fut envoyé pour délivrer Ses fidèles serviteurs. « Mais un ange du Seigneur ouvrit de nuit les portes de la prison, et les conduisit dehors, et dit : Allez, et, vous tenant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette vie ».

L’intervention fut alors aussi tangible que frappante. Dieu souligne dans ce chapitre la réalité et la variété des formes de Son action pour Son assemblée, et en particulier pour ses membres ayant la charge de Sa parole, lesquels suscitent le plus l’animosité de l’ennemi. Le soin par le moyen des anges n’a nullement disparu pour Ses serviteurs, quoiqu’il n’y en ait plus une telle manifestation comme autrefois, et la présence et l’énergie de l’Esprit dans l’assemblée n’ont pas non plus disparu. C’est notre activité charnelle et notre manque de spiritualité qui font obstacle. Nous attristons l’Esprit par notre confiance en nous-mêmes, et par notre sagesse mondaine ; nous manquons de discerner les manières merveilleuses par lesquelles Dieu délivre. Si nos yeux étaient davantage ouverts sur le Seigneur, nous verrions que, même entourés d’adversaires apparemment innombrables et écrasants, ceux qui sont avec nous, si nous sommes réellement avec et pour Christ, sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux (2 Rois 6:16). Ne sont-ils pas tous des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut ? (Héb. 1:14).

Ici, sans doute, il ne peut y avoir de méprise ; car il n’était pas question de gens qui s’étaient évadés par force ou par habileté ou par quelque moyen terrestre, mais on voit un ange ouvrant les portes de la prison de nuit, les conduisant dehors, et leur commandant d’annoncer à ce peuple dans le temple toutes les paroles de cette Vie. La source de la délivrance était aussi claire que la mission de parler. Les chefs religieux étaient en opposition flagrante au Dieu de toute grâce qui voudrait que des hommes qui ont cru par grâce soient Ses vases choisis pour proclamer toutes les paroles de cette Vie en Christ le Seigneur. Car il n’y a pas d’autre nom de salut donné parmi les hommes, ni aucun autre chemin que le Fils pour aller au Père. La Vie en Lui, la rémission des péchés par Son sang, le don du Saint Esprit, telles sont les premières bénédictions que l’évangile annonce à toute âme qui croit en Jésus. Et Dieu veut que cet évangile se répande librement et pleinement, quoi que les hommes disent ou fassent. Mais quelle culpabilité pèse sur ceux qui rejettent ainsi tout témoignage de la part de Dieu, non seulement en méprisant le message de grâce, mais en interdisant et emprisonnant les messagers, pour que la miséricorde et la vérité de Dieu parlant à l’homme n’atteigne jamais ses oreilles ! Qui s’étonnera que leur jugement ne sommeille pas (2 Pierre 2:3) ? Plus la condition est haute, plus profonde est la chute.

Mais Dieu, qui sait très bien que Ses paroles sont la semence de la vie éternelle, ne veut pas que la volonté orgueilleuse et mauvaise de l’homme intercepte Son message de bonté. Lui donc, comme dans un jour de miracles, intervient par un ange pour faire de manière extraordinaire ce qu’Il aurait pu accomplir par des moyens plus ordinaires, si tel avait été Son bon plaisir. Mais la circonstance elle-même était hors de l’ordre normal des choses, et c’était selon Sa sagesse que Sa puissance montre sa supériorité sur la volonté hostile de l’homme et sur l’autorité de ce monde, par une délivrance angélique de la prison, alors qu’Il avait déjà montré Sa puissance judiciairement dans l’assemblée, et en guérison par grâce par les envoyés spéciaux du Seigneur Jésus. Les paroles de cette Vie doivent être annoncées comme Il l’a commandé pour que les âmes entendent et vivent. On peut comprendre combien le courage de la foi se trouvait fortifié et accru chez Ses serviteurs par une intervention aussi remarquable, et quel témoignage ce dut être pour les consciences de tous, spécialement la secte des Sadducéens ! Mais l’incrédulité est aussi dure et aveugle vis-à-vis de Dieu, que crédule vis-à-vis de ses propres fantaisies, et accrochée à sa propre volonté, même quand le glas de la perdition lui résonne aux oreilles.

Les apôtres sortis ainsi miraculeusement de prison, agirent sur le champ selon le message reçu, à la confusion de l’ennemi.

 

5.6   Actes 5:21-32

« Ce qu’ayant entendu, ils entrèrent, vers le point du jour, dans le temple, et ils enseignaient. Mais le souverain sacrificateur étant venu, et ceux qui étaient avec lui, ils assemblèrent le sanhédrin et tous les anciens des fils d’Israël, et ils envoyèrent à la prison pour les faire amener. Mais les huissiers, y étant arrivés, ne les trouvèrent pas dans la prison ; et s’en retournant, ils le rapportèrent, disant : Nous avons trouvé la prison fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes ; mais, ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans. Et quand le sacrificateur (*) et le commandant du temple et les principaux sacrificateurs eurent entendu ces paroles, ils furent en perplexité à leur sujet, [ne sachant] ce que cela deviendrait. Or quelqu’un arriva et leur rapporta : Voilà, les hommes que vous avez mis en prison sont au temple et enseignent le peuple. Alors le commandant, avec les huissiers, s’en alla et les amena sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple. Et les ayant amenés, ils les présentèrent devant le sanhédrin. Et le souverain sacrificateur les interrogea, disant : Nous vous avons expressément enjoint de ne pas enseigner en ce nom-là, et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme. Et Pierre et les apôtres, répondant, dirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés : et nous, nous lui (**) sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (5:21-32).

 

(*) Les plus anciens manuscrits et versions rejettent « le sacrificateur et » comme dans le Texte Reçu. Mais si on peut comprendre facilement l’omission par ignorance de la phrase, il est difficile de voir comment plusieurs bons manuscrits et en général un grand nombre, l’acceptent si ce n’avait pas été authentique. « Proclivi lectioni praestat ardua » [les leçons aisées l’emportent sur les difficiles] est une maxime reconnue pour de tels problèmes. Le fait est cependant, que dans l’Ancien Testament l’emploi de « le sacrificateur » pour « le grand sacrificateur » est commun. Voir Ex. 29:30 ; Ex. 35:19, Ex. 38:21 ; Lév. 4:5, 6, 7, 10, 16 ; 6:22 ; 13:2 ; 16:32 ; 21:21, Nomb. 3:6, 32 ; 4:16, 28, 33 ; 7:8, 16:37, 39, 18:28 ; 25:7, 11 ; 26:1, 3, 63 ; 27:2, 19, 21, 22, 31:6, 12, 13, 21, 26, 29, 31, 41, 51, 54 ; 32:2, 28 ; 33:38 ; 34:17. Ce n’est pas seulement dans les livres de Moïse que nous trouvons ainsi l’emploi fréquent de « sacrificateur » au lieu de « grand sacrificateur », car il en est ainsi en Josué 14, 17, 19, 21, 22 ; aussi en 1 et 2 Sam. 1 et 2 Rois, 1 et 2 Chroniques. Il est ainsi prophétisé du Seigneur au Psaume 110 ; Zach. 6. Nous ne sommes pas contraints d’aller chercher dans les Apocryphes (1 Macc. 15:1, 2), comme Krebs semble l’avoir supposé, et quoique l’usage y soit, comme dans Josèphe (A. vi. 12, 1), auquel il se réfère. Dans le Nouveau Testament, voir Héb. 5:6, et (sans parler d’Héb. 7:5) Héb. 7:3, 11, 15, 17, 21 ; 8:4 ; 10:21.

 

(**) Les manuscrits les plus éminents excluent « lui » ; mais le texte étrange de B renforce plutôt EHP et la masse des manuscrits pour son maintien.

 

5.6.1       Actes 5:21-23

Il n’y avait aucun obstacle à donner dans le temple de l’instruction sur la parole de Dieu, les écritures de l’Ancien Testament ; d’ailleurs il n’y avait pas d’autres d’écrits à ce moment-là. Les apôtres firent donc usage de leur liberté pour enseigner, comme leur Maître l’avait fait auparavant (Matt. 21:23 à ch. 23 ; Marc 11:27 à ch. 12 ; Luc 20 et 21:37, 38 ; Jean 7:14, 28, 37 ; 8:2-59 ; 10:23-39). Il en était de même dans les synagogues ; et les apôtres n’étaient nullement disposés à se priver de l’opportunité d’exposer les écritures au peuple, comme on le voit spécialement dans l’histoire de Paul. Ils y enseignaient au point du jour ; ils étaient obéissants et mettaient leurs cœurs à l’œuvre.

Mais de leur côté, les adversaires n’étaient pas mous. « Mais le souverain sacrificateur étant venu, et ceux qui étaient avec lui, ils assemblèrent le sanhédrin et tous les anciens des fils d’Israël, et ils envoyèrent à la prison pour les faire amener. Mais les huissiers, y étant arrivés, ne les trouvèrent pas dans la prison ; et s’en retournant, ils le rapportèrent, disant : Nous avons trouvé la prison fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes ; mais, ayant ouvert, nous n’avons trouvé personne dedans ». Le sanhédrin se rassembla ainsi selon la forme régulière, et avec toute la confiance de la plus haute autorité religieuse. Mais les prisonniers n’étaient plus dans la prison, et le plus surprenante de tout était qu’il n’y avait eu aucune violence de l’intérieur ou de l’extérieur de la prison. Les officiels trouvèrent le bâtiment en état de sûreté, les gardes en activité aux portes, mais aucun prisonnier n’y était.

 

5.6.2       Actes 5:24

« Et quand le sacrificateur et le commandant du temple et les principaux sacrificateurs eurent entendu ces paroles, ils furent en perplexité à leur sujet, [ne sachant] ce que cela deviendrait ». La conscience ne pouvait que leur souffler quelque chose, tellement cela leur semblait inexplicable. Jérusalem avait vu et entendu des choses étranges : non seulement quand Christ y était, mais encore plus largement et merveilleusement depuis qu’Il était mort, et que, selon l’affirmation des disciples, Il était ressuscité et monté au ciel. Que Dieu ait fait sortir les apôtres de prison où l’autorité juive les avait mis, était plutôt en harmonie avec tout ce qui venait de se passer récemment parmi eux au portique de Salomon et ailleurs. Mais l’incrédulité est la rébellion du cœur, et en face d’un témoignage tout à fait complet, elle peut agir avec beaucoup d’orgueil, sans la moindre raison valable à objecter, et sans excuse raisonnable. Et comme c’est dans le cœur que ces choses se passent, ni l’âge ni le sexe, ni la connaissance ni l’ignorance, n’exemptent personne de l’activité empoisonnée de l’incrédulité. En effet un esprit actif ou subtil, aussi bien meublé et exercé soit-il, ne fait que donner plus de moyens et de possibilités à son opposition mauvaise contre Dieu. « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (Jean 5:40). « Car du cœur on croit à justice, et de la bouche on fait confession à salut » (Rom. 10:10). « Celui qui a reçu son témoignage, a scellé que Dieu est vrai » (Jean 3:33). Les hommes ont peur des conséquences. La foi est soumise à la parole de Dieu, et cherche à Lui plaire. Les chefs des Juifs étaient maintenant effrayés des résultats. Ils ne pensaient nullement à Dieu à la lumière invisible de l’éternité.

 

5.6.3       Actes 5:25-26

« Or quelqu’un arriva et leur rapporta : Voilà, les hommes que vous avez mis en prison sont au temple et enseignent le peuple ». Dieu prit soin de faire publier la défaite des coupables au moment où ils paraissaient réussir contre Ses serviteurs. Le conseil, ou sanhédrin, ne leur avait-il pas auparavant enjoints et menacés expressément de ne pas parler ni d’enseigner au nom (ou : au sujet du nom) de Jésus ? Dans leur jalousie, ne les avait-il pas mis dans la prison publique ? Dieu les avait fait sortir par un ange, malgré toute la sûreté possible des portes et la vigilance des gardiens ; et les voilà dans le temple en train d’enseigner le peuple. « Alors le commandant, avec les huissiers, s’en alla et les amena sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple ». Qu’il est consolant pour la foi de voir le faible devenu fort et le fort devenu faible ! Aussi endurcis qu’ils étaient, le commandant et les huissiers étaient dominés par la crainte, de sorte qu’ils s’abstinrent de violence envers les évadés. Toutefois ce n’est pas ceux-ci qu’ils craignaient, mais le peuple, de peur d’être lapidés. C’était la crainte de l’homme, non pas celle de Dieu. Les apôtres avaient Dieu devant leurs yeux, ce qui est le seul moyen d’être délivré de la crainte de l’homme.

 

5.6.4       Actes 5:27-28

« Et les ayant amenés, ils les présentèrent devant le sanhédrin. Et le souverain sacrificateur les interrogea, disant : Nous vous avons expressément enjoint de ne pas enseigner en ce nom-là, et voici, vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme ». Assurément ils n’avaient pas le désir ni la pensée d’insister sur leur impuissance en présence de quelques pauvres Galiléens faibles et ignorants. Cependant ils ne pouvaient pas se cacher, ni à eux-mêmes ni aux autres, que leurs commandements sévères n’avaient servi à rien, et que l’enseignement des apôtres prévalait partout dans la ville, et que le sang de Celui qu’ils redoutaient même de nommer, pesait lourd et toujours plus fort sur leurs consciences. Il n’y avait pas longtemps que Pilate s’était lavé les mains en vain devant la foule, comme si cela lui permettait de se débarrasser lui-même de cette tache noire d’avoir livré Jésus à leur volonté ; tout le peuple lui avait alors répondu : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » ; et les sacrificateurs, et même les principaux sacrificateurs, avaient plaidé contre la sainte Victime, au lieu d’intercéder pour l’Innocent. Ils sont maintenant les premiers à chercher à écarter la culpabilité de ce sang de leurs propres têtes, tout en la ressentant, et à se soustraire à ce fardeau intolérable et à la malédiction irrévocable qu’elle entraîne (sauf pour la foi). Il n’y avait cependant aucune droiture de conscience : s’il y en avait eu, ils auraient trouvé une ressource sûre, immédiate et éternelle dans l’efficace purificatrice de ce sang.

Qu’est-ce qu’avait prouvé le plus hardi des apôtres ? Ignoraient-ils son reniement du Maître ? Il avait été pourtant restauré peu après dans son âme, et si complètement qu’il était capable, calmement, sérieusement et sans rougir, de taxer le peuple de reniement du Saint et du Juste et d’avoir demandé qu’on leur accordât un meurtrier ! Telle est la vertu de Celui qui est venu par l’eau et par le sang : la vie est en Lui seulement. C’est ce dont témoigne le Saint Esprit, et Il est la vérité. Mais qu’avait à faire le Sanhédrin de la vérité, spécialement provenant de la bouche d’hommes illettrés et ignorants qui s’élevaient contre toute l’érudition et les fonctions officielles nobles en Israël ?

 

5.6.5       5:29

Pierre et Jean avaient auparavant fait la demande de juger s’il était juste devant Dieu de les écouter plutôt que Dieu (4:19-20). Ils se joignent maintenant tous à Pierre dans une réponse encore plus ferme : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». C’est le grand principe pratique de la foi, la caractéristique constante de Christ en toute perfection ici-bas : « Voici, je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté » ; non pas tant « je viens pour faire » des miracles, du bien, de l’enseignement, du zèle, mais bien plutôt « je viens pour » montrer une obéissance à Dieu sans restriction et sans réserve. Jésus était pourtant un homme approuvé de Dieu auprès d’eux par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par Lui au milieu d’eux (Actes 2:22) au-delà de tout exemple passé ou présent. Il était pourtant oint du Saint Esprit, et passait de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance (Actes 10:38). Le peuple aussi était étonné de Son enseignement, et tous rendaient témoignage de Lui, et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, et même les huissiers envoyés pour l’arrêter déclarèrent en vérité : Jamais homme ne parla comme cet homme (Jean 7:46). Et à l’égard de Sa jalousie brûlante pour la gloire du Père, Ses disciples ne pouvaient que se souvenir de ce qui était écrit : « le zèle de Ta maison m’a dévoré » (Ps. 69:9). Mais tous ces cas étaient bien à leur place en leur temps, tandis que l’obéissance était toujours là, indéfectible et constante, humble et parfaite.

Il n’y a pas de principe aussi essentiel pour le chrétien. Il est sanctifié par l’Esprit pour l’obéissance de Christ aussi bien que pour l’aspersion de Son sang (comme l’évangile est pour l’obéissance de la foi, en contraste avec le respect de la loi), et son âme est purifiée par l’obéissance à la vérité pour une affection fraternelle sans hypocrisie (1 Pierre 1:2, 22), car Dieu l’a choisi pour le salut dans la sainteté de l’Esprit et la foi de la vérité (2 Thes. 2:13). C’est pourquoi, quoique le chrétien ait parfois à s’attendre à Dieu pour avoir de la lumière, l’obéissance est sa place et son devoir invariables. Il n’est jamais question de ses droits ; il est appelé à obéir. Il doit être soumis à tout ordre humain pour l’amour du Seigneur, soit au roi comme étant au-dessus de tous, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part, libre quoique n’ayant pas la liberté pour voile de méchanceté, mais étant esclave de Dieu (1 Pierre 2:13-16).

Par conséquent, si un conflit survient entre la parole de Dieu et l’exigence du gouverneur, le chemin du croyant est clair : il doit obéir à Dieu, éventuellement en souffrant, mais sans résister à l’autorité. On doit toujours obéir, même si dans certains cas c’est à Dieu plutôt qu’aux hommes. Rien n’est si humble, rien n’est si ferme. Par nature, le croyant peut être faible et timide ; l’obéissance par grâce donne de la force et du courage. Il peut être plein d’assurance et inflexible ; l’obéissance donne de la méfiance de soi et de l’humilité en faisant la volonté de Dieu. « Celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17) ; quant au péché, il est la volonté propre ou l’iniquité, et sa fin le jugement et la perdition. L’obéissance est donc non seulement un devoir inaliénable, mais le vrai chemin de la puissance, et le moyen sûr d’échapper à tous les pièges de l’ennemi. C’est ainsi que le précieux Seigneur a défait Satan, et c’est ainsi que les apôtres ont alors mis à nu le fait terrible que les chefs et le peuple juifs étaient complètement séduits par Satan, tandis qu’eux-mêmes étaient complètement soumis de cœur à Dieu. Autrefois la nation élue avait Dieu dans le monde, et le Messie en espérance. Maintenant qu’ils avaient rejeté leur Messie, ils étaient non seulement sans Dieu comme les Gentils, mais ils étaient démontrés être les adversaires de Dieu. Ils étaient seulement des « hommes » comme les autres, et « on doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».

 

5.6.6       Actes 5:30-31

C’est ce que Pierre entreprend de démontrer en quelques paroles claires, précises et irréfutables. « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus que vous avez fait mourir, le pendant au bois. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite prince et sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés : et nous, nous [lui] sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (5:30-32). Voilà la preuve brève et ne souffrant aucune réplique, l’antagonisme incontestable des chefs et du peuple contre le Dieu d’Israël. Le Dieu de leurs pères (combien leurs enfants sont différents !) a ressuscité Jésus, que vous avez fait mourir (en outre dans la plus profonde ignominie), en le pendant au bois. Ici, ce n’est plus le mot ambigu ανεστησεν, mais le mot plus déterminé ηγειρεν ; il ne s’agit pas simplement qu’Il soit suscité comme Messie vivant sur la terre, comme en Actes 3:22, 26 ; 7:(18), 37 ; 13:33, mais qu’Il est ressuscité après avoir passé par la mort. Or la résurrection n’était pas tout, non plus : car Dieu L’a exalté par sa droite (non pas « à sa droite » comme dans Webster et Wilkinson) (Pierre avait aussi prêché cela, Actes 2:33, en accomplissement du Psaume 110 qui est incontestablement messianique). Car dans quelle relation avec eux a-t-Il pris place au ciel ? Comme Prince et Sauveur, pour donner la repentance à Israël et la rémission des péchés. La porte de la grâce était encore ouverte. Dieu attendait pour user de grâce envers Son peuple quoiqu’il fût coupable de la grande transgression ; et par ce sang, Il était en mesure de les libérer même de leur culpabilité due à ce qu’ils avaient versé ce sang. Christ apparaîtra sûrement un jour en jugement. En attendant Il est proclamé Prince et Sauveur pour donner à Israël justement ce qui leur manquait : la repentance et la rémission des péchés.

 

5.6.7       Actes 5:32

Il y avait un témoignage plus que convaincant, un témoignage abondant : « et nous, nous lui sommes témoins de ces choses, ainsi que l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent ». Comparer les propres paroles du Seigneur en Jean 15:26-27 : « Mais quand le Consolateur sera venu, lequel moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi. Et vous aussi, vous rendrez témoignage ; parce que dès le commencement vous êtes avec moi ».

Le Saint Esprit n’est pas seulement leur puissance pour se souvenir du passé (Jean 14:26), mais Il est Lui-même le Témoin de la gloire de Christ dans le ciel. Et cet Esprit béni, qui a opéré puissamment chez les apôtres et d’autres à la tête dans l’assemblée, est donné de Dieu à ceux qui se soumettent à l’autorité du Prince céleste. Telle est la pleine force du mot particulier « obéissent » (πειθαρχεω) utilisé au verset 32. La personnalité distincte de l’Esprit divin est soigneusement maintenue, ici autant qu’au verset 3, quoique de façon différente.

On peut difficilement concevoir une réponse plus directe que celles des apôtres. L’autorité israélite était pour eux un système jugé ; les chefs n’étaient-ils pas convaincus d’une opposition mortelle au Dieu de leurs pères ? Ils pouvaient commander à plusieurs reprises aux apôtres de se taire au sujet de Celui qu’ils avaient pendu, quoique Dieu L’ait envoyé comme Prince et Sauveur ; ce n’était pas seulement leur témoignage, mais celui du Saint Esprit aussi, que les Juifs ne pouvaient prétendre avoir. Quelle position horrible et terrible que la leur !

 

5.7   Actes 5:32-42

5.7.1        Actes 5:33

« Mais eux, ayant entendu [ces choses], frémissaient de rage, et tenaient conseil pour les faire mourir » (5:33). Il est toujours dangereux de s’opposer à la vérité, d’autant plus si l’enjeu est important. Ici c’était le fondement de tout, et c’est ainsi que l’estimaient ceux que le Seigneur avait appelés à la proclamer ; et comme les adversaires étaient résolus de rejeter le témoignage, ils se livraient naturellement à des desseins sanguinaires. Convaincus de péché et pourtant rebelles, détestant les témoins qu’ils ne pouvaient contredire, ils frémissaient de rage, et tenaient conseil pour faire mourir ceux qui comparaissaient devant eux. Pas de componction, encore moins de jugement de soi, comme en Actes 2, mais ils étaient remplis de rage.

Alors, le Dieu qui par Son ange venait de faire sortir de prison Ses serviteurs en vue, se plut à les protéger de ces meurtriers toujours plus coupables, et opéra selon une autre sorte d’intervention providentielle, non pas angélique cette fois, mais humaine. Les cœurs de tous sont dans Sa main.

 

5.7.2       Actes 5:34-39

« Mais un pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, honoré de tout le peuple, se leva dans le sanhédrin et donna l’ordre de faire sortir les apôtres pour un peu de temps. Et il leur dit : Hommes israélites, prenez garde à vous-mêmes par rapport à ces hommes, quant à ce que vous allez faire. Car, avant ces jours-ci, Theudas se leva, se disant être quelqu’un, auquel se joignit un nombre d’environ quatre cents hommes ; et il fut tué, et tous ceux qui lui obéissaient furent dissipés et réduits à rien. Après lui s’éleva Judas le Galiléen, aux jours du recensement, et il entraîna à la révolte un [grand] peuple après lui ; lui aussi a péri, et tous ceux qui lui obéissaient furent dispersés. Et maintenant je vous dis : Ne vous mêlez plus de ces hommes, et laissez-les ; car si ce dessein ou cette œuvre est des hommes, elle sera détruite ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez les détruire ; — de peur que vous ne soyez même trouvés faire la guerre à Dieu » (5:34-39).

 

Ces paroles sobres provenant d’un tel milieu, si opposées à la violence des sadducéens, furent irrésistibles. Il ne semble pas y avoir de raison de douter que Gamaliel soit le même homme célèbre, fils du Rabbin Siméon, petit-fils du fameux Hillel ; il présida le Sanhédrin pendant les règnes de Tibère, Caligula et Claude ; son fils arriva aussi à cette même position élevée, et périt pendant le siège de Jérusalem. Il nous est dit en Actes 22:3 que Paul avait étudié la loi sous la direction de Gamaliel ; celui-ci fut paré du titre de « la gloire de la loi », et il fut le premier à porter le titre de Rabbin. Qu’il fût chrétien, publiquement ou en secret, c’est ce qu’ont prétendus des colporteurs de légendes sans scrupules. L’Écriture nous donne un récit non seulement parfaitement fiable, mais tout à fait vivant de cet homme et de son caractère, aussi bien que de la manière dans laquelle il fut utilisé providentiellement dans ce moment critique.

Car son intervention s’accorde parfaitement avec tout le contexte, où Dieu retrace pour notre instruction comment Il veille sur les Siens sur la terre pour Sa gloire. Il y eut la manifestation de la présence de l’Esprit quand ils furent tous assemblés et tous remplis de Lui (Actes 4:31), des luminaires dans le monde, présentant la parole de vie (Phil. 2:15-16), vivant dans l’oubli de tout intérêt égoïste, tandis que les apôtres rendaient témoignage avec une grande puissance de la résurrection du Seigneur (4:32-37). Ensuite il y a la manifestation de l’énergie du Saint Esprit jugeant la tromperie hypocrite et la convoitise intérieure (5:1-11), mais en même temps un renouveau d’activité de puissance miraculeuse en grâce par le moyen des apôtres (5:12-16). Ensuite, les Juifs s’opposent de plus en plus au témoignage de Christ, mais les mesures qu’ils prennent sont manifestement mises en échec par la puissance divine au moyen d’un ange qui libère les prisonniers occupés de leur mission de grâce et de vérité (5:17-25). Enfin, quand la volonté exaspérée des hommes voudrait procéder à des actions sanguinaires, Dieu intervient selon Sa providence habituelle pour protéger Ses fidèles serviteurs par un homme sérieux et sage dans le camp même de l’ennemi. La voix de la modération et de la sagesse, quoique seulement naturelle, prévaut sur les impulsions imprudentes de l’orgueil et de la passion, mélangés à la peur. Dieu voulait encore donner quartier libre à la vérité afin d’éveiller des consciences et de gagner des cœurs parmi Son ancien peuple, aussi coupable qu’il fût. C’était le jour de la grâce, où Il voulait sauver à la louange du Seigneur Jésus. « Hommes israélites, prenez garde à vous-mêmes par rapport à ces hommes, sur ce que vous allez faire » (5:35).

 

5.7.3       Actes 5:36

De Theudas, nommé en premier par Gamaliel, nous ne savons rien de plus que ce qu’en rapporte Luc. « Car, avant ces jours-ci, Theudas se leva, se disant être quelqu’un, auquel se joignit un nombre d’environ quatre cents hommes ; et il fut tué, et tous ceux qui lui obéissaient furent dissipés et réduits à rien » (5:36). Il y a bien un Theudas apparu, selon Josèphe, au moins douze ans après le discours de Gamaliel en la quatrième année de Claude (an 44), mais il est très peu probable qu’il puisse avoir été tellement mal situé par Josèphe, même si ce dernier est un historien qui abonde en inexactitudes, ce que tous les hommes compétents reconnaissent. Si Luc était un simple chrétien pieux ordinaire, est-il concevable qu’il ait mis dans la bouche d’un Juif éminent et respecté comme Gamaliel une erreur aussi énorme que d’antidater l’histoire de Theudas ? S’il était un écrivain inspiré, il est superflu d’affirmer sa parfaite exactitude. Dieu qui sait tout et qui ne peut mentir est la vraie source de l’inspiration, quel que soit l’instrument. D’un côté, Luc écrit avec une précision historique trop bien connue par les plus compétents pour qu’il y ait besoin de preuves (son exactitude est attestée par les moindres petits détails de connaissance des conditions et circonstances variées dont Luc traite librement dans son Évangile, et encore plus dans son Livre des Actes) ; d’un autre côté, le nom de Theudas était tellement commun (cf. Ciceron, Ad Fam. vi. 10, éd. Orell. iii. 41 ; Galeni Opp. xiii. 925, ed. Kühn) que personne n’a lieu d’être aucunement surpris que plusieurs homonymes figurent parmi la série de chefs d’insurrection qui agitèrent les Juifs, avant ou après la mort d’Hérode le Grand. Josèphe lui-même fait allusion à plusieurs, en n’en nommant que trois ; le Theudas, dont il place la défaite par Fadus douze ans plus tard, semble avoir eu beaucoup plus que les 400 suiveurs d’Actes 5:36.

Pour le croyant il est certain que la révolte de Judas le Galiléen fut postérieure à celle du Theudas dont parle Gamaliel. Josèphe concorde entièrement avec le livre des Actes sur le fait qu’elle eut lieu au temps du recensement sous Quirinus, en l’an 6 (Antt. xviii. sub. init). Et il est remarquable que l’historien juif, bien que le décrivant comme un Gaulonite de la ville de Gamala, parle ensuite de lui exactement comme Gamaliel dans notre chapitre, c’est-à-dire comme « Judas le Galiléen ». Si cette dernière mention avait manqué, les opposants à la révélation auraient décrié Luc très fort, alors qu’il est absurde d’être disposé à considérer Josèphe comme infaillible. Aussi court que soit le récit inspiré du discours de Gamaliel, il est frappant d’y trouver l’information précise sur la mort de Judas, dont l’historien Josèphe ne rapporte rien, et sur la dispersion complète de ses nombreux partisans, qui ne furent pas anéantis comme Theudas, mais qui réapparaissaient toujours de nouveau jusqu’au dernier, un temps victorieux, mais dont l’effort s’est terminé dans la mort de son plus jeune fils, Menahem, en l’an 66. « Après lui s’éleva Judas le Galiléen, aux jours du recensement, et il entraîna à la révolte un [grand] peuple après lui ; lui aussi a péri, et tous ceux qui lui obéissaient furent dispersés » (5:37). Qu’Origène (Homil. dans Luc. xxv) ait l’appui d’autorités suffisantes pour affirmer que ce Judas prétendait être le Messie, cela semble douteux ; mais il attira ses immenses foules par le cri : « nous avons Dieu comme notre seul Prince et Seigneur ». Le soulèvement fut fanatique aussi bien que révolutionnaire. Mais comment finit-il ? plaida Gamaliel : la question ne souffrait aucune réplique.

 

5.7.4       Actes 5:38-39

Il donne ensuite son conseil d’attendre patiemment des résultats. « Et maintenant je vous dis : Ne vous mêlez plus de ces hommes, et laissez-les ; car si ce dessein ou cette œuvre est des hommes, elle sera détruite ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez les détruire ; — de peur que vous ne soyez même trouvés faire la guerre à Dieu » (5:38:39). C’était une forme de tolérance qu’un Juif sérieux pouvait ressentir, étant touché par les faits récents, par le caractère des accusés et par l’état de l’opinion publique. Mais ce discours fait beaucoup plus référence à l’état de la question devant Dieu que ne le font les doctrines modernes de la tolérance ; celles-ci font généralement simplement appel aux droits de l’homme, en ignorant Dieu et la vérité. Il a pu ressentir que la persécution était un triste moyen d’éliminer l’erreur ou de maintenir la vérité. Quelle que fussent la valeur ou les motifs de son jugement, celui-ci prévalut devant le sanhédrin, et sauva les apôtres d’une mort semble-t-il imminente.

 

5.7.5       Commentaire de Calvin sur l’opinion de Gamaliel

Il n’est peut-être pas déplacé de donner ici un échantillon de l’art de l’illustre Jean Calvin pour exposer la parole de Dieu. Dans son commentaire, il est avant tout peu favorable au discours sobre par lequel Gamaliel influença le sanhédrin et éteignit le zèle ardent de ceux qui étaient enclins aux positions extrêmes. « Mais si l’on pèse tout comme il faut, l’opinion de Gamaliel est indigne d’un homme prudent. Je sais en effet que beaucoup tiennent son opinion pour un oracle ; mais le fait qu’ils jugent mal, ressort avec assez de clarté de ce que, selon son raisonnement, on doit s’abstenir de toute punition, et aucune méchanceté ne peut plus être corrigée : on devrait même refuser toute aide pour vivre, car nous ne sommes en aucune manière en mesure de prolonger cette vie. Les deux choses qu’il dit sont en effet justes : ce qui est de Dieu ne peut être détruit par aucun effort des hommes ; ce qui est des hommes est trop faible pour tenir. Mais c’est une mauvaise conclusion que de dire qu’en attendant, nous ne devons rien faire. Nous devrions plutôt voir ce que Dieu nous enjoint : Sa volonté est que la méchanceté soit tenue en bride par nous » (I. Calvani Opp. vi. in loc. Amstel. 1667).

On voit éclater ici la rigueur inflexible qui insista pour qu’on brûle le malheureux Servet, et le châtiment excessif de plusieurs autres. Certes leurs doctrines étaient mauvaises ; mais qu’est-ce que les serviteurs de Christ ont à faire avec des mesures de la sorte ? Nous n’avons pas ainsi appris le Christ (Éph 4:20). L’église a sans doute sa propre responsabilité dans le domaine spirituel, et le monde a la sienne dans ce qui touche à cette vie. Calvin a confondu ces deux choses dans l’opinion qui censure Gamaliel ; le discours de ce dernier ne signifiait pas du tout qu’il niait les devoirs des pouvoirs en place, mais il insistait justement pour que les hommes attendent la manifestation de ce qui était douteux, au lieu de prendre hâtivement des mesures sous l’effet de passions ou de préjugés. Dissuader de la violence extrême quand l’œuvre peut se révéler être de Dieu était certainement plus sage que de punir sévèrement sans avoir de raisons valables. La logique de Calvin semble bien maigre, et sa confusion des choses spirituelles et mondaines est évidente. Mais ce n’est pas autant extraordinaire que son jugement à propos de ce que Luc dit : « Après lui [Theudas] s’éleva Judas » ; selon Calvin, Luc n’indique pas l’ordre temporel, comme si Judas était le dernier, mais Gamaliel donne ces deux exemples en faisant une confusion de temps (« sans considération de temps »), et « après » ne signifie rien de plus que « par ailleurs » ou « de plus » ! (*). Calvin avait dit avant : « Si nous croyons Josèphe, Gamaliel inverse ici le vrai ordre historique ». Or ce n’est pas le cas, sauf si l’on suppose qu’il y ait eu un seul Theudas qui ait monté une insurrection. En fait Josèphe nous parle de quatre hommes nommés Judas en dix ans, qui ont fait éclater une rébellion, et de trois nommés Simon en quarante ans ; en outre il ne prétend nullement les nommer tous, mais laisse entendre au contraire qu’il y en a eu beaucoup plus qui ne sont pas nommés. L’hypothèse de Calvin est tout sauf quelque chose de rationnel, et elle manque certainement de révérence.

 

(*) Il est vrai que Calvin aurait pu s’appuyer sur l’exemple d’Eusèbe (H.E. i. 5 ; ii. 11) qui fait le même mauvais choix de préférer un historien mondain à un historien inspiré : on voit que déjà très tôt l’action invétérée du mauvais cœur d’incrédulité était à l’œuvre, même chez des hommes réputés. Même Théodore de Bèze semble avoir honte de tout ceci, et juge certainement les vues de son prédécesseur comme sans fondement, quoiqu’il parle d’Eusèbe plutôt que de Calvin.

 

Comme d’habitude, un mauvais pas en entraîne d’autres. Car Calvin est conduit par-là à la conséquence vraiment absurde que, si l’on décompte le temps, on trouve que douze ans au moins se sont écoulés entre la mort de Christ et le moment où les apôtres furent battus ! Ce calcul erroné est entièrement fondé sur la confusion du Theudas du discours de Gamaliel avec celui dont, selon Josèphe, Cuspius Fadus s’occupa sous le règne de Claude. « L’espace de temps dont j’ai parlé est donc complet, et la constance des apôtres est d’autant plus excellente, car bien qu’ils aient mal été récompensés pour les longues douleurs endurées, ils ne sont aucunement découragés, ni n’ont cessé de garder le cap dans leur voie ». Calvin était un grand homme et un homme de bien, je n’en doute pas ; mais combien est d’autant plus frappante et instructive la leçon sur la hardiesse et la folie de l’homme, quel qu’il soit, lorsqu’il abandonne le sens sûr de la Parole écrite pour suivre son propre raisonnement, qui dans un tel cas trahit toujours un caractère faible et indigne, pour ne pas dire présomptueux. Car qu’est-ce que l’homme quand il élève sa voix contre Dieu ? Nous n’avons pas besoin de nous arrêter davantage sur les remarques du commentateur, qui se montre singulièrement injuste envers Gamaliel, ne désirant pas défendre davantage Gamaliel ni exposer Calvin plus qu’il ne faut pour le profit du lecteur.

 

5.7.6       Actes 5:40-42

« Et ils furent de son avis. Et ayant appelé les apôtres, ils leur enjoignirent, après les avoir battus, de ne pas parler au nom [ou : sur le nom] de Jésus, et les relâchèrent. Eux donc se retiraient de devant le sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom ; et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et de prêcher que le Christ est Jésus, dans le temple et de maison en maison » (5:40-42).

 

Ainsi, quoique arrachés à la mort, les apôtres souffrent l’indignité d’être battus par les mains des Juifs, comme Paul l’a subi au moins cinq fois plus tard. « L’inique ne connaît pas la honte » (Soph. 3:5). Si le juge romain fouetta le Seigneur de gloire, les disciples n’étaient pas au-dessus de leur Maître, et durent subir de la part des Juifs ou des Gentils d’être traités comme des méchants méritant d’être battus (Deut. 25:2). C’était sans doute à cause de leur désobéissance présumée ; et ils sont relâchés en renouvelant le commandement de ne pas parler au nom de Jésus. Quel manque de sens dans la volonté de l’incrédulité ! Impossible de se taire pour quelqu’un qui connaît Sa gloire et Sa grâce ! C’est Dieu par-dessus tout qui s’intéresse à ce que ce témoignage soit rendu, et non pas l’homme seulement ni principalement, sans quoi il est perdu pour toujours. En outre, ce témoignage n’est-il pas dû à Celui qui s’est tant abaissé, qui a souffert pour nos péchés, et a glorifié Dieu comme rien d’autre ne le pouvait ?

« Eux donc se retiraient de devant le sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom ». Qui peut douter de la joie profonde et d’origine divine de ces cœurs après avoir répondu dans leur petite mesure à Celui qui fait par-dessus tout Ses délices de Son Fils ? Quelle impulsion, sans découragement, donnée à leur témoignage « dans le temple » auprès de tous les passants (car bien sûr, aucune assemblée proprement dite n’aurait été autorisée là), « et de maison en maison » [W.K. : « dans les maisons »], là où les saints rompaient le pain, priaient et s’édifiaient mutuellement ! Mais partout et chaque jour, il n’y avait qu’un seul thème : enseignant ou évangélisant, que Jésus était le Christ.

Si le peuple élu était aveugle vis-à-vis du Messie, s’ils méprisèrent l’Éternel Sauveur quand Il était ici-bas, et Le crucifièrent selon les prophètes et Sa propre parole, il incombait d’autant plus à ceux qui croyaient le récit de la grâce divine de rendre constamment témoignage, en amour à leurs persécuteurs incrédules, et dans le souci des brebis perdus d’Israël qui étaient désormais sauvées par la foi. Et les apôtres le firent avec un zèle que ni la prison, ni le fouet ni la mort même ne pouvaient abattre, comme nous le verrons en son temps. Et Dieu voudrait en honneur de Son Fils en susciter d’autres pour les imiter comme eux imitaient Christ.

 

 

6                    Actes 6

6.1   Actes 6:1

Qu’un chrétien soit persécuté à cause de Christ est un honneur de la part de Dieu (Phil. 1:29), tandis que la grâce en fait une bénédiction pour l’église et un témoignage pour le monde. Le vrai danger vient du dedans, et ceci d’autant plus que la confiance de l’amour cède le pas en grande partie devant l’œil mauvais et la langue mécontente. Et c’est ce qui arrive maintenant. Après que Dieu a jugé de manière si éclatante la tromperie d’Ananias et Sapphira, des plaintes charnelles et égoïstes éclatent parmi les Hellénistes, ou Juifs de langue grecque, apparemment contre ceux de Jérusalem et de Judée. Ce n’était pas une manifestation de jalousie de la part des Juifs de pure souche jaloux vis-à-vis de ceux qui venaient d’ailleurs et qui profitaient du renoncement d’amour qui vendait maisons et champs afin que personne ne soit dans le besoin. C’était encore moins le germe de ces divisions judaïsantes qui allaient être une source de troubles non seulement profonds, étendus et durables, mais extrêmement dangereux à cause du reniement de la grâce et à cause de la corruption de la vérité dont l’église et le chrétien sont les dépositaires responsables.

 

« Or en ces jours-là, le nombre des disciples se multipliant, il s’éleva un murmure des Hellénistes contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans le service journalier » (6:1).

 

Les murmures venaient de ceux qui étaient plus ou moins mélangés avec des étrangers, alors que les mauvais sentiments caractérisaient d’habitude et naturellement ceux qui se prévalaient d’associations entièrement israélites. Ce furent les Juifs de langue grecque qui murmurèrent contre les Hébreux. Que l’erreur et même le tort fussent du côté des plaignants semble clair, ne serait-ce que du fait de la grâce manifestée par ceux qui étaient l’objet de leurs murmures, comme la suite le montre. C’est d’habitude celui qui fait du tort qui dénonce ceux qui sont meilleurs que lui. « Leurs veuves », prétendaient-ils, étaient négligées dans ce qui était fourni chaque jour en fonction des besoins. Il ne nous est pas dit s’il en était vraiment ainsi, mais c’est ce dont ils se plaignaient. Dieu se souvient toujours des pauvres « veuves ». La bouche de ceux qui murmuraient devait être fermée si ces allégations étaient fausses.

 

6.2   Actes 6:2-4

« Et les douze, ayant appelé la multitude des disciples, dirent : Il ne convient pas que, laissant la parole de Dieu, nous servions aux tables. Jetez donc les yeux, frères, sur sept hommes d’entre vous, qui aient un [bon] témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse, que nous établirons sur cette affaire. Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole » (6:2-4).

 

6.2.1       Choix de personnes pour le service dans l’assemblée

Jusqu’à ce moment-là, l’administration était aux mains des apôtres, comme nous le voyons en Actes 4:35, bien qu’ils aient employé probablement beaucoup de frères dans la distribution effective à chaque nécessiteux. (*)

 

(*) Qu’il y eût déjà des officiels ayant cette charge, est non seulement sans preuve, mais contre l’évidence de l’Écriture. Je suis conscient que Mosheim essaie de prouver l’existence d’une telle classe de fonctionnaires sur la base des « jeunes hommes » (οι νεωτεροι) d’Actes 5:6 qu’il s’imagine être les partenaires des « anciens » (οι πρεσβιτεροι) qui n’apparaissent pas avant la fin d’Actes 11 ; Kühnöl et Olshausen acceptent cette pensée. Mais l’usage de l’Écriture n’appuie nulle part de tels « jeunes hommes » ayant une fonction officielle, alors qu’elle le fait souvent pour les « anciens ». Au contraire dans le contexte même d’Actes 5, au retour de l’ensevelissement d’Ananias, ils sont appelés « les jeunes hommes », (οι νεανισκοι) expression à laquelle on ne peut pas concevoir d’attribuer une telle force, ce qui devrait donc réfuter que le terme précédent et correspondant ait cette force. Ils étaient simplement les plus jeunes frères, à qui il était naturel que soit dévolu un appel, quel qu’il soit, à remplir promptement un devoir laborieux et pénible de nature physique. Comparer 1 Tim. 5:1-2, Tite 2:6, et 1 Pierre 5:5. Le même auteur a l’idée dépourvue de fondement que les Hébreux, non pas les Hellénistes, avaient déjà des diacres (serviteurs). Le livre d’histoire que fait cet auteur aurait peu de valeur pour les époques ultérieures s’il n’était pas bien meilleur que l’usage qu’il fait de l’Écriture inspirée. Il serait difficile de dire où Mosheim est correct dans sa revue de l’église apostolique.

 

Le moment convenable était venu pour les apôtres d’être soulagés du travail extérieur temporel, et d’être ainsi libres pour ce qui était spirituel. Ils donnent donc les directions pour qu’on établisse des responsables pour les services journaliers à Jérusalem. Ce service était diaconal, et pourtant particulier (comme Chrysostome l’a remarqué il y a longtemps) à cause des circonstances locales de l’époque. C’est peut-être là la raison pour laquelle le terme « diacre » [« serviteur »] n’est pas donné aux « sept », ni ici ni ailleurs, mais ce nombre, plus même que les « douze », devient une sorte de signe distinctif. Comme l’argent venait des disciples en général, c’est à eux que les apôtres font appel pour chercher parmi eux des frères en qui ils puissent se confier de bon cœur ; mais c’est quand même les apôtres qui, agissant pour le Seigneur avec ordre, les établirent sur l’affaire. Ce n’était ni convenable (6:2) ni bon (car αρεστον admet un sens plus large que celui étroit de « plaisant », ou « qui fait notre plaisir ») qu’ils laissent la parole de Dieu, et servent aux tables. C’est ce à quoi ils auraient abouti s’ils avaient continué ce service d’administration. La sagesse d’amour tourne ainsi en bien les plaintes ingrates. Il est évident qu’il y a là un principe important. Là où c’est le Seigneur qui donne, c’est Lui qui choisit, comme pour tout ministère dans la parole ; là où c’est l’assemblée qui donne, c’est ceux de l’assemblée qui choisissent, comme dans le cas présent.

Nous voyons la même chose en 2 Cor. 8:18-19 où un frère fut choisi par les assemblées comme compagnon de voyage de Paul et Tite, assurant ainsi ce qui est honnête non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes. C’est la signification de l’expression « les envoyés des assemblées » (2 Cor. 8:23). Ils étaient sélectionnés par les assemblées qui envoyaient de l’aide aux saints pauvres habitant ailleurs, car sinon, l’apôtre n’aurait pas pris la charge de la collecte. Comparer aussi 1 Cor. 16:3-4. Dans le cas des « anciens » nous trouvons que ce sont les apôtres qui choisissaient, non pas les disciples (Actes 14:23), et c’est ainsi que Tite est chargé de faire (Tite 1:5).

Il y a donc trois principes tout à fait distincts : (1) le Seigneur choisissant et envoyant ceux qu’Il donne comme dons à l’église, (2) l’apôtre, ou un délégué apostolique chargé formellement d’une mission, choisissant ou établissant des anciens ; et (3) l’assemblée choisissant les administrateurs de ses fonds, que les apôtres établissent solennellement sur cette tâche.

L’idée que les sept fussent diacres (« serviteurs ») au sens traditionnel d’un noviciat bref ou d’un apprentissage en vue de la sacrificature, est aussi peu scripturaire que l’idée qu’ils aient fait partie auparavant des « soixante dix » que le Seigneur avait envoyé « deux par deux » à travers la Judée avec Son message final. Leur tâche n’était pas de prêcher et de baptiser, mais de dispenser de l’aide pour les besoins temporels journaliers. Philippe, sans aucun doute, prêchait, mais lui était « évangéliste », comme cela nous est dit formellement. Quand nous le retrouvons dans la dispersion de l’assemblée en train de prêcher en Samarie et au-delà (Actes 8), c’était en vertu de ce don d’évangéliste, et non de cette désignation pour prendre soin des pauvres à Jérusalem. Pareillement, il est évident qu’Étienne avait le don de docteur [enseignant], voire de prophète, et c’est ce don qu’il exerça dans son témoignage si solennel devant le sanhédrin. Mais ni la multitude des disciples ni les apôtres n’ont choisi ni désigné qui que ce soit pour prêcher ou enseigner. Les évangélistes et les docteurs [enseignants] étaient donnés par Christ la Tête, et il en est encore ainsi maintenant. L’église n’est ni la source ni le canal du ministère : celui-ci est l’exercice d’un don découlant de Christ à la droite de Dieu. Il en était ainsi au commencement, et cela reste ainsi de droit [de jure] jusqu’à qu’Il revienne.

Il s’agissait ici d’une charge seulement locale, mais bien importante et honorable, pour laquelle les apôtres nommèrent ceux qui avaient été choisis par la multitude des disciples. La distinction entre ces deux rôles est aussi claire que complète, mais les hommes ont tendance à regarder les questions de ce genre à travers les lunettes de leurs habitudes et de leurs préjugés. Leur tâche était d’effectuer la distribution des biens pour soulager les besoins de la communauté chrétienne, en vue de laisser les apôtres libres pour le service de la parole de Dieu. Leur nombre convenait sans doute aux exigences de leur travail. Leurs qualifications étaient d’avoir un bon témoignage, et d’être pleins de l’Esprit et de sagesse. Il est courant de faire de leur attribution de fonction quelque chose de plus, ou quelque chose de différent, mais c’est sans fondement. Il serait inexplicable qu’on fasse cela, si les hommes n’avaient des objectifs étrangers à Christ, et ainsi étrangers à la parole de Dieu.

 

6.2.2       Actes 6:4

« Et, pour nous » disent les apôtres avec insistance sur le nous, « nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole ». Il faut beaucoup peser ceci. Pour ce service de la parole, la prière doit avoir la première place. Il en était ainsi avec les apôtres, mais non pas avec les saints à Corinthe, qui oubliaient non seulement que la puissance doit être subordonnée à l’ordre (1 Cor. 14), mais que la vie selon Christ doit être exercée maintenant dans un renoncement saint et constant à soi-même, et que c’est le premier devoir de celui qui invoque le Seigneur (1 Cor. 9). La prière est l’épanchement et l’expression de la dépendance, et elle est d’autant plus requise que le ministère de la parole ne fait pas partie de la volonté ni des ressources de l’homme, mais il s’exerce dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement, et pourtant en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que la foi des saints ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (1 Cor. 2:3-5). Dans l’ordre des choses en vue de la bénédiction de l’âme de la part de Dieu, la parole a la préséance, comme on peut le voir en comparant la fin de Luc 10 et le début de Luc 11, où nous avons l’ordre moral de ces deux moyens de grâce. Recevoir de la part de Dieu vient avant de s’approcher du Père. Mais pour l’exercice correct du ministère de la Parole, la prière est la grande condition préalable pour que la chair ne procure aucune occasion à l’ennemi, et pour que l’individu puisse être un vase à honneur, sanctifié, propre au service du Maître, préparé pour toute bonne œuvre (2 Tim. 2:21).

 

6.3   Actes 6:5-6

« Et ce discours plut à toute la multitude ; et ils choisirent Étienne, homme plein de foi et de l’Esprit Saint, et Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timon, et Parménas, et Nicolas, prosélyte d’Antioche, qu’ils présentèrent aux apôtres ; et, après avoir prié, ils leur imposèrent les mains » (6:5-6).

 

6.3.1       Ch. 6:5

La grâce manifestée par les apôtres a eu une réponse remarquable parmi la multitude des disciples, car le fait que tous les noms soient grecs indique un lien avec les Hellénistes. Les personnes semblent avoir été choisies sans exception parmi les croyants de langue grecque, la catégorie même qui avait murmuré contre les Hébreux. Cette grâce n’était-elle pas suffisante pour rendre honteux les soupçonneux ? Il n’y avait pas de disposition humaine pour créer un équilibre ou une juste représentation, comme le suggéreraient les habitudes des affaires ou l’esprit des tribunaux. On s’attendait à Dieu avec foi, et une conciliation tout à fait remarquable prévalut. La supposition qu’il y avait déjà des Hébreux ayant la charge de la bienfaisance, et qu’on rajoutait maintenant des Hellénistes pour veiller aux intérêts hellénistiques, c’est passer à côté de ce beau récit d’amour divin en pleine activité, et le gâcher en supposant l’introduction de la simple prudence mondaine.

 

6.3.2       Ch. 6:6

Il vaut la peine de noter que « les sept », une fois choisis, furent présentés aux apôtres, qui prièrent et imposèrent leurs mains sur eux en signe de communion avec leur désignation. L’imposition des mains était un ancien signe de bénédiction (Gen. 48:14), spécialement de reconnaissance officielle (Nomb. 27:23), ou de recommandation à la grâce de Dieu (Actes 13:3 ; 14:26 — 15:40). La communication de l’Esprit par cet acte en Actes 8:17 ; 19:6, ou 1 Tim. 4:14 ; 2 Tim. 1:6, est quelque chose de différent, comme ce sera montré à sa place. Il est probable qu’il ait pu y avoir une imposition des mains similaire à l’occasion de la mise en place des anciens, comme certains le pensent sur la base de 1 Tim. 5:22. Mais le silence de l’Écriture sur ce fait semble avoir pour but de préserver les croyants de cette routine fatale des formes superstitieuses qui a envahi la chrétienté au déshonneur du Seigneur et au détriment de la règle à appliquer. Même si c’était les apôtres qui imposaient les mains sur les anciens, cela ne nous est pas dit ; mais là où le devoir avait un caractère extérieur, et où des hommes pieux étaient choisis par la multitude des disciples, les apôtres (cela nous est dit formellement) imposèrent les mains sur eux. Le choix d’anciens pour les disciples n’a pas été fait par la multitude des disciples, mais par les apôtres (14:23), et dans ce cas l’Écriture ne nous dit rien sur une imposition des mains de leur part, même si elle eut lieu. Combien les fondements de l’orgueil ecclésiastique sont invalides ! Combien la parole de Dieu est parfaite, à la fois dans ce qu’elle dit et dans ce qu’elle ne dit pas !

La mesure prise par les apôtres en nommant des serviteurs pour les devoirs extérieurs de l’assemblée, préservant leur liberté pour la prière et le ministère de la parole, fut reconnue par une bénédiction exceptionnelle de la part de Dieu. L’administration de l’argent est une tâche délicate et difficile, spécialement si elle est entreprise par ceux qui servent dans la parole. Dans un bas état, cela donne de l’influence du plus bas niveau à ceux qui autrement n’en auraient pas ou peu. Mais ici nous sommes en présence du Saint Esprit agissant dans l’énergie, la sainteté, et l’amour, et en élevant les âmes au-dessus des sentiments charnels qui menaçaient l’église. La classe sacerdotale devait bien être la plus étonnée par la sagesse désintéressée des apôtres, car elle a d’habitude tendance à être avide de pouvoir et d’influence, voire encore pire.

 

6.4   Actes 6:7

Et la parole de Dieu croissait, et le nombre des disciples se multipliait beaucoup dans Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs (*) obéissait à la foi » (6:7).

 

(*) Il est pénible de noter combien les érudits sont enclins à éluder et à réduire les merveilles de la grâce de Dieu. Ainsi Bèze, Casaubon, et Valckenaer voudraient changer le texte pour se débarrasser de cette grande œuvre parmi les sacrificateurs, et pareillement Elsner, Heinsius, Kühnöl et Wolf en changeant le seul usage légitime de la dernière proposition. Qu’y a-t-il de trop difficile pour le Seigneur ? Les sacrificateurs étaient-ils la seule classe sans espoir ? La version Peschito syriaque (non pas la philoxeniène) s’était déjà rendue à une semblable incrédulité, et l’arabe aussi, les deux omettant toute référence aux sacrificateurs.

 

La situation semblait certainement très prometteuse, puisque la parole de Dieu croissait comme objet de foi et comme puissance spéciale parmi les hommes, et que le nombre des disciples se multipliait autant, dans la ville même des fêtes solennelles, et que les sacrificateurs même affluaient — spectacle tout à fait inhabituel. Que pouvaient en penser la plupart des gens sinon que cette nation dispersée et dépouillée apprenait enfin la sagesse divine ? N’allaient-ils pas bientôt se repentir et se convertir pour que leurs péchés soient effacés, et que des temps de rafraîchissement puissent venir de devant la face du Seigneur et qu’Il puisse envoyer le Christ qui avait été préordonné pour eux, Jésus ? (3:19-20). Les apparences rendaient cette pensée vraisemblable, si elles n’en faisait pas voir la réalité, au point qu’il n’y a jamais eu ultérieurement quelque chose de pareil. La vérité était que Dieu était en train de séparer au nom de Jésus, d’avec Son ancien peuple, ceux qui devaient être sauvés, avant d’envoyer Ses armées pour détruire les meurtriers de Ses serviteurs (et nous pouvons même ajouter : de Son Fils), et brûler leur ville selon la parole du Seigneur (Matt. 22:7).

Si je ne me trompe pas, Dieu est en train de faire ainsi maintenant avec l’œuvre active de salut qu’Il poursuit par toute la terre, spécialement dans la chrétienté. C’est le signe sûr, non pas de la reddition du monde à Christ et à la croix, mais que le Seigneur est en train de séparer les Siens d’avec le monde qui se hâte vers un jugement inévitable, impitoyable et mérité. Jusque là il ne peut pas y avoir de bénédiction universelle ou stable pour la terre dans son ensemble, comme nous sommes en droit d’attendre d’après les Psaumes 65 à 68, 72, 92 à 107, et les prophètes en général. Les cieux doivent recevoir Jésus jusqu’aux temps de rétablissement (non pas de destruction) de toutes choses, desquels Dieu a parlé par la bouche de Ses saints prophètes de tout temps (Actes 3:21). C’est la prostituée corrompue, non pas la vraie épouse, qui veut régner en l’absence de l’Époux (Apoc. 18:7). Si la grâce convertit toujours tellement et si extraordinairement, comme dans le cas des sacrificateurs, ils ne faisaient que se sauver eux-mêmes de cette génération tortue (Actes 2:40). Un jugement infligé personnellement par le Seigneur doit précéder Son introduction du royaume de Dieu en puissance et en gloire ; mais ceci n’empêche pas l’action de la grâce souveraine qui changera les Siens et les transportera pour être avec Lui au ciel avant que le jour de Son jugement se lève sur la terre. Car quand Son jour vient, les Siens sont déjà avec Lui, et ils Le suivent donc hors du ciel, et apparaissent avec Lui pour l’exécution de ce jugement.

Un autre élément important est maintenant introduit, la libre action de l’Esprit de Dieu à Jérusalem même, là où étaient tous les douze apôtres.

L’ordination des « sept », si nous voulons l’appeler une ordination, était pour un service temporel, expressément pour un service autre que le ministère spirituel par la parole, car ce devoir extérieur leur était confié pour ne pas distraire les apôtres de ce travail béni. Assurément, si c’est une perversion ridicule d’une partie de la chrétienté d’inventer une contrepartie moderne à la charge de la patène et du calice (*), ce n’est qu’à peine mieux d’en faire une sorte de stage probatoire pour l’office d’ancien. L’Écriture est recouverte de tradition humaine, et ignorée à cause de cela. « Les sept » étaient des administrateurs pour les pauvres, et non pas un noviciat formel préalable à un ministère de pleine maturité. Il était réservé à la dissidence [de l’église anglicane] de tomber encore plus bas, en établissant par un critère d’argent (ce que l’un de leurs meilleurs hommes appelait) « les seigneurs diacres » [ou : « lords deacons »], ayant le pouvoir de concilier ou de contraindre les ministres de la Parole, de les gaver ou de les affamer. Combien toutes ces choses sont différentes des saintes voies de Dieu et de Sa parole !

 

(*) note Bibliquest : dans la terminologie de la messe catholique : Patène = petite assiette servant à présenter l’hostie avant de la consacrer. Calice = vase sacré dans lequel est consacré le vin lors de la messe.

 

6.5   Actes 6:8-15

Pourtant l’un « des sept » est mis en avant comme ayant été utilisé et honoré de Dieu en dehors du cadre de l’œuvre pour laquelle ils étaient nommés.

 

« Or Étienne, plein de grâce et de puissance, faisait parmi le peuple des prodiges et de grands miracles. Et quelques-uns de la synagogue appelée des Libertins [Affranchis], et des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d’Asie, se levèrent, disputant contre Étienne. Et ils ne pouvaient pas résister à la sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait. Alors ils subornèrent des hommes qui disaient : Nous l’avons ouï proférant des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu. Et ils soulevèrent le peuple et les anciens et les scribes ; et tombant sur lui, ils l’enlevèrent et l’amenèrent devant le sanhédrin. Et ils présentèrent de faux témoins qui disaient : Cet homme ne cesse pas de proférer des paroles contre le saint lieu et contre la loi ; car nous l’avons entendu dire que ce Jésus le Nazaréen détruira ce lieu-ci, et changera les coutumes que Moïse nous a enseignées. Et tous ceux qui étaient assis dans le sanhédrin, ayant leurs yeux arrêtés sur lui, virent son visage comme le visage d’un ange » (6:8-15).

 

6.5.1       Ch. 6:8

L’esprit nivelant de démocratie, la réticence à reconnaître ceux qui sont au-dessus de nous dans le Seigneur, sont sans doute très éloignés de la parole de Dieu. Mais même dans ces jours où l’église brillait dans son ordre et sa beauté comme jamais elle n’a brillé depuis, — dans ces jours où les plus hautes autorités que Dieu aient jamais placées dans l’église étaient encore toutes là, — nous contemplons Sa grâce souveraine agissant dans un homme n’ayant pas d’autre titre que ce que la grâce lui avait donné. Il n’était ni évêque [= surveillant] ni ancien ; il avait été mis à part avec d’autres pour un service sérieux mais humble. Mais nous le trouvons peu après décrit comme « plein de grâce [non pas de « foi » simplement] et de puissance, faisant parmi le peuple des prodiges et de grands miracles ». Il n’y avait pas de jalousie dans ce jour de grâce et de puissance : il y avait place et bon accueil pour tous ceux qui pouvaient glorifier le Seigneur, ou Le glorifiaient effectivement. Le Saint Esprit est l’Esprit de liberté. Même la loi, tout comme le monde et la chair, engendre l’esclavage, l’orgueil et le péché, étant donné que l’homme est ce qu’il est.

L’ordination d’un homme pour prêcher ou enseigner est inconnue de l’Écriture, c’est un fait, et encore bien moins une ordination en vue de ce qu’on appelle l’administration du baptême ou de la cène du Seigneur. La superstition est entrée, et la puissance des habitudes religieuses de pensée s’est fondée sur une routine de tous les jours, de sorte que même les hommes pieux n’ont pas vu dans la Bible ce qui contredit cette théorie et cette pratique, et pour défendre leurs idées, ils ont attaché à des actes ou des paroles de l’Écriture un sens totalement étranger à la vérité.

D’après l’Écriture, si un homme a un don spirituel de la part du Seigneur, il est non seulement libre vis-à-vis des autres, mais il est tenu devant le Seigneur d’en faire usage. Sinon qu’il prenne garde à la condamnation figurant dans la parabole de l’esclave inutile, qui estima son Seigneur dur, eut peur et s’en alla cacher son talent dans la terre. Ce n’est pas une question de droits du chrétien, mais de la grâce de Christ, aussi bien que de l’obligation qui pèse sur celui qui a reçu le don : il a à employer le don selon la volonté de Celui auquel appartient l’église, et pour Sa gloire. C’est aussi le langage de l’apôtre Pierre, et il serait bon que les hommes qui font un mauvais usage des dons écoutent et pèsent ce qu’il dit : « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu. Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu ; si quelqu’un sert, qu’il serve comme par la force que Dieu fournit, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui est la gloire et la puissance, aux siècles des siècles ! Amen » (1 Pierre 4:10-11).

J’insiste à dessein sur ce passage qui est en parfaite harmonie avec tous les autres qui traitent du même sujet. Il semble d’autant plus à-propos que Pierre était là avec les onze quand Dieu mit Étienne en avant pour agir sur la base de son don. La libre énergie du Saint Esprit dans le don n’est donc nullement une particularité paulinienne comme certains affectent de le croire. Il est bien vrai que dans les épîtres du grand apôtre des Gentils, nous avons la vérité sur ce sujet, comme sur tant d’autres qui dépendent de ce que Christ est la Tête de l’église, et le Seigneur s’est plu à ce que cette vérité y soit développée par Paul plus profondément et plus complètement que par aucun autre. Mais le principe est le même partout. C’est ainsi que Jacques (3:1) avertit les frères de ne pas être beaucoup de docteurs, sachant que nous en recevrons un jugement plus sévère, non pas parce qu’ils n’avaient pas reçu l’ordination. Et comme la seconde épître de Jean tonne contre le fait de recevoir un homme (ordonné ou pas) qui n’apporte pas la doctrine de Christ, de même la troisième encourage Gaïus (quelle que soit l’opposition de Diotrèphe) à recevoir dans l’amour ceux qui allaient ça et là pour prêcher la vérité. Si quelqu’un possédait l’autorité sur la terre pour agir pour Christ, c’est bien Jean ; mais pour rejeter ou recevoir ces frères itinérants, il ne se sert d’aucun autre critère que celui du caractère de la doctrine qu’ils prêchaient. La seule question qui se posait pour lui (est-ce le cas pour nous ?) était simplement Christ, et la vérité. C’est aussi la seule question qui doit se poser pour nous, si nous voulons aimer dans la vérité. L’amour est de Dieu, Dieu est amour, mais nous devons avoir la vérité pour aimer la vérité. Sinon c’est le piège le plus trompeur et le plus fatal.

 

6.5.2       Ch. 6:10

Il ne faut pas non plus hésiter à dire que, quels qu’aient été les prodiges et les grands miracles faits par Étienne (6:8) à la gloire du Christ rejeté mais exalté, le Second Homme dans le ciel, — la sagesse et l’Esprit par lesquels il fut rendu capable de parler (6:10) étaient une réalité beaucoup plus profonde et bénie. On pouvait bien arrêter n’importe qui, mais aucun adversaire ne pouvait résister à la sagesse et à l’Esprit chez Étienne. Et il y avait beaucoup d’adversaires ; ici, tous étaient bien sûr de la circoncision.

 

6.5.3       Ch. 6:9

Qui étaient les Libertins ? Selon la plus ancienne interprétation qu’on rapporte, il s’agissait de Juifs affranchis bannis de Rome en l’an 19 ; Pompée avait amené beaucoup de prisonniers de guerre à Rome, mais ensuite, ils avaient été émancipés par leurs maîtres, et laissés libres de pratiquer leur religion. Il était naturel, comme un autre l’a suggéré, que de tels hommes affichent des sentiments très forts s’ils pensaient que la religion pour laquelle ils avaient souffert à l’étranger était insultée ou en danger chez eux. En tout cas l’historien inspiré les place au premier rang des adversaires d’Étienne. S’il en est ainsi, le mot « Libertins » est un mot latin grécisé. Ceci rendrait compte aussi du qualificatif « appelée » qui correspondrait alors aux Libertins en question. Quelques uns ont essayé d’identifier une ville Libertum en Afrique, et on sait qu’il y avait un évêque de Libertum au synode de Carthage en l’an 411. Mais même si une telle ville avait existé aux jours d’Étienne, et n’avait pas été trop petite pour être mentionnée, elle n’aurait jamais pu avoir la préséance devant Cyrène et Alexandrie.

On a éprouvé des doutes sur la question de savoir s’il n’est parlé que de deux synagogues, ou de cinq. Il m’apparaît que Winer n’a pas raison dans ce qu’il suppose en faveur de la première hypothèse ; il pense que le premier des των utilisé aurait suffi à unifier les cinq classes, et que le second των [de ceux] ne vise pas deux classes seulement, ayant chacune une synagogue en commun ; mais il y aurait la différenciation de ceux venus de villes comme Cyrène et Alexandrie, avec les affranchis nommés en premier, et d’autre part de ceux venant des provinces comme la Cilicie et l’Asie. Quand on nous dit qu’il y avait alors environ 480 synagogues à Jérusalem, il semble très improbable qu’il n’y eût pas de lieu distinct pour chacune, les Juifs étant notoirement nombreux dans la plupart, sinon dans toutes.

 

6.5.4       Ch. 6:13

Il est intéressant et solennel de voir comment les hommes incrédules peuvent trouver un semblant de raison pour imputer les plus odieuses accusations à la vérité qu’ils haïssent, et sur ceux qui la proclament. Pourquoi suborner des hommes pour donner des informations, s’ils éprouvaient une indignation honnête en face de la méchanceté présumée ? On peut comprendre que revendiquer pour Jésus le titre de Christ, l’Oint, revenait à impliquer Sa supériorité sur Moïse ; faire allusion aussi à la nature transitoire du temple (le Seigneur avait dit qu’il n’y aurait plus pierre sur pierre, Matt. 24:2), pouvait être regardé comme un blasphème contre le Dieu dont c’était la maison.

 

6.5.5       Ch. 6:12, 14

Quoi qu’il en soit, ils soulevèrent ainsi le peuple et les anciens et les scribes. Ici les Pharisiens devaient être aussi furieux que les Sadducéens, ou même plus. C’était une explosion générale de ressentiment proprement juif ; et Étienne fut donc pris et amené devant le sanhédrin. Si les paroles avaient été dites, les témoins n’en étaient pas moins faux. C’était de la fausseté et de la méchanceté d’affirmer qu’il ait dit quelque chose d’irrévérencieux contre Dieu ou Moïse, contre la loi ou le temple. Mais les hommes méchants entendent avec des sentiments de méchanceté, et l’Esprit les déclare faux témoins, même si les paroles d’Étienne avaient pu ressembler à ce qu’ils rapportaient. « Car nous l’avons entendu dire que ce Jésus le Nazaréen détruira ce lieu-ci, et changera les coutumes que Moïse nous a enseignées ».

 

6.5.6       Ch. 6:15

Je ne sais pas pourquoi des commentateurs peuvent mettre en cause la singulière marque de faveur divine accordée à la personne d’Étienne, à moins d’abjurer la foi et de renier le privilège encore plus merveilleux indiqué à la fin de son discours. Il est frappant que celui qui était accusé d’insulter Moïse et Dieu, ait reçu de la part de Dieu un signe semblable à celui dont Son serviteur Moïse avait eu le privilège. Les Juifs auraient dû au moins le ressentir comme un appel solennel qui leur était adressé au-dessus de toute l’humanité. L’occasion méritait une intervention divine, que ce soit dans le cas de celui (Moïse) qui reçut les commandements de l’Éternel pour Israël, ou dans le cas de celui (Étienne) qui rendit témoignage au Fils de l’homme rejeté mais glorifié, et à cette « chose meilleure » à laquelle Sa mort expiatoire allait donner naissance selon la loi et les prophètes. Une attestation surnaturelle convenait particulièrement à ces deux occasions. Mais l’incrédulité volontaire élude toutes les preuves possibles, même celle d’une résurrection d’entre les morts, selon l’avertissement du Seigneur (Luc 16:31).

 

 

 

7                    Actes 7 et 8:1a

Nous arrivons maintenant au témoignage remarquable d’Étienne. Il convenait que ce soit cet helléniste dévoué, plutôt qu’un des douze, qui fraie le chemin et ouvre la voie à une diffusion plus large de la vérité, juste après la mention du fait qu’une foule de sacrificateurs avait obéi à la foi, ce qui était un témoignage bien frappant rendu à la puissance d’attraction de la vérité au sein même du judaïsme (6:7).

Étienne était accusé d’avoir dénigré ce qui était le plus sacré aux yeux des Juifs, le saint lieu et la loi. Il était accusé d’avoir attribué au Nazaréen [Jésus] le dessein de détruire « ce lieu-ci » et de changer les coutumes que Moïse leur avait enseignées. Combien il est intéressant et profondément instructif que de voir la manière avec laquelle il fait face à une perversion aussi méchante de ce qu’il avait voulu dire ! La grâce n’est jamais l’ennemi de la loi ; bien qu’incomparablement supérieure, elle établit plutôt la loi. La parole prophétique ne cachait pas qu’il ne resterait pas pierre sur pierre des bâtiments majestueux du temple ; mais Jésus était-il un destructeur, parce qu’Il était prophète, et bien plus qu’un prophète ? Sous Son règne la loi sortira de Sion (És. 2:3), et même dans l’humiliation, Il ne vint pas pour détruire la loi, mais pour l’accomplir. Mais l’incrédulité est sourde et aveugle, et elle est capable d’imputer ses propres vices à ceux qui aiment la vérité. Étienne n’avait certainement rien dit d’autre que ce que les prophètes et Moïse avaient déclaré devoir arriver.

 

7.1   Actes 7:1-3

« Et le souverain sacrificateur dit : Ces choses donc sont-elles ainsi ? Et il dit : Hommes frères et pères, écoutez : Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il habitât en Charan, et il lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté, et viens au pays que je te montrerai » (7:1-3).

 

« Le Dieu de gloire » n’est pas un simple hébraïsme pour « Dieu glorieux », mais cette expression dirige les cœurs dès le commencement vers Celui qui est tout à fait au-dessus du monde, non seulement en Lui-même, mais aussi dans Ses desseins, quelles que soient Ses voies entre temps sur la terre. « Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor, ont habité anciennement au-delà du fleuve, et ils ont servi d’autres dieux » (Josué 24:2). C’est dans Sa grâce souveraine que Dieu était ainsi apparu. Même la lignée de Sem, le père et la parenté d’Abraham, étaient des idolâtres. La grâce donne — non pas trouve — ce qui est bon. Non seulement le Dieu de gloire était apparu, mais Il apparut à Abraham quand il était en Mésopotamie, autrement dit quand il était au point le plus éloigné où il se soit jamais trouvé par rapport au « pays », et dans des associations idolâtres. Combien peu les Juifs comprenaient le Dieu de gloire et Son serviteur Moïse ! Étienne, plein de grâce et de puissance, les comprenait. Rien ne lui était plus étranger que de proférer « des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu » (6:11).

 

7.2   Actes 7:4-5

7.2.1       Actes 7:4

Abraham, aussi béni fût-il, commença par n’avancer que lentement dans le chemin de la foi. Il ne quitta pas directement la Mésopotamie pour aller demeurer en Canaan. Auparavant, il séjourna en Charan. Il sortit de son pays, mais pas tellement vite de sa parenté, si bien qu’il y eut un délai notable avant qu’il arrive dans le pays que Dieu devait lui montrer.

« Alors, sortant du pays des Chaldéens, il habita en Charan ; et de là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays où vous habitez maintenant » (7:4).

C’est plutôt un commentaire osé que de dire (Alford, Testament Grec in loco) que « la chronologie juive suivie par Étienne est ici fautive du fait que la mort de Térakh est mentionnée en Gen. 11:32 avant l’ordre donné à Abraham de quitter Charan, — sans qu’il soit observé que ladite mention est faite par anticipation. Et ceci est confirmé par Philon qui a commis la même erreur… ». La vérité est que l’hypothèse juive favorite (Aben Ezra, Rashi) dit que Térakh mourut au moins 60 ans après qu’Abraham ait quitté Charan. Selon toute probabilité, le Pentateuque samaritain a changé 205 en 145 (Gen. 11:32) pour résoudre la difficulté supposée. La source de l’erreur parmi les anciens et parmi les modernes est d’admettre qu’Abraham était le fils aîné de Térakh, ce qui a pour seul appui l’ordre des noms, alors que cet ordre n’a pas plus de valeur que dans le cas des fils de Noé, où nous savons que l’aîné était Japheth, et non pas Sem, bien que Sem soit habituellement nommé en premier. Mais pour une certaine raison divine et bonne, le plus jeune est à plusieurs reprises nommé en premier, non pas l’aîné. Térakh enfanta Haran à 70 ans, Abraham à 130 ans ; celui-ci pouvait donc être marié à la fille d’Haran, Saraï ou Jisca, dix ans plus jeune que lui (voir Ussher, Works, viii. 21-23 ; Clinton, Fasti Hellen. i. 289 et suiv.).

On peut ne pas être d’accord avec la suggestion de Bengel citée par Alford, mais il faut respecter une aide honnête pour comprendre la parole lorsqu’elle vient de quelqu’un qui la considère comme solide et parfaite : ce qui est « vraiment lamentable » c’est de se faire l’auxiliaire de l’ennemi au motif qu’il faut suivre l’esprit, et non la lettre de la Parole de Dieu. Que Térakh, qui a eu Haran à 70 ans, puisse avoir engendré Abraham à 130 ans est assez simple, vu qu’il est mort à 205 ans ; que Abraham à 99 ans ait considéré comme contraire à la nature d’avoir un fils de Sara est tout aussi simple. Agar avait eu un fils de lui à 86 ans, et l’interprétation naturelle de Gen. 25:1-6 est qu’après la mort de Sara, Abraham a eu par Ketura, sa femme ou concubine, six fils qui furent éloignés d’Isaac durant sa vie, afin qu’Isaac soit son seul héritier sans contestation. Il n’y a pas de manipulation de la parole de Dieu aussi trompeuse que celle de l’incrédulité qui la traite comme si elle n’était pas de Lui, ou comme s’Il pouvait mentir.

Aussi longtemps que Térakh vécut, il fut un poids mort sur l’obéissance d’Abraham. Comme il nous est dit : « Térakh prit Abram son fils, et Lot fils de Haran fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram son fils ; et ils sortirent ensemble d’Ur des Chaldéens pour aller au pays de Canaan » (Gen. 11:31). Mais ils n’atteignirent jamais le pays dans ces conditions. Dieu avait dit à Abraham de quitter sa parenté aussi bien que son pays, et jusqu’à ce qu’il le fasse, il ne put atteindre Canaan (*). Il n’aurait guère été convenable pour Abram, en tant que fils, de prendre Térakh son père. C’est donc bien Térakh qui prit Abram. Mais ceci n’était pas du tout en accord avec l’appel de Dieu à Abram. C’est pourquoi nous lisons : « Et ils vinrent jusqu’à Charan, et habitèrent là ». Mais quand Térakh mourut, « Abram s’en alla, comme l’Éternel lui avait dit » (Gen. 12:4). Alors le langage change de manière significative : « Et Abram prit Saraï sa femme, et Lot fils de son frère, et tout leur bien qu’ils avaient amassé, et les âmes qu’ils avaient acquises à Charan, et ils sortirent pour aller au pays de Canaan ; et ils entrèrent au pays de Canaan » (Gen. 12:5). Il n’y avait pas de manquement maintenant que sa foi n’était plus entravée par les charges naturelles qui presque inévitablement avaient pris le dessus ; c’est pour cela que la puissance de Dieu n’avait pas pu rendre le voyage efficace. Cet obstacle disparu, la bénédiction suivit immédiatement.

 

(*) Philon (Éd. Richter, iv.20) a tout à fait tort de nier que Dieu apparut à Abraham en Mésopotamie, confinant la vision à Gen. 12:7, exactement comme les Juifs qui attaquaient Étienne. Les remarques de Dean Alford sont pires qu’« inexactes ».

 

7.2.2       Actes 7:4-5

Selon la version anglaise, on peut se demander au verset 4 si le sujet de « le fit passer » est Abram ou Dieu. Si le verset 43 laisse penser qu’il s’agit de Dieu, la construction de 1 Chr. 8:6 (selon la version des Septante) serait en faveur de ce qu’il s’agisse d’Abram ; certains préfèrent donc s’en tenir à la version anglaise autorisée du Roi Jacques (où il y a « Il » à la place de « Dieu »), et ne pas suivre la version anglaise Révisée, ni d’autres versions comme la Vulgate, les versions syriaque, Arménienne, Copte, voire Éthiopienne. La liaison avec le verset 5 conduirait à préférer Dieu :

« Et il ne lui donna pas d’héritage dans ce pays, pas même où poser son pied, et il lui promit de le lui donner en possession, et à sa postérité après lui, alors qu’il n’avait point d’enfant ».

 

7.2.3       Actes 7:5

Il est tout à fait incorrect de dire que Dieu lui a quand même donné ultérieurement une possession en Canaan, à savoir le bout de terrain qu’Abraham acheta d’Éphron à titre de lieu de sépulture (Gen. 23:17) ; car le don de Dieu est absolu et futur, et c’est ce qui est confirmé, non pas atténué ni altéré, par l’achat d’un lieu de sépulture aux Héthiens. Car qui, possédant un pays quelconque, penserait à acheter sa propre possession ? Il met là son mort dans une terre qui est si peu la sienne qu’il doit l’acheter dans ce but, comme un gage pour la foi qu’il la possèderait plus tard. Loin d’être une occasion de tordre notre texte, ici ou ailleurs, pour le faire concorder avec l’histoire, les expressions utilisées sont aussi claires et parfaites que possible. Le fait est affirmé pour montrer à quel point le patriarche était véritablement un pèlerin dans le pays même dont la possession présente avait, pour ne pas dire plus, une importance tellement exagérée aux yeux de sa semence, parce qu’ils ne marchaient pas dans la foi de leur père. Dieu donnera certainement « ce pays » à la semence d’Abraham. Ils ne l’achèteront pas à un étranger en ce jour-là. Aucune confusion intermédiaire ne peut porter atteinte à Sa promesse. « Par la foi, il (Abraham) demeura dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère, demeurant sous des tentes avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse » (Héb. 11:9).

Abram et sa semence auront la promesse réalisée au jour où la gloire viendra demeurer dans ce pays (Ps. 85), une vérité que la théologie des nations fait oublier même aux croyants. Toute la terre sera alors vraiment remplie de la gloire de l’Éternel, mais par-dessus tout, la gloire doit reposer sur Sion, une protection sur tout (*), quand Dieu aura accompli la purification de Jérusalem : non par l’évangile simplement, comme maintenant, mais par l’esprit de jugement et de consomption (És. 4:4). Alors les enfants d’Abraham, non seulement ceux qui le sont par la nature, mais aussi par grâce, entreront dans l’héritage promis, Abraham lui-même étant dans la gloire de la résurrection, quand Jésus sera révélé des cieux et que viendra le temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de Ses saints prophètes de tout temps (Actes 3:21).

 

(*) Note Bibliquest : cette expression provient d’une lecture particulière de la fin d’És. 4:5 selon la version anglaise autorisée qui peut être comprise comme voulant dire « sur tout, la gloire sera une protection », tandis que JND traduit « sur toute la gloire il y aura une couverture ».

 

Au v. 5, il n’y a pas de raison pour considérer « pas même » comme voulant dire « pas encore », ni « il… donna » et « il… promit » comme ayant le sens de plus-que-parfaits, ni « et à sa postérité » comme voulant dire « cependant à sa postérité » — selon ce que font des érudits qui ne comprennent pas ni ne croient l’Écriture qu’ils ont sous les yeux.

 

7.3   Actes 7:6-7

De plus, Étienne attire l’attention sur le fait que :

 

« Dieu parla ainsi : Sa postérité [celle d’Abraham] séjournera dans une terre étrangère, et on l’asservira et on la maltraitera pendant quatre cents ans ; et je jugerai, moi, la nation à laquelle ils auront été asservis, dit Dieu ; et après cela ils sortiront et me serviront en ce lieu-ci » (7:6-7).

 

C’est une citation libre de Gen. 15:13-14, avec quelques mots plus ou moins tirés d’Ex. 3:12 en remplacement de la dernière phrase. Le Dieu de gloire pensait à Son peuple en Égypte et dans le désert, avant de penser au lieu saint et à la loi, et Il n’abandonnera jamais Israël jusqu’au moment où Il réalisera Sa promesse, — promesse garantie quand Abraham n’avait pas encore d’enfant. Dieu appela Abraham seul, et le bénit et le fit prospérer. Combien ils avaient tort tous ceux qui faisaient si grand cas d’eux-mêmes et de leurs privilèges, en méconnaissant Sa grâce et Dieu Lui-même, le Dieu de gloire, lequel était apparu à Abraham alors qu’il était seul et qu’il n’y avait aucun sujet de se vanter, qu’il n’y avait rien que du péché et de la honte chez l’homme, et qu’Israël n’était pas encore né ! Car comme il en avait été avec le père, ainsi devait-il en être avec sa semence. Comme Abraham circulait en Palestine en étranger, ainsi sa semence fut d’abord en esclavage dans un pays étranger, et ceci non pas pour une période courte — car en chiffres ronds 400 ans (405 très exactement) s’écoulèrent entre la naissance de l’enfant de la promesse et le jugement de Dieu sur la nation qui les asservissait (*). Quand ses descendants sortirent, ce ne fut même pas dans le pays, mais dans le désert où ils errèrent pendant 40 ans. Il les avait effectivement délivrés pour Sa propre gloire, mais ses voies n’étaient pas selon leurs pensées et leurs préjugés. Étaient-ils un peuple susceptible de revendiquer des droits irrévocables et même exclusifs ? Pour le faire, ils devaient ne plus croire leur propre histoire, c’est-à-dire la parole même de Dieu.

 

(*) Il y avait 400 ans aussi exactement que possible à partir du renvoi de l’esclave égyptienne [Agar] et de son fils Ismaël, — c’est-à-dire le commencement de cette persécution de la lignée de la promesse qui culmina en Égypte et s’acheva avec l’exode d’Israël, quand les jugements divins eurent brisé la puissance et l’orgueil de leurs oppresseurs.

 

7.4   Actes 7:8

À première vue, certains peuvent trouver étrange qu’Étienne introduise la circoncision. Mais en fait, il suit simplement le récit divin, de sorte que non seulement l’instruction à en tirer est communiquée, mais elle est amplifiée par l’attention portée à l’histoire et à l’ordre que la sagesse de Dieu avait donné aux événements.

« Et il lui donna l’alliance de la circoncision ; et ainsi Abraham engendra Isaac et le circoncit le huitième jour ; et Isaac, Jacob ; et Jacob, les douze patriarches » (7:8).

 

Ainsi Étienne attire spécialement l’attention sur l’alliance de circoncision donnée par Dieu à Abraham, au lieu de faire peu cas de l’institution de la circoncision telle qu’incorporée dans la loi. C’est ainsi qu’Isaac fut engendré, et lui et ceux qui suivirent se soumirent tous à un rite qui indiquait la corruption de la chair, et qui mettait la mort dessus comme seul moyen d’en être délivré. Or la promesse datait de longtemps avant la loi, et le père des fidèles avait joui de l’élection et de l’appel de Dieu avant même que la circoncision existât. La vérité est un tout, et elle souffre seulement du mauvais usage qu’on fait d’une partie pour affaiblir ou détruire une autre partie. L’Esprit, utilisant la parole en vue de la gloire de Christ, remet toute chose à sa place comme Lui seul peut le faire. C’est pourquoi celui qui parlait [Étienne], étant un homme plein de foi et de l’Esprit saint, voyait les choses et les présentait selon Dieu, tandis que les Juifs incrédules ne comprenaient en aucune manière la vraie portée de leurs institutions, les utilisant à tort pour leur propre justice et leur orgueil, et rejetant donc aveuglément la Lumière de Dieu vers Qui tout dirigeait les regards.

Hélas ! C’est une vieille histoire. Leurs pères n’étaient pas meilleurs qu’eux ; et Dieu ne nous a pas raconté leurs faits et gestes en vain, si du moins nous avons au moins une oreille pour écouter. Car comment Étienne résume-t-il l’histoire de ces douze patriarches ?

« Et les patriarches, étant pleins d’envie contre Joseph, le vendirent pour être mené en Égypte ; et Dieu était avec lui ; et il le délivra de toutes ses afflictions, et lui fit trouver grâce et sagesse auprès du Pharaon, roi d’Égypte ; et il l’établit gouverneur sur l’Égypte et sur toute sa maison » (7:9-10).

Fils bien-aimé ou esclave craignant Dieu, prisonnier innocent ou sage gestionnaire, Joseph avait Dieu avec lui partout et en toutes circonstances. Pourtant, qui des douze fut autant éprouvé par ses frères ? Contre qui complota-t-on autant que contre lui ? Qui semblait aller vers le pire malgré, ou plutôt à cause de sa pureté sans tache ? Néanmoins, même en prison, « l’Éternel était avec lui ; et ce qu’il faisait, l’Éternel le faisait prospérer » (Gen. 39:23).

Qu’il s’agisse de Joseph ou de ses frères, ces choses ne parlaient-elles pas aux Juifs qui entouraient Étienne ? « Joseph rapporta à leur père leur mauvaise renommée… Et ses frères virent que leur père l’aimait plus que tous ses frères ; et ils le haïssaient, et ne pouvaient lui parler paisiblement… Et ses frères lui dirent : Est-ce que tu dois donc régner sur nous ? Domineras-tu sur nous ? Et ils le haïrent encore davantage, à cause de ses songes et de ses paroles… Et ils le virent de loin ; et avant qu’il fût proche d’eux, ils complotèrent contre lui pour le faire mourir… Et ils tirèrent Joseph de la citerne et le firent remonter ; et ils vendirent Joseph pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites ; et ceux-ci emmenèrent Joseph en Égypte » (Gen. 37:2-28). Si les pères agirent ainsi avec le type, celui qui croit s’étonnera-t-il qu’ils fassent pire avec le grand Antitype ? Car ce qui irritait les pères de la nation contre Joseph, c’est ce qui était de Christ chez Joseph, ce que l’Esprit opérait en lui et par lui. Était-ce dès lors si étonnant que « cette génération » ait rejeté un plus grand que Joseph, Celui qui étant venu était la démonstration de leur inimitié contre Dieu, qui se poursuivait par la haine de la bonté divine dans Sa personne, dans Ses voies et dans Ses paroles ? Il ne fallait pas qu’ils oublient pas que celui qui avait été rejeté par ses frères était exalté à la droite de la puissance pour la bénédiction des autres, et même (spécialement à la fin) de ses frères, auxquels il ne fut donné à connaître qu’après avoir été longtemps séparé d’eux. En cela il préfigurait Christ dans Ses souffrances, aussi bien que dans les gloires qui suivraient.

 

7.5   Actes 7:11-14

« Or il survint une famine dans tout le pays d’Égypte et en Canaan, et une grande détresse, et nos pères ne trouvèrent pas de nourriture. Et Jacob, ayant ouï dire qu’il y avait du blé en Égypte, y envoya une première fois nos pères ; et la seconde fois, Joseph fut reconnu de ses frères, et la famille de Joseph fut connue du Pharaon. Et Joseph envoya chercher son père Jacob et toute sa parenté, en tout soixante-quinze âmes » (7:11-14).

C’était un chemin de souffrances dans la justice qui conduisait à la gloire ; et une fois exalté, Joseph administra avec la sagesse de Dieu ce dont la même sagesse lui avait donné de faire provision dans les jours d’abondance en vue des jours de disette. Sous la puissante main de Dieu, la famine pesa non seulement sur toute l’Égypte, mais aussi sur Canaan où les chefs d’Israël goûtèrent cette affliction cruelle, car ils ne trouvaient aucune subsistance, et poussés par la providence divine, ils allèrent chercher du blé en Égypte. C’est cette « seconde fois » qui occasionna leur grande découverte, non sans un jugement de soi quand Joseph se fit connaître à ses frères, et la lignée de la promesse ne fut plus un secret pour le Pharaon. Et les pères, avec Israël leur père, descendirent en Égypte où, dans une longue souffrance à caractère rétributif, ils devaient subir le châtiment du tort cruel causé à leur frère, qui était exalté par Dieu là où Juifs et Gentils l’avaient jeté dans la honte, ce qu’il ne leur rendit pas si ce n’est en grâce pour tous, spécialement pour Israël.

La portée de tout ceci en rapport avec Christ est évidente, mais Étienne ne fait pas d’application des faits, il les énonce seulement ; ceux-ci sont d’autant plus frappants qu’ils étaient familiers, et maintenant placés dans une lumière qui brillait sur le Messie aussi bien que sur les Juifs, de sorte que le peuple pouvait par là connaître Dieu et se connaître eux-mêmes. Combien peu ils connaissaient quoi que ce soit comme ils auraient dû connaître ! et cela ressortait clairement de ce que, jusqu’alors, ils n’avaient jamais pensé voir le Christ en Joseph, ni se voir eux-mêmes dans les pères coupables, eux qui étaient encore plus coupables comme meurtriers du Seigneur de gloire. Leur orgueil ignorant était leur honte. Et Lui qui fut vendu comme Joseph, et élevé haut hors d’une fosse bien pire et d’une forteresse plus profonde, Il attendait pour les bénir, tandis qu’eux-mêmes allaient goûter les fruits amers de leur péché dans une dispersion pire qu’une captivité, quelle que soit la miséricorde qui les attende à la fin, quand ils se prosterneront repentants devant Lui en gloire.

On remarquera qu’Étienne parle de 75 âmes alors que le texte hébreu en a 70 ; il cite ici, comme ailleurs, la version des Septante. Calvin (in loco) considère que cette discordance ne vient pas des traducteurs grecs eux-mêmes, mais s’est glissée par la faute de copistes, et que 75 n’est pas ce qu’Étienne a dit, mais que 75 a été glissé ici pour faire concorder le discours avec la version grecque de Gen. 46:27. Mais ceci semble être une façon déraisonnable de rendre compte de ce qui est assez simple, et il apparaît que l’avertissement de l’apôtre contre les généalogies interminables (1 Tim. 1:4) n’a rien à voir avec le sujet. Le fait est qu’il est possible que les deux textes, l’original hébreu et la version grecque, soient tous les deux justes, le grec décomptant cinq fils de Manassé et Éphraïm nés en Égypte (1 Chr. 7:14-27), selon une liberté prise dans la forme qui n’est pas du tout rare dans de telles listes.

 

7.6   Actes 7:15-16

Il est plus difficile d’expliquer le deuxième verset qui suit. « Et Jacob descendit en Égypte ; et il mourut, lui et nos pères, et ils furent transportés à Sichem, et mis dans le sépulcre qu’Abraham avait acheté à prix d’argent des fils d’Emmor, le [fils, ou père] de Sichem » (7:15-16).

Un doyen de Canterbury n’hésitait pas à déclarer que celui qui parlait, plein de l’Esprit Saint, était coupable d’« au moins deux inexactitudes historiques avérées », tout en se plaisant à assurer ses lecteurs qu’elles n’affectaient ni l’inspiration ni la véracité de l’auteur ! D’un autre côté Bengel, à la suite de Fl. Illyricus et al., cherchent à résoudre la difficulté du passage en supposant qu’il y a eu un double achat et un double enterrement, avec des omissions intentionnelles de part et d’autre. Il soutient donc qu’il faut bien lire « Abraham », et qu’il n’est pas nécessaire de lire « Jacob » qui est l’objet de conjectures ; un raccourci sommaire alors que les détails sont tous connus, correspond à une méthode qui nous semble surprenante. Les faits sont qu’Abraham acheta un lieu de sépulture d’Éphron le Héthien à Macpéla ou Hébron, où les trois patriarches furent ensevelis ainsi que Sara, et que Jacob acheta un champ des fils d’Hamor à Sichem, où Joseph fut enseveli. Le lieu où le reste des fils de Jacob furent enterrés n’est pas mentionné dans l’Ancien Testament ; Josèphe dit que c’est à Hébron, les Rabbins disent Sichem, comme aussi Jérôme. Les Modernes argumentent les uns pour  ici et les autres pour là, et l’un au moins soutient un transfert de Sichem à Hébron.

Je préfère laisser ce passage ; mais dans ces conditions, l’hypothèse la moins valable est qu’Étienne, ce témoin puissant et béni de Christ aurait confondu Hébron et Sichem, Abraham et Jacob, erreur indigne même d’un simple élève d’école du Dimanche. N’est-il pas plus sûr de conclure que nous pouvons ignorer des faits qui, s’ils étaient mieux connus, dissiperaient ce brouillard, ou qu’il y a certaines façons de citer les références, comme dans Matt. 27:9 et Marc 1:2, auxquelles les occidentaux ne sont pas habitués, mais qui sont comprises sans ergoter par les Juifs ? Quand on considère du début à la fin un discours d’une si vaste portée, et sa puissance de pénétration dans les principes de l’histoire juive, l’on est disposé à douter que l’orateur fût ignorant des circonstances extérieures selon le premier livre de l’Écriture (lesquelles étaient bien connues de tous les Juifs), ou que l’auteur inspiré des Actes n’ait pas vu une discordance qui saute aux yeux du lecteur le moins attentif. Les choses étant ainsi, on peut se demander s’il ne serait pas mieux de réformer nos façons de voir, au lieu de vouloir réformer le texte.

 

7.7   Actes 7:17-19

« Mais comme le temps de la promesse que Dieu avait promise à Abraham, approchait, le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte, jusqu’à ce qu’il se leva un autre roi sur l’Égypte, qui ne connaissait pas Joseph. Celui-ci, usant de ruse contre notre race, maltraita les pères jusqu’à leur faire exposer leurs enfants pour qu’ils ne demeurassent pas en vie » (7:17-19).

Il en est toujours ainsi. Il y a guerre perpétuelle entre Dieu et l’ennemi, et jamais elle ne fait autant rage que quand Son peuple est en jeu, et qu’une manifestation spéciale de la grâce divine est imminente. La faveur de Dieu qui allait se manifester pour Israël excitait l’inimitié de Satan, qui suscita un instrument approprié pour sa malveillance, le prince du monde de ce jour-là, « un autre roi, qui ne connaissait pas Joseph ». Ces versets 7:17-19 sont un condensé d’Exode 1:7-20, qui donne les détails des efforts cruels, rusés, agressifs et sans scrupules du Pharaon pour abattre, mais pour être finalement vaincu d’une manière éclatante par Dieu, car, qu’il fît ou qu’il dît ce qu’il voulait, « le peuple se multipliait, et devint très fort » (Exode 1:20). Le décret ordonnant de détruire les bébés mâles échoua, non seulement sous l’effet de la pitié humaine, mais par la crainte de Dieu qui honore ceux qui L’honorent, et qui réduisit à néant Ses adversaires.

 

7.8   Actes 7:20-29

Ensuite Étienne parle longuement de Moïse, alors qu’il avait parlé plus brièvement de Joseph. Il mettait ainsi devant leurs esprits un autre type, plus frappant, de la personne du Messie, outre le témoignage général à la vérité rendu à leurs consciences.

 

7.8.1       Actes 7:20-22

« En ce temps-là naquit Moïse, et il était divinement beau ; et il fut nourri trois mois dans la maison du père. Mais, ayant été exposé, la fille du Pharaon l’emporta, et l’éleva pour elle, afin qu’il fût son fils. Et Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens ; et il était puissant dans ses paroles et dans ses actions. Mais quand il fut parvenu à l’âge de quarante ans, il lui vint au cœur de visiter ses frères, les fils d’Israël ; et voyant l’un d’eux à qui l’on faisait tort, il le défendit, et vengea l’opprimé, en frappant l’Égyptien. Or il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point. Et le jour suivant, il se montra à eux comme ils se battaient ; et il les engagea à la paix, disant : Vous êtes frères ; pourquoi vous faites-vous tort l’un à l’autre ? Mais celui qui faisait tort à son prochain, le repoussa, disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer, toi, comme tu tuas hier l’Égyptien ? Et Moïse s’enfuit à cette parole, et fut étranger dans le pays de Madian, où il engendra deux fils » (7:20-29).

L’ennemi avait suscité un instrument approprié, un autre roi sur l’Égypte qui ne connaissait pas Joseph. La souffrance devint la part d’Israël, et le projet conçu contre eux était susceptible de porter un coup mortel à la promesse dans la personne de leurs bébés. Car l’ordre du roi était de les exposer pour qu’ils ne survivent pas. Moïse naquit à ce moment critique, divinement beau, avec une glorieuse carrière devant lui, malgré des débuts bien sombres. Lui aussi vint sous la sentence de mort, et après avoir été nourri trois mois dans la maison de son père, il fut exposé comme les autres. Or la plus haute autorité nous permet d’affirmer que c’est par la foi qu’il fut caché pendant ces trois mois par ses parents, indépendamment de leur affection naturelle (Héb. 11:23). « Ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi ». Dieu intervint providentiellement en sa faveur, et ce qui était le moins probable de tout en Égypte arriva, à savoir que « la fille du Pharaon l’emporta et l’éleva pour elle, afin qu’il fût son fils ». C’était manifestement une intervention de Dieu.

Mais la divine providence n’est pas un guide pour la foi ; celle-ci n’en a pas d’autre que la Parole. La providence le fit entrer là d’où la foi le fit sortir. « Par la foi, Moïse, étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ; car il regardait à la rémunération » (Héb. 11:24-26).

Personne ne peut nier que Moïse était capable d’estimer la situation avec justesse. Il avait été instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres. Cependant il ne regardait pas aux choses qui se voient, mais à celles qui ne se voient pas. Il regardait au royaume de Dieu, et attendait le Messie ; il savait que les desseins de Dieu sont centrés sur Christ,  et ont Israël comme noyau sur la terre. Ses affections n’allaient donc pas vers la cour royale d’Égypte, ni sur les perspectives si brillantes que cette cour pouvait ouvrir à un homme de son énergie. Il aimait le pauvre peuple dégradé d’Israël, et il l’aimait, non pas tant parce que c’était son peuple, mais plutôt parce que c’était le peuple de Dieu, et spécialement le peuple réservé pour Christ, et leur dégradation était l’opprobre de Christ.

 

7.8.2       Actes 7:23-25

Quand donc Moïse fut âgé d’environ quarante ans, il eut à cœur de visiter ses frères, les fils d’Israël. Hélas, ils étaient déchus, non seulement dans leurs circonstances, mais aussi dans leurs âmes. La foi n’opérait que dans quelques-uns d’entre eux pour attendre un libérateur et pour leur faire apprécier ceux qui avaient foi en Dieu. Dans de telles circonstances, on peut trouver les pires conditions morales. Un Israélite infidèle tombe plus bas qu’un Égyptien, et Moïse dut l’apprendre comme Joseph l’avait appris auparavant, et comme Quelqu’un d’infiniment plus grand que Joseph et Moïse en a fait l’expérience avant même la mort de la croix.

« Et voyant l’un d’eux à qui l’on faisait tort, il le défendit, et vengea l’opprimé, en frappant l’Égyptien. Or il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point » (7:24-25).

Ils étaient dans les ténèbres et morts vis-à-vis de Dieu. Ils ressentaient la dureté des hommes. L’espérance que Dieu avait donnée à Israël avait presque disparu dans leurs âmes. Ils n’attendaient certainement aucune délivrance proche ; pourtant c’était ce qu’ils auraient dû attendre. On en était à cette quatrième génération au cours de laquelle, selon la parole de l’Éternel, eux qui avaient été si longtemps affligés devaient quitter une Égypte tombée sous le jugement, et revenir au pays promis (Gen. 15:13-16).

 

7.8.3       Actes 7:26-28

Mais Dieu n’était pas dans leurs pensées, et Moïse ne fut pas compris. Pire que cela :

« Et le jour suivant, il se montra à eux comme ils se battaient ; et il les engagea à la paix, disant : Vous êtes frères ; pourquoi vous faites-vous tort l’un à l’autre ? Mais celui qui faisait tort à son prochain, le repoussa, disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer, toi, comme tu tuas hier l’Égyptien ? »

Les blessures les plus cuisantes, comme les coups les plus bas, viennent du peuple de Dieu : quand l’homme gouverne ici-bas et non pas Dieu, Satan travaille partout en dessous, pour le pire.

 

7.8.4       Actes 7:29

Tout cela fut pourtant une discipline profitable pour Moïse qui « s’enfuit à cette parole, et fut étranger dans le pays de Madian, où il engendra deux fils ». Il dut apprendre ses leçons de Dieu seul dans le désert, et en quelque sorte désapprendre la sagesse de l’Égypte : Dieu ne désire pas faire honneur à cette sagesse-là pour opérer Ses délivrances. La sagesse dont Il se sert doit descendre d’en haut. Nous verrons comment Dieu opéra au moment voulu. En attendant Moïse est le rejeté d’Israël, comme auparavant Joseph était le rejeté de ses frères. Seulement, alors que Joseph nous montre son exaltation au-dessus des Gentils quand il est séparé de ses frères, Moïse nous montre autre chose, les complications survenant du pouvoir des Gentils et de leur colère quand ils sont offensés.

Mais c’est durant cet exil contraint et forcé loin d’Israël qu’une famille est donnée à Moïse. C’est ce dont parle aussi le Fils de la vierge, Emmanuel, en Ésaïe 8:5-18. Là aussi Israël est incrédule ; là aussi il y a une confédération hostile des nations ; mais « Voici, moi et les enfants que l’Éternel m’a donnés, nous sommes pour signes et pour prodiges en Israël de la part de l’Éternel des armées qui demeure en la montagne de Sion » (Ésaïe 8:18). La foi s’attend à l’Éternel qui cache Sa face de la maison de Jacob, et elle Le recherche. Au pire moment, Il leur sert de sanctuaire ; au bon moment Il opère franchement leur délivrance. Combien tout ceci s’appliquait solennellement aux circonstances des Juifs au moment où Étienne parlait ! Ils ne comprenaient pas que Jésus était leur Libérateur. Ils se mirent à haïr de plus en plus Ses paroles, parce que Ses paroles les jugeaient au plus profond de leurs âmes, et que Ses paraboles annonçaient une destruction certaine de leur orgueil et de leur incrédulité. C’est pourquoi ils Le rejetèrent, jusqu’à Le mettre à mort, mais Dieu Le ressuscita, et manifestait maintenant les enfants qu’Il Lui avait donnés, jusque là seulement du milieu d’Israël, mais bientôt également d’entre les Gentils. L’heure du rejet du Messie n’est que l’occasion d’une gloire plus grande et d’une relation plus intime avec ceux qui croient pendant ce temps-là ; c’était une situation semblable à celle de l’étranger du pays de Madian qui devint père de deux fils alors qu’il n’en avait pas eu quand il était en Égypte au milieu des fils d’Israël.

Ces faits remarquables, et ces types encore plus remarquables, étaient-ils des inventions d’Étienne ? Aucun Juif, même rempli de préjugés, ne pouvait nier que c’était le sommaire vrai et brillant de la parole de Dieu qu’ils avaient entre les mains. La vérité incontestable inspirée par le Saint Esprit brillait solennellement sur ce qu’ils avaient fait à Celui qui était approuvé de Dieu auprès d’eux par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu avait faits par Lui au milieu d’eux, comme ils le savaient très bien (Actes 2:22). Tel est l’homme d’un côté, et tel est Dieu de l’autre : si surprenant qu’Il provoque l’incrédulité et la mauvaise volonté de tous ceux qui ne se courbent pas devant Sa révélation et devant la conviction aiguë du mal qui est en eux. Pour le croyant, c’est une leçon ancienne, mais toujours nouvelle, que d’apprendre ce que sont le premier homme et le Second : quand ceci est appris, le cœur cherche et reconnaît qu’il ne peut en être autrement, l’homme étant ce qu’il est, et Dieu étant aussi ce qu’Il est, car Il ne peut se renier Lui-même, même si l’homme dans son aveuglement se renie constamment et renie Dieu en même temps.

Ce qui corrige l’homme, c’est quand le Saint Esprit ouvre les yeux de l’âme sur Christ par le moyen de l’évangile : on se repent et on croit. On lit alors son propre mal dans ce que l’homme a fait et est : tout l’iniquité chez le Juif ou chez le Gentil n’est guère brillante ; l’équivalent direct de ce qui se trouvait chez le Pharaon ou en Israël, on peut le trouver dans son propre cœur, voire dans sa propre vie, ou les deux. Mais on découvre une grâce assurément plus grande que celle jamais montrée avec Joseph ou Moïse ou d’autres, dans le Fils de Dieu descendu des cieux, non pas pour faire Sa propre volonté, mais celle de Celui qui L’avait envoyé — dans le Fils de l’homme venu non pour être servi, mais pour servir et pour donner Sa vie en rançon pour plusieurs. La foi tire profit présentement de toutes les choses passées ou futures ; c’est l’inverse de l’homme qui, dans son incrédulité, perd toutes les bénédictions de tout genre, et détruit son âme plutôt que d’honorer réellement Dieu et Son Fils.

Moïse fut ainsi banni durant de longues années, autant par le roi d’Égypte en colère que par ses propres frères indignes, qui l’aimaient d’autant moins que lui les aimait davantage ; ses frères oubliaient complètement la délivrance promise, et ils étaient pareillement insensibles à l’égard de ce frère qui avait tout perdu pour eux. Israël reniait celui qui, dans ce temps-là, était le type du Saint et du Juste. Ce n’était pas nouveau.

 

7.9   Actes 7:30-37

« Et, quarante ans s’étant écoulés, un ange du Seigneur lui apparut au désert de la montagne de Sinaï, dans la flamme de feu d’un buisson. Et Moïse, voyant cela, fut étonné de la vision ; et comme il approchait pour regarder, une voix du Seigneur se fit entendre de lui : Moi, je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, et d’Isaac, et de Jacob. Et Moïse, devenu tout tremblant, n’osait regarder. Et le Seigneur lui dit : Délie les sandales de tes pieds ; car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. J’ai vu, j’ai vu l’oppression de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer pour Moi [les mots « pour Moi » sont absents de la traduction JND] ; et maintenant viens, je t’enverrai en Égypte. Ce Moïse qu’ils avaient rejeté, disant : Qui t’a établi chef et juge ? celui-là, Dieu l’a envoyé pour chef et pour libérateur, par la main de l’ange qui lui était apparu au buisson. C’est lui [cet homme] qui les conduisit dehors, en faisant des prodiges et des miracles dans le pays d’Égypte, et dans la mer Rouge, et au désert pendant quarante ans. C’est ce Moïse qui a dit aux fils d’Israël : Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; écoutez-le » (7:30-37).

 

Dieu avait disposé les épreuves pour Moïse comme personne ne l’aurait fait. Pour lui, dans la force de l’âge à quarante ans, pourvu de tous les avantages naturels possibles à l’époque, qui aurait prévu une période de cette même durée, dans une relative solitude en Madian, sans projet et sans communication connue avec sa race, dans l’attente patiente de Dieu ? Pourtant quoi de plus sage, si Dieu agissait en sagesse et en puissance par Moïse pour Sa propre gloire ?

 

Il vint alors une manifestation tout à fait singulière mais appropriée : un ange lui apparut dans le désert du mont Sinaï, dans une flamme de feu d’un buisson. Ce n’était pas moins significatif que ce qui fut accordé à Josué plus tard (Josué 5:13-15). Quand il était question de conquérir Canaan, quoi de plus encourageant que de voir un homme l’épée nue à la main, le chef de l’armée de l’Éternel ? Quand il s’agit de conduire le peuple dans la désolation des hurlements d’une solitude (Deut. 32:10), quel signe plus approprié que celui d’un buisson en feu sans qu’il soit consumé, et encore plus, « la bienveillance de Celui qui demeurait dans le buisson » ? Moïse lui-même, « séparé de ses frères », pouvait bien en saisir la signification, une fois que l’étonnement et la crainte avaient fait place à la réflexion, à la lumière des communications divines qu’il avait reçues.

 

7.9.1       Actes 7:31-33

« Et comme il approchait pour regarder, une voix du Seigneur se fit entendre : Moi, je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, et d’Isaac, et de Jacob. Et Moïse, devenu tout tremblant, n’osait regarder ».

Avant la rédemption, même un saint tremblait quand il était mis en présence de Dieu. Même si la voix déclarait qu’Il était le Dieu de la promesse, le Dieu des pères Abraham et Isaac et Jacob, « Moïse, devenu tout tremblant, n’osait regarder ». Jusqu’à la rédemption, la paix n’était pas possible.

« Et le *Seigneur lui dit : Délie les sandales de tes pieds ; car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte ».

Avant la sortie d’Israël hors d’Égypte, il y eut une manifestation de la justice divine en délivrance d’Israël et en jugement de leurs oppresseurs. La sainteté est proclamée inviolable dès le début ; il en fut de même quand Israël fut appelé sous Josué à une lutte sans compromis contre les Cananéens vivant dans le pays. « La sainteté sied à ta maison, ô Éternel ! pour de longs jours », disait le cantique composé plus tard à propos d’une époque encore à venir (Ps. 93:5). Le même avertissement préalable précède à la fois les types de la rédemption accomplie pour Son peuple, et les luttes menées parmi eux contre Satan pour entrer en jouissance de leurs privilèges propres. Dieu sera sanctifié, quelle que soit Sa grâce pour racheter les Siens de la maison d’esclavage, ou pour les conduire à la victoire sur les puissances usurpatrices de leur héritage. Ne l’oublions pas. Combien le manque de révérence s’est souvent glissé à l’annonce d’une part de la justice divine et d’autre part du combat contre l’ennemi ! Il ne devrait pas en être ainsi (Jacq. 3:10).

 

7.9.2       Actes 7:34

Mais la rédemption était dans Son cœur ; et Il en parle tout de suite à Moïse, dépouillé désormais de la confiance en lui-même et dégagé de ses associations avec le monde.

« J’ai vu, j’ai vu l’oppression de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer pour Moi » [les mots « pour Moi » sont absents de la traduction JND].

Qui d’autre que Dieu aurait parlé ainsi ouvertement d’un pauvre groupe d’esclaves comme étant « Mon peuple » ? D’autres auraient commencé par les délivrer et leur donner des ornements. C’est le même Dieu qui, comme père, se jette au cou du fils prodigue et l’embrasse, avant de répandre richement les honneurs sur lui. Mais qu’elle soit l’ombre ou la réalité de l’antitype, il est extrêmement important de comprendre que la rédemption est l’œuvre de Dieu présent d’un certaine manière, et délivrant, non pas seulement de l’ennemi, mais pour Lui-même. Les mauvais traitements contre Son peuple doivent être vengés, ses gémissements entendus, et il faut qu’il y soit répondu par Ses consolations ; mais, il y a mieux encore : Il descend pour les prendre et les faire sortir pour Lui.

La délivrance eut aussi lieu effectivement, bien sûr, mais l’expression littérale est beaucoup plus expressive ; il ne s’agit pas simplement de faire sortir de la main de l’usurpateur, mais il y a un objectif positif ; quelque chose peut-il le surpasser ? Si on l’oublie souvent, tant dans la doctrine que dans la pratique, il est d’autant plus important d’insister sur ce sujet. On peut, ailleurs, mettre la libération en avant, ce qui, bien sûr, est juste à sa place pour mettre l’accent sur la nature et les effets ; mais ici il s’agit de Dieu prenant Israël et le faisant sortir pour Lui-même, comme cela est dit de Joseph au verset 10, et assez souvent ailleurs dans l’Écriture, bien que la force par excellence ne se développe pleinement que dans la rédemption. Car Christ a souffert une fois pour les péchés, le Juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu (1 Pierre 3:18). Ce sera manifesté quand nous serons dans la gloire ; ce n’en est pas moins vrai déjà maintenant pour la foi tandis que nous sommes ici sur la terre. Il n’y a pas d’autre vérité liée à la rédemption qui soit plus importante pour l’âme. Une vraie expérience spirituelle repose dessus et en émane.

 

« Et maintenant viens, je t’enverrai en Égypte ». Quelle différence maintenant dans les sentiments de Moïse ! Quand il était en Égypte, il s’était avancé animé de sa propre énergie, et maintenant que Dieu l’envoie, il fait des objections et des difficultés. Combien les deux côtés de cette leçon sont instructifs pour nous ! Il en est toujours ainsi. L’homme qui n’était pas appelé se proposait facilement de suivre le Seigneur où qu’Il aille, ignorant tout de lui-même, du monde, de l’ennemi et même de Christ. Le disciple qui était appelé demande d’abord la permission de s’en aller pour enterrer son père, mais il apprend du Seigneur que rien ne doit passer avant Lui. « Suis-moi » (Luc 9:57-62).

 

7.9.3       Actes 7:35

« Ce Moïse qu’ils avaient rejeté, disant : Qui t’a établi chef et juge ? celui-là, Dieu l’a envoyé pour chef et pour libérateur, par la main de l’ange qui lui était apparu au buisson ».

Les expressions utilisées sont formulées de manière à poursuivre, comme précédemment avec Joseph, le parallèle entre Moïse et Jésus, le Messie méprisé et renié, que Dieu va envoyer des cieux, non seulement pour introduire les temps de rafraîchissement annoncés de devant la présence du Seigneur, mais pour racheter Israël de la main de l’ennemi, et les rassembler hors des pays de l’est et de l’ouest, du nord et du midi. On trouve cela non seulement dans le Nouveau Testament, mais aussi dans l’Ancien, comme le Seigneur l’expliquait aux disciples affligés le jour de Sa résurrection. Le Nouveau aussi bien que l’Ancien Testament enseignent les souffrances de Christ et les gloires qui suivraient (Luc 24 ; 1 Pierre 1:11). « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? » (Luc 24:26). Certes Il avait enseigné la même chose avant Sa mort. Il y aura la manifestation éclatante et judiciaire en son temps, car comme l’éclair qui brille, luit de l’un des côtés de dessous le ciel jusqu’à l’autre côté de dessous le ciel, ainsi sera le fils de l’homme en son jour (Luc 17:24). Mais Il faut premièrement qu’Il souffre beaucoup et qu’Il soit rejeté de cette génération (Luc 17:25). Alors Il bénira Israël, détournant chacun d’eux de leurs iniquités.

Quelque honoré qu’il ait été par Dieu comme conducteur et libérateur, Moïse, avec l’ange qui lui apparut dans le buisson, n’était qu’une ombre de Christ. Jésus, le Fils de l’homme, apparaîtra Lui-même sur les nuées des cieux, avec puissance et une grande gloire (Matt. 24:30) ; et Il enverra Ses anges avec le son de la trompette pour réunir Ses élus des quatre vents, d’un bout des cieux à l’autre (Matt. 24:31). Un plus grand que Moïse sera manifesté en ce jour-là ; mais pour le moment une humiliation plus grande que celle de Moïse a été la Sienne. L’analogie était étroite, évidente et voulue sous les deux aspects, car le Saint Esprit fournissait dans la Parole les avertissements et les bénédictions dont l’homme avait besoin, et les indications claires de l’Écriture laissaient spécialement les Juifs sans excuse, comme le démontre Étienne.

 

7.9.4       Actes 7:36

« C’est lui qui les conduisit dehors, en faisant des prodiges et des miracles dans le pays d’Égypte, et dans la mer Rouge, et au désert pendant quarante ans ».

Personne ne nie que Moïse est au premier rang des grands hommes, et des hommes de bien ; mais c’est Dieu qui fit connaître Sa présence de manière manifeste, et qui la fit respecter surtout par ce qu’Il fit par lui, et parfois sans lui, dans cette longue succession au désert de patience et de puissance, pleine de merveilles et abondante en instructions. Cependant le but d’Étienne est de dresser le tableau du courant sous-jacent d’analogie avec Christ ; c’est pourquoi l’homme Moïse est mis en avant pour d’autant mieux faire ressortir cette analogie en forme d’appel solennel à un peuple qui n’a jamais oublié son ancienne folie, et qui n’avait jamais vraiment appris de Dieu lorsqu’il était à nouveau mis à l’épreuve. Qu’aurait pu faire Moïse sans Dieu dans le désert, ne serait-ce qu’un seul jour, pour ne pas parler de quarante ans ? Quelles merveilles et quels signes aurait-il pu opérer autrement dans le pays d’Égypte et à la mer Rouge, avant Mériba et Massa dans le désert, quand les pères juifs tentèrent l’Éternel, Le mirent à l’épreuve et virent Son œuvre ?

Il y avait un pouvoir intrinsèque dans la personne du Fils, qui d’éternité en éternité est Dieu. Seulement, « étant en forme de Dieu, Il n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu (en heureux contraste avec le premier homme qui chercha à être ce qu’il n’était pas, au déshonneur de Dieu et dans la désobéissance), et étant trouvé en figure comme un homme, Il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Phil. 2:6-8). Tout, de Sa naissance à Sa mort, a été parfait moralement ; un Homme qui n’a jamais ni fait ni cherché Sa propre volonté, mais seulement la volonté de Dieu, jusqu’à l’achèvement où Il a fait cette volonté encore plus profondément en souffrant pour le péché dans la mort expiatoire, afin que Dieu soit glorifié même quant au péché, et que nous soyons délivrés en toute justice. Mais dans Son service, c’est de Lui par excellence qu’il a pu être dit que Dieu l’avait « oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance : car Dieu était avec Lui » (10:38). Et si cette génération Le reniait en disant : « Qui t’a établi chef et juge ? », néanmoins Dieu L’a ressuscité pour être un Rédempteur bien plus béni, un Chef des rois de la terre bien plus glorieux, vu qu’il est établi par Dieu Juge des vivants et des morts, et qu’Il accomplira toutes les espérances d’Israël selon les prophètes (10:42-43).

 

7.9.5       Actes 7:37

Il n’est donc pas étonnant qu’Étienne ajoute :

« C’est ce Moïse qui a dit aux fils d’Israël : Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ».

Les difficultés et les différences entre les rabbins les plus célèbres prouvent quelle pierre d’achoppement est le vrai Christ, le Seigneur Jésus, pour Israël incrédule. Sinon, comment expliquer qu’un homme tel qu’Abarbanel pervertisse les paroles de Deut. 18:18 citées ici pour les appliquer à Jérémie ? S’il est quelqu’un parmi tous les prophètes, et même parmi tout le peuple, qui fasse un contraste marqué avec le libérateur honoré, le législateur dans le désert, c’est bien Jérémie, l’homme d’Anathoth qui menait deuil et dont le témoignage et la vie furent une lutte continuelle de douleur et de honte entre d’une part le sentiment brûlant des droits de Dieu qu’on ignorait, et d’autre part son amour pour le peuple de Dieu dont la plupart ignoraient ces droits aussi bien que le prophète lui-même. La théorie de Aben Ezra et d’autres est entièrement insoutenable, — théorie selon laquelle le prophète de Deut. 18:18 vise Josué, qui n’aurait fait que compléter l’œuvre de Moïse, dans guère plus d’une direction ; en fait Josué n’apparaît être sous aucun aspect le prophète suscité d’entre ses frères comme Moïse. C’est la raison pour laquelle certains des docteurs juifs parmi les plus distingués se sont efforcés d’interpréter ce prophète unique comme étant une succession de prophètes, ce qui est tout aussi contraire à l’usage normal du langage dans l’Écriture, et également contraire aux faits de l’histoire des Juifs. Comparez Nombres 12:6-8 et Deut. 34:10-12. La position de médiateur, dont il fallait écouter les paroles sous peine de mort, vise les caractéristiques de Moïse ; dans toute la force de ces expressions, cela n’était vrai de personne d’autre que du Messie. Et si les Juifs ne réalisèrent pas alors les conséquences de leur refus de L’écouter, la menace ne tarda pas de commencer à tomber sur leurs têtes coupables. « La colère », dit l’apôtre Paul, « est venue sur eux au dernier terme » (1 Thess. 2:16). Et ils n’ont pas encore payé le dernier quadrant (Matt. 5:26). Une tribulation sans pareille les attend encore, dont un petit résidu croyant sera délivré, — un résidu qui écoutera Celui contre qui la nation est opposée, pour sa ruine.

 

7.10                   Actes 7:38-40

Le parallèle se poursuit encore dans ce qui suit.

« C’est lui qui fut dans l’assemblée au désert, avec l’ange qui lui parlait sur la montagne de Sinaï, et avec nos pères ; qui reçut des oracles vivants pour nous les donner ; auquel nos pères ne voulurent pas être soumis ; mais ils le repoussèrent et retournèrent de leur cœur en Égypte, disant à Aaron : Fais-nous des dieux qui aillent devant nous, car, quant à ce Moïse qui nous a conduits hors du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé » (7:38-40).

 

7.10.1    Actes 7:38

Moïse est présenté dans sa position de médiateur, entre l’ange de l’Éternel d’un côté, et « nos pères » de l’autre. Traduire « dans l’assemblée » par « dans l’église » suggère des pensées et des associations absolument erronées. Ce mot « assemblée » désigne les fils d’Israël collectivement. Il n’a aucun rapport avec ce que le Nouveau Testament appelle l’assemblée de Dieu, le corps de Christ ; ceci est signalé ici dans le seul but de préserver les âmes d’une grave erreur. L’église fait partie du « grand mystère », ou secret, qu’il fut donné à l’apôtre de révéler, « le mystère caché dès les siècles et dès les générations, mais qui a été maintenant manifesté à ses saints » (Col. 1:26). Ce que Dieu faisait alors par le moyen de Moïse faisait partie de Ses voies ordinaires, quand Israël méconnut si vite les promesses faites aux pères, et prit la position de subordonner la jouissance de leurs bénédictions à leur propre obéissance, ce qui amena promptement la douleur et une ruine inévitable.

Le privilège accordé était vraiment immense, non seulement alors en œuvres, mais aussi en paroles de Dieu données désormais à l’homme en permanence. Ce n’était pas simplement que l’ange parla à Moïse, mais Moïse « reçut des oracles vivants pour nous les donner » — un privilège indicible, mais encore plus caractéristique du plus grand que Moïse, dont la venue a été suivie par une révélation nouvelle, complète et définitive de la grâce et de la vérité divines. Effectivement, la citation de la prophétie de Moïse au verset 37 préparait la voie pour des communications nouvelles ayant une autorité encore plus élevée. Dès lors c’est en vain que l’incrédulité juive idolâtrait le serviteur en face de son Maître.

Traduire « oracles vifs » est trop faible ici, comme aussi dans 1 Pierre 1:3 et 2:5 ; d’un autre côté « vivifiant » va trop loin, et en tout cas l’intention n’est pas d’utiliser ce qualificatif, car il doit caractériser les oracles eux-mêmes, non leur effet sur les autres. Je ne sais pas pourquoi M. Humphry a avalisé l’erreur que Kühnöl a adopté de Grotius. Pourquoi traduire « sauvant » ? C’est changer le texte, non pas le traduire ni l’expliquer, tout comme la dévaluation de sens dans la direction inverse, par J. Piscator et J. Alberti, qui parlent d’oracles « reçus de vive voix » ! « Vivant » est la seule signification juste et suffisante.

 

7.10.2    Actes 7:39

Et comment les enfants d’Israël ont-ils traité quelqu’un de si remarquablement honoré en ce jour-là ? « Nos pères ne voulurent pas être soumis » à Moïse. Si les « pères » ont ainsi traité Moïse, était-il surprenant que leurs enfants ne reçoivent pas le Messie au sujet duquel il a prophétisé, et dont il était un type si frappant ? Ainsi le simple rappel de l’histoire selon l’écriture présente de façon très vive la réelle culpabilité des Juifs pour quiconque avait des oreilles pour entendre. Si les pères d’autrefois repoussèrent Moïse, que dire de ce Prophète incomparablement plus honoré, « puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24:19), qui avait été si récemment livré pour être condamné et crucifié ? Leur appel à Aaron et son acquiescement éhonté montraient à l’évidence que leurs cœurs s’étaient éloignés de Dieu et tournés vers l’Égypte. Mais n’était-ce pas tout aussi vrai maintenant quand un brigand était préféré à « l’Oint de l’Éternel » ? « Ils s’écrièrent donc tous encore, disant : Non pas celui-ci, mais Barabbas. Or Barabbas était un brigand » (Jean 18:40). « Mais vous, vous avez renié le saint et le juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier » (3:14). La différence entre les pères et les enfants n’était pas en faveur de ceux encore en vie, toujours apathiques quand il s’agissait d’évaluer la génération présente, et par-dessus tout de s’évaluer eux-mêmes, — or il est très important pour tous les hommes de faire ce jugement correctement. Mais c’est exactement ce que l’Esprit de Dieu opère dans toute âme qui vient à Dieu : s’il y a une foi vivante, il y a une vraie repentance.

 

7.10.3    Actes 7:40

Or l’incrédulité désire avidement un guide présent et visible. « Fais-nous des dieux qui aillent devant nous, car, quant à ce Moïse qui nous a conduits hors du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé ». Israël était rebelle quand Moïse était sur la montagne ; et ce caractère demeure pour les Juifs maintenant que Christ est monté aux cieux. Mais cela est-il limité aux Juifs ? Le Gentil demeure-t-il dans la vérité ? Il ne le peut que par la foi, comme l’apôtre le déclare. La chrétienté n’est-elle pas orgueilleuse, au lieu d’écouter humblement et de bon coeur ? N’est-elle pas remplie d’orgueil au lieu de demeurer dans la bonté ? Et quelle doit être sa fin ? « Toi aussi, tu seras coupé » (Rom. 11:22). La chrétienté est condamnée, alors qu’elle n’y pense guère. Si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, les Juifs, Il n’épargnera certainement pas la greffe présomptueuse de l’olivier sauvage ; et Israël, comme tel, sera sauvé (Rom. 11).

Hélas ! Les baptisés abandonnèrent vite les grâces dont ils étaient les objets, et renièrent le témoignage spécial dont ils étaient responsables devant le monde pour la gloire de Dieu. Ils se lassèrent de dépendre d’un Seigneur exalté mais absent, et ils cessèrent d’attendre Son retour des cieux ; ils remplacèrent pratiquement la présence et la liberté d’action du Saint Esprit dans l’assemblée ; ils abandonnèrent leur séparation pour l’époux au profit de l’influence et de la faveur du monde ; et ils noyèrent la grâce sous un système de loi et d’ordonnances, de sorte que la parole de Dieu fut neutralisée sous l’effet de la tradition, et l’éloignement de la vérité caractérisa de plus en plus l’état de ceux qui professaient le nom du Seigneur. Ne Lui étant plus soumis, on Lui devint rapidement étranger, et le cœur se tourna bientôt vers le monde dont la grâce appelle à se séparer pour Dieu. Par nature, les hommes sont plus idolâtres que sceptiques, l’incrédulité étant la mère de ces deux ennemis de Dieu et de Sa vérité. Les hommes aiment avoir des dieux qui aillent devant eux. Le vrai Libérateur étant jugé ennuyeux, on l’oublie vite : « Nous ne savons ce qui lui est arrivé ». L’histoire de la traversée du désert n’est-elle pas prophétique ? Ces choses ne sont-elles pas arrivées comme types pour nous, pour que nous ne convoitions pas les mauvaises choses comme eux les convoitaient, et que nous ne soyons pas idolâtres comme certains d’entre eux ? Effectivement, ces choses qui nous sont rapportées leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement à nous que les fins des siècles ont atteints (1 Cor. 10:6, 7, 11).

 

7.11                   Actes 7:41-43

« Et ils firent en ces jours-là un veau, et offrirent un sacrifice à l’idole, et se réjouirent dans les œuvres de leurs mains. Et Dieu se retourna, et les livra au service de l’armée du ciel, ainsi qu’il est écrit au livre des prophètes : « M’avez-vous offert des bêtes égorgées et des sacrifices pendant quarante ans dans le désert, maison d’Israël ? Et vous avez porté le tabernacle de Moloch et l’étoile de votre dieu Remphan, les figures que vous avez faites pour leur rendre hommage ; et je vous transporterai au delà de Babylone » (Actes 7:41-43).

Tel est l’homme, l’homme incrédule, toujours enclin à abandonner le Dieu vivant malgré le témoignage constant et journalier aux yeux de tous de Sa puissance et de Sa grâce, ainsi qu’occasionnellement de Ses jugements solennels — toujours prompt à adopter cette idolâtrie dont il sait depuis longtemps qu’elle domine les grands et les puissants, les raffinés et les savants, en bref le monde, où lui-même a été réduit en esclavage. L’« opinion publique » est un adversaire tellement puissant de la volonté et de la gloire de Dieu, — et cela même en face des plus grandioses manifestations de Sa faveur envers Son peuple, et devant le châtiment sévère et indiscutable de leurs ennemis, et qui plus est, devant la honte de leurs dieux incapables d’aider leurs adeptes et de se protéger eux-mêmes. Le « veau », l’abomination de l’Égypte, n’a d’ailleurs pas suffi à contenter Israël ; ils désirèrent avidement des objets plus élevés que les œuvres de leurs mains, malgré le charme de ces dernières pour le cœur vain de l’homme. Une fois qu’il eut cédé au piège, Israël dut surpasser l’Égypte. « Et Dieu se retourna, et les livra au service de l’armée du ciel ». L’idolâtrie vile aspire à des choses plus élevées, et s’enfle d’imaginations célestes. L’autorité portant une accusation aussi flétrissante n’était pas Étienne, mais Amos (Amos 5:25-27). C’est le livre des prophètes qui écrit des choses pareilles : Un Israélite oserait-il les contredire ? Ou accuserait-il l’Écriture elle-même de blasphèmes contre Israël ? Ils donnèrent forme à Moloch, le roi abominable, et à Remphan, pour les adorer, et ils le firent effectivement.

Un trait encore plus repoussant de cette corruption précoce parmi le peuple élu fut qu’ils continuèrent tout le temps à offrir des victimes et des sacrifices dans le désert à l’Éternel. Le plus pauvre arrive à honorer luxueusement les faux dieux, tout en se plaignant de ce qui est dû au vrai Dieu, comme s’Il était un extorqueur rigide, et non pas le Donateur de tout bien et de tout don parfait.

Or le jugement divin est certain, même s’il semble sommeiller, et c’est bien plus tard que le prophète Amos prononce la sentence sur le péché commis dans le désert. Quelle qu’ait pu être l’aggravation ultérieure, c’est le premier péché qui est déterminant. Le mal ne s’améliore jamais, ne s’épuise jamais, bien qu’il croisse facilement, ce qu’il fait toujours. Le mauvais cœur d’incrédulité s’éloigne toujours plus du Dieu vivant. La patience peut se poursuivre pendant des siècles selon des voies admirables aux yeux de la foi ; mais le jugement, même s’il est différé, est certain, et il est manifesté en son temps, même s’il faut un long temps avant qu’il soit exécuté.

Ni Damas, la capitale de la Syrie (Amos 5:27), ni Babylone (Actes 7:43), la cité dorée, ne sont des limites pour la transportation d’Israël loin du pays qu’ils avaient souillé. Il est exact que la transportation a eu lieu au-delà de Babylone, et dire que la mention de Babylone est une erreur dans la citation est une déclaration que Mr. Humphry aurait dû laisser aux incrédules ou sceptiques.

 

7.12                   Actes 7:44-47

« Nos pères avaient le tabernacle du témoignage dans le désert, comme avait ordonné celui qui avait dit à Moïse de le faire selon le modèle qu’il avait vu. Et nos pères, l’ayant reçu, l’introduisirent avec Josué, en prenant possession des nations que Dieu chassa de devant la face de nos pères, jusqu’aux jours de David, qui trouva grâce devant Dieu, et qui demanda de trouver un tabernacle pour le Dieu de Jacob. Mais Salomon lui bâtit une maison » (7:44-47).

Pendant tout ce temps d’iniquité idolâtre, nos pères d’Israël avaient le tabernacle du témoignage dans le désert, et ils savaient bien qu’il avait été fait selon le modèle que Moïse avait vu et que Dieu avait commandé. Il n’est pas étonnant que les païens qui ne connaissent pas Dieu servent des idoles, même si c’est un péché triste et inexcusable ; voyant que leurs pères avaient autrefois connu Dieu, mais ne Le glorifièrent pas comme Dieu, ni ne Lui rendirent grâces, ils devinrent vains dans leurs raisonnements et, avec des cœurs obscurcis dans la folie, ils changèrent Sa gloire en l’image de la créature qu’ils adorèrent et servirent plutôt que le Créateur qui est béni éternellement. Amen. Et à cause de cela, Dieu les livra à des passions infâmes, et au mal tout à fait contre nature, ainsi qu’à un esprit dépourvu de jugement, de sorte que, connaissant le jugement de Dieu que tous ceux qui commettent de telles choses sont dignes de mort, non seulement ils les pratiquent, mais ils trouvent du plaisir en ceux qui le font (Rom. 1:20-32).

Combien plus coupables étaient ceux qui avaient une bien meilleure connaissance, qui étaient en relation nationale avec Dieu comme Son peuple particulier et favorisé, et qui avaient le véritable tabernacle du témoignage pour Lui et contre leurs agissements ! Ils le portèrent non seulement de père en fils dans le désert, mais aussi jusque dans le bon pays d’où Dieu chassa, par Josué, les anciens habitants païens pour qu’Israël puisse en prendre possession, ajoutant ainsi une hypocrisie grossière à leur idolâtrie cupide. Il n’y a pas de corruption aussi grave que celle du peuple de Dieu ; et Ses châtiments lui sont donc proportionnés : « Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités » (Amos 3:2).

Aux jours de David (2 Sam. 7:1-17), la faveur que Dieu lui montra opéra dans le cœur du roi, et quand celui-ci demanda de bâtir une maison pour l’Éternel, la réponse qu’il reçut fut que Dieu lui ferait une maison, et que son fils Salomon bâtirait une maison pour Son nom, comme Étienne le rappelle ici.

 

7.13                   Actes 7:48-50

Ici donc, le Juif pensait que l’Éternel devait se restreindre Lui-même au palais magnifique de Sa sainteté. Car l’homme incrédule doit avoir une idole quelque part.

« Mais le Très-haut n’habite point dans des demeures faites de main ; selon que dit le prophète : «Le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ? Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses ?» (7:48-50).

L’exaltation du temple à un degré superstitieux rabaisse la gloire de Celui qui lui donne toute la splendeur qui le caractérise. L’Éternel daigna le sanctifier et le glorifier, au point que les sacrificateurs ne pouvaient accomplir leur service en raison de la nuée ; car la gloire de l’Éternel avait rempli la maison de Dieu. Mais Salomon lui-même lors de cette auguste dédicace avait reconnu que les cieux, et les cieux des cieux, ne peuvent Le contenir, et encore moins la maison qu’il venait de construire ! Après lui, le prophète Ésaïe (66:1) parla encore dans le même sens, longtemps avant qu’il soit permis à Babylone de brûler et de détruire l’objet de l’orgueil d’Israël. Ce n’était pas une pensée après coup pour consoler les Juifs dans leur assujettissement à leurs maîtres Gentils : c’est le propre roi d’Israël qui avait ainsi parlé à Dieu, et Dieu Lui-même avait parlé ainsi à Israël longtemps avant que les Chaldéens soient devenus l’adversaire chargé de châtier leur idolâtrie.

Il était juste et pieux de reconnaître la grâce condescendante de l’Éternel, il était présomptueux de limiter Sa gloire au temple dont Il s’était plu à faire Sa demeure. Le Créateur avait tout créé, et était infiniment au-dessus de l’univers. Partant d’un tel point de vue, qu’étaient Jérusalem ou le temple ? Qui était maintenant en accord avec le témoignage de Salomon et d’Ésaïe ? Les accusateurs ou Étienne ? La réponse est indiscutable, et leur inimitié sans excuse.

 

Dans ces versets nous avons la conclusion du discours sous la forme d’un résumé très instructif et merveilleusement condensé des péchés nationaux des Juifs, du premier au dernier ; c’est un appel tellement solennel et explicite aux consciences des Juifs qui entendaient le récit des voies sans égales de Dieu avec Israël. Les faits étaient indiscutables ; le langage, même sous ses aspects les plus impitoyables, était celui de leurs écrivains reconnus comme inspirés ; l’accusation était donc tellement solennelle qu’il n’était possible ni de la réfuter ni de l’éluder.

 

7.14                   Actes 7:51-53

« Gens de col roide et incirconcis de cœur et d’oreilles, vous résistez toujours à l’Esprit Saint ; comme vos pères, vous aussi. Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? Et ils ont tué ceux qui ont prédit la venue du Juste, à l’égard duquel vous êtes devenus traîtres et meurtriers (*), vous qui avez reçu la loi comme des ordonnances d’anges (**), et qui ne l’avez point gardée…» (7:51-53).

 

Note Bibliquest : (*) le premier membre de phrase en italique est ainsi traduit par JN Darby : « lequel maintenant vous, vous avez livré et mis à mort » — (**) le deuxième membre de phrase en italique est ainsi traduit par JND : « par la disposition des anges ».

 

7.14.1    Actes 7:51a

« J’ai vu ce peuple », dit l’Éternel à Moïse au mont Sinaï, « et voici, c’est un peuple de cou roide » (Exode 32:9) ; et en Exode 33:3 : « Je ne monterai pas au milieu de toi, car tu es un peuple de cou roide ; de peur que je ne te consume en chemin ». « Or l’Éternel avait dit à Moïse : Dis aux fils d’Israël : Vous êtes un peuple de cou roide » (Exode 33:5). Mais ce fait même est retourné en argument favorable par l’habile plaidoyer du médiateur : « Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, Seigneur, que le Seigneur marche, je te prie, au milieu de nous ; car c’est un peuple de cou roide ; et pardonne nos iniquités et nos péchés, et prends-nous pour héritage » (Exode 34:9). Si Étienne répétait ces paroles à la fin de leur histoire, elles étaient pleinement affirmées dès le début de leur histoire. « Combien plus le serez-vous après ma mort ! » dit Moïse (Deut. 31:27). « Car je sais qu’après ma mort vous vous corromprez certainement, et vous vous détournerez du chemin que je vous ai commandé ; et il vous arrivera du mal à la fin des jours » (Deut. 31:29). Le mal prédit était sur le point de s’accomplir à la lettre, comme il l’avait déjà été. Et comme les derniers jours ne sont pas encore terminés, ce mal n’est pas non plus épuisé : « cette génération » répète encore la même triste histoire d’incrédulité et d’éloignement du Dieu vivant.

C’est Moïse encore (Lév. 26) qui fait savoir à Israël comment l’Éternel vengera la rupture de Son alliance. Et pourtant, si leurs cœurs incirconcis s’humiliaient, et s’ils acceptaient véritablement le châtiment de leur iniquité, alors Il se souviendrait de Son alliance avec Jacob, et avec Isaac et avec Abraham, et Il se souviendrait du pays.

 

7.14.2    Actes 7:51b

Mais il y avait une autre accusation sinistre faite par Étienne, et c’était la principale :

« Vous résistez toujours à l’Esprit Saint ; comme vos pères, vous aussi ».

Avant le déluge Il contesta avec l’homme, mais l’Éternel dit que Son Esprit ne contesterait pas ainsi à toujours, et Il mit un terme de cent vingt ans à Son témoignage patient (Gen. 6:3). Après ce jugement de la race entière, Israël fut la scène de Ses voies, selon la parole par laquelle l’Éternel fit alliance avec eux quand ils sortirent d’Égypte. Mais ils se rebellèrent, et contristèrent Son Saint Esprit : c’est pourquoi Il se changea en leur ennemi, Il combattit contre eux (És. 63:10). Ici encore Étienne avait un appui garanti sûrement pour justifier l’Éternel et Son Oint, et pour convaincre les Juifs orgueilleux et obstinés de leur iniquité ancienne et de leur opposition à toutes Ses voies de grâce. Hélas ! Comme Moïse l’avait dit dès le commencement, ils étaient une génération effrontée, des enfants sans foi ; et sans foi, il n’y a pas de vie, et il n’est pas possible de plaire à Dieu. La foi opérante par l’amour cherche Sa gloire et est soumise à Sa parole, qui est l’expression de Sa pensée et de Sa volonté. Israël sans foi était le triste et constant témoin d’un peuple proche de Dieu à la fois extérieurement et par profession, mais dont le cœur est toujours loin de Lui et obstiné dans son antagonisme contre Lui. Leur rejet du Messie, leur indifférence ou leur mépris méchant de l’Esprit de la Pentecôte n’était qu’un élément de plus se rajoutant à tout le reste de leur histoire. Et loin d’être la lumière des païens aveugles, l’instructeur des nations plongées dans l’ignorance (Rom. 2), ils sont les meneurs de la rébellion du monde contre Dieu, régulièrement de père en fils tout au long des générations.

 

7.14.3    Actes 7:52

« Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? »

Les prophètes s’occupaient du péché du peuple, l’exposaient sans crainte à la lumière de la vérité, de la justice, et du jugement de Dieu, tandis qu’ils regardaient en avant vers le royaume de Dieu qui éliminerait tout mal, et vers le Messie souffrant qui serait exalté et placé très haut. C’était cette confrontation entre la volonté mauvaise de l’homme et la lumière de Dieu qui la condamnait, qui suscitait l’inimitié d’Israël, et faisait du prophète un objet de déshonneur et d’hostilité, dans son propre pays plus que partout ailleurs. Dieu était rendu proche, mais l’homme coupable ne voulait pas de Dieu, à aucun prix. Étienne était-il sorti du cadre de son récit, ou avait-il mal interprété son esprit ? Jérémie (qui était plutôt en tête quant au mépris implacable et à la persécution positive qu’il avait à supporter de la part des sacrificateurs, des prophètes et des princes) rend un témoignage simple d’une part à ce que Dieu avait envoyé et d’autre part à la rébellion d’Israël. C’est ainsi que nous lisons en 2 Chron. 36:15-16 : « Et l’Éternel, le Dieu de leurs pères, envoya vers eux par ses messagers, se levant de bonne heure et envoyant, car il avait compassion de son peuple et de sa demeure. Mais ils se moquaient des messagers de Dieu, et méprisaient ses paroles, et se raillaient de ses prophètes, jusqu’à ce que la fureur de l’Éternel monta contre son peuple et qu’il n’y eut plus de remède ». Étienne n’avait-il pas raison de demander : « Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? »

 

Mais les Juifs ne se réjouissaient-ils pas du Messie promis ? N’anticipaient-ils pas impatiemment Son royaume, quand ils seraient délivrés de la main de leurs ennemis, et que tout ceux qui les haïssaient seraient couverts de honte et de consternation, et que la gloire demeurerait dans leur pays, et que la bénédiction chasserait de la terre les ténèbres grossières ? Quelles que soient leurs pensées ultérieures, leur animosité la plus implacable éclatait contre ceux qui annonçaient à l’avance la venue du Juste. La seule différence qu’ils faisaient entre les prophètes, était de mettre à mort ceux qui prédisaient cette venue. C’est un royaume qu’ils voulaient, un royaume où ils aient du bien-être et où ils soient honorés, — non pas un Roi régnant en justice, ni des princes gouvernant avec droiture (És. 32:1). Ils ne se souciaient pas des principes inaliénables de Son royaume, ils n’avaient aucun amour, que de la haine dans le cœur envers toutes les qualités de la nature divine, et envers les droits de Dieu auxquels Il ne peut jamais renoncer, même si on n’en tient pas compte. Dieu n’était dans aucune de leurs pensées, ni Son Oint ; et ceux qui Le soutenaient devant eux étaient les plus détestés par la nation, si bien qu’ils ne manquèrent pas d’occasion de finir par une mort violente. Et si leurs enfants construisaient les tombeaux des prophètes, et se flattaient d’avoir un tout autre état d’esprit et d’être dans des conditions toutes différentes, et d’être bien loin de participer à la culpabilité du sang des prophètes, ils ne faisaient que prouver par là qu’ils étaient aveuglés par l’ennemi, et ils rendaient témoignage qu’eux-mêmes étaient les fils de ceux qui les avaient mis à mort.

Car la foi n’agit pas en ornant des sépulcres, ou en dressant des monuments commémoratifs pour les saints martyrs des temps passés. La foi marche, et dans le temps présent elle subit l’opprobre, voire la persécution, n’attendant les cieux et la gloire que lorsque Christ apparaîtra. L’incrédulité au contraire, cherche de la satisfaction et du crédit actuellement, en honorant ceux qui ne rendent plus un témoignage vivant à leurs consciences, et cela rentre dans la tromperie de l’ennemi qui élève d’autant plus haut le temple hypocrite de la religion mondaine là où ceux qui étaient autrefois méprisés et qui ont été mis à mort comme martyrs reçoivent une petite place en tant qu’idoles.

Or le Seigneur mit à l’épreuve, comme Il le fait toujours, la duperie et la fausseté. Il envoie un nouveau témoignage, et le fera jusqu’au jugement. Il envoyait Ses serviteurs quand Il était sur la terre ; Il les a envoyés depuis les cieux, et Il continue à les envoyer. Et le monde hait les serviteurs vrais et fidèles, autant qu’il aime ses propres serviteurs. Mais le Seigneur Lui-même est toujours le test le plus pénétrant de tous les tests. Comment s’en tira-t-Il entre leurs mains ? « duquel vous êtes devenus des traîtres et des meurtriers » (ou : « vous [L’]avez livré et mis à mort »).

On pouvait se plaindre des autres. Aucun saint, aucun prophète n’est irréprochable ou infaillible. « Nous faillissons tous à plusieurs égards » (c’est un fait, non pas une obligation ; Jacq. 3:2). Et s’il en est ainsi maintenant, depuis la rédemption et le don du Saint Esprit, il en était assurément de même dans les temps moins privilégiés qui ont précédés. Même chez les serviteurs de Dieu les plus bénis, l’œil hostile de l’homme peut apercevoir des paroles et des actes qui, tristement, sont loin d’être ceux de Christ, et qu’on peut tordre pour en faire un prétexte pour ignorer leur témoignage. Mais que pouvaient-ils penser ou dire du Juste quand Il les interpellait en disant : « Qui d’entre vous me convainc de péché ? » (Jean 8:46). « Si j’ai mal parlé, rends témoignage du mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18:23). Il était effectivement le Saint de Dieu, qui n’avait pas péché, dans la bouche duquel il n’avait pas été trouvé de fraude ; et pourtant Il fut traité avec un mépris absolument sans pareil et au pire degré. Et bien que ce fût des hommes iniques qui l’aient crucifié, le cœur et la volonté des Juifs y étaient impliqués beaucoup plus profondément (Jean 19:11). Ils étaient traîtres et meurtriers de leur Messie, le Messie de Dieu, et Étienne ne fait qu’appliquer aux Juifs vivants qui l’entouraient ce que les prophètes avaient pleinement déclaré autrefois, ce que David avait écrit par l’Esprit longtemps avant Ésaïe et Michée, et ensuite Zacharie, pour ne parler que des plus clairs.

 

7.14.4    Actes 7:53

Ce témoin du Seigneur tout à fait résolu ajoute une caractéristique supplémentaire pour expliquer aux Juifs leur position et leur culpabilité :

« vous qui avez reçu la loi comme des ordonnances [JND : par la disposition] des anges, et qui ne l’avez point gardée » (7:53).

Cette loi dont ils se glorifiaient était leur honte, non pas certainement par la faute de la loi, car tout le mal venait d’eux. Mais il en est ainsi de l’homme, et surtout de l’homme qui professe avoir une religion venant de Dieu. Il se vante de ce qui le condamne le plus. Peu importe ce dont il se vante ; au mieux, c’est sans valeur. Il y a en effet une ressource donnée par la grâce infinie de Dieu, en laquelle il pourrait et devrait se glorifier, mais c’est dans le Seigneur, — non pas dans la loi qu’il se flatte volontiers de garder, à ce qu’il prétend, alors qu’en fait il y manque complètement et misérablement et à tous égards, tant vis-à-vis de Dieu que vis-à-vis de l’homme, quant à lui-même et quant aux autres. Il a définitivement dédaigné le Seigneur, et en vérité personne ne Le reçoit jusqu’à ce que le sentiment de péché devant Dieu ne le brise complètement, et que néanmoins il se rejette sur la miséricorde de Dieu — jusqu’à ce qu’il voie que, dans l’offrande du corps de Christ faite une fois pour toutes, il a été pourvu richement et parfaitement en faveur d’hommes tels que lui. C’est alors qu’il se glorifie dans le Seigneur en vérité, et il est convenable qu’il le fasse.

Le langage de l’apôtre en Gal 3:19 nous aide, par sa similitude, à mieux comprendre les paroles d’Étienne ici, bien qu’il soit douloureux de voir combien peu en ont profité. Chaque mot de la phrase (εις διαταγας αγγελων) a rendu étrangement perplexe et a suscité des disputes parmi les érudits jusqu’à en dénaturer le sens. Winer (N. T. Gr. xxxii. 4, 6) se réfère à Matt. 12:41 pour illustrer ici aussi la force de la préposition, mais la différence des phrases semble rendre la similitude impossible. « Repentis à » la prédication de Jonas se comprend très bien, et c’est bien le sens voulu ; mais il n’en est pas de même dans « reçu à l’ordonnance des anges ». Par suite, Alford, qui suit cette dernière suggestion du grammairien allemand, comprend ce texte comme signifiant « sur injonction » des anges. Mais ceci s’éloigne du sens de διαταγας tiré de Gal. 3:19 qui signifie indubitablement « décrété par » ou « administré par » les anges, et non pas « commandé par eux » qui est une idée très différente, comme aussi « promulgué ».

Or que signifie recevoir la loi « comme des ordonnances » des anges ? Ceux qui prennent εις ici comme signifiant « à » sont obligés, pour que cela ait un sens, d’interpréter διαταγας comme signifiant « injonctions », s’écartant par là de la vrai force du participe en Gal. 3:19. Il m’apparaît donc que, s’il faut retenir « ordonnances » ici pour être en harmonie avec « ordonnée » en Gal. 3:19, il faut comprendre εις dans le sens hellénistique très commun de « comme » plutôt que « à » l’accusatif du prédicat, ce que Winer avait préféré dans ses premières éditions et qui est plus juste, je crois. Israël reçut la loi, non comme un code tiré de la sagesse humaine, mais comme administrée par des anges, et donc de la part de Dieu par leur intervention. D’où la solennité du manquement du peuple à garder ce qui était divin. Il semble qu’il soit fait allusion à Deut. 33:2. L’Éternel était venu de Sinaï, Il s’était levé vers eux de Séhir, Il avait resplendi de la montagne de Paran, et Il était venu des myriades de sainteté (ou saintes myriades) — de Sa main droite [sortit] une loi de feu (ou enflammée) pour eux. Comparez avec le Psaume 68:17. Il est inutile de citer Fl. Josèphe, Philon, ou les rabbins. Ce qui est plus important est que Héb. 2:2 concorde tout à fait avec Galates et avec notre texte. Dans la Septante nous trouvons une confusion singulière, car au lieu de « sainteté » ils semblent avoir compris « Kadès » ; et pourtant ensuite, ils introduisent « Ses anges » dans le dernier membre de phrase, au lieu de « une loi de feu », de sorte que leur traduction diverge beaucoup du texte.

 

Le discours arrive donc à la conclusion attendue ; et cette application concise et explicite ne soutient pas l’idée d’un arrêt brutal excluant des paroles qui seraient nécessaires pour parachever la réponse d’Étienne à l’accusation. Les faits invoqués d’un bout à l’autre, et condensés maintenant en un appel final des plus tranchants, qui mettait à nu leur orgueil aussi bien que leur rébellion continuelle et leur ruine extrême, — tout cela me parait singulièrement percutant et complet. Il commence avec leur antagonisme habituel au Saint Esprit, les pères comme les fils, si bien que leur étiquette de religion de qualité supérieure avait perdu toute signification — leur circoncision était devenue de l’incirconcision. Ils avaient persécuté les prophètes, ils avaient mis à mort ceux qui prédisaient la venue du Juste ; et maintenant ils L’avaient trahi et assassiné Lui-même ; bien sûr ils ne gardaient pas la loi (reçue pourtant si solennellement par le moyen des anges) (*), malgré toutes leurs prétentions de propre justice, comme si avoir la loi équivalait à l’accomplir.

 

(*) Il n’y a aucune raison de prendre ici les anges comme étant des messagers humains : les passages correspondant de l’Écriture en réfutent l’idée ; et la signification qui en résulterait est tout à fait indigne du contexte et illégitime. Également traduire « par des troupes d’anges » est autant opposé à la grammaire qu’à la philologie ; et aussi « par » la disposition des anges selon la version anglaise autorisée (King James) est clairement intenable.

 

C’était l’homme, non pas laissé à lui-même comme les nations qui étaient supportées malgré leur marche à leur guise, mais l’homme gouverné par la loi de Dieu comme Israël l’était, et éclairé par les prophètes, béni par la venue du Messie et selon la parole par laquelle l’Éternel avait fait alliance avec eux à leur sortie d’Égypte, de sorte que Son Esprit se tenait parmi eux : aucun peuple n’avait été aussi privilégié jusque-là, mais aucun n’avait été aussi coupable, et on peut ajouter, aucun n’avait été autant déclaré coupable ; car ils avaient violé la loi, persécuté les prophètes, mis à mort le Messie, et ils avaient toujours résisté à l’Esprit Saint (voir Aggée 2:5).

 

La scène finale d’Étienne est un tournant très important dans les voies de Dieu : cela est placé devant nous de façon très vivante dans les versets qui suivent.

 

7.15                   Actes 7:54 à 8:1a

« En entendant ces choses, ils frémissaient de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient les dents contre lui. Mais lui, étant plein de l’Esprit Saint, et ayant les yeux attachés sur le ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu ; et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. Et criant à haute voix, ils bouchèrent leurs oreilles, et d’un commun accord se précipitèrent sur lui ; et l’ayant poussé hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit. Et s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit ; et Saul consentait à sa mort » (7:54-60 ; 8:1).

 

7.15.1    Actes 7:54-56

C’est pour la vérité dite par amour que ceux qui sont à Christ ont à souffrir, — uniquement pour cela ; et tel était alors le cas. Car la haine a répondu à l’amour et à la fidélité d’Étienne, comme pour le Maître.

Mais nulle part n’apparaît un plus beau tableau du chrétien. Les Juifs résistaient au Saint Esprit dont Étienne était rempli ; son regard était fixé sur le ciel, comme devrait être le nôtre ; et il lui fut donné de voir effectivement la gloire de Dieu et Jésus à Sa droite, ce que nous ne pouvons faire que par la foi,.

Il est vrai qu’il y a une différence. C’était jusque là une période de transition, et il vit Jésus « debout » là : Il ne s’était pas encore assis définitivement sur un trône, mais Il offrait encore une dernière occasion aux Juifs. Allaient-ils rejeter le témoignage rendu à Christ, effectivement monté au ciel, mais comme un signe d’attente si peut-être ils se repentiraient et qu’Il pourrait leur être envoyé pour apporter des temps de rafraîchissement ici-bas ? Étienne, dans ces dernières paroles, accentue cet appel en disant : « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme (car tel est le titre qui est ainsi attesté, le Messie rejeté exalté dans les cieux pour une gloire bien plus grande) debout à la droite de Dieu ». Ainsi non seulement il lève les yeux, selon l’aspect caractéristique du chrétien, mais il voit les cieux ouverts (un autre fait plein de bénédiction pour nous), et Jésus est vu comme le Fils de l’homme dans la gloire de Dieu. Lui, qui est descendu Fils de Dieu dans Son amour suprême pour mourir pour nous, est monté en justice, est ressuscité d’entre les morts et a été glorifié dans le ciel ; et le croyant rempli de l’Esprit et souffrant pour le nom du Seigneur, Le voit là-haut. Les cieux avaient été ouverts sur Lui précédemment tandis qu’Il recevait le Saint Esprit et qu’Il était reconnu comme Fils de Dieu. Bientôt Il descendra des cieux ouverts en tant que Roi des rois et Seigneur des seigneurs pour exécuter le jugement sur les vivants. La place et le privilège du chrétien se trouvent entre les deux, et Étienne le fait ressortir ici en pleine lumière.

 

7.15.2    Actes 7:57-59

« Et criant à haute voix, ils bouchèrent leurs oreilles, et d’un commun accord se précipitèrent sur lui ; et l’ayant poussé hors de la ville, ils le lapidaient ; et les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (7:57-59).

Tel était l’homme religieux, ni séculier ni céleste, mais rempli de rage meurtrière parce que la déclaration de sa culpabilité demeure, — la culpabilité de s’opposer à la vérité de Dieu présente et complète, étant entièrement aveugles autant à Sa grâce qu’à Sa gloire. Et dans cette scène de culpabilité, voilà Saul de Tarse, non moins enténébré et furieux que les autres ; il devait être plus tard le témoin du même Jésus qu’il persécutait alors dans la personne d’Étienne, car non seulement il voyait Étienne, mais il prenait la part qu’on lui avait attribuée avec ceux qui lapidaient Étienne ; ce dernier priait (invoquait) et disait : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ».

Il n’y a pas lieu d’ajouter le mot « Dieu » comme le fait la Version Autorisée anglaise du Roi Jacques, et il est discutable d’ajouter « le Seigneur » comme la Version Révisée Anglaise le suggère. C’était le Seigneur que Son serviteur mourant invoquait, tandis que le précieux Seigneur mourant a remis Son esprit entre les mains de Son Père.

Chaque détail est à sa place de manière très belle, et l’ordre est improprement perturbé dans la version anglaise autorisée. Personne ne doute qu’en général on s’adresse à Dieu le Père ; mais on ne devrait pas oublier qu’il y a des circonstances spéciales où non seulement on peut, mais on doit invoquer « le Seigneur », comme on le voit en Actes 1:24 et en 2 Cor. 12:8. Mais en aucun circonstance une telle invocation est plus douce que, comme ici, quand le serviteur meurt pour son Maître, et que justement il présente comme une prière au Seigneur pour qu’Il reçoive son esprit, à la différence du Seigneur Jésus qui, si justement, et selon l’Écriture, a remis Son esprit entre les mains de Son Père.

 

7.15.3    Actes 7:60

Mais la scène est loin d’être finie, même si ce qui est précède est béni. Car « s’étant mis à genoux, Étienne cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché ». Il importait peu qu’il s’adresse avec une voix forte au Seigneur, car il savait bien qu’Il entendrait et répondrait à sa requête (pour recevoir son esprit) aussi volontiers si elle était simplement murmurée, que s’il la formulait à haute voix. Sa ferveur importune était pour les autres, l’amour divin était pour ses ennemis en train de le lapider. C’était aussi la reproduction de l’esprit de Christ, l’anticipation pratique de ce à quoi Pierre exhorta plus tard les saints : « Si, en faisant le bien, vous souffrez, et que vous l’enduriez, cela est digne de louange devant Dieu » (1 Pierre 2:20). C’est plus que prendre les choses avec patience, car il s’agit alors simplement de souffrir pour faire le bien et pour Christ. Mais cela est placé devant nous comme modèle pour le croyant maintenant, — à la fois la grâce pratique qui s’élève au-dessus de toute blessure et de tout malice, — et le repos présent et parfait dans le Sauveur, comme il convenait à un homme céleste plein de l’Esprit Saint.

 

7.15.4    Actes 8:1a

« Et quand il eut dit cela, il s’endormit » (8:1).

Il le pouvait bien ; son œuvre était accomplie et bien accomplie ; sa coupe de souffrance pleine jusqu’au bord, mais seulement pour faire jaillir un dernier cri fervent, l’intercession d’amour auprès du Seigneur en faveur de ceux qui mettaient à mort Son serviteur.

« Et Saul », est-il ajouté tranquillement, « consentait à sa mort ». Il n’était pas là par hasard, mais participait pleinement à cette affaire sanglante de ce jour inoubliable. Ce n’est pas ainsi que l’homme aurait choisi celui qui devait être l’ouvrier qui se renonçait le plus lui-même, le plus travailleur et le plus efficace que le Seigneur ait jamais suscité pour l’évangile ; l’apôtre le plus complet, le plus profond et le plus élevé, pour conduire l’église dans le mystère, caché jusque là, de son union avec Christ, comme Chef sur toutes choses. Une page plus sombre, nous le savons, devait encore être tracée, et jamais plus qu’au jour qui se leva à sa conversion. Mais combien il en est souvent ainsi dans les voies de la grâce souveraine ! « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’Éternel : car comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Ésaïe 55:8-9). C’est ainsi qu’il est ordonné afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu, mais que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur (1 Cor. 1:29, 31).

 

 

8                    Actes 8:1b-40

Extérieurement la mort d’Étienne a aussi été l’époque où l’esprit de meurtre, provoqué par son témoignage solennel et sans crainte, a éclaté contre tous ceux qui portaient le nom du Seigneur.

8.1   Ch. 8:1b-4

Extérieurement la mort d’Étienne a aussi été l’époque où l’esprit de meurtre, provoqué par son témoignage solennel et sans crainte, a éclaté contre tous ceux qui portaient le nom du Seigneur.

« Or en ce temps-là, il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem ; et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres. Et des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir, et menèrent un grand deuil sur lui. Or Saul ravageait l’assemblée, entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait [pour être jetés] en prison. Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, évangélisant (*) la parole » (8:1-4).

 

(*) JND traduit « annonçant » ; « évangélisant » est le sens littéral.

Aveuglés par leur orgueil religieux et leur jalousie, les Juifs ne faisaient que sceller leur culpabilité irrémédiable. Ceux qui avaient méprisé le Messie dans son humiliation sur la terre se rebellaient maintenant contre Lui glorifié dans le ciel, rejetant en même temps le Saint Esprit qu’Il avait envoyé d’en haut pour rendre un témoignage divin à Sa gloire. L’homme dans son meilleur état n’est pas seulement vanité, mais il est inimitié contre le Dieu d’amour. Comme il est dit ailleurs, ils avaient envoyé à Jésus en haut l’esprit du martyr délogé avec le message : Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous. C’est ainsi que le Seigneur, en son temps, avait représenté la haine des « concitoyens » dans la parabole des mines (Luc 19:11-27) ; Ses paroles se vérifiaient ainsi à la lettre. Cette génération n’a pas passé, et elle ne passera pas, comme Il nous l’apprend, jusqu’à ce qu’arrivent toutes les choses qu’Il a annoncées ; et les malheurs les plus terribles auront lieu à la fin de l’ère terminée par Son apparition en gloire.

Mais alors, la rage dans Jérusalem est si intense et si répandue contre l’assemblée, que tous sont dispersés au loin, excepté les apôtres. C’était conforme à la parole du Seigneur que le témoignage de l’évangile de la grâce commence « à Jérusalem », et c’est ce qui eut lieu. Il était nécessaire que la Parole de Dieu fût annoncée premièrement aux Juifs, et c’est ce qui eut lieu. « Le salut de Dieu » devait être transmis aux Gentils, qui l’entendraient aussi, mais il fallait qu’il aille pleinement vers les Juifs d’abord, et c’était maintenant accompli ; les Juifs le rejetaient avec une obstination persécutrice dépassant tout ce qu’on avait vu jusqu’ici sur la terre. Il était réservé à la papauté de surpasser ce temps-là par son opposition sans relâche à la Parole de Dieu, et sa haine sanguinaire de Ses saints. « Ils furent dispersés » dans tous les contrées avoisinantes « excepté les apôtres » : cette persécution est remarquable tant par ce qu’elle a réussi à disperser les objets de sa fureur, que par l’exception qui est mentionnée ; car ceux qui restèrent étaient naturellement les plus exposés de tous.

Ceci est d’autant plus frappant au vu de l’instruction de Matt. 10:23 (« quand ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans l’autre ») qui concernait premièrement les douze ; cela paraît si étrange que le Chanoine Humphry devait prendre notre chapitre comme un accomplissement du commandement de notre Seigneur, en estimant que les paroles finales visent plutôt un témoignage futur dans le pays avant la fin de l’ère. Calvin n’est pas plus heureux quand il estime que les apôtres sont restés en arrière comme de bons bergers pour s’occuper de la sécurité du troupeau, car il est évident que les brebis étaient toutes parties. L’idée de l’évêque Pearson (Lect. In Acta App. iv, x, p. 62, Opera Posth, 4to. Londres 1698) est encore moins tolérable ; selon lui la tradition du second siècle mentionnée par Clément d’Alexandrie et par Eusèbe (H.E.) est l’explication de ce fait ; plus précisément notre Seigneur aurait interdit aux apôtres de quitter Jérusalem pendant 12 ans ! Ce chapitre 8 des Actes prouve le contraire. Le Seigneur leur avait commander d’aller et de faire disciples toutes les nations (Matt. 28:19), d’aller dans le monde et de prêcher l’évangile à toute la création (Marc 16:15). La rémission des péchés devait être prêchée en Son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem (Luc 24:47). Ils devaient bien tarder et rester dans la ville, mais c’était expressément jusqu’à ce qu’ils soient revêtus de la puissance d’en haut, sans idée de durée de 12 ans.

 

Pour le moment, devant cette grande persécution, les apôtres restent. La sagesse divine arrange tout parfaitement. Ils restent là ensemble, sans que la tempête qui dispersait tous les autres les fasse bouger ; c’était en vue de desseins importants qui allaient se faire jour. La diffusion de la bonne nouvelle revient alors aux saints dispersés, par la bonne main du Seigneur. Personne auparavant n’aurait pu prévoir un pareil résultat d’un tel débordement. Dieu était rejeté, non seulement dans Son unité comme autrefois, mais aussi dans Son Fils, et maintenant dans Son Esprit. Sa vérité est tenue pour du mensonge, Ses saints comme des brebis pour l’abattoir. Mais si les apôtres restent, les frères dispersés vont dans toutes les directions, annonçant la bonne nouvelle de la Parole. Nous voyons qu’au rejet complet et final de Sa grâce par le peuple, la réponse de Dieu est justement l’action du Saint Esprit dans l’évangile ; ceci est assuré de la meilleure manière et sans laisser place au moindre doute, par les apôtres qui restent, tandis que tous les autres sont dispersés, et la seule impulsion extérieure est le dernier degré de la haine humaine de la part d’Israël rebelle dans la ville même des cérémonies solennelles. L’amour de Christ contraignait (Luc 14:23) : ils croyaient, c’est pourquoi ils parlaient (2 Cor. 4:13).

Entre temps « des hommes pieux emportèrent Étienne pour l’ensevelir, et menèrent un grand deuil sur lui » (8:2). L’adjectif utilisé ne contient rien qui oblige à considérer ces hommes comme des disciples. C’était plutôt des Juifs ayant la crainte de Dieu, et dont la conscience était révoltée contre l’aboutissement inique d’une comparution au tribunal qui avait commencé dans les formes de la loi juive, et s’était poursuivi dans la corruption par un témoignage suborné caractéristique alors de la nation élue. Calvin a passé à côté de la question en admettant que c’est pour nous une leçon de comportement du fidèle qui, même au cœur de la persécution, ne se décourage pas et reste zélé à assumer les devoirs selon la piété. Calvin s’est aussi trompé en estimant que Luc fait l’éloge de leur profession de piété et de foi dans le deuil qu’ils ont mené, comme s’ils s’identifiaient eux-mêmes avec la vie et la mort d’Étienne, et qu’ils rendaient témoignage à la grande perte que l’Église de Dieu subissait par son décès. La force de ce récit réside dans ce qu’il y a eu un ensevelissement honorable et de grandes lamentations de la part de Juifs qui ne faisaient pas partie de l’assemblée, au moment où ceux à qui cette charge revenait normalement n’étaient pas là pour rendre ce dernier service d’amour. Il n’est pas nécessaire de traduire, avec Meyer, la particule « et » qui introduit le récit du v. 2 par un « mais » pour souligner une opposition. L’écrivain biblique a été inspiré pour donner ce récit comme un complément de la scène, qui n’est pas sans intérêt et profit pour le croyant qui y voit et apprécie les soins de grâce de Dieu même dans de pareilles circonstances. Un Gamaliel s’est levé au bon moment en faveur d’une sagesse juste, et des hommes pieux ont enterré la martyr avec une grande lamentation au moment le plus inattendu.

La vraie opposition se trouve dans ce qui nous est dit ensuite du zèle fanatique et acharné de celui qui devait être le serviteur le plus dévoué du Seigneur, et qui devait aussi faire l’expérience de ce que c’est, dans l’Église, d’être moins aimé pour avoir plus aimé, se dépensant et étant entièrement dépensé pour les âmes des hommes (2 Cor. 12:15). « Or Saul ravageait l’assemblée, entrant dans les maisons ; et traînant hommes et femmes, il les livrait pour être jetés en prison » (8:3). La rage religieuse est, entre toutes, celle qui se relâche le moins ; de nouvelles victimes, au lieu d’en satisfaire l’appétit, ne font que l’exciter, sans égard pour le sexe ni l’âge.

 

Il est bon de remarquer ici que ευαγγελιζεσθαι « annoncer la bonne nouvelle », c’est faire l’œuvre de l’évangile au même titre que κηρυσσειν « annoncer, ou proclamer » au v. 5. Ni le Dr. Hammond, ni Mr. Brewster dans ses discours (Lectures) sur le livre des Actes ne donnent de raisons valables pour faire une différence, en vue de soutenir ce qu’il appelle « une mission régulière ». D’abord, le premier de ces mots ευαγγελιζεσθαι est utilisé par notre Seigneur Lui-même (Matt. 11:5 ; Luc 4:18, 43 ; 7:22 ; 8:1 ; 20:1) et par les apôtres (Luc 9:6 ; Actes 5:42 ; 8:32 ; 14:7 ; 15:1, 2 ; 2 Cor. 10:16 ; 11:17 ; Gal. 1:8, 11, 16, 23 ; 4:13 ; Éph. 3:8) ; c’est sûrement très largement suffisant pour réfuter le sens ou l’usage vague auquel il voudrait confiner ce mot. Ensuite, le second mot κηρυσσειν est tellement peu restreint à une classe officielle, qu’il est appliqué au lépreux et au démoniaque guéris proclamant ce que le Seigneur avait fait pour eux (Marc 1:45 ; 5:20), et à ceux qui publiaient la guérison du sourd et muet (Marc 7:36). Le second mot κηρυσσειν se trouve côte à côte avec le premier mot ευαγγελιζεσθαι en Luc 4:18, 19, 44 ; 8:1 ; 9:2 ; Rom. 10:15 ; 1 Cor. 1:23 ; 9:27 ; 15:11, 12 ; 2 Cor. 11:4. Ensuite, c’est le second mot κηρυσσειν non pas le premier, qui est utilisé pour ceux de Rome qui prêchaient Christ pendant l’emprisonnement de l’apôtre, certains par envie et par esprit de dispute, pensant susciter de l’affliction pour lui dans ses liens (Phil. 1:15, 16). S’il y avait la moindre parcelle de vérité dans cette prétendue distinction, ce serait justement l’occasion d’utiliser cette expression supposée en rapport avec un simple parler ou une œuvre irrégulière. Mais il n’en est pas ainsi ; l’apôtre décrit la prédication de ceux qui sont sans cœur aussi bien que celle des vrais ouvriers par le terme κηρυσσειν qui, selon Mr Brewster, serait caractéristique d’un serviteur officiel dûment commissionné.

Cette idée est donc entièrement non scripturaire. On ne nie pas bien sûr qu’il y ait une différence entre ces deux mots, car l’un signifie « annoncer de bonnes nouvelles », tandis que l’autre signifie « proclamer » ou « publier » ; mais cela n’a rien à voir avec le désir de restreindre la prédication à ceux qui ont reçu l’ordination pour le faire, — ce qui est une idée purement imaginaire et de toute évidence opposée à l’Écriture. Ceux qui avaient le don n’étaient pas libres de l’exercer, mais ils étaient tenus de le faire comme responsables vis-à-vis de Christ le Seigneur. Les anciens étaient choisis par les apôtres ou les délégués apostoliques, et les diacres l’étaient par la multitude dans d’autres buts, mais ils n’ont jamais prêché en vertu de leur fonction propre. Ils pouvaient être évangélistes comme Philippe. Autrement, ils n’avaient pas plus d’autorisation que le reste des saints, ou que les dispersés de notre chapitre. Les règles et l’ordre sont important dans les choses terrestres, mais c’est totalement distinct de la prédication ou de l’enseignement pour lesquels l’ordination est inconnue dans la Parole de Dieu.

Le Dr. Guyse présente une autre classe qui limite « tous » ceux qui furent dispersés au loin aux « prédicateurs ». Il arrive à cela en interprétant de travers le v. 2 comme se rapportant aux « amis religieux d’Étienne » et à ceux qui avaient subi les ravages de Saul (v. 3), et delà il nie la prédication générale en la limitant au « reste des 120 qui était appelé la compagnie des apôtres » (« les leurs » de 4:23), y incluant peut-être plusieurs autres convertis ultérieurs qui avaient reçu le don du Saint Esprit et allaient ça et là prêcher l’évangile en tant qu’évangélistes ! Qu’il est triste de voir des hommes pieux éluder la vérité ! La puissance se fait sentir par elle-même, et les hommes ayant un don devraient être les derniers à réduire au silence un chrétien capable d’évangéliser, quel qu’il soit. Car c’est une question de qualification divine, non pas d’agrément humain, lequel ne fait en réalité que limiter l’Esprit Saint, s’écarter de la grâce de Christ, et entraver le salut des pécheurs — si tant est que l’homme le puisse. Combien la grâce de Dieu est bénie, Lui qui a retourné la dispersion opérée par le monde contre l’assemblée en une diffusion large et étendue des semences de vérité de l’évangile, sans même que les apôtres l’aient recherché, pas plus que n’importe qui d’autre !

Parmi la grande armée des dispersés annonçant la Parole du Seigneur, un seul est distingué par l’Esprit de Dieu pour avoir gagné une victoire éclatante pour la grâce là où la loi avait complètement échoué comme toujours. Samarie fut gagnée par l’évangile pour le nom de Jésus ; et le bon soldat qui combattit fut Philippe. Il était l’un des sept choisi par la multitude et nommé par les apôtres pour le travail de diacre à Jérusalem. Mais le Seigneur monté en haut l’avait donné comme évangéliste, selon ce que dit expressément Actes 21:8. Nous le trouvons ici engagé dans l’œuvre en Samarie pour laquelle il avait un don, non pas pour le service auquel il avait été nommé, d’autant que la dispersion des saints loin de Jérusalem l’empêchait désormais de poursuivre sa fonction. Mais comme le don est dans l’unité du corps de Christ (Éph. 4:11-13), ainsi l’exercice du don est au-dessus des circonstances éphémères et a un vaste champ d’application, où la charge locale serait déplacée, comme notre chapitre le montre abondamment. C’est l’exemple de la libre action du Saint Esprit dans les détails d’un individu, comme nous l’avons déjà vu en général chez les dispersés.

 

8.2   Ch. 8:5-8

« Et Philippe, étant descendu dans une ville de la Samarie, leur prêcha le Christ. Et les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait, l’entendant, et voyant les miracles qu’il faisait ; car les esprits immondes, criant à haute voix, sortaient de plusieurs qui en étaient possédés ; et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris ; et il y eut une grande joie dans cette ville-là » (8:5-8).

Le peu de valeur de la tradition est manifesté par Eusèbe (H.E. iii. 31 ; ed. Heinichen, i. 261-263), sans que ce soit intentionnel. Il cite une lettre de Polycrate, évêque d’Éphèse, à Victor, évêque de Rome, avant la fin du second siècle, parlant de Philippe comme étant « l’un des douze apôtres » « et de ses filles ». Mais que peut-on attendre d’un homme qui, dans la même lettre, insère dans la description scripturaire de Jean l’expression « qui devint prêtre portant effectivement la lame de la tiare [mitre] » ou lame (Ex. 28:36) du souverain sacrificateur ? Voir aussi Eusèbe H.E. v. 24. Voilà la rapidité de la perte de la vérité de Christ, si inexcusable en présence des faits clairs de l’Écriture que tous les lecteurs ont devant eux. On peut ridiculiser Papias, mais que dire d’un évêque qui rapporte la fable, et d’un autre (parmi les plus érudits de son temps) qui s’en sert plusieurs fois dans son Histoire de l’Église ? Voilà où en étaient les tout premiers pères chrétiens, ignorants de l’Écriture au dernier degré, et pourtant idolâtrés par des gens superstitieux qui professent recevoir l’Écriture comme inspirée de Dieu.

Il est intéressant de noter que la ville en question était la même où le Fils de Dieu s’était fait connaître à un bon nombre de Samaritains qui le confessèrent comme le Sauveur du monde (Jean 4:39-42). Le Christ est maintenant prêché là par quelqu’un dont on peut dire en toute vérité qu’après avoir bien servi comme diacre, il avait acquis pour lui-même un bon degré — ou un niveau d’avance — et une grande hardiesse dans la foi qui est dans le Christ Jésus (1 Tim. 3:13). Il est bien à sa place que ces deux endroits aient été à Sichar (appelée ultérieurement Neapolis, ou Naplouse), l’ancienne Sichem au pied du mont Garizim, la montagne qui cherchait en vain à rivaliser avec Jérusalem — plutôt que dans la ville de Samarie, reconstruite ou étendue peu avant par Hérode le Grand, et dénommée Sébaste en l’honneur d’Auguste (*). Le Seigneur avait daigné demeurer là deux jours, pour approfondir l’impression produite par la femme pécheresse sauvée de la mort, qui les amenait à L’écouter par eux-mêmes et à connaître la vérité qui était en Lui.

 

(*) Nulle part dans ce chapitre ou ailleurs dans le Nouveau Testament, le mot Samarie ne désigne la ville, mais il désigne la contrée, qui comprenait des villes et beaucoup de villages. Sichar était le centre religieux et Sébaste la capitale politique.

L’ennemi semblait tout emporter comme un déluge, mais l’Esprit du Seigneur lève un étendard contre lui par la prédication de Philippe, confirmée par les signes opérés sous leurs yeux. Il n’y avait pas eu besoin de miracles quand le Seigneur avait visité ce lieu et avait travaillé comme le grand Prophète reconnu, quoiqu’Il fût en vérité l’objet central et la somme glorieuse de toute la prophétie. Le Père cherchait de vrai adorateurs par le moyen du Fils, et le Fils faisait connaître le Père dans toute la plénitude de la grâce et de la vérité qui surmontait les entraves du judaïsme ; la Parole faisait son effet en puissance, mais non pas sans le Saint Esprit donné par le Fils comme une source divine et intarissable de jouissance. Mais voilà que Satan avait cherché à effacer la vérité et à établir un rival magicien, toujours susceptible de séduire, intéresser et alarmer ceux qui ne connaissent pas le vrai Dieu. Le temps était aussi venu pour Dieu de rendre témoignage dans des hommes, les serviteurs de Christ sur la terre, à Sa victoire sur Satan et à Sa glorification en haut, comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents de ce livre. C’est pourquoi l’énergie de l’Esprit était à l’œuvre en Samarie dans un libre héraut de l’évangile, après que le témoignage ait été refusé à Jérusalem dans une inimitié allant jusqu’à la mort. D’un côté les foules, d’un commun accord, étaient attentives aux choses que Philippe disait ; d’un autre côté les esprits immondes, criant à haute voix, sortaient de plusieurs qui en étaient possédés ; et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. Est-il étonnant qu’il y ait eu « une grande joie dans cette ville-là » ? Mais au vu de Luc 8:13, je ne peux pas affirmer aussi catégoriquement que Calvin (Opera vi. 71) que cette joie était un fruit de la foi. On peut au moins dire que la « foi » peut ne pas être de Dieu selon l’exemple flagrant que le Saint Esprit met ici devant nous (Simon). Bien des remarques du commentaire de Calvin semblent téméraires.

 

8.3   Ch. 8:9-13

Telle était la puissance à l’œuvre que même l’instrument principal de Satan tomba sous l’influence générale des multitudes qu’il avait si longtemps séduites par ses mensonges. « Or, avant cela, il y avait dans la ville un homme nommé Simon, qui exerçait la magie et étonnait le peuple de la Samarie, se disant être quelque grand personnage ; auquel tous s’attachaient, depuis le petit jusqu’au grand, disant : Celui-ci est la puissance de Dieu appelée la grande. Et ils s’attachaient à lui, parce que depuis longtemps il les étonnait par sa magie. Mais quand ils eurent cru Philippe qui leur annonçait les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu et le nom de Jésus Christ, tant les hommes que les femmes furent baptisés. Et Simon crut aussi lui-même ; et après avoir été baptisé, il se tenait toujours auprès de Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement » (8:9-13).

C’est le seul récit fiable sur celui qui figure au premier chef chez les premiers auteurs ecclésiastiques comme un hérétique très hostile à la vérité ; mais tant de fables l’entourent chez ces auteurs que cela ne fait que prouver combien peu on peut se fier à ce qu’ils disent. Certains ne veulent pas le classer dans les meneurs hérétiques, au motif qu’il n’était pas chrétien. Certainement il était « baptisé », et il est dit avoir « cru », et il avait ainsi un meilleur droit (pour autant qu’on s’en réfère à la profession) que son maître samaritain Dositheus, dont on dit qu’il a été disciple de Jean Baptiste, mais qui fut ultérieurement éclipsé par Simon comme leader. Même Justin martyr, qui avait le double avantage d’être natif de Flavia Neapolis — ville bâtie sur les ruines de Sichar — et d’être né moins d’un siècle après, semble être tombé dans l’erreur de confondre la divinité Sabine Semo Sancus (qui avait une statue dressée en son honneur) avec Simon le magicien. Le Dr. E. Burton dans une note de ses discours de Bampton (Bampton Lectures, Oxford, 1829) s’efforce de montrer l’impossibilité d’une telle erreur de la part de Justin, et il a rassemblé tout ce que divers érudits ont pu dire en faveur d’une déification de Simon à Rome. Si cela était vrai, cela n’aurait guère d’importance. Les prétendues disputes entre lui et Pierre, que ce soit à Césarée ou à Rome, sont trop absurdes pour qu’on s’y arrête : c’est évidemment des légendes greffées sur l’histoire inspirée par les mains profanes d’hommes souillés tant dans leur esprit que dans leur conscience. Déchus de la vérité, ils se sont livrés aux élucubrations de l’imagination, qui finalement détournent de l’effet solennel de l’histoire sacrée, sans rien ajouter à la dignité de l’exposé de l’apôtre, ni à la turpitude aveugle du malheureux, qui se condamnait lui-même.

Quels que soient les résultats trompeurs de la magie et des faussetés de Simon, qui conduisaient à ses prétentions blasphématoires — il nous est dit ici qu’il séduisait tout le monde alentour, petits et grands (car à quoi servent le rang et l’éducation pour préserver de l’erreur ?) — tout s’efface comme de la fumée devant la lumière de l’évangile. « Le royaume de Dieu » et « le nom de Jésus » anéantissent les vaines impostures et les fraudes impies du Samaritain.

Il est instructif de noter la différence de langage entre les v. 12 et 13 ; la différence joue en faveur des hommes et des femmes au v. 12 et contre Simon au v. 13. Au v. 12 il est dit simplement qu’ils ont cru le témoignage et qu’ils ont été baptisés ; la même chose est dite de Simon, avec l’ajout important qu’il se tenait toujours auprès de Philippe, et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était dans l’étonnement. C’est ceci qui le transportait, non pas l’amour de Dieu, ni la vérité de Christ, ni la grâce de l’évangile même en faveur d’un séducteur, méchant et coupable comme lui-même ; il était impressionné par l’étonnante puissance qui opérait devant ses yeux. Nul n’était frappé plus profondément que Simon par cette réalité irrésistible. D’autres avaient les yeux attirés par le royaume et ses gloires saintes ; d’autres, en esprit, tombaient par terre et saisissaient les pieds de leur Sauveur et Seigneur Jésus Christ qu’ils ne voyaient pas, s’abandonnant à l’émerveillement, l’amour et la louange. Simon était en extase, voyant les signes et les grands actes de puissance, dont personne ne discernait le caractère plus clairement que lui-même. Il cédait devant l’évidence et croyait ce que son esprit trouvait irréfutable. Mais il n’y a pas un mot de jugement de soi-même devant Dieu ; ni un mot d’aucune action de grâce sur son cœur. La conscience n’était pas labourée ; les affections ne découlaient pas du sens de l’immense grâce de Dieu en Christ pour le sauver de ses péchés. Inversement, il n’est pas dit des hommes et des femmes du v. 12 qu’ils « étaient dans l’étonnement », comme Simon qui se tenait auprès de Philippe, non pas pour mieux écouter la vérité ni pour croître dans la grâce et la connaissance du Seigneur Jésus (2 Pierre 3:18), mais « voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient ».

L’Esprit de Dieu nous dévoile ainsi dans cette description, me semble-t-il, la source simplement naturelle de la foi de Simon, à bien distinguer de celle des autres. Il en va de même pour toute foi basée sur des « preuves » ou « évidences » que l’esprit juge et accepte en conséquence. Ce n’est pas que ce ne soit pas sincère, et ceux qui ont cru de cette manière peuvent les plus prompts à se battre pour ce qu’ils croient, si nécessaire. Mais il n’y a pas la vie, car il n’y a pas de repentance ; et il n’y a pas de lien avec Christ formé par le Saint Esprit par la réception de la Parole, parce qu’elle est Parole de Dieu, découvrant Dieu à la conscience coupable et apportant en même temps la délivrance par Christ mort et ressuscité.

Simon estimait peut-être avoir une conviction honnête de la vérité, et dans la chaleur et la hâte d’un travail si puissant en si peu de temps, Philippe peut n’avoir même pas vu de raison de mettre en doute sa confession. En fait, quand l’esprit est à l’œuvre sans la conscience, les progrès sont beaucoup plus rapides ; tout extérieurement semble prometteur pendant quelque temps, quand l’âme passe ainsi facilement dans les rangs de Christ. Il n’a pas fallu attendre longtemps des circonstances qui ont trahi sans erreur possible l’état non régénéré de l’âme de Simon, délivrant par là les saints de ce qui aurait été autrement un fardeau permanent, et ces circonstances ont donné à Simon lui-même un avertissement solennel que son cœur n’était pas droit avec Dieu.

Les nouvelles de l’œuvre de grâce de Dieu en Samarie ne pouvaient manquer de faire une puissante impression sur tous les saints, et aucun d’eux n’estimaient si profondément son importance que les compagnons personnels du Seigneur, Ses serviteurs les plus honorés à Jérusalem. Sa volonté et Sa gloire, aussi bien que l’amour pour les objets de Sa grâce — amour s’exerçant pour qu’ils soient bénis plus abondamment, — attirèrent leur cœur vers l’endroit où Dieu avait opéré de façon si manifeste. En effet le Seigneur ressuscité (1:8) avait nommé spécifiquement la Samarie comme une scène du témoignage futur pour ses disciples. Quel contraste avec les Juifs qui n’avaient pas de relation avec les Samaritains !

 

8.4   Ch. 8:14-17 — Le don et les dons du Saint Esprit

« Or les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus, prièrent pour eux, pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint : car il n’était encore tombé sur aucun d’eux, mais seulement ils avaient été baptisés pour le nom du seigneur Jésus. Puis ils leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint (8:14-17).

On a ici l’illustration de quelques principes important de la vérité, trop longtemps méconnus.

L’indépendance du congrégationalisme est démontrée être aussi éloignée qu’il est possible de la volonté de Dieu. Les chefs à Jérusalem ne se tenaient pas à l’écart, quoiqu’on ne voie aucune demande d’intervention de la part des Samaritains. En faveur de ces nouveaux objets de la grâce divine, les apôtres éprouvaient les sentiments de membres du seul corps de Christ, même si le vase élu pour exposer ultérieurement ce grand mystère était encore dans ses péchés et son incrédulité.

Il n’y avait pas non plus la moindre jalousie chez Philippe à cause de la venue d’autres serviteurs de Christ dont la place dans l’assemblée était bien plus haute que la sienne. L’amour, ce « chemin bien plus excellent » (1 Cor. 12:31) prévalait jusqu’ici. Les différents membres avaient en général un égal soin les uns des autres (1 Cor. 12:25) ; ceci apparaissait tout spécialement chez ceux que Dieu avait établi en premier dans l’Église ; à cause de Christ et selon Sa Parole, ils étaient au milieu d’eux servant comme des esclaves. Rien n’était plus loin du cœur des chefs qui gouvernaient que d’être appelés Rabbi, père ou maître, ni de prendre des airs de seigneurs pour traiter de haut ou mépriser les Gentils. À tous égards il y avait la puissance de la vie de Christ.

Notons encore que les apôtres envoyèrent deux d’entre eux, non pas Jacques (fils d’Alphée) et Thaddée, ni Simon le Zélote et Matthias, mais le duo de choix incontestable, Pierre et Jean. Un croyant pourrait-il être malvoyant au point de ne pas se rendre compte qu’il y avait là un propos de grande portée dans la pensée de Celui qui habite dans l’assemblée, qui connaît la fin avant le commencement, et qui veut donner la lumière certaine de Sa Parole à ceux qui regardent à Lui pour être guidés ? Même Satan, j’ose le penser, ne nourrissait pas encore le rêve d’un siège unique pour la direction par Pierre de l’Église dans son ensemble ; et encore moins celui d’un trône actuel aux commandes des autorités qui existent (Rom. 13:1) avec une triple couronne de prétentions sur le ciel, la terre et l’enfer. Au contraire, sans avoir la moindre pensée de ces vanités d’ambition ecclésiastique et de suppositions profanes, les apôtres, remplis d’amour et de sagesse, envoient Pierre et Jean à ceux qui ont reçu la Parole de Dieu en Samarie. Qui était mieux qualifié, si cela était nécessaire, pour juger et faire un rapport en vérité ? Qui pouvait apporter de meilleures bénédictions d’en haut ? Qui, finalement, serait le plus jaloux de la gloire du « seul Berger », en s’occupant des « autres brebis » qui ne sont pas de la « bergerie » juive (Jean 10:16) ?

Qu’est-ce qui pouvait le mieux convenir aux serviteurs de Christ quand ils descendirent ? Ils « prièrent pour eux pour qu’ils reçussent l’Esprit Saint ». Jusque là, Dieu avait retenu ce grand privilège caractéristique du chrétien. Mais les apôtres à Jérusalem allaient selon le courant de Sa volonté et de Ses voies. Pierre et Jean réalisèrent sur le champ la carence, et l’exposèrent à Dieu, sans douter dans leurs pensées, mais se reposant sur Sa fidélité pour accomplir la promesse de l’Esprit. Même à la Pentecôte, Pierre fut conduit à regarder au-delà des Juifs et de leurs enfants, vers tous ceux qui étaient loin, autant que le Seigneur en appellerait à Lui (2:39). « Car il n’était encore tombé sur aucun d’eux, mais seulement ils avaient été baptisés pour le nom du seigneur Jésus » (8:16).

 

La situation mise devant nous est si claire que le doute est inexcusable. D’un côté les Samaritains crurent la Parole, sur la base de quoi ils furent baptisés ; d’un autre côté, aucun d’eux n’avait encore été scellé du Saint Esprit de la promesse, que les saints juifs avaient reçu immédiatement au jour de la Pentecôte à Jérusalem. Pourtant, dès les jours des pères de l’Église — ainsi qu’on les appelle — jusqu’aux Réformateurs, et de là jusqu’à nos jours, tous sont déroutés sur cette question, aussi bien les superstitieux que les plus pieux, capables et érudits, comme s’ils n’avaient pas de cartes. C’est en effet l’une des grandes pages banches de la théologie traditionnelle (catholique ou protestante, arminienne ou calviniste, tous sont pareillement en faute) ; or ceci implique une perte incalculable, aussi bien en pratique que quant à l’intelligence spirituelle, et elle se ressent par dessus tout dans le culte rendu à Dieu. Si l’âme entre dans la vérité, il y a une bénédiction correspondante à la suite, comme le savent bien ceux qui sont passés de l’ignorance de cette vérité jusqu’à sa jouissance.

C’est ainsi que Chrysostome (Cat. Pat., iii. 136 édité par Cramer) et Œcumenius parlent des Samaritains convertis recevant l’Esprit pour la rémission, mais non pas comme signe : ceci est un écart manifeste d’avec l’Écriture, car en rapport avec le premier travail de l’évangile par l’Esprit dans une âme, l’Écriture n’utilise jamais l’expression de « don de l’Esprit », et donc pas non plus l’expression de « réception » de l’Esprit (comparer 2:38 ; 19:2).

Mais laissons les pères de côté, et voyons les exemples de Calvin dans ses remarques, et du Dr. J. Lightfoot, — ce sera suffisant. Les remarques de Calvin sont citées à dessein dans l’édition de Beveridge de la première version anglaise présentée dans les séries de la Société de Traduction de Calvin [Calvin Traduction Society] (Actes 1:338-339) : « Mais ici se soulève une question, car il dit qu’ils étaient seulement baptisés pour le nom de Christ, et qu’en conséquence ils n’avaient pas encore reçu le Saint Esprit ; mais ou bien le baptême est en vain et sans la grâce, ou bien il a toute la force qu’Il tient du Saint Esprit. Dans le baptême nous sommes lavés de nos péchés ; Paul enseigne que notre lavage est l’œuvre du Saint Esprit (Tite 3:5). L’eau utilisée dans le baptême est un signe du sang de Christ ; mais Pierre dit que c’est par l’Esprit que nous sommes lavés avec le sang de Christ (1 Pierre 1:2). Notre vieil homme est crucifié dans le baptême pour que nous soyons ressuscités en nouveauté de vie (Rom. 6:6) ; et d’où vient tout cela sinon de la sanctification de l’Esprit ? Et finalement, que reste-t-il dans le baptême si on le sépare de l’Esprit ? (Gal. 3:27). C’est pourquoi nous ne devons pas nier que les Samaritains ayant bien revêtu Christ dans le baptême, il leur avait aussi été donné l’Esprit (!). Luc ne parle sûrement pas à cet endroit de la grâce commune de l’Esprit par laquelle Dieu nous régénère pour que nous soyons Ses enfants, mais de ces dons singuliers dont Dieu voulait douer certains au commencement de l’évangile pour orner le royaume de Christ. C’est ainsi qu’on doit comprendre les paroles de Jean (Jean 7:39) selon lesquelles l’Esprit n’avait pas encore été donné aux disciples, puisque Christ était encore dans le monde en train de s’en occuper ; non pas qu’ils fussent entièrement dépourvus de l’Esprit, si l’on considère qu’ils avaient de Lui à la fois la foi et un pieux désir de suivre Christ ; mais parce qu’ils n’étaient pas pourvus de ces dons excellents dans lesquels allaient ensuite apparaître une plus grande gloire du royaume de Christ. Pour conclure, vu que les Samaritains étaient déjà doués de l’Esprit d’adoption, les grâces excellentes de l’Esprit sont rajoutées les unes aux autres sur eux, par quoi Dieu montrait à Son Église, comme si c’était pour un temps, la présence visible de Son Esprit, afin d’établir pour toujours l’autorité de Son évangile, et de rendre témoignage que Son Esprit serait toujours le gouverneur et le directeur des fidèles ».

Cela suffit pour montrer à quoi en sont en général des hommes pieux et éclairés par rapport à la vérité de l’Esprit, et même de la rédemption. Ils ne se rendaient pas compte de ce que, d’une part le don (δωρεα) de l’Esprit est en plus et au-dessus de la communication de la vie qui est le partage de tous les saints aux temps de l’Ancien et du Nouveau Testament, et d’autre part ce don (δωρεα) est tout à fait distinct des dons (χαρισματα, charismes), spécialement des dons de puissance et de langues, les dons-signes que l’Esprit distribua en l’honneur du Seigneur Jésus ressuscité à l’inauguration de cette chose nouvelle, l’Église, le corps de Christ ici-bas. Quant au baptême chrétien, il n’est pas un signe de la vie, mais plutôt de ce que les péchés sont lavés et de ce qu’on est mort avec Christ. Autrement dit, c’est un signe de salut, la demande à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts (1 Pierre 3:21), la libération présente du chrétien, et non pas simplement la part de l’héritier pendant sa minorité sous la loi. Il y avait alors une promesse parfaitement sûre, tandis qu’il y a maintenant le plein accomplissement pour l’âme (1 Pierre 1:9), ce que le baptême exprime en figure. Mais ceci est tout à fait différent de l’Esprit donné au croyant comme sceau de la rédemption et arrhes de l’héritage ; cette distinction en particulier était ignorée du grand Réformateur français, comme l’ignorent aussi les gens d’aujourd’hui. C’est pourquoi, dans son grand souci de se préserver du sacramentalisme (quoique même ici son langage prête à confusion, ce qui a été utilisé à de mauvaises fins par des gens de cette école), il rabaisse la réception de l’Esprit à des manifestations transitoires d’énergie et s’engage ainsi dans une contradiction sans espoir de l’Écriture. Les paroles de Jean 14 à 16 vont bien au-delà de miracles, guérisons ou langues d’aucune sorte. Il faut les comprendre comme visant la présence du Paraclet Lui-même (ce qui est très différent), qui devait demeurer avec les disciples et être en eux ; et ceci non pas « comme si c’était pour un temps », mais pour y demeurer éternellement.

Les Samaritains croyants étaient des saints, des enfants de Dieu, mais n’ayant pas encore le don du Saint Esprit, pas plus que les saints de l’Ancien Testament qui, bien que nés de l’Esprit, n’ont jamais reçu ce grand don, lequel n’existait pas et ne pouvait pas exister jusqu’à la rédemption, lorsque Dieu a envoyé l’Esprit de Son Fils dans des cœurs déjà renouvelés, criant Abba, Père. Sans doute à ce moment-là et pour une certaine période de temps, des dons tangibles ont accompagné la présence du Saint Esprit ainsi donné ; mais nous nous trompons grandement si nous confondons le don et les dons, ou si nous nions le privilège nouveau et permanent avec ce que les saints avaient avant la rédemption.

Un bref extrait de ce que dit le bien savant Dr. Lightfood suffira (Works viii. 125-128 selon l’édition de Pitman). « Le Saint Esprit ainsi donné ne signifie pas Son travail ordinaire de sanctification et de grâce qui affermit ; mais Son don extraordinaire de langues, de prophéties, et autres choses semblables. Ceci ressort à l’évidence de cette expression « le Saint Esprit » dans l’Écriture quand elle ne dénote pas précisément la personne du Saint Esprit ou la troisième personne de la Trinité ». Ici aussi nous avons la même confusion de la dotation de Dieu, nouvelle et distincte, faite à l’Église, — le don du Saint Esprit qui demeure pour toujours, avec les dons, dont certains ont une forme visible et d’autres non. Il est admis que ce qui est appelé la « sanctification de l’Esprit » (1 Pierre 1:2) est différent et antérieur, de même que le travail vital de séparation d’une âme pour Dieu qui a lieu à la conversion ou vivification, lequel a toujours été et subsistera aussi longtemps que Dieu dans Sa grâce appelle les pécheurs à Lui d’entre les hommes. Ceci correspond en type au lavage de l’impur dans le Lévitique ; ensuite venait l’application du sang de sacrifice, et finalement l’huile de l’onction : c’est elle seule qui est ce que le Nouveau Testament désigne par la réception de l’Esprit, entièrement distincte de la nouvelle naissance (qui correspond à l’eau) ; le sang intermédiaire est le gage de ce qu’on a été amené au bénéfice de la rédemption. Les dons, aussi importants soient-ils à leur place, sont tout à fait accessoires, et certains peuvent n’être que temporaires, bien que tous, bien sûr, étaient là dans toute leur force lorsque l’Esprit fut donné à la Pentecôte.

Les chrétiens sont-ils devenus plus sages aujourd’hui ? Laissons le doyen Alford en rendre témoignage (The Greek Test. 5° édition, ii. 88-89). Comme les autres, il se sert des dons accompagnateurs, qui peuvent être vus, pour ignorer le don invisible du Saint Esprit, incomparablement plus important. De plus, il cite les remarques mêmes de Calvin, comme « trop importantes pour qu’on les omettent », alors que nous avons vu que c’est un tas de confusion qui aurait bien à être exposé de manière plus tranchée s’il fallait s’atteler à cette tâche. Ils sont tous d’accord pour soutenir la grande erreur qui ramène le don du Saint Esprit aux « dons miraculeux » extérieurs, au lieu de voir à côté d’eux le privilège sans précédent et transcendant du Saint Esprit Lui-même donné pour être la portion des saints pour toujours. C’est d’autant plus incohérent (l’erreur est facilement incohérente) chez le doyen Alford qu’il reconnaît dans sa note sur Jean 14:7 que « le don de l’Esprit à la Pentecôte et depuis la Pentecôte était et est quelque chose d’ENTIÈREMENT DISTINCT de tout ce qui a été auparavant : une dispensation nouvelle et plus élevée » (c’est Alford qui souligne comme indiqué).

Une de leurs objections est que l’imposition des mains précède le don, ici comme au ch. 19 où l’apôtre Paul impose ses mains dans le même but et avec le même résultat sur les douze disciples d’Éphèse. Mais pourquoi en être scandalisé ? Ils peuvent ne pas aimer l’effort des ritualistes qui cherche à baser la confirmation sur l’Écriture, alors qu’elle n’apporte vraiment aucun soutien à cette cérémonie ; il peuvent être attristés ou avoir honte d’une simple forme sans puissance ; ils peuvent à juste titre censurer R. Nelson (ou ceux qui le citent) au motif qu’il se réfère incorrectement à Calvin comme s’il avait la pensée que la confirmation a été instituée par les apôtres. Car en fait dans les Institutes (iv, ch. xix. 76) il désapprouve justement cette pensée qu’on lui attribue. Mais nier que c’est le Saint Esprit Lui-même qui était communiqué en Samarie et à Éphèse par l’imposition des mains apostolique, c’est aller contre la Parole de Dieu ; l’interpréter comme si elle disait les dons de l’Esprit, et non pas le don, c’est ouvrir la porte à l’incrédulité la plus desséchante et à la perte de toute source de vraie puissance. Car qu’est-ce que l’Église sans la présence personnelle du Saint Esprit ? et qu’est-ce que le chrétien sans l’habitation du Saint Esprit en lui ? Ce qui baptise pour l’unité n’existe pas en dehors de ceci ; aucune autre puissance n’est capable de faire du chrétien un membre de Christ ; dans les deux cas, tout dépend du don du Saint Esprit.

Observons bien que dans les deux occasions principales où le don a été fait à des croyants juifs (2:4) et à des Gentils (10:44), il n’y a pas un mot, ni dans l’une ni dans l’autre, qui exprime ou implique l’imposition des mains. Il suffit en effet de peser les deux récits (la Pentecôte étant bien sûr le plus complet et le plus important) pour conclure qu’il ne pouvait rien y avoir de la sorte dans aucun de ces deux jours. Les cas particuliers de Samarie et d’Éphèse, que certains voudraient inintelligemment ériger comme une règle détrônant les cas généraux, n’étaient que des événements auxiliaires, quoique la bénédiction conférée fût bien sûr la même. Car dans ces deux cas où il y a eu imposition des mains, il semble que le principe était de préserver contre une rivalité, et de lier étroitement en un l’œuvre de Dieu, et de mettre les signes les plus solennels d’honneur divin sur le apôtres juifs dans le premier cas, et sur l’apôtre de l’incirconcision dans le second cas. Il était important d’y mettre cette marque, mais nous ne trouvons pas qu’on la répète, sauf pour des raisons spéciales et avec d’autres caractéristiques, sur Timothée personnellement (1 Tim. 4:14 ; 2 Tim. 1:6). Dieu a pris soin très tôt d’anticiper et d’éliminer de mauvais usages possibles en employant un disciple, non pas l’apôtre, dans le cas très éminent du grand apôtre lui-même (9:17), comme s’il s’agissait de briser, sans contestation possible, toute idée de chaîne successorale.

Il peut être bon de dire que l’effort fait pour soutenir que la forme sans article ne signifie rien de plus qu’un don spécial ou une opération particulière du Saint Esprit n’est pas supporté par l’usage qu’en fait l’Écriture. Car nous trouvons πνευμα αγιον employé avec et sans article, ce qui démontre que cette expression n’exclut nullement la personnalité bénie du Saint Esprit, mais relève des principes usuels du langage. Quand cette expression veut présenter l’Esprit Saint devant la pensée du lecteur comme un objet distinct, l’article apparaît ; quand cette expression se borne à caractériser, la phrase est sans article, comme toujours. Sans aller plus loin, nous avons πνευμα αγιον aux versets 15 et 17 ; mais au v. 18 το πνευμα. Si c’était simplement que la forme sans article n’est qu’un don ou une opération de l’Esprit, il faudrait l’article tant au v. 17 qu’au v. 18. La vraie solution n’est pourtant pas ici dans le contexte, mais que l’intention n’est pas de présenter l’Esprit Saint comme ce qui est visé objectivement. Quand il n’en est pas ainsi, l’accusatif régi par un verbe transitif est normalement sans article, car il n’est que le complément de la notion exprimée par le verbe ; quand on cherche à présenter le mot à l’accusatif comme l’objet arrêtant la pensée, alors l’article est ajouté. L’usage est donc très précis. Ainsi en Actes 19:2 nous avons deux fois πνευμα αγιον sans l’article, mais au v. 6 l’article est là comme une duplication d’insistance ; il est vain de prétendre que l’Esprit Saint n’est pas en vue dans tous ces cas. N’y a-t-il alors aucune différence ? Si, il y en a une sans aucun doute, mais la différence ne réside pas dans le contraste entre d’une part un don spécial et d’autre part Son influence générale — comme les gens disent — ou même Sa personne ; la différence réside entre d’un côté (19:2) le caractère sur lequel porte l’interrogation concernant ce qui a été reçu, et dans l’autre cas (19:6) dans l’objet défini placé devant les pensées, cet objet accompagnant de manière très appropriée ce que décrit l’expression « vint sur les hommes ».

C’est là la véritable clef de Actes 1:2, 5, non pas les simples circonstances autour de la préposition (on est surpris que certains les estiment exceptionnelles) qui sert à définir ; tandis que la phrase du v. 8 place l’Esprit comme ce qui est en vue objectivement. C’est bien le même Esprit dans tous les cas ; y a-t-il pire erreur que de supposer que Christ n’a donné des instructions que par un don particulier (v. 2) et que les disciples ont eu le privilège d’avoir l’Esprit dans toute Sa plénitude (v. 8). Comparez aussi les v. 38 et 44 de Actes 10. Et encore, au jour mémorable où la promesse du Père a été accomplie, nous trouvons en Actes 2:4 l’Esprit une fois sans article et une fois avec l’article, et c’est bien en accord avec le principe énoncé : quand le mot Esprit est utilisé pour caractériser ce qui a rempli toutes les personnes présentes, l’Esprit est désigné sans article ; quand la phrase met l’accent sur un objet distinct, il y a l’article, et c’est correct. La présence ou l’absence de l’article ne touche pas au Saint Esprit et n’affecte que l’aspect visé — la personne ou la puissance. Comparez les v. 17, 18, 33, 38 ; 4:8, 31 (il y a là une expression très remarquable des plus anciens manuscrits) ; 5:3 ; 6:5 ; 7:55 ; 8:29, 39 ; 9:17, 31 ; 10:38, 44, 45, 47 ; 11:15, 16, 24, 28 ; 13:2, 4, 9, 52 ; 15:28 ; 16:6, 7. Les Épîtres ne feraient qu’ajouter d’autres exemples et confirmer ce qu’on a vu.

Ainsi les Samaritains furent scellés du Saint Esprit et faits membres de Christ dans la pleine possession des privilèges de l’Église, tout autant que les saints à Jérusalem au jour de la Pentecôte.

La vision de cette bénédiction a mise au jour la vraie condition de Simon. Avant que les apôtres entrent en scène, il était étonné en voyant les signes et prodiges de puissance opérés par Philippe. Maintenant que d’autres parmi les Samaritains ont reçu un pareil pouvoir, Satan pousse son esprit non régénéré au mal.

 

8.5   Ch. 8:18-24

« Or Simon, voyant que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, leur offrit de l’argent, disant : Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu. Tu n’as ni part ni portion dans cette affaire ; car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité. Et Simon, répondant, dit : Vous, suppliez le Seigneur pour moi, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé » (8:18-24).

Sans aucun doute, il y avait quelque chose de visible, mais ceci ne change pas la vérité que l’Esprit était donné intérieurement, et ce n’était pas simplement des « dons », et encore moins les seuls dons miraculeux de l’Esprit, comme les gens les appellent. Les gens soulignent cependant le fait que cela eut lieu par l’imposition des mains des apôtres. Or pourquoi Dieu ne donnerait-il pas l’Esprit de cette manière si cela Lui plait ? C’est à Lui de juger quelles sont Ses meilleures méthodes. Dieu qui avait donné l’Esprit à la Pentecôte sans imposition des mains, se plaisait, dans cette occasion, à honorer les apôtres comme canal de transmission. C’est une question de Sa sagesse et de Sa souveraineté. Que de simples évêques imitent cette forme sans la puissance, cela n’a aucune base de vérité, et c’est véritablement de la présomption. Simon a vu en fait un moyen de s’élever lui-même, et peut-être aussi de gagner de l’argent. Il leur a offert de l’argent en disant : « Donnez-moi aussi ce pouvoir, afin que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint ». Quelle insulte à Dieu ! Ce qui peut être acheté avec de l’argent peut naturellement aussi être vendu pour de l’argent. Ce don divin était-il susceptible de trafic parmi les hommes ?

C’est une erreur de supposer que Simon voulait ce don pour lui-même. Il voulait acheter le pouvoir de conférer l’Esprit Saint à d’autres. Il est bien possible néanmoins qu’il n’ait pas reçu le don extérieur pour lui-même ; assurément il n’était pas scellé du Saint Esprit, car ceci implique la nouvelle naissance au préalable, comme nous l’avons vu. Simon ne manifeste pas la moindre pensée ou sentiment de communion avec Dieu. C’était simplement un homme naturel, et même un homme dégradé par tout son caractère et ses pratiques antérieures, spécialement celles qui faisaient un abus du nom de Dieu de manière profane. La vérité qu’il avait entendue n’avait pas pu juger sa conscience ni atteindre son cœur. Il était plutôt stupéfié en présence d’un pouvoir transcendant et avait le vif désir de s’approprier cette puissance à des fins égoïstes. Il jugeait de par lui-même, comme l’homme a l’habitude de le faire, et non pas comme le fait le croyant en partant de Dieu. Comme l’argent est le grand moyen d’action parmi les hommes, il supposait qu’il devait en être de même parmi les apôtres. Christ n’était rien à ses yeux ; la puissance qui éclipsait la sienne méritait d’être acquise à tout prix. Voilà tout ce qu’il se représentait en rapport avec le Saint Esprit, et cela fut la preuve déterminante de l’état de son âme.

L’offre de Simon remplit Pierre d’indignation, ce qui lui fit dire : « Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé acquérir avec de l’argent le don de Dieu ». Christ seul est à l’origine de la réception de ce don, et ne le reçoivent que ceux qui se reposent sur Son sang. Les propos de Simon ont trahi sa ruine. Il était encore perdu. Sa foi n’était pas réelle, auquel cas il n’y a pas de salut. Le baptême est un signe admirable là où il y a la vie et la foi, sans quoi il ne fait qu’aggraver solennellement la culpabilité et la ruine de l’homme naturel. C’est périr en ayant le Sauveur en vue, - le péché, le jugement de Dieu et le Sauveur étant tous pareillement méconnus. Simon n’avait ni part ni portion dans cette affaire, car son cœur n’était pas droit devant Dieu. Cela ne veut pas dire, à mon avis, qu’il n’avait pas ni part ni portion dans les dons-signes, mais dans le Sauveur : l’évangile n’était rien pour lui. Si la parole de la vérité l’avait atteint, son cœur aurait été purifié par la foi, car la grâce de Dieu est suffisante pour sauver les pécheurs les plus vils. Or aucun cœur visité par la grâce ne peut penser offrir de l’argent pour obtenir le pouvoir de donner l’Esprit Saint. Simon s’était démontré totalement étranger à Dieu et à Sa grâce. Le cœur de cet homme, même baptisé, était aussi pervers que jamais, et avait débordé dans un péché plus effronté que ce qui était possible auparavant. La proximité extérieure de la grâce était par dessus tout l’élément qui lui était le plus fatal, lui qui n’était pas soumis à la vérité de Dieu.

Pourtant, comme il avait pris place parmi ceux qui avaient professé le nom du Seigneur, Pierre l’appelle à se repentir. La repentance est le devoir évident du pécheur et ce à quoi Dieu l’appelle impérativement. C’est toujours une obligation depuis la chute, mais l’évangile qui jette une lumière plus brillante sur les besoins de l’homme, lui fournit aussi les plus puissants motifs pour agir sur son cœur. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Le plus élevé des devoirs est maintenant de reconnaître et honorer le Fils de Dieu, en confessant ses propres péchés qui L’ont conduit à la croix, dans Son amour divin. D’un autre côté, celui qui croit dans le Fils a la vie éternelle, tandis que celui qui désobéit au Fils, ne se soumettant pas à Celui qui est maintenant pleinement révélé, ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (Jean 3:36).

C’est pourquoi l’apôtre ajoute : « Repens-toi donc de cette méchanceté, et supplie le Seigneur, afin que, si faire se peut, la pensée de ton cœur te soit pardonnée ; car je vois que tu es dans un fiel d’amertume et dans un lien d’iniquité ». Il est certain que la grâce de Dieu et l’efficacité du sang de Christ sont en mesure de répondre à toute méchanceté de l’homme. Pierre ne l’aurait pas exhorté de la sorte si le pardon avait été une impossibilité. Mais la réponse de Simon montre clairement que, malgré une inquiétude momentanée, il n’y a eu dans son âme aucun sens du péché éhonté qu’il avait commis contre Dieu, spécialement contre le Saint Esprit ; il ne s’en est pas réellement remis à la grâce de Dieu, selon la révélation de Lui-même dans la mort de Son Fils. Pierre n’a pas dit « supplie Dieu », mais « supplie le Seigneur », car ce n’est qu’en Lui et que par Lui, que Dieu peut délivrer une âme coupable ; maintenant que Dieu a envoyé Son Fils, le seul moyen sûr et valable d’honorer le Père est en honorant le Fils. « Celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jean 2:23). La confession du Père seulement, et non pas du Fils, ne sauve pas le pécheur et ne glorifie pas Dieu. C’est pourquoi Pierre appelle Simon à supplier le Seigneur qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14:6). Mais en Simon, il n’y avait pas plus de foi que de repentance, aussi dit-il dans sa réponse « Vous, [le vous est emphatique] suppliez le Seigneur pour moi, en sorte que rien ne vienne sur moi de ce dont vous avez parlé ».

Il avait confiance, si on peut s’exprimer ainsi, dans les canaux de la puissance. Lui qui n’avait pas de foi en Christ, confesse sa foi en Pierre ; depuis lors, des millions de personnes ont mis leur confiance dans les saints, les anges ou la vierge Marie. Or en réalité, ceci n’est pas de la foi, mais seulement de la crédulité et de la superstition, car c’est sans fondement, ni dans la nature de ces personnes, ni dans la Parole de Dieu. La foi dans le Seigneur Jésus est seule à fournir un lieu de repos divin ; car Dieu L’a envoyé, Son Fils unique, dans le monde afin que nous vivions par Lui (1 Jean 4:9) et par aucun autre que Lui. « En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que Lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4:10). Simon a été insensible à tout ce salut véritablement divin et infini. Il a vu dans Pierre un instrument de puissance, sans avoir foi dans la parole que lui et Philippe avaient prêchée, et ainsi il supplie les apôtres de prier le Seigneur pour lui afin que rien ne lui arrive de ce dont Pierre avait parlé. Ce qu’il craignait, c’était les conséquences futures, sans ressentir son état présent de ruine et de culpabilité. Désormais, selon l’Écriture, il disparaît de notre vue, et il ne faudrait pas s’étonner que le pire sort arrivât à cet homme impénitent. La réticence de Luc ne plait pas aux historiens ecclésiastiques qui, à leur honte, racontent à leur lecteurs des détails ayant le caractère marqué de fables en l’honneur de Pierre. Où est le Seigneur dans tout cela ? Blessé dans la maison de ses amis (Zach. 13:6), pourrait-on dire comme si souvent.

 

8.6   Ch. 8:25

Quelques mots sont rajoutés à propos des deux apôtres. « Eux donc, après avoir rendu témoignage et avoir annoncé la parole du Seigneur, s’en retournaient à Jérusalem ; et ils évangélisaient plusieurs villages des Samaritains ». Ce n’était pas une simple action passagère, selon le texte de la version autorisée du Roi Jacques, mais une œuvre continuelle (*). Leurs cœurs étaient dirigés vers le Seigneur, qui avait créé en eux un esprit droit et fervent, et ils n’avaient pas besoin qu’on les prie de répandre parmi petits et grands la bonne nouvelle de la rédemption. Les villages des Samaritains, et beaucoup (**) d’entre eux, n’étaient pas en dessous des travaux minutieux et répétitifs des apôtres.

 

(*) Les manuscrits les plus anciens et les meilleurs ont ici un imparfait, non pas simplement l’aoriste, ou temps historique, comme dans le Texte Reçu qui suit des autorités de qualités inférieures.

(**) version JND : plusieurs.

 

8.7   Ch. 8:26-38

L’histoire de l’activité évangélique de Philippe reprend ; elle est pleine d’intérêt et d’instruction.

« Et un ange du *Seigneur parla à Philippe, disant : Lève-toi, et va vers le midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, lequel est désert. Et lui, se levant, s’en alla. Et voici, un Éthiopien eunuque, homme puissant à la cour de Candace, reine des Éthiopiens, intendant de tous ses trésors, et qui était venu pour adorer à Jérusalem, s’en retournait ; et il était assis dans son char et lisait le prophète Ésaïe. Et l’Esprit dit à Philippe : Approche-toi et joins-toi à ce char. Et Philippe étant accouru, l’entendit qui lisait le prophète Ésaïe ; et il dit : Mais comprends-tu ce que tu lis ? Et il dit : Comment donc le pourrais-je, si quelqu’un ne me conduit ? Et il pria Philippe de monter et de s’asseoir avec lui. Or le passage de l’écriture qu’il lisait était celui-ci :

 

« Il a été mené comme une brebis à la boucherie ; et comme un agneau, muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre point sa bouche ; dans son humiliation, son jugement a été ôté ; et qui racontera sa génération ? car sa vie est ôtée de la terre ».

 

Et l’eunuque, répondant, dit à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même, ou de quelque autre ? Et Philippe, ouvrant sa bouche et commençant par cette écriture, lui annonça Jésus. Et comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à une eau, et l’eunuque dit : Voici de l’eau, qu’est-ce qui m’empêche d’être baptisé ? Et il donna l’ordre qu’on arrêtât le char, et ils descendirent tous deux à l’eau, et Philippe et l’eunuque ; et [Philippe] le baptisa. Et, quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, car il continua son chemin tout joyeux ; mais Philippe fut trouvé à Azot ; et en passant au travers [du pays], il évangélisa toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée » (8:26-40).

 

C’est une nouvelle étape pour Philippe. L’ange de l’Éternel le dirige, car il y avait deux routes, et un évangéliste n’aurait pas choisi celle qui était déserte. Mais l’objet de la grâce de Dieu voyageait par celle-ci et un ange est employé comme toujours dans la providence de Dieu : cela est rapporté ici pour que nous n’oubliions pas la vérité et que nous ne prenions pas seulement en compte des pensées ou des sentiments. Ne sont-ils pas des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut ? (Héb. 1:14). Serviteur prêt à faire la volonté de Dieu, Philippe laisse la multitude en train de se réjouir en Samarie, envers laquelle il avait été béni, et il va promptement sans rien savoir d’autre que la direction d’apparence étrange de son voyage, même pas son but. Ce but était un prosélyte rentrant de Jérusalem, insatisfait mais pensif, et cherchant son chemin en tâtonnant dans la parole prophétique. La bénédiction ne se trouve plus dans la ville des cérémonies solennelles ; Celui qui bénit en avait été chassé. La Samarie se réjouit dans le Sauveur du monde (Jean 4:42 ; Actes 8:8). L’Éthiopien va bientôt étendre ses mains vers Dieu, non pas en prière seulement, mais en louange et dans la conscience de la bénédiction ; toutefois l’Éthiopie doit attendre jusqu’à ce que vienne Celui qui est déjà monté en haut et qui a mené captive la captivité. Ici ce n’est pas un ange, mais « l’Esprit » qui dit à Philippe « approche-toi et joins-toi à ce char ». Les anges ont à faire aux circonstances, l’Esprit conduit en rapport avec les âmes. C’est ce que nous avons vu au ch. 5 et que nous reverrons encore plus clairement en comparant les ch. 12 et 13. La réalité est autant vraie maintenant que toujours, bien qu’elle ait été manifestée à ce moment-là et qu’elle soit écrite dans la Parole de Dieu afin que nous ne soyons pas incrédules, mais croyant (Jean 20:27).

L’évangéliste répond promptement à l’appel de l’Esprit, et court vers le trésorier de la reine Candace assis dans le char en train de lire Ésaïe ; il pose la question propre à le sonder : Comprends-tu ce que tu lis ? Hélas, il en était alors comme maintenant dans la chrétienté. La vision de Celui qui est venu faire connaître Dieu, inconnaissable autrement, est transmise par ceux qui sont instruits à ceux qui ne le sont pas, comme si la solution divine de toutes les énigmes était elle-même une énigme insoluble. L’homme instruit, quand on lui demande de lire, répond « je ne peux pas, car il est scellé » ; et l’homme non instruit, entendant le même appel, s’excuse en disant « je ne sais pas lire » (És. 29:11-12). Il n’y a que la foi qui peut comprendre : il en est ainsi et c’est ainsi que cela doit être ; et ainsi il en était dans ce moment où la grâce prenait en charge l’étranger sur le chemin de retour ; car le passage lu était celui d’És. 53:7, 8. Quand la réponse eut trahi la complète ignorance de l’évangile, Philippe lui fait entendre la bonne nouvelle de Jésus.

Ce n’était pas sans l’intervention divine que le passage d’Ésaïe en train d’être lu faisait ressortir le Messie souffrant. D’autres parties de la même série de chapitres, avant et après, rendent témoignage à Son exaltation ; mais ici c’est simplement Ses souffrances — la difficulté principale pour un Juif qui pensait exclusivement à Son royaume glorieux. C’est pourquoi le nom de « Jésus » (8:35) utilisé dans l’application de la prophétie faite par Philippe est particulièrement approprié : c’est d’autant plus frappant si l’on considère que l’Esprit qui inspire ces passages avait dit au v. 5 que Philippe proclamait « le Christ » ou Messie aux Samaritains. L’ignorance, qu’elle soit instruite ou non, méconnaît ces distinctions, censure ceux qui les soulignent comme du raffinement sur l’Écriture, mais en réalité ils perdent la force de la vérité. Car Dieu n’a pas écrit un seul mot en vain, et l’intelligence spirituelle glane ses fruits les meilleurs dans ce champ si négligé. Les Samaritains avaient besoin d’entendre que Christ était venu, et l’Éthiopien avait besoin de savoir que le Jésus souffrant et méprisé était sans le moindre doute le Messie, que le prophète introduisait au son de la trompette comme placé très haut en És. 52:13, tout comme dans la fin du passage en És. 53:12. On trouve partout liées ensemble Ses souffrances et Ses gloires qui suivraient (1 Pierre 1:11), mais nulle part plus qu’ici nous trouvons Son humble soumission à la cruauté gratuite de Son peuple coupable. « Jésus » était bien le mot correct pour en parler, car d’un côté il exprime ce qu’Il est devenu dans Son humanité jusqu’à être l’objet du mépris des créatures rebelles, et de l’autre il dit la gloire intrinsèque de Celui qui s’est abaissé si bas pour nous. Il est l’Éternel le Sauveur.

La différence de langage d’avec l’Ancien Testament que nous avons dans nos mains provient des Septante, la version grecque utilisée alors ordinairement, spécialement parmi les Égyptiens et d’autres. Le sens reste substantiellement le même, mais nous ne devons pas en déduire que Philippe s’est restreint à ce passage de l’Écriture : il « commença » par là, ce qui implique justement et nous assure qu’il n’a pas fini là, mais qu’il a aussi expliqué d’autres Écritures. Mais ce passage était d’une extrême importance pour quelqu’un qui était dans l’état d’âme du trésorier, selon ce que nous fait voir tout le récit précédant ; il était précieux pour faire entrer des flots de lumière divine dans son cœur.

Cependant l’Écriture qui montre l’obscurité dans l’esprit de l’Éthiopien avant que Philippe fasse résonner dans ses oreilles la bonne nouvelle de Jésus pour qu’il puisse être désormais par la foi un enfant de lumière dans le Seigneur, — cette Écriture a été plutôt maltraitée, non pas seulement par les Pères de l’Église, mais à peu près tout autant par Calvin, et d’autres semblables, depuis le temps de la Réformation. Car le grand commentateur français, pour ne pas s’arrêter aux autres, considère que ces versets enseignent que notre Seigneur était tellement brisé qu’Il apparaissait comme un homme abattu au-delà de tout espoir, ce qui est évident, mais aussi qu’Il est sorti des profondeurs de la mort en conquérant, et qu’il est sorti de l’enfer même comme l’auteur de la vie éternelle.

Or tirer cette dernière phrase des paroles citées au v. 33 (ou de l’original en És. 53:8) n’a aucun fondement. Le prophète est bien loin d’affirmer ici que Christ devait être tiré de sa grande détresse par la main du Père pour être exalté. Ce n’est pas du tout ce qu’enseigne l’expression que Son jugement a été ôté. Le nouveau commencement d’une gloire à laquelle on ne s’attendait pas, se trouve ailleurs, non pas ici. Et l’exclamation du prophète dans la phrase suivante (« Sa génération, qui la racontera ? ») ne signifie pas non plus que Sa victoire se poursuivra au-delà de tout nombre d’années, au lieu de n’avoir qu’une courte durée. C’est à tort que plusieurs anciens commentateurs ont voulu prouver par ce passage la génération éternelle de la Parole, et que d’autres l’ont compris comme se rapportant à Son incarnation miraculeuse. Mais la pire des perversions est de déduire de ces passages que la vie de Christ durerait pour toujours ; car le passage dans son entier se rapporte exclusivement à Son humiliation.

La première phrase du v. 33 paraît exprimer qu’on se moquait de toute justice dans Son jugement ; la seconde parle de la méchanceté inexprimable de cette génération ; la troisième parle de la fin violente de Sa vie sur la terre, à laquelle Il s’est soumise, ce qui en a été l’épreuve. S’il s’était agi de Phil. 2:6-11 ou de l’ensemble du passage de És. 52:13 à 53, et non pas de ces deux versets seulement, Calvin aurait raison, mais ici il a manifestement tort. Ceci est confirmé par le texte hébreu qui n’admet pas plus que le grec la pensée d’une exaltation. Le Messie souffrant n’est vu qu’en Jésus qui, quoi qu’il Lui en coutât, a été le Sauveur du pécheur qui croit en Lui, malgré toute la contradiction possible que peut soulever Son propre peuple à l’encontre du récit béni du fidèle.

Le baptême suit l’ouïe de la foi. Aussi quand ils arrivent à de l’eau, l’étranger demande ce qui l’empêche d’être baptisé, et le privilège lui en est conféré sur le champ. Pareillement dans la maison de Corneille, Pierre demanda si quelqu’un pouvait l’empêcher, quand les Gentils avaient reçu l’Esprit Saint comme les Juifs croyants avant eux. Or la marque extérieure du baptême est pire que sans valeur si elle ne s’accompagne pas d’une soumission de cœur au Seigneur et à Sa grâce ; mais elle reste importante de beaucoup de manière, et non des moindres. La perte de la vérité du baptême est aussi manifeste chez ceux qui la méprisent que chez ceux qui l’idolâtrent. Ils ne voient pas que la vie n’est jamais attribuée au baptême ; mais c’est le salut qu’il fait ressortir, le lavage des péchés, et la mort au péché, la portion bénie à laquelle l’évangile rend témoignage en Christ mort et ressuscité pour le croyant.

Les saints de l’Ancien Testament avaient déjà la vie, sans rien avoir qui ressemble au baptême chrétien. Abel et Abraham avaient la vie, pas moins que le chrétien ; mais en vertu de l’œuvre accomplie par Christ, le chrétien a un salut d’âme, tandis qu’il attend que son corps soit sauvé et changé à la venue de Christ. Entre temps, le baptême est le signe de ce salut qu’aucun saint de l’Ancien Testament ne pouvait avoir ; c’est pourquoi maintenant le croyant se soumet à ce signe, comme une confession non seulement que Jésus est Seigneur, mais aussi de la délivrance par Sa mort et Sa résurrection. Ceux qui font de tout cela quelque chose de subjectif comme les Quakers, ou quelque chose d’objectif comme les catholiques, souffrent des conséquences de leurs erreurs. Ni les uns ni les autres ne détiennent doctrinalement le vrai privilège actuel du chrétien comme étant en Christ, délivré de toute condamnation (Rom. 8:1), affranchi de la loi du péché et de la mort (Rom. 8:2), et rendu parfait à perpétuité par une seule offrande, celle de Christ (Héb. 10:14). Pour le Quaker comme pour le Papiste, cette doctrine est dangereuse, car les deux soutiennent, quoique sur des fondements différents, que quiconque est justifié est sanctifié, et qu’on est aussi justifié selon la mesure où on est sanctifié, pas plus. C’est pourquoi les deux méconnaissent la Parole de Dieu, la prédication et la foi ; car les deux ignorent entièrement le don du Saint Esprit scellant le croyant pour le jour de la rédemption — les uns vantant le rituel et la prêtrise pour la glorification de l’Église, les autres se reposant pour tout sur ce qu’ils appellent la lumière intérieure, qu’ils prétendent être donnée à tout homme, Juif ou païen, mahométan ou chrétien, la destinée pour toujours résultant de ce qu’on fait de cette lumière intérieure. Ni les uns ni les autres n’acceptent la vie éternelle en Christ pour la foi ; ni les uns ni les autres ne voient, fondées sur l’œuvre de Christ, la quittance de notre ancien état comme enfants d’Adam, et l’entrée dans le nouvel état du Second Homme, dont le baptême n’est pas le canal, mais le symbole. C’est pourquoi ils ignorent, si même ils ne falsifient pas dans leurs citations, des passages de l’Écriture comme Col. 1:12, 13. Ils luttent pour être rendus dignes d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière ; ils espèrent être transportés dans le royaume du Fils de Son amour. S’ils avaient lu le baptême correctement, ils se réjouiraient dans le sentiment d’une délivrance présente et éternelle à la louange de Celui en qui ils ont cru.

S’ils sont de vrais croyants, ils sont faibles, c’est certain. Avec l’Éthiopien, tout était simple et assuré. Car ils descendirent tous deux à l’eau, Philippe et l’eunuque ; et il le baptisa (8:38). Il n’y avait aucunement la pensée d’aller devant une assemblée en Samarie. Le baptême est individuel, quel que soit le nombre des personnes qu’on baptise. L’église n’a rien à faire avec cela. Le Seigneur charge Ses serviteurs (non pas l’église comme telle) de baptiser, et ils Lui en sont responsable, comme ils le sont pour la prédication de la Parole. L’Église ne baptise pas, pas plus qu’elle ne prêche ni n’enseigne ; l’évangéliste le fait, quoiqu’il puisse demander à quelqu’un de le faire pour lui, comme Pierre commanda, un peu plus tard, que Corneille et les siens fussent baptisés au nom du Seigneur.

 

8.8   Ch. 8:39-40

« Et, quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, car il continua son chemin tout joyeux ; mais Philippe fut trouvé à Azot ; et en passant au travers [du pays], il évangélisa toutes les villes, jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée ».

Le miracle n’a fait qu’établir la foi du nouveau converti, et sans aucun doute c’est Dieu qui l’a opéré en vue de cet effet ; car il n’y a pas la moindre indication que Philippe l’ait désiré, et encore moins qu’il l’ait recherché dans la prière. C’était Dieu pour l’honneur de Son Fils en vertu de cette puissance de l’Esprit qui opérait alors sur la terre. Mais il y avait sûrement aussi une sage intention de grâce pour celui qui en a été témoin (et il n’était pas seul) dans son retour au pays natal avec l’évangile du salut. L’Éthiopie (Abyssinie) devait ainsi avoir la bonne nouvelle de Dieu concernant Son Fils, tandis que Philippe transporté à Azot, ou Asdod, continue avec la même simplicité de cœur à être un prédicateur infatigable de la grâce divine (8:40). Car passant au travers du pays, il évangélisa toutes les villes jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Césarée. C’est là que l’histoire inspirée montre qu’il vivait, avec ses quatre filles, longtemps après (21:8).