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Enracinés et édifiés en

 

Lui

 

Colossiens 2:7

 

Marc Tapernoux

 

 

Table des matières :

1     L’Amour de Dieu

2     Christ

2.1     Sa Personne

2.2     Son œuvre

2.3     La position du croyant en Christ

2.4     Christ en vous

3     Marcher en Christ

3.1     L’obéissance

3.2     L’amour

3.3     La vigilance

3.4     L’humilité

3.5     Le service

3.6     Le témoignage

3.7     Jusqu’à Lui

4     Le combat chrétien

4.1     Satan

4.2     La chair

4.3     Le monde

4.4     La loi

4.5     Lutte et victoire

4.6     Chutes et restauration

4.7     La sanctification

4.8     Souffrance

5     Les ressources du croyant

5.1     Le ministère de Christ

5.2     Le ministère du Saint Esprit

5.3     La Parole de Dieu

5.4     La foi

5.5     La prière

5.6     La communion

5.7     Paix et repos

5.8     La joie

5.9     L’espérance

 

 

Avant-propos

 

Au cours de mes lectures, j’ai pris l’habitude, depuis quelques années, de noter les pensées me paraissant particulièrement édifiantes, afin de pouvoir les méditer de nouveau ultérieurement. J’en ai recueilli une telle bénédiction qu’il m’a paru utile, après en avoir référé à plusieurs frères expérimentés, de publier ces notes, dans l’idée qu’elles pourraient être utiles à d’autres personnes.

Afin de rendre la lecture de ces pensées aussi profitables que possible, je les ai groupées par sujet. Puisse ce recueil contribuer à affermir la foi du lecteur et l’aider à croître dans la grâce et dans la connaissance de notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ !

Berne, septembre 1964

 

 

1                        L’Amour de Dieu

 

L’on ne peut avoir en Jésus une foi réelle, sans aimer sa Personne, parce qu’il est la pleine expression de l’amour de Dieu, amour dont la perfection ne se trouve nulle autre part.

 

Christ s’est abaissé au plus bas, afin qu’il n’y eût aucun être humain, fût-ce le plus misérable, qui ne sentît que Dieu était près de lui en bonté, entièrement accessible pour lui, venu jusqu’à lui. L’amour de Dieu a ainsi trouvé dans la misère de l’homme l’occasion de son parfait exercice, l’occasion de montrer qu’il n’y a aucun besoin où il ne se trouve pas présent et auquel il ne puisse répondre.

Nous avons besoin d’être constamment renouvelés, sinon l’énergie spirituelle ne se maintient pas. Ce n’est pas le progrès dans la connaissance qui opère ce résultat ; ce qui importe, c’est que nous demeurions près de Dieu. C’est là que l’amour, son amour agissant dans nos âmes, se maintient et se développe.

 

Si nous connaissions un peu plus la consolation et la joie qu’il y a à nous désaltérer à la plénitude de l’amour de Dieu, nous sentirions que les circonstances sont le néant même.

 

Il y a, dans l’essence divine, deux perfections infinies que l’Esprit Saint résume de la manière suivante : Dieu est amour, Dieu est lumière. Ces deux côtés de sa gloire ne doivent pas être confondus et sont aussi importants l’un que l’autre. Chacun d’eux a sa manifestation dans les actes et les voies de Dieu envers l’homme. L’amour de Dieu prend envers lui le caractère de grâce, à cause de son état de péché qui rend nécessaire le déploiement de cette grâce. La lumière se manifeste dans une sainteté infinie qui repousse le mal et le juge. La croix a été la manifestation parfaite de ces deux aspects de la gloire de Dieu ; elle a permis à Dieu de sauver le pécheur, en ôtant le péché par la mort expiatoire du Rédempteur. Reçue par la foi, la vie nouvelle communiquée par le Saint Esprit au croyant a les caractères de sa source. Elle vient de Dieu ; elle aime, prouvant ainsi son origine divine : « Quiconque aime est né de Dieu » (1 Jean 4:7). L’amour est donc le fruit et la manifestation de la nature divine qui, en nous, a les mêmes caractères qu’en Celui qui en a été ici-bas l’expression parfaite. L’autre caractère fondamental de la nature divine, la lumière, fait des rachetés des « enfants de lumière » appelés à manifester cette lumière dans les fruits qu’elle produit : « Or le fruit de la lumière consiste en toute bonté, et justice, et vérité » (Éph. 5:9).

« Mon fils… était perdu, et il est retrouvé » — voilà le cœur de la parabole de Luc 15. Il n’est pas question de ce que le fils a souffert, mais de ce que le père a perdu. C’est lui qui souffre ; c’est lui qui perd. Une brebis est perdue : Qui en supporte la perte ? Le berger. Une pièce d’argent est perdue : Qui en supporte la perte ? La femme. Un fils est perdu : Qui en supporte la perte ? Le père.

 

2                        Christ

 

2.1   Sa Personne

 

Le Fils de l’homme est un titre d’une signification très étendue. Il exprime l’homme dans sa perfection, un homme selon Dieu. Il nous dit, en quelque sorte, que l’homme se tient comme un être nouveau en Jésus, et qu’en Lui, se voit la beauté humaine et morale dans toute sa plénitude. Mais ce n’est pas seulement toute cette perfection morale qui est exprimée dans ce titre de « Fils de l’homme », ce sont toutes ses souffrances et toutes ses gloires se rapportant à lui comme tel. Comme Fils de l’homme, il fut humilié (Ps. 8), mais comme tel il est aussi exalté à la droite de la Majesté dans le ciel (Ps. 80). Comme tel, il n’avait pas un lieu où reposer sa tête (Luc 9:58), mais comme tel aussi, il vient à l’Ancien des jours pour prendre le royaume (Dan. 7:13). Le jugement lui est donné comme tel (Jean 5). Il est prophète, sacrificateur et roi comme tel, héritier et Seigneur de toute chose, Tête et Époux de l’Église. Comme Fils de l’homme, il a le pouvoir, sur la terre, de pardonner les péchés (Mat. 9:6) et il est le Seigneur du sabbat (Marc 2:28), bien qu’il doive rester trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (Mat. 12:40). Comme Fils de l’homme, il était le semeur fatigué, et il sera comme tel le glorieux moissonneur de la moisson. Il a été crucifié et ressuscité comme tel (Mat. 17:9, 22, 23). Mais comme Fils de l’homme, il avait constamment sa propre place dans le ciel (Jean 3:13-14). Et comme le Fils de l’Homme, il est le centre de toutes choses, célestes et terrestres (Jean 1:52).

Ainsi ce titre du Seigneur a une portée très étendue et très élevée ; il se lie étroitement à sa personne avec toutes ses douleurs, mais aussi avec toutes ses dignités, excepté naturellement ce qu’il possède en lui-même comme étant « Dieu sur toutes choses béni éternellement ». Il est l’Homme oint, le temple humain sans souillure, élevé au commencement par le Saint Esprit, puis rempli par lui (Luc 1:35 ; 4:1). Il est l’Homme abaissé qui chemina dans la douleur ici-bas jusqu’à la mort de la croix (Phil. 2). Il est l’Homme exalté, couronné maintenant de gloire et d’honneur et qui bientôt aura tout pouvoir (Héb. 2).

 

« Le chef du monde vient, et il n’a rien en moi ». Homme parfait, descendu du ciel pour accomplir la volonté de Dieu, Christ a marché au milieu de la souillure de ce monde sans en être atteint ; il a subi tous les assauts de l’ennemi et la haine des hommes ; il est arrivé au terme de sa course dans ses perfections absolues, aussi propre pour rentrer dans la gloire que lorsqu’il la quitta, sans avoir besoin de passer par la mort.

 

Le Seigneur Jésus est en lui-même le résumé de toutes les beautés et de toutes les perfections possibles.

 

Dans quelque relation que notre bien-aimé Seigneur nous soit présenté, quelque office qu’il remplisse, quelque œuvre qu’il accomplisse, quelque position qu’il occupe, ses gloires personnelles rayonnent de tout leur éclat divin.

 

Le Seigneur Jésus ne fut jamais plus visiblement présenté comme « le saint de Dieu » que lorsqu’il fut fait péché sur le bois maudit. L’odieux et la noirceur de ce avec quoi il était identifié sur la croix, ne servait qu’à faire ressortir plus clairement qu’il était « très saint ». Quoique portant le péché, il était sans péché. Quoique endurant la colère de Dieu, il était les délices du Père. Quoi que privé de la clarté de Dieu, il habitait dans le sein du Père.

 

La vision de Jésus crucifié, la vision de Jésus ressuscité et glorifié, voilà ce qu’il nous faut. Voilà ce qui produira dans notre vie des fruits bénis, des œuvres bénies. C’est en contemplant Christ que nous sommes transformés, de gloire en gloire, à son image. Que cette vision nous soit donnée, et que nous puissions refléter quelque chose de sa lumière !

 

Au ciel, tout regard sera fixé sur Jésus, tout cœur sera occupé de Jésus, le seul cri éternel, universel et unanime sera : « Tu es digne ».

 

Dans le Christ Jésus, « autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous » (2 Cor. 1:20). Il n’y a pas de non quand il s’agit de Christ. Tout est « oui », tout est divinement établi et fixé.

 

La prérogative de la foi chrétienne consiste en ceci, que tout ce qu’elle a et tout ce qu’elle offre est concentré dans une Personne. C’est ce qui fait sa force, alors que tant d’autres choses ont prouvé leur faiblesse. Elle n’a pas simplement une délivrance, mais un Sauveur ; non la rédemption seulement, mais un Rédempteur. Et quelle différence entre nous soumettre à un ensemble de règles et nous jeter sur un cœur qui bat, entre accepter un système et nous attacher à une Personne ! Notre bénédiction consiste en ce que nos trésors sont amassés dans une Personne qui n’a pas été seulement pour une génération, dans un Docteur présent et un Seigneur vivant pour toutes les générations successives, Celui qui a été mort, mais qui est présent et vivant pour tous.

 

Dans les relations du Seigneur Jésus avec le monde qui l’entourait, nous le voyons à la fois comme un Victorieux, un Souffrant, et un Bienfaiteur. Quelles gloires morales brillent dans un tel ensemble ! Il a vaincu le monde, refusant toutes ses séductions. Il a souffert de sa part, rendant témoignage contre sa manière de faire. Il lui faisait du bien, en dispensant incessamment le fruit de sa grâce et de sa puissance. Les tentations de ce monde firent de lui un Vainqueur, ses souillures et ses inimitiés en firent celui qui souffrait, ses misères en firent un Bienfaiteur. Quel concours merveilleux !

 

2.2   Son œuvre

Nos sentiments ne sont pas à la mesure de ce que Dieu est envers nous ; tout est absolument accompli ; nous ne pouvons rien ajouter par notre joie ou notre affliction à l’œuvre parfaite de Christ. Ce n’est pas ce que nous pensons de l’œuvre de Christ, mais ce que Dieu en pense, qui sauve ; et notre connaissance, par la foi, de ce que Dieu en pense, nous donne la paix. Dieu dit aux Israélites en Égypte, non pas : Lorsque vous verrez le sang, je passerai par-dessus vous, mais : « Quand je verrai le sang ». C’est lui qui a été offensé, c’est lui qui juge et c’est lui qui a accepté la rançon en justice comme il l’a donnée en amour. Il est fidèle et juste pour nous pardonner. Christ a fait la paix par le sang de sa croix. Il a tout fait et ne nous a rien laissé à faire, sinon à lui rendre grâces et à le louer. Afin que tout puisse être grâce, Dieu a voulu que ce soit par la foi que nous saisissions le salut, et quoique la foi produise d’immenses effets, elle n’ajoute rien à la chose qu’elle croit. Christ et l’efficacité de son œuvre doivent être et sont devant Dieu tout ce que je suis appelé à croire qu’ils sont, avant que je le croie.

 

Tout ce que la mort peut nous faire, c’est de nous retirer de la scène où elle exerce sa puissance, pour nous faire entrer dans celle où elle n’a aucune puissance. Au lieu de craindre la mort, nous rendons grâces à Celui qui nous a donné la victoire par Jésus.

 

La puissance de Dieu lui-même, telle qu’elle a agi en Christ lors de sa résurrection, opère en nous pour nous donner la nouvelle position dans la vie. Cette vie implique, par le fait même que nous la recevons, que nous sommes pardonnés parfaitement et pour toujours. Nous étions sous le poids de nos péchés, et morts dans nos péchés : Christ s’est placé sous ce poids, et il est mort pour nous. En ressuscitant, Christ a laissé derrière lui la mort et le poids de la condamnation sous laquelle nous étions ; nous aussi, nous avons été ressuscités avec Lui. Nous avons donc, comme Lui et avec Lui, laissé tout ce poids de péchés et de condamnation derrière nous, avec la mort dont nous avons été délivrés. Ainsi, Dieu nous fait sortir de la mort et de la condamnation, avec Christ qui les a subies pour nous.

 

Quelle valeur a, pour Dieu, le sang de l’Agneau ! Qui, sur la terre, pourrait décrire la puissance sanctifiante et rédemptrice du sang de Jésus ? Il délivre le pécheur de l’esclavage du monde et du péché, et justifie Dieu quand il fait miséricorde. Il est le fondement de toutes nos bénédictions terrestres et nous donne droit aux plus riches bénédictions célestes. Il nous a ouvert l’accès au trône du Père et nous rend propres pour y paraître comme des enfants bien-aimés. Il a déchiré le voile et ouvert à l’adorateur le lieu très saint. Il répond aux exigences les plus élevées de Dieu, comme aux besoins les plus profonds de l’homme.

 

Seul un homme altéré connaît la valeur de l’eau, et seule une âme altérée connaît la valeur de l’eau vive.

 

Tout ce qu’il y avait à faire, Dieu lui-même l’a fait ; et assurément il ne condamnera pas sa propre œuvre. La justice qui était requise, Dieu lui-même l’a fournie ; lui, certainement, n’y trouvera aucun défaut. Voir, des yeux de la foi, Jésus cloué à la croix et assis sur le trône, est quelque chose qui doit donner à la conscience une paix solide, et au cœur une parfaite liberté. Nous pouvons regarder dans la tombe et la voir vide, nous pouvons regarder le trône en haut et le voir occupé, et continuer notre chemin tout joyeux. Un Christ ressuscité est la preuve éternelle d’une rédemption accomplie ; et si la rédemption est un fait accompli, la paix du croyant est une vraie et stable réalité.

 

Nous n’aurions qu’une idée bien incomplète du mystère de la croix, si nous n’y voyions que ce qui répond aux besoins de l’homme comme pécheur. Il y a, dans la mort de Christ, des profondeurs qui sont hors de la portée de l’homme et que Dieu seul a pu sonder.

 

Aucun homme, ni aucun ange ne peut sonder jusqu’au fond le mystère de la mort de Christ ; mais nous pouvons en discerner au moins quelques caractères qui, à eux seuls, rendent déjà cette mort précieuse, au-delà de toute expression, pour le cœur de Dieu. C’est de la croix que Dieu recueille sa plus riche moisson de gloire. Il n’aurait pu, d’aucune autre manière, être glorifié comme il l’a été par la mort de Christ. C’est dans l’abandon volontaire que Christ fait de lui-même à Dieu, que la gloire divine reluit dans tout son éclat ; et c’est dans cette offrande que Christ a faite de lui-même que fut posé le solide fondement de tous les conseils divins : la création était insuffisante pour cela.

 

Christ a tellement pris la place du croyant sur la croix — celui-ci était si entièrement identifié avec lui — tous les péchés du croyant lui ont été alors si complètement imputés, que toute question de culpabilité du croyant, toute idée de jugement ou de colère, auxquels il serait exposé, est éternellement mise de côté. Tout a été réglé sur le bois maudit, entre la Justice divine et la Victime sans tache. Et maintenant le croyant est aussi absolument identifié avec Christ sur le trône, que Christ fut identifié avec lui sur la croix. La justice n’a plus aucun grief à élever contre le croyant, parce qu’elle n’a aucun grief à élever contre Christ. Il en est ainsi à jamais.

 

Le sang de Christ est la base de tout. C’est le principe de la justice de Dieu en justifiant un pécheur impie qui croit au nom du Fils de Dieu, et c’est le principe de la confiance du pécheur pour s’approcher d’un Dieu saint, dont les yeux sont trop purs pour voir le mal. Dieu serait juste en condamnant le pécheur ; mais, par la mort de Christ, il peut être juste et justifier ceux qui croient — un Dieu juste et sauveur.

 

C’est par le sang, et rien que par le sang, que nous obtenons le pardon, la paix, la vie, la justice.

 

En tant que dernier Adam, Christ est la somme totale de l’humanité ; en tant que second Homme, il est la Tête d’une nouvelle race. Nous trouvons donc ici une double union — l’une est liée à sa mort, et l’autre à sa résurrection. En premier lieu, son union avec la race, en tant que « dernier Adam, a commencé historiquement à Bethléem, pour se terminer à la croix et au tombeau. Par elle, il a englobé en lui-même tout ce qui était en Adam pour l’apporter au jugement et à la mort. En second lieu, notre union avec lui, en tant que « second Homme », commence à la résurrection pour se terminer dans l’éternité — ce qui signifie pour ne jamais se terminer — car ayant dans sa mort mis de côté le premier homme en qui le dessein de Dieu avait été frustré, il est ressuscité comme la Tête, le Chef, d’une nouvelle race d’hommes, en qui ce dessein sera pleinement réalisé.

Ainsi, lorsque le Seigneur Jésus fut crucifié sur la croix, il fut crucifié comme le dernier Adam. Tout ce qui était dans le premier Adam fut rassemblé et mis de côté, en Lui. Nous y étions compris. En tant que dernier Adam, il a effacé la vieille race ; en tant que second Homme, il introduit la race nouvelle. C’est dans sa résurrection qu’il s’avance comme le second Homme, et là aussi, nous y sommes compris. « Car si nous avons été identifiés avec lui dans la ressemblance de sa mort (c’est-à-dire par la conformité à sa mort), nous le serons donc aussi dans la ressemblance de sa résurrection (c’est-à-dire par la conformité à sa résurrection) » (Rom. 6:5). Nous sommes morts en lui, le dernier Adam ; nous vivons en lui, le second Homme. La croix est ainsi la puissance de Dieu, qui nous fait passer d’Adam en Christ.

 

C’est le Juge lui-même qui a pris sur lui nos péchés et a subi à notre place le châtiment que nous avions mérité. Comment pourrait-il anéantir sa propre œuvre expiatoire ? Nous avons donc toute assurance pour le temps présent et pour le jour où nous serons manifestés devant le tribunal de Christ. Celui même qui siégera sur le trône reconnaîtra, en ces heureux élus, sa propre image et ses propres perfections.

 

À la croix, toutes les exigences de la sainteté divine ont été parfaitement satisfaites ; en sorte que, mieux nous comprenons cette sainteté, mieux aussi nous apprécions la croix. Plus nous estimons la sainteté, plus aussi nous estimerons l’œuvre de la croix.

 

Christ, ayant la vie en lui-même, est descendu ici-bas et a satisfait à toutes les conséquences du péché de l’homme, quelles qu’elles fussent ; en se soumettant à la mort, il détruisit celui qui en avait l’empire et devint, en résurrection, la vie et la justice de tous ceux qui croient en son nom. Il est impossible désormais que Satan porte atteinte à cette vie, soit dans sa source, soit dans son canal, soit dans sa puissance, soit dans sa sphère, soit dans sa durée. Dieu en est la source ; Christ ressuscité, le canal ; le Saint Esprit, la puissance ; le ciel, la sphère, et l’éternité, la durée.

 

Là où le Christ ressuscité introduit son peuple, la mort n’existe pas. Ne l’a-t-il pas abolie ? La Parole de Dieu nous le déclare ! Christ a fait disparaître la mort de dessus la scène et y a introduit la vie ; ce n’est donc pas la mort, mais la gloire, que le chrétien a devant lui. La mort est derrière lui pour toujours ; quant à l’avenir, tout est gloire, gloire sans nuages.

 

La Parole nous enseigne que Dieu a fait le premier pas vers l’homme, que ce premier pas a conduit le Seigneur à la croix, que par elle seule l’homme commence à lui être agréable. Tel est donc notre point de départ pour venir après lui.

 

En Christ, tout est infailliblement assuré pour la gloire de Dieu et la bénédiction éternelle de l’homme. Le dessein éternel de Dieu est « d’établir Christ comme chef sur toutes choses ». Il n’y a pas une seule chose dans laquelle le premier homme a manqué, que le second ne restaure. Tout est établi sur une base nouvelle en Christ. Il est le chef de la nouvelle création, héritier de toutes les promesses faites à Abraham, à Isaac et à Jacob au sujet du pays, héritier de toutes les promesses faites à David concernant le trône.

L’empire sera posé sur son épaule. Il revêtira ces gloires. Il est Prophète, Sacrificateur et Roi. En un mot, Christ restaure tout ce qu’Adam a perdu, et il apporte beaucoup plus que tout ce qu’Adam a jamais possédé.

 

Le Seigneur Jésus était le Fils unique, et en tant qu’unique, il n’avait pas de frères. Mais le Père envoya le Fils, afin que l’Unique devienne le Premier-né, et que le Fils bien-aimé ait beaucoup de frères. Nous avons là toute l’histoire de l’incarnation et de la croix ; et là, nous trouvons enfin l’accomplissement du dessein de Dieu, qui est d’amener plusieurs fils à la gloire (Héb. 2:10). Il a fait tout ce qui était nécessaire pour que le ciel soit rempli de fils glorifiés. Tel était son dessein dans la rédemption.

 

La croix est la mesure de la haine de Dieu contre le péché, tout comme elle est la mesure de son amour pour le pécheur.

 

Quand le Saint Esprit déploie devant nos cœurs quelque chose de la profonde bénédiction, du prix et de l’efficace de la mort de notre Seigneur Jésus Christ, il nous amène à méditer sur le mystère de ses souffrances, à repasser dans nos cœurs tout ce par quoi il a dû passer pour nous, tout ce qu’il lui en a coûté pour nous sauver des conséquences éternelles du péché auquel, hélas ! nous nous laissons aller si souvent avec légèreté. Or c’est là un travail très profond et saint, qui conduit l’âme à ces exercices dont les « pains d’affliction » dans la fête des pains sans levain, étaient l’image. Il y a une grande différence entre les sentiments que nous éprouvons en nous occupant de nos péchés, et ceux qui proviennent de la vue des souffrances de Christ pour ôter ces péchés.

 

2.3   La position du croyant en Christ

 

Christ est là, au ciel, agréé de Dieu, à cause de l’œuvre qu’il a accomplie, et c’est là ce qu’il me faut. La justice a été montrée en ceci, savoir que Christ est assis à la droite de Dieu. Dieu l’a pris hors du monde, il m’en sort aussi, et me dit : La justice est là à ma droite. Là est ma justice.

 

Ensemble avec Christ, sur la croix, dans le tombeau et dans les lieux célestes ! Ainsi, le Seigneur glorifié peut partager avec tous les croyants la victoire de sa croix, la puissance de sa résurrection et la plénitude de sa vie glorieuse.

 

Être en Christ, c’est être là où Christ se trouve, c’est être ce qu’il est, c’est partager ce qu’il possède.

Être en Christ, c’est être dans les lieux célestes ; ce n’est donc que dans les lieux célestes que le chrétien est vraiment chez lui. Il est pèlerin sur la terre ; sa patrie est le ciel.

Être en Christ, c’est être ce qu’il est. Christ est la tête, le chrétien est l’un des membres du corps ; tête et corps ont une seule et même vie. Ainsi la même vie anime Christ dans les lieux célestes et le chrétien sur la terre.

 

Être en Christ, c’est avoir part aux richesse de Christ. Tout ce qu’il possède, nous le possédons aussi. Toutes les bénédictions spirituelles, la joie, la paix, la victoire, la puissance, la sainteté sont à nous, en Christ, dès cet instant. Enfants de Dieu, nous sommes ses héritiers, cohéritiers de Christ, de sorte que tout ce que le Père a donné au Fils, le Fils le partage avec nous. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3). « Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » (Rom. 8:32).

 

Nous sommes élus en Christ, avant la fondation du monde. Nous appartenons, dans les conseils de Dieu, à un système établi par lui en Christ avant que le monde existât, système qui n’est pas du monde quand celui-ci existe, et qui subsistera après que la figure de ce monde aura passé. Notre place en Christ nous a été donnée avant que le monde existât. « Dieu... nous a sauvés et nous a appelés d’un saint appel, non selon nos œuvres, mais selon son propre dessein et sa propre grâce qui nous a été donnée dans le Christ Jésus avant les temps des siècles, mais qui a été manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus Christ (2 Tim. 1:9-10). « L’espérance de la vie éternelle que Dieu, qui ne peut mentir, a promise avant les temps des siècles » (Tite 1:2).

 

Nous avons une vie, mais c’est en Christ ; cette vie est cachée avec Lui, en Dieu, en sûreté dans son éternelle source. Elle a le sort de Christ en qui nous la possédons. Il est caché en Dieu, ainsi aussi est notre vie : quand Christ apparaîtra, nous apparaîtrons aussi avec Lui. Compter sur le Seigneur toujours présent, c’est la sainteté. Cette grâce de la foi est la chaîne qui lie l’âme à Christ et fait que le Sauveur et le racheté font un. Un canal est alors ouvert par lequel la plénitude de Christ est répandue abondamment en nous. Le sarment stérile devient une portion du cep fécond. Une seule et même vie circule dans la plante entière.

 

Ne cherchons rien hors de Christ, mais réjouissons-nous d’être nous-mêmes en lui, un avec lui et par conséquent, un avec toute sa plénitude. N’attendons pas que la foi produise la sainteté, mais réjouissons-nous de la parfaite sainteté en Christ comme d’un fait ; réalisons qu’étant un avec lui, d’une manière inséparable, cette sainteté est la nôtre et, acceptant ce fait, nous en constaterons la réalité.

 

Je n’ai pas à faire de moi un sarment. Je le suis, du moment que Jésus me le dit. Je suis une partie de lui-même ; à moi de le croire et d’agir en conséquence. Je suis un membre de Christ, et je puis prendre de sa plénitude tout ce dont j’ai besoin.

 

Quelle chose merveilleuse d’être réellement un avec un Sauveur ressuscité et glorieux, d’être un membre de Christ ! Pensons à ce que cela implique. Christ peut-il être riche et moi, pauvre ? La Tête peut-elle être bien nourrie et le corps, mourir de faim ?

 

Toutes les choses qui nous rendront heureux dans le ciel, nous les possédons dès maintenant. Si vous désirez savoir ce qui rend un chrétien heureux dans la vie et dans la mort, c’est le fait que le Christ qu’il possède aujourd’hui est le même Christ qu’il aura dans le ciel. Il est chez lui là où Celui qu’il aime et connaît le mieux, se trouve déjà.

 

Il n’est pas possible que le Chef et les membres soient acceptables dans des mesures différentes. La Tête et les membres sont un. Dieu les tient pour un ; par conséquent, ils sont un. Cette vérité est à la fois le fondement de la confiance la plus haute et de l’humilité la plus profonde : elle donne la plus entière certitude, « toute assurance au jour du jugement » (1 Jean 4:17), attendu qu’il est impossible qu’il soit mis quoi que ce soit à la charge de CELUI auquel nous sommes unis ; et elle nous donne un profond sentiment de notre néant, attendu que notre union avec Christ est fondée sur la mort de la nature humaine et sur l’abolition complète de tous ses droits et de toutes ses prétentions.

 

Il y a dans notre cœur une tendance continuelle à faire reposer notre paix et notre acceptation sur quelque chose qui est en nous ou qui vient de nous, bien que nous admettions que ce « quelque chose soit un fruit du Saint Esprit. De là vient que nous regardons constamment en nous-mêmes, tandis que le Saint Esprit voudrait toujours nous faire regarder en dehors de nous. La position du croyant ne dépend pas de ce que lui est, mais de ce que Christ est. S’étant approché de Dieu « au nom de Jésus », il est identifié avec lui et accepté en son nom, et il ne peut pas plus être rejeté que Celui au nom duquel il s’est approché de Dieu. C’est notre heureux privilège de pouvoir, dans la confiance de la foi, renvoyer toute accusation et tout accusateur à Christ et à l’expiation qu’il a accomplie. Tout, pour nous, découle de lui. Nous nous glorifions en lui continuellement. Nous n’avons aucune confiance en nous-mêmes, mais en Celui qui a accompli toutes choses pour nous. Nous nous attachons à son nom ; nous nous confions en son œuvre ; nos regards sont arrêtés sur sa personne, et nous attendons son retour.

 

Inséparablement uni à Christ, le croyant partage nécessairement son acceptation auprès de Dieu et son rejet par le monde. Ces deux choses vont ensemble : la première nous constitue adorateurs et citoyens du ciel ; la seconde nous constitue témoins et étrangers sur la terre ; la première nous introduit au-dedans du voile ; la seconde nous fait sortir hors du camp ; et l’une est aussi parfaite que l’autre.

 

La connaissance de notre position, absolument parfaite et établie en Christ, est la chose même dont le Saint Esprit se sert pour nous exciter à tendre vers la perfection pratique. Nous ne devons jamais mesurer notre position par notre état ; mais, au contraire, toujours juger notre état par notre position. Abaisser la position à cause de l’état, c’est donner le coup de mort à tout progrès dans le christianisme pratique.

 

Le croyant est « mort au péché ». Comment ? Il est mort en Christ. Par nature, il était mort dans le péché. Par grâce, il est mort au péché. Quels droits peut-on avoir sur un homme mort ? Aucun. « Christ est mort une fois pour toutes au péché » et le croyant est mort en lui. « Or si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ ayant été ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui. Car en ce qu’il est mort, il est mort une fois pour toutes au péché, mais en ce qu’il vit, il vit à Dieu » (Rom. 6:8-10). Que résulte-t-il de tout cela pour les croyants ? « De même, vous aussi, tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus (v. 11). Telle est, devant Dieu, la position inaltérable du croyant, de sorte qu’il a le saint privilège de jouir de la délivrance du péché, en tant que dominateur sur lui, quoique le péché habite encore en lui.

 

Le chrétien possède la nouvelle nature, qui ne peut aucunement produire les fruits de la vieille nature. Christ ne pèche pas ; sa vie en nous ne peut pécher. Celui qui demeure en lui ne pèche pas. « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, car la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu » (1 Jean 3:9).

 

Comment Jésus nous donnerait-il ce commandement : « Demeurez en moi » sans nous assurer la grâce et la puissance de le faire ?

 

La vie en Christ est une source inépuisable de bonheur. À mesure que Christ prend plus pleinement possession de l’âme, elle entre dans la joie de son Sauveur qui devient la sienne à toujours. La joie est un trait caractéristique de celui qui vit en Christ, et nous savons tous en apprécier la valeur ; elle est la meilleure preuve que le cœur est réellement satisfait. Aussi n’y a-t-il pas, chez le chrétien, d’attrait plus irrésistible, de prédication plus persuasive et qui manifeste mieux au monde la réalité de l’amour divin, que le rayonnement de cette joie, triomphant des épreuves de la vie. Pour le bien même du croyant, elle est un élément indispensable ; car la joie du Seigneur est sa force. En elle se retrempent sa confiance, son courage et sa patience. Avec un cœur joyeux, aucun travail ne lasse, aucun fardeau n’accable, et Dieu lui-même est notre force et notre chant de victoire.

 

2.4   Christ en vous

 

Dans la pensée de Dieu, Christ et le chrétien sont tellement unis que Christ est à la fois dans les lieux célestes et sur la terre, et que le chrétien est à la fois sur la terre et dans les lieux célestes. Le chrétien sur la terre, c’est Christ rendu visible. Nous devons donc avoir une telle plénitude de la vie de Christ que ceux qui le discernent en nous se sentent attirés à lui.

 

Christ est en moi. D’abord « j’ai été crucifié avec Christ » ; ensuite « Christ vit en moi ». C’est sur un trône dont le « moi » a été chassé que le Christ veut monter.

Être chrétien, c’est faire de Christ le centre de sa vie. C’est être transformé à l’image de Christ, de gloire en gloire et de jour en jour. Être chrétien signifie que Christ anime notre esprit, notre cœur, notre volonté, de telle sorte qu’il pense par notre esprit, qu’il aime par notre cœur, qu’il exprime sa volonté par la nôtre. C’est laisser Christ occuper tant de place en nous, que nous n’ayons plus aucune vie en dehors de lui.

 

Christ qui est la source de notre vie, qui est notre vie, en est aussi l’objet. C’est ce qui caractérise toujours la vie de Christ en nous ; lui-même en est l’objet, lui seul. Christ est personnellement l’objet dont la vie se nourrit. Il est tout revêtu à nos yeux de l’amour qu’il nous a montré dans sa mort. Nous vivons par la foi au Fils de Dieu qui nous a aimés et s’est donné pour nous.

 

La conscience de notre relation avec Christ s’applique à tout : rien ne se fait sans lui. Il est présent comme le premier mobile de nos actes et ce qui leur imprime leur vrai caractère, et le cœur est occupé de lui en les accomplissant. Tout se rapporte à lui : nous ne mangeons pas sans lui, nous ne buvons pas sans lui ; ce que nous disons, ce que nous faisons, est dit et fait au nom du Seigneur Jésus. La conscience de sa présence, le sentiment que tout se rapporte à lui, qu’on ne peut rien faire, sinon charnellement, sans lui, parce que la vie que nous avons de lui, agit avec lui et en lui, ne se sépare pas de lui et l’a lui-même pour objet en tout, de même que l’eau s’élève à la hauteur d’où elle est descendue — voilà le vrai caractère de la vie du chrétien.

 

La nature se confond souvent avec la grâce aux yeux inexpérimentés des hommes, mais la conscience intelligente qu’on a de Christ comme objet du cœur, la conscience de sa présence, du sceau de son approbation quand on pense à lui, ne se confond avec rien : rien n’y ressemble, aucune belle apparence n’en peut prendre la place. Quand il se révèle au cœur et que le cœur marche avec lui et s’entretient avec lui, ne cherchant que le regard de sa face, le sceau de sa faveur sur l’âme en toutes choses : alors Christ est connu, bien connu. Il n’y a que lui qui se communique ainsi en grâce à l’âme qui marche dans les voies de sa volonté exprimée dans sa Parole.

 

Ceux qui sentent le plus profondément qu’ils sont morts en Christ et qu’ils ont subi en sa Personne le châtiment du péché, atteignent les plus hauts sommets de la vie divine. Celui-là est le plus saint, qui possède le mieux Christ au-dedans de lui et qui se réjouit le plus complètement dans son œuvre accomplie. C’est l’imperfection de la foi qui entrave la marche et est la cause de beaucoup de chutes.

 

Dieu ne me donnera pas l’humilité, ou la patience, ou la sainteté, ou l’amour, comme des dons de sa grâce isolés. Il ne détaille pas sa grâce, pour nous la distribuer par petites doses, accordant une mesure de patience à celui qui est impatient, un peu d’amour à celui qui n’aime pas, un peu d’humilité à celui qui est orgueilleux, en quantités que nous pourrions recevoir, et sur la base desquelles nous pourrions opérer comme avec une sorte de capital. Il nous a fait un seul Don qui répond à tous nos besoins — son Fils Jésus Christ (*). Et lorsque je regarde à lui, pour qu’il vive sa vie en moi, il sera humble et patient, et plein d’amour, et tout ce dont j’ai besoin — à ma place. Il est tout ce que je ne puis, et dois, être. « Dieu nous a donné la vie éternelle et cette vie est dans son Fils : celui qui a le Fils, a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu, n’a pas la vies (1 Jean 5:11-12). La vie de Dieu ne nous est pas donnée comme un objet séparé ; la vie de Dieu nous est donnée dans le Fils. C’est « la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6:23). Notre relation avec Christ est notre relation avec la vie.

(*) « De sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce » (Jean 1:16).

 

Je refuse d’agir de ma propre volonté ; je dépends de lui pour qu’il agisse, et j’entre ensuite pleinement et joyeusement dans l’action qu’il a commencée. Ce n’est pas de la passivité, c’est une des vies les plus actives que de se confier au Seigneur de cette manière ; de tirer de lui la vie, de le prendre pour qu’il soit ma vie même, de le laisser vivre sa vie en moi.

 

Ce qui occupe Christ et ce à quoi il pense, c’est ce qui devrait nous occuper et ce à quoi nous devrions penser. Si Christ est notre vie et, par l’Esprit, la source de nos pensées, nous aurons ses pensées en toute chose. Nous devons être au milieu des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons comme Christ y serait ; c’est cela, la vie chrétienne. Il n’est jamais nécessaire que nous fassions un mal quelconque, que nous agissions selon la chair. Bien qu’elle soit là, nous n’agirons pas sous son impulsion si nous sommes pleins de Christ, car c’est lui qui nous suggère nos pensées.

 

Devenir la possession de Christ signifie bien plus que nous ne pensons au premier abord. Christ possède-t-il mon corps, mes yeux, mes oreilles, ma langue, mes mains et mes pieds ? Possède-t-il toutes mes facultés, ma mémoire, mon imagination, mon intelligence ? Possède-t-il mes pensées ? Mon être entier est-il vraiment à sa disposition pour accomplir sa volonté ?

 

Seigneur, pénètre partout où tu voudras dans mon cœur, fais ce qu’il te plaira. Tu es ici chez toi.

 

Tout ce qui est indigne de Christ est indigne d’un chrétien.

 

Nous sommes en Christ devant Dieu ; Christ est en nous devant le monde. Ces deux choses sont inséparables. C’est l’union avec Christ par le Saint Esprit, mais envisagé du côté de Dieu, d’une part, du côté du monde, de l’autre. « Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Col. 1:27) : il a plu à Christ de nous unir à lui par le Saint Esprit, nous remplissant de l’espérance d’une chose, non encore atteinte, la gloire, que lui-même a atteinte, mais dont l’union avec lui nous donne la certitude absolue.

 

3                        Marcher en Christ

 

3.1   L’obéissance

 

Les qualités dominantes de la nouvelle nature sont la dépendance et la soumission ; et les circonstances par lesquelles nous passons dans ce monde, les difficultés, les épreuves et les tentations de la route, sont autant d’occasions où ces qualités sont mises à l’épreuve et peuvent se manifester et s’exercer. Il y a de la bénédiction dans l’épreuve pour celui qui est dépendant et soumis. « Estimez-le comme une parfaite joie, mes frères, quand vous serez en butte à diverses tentations » (Jacques 1:2).

 

Nous ne devons pas laisser tomber le mot « commandement » parce que le commandement exprime l’autorité, et que lors même que nous ferions extérieurement toutes choses bien, rien n’est bien qui n’est pas fait dans une esprit d’obéissance.

 

L’obéissance chrétienne, c’est une nouvelle vie qui trouve son plaisir à faire la volonté de Christ, en reconnaissant l’entière autorité de Christ sur elle. Nous nous tenons pour morts à tout le reste ; nous sommes vivants à Dieu ; nous ne sommes pas à nous-mêmes. Nous ne connaissons Christ qu’autant que nous sommes vivants de sa vie. Or cette vie est l’obéissance.

 

Celui qui a perçu les premiers rayons du soleil d’En haut n’a qu’un seul désir : marcher toujours plus à sa seule clarté.

 

La tâche la plus difficile du Saint Esprit est peut-être d’amener le croyant à acquiescer entièrement à la volonté de Dieu. La volonté propre subsiste en chacun de nous, toujours prête à la rébellion. Le remède est dans la résolution délibérée de faire la volonté de Dieu à tout prix, en toutes choses, en tout temps. Il s’agit d’avoir, comme règle absolue, de faire la volonté de Dieu, sans souffrir aucune exception.

 

C’est une des séductions du cœur que, lorsque nous connaissons parfaitement la volonté de Dieu, nous allions demander avis à quelqu’un qui n’est pas plus spirituel que nous. Sans doute un esprit plus spirituel peut m’aider à discerner la volonté de Dieu ; mais Dieu a lié la connaissance du sentier qui est selon sa volonté, de son sentier à lui, avec l’état intérieur de l’âme, et il nous fait traverser des circonstances — la vie humaine ici-bas — afin de mettre cet état à l’épreuve, de nous révéler à nous-mêmes quel est cet état et de nous y exercer.

 

Le chrétien doit, par son état spirituel, connaître les voies de Dieu. Le moyen à employer, c’est la Parole.

 

On ne peut manifester son amour pour le Seigneur qu’en obéissant à ses commandements. Pourquoi employer de belles expressions pour témoigner son amour envers lui, si l’on marche contrairement à ses pensées, en se laissant diriger par sa propre volonté ? Les commandements du Seigneur sont exprimés par sa vie entière, par tout ce qu’il a dit et fait. Il sert de modèle à ceux qui, par la foi, le possèdent comme leur vie. Pour eux, toute sa vie, ses actes, ses paroles font autorité. L’amour pour le Seigneur est le mobile d’action du croyant. Il est alimenté par la connaissance de sa Personne, de sa marche, de son dévouement jusqu’à la mort, de ses souffrances. Si le croyant ne s’occupe pas du Seigneur, s’il ne vit pas de lui, il ne peut marcher sur ses traces.

 

La grande bénédiction du croyant consiste à connaître toujours mieux la Personne du Seigneur ; cette connaissance ne peut se réaliser que dans une vie d’obéissance.

 

Seule l’obéissance permet de réaliser toutes les bénédictions propres à la position dans laquelle la grâce nous a placés. Aimer le Seigneur, c’est garder ses commandements. Celui qui garde ses commandements demeure dans son amour, participe à sa joie, comme à sa paix.

 

Rappelons-nous que, si nous sommes dans une entière dépendance du Seigneur, la tentation ne nous atteindra pas du tout. L’épreuve peut survenir ; mais, comme Jésus, nous pouvons dire de celle-ci : « La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? » (Jean 18:11). Si nous sommes près de Dieu, toute épreuve devient une occasion précieuse de manifester une obéissance plus grande, sinon c’est une tentation de sortir du chemin de la dépendance.

 

La libre volonté n’est que l’esclavage du diable.

 

Ne pas avoir d’autre motif que la volonté de notre Père, quelle simplification dans nos circonstances ! Si nous pensions à ne jamais rien faire que parce que c’est la volonté expresse de Dieu, combien de choses disparaîtraient immédiatement de notre vie ! Nous ne lutterions pas sans cesse contre ceci ou cela, mais nous serions gardés dans la conviction paisible que la grâce de Dieu a pourvu à tout et que nous n’avons pas à faire un pas sans que son amour y ait pourvu d’avance.

 

Nous trouvons dans la Parole la règle de la conduite du chrétien. Elle est très simple, très catégorique et parfaitement satisfaisante pour le cœur qui désire réellement faire la volonté de Dieu : « Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du seigneur Jésus » (Col. 3:17).

 

Si nous sommes assez près de Dieu, nous ne serons pas embarrassés pour connaître sa volonté.

 

Là où il y a du discernement spirituel, les choses deviennent aussi simples et claires que la lumière du jour. « Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25:14). Là où est la crainte du Seigneur, il y aura l’intelligence de sa Parole et de sa pensée ; mais la Parole de Dieu ne sera pas simple, si l’on ne se soumet pas à lui.

 

Le signe caractéristique de ceux qui aiment le Seigneur est l’obéissance. Lorsque nous jouissons d’une relation intime avec lui, notre amour se manifeste en ce que nous cherchons à connaître les désirs de son cœur. Si Christ nous est précieux, nous serons attentifs à sa Parole.

 

Aimez-vous la volonté de Dieu ? Il nous faut arriver bien des fois à la place où nous sommes prêts à abandonner les choses que nous pensons être bonnes et précieuses, afin que sa volonté s’accomplisse. Quand l’esprit est pur, libre de ce mélange de sentiments de l’âme, nous reconnaîtrons la volonté de Dieu, et nous trouverons que c’est en elle seule que notre cœur peut se réjouir. Nous ne verserons même plus une larme par sympathie pour la chair. Oui, l’action de la croix pénètre profondément et il importe qu’elle soit réelle à l’égard de l’âme.

 

L’activité de la nature divine en nous se manifeste toujours dans l’obéissance. Ce qui n’est pas obéissance, n’est pas Christ.

 

Reconnaître la seigneurie de Christ est un des grands secrets de notre vie chrétienne. C’est mettre de côté notre propre volonté pour n’obéir qu’à celle du Maître.

 

Chaque pas dans le chemin de l’obéissance est accompagné de bénédictions réelles, parce que l’obéissance est le fruit de la foi, et que la foi nous associe avec Dieu et nous introduit dans une communion vivante avec lui.

 

Seigneur, délivre-nous de cette légèreté d’esprit qui consiste à ne pas prendre le temps et la peine de considérer en toutes choses ta volonté !

 

Le critère du croyant dans toute sa marche doit être : « ce qui satisfait le cœur de Christ », et non pas : « quel mal y a-t-il en ceci ou en cela ».

 

Comme Jésus était entièrement dépendant du Père pour toutes ses paroles et ses œuvres, de même le croyant ne peut rien faire de lui-même.

 

Nous nous tourmentons souvent pour des choses que Dieu ne nous demande pas du tout. Notre état d’âme joue un grand rôle. Ce sont « les débonnaires qu’il fera marcher dans la voie de la justice et auxquels il enseignera sa voie ». Si nous sommes humbles et méfiants de nous-mêmes, si nous comptons sur Dieu en simplicité de cœur, il nous dirigera sûrement. Mais c’est un manque fatal de droiture que de demander conseil à Dieu, lorsque nous avons un parti pris et que notre volonté est en jeu.

 

C’est une grande chose de pouvoir dire au diable et au monde, non des lèvres seulement, mais en vérité et par toute notre vie : « Je suis parfaitement satisfait de la volonté de Dieu ».

 

 

3.2   L’amour

 

L’amour n’est ni aveugle ni faible. Seulement, au contraire de notre cœur naturel, il ne se plaît jamais à découvrir le mal et à le publier ; il ne le suppose pas ; quand il le trouve sur son chemin, il en est affligé et, au lieu de l’exposer à la malignité publique, il en cherche le remède. Mais il ne le traite jamais avec indifférence. Il en supporte les conséquences qui l’atteignent personnellement sans se plaindre ni se venger. En aucun cas, il ne s’y associe.

 

L’amour sert, l’amour s’humilie, prend volontairement la position la plus vile (la plus vile selon l’orgueil de l’homme), pour servir, et y trouver ses délices. Christ a agi par amour, Christ a voulu servir, Christ a voulu prendre la place la plus basse — Lui qui pouvait s’humilier ; — et nous ?

 

Étant le déploiement de la nature divine en nous et ce qui maintient le cœur dans la communion de Dieu lui-même, l’amour est le lien de la perfection, le vrai moyen de sainteté. Le cœur est, par lui, retenu loin de la chair et de ses pensées, dans la pure lumière de la présence de Dieu.

 

L’amour fait surmonter les difficultés, les persécutions, la frayeur que l’ennemi cherche à produire dans nos cœurs. Si nous sommes occupés de Dieu, heureux en lui, le poids des afflictions ne se fait pas sentir. La force de Dieu est dans le cœur et nos peines ne sont « qu’une légère tribulation d’un moment ».

 

La récompense d’aimer, c’est d’aimer encore davantage. Celui qui aime, s’enrichit de ce qu’il donne.

 

Dieu respecte l’amour qu’il obtient : car l’amour de ses créatures est son plus beau titre de gloire.

 

Le choix de la seule chose nécessaire est aussi le fruit de notre amour pour Christ. Parce que nous l’aimons, rien ne vaut pour nous autant que sa présence, et nous choisissons sa présence. C’est à lui de décider quelles sont les autres choses qu’il choisit de nous donner.

 

Plus encore que notre service, il désire notre amour.

 

Si nous aimons Christ véritablement, nous discernons ce qui lui plaît, sa volonté, ce qui à ses yeux a le plus d’importance, et cet amour doit nous aider à toujours choisir le meilleur, à renoncer aux biens secondaires ou à les placer au second plan.

 

L’amour est la conformité à la nature de Dieu, l’expression vivante de ce que Dieu est, la manifestation d’une participation à sa nature : on agit, on sent d’après la nature de Dieu. L’amour a sa source au-dedans de celui en qui il agit ; sa force est indépendante des objets dont il s’occupe, et c’est ainsi qu’il peut agir là où les circonstances pourraient produire dans le cœur de l’homme l’irritation ou la jalousie.

 

Quel objet difforme qu’un chrétien égoïste ! Il est une contradiction constante, un mensonge vivant.

 

 

3.3   La vigilance

 

Pierre n’est pas le seul pour qui le coq a dû chanter deux fois.

 

Il est d’un grand profit pour notre âme que nous ayons le jugement de Dieu présent à nos pensées, et que le sentiment de l’immuable majesté de Dieu soit maintenu dans notre conscience par ce moyen. La conscience que nous devrons tous être manifestés devant le tribunal de Christ engage le cœur du croyant accepté de Dieu à chercher à plaire au Seigneur à tous égards. Celui qui marche maintenant dans la lumière, celui dont la conscience réfléchit cette lumière, ne la craindra pas au jour où elle paraîtra dans la gloire. Affranchi de toute crainte, dans la parfaite lumière et avec la consolation de l’amour parfait et, en même temps, avec le sentiment de l’autorité et du gouvernement divin pleinement démontré dans l’âme, tout est jugé par l’âme elle-même comme Dieu le juge, et en communion avec lui. Cela est extrêmement précieux.

 

Prenons garde, dans les choses ordinaires de la vie, au premier pas qui nous éloignerait de la sainteté intérieure et de cette séparation de cœur pour lui qui nous donne son secret, savoir la lumière d’En haut, sur tout ce qui nous entoure ; car « le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent » (Ps. 25:14).

Dieu ne nous demande d’être fidèles qu’un jour à la fois. Nous voyons par là le prix que nous devons attacher à chacune de nos journées. Nous sommes facilement portés à considérer la vie comme un tout et à négliger le court espace d’un jour ; nous oublions que les jours font les années, que la valeur d’un jour dépend de son influence sur tout l’ensemble de la vie. Un jour perdu est un anneau brisé de la chaîne et en demande souvent plus d’un pour être réparé ; il déteint sur le suivant et le rend plus difficile à passer ; il peut même rendre inutile le travail de mois et d’années.

 

 

3.4   L’humilité

 

Dieu hait l’orgueil par-dessus tout, parce que l’orgueil donne à l’homme la place qui appartient à Celui qui est dans les cieux, exalté au-dessus de tout.

 

La vraie humilité ne consiste pas tellement à penser du mal de nous-mêmes qu’à n’y pas penser du tout. Je suis trop mauvais pour mériter qu’on pense à moi. Ce dont j’ai besoin, c’est de m’oublier moi-même et de regarder à Dieu qui est digne de toutes mes pensées.

 

Que Dieu nous accorde d’être n’importe quoi ou de n’être rien du tout, afin que le Seigneur Jésus Christ soit tout.

 

L’humilité qui découle du pardon de nos péchés, sera toujours plus profonde que celle qui découle de la découverte de ces péchés. La première nous met en rapport avec Dieu ; la seconde a affaire avec le « moi ». Pour être vraiment humble, il faut marcher avec Dieu dans l’intelligence et la puissance de la relation où il nous a placés. Il nous a faits ses enfants ; et pourvu que nous marchions comme tels, nous serons humbles.

 

Nous ne devons pas nous comparer aux autres pour nous justifier. Considérons plutôt notre parfait modèle, Christ ; alors, au lieu de nous justifier, nous nous condamnerons.

 

Rien n’indique un état de cœur plus déplorable, et rien ne peut être un plus grand obstacle à la bénédiction, qu’un esprit de censure et de critique.

 

S’occuper de soi d’une manière quelconque, est une chose des plus pernicieuses ; c’est le coup de mort de la communion. Tout ce qui tend à placer le « moi » devant l’âme doit être jugé et rejeté d’une manière décisive, car la faiblesse et la stérilité en sont la conséquence.

 

C’est une grande chose que nous soyons réduits à rien ; et si nous ne savons pas comment n’être rien, il faut que Dieu nous y amène ; un homme humble n’a pas besoin d’être humilié.

 

3.5   Le service

 

La grande affaire pour nous est d’être près de Christ et d’y demeurer constamment ; car c’est là que l’âme est gardée en paix dans le sentiment profond de son amour. Ainsi notre service découle du fait que nous demeurons auprès de lui, et il en porte l’empreinte.

 

Se livrer, c’est la cession volontaire et définitive de l’être tout entier, esprit, âme et corps, du « moi » à Christ, à qui il appartient de droit parce qu’il l’a créé et racheté. Désormais, Christ a le droit d’employer et de contrôler cet être qui lui appartient entièrement. Ce n’est pas pour être à lui, mais parce que nous sommes à lui que nous lui livrons notre vie. Sur la croix, au prix de son sang, Jésus a acquis le titre de propriété sur notre vie. Elle est sienne par droit d’achat. Lui avez-vous jamais livré ce qui lui appartient ? Christ a le droit de prendre de force ce qui est à lui, car il est le Seigneur. Mais il préfère nous contraindre par amour. Il nous sollicite de cette manière : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu ». La consécration s’étend à tous les membres de notre corps. Tout est compris ; rien n’est omis. Comprenons bien que nous ne devons faire aucune réserve en ce qui concerne ce don de nous mêmes. La plus petite réserve serait considérée par Dieu comme un acte de rébellion. Si Christ doit être notre maître, il doit être le maître de tout.

 

La seule puissance pour la délivrance du péché ou pour le vrai service, c’est Christ.

 

C’est l’amour pour Jésus qui nous pousse à l’œuvre : il ne saurait y avoir d’autre motif. Toute activité extérieure qui n’est pas le fruit de la vie intérieure, tend à nous faire agir sans Christ et à lui substituer le « moi ». J’ai peur d’une grande activité sans grande communion.

 

À moins que l’activité ne se renouvelle dans la communion avec le Seigneur, toute sincère qu’elle est, elle dégénérera en routine et deviendra même dangereuse, car par son moyen l’âme s’éloigne de Dieu sans le savoir.

 

Le temps viendra bientôt où nous dirons de tout ce qui, dans nos vies et nos voies, n’a pas été Christ : « Tout cela fut du temps perdu ».

 

Puissent l’amour et l’approbation du Seigneur, et non les choses qui vont disparaître, être les motifs qui nous gouvernent.

 

Heureux qui s’oublie et dont le regard, attiré par Christ, est détourné de sa propre contemplation. Heureux qui pense aux autres, et qui aime et qui sert, qui sort de soi en portant du fruit. Heureux qui se donne pour sauver. Pour qui sert, tout est joie.

 

Nous ne sommes pas souples entre les mains du Seigneur. Il doit donc briser en nous la volonté propre et ses manifestations, afin de nous amener à faire une chose parce qu’il la désire, et non parce que nous l’aimons. Il veut nous amener à la place où il n’a plus qu’un désir à exprimer pour que nous y répondions instantanément. C’est là l’esprit du serviteur. Mais un tel esprit ne se produira naturellement en aucun de nous. Il se manifestera seulement lorsque notre âme, le siège de notre énergie, de notre volonté, de nos sentiments naturels, aura connu le douceur de la croix. Tout vrai serviteur de Dieu doit connaître, à un moment donné, cette expérience. Il faut que soit produite en nous une véritable crainte de nous-mêmes. Nous redouterons de faire quelque chose par nous-mêmes. Mais lorsque nous en arrivons à vivre notre vie dans l’Esprit et par l’Esprit, bien que nous employions encore les facultés de notre âme comme nos forces physiques, elles sont désormais les servantes de l’Esprit ; et lorsque nous en sommes là, Dieu peut réellement nous employer.

 

Un jour doit arriver dans notre vie, aussi précis que le jour de notre conversion, où nous abandonnons tout droit sur nous-mêmes pour nous soumettre à la souveraineté absolue de Jésus Christ. Les conséquences pratiques peuvent être suscitées par Dieu, pour éprouver la réalité de notre consécration, mais qu’il en soit ainsi ou non, il doit y avoir un jour où, sans réserve, nous lui abandonnons tout — nous-mêmes, nos familles, nos biens, nos intérêts et notre temps. Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons est désormais à lui, pour être entièrement à sa disposition. À partir de ce jour, nous ne sommes plus nos propres maîtres, mais uniquement ses administrateurs. Tant que la souveraineté de Jésus Christ n’est pas établie dans nos cœurs, l’Esprit ne peut agir efficacement en nous. Il ne peut réellement diriger nos vies, tant que nous n’en avons pas remis le contrôle entre ses mains. Si nous ne lui donnons pas l’autorité absolue dans nos vies, il peut y être présent, mais il ne peut y être puissant. La puissance de l’Esprit est paralysée.

Lorsqu’il approuva, à Béthanie, l’action de Marie, le Seigneur Jésus établit le principe fondamental de tout service : c’est que nous lui donnions, à lui, tout ce que nous possédons, tout ce que nous sommes. Et si c’était là tout ce qu’il nous demande, cela lui suffirait. Il n’est pas question de savoir tout d’abord si « les pauvres » ont été secourus ou non. La première question est : le Seigneur a-t-il été satisfait ?

 

Celui qui ne commence pas par se mettre à l’école de la sagesse, ne sera jamais un vrai serviteur.

 

Dieu, dans sa grâce, trace à chacun de nous le chemin qu’il doit suivre, donnant à chacun une sphère d’action et des devoirs à remplir ; et nous sommes tenus de connaître quelle est notre vocation et quels sont les devoirs qui se rattachent à cette vocation, afin que, par la grâce qui nous est donnée chaque jour, nous puissions travailler efficacement à la gloire de Dieu. Il importe peu quelle est notre mesure, pourvu qu’elle nous ait été départie de Dieu. Nous pouvons avoir « cinq talents », ou n’en avoir reçu « qu’un seul » ; mais si nous faisons valoir ce « seul » talent, les yeux arrêtés sur notre Maître, nous entendrons aussi certainement de sa part ces paroles : « cela va bien », que si nous avions fait valoir les « cinq talents ».

 

Que de fois lorsque Dieu nous confie une activité pour son service, nous avons la manière d’agir et les décisions de l’homme selon la chair, et notre travail reste stérile. Il est important de comprendre que dans le ministère tout, absolument tout, doit être de Dieu, et rien de l’homme.

 

Les œuvres expriment la foi et la nourrissent.

 

Le vrai service ne consiste pas dans l’activité qui s’y déploie, mais dans la profonde soumission à la volonté du Seigneur, dont cette activité est l’expression.

 

Oh ! que les croyants cessent de regarder à eux-mêmes pour se plaindre de leur faiblesse, comme si Dieu les appelait à une œuvre pour laquelle il ne les a pas préparés ! Qu’ils acceptent joyeusement et avec foi le fait merveilleux qu’en les unissant à Christ, Dieu se charge de leur développement spirituel et des fruits qui en découlent ! Alors, toute paresse, toute hésitation malsaine disparaîtront. Sous l’influence bénie de la foi en la fidélité de Celui par qui ils sont en Christ, ils se lèveront pour accomplir leur glorieuse destinée.

 

Prenons garde de ne pas nous laisser aller à l’influence desséchante d’un fatalisme pernicieux qui, avec un certain air de vérité, est complètement faux, en tant qu’il renie la responsabilité de l’homme, et paralyse toute énergie divine pour la cause de Christ. Nous devons nous rappeler que Celui qui, dans ses conseils éternels, a décrété la fin, est aussi Celui qui a déterminé les moyens ; et si, par incrédulité, ou si, influencés par une vérité partielle, nous nous croisons les bras et négligeons les moyens, il nous mettra de côté et fera accomplir son œuvre par d’autres. Il agira, mais nous perdrons l’honneur, le privilège et la bénédiction d’être ses instruments.

 

Ce n’est que par une mortification complète du « moi » que les forces merveilleuses que Dieu nous a dispensées pour le servir, nos dons, nos talents, tout en nous, peut lui être entièrement consacré.

 

3.6   Le témoignage

 

Se dire chrétien, c’est affirmer qu’on a dépouillé le vieil homme et revêtu le nouveau ; c’est dire que Christ est notre vie.

Mais dire est une chose, vivre en est une autre. Vivre en chrétien, c’est exprimer Christ, prouver ce nouvel homme en le montrant à l’œuvre dans un bienheureux renouvellement à l’image de Celui vers lequel les regards du fidèle sont tournés.

 

L’opprobre de Christ est un trésor pour le croyant fidèle, car c’est le sceau attestant que nous lui appartenons.

 

Quiconque croit en Jésus est appelé à laisser couler les fleuves bienfaisants dont il est le canal, en faveur de tous ceux qui l’entourent. Le chrétien doit se considérer comme le canal des grâces diversifiées de Christ, en faveur d’un monde pauvre et misérable ; et plus il sèmera libéralement, plus aussi il recevra libéralement : « Tel disperse, et augmente encore ; et tel retient plus qu’il ne faut, mais n’en a que disette » (Prov. 11:24). Le chrétien est ainsi placé dans une position, où à la fois il jouit des privilèges les plus doux, et où il est sous la responsabilité la plus solennelle. Il est appelé à être un témoin constant de la grâce de Celui en qui il croit, et à manifester cette grâce incessamment.

Or mieux il comprendra ses privilèges, mieux aussi il s’acquittera de sa responsabilité. Plus il se nourrira habituellement de Christ, plus son regard sera arrêté sur Jésus, plus aussi son cœur sera occupé de la personne adorable du Sauveur ; et sa vie et son caractère rendront un témoignage vrai et non équivoque à la grâce qui lui a été révélée et qu’il goûte.

 

3.7   Jusqu’à Lui

 

C’est beaucoup que de ne jamais perdre de vue le but céleste, de ne jamais avoir le cœur partagé, de ne penser qu’à une chose, d’agir et de penser toujours selon l’énergie positive qu’opère le Saint Esprit dans le nouvel homme en le dirigeant vers ce seul et céleste but.

 

Une fois que nous sommes fils de Dieu, la vie du Fils de Dieu comme homme ici-bas devient notre règle de vie.

«  Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés » (Éph. 5:2).

 

« Afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » (Éph. 3:19). Il n’y a pas de limites à notre développement spirituel, sinon celles que nous établissons nous-mêmes par notre résistance et notre incrédulité.

 

La vie chrétienne n’est pas caractérisée seulement par certaines qualités subjectives qui découlent de Christ, mais par le fait qu’elle a Christ lui même pour but et pour objet du cœur et de la pensée, dans tout ce qu’elle fait à tous égards. Christ domine personnellement et est présent au cœur en toutes choses.

 

Tout ce qui, en nous brisant, nous délivre de nos propres voies et nous amène dans celles du Seigneur, nous est salutaire. Tout ce qui a pour effet de nous faire apprécier Christ, aussi bien à la fin qu’au commencement du voyage, un Christ connu comme la portion dont nos âmes se nourrissent, comme nous l’avons connu pour le pardon de nos péchés, tout ce qui produit de tels fruits, nous est bon.

 

On parle de sacrifices à faire : ce n’est pas un grand sacrifice d’abandonner des ordures. Si nos yeux étaient assez fixés sur Christ pour que ces choses prennent un tel caractère, nous n’aurions pas de peine à les abandonner. Le caractère des choses dépend de l’objet que le cœur poursuit.

 

Pour courir, on jette les poids qui alourdissent ; tout ce qui m’occupait naguère est entrave et perte pour moi. Il ne vaut pas la peine de m’y arrêter, ce sont des ordures. Si, ayant quitté les choses du monde, je pense que j’ai fait un grand sacrifice, cela prouve que j’estime encore le monde, tandis que je ne puis trouver qu’il y ait un sacrifice quelconque à quitter des ordures. Au contraire, je suis débarrassé ; c’est la liberté. Ce qui me possède, c’est l’amour de la justice, c’est la contemplation de la gloire de Jésus à la droite de Dieu. Cela délivre le cœur de toute entrave.

 

Aucune épreuve ne peut atteindre celui qui a Christ pour son tout. Il peut avoir perdu telle chose ou telle autre, mais s’il a Christ, il possède ce qu’il ne peut perdre.

 

Lorsque nos yeux on été ouverts sur l’excellence de notre Seigneur, rien n’est trop bon pour lui.

 

Le secret d’un progrès réel est l’attachement personnel à Christ lui-même.

 

Il faut que le Seigneur ouvre nos yeux sur sa valeur à lui, sur ce dont il est digne.

 

La perfection actuelle, c’est la condition d’un homme qui réalise par l’Esprit cette vérité qu’il est ressuscité avec Christ et glorifié en lui dans le ciel, et qu’il sera parfait tel que lui. La perfection n’est pas un état que nous atteignions ici-bas. « Non que … je sois déjà parvenu à la perfection » (Phil. 3:12).

 

4                        Le combat chrétien

 

4.1   Satan

 

Celui qui pratique le péché est du diable, il a moralement la même nature que le diable ; car le diable pèche dès le commencement. C’est son caractère originel comme diable. Or Christ a été manifesté, afin qu’il détruisît les œuvres du diable ; comment donc celui qui partage le caractère de cet ennemi des âmes, peut-il être avec Christ ? Celui qui est né de Dieu ne pratique point le péché. La raison en est évidente : il est rendu participant de la nature de Dieu ; il tire sa vie de lui. Ce principe de la vie divine est en lui. La semence de Dieu demeure en lui ; il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. Comment se pourrait-il que la nature divine péchât ?

 

Le croyant, entre les bras de son Sauveur, est à l’abri de toute la puissance de Satan, et Satan le sait très bien. Aussi tous ses efforts tendent-ils à nous séparer de Christ, ne fût-ce qu’un instant. Lorsque par ruse, il nous aura attirés hors de la forteresse de l’amour de Dieu, il nous aura totalement à sa merci. Malheur à qui cède, par lâcheté, par faiblesse, ou peut-être par amour du péché !

 

Nous pensons parfois qu’une bonne bataille livrée à Satan nous suffira, mais il n’en est rien. Nous avons la sécurité en Christ et la certitude de la victoire, mais aucune promesse que le combat prendra fin.

 

Les tentations de Satan n’ont pas pour premier but de nous faire commettre un péché particulier, mais simplement de nous amener à agir dans notre propre énergie ; et dès que nous sortons de notre refuge pour agir sur cette base, il a remporté la victoire sur nous. Tant que nous ne bougeons pas, tant que nous ne sortons pas de l’abri de Christ pour revenir dans le domaine de la chair, il ne peut pas nous atteindre.

 

Jésus n’a pas dit à Satan : Je suis Dieu, va-t-en ! Cela n’aurait été pour nous ni un secours, ni un exemple. Il a cité la Parole donnée à l’homme, en Homme obéissant, et l’homme fort a été vaincu.

 

Nous avons à nous rappeler que Christ a lié Satan, en sorte que maintenant il peut piller ses biens. Il permet peut-être que Satan jette quelques-uns en prison pour qu’ils soient éprouvés, mais Satan n’y gagne rien ; quand il se trouve devant une personne qui marche avec Christ, il n’a absolument aucune puissance contre elle. Que les eaux soient agitées ou calmes, il sera toujours vrai que nous y enfoncerons si Christ n’est pas avec nous, et que nous marcherons sur elles, s’il est avec nous.

 

Au lieu de mettre Dieu entre nos soucis et nous, ce sont nos soucis que nous plaçons entre Dieu et nous, de telle sorte qu’au lieu d’être gardés dans sa paix, nous demeurons dans l’inquiétude. L’ennemi ne réussit que trop à nous occuper de tous nos soucis, afin de nous empêcher de jouir de ce que nous avons en Christ.

 

Nulle part la lutte avec l’ennemi n’est sentie plus intensément que dans la prière ; c’est là que Satan désire intervenir.

 

4.2   La chair

 

Tout ce que je n’ai pas reçu par la nouvelle naissance, mais que j’ai hérité par ma naissance naturelle, est chair et ne peut apporter de gloire qu’à l’homme, et jamais à Dieu. Cette déclaration peut nous paraître amère, mais elle est vraie.

 

L’origine d’une chose détermine sa destinée, et ce qui est « de la chair » à l’origine ne pourra jamais devenir spirituel par aucun « perfectionnement ». Ce qui est né de la chair est chair, et ne sera jamais autre chose. Tout ce que nous pouvons accomplir par nous-mêmes, n’est « rien » aux yeux de Dieu, et il nous faut accepter l’appréciation de Dieu, et reconnaître que ce n’est rien ! « La chair ne profite de rien » (Jean 6:63). Seul ce qui vient d’En haut peut demeurer.

 

Dieu nous demande de nous considérer comme morts, non pour que nous mourions en le faisant, mais parce que nous sommes morts. Il ne nous a jamais demandé de reconnaître une chose qui ne serait pas un fait.

 

Tandis que Romains 6 parle du « corps du péché » (v. 6), Romains 7 parle de « ce corps de mort » (v. 24). Dans le ch. 6, c’est tout le problème du péché qui est devant nous ; dans le ch. 7, c’est le problème de la mort. Quelle est la différence entre le corps du péché et le corps de mort ? Par rapport au péché (savoir tout ce qui déplaît à Dieu), j’ai un corps de péché, c’est-à-dire un corps engagé activement dans le péché. Mais par rapport à la loi de Dieu (savoir tout ce gui exprime la volonté de Dieu), j’ai un corps de mort. Toute mon activité à l’égard du péché fait de mon corps, un corps de péché ; mon impuissance à l’égard de la volonté de Dieu fait de mon corps, un corps de mort. Par ma propre nature, j’accepte tout ce qui est mal, tout ce qui est du monde et de Satan, et je refuse tout ce qui appartient à la sainteté, au ciel, et à Dieu.

Avons-nous découvert que nous sommes encombrés du fardeau d’un corps sans vie à l’égard de la volonté de Dieu ? La mort signifie faiblesse absolue ; elle signifie qu’on est faible au point de ne pouvoir l’être davantage. Le fait que j’ai un corps de mort à l’égard de la volonté de Dieu, signifie que je suis si faible, que je suis plongé dans la détresse la plus terrible. « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Rom. 7:24).

 

Le « moi » ne nous laisse pas de repos. Orgueilleux, il n’aime pas à être mis de côté ; susceptible, il ne peut accepter une parole dure ou injuste, il ressent la moindre offense. Il est facilement découragé, prompt à s’irriter, difficile à contenter, présomptueux et à la fois craintif.

Ce « moi » égoïste, si fatigant par ses exigences, ses susceptibilités, ses œuvres propres, a été cloué à la croix.

 

Le « moi » doit être, tôt ou tard, connu et jugé. Si l’on n’apprend pas à le connaître dans la communion de Dieu, il faut qu’on l’apprenne par l’expérience amère de quelque chute : « En sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu ». Dieu veut avoir des vases vides.

 

La chair est en nous comme une nature ennemie et condamnée, et n’est que cela.

 

Dieu n’a pas pardonné, mais il a condamné le péché dans la chair, et cela dans la Personne de Christ, sacrifice pour le péché. Uni avec lui dans le ciel, le chrétien doit marcher comme lui a marché sur la terre.

 

Un royaume ne peut avoir deux rois. Si le Seigneur règne sur notre cœur, le vieil homme doit abdiquer.

 

Par la crucifixion du vieil homme, le pécheur est délivré de la puissance et de l’empire du péché ; par la grâce, cette libération est un fait accompli ; par la foi, elle devient une expérience. Par la grâce, le vieil homme a été mis au tombeau ; par la foi, il y restera. Quand le chrétien se regarde comme « mort au péché », le Saint Esprit fait de cette mort une réalité.

 

La chair ne supporte pas d’être condamnée au néant, non par des efforts pour s’annuler elle-même, ce qui la rétablirait dans toute son importance, mais par une œuvre qui la laisse dans sa vraie nullité, et qui a prononcé sur elle le jugement absolu de la mort, de sorte que, convaincue de n’être rien que péché, elle n’a plus qu’à se taire. Sa place est d’être morte, et non pas de devenir meilleure. Nous avons le droit et le pouvoir de tenir la chair pour morte, parce que Christ est mort et que nous vivons sa vie de résurrection ; il est devenu lui-même notre vie.

 

Notre propre volonté et le fait que nous faisons du « moi » notre centre, sont la source de toute notre misère ; car les circonstances extérieures peuvent nous éprouver et causer de la douleur, mais non de la misère morale ; celle-ci découle de la propre volonté agitée et mécontente.

 

Lorsque nous prêtons l’oreille aux sollicitations de la chair ou si, même, nous entrons en lutte avec elle, nous reconnaissons comme vivant quelque chose que nous devrions tenir pour mort. Ne faire aucun cas des prétentions de la chair, voilà le vrai combat : il mène toujours à la victoire.

 

4.3   Le monde

 

Celui qui est né de Dieu est victorieux du monde (1 Jean 5:4). Il a une nature et un principe qui surmontent les difficultés que le monde oppose à sa marche. Sa nature est la nature divine, car il est né de Dieu ; son principe est celui de la foi. La foi est insensible aux attraits que ce monde offre à la chair, et cela parce que cette nature a, complètement en dehors de ce monde, un esprit indépendant, un objet à elle qui la gouverne. La foi dirige ses pas ; or la foi ne voit pas le monde, ni ce qui est présent. Le monde a perdu son empire sur elle. Les affections et la confiance de cette nature sont fixées sur Jésus, qui a été crucifié. Ainsi, le croyant, détaché du monde, a le courage de l’obéissance et fait la volonté de Dieu.

 

Mettons de côté tout ce qui est une perte pour nous ; il y a toujours un ver rongeur dans les choses de la terre auxquelles nos cœurs s’attachent encore si souvent avec ardeur. Il n’y a pas, pour la foi, d’autre trésor que le Seigneur Jésus dans le ciel. Si nous le négligeons, c’est qu’il n’a pas pris, dans nos cœurs, la place à laquelle il a droit. Demandons instamment à Dieu qu’il nous donne de pouvoir répondre à notre appel céleste. Quand le cœur est ainsi engagé avec le Seigneur en haut, de telle sorte que nos affections trouvent en lui leur objet, il se produit tout naturellement un effet correspondant dans la marche : « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées » (Luc l2:35). Il faut que nos reins soient ceints afin que, l’homme intérieur étant toujours sous le contrôle et l’autorité de la Parole, nous soyons gardés de la souillure de ce monde.

 

Les choses célestes et les choses terrestres ne peuvent aller ensemble. Regarder en haut et en bas, avoir nos motifs dans le ciel et sur la terre en même temps, est impossible ; être tenté par les choses terrestres, avoir à les combattre, oui bien ; mais ce n’est pas les avoir pour objet. La raison toutefois de cette abnégation des choses d’ici-bas, se trouve dans notre position : nous sommes morts et notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Telle est la précieuse et consolante vérité, à l’égard du chrétien, en vertu de ce que Christ est mort pour nous. Nous avons reçu la vie de Christ, et tout ce que Christ a fait pour nous dans cette vie, nous appartient.

 

Christ et le péché ne peuvent cohabiter, et nous ne pouvons avoir sa présence avec l’amour du monde.

 

Un chrétien céleste tient pour une honte toute marque du monde sur lui.

 

Un cœur distrait est un fléau pour le chrétien. Quand le cœur est rempli de Christ, il n’a point de place ni de désir pour les vanités du monde. Si Christ habite dans notre cœur par la foi, nous ne nous poserons pas la question si fréquente : « Quel mal y a-t-il en ceci ou cela ? ». Nous nous demanderons plutôt : « Est-ce que je fais ceci pour Christ ? Peut-il m’approuver en cela ? ». Si nous sommes en communion avec lui, nous découvrirons facilement ce qui n’est pas selon lui. Ne laissons pas le monde intervenir et détourner nos pensées.

 

Ce qui nous empêche de nous réjouir, ce ne sont pas les difficultés du chemin, mais un cœur partagé. Quand un chrétien marche avec le monde, sa conscience lui fait des reproches, et s’il rencontre des chrétiens spirituels, il est malheureux en leur compagnie : de fait, il n’est heureux nulle part.

 

Il est une marche aisée, un chemin facile de mondanité, et rien n’est plus triste que de voir un chrétien vivre tranquillement et confortablement, allant de l’avant, jour après jour, sans aucune dépendance du Seigneur.

 

Tout signe du monde est un opprobre pour celui qui est céleste. Le principe de la mondanité est déraciné chez celui qui est mort et ressuscité avec Christ, et qui vit d’une vie céleste. La vie d’un ressuscité n’est pas de ce monde ; elle n’a pas de lien avec lui.

 

Si le croyant est sur une croix et le monde sur une autre, la distance morale qui les sépare est considérable. Si la distance est considérable en principe, elle devrait l’être en pratique aussi. Le croyant se montre infidèle à Christ en proportion de la communion qu’il entretient avec le monde. Nous sommes morts au monde et vivants avec Christ. Nous sommes à la fois participants de son rejet sur la terre et de son acceptation dans le ciel ; et la joie de cette acceptation nous fait compter pour rien l’épreuve qui se rattache au rejet.

 

Qu’est-ce que le monde ? La Parole de Dieu le définit avec une parfaite précision : « ce qui n’est pas du Père » (1 Jean 2:15-16). Ainsi, plus ma communion avec le Père sera profonde, plus aussi sera exercé mon discernement à l’égard de ce qui est du monde. Plus vous vous réjouissez dans l’amour du Père, plus aussi vous rejetez le monde. Mais qui est-ce qui révèle le Père ? C’est le Fils. Et il le fait par la puissance du Saint Esprit. C’est pourquoi plus je sais, dans la puissance d’un Esprit nous contristé, m’abreuver dans la révélation que le Fils fait du Père, plus mon discernement de ce qui est du monde est juste. « Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair » (Gal. 5:16). Marchez avec Dieu et vous ne marcherez pas avec le monde. Quel bonheur ce serait, si tous ceux qui font profession de sortir d’Égypte, s’en éloignaient véritablement et savaient bien reconnaître la croix et la tombe de Christ comme formant la limite entre eux et le monde.

 

Qu’il est déplorable de voir des chrétiens rechercher les choses du monde ! Cela prouve clairement qu’ils sont « dégoûtés » de la manne céleste et qu’ils l’estiment être un « pain misérable ». Ils servent ce qu’ils devraient mortifier. L’activité de la vie nouvelle est toujours liée au dépouillement du « vieil homme avec ses actions » (Col. 3:9) ; et plus ce dépouillement aura lieu, plus on désirera se nourrir du « pain qui soutient le cœur de l’homme » (Ps. 104:15).

 

À quoi servons-nous si, dans notre marche, nous nous identifions à un monde qui a rejeté Christ ?

 

Quand un chrétien a honte de confesser Christ quelque part, la première chose qu’il doit examiner, est s’il ne se trouve pas en un lieu et dans une compagnie où le chrétien devrait avoir honte de se trouver. Paul considérait le monde comme une chose qui devait être clouée à la croix ; et le monde, en crucifiant Christ, avait crucifié tous ceux qui lui appartenaient.

 

Notre association avec Christ nous ouvre le ciel et nous rejette hors de ce monde ; or, si nous faisons profession d’être du ciel sans que le monde nous rejette, cela prouve qu’il y quelque chose de faux dans la position que nous avons prise.

 

Il vaut mieux être attiré par les joies du ciel, qu’être poussé en haut par les chagrins de la terre. Le croyant ne devrait pas attendre que le monde l’abandonne pour abandonner le monde ; il devrait laisser les choses de la terre, par la puissance de la communion des choses qui sont En haut. Quand, par la foi, on a saisi Christ, il n’est pas difficile de laisser le monde ; la difficulté alors serait plutôt de rester attaché au monde.

 

Ce n’est que par la foi que nous pouvons surmonter le monde. L’incrédulité nous place sous la puissance des choses présentes, ou, en d’autres termes, donne au monde la victoire sur nous ; tandis que l’âme qui, par l’enseignement du Saint Esprit, a appris à connaître que Dieu suffit parfaitement, est entièrement indépendante des choses d’ici-bas. « C’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi ».

 

Les pires et les plus dangereux instruments de Satan sont des croyants possédant la vérité et en jouissant, peut-être, mais craignant l’opprobre et l’inimitié du monde. Reculer devant la croix, c’est renier le christianisme.

 

La même œuvre qui a pour toujours enlevé nos péchés nous a retirés (littéralement : arrachés avec force) hors de ce présent siècle mauvais. Les deux choses vont ensemble. Christ m’a non seulement délivré des conséquences de mes péchés, mais aussi de la puissance actuelle du péché ou des exigences et des influences de ce système que l’Écriture appelle « le monde ».

 

Ceux qui professent d’être chrétiens, tout en reniant leur appel et leur caractère célestes, ou en agissant comme s’ils étaient citoyens de ce monde, font un tort considérable à la cause de Dieu et au témoignage de Christ. Ils deviennent des instruments dont Satan sait tirer parti. Un chrétien indécis, partagé, est plus inconséquent qu’un mondain sincère ou qu’un véritable incrédule.

 

4.4   La loi

 

La loi n’a rien amené à la perfection ; elle a été, du reste, mise de côté « à cause de sa faiblesse et de son inutilité » (Héb. 7:18-19). Elle a maudit les coupables et n’a pu en sauver aucun. Notre Sauveur a subi cette malédiction pour ceux qui croient en lui, afin que « la bénédiction nous parvînt dans le Christ Jésus » (Gal. 3:13). La loi est retournée au trône de Dieu, avec toute la gloire qu’elle a reçue, par la sanction que Dieu a fait reposer sur elle, par le jugement de notre divin Substitut, afin qu’au lieu de la malédiction que nous avions encourue, nous recevions la vie et le Saint Esprit, puissance de cette vie. Lorsque Christ a subi le jugement, nous avons été atteints nous-mêmes par ce jugement et devons le réaliser heure par heure, en portant la croix chaque jour. Ainsi la loi qui s’adressait à l’homme pécheur, l’ayant condamné et maudit, n’a plus rien à nous dire, puisque nous sommes morts à la loi, pour être à un autre, au Christ Jésus ressuscité. Notre Sauveur ayant pris notre place sous le jugement, la loi ne s’adresse plus à nous ; nous sommes délivrés de son autorité et de sa malédiction, et vivons d’une vie nouvelle de résurrection en Christ ressuscité, dans laquelle nous n’avons plus rien à faire avec la loi. Ce n’est cependant pas que nous soyons sans loi quant à Dieu, mais nous sommes justement soumis à Christ (1 Cor. 9:21). Ainsi les justes exigences de la loi se trouvent réalisées en ceux qui, sans être placés sous l’autorité et sous la malédiction de la loi, marchent non selon la chair, mais selon l’Esprit (Rom. 8:3).

 

La grâce dans laquelle nous sommes, ôte à la chair tout pouvoir sur nous. Si la loi est la puissance du péché (1 Cor. 15:56), la grâce en est l’impuissance. La loi donne au péché de la puissance sur nous ; la grâce nous donne de la puissance sur le péché.

 

Dieu a certaines exigences de sainteté et de justice que je suis appelé à remplir : c’est la loi. Or, si la loi signifie que Dieu me demande d’accomplir certaines choses, l’affranchissement de la loi signifie qu’il ne me le demande plus pour mériter sa faveur, parce que, dans sa grâce, il y a pourvu lui-même. La loi signifie que Dieu me demande de faire quelque chose pour lui ; la délivrance de la loi signifie qu’il m’exempte de le faire, parce que, dans sa grâce, il le fait lui-même.

 

Les exigences de Dieu n’ont pas changé, mais ce n’est pas à nous à y répondre. Que Dieu soit loué ! Il est sur le trône, Celui qui donne la loi, et il est dans mon cœur, Celui qui l’observe. C’est lui qui a donné les commandements, et lui-même qui les accomplit.

 

Tant que nous nous efforçons de faire quelque chose, Dieu ne peut pas agir pour nous.

 

Quand nous abandonnons la partie, Dieu la prend en mains. Il attend que nous soyons à la fin de nos ressources et que nous ne puissions plus rien par nous-mêmes. Dieu a condamné tout ce qui est de la vieille création et, en la Personne de notre Seigneur Jésus, l’a clouée sur la croix. La chair ne sert de rien ! Si nous essayons de faire quelque chose dans la chair, nous rejetons virtuellement la croix de Christ. Dieu a déclaré que nous ne méritions que la mort. Lorsque nous le croyons réellement, nous confirmons le verdict de Dieu en abandonnant tout effort charnel pour lui plaire.

 

La vie chrétienne ne consiste point dans l’observation de certaines ordonnances, commandements ou traditions. Elle est une divine réalité. C’est Christ dans le cœur, et Christ reproduit dans la vie de chaque jour, par la puissance du Saint Esprit. C’est l’homme nouveau, formé d’après le modèle de Christ lui-même, et se révélant dans les moindres détails de notre conduite et de notre marche au milieu du monde, de nos familles, de nos transactions avec nos semblables, dans nos manières, notre humeur, en un mot dans tout ce qui est nous mêmes. Ce n’est point une affaire de profession ou de dogme, d’opinion ou de sentiment, mais une réalité vivante et incontestable. C’est la dépendance de Dieu établie dans le cœur, étendant sa domination bénie sur tout l’être moral, et répandant sa douce influence sur toute la sphère où nous sommes appelés à vivre. C’est le chrétien marchant sur les traces bénies de Celui qui allait de lieu en lieu, faisant du bien, trouvant son plaisir à donner et à servir, toujours prêt à soulager et à sympathiser avec les cœurs affligés ou découragés.

 

Je ne dis pas que l’autorité de la loi se soit affaiblie ou ait cessé : ce que je dis, c’est que j’y suis mort. La loi a de l’autorité sur l’homme aussi longtemps qu’il vit, et ne peut en avoir plus longtemps. Or je ne suis plus vivant dans la chair. Délivré, tout à fait hors d’elle, par la rédemption, je suis mort et ressuscité ; je suis en Christ.

 

4.5   Lutte et victoire

 

Un chrétien charnel et endormi n’aura pas à soutenir une grande lutte spirituelle : il est déjà parmi les vaincus. Mais plus un croyant sera rempli de l’Esprit, plus il voudra avancer dans la sanctification, et plus il aura à subir les assauts de l’ennemi.

 

Dieu ne se moque pas de nous. Il ne nous revêtirait pas de son armure, si elle n’était pas capable de résister aux coups de l’adversaire. Il ne nous lancerait pas non plus dans la bataille, si la victoire n’était pas possible.

 

Il n’y a pas une position dans laquelle un saint se trouve, où il ne puisse chercher la présence de Dieu pour être secouru.

 

Le chemin le plus difficile, celui qui nous mène aux plus rudes combats, n’est que le chemin de la victoire et du repos, nous faisant avancer dans la connaissance de Dieu. C’est le chemin dans lequel on est en communion avec Dieu, lui qui est la source de toute joie ; ce sont les arrhes et l’avant-goût du bonheur éternel et infini.

 

L’Esprit et la Parole sont le tout de la vie spirituelle. Munie de cette force, la foi va en avant, fortifiée par la Parole encourageante de notre Dieu. Dieu a un chemin dans le monde où Satan ne peut nous atteindre. C’est le chemin où Jésus a marché. Satan est le prince de ce monde, mais il y a un chemin divin pour le traverser et il n’y en a pas d’autre. C’est là qu’est la puissance de Dieu. La Parole en est la révélation.

 

L’habitude constante de juger la chair dans les petites choses est le secret pour être gardé de chutes.

 

Les moyens par lesquels Dieu nous délivre du péché ne consistent pas à nous rendre de plus en plus forts, mais à nous rendre de plus en plus faibles. C’est sûrement une manière plutôt singulière de nous amener à la victoire, direz-vous ; mais c’est le chemin de Dieu. Dieu nous affranchit du pouvoir du péché, non pas en fortifiant notre vieil homme, mais en le crucifiant ; non pas en l’aidant à arriver à quelque chose, mais en le mettant hors d’action.

 

Souvent le chrétien cherche à oublier sa faiblesse, il veut la vaincre, en être délivré. Dieu veut, au contraire, que nous en soyons conscients, que nous la sentions profondément ; il veut que nous y demeurions et même que nous nous réjouissions en elle. Le chrétien gémit de sa faiblesse, mais Christ enseigne à ses disciples à dire : « Je me glorifierai très volontiers plutôt dans mes infirmités ». Le chrétien la considère comme le plus grand obstacle qui l’empêche de vivre pour son Dieu ; et Dieu nous dit qu’elle est le secret de la puissance et du succès. C’est notre faiblesse, franchement reconnue, qui nous donne droit et accès à la force de Celui qui a dit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ».

 

Le Seigneur ne supprime pas le sentiment de notre faiblesse ; au contraire, chose merveilleuse, en laissant et même en développant en nous le sentiment d’une totale impuissance, il nous donne, en même temps, conscience d’une grande force en lui. « Nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous ». La faiblesse et la force marchent de front ; si le sentiment de l’une augmente, le sentiment de l’autre augmente aussi, jusqu’à ce qu’enfin nous puissions dire avec l’apôtre Paul : « Quand je suis faible, alors je suis fort. Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes infirmités, afin  que la puissance du Christ demeure sur moi ».

 

Acceptons, par la foi, ce plan admirable de Dieu : en nous, rien que faiblesse ; en Christ la toute-puissance. Ne regardons plus à nous-mêmes, mais seulement à Christ, et nous pourrons dire alors : « Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie ».

 

 

4.6   Chutes et restauration

 

Lorsque la communion est interrompue, lorsque nous avons péché (non pas lorsque nous nous sommes repentis, car c’est son intercession qui nous mène à la repentance), Christ intercède pour nous. La justice est toujours là — notre justice — « Jésus Christ le Juste ». Ainsi la grâce agit en vertu de cette justice et de ce sang qui est devant Dieu — elle agit en réponse à l’intercession de Christ qui ne nous oublie jamais, pour nous ramener à la communion par la repentance.

 

Lorsque nous avons perdu la communion avec Dieu, notre cœur naturel dit : « Je dois en corriger la cause, avant de pouvoir venir à Christ ». Mais il est plein de grâce et, si nous le savons, notre devoir est de revenir à lui immédiatement tels que nous sommes, et ensuite de nous humilier profondément devant lui. Ce n’est qu’en lui et par lui que nous trouverons ce qui restaure nos âmes.

 

Quand c’est Dieu qui fixe notre position, nous pouvons être sûrs qu’elle est choisie avec sagesse et qu’elle est salutaire ; et même, quand nous l’avons follement et volontairement choisie nous-mêmes, Dieu, dans sa miséricorde, domine notre folie et fait que la puissance des circonstances dans lesquelles nous sommes placés, travaille à notre bien spirituel.

 

Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés. La confession est donc ce que Dieu demande. Un chrétien qui aurait péché en pensée, en paroles ou en action, pourrait prier pendant des jours et des mois pour demander le pardon, et cependant ne pas avoir l’assurance, fondée sur 1 Jean 1:9, qu’il est pardonné. Tandis que, dès qu’il confesse sincèrement son péché devant Dieu, ce n’est plus qu’une affaire de foi de savoir qu’il est parfaitement pardonné et parfaitement purifié.

 

Il est de toute importance que notre vie intérieure soit maintenue à la hauteur de notre activité extérieure, sinon nous sommes près de quelque chute spirituelle.

 

Une fausse humilité, fruit de l’incrédulité, porte celui qui s’est égaré ou qui est resté en arrière, à prendre une position inférieure à celle qu’il tient de Dieu, parce qu’il ne connaît pas le principe sur lequel Dieu restaure ceux qui sont tombés, ni dans quelle mesure il les restaure. Le fils prodigue demande à être fait serviteur, ignorant que, quant à lui, il n’a pas plus droit à la place de serviteur qu’à celle de fils, et que, en outre, il serait indigne du caractère du père de le placer dans une telle position. Il ne lui reste donc qu’à accepter ce que le père trouve bon de lui donner, savoir la position la plus élevée, celle de la communion avec lui-même.

 

Il faut plus de peine pour revenir dans le chemin de la bénédiction, que pour se tenir loin du mal.

 

Il n’y a peut-être rien qui endurcisse autant le cœur que l’habitude de confesser le péché sans le sentir.

 

Il n’y a aucune limite au pardon divin, par le fait qu’il n’y en a aucune à l’étendue de l’expiation, aucune à la vertu et à l’efficace du sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui purifie de tout péché ; aucune à la valeur de l’intercession de notre grand Souverain Sacrificateur, qui peut sauver jusqu’au bout tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui.

 

4.7   La sanctification

 

La sanctification est fondée sur une œuvre parfaite de réconciliation avec Dieu déjà accomplie. Le chrétien est envisagé, dans les Écritures, comme parfaitement sanctifié. La sanctification s’effectue par l’opération de l’Esprit Saint qui, en nous communiquant la nouvelle nature, nous sépare entièrement du monde. Il est important de maintenir cette vérité et de nous tenir pour déjà sanctifiés, autrement la sanctification pratique n’est plus que l’amélioration de l’homme naturel ; elle devient tout à fait légale ; le chrétien rentre après sa réconciliation dans le doute et l’incertitude, parce que, quoique justifié, il n’est pas considéré comme étant prêt pour le ciel ; son acceptation dépend, pense-t-il, de ses progrès, de sorte que la justification ne lui procure pas la paix avec Dieu. Par de telles vues, l’œuvre de la rédemption est affaiblie, pour ne pas dire détruite, c’est-à-dire l’appréciation de cette œuvre par la foi dans nos cœurs. Pris comme pécheurs dans le monde, nous sommes mis à part par le Saint Esprit pour jouir de toute l’efficace de l’œuvre de Christ selon les conseils du Père. C’est par la vérité, par la Parole, que la sanctification s’accomplit en nous, soit au commencement, dans la communication de la vie, soit, en détail, tout au long du chemin. « Sanctifie-les par la vérité ; ta Parole est la vérité ». « Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité ». Le Saint Esprit attache le cœur à Dieu, en le révélant aussi toujours davantage ; il dévoile en même temps la gloire de Christ et toutes les qualités divines qui se déploient en lui dans la nature humaine, et forment ainsi notre nature en tant que nous sommes nés de Dieu. Il est de toute évidence que la communion avec Dieu est la position pratique de la plus haute sanctification. Si Dieu est tout pour nous dans notre vie pratique, nous sommes tout saints.

 

Le souhait sincère de votre âme est-il de croître dans la grâce et dans la sanctification pratique ? Alors prenez garde de ne pas vous associer, ne fût ce qu’une heure seulement, à des choses qui souilleraient vos mains, chargeraient votre conscience, contristeraient le Saint Esprit et interrompraient votre communion avec Dieu. Soyez fermement décidés de tout votre cœur à vous en abstenir ! Renoncez immédiatement à tout ce qui est impur, quoi qu’il vous en coûte ; quelle que soit la perte qui puisse en résulter pour vous, abandonnez-le !

Aucun gain mondain, aucun avantage terrestre ne saurait compenser la perte d’une conscience pure, d’un cœur rempli de paix et la jouissance d’une communion sans entrave avec Dieu, notre Père, et avec son Fils, notre Seigneur.

 

La sainteté de Dieu, quelle pensée ! La séparation absolue de tout mal, parce qu’il est le bien absolu ; cette pureté inaltérable qu’aucune souillure ne peut atteindre ; cette lumière qu’aucunes ténèbres ne peuvent obscurcir ; voilà la sainteté, l’état moral auquel Dieu veut que nous participions. Et c’est pour nous dégager de tout ce qui pourrait être une entrave à la jouissance toujours plus grande de cette condition qu’il nous discipline. En Christ, nous avons devant Dieu une position de sainteté parfaite : « Saints et irréprochables devant lui en amour » (Éph. 1). Mais il veut que nous lui ressemblions pratiquement, que moralement notre état réponde à ce qu’il est.

 

Plus un croyant aime Dieu, plus il craint de lui déplaire ; cette crainte, fruit de l’amour, est le vrai principe d’une sainte conduite : elle incite le fidèle à fuir les tentations, à se retirer du mal, et cela, parce qu’elle lui inspire l’horreur du péché.

 

Nous n’avons jamais d’excuse pour un seul péché en acte ou en pensée, parce que la grâce de Christ nous suffit et que Dieu est fidèle qui ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de ce que nous pouvons supporter.

 

Bien qu’elle ne soit pas le fondement de notre salut, la sainteté pratique est intimement unie à la jouissance du salut.

 

Ceux qui appartiennent à l’assemblée de Dieu doivent se conduire comme des saints ; ils ont non seulement été délivrés de la coulpe et des conséquences du péché, mais encore de la pratique, de la puissance et de l’amour du péché. Le fait même qu’Israël était délivré par le sang de l’agneau pascal, lui imposait la responsabilité d’ôter du milieu de lui le levain.

 

Une vraie connaissance de moi-même ne me viendra jamais par mes propres efforts, mais uniquement lorsque je laisserai à Dieu le soin de me sonder.

 

Le jugement de soi-même est un des exercices les plus précieux et les plus salutaires de la vie chrétienne, et par conséquent tout ce qui tend à l’amener doit être hautement estimé par tout chrétien sérieux.

 

On devrait toujours pouvoir appliquer spirituellement au chrétien ce vers d’un poète qui a dit de l’albatros : « et même quand il marche, on sent qu’il a des ailes ».

 

Plus nous contemplons le caractère divin et comprenons la puissance de nos relations avec Dieu, en Christ, par l’énergie du Saint Esprit, plus nous serons, nécessairement, saints en pratique. Il ne peut y avoir progrès dans l’état de sainteté où le croyant est introduit, mais il y a, et il doit y avoir progrès dans l’appréciation, dans l’expérience et la manifestation pratique de cette sainteté.

 

La même croix qui nous a amenés au-dedans du voile, nous a jetés hors du camp. Christ en fut aussi chassé et là nous sommes avec lui : mais il a été reçu dans le ciel, et nous y sommes avec lui. N’est-ce pas une grâce que d’être en dehors de tout ce qui a rejeté notre Seigneur et Maître ? Assurément ; et plus nous connaissons Jésus, plus nous connaissons ce présent siècle mauvais, plus aussi nous serons reconnaissants de trouver notre place en dehors de tout, avec lui.

 

Nous savons que la justification nous est acquise en vertu de l’œuvre de Christ et qu’elle ne demande aucune œuvre de notre part, mais nous pensons que la sanctification dépend de nos propres efforts. Nous savons que nous recevons le pardon en plaçant toute notre confiance dans le Seigneur ; et cependant nous croyons obtenir la délivrance du péché en faisant nous-mêmes quelque chose. Nous craignons, si nous ne faisons rien, de n’arriver à rien. Après notre expérience du salut, notre vieille habitude de « faire » quelque chose réapparaît, et nous recommençons nos propres efforts personnels. Alors la Parole de Dieu vient nous redire : « C’est accompli » (Jean 19:30). Il a tout accompli sur la croix pour notre pardon, et il veut tout accomplir en nous pour notre délivrance. Dieu est toujours et en tout celui qui agit. « C’est Dieu qui opère en vous » (Phil. 2:13). Dieu veut tout accomplir, car toute la gloire doit être à lui. Si nous faisions une partie de l’œuvre, nous aurions une partie de la gloire ; il faut que toute la gloire revienne à Dieu, c’est pourquoi il accomplit toute l’œuvre du commencement à la fin.

 

C’est la joie du cœur que de savoir que Christ lui-même nous rendra tout ce qu’il désire que nous soyons.

 

Il est bon de se demander chaque jour : « Quelle est la pensée qui m’occupe ? À quoi s’applique mon activité ? Quels sont mes calculs dans le secret de mon cœur ? Est-ce de l’Esprit ou de la chair que j’attends un aliment pour mon âme ? Mes désirs sont-ils d’En haut ou d’en bas ? ».

 

Pour le chrétien, seul importe, quant à sa marche, ce qui est approuvé de Dieu, savoir ce qui est en accord avec sa nature essentielle et avec ses attributs immuables.

 

Quiconque a jamais ressenti l’angoisse d’une conscience souillée, ne peut contracter légèrement la souillure. Une conscience pure est un trésor par trop précieux pour qu’on s’en dessaisisse à la légère ; une conscience souillée est un fardeau par trop lourd pour qu’on s’en charge avec légèreté.

 

Le croyant est manifesté dès maintenant. Il ne craint pas de l’être. Toutes les voies passées de Dieu envers lui se déploieront devant lui quand il sera dans la gloire ; mais il est manifesté à Dieu maintenant, sa conscience est exercée dans la lumière. Ainsi la pensée du tribunal a une puissance actuelle sanctifiante.

 

Comme il est donc évident que « ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu » ! Grâces à Dieu, le croyant n’est pas « dans la chair », mais « dans l’Esprit ». Il a été complètement sorti de son état dans la vieille création, et introduit dans la nouvelle création où les péchés moraux ne sauraient subsister. Il a toujours, il est vrai, la vieille nature, mais il a l’heureux privilège de la compter comme une chose morte et de marcher dans la puissance constante de la nouvelle création, où « toutes choses sont de Dieu ». C’est ici la liberté chrétienne — liberté de marcher en tout sens dans cette belle création où aucune trace de mal ne saurait se trouver ; liberté sacrée de marcher en sainteté et en pureté devant Dieu et les hommes ; liberté de fouler ces sentiers élevés de la sainteté personnelle, sur lesquels les rayons de la face divine versent leur brillant éclat. Voilà ce qu’est la liberté chrétienne. C’est la liberté, non pas de commettre le péché, mais de goûter les douceurs célestes d’une vie de véritable sainteté et d’élévation morale.

 

L’union avec Christ est le secret de la vie sans péché, car « il n’y a point de péché en lui » (1 Jean 3:5).

 

La foi doit vivre au jour le jour et ne se préoccuper que du moment présent. Si nous croyons que Jésus peut nous garder présentement de toute transgression, cela suffit ; allons de l’avant avec une confiance toujours renouvelée. Et qu’au lieu de nous décourager, les chutes et les péchés servent à nous faire rechercher, avec plus d’ardeur, la force et le salut en Christ. Nous pouvons faire des progrès dans cette voie-là, pourvu que nous nous remettions entièrement aux mains de Dieu pour être gardés par lui de pécher, et que nous persévérions dans la foi.

 

La sanctification est notre conformité intérieure d’affection et d’intelligence — et par conséquent de conduite extérieure — avec Dieu et avec sa volonté.

 

4.8   Souffrance

 

Il vaut la peine de souffrir pour apprendre à comprendre et à consoler.

 

Notre Dieu sait que les exercices douloureux de sa discipline paternelle ne sauraient être, alors que nous y passons, un sujet de joie. Si nous ne les ressentions pas, s’ils ne produisaient pas la tristesse, quels fruits pourraient-ils porter ? Le chrétien n’est pas un stoïque qui, orgueilleusement, brave la douleur. Il sent les coups, mais il connaît la main qui les inflige, et en les sentant, il regarde au résultat béni qui en sera la conséquence : le fruit paisible de la justice pratique, la réalisation dans la vie de cette sainteté dont nous sommes faits participants.

 

Si le ciel était toujours serein, le sentier toujours uni, le croyant ne connaîtrait pas aussi bien le Dieu auquel il a affaire ; car nous savons combien le cœur est enclin à prendre la paix extérieure pour la paix de Dieu.

 

Quand nous nous reposons sur les circonstances, au lieu de nous reposer sur le Seigneur, il nous visite et, d’une manière ou d’une autre, il ébranle nos faux appuis. Il y a plus : nous sommes souvent portés à croire que telle voie est droite, parce qu’elle est exempte d’épreuves et vice-versa. C’est une grande erreur. Le sentier de l’obéissance est souvent tout ce qu’il y a de plus éprouvant pour la chair et le sang. Lorsque Paul fut appelé en Macédoine, la prison de Philippes fut presque la première chose qu’il rencontra.

 

Le chemin qui conduit au royaume passe par la souffrance, l’affliction et la tribulation ; mais, grâces à Dieu, par la foi, nous pouvons dire : « Les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée » (Rom. 8:18). Et encore : « Nous savons que notre légère tribulation d’un moment opère pour nous en mesure surabondante un poids éternel de gloire » (2 Cor. 4:17). Et enfin : « Nous nous glorifions dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la patience, et la patience l’expérience, et l’expérience l’espérance » (Rom. 5:3-4). C’est un grand honneur et un privilège réel pour nous qu’il nous soit donné de pouvoir boire à la coupe de notre Maître, et de pouvoir être baptisés de son baptême ; de traverser, dans une bienheureuse communion avec lui, le chemin qui conduit directement à notre glorieux héritage. L’héritier et les cohéritiers parviennent à cet héritage par le sentier de la souffrance.

 

Plus nous serons semblables au Seigneur, plus aussi nous souffrirons avec lui ; et plus notre communion avec lui dans ses souffrances sera profonde, plus aussi le sera notre communion avec lui dans la gloire.

 

Souvenons-nous que souffrir pour Christ n’est pas le joug d’un esclave, mais un privilège ; non une loi de fer, mais une faveur de la grâce. « À vous il a été gratuitement donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui » (Phil. 1:29). De plus, il est bien certain que le vrai secret des souffrances pour Christ, c’est que nos affections soient concentrées sur lui. Plus nous aimerons Jésus, plus aussi nous nous tiendrons près de lui ; et plus nous nous tiendrons près de lui, plus nous l’imiterons fidèlement ; et plus nous l’imiterons fidèlement, plus aussi nous aurons à souffrir pour lui.

 

Quand nous sommes dans l’épreuve, n’oublions jamais que ce dont nous avons besoin, c’est non de voir changer nos circonstances, mais de remporter la victoire sur nous-mêmes.

 

La réalité de notre amour pour Dieu, de notre confiance en lui, de notre dépendance à son égard, ne se manifeste jamais mieux que dans les tribulations, les privations, au milieu des détresses. Courage donc ! Puisque le sens de toutes nos tribulations nous est révélé, accueillons-les avec joie, sachant qu’elles expriment toutes l’amour de notre Père, qui veut nous faire participer à sa sainteté.

 

Accepter de suivre Christ ne signifie pas se mettre à l’abri des épreuves et de tous les ennuis auxquels on voudrait pouvoir se soustraire dans la vie. Comment nous attendre à une vie sans souffrance morale et physique dans un monde où Christ a sacrifié sa vie ?

Il a tellement souffert sur cette terre ! Il a marché dans le chemin du renoncement et de la croix, et ceux qui veulent être ses disciples ne doivent pas prévoir autre chose pour eux-mêmes. Mais une promesse leur est donnée, simple et belle, et qui suffit : « Je suis avec vous tous les jours... — quand tu passeras par les eaux, je serai avec toi, et par les rivières, elles ne te submergeront pas ; quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras pas brûlé ». Ils n’éviteront pas le feu ni les grandes eaux, mais avec Christ ils ne seront ni submergés, ni brûlés.

 

Même si Dieu juge convenable qu’une affliction nous atteigne, si même il l’envoie, elle vient d’une main qui ne se trompe jamais et répond toujours à un cœur dont l’amour est parfait.

 

Dieu n’a jamais promis que le chrétien échapperait aux tentations et aux épreuves de la vie. Mais il a promis qu’avec la tentation, il préparerait le moyen d’en sortir, et qu’avec l’épreuve, il enverrait la force de la soutenir. Plus grande est notre faiblesse, plus manifeste est sa puissance.

 

Celui-là seul qui a reçu les prémices de l’Esprit porte en lui-même le vrai soupir ; celui-là seul connaît le vrai écartèlement entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir, qui participe à la mort de Christ et, ici déjà, à sa résurrection. C’est dans le chrétien que le gémissement ineffable, l’attente, l’espérance, atteignent leur point culminant, parce qu’en lui, l’Esprit a déposé les prémices, c’est-à-dire le premier fruit de la nouvelle création. Car c’est en espérance que le chrétien est sauvé. La présence de son Dieu est une présence dans l’absence ; sa paix est une paix dans la lutte ; sa joie est une joie dans les larmes ; c’est sous la croix qu’il connaît la résurrection.

 

L’orgueil et une résistance stoïque à la souffrance ne nous conviennent pas. Ce n’est pas ainsi que nos âmes sont amenées à Dieu, mais, au contraire, c’est ainsi qu’elles sont effectivement tenues à distance de lui. Lorsque la douleur est complète et sans issue, elle nous donne de l’intimité avec lui, qui veut et peut nous secourir, et c’est alors que nous trouvons réellement notre ressource en Dieu.

 

Si Christ est entre nos cœurs et la souffrance, au lieu que celle-ci vienne se placer entre nos cœurs et Christ, nous trouverons que la souffrance est la meilleure place que nous puissions occuper sur la terre, parce que, dans ce cas, toutes nos souffrances nous amèneront plus près de Christ.

 

Nous aimerions naviguer toujours à pleines voiles avec un vent favorable, mais ce n’est pas ainsi que se forment les bons marins.

 

Si nous avons à cœur de vivre dans la crainte de Dieu, de tenir ferme, d’obéir à la Parole, nous serons tôt ou tard mis à l’épreuve : Dieu nous dispensera des circonstances au travers desquelles nous aurons à montrer si véritablement nous faisons passer avant toute autre considération les droits du Seigneur, ses intérêts, sa gloire — si nous sommes fidèles non pas seulement en paroles, mais aussi « en action et en vérité ». Cela entraîne parfois de très grandes souffrances qui brisent nos cœurs et ruinent nos corps. Et nous sommes si faibles pour livrer de tels combats, pour manifester pratiquement que nous craignons le Seigneur et désirons lui être fidèles ! Mais lui le sait, « il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière ». Quelle grâce !

 

Il est plus difficile de se réjouir dans le Seigneur, étant dans la prospérité que dans la tribulation, car la tribulation nous rejette sur lui.

 

 

 

5                        Les ressources du croyant

 

5.1   Le ministère de Christ

 

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jean 7:37-38). Quels que soient mes embarras, mes difficultés, mon deuil, ma solitude, mon dépouillement, Jésus répond à tout, à tout. Il ne me promet pas seulement le repos, ou l’apaisement de ma soif. Écoutez ! « ... des fleuves d’eau vive jailliront de son sein ». « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif, à jamais » (Jean 4:14). Savoir que « n’aura » signifie « n’aura », que « jamais » signifie « jamais », que « soif » signifie « un besoin quelconque non satisfait », est une des plus grandes révélations que Dieu puisse faire à une âme.

 

Le Seigneur ne nous abandonne pas à cause de nos fautes ou de notre négligence ; il intercède pour nous, et nous faisons l’expérience de sa grâce ; mais ce n’est plus la communion, ni un progrès intelligent dans les richesses de la révélation de lui-même et de la plénitude qui est en Christ. C’est la grâce adaptée à nos besoins, une réponse à notre misère ; Jésus étend sa main vers nous selon le besoin que nous sentons, besoin produit dans nos cœurs par l’opération du Saint Esprit. Que Jésus s’occupe ainsi de nous, est une grâce infiniment précieuse, une douce expérience de sa fidélité et de son amour ; on apprend par ce moyen à discerner le bien et le mal par le jugement de soi-même. Quand on a perdu la communion avec Dieu, on ne peut pas négliger ce retour sur soi-même sans se tromper et s’endurcir.

 

Christ est un ami fidèle ; même si nous commençons à enfoncer dans les flots, il étend sa main et nous en sort. Il est doux de sentir sa main dans toutes nos circonstances, même si, perdant pied, nous l’avons obligé à l’étendre.

 

Christ dans la gloire, n’oublie pas ses expériences humaines ; elles sont gravées pour toujours dans les sentiments de son humanité, selon l’énergie de l’amour divin qui était la source et le mobile de ces sentiments. Il est toujours homme dans la gloire et dans la perfection divine. Sa divinité prête la puissance de son amour à son humanité, mais n’ôte pas celle-ci. Il n’y a personne qui soit aussi près de nous, personne qui soit descendu aussi bas, qui soit entré comme lui, avec une puissance divine, dans les besoins, dans tous les besoins de l’homme.

 

Le Seigneur que j’ai appris à connaître comme Celui qui a donné sa vie pour moi, est le même Seigneur à qui j’ai affaire tous les jours de ma vie, et toutes ses dispensations à mon égard sont fondées sur les mêmes principes de grâce que mon salut. Qu’il est précieux et encourageant de savoir qu’en ce moment même Jésus éprouve et exerce à mon égard le même amour que celui qu’il manifestait en mourant pour moi sur la croix !

 

Le maintien d’une énergique communion avec la parfaite humanité de notre Seigneur Jésus Christ est un des côtés les plus faibles et les plus imparfaits de notre christianisme. De là vient que nous éprouvons tant de lacunes, tant de sécheresse, d’agitation et d’égarement dans notre marche. An ! si nous étions pénétrés, grâce à une foi plus simple, de cette vérité que c’est un Homme réel qui est assis à la droite de la Majesté dans les cieux, — un Homme dont la sympathie est parfaite, dont l’amour est incompréhensible, dont la puissance est sans borne, dont la sagesse est infinie, dont les ressources sont inépuisables, dont les richesses sont insondables, dont l’oreille est ouverte à tous nos soupirs, dont la main est ouverte à tous nos besoins, dont le cœur est rempli pour nous d’une tendresse ineffable — comme nous serions plus indépendants de tout ce qui découle de la créature, quel que soit le canal qui nous le communique ! Tout ce que le cœur peut ambitionner, nous le possédons en Jésus.

 

« Jésus Christ est le même hier, et aujourd’hui, et éternellement ». Il est le même dans son amour et dans sa fidélité ; le même pour éclairer, vivifier, conduire, protéger les siens. Ce qu’il fut dans le passé pour tous les saints qui ont achevé la course, il l’est aujourd’hui pour nous. Ce qu’il est, il le sera dans l’éternité pour remplir et satisfaire nos cœurs. Qu’il nous suffise donc et remplisse nos cœurs. C’est en lui que nous trouverons le repos, le courage et la force. Il répond pleinement à tout.

 

La sacrificature de Christ a pour base l’amour manifesté une fois, mais non épuisé à la croix, car il reste et restera le même jusqu’à la fin : « Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jean l3:1). Il ne suffit pas au Seigneur de nous sauver ; son amour veut nous sauver jusqu’au bout, et c’est à quoi il s’emploie comme sacrificateur. Il a une « sacrificature qui ne se transmet pas. De là vient aussi qu’il peut sauver entièrement [jusqu’à l’achèvement] ceux qui s’approchent de Dieu par lui » (Héb. 7:24-25). Rien ne peut arrêter ou même entraver ce service sacerdotal en faveur des siens.

 

5.2   Le ministère du Saint Esprit

 

Quand on marche avec Dieu, quand on marche selon l’Esprit sans le contrister, il nous maintient dans la communion, dans la jouissance de Dieu, source positive de joie, d’une joie éternelle. C’est une position dans laquelle Dieu veut nous occuper de tout le développement de ses conseils dans la personne de Jésus. Le cœur s’élargit à la mesure des objets qui l’occupent. Telle est notre condition normale.

 

De même que pour le pardon, la venue du Saint Esprit sur nous est entièrement une question de foi. Dès que nous voyons le Seigneur Jésus sur la croix, nous savons que nos péchés sont pardonnés ; et dès que nous voyons le Seigneur Jésus sur le trône, nous savons que le Saint Esprit a été répandu sur nous.

Que Dieu soit loué ! Aucun de ses enfants n’a besoin de languir, ni même d’attendre, pour que l’Esprit lui soit donné. Jésus ne doit pas être fait Seigneur ; il est Seigneur. Je ne dois pas recevoir l’Esprit ; j’ai reçu l’Esprit. Tout est une question de foi, qui nous vient par révélation. Lorsque nos yeux sont ouverts pour voir que l’Esprit a déjà été répandu, parce que Jésus a déjà été glorifié, la prière se change dans nos cœurs en louange.

 

Savez-vous, mes chers amis, que l’Esprit qui demeure en vous est Dieu lui-même ? Oh ! que nos yeux s’ouvrent pour voir la grandeur du don de Dieu ! Oh ! que nous réalisions la richesse des ressources cachées dans nos propres cœurs ! L’Esprit qui demeure en moi n’est pas une simple influence, mais une Personne vivante ; c’est Dieu lui-même. Le Dieu infini est dans mon cœur ! Je ne suis qu’un vase de terre, mais dans ce vase de terre, je porte un trésor d’une valeur inexprimable — le Seigneur de gloire !

 

Lorsque nous verrons réellement que Dieu a fait de nos cœurs son habitation, quel sentiment de profond respect remplira nos vies ! Toute légèreté, toute frivolité disparaissent, comme aussi toute recherche de soi-même, parce que nous savons que nous sommes le temple du Saint Esprit, que l’Esprit de Dieu demeure en nous. Avons-nous vraiment réalisé que, partout où nous allons, nous portons en nous le Saint Esprit de Dieu ?

 

Non seulement je suis en Christ, mais Christ est en moi. Et de même que, physiquement, l’homme ne peut vivre et travailler que dans l’air, et non dans l’eau, de même, spirituellement, Christ demeure et se manifeste non dans la chair, mais dans l’Esprit. C’est pourquoi, si je vis selon la chair, je m’aperçois que ce qui est à moi en Christ est, pour ainsi dire, tenu en suspens en moi. Bien que, en fait, je sois en Christ, si je vis dans la chair — c’est-à-dire dans ma propre force et selon ma propre volonté — je m’aperçois avec consternation que, en expérience, c’est ce qui est d’Adam qui se manifeste en moi. Si je veux connaître en expérience tout ce qui est en Christ, il faut que j’apprenne à vivre dans l’Esprit.

 

Vivre dans l’Esprit, cela signifie que je me confie au Saint Esprit, pour qu’il accomplisse en moi ce que je ne puis pas faire moi-même. Cette vie est complètement différente de celle que je vivrais naturellement par moi-même. Chaque fois que je suis en face d’une nouvelle demande du Seigneur, je regarde à lui pour qu’il accomplisse ce qu’il attend de moi. Je n’ai pas à essayer, mais à me confier ; je n’ai pas à lutter, mais à me reposer en lui. Je ne chercherai pas à me transformer par un effort déterminé, mais je me considérerai comme mort en Christ à l’égard de toutes les manifestations de la chair, et je regarderai à l’Esprit pour qu’il produise en moi le fruit de l’Esprit.

 

« Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point les convoitises de la chair » (Gal. 5:16). Si nous vivons dans l’Esprit, si nous marchons par la foi en un Christ ressuscité, nous pouvons réellement demeurer tranquilles, tandis que l’Esprit remporte chaque jour de nouvelles victoires sur la chair. Il nous a été donné pour prendre cette responsabilité. Notre victoire consiste à nous cacher en Christ, et à nous confier, dans une simple assurance, à son Saint Esprit, qui triomphe en nous de la chair et de ses convoitises par Ses désirs nouveaux. Il ne faut pas que nous oubliions que la nouvelle nature dans le croyant est dans un état de dépendance. Elle est dépendante de l’Esprit pour la puissance, et dépendante de la Parole pour la direction. Mais évidemment la puissance ne peut se manifester que là où se trouve le Saint Esprit. Il peut être contristé et entravé. Mais si nous marchons par l’Esprit, nous remportons sur la chair une victoire sûre et constante.

 

Lorsque nous sommes tentés de nous laisser aller à des pensées, à des sentiments, à des paroles, qui ne sont pas selon Dieu, quel puissant correctif que de réaliser le fait que le Saint Esprit habite dans nos corps comme dans son temple ! Si nous pouvions toujours nous en souvenir, cela nous préserverait de bien des pensées vagabondes, de bien des paroles légères ou vaines, de bien des actes inconséquents.

 

5.3   La Parole de Dieu

 

Que ma conscience ne cherche point à échapper au tranchant de la Parole et que je ne redoute pas de me laisser transpercer par elle ! Que je redoute plutôt ce qui pourrait me soustraire à son action scrutatrice.

 

La Parole de Dieu est l’expression de la relation de toutes choses avec Dieu soit quant à leur existence, où il s’agit de la création, soit quant à ses conseils, soit même quant à sa nature à Lui, à la communication de la vie reçue de lui et au maintien de son vrai caractère. Elle procède du ciel, comme en procédait la Parole vivante ; elle révèle ce qui est au ciel, mais, ainsi que faisait la Parole vivante, s’adapte à l’homme ici-bas, le dirige là où il y a de la foi, mais le conduit là-haut où la Parole vivante s’en est allée comme Homme. Notre bourgeoisie est dans les cieux.

 

Seul Dieu peut exprimer parfaitement ou révéler ce que Dieu est : la Parole est, par conséquent, infinie dans ce qui coule en elle, parce qu’elle est l’expression des profondeurs de la nature divine et qu’elle est liée à ces profondeurs.

 

Puissions-nous avoir un sentiment plus profond de la plénitude, de la majesté et de l’autorité de la Parole de Dieu ! Nous avons bien besoin d’être fortifiés à cet égard. Il nous faut un sentiment si vif, si vigoureux et si constant de l’autorité suprême du canon sacré, et de sa complète suffisance pour tous les temps, tous les climats, toutes les positions, tous les états — personnels, sociaux, ecclésiastiques — que nous puissions résister à tous les efforts de l’ennemi pour déprécier la valeur de cet inestimable trésor. Puissent nos cœurs être mieux à l’unisson de ces paroles du Psalmiste : « La somme de ta parole est la vérité, et toute ordonnance de ta justice est pour toujours » « Ps. 119:160).

 

Il est important de remarquer que les chrétiens n’obtiennent aucun effet réel de la Parole, cette épée de l’Esprit, ne peuvent remporter par elle aucune victoire et en connaîtront à peine l’usage, s’ils n’ont pas fait l’expérience de son efficace sur eux-mêmes, et si elle ne les a pas formés individuellement pour résister aux séductions de Satan. Il faut avoir fait des expériences intérieures et personnelles de la puissance de la Parole pour pouvoir s’en servir en faveur des autres. Elle est l’épée de l’Esprit. L’Esprit seul peut lui donner tout son tranchant et la faire pénétrer dans les cœurs, comme elle est entrée dans le nôtre.

 

La Parole de Dieu est une énergie créatrice qui domine la matière et possède la prééminence sur elle. Soumettons-nous à cette puissance créatrice et que notre corps en soit constamment vivifié. Que Dieu nous accorde de vivre de jour en jour par sa Parole !

 

La crainte de Dieu se reconnaît chez l’homme à l’autorité de la Parole sur sa conscience. Nous ne pouvons plaire à Dieu sans obéir à sa Parole.

 

Les circonstances extérieures doivent être pesées en la présence de Dieu et jugées à la lumière de sa Parole, sans quoi elles peuvent nous conduire aux plus graves erreurs. Bref, la Parole de Dieu est la pierre de touche parfaite pour toutes choses ; les circonstances extérieures, les impressions intimes et les sentiments, — tout doit être placé dans la lumière de l’Écriture sainte, et jugé là calmement et sérieusement. C’est le vrai chemin de la paix, de la sûreté et de la bénédiction pour tout enfant de Dieu.

 

La Parole est absolument nécessaire au chrétien. Nous ne pouvons nous en passer. Comme la vie est soutenue par le pain, de même la vie spirituelle est entretenue par la Parole de Dieu. Se nourrir ainsi n’est pas seulement recourir à la Bible pour y trouver des doctrines, ou pour y voir nos opinions confirmées ; c’est bien plus, c’est y chercher ce qui soutient la vie de l’homme nouveau, c’est-à-dire la nourriture, la lumière, les directions, la consolation, l’autorité, la force, en un mot tout ce dont l’âme peut avoir besoin.

 

La Parole doit être pour nous comme le pain pour l’homme affamé, ou comme la boussole pour le navigateur ; c’est d’elle qu’il faut nous nourrir et d’après elle que nous devons agir, penser et parler. Plus il en sera ainsi, plus nous en connaîtrons la valeur infinie. Qui est-ce qui connaît le mieux la valeur réelle du pain ? Est-ce un chimiste ? Non, mais un homme affamé. Un chimiste peut l’analyser et dire de quoi il se compose, mais c’est l’homme qui a faim qui en éprouve la valeur. Qui est-ce qui connaît le mieux la valeur réelle d’une boussole ? Est-ce le professeur de navigation ? Non, mais c’est le marin qui navigue le long d’une côte inconnue et dangereuse.

 

5.4   La foi

 

Notre foi se montre précisément en cela, qu’elle s’attache à la Personne absente de Christ ; dès que nous le verrons, la foi ne sera plus nécessaire. Quand on est entouré, comme nous le sommes, d’objets qui sollicitent la vue, c’est une chose grande et difficile de réaliser les objets invisibles et de fixer sur eux les regards de la foi. Il faut que le Christ invisible devienne si puissamment réel à notre âme que, près de lui, tout ce qui nous environne perde sa réalité. La foi est indispensable pour cela. Souvenons-nous que Dieu nous a donné, en même temps que la foi, deux moyens de vivre dans les réalités invisibles, et de surmonter les obstacles qui s’y opposent : la Parole qui nous révèle Christ, la prière par laquelle nous pouvons être en communion avec lui et jouir de sa présence.

 

La foi rend présent l’avenir et visible l’invisible : c’est ce qui fait la force du croyant. Elle réalise les choses que l’on espère, comme si on les tenait déjà ; ces choses existent pour le cœur : il a l’assurance de leur réalité. En même temps, elle est une démonstration intérieure des choses que l’on ne voit pas, une conviction intime de leur existence. La foi est une vue de ce qui est caché ; elle nous donne sur l’invisible la même certitude que nous avons pour les choses qui sont sous nos yeux. Ce dont la réalité ne paraît point encore, la foi nous en donne la substance.

 

Dieu prend plaisir à une grande hardiesse, preuve d’une grande foi ; rien ne l’honore autant.

 

Ce qui caractérise la foi, c’est qu’elle compte sur Dieu, non seulement en dépit des difficultés, mais en dépit des impossibilités.

 

Une foi mise à l’épreuve est une foi fortifiée. Par l’épreuve nous apprenons à connaître notre faiblesse, mais aussi la fidélité de Dieu, ses tendres soins, même dans les difficultés qu’il envoie, afin que nous puissions les traverser avec lui.

 

La foi repose sur un fondement bien plus solide que l’évidence de nos sens, et ce fondement est la Parole de Dieu : nos sens peuvent nous tromper, la Parole de Dieu, jamais.

 

La foi ne parle jamais de ce qu’elle veut faire ; mais elle fait ce qu’elle peut par la force du Seigneur.

 

Le sentier de la foi est un sentier très simple et très étroit. La foi ne déifie, ni ne méprise les moyens ; elle les apprécie en tant que c’est Dieu réellement qui les emploie, et non pas au-delà. Or, il y a une différence très grande entre l’emploi que Dieu fait de la créature pour me servir, et l’emploi que l’homme en fait pour exclure Dieu ; on n’y prend pas assez garde. Dieu se servit des corbeaux pour nourrir Elie, mais Elie ne se servit pas d’eux pour exclure Dieu. Quand le cœur est réellement occupé de Dieu, il ne se préoccupe pas des moyens ; il compte sur Dieu, dans la douce assurance que, quels que soient les moyens dont Dieu usera, il bénira, il aidera, il pourvoira.

 

Souvent Dieu n’est pas pour nos âmes cette constante réalité qu’il devrait être ou qu’il serait pour nous, si nous marchions avec une foi plus simple et dans une dépendance plus entière de lui.

 

Quand, par la grâce, l’âme cesse de s’attendre à la créature, alors, et alors seulement, elle est dans les dispositions voulues pour que Dieu puisse agir ; et quand Dieu agit, tout va bien. Il ne laisse rien inachevé : il règle parfaitement tout ce qui concerne ceux qui mettent leur confiance en lui. Quand la souveraine sagesse, la toute-puissance et l’amour infini agissent ensemble, le cœur croyant peut jouir d’un doux repos.

 

Se reposer sur les bénédictions de Dieu est autre chose que de se reposer sur Dieu lui-même.

 

Il n’y a pas de position plus bénie que celle d’une âme qui, avec la simplicité d’un petit enfant, vit dans une dépendance entière de Dieu, parfaitement satisfaite d’attendre son temps. Cette position apporte des épreuves avec elle, cela est vrai ; mais l’âme renouvelée apprend les leçons les plus profondes, et fait les expériences les plus douces, pendant qu’elle s’attend ainsi au Seigneur ; et plus la tentation de nous soustraire au gouvernement de Dieu sera puissante, plus sera abondante aussi la bénédiction si nous savons demeurer dans cette position bienheureuse. C’est quelque chose d’infiniment doux de dépendre de quelqu’un pour qui bénir est une joie. Ceux qui, en quelque mesure, ont goûté la réalité de cette merveilleuse position, peuvent seuls l’apprécier, et le seul qu’il l’ait jamais occupée parfaitement et sans interruption, c’est le Seigneur Jésus. Il fut toujours dépendant de Dieu et rejeta absolument toute proposition de l’ennemi à sortir de cette dépendance.

 

Nous n’aurons jamais mis vraiment à l’épreuve les ressources de Dieu tant que nous n’aurons pas essayé l’impossible. Quel soulagement, quelle immense joie de savoir que c’est Dieu qui agit ! Dès lors, nous entrons dans le repos, nous nous reposons de nos propres œuvres.

 

L’œuvre de Dieu, faite selon Dieu, ne manquera jamais des ressources de Dieu.

 

Ni l’insensibilité, ni l’insouciance ne sont de la foi. Il y a des personnes nonchalantes qui semblent traverser la vie en ayant pour principe de prendre les choses par le bon côté. Ce n’est pas de la foi. La foi regarde les difficultés en face ; elle voit très bien le côté pénible des choses. Elle n’est ni ignorante, ni indifférente, ni insouciante, mais quoi ? Elle introduit le Dieu vivant. Elle regarde à lui et s’appuie sur lui. Tout, pour elle, découle de lui.

 

La foi est le grand principe de la vie divine, du commencement à la fin. Nous sommes justifiés par la foi et nous vivons par la foi ; nous sommes debout par la foi, et nous marchons par la foi. Du début à l’issue de la course, tout est par la foi.

 

Il n’y a pas de limites aux bénédictions dont nous pourrions jouir, si nous comptions davantage sur Dieu. « Toutes choses sont possibles à celui qui croît » (Marc 9:23). Dieu ne nous dira jamais : « Tu as assez reçu ; tu attends trop ». Impossible, car c’est sa joie de répondre aux espérances les plus vastes de la foi. « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Les trésors inépuisables du ciel sont ouverts à la foi. « Quoi que vous demandiez en priant, si vous croyez, vous le recevrez » (Matt. 21:22).

 

La foi n’hésite ni ne doute ; l’incrédulité est toujours hésitante et chancelante, c’est pourquoi elle ne voit jamais la gloire de Dieu, ni sa puissance. Nous n’avons aucune idée de combien de bénédictions elle nous prive.

 

Vouloir marcher sur le sentier de la foi avec une mauvaise conscience est une chose des plus dangereuses. Ce n’est que lorsque nos reins sont ceints de vérité et que nous avons revêtu la cuirasse de la justice, que nous pouvons prendre le bouclier de la foi.

 

Croire, c’est se reposer entièrement sur l’infaillibilité et sur la fidélité de Dieu ; c’est mettre au-dessus de toute certitude et de toute garantie celles qui naissent de son témoignage ; c’est tenir chaque mot sorti de sa bouche comme plus substantiel et plus réel que la réalité même.

 

La chose qui tourmenterait le plus un incrédule, est pour l’homme de foi, le sujet de la plus grande joie de son cœur. Il sera toujours prêt à s’écrier : « Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui. Lui seul est mon rocher » (Ps. 62:5-6).

 

5.5   La prière

 

La prière est fondée sur l’immense privilège d’avoir avec Dieu des intérêts communs.

 

La simplicité dans la prière indique une foi sincère et la foi sincère obtient ce qu’elle demande.

 

Une prière présentée au nom de Jésus ne saurait être repoussée aussi longtemps que nous nous tenons dans les limites du crédit que Jésus nous a ouvert par sa Parole. Si nous demandons une chose qui n’est pas selon l’Écriture ou qui n’est pas en accord avec la volonté de Dieu, Christ lui-même ne pourrait pas l’accomplir. Mais, « si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute... et nous savons que nous avons les choses que nous lui demandons ».

 

Si nous demeurons en Christ (Jean 15:7), nos prières seront exaucées. Ce sera là une conséquence toute naturelle, car nos désirs ne seront pas proprement les nôtres, mais ceux de Christ, et nos demandes ne seront pas proprement les nôtres, mais celles de Christ priant pour nous. Elles seront par là même en harmonie avec la volonté de Dieu.

 

Si nous voulons être vainqueurs dans nos prières, soyons sans merci pour nos infidélités. Aussi longtemps que nous les caressons et que nous sommes pour ainsi dire en contestation avec Dieu, il ne peut nous exaucer. Lorsque, dans nos moments d’entretien avec notre Père céleste, une chose s’interpose obstinément entre lui et nous, c’est qu’elle entrave notre prière, — travaillons à la supprimer.

 

La prière, dictée par l’Esprit Saint, cultive et développe dans l’âme toutes les grâces de Dieu : l’humilité, par l’expression sincère de nos misères, la foi, qui saisit alors toutes les promesses de Dieu, seul garant de la prière ; l’espérance, qui jouit par avance de leur accomplissement ; l’amour, qui trouve ses délices à converser ainsi avec Dieu, comme tout être aimant avec ceux qu’il aime. On ! quel rafraîchissement pour un enfant que de parler avec cette confiance et cette liberté à son Père !

 

Prier pour les saints nous rend capables de discerner tout le bien qui est en eux. Si nous priions davantage pour les saints, nous aurions plus de joie en eux, et plus de courage pour ce qui les concerne. C’est toujours un mal de perdre confiance au sujet des saints. L’amour du Seigneur ne peut faillir ; aussi pourrons-nous compter sur cet amour avec joie et confiance. « J’ai confiance à votre égard, par le Seigneur » (Gal. 5:10). « Étant assuré de ceci même, que celui qui a commencé en vous une bonne oeuvre, l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ » (Phil. 1:6).

 

Dieu agit par nos prières. Nourrissons-nous de la Parole de Dieu. Elle est l’aliment de la prière. La prière doit baigner tout ce que nous faisons. Car sans la prière, il n’y a pas de fruit.

 

« Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai... Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai » (Jean 14:13-14). Jésus répète sa promesse deux fois : Je le ferai ! Il promet d’agir en réponse à nos prières. Demander en son nom, c’est réclamer ce que lui-même demande, ce que lui-même désire, ce qui est pour la gloire du Père. Une fois parvenus à la certitude que notre requête est selon la volonté de Dieu et le glorifie, nous pouvons prier avec persévérance jusqu’à ce que nous voyions l’exaucement. Car il a dit : Je le ferai.

La vraie manière de prier sans cesse me paraît être avant tout une attitude du cœur, une conscience si vive de notre impuissance que nous lançons sans cesse un appel à Christ pour qu’il subvienne à nos immenses besoins.

 

« Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie » (Jean 16:24). En effet, pour celui qui juge spirituellement des choses, une prière exaucée n’est pas seulement le don d’une bénédiction particulière ; il y voit infiniment plus : c’est pour lui un gage de sa communion avec le Père et avec le Fils, une preuve qu’il est admis dans leur conseil ; et encore là, quelle source ineffable de joie !

 

À quoi sert de mettre vos difficultés entre ses mains, si, l’instant d’après, vous les reprenez dans les vôtres ? Dieu veut que nos cœurs soient aussi libres de soucis que nos consciences de péché.

 

Prier, c’est ne rien attendre que de Dieu ; tenir incessamment notre âme ouverte devant lui ; exposer au Père nos besoins, nos craintes, nos peines, nous mettre continuellement entre ses mains ; accepter d’avance tout ce qu’il lui plaira de dispenser ; gémir devant lui dans le sentiment de notre faiblesse ; nous placer sous les rayons de sa lumière, sous la rosée de ses grâces ; nous abriter sous sa miséricorde, nous réchauffer sur son cœur ; voilà la grâce des grâces ; aucun vent, aucun orage n’éteindra la lampe de celui qui prie.

 

Les événements n’inquiètent pas Dieu. Ils n’ébranlent ni son trône, ni son cœur, mais accomplissent toujours ses desseins. Dieu est amour pour nous ; nous sommes, par la grâce, les objets de ses tendres soins ; il nous entend et incline son oreille pour nous écouter. En toutes choses donc, au lieu de nous inquiéter et de peser les choses dans nos propres cœurs, nous devons présenter nos requêtes à Dieu avec prière, avec supplication, avec un cœur qui se met à nu. Lorsque nous avons jeté notre fardeau sur Celui dont rien ne peut troubler la paix, sa paix garde nos cœurs. Notre trouble est devant lui, et la paix constante du Dieu d’amour qui se charge de tout et sait tout d’avance, tranquillise notre cœur déchargé et nous communique la paix qui est en lui.

 

 

 

5.6   La communion

 

La proximité morale à l’égard de Dieu et la communion avec lui, sont les seuls moyens de croître réellement dans la connaissance de ses voies et des bénédictions dont il fait part à ses enfants, parce que c’est la seule position dans laquelle on peut les saisir, ou dans laquelle on en est moralement capable. Toute conduite qui ne convient pas à cette proximité de Dieu, toute pensée légère que sa présence ne comporte pas, nous font perdre ces communications de la part de Dieu et nous rendent incapables de les recevoir.

 

La foi, l’espérance et l’amour forment notre caractère, comme chrétiens (1 Cor. 13:13 ; 1 Thes. 1:3 ; 5:8 ; Col. 1:4-5) ; mais ce caractère ne saurait se former en nous sans avoir des objets, qui sont Jésus et Dieu. Le cœur s’appuie par la foi sur Jésus, l’attend, compte sur lui, se rattache à lui dans sa marche. Jésus a marché ici-bas ; il nous représente dans le ciel ; il nous soigne, comme le bon Berger ; il aime les siens ; il les nourrit et les chérit : notre foi et notre espérance l’ont toujours en vue. La conscience se tient devant Dieu, notre Père : ce n’est pas un esprit de crainte ; il n’y a aucune incertitude quant à notre relation avec lui ; nous sommes les enfants d’un Père qui nous aime parfaitement ; mais nous sommes devant Dieu. Sa lumière a autorité et force dans la conscience ; nous marchons avec la certitude que les yeux de Dieu sont sur nous, en amour, mais sur nous, et la lumière manifeste tout. Elle juge tout ce qui pourrait affaiblir la douce et paisible réalisation de la présence de Dieu, notre communion avec Jésus, notre confiance en lui, et l’intimité des entretiens de nos âmes avec le Sauveur.

 

Parlez-lui, ne soyez jamais satisfaits sans être en état de marcher et de parler avec Christ, comme avec un intime ami. Ne soyez satisfaits que de rapports intimes avec celui qui vous a aimés d’un tel amour !

 

Tout ce que nous faisons devrait être l’expression de l’attachement de notre cœur à Christ et sa manifestation aux autres. Quand je tourne mes yeux vers Jésus, quand je contemple toute son obéissance, sa pureté, sa grâce, sa tendresse, sa patience, son dévouement, sa sainteté, son amour, l’absence complète chez lui de toute recherche de soi-même, je peux dire : voilà ma vie. C’est une immense grâce. Il est possible que cette vie soit obscurcie en moi ; mais il n’en est pas moins vrai que c’est ma vie. Oh ! combien j’en jouis quand je la contemple ainsi ! Combien j’en bénis Dieu ! Quel repos pour l’âme ! Quelle joie pure pour le cœur ! En même temps, Jésus lui-même est l’objet de mes affections ; et toutes mes affections sont formées d’après ce saint objet.

 

Si l’on a les yeux sur Christ, tout est facile : sa communion donne de la clarté et de la certitude, et vaut tout le reste, tout ce que, peut-être, nous perdons.

 

Comment le sarment porte-t-il du fruit ? Ce n’est pas en faisant un effort incessant pour recevoir l’air et le rayon de soleil. C’est simplement en demeurant attaché au cep, dans une union silencieuse et paisible, et les fleurs et les fruits apparaissent comme par une croissance spontanée.

Comment un chrétien portera-t-il du fruit ? Par des efforts et des luttes pour obtenir ce qui est librement donné ? Par des méditations sur la vigilance, sur la prière, sur l’activité, sur la tentation et sur les dangers ? Non ! Il doit y avoir une concentration totale des pensées et des affections sur Christ, un abandon de l’être tout entier, entre ses mains ; un regard constant sur lui pour recevoir sa grâce.

 

En cherchant avec ardeur le Seigneur et sa grâce, la puissance divine opère pour nous délivrer, nous libérer et nous faire trouver nos délices en Christ ; cette jouissance nous sépare du mal et du monde.

 

Les pensées de l’homme à l’égard de la bénédiction sont trop souvent limitées aux choses de la terre, alors que la vraie bénédiction consiste à connaître Dieu. Le connaissons-nous plus intimement qu’aucun ami sur cette terre, de telle sorte que notre âme s’épanouit dans sa présence qui ne nous apporte aucune contrainte, mais nous remplit d’une bénédiction ineffable ? Une telle bénédiction est inconnue de ceux qui s’accommodent de ce que le Seigneur ne saurait agréer, et qui pensent que des mots, de simples mots auxquels rien ne correspond dans leur vie, une profession sans pratique, la vérité dans la tête mais sans réalité dans le cœur, suffisent devant Celui qui est aussi le Saint et le Véritable. Plus sa présence sera réalisée et manifestée, plus elle apparaîtra incompatible avec tout ce qui est opposé à sa nature et ne répond pas à la perfection de son être.

 

Ceux qui ont été amenés à Dieu par l’efficace du sang de Christ et par l’onction du Saint Esprit, doivent se mouvoir dans une sphère hors de la portée des influences naturelles. La proximité de Dieu donne à l’âme une telle intuition de toutes ses voies, un tel sentiment de la justice de toutes ses dispensations, que nous pouvons rendre culte en sa présence, même alors qu’un coup de sa main nous a enlevé l’objet de notre plus tendre affection.

 

Le sanctuaire n’est pas un lieu que le chrétien doive visiter occasionnellement, mais un lieu dans lequel il doit habituellement servir et adorer. C’est la sphère dans laquelle il doit « vivre, se mouvoir et être ». Plus nous vivons en la présence de Dieu, et moins nous pouvons souffrir d’en être éloignés ; et aucun de ceux qui connaissent le bonheur d’y être ne se permettra légèrement quoi que ce soit qui l’en priverait. Il n’y a pas sur toute la terre un seul objet qui, au jugement d’un cœur spirituel, puisse équivaloir à une heure de communion avec Dieu.

 

Si nous désirons jouir de l’approbation et de la présence de Dieu, il faut que nous cherchions par la foi à agir conformément à l’appel céleste ; c’est à-dire que nous devons chercher à arriver, en expérience, en pratique et en caractère moral, à ce à quoi Dieu nous appelle, savoir à une pleine communion avec son Fils unique : une communion avec lui dans sa réjection ici-bas, — une communion avec lui dans son acceptation dans le ciel.

 

Si la communion nous est peu familière, ne nous contentons pas de notre mesure et, d’autre part, ne nous décourageons pas. Dieu a pourvu à toute notre incapacité et à tous nos manquements par la sacrificature de Christ.

 

Vivons dès maintenant avec Jésus dans les régions célestes ; regardons toutes choses terrestres de cette altitude, dans leur vraie perspective.

 

« Qui est celle-ci qui monte du désert, s’appuyant sur son bien-aimé ? » (Cant. 8:5). Monter, monter toujours plus haut ! Du désert, hors du désert, loin du désert, appuyé sur Christ. Oh ! la joie de ne plus être seul, la joie indicible de connaître une intimité grandissante avec lui, de s’appuyer sur lui d’autant plus qu’on est faible, ignorant de l’avenir, incapable de se diriger seul !

 

Accepter ce qu’on ne comprend pas, se soumettre à ce qu’on ne s’explique pas, croire ce qui paraît impossible, marcher dans un chemin dont l’issue nous est cachée, voilà les premières leçons qu’il faut apprendre à l’école de Dieu. « Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; et vous connaîtrez la vérité » (Jean 8:31, 32). Le vrai disciple commence par suivre le Seigneur, et la connaissance vient par sa communion avec lui.

 

Rien n’est plus favorable à la communion avec Jésus, que la tranquillité d’âme. Dans cet état seulement, nous pourrons obtenir la docilité qui permet au Seigneur de nous révéler ses secrets et de nous montrer notre chemin.

 

Par contemplation, j’entends celle de Jésus Christ. C’est un regard simple, filial, assidu sur Jésus Christ. Contempler Jésus Christ, c’est vivre avec Jésus Christ, faire sa société de Jésus Christ, s’accompagner de son souvenir, s’envelopper de sa présence, lui rapporter toutes nos pensées et tous nos desseins, remplir de lui notre esprit et notre âme...

 

« Je puis toutes choses en celui qui me fortifie » (Phil. 4:13). Douce et précieuse expérience, non seulement parce qu’elle rend capable de faire face à toutes les circonstances — ce qui est d’un grand prix — mais parce que le Seigneur est connu comme l’ami constant, fidèle et puissant, du cœur.

 

5.7   Paix et repos

Ce dont nous avons besoin, c’est de savoir que nous sommes sauvés. L’Israélite ne savait pas seulement que le sang était une sauvegarde, il savait que lui était en sécurité. Et pourquoi ? Était-ce en vertu de quelque chose qu’il eût fait, senti ou pensé ? Nullement, mais parce que Dieu avait dit : « Je verrai le sang et je passerai par-dessus vous ». Il se reposait sur le témoignage de Dieu ; il croyait ce que Dieu avait dit, parce que Dieu l’avait dit ; « il scellait que Dieu est vrai » (Jean 3:33). Ce qui lui donnait la paix, c’était le fait que l’œil de Jéhovah reposait sur le sang, et l’Israélite savait que Lui l’estimait à sa valeur. Si notre paix devait dépendre de notre juste appréciation de la valeur du sang de Christ, nous ne pourrions pas plus jouir d’une paix solide que si nous cherchions cette paix par des œuvres de loi. Ou bien le sacrifice de Christ est suffisant, ou bien il ne l’est pas. S’il est suffisant, pourquoi ces doutes et ces craintes ? Tous ceux qui doutent de leur pardon parfait et éternel nient, pour eux-mêmes, l’accomplissement et la perfection du sacrifice de Christ. Mais de nombreuses personnes se disent convaincues que le sang de Christ suffit parfaitement aux besoins du pécheur, si seulement elles étaient sûres d’avoir une part dans ce sang, si seulement elles avaient la véritable foi. Elles sont occupées de leur foi et de leurs sentiments, au lieu d’être occupées du sang de Christ et de la Parole de Dieu ; en d’autres termes, elles regardent au-dedans d’elles-mêmes, au lieu de regarder en dehors, à Christ. Ce n’est pas là la foi ; et par conséquent, elles n’ont point de paix. Or, l’Israélite, abrité sous l’aspersion du sang, n’était pas sauvé par la valeur qu’il attachait au sang, mais simplement par le sang. Le sang, avec sa valeur et sa divine efficacité, était placé devant Israël ; et si le peuple avait voulu placer, ne fût-ce qu’un morceau de pain sans levain, à côté du sang, comme fondement de sa sécurité, il aurait fait Dieu menteur et nié la parfaite suffisance de son remède. C’est par le sang de Christ que nous avons la paix, une justification parfaite, la justice divine ; c’est lui qui purifie la conscience, lui qui nous introduit dans le Saint des Saints, qui fait que Dieu est juste en recevant le pécheur qui croit, et lui qui nous donne droit à toutes les joies, à tous les honneurs, à toutes les gloires du ciel.

 

C’est Jésus qui donne un repos permanent nos âmes et non pas ce que peuvent être nos pensées relativement à nous-mêmes. La foi ne considère jamais ce qui est en nous comme étant le motif du repos. Elle reçoit, aime et saisit ce que Dieu a révélé et ce que sont les pensées de Dieu au sujet de Jésus, dans lequel est son repos à lui.

 

C’est de Dieu lui-même que nous avons à apprendre quelle est, à ses yeux, la vraie condition du croyant. Nous sommes plus disposés à dire à Dieu ce que nous sommes en nous-mêmes qu’à le laisser nous dire ce que nous sommes en Christ. En d’autres termes, nous sommes plus préoccupés de nos sentiment sur nous-mêmes que de la révélation que Dieu nous fait de lui-même. Dieu nous parle en vertu de ce qu’il est en lui-même et de ce qu’il a accompli en Christ. Telle est la nature de cette révélation que la foi saisit et qui remplit l’âme d’une parfaite paix.

 

Si l’expiation de Christ ne s’appliquait qu’aux péchés que l’homme peut discerner et reconnaître, nous nous trouverions bien éloignés du vrai fondement de la paix. Nous avons besoin de comprendre que le péché a été expié selon la justice de Dieu — que les droits de son trône ont été parfaitement satisfaits — que le péché, envisagé à la lumière de son inflexible sainteté, a été divinement jugé. C’est là ce qui donne à l’âme une paix durable. Une pleine expiation a été faite pour les péchés d’erreur ou d’ignorance du croyant, aussi bien que pour ses péchés connus. Le sacrifice de Christ pose la base de ses relations et de sa communion avec Dieu, selon l’appréciation divine que Dieu en fait. Il faut que le cœur soit en repos devant Dieu, quant à la parfaite rémission des péchés, avant que nous puissions l’adorer en Esprit et en vérité. Si le sentiment de la culpabilité pèse sur la conscience, il doit y avoir de la terreur dans le cœur et, assurément, un cœur rempli de terreur ne peut pas être un cœur heureux et adorant. Ce n’est que d’un cœur rempli de ce doux et saint repos que procure le sang de Christ, qu’un culte vrai et acceptable peut monter jusqu’au Père. Le même principe s’applique à notre communion avec le peuple de Dieu, à notre service et à notre témoignage au milieu des hommes. Tout doit reposer sur le fondement d’une conscience parfaitement purifiée, et cette conscience purifiée repose sur la base de la parfaite rémission de tous nos péchés, soit connus, soit ignorés.

 

Une preuve puissante que je demeure en Christ est la tranquillité de mon esprit. Ma part est ailleurs, et je poursuis ma route. Aussi longtemps que nous demeurons en lui, notre esprit demeure tranquille, quelles que soient les circonstances. L’âme ne jouit pas du bonheur en Dieu pour elle-même seulement, mais elle reflète aussi au dehors le caractère du lieu où elle se tient.

 

Quand le cœur est en paix avec Dieu et qu’il n’a rien à se reprocher, quand la volonté propre est tenue en échec, la paix règne dans l’âme. On marche sur la terre, mais le cœur est au-dessus de la terre, en communion avec de meilleures choses ; on marche dans un esprit de paix avec les autres, et rien ne trouble nos rapports avec Dieu. Il est le Dieu de paix. La paix, la paix avec Jésus remplit le cœur.

 

Lorsque nous avons jeté notre fardeau sur Celui dont rien ne peut troubler la paix, la paix garde nos cœurs. Notre trouble est devant lui, et la paix constante du Dieu d’amour qui se charge de tout et sait tout d’avance, tranquillise notre cœur déchargé et nous communique la paix qui est en Lui. Et cette paix surpasse toute intelligence, comme il surpasse lui-même toutes les circonstances qui peuvent nous inquiéter. Quelle grâce que nos soucis mêmes fassent que nous soyons remplis de cette merveilleuse paix, si nous savons les apporter à Dieu qui est fidèle !

 

C’est l’œuvre de Christ qui donne la paix à la conscience ; mais c’est une volonté soumise, l’absence de toute volonté propre, qui, dans les grandes et les petites choses, nous donne la paix du cœur, tandis que nous traversons les épreuves d’ici-bas.

 

Je ne connais pas une parole plus propre à remplir l’âme de paix que celle-ci : « Ne vous inquiétez de rien » (Phil. 4:6). Combien souvent j’ai expérimenté la force de ces deux mots : de rien !

 

La vie de victoire, c’est la cessation de toute vie propre, et la conséquence, c’est le repos de nos âmes. La vie de victoire, c’est Christ vivant en nous, agissant en nous. Entrer dans le repos, c’est vivre dans une entière dépendance de Dieu, comme Jésus a vécu, ne faisant rien de lui-même, ne disant rien de lui-même.

 

Quelle source de paix de savoir que Dieu veille à notre croissance, qu’il travaille lui-même à rendre parfaite notre union avec Christ, éloignant ce qui peut nuire à cette union, pourvoyant à ce qui peut la favoriser. Quel repos de remettre enfin et complètement à ses soins notre vie en Christ, et de sentir que tout ce que nous faisons pour demeurer plus fidèlement dans son Fils, nos désirs, nos pensées, nos prières, ne sont que la manifestation de son œuvre en nous ; car c’est lui qui nous affermit, en nous portant à veiller, à attendre, à travailler. Mais il ne peut accomplir cette œuvre avec puissance que lorsque nous cessons de l’entraver par nos propres efforts, et acceptons par la foi la position dépendante qui, en même temps qu’elle honore Dieu, ouvre le cœur à son action. Alors, au milieu de la vie bruyante et agitée du monde, des tentations subtiles et incessantes du péché, au milieu des soucis journaliers et des épreuves, même les plus grandes, l’âme, confiante, conserve la paix, sachant que Dieu l’affermit en Christ.

 

Une des forces de la vie de la foi est renfermée dans ce mot : maintenant. Savoir faire l’expérience que maintenant, quelles que soient nos circonstances, l’œuvre du salut s’accomplit en nous, que maintenant Jésus nous appartient et toutes choses en lui, que nous pouvons en disposer maintenant, tel est le secret du repos et de la victoire. Au lieu de chercher en vain à entrer dans un état d’âme durable qui nous permette de demeurer en Christ d’une manière permanente, commençons, par la foi, à demeurer dans le moment présent. Jésus nous gardera pour le moment suivant, et nous arriverons par ce chemin à la communion de tous les instants.

 

Quand l’âme se tient silencieuse en la sainte présence de Dieu, elle reçoit des enseignements que ses propres efforts et l’agitation de ses pensées ne lui avaient jamais laissé entendre auparavant ; et elle comprend toujours mieux que son salut est dans ce repos intime : écouter, croire, veiller, attendre de voir ce que Dieu fera ; puis, dans la foi et l’obéissance, se soumettre à l’action de Celui qui opère avec puissance.

 

Il semble qu’aucun message ne devrait nous être plus doux et plus précieux que le commandement de rester tranquilles et de nous tenir en repos, Dieu se chargeant de travailler pour nous et en nous. Pourquoi avons-nous tant de peine à l’accepter ? Pourquoi sommes-nous si lents à comprendre que la tranquillité de l’âme est une bénédiction, une force, une source de grande activité, le secret de toute véritable vie en Christ ? Nombreux sont les dangers qui menacent ce repos de l’âme.

Il y a d’abord la dissipation de l’âme, provenant d’une préoccupation inutile ou trop grande des intérêts du monde. Chacun de nous a sa vocation terrestre ; et, dans le cercle prescrit par Dieu, l’intérêt pour notre travail et pour ce qui le concerne est un devoir. Mais, même en cela, le chrétien a besoin de vigilance et de modération. Nous devons veiller davantage encore à une sainte réserve dans les choses qui ne sont pas absolument imposées par Dieu. Si demeurer en Christ est réellement notre premier but, prenons garde à cette excitation inutile ; prenons garde, même dans les choses nécessaires et légitimes, au pouvoir extraordinaire qu’elles ont d’absorber tellement l’âme, qu’il lui reste peu de force et peu de goût pour la communion avec Dieu. L’inquiétude et les soucis au sujet des choses terrestres, tendent constamment à détruire la vie confiante, et rendent l’âme semblable à une mer agitée. Dans cet état, il est impossible d’entendre le son doux et subtil de l’Esprit.

 

L’esprit de crainte et de méfiance dans les choses spirituelles, n’est pas moins nuisible ; de même le trouble provenant de ce que nous cherchons dans nos propres efforts et dans nos propres forces, les bénédictions spirituelles qui ne viennent que d’En haut.

 

Comment le cœur angoissé peut-il être tranquille et l’esprit inquiet calmé ? Que me faut-il ? Il me faut du repos. Comment le trouverai-je ? En m’inclinant et en prenant sur moi le joug précieux de Christ qu’il porta lui-même dans les jours de sa chair ; joug d’une entière soumission à la volonté de Dieu. Il faut que je puisse dire, sans la moindre restriction, et du plus profond de mon cœur : « Ta volonté soit faite, ô Dieu ! » Il faut que j’aie un sentiment si réel de son amour parfait envers moi et de son infinie sagesse dans toutes ses voies à mon égard, que je n’y voudrais rien changer, lors même que je le pourrais.

 

Combien de difficultés disparaîtraient dans les détails de notre vie journalière, que de doutes seraient éclaircis, si nous attendions la direction divine au lieu d’essayer d’agir sans elle. Si je n’ai pas de lumière pour avancer, mon devoir est de rester tranquille. Nous ne devrions jamais nous mouvoir dans l’incertitude. Souvent nous nous tourmentons, pour savoir si nous devons aller ou agir, quand Dieu veut que nous restions tranquilles et ne fassions rien. Nous consultons Dieu, mais nous ne recevons pas de réponse ; nous demandons conseil à nos amis, ils ne peuvent nous aider, car c’est une question entre notre âme et le Seigneur. Nous voilà donc plongés dans le doute et l’anxiété, uniquement parce que l’œil n’est pas simple, parce que nous ne suivons pas Jésus, « la lumière du monde ». C’est un principe certain dans la vie divine, que si nous suivons Jésus, nous aurons la lumière de la vie. Il l’a dit, et, pour la foi, cela suffit.

 

5.8   La joie

 

Là où est la volonté du Seigneur, il y a du bonheur. Christ est notre joie, mais c’est dans le chemin de sa volonté que nous trouvons la jouissance de son amour. C’est là que nous découvrons en lui une source de joie profonde et ineffable. Lui-même est notre trésor.

 

Que Christ soit littéralement notre tout, voilà le seul secret de la puissance, le seul fondement d’une joie immuable.

 

Notre christianisme ne devrait pas être une religion de regrets, mais une joie continuelle du cœur.

 

« Réjouissez-vous toujours. Priez sans cesse. En toutes choses rendez grâces » (1 Thess. 5:16-18). Il y a un lien plus intime entre ces trois états d’âme que nous ne sommes généralement disposés à l’admettre. La joie grandit toujours en proportion de la prière et des actions de grâces.

 

Obéir constamment à ces trois commandements de 1 Thes. 5:16-17, c’est vivre sur un plan supérieur. C’est donner la preuve d’une vie de victoire. Il est bon de s’appliquer ce thermomètre spirituel et de se poser la question : suis-je toujours joyeux ? Est-ce que je prie sans cesse et rends grâces en toutes choses ?

Quand un voile s’élève entre nous et Dieu, lorsque quelque chose ne va pas, la première bénédiction que l’ennemi nous enlève, c’est notre joie. Jésus voulait que nous possédions sa joie parfaite, et il a prié pour cela. Cette joie est compatible avec les plus grandes souffrances, puisqu’il la possédait au moment de sa passion.

C’est cette joie-là qu’il veut nous donner. Le plus merveilleux est de l’entendre nous dire : « Personne ne vous ôte votre joie ». Cette joie de Christ doit devenir pour nous un trésor inattaquable, inviolable, que personne ne peut nous enlever.

 

5.9   L’espérance

 

Le chrétien ne cherche pas la justice devant Dieu comme un homme qui ne la possède pas : il est la justice de Dieu en Christ, et Christ lui-même est la mesure de cette justice. La foi se repose dans cette justice comme Dieu y trouve son repos. La gloire dans laquelle Christ se trouve est la juste récompense de cette justice, comme elle en est la preuve. « Car nous, par l’Esprit, sur le principe de la foi, nous attendons l’espérance (la chose espérée) de la justice » (Gal. 5:5). Pour nous, c’est par la foi, car nous n’avons pas encore la chose espérée, savoir la gloire due à la justice qui est nôtre ; mais Christ la possède, de sorte que nous savons ce que nous espérons. C’est par l’Esprit que nous connaissons cette gloire, et que nous avons l’assurance de la justice qui nous donne le droit de la posséder.

 

Si nous apprécions son amour, l’attente de nos cœurs, remplis de lui, débordera nécessairement dans nos entretiens. Craindre le Seigneur, penser à lui, l’attendre en parlant de lui l’un à l’autre, garder fidèlement sa Parole.

 

Le fait du retour de Jésus se rattache à toutes les relations spirituelles de nos âmes, se déploie dans toutes les circonstances de la vie chrétienne. On est converti pour attendre le Fils de Dieu ; la joie des saints dans le fruit de leurs travaux se trouve accomplie dans la présence du Sauveur ; c’est à la venue de Christ que la sainteté a toute sa valeur, sa vraie mesure était vue dans ce qui est manifesté alors ; la venue de Jésus est la source de consolation pour le chrétien s’il vient à mourir ; c’est pour la venue de Christ encore que Dieu garde tous les siens en sainteté et sans reproche.

 

Lorsque tous les orages auront pris fin, la splendeur de la gloire, pour laquelle le Seigneur nous prépare, brillera sans nuages, et cette splendeur sera lui-même. On ! combien est précieux l’amour, l’amour de Jésus, qui nous aura amenés dans sa gloire, pour y être toujours avec lui !

 

Si nos cœurs entretiennent l’espérance constante du retour du Seigneur, nous mettrons peu de prix à toutes les choses terrestres. Il est moralement impossible que nous puissions être dans l’attitude de l’attente du Fils venant du ciel , et que nous ne soyons pas détachés de ce monde. On peut adopter la doctrine du retour du Seigneur et n’en être pas moins un homme du monde ; mais celui qui vit dans l’attente habituelle de l’apparition de Christ, ne peut qu’être séparé de ce qui sera jugé et détruit quand il viendra.

 

Une grande partie de notre faiblesse à attendre la venue du Seigneur vient du manque de jouissance de nos relations avec lui. L’intensité du désir, jointe à la connaissance du lien qui fait de nous un tout, produit une attente réelle.

 

Le moyen de voir s’affermir et se vivifier en nous l’espérance, n’est pas seulement de la retenir fortement dans l’âme, mais encore de l’exercer, de s’occuper fréquemment de ce qui en fait l’objet, de « lever la tête parce que la rédemption approche » (Luc 21:28). L’espérance, comme toutes les vertus, se fortifie par l’exercice, et, en se fortifiant, elle agit davantage et parvient à dominer tous les doutes et les pensées vaines de l’esprit.