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Les Premiers Chapitres de la Genèse

 

 

William Kelly

Bible Treasury vol. 17 à 20 et N1 à N2

Table des matières abrégée:

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

 

Table des matières détaillée :

1     Chapitre 1

1.1          Chapitre 1 v. 1

1.2          Chapitre 1 v. 2

1.3          Chapitre 1 v. 3 à 5

1.4          Chapitre 1 v. 6 à 8

1.5          Chapitre 1 v. 26, 27

2     Chapitre 2

2.1          Chapitre 2 v. 5 à 7

2.2          Chapitre 2 v. 8 et 9

3     Chapitre 3

3.1      3:1

3.2      3:2-5

3.3      3:6-7

3.4      3:8-9

3.5      3:10-13

3.6      3:14-15

3.7      3:16-19

3.8      3:20-21

3.9      3:22-24

4     Chapitre 4

4.1      Genèse 4:1-4

4.2      Genèse 4:4-8

4.3      Genèse 4:9-12

4.4      Genèse 4:13-15

4.5      Genèse 4:16-17

4.6      Genèse 4:18-22

4.7      Genèse 4:23-26

5     Chapitre 5

 

Notes Bibliquest :

1. Des parties du texte original d’importance secondaire ont été mises en petits caractères pour faciliter la concentration du lecteur sur ce qui est plus important.

2. La date de ces articles expliquent que certaines affirmations physiques ou scientifiques sont obsolètes au vu des connaissances actuelles (nous ne parlons que des connaissances certaines et prouvées indubitablement). Toutefois, le texte a été laissé en l’état car ces insuffisances scientifiques ne changent rien quant au fond, et ne touchent pas les plans spirituel et exégétique.

1                        Chapitre 1

1.1   Chapitre 1 v. 1

Bible Treasury vol. 18 p. 193-195 (1891)

L’Ancien Testament est une révélation donnée de Dieu pour son peuple terrestre Israël. Il était essentiel que leur soit annoncé avec autorité que le seul vrai Dieu est le créateur de tout. Des ténèbres couvraient la terre, de profondes ténèbres couvraient les peuples. Comme plus tard en Canaan, Israël en Égypte était fort enclin à oublier cette vérité, et à s’abandonner aux illusions des hommes. Déchus comme les autres, ils souhaitaient avoir leur organisation et leur religion, comme toutes les nations. D’où l’importance qu’ils connussent et reconnussent la création dans tous les sens de sa réalité ; elle fait ressortir l’unité du Dieu vivant et y est étroitement liée.

On a soulevé la difficulté suivante : si Dieu a créé, pourquoi ne l’a-t-il pas toujours fait ? La réponse est aussi simple que complète. Une création éternelle, une matière éternelle cela n’est ni vrai ni possible ; c’est une contradiction pour l’esprit, même si nous n’avions pas la parole de Dieu pour nous éclairer. S’il Lui plait, le Dieu éternel crée : cela seul est vrai. Dire que Celui qui existe en lui-même ne peut pas créer, c’est nier qu’Il est l’Absolu, nier qu’Il est Dieu. Mais que Dieu omnipotent, omniscient, souverain et bon, puisse créer quand Il le veut, cela découle nécessairement de ce qu’Il est. S’Il ne pouvait pas se manifester de cette manière, ou d’une manière encore plus glorieuse, Il ne serait pas Dieu. Si l’on voyait se perpétuer l’acte créateur ou toute autre chose, Dieu ne serait pas libre et absolu. Sa souveraineté fait partie de Lui-même (Éph. 1:11). Supposez qu’une manifestation soit nécessaire, et voilà que dans votre pensée, vous détruisez Son essence et Sa volonté divines. La nécessité est fondamentalement un instrument athéiste pour se débarrasser du vrai Dieu. Dieu était parfaitement libre de créer ou de ne pas créer ; c’était comme et quand il Lui plaisait. Il Lui a plu de créer, c’est pourquoi la création existe.

Rien de plus simple, de plus sublime et de plus vaste que ces quelque mots commençant la révélation divine : «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre». C’est le commencement absolu de la création, et en contraste des plus marqués avec les sept jours. Ce point se déduit seulement du sens vrai et naturel de la parole écrite de Dieu, et il ne s’agit pas de l’avis de rabbins ni de toute autre personne qu’on s’est choisi. Quel est le contenu du texte inspiré, et quel est son message ? Il y a quelque intérêt à savoir ce que Philon ou Josèphe en ont compris, ou comment les Septante l’ont traduit en grec longtemps avant Jésus Christ. On peut aussi peser le texte massorétique, le Targum de Jérusalem, ou les commentaires de Jarchi, Aben Ezra, les deux Kimchi, Levi ben Guerson, Saadias Haggaon, Abarbanel, ou tout autre savant juif, sans parler des autres. Mais on a ici la parole de Dieu donnée pour être lue et comprise, mais non pas sans la foi de Christ, ni sans les directions de Celui qui l’a communiquée à l’origine. Elle n’a pas été donnée pour enseigner la science, et sa compréhension est complètement indépendante de la philosophie. Les géologues, les botanistes, les zoologues, les astronomes, les historiens et autres, ont devant eux le compte-rendu, bref et clair, donné de Dieu. La compréhension qu’a l’homme de ce qui est communiqué peut être affectée par son degré de connaissance, et encore bien plus par sa foi. Mais il s’agit là de notre compréhension et de la façon dont nous l’exposons ; mais n’oublions jamais que l’Auteur est Dieu, les écrivains n’étant que des instruments. La Bible est un livre moral, mais son unité n’en est que plus frappante car elle comprend tant d’écrits de tant d’auteurs, s’étalant sur plus de mille ans de circonstances les plus variées, si on s’en tient à l’Ancien Testament. Le lecteur peut voir juste ou se tromper, sur le sens qu’il attribue à ce que nous appelons «firmament» ou «planète», ou autre ; mais la vérité demeure pure et inchangée dans l’Écriture ; c’est à nous de la lire et la relire, et de mieux apprendre.

C’est ceci qui constitue sa valeur caractéristique et permanente. Ce n’est pas seulement une source d’instruction complète et certaine, qui s’accorde avec des buts moraux encore plus élevés ayant en vue la gloire de Dieu ; c’est la seule norme de vérité, et nous sommes tenus de tester d’après elle tout ce qui fait profession d’être divin. Cherchons, toujours comme à nouveau, à approfondir la foi, et croissons toujours dans une connaissance plus profonde de la pensée révélée de Dieu.

Les philosophies de l’antiquité, aussi bien que les religions, ignoraient tout de la création. Elles ne savaient rien ni de Dieu ni du «commencement». Des rêves d’évolution furent la première folie, et parmi l’école Ionique, Anaximander et Anaximenès ont suivi Thalès, tout en différant les uns des autres, et tous aveugles. Anaxagore ajouta l’idée d’esprit comme une simple matière, mais pas de créateur. Inutile de nommer les autres : même Platon et Aristote, bien que rivaux, n’avaient aucune lumière réelle. Plus ou moins ouvertement, ils tenaient tous fondamentalement la matière pour éternelle ; et bien que les philosophes se vantaient, alors comme aujourd’hui, de leur connaissance et de leur logique, ils n’arrivaient pas à voir ce qu’ils ne pouvaient pas prouver, et encore moins ce qui est impensable pour l’esprit. Pour le croyant il y a cette vérité, simple et pourtant profonde, que tout ce qui existe a eu un commencement : si Dieu le dit, le croyant réalise que rien d’autre ne peut être vrai. Car il est impossible d’admettre un effet sans cause ; mais le raisonnement ne peut, au mieux, dépasser la notion qu’il faut une Cause Première ; il ne peut jamais arriver à dire : il y a. C’est ce que Dieu seul peut affirmer, et Il le fait : «Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre». Dieu a amené à l’existence tout ce système ordonné. La forme, la nature et le but ne sont pas expliqués ici : de tels détails ne seraient pas ici à leur place. Le fait qu’Il a tout créé est une vérité première et importante.

Mais pas un seul mot de l’Écriture ne justifie la supposition étrange et hâtive que l’univers a été amené à l’existence durant les six jours de Gen. 1:3-31 dont il est si souvent fait mention tout le long de la Bible. Arrangez les six jours comme les hommes le voudront, il n’en reste pas moins que personne ne peut avoir des principes justes d’interprétation, et en même temps nier que le premier jour commence par la lumière, et que les deux premiers versets sont distingués de l’oeuvre des six jours tant quant à leur nature que quant à leur expression. Rien en effet, hormis des préjugés, ne peut justifier l’erreur que le texte lui-même corrige. L’expression «Au commencement» a sa signification qui lui est entièrement propre, et n’est en aucune manière reliée avec «les jours», sauf que c’est le point de départ révélé de la création divine, qui aboutit en son temps (mais probablement après un immense intervalle) là où le temps est ainsi mesuré au moyen de jours, mais seulement après que les choses soient mises en place pour Adam et sa race.

L’ancienneté de la terre peut aller aussi loin que les schémas mouvant des géologues les plus enthousiastes l’ont jamais imaginé : ni ici ni nulle part ailleurs dans l’Écriture il n’y a la moindre suggestion s’opposant à l’existence d’immenses périodes avant la création de l’homme, ou affirmant que l’homme soit à peu près contemporain de la création originale. C’est ignorer l’Écriture que soutenir que Moïse détermine une époque ou une date à la formation initiale de la terre, comme les pères et les commentateurs l’ont imaginé et l’ont banalisé dans la chrétienté (même s’ils y ont ajouté des remarques valables). Les philosophes qui ont passé leur temps à étudier la géologie et les sciences connexes, agiront avec sagesse s’ils lisent avec plus de soin qu’à l’ordinaire le commencement de Genèse 1. Ils y apprendront qu’ils ont été trop précipités à conclure que l’Écriture inspirée est tant soit peu restreinte aux interprétations erronées qu’on en a fait, tant de la part des scientifiques que des théologiens. Aussi vastes soient les périodes qu’ils prétendent, même pour les strates les plus superficielles, l’Écriture est le seul récit qui, à la fois révèle Dieu comme Créateur de tout, et en même temps laisse la place pour tout ce qui a été opéré avant la terre adamique. «Le Dieu d’éternité, l’Éternel, créateur des bouts de la terre, ne se lasse pas et ne se fatigue pas. On ne sonde pas son intelligence» (Ésaïe 40:28). Tandis que la géologie attend l’apparition du Newton de son domaine, les adeptes de cette discipline gagneraient beaucoup à se soumettre à l’Écriture en attendant ; tout le monde y gagnerait.

Dans le cours infini de l’éternité, il y a eu une période où Dieu a créé l’univers. Ceci est déclaré ici avec la plus grande exactitude — «au commencement». Le Pentateuque a été écrit en vue de l’homme, et même premièrement en vue d’Israël, — le Second Homme, le dernier Adam, étant cependant l’objet caché des conseils de Dieu, avec l’église unie à Lui. Il n’est pas parlé des anges, bien que nous sachions par une autre livre inspiré ancien qu’ils ont exprimé leur joie quand les bases de la terre étaient assises (Job 38:6, 7). Ainsi, «au commencement» est distingué de toute mesure du temps en rapport avec l’existence de l’homme. Il n’est pas besoin de souligner ici davantage, combien la durée de temps antérieure à l’homme, illimitée selon notre appréciation ordinaire, correspond admirablement bien aux immenses changements reconnus des géologues.

«Dieu», dans notre version, correspond à l’hébreu «Elohim» qui a la particularité d’être un substantif pluriel lié à un verbe au singulier. Seul le christianisme, en son temps, a donné la clef de l’énigme, alors qu’elle reste une obscurité impénétrable pour les Juifs, aussi bien que pour les autres hommes qui ne connaissent pas la vraie Lumière en Christ.

Encore une fois, il ne devrait y avoir aucun doute parmi les érudits que, dans notre langue, c’est le mot «créa» qui correspond mieux que tout autre au mot de l’original. Pour nous comme pour Israël, ce mot peut s’appliquer pour désigner l’appel à l’existence à partir de matière préexistante, comme en Genèse 1: 21, 27, mais il ne peut en être ainsi que s’il y a une base pour le dire et une insistance particulière sur ce point. Ce mot n’est appliqué à personne d’autre qu’à Dieu. Mais s’il s’agit de parler de création dans le sens le plus pur, le plus élevé et le plus stricte, les Hébreux comme nous-mêmes n’ont pas de mot plus approprié. Ici c’est le contexte qui en décide : «Dieu créa les cieux et la terre» là où rien de la sorte n’existait auparavant. Ils ont été créés à partir de rien, comme les gens disent, peut-être par abus de langage, mais selon une expression qui se comprend. Les païens pouvaient adorer les cieux (tous le faisaient) ou même la terre ; les Juifs ont péché contre la parole écrite lorsque Satan les a piégés pour suivre ce triste exemple. Les premiers mots de la loi de Dieu leur disaient que tout cela n’était que des créatures ; Israël était tenu d’écouter, même si les autres étaient sourds, et ils devaient reconnaître, servir et adorer le Dieu unique, le Créateur. Le peuple élu a été aussi prompt que tous les autres à adorer la créature, comme le prouve toute leur histoire jusqu’à la captivité de Babylone ; mais aucun doute n’est permis quant à ce que la Bible implique, déclare et revendique dès le tout premier de ses versets. C’est Dieu qui a créé l’univers.

En outre, il ne s’agit pas de matière créée, d’une matière créée à l’état grossier, et destinée à être ultérieurement façonnée dans le bel univers bien mis en forme, avec les cieux et la terre. Ce n’a pas été d’abord le chaos, comme les poètes grecs et latins l’ont dépeint, selon une tradition païenne jamais entièrement juste, mais souvent mêlée de vrai. Ce n’a pas été une nébuleuse, telle que conçue par La Place, ce qui n’est qu’une variante du même rationalisme, quoique un peu plus raffiné. Lord Rosse, avec ses observations jointes à une profonde réflexion, a bien démoli cette hypothèse incrédule : il a prouvé que beaucoup de nébuleuses, considérées par les Herschel eux-mêmes comme des objets irrésolubles, n’étaient en fait qu’un conglomérat d’étoiles. La seule présomption correcte est donc que toutes les nébuleuses ne sont rien de plus, et il suffit d’appareils plus puissants pour découvrir leur vraie nature. Dieu seul a donné la vérité simplement et sommairement, d’une manière divine par sa transparence et sa majesté simple et incomparable : «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre».

Vous les savants, comment se fait-il qu’on ne trouve qu’ici cette grande vérité dans sa splendeur primitive, s’élevant bien haut au-dessus de vos Hésiode, vos Homère, Ovide et Virgile, vos vestiges égyptiens ou mexicains, ou vos fable indoues ou chinoises ? Comment se fait-il que de nos jours, les Lyell et Darwin, pour ne rien dire d’hommes encore plus profanes, butent dans le noir dans un bourbier d’hypothèses douteuses et non prouvées, pour ne pas dire plus ? La raison en est qu’on ne croit pas la Parole de Dieu telle qu’Il l’a écrite ; et il en est ainsi parce que les hommes n’aiment pas le vrai Dieu qui juge le péché, et qui ne sauve que par le moyen de Son Fils, le Seigneur Jésus. C’est ainsi que les hommes, ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces, mais ils devinrent vain dans leur raisonnement, et leur coeur destitué d’intelligence a été rempli de ténèbres (Rom. 1:21). Une telle attitude est d’autant plus coupable aujourd’hui, que le Fils de Dieu est venu et a accompli la rédemption, et que les ténèbres s’en vont et que la vraie lumière luit déjà (1 Jean 2:8). Hélas ! on reçoit tout volontiers, sauf un Dieu vivant, et encore moins que tout, un univers créé par et pour Son Fils qui était avant toutes choses et par qui toutes choses subsistent (Col. 1:16, 17). «Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par la parole de Dieu, de sorte que ce qui se voit n’a pas été fait de choses qui paraissent» (Héb. 11:3).

1.2   Chapitre 1 v. 2

Bible Treasury vol. 18 p. 209-211 (1891)

La création du v. 1 est donc le premier grand fait de la révélation. C’est un point d’autant plus fort que le texte hébreu n’a pas d’article, pas plus que le grec n’en a en Jean 1:1. C’est donc une forme indéfinie. Comparer Proverbes 8:23. Mais il ressort du contexte que le 4° évangile s’élève au-delà du premier livre de Moïse ; car il remonte à ce qui existait divinement et éternellement (non pas egeneto, mais hn) et non pas simplement à ce qui est d’origine divine, et qui n’est apparu que plus tard (selon Jean 1:3), sous une forme embrassant tout et exclusive. «Toutes choses furent faites par Lui [= elle = la Parole], et sans Lui pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait».

«Au commencement» n’est pas un point fixe et connu dans le temps, mais c’est une formule indéfinie dépendant du contexte ; ici elle signifie que «autrefois» ou «dans une période antérieure» (expressément indéfinie), Dieu a créé l’univers. Sans aucun doute, il n’est rien dit des ères immenses dont les géologues parlent si librement ; mais le langage du verset 1 laisse la porte ouverte à tout ce qui peut être prouvé par la recherche, ou même aux plus immenses durées que le plus extravagant des théoriciens pourrait jamais demander.

Les mots utilisés affirment qu’il y a eu un «commencement» de l’univers, et cela sous l’effet de la Parole de Dieu, aussi bien selon l’Ancien que selon le Nouveau Testament (voir Ps. 33:6-9 et Héb. 11:3). Ceci constituait tout ce qui était nécessaire pour accomplir son dessein, et Son dessein était de créer les cieux et la terre, là où il n’y avait rien. Quelques soient les prétentions des athées et des panthéistes, la science reconnaît finalement qu’il y a eu un «commencement» en sorte que le mot «créa» figure ici dans toute la force de son sens propre, selon que le contexte l’exige.

«Il y a eu un commencement pour l’homme, dit la géologie ; et en remontant en arrière, un commencement pour les mammifères, pour les oiseaux, et pour les reptiles, pour les poissons, et pour tous les êtres inférieurs, et pour les plantes ; un commencement pour la vie : un commencement, dit-elle aussi, pour les chaînes de montagnes et les vallées, pour les plaines et les mers, pour les rochers. De là, la science recule encore, et admet ou revendique un commencement pour la terre, un commencement pour toutes les planètes et les soleils, et un commencement pour l’univers. La science et le récit de la Genèse ne font qu’un. Ce n’est pas une réconciliation, c’est un plein accord». C’est ainsi que s’exprimait le Dr. J. D. Dana, l’éminent professeur américain dans «L’étudiant de l’Ancien et du Nouveau Testament», juillet 1890.

Le récit biblique déclare que Dieu créa non pas une «terre sans forme», mais «les cieux» (dont il n’est jamais dit qu’ils aient été en désordre) «et la terre». Mais même pour «la terre» qui est une scène où il va y avoir du changement, il nous est expressément dit, par une autorité non moins inspirée, et ayant donc une autorité égale à celle de Moïse, qu’un tel désordre n’était pas l’état original. «Car ainsi dit l’Éternel qui a créé les cieux, le Dieu qui a formé la terre et qui l’a faite, celui qui l’a établie, qui ne l’a pas créée (*) vide, qui l’a formée pour être habitée» (És. 45:18). La version du Roi Jacques Révisée est citée à dessein car il est admis que c’est elle qui rend le mieux le prophète. C’est donc ici qu’on a la justification la plus certaine pour dissocier le verset 2 du verset 1 (sauf, bien sûr, que c’est un fait ultérieur) : ils peuvent être séparés l’un de l’autre par une succession d’ères géologiques et par une catastrophe, au moins en ce qui concerne la terre. En effet, il serait étrange d’entendre parler de cieux en ordre en même temps que d’une «terre informe» comme étant les premier fruits de l’activité créatrice de Dieu. Mais nous ne trouvons rien en faveur d’une telle anomalie. L’univers venant de sortir de la volonté et de la puissance de Dieu, comprend «les cieux et la terre». Le silence est gardé quant à sa condition depuis ce moment-là et jusqu’au cataclysme du verset 2 ; et cela est très convenable, sauf si le propos de Dieu dans la Bible était tout différent de ce but moral qui l’imprègne d’un bout à l’autre. Qu’est-ce que cette histoire des changements physiques préliminaires a à faire avec Son peuple et avec les relations entre ce peuple et Lui-même ? Ne doutons pas que chaque état de choses de ce que Dieu faisait était un système parfaitement en accord avec le but qu’Il se proposait. Pourtant, il ne s’agissait pas de matière seulement, mais du ciel et de la terre.

(*) note Bibliquest : La version J.N. Darby donne «qui ne l’a pas créée [pour être] vide», mais les crochets indiquent que les deux mots qui s’y trouvent ne figurent pas dans l’original, ce que confirme le texte donné par W.K.

«Et la terre était [ou devint] désolation (*) et vide, et les ténèbres [étaient] sur la face de l’abîme ; et l’Esprit de Dieu planait sur la face des eaux» (1:2).

(*) «Sans forme» [traduction KJV, version autorisée anglaise] n’est pas exact, car toute matière doit avoir une forme, aussi désolée et désordonnée qu’elle devienne ensuite. «Devint» (et non pas «était») est la force du verbe environ 20 fois dans ce chapitre.

Le verset, dans son texte hébreu, est introduit par une particule flexible bien-connue. Habituellement elle n’a qu’un sens de liaison, mais ce sens est souvent modifié par la considération du contexte, comme cela arrive pour tous les mots de toutes les langues. C’est pourquoi l’érudit Dathe, en 1781, l’a rendue ici par «posthaec vero» (*) dans le but exprès de distinguer l’état de choses du verset 2 d’avec celui du verset 1, et il nous renvoie à des exemples tels que ceux de Nombres 5:23 et Deut. 1:19. Or il n’est pas douteux que la conjonction hébraïque permet un intervalle aussi souvent que de besoin, selon les faits, mais ici il n’est point besoin de s’écarter de sa force première : «et» (bien que notre conjonction ne soit pas aussi souple) ; cette conjonction hébraïque peut aussi comporter une connotation d’opposition ou de contraste, comme on le voit dans la version des Septante. Le choix convenable se base sur ce qui suit. Car l’usage du verbe au temps passé, employé comme on le voit ici, sert à désigner un état de choses postérieur à ce qui précède et non relié avec ce qui est simplement antérieur. Idiomatiquement, l’hébreu n’utilise pas ce verbe pour faire une liaison, comme on peut le voir deux fois dans ce verset, et presque partout ailleurs ; sinon, il met le verbe avant le nom. La conclusion correcte, est donc que Moïse a été conduit à indiquer la désolation dans laquelle la terre a été jetée à une époque qui n’est pas révélée, postérieure à la création, mais antérieure aux «jours» dans lesquelles elle a été formée pour être l’habitation d’Adam et de sa race.

(*) Latin pour «et après ces choses»

Ceci est en accord avec les autres passages où on trouve l’expression remarquable «désolation et vide» : il n’en est que deux : — Ésaïe 34:11 «le cordeau de la désolation et les plombs [litt. pierres] du vide» et Jérémie 4:23 : «J’ai regardé la terre, et voici, elle était désolation et vide». Dans les deux cas, c’est une désolation infligée, non pas une condition première. Il en est de même en Genèse 1:2. C’est d’autant plus à noter, qu’en Jérémie, il est dit des cieux, à ce moment-là, que «leur lumière n’était pas». Chacun de ces deux passages confirme donc la conviction que notre texte de Gen. 1:2 décrit un état qui a affecté la terre, peut-être longtemps après la création originale du verset précédent. C’est à cet intervalle que s’applique la succession des ères géologiques. Il y a des faits indéniables, pleins d’intérêt, d’où il ressort que la création a existé puis s’est éteinte. La confiance qu’on met dans ces hypothèses peut être vaine ou enthousiaste ; mais le sens exact des paroles de Moïse dans ces versets laisse toute la place qu’on veut pour ces vastes processus qu’on peut comprendre à partir de l’observation des phénomènes touchant la croûte terrestre. Rien dans l’Écriture n’exclut une succession de créatures s’élevant depuis les moins organisées aux plus organisées (c’est même la règle, avec quelques exceptions frappantes ici ou là) ; depuis les Eozoon des rochers du Laurentin au Canada jusqu’à des mammifères ressemblant beaucoup aux actuels (*). Mais toute l’ingéniosité brillante de Sir C. Lyell, et d’autres du même genre, n’arrive pas à expliquer, ou évite les preuves du changement qui a eu lieu à cette période-là, changement immense et incomparablement plus vaste et plus rapide que ce qui a eu lieu depuis l’apparition de l’homme. Sans doute, le déluge a une signification morale très profonde, et est donc unique en son genre, parce que la race humaine a alors été balayée de la terre, sauf ceux qui étaient entré dans l’arche. Mais physiquement, les traces du déluge n’ont été que superficielle en comparaison avec les convulsions bien plus anciennes, et si manifestes pour tous, sauf pour ceux qui sont des adorateurs du Temps et du Conformisme.

(*) note ultérieure de l’auteur (Bible Treasury, vol. 18 p. 368) :

L’auteur de l’article sur Genèse 1 a reçu une observation selon laquelle le paragraphe précédent enseigne l’évolution. Cette idée est complètement fausse. Aucun évolutionniste ne peut parler de «créatures» s’il veut être cohérent avec lui-même. Aucun croyant ne peut nier que les plantes ont précédé les poissons et les oiseaux, ceux-ci étant suivis des animaux terrestres inférieurs et supérieurs, et en dernier lieu, par l’homme créé séparément, et avec des marques spéciales qui le distinguent. On trouve donc bien, dans la semaine adamique, «une succession de créatures s’élevant depuis les moins organisées aux plus organisées». Une pareille analogie a marqué l’énergie créatrice de Dieu dans les ères géologiques précédentes, sauf que l’homme et certaines créatures supérieures n’y ont pas été mis. Tout ceci déracine l’évolution, en réalité. L’objecteur n’a compris ni la vérité de la création ni l’erreur de l’évolution.

«Nous affirmons simplement [dit avec précaution Sir R. I. Murchison], au vu de preuves innombrables de fractures, dislocations, métamorphismes, inversions de strates, et de vastes désertifications, que de tels dérangements ont nécessité beaucoup plus d’énergie que ce qu’on voit se développer dans la nature existante, — autrement dit, les métamorphismes et mouvements de la croûte terrestre, y compris le soulèvement des fonds marins et le dégagement des débris, ont été des vrais paroxysmes dans les ères passées par rapport aux mouvements de notre ère. Nous maintenons qu’aucune durée de temps (et pourtant les géologues n’ont pas lésiné en faisant l’histoire des accumulations de sédiments, et des divers animaux fossiles qui y sont inclus) ne permet d’expliquer les signes des grandes fractures et convulsions, visibles dans toutes les chaînes montagneuses, et rencontrés par les mineurs au travail… La question se présente de la manière suivante : Des terrasses visibles, pleines de galets et de coquillages, sont des signes d’un soulèvement soudain à certaines époques ; la théorie moderne de soulèvements ou d’effondrements graduels ne peut fournir aucune preuve valable de telles structures, sauf en des zones très limitées. Il faudrait disposer d’observations de durées beaucoup plus longues pour arriver à une conclusion sûre pouvant être cohérente avec la vitesse de soulèvement ou d’effondrement du dernier millénaire, mais on en sait assez pour affirmer que les changements récents (au cours de l’histoire de l’homme) touchant tant la terre que les eaux sont infinitésimaux par rapport à ceux de la plupart des ères géologiques antérieures» (Siluria, p. 490-491, 5° Éd. 1872).

D’un côté les faits font voir des changements de la terre et de la mer, répétés aussi avec l’eau douce ; des roches ignées, stratifiées et métamorphosées, et finalement les règnes organisés, végétal et animal, soit des ordres inférieurs soit des ordres supérieurs (il y avait donc alors, l’environnement, la température et la compositions nécessaires à de tels changements) ; mais on n’y voit pas l’homme ni les animaux accompagnant son apparition sur la terre ; on voit l’extinction de groupes entiers de certains organismes pourtant extrêmement abondants ; d’autres groupes complètement différents leur succédant, puis s’éteignant à leur tour. Ce serait une supposition grossière que de prétendre que Dieu aurait mis les fossiles comme une simple apparence de vie ancienne ; ces créatures pétrifiées n’auraient jamais eu d’existence vivante ici-bas ? Autant le principe et le fait de la création sont pleinement révélés au verset 1, autant la dislocation l’est également au verset 2 ; et tous les deux précèdent la préparation de la terre pour Adam pendant les six jours.

La création est annoncée en quelques mots d’une noble simplicité au v. 1. Elle est la première intervention de Dieu, et la plus importante sur le plan de ce qui a été généré. De la même manière, la catastrophe rapportée ici brièvement, semble être la dernière perturbation du globe, et la plus grande, la 27° étape ou étape sub-apennine selon la conclusions de Mr Alcide d’Orbigny (Paléontologie Strat. Tome II, p. 800-824), qui était un naturaliste très compétent. Les Alpes et les Andes chiliennes ont alors atteint leur hauteur actuelle avec beaucoup d’autres changements aux conséquences énormes, largement suffisante pour rendre compte d’une confusion universelle, avec destruction de la vie terrestre et apparition de l’abîme partout, les ténèbres complètes recouvrant tout. Mais cet état généralisé peut ne pas avoir duré longtemps. Les animaux inclus dans des roches antérieurement, avaient des yeux. On en déduit qu’il y avait de la lumière ; et en effet certains des plus anciens restes organiques avaient une vision remarquablement adaptée à leurs circonstances, comme les trilobites du Silurien ou d’autres couches, qui avaient des yeux ayant jusqu’à 6000 facettes (Owen, Pal. p. 48, 49, 2° Éd.). Le langage du verset 2 de la Genèse est parfaitement compatible avec ceci, si on le compare au verset 1, et on peut naturellement supposer que les ténèbres étaient le résultat de l’état de désordre du v. 2. Confondre les deux versets est à la fois contraire à une interprétation solide du récit biblique, et aux faits que la science enregistre et explique. On peut être tout à fait certain que l’Écriture échappe à toute erreur, et reste toujours cohérente avec ce qui est démontré de manière irréfutable ; pourtant elle ne quitte jamais son domaine spirituel pour aller occuper le lecteur avec de la physique. Veut-on réduire à la lenteur de la nature de la terre adamique les opérations gigantesques des ères géologiques, avec leur destruction et leur reconstruction et leurs nouvelles espèces et genres biologiques ? C’est la folie moderne à la mode, c’est «faire un monde à sa propre image», mais ce n’est que des préjugés, et des préjugés mal informés. Il est absurde de nier que les organismes inclus dans les strates ont été, en leur temps, des animaux réels et des plantes réelles, et il est également absurde d’attribuer leur origine à une force plastique dans la terre, ou à l’influence du ciel ; mais ça ne vaut pas mieux d’occulter les preuves de convulsions extrêmement violentes et rapides avant l’apparition de l’homme ; ces convulsions terminaient une ère géologique et en inaugurait une autre, avec sa flore et sa faune se succédant et adaptées à la nouvelle ère selon la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu.

Ni le v. 1, ni le v. 2 ne sont un sommaire de la terre adamique ; celle-ci ne commence sa préparation qu’au v. 3. Il y a donc trois états bien distincts : la création originale de l’univers ; la terre devenue désolation et vide ; le renouvellement de la terre pour l’homme, son nouvel habitant et son dominateur. Comment ces trois événements sont-ils arrivés alors que le moindre d’entre eux est prodigieux ? La science est muette à cet égard, à cause de sa complète ignorance. Elle peut seulement parler, et encore en hésitant, sur les effets de ces événements et, beaucoup moins hardiment, sur la création dans le plein sens du terme, mais il est bien vrai que quelques uns reconnaissent ce point ouvertement et de bon coeur. Quelle différence avec le langage incomparable de l’Écriture, qui a révélé ces choses aux petits enfants, mais les a cachées aux sages et aux intelligents, ou les leur a laissées incertaines ! C’est de la Bible, et sur la base de son autorité infaillible, qu’on devrait trouver la connaissance de ces choses : elles figurent dans les premiers mots écrits que Dieu a donnés à l’homme ;  Rome et Athènes n’étaient pas encore sorties de l’état barbare, si tant est même qu’elles existassent déjà.

Notre v. 2 montre donc l’état de confusion de la terre, différent tant de l’ordre de la création première, que de la terre d’Adam et de ses descendants ; il nous est dit de cet état que l’Esprit de Dieu «planait sur la face des eaux». Par son Esprit, le ciel est beau (Job 26:13) ; quant aux créatures en général, il est écrit : «Tu envoies ton Esprit ; ils sont créés, et Tu renouvelles la face de la terre» (Ps. 104:30). Ce verset parle de la terre qui allait être celle de l’homme, et il montre le passage d’un état à l’autre. Tout est appelé à l’existence par la Parole de Dieu (1 Tim. 6:13). La sagesse se réjouit dans la partie «habitable» de la terre (Prov. 8:31). Un vent puissant peut faire rage sur l’abîme. Mais ce qui «plane», c’est l’Esprit de Dieu, non pas le vent. Que de merveilles nouvelles étaient en route !

 

 

1.3   Chapitre 1 v. 3 à 5

Bible Treasury vol. 18, p. 225-228 (1891)

Nous entrons maintenant en contact direct avec la terre habitable et son environnement. Au verset 1, nous avions la création des cieux et de la terre, en dehors de toute date ou temps défini ; au verset 2 nous avons une condition de confusion amenée par l’extérieur, mais l’Esprit de Dieu planant sur la surface des eaux. Ce qu’on trouve dans ces deux versets n’a rien à faire avec la terre de l’homme sauf que la terre a traversé successivement l’une et l’autre de ces différentes conditions. Celui qui connaît Dieu ne peut nullement douter qu’un but de haute valeur et rempli de sagesse marque la seconde condition (chaos du verset 2) autant que la première (création du verset 1), bien que ce soit plus évident pour la première. Pourtant, aucune de ces deux phases n’est en relation immédiate avec l’homme, bien que tout y soit fait pour la gloire de Dieu et en vue de l’homme, par dessus tout en vue du Second homme (c’est le Nouveau Testament qui permet de l’affirmer sans hésiter). Les observations géologiques et les déductions qu’on en tire se situent avant tout dans le cadre défini par ces deux versets préliminaires. Ces versets s’expriment en peu de mots et en termes généraux ; une large place est laissée à la recherche. Le croyant sait d’avance que les conclusions théoriques aussi fondées soient-elles, doivent cadrer avec les phrases inspirées. L’oeuvre des six jours n’a que peu, ou même rien à faire avec la géologie. Il peut y avoir des analogies dans une certaine mesure entre les oeuvres des 3°, 5° et 6° jours et certaines périodes géologiques antérieures telles qu’on les suppose, mais la Bible passe par-dessus sans mot dire, comme des choses en dehors de son domaine et de son objet, tout en leur laissant toute la place qu’on veut dans les versets 1 et 2. L’effort fait pour étayer par l’autorité de l’Écriture une correspondance directe entre les jours du ch. 1 (que ce soit trois ou six d’entre eux) et les ères géologiques n’est qu’une pure illusion. Si seulement un tel usage de la géologie était sans conséquence, mais ce n’est que du manque de respect pour la parole de Dieu et c’est n’y rien comprendre. Y a-t-il des discordances entre le récit biblique et certains faits totalement avérés ? Rien ne l’a prouvé, ni dans la géologie, ni dans aucune autre science, même plus certaine et plus mûrie. Celui qui est affermi dans la vérité révélée peut se permettre d’écouter toutes les affirmations des experts même lorsqu’ils se basent, comme souvent, sur un raisonnement partiellement inductif quant aux faits. En dehors de l’Écriture, il n’y a rien pour lequel le croyant ait à se battre ; si l’Écriture parle, il croit, sans se troubler de ce que la science peut prétendre de contraire ; si la science confirme l’Écriture, tant mieux pour la science. La parole de Dieu n’a certes pas besoin de l’imprimatur des hommes.

Si on fait appel à une quelconque des branches des sciences physiques au sujet du premier jour, on n’aura pas de réponse claire. La géologie n’en dit rien, on le reconnaît. L’astronomie et l’optique ne font pas mieux. La science comme telle, laisse Dieu de côté — je dis la science, non pas les scientifiques, car beaucoup parmi les plus grands d’entre eux, ont été de vrais croyants. La science en elle-même ne sait rien de la puissance qui a été à l’origine, elle ignore la Cause Première, et habituellement, elle esquive même les causes finales pouvant faire appel à l’intervention d’une cause première. Elle s’occupe d’un ordre établi dans le monde, et des causes secondes, spécialement celles qui opèrent sous les yeux des hommes ou qu’on peut déduire de façon probable par l’expérience. Pour celui qui manque de réflexion, le danger est évident, réel et notoire. Ce serait moins le cas si la science était assez honnête pour reconnaître son ignorance dans ce qui dépasse sa sphère. Mais souvent elle interprète et dit : «il n’y a pas» là où, en toute logique et selon la morale, elle devrait dire : «je ne sais pas». Ce n’est pas seulement de l’audace sans fondement, mais un péché de la pire espèce. L’insensé a dit en son coeur : «il n’y a point de Dieu» (Ps. 14 et 53). Là où la science se reconnaît arrêtée par un mur opaque, c’est justement là où l’Écriture proclame la vérité de Dieu. Ce que Dieu connaît, Il le révèle pour autant qu’Il l’estime convenable dans Sa sagesse et Sa bonté. «Et Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. Et Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Et Dieu appela la lumière Jour ; et les ténèbres, il les appela Nuit. Et il y eut soir, et il y eut matin : — premier jour» (1:3-5).

Qui aurait écrit ceci si ce n’est un homme inspiré ? Si vous dépréciez Israël en le qualifiant de peuple illettré, voire grossier et barbare, ce sera un miracle d’autant plus merveilleux. Trouve-t-on pareil enseignement en Égypte, à Babylone, en Grèce ou à Rome ? Comment Moïse en est-il arrivé à déclarer les faits comme il les a écrits ? Je ne parle pas de ce qu’il y a de sublime et que Longinus a si justement vanté, mais de ce que l’expérience humaine n’aurait jamais pu suggérer ; car un homme vivant, jugeant selon les phénomènes universellement connus, aurait toujours regardé le soleil comme la grande source de lumière ; et s’il avait dû faire le récit par écrit, il aurait commencé naturellement par cet astre brillant. Autrement dit, l’oeuvre du quatrième jour aurait dû plutôt prendre place au premier jour. C’est ce que les philosophes ont enseigné ensuite pendant des siècles. Mais telle n’est pas la vérité ; quelle que soit la difficulté apparente et évidente de compréhension, surtout en ce temps-là, c’est la vérité qu’il a été donné à Moïse d’écrire. Comme l’apôtre l’exprime environ 15 siècles après, Dieu a dit que, du sein des ténèbres, la lumière resplendit (2 Cor. 4:6). Il n’est pas dit que les ténèbres étaient partout, mais «sur la face de l’abîme», et maintenant qu’il était question d’une terre pour la race humaine, Dieu a commandé à la lumière d’y briller. Il n’est pas dit qu’elle fût «créée» à ce moment-là ; il y a d’abondantes raisons pour conclure que la lumière pré-existait déjà, durant les diverses ères géologiques, et à différentes phases de la terre, et même pendant de fort longues durées pour les règnes végétal et animal. Mais ceci est de la science, non pas de la foi, bien que le récit de l’Écriture soit la seule cosmogonie laissant le champ libre pour cela.

Ce qui est affirmé ici (après la confusion complète ayant régné sur la terre, et après les ténèbres sur la face de l’abîme, l’Esprit de Dieu planant sur la face des eaux), c’est que Dieu s’est interposé et a dit : «Que la lumière soit» ; et la lumière fut. Pour ce qui concerne la terre adamique, les luminaires n’étaient pas encore entrés en fonction comme maintenant : c’est là l’oeuvre du quatrième jour. L’expression : «Que la lumière soit ; et la lumière fut» est un langage s’accordant avec les vues sur la lumière qui prévalent dans les temps relativement modernes, non pas celles de la théorie de Sir Isaac Newton qui voyait dans la lumière une émanation du soleil. Si on admet généralement que les phénomènes de lumière sont le résultat d’une action moléculaire, et s’ils dépendent des qualités fondamentales de la matière dans sa constitution présente, de sorte qu’il n’y a pas eu création d’un élément ayant son existence propre et autonome (c’est ainsi que la science pense maintenant), n’est-il pas d’autant plus remarquable que les paroles de Moïse échappent à toute erreur, sans pourtant devancer les découvertes scientifiques ? Elles n’expriment rien d’autre que la vérité en termes très clairs. C’est à la parole de Dieu qu’est apparue une activité immédiate de la lumière, jusqu’alors sans activité.

Mais la science dépasse facilement sa mesure, elle généralise hâtivement. Elle contredit ainsi le récit inspiré quand elle s’aventure à dire que ce «que la lumière soit» du premier jour doit avoir précédé l’existence de l’eau et de la terre, et des composés solides, liquides ou gazeux de toute sorte. On est d’accord que la lumière intervient dans la fabrication de tels composés. Mais les versets 1 et 2 donnent un témoignage certain que la «terre» et «les eaux» existaient déjà, non pas avant la lumière, mais avant cette parole particulière de Dieu disant «que la lumière soit» ; et c’est cette parole qui a déclanché l’action de la lumière sur la terre de maintenant, après le temps de confusion et de ténèbres précédent.

C’est donc une erreur, en conflit positif avec le contexte, d’admettre qu’il n’y avait pas de «lumière» dans l’état de chose décrit au verset 1. On peut tenir pour admis que même la «terre» et «les eaux» du verset 2, quels que soient alors l’état de ruine et de ténèbres, avaient déjà eu préalablement de la «lumière», ne serait-ce que pour les former. Le verset 3 n’est donc pas réellement le signal du commencement de l’action créatrice, mais l’indication d’un renouveau de l’activité de Dieu, s’occupant de détails, bien longtemps après la création de l’univers, et de ses galaxies, soleils, planètes et satellites. Prenons le récit simplement en face : après l’oeuvre puissante de l’univers, et la désolation tombée sur la terre et ses immenses conséquences, Dieu parle, et sa parole forme la terre Adamique avec tout ce qui l’accompagne. Nous pouvons d’ailleurs noter, en anticipant sur le quatrième jour, qu’il n’y a là aucune suggestion de création des masses physiques du soleil, de la lune ou des étoiles. En ce quatrième jour, on n’a rien d’autre que leur mise en place en tant que luminaires en relation positive et déclarée avec la terre. Leur création dans le temps relève de 1:1 ; mais pour le reste, les détails sont ailleurs, à leur place. Il est exact qu’au premier jour la lumière a dissipé les ténèbres qui prévalaient, et il est du plus profond intérêt de voir que tel est l’objet de la première parole de Dieu et de Sa première action pour la terre de l’homme. Mais ceci ne dit rien sur la création des cieux et de la terre à l’origine. On ne comprend pas non plus pourquoi «les eaux» du verset 2 ne devraient pas être littéralement des eaux, au motif que de profondes ténèbres voilaient l’abîme. C’est ce type d’incohérence qui découle nécessairement de fausses prémisses, lorsqu’on confond le «au commencement» du verset 1 avec le «premier jour» des versets 3 à 5 et suivants ; et cette confusion contient aussi l’erreur extraordinaire de prendre le verset 2 pour l’état originel de la terre du verset 1, lorsque Dieu la fit venir à l’existence.

L’hypothèse selon laquelle la terre à sa création était un chaos glacial ou un globe gelé est certes étrange, mais on ne peut guère y échapper si l’on nie des états successifs depuis la création selon la volonté de Dieu, ou, et selon une pensée dans la même ligne, si on affirme que la «création» du soleil etc… n’a eu lieu qu’au quatrième jour. On argument en effet, qu’en admettant ces états successifs et cette «création» du soleil seulement au quatrième jour, la terre aurait du être presque sans nuage, bien illuminée et bien réchauffée au préalable — autrement dit une impossibilité. Mais c’est un raisonnement fallacieux que de partir de l’état de choses telles qu’elles sont, et de l’appliquer à une condition si éloignée (selon le récit biblique lui-même) de ce que Dieu a formé ultérieurement pour l’homme. La question qui se pose réellement est simplement de savoir ce que Dieu nous dit de cet état anormal du verset 2. Aucun mot n’implique que ce fût glacial, sauf que les ténèbres étaient sur la face de l’abîme, ce qui pourrait plutôt avoir été l’effet de la chaleur agissant sur la terre et les eaux, un état transitoire, postérieur à l’ordre initial, mais antérieur à ce qui a été préparé pour Adam (*). Le récit n’identifie en aucune manière le désordre du v. 2 avec la terre lors de sa création au verset 1 ; mais il distingue certainement la dislocation ténébreuse du verset 2 d’avec l’oeuvre du quatrième jour quand la terre, le soleil et les étoiles devinrent un système global comme aujourd’hui. En bref, le dilemme paraît être sans fondement. La vraie portée du verset 2 n’est pas du tout que la création originelle était une scène de ténèbres, même pour la terre, mais que les ténèbres étaient sur la face de l’abîme quand la terre — non pas les cieux — a été jetée dans la confusion bien longtemps après sa création. La lumière n’est pas un élément pouvant être réduit à néant (ce qui serait absurde), mais c’est un état découlant de l’activité moléculaire que Dieu peut arrêter, et il l’a arrêtée ici, en ce qui concerne «l’abîme». La lumière a agi absolument de la même manière en d’autres circonstances, et elle a agi depuis, sur la terre, durant la formation des couches des ères Primaire, Secondaire et Tertiaire, sans parler de ce qui précédait ; les hommes pourront découvrir et interpréter les détails selon leurs possibilités scientifiques, mais ces détails sont étrangers à l’Écriture, aussi bien que ceux des cieux étoilés, avec leurs merveilles et leurs mouvements.

(*) Sans vouloir dogmatiser sur la science, il est curieux de voir comment les auteurs divergent. La théorie de la nébuleuse de La Place («Exposition du système du monde», le sujet d’orgueil si vanté de la science moderne à l’encontre de Genèse 1) suppose que toutes les planètes existaient avant que le soleil n’arrive à son état actuel. Arago, Humboldt et d’autres, prétendent que le soleil était, et est encore, un globe sombre simplement pourvu d’une atmosphère lumineuse ! Le Dr A. Mc Caul se réfère aux découvertes de Kirchhoff pour prouver que la terre existait avant le soleil et avait sa lumière propre. Quelle valeur peut avoir une spéculation quelconque sur le système solaire avant la préparation de la terre pour la race humaine ? Le domaine propre de la science n’est pas ce qui s’est passé il y a longtemps, mais le classement correct des faits groupés sous des lois générales résistant à l’épreuve des tests.

La «création» de la lumière, en premier ou au second rang dans l’univers, n’est donc qu’un faux pas de philosophes. L’Écriture est plus exacte que ses commentateurs modernes, même quand ils s’efforcent de montrer que la science s’accorde avec la Bible. Dans l’obscurité recouvrant la terre jetée dans la désolation, Dieu a fait agir la lumière : c’est là Son action caractéristique du premier jour de la semaine, ce bref cycle qui s’achève avec la création de l’homme, le nouveau maître de la terre et le représentant de Dieu ici-bas. «Et Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres ; et Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres Il les appela Nuit» (1:4-5). Ceci nous présente Dieu réfléchissant, et considérant avec grâce la race qu’Il allait créer sur la terre, et exprimant ces considérations, et fixant ses pensées sur les réalités qui allaient se déployer en rapport avec l’homme, des réalités bien plus solennelles que la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, pris au sens littéral. Pourtant la lumière des yeux réjouit le coeur, dit le Prédicateur (Prov. 15:30) et elle est douce (Eccl. 11:7) ; Dieu l’a qualifiée de «bonne». «Et il y eut soir et il y eut matin, premier jour (ou un jour)». Gardons-nous de prendre les ténèbres précédentes comme étant le soir. Il paraît plutôt que la lumière a brillé, puis qu’elle a disparu dans la nuit, et a brillé à nouveau pour le jour, constituant ainsi le premier jour. Que la terre ait commencé à tourner sur son axe avant l’apparition du soleil en tant que luminaire, et qu’on ait ainsi eu le phénomène du soir et de matin, cela est facile à comprendre. Le fait est certain ; le «comment» n’était pas difficile pour Celui qui parla et ce fut fait. Notre place est de L’honorer en croyant sa Parole, car sans cette foi, rien n’est comme il faut. Un autre premier jour allait être témoin d’une meilleure lumière : là aussi, Celui qui est la Vraie Lumière a brillé, de façon encore plus éclatante, alors que des ténèbres plus profondes régnaient partout, et Lui aussi existait avant les ténèbres.

Si l’exposé qui précède est exact, le jour de la première semaine est bien un jour de 24 heures. Personne ne nie que dans l’Écriture, comme dans le langage commun, on utilise le mot «jour» au sens général ou figuré, selon ce qui est utile ; ce mot peut donc couvrir une période très longue. Ce n’est pas une source d’embarras pour un lecteur attentif : comme toujours, la clef est dans le contexte. Dans ce chapitre, comme dans le suivant, le mot est appliqué de plusieurs manières selon les exigences particulières du cas ; nulle part il y a doute. Ici ce sont les expressions «soir» et «matin» qui tranchent. Cela ne peut signifier qu’un jour de 24 heures, à cause de ces bornes. La Parole prend soin d’utiliser la même phrase (il y eut soir, il y eut matin, premier jour… deuxième jour… troisième jour… quatrième jour… ) sans qu’il y ait de différence de durée du jour, même implicite, entre avant ou après que le soleil ait été mis en route (1:16-18) pour réguler le jour — de 12 heures — (non pas entre avant ou après qu’il y ait un soleil). On n’aurait pas toléré un sens de durée prolongée pour cette semaine bien délimitée, s’il n’y avait pas eu ces erreurs de mêler le «commencement» avec le premier jour et les jours suivants, et de qualifier de chaos le premier état des cieux et de la terre, et par là de gommer leur création à tous les deux. Car où est réellement le «créa» dans un tel schéma ?

Ceci sera encore plus convaincant quand on va s’attaquer aux six jours vus comme embrassant les immenses ères géologiques. Cela ne serait pas aussi lumineux si on prenait la parole comme une rêverie poétique. Mais quand on revendique le caractère de simple dignité du vrai père de l’histoire pour la prose incomparable de Moïse, l’effort tendant à faire correspondre tout ou partie des six jours avec les ères géologiques de formation de la croûte terrestre, cet effort, dis-je, se révèle être un échec d’autant plus cuisant et brutal. Prenez le premier jour et faites le test : allons-nous imaginer une ère tout entière occupée par la lumière brillant pour dissiper les ténèbres précédents ? Et si c’est incohérent pour le premier, le deuxième et le quatrième jour, combien bien plus incohérent de le vouloir pour le troisième, le cinquième et le sixième jour ? Et le septième jour, ou sabbat, devrait honnêtement mettre encore plus en déroute une pareille construction. En tout cas, le sens figuré n’est ici, ni pertinent ni adapté. Nous verrons en son temps, à partir de l’Écriture, qu’allonger le sabbat pour en faire une durée immense, est tout autant sans fondement.

Dans le livre «Sermons dans des pierres», il a été tenté ingénieusement de montrer que l’Esprit planant à la surface des eaux au verset 2, signifiait la création des animaux sous-marins (zoophytes et mollusques bivalves sans organes visuels) avant la lumière ; ensuite, avec la lumière, au second jour viendraient des animaux d’une classe supérieure pourvus d’organes de vision ; et finalement les poissons vertébrés arriveraient en troisième. Mais tout cela n’est qu’une erreur contredite par le récit biblique : celui-ci n’admet une nature animée pour le monde de l’homme qu’après le quatrième jour. Toute cette confusion est due à la mauvaise interprétation qui transforme les «jours» en ères. Selon le récit biblique, le fait que l’Esprit planait sur la face des eaux est quelque chose de très général, qu’on ne peut préciser, comme ce qui est avant le premier jour. Et si les jours sont simplement des jours de la semaine où Adam fut créé, la géologie ne peut ni l’affirmer ni le contredire. Son rôle principal est de faire des investigations sur les preuves des ères successives de la croûte terrestre avant la race humaine. On est bien d’accord que le langage de la Genèse utilisé par l’inspiration divine est celui d’une description de phénomènes ; mais cela n’appuie pas l’hypothèse d’une vision de Moïse. C’était une communication divine à et par Moïse ; comment elle a été donnée, nous ne savons pas ; ne spéculons pas sous peine d’errer. Une vision pourrait lui avoir montré des animaux sous-marins dans des conditions au-delà du naturel ; mais l’hypothèse est inventée pour insérer la création d’animaux non mentionnés dans le récit.

Enfin il faut bannir la notion d’un voile noir d’une nuit ininterrompue comme étant la condition initiale : c’est une idée païenne, non pas biblique. Il n’en était pas ainsi avant le verset 2, qui décrit un état ultérieur et transitoire. Le premier verset suppose un univers en ordre ; le second une interruption de grande importance pour l’homme ; puis au verset 3 la semaine commence au cours de laquelle la terre a été préparée comme demeure de l’homme, lui-même étant fait au sixième jour de la semaine. Les ères géologiques ont passé avant que commencent les mesures humaines du temps. Si le récit avait été lu correctement, l’Inquisition aurait pu s’éviter son jugement suicidaire et inintelligent contre Galilée ; car la comparaison du premier et du quatrième jour est en faveur des théories de Copernic et condamne l’ancienne philosophie de Ptolémée. Le récit biblique s’accorde avec la terre tournant autour de son axe en rapport avec le soir et le matin, indépendamment du fonctionnement du soleil formé peu après. Notons simplement que la dissipation des ténèbres profondes n’a été ni primordiale ni universelle comme beaucoup d’hommes de sciences l’ont hâtivement supposé. Cette dissipation n’a rien à voir avec les cieux, pas plus que le désordre qui est tombé sur la terre, aussi long que soit le temps alors écoulé.

 

1.4   Chapitre 1 v. 6 à 8

BT 18 p. 241-242

Heureusement l’oeuvre du second jour nécessite des remarques d’autant plus courtes que les celles sur les versets précédents ont été assez complètes. Dans ces premiers versets, on a vu l’état originel de la création «au commencement», puis l’état de confusion introduit de l’extérieur ; enfin l’oeuvre du «premier jour» qui introduit la semaine de préparation de la terre en vue de la race humaine.

La proximité directe de l’oeuvre du premier jour avec celle du deuxième, s’applique aussi à chacun des jours suivants. Quelles que soient les raisons des scientifiques pour étayer des processus s’étalant sur de vastes intervalles de temps avant les sept «jours» de Genèse 1, il y a toutes les raisons, non pas pour douter de l’Écriture, mais pour la croire : elle dit clairement et positivement que l’oeuvre de six jours n’a pas duré de longues ères, mais a été réellement comprise dans l’intervalle défini par un soir et un matin. Il n’est vraiment pas naturel de supposer l’existence de toute une ère pour que la lumière se mette à agir le premier jour ! et pourquoi supposer autre chose pour le deuxième jour et les jours suivants ? Après le «commencement» et avant les sept «jours», il y a place pour une succession d’ères ; par contre, prendre les «jours» dans leur portée naturelle est, de manière frappante, en harmonie morale avec l’homme, la dernière des oeuvres de l’oeuvre de Dieu en création durant cette semaine-là.

Il n’y a ainsi pas lieu de se disputer pour savoir s’il y a eu des périodes longues à caractère progressif, ou bien des actes successifs brefs. D’un côté le récit est écrit de manière à laisser, avant que l’homme existe, tout l’espace voulu pour les recherches et découvertes scientifiques ; d’un autre côté, ce n’est que peu avant la création de l’homme qu’apparaissent les autres détails sous l’effet des «fiat» (*) divins. Ces deux manières de voir ont chacune leur part de vérité, et l’erreur est de vouloir les opposer. On peut comprendre que, si Dieu l’a voulu, il y a eu des temps immenses laissés pour des actions physiques, avec des causes secondaires opérant avant l’apparition de l’homme ; on a trouvé des preuves de convulsions allant bien au-delà des volcans, ou du déluge ; tout cela les géologues nationaux ou étrangers l’admettent, même si d’autres élaborent d’autres spéculations. Certains sentent la beauté de la condescendance de Dieu — cela ne L’amoindrit pas — daignant opérer en six jours et se reposer le septième après avoir apprêter la terre pour recevoir, non seulement l’homme sous Son gouvernement moral divin, mais aussi le Second Homme : c’est Lui qui allait glorifier Dieu entièrement, donner la vie éternelle à ceux qui croient, et démontrer l’indignité de tous ceux qui rejettent Sa grâce, ne se repentant pas de leurs péchés — voilà la véritable raison, intelligible et bénie, pour laquelle cette terre, de taille si insignifiante par rapport au vaste univers de Dieu, a une position incomparable dans Sa faveur, bien au-dessus de toutes les autres planètes, soleils ou galaxies. Si l’homme fait une telle différence quant à ce qu’est la terre, Christ en fait une encore bien plus grande : et pourtant Il n’a pas encore montré Son royaume glorieux sur la terre, ni comment l’homme et la terre — sans parler des cieux — y seront selon Sa grâce et les conseils de Dieu.

(*) Note Bibliquest : Fiat, mot latin signifiant «qu’il soit fait», «qu’il y ait». «Que la lumière soit» est traduit en latin par «Fiat lux».

Mais parlons un peu du second jour. Voici ce que dit l’Écriture : «Et Dieu dit : Qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit l’étendue, et sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec les eaux qui sont au-dessus de l’étendue. Et il fut ainsi. Et Dieu appela l’étendue Cieux. Et il y eut  soir, et il y eut matin : — second jour» (Gen. 1:6-8).

Il n’y a pas plus de raison d’imaginer qu’il s’agisse là de la première création des cieux atmosphériques, que nous n’en avions pour voir la première existence de la lumière lors du «premier jour». Le langage absolu utilisant le mot «créer» est évité dans les deux cas [ce mot «créer» n’est utilisé qu’aux v. 1, 2 et 27]. Il y avait eu la lumière pendant les longues ères géologiques précédentes, lorsque les plantes et les animaux terrestres et marins abondaient, — cette lumière convenaient pour les systèmes destinés à les abriter ; de la même manière ils avaient alors besoin d’atmosphère et, sans aucun doute, Dieu l’a mise en place avec tout le nécessaire pour leur maintien jusqu’à ce que, par la puissance de Dieu, une nouvelle condition succède à la première.

Ce qui constitue maintenant une ceinture pour la terre, peut ne pas avoir été toujours identique globalement au cours des diverses variations d’état des végétaux et animaux, avant l’existence de l’homme, sans parler de ce qui était avant l’existence de la vie. Le Créateur de tout a mis en place un environnement adapté à chaque état. Les restes de strates successives indiquent une admirable adéquation à la flore et à la faune de l’époque, toutes différentes de celles de la terre adamique et de ses habitants ; dans certaines de ces conditions antérieures, on peut douter que l’homme ait pu vivre, et de toute façon il n’y a pas vécu.

La grande difficulté pour les géologues, spécialement à cause du développement de la pensée incrédule est de pouvoir accepter l’idée d’une révolution telle que celle du verset 2. Même ceux d’entre eux qui sont chrétiens, ont peur d’être dirigés par des déclarations positives, et ils reculent devant la moquerie ignorante de ceux qui nient hardiment l’existence d’une discontinuité entre la création originale et les jours de l’homme sur la terre. Or, d’un côté il est certain que le récit biblique appuie l’existence d’une telle discontinuité (pour la terre entière, non pas pour une partie comme l’a imaginé le Dr Pye Smith dans un esprit de compromis), — cette discontinuité a nécessité de tout remettre en ordre — tout comme ce récit supporte la création de l’homme, le vice-gérant de Dieu, fait premièrement pour dominer sur toutes choses ici-bas. D’un autre côté il est inacceptable de supposer qu’aucune convulsion n’ait été capable de produire des changements tels que la désactivation de la lumière, ou la destruction des conditions atmosphériques. Ce ne serait qu’une incrédulité bornée. «Vous errez ne connaissant pas les Écritures, ni la puissance de Dieu» (Matt. 22:29). Combien la science explique peu, même sur la vie existante et son environnement ! Et combien il est indécent de voir la géologie se mettre à dogmatiser, alors qu’elle n’est qu’une science jeune ayant tant à explorer et à évaluer ; elle est si loin de la précision de la chimie par exemple, bien que là aussi il y ait tant d’inconnu.

Il faudra bien trouver un moment pour examiner brièvement la question de la co-existence des mammouths avec le boeuf musqué et d’autres quadrupèdes survivants. Mais on peut dire d’emblée qu’il n’est pas plus difficile de concevoir qu’en vue de la terre adamique, Dieu ait renouvelé des plantes ou animaux existant précédemment, que de Le concevoir réactivant la lumière au premier jour et l’atmosphère au deuxième jour. Le travail du premier jour consistait dans l’exercice instantané et parfait, voire exclusif, de la volonté divine ; il illustre et confirme celui du deuxième jour. L’Écriture place la description du verset 2 quelques temps avant que les jours ne commencent. Après le désordre, c’est la lumière qui a agi en premier, selon une révolution de la terre sur son axe. Le jour suivant, les cieux atmosphériques si essentiels à la lumière, au son, à l’électricité, à la végétation et à la vie animale, ont été appelés, ou plutôt ré-appelés, à exercer leurs fonctions après la confusion qui les a détruites dans des conditions dépassant nos connaissances.

Assurément ce renouvellement n’a pas nécessité une longue ère selon un processus graduel, mais une oeuvre pour laquelle Dieu a fixé un jour spécial, même si un instant lui eut suffit en principe. Dans le récit tel qu’il est, l’attention de l’homme est fortement attirée par Sa bonté pleine d’égards et toute puissante : Il a alors séparé «les eaux d’avec les eaux», sinon elles auraient rempli l’espace au-dessus de la terre avec une vapeur continue et auraient pris la place du mélange convenable de gaz qui constitue l’air nécessaire à toute vie. C’est comme la mise en place d’une machinerie fonctionnant avec la formation des nuages, la chute de la pluie, et l’évaporation ; et il s’y ajoute les pouvoirs réfléchissants et réfractants de ces eaux qui modifient la lumière et ajoute énormément à la beauté et à l’utilité de la création : le ciel aurait, sinon, couvert la terre d’un manteau noir. S’il n’y avait pas eu l’atmosphère ambiante, fluide et élastique, même si Dieu avait, par ailleurs, séparé les eaux de la terre sèche, il n’y aurait pas eu les vapeurs d’eau absorbées ou tombant en pluie ; il n’y aurait pas eu la rosée ; les sources et les rivières, fussent-elles formées, auraient tout entraîné ; l’eau l’aurait emporté ; et si la terre sèche avait subsisté quelque part, elle aurait été une masse sèche et aride, sans vie animale ni brin d’herbe. Mais arrêtons là. Je n’écris pas ces pages pour rechercher des processus physiques d’accès aux bienfaits de la création.

Il est maintenant bien connu, et les Hébraïstes compétents l’ont souligné bien avant que n’existe la science moderne, que le vrai sens du mot est «étendue» et non pas «firmament» qui nous est venu de la vulgate latine, et semble-t-il des Septante en grec. Il est possible que ces traducteurs juifs aux jours de Ptolémée Philadelphe aient cédé, ici et ailleurs, aux idées ou au moins à la phraséologie gentiles. Un grand rabbin savant et un professeur chrétien, ont émis l’opinion que la version grecque emploie le mot (sterewma) dans le sens d’une troisième sphère, éthérée ou subtile, et non pas d’une voûte solide et permanente comme se plaisent à le soutenir les rationalistes, en se basant sur l’étymologie et sur un langage figuré. Le but est évident et le désir engendre la pensée. Déjà qu’on exclut Dieu de l’Écriture autant que de la création, et qu’on déifie la nature, qu’on exalte l’homme déchu (spécialement à partir du dix-neuvième siècle), on est ensuite tout content de dévaluer le texte, en citant des «fenêtres», des «portes», des «colonnes» et des «fondements», comme s’il s’agissait de cela littéralement. L’usage de ce mot «étendue» dans ce même chapitre (v. 15, 17, 20, 28) prouve suffisamment que le mot comprend l’idée de ciel transparent et ouvert, quelles que soient les mauvaises compréhensions du lecteur à toute époque. C’est pourquoi les versions anglaises autorisée et révisée traduisent par oiseaux de l’air au verset 28, l’estimant équivalent d’oiseaux des cieux. Il s’agit de  l’étendue, incluant les cieux atmosphériques où les oiseaux volent, tout au moins dans la zone la plus basse. L’idée qu’il y ait une voûte solide est hors de question. Le mot original paraît plutôt dériver d’un mot exprimant l’élévation, comme la racine du mot «cieux» en certaines langues ; mais même si on dérive ce mot de l’idée de battre ou de forger, ne sait-on pas que même les mots ayant une origine matérielle s’appliquent à l’occasion dans le domaine éthéré (spirituel) selon le contexte ? L’Écriture présente réellement les cieux comme non localisés, et la terre comme suspendue à rien ; on n’y trouve rien nulle part pour étayer l’idée grossière d’étoiles fixes comme des clous plantés sur une voûte métallique. Seul un scepticisme de mauvaise volonté le prétend, mais c’est une calomnie indigne. Dathe a pris la liberté de traduire «spatium extensium» et des juifs savants l’ont fait pareillement, avant et après.

«Les eaux au-dessus de l’étendue» consistent en cet énorme réservoir de vapeur qui remplit les nuages et tombe sous forme de pluie, de grêle ou de neige. Les «eaux au-dessous de l’étendue» couvraient la terre alors, mais allaient bientôt former les mers quand le sec allait paraître le jour suivant. C’est donc de la pure ignorance que de prétendre, malgré de nombreux passages de l’Écriture, que les «eaux au-dessus de l’étendue » impliquent l’idée d’une voûte solide, comme celle d’une douche de toilette. Les Hébreux voyaient bien les mouvements de nombreux corps célestes, non pas des points fixes. Même s’ils avaient été aussi obtus que le rationalisme est odieux, ce qui nous intéresse c’est le récit biblique divin, et son exactitude irrite les esprits hostiles qui se plairaient à signaler le moindre défaut. L’Écriture demeure ; la science change et se corrige régulièrement et périodiquement. S’agissant de termes figurés, il n’est pas plus utile de parler de «bouteilles» que de «colonnes» ou de «tente» ou de «voile» ou de «fenêtres» ou de «portes». Ce ne sont que des expressions parlantes. Les prendre à la lettre n’est que malice ou stupidité.

 

1.5   Chapitre 1 v. 26, 27

Bible Treasury vol. 18 p. 321-323 (1891)

Au troisième jour, nous avons vu deux fois se déployer l’énergie du Créateur : d’une part les eaux se rassemblèrent pour former la mer, avec apparition du sec, et cela fut considéré comme bon ; d’autre part, à la Parole de Dieu, la terre produisit de l’herbe, des plantes portant semence, et des arbres fruitiers produisant du fruit selon leur espèce, ayant sa semence en soi, et Dieu vit que cela était bon. Le sixième jour il y eut pareillement une double action, la deuxième étant bien plus extraordinaire puisque la vie humaine a été mise dans un être, la plus élevée des créatures terrestres ici-bas (contrairement au 3° jour où la seconde action créatrice a généré la vie végétale, la moindre des créatures organisées). Dieu dans sa sagesse et dans le déploiement de ses voies, avait ménagé pour les êtres vivants un environnement qui devait être revêtu et rempli de beauté, de nourriture, de fruits ; une fois cet environnement mis en place, des êtres supérieurs allaient venir profiter de tout ce que Sa bonté avait préparé ; et tout, animal et végétal, était pourvu du pouvoir de reproduction régulière. Dans toutes les immenses ères géologiques, Dieu avait déjà opéré en énergie créatrice, mais il n’y avait pas eu d’homme qui soit un centre, quels que soient les systèmes successivement apparus, puis disparus. Les jours mentionnés dans ce chapitre 1 se réfèrent spécialement à l’homme, et c’est lui qui, au sixième jour, allait suivre l’apparition des animaux supérieurs, et en être le couronnement, ceux-ci étant mis sous son autorité.

«Et Dieu dit : Faisons les hommes à Notre image, selon Notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre. Et Dieu créa l’Homme (*) à Son image ; Il le créa à l’image de Dieu ; Il les créa mâle et femelle» (1:26, 27). (**)

(*) La race, Homme, a l’article en hébreu, et se distingue ainsi du nom pris tout seul ; ce nom dérive du sol dont l’homme a été tiré. Le contexte confirme aussi le sens pluriel.

(**)  Note Bibliquest : La traduction J.N. Darby est la suivante : «Et Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre. Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle». Une note dans la traduction JND est semblable à la note de WK en ce qu’elle indique à 1:27 et 2:8 que «l’homme» signifie «la race humaine».

L’homme est donc introduit de manière unique par rapport à la création précédente des animaux, même ceux produits de la terre le même jour (1:24), chacun «selon son espèce», tout paraissant bon (1:25). Mais avec l’homme, c’est la première fois que Dieu entrait en conseil avec Lui-même avant d’entreprendre une tâche : c’était une tâche grande et absolument nouvelle. Il n’y a plus les paroles de commandement : «Que la lumière soit, que les eaux fourmillent, que la terre produise» (quoi qu’il soit expressément dit ailleurs que le corps de l’homme a été formé de la poussière du sol). Ici le langage s’élève en grandeur et en solennité, bien à propos : «Faisons les hommes». Pas un mot de diverses espèces d’homme, il n’y en avait qu’une, quels qu’aient été les rêves de ceux qui, dans leur orgueil et leur égoïsme, ont voulu tirer parti de la dégradation de leurs congénères. La dureté de coeur a fait beaucoup souffrir dans la suite, mais il n’en était pas ainsi au commencement. On aura, peu après, une révélation allant plus loin, l’homme n’étant pas seulement mis comme chef de la création, mais mis dans des relations morales. Ici, au ch. 1, la dignité conférée à l’espèce humaine est déjà prouvée abondamment. «Faisons les hommes à notre image, selon notre ressemblance». Rien n’est plus contraire à la Bible que l’anthropomorphisme des mythologies grecques et romaines : elles dégradent leurs dieux au niveau d’hommes et de femmes déchus, ayant les mêmes passions et convoitises, et elles donnent la sanction de la religion à l’immoralité de bas niveau. Y a-t-il eu en Grèce ou à Rome des philosophes tentant de remonter à un modèle aussi noble que celui de Gen. 1:26 ? Moïse a été inspiré pour le donner comme une sainte déclaration du Créateur. Combien on est loin de l’évolution allant d’un être grossier jusqu’à l’homme (théorie suggérée par Satan pour brutaliser le genre humain !). Telle est la vérité simple et merveilleuse : non pas Dieu ramené au niveau humain, mais les hommes, seuls êtres créés selon un modèle divin.

On pose souvent des questions sur la force des termes et leurs nuance exacte, ici en rapport avec les mots «image» et «ressemblance». N’écoutons pas ceux qui cachent leur ignorance en admettant que les divers mots ont le même sens. Dans tout l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, l’«image» représente, tandis que la ressemblance «ressemble». Ainsi, dans le rêve de Nebucadnetsar (Dan. 2), l’«image» du pouvoir mondial représente la succession des empires des nations, du premier au dernier : il ne s’agissait pas de ressemblance. De même, l’«image» dans la plaine de Dura (Dan. 3) a des proportions (60/6) excluant qu’il s’agisse d’une figure humaine, ou de la ressemblance d’aucune créature vivante. Quoi qu’elle fut ou qu’elle ne fut pas, cette «image» représentait ce que le monarque avait commander d’adorer. Dans le Nouveau Testament, le denier (pièce de monnaie) que demanda notre Seigneur avait, sur une face, une image et une inscription de César. Sa ressemblance pouvait être défectueuse, mais c’était bien une image de l’empereur romain. Elle exprimait son autorité et concrétisait sa revendication à dominer les Juifs parce qu’ils s’étaient éloignés de Dieu, alors qu’ils ne voulaient reconnaître l’autorité ni de Dieu ni de l’empereur.

De la même manière, il est dit (v. 26) que les hommes ont été faits à l’image de Dieu, selon sa ressemblance. Le v. 27 répète «à l’image de Dieu», avec emphase : non pas selon la ressemblance, mais à l’image. Il y a de l’insistance sur la réalité de «à l’image» de Dieu, bien qu’ici il soit aussi déclaré que l’homme a été fait d’après ou selon la ressemblance de Dieu. Ressembler à Dieu ici-bas n’a été donné qu’à l’homme. Même les anges n’ont pas une telle place. Ils excellent en force, ils exécutent la parole de Dieu, écoutant la voix de sa parole (Ps. 103:20). Mais les anges ne dominent pas au nom de Dieu, ni ne Le représentent comme centre d’un système qui lui est assujetti et qui regarde à lui. L’homme a été fait pour représenter Dieu au milieu d’une créature inférieure, dépendante de lui. Pour être créé à l’image de Dieu, il a été aussi fait «selon sa ressemblance», sans mal et droit. Par le péché, la ressemblance à Dieu a disparu, mais l’image a subsisté ; quoique incapable de représenter Dieu correctement, il était encore responsable de Le représenter. C’est pourquoi, au ch. 5 v. 1-2, nous lisons que Dieu a fait l’homme à sa ressemblance ; il les créa mâle et femelle, il les bénit et appela leur nom Adam au jour où ils furent créés. Il est tout à fait significatif que le v. 3 ajoute qu’Adam engendra un fils à sa ressemblance. Seth ressemblait à son père déchu, et le représentait aussi. De même quand les animaux furent donnés à l’homme comme nourriture après le déluge (ch. 9), le sang fut interdit et un soin jaloux pour la vie humaine fut ordonné avec force, car l’homme a été fait à l’image de Dieu (9:6). Tuer un homme est une rébellion contre l’image de Dieu, bien que l’homme ne soit plus du tout comme Dieu.

Le Nouveau Testament étaie la même distinction, bien au-delà de l’image de César déjà mentionnée. En 1 Cor. 11 l’homme est appelé positivement l’image et la gloire de Dieu, et il en est la représentation publique. En Col. 1:15, le Christ, le Fils incarné, est décrit comme «l’image du Dieu invisible» ; s’il n’est pas appelé la «ressemblance» de Dieu, cela ne fait que confirmer la vérité : l’appeler «ressemblance» de Dieu aurait renié sa divinité. Il était Dieu, et n’était pas simplement comme Dieu. Sur ce sujet, il est utile de comparer ce qui est dit du chrétien maintenant en Col. 3:10 et 2 Cor. 3:18 ; pour le résultat en gloire, voir Rom. 8:29 et 1 Cor. 15:49.

Par ailleurs il ne faut pas confondre l’état d’Adam innocent avec le nouvel homme créé selon Dieu en justice et sainteté de la vérité (Éph. 4:24). Cette dernière expression décrit la nouvelle création (non pas le premier état d’Adam dans l’innocence) dans laquelle il y a la connaissance du bien et du mal, mais avec la puissance (c’est une grâce) d’avoir le mal en horreur et de tenir au bien (Rom. 12:9) : c’est ce qui est impliqué dans l’expression «en justice et sainteté de la vérité». Ce n’est pas la nature chez le croyant, mais c’est supernaturel : il devient participant de la nature divine (2 Pierre 1:4).

Néanmoins, Adam était fait pour avoir une part au-dessus de toute la création qui l’entourait, «à l’image de Dieu et selon sa ressemblance», bien que son état avant la chute fut fort différent de celui où Christ ressuscité est la tête, et bien que sa part restât celle d’une créature. En présence de la Bible, on peut voir combien sont fausses les spéculations sur l’évolution, sans parler de ce qu’elle n’est qu’une hypothèse en conflit avec les lois fixes de la nature (ce qui n’empêche pas les intellectuels de proclamer bien haut ces lois pour se justifier de mettre Dieu de côté). Comment peut-on réconcilier les lois invariables de la nature avec les changements d’espèces ? La vérité est que la vraie science tire sa substance de résultats uniformes : elle consiste à découvrir et mettre en ordre ces résultats. Ceci n’empêche pas une variabilité au travers des circonstances, à défaut de quoi le type original revient. Comme la science naturelle est basée sur la réalité et la continuation des espèces, elle ne peut pas rendre compte des origines. Si l’on est honnête, il faut admettre qu’il y a une vraie cause première ; mais la science ne peut qu’être entièrement ignorante d’une telle cause. Seule la parole de Dieu révèle la vérité. De toutes les rêveries, il n’y en a pas de plus vile que l’ignorance refusant d’apprendre, et osant défier la révélation divine par sa conception de l’homme descendant du singe, d’un poisson, d’algues ou autres. La vérité est que les causes primordiales sont au-delà de la science qui, au lieu de reconnaître honnêtement son ignorance, prétend nier la création que l’Écriture révèle clairement. Dieu seul pouvait créer, et Il déclare qu’Il l’a fait, et selon quel ordre. La science pourrait apprendre avec bonheur, si son scepticisme ne l’emportait pas. Son champ d’application est dans l’investigation des effets, et elle ne peut atteindre les causes primordiales, alors qu’il est de la plus haute importance de les connaître ; seul le témoignage de Dieu nous y donne accès, et c’est tout simple si on l’accepte.

Combien il est digne de Dieu et réjouissant pour l’homme, de se détourner de ces fredaines de contrefaçon de la science, pour soupeser une fois de plus ces paroles de Dieu ! «Et Dieu dit : Faisons les hommes à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre [sixième jour]. Et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle» (1:26, 27). Notons bien avec quels termes emphatiques Moïse dit que Dieu a créé la race humaine. Il ne suffisait pas de le dire une fois comme pour l’univers au v. 1 lorsqu’il a été amené à l’existence, et comme pour l’introduction de la nature animée dans le monde adamique (v. 21), au moins les grands mammifères aquatiques. Mais pour l’homme, c’est répété à plusieurs reprises pour attirer l’attention de ceux qui tremblent à la parole de Dieu. Non seulement l’homme était une créature sans précédent, mais il avait une place bien particulière dans les pensées de Dieu, non pas seulement temporellement pour la terre, mais pour l’éternité. Pour un tel déploiement des propos de Dieu, il fallait s’attendre à des déclarations spéciales de Dieu, et c’est ce qu’on a ici, soulignant la place de la créature selon que Dieu l’avait établie à l’origine sur la terre. Il faut aller au ch. 2 pour y trouver des détails complémentaires, si importants, au sujet des relations dans lesquelles Adam fut mis ; nous y trouvons la clef de cette déclaration que l’homme a été « créé mâle et femelle » (1:27) : un couple unique, et qui plus est, formé comme aucun autre ne l’a jamais été ; cela différencie l’homme d’avec toute autre créature sur la terre ou dans les cieux. Car d’immenses conséquences découlent de ce fait, et Dieu a pris soin de l’établir lui-même — bien entendu, Lui était le seul à pouvoir le révéler.

Que peut dire la science sur des sujets si intéressants et moralement si importants ? Est-ce logique de nier tout ce qu’on ignore ? Pour la science, confesser son ignorance est humiliant. Mais y a-t-il de la révérence à mépriser ce que Dieu sait et a révélé ? Hélas ! La science ne sait rien, ni sur la foi, ni sur la piété, ni sur la révérence. Si elle se contentait de n’affirmer que ce qu’elle sait, et si elle confessait son ignorance sur ce qui dépasse ses limites, elle ferait moins de bêtises et serait mieux séante. Les coupeurs de bois et puiseurs d’eau (Jos. 9:27) ont une place utile, même si ce n’est pas la plus digne. Se vanter n’est pas convenable, sauf à se glorifier dans le Seigneur, pour ceux qui se confient en Lui (1 Cor. 1:30).

 

 

2                        Chapitre 2

2.1   Chapitre 2 v. 5 à 7

Bible Treasury vol. 19 p. 17-18 (1892)

Après le résumé du verset 4, l’état du règne végétal est donné dans sa condition particulière juste avant qu’Adam sorte de la main de Dieu. Il n’y a donc aucune base pour affirmer que ce règne végétal était issu d’ères antérieures, même si l’on trouve des parallèles entre eux. Tout ce que ce texte constate est ce qui existait alors comme demeure en préparation pour Adam, quand Jehovah Elohim (= l’Éternel Dieu) fit les cieux et la terre.

«…L’Éternel Dieu fit … toute plante (*) des champs avant qu’elle fût sur la terre, et toute herbe des champs avant qu’elle crût (**) ; car l’Éternel Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol ; mais une vapeur montait de la terre et arrosait toute la surface du sol. Et l’Éternel Dieu forma l’homme, poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie (***), et l’homme devint une âme vivante» (2:5-7).

(*) note Bibliquest : la version JND traduit «arbuste».

(*) On pourrait aussi traduire : «Et aucune plante des champs n’était encore sur la terre, et aucune herbe des champs n’avait crû ; car … etc.». Beaucoup de Juifs mettent un point au milieu du verset 4, et commencent une nouvelle phrase : «Au jour où l’Éternel fit…».

(**) littéralement «de vies».

Il semble clair que c’est une description des plantes et des herbes produites au troisième jour, avant l’apparition de l’homme, le chef de la création. Comme l’homme, elles sont apparues avec une croissance achevée, ne provenant pas d’une semence, comme cela a toujours été le cas depuis. Ce n’est pas une répétition du fait général de leur origine comme au chapitre 1, mais (comme dans tout le reste du chapitre 2 depuis son début), c’est une présentation de circonstances spéciales ; cet ajout est parfaitement à sa place. On ne nie pas les preuves géologiques selon lesquelles il y a eu de la pluie en des temps aussi reculés que la période carbonifère, quelle que soit l’immensité du cours des ères précédant l’homme. Par ailleurs, certains ont prétendu qu’il ne valait vraiment pas la peine de noter que l’historien inspiré ait eu à donner ces explications particulières sur la végétation ayant existé pendant quelques jours naturels sans pluie et sans culture. C’est évidemment une difficulté à résoudre pour ceux qui tiennent la théorie selon laquelle les jours sont des périodes. Or ces indications montrent l’admirable condescendance et l’intérêt de Celui qu’on voit ici entrer en relations de grâce avec l’homme ; si ces mêmes indications avaient trait aux vastes ères géologiques, elles paraîtraient dépourvues de sens et fausses. Quel que soit le processus divin avant que de telles relations avec l’homme aient pu avoir lieu, il était très important pour l’homme de savoir de source autorisée que Jehovah Elohim (l’Éternel Dieu) avait non seulement fait la terre et les cieux (l’ordre réel, les cieux et la terre, est changé pour le même genre de raison), mais aussi qu’Il avait fait «toute plante des champs avant qu’elle fut sur la terre, et toute herbe des champs avant qu’elle crût». Ces productions sont spécifiées car elles étaient nécessaires aux créatures vivantes au moment où elle étaient appelées à l’existence sur la terre ; et Dieu fit qu’elles soient à maturité dès leur formation, en contraste avec tout ce qui a été depuis. Deux raisons sont ajoutées : l’une qu’il n’avait pas encore plu sur la terre dans son état à ce moment-là ; l’autre qu’il n’y avait pas encore d’homme pour travailler le sol. On pourrait penser que personne ne pourrait se tromper sur ces évènements, tellement les indications sont claires, sauf à être sous l’influence aveuglante d’une théorie préconçue. Celui qui a tout fait, même dans les moindres arrangements, avait l’homme en vue et avait agi à l’avance pour lui, et maintenant Il prenait la peine de révéler tout cela au moment où Il se donnait à connaître à l’homme en quelque mesure, et lui donnait de se réjouir en Sa bonté. C’est pourquoi aussi, il faisait connaître à l’homme les dispositions spéciales qu’Il avait prise, même pour une période aussi courte et particulière où «une vapeur montait de la terre et irriguait toute la surface du sol». Cela serait étrange pour des scientifiques que d’affirmer ces choses en les appliquant aux vastes ères géologiques, puisque c’est la végétation qui était apparue en premier. Par contre c’est la vérité toute simple pour les quelques jours suivant le troisième jour de la première semaine ; et la mention de ces circonstances ici au ch. 2, n’est pas une simple adaptation au but de cette nouvelle portion du texte, mais c’est tout à fait digne de la place spéciale où l’homme est installé, selon le récit biblique.

Nous arrivons ensuite à la révélation de ce moment unique de la formation de l’homme, non pas seulement comme chef de ceux qui peuplent la terre (1:26), mais en vue d’une relation vivante avec Celui qui a tout fait et tout créé. C’est ici, et non pas dans le chapitre précédent, que nous apprenons les particularités de la constitution de l’homme. «Et l’Éternel Dieu forma l’Homme [ha-Adam] de la poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie ; et l’Homme devint une âme vivante» (2:7). C’est à ceci que se réfère l’apôtre dans sa sublime comparaison entre le premier homme et le Second en 1 Cor. 15:49, que tout croyant devrait bien peser et s’approprier. Ici, il s’agit simplement du premier homme, mais ce qui est dit est grand : la poussière du sol pour l’homme extérieur ; et le souffle de l’Éternel Dieu pour animer l’homme intérieur. Ce n’était certes pas la vie éternelle, mais néanmoins une âme immortelle. L’insufflation en direct du Créateur est la base de son immortalité. Les autres animaux des eaux ou de la terre sont appelés «âmes vivantes», à juste titre ; mais seul l’homme est issu de l’insufflation de Dieu .

En Ecc. 3:21 il est aussi parlé de «l’esprit de la bête», car la bête a une âme et un esprit appropriés à sa nature. L’âme est le siège de la volonté pour toute créature vivante ; l’esprit, c’est sa capacité. Mais, pour la bête tout «descend en bas vers la terre», non pas seulement le corps, mais aussi l’âme et l’esprit, car elle a aussi bien une volonté propre qu’une faculté propre. Mais quant à l’homme, son esprit (et son âme aussi, bien sûr) «monte en haut» ; «l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné» (Ecc. 12:7). Les autres animaux quand il ont été faits, ont respiré une respiration de vie ; mais l’homme a été formé extérieurement comme fait le potier avec l’argile, et il n’a pas respiré tant que Dieu ne lui eut pas donné, directement et spécifiquement, sa propre respiration. C’est pourquoi, il est le seul sur la terre à être devenu une âme vivante, le corps étant mortel, ce qui n’est jamais dit de l’âme (ce qui est dit implique tout le contraire). C’est pourquoi, de tous les êtres terrestres, l’homme est le seul à avoir une responsabilité devant Dieu. Ainsi le siège de son individualité et de sa responsabilité est dans son âme, bien que l’esprit, la capacité intérieure, accompagne cette âme, et accroît grandement sa responsabilité ; le corps est l’homme extérieur, un vase pour servir Dieu ou Satan, selon les directions de l’homme intérieur.

On voit donc combien sont éloignés de la vérité ceux qui pensent que seuls les chrétiens ont un «esprit» en plus d’un corps et d’une âme. Même les bêtes en ont, bien que, chez elles ce ne soit guère qu’un instinct, tandis que chez l’homme c’est une faculté incomparablement plus élevée et plus vaste, augmentée encore par le caractère immensément supérieur de l’âme immortelle de l’homme ; aussi remarquablement dotées que soient les bêtes par la volonté de Dieu, elles ne sont que des créatures sans raison, purement animales, nées pour être prises et détruites (2 Pierre 2:12). La conscience du «moi» est dans l’âme, et c’est de la réalité de cette conscience que dépend l’identité personnelle ; la capacité de raisonnement introspectif sur cette conscience, comme sur tout autre sujet, est dans l’esprit de l’homme ; de même, la capacité de s’occuper des choses de Dieu est avec le «moi» vivifié, dont la puissance est dans le Saint Esprit donné au chrétien. Il est donc entièrement faux de confondre les pensées ou la connaissance, avec l’âme, bien que l’âme soit étroitement liée à un esprit, capable de réflexion, de discernement, et de toutes sortes d’autres opérations mentales dans le cadre de son être. La conscience de soi avec la capacité de réflexion qui s’y rattache est une caractéristique de l’homme, et avoir la conscience de Dieu l’est encore plus. «Il y a un esprit qui est dans l’homme, et le souffle du Tout-Puissant leur donne de l’intelligence» (Job 32:8).

La position unique et supérieure de l’homme frappe d’autant plus, si on la compare avec tous les sujets du domaine de sa domination, comme son adaptation à tous les climats et toutes les variétés de nourriture, ce qui fait contraste avec les êtres grossiers qui lui ressemblent le plus en apparence. Il est ainsi clair que le chimpanzé et l’orang-outan ne sont pas nombreux, limités à quelques petites zones d’Asie et d’Afrique, et malgré des soins attentifs, ils ne peuvent pas vivre longtemps ailleurs.

Et voilà que de toutes les créatures, l’enfant de l’homme est le plus impuissant, et le plus dépendant des soins et de l’entourage, pendant une croissance lente ; il atteint pourtant dans tous les pays et toutes les ethnies, une longévité triple de celle de ses homologues les plus proches. Mais c’est l’homme intérieur qui fait la différence la plus vraie et la plus essentielle d’avec tous les autres êtres terrestres, et qui le rend capable (grâce au lien familial qui lui a été donné) de dépasser ses débuts d’être faible et sans défense, et, selon ce qui lui a été donné de Dieu, de dominer effectivement sur les poissons des mers et les oiseaux des cieux, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Que les eaux grouillent d’êtres vivants, que les oiseaux se multiplient toujours, l’homme, quant à lui, a rempli la terre et l’a assujettie comme aucun être ne l’a fait. Pourtant, vivre par le souffle de Dieu en lui (lui seul a une âme ayant ce caractère) est un privilège incomparablement supérieur à tous les autres privilèges naturels réunis : bien que, par ce privilège, il périsse éternellement s’il ose ne pas se repentir et ne pas croire dans le Sauveur, au lieu de se soumettre à Lui qui est Seigneur de tout, et plein de grâce et de vérité. Si par la foi, l’homme se soumet au Fils, combien sa portion est bénie, dès maintenant et éternellement, même s’il est dans une condition humaine des plus misérables (1 Cor. 15:19) ! La vie éternelle, une rédemption éternelle, un salut éternel, un héritage éternel, une gloire éternelle : telle est la liste de grâce du chrétien par Jésus-Christ notre Seigneur ; et à tout cela s’ajoute le sceau du Saint Esprit, dès maintenant.

 

2.2   Chapitre 2 v. 8 et 9

Bible Treasury vol. 19 p. 33-34 (1892)

Au chapitre 1, nous avons vu Dieu attribuer à la race humaine la domination sur les poissons, les oiseaux, le bétail et tout être vivant qui rampe ou qui se meut sur la terre et au-dessus de la terre. Tout cela était présenté d’une manière générale. Ici nous avons, comme d’habitude, une portion spéciale, un domaine particulier attribués au premier homme dans l’innocence. La question morale profonde du premier homme allait être mise à l’épreuve.

«Et l’Éternel Dieu planta un jardin en Éden du côté de l’Orient, et il y plaça l’Homme qu’il avait formé. Et l’Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal» (2:8-9).

Comme pour Israël plus tard, il y a eu ici une préparation complète. Rien n’a manqué du côté de Jéhovah (l’Éternel). «Je chanterai à mon bien-aimé un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne : Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Et il la fossoya et en ôta les pierres, et la planta de ceps exquis ; et il bâtit une tour au milieu d’elle, et y tailla aussi un pressoir ; et il s’attendait à ce qu’elle produirait de bons raisins, et elle produisit des raisins sauvages» (És. 5:1-2). Au commencement Jéhovah Elohim (l’Éternel Dieu) a pareillement planté un jardin du côté de l’orient en Éden. Bien que toute la création sur la terre fût bonne avant que la ruine n’intervint par le péché, et que tout ce que Dieu avait fait était «très bon», le jardin était encore nettement supérieur, et il était l’objet d’un soin particulier de Dieu dans Son gouvernement moral. L’homme devait être mis à l’épreuve ; aucune excuse n’était possible, aucune imperfection ne pouvait être alléguée. C’était Lui qui plantait le jardin, et tout y était fait pour l’usage et la beauté convenant à la création dans l’innocence. S’Il aime celui qui donne de bon coeur, Il est Lui-même le modèle de toute libéralité. Il avait «formé» l’Homme de manière exceptionnelle ; et pareillement Il «planta» le jardin où Il le mit. «Et l’Éternel Dieu fit croître du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal» (2:9).

Dans cette dernière phrase, nous avons des éléments particuliers à l’affaire et à l’époque : comme ils ont existé pour un court moment, on ne les a pas retrouvés ultérieurement, et on ne les retrouvera pas. L’innocence perdue ne peut être retrouvée. Dieu peut, et il le fait, introduire une condition meilleure pour la foi par le Second Homme lors de sa première venue, ou en puissance visible lors de sa seconde venue ; mais il n’y a pas de restauration du premier état. La tendance continuelle est de l’oublier, même parmi ceux qui, autrement, sont enseignés de Dieu. Ils exaltent indûment l’état premier d’Adam. Ils omettent de voir la ruine complète causée par le péché. Ils rabaissent ou ignorent la nouvelle création en Christ. Et le plus extraordinaire est que ces idées ne sont pas limitées à telle ou telle école de théologie, quoiqu’elles soient plus marquées et plus éclatantes dans certaines régions. Andover, Genève, Leipzig, Leyden, Montauban et Oxford diffèrent considérablement ; mais elles s’accordent bien pour donner trop d’importance au premier homme, et trop peu au Dernier (*).

(*) Note Bibliquest : Sur le mot «dernier», voir 1 Cor. 15:45.

On affirme presque partout qu’Adam a été créé en justice et en sainteté de la vérité (Éph. 4:24). Il n’en est pas ainsi. Seul le nouvel homme est ainsi décrit par l’apôtre. Cela ne saurait s’appliquer en aucune manière à l’homme tel que créé à l’origine, car il était simplement sans tache et droit, mais il n’avait aucune connaissance réelle de «la vérité», pas plus que de la «justice» ou de la «sainteté». Il était innocent ; il n’avait pas ce que l’Écriture appelle ici «la connaissance du bien et du mal». Elle n’a été acquise que par la chute. Bien sûr, il avait la conscience de sa responsabilité. Il savait qu’il était tenu d’obéir à Dieu, bien que le test de son obéissance n’allât pas plus loin que de s’abstenir de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, comme nous le verrons au verset 17. Maintenant, l’homme a cette connaissance du bien et du mal, et la sainteté implique la séparation d’avec le mal pour être du côté du bien. Adam n’avait pas cette connaissance. N’étant pas tombé, il n’avait pas de convoitises. Il n’aurait pas pu comprendre les dix commandements, et encore moins le sermon sur la montagne. Il n’avait ni père ni mère à honorer ; ni voisin au sujet duquel médire ou convoiter son bien, sans parler du vol, du meurtre et de l’adultère. Quand l’homme a commencé à avoir des voisins, il y a longtemps qu’il avait été chassé du jardin, et la prohibition de l’arbre de la connaissance du bien et du mal dans ce jardin ne s’appliquait plus. Comme être tombé, il connaissait le bien et le mal, mais il avait cette connaissance avec une mauvaise conscience. Comme un païen l’a écrit de lui-même, nous pouvons dire d’Adam tombé et de sa race, qu’il voyait le meilleur et suivait le pire. Tel a été l’état de l’homme jusqu’à l’intervention de Dieu par de nouvelles relations impliquant d’autres responsabilités.

Au verset 9, il est révélé un autre fait du plus profond intérêt. L’arbre de vie était distinct de celui de la connaissance du bien et du mal. Le test de l’obéissance responsable était tout à fait différent des moyens de vie. Dès le début ces deux choses sont bien différenciées ; et en fait, c’est quand l’homme a désobéi en mangeant d’un de ces arbres, qu’il a été chassé de peur qu’il ne mange de l’autre (3:22, 23), pour ne pas rendre éternel son état de pécheur tombé. L’arbre de vie était pour quelqu’un n’ayant pas mangé de l’arbre défendu. On voit donc ici clairement que vie et responsabilité sont entièrement distinctes.

En son temps (430 ans avant la loi selon l’apôtre) la promesse est venue, semblable à un arbre de vie tout seul. Les pères s’y attachèrent par la foi, et furent bénis. Pourtant, c’était une bénédiction incomplète, seulement provisoire. Il était important et nécessaire que la question de la justice soit soulevée, et celle de la justice de l’homme fut soulevée en Israël par la loi. Mais l’homme, Israël, était pécheur, et ne pouvait répondre à la justice, sauf pour être condamné.

Car la loi donnée par Moïse faisait que la vie dépendait de l’obéissance. «Vous garderez mes statuts, et mes ordonnances, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra» (Lév. 18:5). L’échec n’a pas été le fait de la loi, mais le fait de l’homme ; «car s’il avait été donné une loi qui eût le pouvoir de faire vivre, la justice serait en réalité sur le principe de la loi» (Gal. 3:21). Mais l’homme a été coupable, sans force, en bref perdu. «Car tous ceux qui sont sur le principe des oeuvres de loi sont sous la malédiction» (Gal. 3:10). Le juste vivra sur un tout autre principe — par la foi (Gal. 3:11). «Mais la loi n’est pas sur le principe de la foi» (Gal. 3:12). La loi et la foi sont données à des fins entièrement différentes, et compatibles de la seule manière suivante : la loi pour convaincre le pécheur qu’il ne peut pas être justifié par elle ; la foi, pour donner l’assurance au croyant qu’il est justifié par elle. «Vous êtes sauvés par la grâce par la foi» (Éph. 2:8). Car c’est par la foi en Christ ; Lui a accepté la responsabilité, et a porté sur la croix toutes les conséquences de notre désobéissance et de notre mauvais état, et il est maintenant ressuscité d’entre les morts, prouvant ainsi publiquement qu’il était le dernier Adam, un esprit vivifiant (1 Cor. 15:45). C’est ainsi que Lui et Lui seul a concilié les deux arbres ; cette conciliation, la loi l’avait proposée seulement pour prouver que c’était impossible pour l’homme en tant que tel. Notre nouvelle responsabilité comme croyants est basée sur les relations avec Dieu et avec nos frères dans lesquelles nous entrons comme ayant la vie éternelle et la rédemption, en Christ. À la croix, Dieu est glorifié même à l’égard du péché ; et nous qui croyons, nous avons la vie éternelle, et nous sommes faits justice de Dieu en Christ (Jean 5:24 ; 2 Cor. 5:21).

Quelle bénédiction de voir que le dernier livre du Nouveau Testament répond merveilleusement au premier de l’Ancien. Dans la nouvelle Jérusalem, fruit de la grâce divine et des conseils célestes, quand tout est accompli et que les jours de pèlerinage sont finis, on ne trouve plus que l’arbre de vie avec les fruits les plus riches et les plus variés pour ceux qui l’habitent, et même les feuilles de l’arbre sont pour la guérison des nations (Apoc. 22:2). Combien c’est beau et approprié pour ce temps-là, et absolument vrai, inutile d’insister.

 

 

3                        Chapitre 3

3.1   3:1

Bible Treasury vol. 19 p. 129

Nous avons vu le premier Adam dans toute la variété de relations que le ch. 2 révèle du v.4 jusqu’à la fin. Aucun récit historique ne fait suite, sauf si nous qualifions ainsi ce qui est raconté ensuite, le triste et solennel fait de LA CHUTE, avec l’intervention juste, mais en même temps pleine de grâce, de l’Éternel Dieu, par-dessus tout au moyen de la Semence de la femme. Combien les résultats ont été lourds de conséquences ! L’incrédulité résiste, raille, ou au mieux néglige la Parole de Dieu ; elle en recevra un jugement certain et irrémédiable. La foi reçoit cette Parole, et en reçoit déjà maintenant une bénédiction inenvisageable dans l’innocence primitive, et bientôt la gloire céleste pour toujours. Car s’il y a eu des conseils divins révélés quand Christ mort et ressuscité a été caché en Dieu, dans la chute toutes les voies de Dieu sont en vue, soit en grâce soit en jugement, la promesse et la loi, le gouvernement et le salut.

C’est donc ceci que la vérité met en avant continuellement, et sur quoi elle insiste, tandis que la philosophie l’ignore invariablement. En fait la religion de l’homme l’ignore pareillement, bien que formellement elle reconnaisse le péché et cherche à y remédier à sa façon. Quand l’homme est tombé, Dieu a pris soin qu’il acquière non seulement une conscience au sens de discernement intérieur du bien et du mal, mais aussi une mauvaise conscience. Il était consciemment coupable. Quand l’homme était innocent, ce sens intrinsèque n’existait pas chez lui, et aurait même été incompatible avec l’état d’innocence. Mais une mauvaise conscience ne ramène jamais à Dieu ; ou plutôt, agissant sans Sa grâce et sans Sa vérité, elle éloigne de plus en plus de Dieu. Et ainsi le péché n’est pas supprimé. Seul un Médiateur pouvait profiter à l’homme vis-à-vis de Dieu, ce Médiateur qui est à la fois Dieu et homme ; et même Lui a été Médiateur par la mort comme sacrifice pour le péché. La philosophie ignore la vérité, parce qu’elle cherche la gloire du premier homme, celle de la race. La religion humaine, alors même qu’elle professe reconnaître le Second Homme, elle cherche la même fausse gloire, par le moyen de la prêtrise [ou : sacrificature] et par les ordonnances. Or les deux [la philosophie et la religion humaine] sapent la grâce de Dieu, et ignorent entièrement Sa justice, et nient un salut éternel présent pour le croyant, tellement l’efficace de la croix de Christ à la gloire de Dieu est petite à leurs yeux, voire nulle, — aussi bien pour les yeux religieux humainement que pour les yeux ouvertement profanes.

Dieu n’a jamais fait l’homme ni la terre ni la création inférieure, tels qu’ils sont. « Il vit tout ce qu’Il avait fait, et voici, cela était très bon ». Or c’est maintenant une ruine ; la mortalité opère dans la nature animale, comme le péché imprègne l’humanité, et toute la création soupire et est en travail jusqu’à maintenant (Rom. 8:22). Avec ou sans Bible, le monde est dans un état d’éloignement de Dieu. Avec ou sans Bible, l’homme est un pécheur incapable de se tenir devant Dieu qui juge le péché et les pécheurs. Or la Bible seule nous dit la vérité sur le comment cela est arrivé, et elle le fait à sa manière simple, sainte, digne et inimitable. Les mythes des hommes, dans leur petite mesure, rendent témoignage ici et là et partout, à cette vérité ; mais l’écriture seule la dévoile si profondément que la sonde la plus profonde n’a jamais sondé jusque-là ; et elle la dévoile de manière si profitable que la moindre gorgée a toujours rafraîchi l’âme vraiment assoiffée. On ne trouve ici rien qui enfle davantage les Juifs que les non-Juifs. On lit ici la juste sentence de Dieu sur son péché inexcusable. « Car Adam a été formé le premier, puis Ève ; et Adam n’a pas été trompé ; mais la femme, ayant été trompée, est tombée dans la transgression » (1 Tim. 2:13-14). Quelle clef de l’histoire morale de l’homme ! Quel fondement pour l’ordre divin dans l’Église de Dieu ! Tout cela se trouve dans un fait rapporté par l’Ancien Testament et appliqué par le Nouveau Testament, comme seul Dieu pouvait faire cette révélation, dans l’un comme dans l’autre.

Sans doute l’homme a été le premier à exister, et la femme la première à pécher ; cependant il y a eu un intrus mystérieux, auquel il n’avait été fait encore aucune allusion, et qui profita de la créature la mieux adaptée à son propos funeste.

« Or le serpent était plus rusé qu’aucun animal des champs que l’Éternel Dieu avait fait ; et il dit à la femme : Quoi, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ? » (3:1).

Certainement on peut dire un ennemi, l’ennemi a fait cela (Matt. 13:28). Ce n’est pas du tout une allégorie, pas plus que ne l’est l’histoire de l’ânesse, parlant d’une voix d’homme, qui a réprimé la folie du prophète (2 Pierre 2:16). Ici c’est le grand adversaire de Dieu et de l’homme qui emploie le serpent rusé comme instrument de sa tentation. Le grand apôtre des Gentils a établi par l’Esprit en 2 Cor. 11:3 que Genèse 3 présente un fait effectif et positif, non pas une fable ou un mythe : il en va de même, comme nous l’avons vu, pour l’erreur qui confond les six jours successifs de la création avec les vastes périodes géologiques qui les ont précédés. Genèse 1 n’est en aucune manière un récit « scientifique » de la création, mais ce chapitre fournit en toute certitude la révélation divine de cette création, dont toute vraie science professe son ignorance totale. L’historique inscrit dans les rochers n’est pas du tout pris en considération dans le récit scripturaire, qui parle seulement et en général du commencement absolu, puis qui ne parle en détail que de la période de temps en relation immédiate avec l’homme sur la terre. La scène des recherches géologiques se situe entre deux, et est passée sous silence dans l’écriture comme étant hors de son propos moral, de sorte que ceux qui cherchent une correspondance scientifique travaillent en vain.

Mais fidèle au propos de Dieu, l’écriture rapporte ici comment Satan a dirigé son premier assaut contre l’homme, un fait d’une importance très solennelle et d’un intérêt tout à fait direct pour tous ; et ceci est rapporté précisément comme ça s’est passé. D’un autre côté, Jean 8:44 fait clairement référence à la vérité essentielle, dépouillée des détails effectifs, c’est pourquoi seul le diable y est qualifié de menteur et de meurtrier. Mais le même auteur inspiré fait allusion, dans le dernier livre du Nouveau Testament, au premier livre de l’Ancien Testament, et emploie symboliquement l’instrument littéral de la première tentation : voir Apoc. 12:3, 4, 7, 9 (où l’allusion ne fait aucun doute), 12:13, 15, 16, 17 & 13:2 & 20:2 pour ne rien dire des v. 7 et 10. On peut comparer ceci avec Ésaïe 27:1. Mais traiter l’histoire de la chute comme un mythe ou une allégorie, tout en acceptant la réalité essentielle de la vérité qu’elle communique, maintenir que le récit de Moïse ne doit pas davantage être compris comme de l’histoire littérale que les visions de l’Apocalypse, — cela revient à se démontrer incapable d’apprécier tant la Genèse que l’Apocalypse (c’est en tout cas ce qu’il y a tout lieu de craindre).

Le culte du serpent a prévalu universellement : c’est là un témoignage extérieur puissant au fait que l’écriture révèle. Car adorer d’une autre manière est loin d’être aussi naturel que l’adoration du soleil. La forme de cette étrange idolâtrie, à diverses époques et dans des lieux inattendus, souligne également ce qui a fait la plus profonde impression sur l’esprit humain, et qui fut retransmis depuis le commencement sous une forme plus ou moins corrompue. Ce culte a prévalu en Chine, au Japon jusqu’à Java ; en Afrique depuis l’Égypte civilisée jusqu’en Guinée (Whida) ; de la Scandinavie à l’Asie mineure, en Phénicie, Canaan, Arabie, Mésopotamie, Babylone, en Perse et en Inde. L’Amérique du nord le connaît, comme le Mexique et le Pérou ; la Russie, la Prusse, la Pologne, la France, la Macédoine, la Grèce et ses îles, et peut-être aucun pays autant que l’Angleterre. Des restes tout spécialement frappant se trouvent à Abury dans le Wiltshire, à Stanton Drew dans le Somersetshire, où les druides selon leurs conceptions d’envergure, n’ont pas seulement mis en avant cet emblème à l’entrée ou à l’autel, mais ils ont formé de grands temples selon la figure du serpent. En Irlande et en Écosse, on a trouvé le même culte fort répandu, et les ruines de Carnac en France attestent un serpentin de pas moins de 12km, et plusieurs autres plus petits.

La gravure figurant dans « Recherches » de Humboldt (i.195) reproduisant une peinture à hiéroglyphe des Aztèques, est peut-être le témoignage le plus vivace et le plus probant de cette tradition. Car une femme nue, mère des hommes, discute avec un serpent qui se tient debout, devant un arbre. Dans les Mex. Antiq. iii de Aglio, il y a des représentations, dont l’une est celle d’une figure humaine frappant un grand serpent sur la tête avec une épée, et dans une autre, une figure de divinité le détruisant. Sur la plaque 74 des séries de Borgia de la même œuvre, on voit un dieu sous forme humaine transperçant la tête du dragon par son épée, tandis que son propre pied est mordu au talon par le dragon. On ne peut pas se tromper sur de pareilles représentations. Faber dans Pagan Idol.i.274 cite Marsden témoignant qu’en Nouvelle Zélande il y a la tradition du serpent qui, autrefois, parlait avec une voix humaine. Quelle est l’origine de ces fragments dispersés ?

Il n’est pas utile de rajouter encore les fables classiques, plus connues, mais qui divergent sous l’effet des traitements poétiques. Devant ce culte universel du serpent, nous voyons la superstition dans laquelle a sombré l’homme déchu, issue du fait relaté par Moïse de la part de Dieu. Le temps, ou plutôt la place, n’était pas encore là pour lever le voile, et pour publier qui était l’acteur spirituel mauvais qui se servit du serpent comme de son instrument. Le livre de Job donne l’occasion de le signaler comme étant le grand « adversaire ». 1 Chr. 21:1 et Ps. 119:6 et Zach.3 font savoir un peu plus à son sujet. Tout est en harmonie, et entièrement différent du mythe persan du conflit de Ahriman avec Ormuzd. L’écriture ne connaît pas de dualisme, mais seulement un rebelle s’opposant au vrai Dieu, un calomniateur et un tentateur, dont le témoignage demeure en Genèse 3, mais moins qu’en Matthieu 4 et Luc 4, avec de nombreux détails un peu partout dans le Nouveau Testament.

Comment l’adversaire approcha-t-il Adam ? par le moyen d’Ève, le vase plus faible. Au départ ce n’est qu’une question, — comme de quelqu’un qui est surpris, au plus une insinuation : « Quoi Dieu a dit ? vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin ? » Si Dieu a fait toutes choses bonnes et l’a déclaré bon, pourquoi en retenir quelque chose ? Est-ce de l’amour ? Dieu a-t-Il réellement dit cela ? Ne vous êtes-vous pas mépris ? La méfiance vis-à-vis de Dieu et de Sa bonté a été le premier effort. On notera qu’il évite soigneusement le titre de relation divine, Éternel Dieu, v. 1 et 5, et il entraîne Ève dans l’oubli de ce nom au v. 3 alors que dans toute cette section de la Parole ce nom est partout maintenu soigneusement : le vocabulaire utilisé est en harmonie avec le propos moral, et pas du tout avec un scribe Elohiste ou Jehoviste (Yahviste), un jeune Elohiste, un rédacteur faisant une synthèse, ou bien l’un quelconque de tous les autres acteurs inventés dans la farce rationaliste. L’écriture dit les choses simplement comme elles étaient, avec le calme et la simplicité de la vérité divine.

 

3.2   3:2-5

Bible Treasury vol. 19 p. 145

Le procédé de l’ennemi était en effet subtil. Il s’agissait de faire naître la méfiance dans le cœur d’Ève. Pouvait-il être bon de refuser à l’homme le fruit d’un quelconque arbre du jardin ? La méfiance vis-à-vis de Dieu ouvre la porte à tous les péchés. Ève aurait dû s’éloigner tout de suite. Elle connaissait la bonté de l’Éternel Dieu. Pourquoi donc entrer en discussion, ne serait-ce qu’un moment, avec quelqu’un qui mettait en doute cette bonté ? Accepter la discussion, c’était se poser en juge de Dieu, c’était douter de Son amour, et accepter que le serpent fût un ami meilleur. Elle fut trompée. Son devoir évident et urgent était de repousser avec indignation cet abord rempli de malice.

Le don de Son Fils unique est la réponse de Dieu. Car Il a tant aimé le monde, le monde déchu et coupable, qu’Il a donné l’objet le plus cher à Ses affections et à Ses délices afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. En présence de la générosité la plus abondante, Satan trouva l’occasion qu’il cherchait dans la seule restriction par laquelle Dieu testait l’obéissance de l’homme. En présence d’un monde de péché et de pécheur, Dieu a donné Son Fils infiniment plus précieux que l’univers. Pourtant c’est Lui à qui il était imputé de rechigner à donner. Hélas ! Ève écouta, pour sa ruine.

« Et la femme dit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin ; mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point, et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. Et le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point certainement ; car Dieu sait qu’au jour où vous en mangerez vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal » (3:2-5).

Ève connaissait bien la bonté de Dieu, tout comme Son commandement ; elle n’avait pas non plus oublié la terrible sanction sur la désobéissance. Elle a même ajouté à Ses paroles « vous n’y toucherez pas », ce qui semble un ajout pieux, mais qui n’est ni convenable ni sage. Le serpent va maintenant un pas plus loin, et il ose attribuer le mensonge à Dieu. C’est ce qui arrive bientôt quand le cœur a conçu de la méfiance à l’égard de l’amour de Dieu. « Vous ne mourrez point certainement ». C’est comme si Satan disait : « N’aie aucune crainte de ce genre. Au contraire, se retenir de prendre le fruit de l’arbre, c’est abandonner vos justes espoirs. Dieu ne veut pas que vous connaissiez le bien et le mal comme Il les connaît. Il désire vous maintenir à l’état de petits enfants, à l’état d’esclave. Au lieu de mourir, Dieu sait qu’au jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts pour connaître ce qu’Il connaît. Ne craignez pas la mort, affirmez votre indépendance ». La vérité et la majesté divines étaient l’objet de cette attaque en règle.

Il en est toujours ainsi. Dès l’instant où on se méfie de l’amour de Dieu, il est certain que Sa Parole est bien vite annulée, et que Son honneur est tenu pour rien. Si Dieu est observé avec doute, Satan remporte le morceau. Se fier à soi, c’est tomber victime de l’ennemi, qui est bien plus fort et bien plus subtil que l’homme, et qui instille dans le cœur de l’homme sa propre volonté à lui, et son inimitié contre Dieu, spécialement l’inimitié contre le Fils qui seul révèle le Père et l’amour du Père. L’homme ne se suffit à lui-même en aucune manière vraie, bien que son orgueil et la perfidie de Satan l’offrent comme un prix à gagner. L’homme avait été établi pour dominer sur la création inférieure, mais comme serviteur de Dieu, en tant que Son vice-gérant, dans la jouissance des dons les plus vastes, et avec le minimum d’obéissance à charge. Mais l’ennemi se cachant soigneusement sous la forme d’un serpent, attire la femme jusqu’à en faire son esclave, par le moyen de la méfiance et de la désobéissance à l’Éternel Dieu.

Le manquement réel commence dans le cœur, qui trahit bien vite son éloignement de Dieu en ce qu’il s’oppose ouvertement à Sa volonté. Car on est serviteur ou de Dieu ou du péché ; et Satan est celui qui, par derrière, contrecarre Dieu et ruine l’homme. Christ fait à tous égards un contraste béni : Lui qui étant en forme de Dieu n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti Lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et étant trouvé en figure comme un homme, Il s’est abaissé Lui-même, devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu L’a haut élevé (Phil. 2:6-9). Celui qui étant une créature, était responsable de faire la volonté de Dieu dans un service soumis— celui-là a pourtant désobéi jusqu’à la mort en s’élevant pour devenir comme Dieu. L’autre était vraiment Dieu, même comme le Père, et pourtant Il s’est anéanti pour être comme un esclave, et, ayant été trouvé en figure comme un homme, Il s’est abaissé jusqu’au niveau le plus bas, celui de la mort à la croix, pour obéir à Dieu et glorifier Dieu là où Il avait déshonoré de manière éhontée. Il est venu faire la volonté de Dieu, et Il l’a faite parfaitement, à tout prix quant à Lui. C’est pourquoi Dieu L’a haut élevé, Le ressuscitant d’entre les morts et Le glorifiant en Lui-même en haut.

« Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas, mais celui qui est né de Dieu se conserve lui-même, et le méchant ne le touche pas » (1 Jean 5:18). Il n’en pas été ainsi d’Ève. Elle était innocente comme Adam, mais non pas née de Dieu, et en conséquence, au lieu de se conserver elle-même, elle est entrée en discussion, et le méchant l’a touchée. Elle savait que le serpent insinuait un doute à l’égard de la bonté de Dieu, et qu’il l’incitait à Lui désobéir, au mépris de Sa Parole et de Sa menace, et pourtant elle ne s’en est pas détournée avec horreur, et n’a pas crié à Dieu dans sa faiblesse. Et par là la convoitise fatale, le désir d’avoir ce que Dieu a interdit, a été instillé, ce qui a donné naissance au péché à visage découvert. Quelle différence d’avec Christ ! Au lieu de céder, Il a souffert, ce qui n’a pas été le cas d’Ève ; pourtant Christ a été tenté bien au-delà de nos premiers parents, — tenté en toutes choses de la même manière que nous, à part le péché : les tentations les plus sévères qui aient jamais été endurées, hormis le péché. Il était totalement exempt de nos tentations pécheresses. Il n’a pas connu le péché, qui était aussi incompatible avec Sa personne qu’avec l’œuvre qu’Il était venu accomplir. Nous pouvons bien bénir Dieu qu’il en ait été ainsi : autrement notre salut n’aurait pas eu lieu, et Dieu n’aurait pas été glorifié dans la croix de Christ.

L’habileté de Satan séduisit Ève par degrés. En premier lieu elle fut entraînée à douter de Son amour ; ensuite elle cessa de trembler à Sa parole, Sa vérité ; et finalement elle tomba dans la transgression ouverte sous l’effet de la tentation, pour recevoir l’évangile du diable, c’est-à-dire devenir comme Dieu, connaissant le bien et le mal. Y a-t-il un itinéraire qui dépeigne mieux ce qui a opéré dans les cœurs depuis ? La différence est que nous sommes déchus par naissance, et enclins à pécher, et que Dieu a parlé et agi pour réveiller et délivrer, par-dessus tout par la rédemption qui est dans le Christ le Seigneur, de sorte que les hommes sont inexcusables s’ils persistent dans le mensonge de Satan contre la grâce et la vérité de Dieu. Pourtant ils vivent comme s’il n’y avait pas de mort, ni de jugement après la mort, ni de Dieu réel, ni de destructeur, ni de Sauveur. Quand l’homme tel qu’il est, collectionne ses œuvres ou les rites célébrés par autrui, dans l’espoir que Dieu soit trop bon pour le reléguer dans « la seconde mort », « l’étang de feu », il est évident qu’il écoute la voix trompeuse du serpent ancien.

Personne sinon le Fils de Dieu et le Fils de l’homme, ne peut sauver des pécheurs ; et Lui-même ne l’a pu qu’en mourant pour leurs péchés et en portant leur jugement de la part de Dieu. Mais cela, Il l’a souffert une seule fois, une fois pour toutes : c’est le fruit infini de l’amour de Dieu pour le pécheur, et de Sa haine pour leurs péchés. Mais le cœur doit ajouter foi à Son amour, et se reposer sur Sa rédemption par la foi : autrement il n’y a pas de purification, ni du cœur ni de la conscience ; et ceci doit avoir lieu ici-bas et maintenant, afin qu’en tant que croyants, en tant que saints Lui appartenant, nous puissions désormais Le servir et L’adorer par l’Esprit de Dieu.

Ainsi le Sauveur renverse pour le bien à la gloire de Dieu ce que l’ennemi a opéré à Son déshonneur, au moyen de la faiblesse et du péché humains. Dieu est cru dans Son amour qui a donné et envoyé Son propre Fils ; et ainsi l’âme maintenant repentante prend le parti de Dieu contre elle-même dans ses péchés, elle met son sceau sur le fait que Dieu est vrai, elle regarde en haut avec l’assurance qu’inspirent Christ et Son œuvre expiatoire, et elle se courbe dans l’adoration commencée sur la terre, et qui ne cessera jamais dans les cieux, — le cantique nouveau de Celui qui a été mort, et qui est maintenant vivant pour toujours. « Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » (Rom. 8:32).

 

3.3   3:6-7

Bible Treasury vol. 19 p. 161

C’est ainsi que l’ennemi a préparé la voie avec habileté. La femme l’a écouté quand il sapait successivement la bonté, la vérité et la majesté de Dieu ; elle a continué de l’écouter quand il lui a tendu l’appât d’une connaissance que Dieu possède et que l’homme ne pouvait pas avoir dans l’état d’innocence, la connaissance du bien et du mal. Enfin le désir de ce que Dieu avait interdit a été instillé dans son âme ; quand tous les garde-fou de l’obéissance ont été sapés par ses ruses, la convoitise s’en est suivie.

« Et la femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était un plaisir pour les yeux, et que l’arbre était désirable pour rendre intelligent ; et elle prit de son fruit et en mangea ; et elle en donna aussi à son mari [pour qu’il en mangeât] avec elle, et il en mangea. Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu’ils étaient nus ; et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures » (3:6-7).

La femme ne savait guère le désordre interne qui ouvrait la voie à l’acte de désobéissance ouverte et positive. Celui-ci n’aurait jamais eu lieu si elle avait gardé la parole de l’Éternel Dieu devant elle, dans la confiance en Son amour et dans la crainte de Son avertissement. En réalité elle était en train d’ajouter foi au serpent comme étant un ami meilleur que Dieu, à qui elle attribuait l’envie de refuser à l’homme un don aussi bon. Dès lors elle ne tint plus compte de Son interdiction, mais se confia dans ses propres pensées, que l’ennemi avait empoisonnées contre Dieu. C’est exactement le contraire de l’amour du Père dont l’apôtre parle, le fruit de la foi dans la puissance du Saint Esprit, si caractéristique du chrétien. Il y avait ici en principe l’amour du monde et de ce qui est dans le monde. Et nous sommes assurés que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde. Et le monde s’en va et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:15-17). « Et la femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était un plaisir pour les yeux, et que l’arbre était désirable pour rendre intelligent ; et elle prit de son fruit et en mangea » : était-ce de l’obéissance ? ou de la dépendance ?

Nous avons ici la racine de tout mal. Elle jugea pour elle-même. L’indépendance signifie qu’on rejette Dieu et qu’on accepte Satan, bien qu’elle et son mari et ses futurs enfants, pensassent à tout plutôt qu’à cela. La propre volonté aveugle les yeux à l’égard de Dieu et des choses telles qu’elles sont, et elle ne voit rien que l’agrément et l’avantage de ce qu’elle cherche ; en réalité elle délaisse le service de Dieu au profit de l’esclavage de Satan. En vérité, en vérité, dit notre Seigneur aux Juifs, celui qui pratique le péché est esclave du péché ; or l’esclave ne demeure pas dans la maison pour toujours ; le fils y habite pour toujours. Si le Fils vous affranchit, vous serez libres pour toujours (Jean 8:35-36). Demeurer dans Sa Parole est le grand test. Ce n’est que là que la vérité est connue, et elle rend libre même un esclave. D’un autre côté, le diable est meurtrier dès le commencement, et il n’a pas persévéré dans la vérité, car la vérité n’est pas en lui (Jean 8:44). Il est menteur, et le père du mensonge comme nous le voyons ici ; et ceci non seulement en ce qu’il s’oppose directement à la Parole de Dieu, mais en ce qu’il fait un usage partiel, fourbe et erroné de cette parole qui égare entièrement ceux qui entrent en discussion avec lui, et qui écoutent quand il plaide en faveur de la désobéissance. Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu (cf. 1 Jean 4:6). C’est ce que Christ a fait par excellence, mais non pas nos premiers parents. Elle a vu, elle a raisonné, et elle a été conquise. Ce qu’elle savait bien, ce qu’elle avait répété au serpent s’était effacé de devant ses yeux. Elle a agi par elle-même, sous l’instigation du diable, et s’est rebellée hardiment contre l’Éternel Dieu. « Elle prit du fruit et en mangea ». Quel contraste avec Celui qui n’a jamais rien fait de Lui-même, mais selon que le Père L’enseignait ! Il parlait des paroles de lumière et de vérité et d’amour ; et Celui qui L’avait envoyé était avec Lui ; Il ne laissait pas Christ seul, car Il faisait toujours les choses qui Lui plaisent (Jean 8:28-29).

Mais hélas ! le désastre ne s’arrêta pas là. « Elle en donna à son mari et il en mangea ». L’humanité était désormais déchue. Satan avait combiné sa tentation avec habileté. Il s’était adressé au vase le plus faible, et le trompa comme nous l’avons vu. Il laissa à la femme le soin d’entraîner l’homme dans son erreur ; et il nous est dit par une autorité irrécusable, par l’apôtre Paul, qu’« Adam ne fut pas trompé ». C’est caractéristique. La femme a été séduite, mais non pas l’homme. C’est ce que dit le Saint Esprit dans l’épître (1 Tim. 2:14). Nous ne l’avons peut-être pas remarqué en lisant l’Ancien Testament, mais nous sentons malgré tout avec assurance que la différence est réelle et importante, selon l’application qui en est faite pour Timothée. L’homme n’a pas été trompé, mais il a été entraîné par son affection, et il a participé à la transgression de la femme d’où il est résulté la ruine universelle. L’affection est un lien excellent et un grand soutien quand elle s’exerce selon l’ordre de Dieu. Mais ici tout est hors de son cours. La femme a agi d’abord en opposition à la parole divine, — une opposition qui dénote la faiblesse, mais une opposition connue ; et par rapport à son mari, elle n’a pas été dépendante de lui comme il lui convenait. Lui l’a suivie (au lieu de la diriger) dans sa désobéissance effrontée, et il a dû ainsi partager le châtiment qu’elle a mérité. Dieu n’était pas dans ses pensées. Satan a triomphé provisoirement, mais il est toujours destiné à être défait à la fin.

L’effet moral a été immédiat, et l’effort pour se cacher a manifesté la faute désastreuse, comme toujours : « Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu’ils étaient nus » (3:7). L’Éternel Dieu connaissait le bien et le mal comme un être saint qui juge justement, qui aime le bien et hait le mal dans Sa propre nature. L’homme a été fait droit ; mais il était dans une condition d’innocence, avec le devoir d’obéir. Il ne devait pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Une fois le fruit mangé, il acquit la faculté intrinsèque de déterminer que ceci est bon, et cela mauvais ; en tant qu’être déchu, il est maintenant la proie de la convoitise à laquelle il a cédé au mépris de Dieu. Et cela est devenu le triste héritage de tout enfant d’Adam. La Semence de la femme est la seule exception en contraste béni. En Lui, il n’y avait pas de péché : non seulement Il n’a pas commis de péché, mais le péché n’était pas en Lui, et Il n’a pas connu le péché (1 Pierre 2:22 — 1 Jean 3:5 — 2 Cor. 5:21). Il était la « Sainte Chose » (Luc 1:35) née de Marie, mais née par la puissance du Saint Esprit comme aucun autre n’est jamais né, ni avant ni après, — le Saint de Dieu comme l’esprit immonde a été obligé de confesser (Luc 4:34). La tentation ne Lui a pas été épargnée, mais au contraire Il a été éprouvé d’une manière sans comparaison par rapport au premier homme, ou par rapport à Abraham ou n’importe qui d’autre. Il a été tenté en tout point comme nous, à part le péché (Héb. 4:15) : non seulement sans qu’Il pèche, mais hormis toute épreuve pécheresse. Car Il ne pouvait pas avoir ce genre d’épreuve à cause de la sainteté de Sa personne, dans sa nature humaine aussi bien que divine. Dieu Lui avait préparé un corps pour l’œuvre qu’Il avait à faire, avec laquelle la « chair de péché » était absolument incompatible. Ainsi il est écrit que Dieu, en envoyant Son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour le péché (c’est-à-dire comme sacrifice pour le péché), a condamné le péché dans la chair (Rom. 8:3).

Nos premiers parents étaient déchus, et l’innocence irrémédiablement passée. La grâce pouvait intervenir, et elle est intervenue pour introduire « des choses meilleures » (Hébreux), mais il ne pouvait pas y avoir de retour à l’innocence, même si, en toute certitude, la foi trouve la vie dans le Fils de Dieu, et la sanctification pour Dieu inséparable de cette vie, cette sanctification étant la base de toute sainteté pratique. La nouvelle naissance n’est pas particulière à quelque époque ou à quelques circonstances, mais elle appartient à tous ceux qui voient et entrent dans le royaume de Dieu. Croyant dans le Messie rejeté, le Fils de l’homme, le Fils de Dieu, nous avons cette nouvelle naissance dans son caractère le plus élevé qui soit révélé. Car Lui est le Dieu véritable et la Vie Éternelle ; et nous avons la vie éternelle en Lui ; mais en substance c’était toujours vrai des croyants de l’Ancien Testament, bien que cela ne pût pas être donné à connaître comme une chose présente jusqu’à ce que vint la croix, comme nous le lisons dans Jean 3. Certains comprenant la vérité de travers, sont tombés dans une erreur étrange et mortelle. Mais la vérité est toujours simple pour ceux qui sont simples dans la foi ; et il ne faut pas sacrifier une partie de la vérité aux dépens d’une autre partie, car tout est en harmonie avec la gloire de Dieu en Christ, comme l’œil simple le voit.

Les yeux de l’homme et de la femme furent ouverts, mais non pas de la manière tant désirée selon l’incitation de Satan. Ils connurent non pas qu’ils étaient divins, mais qu’ils étaient nus. Quel ravalement de leurs attentes hautes et mauvaises ! La honte de la culpabilité les envahit. Ils reconnurent douloureusement leur condition déchue. « Et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures » (3:7). Sans doute les feuilles de figuier étaient larges, et bien adaptées à couvrir leur nudité, mais quelle humiliation ! Et jusque-là il n’y a pas encore de repentance. Hélas ! la plupart des hommes meurent sans croire et sans repentance ; combien le sort qui les attend est solennel ! Peu de paroles de la Sainte Écriture le présentent de manière aussi frappante que ce que dit l’apôtre aux Corinthiens au moment où ils étaient quelque peu réveillés et restaurés de leur folie orgueilleuse : « … si même étant vêtus, nous ne sommes pas trouvés nus » (2 Cor. 5:3). Cela peut paraître paradoxal vu l’impossibilité matérielle, mais c’est réellement en esprit une vérité de poids. Dans la vie présente, si quelqu’un est habillé, il n’est pas nu précisément pour cette raison qu’il est habillé. Mais une fois la résurrection intervenue, ce peut être, et ce sera très différent. La vraie nudité n’est pas que le corps ne soit pas habillé, mais c’est le manque de Christ ; et ceci, on peut ne pas s’en rendre compte maintenant, mais ce sera alors mis en évidence. Car tous seront ressuscités, et par conséquent revêtus du corps, en son temps et selon son rang : ceux qui sont du Christ à Sa venue (1 Cor. 15:23) ; et ceux qui ne le sont pas, pour le jugement, quand ils seront trouvés nus.

 

 

3.4   3:8-9

Bible Treasury vol. 19 p. 177

Nous avons vu que l’effet de la désobéissance relaté par la Parole a été le sentiment de la nudité, ce sentiment conduisant à se la cacher à soi-même, et l’un à l’autre. Mais bientôt il arriva pire que la honte et l’humiliation.

« Et ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu qui se promenait dans le jardin au frais du jour. Et l’homme et sa femme se cachèrent de devant l’Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin » (3:8). La confiance dans l’Éternel Dieu n’était manifestement plus là, et le péché avait rempli leur cœur de terreur aussi bien que d’incrédulité. Car la foi aurait su que la distance ou l’obscurité ne changent rien pour l’Éternel, selon les belles expressions du Ps. 139. Sa voix n’attirait plus, Sa bonté riche et invariable était oubliée. Ils avaient acquis la connaissance du bien et du mal, mais hélas ! pour se condamner eux-mêmes. Il en est toujours ainsi. Ce qu’ils ont légué à tous leurs descendants, ce n’est pas seulement la mort, mais une mauvaise conscience. L’homme conscient du mal se dérobe à Dieu et se méfie de Lui.

C’est dans cette condition que nous trouvons l’homme et la femme se cachant de devant la présence de l’Éternel Dieu au milieu des arbres du jardin. Il ne pouvait y avoir de preuve plus criante du dégât opéré par l’ennemi. Les ruses de Satan, puissant et subtil, avaient entraîné le premier couple dans la rébellion, et leur tentative immédiate de se cacher en était la preuve évidente. « Ils se cachèrent de devant l’Éternel Dieu ». S’il y avait eu le moindre travail de repentance, ils L’auraient recherché en ayant du remords et de l’horreur de leur péché, et en confessant, ils se seraient rejetés sur la grâce qui demeure à toujours. Mais il n’y a pas de repentance authentique sans la foi, et la foi en Lui manquait entièrement. Sa voix tandis qu’Il se promenait dans le jardin fut un sujet d’effroi, et ils se cachèrent de devant Lui.

Quelle différence avec Christ et les Siens qui entendent Sa voix et qui Le suivent, qui connaissent Sa voix et ne connaissent pas la voix des étrangers (Jean 10:27, 4) ! La voix de l’Éternel Dieu n’éveilla chez eux que la crainte qui porte avec elle du tourment (1 Jean 4:18). Et la conscience ne peut rien faire d’autre pour l’homme, du fait qu’il est coupable, jusqu’à ce qu’il croie le témoignage de Dieu au sujet de Christ. Christ est le témoin de l’amour de Dieu, qui n’a envoyé rien moins que Son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par Lui (1 Jean 4:9) ; et mieux encore, Il L’a envoyé pour être la propitiation pour nos péchés. En ceci est l’amour, non en ce que nous ayons aimé Dieu, quoique nous aurions dû l’avoir fait, mais en ce que Lui nous aima malgré nos péchés (1 Jean 4:10). Rien moins que cet amour (non pas un amour en parole seulement, mais en action et en vérité) ne pouvait nous profiter. Car le péché est la mort morale, et il est dit expréssément que nous étions morts dans nos fautes et dans nos péchés. L’amour divin, s’il voulait intervenir pour nous sauver, ne pouvait le faire qu’en donnant la vie à nous qui croyons, — en donnant Sa vie et aussi Sa mort, afin que, nos péchés étant effacés en justice et pour toujours, nous puissions vivre à Dieu.

Une autre chose mérite d’être notée ici. Dieu vint pour visiter l’homme dans le jardin. Il l’avait déjà visité auparavant quand Il lui avait mis à charge son injonction solennelle, et qu’Il L’avait mis en possession de ses privilèges élevés. Mais Il ne fit que visiter ; Il ne demeura même pas dans le jardin de délices sans péché. Il vint comme quelqu’un qui aimait, et qui avait un profond intérêt pour Sa créature, Son vice-gérant. Le livre de la Genèse nous montre à plusieurs reprises Dieu en train de visiter la terre, spécialement avec Abraham. La condescendance tellement pleine de grâce se voyait dans Sa relation avec « l’ami de Dieu ». Mais même alors il n’y eut pas de demeure de Dieu sur la terre, et pas encore en Canaan. C’est tout à fait instructif, et c’est un trait que seule l’inspiration pouvait concevoir et donner. Voilà les pensées de Dieu dès le commencement, entièrement au-dessus des pensées des hommes. Seule la rédemption posa le fondement pour une habitation de Dieu avec les Siens sur la terre. L’absence d’habitation est d’autant plus frappante ici, que la rédemption est la vérité centrale du livre qui suit immédiatement après, celui de l’Exode, et que la rédemption est alors suivie d’une habitation pour Dieu au milieu de Son peuple.

Il est vrai que le tabernacle n’était une demeure de Dieu qu’en ombre ; mais ceci encore était tout à fait en harmonie avec les faits. Car la rédemption d’Israël hors d’Égypte n’est que le type de la rédemption meilleure et éternelle qui est maintenant intervenue, et celle-ci, seul Christ pouvait l’obtenir par Sa mort et Sa résurrection, suivie de manière appropriée par l’habitation de Dieu en Esprit, qui demeure en nous et est avec nous éternellement (Jean 14:16-17).

Ici donc, tout est intrinsèque, réel et éternel. En Christ nous avons la rédemption. « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ; car vous avez été achetés à prix » (1 Cor. 6:19-20). Ici l’habitation de Dieu est individuelle et certaine pour le croyant. Mais « ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor. 3:16). Ici nous apprenons que cela est également vrai de l’église, de l’assemblée de Dieu, et que cette habitation demeure pareillement. Ici encore cela n’a lieu qu’à cause de la rédemption accomplie par Christ. Quoi d’autre pouvait nous l’assurer et nous pour elle, quand nous pensons à nos manquements aussi bien individuellement que collectivement ? Mais non, « il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel » (Éph. 4:4). Le Saint Esprit n’est venu ici-bas que parce que le péché était jugé à la gloire de Dieu sur la croix ; et Il demeure à cause de l’efficacité parfaite et immuable de l’œuvre de Christ. L’indignité de l’homme, seul ou avec d’autres, ne peut pas davantage annuler cette demeure, que ne le peut la puissance ou la volonté de Satan : c’est ce que la voix de Dieu a déclaré avec certitude ; et c’est ce qui sera jusqu’au retour de Christ, et même pour toujours.

Remarquez la belle simplicité de l’Éternel Dieu en parfaite harmonie avec ces temps primitifs. Il nous est dit ici qu’Il « se promenait dans le jardin au frais du jour ». Pareillement l’Éternel parla avec Caïn pour le reprendre (ch. 4), Il ferma l’arche sur Noé (ch. 7), et Il descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes » (11:5). Moïse aussi a été favorisé et a connu ultérieurement beaucoup de cette familiarité en grâce ; mais ici même des gens étrangers aux alliances de la promesse avaient des communications importantes de caractère personnel. Ceci provoque-t-il l’incrédulité de l’homme misérable, spécialement dans nos jours où règnent des habitudes artificielles ? Qu’il se juge lui-même, qu’il croie que toute écriture est inspirée de Dieu, et qu’il jouisse de la sagesse et de la bonté qui sont accordées là en abondance.

« Et l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit : Où es-tu ? » (3:9). C’était la première parole adressée à l’homme déchu. Quel volume de vérité elle contient ! À l’évidence, il est indéniable que l’homme était parti loin de Dieu. Il s’était condamné lui-même avant de recevoir la terrible sentence. « Il chassa l’homme » nous est-il dit à la fin du chapitre ; mais l’homme avait commencé par se cacher de Sa présence, et c’est ce qui a fait jaillir cette question : « où es-tu ? » Loin de Dieu ! Il n’entendait pas confesser son péché, sa ruine ; mais son acte, sans le vouloir, disait l’affaire, et la Parole de Dieu, le prouvait et révélait la vérité. Il n’y a pas de chemin de retour, sinon dans le Fils de Dieu, le second Homme, qui est le chemin, la vérité et la vie, comme ce même chapitre le montre péremptoirement. C’est Lui seul qui peut briser la puissance de l’ennemi, bien qu’il Lui en coûtât tout, à Lui et à Dieu qui L’a donné justement dans ce but. Combien cette parole écrite est digne de Dieu, combien elle est bénie et fiable pour l’homme, alors que l’incrédulité n’en fait aucun cas maintenant, comme elle n’a pas fait cas de Celui qui brille tout au travers de cette Écriture !

 

3.5   3:10-13

Bible Treasury vol. 19 p. 193

Tiré de sa cachette par l’appel de l’Éternel Dieu, Adam apparaît. Il pouvait avoir fait des efforts pour se cacher son péché à lui-même, mais il ne pouvait pas le cacher à Dieu. Son effort même pour le cacher témoignait de là où il était, et de ce qu’il était.

« Et il dit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. Et l’Éternel Dieu dit : Qui t’a montré que tu étais nu ? As-tu mangé de l’arbre dont je t’ai commandé de ne pas manger ? Et l’homme dit : La femme que tu [m’]as donnée [pour être] avec moi, — elle, m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. Et l’Éternel Dieu dit à la femme : Qu’est-ce que tu as fait ? Et la femme dit : Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé » (3:10-13).

L’effet du péché fut ruineux de toute manière. L’Éternel Dieu devint d’un coup un objet de terreur, au lieu de révérence, de gratitude, d’amour et de confiance. Même les hommes reconnaissent que la conscience fait avoir peur de tout. C’est ce qui eut lieu immédiatement avec Adam et Ève. La présence de Dieu est et ne peut être qu’insupportable et angoissante pour une conscience mauvaise ; or c’est ce que l’homme avait maintenant acquis. En réponse à l’appel divin, l’homme sans le vouloir raconte l’affaire. « J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché ». Quelle différence d’état, de sentiment et de conduite, si nos premiers parents avaient gardé leur premier état ! Et Christ a été encore plus différent, même s’ils étaient restés dans l’innocence, car Christ croissait en force, étant rempli de sagesse ; et la grâce de Dieu était sur Lui. Il était l’Homme Obéissant. Sa volonté était de faire la volonté de Dieu. « Les paroles que moi je vous dis, je ne les dis pas de par moi-même ; mais le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres » (Jean 14:10). Pourtant ces œuvres, — si prodigieuses, si bénies, tellement sources de bénédiction surabondante dans leur nature — n’étaient pas si caractéristiques que Sa dépendance. « En vérité, en vérité, je vous dis : Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que moi je fais, et il en fera de plus grandes que celles-ci ; parce que moi, je m’en vais au Père » (Jean 14:12).

Mais qui parmi ceux qui sont nés de femmes (même s’ils sont nés de Dieu), approche Son obéissance ? La puissance et la sagesse, pour ne rien dire des dons inférieurs, ont été conférées à des hommes de manière souveraine et sans restriction, comme il a plu à Dieu. Mais notre Seigneur Jésus est unique dans le dévouement inébranlable et la soumission constante à Dieu. Cette gloire morale idéale de l’homme était la réalité et le couronnement de la perfection ici-bas, même jusqu’à la mort, et à la mort de la croix. « C’est pourquoi aussi Dieu l’a haut élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou des êtres célestes, et terrestres, et infernaux, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Philippiens 2:11). Le Messie dit à l’Éternel : « Tu es mon Seigneur » ; il mettait toujours l’Éternel devant Lui dans une confiance immuable, au travers de sa vie et de sa mort, jusque dans la résurrection et dans des plaisirs à sa droite pour toujours (Ps. 16:2, 11). Malgré toute l’épreuve qu’Il eut à subir, ni l’Éternel d’un côté, ni Satan de l’autre ne trouvèrent autre chose chez Lui que grâce, vérité, justice et sainteté. Selon le beau type de Lév. 2, dans tous les actes de Sa vie, Il était comme l’offrande de fleur de farine, pure, mélangée à de l’huile, et ointe d’huile avec de l’encens dessus, une offrande faite par feu en odeur agréable à l’Éternel. Comme homme, Il ne vivait pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Matt. 4:4). Sa viande était de faire la volonté de Celui qui L’avait envoyé et d’accomplir Son œuvre (Jean 4:34). Comme le Père [qui est] vivant L’avait envoyé, ainsi Lui, Il vivait, non pas simplement « par » le Père, mais à cause du Père (Jean 6:57). « Je fais toujours les choses qui Lui plaisent » (Jean 8:29).

Tel a été le Second homme ; mais le premier, de son propre aveu, eut peur dès qu’il entendit la voix dans le jardin, et il se cacha. La crainte portait avec elle du tourment (1 Jean 4:18), car il avait mauvaise conscience. Il se dérobe à Celui à la parole duquel Il a désobéi, et il reconnaît qu’il est nu. « Et l’Éternel Dieu dit : Qui t’a montré que tu étais nu ? As-tu mangé de l’arbre dont je t’ai commandé de ne pas manger ? » Il était en fait condamné par lui-même. Il n’éprouvait pas de douleur à caractère divin en rapport avec sa transgression ; il n’avait pas de soin zélé, pas de désinculpation, pas d’indignation, ni aucun effet du genre produit par l’Esprit dans la conscience vis-à-vis de Dieu. Adam n’a donc pas prouvé qu’il était « pur dans l’affaire » (2 Cor. 7:9-11). Son sens de la nudité démontrait sa culpabilité. « Et l’homme dit : La femme que tu [m’]as donnée [pour être] avec moi, — elle, m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé. Et l’Éternel Dieu dit à la femme : Qu’est-ce que tu as fait ? Et la femme dit : Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé ».

C’était tout à fait clair. Ils avaient cru Satan, ils avaient oublié Dieu et s’étaient rebellés contre Lui. Chez tous les deux le péché était aggravé : L’homme était tenu de guider la femme droitement, de ne pas la suivre dans la désobéissance ; la femme n’avait pas à diriger son mari, mais à lui obéir, au lieu de l’induire, par le moyen de ses affections, à se joindre à sa transgression contre le Seigneur Dieu qui les avait bénis et avertis. Il n’y avait pas encore de repentance envers Dieu. Ils étaient démontrés coupables, et contraints de reconnaître leurs actes respectifs de péché ; mais il n’y avait pas de véritable jugement de soi, ni d’affliction vis-à-vis du déshonneur causé à Dieu, ni d’horreur à l’égard du mal et de leur propre faute. Au contraire, ils se justifiaient eux-mêmes (prouvant ainsi qu’ils n’avaient pas un esprit brisé), et ils rejetaient le blâme l’un sur l’autre, et même sur Dieu Lui-même.

En effet l’homme était effronté, au lieu de s’humilier comme ayant tort de manière inexcusable ; or non seulement il mettait en avant la femme pour s’excuser, mais il osait pratiquement faire des reproches à Celui qui la lui avait donnée dans Sa bonté pour être l’aide qui lui correspondait. « La femme que tu [m’]as donnée [pour être] avec moi, — elle, m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé ». Et quand l’Éternel Dieu demande à la femme : « Qu’est-ce que tu as fait ? », sa réponse n’est pas « j’ai péché » ou « je suis coupable », mais « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé ». Pareillement nos excuses ne font qu’aggraver les cas, et Dieu ne peut que traiter avec Sa justice des arguments aussi vains et aussi indignes, qui montrent que le péché sans repentance ronge comme la gangrène, et est réellement impie.

Tout ceci est clair et solennel ; ce n’est pas relaté comme un mythe ou une allégorie, mais comme une histoire donnée de manière divine, d’intérêt tout à fait direct et de la plus haute importance pour toute âme d’homme. C’est tout à fait différent des visions prophétiques telles que celles données par Jean dans l’Apocalypse, où nous lisons « je fus en esprit », « j’entendis », « je vis », etc. Rien de la sorte dans la Genèse. Mais l’histoire au commencement, et la prophétie à la fin ont ceci en commun que leurs paroles sont aussi loyales que vraies. Tout ce que la Parole reconnaît comme « mythes », ce sont les « fables » en contraste avec la vérité. Le chrétien n’a rien à faire avec les rêveries des philosophes païens, mais avec les pensées révélées de Dieu qui ne laissent aucune place ni au gnosticisme ni à l’agnosticisme.

 

3.6   3:14-15

Bible Treasury vol. 19 p. 209

L’ennemi n’est pas interrogé : son histoire et son caractère étaient déjà connus en haut, à savoir qu’« il n’a pas persévéré dans la vérité, car il n’y a pas de vérité en lui » (Jean 8:44). La sentence est prononcée sur-le-champ à l’encontre du tentateur démasqué. Maintenant il est même meurtrier, et cela allait bientôt être manifeste, mais il l’est en principe dès le commencement.

« Et l’Éternel Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit par-dessus tout le bétail et par-dessus toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie ; et je mettrai inimitié entre toi et la femme, et entre ta semence et sa semence. Elle te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon » (3:14-15).

C’est le jugement actuel et terrestre sur le serpent, comme nous allons aussi l’entendre ensuite sur la femme et sur l’homme, avec tout ce qui peut encore être implicite pour l’oreille instruite. Mais dans le premier cas, le v. 15 est exceptionnel en ce qu’il déclare beaucoup plus. Personne sinon l’homme naturel ne pourrait limiter ce v. 15 à l’animal dont Satan a fait son instrument en cette occasion, et qui lui a servi à masquer sa tentation. Le langage utilisé ici s’élève au-dessus du gouvernement du monde qu’on trouve en surface, et qui y est quand même inclus entièrement. On peut dire qu’Ésaïe est déjà assez hardi lorsqu’il déclare la dégradation du serpent et sa malédiction particulière au ch. 65:25 (« la poussière sera la nourriture du serpent », alors que tous les autres animaux participent aux effets bénis du règne glorieux avec Christ dans les lieux célestes, et avec Israël entièrement restauré pour toujours), mais il est encore bien plus hardi quand il déclare le renversement complet de la puissance spirituelle de méchanceté en haut ou ici-bas (Ésaïe 24:21 & 27:1). Le Nouveau Testament a une profondeur supérieure maintenant que le Fils de Dieu est venu et qu’Il nous a donné une intelligence pour connaître le Véritable (1 Jean 5:20) : il met à nu le chef invisible du mal, et les détails de son sort, non seulement pendant le royaume, mais durant toute l’éternité (Rom. 16:20 & Apoc. 20). Il est maudit dans tous les sens du mot.

Un point frappant de la scène qui nous occupe, est qu’il soit dit que l’inimitié est mise entre le serpent et la femme, plutôt qu’entre le serpent et l’homme. Voilà comment la grâce parle ; car l’homme pourrait avoir fait des reproches amers à la femme pour avoir commencé par écouter l’ennemi, puis avoir désobéi au commandement divin, et l’avoir attiré dans le chemin de la transgression, même si une telle excuse est misérable et indigne. L’Éternel Dieu met l’accent en grâce sur la femme, et surtout sur sa Semence. Il pourrait avoir semblé naturel de s’appesantir sur l’homme, chef de la femme, image et gloire de Dieu — comme dans le chapitre précédent où nous lisons qu’une respiration de vie fut soufflée dans les narines d’Adam, et qu’Adam fut mis dans sa place de privilège et de responsabilité, dans laquelle il agit immédiatement en domination, en donnant des noms à la création subordonnée, avant qu’Ève soit formée. Malgré toute cette position donnée de Dieu de primauté dans les relations naturelles, la grâce, après la chute, parle non moins clairement de la femme comme étant expressément en inimitié avec le serpent. C’est d’elle, en un sens spécial, que devait venir Celui qui vaincrait Satan. Ésaïe 7 le prédit en son temps, quoique cela soit proclamé ici dès le commencement pour tous ceux qui ont des oreilles pour entendre. Matthieu 1 donne avec certitude le temps où la prophétie fut accomplie à la lettre, de sorte que nous ne suivons pas des fables ingénieusement imaginées en croyant les paroles inspirées de la loi et des prophètes, autant que celles des apôtres.

On ne peut pas se tromper sur l’identité de la Semence de la femme. Le premier Adam ne l’était pas, et ce titre ne pourrait pas non plus être appliqué à aucun de ses descendants comme tels. Seul le second Adam peut à bon droit le réclamer à la fois dans l’esprit et dans la lettre. Pour tout croyant, c’est Lui qui a été incontestablement la Semence de la femme, quoique infiniment plus : autrement pourquoi ce titre n’aurait-il été appliqué qu’à Lui ? L’Écriture l’associe à Sa Déité : voir Romains 8:3 et Gal. 4:4.

Mais il y a plus que cela. C’est avec la Parole incarnée, le Fils unique devenu homme que nous trouvons l’antagonisme personnel de Satan, tandis que le Saint Esprit s’oppose à la chair, et que le Père est haï par le monde. Pour le développement et la révélation de tout ceci, il faut attendre les derniers oracles de Dieu ; mais ici, dès les premiers jours nous voyons l’inimitié du serpent ancien à l’égard du Seigneur Jésus. « C’est pour ceci que le Fils de Dieu a été manifesté, afin qu’il détruisît les œuvres du diable » (1 Jean 3:8) : ceci c’est le pouvoir de la mort, tandis que Christ a la puissance de vie et de donner la vie ; l’un est menteur, l’autre est la Vérité. Immédiatement après Sa Déité éternelle, il n’y a rien de plus vrai en soi, rien de plus doux pour le chrétien, rien de plus important dans le propos divin pour Sa gloire que le fait que Christ ait assumé l’humanité, sans tache et sainte, en union avec le divin, de sorte qu’Il a les deux natures dans une seule personne.

C’est pourquoi la vérité de Sa personne, en tant qu’objet direct et fatal de la malice inlassable de Satan, est le premier test vis-à-vis des mauvais esprits qui opèrent dans les nombreux faux prophètes sortis dans le monde depuis que le Sauveur est apparu. Tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu, et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu : il s’agit de la confession non pas du fait seulement, mais de la personne (1 Jean 4:1-3). Un simple homme, si grand et si bon soit-il, doit être venu en chair. La merveille est que Lui, le Fils du Père, s’est plu à venir de cette manière. Il aurait pu venir dans Sa propre gloire ; Il aurait pu assumer la nature angélique ; mais Il est venu en grâce pour nous, des hommes déchus, et pour notre salut en justice. C’est pourquoi Il a été envoyé « en ressemblance de chair de péché » (Rom. 8:3), car Il est né de la Vierge, elle-même une pécheresse comme toutes les autres filles d’Ève. Il est né dans la réalité de la chair, sinon Il n’aurait pas été un sacrifice valide pour le péché, pour le compte de l’homme comme pour le compte de Dieu. Il est né « saint » en vertu du Saint Esprit et de la puissance du Très-Haut qui a couvert Marie, et qui L’a couvert si réellement que la Sainte chose ainsi née devait être appelée Fils de Dieu. En chair, c’est la manière dont Il est venu ; mais Jésus est Celui qui est venu, l’Éternel le Sauveur, Emmanuel comme Matthieu 1 l’atteste avec soin.

Il est vrai que Flavius Josèphe semble avoir lu ces paroles si riches avec aussi peu d’intelligence qu’un païen, les dissociant du fait solennel de la tentation et de la chute qui précèdent, et ignorant que Celui qui parlait était l’Éternel Dieu, le juge, — et il est aussi entièrement dans l’obscurité quant au propos de Dieu croissant graduellement jusqu’à une pleine clarté, jusqu’à ce que vint Celui qui était la vraie Lumière (Jean 1:9). De simples banalités sur l’histoire naturelle seraient-elles à leur place dans ce passage ? ou des banalités sur la position relative [debout ou sur le ventre] qu’aurait désormais le serpent ? ou sur son hostilité à la race humaine, provoquant une réaction non moins hostile en retour ? ou sur sa tendance à mordre les talons et à avoir la tête écrasée par vengeance ? Cela peut satisfaire les critiques érudits qui font tout ce qu’ils peuvent pour réduire les saintes lettres à une compilation de récits légendaires ou mythiques. Mais le caractère irrationnel et impie de ces sceptiques de la chrétienté est évident pour tout croyant ; et la parole inspirée s’adresse à la foi (même si par grâce elle peut convertir le pire incrédule), et elle a été donnée d’abord à Israël, puis à l’église de Dieu maintenant qu’Israël est temporairement Lo-ammi, voire pire. Même un Juif incroyant peut ne pas être autant aveuglé devant les profondeurs de ce qui a pour but de susciter une investigation, et d’éveiller une bienheureuse espérance, aussi bien que de sonder la conscience — ce qu’un tel Dieu devait faire, nous pouvons le dire sans hésiter, si réellement Il parlait à l’homme dans de telles circonstances. C’est pourquoi Maïmonides [rabbin andalou du 12ème siècle, extrêmement célèbre] (More Nevochim ii.30) reconnaît que c’est l’un des passages de l’écriture les plus merveilleux, et qu’il ne faut pas le comprendre selon la lettre, mais qu’il contient une grande sagesse. Lui aussi a été frappé par la mention de la Semence de la femme, plutôt que celle de l’homme en tant qu’écraseur de la tête du serpent ; et les deux Targums [traduction de la Bible de l’hébreu en araméen] désignent ouvertement Christ, que nous savons n’être personne d’autre que Jésus, non pas le Messie ben (fils de) Joseph et le Messie ben (fils de) Juda, mais le seul et même Christ venu et revenant pour compléter en puissance et en gloire manifestes ce qu’Il a déjà fait dans l’efficace de Son œuvre de réconciliation par la mort et la résurrection. Sa seconde venue est aussi certaine que la première.

Pourtant parmi ceux qui sont orthodoxes quant à la personne de Christ, il n’y a pas d’erreur plus grave que celle d’attribuer à l’incarnation ce que l’Écriture base constamment sur le sacrifice expiatoire de Christ. Sans aucun doute c’est la Parole faite chair qui devait sauver les pécheurs, et même réconcilier toutes choses (pas toutes les personnes), mais cela a lieu par Sa mort. Ce n’est pas autrement que Dieu a été glorifié vis-à-vis du péché, même s’Il a été pleinement glorifié dans un homme obéissant. Car le péché doit être jugé par Dieu ; et ceci n’a pas eu lieu et ne pouvait pas avoir lieu sans la croix. Et ceci trahit la vanité de tous les systèmes humains, ritualisme d’un côté et rationalisme de l’autre : les deux sont d’accord pour l’erreur qui prétend que le salut est possible par le moyen de la Parole incarnée, et les deux font peu cas de la rédemption par Son sang que la grâce nous donne déjà en Christ. La Semence de la femme qui brise la tête du serpent, c’est celle qui a subi un brisement. Le Sauveur que proclame l’évangile n’est rien moins qu’un Christ mort, ressuscité et monté en haut. C’est en cela que Dieu est juste et qu’Il justifie le croyant en Jésus, Lui qui n’a pas connu le péché, mais a été fait péché pour nous, afin que devinssions Sa justice en Christ (2 Cor. 5:21). Ceci dissipe le rêve d’églises de multitude, qui font de la naissance de Christ une reconstruction de l’humanité, amenant tout homme dans une relation bénie avec Dieu. Pareillement disparaît la fable du pole opposé selon lequel les sacrements sont une « extension de l’incarnation », alors qu’en vérité ils sont des symboles de Sa mort, et donc, seulement pour la foi, les symboles d’un saint salut selon Dieu. Les deux systèmes s’arrêtent (au moins théoriquement, et encore davantage pratiquement) avant la ruine totale de l’homme et avant la démonstration de sa culpabilité, et avant la justice et le salut de Dieu dans la croix. C’est pourquoi ils ramènent les âmes à l’état de choses antérieur, à la loi et aux ordonnances, avec une mise à l’épreuve qui se poursuit et une rédemption non accomplie.

Observons enfin que, malgré tout ce que les théologies en tout genre racontent, nous n’avons ici aucune promesse à Adam, et encore moins à sa race. Ce n’est réellement que dans le jugement de l’ennemi que nous entendons la révélation du triomphe de la Semence de la femme sur lui. S’il y a une promesse faite à quelqu’un, c’est à Christ, le Second Homme ressuscité. Et c’est ce qu’il y a de mieux pour assurer la bénédiction qui résulte de la grâce de Dieu envers tous ceux qui sont Siens. Cela est donc pour le croyant parce que c’est en Christ. Lui a tout mérité par Sa perfection personnelle et Son obéissance ; mais Il l’a tout obtenu par la mort qui a rendu impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort (Héb. 2:14), — par Sa mort qui, comme sacrifice à Dieu, nous a réconciliés, nous qui croyons, et qui L’a glorifié dans tout Son amour, Son conseil, Sa majesté et Sa nature morale. « Car autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous » (2 Cor. 1:20).

 

3.7   3:16-19

Bible Treasury vol. 19 p. 225

Dieu prononce alors une sentence sur le serpent sans entamer aucune discussion. Comme le diable « pèche dès le commencement », c’est pour cela que le Fils de Dieu a été manifesté afin qu’Il détruisît les œuvres du diable (1 Jean 3:8). Le méchant est tombé sans être tenté, et il est devenu le tentateur habituel dans la terre de l’Éternel, cherchant à faire de la race humaine sa proie, meurtrier dès le commencement, menteur et père du mensonge. Quel contraste complet avec la Sagesse divine en personne que « l’Éternel a possédée au commencement de sa voie, avant ses œuvres d’ancienneté » (Prov. 8:22) ! — Lui était établi dès l’éternité, dès le commencement, avant que la terre fut ; Il était Celui qui était Ses délices chaque jour, se réjouissant toujours devant Lui, se réjouissant sur cette scène et dans ces êtres qui étaient les objets de la malveillance de Satan et de son effort destructeur. Toute délivrance dépend de la Semence de la femme, qui n’est autre que la Parole éternelle faite chair, brisée seulement par le serpent, mais son vainqueur et son destructeur assuré. Cela a lieu dans la puissance de la résurrection de Christ, sortant de cette mort à caractère expiatoire qui rend le croyant libre.

Quelle que soit la plénitude de lumière jetée sur ceci et sur tout le reste depuis que Dieu s’est révélé en Christ, il est important d’observer qu’ici et dans tout le chapitre, et dans l’Ancien Testament en général, nous n’entendons parler de manière nette que de gouvernement divin sur la terre. Une révélation plus complète fait connaître davantage, spécialement dans le Nouveau Testament, au sujet de Dieu et de l’homme, de Christ et de Satan, de l’univers et de l’éternité ; et le Saint Esprit, qui inclut le moindre dans le plus grand (Jean 18:9), pouvait, pour la foi, mettre en lumière le plus grand à partir du plus petit, comme Abraham s’est réjoui de voir le jour de Christ, et l’a vu, et s’est réjoui (Jean 8:56), n’attendant pas seulement Canaan, mais attendant la cité qui a les fondements, de laquelle Dieu est l’architecte et le créateur (Héb. 11:10). « C’est pourquoi il ne faut pas écouter ceux qui inventent que les pères d’autrefois ne regardaient qu’à des promesses transitoires ». Néanmoins il reste vrai que l’écriture exprime ici le côté externe des actions divines, et que ceci est en harmonie avec Sa relation avec le peuple terrestre à qui était premièrement confié la garde des oracles de Dieu (Rom. 3:2). Ainsi briser la tête du Serpent est manifestement la destruction de sa puissance sur l’homme sur la terre (même si cela implique bien d’autres choses pour le cœur qui réfléchit) ; cela est l’œuvre du Second Homme.

Pour le croyant de tous les temps, il y a derrière cela, des questions plus profondes. Non seulement le mal et son jugement, mais aussi la rédemption et la bénédiction positive de la vie éternelle, sont maintenant pleinement mis en lumière en Jésus le Fils de Dieu. Cela est si vrai que plusieurs sont en danger d’oublier l’importance des conséquences terrestres à cause de l’intérêt supérieur et du poids de ce qui est invisible et éternel. Dieu s’est fait connaître dans le Fils à la fois quant à Sa nature, quant à Ses conseils et quant à Sa volonté, et ceci a été accompli par Le seul qui, étant maintenant homme autant que Dieu, a été capable de le rendre effectif pour notre réconciliation et notre bénédiction, — dès maintenant pour l’âme, et à Sa venue pour le corps, quand Il réconciliera en puissance toute la création traînée si longtemps dans la vanité et la souffrance par le péché de son premier chef. C’est pourquoi l’apôtre dit que Christ a annulé la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile (2 Tim. 1:10). C’est dans cet évangile qu’est révélée la justice de Dieu sur le principe de la foi pour la foi (Rom. 1:17), tandis que la colère de Dieu est révélée (mais bien sûr pas encore exécutée) du ciel contre toute impiété et iniquité des hommes, qui, possèdent la vérité tout en vivant dans l’iniquité (Rom. 1:18) — ceci est quelque chose d’encore plus solennel pour les âmes de la chrétienté qui sont orthodoxes, mais dont l’orthodoxie à elle seule ne servira pas d’abri au jour de la colère de Dieu. Christ est le Chemin, la Vérité et la Vie.

Nous nous tournons maintenant vers nos premiers parents sur la conscience desquels Lui a agi, Lui qui les aimait et a eu pitié d’eux, malgré leur faute inexcusable à chacun.

« À la femme il dit : Je rendrai très-grandes tes souffrances et ta grossesse ; en travail tu enfanteras des enfants, et ton désir sera [tourné] vers ton mari, et lui dominera sur toi. Et à Adam il dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’ai commandé, disant : Tu n’en mangeras pas, — maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras [en travaillant] péniblement tous les jours de ta vie. Et il te fera germer des épines et des ronces, et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, car c’est de lui que tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (3:16-19).

À la femme comme au serpent, l’Éternel Dieu parle des effets gouvernementaux présents de son péché. La femme, plus que toute autre femelle, devait avoir son travail et sa peine multipliés dans sa grossesse et dans la naissance d’un enfant. La femme, non pas l’homme, est la victime de la douleur répétée à cet égard. C’était juste, même si c’était malheureux. C’est elle qui premièrement a écouté l’ennemi, méprisant Dieu et Sa parole ; puis elle entraîna son mari à sa suite dans le fossé. C’est pourquoi elle devait être assujettie ; comme un frère plus jeune vis-à-vis d’un plus âgé (4:7), son désir serait tourné vers son mari, et il dominerait sur elle. La chute rendrait cela dur. Quelle différence avec la position originelle et la condition de compagne ! Le péché a fait de Dieu un juge : avant cela, Il ne faisait que bénir. Mais la grâce en Christ Lui donne maintenant la liberté pour accorder des bénédictions meilleures et éternelles à la foi.

En ce qui concerne Adam, Dieu condescend à lui expliquer la raison. Son argument vain devient la raison de sa condamnation (il en est toujours ainsi). Il avait cherché à s’excuser en mettant le blâme sur « la femme », et il avait aggravé sa faute en allant jusqu’à l’imputer finalement à Dieu (« la femme que tu m’as donnée »). Quelle irrévérence et quel manque de reconnaissance ! Sa sentence est juste et inattaquable : « parce que tu as écouté la voix de ta femme » ; or la voix de sa femme faisait écho à celle du serpent en rébellion contre l’Éternel Dieu. La sollicitation qu’elle lui avait faite aurait dû accentuer son horreur vis-à-vis du péché de sa femme ; mais au lieu de cela, il osa transgresser, sans être trompé comme elle l’avait été, et il mangea de l’arbre en face de l’interdiction divine. Quelle différence avec le dernier Adam, qui a souffert étant tenté, et a obéi à Son Dieu et Père jusqu’à la mort, et a porté en son corps sur le bois les péchés de ceux qui sont maintenant Son corps et Son épouse, qui sont « un seul esprit avec le Seigneur » (1 Cor. 6:17) — étant faits cela au moyen d’un caractère et d’une puissance supérieurs à ceux d’Adam et Ève qui n’étaient qu’« une seule chair » ! S’Il a pris un corps de chair, c’était à cause de nous, revendiquant [les droits de] Dieu non seulement dans l’obéissance, mais comme sacrifice, endurant les conséquences de notre désobéissance, afin que nous soyons unis par l’Esprit du Seigneur à Lui notre tête glorifiée en haut.

La parole adressée à Adam déchu est la suivante : « maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras [en travaillant] péniblement tous les jours de ta vie. Et il te fera germer des épines et des ronces, et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, car c’est de lui que tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras à la poussière ».

Ici comme précédemment, il s’agit d’un jugement actuel et terrestre. Le sol est maudit à cause de l’homme. La supériorité de celui-ci entraîne des résultats plus vastes et plus graves. Lui aussi doit faire face à la peine ici-bas tous les jours de sa vie. Les ronces et les épines entravent la nourriture dont il a besoin et qu’il cherche ; un travail dur et pénible doit être sa part pour manger du pain, car c’est à lui qui, par sa rébellion, a perdu le beau jardin abondant que l’Éternel Dieu avait planté, que l’herbe des champs a été attribuée, ainsi qu’aux bêtes qui lui sont assujetties. C’est à la sueur de son front, qu’il doit manger, jusqu’à ce qu’il retourne au sol d’où il a été tiré. Combien il est évident que c’est seulement le corps qui est considéré ici, ainsi que la fin de la vie sur la terre ! L’origine de l’âme humaine avait été soigneusement présentée au ch. 2 comme émanant du souffle de l’Éternel Dieu, en contraste avec toutes les autres créatures sur la terre, à la confusion des matérialistes anciens ou modernes. Le sujet ici est le gouvernement actuel ; ce n’est ni le hadès ni l’étang de feu. Ainsi dans les Psaumes, bien qu’il soit parlé de manière appropriée du sheol ou hadès, nous lisons au Ps. 146:4 que « l’homme retourne dans le sol : en ce même jour ses pensées périssent ». Le corps seul retourne à la poussière d’où l’âme n’a pas été tirée, mais il nous est dit ailleurs que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné (Eccl. 12:7). Tout ce qui est noté ici en rapport avec l’homme, est fait pour humilier l’homme qui n’a pas regardé en haut vers Dieu, ni ne Lui a obéi : la peine, le travail pénible, la mort et la poussière. Nous trouverons davantage d’indications, même ici, dans ce qui suit. Si l’apôtre nous dit que le salaire du péché, c’est la mort, nous ne devons pas méconnaître que la sentence ne signifie pas que c’est là la totalité du salaire du péché ; ce n’en est que la première partie ; dans l’apôtre aux Hébreux, il nous est expressément dit que, d’une part il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement, et d’un autre côté que Christ ayant été offert une fois pour porter les péchés de plusieurs, Il apparaîtra une seconde fois sans péché à salut à ceux qui L’attendent (Héb. 9:28) : voilà la portion respective des non-croyants et des croyants.

 

3.8   3:20-21

Bible Treasury vol. 19 p. 241

Ces versets nous présentent deux faits de haute importance et riches de signification, exprimés avec la brièveté simple et digne qui caractérise tout ce que nous avons eu jusqu’ici devant nous : d’une part comment l’homme appela sa femme en ce moment critique, et la raison de cet acte ; et d’autre part ce que l’Éternel Dieu fit pour Adam et sa femme, et l’effet produit.

« Et l’homme appela sa femme du nom d’Ève (Khavvah), parce qu’elle était la mère de tous les vivants. Et l’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des vêtements de peau, et les revêtit » (3:20-21).

Au ch. 2 l’homme avait donné à sa femme un nom tiré de lui-même. Lui était Ish ; elle, il l’appela Isha. C’était approprié en ce lieu et à ce moment-là ; car le Saint Esprit établit là la relation divinement formée. Mais ici le péché a introduit le désordre et la ruine : nos premiers parents étaient déchus. Pourtant rien n’est allé trop loin pour la grâce, — la grâce de Dieu, qui, comme Il l’accomplira en puissance incontestable dans le grand jour qui vient, a suffisamment révélé à partir de la chute pour instruire et réconforter la foi. C’est ce qui eut lieu alors pour Adam. Il ne regardait pas aux choses visibles, qui sont temporelles, mais à l’intervention encore invisible, mais à effet durable, de la Semence de la femme.

Même quand une révélation est nette et complète, la foi peut rester en deçà, comme tout croyant le sait très bien par lui-même chaque jour, et comme cela ressort clairement dans les évangiles qui nous font connaître sans fard combien les douze étaient loin d’entrer dans les profondeurs des communications de notre Seigneur, jusqu’à ce qu’Il mourut et fut ressuscité et que la puissance d’en haut fut donnée. Mais Adam n’entendit pas en vain ce que l’Éternel Dieu avait indiqué dans Sa sentence sur l’ennemi : un conflit, non pas simplement une tentation réussie, partant de l’inimitié mise entre le serpent ancien et la femme, et par-dessus tout la Semence de la femme, d’une manière exceptionnelle et spéciale — ce conflit résultant dans une destruction finale et irrémédiable de l’ennemi, mais non pas sans qu’une angoisse préalable tombe sur la Semence victorieuse quand elle accomplira cette destruction. C’est pourquoi dans les profondeurs de honte et de misère issues de la transgression, avec le châtiment spécial de la femme résonnant à ses oreilles, et avec sa propre condamnation à avoir le sol maudit à cause de lui — travailler péniblement tous ses jours en finissant par mourir, et retourner à la poussière d’où son corps avait été tiré — Adam n’appelle pas sa femme Mort, mais Vie, ou Vivante ! L’assurance divine que la Semence de la femme briserait la tête du serpent (en doutons-nous ?) le conduit à donner le nouveau nom. C’est la foi, fondée sur la parole qu’il avait entendue ; une foi réelle, même si elle n’est pas explicite. Il confesse ce qu’aucun œil créé ne voyait, ce qui reposait simplement sur une parole divine, à savoir qu’elle était la « mère de tous les vivants ». Mère de tous les mourants aurait été un sentiment naturel. Mais une espérance fondée sur une révélation luisait à travers les ténèbres du péché, et la bouche d’Adam confessa ce que son cœur avait cru (Rom. 10:10). Il savait cela sans soulever la moindre question relative à la bénédiction future, ouverte entièrement et seulement par la Semence de la femme ; et cette femme, qui avait été le moyen effectif de Satan pour faire le mal, donnerait naissance en son temps au Vainqueur de Satan.

On objectera peut-être que l’écriture, dans la liste des héros de la foi, ne cite pas Adam. Mais le fait qu’il ait introduit le péché et la mort dans le monde et dans la race dont il était la tête, était une bonne raison pour s’abstenir de le distinguer par une mention honorable. Mais ce serait une erreur non moins certaine de concevoir qu’il n’existe pas d’autre croyant d’autrefois que ceux expressément désignés. Pourquoi fallait-il, dans le récit bref mais noble des faits du commencement, que soit inséré cet épisode où Adam a appelé sa femme par ce nom ? n’est-ce pas qu’il y avait là quelque chose d’extraordinairement intéressant, placé là, comme si souvent dans l’Écriture, pour exercer notre foi et notre intelligence spirituelle (et non pas pour actionner les spéculations corrompues de l’incrédulité) ? Car la Bible est un livre moral ; et les jugements que nous prononçons sur ce qu’elle dit trahissent notre propre état, soit que nous apprenions avec révérence de Celui qui l’a inspirée, soit que nous nous établissions pour un tout petit moment en juge de Lui et de la Bible, ignorant notre folie pécheresse.

Adam regarda alors au-dessus des justes sanctions du péché, et ne se confia pas dans sa propre force, sa sagesse ou sa vertu ; il ne parla pas d’une descendance qu’il aurait pour regagner le paradis perdu, mais ayant foi dans l’offre que Dieu faisait en grâce d’une Semence de la femme souffrante, mais triomphante, il saisit l’occasion de l’appeler Vie, parce qu’elle était la mère de tous les vivants ; cette attente aurait été tout à fait inconvenante et sans fondement, s’il n’y avait pas eu la foi, si mince soit-elle en Celui qui devait venir, et qui est maintenant venu, — Celui qui a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile (2 Tim. 1:10). Comme tous ceux qui l’ont suivi dans le chemin de la foi, progressivement toujours plus brillant (Prov. 4:18), Adam ne savait pas grand chose par rapport à ce qui est révélé maintenant. Mais tous regardaient à Dieu pour un Libérateur né de femme, et qui, de quelque manière mystérieuse assurerait la défaite et la destruction du méchant, — une espérance plus que réalisée en Celui qui est devenu homme afin que par la mort Il rendit impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et qu’il délivrât tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient, pendant toute leur vie, assujettis à la servitude » (Héb. 2:14-15).

Comme conséquence immédiate, notons ce que l’Écriture ajoute : « Et l’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des vêtements de peau, et les revêtit ». Les incrédules peuvent se satisfaire de ne voir là qu’un détail matériel et trivial, mais le croyant a le droit de trouver ce qui est digne du seul vrai Dieu, et d’en jouir. La foi ne se hâte pas, mais elle s’attend à Dieu et à Sa Parole. L’imagination qui ajoute à l’Écriture n’est pas plus de Dieu que les libre-penseurs qui heurtent contre la Parole, étant désobéissants (1 Pierre 2:8). Comme « toute parole de Dieu est affinée, et qu’Il est un bouclier pour ceux qui s’attendent à lui » (Prov. 30:5), ainsi que personne « n’ajoute pas à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne, et que tu ne sois trouvé menteur » (Prov. 30:6). Notre sagesse est de tirer de l’écriture ce que Dieu y a mis.

Or ici, la force de ce qui est dit est d’autant plus grande, qu’avant le déluge aucun animal n’a été donné comme nourriture à l’homme. Adam venait juste d’entendre une fois de plus : « Tu mangeras l’herbe des champs » (3:18). Cela a conduit une foule de théologiens à supposer qu’un sacrifice était maintenant ordonné par Dieu et offert par Adam. Mais nous n’avons pas la liberté de compléter la Parole de Dieu par la tradition des hommes. Un sacrifice est relaté spécialement au ch. 4, et l’écriture à la fois de l’Ancien et du Nouveau Testament atteste toute son importance comme antitype pour l’homme, et son accueil par Dieu ; mais nous ne pouvons aller au-delà de la Parole inspirée. Avant l’œuvre de Christ qui lui a donné son sens, la foi en Lui était l’essentiel (et elle l’est encore). L’action révélée ici est de la part de l’Éternel Dieu, et il n’y a pas un mot sur ce que le couple déchu a fait. L’Éternel Dieu fit à chacun d’eux (ceci est noté soigneusement) des vêtements de peau, et les revêtit. Il ne dit rien de plus, et nous ne sommes pas appelés à croire davantage, quant aux faits.

Le contraste entre l’habit solide qui a revêtu efficacement les deux membres du couple et les misérables ceintures de feuilles de figuier, n’implique-t-il rien de plus ? Une vérité est enseignée de manière très frappante, à savoir que Celui qui les a revêtus a fait pour chacun d’eux des vêtements qui avaient nécessairement leur origine dans la peau d’animaux tués dans ce but. Cette parole solennelle, la mort, était maintenant mise devant eux comme un fait pour la première fois. L’homme déchu peut chercher en vain à cacher sa honte par quelque moyen de la nature ; l’Éternel Dieu base le vêtement dont Il les revêt sur la mort, le châtiment du péché.

Ainsi, à la fois la vie au v. 20 et la mort au v. 21 dirigent les yeux sur Christ, et pour celui qui est spirituel, elles n’ont pas de sens valable en dehors de Christ. L’homme naturel regarde partout ailleurs, et s’il pense à Christ, ce n’est que pour Le dégrader, même quand il Lui offre un baiser ou une couronne. Mais comme le Saint Esprit est descendu du ciel pour Le glorifier, Il a dirigé à l’avance dans l’écriture les regards sur Lui dans des choses petites ou grandes. Secrètement ou ouvertement, c’est Christ qui est l’objet en vue dans la Parole écrite. Sa vie et Sa mort étaient pareillement essentielles, et pareillement bénies, et ont apporté toutes deux de la gloire à Son Dieu et Père. Mais tandis que nous ne pouvons pas vivre à Dieu sans Sa vie, ce n’est que par Sa mort que, même étant vêtus, nous pouvons ne pas être trouvés nus, selon le langage de l’apôtre (2 Cor. 5:3). Christ seul, par Ses souffrances et Sa mort fait disparaître notre nudité. Ceux qui Le rejettent, même quand ils auront des corps de résurrection pour le jugement, seront trouvés nus. Habillé ou non habillé, présent dans le corps ou absent du corps, le croyant n’est jamais nu ; il est toujours revêtu de la plus belle robe.

 

3.9   3:22-24

Bible Treasury vol. 19 p. 257

Il nous faut encore considérer la parole et l’acte par lesquels le chapitre s’achève. Ils sont importants pour clarifier encore davantage la vraie position de l’homme avant la chute, et la condition anormale de la race désormais, dans la confusion totale et perdue dans ses raisonnements, comme les hommes sont enclins à être quand ils se basent sur leur propre expérience. La voie des « a priori » induit en erreur tous ceux qui s’y engagent, qu’ils soient philosophes ou théologiens. Le croyant qui cède à ce piège est inexcusable, car la grâce a donné un récit sans erreur, concis et clair, de tout ce que la sagesse divine a estimé bon de dire au sujet de l’entrée du péché dans le monde par un seul homme, type de Celui qui devait venir, le Second homme et dernier Adam (1 Cor. 15:45, 47). Nous n’avons ici ni légende ni mythe, mais des faits relatés en toute simplicité, fidélité et transparence, sans affectation de langage. Ce qui est révélé est à la fois digne de Dieu et loin des représentations populaires instinctives qu’en fait l’homme, qui répugne toujours au jugement de soi-même et est toujours enclin à rabaisser ou esquiver la justice, étant toujours aveugle à la grâce objet de sa haine. Les mythes et légendes sont naturels et devraient être laissés aux païens destitués de la vérité et qui tâtonnent dans le noir pour voir si peut-être ils trouveraient Dieu (Actes 17:27). Mais il est triste de penser aux chrétiens qui ont glissé à la suite des Juifs philosophes d’Alexandrie, qui ont tourné le dos à la Lumière qui brillait déjà, qui ont perdu la vérité de l’écriture, claire et pourtant historique et profonde, et qui ont mis en avant une Parole selon Philon qu’ils ont inventée pour être en accord avec la pensée, la volonté et l’incrédulité humaines.

« Et l’Éternel Dieu dit : Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ; et maintenant, - afin qu’il n’avance pas sa main et ne prenne aussi de l’arbre de vie et n’en mange et ne vive à toujours... ! Et l’Éternel Dieu le mit hors du jardin d’Éden, pour labourer le sol, d’où il avait été pris : il chassa l’homme, et plaça à l’orient du jardin d’Éden les chérubins et la lame de l’épée qui tournait çà et là, pour garder le chemin de l’arbre de vie » (3:22-24).

La philosophie ou la crainte des philosophes a égaré beaucoup de gens en leur faisant concevoir que les oracles reçus ici étaient à la fois un sarcasme à l’encontre d’une prétention sans fondement de l’homme, et une mise à nu de la tromperie de Satan. Mais l’écriture est claire et la vérité importante. L’opposition lui attribue ce qui est faux, à savoir que l’homme avant la chute connaissait déjà le bien et le mal. Il était innocent et droit, mais il n’est jamais dit qu’il était juste et saint. Il ne pouvait pas être qualifié de cette manière, car cela supposerait la connaissance du bien et du mal, ce qu’il n’avait pas encore et qu’il n’a acquis que par la transgression. En vérité une pareille connaissance aurait été sans utilité dans la nature et le monde non déchu, voire même incompatible avec eux, car l’homme n’avait qu’à jouir du bien dans la reconnaissance envers Dieu, n’évitant qu’un seul arbre parce que Dieu l’avait défendu. Il n’y avait pas, comme ensuite, un gouvernement moral vis-à-vis du bien et du mal, que l’homme pût discerner intrinsèquement et indépendamment d’une loi extérieure. Et cette loi spéciale sous laquelle l’homme innocent était placé consistait seulement à ne pas manger de l’arbre interdit, non pas parce que le fruit était mauvais en lui-même, mais simplement comme un test de soumission à l’égard de Dieu. L’enjeu était la mort par la désobéissance. Étant désobéissant, il a perdu à la fois le paradis et la vie, mais il a acquis la connaissance du bien et du mal, et la connaissance de sa propre culpabilité. Leurs yeux furent ouverts, comme nous l’avons vu. Ils connurent qu’ils étaient nus, et en eurent honte. « L’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ». Il avait déjà auparavant le sens de la responsabilité, mais maintenant qu’il était déchu, il pouvait distinguer les choses selon qu’elles étaient bonnes ou mauvaises en elles-mêmes. En même temps que la culpabilité, il avait le sens moral pour déclarer que ceci était bon et ceci mauvais ; il avait une conscience, guide triste mais fort utile, et toujours présent maintenant que l’homme était tombé loin de Dieu.

La liberté de choix dans le paradis (ou en dehors de lui) est une absurdité impie. Adam était-il libre de choisir la désobéissance ? Le fait qu’il ait choisi fut la chute et la ruine. Sa responsabilité était l’obéissance. Une fois qu’il eut transgressé, Dieu prit soin que, dans son état de péché, il possédât désormais un sens intrinsèque du bien et du mal ; et en son temps, mais seulement longtemps après « les promesses » absolues et inconditionnelles en rapport avec un objet connu, la loi est intervenue comme par parenthèse (Rom. 5:20) pour soulever la question de la justice qui ne peut jamais être réglée sauf pour la foi en Christ et en Sa rédemption. Dans l’évangile Dieu révèle Sa justice en vertu de l’œuvre de Christ, de sorte qu’Il est juste et justifiant celui qui croit en Jésus (Rom. 3:26).

Un être saint connaît bien sûr le bien et le mal, et Dieu le connaît parfaitement ; mais ceci s’accorde avec le fait révélé que l’homme dans l’innocence n’avait pas cette connaissance, et ne l’a acquise que par sa désobéissance et pour sa misère. La grâce va au-devant du coupable, mais c’est dans le Second homme, et non pas en corrigeant le premier. La vie est dans le Fils (1 Jean 5:11), et celui qui croit en Lui vit de la même vie, le fondement d’une marche sainte, tandis qu’il est répondu à notre responsabilité en tant que pécheur par Sa mort expiatoire. La justice et la sainteté ne sont pas une terreur pour le croyant, grâce au fait que Christ est mort et ressuscité et est à la droite de Dieu. C’est ainsi que la foi produit du fruit pratique du même genre, et agréable à Dieu. Ce n’est pas Adam, mais le nouvel homme qui est créé selon Dieu, en justice et sainteté de la vérité (Éph. 4:24).

Mais ensuite il y a l’arrêt divin du péché de présomption. Il y aurait eu chaos moral et ruine éternelle si nos premiers parents avaient mangé de l’arbre de la vie, étant dans leur état de péché. Le fait que l’accès à un pareil danger leur ait été barré est encore la grâce en exercice envers eux.

L’arbre naturel de la vie pour l’homme innocent lui a été refusé quand il a été déchu. Combien il serait terrible d’être fixé éternellement dans le péché ! Christ devient désormais l’objet de la foi ; et comme Il est mort pour nos péchés, afin qu’ils soient effacés, ainsi nous vivrons parce qu’Il vit, comme Il le dit Lui-même (Jean 14:19). En vérité tout bien durable provient maintenant de la grâce, et est en Lui. Il n’y a aucune restauration de l’innocence, mais une position bien meilleure. « Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (1 Cor. 1:31 & 2 Cor. 10:17). La grâce règne par [la] justice pour [la] vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur (Rom. 5:21).

C’est pourquoi l’expulsion de l’homme du jardin est venue ensuite. Il a été exclu du paradis pour labourer le sol d’où il a été tiré. L’Éternel Dieu chassa donc l’homme, et mit en place des chérubins pour barrer le chemin ; ces chérubins sont les symboles bien connus des Juifs pour représenter le pouvoir judiciaire ; ils figuraient non seulement sur le voile (Ex. 26:31), mais ils ombrageaient le propitiatoire (Héb. 9:5). On peut d’autant moins se tromper sur la force de ce qu’ils représentent ici (en Gen. 4), qu’il y avait la lame de l’épée tournant çà et là pour menacer quiconque aurait voulu entrer. Il n’y a aucun moyen de revenir au paradis perdu. Christ est le chemin (Jean 14:6), et « c’est lui qui est venu par [l’]eau et par [le] sang » (1 Jean 5:6). Pour le croyant, Il est le chemin vers le Père et vers le paradis qui ne passera jamais. Il n’y a là aucun arbre de la connaissance du bien et du mal (Apoc. 2:7 & 22:2), aucun arbre de la responsabilité : cette question a été réglée par une justice éternelle par la croix de Christ, en faveur donc de tous ceux qui croient, à la gloire de Dieu. Il n’y a qu’un arbre, l’arbre de vie dont les fruits complets et nouveaux sont pour ceux qui sont célestes, tandis que leurs feuilles sont pour la guérison des nations (Apoc. 22:2) ; car dans le royaume, il y aura non seulement des choses célestes, mais aussi des terrestres, comme le Seigneur le souligne à Nicodème. Selon la description symbolique de la nouvelle Jérusalem, il y a douze portes qui ne sont point fermées de jour (car il n’y a pas de nuit là), et aux portes douze anges, et sur les portes douze noms inscrits qui sont ceux des douze tribus d’Israël, en témoignage de la grâce qui demeure à toujours. Mais il n’y a pas de lame de l’épée tournant çà et là pour menacer, bien qu’il n’y entrera aucune chose souillée, ni ce qui fait une abomination et un mensonge, mais seulement ceux qui sont écrits dans le livre de vie de l’Agneau » (Apoc. 21:27).

 

 

4                        Chapitre 4

4.1   Genèse 4:1-4

Bible Treasury, vol. 19 p.273-274 (1893)

L’homme était désormais chassé du paradis où l’Éternel-Dieu l’avait placé dans l’innocence d’origine, et il en est encore chassé. Il était banni parce qu’il avait péché sciemment, délibérément et sans excuse. C’était un péché contre Dieu, avec pour conséquence la mort, et son triste complément pour toute la création assujettie à l’homme, son chef : rien moins que l’expulsion du jardin d’Éden. Cependant l’homme n’en a pas été chassé sans avoir d’abord reçu la révélation de la Semence de la femme (oh ! quelle grâce), un Vainqueur de l’ennemi, Lui-même devant être meurtri avant de briser la tête du serpent. En outre, malgré leur culpabilité et leur vaine tentative de se couvrir, l’Éternel Dieu revêtit Adam et Ève de vêtements de peau : un vêtement qui ne pouvait que provenir de la mort, — une mort infligée à une victime pour couvrir les coupables.

Ceux qui ressentent vraiment leur condition de déchus, et qui croient pourtant dans le vrai Dieu de lumière et d’amour, n’oublient jamais ni Ses paroles ni Ses voies, mais ils les méditent dans leur cœur. C’est cela la foi, mais leur être indifférent n’est que de l’incrédulité. Le récit inspiré qui suit nous présente ces deux côtés de manière solennelle ; car depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui, il en est toujours ainsi, dans un monde et une nature dominés par le péché et la mort. Certains croient les choses dites, et d’autres ne les croient pas. La foi et l’incrédulité ont des résultats éternels : respectivement, les bonnes œuvres et les mauvaises œuvres, maintenant ; et bientôt la vie éternelle d’un côté, et de l’autre côté, la colère et l’indignation (Rom. 2:8). Ainsi l’Écriture présente très tôt les principes, et elle le fait au travers de faits que le plus simple peut saisir, et dont la conscience est tenue de tenir compte : Combien il est évident que cela est de Dieu, et pour l’homme !

« Et l’homme connut Ève sa femme ; et elle conçut, et enfanta Caïn ; et elle dit : J’ai acquis un homme de (avec) l’Éternel. Et elle enfanta encore son frère, Abel. Et Abel paissait le menu bétail, et Caïn labourait la terre. Et il arriva, au bout de quelque temps, que Caïn apporta, du fruit du sol, une offrande à l’Éternel. Et Abel apporta, lui aussi, des premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse. Et l’Éternel eut égard à Abel et à son offrande ; mais à Caïn et à son offrande, il n’eut pas égard » (4:1-4).

Le « premier homme » était maintenant devenu père, mais cela n’eut lieu qu’après la chute ; de même le « Second homme » ne devint le chef de la nouvelle famille de Dieu que quand il fut attesté, par la résurrection, qu’Il était juste et obéissant à Dieu et qu’Il avait porté nos péchés en Son corps sur le bois (1 Cor. 15:45, 16).

Ève prend l’initiative et exprime sa pensée religieusement ; mais elle le fait selon la nature, qui ne s’élève jamais au niveau des pensées de Dieu, ni quant au péché de l’homme, ni quant à la grâce de Dieu. C’est pourquoi il ne sert à rien de tirer quelqu’un du mal pour l’amener à Dieu : seule la Parole de Dieu jugeant le péché peut produire la vérité que la foi reçoit. « J’ai acquis » dit-elle, « un homme (Ish) avec (ou : de part ; ou : avec l’aide de) l’Éternel ». Combien la hâte de la nature est funeste ! « Celui qui croit (ou : qui se confiera) ne se hâtera pas » (És. 28:16). Il en est toujours ainsi, tant avec l’homme qu’avec la femme, sauf Un Seul, Celui qui était absolument ce qu’Il disait, et qui attendait patiemment l’Éternel (Jean 8:25 ; Ps. 40:1). Cela n’a pas été le cas d’Ève ; elle s’est abandonnée à ses propres pensées, et a vu dans son premier-né l’homme acquis de l’Éternel, la Semence de la femme qui abattrait l’ennemi. Mais ce n’était encore ni le temps, ni la personne appropriés.

Ève ne savait pas que ce qui vient en premier est ce qui est naturel, non pas ce qui est spirituel. Pourtant c’est une vérité absolument certaine et claire tout au long de l’Écriture, et il faut la connaître, pour notre bénédiction. Dans chaque dispensation, l’homme a commencé par être mis à l’épreuve en tant que responsable, et il a manqué. Il en a été ainsi avec Adam comme avec Noé ; avec Israël, et en particulier avec le peuple, les sacrificateurs, les rois ; avec les Gentils auxquels fut confié le pouvoir impérial tandis qu’Israël était Lo-ammi ; et par-dessus tout avec la chrétienté ; mais il n’en a pas été ainsi avec Christ, qui a glorifié Son Père dans l’obéissance durant toute Sa vie, et qui a glorifié Dieu comme tel dans la mort et pour le péché ; c’est pourquoi aussi Dieu L’a haut élevé. Et comme Christ à Sa première venue a été le Fidèle Témoin, bien qu’extérieurement tout a semblé s’écrouler à la mort de la croix, ainsi à Sa seconde venue tout ce qui a failli dans les mains de l’homme sera remis en place et brillera en Christ, — aussi bien l’humanité, le gouvernement, Israël, la sacrificature, la royauté, les Gentils, le pouvoir et les noces de l’Agneau avec Son épouse en haut, quand Dieu aura jugé Babylone la grande prostituée, et que « sa fumée montera aux siècles des siècles » (Apoc. 19:3).

Il n’est pas étonnant qu’Ève n’ait pas pu prévoir que le Vainqueur à venir devait être la Semence de la femme d’une manière encore plus vraie, plus exclusive et plus glorieuse que son premier-né, parce que Lui et Lui seul devait être Emmanuel, El Gibbor, selon le témoignage du prophète (És. 7:14), le Dieu véritable et la vie éternelle, comme dit l’apôtre (1 Jean 5:20). Cependant son langage montre qu’elle espérait un homme digne de l’Éternel, ou avec l’aide de l’Éternel, bien que, quant à la nature, il fût déchu et ne pouvait qu’aller à l’échec.

La même plaie réapparaît chez Caïn, mais bien plus grave, quand, au bout de quelque temps, les deux fils s’approchent de Dieu pour rendre culte. Aucun autre acte sur terre ne démontre autant l’état du cœur. C’est le cas ici. « Le chemin de Caïn » subsiste encore aujourd’hui, comme Jude nous le fait savoir dans un verset qui est véritablement un condensé de volumes entiers de vérité. En effet la différence entre les deux frères ne résidait pas dans la présence ou l’absence de religion ; mais dans le fait que Caïn était dans l’état naturel, et Abel dans la foi. La nature ignore à la fois le péché, le jugement de Dieu à l’égard du péché, et la grâce qui révèle un libérateur futur, — Dieu donnant entre temps à ceux qui étaient nus une couverture provenant de la mort de victimes.

Bien que tout ceci eût été présenté jour après jour à Caïn autant qu’à Abel, la religion de la nature n’en tenait aucun compte. Il y avait une indifférence totale vis-à-vis de la nature et de la volonté de Dieu, et une insensibilité totale vis-à-vis de l’état moral de l’homme. Caïn autant qu’Abel avait entendu parler de la transgression de leurs parents, du Paradis perdu et de la Semence de la femme, le Vengeur assuré qui devait venir frapper l’ennemi. Mais Caïn avait des oreilles et n’entendait pas, sa conscience n’étant touchée ni par le péché qui était en lui ni par la ruine autour de lui, et il ne se souciait nullement de la grâce et de la vérité divines. « Caïn apporta du fruit du sol, une offrande à l’Éternel ». Il ne prit jamais à cœur le « maudit soit le sol à cause de toi ». Il avait labouré ce sol à la sueur de son front, et à son avis cela ajoutait de la valeur à son offrande de fruits. Le péché de l’homme n’était pas plus important pour lui que la malédiction de Dieu. Pourquoi Dieu n’accepterait-Il pas le fruit du sol, l’offrande de son labeur et de ses peines ? Caïn ne savait pas que ce n’était que le « sacrifice des sots » (Eccl. 5:1), la preuve de l’incrédulité de son cœur et de son absence de repentance.

Il n’en était pas ainsi d’Abel qui n’eut pas la présomption de s’approcher de Dieu sans apporter « des premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse ». Ce fut « par la foi » qu’il offrit un sacrifice plus excellent que Caïn (Héb. 11:4). « La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10:17). La révélation de la Semence de la femme n’était pas entrée dans ses oreilles seulement, mais dans son cœur, et elle l’avait purifié par la foi. Il attendait la Personne qui devait venir, l’espérance de son âme ; et la peau donnée à ses parents quand ils furent convaincus de péché, parlait d’une couverture efficace de la part de Dieu, qui ne pouvait que provenir de la mort d’une victime. C’est ainsi que sa foi lui suggéra un sacrifice qui reconnaissait le péché et trouvait du repos dans la mort d’un autre, intermédiaire entre Dieu et lui-même. Le sacrifice était présenté par quelqu’un qui tremblait à la parole de l’Éternel, et son caractère exprimait non pas la nature, mais la ressource de la grâce révélée par Dieu. Il rendait témoignage à l’expiation, la seule base efficace pour que l’homme pécheur soit agréé, ne se confiant pas en lui-même ou dans le fruit de son travail, mais en Dieu Lui-même et dans le Libérateur qui doit venir. Tandis que l’incrédulité sans repentance retourne à ce qui aurait été amplement suffisant si l’homme n’était pas pécheur, la foi, elle, regarde en avant vers un Substitut, un Homme qui est pourtant infiniment plus qu’un homme, et elle regarde à l’abolition du péché et de ses conséquences par une Victime mise à mort, mais une victime de valeur.

Il est aussi remarquable qu’il soit spécialement noté que « la graisse » ait été offerte à Dieu dans ce premier sacrifice mentionné. Nous savons combien Dieu aime guider ceux qui croient, bien au-delà même de leur mesure de connaissance. Car plus de 2000 ans après, l’Éternel faisait réserver la graisse et le sang, notamment dans les sacrifices de prospérité, qui exprimaient la communion plus qu’aucune autre institution de la dispensation lévitique. La graisse typifiait l’énergie intérieure présentée à Dieu, non pas seulement ce qui faisait propitiation. Combien l’acceptation du croyant en Christ est complète ! Ce n’est qu’en Lui qu’est la vérité, qu’en Lui seul qu’est la justice sans faille et parfaite ; pourtant tout provient de la grâce de Dieu ; et l’homme qui confesse son état de péché, bénit Dieu pour Christ, le Sauveur des perdus. C’était une position nouvelle et au-delà de la nature que l’homme, même déchu, trouvait de la part de Dieu et avec Dieu, par la foi. Le terrain de la nature chez le pécheur nie le péché, déshonore Christ, résiste au Saint Esprit et brave Dieu le Père.

 

 

4.2   Genèse 4:4-8

Bible Treasury, vol. 19 p.289-291 (1893)

L’épître aux Hébreux n’est pas le seul commentaire inspiré du récit originel de Caïn et Abel. La foi d’Abel qui offrit un sacrifice plus excellent que celui de Caïn y est mise en avant ; c’est par elle qu’Abel reçut témoignage d’être juste, Dieu rendant témoignage à ses dons. Il s’approcha de Dieu comme étant lui-même déchu et pécheur, mais avec la foi en Quelqu’un d’autre, et en présentant le sacrifice d’une victime mise à mort. C’était la justice, et c’est elle qui caractérise Abel.

« Et Abel apporta, lui aussi, des premiers-nés de son troupeau, et de leur graisse. Et l’Éternel eut égard à Abel et à son offrande ; mais à Caïn et à son offrande, il n’eut pas égard. Et Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu. Et l’Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu fais bien, ne seras-tu pas agréé ? Et si tu ne fais pas bien, le péché est couché à la porte. Et son désir sera [tourné] vers toi, et toi tu domineras sur lui » (Genèse 4:4-7).

Caïn n’avait ni foi ni justice ni amour, mais il n’était pas hypocrite ; il était tout à fait sincère. Il pensait en lui-même devoir apporter une offrande à l’Éternel ; et de son point de vue, qu’y avait-il de plus agréable pour Lui, de plus commode pour lui Caïn, que le fruit du sol qu’il travaillait chaque jour avec ses instruments ? Hélas ! c’était offrir le pire du sacrifice des sots [ou : de la folie] (Ecc. 5:1) qui ne fait aucun cas du péché, oublie le jugement et ignore la grâce, qui exalte l’homme et déshonore Dieu. Il était moralement impossible pour Dieu d’avoir égard à une telle offrande, ni non plus à celui qui l’offrait. Cela aurait été de l’indifférence quant au mal. L’Éternel eut égard à Abel et à son offrande. C’était le témoignage divin qu’Abel était juste, non pas Caïn. Les gens qui n’apportent à Dieu rien d’autre que leur péché et y sont totalement insensibles, sont des orgueilleux devant Dieu. Le croyant reconnaît sa ruine due au péché, mais il s’attend à un Sauveur de la part de Dieu. C’est cette foi qu’Abel exprimait par son sacrifice ; et Dieu rendit témoignage aux dons d’Abel, tenant Abel lui-même pour agréable, tandis qu’Il rejetait Caïn satisfait de lui-même et sans repentance.

Rien n’ulcère plus l’homme naturel que le manque d’égard vis-à-vis de sa religion ; et ce sentiment prend un caractère des plus meurtriers si on insinue que Dieu la désapprouve. Pourtant il est parfaitement clair et certain que Dieu ne peut pas accepter l’homme pécheur tel qu’il est, ni en vertu de quoi que ce soit qu’il pourrait accomplir. Ce n’est pas ainsi que le péché est ôté, ni que Dieu est glorifié. Le croyant se juge lui-même devant Dieu, non pas seulement son égoïsme, mais tout ce qui est dans l’homme tel qu’il est, et dont la nature est fière jusqu’au moment où Dieu dévoile tout, ce qui est trop tard pour le salut ; et Il dévoile justement, car le mal de l’homme et les ressources de la grâce divine étaient autant placés devant Caïn que devant Abel. Mais Abel le prit à cœur et crut, tandis que Caïn ne le prit pas à cœur et en subit le châtiment de malheur, comme cela est inévitable pour tous ceux qui marchent dans ce chemin (Jude 11) : c’est un danger qui guette spécialement ceux qui sont des chrétiens professants. C’est ainsi que l’apôtre Jean parle dans sa première épître, expressément en vue de la dernière heure (1 Jean 3:12), et il montre que Caïn était du méchant et tua son frère parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes. Si le péché commence à l’égard de Dieu, il se poursuit à l’égard de l’homme, même à l’encontre d’un frère et malgré l’amour requis par une relation si proche. Ainsi l’irritation à propos du rejet par Dieu du culte rendu, éclata en haine contre l’homme agréé par Dieu, et le meurtre en fut alors le résultat, comme toujours depuis (Matt. 23:35 ; Apoc. 18:24). Car l’Écriture lève le voile et proclame la vérité malgré toutes les apparences et tous les discours prétentieux ; les adorateurs du genre de Caïn ont de la haine, et s’ils peuvent, ils tuent les gens comme Abel, parce que leurs propres œuvres sont mauvaises tandis que celles de ceux qu’ils persécutent sont justes.

Le scepticisme déploie ici son habileté destructrice et impute un caractère de mythe à l’histoire rapportée par Moïse sous l’inspiration de Dieu. Qu’y a-t-il de plus touchant pour le croyant que ces entretiens de Dieu, non seulement avec Adam avant la chute, mais ici avec le méchant Caïn ? Il est tout à fait vain de raisonner sur la base de la réserve ultérieure manifestée par Dieu, soit quand la loi vint tenir l’homme à distance, soit quand l’évangile eut tout changé et que l’intimité de la rédemption devint non pas une intimité de la vue, mais de la foi. La patience de Dieu envers Son ennemi ne doit-elle pas être admirée en adorant, autant que la grâce envers l’homme déchu s’il croit pour être béni ? L’incrédulité ne gagne rien à ergoter, sinon à perdre Dieu, et quelle perte alors ! Combien il est fortifiant pour l’âme de jouir de la manière si simple et si profonde avec laquelle Dieu s’adaptait aux temps de l’enfance de l’humanité — c’est le même Dieu véritable qui s’est infiniment plus abaissé pour nous, en Christ à la croix. Mais les sages et les intelligents n’aiment pas ce qui fait les délices de notre Seigneur Jésus, à l’inverse des petits enfants, selon leur mesure, eux à qui le Seigneur du ciel et de la terre l’a révélé.

La superstition perd aussi sûrement la vérité, malgré le voile apparent de révérence qui la recouvre, et avec son odeur de sainteté elle se trompe elle-même plus que le scepticisme creux et vain. Or elle n’est que la religion de l’homme, et l’adoration du monde en rébellion directe contre l’adoration du Père en esprit et en vérité, que le Seigneur annonce comme la part des vrais adorateurs pour le temps présent. La superstition méconnaît autant la ruine totale de l’homme que le salut de Dieu en Christ. La grâce de Dieu à l’égard du pécheur par le moyen de la foi est haïssable, tant pour le superstitieux que pour le sceptique ; et ces deux-là, alors qu’ils sont normalement ennemis l’un de l’autre, s’unissent habituellement contre la vérité de Dieu et contre l’amour de Dieu. On est quand même reconnaissant de trouver plus d’individus qui croient au Sauveur parmi les superstitieux que parmi les sceptiques, — des gens qui sont enseignés de Dieu malgré leur système qui noie et cache le Christ qu’ils aiment sous des nuages terre à terre. La superstition est la corruption de ce qui est bon, à des degrés très divers ; le scepticisme par contre, même quand il n’est pas absolu, est intrinsèquement opposé à la révélation divine. Ils ont en commun la haine de la grâce de Dieu et la confiance en l’homme ; ils découlent tous deux de la même incrédulité de la chair, qui ne veut ni reconnaître, ni avoir en horreur son inimitié contre Dieu, et qui ne veut avoir confiance ni dans l’amour de Dieu dans un Sauveur crucifié, ni dans le don gratuit de la vie éternelle à tout croyant. Religieuse ou profane, l’incrédulité résiste à la sentence de Dieu qui déclare l’homme perdu et égaré par le diable, et elle s’efforce d’améliorer la chair et d’améliorer le monde, ce qui est la négation de Christ et de l’évangile.

Caïn, comme tout incroyant, était insensible à la vérité. Il se jugeait capable de s’approcher de Dieu avec des dons provenant de la terre, sans qu’il y ait en eux aucune reconnaissance, ni de péché, ni de la mort, ni du jugement, ni de l’expiation. Comment l’Éternel aurait-Il pu avoir égard à lui et à son offrande ? Et ce n’était pas tout. Le fait qu’Abel ait été agréé mis en fureur son esprit orgueilleux et suscita une haine implacable : Son frère Abel, juste et faible, en fut l’objet concret ; en réalité cette haine visait par-dessus tout la grâce de Dieu. L’Éternel s’interposa par des paroles de grâce et de vérité, mais tout fut inutile. « Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu fais bien, ne seras-tu pas agréé ? Et si tu ne fais pas bien, le péché (ou : le sacrifice pour le péché) est couché à la porte ».

C’est le Dr. John Lightfood qui, pour autant que je sache, a été le premier à suggérer de traduire « sacrifice pour le péché » au lieu de « péché » au v. 7 ; la plupart des versions anciennes et modernes préfèrent traduire « péché ». Beaucoup ont suivi le sillage de ce grand hébraïste, notamment l’archevêque Magee, dans son ouvrage bien connu sur l’expiation ; il tire argument de la forme particulière du verbe qui s’y rapporte (est couché) où il voit une confirmation forte qu’il s’agit d’un animal prêt à être offert, et non pas du péché qui nécessite ce sacrifice, ce qu’il considère comme étant pour le moins « une image hardie ». Il appelle ensuite à l’aide le point de grammaire selon lequel le substantif est au féminin tandis que le verbe est au masculin, et il suit Parkhurst sur ce point pour estimer que c’est parfaitement cohérent avec la supposition qu’il s’agit d’un sacrifice pour le péché, de la victime, et non de la chose « le péché ». Cependant cette preuve est maigre car, dans les passages cités, les mots sont sujet et attribut, et ils n’ont pas besoin d’être du même genre, comme chacun le sait en hébreu grec et latin, et peut-être dans presque toutes les langues. Il n’est pas douteux qu’à côté du sens premier de péché, le mot admet les sens secondaires de souffrance à cause du péché (c’est-à-dire de châtiment) et de sacrifice pour le péché ; les traducteurs de la Septante ont rendu cela par περι (ou υπερ) αμαρτιας, comme en Rom. 8:3 et Héb. 10:6, 8. Dans le texte ou les variantes de la Septante, on trouve aussi simplement αμαρτιας εστιν au v. 9, comme par exemple en Ex. 29:14 ; Lév. 4:21, 25, 29, 33 et 34 (του της αμ.). C’est une question de contexte comme on peut le voir au v. 13 de notre propre chapitre où la Septante traduit par αιτια, une charge, une faute ou un crime — alors que les versions autorisée et révisée anglaises ont « châtiment » dans le texte, et « iniquité » en marge. Il est donc légitime de considérer que le sens du mot au v. 7 peut être un sacrifice pour le péché, surtout du fait que c’est l’Éternel qui prononce ces paroles, bien qu’il fût réservé au temps de la loi de définir et exiger les sacrifices pour le péché, car c’est par la loi qu’est la pleine connaissance ou reconnaissance du péché (Rom. 3:20). La traduction de la Septante n’est guère heureuse ici : « as-tu péché si tu ne l’as pas apporté correctement, mais tu ne l’as pas partagé correctement ? Sois tranquille : vers toi… ». La Vulgate et la version anglaise sont compréhensibles. La question est de savoir si l’Éternel se borne à faire sentir la conviction de péché à celui qui a mal agi, ou s’Il indique un moyen d’être purifié par un sacrifice. Dans ce cas un holocauste ne serait pas à sa place, car en général l’holocauste exprime l’état effectif de l’homme qui s’approche de Dieu, et non pas le fait d’ôter une faute positive et personnelle comme ce qui est impliqué ici. Quoi qu’il en soit, quel croyant douterait qu’en exprimant ces paroles, l’Éternel avait dans Ses pensées Christ et Sa croix ? Quelle grâce d’amener le péché à la porte !

En tout cas il n’y avait pas lieu ni de s’irriter, ni d’être désespéré. Maintenant Dieu est le Dieu de grâce, tandis que bientôt Il va juger par l’Homme qu’Il a ressuscité d’entre les morts : cette résurrection est le témoignage au croyant qu’il ne viendra pas en jugement parce qu’il est déjà justifié ; et elle est le témoignage au non croyant qu’il ne peut pas échapper au jugement s’il a refusé la grâce salvatrice en Christ qui le jugera. Entre temps le droit de premier-né reste intact pour l’incroyant vis-à-vis de son frère plus jeune qui croit (tout comme subsiste le droit, ou titre de l’homme vis-à-vis de la femme). Quel Dieu juste est le nôtre, même vis-à-vis d’un Caïn injuste !

« Et Caïn parla à Abel son frère ; et il arriva, comme ils étaient aux champs, que Caïn se leva contre Abel, son frère, et le tua » (v. 8). La version des samaritains, comme les versions grecques, syriaques et latines lisent : « allons aux champs ». Mais il est bien plus expressif de laisser les paroles telles qu’elles sont en respectant l’hébreu ; ces paroles sont aussi frappantes par ce qu’elles disent que par ce qu’elles ne disent pas. À quoi sert-il de savoir les paroles dont Caïn s’est servi pour tromper son frère ? Qu’il est beau le commentaire de l’épître aux Hébreux sur ce crime : « étant mort il parle encore ! » Mais il parle par son sacrifice, non par ses souffrances, bien que celles-ci ne seront jamais oubliées, ni en haut, ni en bas.

 

 

4.3   Genèse 4:9-12

Bible Treasury, vol. 19 p.305-306 (1893)

Même le crime atroce de Caïn ne fit que ramener l’Éternel une fois de plus sur la scène. Quel contraste avec la philosophie païenne et les mythes des poètes ! Le vrai Dieu prend un profond intérêt personnel à l’homme.

« Et l’Éternel dit à Caïn : Où est Abel, ton frère ? Et il dit : Je ne sais. Suis-je, moi, le gardien de mon frère ? Et il dit : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi. Et maintenant, tu es maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Quand tu laboureras le sol, il ne te donnera plus sa force ; tu seras errant et vagabond sur la terre » (Genèse 4:9-12).

L’Éternel était parfaitement au courant de ce qui s’était passé et en tenait tout à fait compte ; mais Il voulait faire peser intérieurement le péché secret, et donner au coupable du temps et des raisons pour se repentir. Pourtant, dans le cas qui nous occupe, la conscience était endurcie par une prétention religieuse sans réalité, et elle était exaspérée par le fait que soit agréé celui qui ne se fondait que sur la foi dans la grâce divine, quoiqu’en fait les œuvres d’Abel fussent justes et celles de Caïn mauvaises. Celui qui reçut la meilleure part en espérance fit le bien dans sa mesure ; celui qui la méprisa, envia, haït et tua son frère qui s’attendait au Dieu de grâce en toute dépendance.

La question de l’Éternel sondait profondément : ce n’était plus comme à Adam précédemment : « Où es-tu ? », mais « Où est Abel, ton frère ? » et « Qu’as-tu fait ? ». Adam s’éloignait de Dieu, convaincu de lui-même, avant que Dieu se prononce sur son péché et fasse connaître les ressources de Sa grâce en Christ. À son péché contre l’Éternel, Caïn ajoutait un péché contre l’homme, non pas simplement contre son prochain, mais contre son frère : c’est un type du péché du monde, spécialement des Juifs, à la croix de Christ, Lui qui avait daigné naître de ce peuple selon la chair. Mais l’incrédulité aveugle le cœur à l’égard des plus hautes faveurs que l’impie tordra en fautes pour justifier son propre orgueil meurtrier. « Si je n’étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient pas eu de péché ; mais maintenant ils n’ont pas de prétexte pour le péché. Celui qui me hait, hait aussi mon Père. Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient pas eu de péché ; mais maintenant ils ont, et vu, et haï et moi et mon Père. Mais c’est afin que fût accomplie la parole qui est écrite dans leur loi : ils m’ont haï sans cause » (Jean 15:22-25). Le Fils de Dieu venu et rejeté est la preuve de l’état du monde et d’Israël en particulier.

Caïn n’avait ni repentance ni foi, mais il était assez effronté pour se replier immédiatement sur la fausseté. Il ne savait pas ! Il ne savait pas où gisait la victime ! Et au mensonge, il ajoute l’insolence du : « suis-je, moi, le gardien de mon frère ? » S’il avait pris à cœur la répréhension de l’Éternel des versets 6 et 7, il se serait jugé lui-même, et aurait apporté une offrande convenable, étant reconnaissant que son frère ait tiré avantage d’avoir accepté la honte du péché et d’avoir donné gloire à Dieu pour Sa grâce. Mais étant indifférent à Dieu et à ses péchés, il s’était enflé et était tombé dans la faute et dans le piège du diable (1 Tim. 3:6-7), manifestant qu’il était lui-même un enfant du diable (1 Jean 3:10).

Dans sa seconde question, l’Éternel continue par un fait direct et terrible : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre à moi. Et maintenant, tu es maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère » (Gen. 4:10, 11). Le sol était tombé sous la malédiction à cause du péché d’Adam ; et Caïn, dans son indifférence totale au péché et à la sentence de Dieu, avait apporté en offrande à l’Éternel du fruit du sol résultant de son labour, lui-même une conséquence de la chute. Ceci aurait pu avoir lieu si l’homme n’avait pas péché. Mais ignorer le péché, c’est montrer ni repentance ni foi, sans lesquelles aucun pécheur ne peut s’approcher de Dieu. Aucun croyant n’aurait offert ce qui était sous malédiction et qui parlait de ses propres fatigues au travail. Maintenant la preuve du mal de l’incrédule était flagrante : violence, fausseté et irrespect ; car le sang de son frère criait du sol à l’Éternel ! Lui-même était très justement déclaré maudit, non plus le sol maintenant, mais l’homme qui labourait le sol ; et il était maudit à cause de cette colère ardente comme du fer chauffé à blanc, qui n’avait pas éclaté d’un coup, mais que son esprit orgueilleux avait nourrie suite au désaveu de son culte tandis que celui de son frère était accepté.

Il faut observer qu’à l’origine il n’y avait aucune institution qui correspondit à un gouvernement civil, et l’homme n’inventa rien de ce genre durant tous les siècles précédant le déluge. Dieu l’a établi pour la première fois après ce grand événement qui inaugura ces dispensations de Dieu qui ont encore leur cours jusqu’au retour du Seigneur. C’est pourquoi Caïn n’a pas été puni par l’homme ; la responsabilité en incomba à l’homme après que l’épée ait été confiée à Noé. Désormais Dieu requit solennellement le versement du sang pour le sang : « Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car à l’image de Dieu, il a fait l’homme » (Gen. 9:6). Ce n’est qu’après le déluge que l’épée du gouvernement civil de l’homme a été portée par l’homme en tant que ministre de Dieu.

De même, nous ne trouvons aucune mention explicite du jugement éternel, pas plus dans le cas de Caïn que dans celui d’Adam. Sans doute certaines paroles exprimées occasionnellement allaient plus loin pour l’oreille de la foi ; mais les déclarations positives concernent le gouvernement de Dieu à l’égard de la terre, comme cela était approprié pour une révélation donnée à Son peuple Israël. C’est pourquoi il n’est parlé ni de ciel ni d’enfer, mais : « Quand tu laboureras le sol, il ne te donnera plus sa force ; tu seras errant et vagabond sur la terre » (Gen. 4:12). Le sort du meurtrier de son frère juste, allait être plus lourd qu’auparavant, car il était lui-même maudit sur une terre aride, dont il ne tirerait la nourriture qu’avec difficulté et où il serait constamment la proie de la mauvaise conscience et des peurs de l’anxiété, tout son entourage le fuyant.

Quel contraste béni avec « le sang d’aspersion qui parle mieux qu’Abel » (Héb. 12:24) ! Le sang d’Abel appelait vengeance, tandis que le sang d’aspersion (celui de Christ) appellera la bénédiction sur la terre quand viendra le jour de la liberté de la gloire des enfants de Dieu dont parle Rom. 8:21 : combien cela est dû à Celui qui est infiniment meilleur qu’Abel !

 

 

4.4   Genèse 4:13-15

Bible Treasury, vol. 19 p.321-322 (1893)

Le péché de Caïn n’était pas simplement la propre volonté en rébellion contre Dieu, comme dans le cas d’Adam, mais c’était le péché malgré la grâce vis-à-vis de l’homme déchu ; et ce fut le péché éclatant en violence meurtrière contre l’homme agréé par Dieu, non pas le « prochain » seulement, mais le propre frère. C’était un type du péché des Juifs contre Christ ; et la sentence n’a pas été la mort, mais d’être maudit de la terre, étant errant et vagabond sur la terre. Ceci aussi s’est vérifié de manière frappante dans ce peuple qui manifeste toujours aussi peu de repentance que son prototype (Caïn), restant accroché à des formes religieuses, mais meneur du monde dans l’incrédulité rationaliste, avec une mauvaise conscience. « Et Caïn dit à l’Éternel : Mon châtiment est trop grand pour que j’en porte le poids. Voici, tu m’as chassé aujourd’hui de dessus la face de la terre, et je serai caché de devant ta face, et je serai errant et vagabond sur la terre ; et il arrivera que quiconque me trouvera me tuera. Et l’Éternel lui dit : C’est pourquoi quiconque tuera Caïn sera puni sept fois. Et l’Éternel mit un signe sur Caïn, afin que quiconque le trouverait ne le tuât point » (Gen. 4:13-15).

Nous voyons ici la réaction, qui partant de l’indifférence incrédule et du mépris de la grâce, et de la haine tant de son objet que de sa source, tourne ensuite au désespoir. Quelle leçon profonde et quel avertissement solennel ! Qu’il est dur le cœur qui fait si peu cas de sa culpabilité fratricide, jusqu’à ne rien dire d’un frère tel qu’Abel ! — un cœur qui recevait avec tant d’ingratitude la bonté de l’Éternel dans toutes Ses voies et toutes les paroles qu’Il échangeait avec lui, cette bonté qui laissait la porte ouverte à la repentance et aussi, semble-t-il, au sacrifice pour le péché ! Mais l’orgueil l’envenimait de haine à cause de son incrédulité et du rejet de son offrande, bien qu’il fût expressément déclaré que son droit de premier-né était gardé intact.

Combien est vrai ce que notre Seigneur déclare ! Si d’un côté Il déclare : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14:23), de l’autre : « celui qui ne m’aime pas, ne garde pas mes paroles » (Jean 14:24). La sainte plaidoirie de l’Éternel avec son adorateur vaniteux n’eut aucun accès auprès de ce cœur malheureux. Le commencement de la bonté morale chez l’homme déchu passe par la confession de sa propre méchanceté ; et la foi dans le Libérateur qui vient, et encore plus quand Il est venu, produit cette repentance qui courbe devant Dieu et se confie en Sa miséricorde. Ce fut le cas d’Abel, mais non pas celui de Caïn dont l’amertume se tourna partout en rébellion, sous une forme variant seulement d’après les circonstances. Maudit de la terre, il lui fallait vivre en nomade ici-bas : l’Éternel n’agit pas selon les directives d’un gouvernement terrestre qu’Il n’avait pas encore promulguées.

Que de temps accordé pour le jugement de soi-même, si les appels de l’Éternel avaient été pris à cœur ! Déjà, Caïn n’avait pas tenu compte de Ses paroles et n’avait pas été reconnaissant de Sa longue patience ; ensuite, il ne versa pas une larme sur son frère assassiné et martyr ; il n’avait de sentiments que pour lui-même. Son iniquité n’accabla nullement sa conscience. Il se plaignit de son châtiment trop lourd à porter. C’est, en effet, le vrai sens de ses paroles selon le contexte : « Voici, tu m’as chassé aujourd’hui de dessus la face de la terre, et je serai caché de devant ta face » (4:14). Mais quel égard avait-il pour la face de l’Éternel, lui qui osait s’approcher de l’Éternel avec le fruit du sol maudit à cause du péché de l’homme, sans avoir de victime de sacrifice et sans faire confession ni de péché, ni de mort, ni d’un Sauveur à venir. Son adoration dénotait sa méchanceté, son incrédulité, sa conscience noire, son absence d’exercices de conscience, alors qu’inversement, l’adoration d’Abel exprimait son sens de la ruine, mais la confiance dans Celui révélé par Dieu comme devant détruire le destructeur en faveur de l’homme et pour la gloire de Dieu.

Nous allons voir combien peu Caïn respectait la sentence divine que pourtant il répète ensuite : « je serai errant et vagabond sur la terre ». C’était réellement des voies de Dieu douces et miséricordieuses envers l’homme méchant dont les mains étaient encore ensanglantées du sang de son frère. Ces voies étaient appropriées pour lui donner du temps pour faire d’amères réflexions, pour avoir horreur de lui et être dans le déchirement, si le péché n’avait pas endurci son cœur comme une pierre de meule.

Effronté qu’il était, la conscience de sa culpabilité n’a pas pu le retenir pour lui faire cacher ses craintes : « il arrivera que quiconque me trouvera me tuera » (4:14). Pourtant c’était une erreur. La longue patience de l’Éternel à l’égard de Ses ennemis est étonnante ; et les hommes la sentiraient et la reconnaîtraient maintenant, si seulement ils laissaient suffisamment entrer la lumière pour voir leur sombre état d’inimitié contre Dieu. « Et l’Éternel lui dit : C’est pourquoi quiconque tuera Caïn sera puni sept fois. Et l’Éternel mit un signe sur Caïn, afin que quiconque le trouverait ne le tuât point » (Genèse 4:15).

Caïn fut protégé malgré ce qui méritait un châtiment immédiat et exemplaire ; il fut réservé pour que ce soit l’Éternel qui s’en occupe spécialement à la fin. Car Il lui mit une marque dessus (il n’est pas dit quel genre de marque) afin que ceux qui le trouveraient ne le tuent point. Il eut la misérable consolation d’être vengé au plus haut degré si quelqu’un voulait s’occuper de lui pour lui faire du mal, pour le tuer.

Il est évident que c’est un type des voies de Dieu, y compris dans son caractère révélé d’Éternel, à l’égard des Juifs en rapport avec le sang de Celui qui a été élevé au-dessus de Ses frères selon la chair (Gen. 49:26 ; Deut. 33:16), pour être roi et prophète et sacrificateur sur Son trône (Zach. 6:13), et plus encore, — Lui qui est par droit personnel Fils du Très-Haut, qui est Dieu autant que Dieu le Père, et qui comme homme a glorifié Dieu à tous égards et au degré suprême, et qui a été seul parmi les hommes à le faire. Cependant, à cause de ce qu’Il était et de ce qu’Il parla la vérité aux Juifs et fit la belle confession devant les Gentils, Il fut mis à mort de manière bien plus indécente et ignominieuse qu’Abel le fut par Caïn. Mais au travers de cette méchanceté et de ce crime inexprimables commis par l’homme, Dieu L’a fait péché pour nous afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui : c’est la preuve la plus profonde, la plus nécessaire, et en même temps la plus effective, de ce qu’est le Dieu d’amour envers l’homme pour le salut des perdus opéré quel qu’en soit le prix pour Lui et pour Son Fils. Mais les Juifs, aveuglés par l’orgueil religieux et encore plus endurcis que les Gentils dans leur course coupable vers le mal, demeurent préservés par Dieu, et attendent les voies spéciales de l’Éternel à la fin de notre ère, au travers de cette tribulation sans pareille qui a été annoncée, avant que ne cesse l’indignation et la colère de l’Éternel qui s’exerce en destruction des ennemis d’Israël.

 

 

4.5   Genèse 4:16-17

Bible Treasury, vol. 19 p.337-338 (1893)

Le chemin de Caïn démontre que la religion naturelle est absolument sans valeur pour répondre aux besoins de l’homme déchu, et encore moins pour convenir au Seigneur. Elle ignore à la fois la ruine issue du péché et la nature de Dieu. « Tu pensais que j’étais véritablement comme toi » dit le Psalmiste (Ps. 50:21). Une pareille insensibilité religieuse, même devant une réprobation de Dieu comme vis-à-vis de Caïn, se met en fureur contre ceux qui, par grâce, se courbent devant la vérité, — une fureur qui n’est même pas retenue par les liens les plus étroits de chair et de sang. Aux yeux de celui qui a été rejeté par Lui, il est intolérable qu’on soit trouvé agréable à Dieu. Il n’y avait aucun jugement de soi-même, quand bien même Dieu avait désigné le chemin de la miséricorde pour celui qui faisait le mal, et avait maintenu intacte la primauté naturelle de Caïn. Ses pratiques religieuses recouvraient un cœur enténébré et souillé par l’incrédulité ; la négligence de la Parole de Dieu faisait de lui une proie pour le méchant, et le meurtre s’ensuivit. Car Satan est meurtrier, outre son caractère de menteur déjà vu au ch. 3. Caïn déclare qu’il est caché de devant la face de l’Éternel, comme précédemment, l’homme et la femme se cachèrent de la présence de Dieu quand ils entendirent Sa voix après avoir transgressé Sa parole.

Or cette histoire instructive nous donne encore plus de matière à sonder. Non seulement le désespoir ferme le cœur à la Parole de Dieu, malgré tout la grâce qu’Il révèle, mais il exerce sur l’esprit une pression tendant à l’éloigner toujours plus, et à remplir le vide avec des objets touchant directement les sens. C’est la nouvelle leçon enseignée ici. Le temps n’était pas encore arrivé où l’ennemi allait introduire l’idolâtrie (cela n’eut lieu qu’après le déluge, Jos. 24:2), et nous n’avons pas le droit, sans preuves, d’affirmer qu’il y en eût. Dans le monde antédiluvien, les hommes tombèrent toujours plus bas, mais ils n’adorèrent pas encore les forces de la nature ; ils ne changèrent pas non plus la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible, ou d’oiseaux ou de quadrupèdes et de reptiles (Rom. 1:23).

Caïn nous montre le progrès d’une âme sans repentance dans un domaine ouvert aux énergies de l’homme sans Dieu. Il abandonne toute adoration. C’est moralement le commencement du monde.

« Et Caïn sortit de devant [la présence de] l’Éternel ; et il habita dans le pays de Nod, à l’orient d’Eden. Et Caïn connut sa femme, et elle conçut, et enfanta Hénoc ; et il bâtit une ville, et appela le nom de la ville d’après le nom de son fils Hénoc » (4:16-17).

Le langage inspiré est tout à fait significatif. Dieu ne s’est pas laissé sans témoignage, même vis-à-vis du méchant Caïn. Il sait la fin d’une chose dès son commencement, et pourtant Il exerça la répréhension à l’égard de Caïn alors qu’Il ne pouvait accepter son offrande ; Il insista sur la justice, tout en lui présentant les ressources de la grâce quand du mal est commis. Il fit peser sur Caïn la conviction de culpabilité après son meurtre secret du saint dont le sang criait maintenant à Lui de la terre. Que d’intérêt porté à quelqu’un d’aussi méchant ! Quelle patience que la Sienne à l’égard de l’homme !

Comment un croyant peut-il oser traiter de telles interventions de l’Éternel en grâce dès le début, autrement que comme des faits clairs, sobres et solennels ! Sans doute de telles interventions devinrent plus rares ici-bas, surtout du fait que celles-ci furent données comme instruction au commencement. Elles ne doivent en aucune manière être considérées comme des mythes, mais comme les voies effectives de Dieu envers l’homme pour son profit du croyant, dès maintenant et éternellement, pour autant qu’il ait des oreilles pour entendre.

Ce fut Caïn qui « sortit de devant [la présence de] l’Éternel », et il demeura dans ce pays qui semble nommé d’après son exil (Nod, vagabond), à l’orient d’Eden. L’Éternel n’était plus dans ses pensées. Le monde était son objet, son but. Il y avait là de quoi avoir déjà peur (v. 14), et l’Éternel lui avait donné ou affecté un signe pour ne pas être tué par ceux qui le trouveraient. Quant à la crainte de l’Éternel, il n’en avait pas. Ce qui opérait chez lui désormais, motiva l’humanité plus tard. « Parce que la sentence contre les mauvaises œuvres ne s’exécute pas immédiatement, à cause de cela le cœur des fils des hommes est au dedans d’eux plein d’envie de faire le mal » (Ecc. 8:11). Les impies détournent le temps que la grâce leur accorde pour la repentance au profit de la poursuite de leur propre volonté, s’abandonnant à leurs convoitises, et se méfiant de Dieu et de Sa Parole. Son fils est « L’initié » (*), nom qu’il donna à la ville qu’il construisit : un fait tout à fait frappant en ce temps-là, et d’autant plus à noter de la part de celui sur qui l’Éternel avait prononcé la sentence qu’il serait errant et vagabond sur la terre.

 

(*) Ce nom est d’autant plus remarquable que c’est le même nom que celui du « septième depuis Adam » dans la lignée de Seth. Mais « l’initiation » de ce dernier était toute autre, c’était un appel céleste par excellence.

 

C’est le début de la civilisation sans Dieu, l’effort de l’homme pour se faire un paradis et oublier qu’il est un proscrit à cause du péché. Caïn nous montre le premier bourgeon de ce qui allait porter des fruits si amers. Le Psaume 49 donne les réflexions morales du Résidu juif pieux qui voit l’homme, avec toutes ses prétentions, n’être pas meilleur vis-à-vis de Dieu que les bêtes qui périssent. Avec tout leur orgueil, leur recherche du moi est blâmée, car la mort sera leur berger (Ps. 49:14), et ils sont désignés comme le troupeau du shéol, et au matin, les hommes droits domineront sur eux. Leur pensée intérieure est que leurs maisons demeureront à toujours (Ps. 49:11) et que leurs demeures sont de génération en génération ; ils appellent leurs terres de leur de leur propre nom. Ce chemin qu’ils tiennent est leur folie (Ps. 49:13), et pourtant ceux qui viennent après eux prennent plaisir aux propos de leur bouche. Tel est le monde jusqu’à l’apparition du Seigneur et l’exécution du jugement.

 

 

4.6   Genèse 4:18-22

Bible Treasury, vol. 19 p.353-354 (1893)

Avec Caïn nous avons vu le berceau de la vie civilisée, la première construction d’une ville ; son fils est nommé d’une manière qui exprime une initiation ou culture, à caractère terrestre bien sûr ; et par orgueil de la vie, la ville est nommée selon le nom de son fils : c’est un petit commencement de ce vaste système qui allait bientôt se dresser en opposition contre Dieu, le monde où la connaissance du Père et de Son amour ne pénètrent jamais, et où Christ et les Siens ne peuvent échapper à la haine. Voilà la ressource de l’homme sous la malédiction au pays de son exil, quittant la présence de Celui qui l’a convaincu de péché contre l’homme, son frère, et contre Dieu Lui-même. La foi seule purifie le cœur ; mais la foi était aussi éloignée de lui que l’amour ; elle est le fruit de cet amour divin que l’incrédulité ne voit jamais et ne ressent jamais. Et quand il n’y a pas de dépendance de Dieu, la mauvaise conscience engendre la peur de l’homme : « quiconque me trouvera me tuera », selon ses propres paroles. C’est dans ce méchant cœur que grandit la notion de ville, et le nom de son fils fournit l’idée de perpétuer une vanterie familiale sur la terre. Le nom de l’Éternel n’était rien pour son âme, sinon un sujet d’horreur, à cause de sa culpabilité dont il était conscient. Il devait mourir comme ses propres parents, mais sa ville et sa famille dureraient à toujours, sa demeure de génération en génération, en sorte que son nom au moins ne périrait pas. L’expulsion du paradis, la sortie de devant la présence de l’Éternel, ne furent que des occasions pour prouver combien un homme courageux et déterminé peut s’élever au-dessus de son triste sort et transformer une terre d’errance en une habitation stable et à l’abri des maraudeurs et ennemis en tout genre.

« Et à Hénoc naquit Irad ; et Irad engendra Mehujaël ; et Mehujaël engendra Methushaël ; et Methushaël engendra Lémec. Et Lémec prit deux femmes : le nom de l’une était Ada, et le nom de la seconde, Tsilla. Et Ada enfanta Jabal : lui, fut père de ceux qui habitent sous des tentes et ont du bétail. Et le nom de son frère fut Jubal : lui, fut père de tous ceux qui manient la harpe et la flûte. Et Tsilla, elle aussi, enfanta Tubal-Caïn, qui fut forgeur de tous les outils d’airain et de fer. Et la sœur de Tubal-Caïn fut Naama » (4:18-22).

Dans ce premier tableau généalogique, nous sommes arrêtés par ce qui est dit de Lémec. Il est marqué par la première violation de l’ordre divin du mariage. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Mais ce que Dieu a disposé, n’est pas d’avoir plusieurs femmes, mais une seule, « l’aide qui lui corresponde ». La propre volonté toujours croissante n’hésita plus à aller à l’encontre de la pensée de Dieu, qui est suffisamment étayée aux yeux de ceux qui craignent Dieu par le moyen de ce qu’Il a fait : « et Lémec prit deux femmes ». Il n’en était pas ainsi au commencement. Notre Seigneur traite ce récit non pas comme de la poésie ou comme un mythe, mais comme un fait authentique revêtu de l’autorité divine. Notons que Lui aussi relie les ch. 1 et 2 comme deux parties d’un seul et même récit inspiré, malgré les difficultés ou rêveries de la soi-disant haute critique, qui non seulement s’égare, mais qui, dans son outrecuidance et sa vanité, ignore les Écritures et la puissance de Dieu (Marc 12:24) que, par nature, seule la foi peut saisir, et dont elle seule peut jouir.

La polygamie est la transgression directe de cette unité qui est celle de l’institution originelle selon la volonté de Dieu. Sans doute la Loi a permis un certain degré de licence à cause de la dureté de cœur d’Israël (et donc de l’homme dans la chair) ; mais la Loi n’a rien amené à la perfection : Christ a défendu la vérité car Il est Lui-même la vérité.

Parmi les femmes d’avant le déluge, il nous est donné seulement les noms des femmes de Lémec et de sa fille Naama, ainsi que celui de notre première mère. Comme le nom d’Ève fut donné avec une signification exprimée formellement, il est bien possible que le choix de Lémec dénote la satisfaction du goût dans ce monde en croissance, car « Ada » signifie « beauté », « Tsilla » signifie « ombre » et « Naama » signifie « plaisante ». Dieu n’était pas dans leurs pensées quand ils ont choisi ces noms. Ils correspondaient aux avancées de la civilisation qui méprise le caractère de pèlerin et d’étranger si cher à la foi. La terre est le domaine de cette civilisation, et toute émergence de beauté présente est bienvenue. Pourquoi penser au péché, à la justice, à la mort, au jugement, à Christ et à Sa venue ? Mangeons et buvons car demain nous mourrons. Un jardin d’Épicurianisme fut ouvert dès la fermeture du paradis, et il n’a pas manqué d’adeptes bien avant qu’Épicure vint parmi les Grecs, ou les Sadducéens parmi les Juifs.

On peut déduire quelque chose d’encore plus clair et plus certain des versets suivants : « Et Ada enfanta Jabal : lui, fut père de ceux qui habitent sous des tentes et ont du bétail. Et le nom de son frère fut Jubal : lui, fut père de tous ceux qui manient la harpe et la flûte. Et Tsilla, elle aussi, enfanta Tubal-Caïn, qui fut forgeur de tous les outils d’airain et de fer. Et la sœur de Tubal-Caïn fut Naama » (4:20-22).

L’agriculture a été l’occupation initiale de Caïn, comme celle de berger pour Abel. La construction d’une ville a suivi le crime et la peur de l’homme sans la crainte de Dieu ; or cette peur de l’homme sans la crainte de Dieu agissait sur un esprit stimulé par l’énergie et fertile en ressources, et sur un cœur s’appuyant sur des espérances terrestres. Désormais la race progressa rapidement ; certains, avec Jabal à la tête, se plaisaient dans la vie rude et aventureuse de bergers nomades ; d’autres se lancèrent à la poursuite des inventions en arts et sciences. En effet Jubal, frère de Jabal, était le père de tous ceux qui manient les instruments à corde et à vent : ces inventions sont appréciées à peu près autant dans les villes qu’en dehors des villes comme le montre l’expérience. En outre Tubal-Caïn vint après, comme forgeur ou polisseur de tous les outils coupants en cuivre et en fer. La route de la grandeur était ouverte pour l’homme devenu étranger à Dieu, et indifférent à cette aliénation, et indépendant de Dieu quant à la volonté sinon en fait, à tort évidemment. L’homme agissait ainsi de lui-même et pour lui-même, pour transformer son pays d’errance en paradis, dont il était d’autant plus fier à cause de ces inventions utiles ou plaisantes dont il pouvait se vanter comme étant ses inventions. Mais comme créature de Dieu et responsable d’obéir, l’homme a des comptes à rendre. Par le péché d’Adam il perdit sa vraie place et sa relation ; et au lieu d’en chercher une autre qui soit meilleure et ouverte à la foi dans le Second homme, il préfère sa propre volonté, son indépendance imaginaire, qui n’est que le service de Satan, avec le sort de Satan à la fin.

Il n’est pas déplacé de remarquer comment la Parole de Dieu renverse la spéculation moderne qui suppose l’existence de trois âges de pierre, de bronze et de fer par lesquels l’humanité aurait passé dans les temps préhistoriques. Même si nous n’avions pas le récit biblique, suffisamment de faits passés ont été rassemblés pour balayer cette illusion. En aucun sens, il y a des époques dans la chronologie. Et maintenant (1893) encore, il y a des régions, pas seulement en Australie, où l’usage que les gens font d’ustensiles en pierre brute les ferait relever de l’âge paléolithique. Une condition similaire a été attestée, il y a environ un siècle, chez des races du nord et de l’est de l’Empire russe, en Europe et en Asie. Et nous avons des autorités solides (Prof. Rygh, de Christiania à la réunion de Stockholm du Congrès International d’Archéologie préhistorique) pour montrer qu’au nord de la Norvège, les habitants avaient encore les pratiques du prétendu âge de la pierre au début du 18ème siècle, même en ayant été pendant des siècles en relation avec des peuples utilisant le fer (voir « Academy », 29 août 1874). Également, les races du Mexique, d’Amérique Centrale et du Pérou utilisaient des armes en pierre volcanique et des outils de bronze quand les Espagnols les envahirent et les conquirent. En Grèce aussi à l’origine, on utilisait à la fois la pierre et le bronze, mais pas le fer (en Amérique du Sud non plus). Et quelle preuve d’un âge de la pierre a-t-on en Égypte, aussi loin qu’on remonte dans le temps ? Sans doute on y trouve un peu de trace de pierre, et le bronze a même prévalu tout seul pendant une courte période de temps. En Babylonie, on utilisait à la fois le silex et le bronze pour des usages pacifiques et guerriers, ainsi que des tuyaux et des récipients en plomb et en fer ; beaucoup plus tard la pierre continua à être utilisée, même à l’apogée de l’ancienne civilisation où l’usage d’instruments coupants en métal était devenu banal (Anc. Hist. De Smith, p. 375).

Aujourd’hui (1893) les peuples du nord de l’Abyssinie se servent de hachettes de pierre, de couteaux en silex, en même temps que de poignards en fer. Quant aux troglodytes (hommes des cavernes) il y en a encore, non seulement dans des pays lointains, mais même en Espagne où beaucoup ont péri quand des inondations récentes ont surpris des familles entières. Ce n’est pas une question d’antiquité, et encore moins d’âges définis dans une succession imaginaire, mais c’est une affaire de civilisation. L’Écriture montre expressément que la vie stable, ordonnée et combinée de la ville commença tôt durant la vie d’Adam, en même temps que le travail des métaux et l’invention des instruments de musique de deux genres. Traiter ces questions comme des mythes n’est qu’une question de scientifiques incrédules ou sceptiques qui préfèrent les hypothèses aux faits certains, et semblent se plaire à contredire la révélation de Dieu.

 

 

4.7   Genèse 4:23-26

Bible Treasury, vol. 19 p. 369-370 (1893)

Nous avons dans Caïn l’histoire morale de l’homme chassé du paradis, le péché dans son plein développement, non seulement contre l’Éternel, mais contre son propre frère Abel croyant et juste, parce que ses propres œuvres à lui Caïn étaient mauvaises et que son service religieux était l’offrande d’une folie impénitente [« le sacrifice des sots »] et était rejeté. À côté de cela, les voies de longue patience de l’Éternel, et pourtant justes, sont du plus grand intérêt et fort instructives ; elles préfigurent manifestement les voies de Dieu en Son temps à l’égard de Son peuple Israël, qui abandonnerait la promesse fondée sur la grâce de Dieu en Christ au profit des conditions de la loi que la chair prétend accomplir, pour sa propre ruine. Le résultat fut que, comme Caïn, les Juifs mirent à mort Jésus Christ le Juste bien qu’Il soit venu à eux selon la chair, leur propre Messie, Lui qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement. C’est pourquoi eux aussi sont sortis de la présence de l’Éternel, maudits de la terre à cause de la culpabilité du sang, et ils demeurent en terre d’exil ; et ayant à l’évidence perdu pour le temps présent leur mission divine de bénédiction envers toutes les familles de la terre, ils se livrent à la vie des grandes villes, aux aventures hardies, aux inventions artistiques et scientifiques et aux charmes de la vie civilisée. La volonté de l’homme gouverne et poursuit son chemin en avant, dans l’indifférence totale à la volonté et à la gloire de Dieu.

Dans l’histoire de Caïn, il ne s’agit donc pas seulement de l’homme, mais du premier-né dans le péché, correspondant au peuple de Dieu favorisé, aux hommes religieux selon la chair, mais en fait aux hommes injustes et rebelles jusqu’à la mort du Juste, qu’ils ont crucifié et mis à mort par la main d’hommes iniques (Actes 2:23). À la suite de l’imprécation ardente de tout le peuple, Son sang est sur eux et sur leurs enfants, et leur pays reste encore le champ du potier pour la sépulture des étrangers, appelé à juste titre Aceldama, c’est-à-dire champ de sang (Matt. 27:3-10, 25).

Cela se continue par le récit des propos tenus par Lémec à ses deux femmes, auxquels la tradition a raccroché des mythes et sur lesquels les théologiens ont spéculé sans voir la pensée divine ni le but à retenir de ce passage de l’Écriture. Que ce soit par les uns ou les autres, il n’y a pas la foi qui honore Dieu, et il n’est donc pas étonnant que l’édification fasse défaut.

 

« Et Lémec dit à ses femmes :

Ada et Tsilla, écoutez ma voix ;

Femmes de Lémec, prêtez l’oreille à ma parole :

J’ai tué (*) un homme pour ma blessure,

Et un jeune homme pour ma meurtrissure ;

Si Caïn est vengé sept fois,

Lémec le sera soixante-dix-sept fois » (4:23-24).

 

(*) JND traduit « Je tuerai »

 

C’est la première poésie mentionnée dans la Bible, et elle n’a pas Dieu pour objet, mais le moi pour la vie présente : c’est un élément supplémentaire et de poids au tableau dépeignant ce monde. Quelles que soient les circonstances historiques, le but des propos de Lémec était de rassurer ses femmes qui avaient peur des conséquences de ses actes de violence. Lémec paraît plaider que le sang qu’il a versé était pour se défendre, non pas un homicide volontaire comme Caïn ; et c’est pourquoi il se prévaut de la protection divine accordée à son ancêtre comme d’un gage sûr de l’intervention en sa faveur.

C’est un fait certain que Dieu veille sur Son ancien peuple, bien plus coupable que Caïn, mais coupable d’un sang qui parle mieux que celui d’Abel. Car les Juifs ont été gardés en face d’hommes toujours hostiles et prêts à tuer, en face d’une chrétienté plus malveillante, qu’elle soit grecque ou latine, ignorant totalement le propos secret de Dieu de pardonner et de bénir à la fin ; ni les croisades sanglantes d’autrefois, ni les oukases cruels d’aujourd’hui, n’arriveront à exterminer Israël, mais ils ne feront que susciter le jugement sur leurs adversaires en un autre temps. Ils sont là, errants mais préservés, comme aucun peuple ne l’a été, en vue d’une miséricorde éternelle quand leur cœur se tournera vers Dieu et vers Celui qu’ils ont rejeté. Et même si Lémec, dans ses paroles, n’a pas vu plus loin que les tristes actions de Caïn ou de lui-même, n’y voyons-nous pas l’image inspirée de la confession des Juifs au dernier jour ? Nous avons la certitude par une autorité qui ne peut être anéantie (Jean 10:35) que, comme leurs ancêtres dans le cas analogue de Joseph, les Juifs repentants reconnaîtront : « Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère » (Gen. 42:21), mais cette culpabilité est en rapport avec Un plus grand et meilleur que Joseph. Car le prophète annonce ce que la bonté et la vérité divines accompliront : « Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplications ; et ils regarderont vers MOI, celui qu’ils auront percé, et ils lamenteront sur lui, comme on se lamente sur un fils unique, et il y aura de l’amertume pour lui, comme on a de l’amertume pour un premier-né » (Zach. 12:10).

La parole de Lémec est donc une prophétie inconsciente comme celle de Caïphe (Jean 11), et elle concerne les Juifs qui reconnaîtront, sans la cacher, leur coulpe de sang (Psaume 1), le sang de leur propre Roi, (et quel Roi !), Lui-même étant le sacrifice pour le péché qui L’a mis à mort ; et ceux qui dans leur incrédulité aveugle étaient ainsi coupables seront ainsi amenés à la vraie foi et à une réelle repentance ; dès lors Dieu les bénira, et fera briller Sa face sur eux (Nomb. 6:24-27) de sorte que Sa voie sera connue sur la terre, Son salut parmi toutes les nations (Ps. 67:2).

« Et Adam connut encore sa femme ; et elle enfanta un fils, et appela son nom Seth ; car, dit-elle, Dieu m’a assigné une autre semence au lieu d’Abel ; car Caïn l’a tué. Et à Seth, à lui aussi, naquit un fils ; et il appela son nom Énosh. Alors on commença à invoquer le nom de l’Éternel » (4:25-26).

Abel avait été retranché ; Caïn n’est pas reconnu ici, sinon comme coupable. Tout dépend de celui (Seth) que Dieu (Elohim) a désigné. Ce qui compte n’est pas les espérances de la nature, mais quand tout a failli, c’est l’intervention de Dieu en grâce, et l’homme qui prend sa vraie place, faible et méchant, car c’est ainsi que Seth appela son fils (Énosh). C’est alors qu’on commença à invoquer le nom de l’Éternel. Il en sera ainsi en puissance et en plénitude dans un jour futur. Ce n’est pas Christ venu et mis à mort, mais la venue du Fils de l’homme. L’Éternel sera pleinement reconnu. Dans ce jour, dit le même prophète, l’Éternel sera un, et Son nom sera un (Zach. 14:9). Les rivaux disparaîtront, la fausse religion ne lèvera plus la tête. L’absurdité de l’hypothèse d’un accolement de morceaux de textes est claire ici, et c’est bien la sagesse divine qui s’est servie à dessein des choix de noms. Des hommes trop incrédules pour comprendre, trop vaniteux ou trop impatients pour apprendre, ont inventé cet accolement de morceaux de textes pour rejeter sur le livre le blâme qui les visait. Pensez un peu à la crédulité de ceux qui préfèrent les croire plutôt que Dieu.

 

 

5                        Chapitre 5

(à traduire)