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Que dit l’ÉCRITURE ? (Rom. 4:3)

 

 

Réponse à 150 questions touchant divers sujets bibliques ou de la vie chrétienne, posées par les lecteurs du périodique «le Salut de Dieu» entre 1873 et 1917 (par W.J.Lowe puis Élie Périer)

 

 

 «Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi» Jean 5:39

 

«Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre» 2 Timothée 3:16, 17

 

«Et ils reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les Écritures pour voir si les choses étaient ainsi» Actes 17:11

 

Sommaire

26.          Matt. 16:24 ; Luc 9:23. Prendre sa croix

29.          Matt. 18:12-14 ; Luc 15:1-7. S’agit-il des mêmes paraboles ?

35.          Luc 5:36 ; Matt. 9:16. Le drap neuf et le vieil habit

36.          Luc 10:5. Comment pouvons-nous être des fils de paix ?

37.          Luc 11:13. Faut-il demander à recevoir le Saint Esprit ?

38.          Luc 11:47-48. Les pharisiens bâtissant les tombeaux des prophètes

39.          Luc 12:10-12. Confesser Christ et le péché contre le Saint Esprit

40.          Luc 14:26 ; Marc 10:29, 30 ; Éphés. 6:1-4 ; Col. 3:20. Faut-il vraiment haïr son père, sa mère, sa propre vie ?

41.          Luc 15. Pourquoi le fils prodigue est-il revêtu par le père ?

42.          Luc 16:9. Se faire des amis avec les richesses injustes

43.          Luc 16:19-31 : Jean 5:24-29. La joie ou les tourments aussitôt après la mort ou seulement après la résurrection ?

44.          Luc 17:35. Pris pour la bénédiction ou pour le jugement ?

45.          Luc 20:34-36. S’agit-il des Juifs ou du monde entier ?

46.          Luc 22:20. Portée de la nouvelle alliance

47.          Luc 22:35-36 ; Luc 9:3. Prendre ou ne pas prendre une bourse ou un sac ?

48.          Luc 22:36-38. Peut-on résister par la force ?

 

Les questions n° 1 à 124 se rapportent à des passages de l’Écriture. Les questions n° 125 à 152 traitent de questions diverses.

 

26.       Comment faut-il comprendre l’expression dont le Seigneur se sert, en parlant d’un «disciple» : «Qu’il prenne sa croix» ? (Matthieu 16:24 ; Luc 9:23).

 

Le Seigneur venait de parler pour la première fois de sa mort ; c’était au moment où il devait quitter la Galilée pour se rendre à Jérusalem où le supplice de la croix l’attendait. Personne sauf lui, ne le comprenait ; mais la circonstance était bien propre à faire peser sur la conscience de ses disciples le caractère du chemin qu’il suivait en accomplissant la volonté du Père. La croix était nécessaire pour qu’une expiation fût faite. Sans la propitiation, nos péchés auraient barré pour toujours tout accès auprès de Dieu. Sans la mort de Jésus, personne n’aurait pu avoir part avec lui (Jean 12:24). Tout le témoignage du Seigneur, tout son service devait avoir cet aboutissement ; et, étant appelés à le suivre, nous devons comprendre quel est le chemin où il a marché. Il n’y en a pas d’autre, où, en nous attachant à ses pas, nous puissions porter le caractère d’un «disciple». Ce fait, qui éprouve le coeur humain plus que toute autre chose, est exprimé par la figure de «prendre la croix». Si nous trouvons à la croix de Jésus la délivrance de tout le fardeau de nos péchés, nous devons aussi accepter la croix comme caractérisant le chemin que Christ a parcouru en traversant le monde qui n’a pas voulu de lui. Son chemin devient ainsi notre chemin, sa croix, notre croix. L’apôtre Paul l’a envisagé de cette façon, comme on peut le voir facilement dans l’épître aux Galates (5:11, 24 ; 6:14). Par conséquent chaque disciple doit apprendre à se charger de sa croix en suivant son maître, et en l’attendant. Luc ajoute «chaque jour».

 

29.       La parabole de Matthieu 18:12 à 14, est-elle la même que celle de Luc 15:1 à 7 ? Est-ce que «les quatre-vingt-dix-neuf» brebis «qui ne se sont pas égarées» doivent être considérées comme des «justes» qui n’ont pas besoin de repentance ?

Les deux Paraboles nous paraissent essentiellement différentes, non seulement à cause du caractère différent des évangiles de Matthieu et de Luc, mais aussi à cause des termes dans lesquels elles sont présentées. En Matthieu, il est particulièrement question des petits enfants, et pas un mot n’est dit de «la repentance». Dans l’évangile de Luc, au contraire, du commencement à la fin, la nécessité de la repentance forme l’un de ses grands traits. Par conséquent, on ne peut pas rapprocher ces deux paraboles, bien que dans les deux le Seigneur se serve de la même figure.

Il est à noter qu’en parlant de son oeuvre, le Sauveur ne dit pas en Matthieu qu’il est venu «chercher» ce qui est perdu. Cette expression est à sa place cependant dans Luc 19:10, où un «pécheur» Zachée, qui ne connaît pas encore ce que Christ est venu faire, s’efforce de faire valoir sa justice devant lui, — chose qu’un petit enfant ne fait pas ; et pour la simple raison qu’il n’est pas encore arrivé à l’état de connaissance qui, pour satisfaire à notre orgueil, exige de tels efforts. En Matthieu 18:11, le Seigneur dit que «le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu». Chacun, quant à sa nature, est né «perdu» dans ce monde, et puisque Dieu n’a pas voulu, à cause de cela, faire sévir son jugement sur toute la race, il a envoyé son Fils pour opérer le salut. Jésus est devenu le Sauveur dans ce but. C’est ce qui nous donne l’assurance que les petits enfants qui meurent avant d’avoir atteint l’âge de la connaissance, sont sauvés.

Un autre trait précieux du passage de Matthieu, c’est que l’idée qui domine est celle de maintenir l’intégrité du troupeau. L’homme qui possédait les cent brebis ne veut pas se contenter de quatre-vingt-dix-neuf : il veut les avoir toutes, quelle que soit la peine que cela lui coûte.

En Luc, la pensée se porte simplement sur la brebis égarée, comme figure du pécheur qui a suivi un chemin de propre volonté, en abandonnant le sentier de la soumission et de l’obéissance. Celui-là a besoin de repentance ; puis pour l’amener à ce point, le Sauveur lui manifeste l’amour qui va à sa recherche, le prend, le met sur ses propres épaules, et ne le laisse pas avant de l’avoir porté jusque dans sa propre maison. Le brigand sur la croix en est l’exemple divinement fourni, comme l’atteste la promesse du Seigneur : «Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis».

 

35.       Pourquoi l’évangile de Luc et celui de Matthieu diffèrent-ils dans le passage qui signale la folie de se servir de drap neuf pour raccommoder un vieil habit. ? (Luc 5:36 ; Matthieu 9:16). Et quel est l’enseignement que nous pouvons en retirer ?

L’enseignement du Seigneur ne pouvait nullement s’adapter au formalisme des pharisiens. Ceux-ci croyaient pouvoir établir leur propre justice aux yeux des hommes par des pratiques extérieures fondées en partie sur la foi, en partie sur la tradition. Jésus annonçait une justice toute différente fondée sur la rédemption, justice qui était de Dieu seul. Le péché étant expié, Dieu est juste en justifiant le pécheur qui croit en Jésus. Comment concilier la justice humaine qui est comme un vêtement usé, toujours en défaut, et la justice de Dieu qui ressort de ce qu’il est en lui-même et qui est le fruit de l’oeuvre parfaite d’expiation accomplie par le Seigneur ? Voilà l’idée générale dans les deux passages.

Luc, qui fournit habituellement des développements au point de vue moral propres à agir sur la conscience, montre en outre que celui qui veut la loi en même temps que la grâce, non seulement perd la jouissance de celle-ci, mais par la lumière acquise, se trouve dans l’impossibilité de satisfaire sa conscience par ses efforts légaux. Il a fait une déchirure dans le nouveau vêtement en cherchant à raccommoder son vieil habit ; il n’ose pas paraître dans le nouveau qui est déchiré et gâté, et il sent que l’état misérable du vieux a été davantage mis en évidence.

36.       Comment pouvons-nous être de ces fils de paix dont le Seigneur parle en Luc 10:5 ?

Les instructions que le Seigneur donne à ses messagers sont précises : «Dans quelque maison que vous entriez, dites premièrement : «Paix sur cette maison !». La paix était la première chose que l’on devait annoncer de sa part. Nous avons tous besoin de la paix. Mais aucun homme ne peut se la procurer. Elle vient de Dieu. Dieu est le «Dieu de paix» (Romains 15:33 ; Philippiens 4:9) qui va bientôt briser Satan sous les pieds des siens (Romains 16:20). Aucun homme ne pourra s’affranchir des chaînes qu’il s’est forgées lui-même en se livrant à l’Adversaire. Voyez Ésaïe 49:24-25. L’homme s’est détourné de Dieu en écoutant Satan, dès lors il est l’esclave de celui-ci ; ses propres efforts ne suffisent pas pour que le joug soit brisé. Mais le Seigneur Jésus est venu pour lier l’homme fort, et pour piller ses biens (Matthieu 12:28-29). Il a pu le faire selon la justice, en maintenant les droits de Dieu qui exigent que le péché soit puni, car lui-même a porté nos péchés en son propre corps sur le bois. Il est mort à notre place comme sacrifice pour le péché, et Dieu est juste en offrant la paix, en pardonnant à tous ceux qui reçoivent son témoignage au sujet de son Fils. Il est le «Seigneur de paix» (2 Thessaloniciens 3:16). Il est notre paix, et il a fait la paix. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix aux Juifs et aux Gentils (Éphésiens 2:14-15, 17). Ne vaut-il pas la peine de mettre de côté toute idée de pouvoir faire quelque chose par nos propres efforts ? Sinon nous resterons ignorants de tout ce que le Vainqueur de Satan et de la mort a fait pour nous, selon les richesses de sa grâce ! Ne vaudrait-il pas mieux prendre place comme Marie, aux pieds du Sauveur pour écouter sa parole ? Car il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

La difficulté qui se présente sur notre chemin vient donc de nos propres coeurs. Si l’on est, comme un pharisien, content de soi, on ne croira pas que l’on a besoin de la paix, on n’en sentira pas la nécessité, on ne la cherchera pas.

Celui qui se confie dans ses bonnes oeuvres s’éloigne du Sauveur, tout comme celui qui ne se sent pas malade ne cherche pas à trouver un médecin. Mais lorsque nous recevons le témoignage de Dieu qu’il n’y a point de juste, pas même un seul (Romains 3:10), notre conscience réveillée nous fait sentir que le Dieu juste doit nécessairement nous juger. Quel bonheur d’apprendre alors que Dieu veut être Sauveur, tout en restant juste, et que c’est pour cela qu’Il a envoyé son Fils bien-aimé souffrir et mourir à notre place ! C’est comme pécheur perdu sans ressource et méritant le jugement, que chacun doit s’adresser au Sauveur. Un tel homme, son cas fût-il aussi désespéré que celui du brigand crucifié pour ses crimes, fera la douce expérience que jamais le Seigneur n’a repoussé quelqu’un qui vient à Lui. Au contraire Il a dit : «Je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi» (Jean 6:37).

Un fils de paix est donc quelqu’un qui est venu auprès du Sauveur comme un pécheur perdu, et qui, en écoutant sa parole, a reçu de sa part l’assurance de la paix avec Dieu et du pardon de ses péchés, — paix et pardon fondés sur le précieux sang qui purifie de tout péché. Nous sommes justifiés par son sang (Romains 5:9). Étant justifiés, nous avons la paix avec Dieu.

La vie chrétienne est une marche poursuivie dans la communion de Dieu et l’énergie du Saint Esprit. Une vie de paix et de joie, dont le Seigneur Jésus lui-même a été à tous égards la parfaite expression, une vie de relation actuelle avec le Père (Jean 1:12, 13), dans l’attente du retour du Seigneur qui va bientôt prendre les siens auprès de lui dans la gloire (Jean 14:1-3 ; 17:24). Jésus a dit : «Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et ou je suis, moi, là aussi sera mon serviteur : si quelqu’un me sert, le Père l’honorera» (Jean 12:26). Et encore : «Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi, car je suis débonnaire et humble de coeur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger» (Matthieu 11:28-30).

À ceux qui font ainsi Il dit : «Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne. Que votre coeur ne soit pas troublé, ni craintif» (Jean 14:27).

37.       Sommes-nous autorisés par Luc 11:13, à demander l’Esprit Saint ?

Il ne faut pas oublier que, lorsque le Seigneur prononça cette parole, il n’avait pas été glorifié et que le Saint Esprit n’était pas encore venu (Jean 7:37-39). Dans la période actuelle, la foi individuelle peut s’approprier Galates 4:6. Dieu connaît le véritable état de chacun, il veut la réalité, et il veut aussi que nous nous habituions à lui demander toutes choses librement, en nous adressant à lui comme Père.

Le christianisme est caractérisé par la présence du Saint Esprit sur la terre. Il habite dans chaque croyant (1 Corinthiens 6:19), et dans l’Assemblée (Éphésiens 2:22). Celui-ci fut donné en réponse à la prière du Seigneur (Jean 14:16), prière à laquelle les apôtres s’associaient sans doute après son ascension (Actes 1:14). Demander maintenant que le Saint Esprit soit envoyé comme au commencement, ne serait que de l’incrédulité.

38.       Comment le fait de bâtir les tombeaux des prophètes est-il une preuve que les pharisiens prenaient plaisir aux oeuvres de leurs pères qui les avaient tués ? Voyez Luc 11 :47-48.

Les pharisiens pensaient peut-être honorer les prophètes qui n’étaient plus au milieu d’eux ; mais c’était plutôt en fait dans le but de s’attirer l’estime de leurs compatriotes. Tout en prétendant enseigner les Écritures, ils ne les mettaient pas en pratique, et ils s’efforçaient de garder le peuple dans l’ignorance de ce que les prophètes avaient dit. Ils les honoraient comme morts, tandis qu’ils n’écoutaient pas les paroles de Dieu proclamées par le plus grand des prophètes (Jean le baptiseur), ni celles du Fils de Dieu qui leur parlait dans ce moment même. Chacun peut comprendre que la vraie manière d’honorer un serviteur de Dieu, est d’obéir à la parole qu’il apporte de la part de Dieu. Pour le croyant, les prophètes sont ainsi toujours vivants (Hébreux 11:4). Ceux qui bâtissent leurs sépulcres les veulent morts : ils ne les écoutent pas.

39.       Que doit-on entendre par le passage suivant du chapitre 12 de l’évangile de Luc, verset 10 : «Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné : mais à celui qui aura proféré des paroles injurieuses contre le Saint Esprit, il ne sera pas pardonné» ? Ce passage semble en contradiction avec le verset 7 du 1° chapitre de l’épître de Jean, où il est dit que le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché.

De nombreuses âmes sont exercées par ces paroles du Seigneur, telles qu’elles sont présentées par Luc, l’explication y étant moins évidente que dans l’évangile de Marc (*). En Luc, il s’agit de confesser le Seigneur avec courage devant les hommes qui l’avaient méprisé et qui, comme plus tard Saul de Tarse, étaient prêts à jeter en prison et à livrer à la mort ceux qui suivaient Christ. Pour pouvoir le confesser on devait nécessairement le connaître, et pour le connaître on avait ses paroles et ses oeuvres.

(*) Voir question 24.

Si l’on croyait avec simplicité ses paroles, on pouvait répondre, comme Simon Pierre dans le chapitre 6 de l’évangile de Jean : «Seigneur, auprès de qui nous en irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle». À de tels croyants le Saint Esprit donnait le pouvoir de confesser hardiment Christ devant les chefs du peuple qui voulaient se défaire d’eux, il leur enseignait à l’heure même ce qu’il fallait dire. Le livre des Actes en fournit bien des exemples. Le Seigneur leur avait promis cette grâce dans le passage en question (Luc 12:12). Les apôtres qui faisaient l’expérience personnelle du secours du Saint Esprit, n’étaient donc pas en danger de proférer des paroles injurieuses contre lui.

D’autres, qui n’avaient pas entendu, ou qui n’avaient pas compris les enseignements du Seigneur, auraient pu s’accorder avec les pharisiens zélés pour leur religion, qui disaient : «Cet homme n’est pas de Dieu, car il ne garde pas le sabbat» (Jean 9:16). Voilà un propos injurieux contre le Fils de l’homme qui mettait en question sa divinité. La réponse simple, était le témoignage rendu par les oeuvres de Jésus (Jean 5:36). Elles étaient d’une évidence incontestable pour tout coeur honnête, sans préjugés. Si l’on se rendait à cette évidence, on confessait son nom comme l’aveugle-né qui ne l’avait jamais vu, et n’avait entendu de sa part qu’une seule parole, mais à laquelle il avait obéi. Si l’on s’obstinait à refuser ce témoignage, on était obligé d’attribuer ces oeuvres miraculeuses à une puissance autre que celle de Dieu ; c’est ce que faisaient les scribes lorsqu’ils disaient : «Il a Béelzébul, et par le chef des démons, il chasse les démons». Ceux-là récusaient le dernier témoignage qui aurait pu agir sur leurs consciences, et pour eux, il n’y avait pas de pardon. C’était un blasphème contre l’Esprit de Dieu par lequel Jésus agissait. (Voyez Matthieu 12:28, 32 ; Marc 3:29-30). Dans une autre occasion le Seigneur leur disait : «Si vous ne croyez pas que c’est moi, vous mourrez dans vos péchés» (Jean 8:24).

Au fond, la chose importante est toujours de savoir quelle est la réponse spontanée qui sort du coeur, lorsqu’il entend la demande : «Que vous semble-t-il du Christ ? — de qui est-il fils ?» (Matthieu 22:42). Celui qui confesse, comme Pierre, que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, est «né de Dieu», et de plus «il est victorieux du monde» (1 Jean 5:1, 5). Un tel homme n’a pas besoin de craindre ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent rien faire de plus. Il n’est pas non plus en danger de dire des paroles injurieuses contre le Saint Esprit, car c’est par le Saint Esprit qu’on appelle Jésus son Seigneur (1 Corinthiens 12:3). Mais si l’on attribue la puissance et les oeuvres de Jésus à une énergie satanique, on rejette le Sauveur et on parle contre l’Esprit Saint. Pour ce péché-là il n’y a point de pardon.

40.       Comment faut-il comprendre le passage : «Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses soeurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple» (Luc 14:26), et les passages parallèles dans Matthieu et dans Marc ? Doit-on voir quelque modification de ces paroles dans les directions apostoliques à l’adresse des parents et des enfants (Éphésiens 6:1-4 ; Colossiens 3:20) ?

A — Les Écritures étant toutes inspirées de Dieu (2 Timothée 3:16), il n’y a en elles aucune contradiction. Nous ne devons pas voir non plus dans les passages indiqués des épîtres de Paul, une modification de ce que le Seigneur dit dans les évangiles. Si l’on examine les chapitres 19 de Matthieu, 10 de Marc, on voit que les relations entre mari et femme sont clairement établies par le Seigneur, avant que la question de Pierre l’amène à faire ressortir le privilège de consentir à des sacrifices «pour son nom». De même il insiste sur la bénédiction préparée pour les enfants, montrant combien son coeur était tourné vers eux, et avertissant chacun de ne rien faire qui pût les empêcher de venir à lui. Dans l’évangile de Matthieu surtout, on découvre la large place qu’ont les enfants dans les pensées du Père ; ils sont au bénéfice de l’oeuvre du Fils qui est venu accomplir la volonté du Père en sauvant ce qui était perdu (chapitre 18:1-14). Il ne s’agit nullement d’être indifférent quant aux enfants ou de négliger de les élever dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur, bien au contraire. Et les enfants sont tenus d’obéir à leurs parents : leur obéir en toutes choses est «agréable dans le Seigneur».

Il faut donc chercher ailleurs l’explication des passages en question. Le Seigneur venait de montrer l’influence qu’ont les richesses sur le coeur de l’homme et il veut que rien ne nous empêche de le suivre. Le coeur ne fait pas tout naturellement l’abandon des choses qu’il aime. Il faut pour cela l’intervention divine ; ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu. Dans sa bonté il ne nous laisse pas à nous-mêmes. Des cieux il a considéré la terre (Psaume 102:19), et il a envoyé son Fils bien-aimé pour nous sauver. De plus, il nous attire à Christ (Jean 6:44). En même temps, le Seigneur nous avertit des obstacles qui s’opposent à la marche de la foi, des barrières élevées soit par notre propre coeur, soit par l’Ennemi de nos âmes, et il veut que nous pesions ces choses dans sa présence dès le début de notre carrière chrétienne. En Matthieu, le motif que le Seigneur place devant nous est «son nom». Dans l’évangile de Marc, le sujet est un peu développé du côté du service de la Parole, en ce que «l’évangile» y a sa place, aussi bien que sa personne. Le Seigneur déclare : «En vérité, je vous dis : il n’y a personne qui ait quitté maison, ou frères, ou soeurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, ou champs, pour l’amour de moi et pour l’amour de l’évangile, qui n’en reçoive maintenant, en ce temps-ci, cent fois autant, maisons, et frères, et soeurs, et mères, et enfants, et champs, avec des persécutions, et dans le siècle qui vient, la vie éternelle» (Marc 10:29, 30). On comprend qu’il ne s’agit pas de se soustraire à sa responsabilité, mais bien de faire des sacrifices, de faire comme pendant les temps de persécution. On entre alors pleinement dans le sens de cette écriture pour y puiser la force et la consolation dont on a besoin. Le principe moral demeure et a son application pour tous les temps, et l’âme pieuse qui suit le Seigneur dans un monde qui l’a rejeté, éprouve la réalité de ses paroles, et peut ajouter son témoignage à celui de tant d’autres à la gloire de Christ. Ce que l’on perd ici-bas, on le retrouve d’une manière plus excellente en communion avec un Christ souffrant et rejeté, et la récompense sera infiniment augmentée dans la gloire de son règne.

Luc, comme toujours, insiste sur le principe au point de vue de la conscience, dans des termes incisifs. Il ajoute : «Et même aussi sa propre vie» (Luc 14:26), faisant ainsi ressortir qu’il ne faut rien permettre au coeur qui l’empêcherait de suivre le Seigneur. Il faut porter la croix, en suivant Christ, si l’on veut être son disciple.

B — Il est évident que l’on ne doit nullement chercher à diminuer la force de ces paroles du Seigneur. Ce n’est que dans l’évangile de Luc que nous trouvons le mot «haïr» introduit en rapport avec les relations naturelles ; Luc va plus loin que les autres évangélistes en montrant comment Dieu met fin à tout ce qui tient au «vieil homme». Il s’agit de le dépouiller, car il se corrompt selon les convoitises trompeuses (Éphésiens 4:22). Il faut un renoncement complet : la vérité qui est en Jésus suppose un changement radical, un renouvellement de l’esprit de notre entendement. Les vieilles choses passent, toutes choses deviennent nouvelles. Ce qui retenait le coeur et dominait les affections doit être soumis à une puissance supérieure où tout se règle selon Dieu et selon son amour parfait. Pour opérer ce changement en nous, il faut nécessairement que Dieu intervienne. Nous sommes par nature ténèbres ; et les ténèbres ne peuvent produire la lumière. Mais le chrétien est «lumière dans le Seigneur» (Éphésiens 5:8). Chez le vieil homme, le «moi» domine et règle tout ; chez le nouvel homme, le «moi» est mis de côté et remplacé par Christ (voyez Galates 2:20, 21). Or, nous avons beaucoup de peine à saisir la nécessité absolue pour nous de ce changement moral. Les foules croyaient qu’elles pouvaient suivre Jésus, jouissant de tous les bienfaits dont sa grâce les comblait sans que leur coeur fût changé. Voilà pourquoi le Seigneur montre toute la gravité de ce qu’elles avaient si légèrement entrepris. Il est facile de dire : «Seigneur, je te suivrai» ; mais plusieurs se retirent dès qu’ils commencent à s’apercevoir des difficultés de la course (Jean 6:66) ; ou bien on veut poser des conditions ; et lorsque Jésus dit : «suis-moi», on trouve des difficultés imprévues dans le chemin (Luc 9:57-62). L’homme croit qu’il peut se rendre agréable à Dieu et s’approcher de Lui : c’était la pensée de Caïn, qui apporta à Dieu les fruits de la terre maudite. Le Seigneur nous fait voir que le coeur est entièrement mauvais, en sorte qu’il faut haïr même sa propre vie : «Quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple» (14:33). Il n’est pas question ici de remplacer une affection et une responsabilité par une autre qui est plus forte, comme dans le cas du mariage (Matthieu 19:5). Il s’agit d’entrer dans une sphère nouvelle où tout est de Dieu et non pas de l’homme. On aime alors non pas pour la satisfaction personnelle qu’on tire de l’affection, mais selon la révélation que Dieu a faite de lui-même en Christ, puisant à la source intarissable de l’amour parfait dans la lumière de sa présence, et trouvant un objet divin et éternel pour le coeur dans la personne du Sauveur. Le Saint Esprit est le mobile de cet amour dans le coeur : toutes les relations naturelles se trouvent introduites dans cette sphère divine, car elles sont établies de Dieu ; mais elles sont assises sur une base nouvelle : le coeur y entre selon Dieu et ses pensées, et non pas d’une manière volontaire et charnelle.

Pour réaliser tout cela, il faut avant tout la nouvelle naissance ; puis, il faut être délivré de soi-même, afin de servir Dieu en nouveauté d’esprit (Romains 7:6) ; il faut ensuite de la vigilance afin de rester dans la dépendance de Dieu et résister aux séductions de l’adversaire : nous avons à revêtir l’armure complète de Dieu, à nous servir de l’épée de l’Esprit, à prier sans cesse. Dans l’évangile de Luc, il est précisé que l’on doit prendre sa croix chaque jour (9:23).

41.       Dans la parabole de Luc 15, pourquoi le père ordonne-t-il qu’on revête le prodigue d’une belle robe, et qu’on lui mette un anneau au doigt et des sandales aux pieds ?

Une fois dans l’habitation de son père, il fallait que l’apparence du prodigue fût conforme au caractère de la maison. Plus de pieds nus, plus de haillons, plus de signes de sa dégradation ! Désormais, il devait présenter dans sa personne et dans son maintien, non pas ce qu’il avait été dans la folie de son éloignement, mais ce que son père était pour lui et la joie de sa réception dans la maison.

Remarquons à cet égard que l’accueil paternel a fait époque dans la vie du prodigue, même après le réveil nécessaire de sa conscience. Jusqu’à l’instant où il se trouva dans les bras de son père, ses pensées se portaient sur ce qu’il avait été dans le passé et sur ce qu’il devait faire à l’avenir. Dès le moment où son père l’embrassa, l’amour qui pardonne remplit la scène. Il en est ainsi pour nous. Aussitôt que l’évangile dans sa plénitude a saisi notre coeur, nous comprenons que nos justices même sont des haillons souillés ; il ne s’agit plus que de savoir ce que Dieu est, et quelles sont les pensées de sa grâce. Tout ce qui est dans sa maison parle de lui et de ce qu’il est pour nous.

42.       Quelle est la signification du verset 9 du chapitre 16 de Luc , qui semble résumer la parabole de «l’économe injuste» : «Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin que, quand vous viendrez à manquer, vous soyez reçus dans les tabernacles éternels» ?

Le but de la parabole est évidemment de nous faire comprendre ce que nous avons à faire des biens que nous possédons sur la terre, où l’homme cherche habituellement sa propre satisfaction, sans penser à Dieu. Ces biens ne sont pas à nous, ils nous sont simplement confiés pour un temps. L’homme, dans la personne d’Adam, fut établi au commencement comme l’économe de Dieu ; mais, ayant manqué à son devoir, il fut renvoyé de son administration et chassé du paradis, étant déjà sous la sentence de la mort. Toutefois Dieu, voulant agir en grâce à son égard, n’exécuta pas immédiatement la sentence ; Il lui donna du temps avant de lui retirer son souffle. Tous ses descendants sont dans une position analogue, n’ayant plus droit à rien ici-bas, mais possédant pour un temps des biens qu’ils ne peuvent pas emporter avec eux lorsqu’ils quittent ce monde (Job 1:21 ; voyez aussi Psaume 49:17 ; Écclésiaste 5:15 ; Luc 12:20 ; 1 Timothée 6:7). La question est donc de savoir comment employer les biens dont nous disposons pendant le peu de temps que nous vivons ici-bas. Si nous nous en servons pour nous-mêmes, qu’en restera-t-il lorsque nous ne serons plus ? Mais si dans un esprit d’amour chrétien, nous cherchons à faire du bien autour de nous, agissant en vue de la vie à venir, où nous serons reçus dans notre demeure éternelle, nous ne perdons pas notre temps, ne laissant pas échapper l’occasion qui nous est offerte. C’est ici-bas que nous pouvons être à même de «nous faire des amis» pour avoir une «riche entrée» dans les tabernacles éternels. Dans le ciel, tous y seront au même titre, et par pure grâce ; il n’y aura plus des riches et des pauvres. Ici-bas, comme a dit le Seigneur, il y aura toujours des pauvres, toujours des besoins à satisfaire, des lacunes à combler, toujours des occasions de manifester envers ceux qui nous entourent la grâce dont nous sommes nous-mêmes les objets de la part de Dieu.

Le chrétien sait qu’il n’a droit à rien. L’homme n’a droit à rien parce qu’il est pécheur, et c’est seulement la grâce de Dieu qui empêche que la juste sentence de mort ne soit pas immédiatement exécutée. À ce point de vue, l’homme est «renvoyé de son administration», et les richesses dont il pourra disposer sont «injustes». Mais celui qui agit en vue de l’éternité peut avoir l’oeil sur les besoins qu’il connaît et employer ses ressources pour «les bonnes oeuvres». Ce que fait le chrétien pour le nom de Christ ne sera pas oublié dans l’éternité.

43.       Nous voyons dans Luc 16:19-31, Lazare, mourant, s’en aller dans la joie et le repos, et l’homme riche s’en aller aussi en enfer dès qu’il est mort. Jean (5:24-29) nous dit que tous ceux qui sont dans les sépulcres sortiront, les uns pour la vie, les autres pour le jugement. Il semble, d’après ce dernier passage, que ce n’est qu’à la résurrection, c’est-à-dire, à la venue du Seigneur, que les uns vont dans la joie et les autres dans les tourments, tandis que, d’après Luc 16, c’est aussitôt après la mort ; comment accorder ces deux passages ?

 Avant de répondre à la difficulté proposée, nous dirons quelques mots sur le but et la portée de la parabole de Luc 16. D’abord il faut bien se garder de la pensée erronée que l’un va en enfer parce qu’il était riche, et l’autre, Lazare, dans le sein d’Abraham parce qu’il était pauvre. Ce n’est pas de la position terrestre que dépend le salut ou la perdition, mais du fait que l’on reçoit Christ ou qu’on le rejette ; mais ce point n’est pas touché directement ici. Le Seigneur a pour but de détruire les fausses idées et les prétentions des Juifs, et surtout des pharisiens. Ceux-ci estimaient que les richesses étaient une preuve manifeste de la faveur de Dieu. Il est bien vrai que, sous l’économie judaïque, les justes avaient la promesse de bénédictions terrestres. Mais d’abord les Juifs avaient manqué en ce que Dieu leur avait confié, comme l’économe infidèle (voyez le commencement du chapitre), et les pharisiens, qui prétendaient avoir droit aux faveurs de Dieu, étaient avares (vers. 14) et égoïstes, ils jouissaient injustement de leurs richesses (vers. 9) sans en faire part, et méprisaient les pauvres. Il en était de même pour les privilèges religieux. Ils repoussaient les publicains (chap. 15:2 ; 19:7), et n’auraient pas voulu avoir affaire avec un Gentil, et eux-mêmes n’écoutaient pas Moïse et les prophètes, puisqu’ils rejetaient le Messie. Ils avaient choisi la terre pour leur portion et voulaient, quoique n’y ayant aucun droit, en jouir en se parant de beaux dehors religieux.

Mais le Seigneur lève le voile qui couvre le monde invisible, et leur fait voir le vrai résultat de leur conduite. Un Juif riche, mais égoïste, qui a vécu pour lui-même et qui n’a pas écouté Moïse et les prophètes, se trouve dans les tourments ; le pauvre, méprisé, souffrant, va dans le sein d’Abraham, dont il a sans nul doute partagé la foi. C’est ainsi que, dans une autre occasion, les enfants du royaume, incrédules, sont jetés dehors, et les croyants des nations introduits dans le royaume avec Abraham, Isaac et Jacob (Matthieu 8:11-12 ; voyez encore 15:21-28). Jésus lui-même, pauvre, méprisé et rejeté, entre dans la gloire. Tout ceci nous montre donc que Jésus voulait faire sentir le contraste entre les fausses idées des Juifs et la réalité selon Dieu ; en même temps il montre pourquoi les Juifs sont rejetés.

Maintenant, pour répondre à la question, remarquons qu’il ne s’agit nullement ici de l’état de l’homme après la résurrection, mais après la mort, c’est-à-dire quand l’esprit est séparé du corps, avant la résurrection. Deux choses nous le prouvent. D’abord, c’est qu’après la résurrection des méchants, le «hadès» est jeté dans l’étang de feu ; il est détruit (Apocalypse 20:14). Or ce hadès est l’état ou le lieu où se trouvent les esprits qui ont quitté le corps (*), (Actes 2:27), et c’est là que se trouve le riche dans les tourments. En second lieu, pour que Lazare puisse aller vers la famille du riche, il faut qu’il ressuscite ; il n’était donc pas ressuscité (vers. 31).

(*) Quand la résurrection a lieu, l’âme quitte le hadès (Actes 2:31)

Nous trouvons donc ici cette vérité solennelle, c’est qu’après la mort, l’esprit existe et que son état est fixé en attendant la résurrection. Les uns vont dans le hadès et les tourments ; ils sont en prison (1 Pierre 3:19) ; ils ne dorment ni ne sont anéantis. Les autres sont dans le paradis (Luc 23:43), avec le Seigneur (Philippiens 1:23 ; 2 Corinthiens 5:8), ne dormant pas non plus. Que veut donc dire «s’endormir» (Actes 7:60 ; 1 Thessaloniciens 4:13, 15) ? Remarquons, en passant, que, dans le Nouveau Testament, ce mot ne s’applique qu’aux croyants ; c’est une image qui se rapporte à l’état du corps de ceux qui sont délogés en contraste avec ceux qui demeurent sur la terre, qui veillent (1 Thessaloniciens 4:15-17). Chez celui qui dort, l’activité des sens est suspendue, mais non l’activité de l’esprit, qui veille dans une sphère où nous ne pénétrons pas. Il en est ainsi de la mort ; et l’image même prouve que l’esprit vit et veille. De plus, cette image se rapporte à l’espérance du croyant qui est le réveil, la résurrection.

Une autre vérité qui ressort de ce récit, c’est que le sort des esprits délogés est fixé d’une manière irrévocable. On peut maintenant, par grâce, en croyant, passer de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de Satan à Dieu (Jean 5:24 ; 1 Pierre 2:9 ; Actes 26:18). Mais alors, on ne passe pas du lieu des tourments au lieu du bonheur (Luc 16:26) : l’état des âmes est arrêté et scellé à jamais.

Ainsi le passage de Luc parle des esprits séparés du corps ; celui de Jean parle de la résurrection, et l’enseignement qu’il renferme est aussi d’une haute importance. Nous en dirons quelques mots.

La résurrection ainsi que le jugement sont par le Fils de Dieu, qui est aussi le Fils de l’homme (Jean 5:25 et 27). Ainsi, celui que les Juifs méconnaissaient et méprisaient a été revêtu par le Père lui-même de ces deux attributs de Dieu : donner la vie et juger (vers. 21, 22). Il doit être honoré comme le Père (vers. 23).

Deux époques sont indiquées, caractérisées par ces mots «l’heure vient». L’une avait déjà commencé quand Jésus était sur la terre, et elle dure encore ; elle s’étend jusqu’à l’autre heure. C’est l’époque où le Fils vivifie les âmes et les sauve par le moyen de sa voix qu’il leur fait entendre. C’est l’heure présente, le temps de la grâce. Qui a entendu cette voix de Jésus, a la vie éternelle ; il vit, et ne viendra pas en jugement.

L’autre «heure» est à venir. C’est l’heure (ou l’époque) de la résurrection et aussi du jugement. Ceux qui, comme Lazare, auront attendu dans le paradis, près du Seigneur, jouiront alors de la résurrection de vie, appelée aussi résurrection des justes (Luc 14:14) et première résurrection (Apocalypse 20:6) ; la seconde mort n’a pas de puissance sur eux. C’est le complément glorieux de leur salut. Ceux qui, de même que le riche, auront attendu dans le hadès, déjà dans les tourments, hélas ! ressusciteront aussi, mais pour le jugement devant le grand trône blanc (Apocalypse 20:11-15). C’est la résurrection des injustes (Actes 24:15) ; c’est, pour ainsi dire, le complément de leur condamnation et de leur ruine. En effet, l’homme est un être complexe, composé d’esprit, d’âme et de corps, et c’est à tout son être que s’applique salut ou perdition.

Enfin, n’oublions pas que, pour le racheté, il n’est pas nécessaire de passer par la mort, mais bien par un changement dans lequel ce qui est mortel est absorbé par la vie, et où le corruptible revêt l’incorruptibilité, car «la chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu, et la corruption non plus n’hérite pas de l’incorruptibilité» (2 Corinthiens 5 ; 1 Corinthiens 15:53, 50).

44.       «Deux femmes moudront ensemble, l’une sera prise et l’autre laissée» (Luc 17:35). Est-ce pour la bénédiction ou pour le jugement que l’on sera «pris» ?

Tout le passage montre qu’il est question du jugement qui va atteindre le monde au moment où le Fils de l’homme reviendra en gloire (*). «Si, par infidélité, on avait échappé à ceux qui, avant le jugement, n’épargnaient pas les fidèles, et cherché à sauver sa vie, — le jugement, étant celui de Dieu, saurait atteindre les gens dans leur lit et distinguer entre deux qui s’y trouvaient, comme entre deux femmes broyant leur grain à la même meule. Le caractère de ce jugement montre qu’il ne s’agit pas de la destruction de Jérusalem par Titus ; on y voit la main de Dieu qui sait discerner, prendre et épargner. Aussi n’est-ce pas un jugement de morts, mais un jugement sur la terre... À qui s’enquérait du lieu du jugement, la réponse était qu’il aurait lieu «là où est le corps» : le jugement descendrait là comme un vautour que l’on ne voit pas, mais auquel sa proie n’échappe pas». (J. N. D). Il n’est pas question dans ce passage, de décrire la nature ou les détails de ce jugement. Mais le fait solennel qu’il va arriver est présenté comme un avertissement de la part de Dieu, propre à agir sur la conscience de chacun, et à nous faire comprendre que chacun a affaire à Dieu devant qui rien n’est caché. Dans son gouvernement, il a la haute main sur toutes choses, et sait trouver celui qui est indifférent à ses appels aussi bien que celui qui se cache aux hommes.

(*) Il reviendra pour établir son royaume. Ses ennemis, et en particulier les apostats du peuple juif, seront «pris» pour être jugés. Ceux qui seront «laissés» entreront dans la joie du royaume (Ed).

45.       Dans les versets 34-36 du chapitre 20 de l’évangile de Luc, est-il question des Juifs ou du monde en général ?

 Luc présente habituellement les choses au point de vue moral. L’expression «fils de ce siècle» le dit assez ; elle signifie ceux qui ont leur part dans les choses d’ici-bas, et ne saurait être limitée aux Juifs. Ceux qui seront estimés dignes de la résurrection d’entre les morts sont reconnus «enfants de Dieu» en tant qu’ils participent à cette résurrection, qui du reste, aura lieu avant le règne millénaire du Christ. Voyez dans l’Apocalypse, chapitre 20:6.

46.       Quelle est la portée des paroles du Seigneur : «Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang» (Luc 22:20), en rapport avec la promesse faite à la maison d’Israël et à la maison de Juda, citée dans l’épître aux Hébreux ?

Le passage de Jérémie 31:31-34, cité dans l’épître aux Hébreux (Chap. 8:8-12), prouve qu’on ne peut pas prendre Israël dans un sens spirituel, en l’appliquant comme on l’a souvent fait aux croyants de la dispensation actuelle ; car dans ce sens-là, que ferait-on de l’expression «maison de Juda» ? Les deux «maisons» étant mentionnées séparément et distinctement, il est évident qu’on doit prendre le passage dans son sens littéral. La division des descendants d’Israël a eu lieu aussitôt après le règne de Salomon, et les deux «maisons» resteront séparées jusqu’à ce que s’accomplisse la prophétie d’Ézéchiel (chap. 37:15-28), dans les jours auxquels se rapporte également le passage de Jérémie.

La «nouvelle alliance», comme l’ancienne, est faite avec le peuple d’Israël ; c’est une chose essentiellement terrestre, ainsi que le montre clairement la suite du passage de Jérémie 31, qui parle du rétablissement de l’ancienne ville de Jérusalem (vers. 38-40).

Selon les termes de la nouvelle alliance, la loi de Dieu sera écrite dans le coeur du peuple ; ils connaîtront tous le Seigneur, et Dieu effacera complètement leurs péchés. Or cela ne peut avoir lieu sans qu’il y ait eu une expiation faite pour les péchés selon la justice de Dieu. C’est le sang de Christ seul qui est efficace pour accomplir cela, comme l’épître aux Hébreux le montre, surtout au chapitre 10. C’est pour cela que le passage est cité, ainsi que pour faire voir au peuple d’Israël que leur héritage dans le Messie (le Christ) dépasse de toute manière la position et les bénédictions dont ils ont pu jouir sous le régime de la loi. Ces deux époques sont désignées respectivement comme «le siècle présent» et «le siècle à venir», ou bien le «temps d’alors» et le «temps du redressement» (voyez les chapitres 2 et 9). Or le fondement divin de toute cette bénédiction future, qui constitue l’attente de tout âme fidèle en Israël, c’est le sang de Christ, et rien d’autre. C’est ce que le Seigneur voulait dire à ses disciples, en leur donnant «la coupe de la nouvelle alliance en son sang».

Mais il ne faut pas en tirer la conclusion que les chrétiens, les croyants d’aujourd’hui, remplacent le peuple d’Israël pour ce qui regarde «la nouvelle alliance». Aucune alliance n’est faite avec les chrétiens. La position chrétienne est d’une nature telle que l’idée même d’une «alliance» ne cadre pas avec elle : le chrétien est uni par le Saint Esprit au Christ glorifié. Par conséquent il possède, dès à présent, toutes les bénédictions spirituelles dont il est question dans «la nouvelle alliance» ; et en outre le Saint Esprit le fait jouir de toutes les choses qui se rattachent à la place actuelle de Christ dans le ciel, choses dont «la nouvelle alliance» ne dit absolument rien. En d’autres termes, la position chrétienne est céleste, parce que Christ est dans le ciel, et que le Saint Esprit unit le croyant à Christ là où il est.

Pour jouir des bénédictions terrestres, dans la communion de Dieu, il faut la nouvelle naissance, il faut un coeur purifié par la foi, il faut la rémission absolue des péchés. C’est ce que le Seigneur expliquait à Nicodème, en parlant des «choses terrestres» dont il est question dans le chapitre 36 d’Ézéchiel et ailleurs ; pour en jouir, il faut être né d’eau (de la Parole de Dieu), et de l’Esprit. Mais les «choses célestes» n’ont été révélées qu’après que le Seigneur Jésus eut pris sa place comme homme dans le ciel ; dès lors les choses autrefois cachées ont été annoncées par les apôtres, qui prêchaient «par l’Esprit Saint envoyé du ciel» (1 Pierre 1:12). Dans ces choses-là, «des anges désirent de regarder de près».

La nouvelle alliance se rapporte donc aux choses terrestres, aux bénédictions futures dont Israël jouira dans le pays de Canaan, pendant le règne glorieux du Messie. La base divine sur laquelle elle est établie est le précieux sang de Christ. En même temps, il est vrai que celui qui croit en Jésus possède dès à présent les bénédictions spirituelles que renferme la nouvelle alliance : il a la rémission complète de ses péchés ; il connaît le Seigneur ; Dieu, le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, est son Dieu ; et les commandements de Dieu sont écrits dans son coeur, dans le sens qu’il trouve ses délices à marcher dans l’obéissance, cherchant à plaire au Seigneur à tous égards. C’est le Saint Esprit qui opère ces choses en nous, par la parole de Dieu.

47.       Pendant son ministère en Galilée, le Seigneur dit à ses disciples : Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, etc. (Luc 9:3) ; mais au chapitre 22:35-36, lors du dernier souper, il dit : «Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? Et ils dirent : De rien. Il leur dit donc : Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, et de même celui qui a un sac». — Pourquoi cette différence ?

Remarquez le mot «maintenant», qui est comme la clé du passage. Il y a un contraste entre la position actuelle du Seigneur, et celle qu’il avait lorsque d’abord il envoya les apôtres. Il était alors au milieu d’Israël comme le Messie, comme Emmanuel, «Dieu avec nous». Il les envoyait selon cette autorité qui lui appartenait, et ils devaient, pour leurs besoins, se confier entièrement à ses soins. Il veillait sur eux durant leur mission ; il inclinait les coeurs pour qu’ils soient reçus, et que rien ne leur manque.

Mais maintenant la position du Seigneur a changé. Il a été rejeté, il va être mis à mort et prendre ensuite sa place dans le ciel. Les apôtres allaient donc être laissés seuls, livrés à eux-mêmes, et, humainement parlant, ils auraient à prendre soin de ce qui les concernait. Voilà ce que Jésus avait voulu leur faire comprendre. Une chose était de dépendre du Seigneur lorsqu’il était dans ce monde, une autre chose de vivre dans le monde lorsque le Seigneur n’y était pas. Du reste, le rejet de Jésus manifestait l’état du monde et scellait sa condamnation. Cela n’empêchait pas l’oeuvre de la grâce qui se poursuivait toujours ; mais il est écrit de ceux qui étaient sortis comme prédicateurs pour le nom de Jésus qu’ils ne recevaient rien des gens des nations (3 Jean 7). C’était à leurs frères qui aimaient le Seigneur de pourvoir à leurs besoins. L’apôtre Paul recherchait ce «fruit» de l’amour chrétien qui abonderait pour le compte des fidèles (Voyez Philippiens 4:15-19 ; 2 Corinthiens 11:7-12).

48.       Les verset 36-38 du chapitre 22 de l’évangile de Luc autorisent-ils la résistance par la force ?

Nullement ; le Seigneur ne peut contredire ses propres enseignements ; jamais la Parole de Dieu n’est en opposition avec elle-même. Jésus a dit : «Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre». — «Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent»(Matthieu 5:39, 44) ; et lui-même en a donné l’exemple et a repris Pierre (Matthieu 26:51-53 ; Jean 18:10-11). Ainsi les disciples en présentant deux épées, Pierre en frappant le serviteur du souverain sacrificateur, ont montré qu’ils n’avaient pas saisi la pensée du Seigneur. Ils la comprirent mieux plus tard (1 Pierre 2:13-20).

Quelle est donc la signification des paroles de Jésus ?

Le Seigneur met ici en contraste la condition de ses disciples durant le temps de son ministère, et ce qu’elle allait être maintenant que, rejeté des hommes, il n’attendait plus que la mort. C’était un changement immense pour eux comme pour lui.

Quand il les envoya d’abord (Luc 9 et 10), c’était sous sa protection puissante qu’il étendait sur eux comme étant le vrai Messie en Israël, Emmanuel sur la terre ; ils pouvaient compter sur sa puissance pour leur préparer les ressources nécessaires et les défendre contre leurs ennemis, car ils étaient comme des agneaux au milieu des loups. Une puissance miraculeuse les avait ainsi gardés tandis qu’ils parcouraient le pays dans sa longueur et sa largeur, portant partout leur témoignage, et aucun coup ne leur avait été porté, aucune prison ne s’était fermée sur eux.

Mais maintenant tout change : les choses qui le concernent vont avoir leur fin ; après avoir été crucifié, il va monter en haut et laissera ses disciples dans ce monde, exposés, comme lui l’avait été, à son inimitié ; ils devront à certains égards prendre soin d’eux-mêmes, sans plus compter sur des ressources miraculeuses, mais usant à l’avenir, selon la mesure de leur foi personnelle, de ce que Dieu leur dispenserait. Ils devaient s’armer de sagesse et de courage, ce qui d’ailleurs ne devait pas les empêcher de s’attendre à lui, bien au contraire.

Ainsi le Seigneur, en parlant de prendre une bourse et une épée, se sert de ces expressions comme d’une figure. Les disciples ne comprennent pas sa pensée à ce moment-là, voilà pourquoi, sans insister, il ajoute simplement : «C’est assez». Le Saint Esprit devait venir plus tard et les conduire dans toute la vérité.