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Prophétie sur le Mont des Oliviers

 

Matthieu  24  et  25

 

William Kelly

 

L’original ne comprend que les quatre sections principales ; les autres sections et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

Bible Treasury vol. N4 p. 150, octobre 1902 ; édition en tiré à part en 1903

 

 

Tables des matières :

1     1° Partie : Les disciples Juifs — Matthieu 24:1-44

1.1      Plan général

1.2      Les disciples et le résidu futur

1.3      Chapitre 24 v. 1 à 2

1.4      Chapitre 24 v. 3 à 24

1.4.1      24:3-14

1.4.2      24:15-31

1.4.2.1    24:15

1.4.2.2    24:16-20

1.4.2.3    24:21-22

1.4.2.4    24:23-26

1.4.2.5    24:29-31

1.5      À propos de l’interprétation de l’Écriture : elle n’est pas scellée

1.6      Une prophétie pour des disciples Juifs

1.7      Sabbat et jour du Seigneur

1.8      Instructions pour des disciples Juifs — 24:20-22

1.9      24:23-26

1.10    24:28

1.11    24:29

1.12    24:30

1.13    24:32

1.14    24:32-36

1.15    24:37-41

1.16    24:42-44

2     La profession chrétienne — Matthieu 24:45 à 25:50

2.1      Passage de l’ordre juif au christianisme

2.2      Première parabole — 24:45-51

2.2.1      Ceux qui professent avoir une relation avec le Seigneur

2.2.2      Effets de ce que le cœur pense du retour du Seigneur

2.2.3      Espérance ou inquiétude à la pensée du retour du Seigneur

2.2.4      Effets de vues particulières sur la prophétie

2.2.5      La bienheureuse espérance

2.3      Parabole des dix vierges — 25:1-13

2.3.1      Caractéristique du chrétien : sortir à la rencontre de l’Époux

2.3.2      L’huile dans les vaisseaux

2.3.3      Les dons-signes — miracles

2.3.4      Le sommeil — Le cri de minuit et ses effets

2.3.5      Comment se procurer l’huile — Les vierges folles à la recherche d’huile

2.3.6      La porte fermée, mais le jugement ne fait pas partie de la parabole

2.3.7      Encore la portée de la parabole et des vierges

2.4      Parabole des Talents — 25:14-30

2.4.1      Portée de la parabole

2.4.2      Comparaison avec la parabole des mines de Luc 19

2.4.3      Comparaison avec la parabole du méchant esclave de Matt. 24

3     La portion Gentile — Matthieu 25-31-46

3.1      De qui parle ce passage ?

3.2      Un jugement des vivants et non pas des morts

3.3      Différence d’avec le jugement du grand trône blanc

3.4      Le critère de jugement

3.5      Nombre de classes de ceux qui comparaissent

3.6      Une jugement antérieur au millénium

3.7      Qui sont exactement ceux qui comparaissent ?

3.8      La foi opérante par l’amour

3.9      Différence d’avec les chrétiens

3.10    Ce n’est pas le jugement dernier

3.11    La prédication de l’évangile du royaume

4     La tribulation future

4.1      Tribulations pour les chrétiens

4.2      Qui sont les saints de la grande tribulation ?

4.2.1      1° réponse de l’Écriture : Daniel — les fils de ton peuple

4.2.2      Les disciples envisagés sont Juifs — comparaison des trois évangiles

4.2.3      2° réponse de l’Écriture : Apocalypse 7 — la foule innombrable de Gentils

4.2.4      3° réponse de l’Écriture : Apocalypse 3 — enlèvement prétribulationiste de l’église

4.2.5      Preuves d’ordre moral — les chrétiens ne peuvent avoir part à la grande tribulation

4.3      Aboutissement de la grande tribulation

 

 

1                    1° Partie : Les disciples Juifs — Matthieu 24:1-44

1.1   Plan général

 

Dans ce discours le Seigneur développe d’abord l’avenir des disciples juifs, puis celui de la profession chrétienne, et enfin celui de toutes les nations mises à l’épreuve avec l’évangile du royaume, avant que ne vienne la fin, et que Lui-même règne. Telles sont les divisions simples de ces deux chapitres ; elles correspondent tant à ce qui s’est passé qu’à ce qui se passera en réalité. Dans la sagesse du Seigneur, ce discours a eu pour point de départ la remarque des disciples attirant Son attention sur la splendeur des bâtiments dont leur cœurs ne s’étaient pas encore détaché. Ils croyaient que Jésus était le Christ et ils étaient nés de Dieu, mais leur cœurs étaient encore attachés aux espérances d’Israël, et cela demeurera même jusqu’au jour de Son ascension au ciel (Actes 1:6-11), bien qu’ils aient déjà fait de grands progrès lors de Sa résurrection d’entre les morts.

 

1.2   Les disciples et le résidu futur

 

Le Seigneur commence donc avec ses disciples au stade où ils en étaient ; or ceux-ci représentent assez bien ceux qui leur succéderont dans les temps futurs, quand le travail de rassemblement des chrétiens pour la gloire céleste aura été achevé, et que Dieu commencera à préparer son peuple sur la terre pour le règne et le retour du Fils de l’Homme. C’est aussi l’ordre historique. Il n’y a pas de meilleure division du sujet. Les disciples sont vus également dans cette relation-là tout au long de l’évangile en général, et spécialement lors de l’envoi des douze au chapitre 10 : « Ne vous en allez pas sur le chemin des nations, et n’entrez dans aucune ville de Samaritains ; mais allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Et quand vous irez, prêchez, disant : Le royaume des cieux s’est approché » (Matt. 10:5-7). Il est vrai que ces instructions ont été remplacées par le témoignage chrétien, comme nous le verrons de façon encore plus nette dans le discours sur la montagne des oliviers ; mais le verset 23 montre clairement que la mission juive reprendra au temps de la fin : « Car en vérité je vous dis : vous n’aurez point achevé de parcourir les villes d’Israël, que le fils de l’homme ne soit venu ». Le christianisme est une parenthèse.

Au chapitre précédent (ch. 23), le Seigneur venait de dire aux foules et à ses disciples : « Les scribes et les pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. Toutes les choses donc qu’ils vous diront, faites-les et observez-les ; mais ne faites pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas » (Matt. 23:1-3). C’est bien les disciples qui étaient clairement visés, non pas comme chrétiens, mais comme juifs ; le langage non équivoque des v. 34 à 42 le confirme. Aussi triste que doive être la rétribution, un changement aura lieu dans le peuple avant Son retour. « Voici, votre maison vous est laissée déserte, car je vous dis : Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Matt. 23:38-39). Ainsi la repentance d’un résidu sera l’étape préparatoire à Son retour. Certains souffriront jusqu’à la mort pour Son nom, d’autres seront préservés pour accueillir le Fils de l’Homme quand il viendra. Les Psaumes, les prophètes aussi bien que l’Apocalypse nous parlent de ces deux catégories.

 

1.3   Chapitre 24 v. 1 à 2

 

La première partie du discours (24:1-44) fait bien suite à cette fin du ch. 23.

« Et Jésus sortit et s’en alla du temple ; et ses disciples s’approchèrent pour lui montrer les bâtiments du temple. Et lui, répondant, leur dit : Ne voyez-vous pas toutes ces choses ? En vérité, je vous dis : Il ne sera point laissé ici pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas » (Matt. 24:1-2).

Le Messie rejeté prononce la sentence : elle était bien solennelle à entendre pour des Juifs croyants, qui regardaient justement au temple comme le grand témoignage public, ou extérieur, du seul vrai Dieu et de Son culte sur la terre. Il avait déjà été détruit, après l’apostasie des rois descendant de David, et après qu’il ait été converti en trône des idoles des Gentils. Pourtant, n’y avait-il pas eu un retour en grâce (non pas de tout Israël il est vrai, mais) d’un résidu juif de retour de Babylone pour reconstruire la ville et le temple, et attendre le Messie ? Hélas ! Celui qu’ils croyaient être le Fils de David, revêtu de l’onction, décrétait maintenant une nouvelle démolition qui ne devait pas tarder, et dont l’exécuteur serait la dernière puissance mondiale des Gentils (non pas la première). La raison de cette prochaine démolition n’allait pas être l’idolâtrie, mais d’abord le refus des Juifs de leur propre Éternel-Messie, suivi de la crucifixion par le moyen des Gentils : c’était là les deux reproches prédits si longtemps à l’avance par Ésaïe contre le peuple élu (ch. 40 à 48 pour les idoles, et ch. 49 à 57 pour le rejet du Messie).

 

1.4   Chapitre 24 v. 3 à 24

 

« Et comme il était assis sur la montagne des Oliviers, les disciples vinrent à lui en particulier, disant : Dis-nous quand ces choses auront lieu, et quel sera le signe de ta venue et de la consommation du siècle. Et Jésus, répondant, leur dit : Prenez garde que personne ne vous séduise ; car plusieurs viendront en mon nom ; disant : Moi, je suis le Christ ; et ils en séduiront plusieurs. Et vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres ; prenez garde que vous ne soyez troublés, car il faut que tout arrive ; mais la fin n’est pas encore. Car nation s’élèvera contre nation, et royaume contre royaume ; et il y aura des famines, et des pestes, et des tremblements de terre en divers lieux. Mais toutes ces choses sont un commencement de douleurs. Alors ils vous livreront pour être affligés, et ils vous feront mourir ; et vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors plusieurs seront scandalisés, et se livreront l’un l’autre, et se haïront l’un l’autre ; et plusieurs faux prophètes s’élèveront et en séduiront plusieurs : et parce que l’iniquité prévaudra, l’amour de plusieurs sera refroidi ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. Et cet évangile du royaume sera prêché dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la fin.

Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne), alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes ; que celui qui est sur le toit ne descende pas pour emporter ses effets hors de sa maison ; et que celui qui est aux champs ne retourne pas en arrière pour emporter son vêtement. Mais malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là ! Et priez que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat ; car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais. Et si ces jours-là n’eussent été abrégés, nulle chair n’eût été sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours-là seront abrégés. Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes ; et ils montreront de grands signes et des prodiges, de manière à séduire, si possible, même les élus » (Matt. 24:3-24).

 

1.4.1       24:3-14

 

Marc 13:3 nous apprend que ce sont Pierre, Jacques, Jean et André qui ont demandé quand ces choses — c.à.d la destruction du temple — arriveraient, et quel serait le signe de Sa venue et de la consommation du siècle. Dans l’évangile de Luc, nous trouvons la réponse complète à la première de ces questions, le renversement de la ville qui implique celui du temple, et Jérusalem foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que leurs temps soient accomplis. Ces temps ont commencé par le sac de Jérusalem par Titus, et Luc les distingue très nettement de la venue du Fils de l’Homme quand la rédemption des Juifs pieux approchera. Matthieu passe par-dessus la réponse à l’interrogation sur la ruine imminente, déjà donnée dans la parabole des noces (Matt. 22:7), et le Seigneur passe ici directement à la seconde question qui relie très justement le signe de Sa venue et l’achèvement du siècle. La prophétie n’est pas d’interprétation particulière [2 Pier. 1:20 : « Aucune prophétie de l’écriture ne s’interprète elle-même », voir note version JND].

Il est important de noter au v. 3 l’erreur inexcusable des versions anglaises, d’une part la version autorisée du Roi Jacques et d’autre part la version révisée. Elles ont confondu la « fin du siècle » avec la « fin du monde ». Il n’y a pas une ombre de fondement pour cette expression « fin du monde », car le siècle à venir (ou dispensation) de mille ans et plus, est postérieur au siècle qui dure encore, et antérieur à la scène éternelle. Ces choses étaient mieux connues même par les disciples encore pétris de leurs espérances et de leurs préjugés juifs, mais entièrement inintelligents des nouvelles relations du christianisme, vastes et célestes. Ceux-ci ne disent pas tou kosmou (« du monde »), mais tou aiwnoV (« du siècle ») ; et le Seigneur dans Matt. 13:38, 40 a bien mis en garde contre une telle confusion. Le champ semé était « le monde » ; le jugement sur l’ivraie et la manifestation du froment serait à la consommation du « siècle ». Le nouveau siècle [ou : nouvel age : millénium] sera caractérisé par le roi régnant en justice (És. 32:1), quand le royaume du Père sera établi en haut et le royaume du Fils de l’Homme ici-bas, et que sa volonté sera faite sur la terre comme au ciel (Matt. 6:10).

Le Seigneur donne d’abord un premier tableau général de la ruine qui va arriver. L’amélioration morale, la vérité qui va prévaloir, la paix pour l’humanité, étaient déjà et sont encore des rêves trompeurs contre lesquels il leur fallait être en garde. Son rejet allait ouvrir la porte à beaucoup de faux prétendants qui égareraient beaucoup de gens. On entendrait parler de guerres et de bruits de guerres. Il ne pourra en être autrement que quand Il prendra son grand pouvoir et régnera (Apoc. 11:17) comme le prédit Ésaïe. Ses disciples ne devaient pas être perturbés ni trompés par ces choses. De tels malheurs devaient avoir lieu à cause du rejet du roi. Mais ce n’était pas encore la fin. Car au lieu de ne plus apprendre la guerre comme quand Il viendra dans Son royaume (És. 2:4), au contraire nation s’élèvera contre nation, et royaume contre royaume ; à quoi se rajouteront des châtiments à caractère providentiel tels que famines, pestes et tremblements de terre en divers lieux. Pourtant ces choses ne sont que comme un commencement de douleurs de l’enfantement. Dans ce temps là ses disciples seraient des objets de persécutions, ils seraient trahis, et même tués par tous les Gentils à cause de Son nom. Pire encore, beaucoup seraient scandalisés, et il y aurait entre eux de la tromperie mutuelle et de la haine. Beaucoup de faux prophètes s’élèveraient et en égareraient beaucoup ; et à cause de l’abondance d’iniquité, l’amour de plusieurs serait refroidi. Mais celui qui persévérait jusqu’à la fin serait sauvé.

Dans ces versets les propos du Seigneur se rapportent à des âmes ayant une espérance juive, et mises à l’épreuve par l’opposition juive et l’incrédulité haineuse de toutes les nations ; celui qui persévèrerait reçoit une assurance spéciale. Le Libérateur viendrait en son temps (Rom. 11:26) ; mais on ne trouve pas un mot sur l’Église, et pas encore sur l’évangile dans sa profondeur. Pourtant « cet évangile du royaume sera prêché dans toute la terre habitée en témoignage à toutes les nations, et alors viendra la fin ». Ce témoignage est riche en fruit partout, mais sans un mot de plus quant à son effet. Le changement pour les morts et pour les vivants, pour les cieux et pour la terre, est réservé à Celui qui est digne, Christ rejeté, Christ lors de Sa venue.

Le fait remarquable évident est que le Seigneur voit devant lui les disciples juifs des premiers jours et leurs homologues aux temps de la fin, mais sans aucune allusion à la lumière chrétienne et aux privilèges chrétiens situés entre deux. Les Actes des apôtres et l’épître de Jacques donnent assez de preuves claires qu’à Jérusalem il y avait de l’obstination dans ce domaine ; cette obstination a souvent frappé les lecteurs chrétiens, la trouvant étrange, et elle a perduré non seulement après le grand jour de la première Pentecôte, mais aussi à la veille de la destruction de la ville et du sanctuaire. Peu avant ces derniers événements, l’épître aux Hébreux donnait l’avertissement final de Dieu, et la preuve que le système juif était désormais caduc pour le chrétien. C’est dans ce contexte qu’on peut comprendre comment le Seigneur a donné ses instructions aux disciples juifs avant que la fin ne vienne. Jusque là tout est assez général, mais à partir du verset 15 des choses beaucoup plus précises apparaissent, et le Seigneur lui-même se réfère au dernier chapitre de Daniel.

 

1.4.2       24:15-31

 

« Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont il a été parlé par Daniel le prophète, établie dans le lieu saint (que celui qui lit comprenne), alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes ; que celui qui est sur le toit ne descende pas pour emporter ses effets hors de sa maison ; et que celui qui est aux champs ne retourne pas en arrière pour emporter son vêtement. Mais malheur à celles qui sont enceintes et à celles qui allaitent en ces jours-là ! Et priez que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat ; car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais. Et si ces jours-là n’eussent pas été abrégés, nulle chair n’eut été sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours-là seront abrégés. Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes ; et ils montreront de grands signes et des prodiges, de manière à séduire, si possible, même les élus. Voici, je vous l’ai dit à l’avance. Si donc on vous dit : Voici, il est au désert, ne sortez pas ; voici, il est dans les chambres intérieures, ne le croyez pas. Car comme l’éclair sort de l’orient et apparaît jusqu’à l’occident, ainsi sera la venue du fils de l’homme. Car, où que soit le corps mort, là s’assembleront les aigles.

Et aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci, et la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors paraîtra le signe du fils de l’homme dans le ciel : et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront et verront le fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire. Et il enverra ses anges avec un grand son de trompette ; et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis l’un de bouts du ciel jusqu’à l’autre bout » (Matt. 24:15-31).

 

1.4.2.1              24:15

 

Nous voyons ici quelque chose de la marque terrible de l’iniquité juive avec son alliance coupable et fatale avec les nations, selon l’avertissement de Daniel. Il faut faire très attention ; car ceci avait aussi eu lieu par ordre d’Antiochus Épiphane longtemps avant la première venue du Messie. Une idole avait été établie dans le lieu saint, apportant la désolation sur tout ce qui était fait et présenté, et suscitant l’opposition sans compromis des Macchabées. Daniel 11:31 l’avait prédit entièrement et clairement, et les versets suivants annonçaient l’héroïsme pieux rejetant les abominations. C’est cette raison qui permet plus facilement de faire la distinction d’avec l’apostasie future, similaire mais encore plus monstrueuse. Jusqu’au verset 35 tout a été accompli ; mais dans ce verset 35, un blanc est sans aucun doute implicite, et cela conduit « jusqu’au temps de la fin », qu’on retrouve ici aussi dans l’évangile de Matthieu (24:13-14). Alors « le roi » (Dan. 11:36) des derniers temps apparaît, non pas « roi du Nord », comme Antiochus Épiphane en son jour, et encore moins « roi du Midi », mais un roi manifestement distinct de ces deux derniers. Car au temps de la fin, le roi du Midi heurtera contre lui, et le roi du Nord fondra sur lui (Dan. 11:40). Il est ainsi l’objet de l’hostilité de ces deux rois, et a pour sphère « le pays de beauté » entre ces deux puissances futures situées de chaque côté.

Sur un plan plus large, ce roi est aussi le grand ennemi religieux de l’Éternel et de son Christ. Durant son règne sur le pays d’Israël, il s’installera à la place suprême dans le temple de Dieu. Car il s’agit de l’homme de péché dont le portrait est dressé par l’apôtre en 2 Thes. 2, qui cite et applique les paroles de Daniel. En rapport avec cette abomination de la désolation future, le Seigneur se réfère à Daniel 12:11 qui y rattache une période de 1290 jours, et 45 jours de plus pour arriver au temps béni que la foi d’Israël attend. Alors le prophète lui-même se reposera et se tiendra dans son lot (Dan. 12:13). Mais il y a mieux : le Fils de l’Homme règnera non pas seulement sur Israël, mais sur tous les peuples, nations et langues : sa domination sera une domination éternelle qui ne passera pas et son royaume sera un royaume qui ne sera pas détruit (Dan. 7:14).

 

1.4.2.2              24:16-20

 

Le Seigneur donne l’acte public d’apostasie comme le signal d’une fuite immédiate. On sait que certains anciens ou modernes ont interprété cela en rapport avec Cestius Gallus ou de Titus, mais il est hors de question qu’il s’agisse de l’un ni de l’autre. Aucun d’eux n’a mis d’idole dans le lieu saint ; et tandis que l’un a laissé amplement du temps pour fuir sans précipitation aucune, l’autre n’a donné aucun délai. La ville a été encerclée et mise à sac, et, bien loin d’y établir une idole, le vainqueur a cherché en vain à épargner le temple d’une ruine totale par le feu.

Cette erreur d’interprétation provient de ce qu’on n’a pas vu que le but divin était de présenter en Luc 21:20-24 la prise de Jérusalem par les Romains et son résultat. Mais dans le passage correspondant des évangiles de Matthieu et Marc, le Seigneur passe par-dessus cet événement, et ne traite que de l’iniquité et de la tribulation futures et sans pareilles. Il est expressément dit qu’elles seront suivies « immédiatement » de Sa propre venue dans les nuées avec grande puissance et gloire, terminant les mauvais siècles de l’homme, et ouvrant le jour si longtemps désiré de l’Éternel. Luc omet cette crise terrible.

Si donc on ne peut pas se tromper sur le signal de la fuite, il n’y a pas plus d’ambiguïté sur les disciples dont le Seigneur parle : « Alors que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes ». Il ne peut s’agir de chrétiens, car ceux-ci auront été auparavant enlevés au ciel, comme nous le savons d’après d’autres écritures. Mais dès leur disparition, Dieu travaillera dans des âmes par Sa parole et Son Esprit pour avoir aussi un peuple terrestre ; et Il travaillera premièrement et spécialement parmi les Juifs, dont la masse sera alors trompée par l’Antichrist. Dans ce passage de Matthieu, il s’agit donc bien du résidu juif pieux. Le Seigneur souligne ici que le danger qu’il courront sera tellement imminent qu’il n’y aura pas de temps pour descendre du toit de la maison et entrer dedans pour y récupérer ses affaires : il faudra fuir sur-le-champ. Quand quelqu’un sera au champ, il ne faudra pas qu’il se retourne, même pour mettre son vêtement en sécurité. Il est touchant, dans une telle crise, de voir le Seigneur penser aux femmes gênées personnellement ou par leur bébé. Il insiste sur la prière pour que la fuite n’ait pas lieu en hiver ou de manière à déshonorer le sabbat. Un chrétien intelligent peut-il manquer de voir qu’il s’agit bien, ici, de Juifs pieux ? Depuis « le lieu saint » du verset 15 jusqu’au sabbat du verset 20, tout dirige les regards vers des disciples ayant cette nature de relation, dans ce temps futur et cette région limitée.

 

1.4.2.3              24:21-22

 

Telle est la tribulation qui vient ensuite (24:21, 22). « Vous avez de la tribulation dans ce monde » (Jean 16:33) est un principe qui s’applique aux chrétiens : mais il ne leur est jamais fait entrevoir de tribulation qui leur soit particulière ; ils doivent toujours s’y attendre. Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés (2 Tim. 3:12, 13). Par contre, durant les derniers 3 et 1/2 ans suivant l’établissement de l’abomination de la désolation dans le sanctuaire, il y aura une tribulation sans pareille, même pour les Juifs. Ce sera une action de Dieu en jugement par le moyen de leurs ennemis à cause de leur apostasie effrontée ; elle n’atteindra aucunement les chrétiens, sauf que ceux qui ne le sont que de nom y participeront complètement. Les Gentils comme tels y auront leur part ; selon Apoc. 7 une foule de fidèles sort de « la grande tribulation », ayant lavé leurs robes et les ayant blanchies dans le sang de l’Agneau. Les Juifs et les Gentils seront donc visités dans les derniers jours, chacun selon leur mesure propre, mais les chrétiens ne seront plus alors ici-bas puisqu’ils seront dans le ciel avec Christ. Ces jours-là seront raccourcis à cause des élus, autrement aucune chair n’aurait été sauvée. Les disciples dont le Seigneur parle ici sont des disciples Juifs, préservés sur la terre pour Son royaume, non pas des chrétiens : ceux-ci endurent la souffrance et règnent avec Lui après avoir été changés à Sa venue, ce qui n’est même pas implicite ici.

 

1.4.2.4              24:23-26

 

Les indications des versets 23 à 26 ne sont pas moins claires. Elles supposent des dangers spécifiques aux Juifs, et des tromperies spécialement éprouvantes, mais pas du tout le genre de difficultés auxquelles les chrétiens sont exposés. Nous savons en effet que quand le Seigneur Jésus viendra pour nous, nous serons tous changés, morts ou vivants, et nous serons enlevés à Sa rencontre en l’air. La révélation en est faite de manière tellement précise dans la 1° épître aux Thessaloniciens — pour corriger une erreur de cette assemblée qui venait juste de commencer à se rassembler au nom du Seigneur — qu’on a peine à concevoir maintenant un chrétien qui ne soit pas au courant de ces choses. C’est pourquoi si quelqu’un disait à un chrétien que Christ est ici ou là, à Rome ou à Londres, il rejetterait ces propos, et traiterait le prétendant comme un faux christ, et ses porte-parole comme des faux prophètes. Même de grands signes et des prodiges ne sauraient valider une telle prétention, en contradiction si flagrante avec la parole du Seigneur. Les croyants juifs, par contre, n’ont pas eu une telle promesse, et ont eu besoin de l’avertissement préalable du Seigneur pour être gardés de ces pièges, et ils en auront encore besoin. Si donc on leur dit « il est au désert » ou « dans les chambres intérieures », ils ne devront pas le croire. « Car comme l’éclair vient de l’Orient et apparaît à l’Occident ainsi sera la venue du fils de l’homme ». Ce n’est point la manière dont l’apôtre Jean décrit Sa venue pour nous recevoir auprès de Lui, l’époux accueillant l’épouse. Ce qui est décrit ici est tout l’opposé de cela : l’éclair brillant convient pour décrire Sa présence judiciaire en faveur de disciples Juifs assaillis par des ennemis Juifs et Gentils, eux-mêmes animés d’une rage et d’une haine sataniques. La figure qui y est jointe le confirme pleinement : « Où que soit le corps mort, là s’assembleront les aigles » ; ceux-ci sont les instruments rapides de vengeance divine sur la proie morte qui aurait dû être un témoignage vivant pour Dieu. Quel contraste avec Sa venue pour nous rassembler auprès de Lui ! Or celle-ci était justement le motif béni donné aux Thessaloniciens trompés pour les délivrer de leurs troubles provenant de fausses affirmations selon lesquelles le jour du Seigneur était là (2 Thes. 2:1, 2).

 

1.4.2.5              24:29-31

 

Le Seigneur déclare ensuite que « aussitôt après la tribulation de ces jours », il y aura un renversement total de l’ordre gouvernemental supérieur : le soleil, la lune et les étoiles, « et les puissances du ciel seront ébranlées », ceci étant des signes physiques du grand changement en cours pour la terre. « Et alors apparaîtra le signe du Fils de l’homme dans les cieux ». Son apparition là, en haut, sera le signe de Sa venue pour établir Son royaume et juger les vivants. « Et alors toutes les tribus du pays » (le contexte semble être plutôt en faveur de cette traduction plutôt que « toutes les tribus de la terre », le mot pouvant avoir les deux significations) se lamenteront : jamais pareil résultat n’est indiqué en rapport avec Sa venue pour enlever les chrétiens. « Car ils verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire ». Or le Seigneur fait plus qu’agir sur des hommes et par des hommes. Il a ses anges ; et c’est eux qu’Il enverra « avec un grand son de trompette, et ils rassembleront ses élus », c’est-à-dire ici, ceux d’Israël, aussi bien que de Juda, qui sont écrits dans le livre ; ils seront rassemblés « d’un des bouts du ciel jusqu’à l’autre bout ». Ceci est comparable avec ce qu’on trouve dans de nombreuses références des Psaumes et des prophètes, spécialement Ésaïe.

 

1.5   À propos de l’interprétation de l’Écriture : elle n’est pas scellée

 

Pour interpréter l’Écriture nous avons besoin d’une puissance et d’une sagesse supérieures à la notre. Nous ne pouvons pas la comprendre en forçant la serrure : il faut la clef — or c’est la grâce qui la donne en Christ tel que la Parole et l’Esprit de Dieu nous Le montrent. Si vous avez Christ par la foi, vous avez déjà la clef. Appliquez-Le avec foi à la Bible, et le Saint Esprit vous rendra capable de la comprendre. Ce n’est pas une question d’esprit supérieur ou de grande connaissance, — car beaucoup de gens instruits se sont montrés insensés dans leurs erreurs. Un saint tout simple, qui ne connaît rien de plus que sa langue maternelle, peut comprendre la Bible s’il se soumet en toute simplicité au Seigneur, et met sa confiance en Son amour. C’est ce que produit l’Esprit de Dieu : ceci, et ceci seul, rend les hommes humbles, en leur donnant une entière confiance en Dieu et en Sa parole, rejetant loin tout ce qui obscurcit, égare ou prétend dominer leur esprit.

Permettez un conseil d’ami : lisez l’Écriture avec prière, mais en la croyant, et vous comprendrez ce qui est infiniment meilleur que tout ce qu’on trouve dans les divers schémas des hommes. C’est exactement pareil pour l’interprétation de la prophétie que pour la doctrine. Personne ne convaincra un chrétien qu’une partie de la Parole de Dieu est scellée, et une autre ouverte. Il fut un temps où il en était ainsi. Quand Daniel reçut autrefois ces communications sur lesquelles le Seigneur attire l’attention, il lui fut dit de sceller le livre (Dan. 12:9) ; quand Jean fut appelé à avoir les mêmes communications, et même de plus grandes encore, il lui fut dit de ne pas sceller le livre (Apoc. 22:10). Peut-être l’avez-vous déjà remarqué, et vous en avez vu la raison. Le principe est le suivant : les saints juifs ne pouvaient pas entrer dans la vraie et complète signification du futur avant la venue de Christ, tout au moins avant que la fin ne soit là. En effet dans les derniers jours de ce siècle (avant le millénium), le résidu pieux comprendra ces choses, mais les méchants ne les comprendront toujours pas. Vous ne pouvez pas séparer la condition morale d’avec l’intelligence réelle de la Parole de Dieu. Or le chrétien a déjà non seulement Christ, mais l’Esprit en vertu de la rédemption ; et par conséquent il est appelé et qualifié à sonder toutes choses, mêmes les choses profondes de Dieu (1 Cor. 2:10). Maintenant, elles sont révélées, pleinement et définitivement, y compris les choses à venir.

Quand la grâce de Dieu donne la foi et le désir de faire la volonté de Dieu, alors les âmes deviennent capables de comprendre aussi bien la doctrine que la prophétie. Elles apprennent que toutes les pensées révélées de Dieu se focalisent sur Christ, non pas sur le premier homme. Si vous ne vous mettez pas à chercher dans la prophétie des allusions à l’Angleterre, ou à l’Amérique, au choléra ou à la maladie des pommes de terre, ou à tout ce qui se passe de votre temps, si vous êtes délivré par grâce de toute idée préconçue de ce genre, alors avec Christ comme l’objet de votre âme, vous avez la bonne condition morale, parce que vous n’êtes plus absorbé, ni gouverné ni aveuglé par les idées des hommes. C’est pourquoi la seule manière de comprendre une quelconque des parties de la Bible est justement, par grâce, d’abandonner votre propre volonté et vos préjugés pour Christ ; on peut ainsi tout affronter. Nous n’avons plus peur de ce que Dieu a à révéler, et nous ne cherchons plus à lire dans la Bible quoi que ce soit de notre cru, mais nous sommes contents d’en recueillir l’interprétation de Dieu. Que tels puissent être véritablement notre mentalité et l’effort vers lequel tendent nos âmes !

 

1.6   Une prophétie pour des disciples Juifs

 

Ce qu’on a vu ne montre-t-il pas clairement que le Seigneur Jésus parle à des disciples en relation avec le temple, la Judée et Jérusalem, mais non pas à des chrétiens ? Voici encore d’autres preuves. Il dit : « Et priez que votre fuite n’ait pas lieu en hiver, ni un jour de sabbat ». Le jour du Seigneur est notre jour, le premier jour de la semaine. Les Juifs gardaient, et avec raison, les sabbats de l’Éternel. À cet égard, les langages européens sont plus corrects que la langue commune en Angleterre. La langue du pape, l’Italien, fait bien la distinction, elle parle toujours du samedi comme le jour du sabbat, et du dimanche comme le jour du Seigneur. Il est très curieux qu’il en soit ainsi là où règne tant d’obscurité sur presque tout.

 

1.7   Sabbat et jour du Seigneur

 

En Angleterre il y a longtemps eu beaucoup de confusion à propos du sabbat et du jour du Seigneur. Que cette remarque ne choque personne, car il s’agit d’une vérité certaine et importante. Le jour du Seigneur diffère du sabbat :

·       non pas par un moindre degré de sainteté, mais par un degré plus grand,

·       non pas par une prétendue liberté des chrétiens de faire leur propre volonté les autres jours, — mais par un appel à faire la volonté du Seigneur ce jour-là dans une séparation complète pour Sa gloire, à faire les saints services qui honorent Dieu par des œuvres de foi et du travail d’amour (1 Thess. 1:3).

En bref le jour du Seigneur diffère essentiellement du sabbat en ce qu’il est le jour de la grâce et non pas de la loi, le jour de la nouvelle création et non pas de l’ancienne. Saisir ce point se traduira par des différences importantes dans le cœur et dans la pratique.

Supposez qu’un chrétien ait la force de marcher 30 km le jour du Seigneur, et de prêcher l’évangile six ou sept fois : serait-il coupable de transgresser la volonté de Dieu ? Personne n’oserait le penser, ici, j’espère. Pourtant si je suis réellement sous la loi du sabbat, qu’est-ce qui peut m’absoudre des obligations propres à ce jour ? Tous ceux qui sont sous la loi sont sous contrainte dans des limites bien précises. Les Juifs étaient-ils libres d’utiliser le sabbat pour un travail sans fin, même pour agir positivement et sciemment en bonté ? Nous avons à obéir selon la relation où nous sommes placés.

Il est vrai que le Fils de l’Homme est Seigneur du sabbat, mais les disciples juifs sont-ils aussi seigneurs du sabbat ? Vous n’êtes pas libre de faire ce que vous voulez, même si c’est le meilleur possible : les Juifs sont soumis à une règle stricte en rapport avec ce jour. Si le sabbat est votre jour, vous êtes tenus de le garder comme tel. Mais vous, chrétien, comme vous avez affaire avec le jour du Seigneur, cherchez à en comprendre la signification, et soyez vrais en rapport. Sans aucun doute le jour du Seigneur est le jour consacré au culte et au service du Seigneur. Ce n’est pas le dernier jour d’une semaine laborieuse, un jour de repos que vous partagez avec votre bœuf ou votre âne. C’est un jour consacré au Seigneur Jésus, spécialement pour la communion avec les Siens dans le monde. Il n’y a pas de péché à travailler avec ardeur pour les âmes ce jour-là ; au contraire un tel travail dans le Seigneur est bon et béni partout où il y en a, si c’est Lui qui dirige tout (c’est bien ce dont nous avons besoin).

 

1.8   Instructions pour des disciples Juifs — 24:20-22

 

Mais aux disciples juifs envisagés dans ce chapitre, il est dit de prier pour que le moment de leur fuite précitée n’ait pas lieu en hiver ou un jour de sabbat : un jour d’hiver les gênerait sérieusement à cause du temps, et un jour de sabbat restreindrait le trajet possible selon la mesure autorisée ce jour-là. Or en quoi ceci peut-il affecter des chrétiens ? Même les chrétiens d’origine juive ne sont plus soumis à de telles restrictions. En fait, le Seigneur ne parle pas de disciples chrétiens, mais de disciples juifs futurs, assujettis à la loi et à son rituel, et animés d’espérances juives.

Il est dit ensuite : « Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et qu’il n’y en aura jamais » (Matt. 24:21). Tout ceci est très clair. Il n’est pas question de choses célestes, mais de Son royaume. Les personnes dont il s’agit cherchent à vivre ici-bas et à être les sujets du règne béni de gloire quand le Seigneur viendra. Il s’agit de gloire sur la terre, et non pas dans le ciel. « Car à cause des élus ces jours-là seront abrégés » (Matt. 24:22).

 

1.9   24:23-26

 

« Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes ; et ils montreront de grands signes et des prodiges, de manière à séduire, si possible, même les élus. Voici, je vous l’ai dit à l’avance. Si donc on vous dit : Voici, il est au désert, ne sortez pas ; voici, il est dans les chambres intérieures, ne le croyez pas » (Matt. 24:23-26).

Il est clair et certain que les élus ici sont des Juifs. Un chrétien ne peut guère être trompé par de telles rumeurs, même un instant. Cela est pourtant bien considéré comme un danger considérable pour les disciples, selon le Seigneur Jésus. C’est que, étant Juifs et non pas chrétiens, ils pourraient être trompés par des cris annonçant Sa présence ici ou là sur la terre, tandis qu’aucun chrétien ne court un tel danger s’il attend le Fils de Dieu du ciel. Les disciples juifs y étaient, par contre, bien exposés. En effet, ils attendaient la venue du Seigneur sur la terre, et savaient que Ses pieds se tiendraient en ce jour-là sur la montagne des Oliviers (Zach. 14:4). De telles tromperies pouvaient donc bien les affecter. Mais il n’en est pas ainsi du chrétien. Il sait que sa part est d’être avec le Seigneur dans le ciel, et qu’il va être enlevé de ce monde en l’air pour rencontrer le Seigneur en haut. Or les tromperies dont il est question dans ce chapitre 24, ne s’adressent qu’à des gens qui attendent de rencontrer le Seigneur sur la terre. Toute la scène jusqu’ici est relative à des instructions du Seigneur données à des disciples en relation avec Jérusalem et la Judée, et elle n’a rien à faire avec des chrétiens qui s’attendent à rejoindre le Seigneur en haut.

On trouve ensuite une raison pour laquelle même des disciples Juifs ne devaient pas prêter l’oreille à de pareils bruits. « Car comme l’éclair sort de l’orient et apparaît jusqu’à l’occident, ainsi sera la venue du Fils de l’Homme » (Matt. 24:27). Certains commentateurs ont appliqué tout ceci à la conquête romaine ; mais l’armée de Titus n’est pas venue de l’est, ni comme un éclair, et elle n’a pas brillé jusqu’à l’ouest. C’est plutôt le contraire qui serait une figure correcte si les romains étaient visés ici. Le Seigneur Jésus a fait des mises en garde de manière très précise contre les fausses interprétations des hommes. La venue du Fils de l’Homme sera quelque chose de très différent, et surprendra tout le monde comme l’éclair. Il ne sera pas question d’aller ici ou là pour Le chercher.

Le Seigneur a donné ces points de repère prophétiques, comme des panneaux indicateurs bien établis, ce qui nous empêche d’être ballottés ça et là par tout vent de théorie. Nous pouvons voir clairement ce que l’Esprit a mis devant nous. Aucun passage n’a été omis sciemment, et on n’a pas fait violence au texte. Le seul désir est celui de donner le sentiment clair, précis et positif, de la pensée du Seigneur comme Il l’a communiquée par Ses propres paroles. Les disciples en ont fourni l’occasion pour d’autres qui se trouveraient en gros dans leur situation, en Judée à la fin du siècle.

 

1.10                   24:28

 

Il est dit e ensuite : « Où que soit le corps mort là s’assembleront les aigles » (Matt. 24:28).

Ceci s’applique-t-il à l’église ou au chrétien, et que faut-il en faire ? L’église est-elle le corps mort ? Nous avons entendu quelque chose d’encore plus épouvantable. Des gens sont allés jusqu’à prétendre que c’était le Seigneur ! Voilà le résultat où on aboutit quand on interprète la prophétie sur une base fausse. Dès les premiers temps de l’église, les pères grecs et latins ont enseigné ces idées étranges, voire profanes. Beaucoup d’autres ont suivi leurs traces depuis, jusqu’aux temps modernes. Ces idées rustres sont à la fois irrespectueuses et entièrement hors de place. Un chrétien intelligent peut-il nier que ce sont des interprétations téméraires et indignes, quelle que soit la manière dont on prenne le corps mort (selon leur schéma), qu’on l’applique à l’église ou au Seigneur ? L’église unie à Christ par le Saint Esprit est Son corps (swma) : c’est un privilège merveilleux et une vérité bénie : l’église peut-elle être alors un corps mort (ptwma) ? Sûrement pas ; elle est Son corps vivant, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous (Éph. 1:23). Le Seigneur ne peut pas non plus être regardé comme un corps, ni mort ni simplement vivant, car Il est la Tête ressuscitée et glorifiée. Le Seigneur un corps mort ! Quels sont ces rêves ?

Mais tout cet effort d’interprétation repose sur une base fausse. On n’arrive pas à une signification cohérente de ce passage si on l’interprète en rapport avec l’église. Par contre, dès l’instant où on l’applique au peuple juif, il devient étonnamment vrai. La masse des Juifs sera en effet apostate à ce moment-là. Les aigles, ou les vautours, qui se rassemblent là, sont des figures du jugement divin exécuté sur le peuple coupable (*) par le moyen des nations hostiles de la terre. Quels que soient les instruments, ce sont les jugements de Dieu exécutés à ce moment là. Si les chrétiens étaient le corps mort, ils devraient être l’objet du jugement, car c’est sur lui que se rassemblent les aigles, figures des exécuteurs du jugement. Mais ceci n’a aucun rapport avec la venue du Seigneur pour le chrétien. Les chrétiens ne peuvent pas plus être les aigles ni des instruments de vengeance divine. Accepter pour eux cette représentation ou celle du corps mort, oblige à abandonner tout ce qui est la vérité et le caractère de l’appel du chrétien. Les saints transmués monteront sans aucun doute à la rencontre du Seigneur ; mais serait-il alors, Lui, le corps mort, et l’église les aigles ? Dans un tel schéma, on est forcé de choisir la moins mauvaise des interprétation ; c’est le cas, en général, pour les interprétations erronées. Mais faites l’application à ce que le Seigneur avait en vue, et toutes les discordances s’effacent. C’est le critère de la vérité scripturaire : quand les hommes insistent sur une fausse interprétation, le témoignage général de l’Écriture en est rendu confus, ou disloqué, ou contredit.

 

(*) Cela illustre l’importance d’exposer justement la parole de vérité, autrement dit, de découper droit la Parole (2 Tim. 2:15). C’est en négligeant ce point que le doyen Alford a écrit que l’accomplissement final de cette prophétie vise le monde entier, car c’est lui qui est maintenant le corps mort (ptwma). C’est confondre, dans ce discours, la partie juive avec celles concernant la chrétienté et les Gentils, qu’on trouve ensuite et séparément. Les jugements respectifs à chacun des cas n’ont pas le même caractère, et sont bien sûr, appliqués différemment et décrits différemment.

 

1.11                   24:29

 

Le Seigneur ajoute ensuite : « Et aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil sera obscurci, et la lune ne donnera pas sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées » (Matt. 24:29)

C’est ici que débutent les paroles du Seigneur sur Son retour personnel, selon l’opinion courante (soutenue par le doyen Alford et d’autres). Mais cette interprétation renverse deux choses : elle détruit la force de l’expression « immédiatement après la tribulation de ces jours-là » au début de ce v. 29, et elle rompt la relation avec ce qui est la vraie transition vers les derniers jours, au v. 15, qui introduit les détails précis de cette époque-là, dans leur ordre (v. 15-26) ; ce verset 15 semble aussi dire que ces détails ont lieu en même temps que la prédication (v. 14) de l’évangile du royaume dans toute la terre habitée en témoignage à toutes les nations, « et alors viendra la fin ». Ensuite viennent les événements dans le temple, en Judée, et des préoccupations strictement juives à la fin des siècles. La référence à Dan. 12:11 le démontre clairement, car le prophète nous dit que « depuis le temps où l’[holocauste] continuel sera ôté et où l’abomination qui désole sera placée, [il y aura] 1290 jours » avec, au v. 12, un supplément de 45 jours pour compléter l’introduction du temps de bénédiction. Que les hommes comptent comme ils veulent à partir du siège de Titus, 1335 années à la place de 1335 jours n’amène à rien de tel.

Quand le point de départ est erroné, toutes les manières de corriger sont vaines. Il s’agit réellement de la dernière crise, encore future, à Jérusalem et dans les environs, bien qu’il semble que l’évangile du Royaume continue à être diffusé par des Juifs pieux en dehors de cette zone, sur toute la terre à peu près à la même époque, les durées en jours mentionnées dans le prophète Daniel étant littéralement des jours de 24 h. comme ici au verset 22. Ce qui a induit en erreur bien des gens, c’est d’avoir confondu le langage et la vérité des passages commençant en Matt. 24:15 et Marc 13:14 (qui sont relatifs à des événements entièrement futurs) avec ceux, très différents, de Luc 21:20-24 qui est entièrement passé, hormis Jérusalem foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. En Luc 21 il s’agit exclusivement et sans équivoque du sac de la ville par les Romains, et des conséquences jusqu’à aujourd’hui, la référence au futur ne commençant en Luc 21 qu’à partir du v. 25. C’est une erreur de mélanger l’épisode romain de Luc avec la description manifestement différente de Matthieu et Marc qui l’omettent, et qui convergent directement et seulement sur le futur. Ces deux premiers évangiles parlent de l’abomination de la désolation et d’une tribulation sans pareille, sur lesquelles Luc garde le silence. Mais Luc parle des Romains assiégeant Jérusalem et de la désolation qui s’y lie, dont Matthieu et Marc ne disent pas un mot. Luc ne dit donc rien de cette tribulation sans pareille, mais il parle « de jours de vengeance… et d’une grande détresse sur le pays et de la colère contre ce peuple » (Luc 21:22-23). Les autres évangélistes sont entièrement silencieux sur le massacre épouvantable par les armées romaines, et l’envoi en captivité parmi toutes les nations ; ils ne disent rien non plus sur ce fait remarquable, et si long dans sa durée, de Jérusalem foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que leurs temps soient accomplis, ce qui n’est pas encore achevé. Il y a autant de soin dans la présentation de ce fait par Luc — bien cohérente avec le dessein de l’Esprit dans cet évangile — que dans l’omission de ce même fait par Matthieu et Marc — qui se concentrent sur les horreurs sans précédent du futur, omises par Luc.

Quant à la scène finale, elle est décrite par les trois évangiles, sauf que Luc ne dit pas « immédiatement après la tribulation de ces jours-là », puisqu’il n’a pas du tout fait allusion à cette tribulation-là. Par contre Luc rejoint Matthieu et Marc au sujet des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, tout en notant, à son habitude, l’état moral plus que Matthieu et Marc. Ensuite tous ces évangélistes parlent de la venue du Fils de l’Homme sur une nuée avec puissance et une grande gloire ; Luc seul ajoute « Quand ces choses commenceront à arriver, regardez en haut, et levez vos têtes parce que votre rédemption approche » (Luc 21:28). Peut-on être si rempli de préjugés pour ne pas voir que les saints célestes que Luc a en vue ici ne sont pas les saints célestes ? Nous chrétiens, avons en effet déjà, en Christ, la rédemption par son sang, la rémission de nos fautes (Éph. 1:7), alors que ceux dont il est parlé ici doivent encore attendre Son royaume pour en jouir.

La présentation de Luc a d’autant plus de valeur qu’elle permet d’établir la vraie force de l’expression « cette génération ne passera pas que toute ces choses ne soient arrivées » (Matt. 24:34) ; et parmi « ces choses », il y a la fin de la suprématie Gentils sur Israël et sur Jérusalem. Le désir de limiter le sens de « cette génération » dans ce passage-ci, à la destruction de la ville par les Romains est ainsi à rejeter tout à fait. Ensuite à la consommation des siècles, l’empire romain reconstitué ne sera pas opposé aux Juifs apostats, mais plutôt du même coté que l’Antichrist, le roi de Palestine qui fait sa volonté (Dan. 11:36), quand, au temps de la fin, le roi du nord « fondra sur lui comme un vent de tempête, avec des chars et des cavaliers et avec beaucoup de navires » (Dan. 11:40). Mais ils périront tous les uns après les autres, de manière terrible, vaincus par le Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Ces versets parlent incontestablement de temps futurs ; or, pour quiconque connaît un peu les prophètes, le futur prouve de manière encore plus décisive l’impossibilité d’interpréter les aigles comme représentant les armées romaines du passé, ou selon une idée encore plus enfantine, comme symbolisant l’église ou les chrétiens dans le futur — le résultat implicite et insultant de cette idée étant que le corps mort représenterait le Seigneur de gloire.

 

1.12                   24:30

 

« Et alors paraîtra le signe du fils de l’homme dans le ciel : et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront » (Matt. 24:30).

Le Fils de l’Homme apparaissant dans le ciel est, je présume, le signe de Sa venue pour exercer Ses droits sur la terre. Il ne s’agit pas ici des croyants montant à la rencontre du Seigneur avec joie, mais des tribus de la terre, ou au moins du pays, se lamentant quand le signe apparaît.

« Et ils verront le Fils de l’Homme venant sur les nuées du ciel, avec puissance et une grande gloire. Et il enverra ses anges avec un grand son de trompette ; et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis l’un des bouts du ciel jusqu’à l’autre bout » (Matt. 24:31). Ce verset donne aussi un éclairage de toute importance pour décider que la venue du Fils de l’homme est en rapport avec le pays, Israël (au moins les élus), et non pas du tout pour recevoir les saints célestes pour se les associer avec Lui dans la maison du Père.

Il n’est pas contestable que ce Fils de l’homme est vu venant sur les nuées du ciel, avant même d’envoyer ses anges rassembler des quatre vents les élus dont il est question ici. Or il est positivement révélé par l’apôtre Paul (Col. 3:4) que « quand Christ qui est notre [ou : votre] vie, sera manifesté, alors (tote, et non pas eita) vous aussi vous serez manifestés avec Lui en gloire ». Ce n’est pas au moment où nous serons changés et pris pour rencontrer le Seigneur en l’air (1 Cor. 15:52 ; 1 Thes. 4:17), mais quand nous serons manifestés avec Lui en gloire. Les saints célestes sont déjà avec Lui, quand Il vient judiciairement comme Fils de l’Homme ; car exécuter le jugement est la fonction qui Lui a été attribuée en tant que tel (Jean 5:27). Les saints célestes sont déjà avec Lui, non pas transportés à ce moment-là, eux qui sont appelés, élus et fidèles (Apoc. 17:14). Il ne s’agit donc pas d’anges, mais de saints, car les anges ne sont ni « appelés », ni qualifiés de « fidèles ».

Nous lisons en effet en Apoc. 19:14 que les armées qui sont dans les cieux Le suivront sur des chevaux blancs, vêtues de byssus blanc et pur, ce qui représente les justices des saints selon l’interprétation donnée juste avant. Les vêtements des anges sont en lin pur et brillant selon Apoc. 15:6. Les anciens, qui représentent les saints comme chefs de la sacrificature royale, sont vus en haut depuis Apoc. 4 jusqu’au ch. 19. Dans ce ch. 19, ils apparaissent d’abord en qualité d’épouse pour les noces de l’Agneau en haut, et ensuite ils L’accompagnent en tant qu’armées quand Il sort du ciel pour juger et faire la guerre en justice. C’est donc contraire à l’Écriture que nous puissions être sur la terre et Le voir apparaître comme le Fils de l’Homme glorieux dans le ciel, venant juger les vivants. Nous serons alors au contraire manifestés ensemble avec Lui, quand Il sera manifesté en gloire.

Le Seigneur l’avait déjà exprimé avant que Paul n’écrive 1 et 2 Thessaloniciens et 1 Corinthiens 15 et Colossiens 3. Mais bien que ces paroles aient été prononcées oralement, Jean 14 n’a été écrit que longtemps après le départ de Paul pour être avec Christ, et Apocalypse ch. 4 à 19 l’a été encore plus tard. Les Écritures révèlent que Christ viendra certainement pour transmuer et transporter en haut les saints célestes — selon qu’Énoch (Jude 14) et Zacharie (14:5) l’ont dit, ces saints viendront avec Lui : cette vérité est répétée par l’apôtre en 1 Thes. 3:13 et 4:14 — puis dans les versets 15 à 17, il continue par une nouvelle révélation pour expliquer que cela aura lieu par le moyen de Sa venue pour eux, Lui descendant du ciel avec un cri de commandement qui les rassemblera en un instant autour de Lui. Il est clair, dès lors, que « les élus » (Matt. 24:31) rassemblés ultérieurement après l’apparition du Seigneur, ne sont pas des saints célestes, mais plutôt Son peuple restauré, le noyau d’un Israël pieux ; cela s’accorde avec le contexte.

Trop de gens insistent beaucoup sur le fait que ceux qui sont rassemblés sont « Ses élus ». N’allez pas trop vite, mes amis. Les « élus » ne sont pas nécessairement des chrétiens. Si on parle d’élus maintenant, c’est bien. Mais Dieu n’avait-il pas des « élus célestes » avant même qu’il y ait des chrétiens ? Et après l’enlèvement au ciel de ces derniers, n’y aura-t-il pas des élus sur la terre ? Le Seigneur allait-il faire le vide et appeler cela la paix ? Dieu n’a-t-il plus le droit de faire grâce sur la terre, au motif que Sa souveraine grâce nous a donné, à nous et aux saints de l’Ancien Testament, nos places respectives dans le ciel ? Il y a eu des élus Gentils au temps des patriarches, et plus tard encore. Prenez Job par exemple, et ses amis sans doute pareillement : n’étaient-ils pas des élus ? Melchisédec, Jéthro et d’autres, n’étaient-ils pas des élus ? Faut-il énumérer les élus d’Israël du passé ? Nous trouvons clairement des élus Gentils, aussi bien que Juifs et chrétiens. Quand nous lisons un texte au sujet du christianisme, alors le terme élu doit être expliqué en rapport avec les chrétiens ; si nous lisons un texte au sujet d’un état juif, alors la phrase s’applique à l’élection des Juifs ; et ainsi pareillement avec les nations. Il faut se laisser guider par le contexte. Ici, comme le Seigneur est simplement en train de parler d’Israël, il n’y a pas d’ambiguïté de sens. Quand « ses élus » sont nommés, Il veut parler des élus parmi ceux qui ont été décrits, c’est-à-dire Israël. Ce n’est pas faire des règles arbitraires. N’est-ce pas en réalité un principe très clair et nécessaire pour exposer un sujet ?

Dans tout le contexte le Seigneur parle d’Israël et des espérances d’Israël. L’expression « ses élus » doit donc être interprétée en rapport avec l’objet en vue. Les élus sont rassemblés « d’un bout des cieux à l’autre », mais pour la terre, non pas pour le ciel (comparer Ésaïe 27 et 65 ; Romains 9:5, 7 et 28).

 

1.13                   24:32

 

« Mais apprenez du figuier la parabole » (Matt. 24:32). Le figuier est un symbole bien connu d’Israël comme nation. C’est une confirmation de ce qui a été déjà dit. Dans l’évangile de Luc où le Seigneur a en vue les Gentils aussi bien que les Juifs, Il emploie précisément ce symbole, mais élargi d’une manière remarquable : Il dit « le figuier et tous les arbres » (Luc 21:29). Il n’est pas parlé de ces derniers dans Matthieu, parce ce que le passage concerné ne vise que les Juifs. Mais en Luc, Il se réfère aux Gentils aussi bien qu’aux Juifs ; c’est pourquoi le Seigneur ajoute : « et tous les arbres ».

 

1.14                   24:32-36

 

« Mais apprenez du figuier la parabole qu’il vous offre : quand déjà son rameau est tendre et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche. De même aussi vous, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que cela (ou : qu’il) est proche, à la porte. En vérité, je vous dis : Cette génération ne passera point que toutes ces choses ne soient arrivées » (Matt. 24:32-34).

Remarquez l’expression « toutes ces choses », depuis les premiers troubles jusqu’aux derniers, et le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. Il est clair ici que l’expression « cette génération » ne peut pas signifier, comme certains le prétendent, une simple période de trente ans ou une durée de vie d’homme. La phrase signifie, comme il est fréquent dans l’Écriture, une lignée marquée par certains caractères moraux entièrement indépendants d’une courte période de temps. C’est dans les Psaumes qu’on trouve particulièrement l’usage de ce mot « génération ». Un texte suffira à le démontrer de manière convaincante. Au Psaume 12:7 nous lisons : « Toi Éternel ! tu les garderas, tu les préserveras de cette génération, à toujours ». « Cette génération » est supposée subsister dans le temps ; or c’est une génération mauvaise, qui n’a pas de foi, obstinée et qui rejette Christ. « Cette génération », ou la race des Juifs non croyants, ne passera pas tant que ces choses n’auront pas eu lieu. Ainsi la même génération qui a crucifié le Seigneur de gloire continue d’exister, et sera encore là quand Il viendra sur les nuées du ciel.

Quelques-uns d’entre vous ont probablement lu, dans une revue respectable, un article qui a eu quelque retentissement. Il vante que les Juifs du jour actuel sont réellement ceux du temps de notre Seigneur ― une race généreuse et noble de cœur (bien qu’ils aient fait cette erreur !), formant contraste avec leurs ancêtres rustres du temps de Moïse etc. Hélas pour l’appréciation de l’homme ! Quelle confession que « cette génération » n’a pas passé ! Il sont encore le même peuple orgueilleux, rempli de propre justice, et rejetant Christ comme autrefois.

Mais la grâce de Dieu en fera une génération nouvelle, « la génération à venir » (Ps. 22:31 ; 78:6). Le Seigneur jugera les non croyants à la fin, s’occupant d’eux en justice, après une longue et immense patience, et délivrant un résidu pieux dans Sa grâce. Le Messie a de grandes choses en réserve pour Israël. Il y aura en effet une double mouvement, d’une part la masse d’entre eux comblera la coupe d’iniquité que leurs pères ont commencée ; et d’autre part le résidu deviendra la semence sainte, l’Israël du jour millénaire. C’est aux premiers qu’il est fait allusion dans les paroles : « cette génération ne passera pas que toutes ces choses ne soient arrivées ». « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Mais, quant à ce jour-là et à l’heure, personne n’en a connaissance, pas même les anges des cieux, si ce n’est mon Père seul » (Matt. 24:35, 36).

 

1.15                   24:37-41

 

La comparaison suivante (v. 37-41) n’a rapport ni avec le figuier ni avec rien du monde physique. C’est une figure tirée des voies de Dieu dans l’Ancien Testament. « Mais comme ont été les jours de Noé, ainsi sera aussi la venue du fils de l’homme. Car, comme dans les jours avant le déluge on mangeait et on buvait, on se mariait et on donnait en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et ils ne connurent rien, jusqu’à ce que le déluge vint et les emporta tous, ainsi sera aussi la venue du fils de l’homme. Alors deux hommes seront au champ, l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée » (Matt. 24:37-41).

S’il s’était agi de saints célestes, Énoch aurait été un type approprié ; mais comme le Seigneur a en vue des saints qui ne sont pas enlevés, mais portés à travers les eaux du jugement, c’est Noé qu’Il choisit avec à propos comme modèle du résidu qui sera sur la terre.

On retrouve à nouveau un contraste direct et évident avec le massacre aveugle et la captivité infligés par les Romains aux Juifs. Il y a ici, au contraire, une discrimination rigoureuse : un homme est pris et l’autre laissé, une femme est prise et l’autre laissée. Le Seigneur opèrera avec un discernement parfait dans chaque cas : ce n’est pas ce qu’ont fait les Romains, ni aucune armée qui ait jamais pris une ville. Il est bien connu qu’en pareilles circonstances, on ne pense guère à faire des discriminations : on ne peut guère les éviter, si même on en avait le temps. Habituellement il y a un bain de sang complet, et souvent l’esclavage. C’est ce qui a spécialement eu lieu lors du sac de Jérusalem par Titus. Hélas ! de telles mœurs peuvent se reproduire aujourd’hui. Mais quand le Seigneur Jésus viendra pour le jugement des vivants, ce sera exactement l’inverse. L’un, homme ou femme, sera pris pour le jugement, et l’autre sera laissé pour la bénédiction dans le pays.

 

1.16                   24:42-44

 

Le Seigneur achève cette partie de sa prophétie en disant : « Veillez donc ; car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur vient. Mais sachez ceci que si le maître de la maison eût su à quelle veille le voleur devait venir, il eût veillé, et n’eût pas laissé percer sa maison. C’est pourquoi, vous aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le fils de l’homme vient » (Matt. 24:42-44).

Ici se clôt la portion de prophétie qui a trait aux Juifs. Elle a commencé par traiter du résidu juif, parce que c’est ce qu’étaient encore les disciples en réalité, même croyants. Christ les prend tels qu’ils étaient à ce moment-là — nous savons bien qu’ensuite ils sont pourtant devenus chrétiens, et sont alors passés dans une nouvelle relation. Ils avaient déjà foi en Lui ; mais au lieu qu’Il commence à régner et à les bénir sur la terre, un autre ordre de choses a été fondé en relation avec Son ascension au ciel. C’est pourquoi ces mêmes disciples ont été intégrés dans une nouvelle forme de relation avec Dieu, dont le Saint Esprit envoyé ici-bas a été la puissance. Ils ont été enseignés à attendre, non plus la restauration du royaume par le Seigneur comme leur espérance propre, mais au contraire la venue du Seigneur pour les recevoir auprès de Lui, les prendre et les emmener dans la maison du Père dans les cieux. Telle est l’espérance chrétienne ; c’est ce qu’ils attendent. Le Seigneur les appelle d’entre toutes les familles de la terre pour Lui-même. Ils avaient attendu le Seigneur pour les établir sur la terre jusqu’au jour où le Seigneur est monté pour envoyer ici-bas le Saint Esprit.

Le christianisme est ainsi arrivé comme un pont-levis qu’on aurait ouvert pour les faire passer dans un domaine entièrement nouveau. C’est comme si, d’un côté du pont-levis, il y avait les disciples du commencement, et de l’autre côté, les disciples de la fin. Le pont-levis s’abaisse, et la chose nouvelle, l’église, passe dessus. C’est l’appel des chrétiens hors du monde, de ceux qui sont appelés en un seul corps, attendant jusqu’à ce que Christ vienne les recevoir auprès de Lui, et les prendre pour être là où Il est. Après avoir accompli la rédemption, le Seigneur Jésus s’est d’abord assis Lui-même dans les cieux. Les disciples sont ainsi devenus célestes (1 Cor. 15:48) et ont été transformés spirituellement (2 Cor. 3:18). Finalement, à Sa venue, le Seigneur Jésus les sortira entièrement de leur environnement naturel, et les transformera en la conformité de son corps de gloire (Phil. 3:21). L’état de choses sur la terre depuis la rédemption, et jusqu’à ce qu’Il vienne nous prendre pour être avec Lui en haut, est appelé, bien à propos, christianisme [Christianity, non pas Christianism ni Christendom].

On est d’accord que les saints d’autrefois, d’avant le christianisme, participeront à la résurrection, et brilleront aussi à la ressemblance de Christ, mais une différence énorme est intervenue entre temps. Depuis la croix, nous sommes introduits dans le salut, avec des relations nouvelles en union avec Lui. Le Saint Esprit donne une puissance nouvelle et incomparablement supérieure à ceux qui sont maintenant rassemblés à Son nom. Il est possible qu’Abraham, Isaac, Jacob aient été plus fidèles que beaucoup d’entre nous, peut-être plus que la plupart. Nous ne pouvons pas nous placer bien haut quant à nous-mêmes, mais nous nous glorifions en Dieu (Rom. 5:11) et de ce que Christ nous a donné. C’est Lui qui a réellement apporté « la grâce et la vérité » (Jean 1:17), ce qui rend notre infidélité encore plus manifeste ; car plus les privilèges chrétiens sont grands, plus notre infidélité est mesurée strictement. Mais l’espérance ne nous rend point honteux parce que l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Rom. 5:5).

Il est très frappant de voir apparaître ici l’expression « le fils de l’homme », qui n’est plus reprise ensuite que dans la troisième section, quand toutes les nations comparaissent. On verra en effet plus loin que la seule phrase contenant ce titre dans la portion relative aux chrétiens (25:13 ; versions selon le « Texte Reçu ») est illégitime. En Dan. 7 ce titre est utilisé quand Il vient s’occuper des puissances des nations (en particulier la dernière) en vue de délivrer le peuple juif et d’introduire Sa domination universelle sur tous les peuples et les langues. Ce titre est en rapport avec Sa présence sur la terre, et ne s’élève pas à Sa gloire céleste, ni à notre association avec Lui là-haut. Il fallait donc qu’il y ait la partie intermédiaire du grand discours, où le Seigneur communique à ceux qui l’entendaient autant qu’ils pouvaient le supporter, laissant au Saint Esprit envoyé ultérieurement du ciel le soin de les conduire dans toute la vérité (Jean 16:13). C’est dans cette partie que se montrent le manque de foi et d’espérance même chez ceux qui sont indiscutablement des saints, spécialement ceux qui s’appuient sur le frêle roseau des traditions humaines contre lequel le Seigneur a dirigé ses flèches les plus acérées.

 

2                    La profession chrétienne — Matthieu 24:45 à 25:50

2.1   Passage de l’ordre juif au christianisme

 

À partir d’ici le Seigneur commence à découvrir une chose nouvelle, ce dans quoi les disciples allaient entrer. C’est évidemment le bon ordre. Le Seigneur avait commencé avec eux au stade où ils en étaient, et les mène alors à ce qu’ils allaient bientôt devenir, et aux nouvelles relations avec Christ mort et ressuscité, quand une puissance nouvelle leur serait donnée par le Saint Esprit. En signe de cela, vous noterez que le Seigneur ne fait plus allusion à la Judée, ni au temple ni aux prophètes ni au sabbat. Le Seigneur élargit maintenant ses propos en donnant des paraboles de nature générale, avec des vues d’ensemble, qui s’appliquent valablement partout, à Tombouctou comme à Jérusalem. Elles se rapportent au christianisme. Ce que Christ est venu établir par la mission du Saint Esprit, sur la base de Sa mort et Sa résurrection, n’est pas un de ces systèmes étroits des hommes, ni l’une de leurs vastes associations mondaines. Le christianisme n’est exclusif de rien, sinon du péché ; il est l’expression pratique de Christ, non seulement en grâce et en vérité, mais en effet pratique. Le Seigneur marque avec précision ce développement vers des principes plus larges de nature morale, embrassant tous les disciples chrétiens, n’importe où dans le monde et n’importe quand, jusqu’à ce qu’Il vienne. D’où ces trois paraboles qui en sont caractéristiques.

 

2.2   Première parabole — 24:45-51

2.2.1       Ceux qui professent avoir une relation avec le Seigneur

 

La première parabole est celle de l’esclave prudent en contraste avec le méchant. Il est question de service fidèle dans la maison, du devoir du plus élevé comme de celui qui est le plus bas ; mais il n’est pas question de l’activité excellente usant de dons spirituels variés et chacun trafiquant avec les biens du Seigneur, comme dans la parabole des talents au chapitre 25. La forme est très frappante. Nous avons une profession, vue comme n’étant qu’une, mais exercée et s’achevant très différemment ; tout ceci en relation avec le Seigneur, et non pas avec Israël comme précédemment.

« Qui donc est l’esclave fidèle et prudent, que son maître a établi sur les domestiques de sa maison pour leur donner leur nourriture au temps convenable ? Bienheureux est cet esclave-là que son maître, lorsqu’il viendra, trouvera faisant ainsi. En vérité, je vous dis qu’il l’établira sur tous ses biens. Mais si ce méchant esclave-là dit en son cœur : Mon maître tarde à venir, et qu’il se mette à battre ceux qui sont esclaves avec lui, et qu’il mange et boive avec les ivrognes, le maître de cet esclave-là viendra en un jour qu’il n’attend pas, et à une heure qu’il ne sait pas, et il le coupera en deux et lui donnera sa part avec les hypocrites : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Matt. 24:45-51).

C’était autre chose qu’avec la nation. Dans le judaïsme, il y avait auparavant une masse énorme non croyante ; elle tombait dans l’idolâtrie et dans toutes sortes de méchanceté, persécutant même les frères fidèles. Mais l’une des caractéristiques de la chrétienté est que tous professent Christ, que ce soit vrai ou faux ; c’est la raison pour laquelle elle est présentée ici comme un tout, ce qui est assez frappant. Le Seigneur, dans la parabole, dit que l’esclave fidèle et prudent sera établi sur tous Ses biens. Bienheureux est cet esclave-là que son maître, quand il viendra, trouvera faisant ainsi. C’est là la responsabilité de tous dans la maison. C’est pourquoi Il continue en disant : « mais si ce méchant esclave… » etc. Ils sont ainsi vus globalement, ce qui est surprenant. Qu’est-ce qui fait basculer vers la ruine ? C’est qu’« en son cœur », le méchant esclave dit : « mon maître tarde ». Il ne s’agit pas simplement d’une idée sur Sa venue : chacun aime avoir ses propres notions sur ce sujet, et prétend avoir les meilleures. Mais ceci se rapporte à ce qui est profond et réel, l’indifférence de cœur vis-à-vis de la venue du maître. Le méchant esclave dit dans son cœur « mon maître tarde à venir ». Il croit ce qu’il désire, et ce qu’il désire est que le Seigneur retarde sa venue.

 

2.2.2       Effets de ce que le cœur pense du retour du Seigneur

 

Il est très touchant de voir que c’est cette pensée du cœur repoussant Son retour qui, selon le Seigneur, est source de suppositions à l’intérieur, et de laxisme à l’extérieur. Ce méchant esclave, dès qu’il dit dans son cœur (c’est la réalité) : « mon maître tarde », il se met à battre ceux qui sont esclaves avec lui, et à manger et à boire avec les ivrognes. Quel contraste avec Christ, et quel reniement pratique à Son égard ! Cela ramène le professant au niveau du monde, qui opprime en s’exaltant lui-même, acceptant la fréquentation étroite des impies et des immoraux. C’est pourquoi la part qui lui est attribuée à la venue du Seigneur, est avec les hypocrites. Le Seigneur ne le traite pas en Juif ou en Grec, mais selon sa responsabilité.

Quelle différence avec l’esclave fidèle et prudent ! Il attend et soupire après le Seigneur parce qu’il aime Celui qui nous a aimés le premier. C’est pourquoi il faut bien distinguer l’espérance de Christ d’avec la prophétie. On peut être très versé dans les questions prophétiques, et ne pas avoir cette espérance ; on peut avoir le cœur rempli de cette espérance, et ne pas connaître la prophétie. Il ne sert à rien de chercher à écarter les avertissements solennels au sujet de ce qui va éclater sur le monde de manière inattendue. Ce dont le chrétien a besoin, et à quoi il est appelé immédiatement après avoir cru en Christ pour avoir la vie et la rédemption, c’est d’attendre le Fils de Dieu venant du ciel, et cela va de pair avec le culte, le service et la marche. Si vous aimez quelqu’un, vous vous réjouissez de le voir. L’absence d’une personne aimée est éprouvante. Il peut y avoir de très bonnes raisons pour le retard, mais en tout cas celui-ci exerce la patience. L’espérance du retour proche d’un être aimé est la plus grande joie du cœur.

 

2.2.3       Espérance ou inquiétude à la pensée du retour du Seigneur

 

Le Seigneur donne ce sentiment d’espérance de Son prochain retour, et le fortifie. C’est l’espérance normale du chrétien : non pas le royaume, mais Christ. Certes il peut être entravé par certaines notions de prophétie, mais il y a, malgré tout, dans le cœur de tout vrai chrétien, un désir véritable de la venue de Christ. Toutefois, quand l’âme n’a pas la paix par le moyen du plein évangile, on a peur. Ceux qui en sont responsables sont ceux qui répandent un évangile incertain ; en maintenant ainsi les âmes dans la peur, ils font le plus grand tort à la grâce de Dieu. Ces propos ne visent pas ceux qui, carrément, falsifient Christ ou son œuvre, mais ceux qui ne prêchent qu’un évangile partiel, craignant de faire ressortir la pleine valeur du sacrifice de Christ et la parfaite délivrance que Sa mort et Sa résurrection ont opéré pour le croyant. Le résultat de telles carences dans l’enseignement est de rendre le chrétien plus prompt à s’alarmer qu’à se réjouir de l’espérance de la venue prochaine de Christ.

Ils ne reconnaissent pas le fait que, si Christ est agréé devant Dieu, le chrétien l’est aussi. Ils n’ont pas appris la vérité que, par sa mort, le Seigneur a non seulement effacé leurs péchés, mais a aussi entièrement condamné leur nature pécheresse — tout ceci afin qu’ils marchent maintenant dans l’Esprit, et qu’ils soient ensuite transformés en la parfaite conformité à l’image de Christ, en résurrection, à Sa venue (Rom. 8:1-4, 11, 29).

Y a-t-il un risque d’exagérer ce que Christ a opéré pour le croyant ? Si vous vous reposez sur Sa rédemption, toutes les difficultés du côté de Dieu disparaissent. Tout ce qui reste, c’est la nécessité d’un jugement quotidien de soi-même à l’égard de tout ce qui n’a pas été en accord avec l’œuvre de Christ, le devoir de Le servir maintenant, et la joie, celle d’être avec Lui et de Le voir bientôt, et d’adorer dès maintenant et pour toujours par grâce. Il a tout fait pour chacun de nous pour nous amener à Dieu, nous retirant de tout mal. Comment le croyant ne s’en réjouirait-il pas en Lui ? C’est pourquoi tous les chrétiens, n’importe où et n’importe lesquels, ont droit d’avoir joie et bonheur à la perspective de Sa venue, même si elle est malheureusement obscurcie pour beaucoup.

 

2.2.4       Effets de vues particulières sur la prophétie

 

Malgré toutes leurs notions imparfaites, il est certain que tous les chrétiens aiment Christ ici-bas, et en principe l’attendent. Dire cela ne plaira peut-être pas à certains de nos amis, prémillénaristes zélés, mais cette espérance est sûrement la part de tout cœur chrétien. Le mettriez-vous en doute pour S. Rutherford ? ou feu S. Waldegrave ? Pourtant le système de ce dernier, dans son livre « le Millénarisme moderne », était largement contraire à l’Écriture. Il croyait en effet que le temps de la première résurrection était terminé, et que nous sommes maintenant dans le court espace de temps avant que Christ s’asseye sur le grand trône blanc (Apoc. 20:11) ; c’est cela qu’il appelait Sa venue, quand les cieux et la terre auront disparu !

Certaines vues fausses sur la prophétie sont une entrave. Mais de même que la nouvelle nature se tourne vers Christ, de même elle soupire après le moment où nous serons pour toujours avec le Seigneur. Attendre Christ implique d’attendre Sa venue ; mais dès qu’on y met des formes précises et des propositions logiques, on a vite fait de faire des dégâts. Si on cherche à prouver que beaucoup de chrétiens ne s’attendent pas à la venue du Seigneur, on trouvera beaucoup de raisons pour le soutenir. Mais d’un autre côté, si on est comme un enfant, Dieu donne assez de preuves que, malgré tous les obstacles, ceux qui sont de Christ s’attendent à cette venue, et fondamentalement, soupirent après elle.

Que les enfants de Dieu se débarrassent de ces nuages de vapeurs nocives et malsaines qui s’élèvent constamment entre le Seigneur et eux. Qu’ils chérissent dans leurs âmes l’espérance qu’Il leur a donnée. — Si vous mettez le millénium au premier rang, il devient difficile de voir la venue de Christ avec clarté ; il agit comme un voile qui ternit l’espérance de ce jour-là. Il peut ne pas en détruire l’espérance, mais l’attente de Sa venue en est rendue nécessairement imparfaite. — Si c’est la grande tribulation que vous mettez au premier rang, elle aussi rabaisse la perspective, et affaiblit grandement l’espérance ; elle occupe du mal qui grandit, produit un effet déprimant, et remplit le cœur de troubles en rapport avec le jugement, et y jette son ombre de désolation. — Ce sont des erreurs de théoriciens. Les uns mettent une fausse attente entre vous et la venue du Seigneur, et entre-temps cela excite des rêveries en rapport avec l’attente de ce jour. Les autres produisent une sorte de cauchemar spirituel, un sentiment oppressant à la pensée que l’Église doit traverser une crise si redoutable.

Soyez assurés, mes frères, que l’Écriture nous délivre des rêves et des cauchemars. Elle donne au croyant le droit d’attendre Christ avec la simplicité d’un enfant, étant parfaitement convaincu de la vérité de la Parole de Dieu autant que de notre bienheureuse espérance. Il y aura un royaume de Dieu glorieux, mais c’est le Seigneur Jésus qui l’introduira à Sa venue. Sans aucun doute la grande tribulation arrivera, mais non pas pour le chrétien. Quand il est question de Juifs, elle se comprend facilement : pourquoi la grande tribulation vient-elle sur eux ? À cause de l’idolâtrie, oui, à cause de l’adoration de la Bête et de l’Antichrist. Pour eux c’est une rétribution morale, mais le chrétien n’en est pas affecté directement. Les malheurs prédits tombent sur les nations apostates et les Juifs apostats. Ceux qui auraient dû être les témoins de l’Éternel et de son Christ tomberont finalement dans le terrible piège d’accepter qu’on mette l’abomination dans le sanctuaire de Dieu.

 

2.2.5       La bienheureuse espérance

 

Quel rapport y a-t-il entre cela et l’attente de Christ par le chrétien ? La prophétie de notre précieux Sauveur laisse de côté toute allusion à quelque chose de particulier pour Israël. Sa venue sera certainement l’occasion d’un jugement solennel de tous ceux qui pervertissent la grâce et se livrent à l’injustice : ils recevront une sentence d’autant plus sévère que l’évangile révèle parfaitement Dieu en lumière et en amour, ce dont ils abusent au profit de la licence de la chair. Sur ce sujet, les Pères de l’Église enseignaient des choses fausses et profanes, mais l’Écriture enseigne au chrétien non seulement d’attendre Christ comme son espérance normale et précieuse, mais aussi d’attendre Son apparition et Son royaume quand alors la volonté mauvaise aura été redressée, la justice récompensée et le mal écrasé pour toujours, à Sa gloire et à Son honneur. Oui nous aimons Son apparition et Son royaume, quand les orgueilleux auront été abattus, que les débonnaires hériteront de la terre, et que Satan aura été mis de côté et que le Seigneur aura été exalté publiquement, en l’absence de tout rival ou ennemi. C’est une bienheureuse espérance ; mais nous avons quelque chose d’encore meilleur et plus élevé : être avec Lui là où Il est, pour voir Sa gloire que le Père lui a donnée parce qu’Il l’a aimé avant la fondation du monde (Jean 17:24).

 

2.3   Parabole des dix vierges — 25:1-13

 

Nous arrivons maintenant à la parabole des dix vierges. Elle est essentielle pour détacher le chrétien de la pensée que la première partie du discours le concerne : une telle idée pervertit complètement son jugement. Nous avons vu en effet qu’elle présente spécifiquement le peuple juif. Cette parabole est une similitude future du royaume des cieux.

« Alors le royaume des cieux sera fait semblable à dix vierges qui ayant pris leurs flambeaux (*), sortirent à la rencontre de l’époux. Et cinq d’entre elles étaient prudentes, et cinq folles. Celles qui étaient folles, en prenant leurs flambeaux, ne prirent pas d’huile avec elles ; mais les prudentes prirent de l’huile dans leurs vaisseaux avec leurs flambeaux. Or, comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Mais au milieu de la nuit il se fit un cri : Voici l’époux ; sortez à sa rencontre. Alors toutes ces vierges se levèrent et apprêtèrent leurs flambeaux. Et les folles dirent aux prudentes : Donnez-nous de votre huile, car nos flambeaux s’éteignent. Mais les prudentes répondirent, disant : Non, de peur qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt vers ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous-mêmes. Or, comme elles s’en allaient pour en acheter, l’époux vint ; et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces ; et la porte fut fermée. Ensuite viennent aussi les autres vierges, disant : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! Mais lui, répondant, dit : En vérité, je ne vous connais pas. Veillez donc ; car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Matt.25:1-13).

 

(*) WK traduit flambeaux là où JND traduit lampes

2.3.1       Caractéristique du chrétien : sortir à la rencontre de l’Époux

 

Une autre erreur court de notre temps, opposée à la première, et selon laquelle la parabole des dix vierges ne s’applique pas spécialement aux chrétiens. Nous affirmons au contraire que cette parabole n’a rien à faire directement avec le résidu juif ; en effet, celui-ci n’est pas appelé à sortir pour aller à la rencontre de l’époux, ni ne pourrait avoir de l’huile dans ses vaisseaux, et il ne sera pas exposé à la tentation de s’endormir. Les Juifs devront ou bien demeurer là où ils sont, ou bien s’enfuir pour échapper à la mort s’ils refusent l’idolâtrie. Ceux qui survivent pour assister à l’apparition du Seigneur et être eux-mêmes délivrés, ne recevront le Saint Esprit qu’après Son apparition. Tout ceci forme contraste avec la position chrétienne. Mais beaucoup de ceux qui ont été des disciples juifs sont devenus chrétiens dans le vrai sens du terme, selon l’usage qu’en fait Pierre dans sa première épître, et Luc dans les Actes. Dans cette parabole le Seigneur montre le royaume des cieux fait semblable à dix vierges. Toutes sortent pour rendre leur témoignage à Christ comme le flambeau donne de la lumière. Elles devaient briller comme des lumières dans le monde. Chaque vierge a pris sa lampe et est sortie à la rencontre de l’époux.

Or ceci est une caractéristique chrétienne. L’Israélite ne se séparait pas du monde : il en était la tête (Deut. 28:13). Le chrétien, lui, sort à la rencontre de Christ qui est allé au ciel. S’il était Juif auparavant, il laisse derrière lui ses anciennes associations et ses anciennes espérances. S’il était du monde des Gentils, le plus grand des grands personnages ou l’homme de la plus basse extraction, il abandonne son ancienne condition, soit l’obscurité, soit la grandeur. Le chrétien oublie de bon gré tout ce qui est du monde. Il est appelé à sortir de tous les pièges pouvant saisir ou fasciner le cœur de l’homme. Le chrétien a un nouvel objet qui l’absorbe entièrement, et cet objet c’est Christ, — Christ dans la joie et la bénédiction célestes. Ce n’est pas le juge qui vient traiter le cas des méchants. Si le chrétien sort à la rencontre de l’Époux, cette parabole donne-t-elle une image de terreur ? Certes, le chrétien sait que le même Jésus qui est l’Époux sera aussi le Juge ; il sait bien que Jésus va renverser tout ses opposants. Mais ce n’est pas pour les mêmes personnes qu’Il est Juge et Époux, pas plus que ce ne sera au même moment. Quel sens y aurait-il à faire une pareille confusion ? C’est à bon escient que le Seigneur introduit la si belle figure de l’Époux pour les chrétiens qui L’attendent.

Mais il y a encore d’autres éléments importants. Parmi les personnes qu’on trouve ici, certaines sont vraies, d’autres fausses. Elles ne sont pas présentées comme formant un tout unique, et l’idée d’une épouse (*) n’est pas le but de la parabole. Quand nous parlons de chrétiens réels ou de nom, nous ne pensons pas à l’unité, mais aux individus qui sortent. Christ voulait présenter la profession chrétienne : voilà pourquoi il introduit des vierges folles aussi bien que des sages. Il voit donc les chrétiens comme professant Son nom, soit en vérité soit faussement, mais il ne considère pas l’épouse de l’Agneau. Ce qui caractérise ici les chrétiens, c’est le fait de quitter tout objet terrestre pour sortir à la rencontre de l’Époux. Même le Juif le plus attaché à son ancienne religion (or l’ancienneté de leur religion pouvait faire pâlir d’envie toutes les autres), quand il devient chrétien, il laisse tout pour sortir vers Christ, comme le dit Hébreux 13:13 : « portant Son opprobre ».

 

(*) Il est pourtant étrange que cette idée soit appuyée par deux manuscrits à lettres onciales (D et X), huit en écriture courante, et plusieurs versions anciennes, y compris l’Itala et la Vulgate, outre des Pères grecs et latins : ils représentent les vierges comme allant à la rencontre de « l’Époux et l’épouse ». Bien sûr ce n’est qu’une fausse interpolation. S’il y avait eu la mention d’une épouse, l’attention aurait été détournée de l’achèvement parfait de la parabole, et cela aurait mis de la confusion, car les dix vierges qui sortent à la rencontre du Seigneur figurent les chrétiens réels ou de nom.

On a le même grand principe ici. Comme le chrétien, même Juif, est appelé à laisser derrière lui l’ancien ordre de choses, ainsi pareillement les vierges sortent à la rencontre de l’Époux. Cinq d’entre elles étaient sages, et cinq folles. Les folles prennent leurs flambeaux, mais sans huile, tandis que les prudentes prennent de l’huile dans leurs vaisseaux avec leurs flambeaux.

 

2.3.2       L’huile dans les vaisseaux

 

Le résidu juif à la fin du temps pourrait-il avoir de l’huile dans ses vaisseaux ? Ils n’auront jamais cette onction tant que le Seigneur Jésus ne sera pas venu répandre l’Esprit sur eux. Car il est bien connu que l’huile est une figure de la puissance du Saint Esprit. Ce n’est pas simplement le lavage de la régénération par le Saint Esprit (Tite 3:5), si vital soit-il — le résidu juif l’aura sans aucun doute. Ils auront réellement le cœur purifié par la Parole. Mais les disciples juifs de la fin du temps ne recevront pas l’effusion de l’Esprit avant l’apparition du Seigneur : il leur faudra attendre ce jour-là. La puissance du Saint Esprit ne sera sur eux que lorsque le royaume sera venu. Une fois convertis, ils accueilleront le Seigneur de cœur, et diront : « Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ». Ils traverseront ensuite un profond travail intérieur. Selon Zacharie 12, ils se lamenteront comme on se lamente pour un fils unique quand ils verront le Seigneur Jésus. En ce jour-là, une source sera ouverte à Jérusalem pour le péché et pour l’impureté (Zach. 13:1), mais la puissance du Saint Esprit ne sera donnée qu’après qu’ils aient vu le Seigneur. C’est là une différence avec le chrétien, qui reçoit l’huile ou l’onction de la part du Saint alors que le Seigneur est encore invisible et en haut. Le résidu juif ne le recevra que quand le Seigneur sera de retour.

Encore une fois, dans le cas du résidu juif, on ne voit pas du tout quelque chose qui corresponde aux dix vierges, une catégorie entière de gens sortant à la rencontre de l’Époux. Les disciples Juifs ne quitteront pas Jérusalem avant la mise en place de l’idole, avant que la tribulation soit imminente : alors seulement ils s’enfuiront de devant la puissance de l’ennemi et de ses terribles conséquences de la part de Dieu. C’est une fuite devant le fléau qui inonde (És. 28:18) comme rétribution et comme jugement à cause de l’iniquité du peuple. Il ne s’agit pas du tout de sortir à la rencontre de l’Époux dans une joyeuse espérance, comme dans notre parabole.

Le chemin et l’espérance du chrétien ne ressemblent pas à cela. Qu’il fasse jour ou nuit, le chrétien sort à la rencontre de l’Époux. Quelle est l’espérance chrétienne caractéristique ? C’est d’avoir un objet et un appel révélés dans le ciel, depuis le ciel, et pour le ciel. Cet objet c’est Christ, le Béni dont la grâce a été démontrée, et dont on attend la venue : c’est pourquoi le chrétien sort à la rencontre de l’Époux. Il n’en est pas ainsi du résidu juif ; ils attendent de voir le Seigneur venant les délivrer par l’abaissement de leurs ennemis. Comme Christ est monté au ciel, ainsi le chrétien attend d’être enlevé du monde ; le saint Juif attend la venue du Seigneur dans le monde avec un caractère judiciaire, ce que nous attendons aussi, sans aucun doute. La Parabole parle seulement du chrétien, et ne se réfère en aucune manière au résidu juif.

Voyons encore d’autres preuves. Il est dit que les vierges sages ont pris de l’huile dans leurs vaisseaux, mais non pas les folles. Ceci règle la question posée par une autre erreur. Plusieurs ont supposé que les vierges folles étaient des chrétiens qui ne sont pas pré-millénaristes. C’est attribuer une valeur tout à fait excessive à des notions correctes sur la prophétie. Bien d’accord que ceux qui attendent la venue du Seigneur avant son règne font preuve d’un jugement correct, tandis que ceux qui mettent le millénium avant la venue du Seigneur se trompent complètement. Mais comment être favorable à ceux qui mésestiment pareillement les chrétiens qui n’ont pas été enseignés comme vous et moi ? Ce sont des illusions d’auto-encensement, des manifestations creuses qui sentent la secte ou une école particulière. Nos meilleures bénédictions sont celles que Dieu confère à Ses enfants, au corps de Christ, et en d’autres termes à tous ceux en qui le Saint Esprit habite, et qui se reposent sur Christ et sur Sa rédemption. Voilà les personnes dont les vierges sages sont la figure. Le Saint Esprit est la source divine soutenant le témoignage, aussi bien que la puissance divine pour comprendre la Parole de Dieu et avoir communion avec le Père et le Fils.

Les vierges folles n’ayant jamais eu d’huile dans leurs vaisseaux, certains se demandent comment elles pouvaient avoir des flambeaux allumés. La réponse est facile. Elles pouvaient y mettre du feu, ce n’est pas compliqué. Les vierges folles ne sont pas de réels chrétiens. Le chrétien le plus faible, comme le plus fort, a de l’huile. L’apôtre Jean le dit, non pas aux pères ni aux jeunes gens, mais aux petits enfants. Il dit que le plus faible d’entre eux a l’onction de la part du Saint (1 Jean 2:27). Ceux qui n’ont pas d’huile ne peuvent pas être chrétiens au sens réel, complet et divin de ce nom. C’est pourquoi l’erreur en cause est un mal plus grave que la pensée de mettre le millénium avant ou après la seconde venue de Christ. Le cœur des vierges folles est étranger à la grâce du Seigneur : c’est un sujet plus important que des notions justes sur la parole prophétique.

Si vous avez Christ, si vous connaissez le sang d’aspersion, si vous vous reposez sur un Sauveur crucifié et ressuscité, vous avez sûrement de l’huile dans vos vaisseaux ; vous n’êtes pas l’une des vierges folles. Leur folie consistait dans une carence bien plus profonde que celle d’avoir un schéma prophétique juste ou faux. La vie religieuse des vierges folles était superficielle, non pas nécessairement hypocrite, mais bercée d’illusion, ignorant Dieu et Sa grâce. N’ayant donc pas l’Esprit de Christ, elles ne faisaient pas partie des Siens (Rom. 8:9). Les vierges folles n’avaient pas le Saint Esprit demeurant en elles : c’est ce que le Seigneur veut dire et ainsi qu’Il les traite.

 

2.3.3       Les dons-signes — miracles

 

Nous pensons souvent aux grands privilèges des premiers chrétiens ; nous voyons bien des passages de l’Écriture qui s’appliquent pleinement à eux, mais dont seul le principe est pour nous. Soyons attentifs au fait qu’il y a d’autres écritures dont l’application directe est plus positivement pour nous maintenant. C’est ce qu’on peut appeler une compensation divine. Nous ne pouvons que prendre l’esprit général de ce qui était dit aux Corinthiens. Ils avaient par exemple des langues et d’autres puissances miraculeuses parmi eux. Or nous ne les avons pas, c’est clair — seuls quelques enthousiastes prétendent les avoir. Hélas ! partout où on prétend avoir les dons-signes, on trouve bientôt qu’ils sont faux, ou pire.

Dieu, pour des raisons très sages, ne s’est pas plu à continuer ces pouvoirs miraculeux, c’est un fait. La condition présente de l’Église en fait une impossibilité morale pour Dieu d’accorder ces vertus extraordinaires. En effet, si le Seigneur les restaurait maintenant, où le ferait-il ? La plupart des gens estimeraient qu’il faudrait commencer par eux. Mais si le Seigneur conférait ces pouvoirs aux différentes sectes de la chrétienté, ne serait-ce pas mettre Son sceau sur ce que Sa parole dit être un tort, comme si tout allait bien ? Comment pourrait-Il se contredire ? Peut-Il mettre son approbation sur les fragments de Sa maison brisée en morceau, et honorer sa condition déchue ? Nous sommes déjà prêts à être contents de nous, alors que nous n’avons pas ces pouvoirs ; nous sommes trop enclins à avoir une haute opinion de nous-mêmes, au-dessus de ce qui convient (Rom. 12 :3) ; le Seigneur ne veut pas contribuer à accentuer ces tendances.

Mais le Seigneur a laissé ce qui est infiniment meilleur ; il maintient tout ce qui est dû à Christ et bon pour l’âme, en tous ses vrais besoins. Il n’a rien ôté de ce qui est nécessaire à l’édification. Il donne encore la paix et la joie en croyant (Rom. 15:13). Maintenant comme autrefois, Il met cette puissance intérieure dans l’Église, sauf qu’autrefois Il la marquait d’une brillante signature devant le monde. Ceux qui recherchent la restauration de ces pouvoirs n’ont pas le sens de ce qui convient à notre condition déchue. C’est moralement très important pour le chrétien de connaître ce que l’Église était au commencement, et ce qu’elle est maintenant, et d’être affligé devant Dieu de la différence. Peut-on partager les sentiments d’un chrétien qui ne s’afflige pas de l’état de l’Église ? C’est bien d’avoir de la joie dans le Seigneur, mais il faut être humilié quant à nous-mêmes et quant à l’Église. N’est-ce pas nécessaire, par égard au Seigneur, de ressentir profondément la condition actuelle de la ruine ?

 

2.3.4       Le sommeil — Le cri de minuit et ses effets

 

Vous noterez que le Seigneur signale dans la parabole la déchéance par rapport à l’appel original. « Tandis que l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent ». Quel état d’éloignement et d’oubli du retour du Seigneur ! C’était une insensibilité générale et totale à l’espérance. Une fois endormies, elles se tournaient peut-être d’un côté ou de l’autre pour avoir du repos. On ne pouvait plus dire d’elles qu’elles sortaient à la rencontre de l’Époux. Les vierges sages avec leur huile dans leurs vaisseaux s’endormirent comme les folles qui n’en avaient pas.

Remarquez maintenant le point suivant. À minuit le cri a retenti : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ». Ceci a-t-il eu lieu ? Dans une mesure, oui, ou plutôt c’est en train de s’accomplir maintenant. Le cri est un effet de la grâce divine : aucun signe apparent, pas d’avertissement extérieur, pas de prophétie en train de s’accomplir, comme pour le résidu juif au chapitre 24. Dieu travaille en nous de manière invisible, par Sa parole et Son Esprit. Le Seigneur intervient pour faire cesser cette si longue condition d’assoupissement de la chrétienté, non seulement pour les sages mais aussi pour les folles.

Il y a eu des temps où les hommes étaient impressionnés par la crainte du jour du jugement à venir, et ils cédaient à une panique douloureuse quand on criait que « la fin du monde » était proche. En l’an 600, on était sûr d’y être. Mais le temps passa sans que la fin du monde arrive, et ils s’assoupirent à nouveau. Alors en l’an 1000 (c’était sûrement un nombre fatal !), l’alarme sur toute la chrétienté occidentale fut encore plus grande, et le clergé en prit avantage pour amener les nobles comme le bas peuple à donner leur or et leur travail, leurs terres et leurs possessions, pour construire de grandes cathédrales et des bâtiments religieux dont certains existent encore, comme chacun sait. Cette peur a passé, la fin du monde n’était toujours pas là. Un assoupissement long et profond s’ensuivit.

Il y eut ensuite des réveils partiels, à différentes périodes, gardant le même caractère. Lors de la « grande rébellion », quand les puritains vinrent au pouvoir en Angleterre, il y eut un ébranlement temporaire du pays ; des hommes hardis se levèrent et tentèrent d’établir la cinquième monarchie, c’est-à-dire le pouvoir effectif dans le monde au nom du Seigneur Jésus. De tels mouvements ont eu lieu à différentes époques, mais où a-t-on vu des gens « sortant à la rencontre de l’Époux » ? Rien n’en avait même l’apparence.

Dans les siècles passés il y a eu des signaux d’alarmes, quelquefois très forts. On en a la manifestation dans l’hymne médiéval bien connu (c’est plutôt un chant funèbre) « Dies Irae » [= le jour de la colère], expression extrême de la terreur catholique. Tels étaient les sentiments au moyen âge. Dans des époques suivantes, les fanatiques protestants ont tenté de récupérer le pouvoir à leur profit. Mais cela se traduisait par s’emparer de la terre pour le présent, et non pas tout quitter pour aller à la rencontre de Christ.

Le fait important est que deux caractéristiques spirituelles distinguent la vérité de l’erreur sur ce point ; elles sont très différentes des vues anciennes ou médiévales ou modernes. Ne sommes nous pas humiliés à cause du mal qui a été fait dans la chrétienté ? N’allons-nous pas prendre position pratiquement sur ce qui était la volonté du Seigneur dès le commencement ? Si, à l’origine, le Seigneur a appelé tous les chrétiens à sortir à Sa rencontre, ils devraient continuer à toujours chérir cela comme leur appel et la joie de leur cœur. Le réveil de l’espérance chrétienne de rencontrer le Seigneur fait reprendre la position originale, celle de sortir à la rencontre de l’Époux. Comment les croyants peuvent-ils poursuivre honnêtement ce qu’ils savent être faux et contraire à l’Écriture, s’ils attendent à tout instant le retour du Seigneur ? Quand le cœur et la conscience sont vrais devant Lui, l’effet pratique de cette attente est immédiat et immense. Comparez Luc 12:35-37 pour saisir l’attitude morale convenable.

 

2.3.5       Comment se procurer l’huile — Les vierges folles à la recherche d’huile

 

Les vierges folles, frappées de terreur, arrivent vers les sages en leur disant : « Donnez-nous de votre huile » ; mais c’est plus que ne peuvent les chrétiens, aussi les vierges sages les invitent-elles à aller s’en acheter elles-mêmes. Il y en a Un qui vend (*), mais qui vend gratuitement, sans argent et sans prix (És. 55:1) : ce serait fatal d’acheter, même à un apôtre. Le cri a été donné pour raviver l’espérance, et il a aussi eu pour effet de rappeler à l’attitude d’origine (la seule juste) des saints vis-à-vis de Christ. Il suffisait de disjoindre les vierges sages des autres, comme étant les seules prêtes à agir en conséquence. Pour les folles, c’était trop tard : Qui, hormis le Seigneur, pouvait leur donner ce qui leur manque ?

 

(*) On pense à deux idées, celles de Chrysostome et celle du doyen Alford, dont on hésite à dire laquelle est la plus éloignée de la vérité. Le premier pense que ceux qui vendent sont les pauvres, et qu’ainsi, ceux qui marchent dans l’amour ont une occasion indirecte de faire du bien. Le second en déduit un argument assez pauvre pour justifier un ministère nommé et payé.

 

Que signifie toute l’agitation qu’on a vue récemment ? Des gens zélés pour les formes religieuses, qui ne savent rien du christianisme, en réalité. Ce sont les vierges folles à la recherche d’huile, ne laissant aucune pierre sans l’avoir retournée, pour avoir ce qu’elles n’ont pas, la seule chose nécessaire — elles s’y prennent de toutes les manières, sauf la bonne. Il n’y a qu’un moyen de se procurer de l’huile : par Christ lui-même, et par Christ seul, sans argent et sans prix. Je me rappelle l’époque où des gens appelés ministres du Seigneur passaient leur temps à la pêche, à la chasse, au tir et à la danse. Des membres du clergé prenaient part sans honte aux plaisirs mondains. On n’entend plus guère cela aujourd’hui : l’illusion d’Oxford a changé les formes. Aujourd’hui le même genre de personnes affecte des airs graves, débordant d’activité partout où il y a de la religion. Les croyez-vous meilleurs que ceux qui chassaient ou dansaient ? Le zèle est là, mais est-il selon la connaissance ? Est-ce la manifestation de Christ, ou non pas plutôt de ce qu’ils appellent l’église sans Christ ? La forme trompe la plupart des gens.

L’état des gens est-il changé par les articles de mode ou la machinerie religieuse ? Sont-ils la preuve d’un réel renouveau ? La décoration des bâtiments d’églises, les costumes fantastiques pour le clergé, le goût moderne pour la musique d’église, les processions, les stations, tout cela ne fait que montrer les vierges folles à l’œuvre. Elles ne sont pas en état de rencontrer le Seigneur, et elles le redoutent. La rumeur même de ce qu’elles ne connaissent pas les trouble. L’effet de ce cri de minuit est de provoquer un redoublement d’activité. En effet le Seigneur réveille ceux qui Le connaissent, et qui sont sages par Sa grâce, pour sortir à la rencontre de l’Époux. Quant aux autres, ils sont quand même puissamment affectés par le cri et par ses effets, même si c’est indirectement et d’une manière qui leur est particulière, et ne vole pas plus haut que la nature humaine et les choses de la terre.

Ils essaient de masquer leur ignorance totale de la grâce de Dieu derrière une apparente « ardeur », comme on dit. Ils ne savent pas qu’ils sont loin de Dieu, et même morts dans leurs fautes et dans leurs péchés : ils sont aveuglés par leur confiance superstitieuse en la génération baptismale. Ils pensent, ou espèrent, qu’étant « ardents », ils seront, d’une manière ou d’une autre, du bon côté à la fin. Quelle illusion sans espoir ! Demandez-leur si leurs péchés sont effacés, et s’ils sont sauvés par grâce : ils vous répondront que le dire serait de la présomption. Ils ignorent autant que les païens ou les Juifs la vraie puissance et les vrais privilèges de la rédemption. Ils n’ont pas la certitude enseignée de l’Esprit Saint que le Fils de l’Homme est venu sauver les perdus. Si un salut présent existait, ou l’équivalent, leurs occupations n’auraient plus lieu d’être. Ni la grâce ni la vérité n’admettent en aucune manière l’importance religieuse qu’ils se donnent, ni leur effervescence et leur vaine parade. Comme pécheurs, il nous faut un Sauveur et un salut divin ; comme saints, recherchons un dévouement calme, mais entier, au Nom, à la Parole et à l’œuvre du Seigneur Jésus. Mais l’homme préfère ses propres œuvres ; et pour gagner le monde, il trouve que les représentations théâtrales des faits et des formes chrétiennes agissent beaucoup sur les masses, et attirent à la fois le superficiel, le sentimental, le désespéré et même le profane. Au milieu d’une telle comédie de religion, certains individus peuvent chercher à gagner des âmes avec un peu d’évangile ; mais pour eux, l’Église l’emporte sur Christ Lui-même. Dans son ensemble, le mouvement n’est rien d’autre que l’activité des vierges folles sans huile, qui en cherchent en vain du mieux qu’elles peuvent.

Enfin l’époux arrive ; « celles qui étaient prêtes entrèrent aux noces ; et la porte fut fermée ».

 

2.3.6       La porte fermée, mais le jugement ne fait pas partie de la parabole

 

Les vierges folles n’arrivent qu’après. Ce sont elles qui crient maintenant, mais d’horreur et de désespoir. Leur énergie religieuse s’est finalement révélée comme étant celle du vieil homme. Dans leur angoisse, elles disent « Seigneur, Seigneur ouvre nous ». Mais le Seigneur de paix, le Donateur de la vie et de la gloire n’a rien d’autre à leur dire que : « Je ne vous connais pas ». Ne vous figurez pas que ceci est dit à des croyants défaillants. C’est dit à des vierges folles sans huile, à ceux qui portent le nom du Seigneur, mais n’ont pas l’Esprit de Christ. C’est d’eux et à eux que le Seigneur déclare ne pas les connaître. « C’est pourquoi veillez » dit-Il, « car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (25:13).

La portion de phrase qui suit dans le texte reçu et la version autorisée du Roi Jacques (« en laquelle le Fils de l’Homme vient ») n’est pas supportée par les textes qui font autorité. Vous avez entendu parler des noms comme Griesbach, Scholtz, Lachmann et Tischendorf ; du doyen Alford, de T.S. Green, Scrivener, les Drs Tregelles, Westcott et Hort en Angleterre. Ce n’est pas une pensée particulière au moindre d’entre eux, car tous les critiques bibliques dignes de ce nom s’accordent sur cette omission pour dire que les meilleures autorités la requièrent. Des copistes ont tiré la phrase du chapitre 24 v. 42 et l’ont insérée pour faire sentir que le Juge vient. Mais c’est tout à fait hors de place dans le sujet sur lequel le Seigneur insiste ici, savoir la joie de la rencontre, le fait de sortir à la rencontre de Lui, l’Époux. Certes l’homme comme tel doit être jugé ; et toutes les tribus coupables se lamenteront devant le Fils de l’Homme. Mais l’appel et l’espérance du chrétien sont remplis d’autres attentes, des attentes joyeuses, malgré leur infidélité de la nuit tandis qu’Il tardait (les vierges ne se sont-elles pas toutes assoupies et endormies ?).

 

2.3.7       Encore la portée de la parabole et des vierges

 

Cette parabole du milieu, entre les trois, est une similitude du royaume des cieux. C’est la seule à donner une vue historique ou dispensationnelle de l’état de choses régnant parmi ceux qui ont professé Christ sur la terre tandis que Lui était en haut. C’est donc celle qui traite de l’attente constante de ceux qui choisissent d’entrer dans les intérêts de Son amour, et qui donne le résultat final atteignant les « fous », qui n’ont aucune part à l’onction de l’Esprit ; car rien d’autre ne peut rendre capable d’être « prêt » pour entrer avec Christ aux noces. Le temps déterminé par le mot « alors » de comparaison (25:1), après l’exécution du jugement sur le méchant esclave du ch. 24, va jusqu’aux vierges folles fermées dehors et désavouées par Christ : cela réfute la notion étrange selon laquelle il pourrait s’agir de saints. En effet la théorie, si tant est qu’elle mérite ce nom, selon laquelle un membre quelconque du corps de Christ pourrait être laissé en arrière lors de Sa venue pour recevoir les Siens auprès de Lui et les amener dans la maison du Père, — cette théorie est non seulement sans fondement, mais opposée au témoignage le plus clair de l’Écriture, et tout à fait indigne d’un esprit spirituel. Pensez au corps de Christ auquel il manquerait une oreille, ou un œil, ou un doigt de la main, ou un doigt de pied ! L’Épouse de l’Agneau dans la gloire, mutilée et déformée !

Mais il y a pire encore que cette théorie : certains vont jusqu’à faire la spéculation que des personnes ayant la vie éternelle, la connaissance du Père et du Fils, et la communion avec le Père et le Fils, pourraient être malgré tout condamnées aux tourments des flammes du Hadès pendant le règne de mille ans de Christ avec Ses saints glorifiés. Pourquoi ce sort ? Parce qu’elles n’ont pas été immergées dans les eaux du baptême en tant que personnes professant être croyant, et qu’elles n’étaient pas assez intelligentes pour accepter le prémillénarisme ! On sait bien qu’il y a des milliers de saints ni prémillénaristes ni immergés au baptême, et pourtant beaucoup plus intelligents, dévoués et spirituels, que des multitudes de ces anabaptistes, même de ceux qui ont pleinement accepté le prémillénarisme. Qui ressuscitera pour avoir part au royaume quand Il règnera, — pour être avec Lui avant, pendant et après le royaume, jouissant de Sa présence et de Son amour dans une gloire plus profonde et plus grande que le royaume ? Ce sont « ceux qui sont du Christ à sa venue » (1 Cor. 15:23), et non pas ceux qui se parent eux-mêmes de telle ou telle marque extérieure de vérité, correspondant à ce qu’ils ont ou ce qu’ils aiment. Le schéma qui nie cette certitude révélée en Jean 17:24, Rom. 5:17, 1 Thes. 4:17 (fin du verset) et Apoc. 22:5 est non seulement antiscripturaire, mais repoussant, et destructeur de tout jugement sain, et des affections les meilleures.

 

2.4   Parabole des Talents — 25:14-30

 

Dans la troisième parabole, celle des talents, il ne s’agit pas de la responsabilité collective dépeinte de manière si frappante dans la première parabole, ni de l’espérance céleste qui détache des autres objets et attache à la venue de Christ, mais il s’agit d’une sorte d’appendice.

« Car c’est comme un homme qui, s’en allant hors du pays, appela ses propres esclaves et leur remit ses biens. Et à l’un, il donna cinq talents ; à un autre, deux ; à un autre, un ; à chacun selon sa propre capacité ; et aussitôt il s’en alla hors du pays. Or celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla et les fit valoir, et acquit cinq autres talents. De même aussi, celui qui avait reçu les deux, en gagna, lui aussi, deux autres. Mais celui qui en avait reçu un, s’en alla et creusa dans la terre, et cacha l’argent de son maître. Et longtemps après, le maître de ces esclaves vient et règle compte avec eux. Et celui qui avait reçu les cinq talents vint et apporta cinq autres talents, disant : Maître, tu m’as remis cinq talents ; voici, j’ai gagné cinq autres talents par-dessus. Son maître lui dit : Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. Et celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : Maître, tu m’as remis deux talents : voici j’ai gagné deux autres talents par-dessus. Son maître lui dit : Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître. Et celui qui avait reçu un talent vint aussi et dit : Maître, je te connaissais, que tu es un homme dur, moissonnant où tu n’as pas semé et recueillant où tu n’as pas répandu ; et, craignant, je m’en suis allé et j’ai caché ton talent dans la terre ; voici, tu as ce qui est à toi. Et son maître répondant lui dit : Méchant et paresseux esclave, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je recueille ou je n’ai pas répandu, — tu aurais donc dû placer mon argent chez les banquiers, et, quand je serais venu, j’aurais reçu ce qui est à moi avec l’intérêt. Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents ; car à chacun qui a il sera donné, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, cela même lui sera ôté. Et jetez l’esclave inutile dans les ténèbres de dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Matt. 25:14-30).

 

2.4.1       Portée de la parabole

 

Dans cette parabole, il s’agit du travail du Seigneur par le moyen de la diversité des dons. Comme Il est souverain, c’est la confiance en Lui qui fait la différence entre le serviteur « bon et fidèle » et le « méchant et paresseux », tandis qu’en Matt. 24, c’était une question de fidélité prudente et sage. Du zèle selon la confiance, il résulte bénédiction et fructification. Ici l’accent est mis sur la variété, et la responsabilité individuelle de la foi, en contraste avec l’incrédulité et l’aveuglement vis-à-vis de la grâce. Quand on connaît Christ (le serviteur inutile le professe), c’est une profonde iniquité d’être chrétien de nom ; rien n’est pire en général. Quand la confiance en Lui manque, tout est mauvais, même si c’est révélé par la crainte de se servir de ce que Christ a donné pour faire du profit. S’il avait réellement connu le Seigneur, le troisième serviteur aurait servi joyeusement, surtout qu’il avait un don de pouvoir. Mais il ne connaissait pas Christ de la part de Dieu, et il a été jugé d’après la méfiance et la fausseté à laquelle l’incrédulité cède facilement. L’incrédulité reçoit ce que la chair dit, selon ce que le cœur mauvais suggère quand il écoute les mensonges de Satan. Le Seigneur s’occupe de l’homme méchant comme le méritent ses calomnies. Tandis que ceux qui travaillent dans la confiance dans Sa grâce entrent dans la joie de leur Seigneur, ceux qui n’ont pas voulu travailler par méfiance à Son égard seront mis dans les ténèbres du dehors avec toutes leurs horreurs et leurs misères. La félicité avec Christ est au-delà de toute récompense, bien que cette dernière ait une place importante.

 

2.4.2       Comparaison avec la parabole des mines de Luc 19

 

La parabole des dix mines de Luc 19:12-27 mérite une mention, car elle est instructive. Elle est particulière à cet évangile et a été donnée avant la dernière visite à Jérusalem, tandis que la parabole des talents a été donnée quand cette visite tirait à sa fin. En Luc le même don est confié à chacun des esclaves, et la responsabilité et le bon usage chez certains sont fortement mis en évidence ; cependant, avoir autorité sur beaucoup de villes (Luc 19) est une récompense dans le royaume ; ce n’est pas entrer dans la joie du Seigneur (Matt. 25). Quelle erreur profonde d’attribuer plus de prix à l’honneur extérieur (Luc 19) qu’à la participation à la joie du Seigneur avec Lui-même (Matt. 25) ! Les esclaves bons et fidèles (Matt. 25) recevront aussi l’honneur extérieur, les deux récompenses étant également dans le royaume. Il y a une responsabilité dans le service actif.

 

2.4.3       Comparaison avec la parabole du méchant esclave de Matt. 24

 

Si par contraste avec le méchant esclave (Matt. 24:48), l’esclave fidèle et prudent (Matt. 24:45) fait ressortir la place générale dans la maison, dans la fidélité ou l’infidélité, la parabole des talents nous montre ceux qui trafiquent avec les biens de Christ, et cette bénédiction dans l’œuvre est basée sur la confiance en Lui et en Sa grâce.

 

3                    La portion Gentile — Matthieu 25:31-46

3.1   De qui parle ce passage ?

 

Nous arrivons à la troisième section des paroles prophétiques du Seigneur : c’en est aussi la conclusion. Aucune partie de ce discours n’a été si peu comprise. Pourtant elle est clairement définie, bien distincte des deux autres par des marques internes qui devraient emporter la conviction de tout croyant. Mais tel a souvent été le sort de l’Écriture, non pas parce que la Parole de Dieu manque de clarté de langage et de certitude quant au sens, mais parce qu’elle va à l’encontre de la volonté de l’homme : celui-ci cherche dès lors à l’interpréter selon ses propres pensées. Toute écriture est pour nous, et, comme elle est de Dieu, elle est aussi profitable pour l’homme (2 Tim. 3:16) ; mais l’Écriture n’est pas toute à notre sujet. Ce n’est que du passage lui-même de cette écriture que nous pouvons apprendre avec certitude de qui il parle :

 

1)                  Nous avons eu d’abord un résidu juif croyant, sans la plénitude des privilèges chrétiens, et le Seigneur s’adressant à ceux qui en étaient alors les représentants, jusqu’à la fin de la dispensation. Puis il apparaît comme le Fils de l’Homme, et en ce jour-là, il délivre non pas seulement ces représentants, mais tous les élus de la nation, c’est-à-dire le « tout Israël qui sera sauvé » (Rom. 11:26) immédiatement après la tribulation sans pareille.

2)                  À la suite de cela, et sans faire la moindre allusion à la Judée, à la ville, au temple ni à quelque relation locale ou temporelle, le discours se met à embrasser, dans les trois paraboles intermédiaires, ce qui s’applique directement et exclusivement à la profession chrétienne, vraie ou fausse ; c’est pourquoi ces trois paraboles ont été rédigées en des termes de portée tout à fait générale. « Le fils de l’homme » n’apparaît plus, selon le témoignage concordant des meilleurs manuscrits, versions et citations anciennes de 25:13.

3)                  Il ne reste donc plus qu’à dire et ouïr au sujet des Gentils. Tout lecteur ou personne au courant sait que la masse de l’humanité, consacrée aux idoles et à ce qui n’est pas Dieu, a résisté jusqu’à ce jour au témoignage chrétien. Mais dans la première partie (Matt. 24:14) le Seigneur a donné l’indication remarquable que « cet évangile du royaume sera prêché dans toute la terre habitée (*) en témoignage à toutes les nations, et alors viendra la fin ». Il nous fait connaître ici le fruit de cette prédication ; si nous (chrétiens) sommes enlevés, cette prédication sera bien sûr faite par les Juifs croyants de ce temps-là, comme le suggère la place de ce passage, juste avant que la fin vienne.

 

(*) Même ceux qui essaient de limiter « le monde habité » à l’Empire Romain sont obligés ici d’abandonner cette idée, car ils admettent que, à ce même moment, la bête et le faux prophète en auront été bannis. Nous pouvons comprendre cette expression au sens restreint lorsqu’elle était employée par les Romains dans l’orgueil de leur puissance, et citée de cette manière par l’Écriture aussi bien que par les historiens profanes, et utilisée assez librement par les orateurs en Actes 17:6 et 24:5. Mais il n’est pas possible de garder ce sens restreint à cette expression en Actes 17:31, Romains 10:18, Hébreux 1:6, Apocalypse 3:10 et 14:14 pas plus qu’en Matthieu 24:14. Comparez aussi Matthieu 4:8 avec Luc 4:5.

 

C’est pourquoi la dernière section de ce discours a ses particularités propres, bien à leur place, bien distinctes des deux précédentes sections ; ces particularités ne concernent que cette section et sont caractéristiques. En effet, le fondement spécifique de la décision du roi se rapporte à la prédication de la bonne nouvelle du royaume diffusée par le seul moyen de Ses frères (des Juifs convertis, bien évidemment) avant « la fin », et dont on voit le résultat parmi toutes les nations : certains ont tenu compte du message et d’autres l’ont méprisé. C’est pourquoi cette décision est unique par les circonstances qui l’entourent, bien qu’elle ne mette en œuvre que des principes justifiables par d’autres écritures.

« Or quand le fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il s’assiéra sur le trône de sa gloire, et toutes les nations seront assemblées devant lui ; et il séparera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d’avec les chèvres ; et il mettra les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront là à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, héritez du royaume qui vous est préparé dès la fondation du monde ; car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais infirme, et vous m’avez visité ;j’étais en prison, et vous êtes venus auprès de moi. Alors les justes lui répondront, disant : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, et que nous t’avons nourri ; ou avoir soif, et que nous t’avons donné à boire ? Et quand est-ce que nous t’avons vu étranger, et que nous t’avons recueilli ; ou nu, et que nous t’avons vêtu ? Et quand est-ce que nous t’avons vu infirme, ou en prison, et que nous sommes venus auprès de toi ? Et le roi, répondant, leur dira : En vérité je vous dis : En tant que vous l’avez fait à l’un des plus petits de ceux-ci [qui sont] mes frères, vous me l’avez fait à moi. Alors il dira aussi à ceux qui seront à sa gauche : Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges ; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; infirme et en prison, et vous ne m’avez pas visité. Alors eux aussi répondront, disant : Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim , ou avoir soif, ou être étranger, ou nu, ou infirme, ou en prison, et que nous ne t’avons pas servi ? Alors il leur répondra, disant : En vérité, je vous dis : En tant que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, vous ne me l’avez pas fait non plus à moi. Et ceux-ci s’en iront dans les tourments éternels, et les justes, dans la vie éternelle » (Matt. 25:31-46).

 

3.2   Un jugement des vivants et non pas des morts

 

Le Fils de l’Homme sera déjà venu. Ses jugements guerriers seront achevés, semble-t-il, non seulement ceux exécutés par l’apparition de sa venue (2 Thes. 2:8), mais aussi ceux exécutés lorsqu’Il s’est mis à la tête de Son peuple comme en Ésaïe 63, Ézéchiel 38-39, Michée 6 et Zacharie 14. Maintenant le « Roi » (qu’on ne trouve qu’ici : 25:34, 40) entre en session judiciaire sur Son trône, où toutes les nations doivent comparaître ; car alors tous les peuples, nations et langues doivent Le servir. Cela fait partie du jugement des vivants et de la terre habitée par l’Homme ressuscité que Dieu a destiné à cela, comme l’apôtre le proclame aux Athéniens (Actes 17:31). Ce jugement de l’homme vivant sur la terre, en plein milieu de sa vie active et égoïste, pour ne pas dire sordide et pécheresse, est un sujet sur lequel notre Seigneur et les apôtres ont beaucoup insisté, et qui abonde dans les prophéties de l’Ancien et du Nouveau Testament ; mais la foi vivante l’a perdu de vue, même celle des saints de la chrétienté, tant des églises nationales que des non-conformistes. Pourtant même les credo le confessent, bien qu’on ne s’en rendît guère compte quand ils furent rédigés, et toujours moins après. Comme les Juifs ont mis aux oubliettes le jugement des morts, sauf pour en lancer la menace à la figure des Gentils, ainsi la chrétienté a pratiquement oublié le jugement des vivants. Ici, nous le voyons appliqué judiciairement par le Fils de l’Homme lorsqu’Il commence à exercer Son royaume mondial. C’est pourquoi il est question des hommes en général, non pas seulement des Juifs ni, bien sûr, des chrétiens — nous avons déjà vu les uns et les autres — mais de « toutes les nations », quand le Seigneur sera venu et se sera assis sur le trône de Sa gloire comme ici.

 

3.3   Différence d’avec le jugement du grand trône blanc

 

Il y a un contraste complet et clair avec « le jugement devant le grand trône blanc », car alors, la terre et le ciel se seront enfuis de devant Sa face, et il ne sera plus trouvé de place pour eux (Apoc. 20:11). Devant ce trône blanc se tiendront « les morts », les grands et les petits. « Les morts » — il n’est parlé de personne d’autre — sont jugés là selon leurs œuvres tirées de l’enregistrement de tout ce qui a été fait dans le corps (2 Cor. 5:10), le livre de vie scellant cette conclusion par son silence. Il ne s’agit pas de la venue du Fils de l’Homme pour régner sur la terre (comme dans Matthieu), car les nations auront été détruites, et la terre et les cieux se seront enfuis. Notre Évangile montre au contraire le Fils de l’Homme venu sur terre, et toutes les nations rassemblées autour de Lui. Dans ce jugement de Matthieu, il n’y a que des vivants, car c’est à eux seuls que le terme « nations » peut s’appliquer. Dans le jugement au grand trône blanc, non seulement il n’y a que des morts, mais même que des morts méchants, car les morts justes auront été ressuscités longtemps auparavant pour la première résurrection, et depuis lors les justes ne sont plus morts.

 

3.4   Le critère de jugement

 

Le caractère du critère appliqué pour juger concorde avec le fait qu’il s’agit de toutes les nations vivantes à ce moment-là. Il n’y a pas d’investigation comme ce dont parle Romains 2 au jour où Dieu jugera les secrets des hommes par notre Seigneur Jésus, ou comme devant le grand trône blanc. Car alors, tous ceux qui auront péché sans loi, périront aussi sans loi, et tous ceux qui auront péché sous la loi seront jugés par la loi (Rom. 2:12-13) ; il y aura encore une autre condamnation bien plus terrible, pour ceux qui auront rejeté l’évangile, ou négligé un si grand salut, comme le déclarent d’autres écritures (Héb. 2:3). Mais dans ce jugement de Matthieu 25, il n’y a qu’un critère, tout simple, et applicable seulement à la génération des vivants d’entre toutes les nations de l’époque : comment avez-vous traité les messagers du Roi quand ils ont prêché cet évangile du royaume avant que la fin vienne ? Il était évident que la fin était maintenant arrivée ; le critère visait un fait public indéniable, mais qui prouvait s’ils avaient eu, ou non, foi dans le Roi qui venait. Ceux qui avaient honoré les hérauts du royaume, avaient montré leur foi par leurs œuvres ; et c’est aussi par leurs œuvres qu’avait été manifesté l’incrédulité de ceux qui avaient méprisés ces hérauts. Le critère n’est pas seulement juste, mais aussi conforme à la grâce, et « le Roi » se prononce en conséquence. La forme de jugement était nouvelle, autant que les circonstances ; mais il y a la même base pour décider à l’égard de tous les objets de la grâce de Dieu d’un côté, et à l’égard de tous les objets de colère de l’autre. Comme il en a été avant le déluge, ainsi il en sera quand le Fils de l’Homme sur son trône terrestre de gloire s’occupera de toutes les nations. Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’Il est et qu’Il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent (Héb. 11:6-7).

C’est bien ainsi qu’il en sera avec les bénis de ces nations. Leur conduite envers ceux qui ont prêché le royaume à venir démontrera leur foi, et, à leur grande surprise, la grâce du roi acceptera ce qu’ils ont fait à Ses frères, même les plus petits, comme s’ils l’avaient fait à Lui-même. Les épreuves et les souffrances de ces « frères » ont donné aux Gentils l’occasion à la foi d’opérer par l’amour (Gal. 5:6), ou de montrer son absence. C’est de cette manière que Rahab la prostituée a été justifiée par ses œuvres en recevant les messagers (Jacq. 2:25) ; mais sa foi est soigneusement constatée par l’apôtre Paul (Héb. 11:31) : en effet, sans la foi, ses œuvres auraient été mauvaises. Mais elle a jugé justement que l’Éternel et Son peuple étaient au-dessus du roi et du pays ; et ceci a été le point décisif pour elle, non seulement à ce moment-là, mais pour l’éternité. Ainsi en est-il des brebis, et malheureusement c’est l’inverse qui est vrai pour les chèvres.

 

3.5   Nombre de classes de ceux qui comparaissent

 

Ceux qui confondent Matt. 25:31-46 avec Apoc. 20:11-15 omettent un autre élément. Dans le jugement des morts (Apoc. 20), il n’y a qu’une classe : les morts qui n’ont pas participé à la résurrection des justes. C’est pourquoi seuls les injustes apparaissent, et sont jugés selon les œuvres de toute leur vie. Ici (Matt. 25) apparaissent non seulement les brebis et les chèvres, mais les frères du Roi, une troisième catégorie, hautement honorée ; personne n’est mort ou ressuscité, mais tous sont vivants. Peut-on concevoir un contraste plus frappant ? La vue traditionnelle n’est rien d’autre que l’outrage d’ignorance de cette écriture — même si c’est inconsciemment. Or beaucoup de chrétiens ne croient pas à cette écriture en toute simplicité, et ils ne peuvent donc pas la comprendre. L’état de résurrection est incompatible avec ce que nous trouvons ici. Si on le met en rapport avec le jugement des vivants, et en particulier de « toutes les nations », tout devient harmonieux. À la fin « du siècle » (24:14), Christ vient ; à la fin « du monde » Il ne vient pas. Il n’y a alors aucun monde à venir. Tout a disparu, pour reparaître ensuite, renouvelé pour l’éternité.

 

3.6   Une jugement antérieur au millénium

 

La décision du Roi est finale, ce qui a conduit à beaucoup de fausses interprétations sur les points caractéristiques, et à les confondre avec ceux d’Apoc. 20, où l’on voit aussi une décision finale. Or l’un des jugements est au commencement du règne des mille ans, et l’autre à la fin : il ne peut plus alors être question d’une venue du Seigneur prenant par surprise un monde négligent, comme Il l’enseigne Lui-même ; mais la terre et le ciel se seront enfuis. Une interprétation consistant à identifier ces deux jugements (voire trois !) comme n’étant qu’un, c’est perdre l’une ou l’autre de ces révélations extraordinaires et solennelles, voire les deux.

Remarquons le peu d’instruction des justes, bien qu’ils aient eu foi dans le royaume, et qu’ils aient donc traité ces prédicateurs comme il convient à la vérité. Nous voyons en effet que leur intelligence ne s’élève guère au-dessus de celle de leurs compatriotes incroyants. Mais leur cœur était juste par grâce, et le Roi le savait parfaitement puisque, d’emblée, Il les a mis à part à droite, et les autres à gauche. Il a permis que cette ignorance soit mise au jour pour pouvoir donner à tous une profonde leçon inoubliable. Ceci est tout à fait compatible avec des justes qui sont vivants, dans leur corps naturel. Mais un tel manque d’intelligence serait-il cohérent avec la condition de ressuscité ? Quand ce qui est parfait sera venu — et cela viendra sûrement à la résurrection des justes — ce qui est en partie disparaîtra (1 Cor. 13:10). Ce n’est pas du tout l’état de ces brebis, les justes d’entre les Gentils : le Roi ne leur communique que devant Son trône ce que tout chrétien devrait maintenant savoir (ils devraient en savoir encore beaucoup plus, bien au-delà d’eux-mêmes). Pourtant le royaume leur était préparé, comme pour les justes en général, dès la fondation du monde (25:34).

Notez aussi que le feu éternel, auquel les Gentils non croyants de cette période sont livrés, est dit avoir été « préparé pour le diable et ses anges », non pas préparé pour les chèvres, sauf qu’elles s’y sont préparées elles-mêmes par leurs mauvaises voies. Comparez aussi Rom. 9:22. Le diable et ses anges ne sont pas encore jetés dans l’étang de feu au moment de ce jugement des vivants. Cela n’aura lieu qu’après le dernier effort de Satan à la fin du millénium comme Apoc. 20:10 nous le dit. Mais ici, les chèvres ont ce qui leur revient, comme la Bête et le Faux Prophète l’auront eu un peu avant selon Apoc. 19:20 ; eux aussi auront cette part étant vivants.

Les pré-millénaristes, Alford, Birks et presque tous les autres, sont dans la confusion presque autant que les post-millénaristes. La raison en est évidente : c’est l’erreur ancienne, et générale, qui lie l’examen de « toutes les nations » de notre chapitre, avec le jugement « des morts » d’Apoc. 20:11-15. La résurrection des nations n’est pas et ne peut pas être attestée en Matt. 25, tandis qu’en Apoc. 20, elle est établie de manière positive et essentielle. Quand ces choses sont brouillées ensemble, l’obscurité règne, et hélas ! c’est un tort irréparable empêchant d’annoncer la vérité avec clarté et puissance.

 

3.7   Qui sont exactement ceux qui comparaissent ?

 

Gardons à l’esprit que des faits prodigieux auront eu lieu juste avant le rassemblement des nations, ici. La plupart ignorent ces faits, malgré qu’ils soient de toute importance pour comprendre la situation. Les immenses armées de l’ouest auront été détruites d’en-haut par un coup qui les atteindra en même temps que la Bête et le Faux Prophète, pour la damnation de ceux-ci. Peu après, les multitudes de l’est, conduites par l’Assyrien prophétique (le roi du Nord de Daniel) auront été dissipées comme la balle du grain. Edom aura trouvé son jugement final (És. 63), de même que Gog et ses nombreux alliés (Éz. 38 et 39). Les Juifs et la chrétienté auront déjà été jugés, comme nous le voyons dans ce discours. C’est pourquoi « toutes les nations » appelées ici à comparaître sont composées de ce qu’il restera après ces exécutions partielles de jugement. Vu la situation, il ne peut s’agir que d’hommes vivants, placés très tardivement sous la responsabilité d’écouter « cet évangile du royaume » prêché par des Juifs craignant Dieu, et envoyés par le Seigneur, avant la fin, pour cette prédication.

Cela suffit à expliquer le critère particulier par lequel « les justes » sont distingués de leurs concitoyens incrédules. C’est par sa grâce qu’ont été bénis ceux qui ont reçu ces bonnes nouvelles. Maintenant c’est des lèvres mêmes du Roi qu’ils apprennent leur part de bénédiction. Autant ils sont stupéfaits d’apprendre l’estimation qu’Il a faite de leur foi opérante par l’amour, autant ceux qui se sont endurcis dans l’incrédulité sont stupéfaits devant leur fin terrible. Nous n’avons aucune raison de penser que les brebis ou les chèvres auront jamais entendu le plein évangile de Dieu tel que des chrétiens le prêchent (les Juifs convertis eux-mêmes ne le connaîtront pas comme nous). Faisons place aux voies souveraines de Dieu : Il s’occupe, de manière variée et selon Sa sagesse, tant avec le futur qu’avec le passé. Mais pour toute âme pécheresse il faut la foi pour la vie éternelle et « la foi est de ce qu’on entend et ce qu’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10:17-18). Ce n’est que de cette manière que l’homme déchu peut être amené dans une relation vivante avec lui. La mesure a beaucoup varié selon les époques, et variera encore, mais le principe demeure. Ceci ne s’applique bien sûr qu’à ceux qui entendent.

 

3.8   La foi opérante par l’amour

 

Notons ensuite spécialement qu’il n’y a pas la moindre allusion à la résurrection ici, ni pour « les justes » ni pour « les maudits ». Des deux bords, il s’agit de Gentils vivants, dans leur corps naturel, car il est dit expressément qu’ils viennent « de toutes les nations » quand ils sont assemblés devant le trône de gloire du Fils de l’Homme. Ce n’est pas comme en Apoc. 20:11-15 des pécheurs impénitents de tout age et de toute nation, et de l’humanité avant qu’il y eût des nations comme avant le déluge. Ceux là sont tous morts, et ressuscitent finalement pour la résurrection des injustes, pour être jugés selon leurs œuvres. En Matt. 25:31… tous les Gentils reçoivent leur sentence décidée suivant la manière dont ils ont traité les frères du Roi, les messagers de « cet évangile du royaume ».

Le Seigneur avait dit que cet évangile devait être diffusé « dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations » (24:14). Le résultat solennel en est maintenant mis au jour. Certains ont montré non pas simplement de la bienveillance, ou du renoncement, ou de l’excellence morale à quelque degré, mais de l’amour, sous des formes variées, pour les serviteurs qui, au nom du Roi, ont prêché la même vérité qu’Il avait Lui-même prêchée au début de Son ministère public (4:23). C’est de la foi qui opérait dans l’amour qu’ils ont manifesté. Si le Roi et son royaume à venir n’avaient été qu’un mythe à leurs yeux, ils auraient au moins ignoré ces messagers, comme des imposteurs. Mais ils ont cru que le message était de Dieu, contrairement à toutes les apparences, en conséquence de quoi ils ont traité ces prédicateurs avec bonté ; par grâce, leur part va être de jouir des résultats de ce qu’ils ont fait.

Les anciens, comme les modernes, rabaissent, dégradent, et détruisent la vraie force des paroles de Christ, prenant cette bonté comme celle à l’égard des « pauvres ». Pour Chrysostome par exemple, — l’un des meilleurs Pères de l’Église — ne pas donner aux pauvres est le mal fatal, même dans les paraboles où la chrétienté ressort plus qu’ici, mais c’est faux partout. Il ne s’agissait pas du bien fait aux brebis, mais spécifiquement de celui fait « à Mes frères », et même au moindre d’entre eux.

Le Roi fait donc la différence entre les deux classes de personnes par le seul critère juste applicable à « toutes les nations » assemblées devant son trône, et qui ont été atteintes par cette prédication, par grâce avant la fin. Maintenant la fin est venue, et une nouvelle ère a commencé. Le Roi a fait ce qu’aucun autre n’aurait pu : Il a séparé toutes ces personnes les unes des autres, individuellement et sans se tromper. Au lieu que ce soit elles qui Lui rendent des comptes, c’est Lui qui explique pourquoi Il en a mis certains à Sa droite et d’autres à Sa gauche. Il en donne Lui-même la raison, avec une majesté et un caractère touchant, mais pourtant juste ; ce caractère Lui est particulier et approprié en tant que Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Cependant cela tourne autour d’une question de foi — afin que ce soit selon la grâce (Rom. 4:16) — ou hélas ! d’incrédulité : là il n’y a plus de grâce, seulement le moi. C’est pourquoi Il dit aux justes étonnés : « En tant que vous l’avez fait à l’un des plus petits de ceux-ci qui sont mes frères [peu importe l’œuvre vivante faite envers Ses messagers méprisés et souffrants], vous me l’avez fait à moi » (25:40). De l’autre côté, quelle terrible réponse les injustes entendent, à la suite du bref sommaire de ce qu’ils ont fait : « En tant que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, vous ne me l’avez pas fait non plus à moi » (25:45). C’était pourtant absolument juste.

Ainsi, au fond, tout repose sur Christ, bien que Sa grâce fasse grand cas ce que les autres estimeraient banal. Mais si l’on ignore les circonstances spéciales de ces Gentils, on perd le point clef du sujet spécial de ce passage, et on passe à des généralisations en oubliant le principe. Prenez-en l’exemple de la note d’Alford sur « mes frères » (et il est loin d’être le moins intelligent des commentateurs sur ce sujet) : « Il ne s’agit pas nécessairement des saints avec Lui dans la gloire, — bien que ce soit eux d’abord — mais de tous ceux de la grande famille de l’homme (!). Beaucoup de ceux qui sont jugés ici n’ont peut-être jamais eu l’occasion de faire ces choses à l’égard de ceux qu’on peut appeler proprement des saints de Christ (!!) ». Pourtant Dieu a pris soin ici que la prédication les atteigne effectivement, et que les circonstances de ces messagers donne l’occasion à tous les Gentils assemblés ici de pouvoir manifester la foi et l’amour, ou inversement, l’indifférence totale, et pire en général. La foi opérante par l’amour chez l’une des catégories, et l’insouciance complète chez l’autre, voilà ce qui détermine respectivement s’ils sont en état ou non d’hériter du royaume. Dans le cas de tous les saints, les œuvres sont la preuve, — la foi en la Parole est l’instrument, — l’œuvre de Christ est le fondement — et la grâce de Dieu est la source.

 

3.9   Différence d’avec les chrétiens

 

Il est aussi bon d’observer que le Roi ne les appelle pas des fils par adoption, ce qui est la part des chrétiens (Gal. 3:26 ; 4:5), et ils ne manifestent pas que le Saint Esprit habite en eux, en sorte que, sur ces deux points, on ne peut affirmer rien de plus à leur sujet que pour les saints de l’Ancien Testament. Le Roi les appelle des « bénis » de Son Père, mais il n’ajoute pas de « votre Père », car ce n’est pas un privilège qu’ils peuvent connaître comme nous. Le Roi ne parle pas non plus de bénédictions selon les conseils de Dieu envers nous dans les lieux célestes, pour lesquels Il nous a choisis en Christ avant la fondation du monde (Éph. 1:3-4). Même Bengel a fait cette étrange confusion, comme d’autres avant et après lui : le Roi les invite à hériter du royaume préparé pour eux dès la fondation du monde. Ils sont élus et nés de Dieu, comme il le faut pour tous les saints ; mais ils ne règnent pas avec Christ dans ce jour-là, ni non plus « Ses frères » d’entre les Juifs qui auront survécu à la crise finale avant le royaume. Au contraire, ceux qui, avant « ce temps de la fin », auront été immolés pour Son nom, seront ressuscités pour régner avec Lui comme le montre Apoc. 20:4. Toutefois, ceux qui seront sauvés d’entre les Gentils comme d’entre Israël auront une place d’honneur distinguée au-dessus de tous ceux qui naîtront pendant le règne millénaire, selon ce que nous pouvons comprendre d’Apoc. 7 et 14. De même que les Juifs élus auront connu ce qu’est la chair sauvée (Matt. 24:22) de la tribulation qui atteindra le peuple rebelle, ainsi les Gentils élus sortiront de « la grande tribulation » dans leur propre région : ce point s’oppose entièrement au sort de l’Église dont le Seigneur déclare qu’elle sera gardée de « l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée toute entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre » (Apoc. 3:10-11).

 

3.10                   Ce n’est pas le jugement dernier

 

Si un « consensus universel » avait tant soit peu de valeur, il n’y a guère d’exemple où on en trouve de pareil que sur l’interprétation traditionnelle des brebis et des chèvres rassemblées devant le Roi. Trouve-t-on un seul commentateur connu qui n’ait pas évoqué, à propos de cette séance ce qu’on appelle « le plus grand jugement de toute l’humanité » à la fin du monde ? Les post-millénaristes sont au moins plus cohérents que la plupart des pré-millénaristes, parce que les premiers sont entièrement dans l’erreur, tandis que les seconds connaissent assez de vérité pour rendre leur système incohérent et se rendre eux-mêmes sans excuse. Cherchons à mener jusqu’au bout l’hypothèse : si les expressions utilisées s’appliquent à tous les morts ressuscités du tombeau, comment peut-on appliquer le critère de sentence aux hommes d’avant le déluge ? Ont-ils eu l’occasion de recevoir les frères du Roi dans leurs différentes épreuves, ou de les négliger à Son déshonneur ?

 

3.11                   La prédication de l’évangile du royaume

 

Aucune mission d’autrefois ne peut être considérée comme correspondant à cette mission des frères du Roi. Noé a prêché en son jour pour avertir de la ruine qui allait venir par le déluge, mais il n’a prêché qu’à cette génération, et ce n’était pas « cet évangile du Royaume ». En outre, qui et où étaient « Ses frères » ? Où les trouver dans le monde de maintenant, depuis le déluge (2 Pierre 3:7). L’Éternel a donné la loi à Israël en son temps, mais c’était très loin d’être « cet évangile du royaume ». Où trouver, au temps de la loi, la prédication de « cet évangile » ? Or la loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean (Luc 16:16) qui a commencé à prêcher que le royaume s’était approché, parce que le Messie, le Roi, était là ; puis le Seigneur et les douze ont prêché pareillement. Mais Son rejet a interrompu tout cela ; la croix a différé ce royaume, lui donnant entre temps une forme nouvelle et mystérieuse pendant Son absence dans le ciel (Matt. 13), jusqu’à ce que le cœur d’Israël se tourne vers le Seigneur et dise : Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur. Un résidu juste reprend la parole avant la fin ; c’est le Seigneur qui le convertira et l’enverra au loin, et il prêchera ce royaume en témoignage à toutes les nations, avant que le Fils de l’homme apparaisse pour l’établir en puissance.

Pendant les nombreux siècles précédant cette mission extraordinaire auprès de toute la terre habitée, le fondement de la déclaration de jugement aura été généralement entièrement différent, comme le dit Rom. 2:12 pour l’humanité en général. Car Dieu ne fait pas acception de personnes, et, pour ce temps-là, Il jugera selon les secrets des hommes par Jésus-Christ (Rom. 2:11, 16), ce qui n’est guère le cas dans cette scène de Matt. 25. C’est pourquoi, il y aura une résurrection de vie pour ceux qui ont la vie, — la vie éternelle (ayant entendu la Parole de Jésus et ayant cru Dieu qui L’a envoyé), — et il y aura de la même manière à la fin une résurrection de jugement pour ceux qui, ne croyant pas, n’auront produit que des œuvres mauvaises. C’est le jugement d’Apoc. 20:11 etc. où tous ont été morts, et sont ressuscités et jugés selon leurs œuvres, et par conséquent perdus. Cela est en contraste évident et total avec la décision du Roi sur les Gentils vivants auxquels Ses frères (les Juifs convertis) auront prêché l’évangile avant la fin, et qui seront démontrés justes ou réprouvés selon leur comportement vis-à-vis des porteurs de « cet évangile du royaume ». Il est clair que le critère utilisé ici par le Roi ne convient qu’à des Gentils vivants, qui, suivant leur foi ou leur incrédulité dans le Roi, ont bien ou mal traités Ses frères auxquels ils ont été confrontés ; or le Roi statue dans les deux cas. Le caractère de ce critère de jugement est particulier et forcément déterminé par la brève mission de « cet évangile du royaume » avant la fin. Ce n’est pas du tout la fin du monde (kosmou), mais du siècle (ou dispensation, ou ère — aiwnoV) où le Roi n’est pas encore venu régner sur la terre. Cette évaluation de tous les Gentils aura lieu quand Il sera venu dans Sa gloire, et se sera assis sur Son trône. Il est clair qu’Apocalypse 20 avec ses deux résurrections concorde exactement avec Jean 5:21-29, tandis que Matt. 25:31-46 diffère tant de l’un que de l’autre, ce qui n’empêche pas qu’il soit tout aussi vrai.

Il y a un lien intéressant entre Matt. 24:14 et Matt. 25:40, 45. « Ses frères » sont ceux qui, au temps de la fin, auront porté « cet évangile du royaume » à toutes les nations, et celles-ci sont bénies ou maudites par le décret du Roi selon leur comportement à l’égard de ceux qui leur auront effectivement apporté la parole de Dieu à ce moment-là. Ce ne sont pas des frères ayant le caractère chrétien intervenu entre temps, mais des Juifs convertis allant vers les Gentils. Or comme ces frères seront honorés par le Roi, les Gentils, eux, seront bénis dans la mesure où ils les auront reçus et traités avec bienveillance — le Fils de l’homme venant régner sur les uns et les autres. Il s’agit du siècle à venir, non pas du jugement des morts ; et le fondement de cette décision solennelle ne se raccroche valablement à aucune époque ou circonstance des Gentils, sinon la mission mémorable du résidu futur des Juifs pieux prêchant l’évangile du royaume juste avant la venue du Fils de l’homme pour mettre en place et établir ce royaume.

 

C’est donc un jugement profondément intéressant et important que celui-ci ; le Seigneur va l’exercer sur toutes les nations qui n’auront rien entendu d’autre que « cet évangile du royaume » avant la fin, et avant Son retour pour introduire Son royaume. L’application qu’en font les théologiens, anciens ou modernes, catholiques ou protestants, affaiblit et obscurcit ce que dit l’Écriture du jugement devant le grand trône blanc en Apoc. 20. Cela efface sa vraie application, bien particulière ; et cela crée un vide dans la révélation de Dieu, sans aucune autre Écriture pour venir le combler. Tenter de faire cadrer ce passage avec le jugement dernier après la fin du millénium et la destruction des rebelles, ne fait que créer de la confusion. Inversement, donnez à ce jugement sa place au début du millénium, et une lumière nouvelle brille sans interposition d’aucun voile.

 

4                    La tribulation future

4.1   Tribulations pour les chrétiens

Il est clair que la grâce a donné au chrétien les plus riches privilèges en Christ, mais il est tout aussi clair qu’il doit s’attendre à la souffrance, à la moquerie, aux injures, à la persécution, en bref à toute sorte de tribulation dans le monde et de la part du monde. « Je vous ai dit ces choses », dit notre Seigneur, « afin qu’en moi vous ayez la paix. Vous avez [non pas « vous aurez » comme pour des témoins mineurs] de la tribulation dans le monde; mais ayez bon courage : moi, j’ai vaincu le monde » (Jean 16:33). De même dans le passage d’Actes 14:22 où l’apôtre cherche à affermir les âmes des disciples et à les exhorter à demeurer dans la foi, la Parole déclare que « c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu ». Le grand apôtre pouvait donc dire d’un côté « je vous prie de ne pas perdre courage à cause de mes tribulations pour vous, ce qui est votre gloire » (Éph. 3:13), et d’un autre côté : « à vous il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui, ayant à soutenir le même combat que vous avez vu en moi et que vous apprenez être maintenant en moi » (Phil. 1:29-30). « Cette parole est certaine ; car si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui » (2 Tim. 2:11-12). Nous pouvons ne pas être tous appelés à souffrir pour Lui, mais si nous ne souffrons pas avec Lui, comment pouvons-nous compter être glorifiés ensemble Lui ? (Rom. 8:17). C’est ici que nous différons essentiellement des saints de l’âge millénaire qui ne régneront pas avec Christ, mais sur qui Christ régnera.

 

4.2   Qui sont les saints de la grande tribulation ?

 

Mais voilà une toute autre question : qui sont les saints qui traversent la grande tribulation et qui en viennent ? La réponse ne saurait être donnée par des sentiments humains, ni par de braves gens s’attaquant à l’étude de la prophétie, mais elle vient par la lumière de Dieu donnée dans la parole prophétique. Il y a eu beaucoup d’accusations véhémentes — vous tordez les Écritures, vous prétendez à l’infaillibilité, vous êtes une minorité auto-désignée qui s’estime trop privilégiée pour être persécutée, vous avez la folie d’une auto-satisfaction exagérée, et même : vous faites partie des esprits séducteurs — mais toute cela ne fait que trahir un esprit de parti extrême, et l’ignorance de la seule vraie question : « Que dit l’Écriture ? »

Or la réponse à cette question est claire tant dans ce qu’elle affirme que dans ce qu’elle nie.

 

4.2.1       1° réponse de l’Écriture : Daniel — les fils de ton peuple

 

En premier lieu vient le point principal selon lequel l’Ancien Testament annonce explicitement qu’au « temps de la fin », quand « Micaël se lèvera, le grand chef, qui tient pour les fils de ton peuple », « il y aura un temps de détresse [ou : de tribulation] tel qu’il n’y en a pas eu depuis qu’il existe une nation jusqu’à ce temps-là » (Dan. 12:1-4). Cela dépassera de beaucoup tout ce qui s’est passé lors des efforts de promotion de l’idolâtrie d’Antiochus Épiphane dont parle Dan. 11:31, 32. Il est bien alors parlé d’une « abomination qui cause la désolation » établie dans le sanctuaire, mais non pas d’une tribulation sans pareille, alors que celle-ci est prédite par Daniel 12 pour le temps de la fin, quand l’abomination qui cause la désolation sera à nouveau mise en place, mais pour la dernière fois. Il est incontestable qu’il ne s’agit ici que du peuple de Daniel, les Juifs qui, « en ce temps-là, seront délivrés, quiconque sera trouvé écrit dans le livre » (Dan. 12:1), autrement dit, le résidu futur, élu et pieux (*).

 

(*) À mon avis il n’est pas moins certain qu’en Dan. 12:2 on trouve une figure comme en És. 26:14-20, Éz. 37:1-14, Os. 6:1, 2 et 13:14 pour décrire la résurrection de la nation, — non pas les Juifs proprement dit, déjà si profondément éprouvés, — mais Israël comme mort parmi les nations, et qui se réveillera, les uns pour la vie éternelle, les autres pour un opprobre éternel. Mais comme cela peut donner matière à contestation, je ne fais que le noter en passant.

 

4.2.2       Les disciples envisagés sont Juifs — comparaison des trois évangiles

 

Il est tout autant incontestable qu’en Matt. 24, notre Seigneur se réfère à cette abomination établie dans le lieu saint pour que ceux qui sont en Judée s’enfuient dans les montagnes. Il se réfère aussi à la grande tribulation qui suivra, en des termes même plus forts que ceux de Daniel. Le contexte de Matth. 24 est aussi clair et certain que celui de Daniel pour monter que notre Seigneur envisage à cette époque des disciples Juifs, auxquels Il apportera la délivrance par Son apparition en gloire comme Fils de l’homme, provoquant la déroute des ennemis et entrant en jugement avec Israël d’une manière qui fasse un tri selon les personnes. Car les élus, non pas ceux issus des Juifs seulement (Matt. 24:22), mais ceux de tout Son peuple Israël (Matt. 24:31), seront rassemblés des quatre vents (les tribus y sont encore dispersées sans qu’on sache les distinguer), d’un bout des cieux jusqu’à l’autre bout. Le Seigneur s’adresse ici à Ses disciples d’une manière personnelle, qu’on ne retrouve pas dans la partie intermédiaire du discours, et encore moins dans ce qu’Il nous dit au sujet de « toutes les nations » en Matt. 25:31-46.

On observe la même chose en Marc 13 qui donne en substance la première partie de la prophétie de notre Seigneur comme l’évangile de Matthieu, mais avec des caractéristiques additionnelles propres sur le service de Son nom : voir Marc 13:9-12, 34. On n’y trouve aucune différence sur les indications qui nous intéressent ici, à savoir que dans la crise future seuls sont concernés « ceux qui sont en Judée », et qu’il est question de « chair » sauvée, et de « cette génération », etc. ; par contre il n’y a rien sur la résurrection ni sur l’enlèvement au ciel. Il ne s’agit que de disciples juifs, ainsi que d’une délivrance qui descend vers la terre avec manifestation de puissance et de gloire, et non pas de saints enlevés par le Seigneur pour être avec Lui comme en 1 Thess. 4.

Par contre, Luc 21:20-24 donne ce qu’on ne trouve ni en Matthieu ni en Marc (malgré la tradition), à savoir une prédiction explicite de la destruction prochaine de Jérusalem, et la grande détresse tombant sur le pays et sur le peuple. Seul Luc mentionne qu’ils seraient emmenés captifs parmi toutes les nations, ainsi que la sentence remarquable et encore en vigueur, selon laquelle Jérusalem serait foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que leurs temps soient accomplis. Luc parle aussi de « jours de vengeance », et c’est bien ce à quoi ils en étaient alors ; il laisse place pour d’autres événements à la fin, lorsqu’il parle d’angoisse des nations et d’hommes rendant l’âme de peur. Cela est bien conforme au caractère et au propos du troisième évangile, qui omet entièrement l’abomination de la désolation et la tribulation sans pareille sur lesquelles les deux premiers évangiles insistent tant. Dès les anciens temps jusqu’à aujourd’hui, ils sont légion ceux qui ont essayé d’identifier ce texte de Luc à ceux de Matthieu et Marc, mais ils ne font que détruire la portée exacte des uns et des autres. Ce n’est qu’à partir de Luc 21:25 que Luc rejoint ses prédécesseurs, Matthieu et Marc, pour traiter de ce qui appartient à l’évidence au temps de la fin. Ce sont les versets 20 à 24 qui sont spécifiques à Luc.

 

4.2.3       2° réponse de l’Écriture : Apocalypse 7 — la foule innombrable de Gentils

 

En second lieu, Apocalypse 7:9-17 présente la vision d’une grande foule que personne ne peut dénombrer (distincte des 144000 scellés d’entre les 12 tribus d’Israël), de toute nation, et tribus et peuples et langues, se tenant devant le trône et devant l’Agneau. Leur position est entièrement différente de celle des anciens couronnés et assis sur des trônes, et des quatre animaux [ou : créatures vivantes] ; cela est si vrai que c’est l’un des anciens qui explique au prophète qui sont ces gens et d’où ils viennent. « Et il me dit : Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation, et ils ont lavés leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau ». Voilà une preuve claire que la grâce délivrera une grande foule de Gentils croyants hors de « la grande tribulation » au temps de la fin. La notion traditionnelle que cette foule représente l’Église est contredite justement par la phrase elle-même qui restreint cette foule aux Gentils sauvés hors de la grande tribulation à venir. Ils forment donc un rassemblement spécial mis à part à la fin, tout à fait distinct des saints célestes de tous les temps dont un symbole propre [l’ancien] apparaît dans cette même scène. Il semble que c’est sur Jérusalem et ses alentours que tombera le maximum de sévérité de la tribulation future, car le Seigneur déclare qu’elle n’aura pas sa pareille ; mais il n’y a aucune raison de douter que cette tribulation n’atteigne aussi toutes les nations, même si c’est dans une moindre mesure. C’est « LA grande tribulation », peut-être incluse dans la description que fait Luc de « l’angoisse des nations » pour la même époque. Des saints Gentils, autant que des Juifs, arriveront à en sortir ce jour-là, sans toutefois former un seul corps comme dans l’Église maintenant : ce sont deux groupes expressément distincts de l’Église et distincts entre eux, comme Apoc. 7 l’atteste clairement.

 

4.2.4       3° réponse de l’Écriture : Apocalypse 3 — enlèvement prétribulationiste de l’église

 

En troisième lieu il y a la promesse si appropriée aux vainqueurs de l’église à Philadelphie (Apoc. 3:10), bien qu’elle ne soit certainement pas exclusivement pour eux : « Parce que tu as gardé la parole de ma patience, moi aussi je te garderai de (hors de, non pas : pendant) l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée toute entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre ». Cette heure peut inclure plus que « la grande tribulation » ; mais on ne connaît pas de chrétien intelligent dans les Écritures qui pense qu’elle inclut moins que cette tribulation. Les fidèles, les saints chrétiens, ont donc la promesse d’être gardés hors de cette heure. L’idée d’un refuge géographique comme l’enseignait B.W. Newton et d’autres, est fausse, car cette heure de l’épreuve atteindra la terre habitée toute entière. Les saints célestes (1 Cor. 15:43) seront enlevés avant que ne vienne cette crise, qui a un caractère rétributif pour les iniques d’entre les Juifs et les Gentils — ce qui est une nature d’affliction toute autre que ce qui est la part propre aux chrétiens.

Si nous sommes soumis à l’Écriture, il est sûr et certain qu’il n’y a aucune preuve que l’église, le corps des chrétiens, doive traverser la grande tribulation avant la fin de cette dispensation. Les textes pouvant servir de preuves s’appliquent expressément et exclusivement aux Juifs et aux Gentils, avec cette promesse si frappante que ceux qui gardent la patience de Christ en seront exemptés. Bien que l’assurance en soit donnée aux vainqueurs de Philadelphie, aucun saint ayant un jugement solide n’en restreindra l’application à ceux-ci, pas plus que pour les paroles de consolation accordées pareillement à chacune des sept églises.

 

4.2.5       Preuves d’ordre moral — les chrétiens ne peuvent avoir part à la grande tribulation

 

Mais ce n’est pas tout. À cause du manque de discernement spirituel qui caractérise la chrétienté maintenant comme de tout temps, une erreur absurde prévaut même parmi les étudiants les plus sérieux de la prophétie : selon elle, toute écriture qui est pour nous, pour notre édification et pour en faire usage, est forcément écrite à notre sujet. Il suffit d’y regarder d’un peu plus près pour faire disparaître une pareille hypothèse. Sommes-nous laissés dans l’incertitude, ou réduits à faire des devinettes ? Nullement. Ce n’est pas le temps qui va fournir les interprétations, ni l’histoire, comme des sages ont dit. Pour les écrits prophétiques, il en est comme pour toute l’Écriture, c’est le Saint Esprit qui donne l’interprétation. Lui qui a inspiré les écrivains de la Bible, c’est encore Lui qui donne de comprendre les pensées de Dieu qui s’y trouvent ; Il le donne à ceux qui s’attendent pour cela au Seigneur dans la dépendance, et qui pèsent donc non seulement le texte, mais le contexte, et les autres écritures qui se rapportent au même sujet.

Or ceux qui admettent trop rapidement comme une certitude que les membres de Christ auront part à la grande tribulation, ont un zèle qui les amène à dérailler encore plus, et à se laisser aller sans mesure aux invectives et aux sottises irréfléchies. Laissons cela de côté et cherchons à les aider dans la vérité et au moyen de la vérité, en tenant compte de tous leurs arguments.

On a prétendu que c’est « un mélange d’impatience et de couardise » qui fait attendre un enlèvement des saints avant la dernière tribulation ; et encore que « c’est justement cette persécution qui rendra simultanément TOUS les saints en tous lieux prêts pour l’apparition du Seigneur ». De telles pensées trahissent un total manque d’intelligence donnée de Dieu — et nous préférons nous taire sur l’esprit qui les anime. Souffrir pour la justice, et encore plus pour le nom de Christ, est un privilège élevé ; c’est aux membres de Christ que Dieu l’a donné dans la mesure la plus complète, quoique tous les saints l’aient eu en esprit depuis le commencement. En cela, comme en tout le reste, notre Seigneur a été plus grand que tous. C’est Lui qui a dit que « le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais tout homme accompli sera comme son maître » (Luc 6:40). Et le grand apôtre ajoute que tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés (2 Tim. 3:12) : le fidèle, qui n’est pas du monde comme Christ n’en est pas (Jean 17:14), doit donc s’y préparer par-dessus tout durant tout son pèlerinage.

Mais la tribulation future est tout à fait différente dans sa source et son caractère. Dans son aspect le plus terrible, ce sera un châtiment infligé par Dieu sur le comble de l’apostasie juive, quand l’abomination de la désolation sera établie dans le lieu saint. Ceux qui ont rejeté leur Messie, le Fils de Dieu, et l’ont crucifié par la main d’hommes iniques (Actes 2:23), adoreront l’Antichrist dans le temple de Dieu, où il se présentera comme étant Dieu (2 Thes. 2:4). Si ce temps-là est sans pareil quant à la sévérité de la peine judiciaire, c’est à cause de l’audace sans pareille de l’iniquité de cet Antichrist, et à cause de la puissance de Satan s’exerçant dans la Bête de l’ouest associée au faux prophète de l’est dans leur mépris de l’Éternel et de Son Christ. Quel est le rapport entre cette crise bien spécifique et le fait qu’il nous soit donné de souffrir pour Christ ?

Le Seigneur Jésus était bien loin d’appeler le Résidu juif à rester là où il était et à souffrir quand Dieu visiterait Son peuple coupable, non seulement à cause de leur apostasie finale, mais parce qu’ils se seraient prosternés devant l’homme de péché comme s’il était le vrai Dieu dans la maison de Dieu. Tout au contraire, le Seigneur Jésus commande au Résidu pieux de s’enfuir pour sauver leur vie, sans même prendre garde aux vêtements ou à quoi que ce soit d’autre qu’ils pourraient prendre. De la même manière, dans le cas moindre des jours de vengeance qui allaient tomber sur Jérusalem (pour faire périr les meurtriers et brûler leur ville ; Matt. 22:7), il n’était pas question du privilège de souffrir, mais de châtiment rétributif de Dieu. C’est pour cela que le Seigneur poussait ceux qui tenaient compte de Sa Parole à s’échapper quand ils verraient Jérusalem environnée d’armées. Est-ce là « un mélange d’impatience et de couardise » ? Honte à un faux système qui égare les saints en mésestimant Christ et ignorant la Parole de Dieu.

 

4.3   Aboutissement de la grande tribulation

 

Sans aucun doute, cette tribulation sans égale sera courte. Nous savons aussi qu’il recommencera à y avoir des martyrs, dont un groupe correspondra au groupe précédent selon qu’Apocalypse 20:4 nous en donne l’assurance. Ceux qui mourront pour avoir rejeté la Bête auront part à la bienheureuse résurrection pour régner avec Christ, comme d’autres fidèles précédents (Apoc. 6:9-11). Ceux dont la vie aura été épargnée jouiront du royaume sous l’autorité de Christ. Daniel (7:18, 27) a déjà souligné la différence entre les saints des lieux très-hauts et le peuple de ces saints : les uns reçoivent le royaume d’une manière absolue, et possèdent le royaume pour toujours, et même éternellement ; aux autres il est simplement donné le royaume et la domination et la grandeur du royaume « sous tous les cieux ». Ces deux catégories de personnes sont des Juifs pieux, avec des convertis d’entre les Gentils, au temps de la fin ; mais ils ne sont point unis en un seul corps comme l’église ; celle-ci n’est plus vue que symboliquement, et dans les hauts lieux, dans ce temps de la fin des siècles — comme le montre le livre de l’Apocalypse.