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Genèse 15 - Abraham

William Kelly

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest.
Traduit de l’anglais : Abraham, l’ami de Dieu, Ed. F.E.Race, 1922

 

Table des matières :

1     Genèse 15

1.1      Gen. 12 à 14. Promesse à un témoin séparé. De l’appel à la gloire. Une démarche publique

1.2      Place du ch. 15: un nouveau commencement

1.3      Gen. 15:1a. La Parole qui éveille des besoins

1.4      Gen. 15:1b-3. Dieu qui amène à exprimer ce qu’il y a au fond du cœur

1.5      Gen. 15:4-5. Chemin public de la foi et état intérieur réel

1.6      Gen. 15:7-12. Le gage qui confirme le don divin de l’héritage

1.7      Gen. 15:13-21. L’individu justifié par la foi, puis le peuple terrestre dans la tribulation avant d’être finalement sauvé au temps choisi

 

1                    Genèse 15

1.1   Gen. 12 à 14. Promesse à un témoin séparé. De l’appel à la gloire. Une démarche publique

Il y a une différence sensible entre cette partie de la Genèse que nous abordons maintenant et les chapitres considérés précédemment. Il me semble que ces derniers nous ont donné, d’une certaine façon, un tableau non seulement spécial, mais complet de cet aspect de la vérité que l’Esprit de Dieu voulait présenter. C’est ainsi que les chapitres 12, 13, 14, forment un tout. Comme nous l’avons déjà vu, le plus important devant Dieu en est l’appel d’Abraham et ses conséquences du début jusqu’à la fin, cette démarche publique qu’Il faisait Lui-même, selon Sa manière à Lui, en distinguant un homme qui non seulement marchait par la foi — comme d’autres avant lui — mais qui était ouvertement mis à part pour Lui-même, comme aucun autre ne l’avait encore été. Je ne veux pas dire seulement mis à part spirituellement, car sans aucun doute Abel l’avait été, en remontant jusqu’au commencement. Nul ne peut douter du fait que, avant même que se manifestât la différence entre lui et Caïn — et la terrible conséquence que nous savons — la distance morale entre ces premiers frères existait déjà et était ressentie non seulement par eux, mais par tous. Il est clair que Caïn jugeait cela intolérable, et c’est ce sentiment qui le poussa d’abord à frapper violemment son frère, puis à défier Dieu dans l’irrévérence et la révolte contre Lui, son cœur Lui étant toujours resté étranger.

Dans ce ch. 15, nous passons à autre chose. Pour la première fois, nous constatons le principe efficace d’un témoin séparé auquel Dieu avait fait une promesse, — promesse concernant non seulement l’invisible, mais aussi ce que tous pouvaient voir, après qu’il fût sorti sur l’ordre de Dieu. Ceci précède même cela. En effet, Hébreux 11 nous montre qu’avant tout, Abraham avait agi par la foi lorsqu’il quitta son pays d’origine pour entrer dans celui que Dieu avait promis de lui donner, et qu’une fois arrivé dans le pays promis par Dieu, alors il regarda plus haut encore. C’est ainsi que l’Esprit de Dieu nous montre l’introduction du grand principe que Dieu n’a jamais mis de côté, et d’après lequel Il a toujours agi. Il l’établit publiquement pour Israël, d’une manière terrestre, et voici que maintenant Il l’applique d’une manière céleste. Tel semble être le sujet des chapitres 12, 13 et 14. Que nous en ayons là la conclusion ressort clairement du fait que nous assistons à une scène qui nous décrit distinctement le dernier grand conflit : cette bataille des rois de la terre, et la victoire accordée à l’homme de foi par la puissance de Dieu, victoire remportée même sur les puissances antérieurement victorieuses. En bref, c’est là que nous trouvons en Melchisédec le type du Grand « Sacrificateur sur son trône » (Zach. 6:13), actif envers Dieu autant qu’envers l’homme, bénissant l’homme au nom du Dieu Très-Haut, et bénissant le Dieu Très-Haut de la part de l’homme. Tout ceci se réalisera assurément, en son lieu et en son temps, lorsque Christ apparaîtra en gloire.

J’ai résumé tout cela brièvement, afin de bien montrer que ces chapitres font un tout, partant de l’appel et se terminant par la gloire. Nous avons ainsi un tableau d’ensemble de la vie de la foi, avec son adoration, ses obstacles, sa défaillance, et son rétablissement. L’esprit terrestre est également dévoilé, avec ses convoitises et ses désastres, de même que le triomphe de la foi sur le monde dont elle s’est séparée, et la soudaine apparition de Celui qui manifestera la gloire de Dieu dans la bénédiction de l’homme et l’harmonie du ciel et de la terre. Tout cela nous est dévoilé dans le contenu de ces trois chapitres.

 

1.2   Place du ch. 15: un nouveau commencement

Or ce qui suit semble être plutôt un retour en arrière, avec un nouveau départ. C’est ce qui ressort clairement de Genèse 15, en comparaison avec les chapitres précédents ; et si l’on considère que tel était le but de l’Esprit, cela résout une difficulté majeure. Car si l’on se contente de voir dans ce chapitre une simple suite des précédents, ne serait-il pas extraordinaire d’apprendre qu’Abraham est justifié par la foi ? Il s’agit donc naturellement d’un nouveau commencement. Bien sûr, nous ne nions nullement que ce qui ait eu lieu alors, se soit effectivement passé après la scène avec Melchisédec, mais nous parlons du but ultérieur et beaucoup plus profond qui était celui de l’Esprit de Dieu en donnant le récit de ces faits. Il s’agit d’ailleurs non seulement de faits, mais de la pensée de Dieu dans Sa Parole. Nous voulons considérer ces choses comme une source divine de profit pour nous-mêmes, et apprendre du Seigneur pourquoi il en est ainsi ; car nous pouvons — et même nous devons — nous poser cette question en toute révérence, sachant que c’est ainsi que nous progressons dans la connaissance de la pensée de Dieu.

Pourquoi donc l’Esprit de Dieu introduit-Il ce thème à cet endroit particulier ? Il me semble que nous avons ici un recommencement, une nouvelle série de leçons divines pour nos âmes, si l’on considère la nouvelle manière dont Dieu agit avec Son serviteur. Et l’on verra plus loin qu’il ne s’agit pas d’un fait isolé, mais, comme précédemment, de toute une série, tout un enchaînement de circonstances liées les unes aux autres faisant de ce sujet un tout. C’est le même principe que précédemment, mais avec cette différence remarquable : c’est qu’ici nous en venons à ce qui est beaucoup plus personnel, si l’on peut dire. Il ne s’agit plus de témoignage public, comme c’était le cas dans tout ce qui précède. Ici, quelque chose de nouveau et de très important s’impose à nous : c’est que nous ne sommes pas seulement des témoins. Ici, c’est donc la foi personnelle qui occupe la première place.

Certains d’entre nous doivent être plus ou moins conscients du danger pour l’âme d’être trop occupé de ce qui est public, au point d’en oublier ce qui est personnel. Prenez, par exemple, le rassemblement des saints au nom du Seigneur, autour de Sa table. Certes c’est un privilège précieux, certes ce privilège est lié étroitement à la gloire du Seigneur, certes c’est un privilège consolant, béni, profitable pour nos âmes si on en fait bon usage ; mais qui peut ignorer qu’en bonne partie il n’est pas seulement question de témoignage, mais de l’exercice individuel de la foi, exercice qui nous fait pénétrer davantage dans la présence de Dieu, et dans la communion entre Lui et notre âme ?

C’est ici, en tout cas, dans ce livre merveilleux qui est devant nous, que commence une nouvelle série d’enseignements : Dieu nous révèle Ses propres voies envers l’âme d’Abraham, qui n’est plus tellement considéré comme témoin pour Lui devant les autres. Nous le voyons seul chez lui, mais, avant tout, avec Dieu. Tout le monde savait quand Abraham avait quitté son pays et s’était mis en route vers une terre promise. On avait pu également constater qu’il avait manqué, un temps, d’accomplir ce qui était placé devant lui. Tout cela est très instructif. Le fait de dresser sa tente, comme de bâtir un autel, était visible, et c’était intentionnel. De même aussi, la victoire sur les puissances du monde n’était pas seulement quelque chose dont les hommes entendaient parler, mais qui les affectait : il y avait là un témoignage véritable et public. Mais s’il n’y avait rien eu de plus, cela n’aurait pas été digne de ce que Dieu voulait donner — et qu’Il aime donner — pour la bénédiction de l’âme. Il arrive que l’on marche et agisse trop, en public, à la manière d’un saint, au point de négliger ce qui est plus personnel. Il semble que ce soit précisément le sujet qu’aborde l’Esprit de Dieu à partir du chapitre 15 : comment Dieu s’occupe de l’âme individuellement, en commençant par ses besoins, pour aboutir à une communion plus profonde avec Lui-même.

 

1.3   Gen. 15:1a. La Parole qui éveille des besoins

La première chose à remarquer en passant est l’expression « après ces choses », qui annonce habituellement une nouvelle section ou un changement de sujet. Vous trouverez une expression semblable commençant une autre section similaire ; on a là le début d’une série d’évènements totalement différents de ce qui précédait, comme c’est ici le cas : « Après ces choses, la parole de l’Éternel fut adressée à Abram » (15:1). C’est la première fois que nous trouvons cette expression, bien que nous ayons déjà trouvé : « l’Éternel dit à Abraham ». Ce qui rend la chose plus remarquable, c’est que dans le texte correspondant d’Actes 7, il nous est dit que « le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham », précisément au même moment. Cela n’en est que plus frappant, car bien qu’Il apparût réellement, cela n’est pas dit en Genèse 12:1. C’était selon la pensée de Dieu de ne parler que du fait de s’être adressé en paroles à Abraham. Bien sûr, il reste tout à fait vrai qu’Il lui apparut effectivement, mais l’histoire n’en dit pas un mot, ce qui rend la question encore plus frappante puisque le verset 7 du même chapitre de Gen. 12 déclare clairement que « l’Éternel apparut à Abram », et ainsi c’est là-dessus qu’est fondée l’adoration, sur cette révélation positive de Dieu Lui-même à son âme, et non pas simplement sur une révélation de la part de Dieu. C’est également la manière dont Dieu présente ce qui a été apporté maintenant en Christ, notre Seigneur. En Lui, le Père Lui-même s’est révélé. Nous sommes appelés à connaître le Père et le Fils, et notre communion, en vérité, est avec les deux, et le Saint Esprit est la puissance qui nous permet d’en jouir. Nous n’avons donc pas seulement Sa Parole, mais la révélation de Sa Personne ! Un des disciples a pu dire : « Montre-nous le Père », bien qu’Il n’eût jamais cessé de le faire (Jean 14:8-10) — c’est que ses disciples n’arrivaient pas à discerner ! L’heure venait, cependant, où ils Le verraient (Jean 16:16-19). C’était l’heure de l’adoration chrétienne, qui est la réponse du cœur, l’effet précieux et spontané produit par la révélation de Dieu à l’âme.

Nous avons donc ici une nouvelle expression que nous n’avions pas eue auparavant. Il n’est pas simplement écrit : « l’Éternel dit », encore moins qu’Il « apparut », mais, selon ce que l’Esprit de Dieu a de nouveau à nous apprendre, « après ces choses, la parole de l’Éternel fut adressée à Abraham » (15:1). C’est à la foi que « la parole » fait appel. Ici, nous en discernons immédiatement la raison. La foi est le fondement de toutes les relations entre l’âme et Dieu. D’un côté, c’est « la parole de l’Éternel » qui vint à Abraham, de l’autre, c’est la foi qui répond à Sa parole. Ce passage illustre cet aspect de la vérité.

Mais il y a autre chose à remarquer. C’est que Dieu, dans Sa sagesse, ne fait pas passer la plus haute vérité en premier, — peut-être même ne le fait-Il jamais. Il pense au besoin de l’âme, ce qui est moralement fort intéressant. Même lorsque le Seigneur Jésus s’est adressé à Saul de Tarse du haut du ciel, Il s’est d’abord occupé de sa conscience, bien que ce soit à la lumière de Sa propre gloire. Peut-être y avait-il des choses que Paul, en les méditant plus tard, comprendrait beaucoup plus en profondeur que lors de sa conversion ; mais ce qui était béni pour son âme était une personne divine, et même un Homme dans le ciel, jugeant tout, mais en grâce parfaite. Ce n’était pas seulement une source d’émerveillement pour l’esprit, loin de là ! Saul n’était rien devant le Seigneur. Aucune chair ne peut se glorifier, si ce n’est dans le Seigneur. Voilà ce que l’on trouve ici. Cette scène est peut-être loin d’avoir toute l’envergure (en profondeur, en hauteur et en largeur) de ce qui suit, mais elle nous montre comment le Seigneur agit envers l’âme pour la justifier.

La vérité, c’est que lorsque « la parole de l’Éternel » vient à quelqu’un, non seulement elle y rencontre des besoins mais elle les éveille. C’est là son fruit normal. Ce n’est pas simplement le fait d’être dans le besoin. Ici, Abraham n’est ni troublé, ni inquiet quant à sa condition. Il avait été vivifié par Dieu depuis déjà longtemps et, comme nous le savons, il marchait dans Ses voies depuis des années avant ces évènements. Mais Dieu s’est plu à mettre ce chapitre qui est devant nous en tête d’une nouvelle série où se dévoile Sa vérité dans la vie la plus secrète et la plus personnelle de Son serviteur. La première chose que nous constatons ici est qu’Il le met en parfaite confiance avec Lui-même.

 

1.4   Gen. 15:1b-3. Dieu qui amène à exprimer ce qu’il y a au fond du cœur

« Abram, ne crains point ; moi, je suis ton bouclier et ta très-grande récompense » (15:1). Sans aucun doute, cette révélation venait merveilleusement à propos après ce qui venait de se passer. Abraham venait de refuser ce que le monde avait à lui donner, et Dieu, dans Sa grâce, le reconnaît avec satisfaction et lui annonce qu’Il est Lui-même sa « très-grande récompense ». Si Dieu était son bouclier, Abraham n’avait nul besoin de craindre la jalousie du cananéen, ni même les représailles hostiles des rois qu’il avait battus, pas plus que d’aucun autre. « Je suis ton bouclier et ta très grande récompense ». Dieu honorerait Sa propre parole. C’était là un rempart protecteur, l’assurance qu’il serait immédiatement pourvu à tous les besoins de Son serviteur. Mais remarquez bien l’effet produit. Cela réveille en Abraham la conscience de ses besoins et en génère l’expression. Si Abraham, depuis longtemps, éprouvait secrètement de tels désirs, nous n’avons aucune raison de supposer qu’il s’en était jamais ouvert à Dieu, mais maintenant il le fait. Dieu lui avait donné la terre promise, mais cela ne suffisait pas, et Dieu voulait qu’il reçut davantage. Le fait que Dieu se révélât à lui de cette nouvelle manière pousse Abraham à exprimer ce qu’il ne s’était peut-être jamais avoué à lui-même. Ce que Dieu lui avait dit jusqu’à maintenant en termes généraux ne lui suffisait pas. D’où cette question : « Seigneur Éternel, que me donneras-tu ? Je m’en vais sans enfants ». Que valait cette si grande récompense si, après tout, il demeurait sans enfants et qu’Éliézer de Damas restait l’héritier de sa maison et de toutes ses terres ?

Je ne veux pas dire que nous soyons ici au sommet de la foi d’Abraham. Au contraire, il semble que ce soit encore très loin de ce que nous allons bientôt voir. Cependant, il y avait de la réalité chez Abraham, et ce qui est certainement très important pour nous ici, c’est que Dieu veut toujours que nous agissions selon notre état véritable, quel qu’il soit. Supposons que quelqu’un soit mal à l’aise à cause de ses péchés, qu’il ne s’en cache surtout pas ! Si Dieu a affaire à son âme, Il met tout au grand jour. Avant d’être pleinement bénie, une personne doit d’abord être aussi malheureuse que possible ; la même grâce qui donne à l’âme l’assurance que Dieu efface et pardonne les péchés amène aussi cette âme à sonder ses propres péchés. Supposons encore qu’une personne ait assez bien compris qu’elle est pardonnée, et que cependant elle reste troublée à cause du péché qui demeure en elle. C’est là un autre exercice pour les âmes. Mais dans tous les cas, Dieu veut qu’il y ait toujours de la réalité. Dans Sa grâce Il prodigue toujours Ses encouragements, mais le fait qu’Il commence d’abord par s’occuper de la réalité ressort de Sa manière d’agir ici avec Abraham : Il sonde les désirs et les pensées d’Abraham en l’amenant à confesser de ses lèvres ce qui était au fond de son cœur. Celui qui avait les promesses n’était pas satisfait parce qu’il n’avait pas de fils pour hériter de tout ce que Dieu lui avait donné ; d’où ces paroles : « Voici, tu ne m’as pas donné de postérité, et voici, celui qui est né dans ma maison est mon héritier ».

 

1.5   Gen. 15:4-5. Chemin public de la foi et état intérieur réel

La parole de l’Éternel ne tarde pas à lui être adressée de nouveau : « Celui-ci ne sera pas ton héritier ; mais celui qui sortira de tes entrailles, lui, sera ton héritier. Et il le fit sortir dehors, et dit : Regarde vers les cieux, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Ainsi sera ta semence. Et il crut l’Éternel ; et il lui compta cela à justice » — parole riche et bénie, que le Nouveau Testament reprend maintes fois dans des buts très importants. Cependant, il est à remarquer que dans tous ces exemples le but recherché est de rencontrer l’âme individuellement à son point de départ, exactement comme avec Abraham, bien qu’en fait, dans l’histoire d’Abraham cela se passe alors qu’il était déjà croyant depuis un certain temps. Le Nouveau Testament lui-même montre que la vie n’est pas la justification, si bien que la vérité demeure au fond la même partout. Celui qui a été vivifié ne peut continuer son chemin fermement, ni entrer pleinement dans la pensée de Dieu, avant d’être au clair sur la question solennelle de la justice. Ceci est très instructif pour nous-mêmes, dans nos rapports avec les autres. Cela nous fait sentir la grâce incomparable que Dieu a montré envers nous à cet égard, car s’il est une chose qu’Il s’est plu à mettre en évidence, afin que l’âme la plus simple puisse en jouir par la foi en Christ et en Son œuvre, c’est bien cette liberté personnelle et cette délivrance de toute question que l’on se pose, — ce qui est désormais notre privilège. Je ne crois pas qu’il y ait de plus grande grâce possible pour le croyant personnellement.

Très probablement, notre attention a d’abord été attirée par autre chose de très différent. Peut-être en a-t-il été pour nous comme pour Abraham. Beaucoup de ceux qui ont été appelés à sortir du camp, aujourd’hui, ont été introduits dans ce qui est visible des voies de Dieu et c’est de cela qu’ils se sont occupés au début. Nous avons découvert que ce que nous avions compris comme étant l’Église n’était plus qu’une simple ruine. Nous avions reçu de Dieu la vérité quant à Sa volonté et à Ses conseils à notre égard (comme Abraham) ; mais Dieu agissait — combien puissamment — d’une autre manière. Bien sûr, dans un tel état, personne ne peut prétendre avoir mieux qu’une compréhension très limitée de la pensée de Dieu à ce sujet. Mais on peut affirmer ceci : à moins qu’une âme, à un moment ou à un autre (pas forcément dès le début) n’ait été affranchie pour jouir pleinement de ce qu’elle a acquis par grâce (par la foi), le chemin public de la foi, en témoignage et en adoration, n’aura pas toujours son attrait, et l’âme sera encore moins capable de le tenir toujours en puissance à la gloire de Dieu. La véritable raison pour laquelle on s’apercevra que souvent (c’est triste à dire !) les âmes cessent de tenir leur place de témoins pour Christ, est qu’elles n’ont jamais été véritablement brisées individuellement. Elles n’ont jamais accédé à l’état dans lequel elles auraient pu jouir de ce que Christ seul a de précieux, ainsi que de la liberté par Lui et en Lui. Elles sont passées à la légère sur la question si importante de l’affranchissement personnel devant Dieu. Bref, la vie publique est demeurée dans l’état que l’âme a connu initialement, ce qui entraîne inconsciemment l’abandon de la question de trouver et d’obtenir des réponses avec Dieu à nos besoins personnels.

Or cela me semble important, tant pour nous-mêmes que dans nos rapports avec les autres, ceux que nous rencontrons journellement. Si c’était seulement une question relative à ce qui est public, elle ne porterait pas le sceau de la vérité de Dieu. Elle pourrait être vraie, mais il resterait quelque chose qui manque à la spiritualité de l’âme.

Nous devons être profondément reconnaissants envers notre Dieu d’avoir non seulement mis en lumière, dans Sa Parole, le chemin de la foi dans l’adoration et la marche publique — accordant à quelques-uns uns d’y marcher plus ou moins — mais d’avoir aussi introduit ces âmes dans cette liberté qui est le don de Christ. Sans doute il y a des différences de compréhension, et c’est inévitable parmi le peuple de Dieu ; les enfants de Dieu ne sont pas tous également spirituels ou simples. Il n’en reste pas moins vrai que Dieu a agi de telle sorte que, par grâce, nous jouissions de ces deux aspects de la vérité : l’aspect public et l’aspect personnel ; et Il a aussi agi en sorte que ce même témoignage qui, d’un côté, nous a montré clairement ce qui est publiquement à la gloire du nom du Seigneur Jésus, d’un autre côté a fait pénétrer la Parole de Dieu dans nos âmes pour nous établir dans Sa justice plus clairement et plus puissamment que tout ce que nous avions connu auparavant avant de marcher publiquement dans le chemin du témoignage. Puis-je demander à ceux qui lisent ces lignes d’en confirmer la vérité ?

Mais, certains, dans leur désir d’une réponse personnelle à leur besoin, méprisent ce qui est public, tandis que d’autres, inversement, ramènent tout à ce qui est public. Il y a donc danger des deux côtés. Le témoignage général peut exposer au danger de négliger ce que la vérité a de plus personnel. Ce n’était pas le cas pour Abraham. Il est très important que nous considérions cela, à la fois pour nous-mêmes — si nous ne sommes pas parfaitement en paix — et pour les âmes en général.

Ne pensez jamais que tous ceux qui portent le nom du Seigneur dans la chrétienté soient personnellement nets devant Dieu. S’ils se sont complètement éloignés de la pensée de Dieu du point de vue ecclésiastique, ils sont tout aussi ignorants et mal affermis quant à leur âme. Il est bon de les délivrer de tout ce qui les entrave ; mais cherchons à faire beaucoup plus que cela. Ne manquons pas de sonder l’âme quant à la conscience qu’elle a de sa place devant Dieu. Ne nous contentons pas de leur dire quelques mots sur ce que signifie l’assemblée, et sur l’importance d’adorer le Père en esprit et en vérité. Tout cela est bien et très important. Mais il y a un besoin plus direct et immédiat, et qui n’a peut-être encore jamais été franchement considéré ni résolu : la personne en question peut-elle déjà maintenant se tenir devant Dieu dans une confiance calme et permanente, sans tache et sans souillure ? Sait-elle ce que c’est (car tel est la forme que prend pour nous la vérité) que d’être non seulement justifié par la foi, mais d’être mort au péché et crucifié au monde ? Parfois, par crainte de blesser, ou parce que nous présumons qu’un croyant doit le savoir, il nous arrive de passer sur ces choses, comme si, parce que ces personnes ont pris position publiquement, tout le reste devait être réglé pour elles. Souvent, il n’en est pas ainsi. D’une manière très générale — sinon toujours — il s’avère que ceux qui se sont écartés du témoignage sont des personnes qui n’avaient jamais joui personnellement de l’affranchissement de leur âme. « Ce jour là » (15:18) montre peut-être que tous ceux qui se sont écartés de ce qui est dû au nom du Seigneur Jésus étaient faibles personnellement. Si nous faisons nous-mêmes l’effort de chercher à nous rappeler et à bien peser ce qu’ils ont dit (et peut-être même prêché), n’y a-t-il pas suffisamment de quoi en déduire qu’il y avait toujours un manque à cet égard ? Rien d’étonnant à ce que la marche publique ait été un échec, si la foi personnelle n’a jamais été selon la juste mesure de la vérité de Dieu !

Tel est ici le point essentiel, et vous remarquerez dans ce chapitre qu’Abraham ne s’élève pas au-dessus de ce qui répond à ses besoins. Que personne ne mésestime ce qui est si nécessaire et si important en son temps. Inutile de demander de grandes choses si quelque besoin non satisfait occupe notre cœur, comme c’était le cas pour Abraham. Sans aucun doute, l’intention de Dieu avait toujours été de lui donner un fils. Il voulait toutefois que le cœur d’Abraham soit parfaitement sondé. C’est pourquoi Il envoie Sa parole dans le but de faire ressortir ce qui s’y trouvait, Il le rencontre là où il se trouvait, Il répond à sa foi en exercice, et Il lui accorde un accroissement supplémentaire, avec un gage qui lui assurait qu’il hériterait du pays. Il fait donc en sorte de faire sortir d’abord l’intérieur de son cœur au sujet d’un fils, puis au sujet d’un héritier. Puis vient l’héritage, mais seulement après la douleur et l’épreuve.

 

1.6   Gen. 15:7-12. Le gage qui confirme le don divin de l’héritage

« Et il lui dit : Moi, je suis l’Éternel, qui t’ai fait sortir d’Ur des Chaldéens, afin de te donner ce pays-ci pour le posséder. Et il dit : Seigneur Éternel, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai ? Et Il lui dit : Prends une génisse de trois ans, et une chèvre de trois ans, et un bélier de trois ans, et une tourterelle, et un jeune pigeon. Et il prit toutes ces choses, et les partagea par le milieu, et en mit les moitiés l’une vis-à-vis de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Et les oiseaux de proie descendirent sur ces bêtes mortes ; et Abraham les écarta » (15:7-11). Il n’était évidemment pas question ici d’expiation, mais de confirmer le don divin de l’héritage. Et dans le caractère et la variété des animaux mis à mort, il me semble que Dieu tenait compte de la faiblesse de la foi qui demandait ce signe. Il ne refuse pas de donner à Abraham le gage qu’il demandait, ni de tout confirmer par la mort (cf. Jér. 34:18, 19). Mais cela ne devait pas se réaliser sans tribulation ni patience pour sa semence. « Et comme le soleil se couchait… » (15:12). Ce qui suit est autant pour sa discipline à lui que pour notre propre instruction : « … un profond sommeil tomba sur Abram ; et voici, une frayeur, une grande obscurité, tomba sur lui ». Comme on le voit, il ne s’agit pas de quelqu’un qui se tient dans la lumière de Dieu, mais d’une âme qui s’attardait autour de ses propres désirs et de toute la souffrance qui découle de ces désirs relatifs à un tel monde et à un tel état.

 

1.7   Gen. 15:13-21. L’individu justifié par la foi, puis le peuple terrestre dans la tribulation avant d’être finalement sauvé au temps choisi

« Et l’Éternel dit à Abram : Sache certainement que ta semence séjournera dans un pays qui n’est pas le sien, et ils l’asserviront, et l’opprimeront pendant quatre cents ans. Mais aussi je jugerai, moi, la nation qui les aura asservis ; et après cela ils sortiront avec de grands biens. Et toi, tu t’en iras vers tes pères en paix ; tu seras enterré en bonne vieillesse. Et en la quatrième génération ils reviendront ici, car l’iniquité des Amoréens n’est pas venue à son comble » (Gen. 15:13-16).

Finalement, nous voyons cette terre de la promesse garantie à Abraham avec la précision d’une carte : « Et il arriva que le soleil s’étant couché, il y eut une obscurité épaisse ; et voici une fournaise fumante, et un brandon de feu qui passa entre les pièces des animaux » (15:17). L’Éternel savait ce que pensait Abraham, c’est pourquoi Il entre dans l’alliance suivante : « Je donne ce pays à ta semence, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate : le Kénien, et le Kénizien, et le Kadmonien, et le Héthien, et le Phérézien, et les Rephaïm, et l’Amoréen, et le Cananéen, et le Guirgasien, et le Jébusien » (Gen. 15:18-21).

D’un bout à l’autre de ce chapitre, il est donc exposé ce qui manquait à l’homme, ce que l’homme désirait, et c’est ce qui en fait une scène propre à illustrer le principe de la justification. Il ne s’agit pas de l’apparition de Dieu, mais de la parole qui lui a été adressée, et de ce qu’Abraham crut et que sa foi lui fut comptée à justice. Afin d’atteindre ce but, l’Éternel avait adapté Sa parole, disant : « Moi, je suis ton bouclier et ta très grande récompense » (15:1). Abraham expose alors sa requête et reçoit la promesse d’un héritier sorti de ses propres entrailles, d’une semence qui serait aussi nombreuse que les étoiles des cieux. Puis c’est l’engagement selon lequel Abraham doit hériter de Canaan, et qui est scellé par un sacrifice. L’horreur de la grande obscurité qui tomba sur Abraham endormi semble bien être en accord avec la prophétie de l’affliction qui visiterait sa semence dans un pays qui ne serait pas le sien, quelle que soit la certitude que l’Éternel jugerait la nation qui les asservirait, et qu’eux-mêmes reviendraient assurément en Canaan lorsque l’iniquité des Amoréens serait venue à son comble. Il en fut bien ainsi comme nous le savons tous.

« Une fournaise fumante, et un brandon de feu qui passa entre les pièces des animaux » (15:17) insistent également sur ce point, tandis que ce même jour l’Éternel fait alliance avec Abraham et délimite le pays et les peuples condamnés de Canaan. D’un bout à l’autre, il est question des besoins de l’homme sur la terre, et de Dieu y pourvoyant, dans Sa grâce, par la mort du sacrifice. Le peuple terrestre doit être délivré par le jugement de ses ennemis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ceux qui tombent sous les voies judiciaires de l’Éternel, sont reçus en grâce, avec des gages précis pour leur foi éprouvée. Et la parole prophétique, excellente comme elle l’est pour tous, éclaire telle une lampe, le lugubre spectacle de l’iniquité humaine où l’épée de l’Éternel fraie la voie pour l’avènement du sceptre selon Ses pensées. Dans aucun de ces passages nous ne voyons les conseils de la grâce en vue de la gloire céleste. Il s’agit d’abord de l’individu justifié par la foi, puis du peuple passant par la tribulation avant d’être finalement sauvé au temps choisi par Dieu.

 

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