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LE SERMON SUR LA MONTAGNE

 

Matthieu 7:1-23

Remmers A.

ME 1995 p. 155-159

Table des matières :

1       L’esprit de jugement — Matthieu 7:1-5

1.1       La nécessité de juger

1.2       Le mauvais esprit de jugement

1.3       Avec quelle mesure mesurons-nous ?

1.4       Fétu et poutre dans l’œil

2       Jeter les perles devant les pourceaux — Matthieu 7:6

2.1       Bénédictions divines

2.2       Que représentent les « chiens » et les « pourceaux » ?

2.3       Quelles personnes le Seigneur a-t-il en vue ?

2.4       L’évangile ne s’adresse-t-il pas à tous ?

2.5       Une application à la chrétienté

3       À nouveau la prière — Matthieu 7:7-12

3.1       La fervente prière

3.2       Une comparaison

3.3       Une règle d’or

4       Le chemin spacieux et le chemin resserré — Matthieu 7:13, 14

4.1       L’alternative

4.2       Le chemin du disciple de Jésus

4.3       Le chemin spacieux

5       Vous les reconnaîtrez à leurs fruits — Matthieu 7:15-20

5.1       Les faux prophètes

5.2       Que représentent les fruits ?

5.3       Le jugement de Dieu

6       Une confession sans valeur — Matthieu 7:21-23

6.1       Fausse et véritable confession

6.2       Le diable peut-il opérer des miracles ?

6.3       Le jugement

 

1         L’esprit de jugement — Matthieu 7:1-5

Les versets 1 à 6 du chapitre 7 traitent des relations du disciple avec son prochain. Le Seigneur Jésus parle tout d’abord du mauvais esprit de jugement (v. 1-5), puis de la capacité de juger (v. 6).

 

1.1       La nécessité de juger

« Ne jugez pas » (v. 1). Ce verset bien connu a, comme d’autres versets de la Parole, un caractère presque proverbial. Mais il est parfois mal compris et mal appliqué, même par des croyants.

En effet, le Seigneur Jésus n’interdit nullement à ses disciples d’avoir un jugement spirituel sain. Au contraire, dans ce qu’il dit ensuite (v. 6), il fait appel à leur capacité de juger entre ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire. L’apôtre Paul également invite ses lecteurs à juger de ce qu’il leur écrit (1 Cor. 10:15).

Le terme original grec traduit ici par juger ouvre un large éventail de nuances, depuis « faire la distinction » jusqu’à « condamner », en passant par « porter un jugement », « juger ».

Comme disciples du Seigneur, nous devrions non seulement nous éprouver nous-mêmes dans la lumière de Dieu et nous juger si nécessaire (Rom.14 :13 ; 1 Cor. 11:31), mais encore éprouver ce qui se présente à nous dans le domaine spirituel (1 Cor. 12:10 ; 1 Jean 4:1). Par ailleurs, l’assemblée de Dieu a la responsabilité de condamner fermement le mal et de juger ceux qui persistent à manifester un mauvais état d’esprit ou à marcher dans un mauvais chemin : « Vous, ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? Mais ceux de dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (1 Cor. 5:12-13).

Toutes ces manières de juger sont absolument nécessaires dans la vie des croyants, pour la réalisation de leur communion, pour leur prospérité et leur croissance, comme aussi pour le maintien de la gloire et de la sainteté de Dieu. L’absence de ce jugement spirituel conduit à l’indifférence et à la mondanité.

 

1.2       Le mauvais esprit de jugement

Le devoir de s’occuper du mal est toujours pénible, et il doit être réalisé dans un esprit d’amour, de grâce et d’humilité. Son premier but est d’atteindre et de gagner le cœur et la conscience. Si des frères, appelés à s’occuper de quelqu’un qui a péché, n’accomplissent pas ce service dans de telles dispositions, mais avec un esprit de jugement, ils ne sont pas une aide, ils ne font qu’aggraver la situation. Il en résulte souvent de l’amertume et de l’endurcissement.

Galates 6:1 nous enseigne comment nous devons agir dans un tel cas : « Frères, quand même un homme s’est laissé surprendre par quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur, prenant garde à toi-même, de peur que toi aussi tu ne sois tenté » (cf. aussi Matt. 18:15-18).

En disant « Ne jugez pas », le Seigneur Jésus ne parle pas de ce jugement du péché qui est réalisé dans un bon esprit et dans l’attitude qui convient. Il condamne ici l’esprit de jugement, la tendance pharisaïque à s’élever constamment au-dessus des autres, et à considérer non seulement leurs actes, mais aussi leurs motifs, et cela d’une manière négative, pour les juger ensuite sans charité.

Cet esprit de jugement manifeste :

·        de la légèreté d’esprit, parce qu’on juge avant de connaître exactement le contexte ;

·        de l’injustice, parce qu’on ne peut pas connaître les motifs d’autrui sans lui avoir parlé dans l’amour fraternel ;

·        de l’orgueil, parce que celui qui juge ainsi s’élève au-dessus de son frère ;

·        de l’hypocrisie, parce qu’on invoque l’amour et le zèle pour le Seigneur alors qu’on sert sa propre réputation ;

·        de la dureté de cœur, parce qu’on qualifie rapidement de « mal » ce qui est de la faiblesse évidente.

Le Seigneur nous met ici en garde avec beaucoup d’insistance contre ces dangers. L’apôtre Paul lui aussi avertissait les Corinthiens de ne pas prononcer de jugement avant le temps (1 Cor. 4:5) et engageait les Romains à ne pas juger leurs frères avec étroitesse de cœur (Rom. 14:3, 10, 13), les invitant en même temps au jugement d’eux-mêmes.

 

1.3       Avec quelle mesure mesurons-nous ?

Le Seigneur Jésus ajoute : « afin que vous ne soyez pas jugés ». On pourrait peut-être comprendre par là que celui qui juge indûment autrui ne doit pas s’étonner s’il reçoit la pareille de la part de son prochain. Mais la suite du texte montre que la pensée exprimée ici va plus loin et qu’en fin de compte c’est Dieu qui est le juge.

Pour celui qui refuse d’accepter le Fils de Dieu comme son Sauveur, il ne reste plus qu’une attente terrible du jugement et de la condamnation éternelle. Au contraire, celui qui croit en Lui sait qu’il ne vient pas en jugement. Mais il sait également que Dieu, comme Père, discipline les siens pendant leur vie ici-bas et juge sans acception de personnes (Héb. 12:4-11 ; 1 Pierre 1:17 ; 1 Cor. 11:32). Un jour, tous les croyants seront manifestés devant le tribunal de Christ ; ils obtiendront alors une récompense ou subiront une perte (1 Cor. 3:15 ; 2 Cor. 5:10).

Ces pensées sérieuses doivent garder tous les disciples du Seigneur de l’orgueil et de l’esprit de jugement, « car, dit-il, du jugement dont vous jugerez, vous serez jugés ; et de la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré » (v. 2). Bien entendu, cette déclaration ne signifie pas que Dieu jugera avec injustice, mais sans doute avec une sévérité particulière, celui qui aura jugé injustement. Elle contient aussi l’assurance que le disciple qui a jugé son prochain avec amour et avec grâce, goûtera tous les soins affectueux de la part de son juge céleste. C’est pourquoi, inversement, nous devrions mesurer de la mesure dont Dieu nous mesure et juger du jugement dont Dieu nous juge. C’est précisément en cela que se manifeste pratiquement la position d’enfant de Dieu : « Bienheureux les miséricordieux, car c’est à eux que miséricorde sera faite... Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt. 5:7-48). « Mais soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné » (Éph. 4:32).

 

1.4       Fétu et poutre dans l’œil

« Et pourquoi regardes-tu le fétu qui est dans l’œil de ton frère, et tu ne t’aperçois pas de la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment dis-tu à ton frère : Permets, j’ôterai le fétu de ton œil ; et voici, la poutre est dans ton œil ? » (v. 3, 4).

Par cette image très claire, le Seigneur Jésus montre à ses disciples combien est insensé celui qui croit pouvoir juger de haut son prochain. Le fétu nous parle des fautes que nous pensons apercevoir chez notre frère. La poutre, par contre, représente le mal dans notre propre cœur, mal évident, mais que nous ignorons de propos délibéré. Un frère expérimenté disait : « De personne je ne connais autant de mal que de moi-même. Cela me rend prudent dans mes jugements envers autrui ».

Tout comme aux versets 22 et 23 du chapitre 6, l’œil est ici une image du cœur. Il semble que le Seigneur fait particulièrement allusion au discernement spirituel. Comment un croyant dont le discernement serait gravement entravé par un péché personnel non jugé, pourrait-il être en aide à une personne qui, par négligence peut-être, a été surprise par quelque faute ? C’est impossible.

Dans le sermon sur la montagne, le Seigneur a déjà employé à trois reprises le terme « hypocrite » (6:2, 5, 16). Chaque fois, il avait mis ses disciples en contraste avec les hypocrites religieux d’entre les Juifs. Mais ici, nous voyons que les disciples eux-mêmes ne sont pas à l’abri de ce danger. « Hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras clair pour ôter le fétu de l’œil de ton frère » (v. 5).

Pour que nous soyons en mesure de porter un juste jugement sur quelqu’un, il faut d’abord que nous ayons reconnu et confessé nos propres péchés dans la lumière de Dieu. Si nous vivons dans la conscience de la grâce par laquelle Dieu, notre Père, nous a pardonné tous nos péchés, et continue à le faire, nous pourrons, de la bonne manière, être spirituellement en aide à nos frères et sœurs défaillants.

 

2         Jeter les perles devant les pourceaux — Matthieu 7:6

« Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent ».

Ce verset est une contrepartie des cinq premiers versets du chapitre. Là, le Seigneur Jésus a mis en garde ses disciples contre les mauvais jugements et contre l’esprit de jugement ; ici par contre, il les exhorte à ne pas manquer de discernement spirituel dans certaines situations qu’ils peuvent rencontrer dans leur service à la suite de leur Maître.

 

2.1       Bénédictions divines

Dans ce verset, le Seigneur Jésus parle d’abord de « ce qui est saint » et des « perles ». La sainteté est en premier lieu un attribut de Dieu, une caractéristique de sa nature éternelle, pure et glorieuse (Ésaïe 6:3 ; Apoc. 4:8). Par conséquent, tout ce qui provient de lui est saint. C’est ainsi que Jude désigne la foi chrétienne comme « votre très sainte foi » (Jude 20).

Parallèlement à « ce qui est saint », le Seigneur parle des « perles ». Dans l’Écriture, celles-ci symbolisent ce qui est précieux et beau. Rappelons-nous la « perle de très grand prix » mentionnée dans la cinquième parabole du royaume des cieux en Matthieu 13:45, 46, où nous voyons toute la valeur qu’a l’Assemblée du Dieu vivant aux yeux du Seigneur. En Apocalypse 21:21, les douze portes de la nouvelle Jérusalem, la sainte cité, qui n’est autre que « l’épouse, la femme de l’Agneau », se composent de douze perles.

« Ce qui est saint » et les « perles » désignent, dans notre contexte du royaume de Dieu, les vérités et les bénédictions divines. Sans doute le temps de la révélation des bénédictions spirituelles particulières au christianisme n’était-il pas encore venu. Mais le Seigneur y faisait déjà allusion, tout comme il avait déjà mentionné le nom du Père (5:16, 45, ...) et parlerait un peu plus tard de la perle de très grand prix. Ainsi les bénédictions et privilèges spécifiques de la période de la grâce sont aussi inclus dans « ce qui est saint » et dans les « perles ».

Christ s’est offert en sacrifice sur la croix pour des hommes perdus et pour la gloire de Dieu. En lui, le Père a fait don aux rachetés de toutes les bénédictions spirituelles et célestes, ainsi que des très grandes et précieuses promesses (Éph. 1:3 ; 2 Pierre 1:4).

·        Il nous a donné une vie nouvelle et éternelle, par laquelle il a fait de nous ses enfants bien-aimés et nous a introduits en Christ dans la position élevée de fils.

·        Il nous a donné le Saint Esprit pour conducteur, comme arrhes et sceau, gage qu’il va réaliser toutes ses promesses à notre égard.

·        Par le Saint-Esprit, tous les croyants ont été ajoutés à l’Assemblée de Dieu et forment maintenant le corps de Christ, le temple de Dieu et l’épouse de l’Agneau.

Voilà quelques-unes des merveilleuses bénédictions spirituelles dont le Père nous a fait don en Christ. Toutes ces richesses et les privilèges qui s’y rattachent sont des trésors saints et précieux que nous devons garder et administrer fidèlement, pour en jouir pleinement et constamment.

 

2.2       Que représentent les « chiens » et les « pourceaux » ?

Selon la loi du Sinaï, les chiens et les pourceaux étaient des animaux impurs. Il était strictement interdit aux Israélites de manger de la viande de porc, et le prix d’un chien ne pouvait être apporté dans la maison de l’Éternel (Lév. 11:7 ; Deut. 23:18). Les Grecs, qui ne connaissaient pourtant pas les normes divines, considéraient aussi ces deux animaux comme des symboles de l’impureté et de la voracité.

C’est surtout l’image du chien qui, dans la Parole de Dieu, décrit les hommes impurs, méchants et détestables (cf. Ps. 22:16 ; Phil. 3:2 ; Apoc. 22:15). Pierre cite le proverbe suivant, à propos de ceux qui ont connu le christianisme et s’en sont détournés : « Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi lui-même, et la truie lavée, à se vautrer au bourbier » (2 Pierre 2:22). Le chien et le porc représentent là l’homme naturel qui ne change pas, même s’il a eu une certaine connaissance extérieure de la grâce de Dieu. Tout à l’opposé, la Parole de Dieu compare très souvent le croyant avec la brebis, docile, calme, dépendante des soins du Berger (cf. Ps. 23 ; Jean 10).

 

2.3       Quelles personnes le Seigneur a-t-il en vue ?

En interprétant la loi à leur manière, les Juifs considéraient comme impurs et éloignés de Dieu, tous ceux qui faisaient partie des nations païennes, de même que les publicains juifs engagés au service de l’occupant romain (cf. Matt. 11:19 ; Actes 10:28). Ils évitaient donc tout contact avec eux. Mais le Fils de Dieu agissait-il ainsi ?

Un jour, une femme cananéenne, une païenne, supplie le Seigneur Jésus d’user de miséricorde envers sa fille, qui était tourmentée par un démon. Certes, le Seigneur dit d’abord à ses disciples : « Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël », et à la femme : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens » ; mais en voyant la grande foi de cette pauvre femme, il répond en grâce à sa requête (Matt. 15:21-28). Un autre jour, le Seigneur entre chez Zachée, le publicain, pour manger avec lui ; « et voyant cela, tous murmuraient » (Luc 19:7).

En tant que roi promis à Israël, le Seigneur Jésus envoie tout d’abord ses douze disciples vers les brebis perdues de la maison d’Israël et leur interdit d’aller sur le chemin des nations ou d’entrer dans une ville des Samaritains (Matt. 10:5, 6). En les envoyant, il leur dit : « Et si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne à vous. Et si quelqu’un ne vous reçoit pas et n’écoute pas vos paroles, — quand vous partirez de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds » (v. 13, 14). Plus tard, il enverra soixante-dix autres disciples en leur disant : « Allez ; voici, moi je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ». Et il leur donnera les mêmes règles de conduite pour le chemin (Luc 10:3, 8-11).

En parlant de chiens et de pourceaux, le Seigneur Jésus ne vise donc pas certains groupes de personnes reconnaissables à des caractères extérieurs, contrairement à ce que les Juifs, et peut-être même ses disciples, pouvaient penser. L’évangile du royaume s’adresse à tous les hommes, quelle que soit leur origine. Il en était ainsi jadis et il en sera ainsi dans l’avenir (Matt. 24:14). De nos jours, il en est de même pour l’évangile de la grâce. À Corinthe, il y avait parmi les croyants d’anciens fornicateurs, adultères et ivrognes, mais Paul pouvait leur écrire : « Et quelques-uns de vous, vous étiez tels ; mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus, et par l’Esprit de notre Dieu » (1 Cor. 6:11). Le critère d’après lequel Dieu juge un homme n’est donc pas son origine ni son passé, mais l’état de son cœur devant Lui.

 

2.4       L’évangile ne s’adresse-t-il pas à tous ?

Quiconque accepte le jugement de Dieu sur le péché et reçoit par la foi le message qu’il fait proclamer est reçu par lui, tel qu’il est. Mais sur celui qui refuse ce message ou même le traîne dans la boue, les messagers de Christ ne doivent pas exercer de pression. Ni « ce qui est saint », ni les « perles » de Dieu ne sont destinés à de telles personnes.

Quand le Seigneur Jésus dit : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens », cela ne signifie nullement que l’évangile ne doive pas être annoncé à tous les hommes. L’ordre du Ressuscité est encore aujourd’hui le même : « Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création » (Marc 16:15).

Mais ce que le Seigneur avait prévu en envoyant les douze et les soixante-dix, les apôtres le vécurent plus tard dans leurs voyages missionnaires. À Antioche, les Juifs blasphémèrent, de sorte que Paul et ses compagnons quittèrent la ville ; la même chose leur arriva à Corinthe (Actes 13:45-51 ; 18:6). Ils secouèrent la poussière de leurs pieds et de leurs vêtements. Cela signifiait qu’ils ne pouvaient avoir dans ces lieux aucune communion spirituelle. S’ils avaient continué à annoncer le précieux message du salut en dépit de ce refus manifeste, ils auraient donné ce qui est saint aux chiens et jeté leurs perles devant les pourceaux.

Là où l’on se moque de l’évangile et où l’on blasphème, les perles sont foulées aux pieds. Les persécutions qu’endurèrent les apôtres, et qu’endurent jusqu’à ce jour bien des serviteurs du Seigneur, montrent la signification des paroles du Seigneur : « de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent ».

Cela veut-il dire que là où il y a moquerie, nous ne devions pas être des témoins pour notre Seigneur ? Certainement pas. Mais c’est précisément à ce moment que nous avons le plus grand besoin de discernement spirituel pour savoir ce qu’il convient de faire. Supplions le Seigneur de nous donner la sagesse nécessaire. Il se peut qu’il nous conduise à dire aux moqueurs : « Ne soyez pas séduits ; on ne se moque pas de Dieu » (Gal. 6:7). Mais il se peut aussi que nous devions supporter la moquerie en silence, ou encore que nous soyons obligés de nous détourner avec tristesse, parce que le Seigneur nous rappelle ses paroles : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent ».

 

2.5       Une application à la chrétienté

Ce n’est certainement pas par hasard que Pierre utilise la même image des chiens et des pourceaux pour décrire ce qui arrive aux personnes qui ont connu la voie du salut et s’en sont détournées. Dans l’histoire du christianisme, les choses saintes qui n’étaient destinées qu’aux enfants de Dieu ont été données à des incrédules, à ceux qui ne possédaient qu’une foi extérieure. Combien de personnes ont été baptisées sans être nées de nouveau, et combien participent à la Cène sans être des membres du corps de Christ ! Comment est souvent comprise dans la chrétienté la responsabilité de « paître le troupeau de Dieu » (1 Pierre 5:2) ?

Hélas ! des choses saintes ont été données aux chiens et des perles jetées devant les pourceaux. La vérité de Dieu a été profanée et le Seigneur a été méprisé. Dans les pays où le christianisme est répandu depuis plus d’un millénaire et où Dieu a accordé, il y a quelque cinq cents ans, de si grandes bénédictions par la Réformation, les théologiens foulent à leurs pieds les précieuses perles de la vérité en répandant de fausses doctrines dans le monde entier ; et ils méprisent ceux qui, dans la simplicité de la foi, désirent tenir ferme. Ainsi l’avertissement de notre Seigneur garde toute son actualité.

 

3         À nouveau la prière — Matthieu 7:7-12

Dans ce passage, le Seigneur Jésus parle de nouveau de la prière. Au chapitre 6, il avait déjà enseigné ses disciples à ce sujet et, à cette occasion, avait prononcé l’oraison dominicale (v. 5-13). Là il les avait mis en garde contre l’apparence extérieure, ici il leur montre la confiance qu’il convient d’avoir. Il leur indique quelle est la source de la puissance ainsi que les moyens dont ils disposent en le suivant dans le chemin de l’obéissance.

 

3.1       La fervente prière

« Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; heurtez, et il vous sera ouvert » (v. 7). Bien que le Seigneur Jésus n’utilise pas ici le mot prier, mais demander, chercher et heurter, il ressort clairement du contexte qu’il encourage ses disciples — à qui ces paroles sont adressées en premier lieu — à prier avec persévérance. Luc, qui rapporte toujours les choses dans un ordre moral, introduit cet enseignement du Seigneur par la demande des disciples : « Seigneur, enseigne-nous à prier » (Luc 11:1-13).

Dans les trois verbes « demander, chercher, heurter », on remarque une intensité croissante :

 

·                    « Demander » apparaît dans différents passages de la parole de Dieu comme une forme spéciale de la prière (par ex. Jean 11:22 ; 14:13 ; Col. 1:9 ; Jacq. 1:5),

·                    « Chercher » implique une application sérieuse de la part de celui qui veut trouver quelque chose (cf. Ps. 34:4 ; Ésaïe 55:6),

·                    « Heurter » suggère qu’il peut être nécessaire de surmonter des obstacles extérieurs ainsi que sa propre timidité.

 

Demander est simplement l’expression du désir de celui qui prie. Chercher et heurter laissent entendre que nos prières ne sont pas toujours immédiatement exaucées ; or souvent nous sommes en danger de nous lasser de prier.

À tout cela, le Seigneur attache une promesse positive : « il vous sera donné,... vous trouverez,... il vous sera ouvert ». Voilà la réponse divine à l’« instante prière », à la « fervente supplication » (Actes 12:5 ; Jacq. 5:16). Ces promesses n’étaient pas seulement pour les disciples d’autrefois, elles sont valables pour tous ceux qui suivent vraiment le Seigneur.

C’est ce que nous montre le verset 8 : « Car quiconque demande, reçoit, et celui qui cherche, trouve ; et à celui qui heurte, il sera ouvert ». Ce n’est pas une simple répétition du verset précédent, mais cela étend son application à tous les croyants. Souvenons-nous que c’est à eux que le Seigneur s’adresse dans le Sermon sur la montagne.

 

3.2       Une comparaison

« Ou quel est l’homme d’entre vous, qui, si son fils lui demande un pain, lui donne une pierre, et s’il demande un poisson, lui donne un serpent ? » (v. 9, 10). Le Seigneur Jésus se sert ici d’une image que chacun peut aisément comprendre. Il rappelle la relation normale entre un fils et un père, caractérisée par l’amour et la confiance. Le fils est dans le besoin et demande à son père un pain ou un poisson, c’est-à-dire des choses nécessaires à la vie quotidienne. Il n’exige pas, contrairement au fils prodigue de Luc 15. Il ne demande rien de « mauvais », rien qui soit pour satisfaire ses convoitises charnelles (selon Jacq. 4:3). Il sait qu’il a des besoins et prie son père en toute confiance. Les questions que pose le Seigneur contiennent déjà les réponses. Le père ne décevra pas la confiance de son fils en lui donnant une pierre, et il ne le mettra pas en danger en lui donnant un serpent.

Le Seigneur conclut : « Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner à vos enfants des choses bonnes, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! » (v.11).

Depuis la chute d’Adam et d’Ève, l’homme est méchant dans sa nature même. Déjà du temps de Noé, Dieu avait déclaré : « l’imagination du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse » (Gen. 8:21). David montre sa profonde connaissance de ce jugement divin sur l’homme, quand il dit au Psaume 51 : « Voici, j’ai été enfanté dans l’iniquité, et dans le péché ma mère m’a conçu » (v. 5). Mais toute la corruption de la nature humaine a été pleinement démontrée à la croix, lorsque le seul homme qui était sans péché a été condamné comme un malfaiteur. La nature de l’homme, la chair, étant incorrigible, Dieu donne à tout croyant une vie nouvelle, éternelle, et une nouvelle nature.

Les disciples ne pouvaient guère entrer dans ces choses tant que leur Maître n’avait pas accompli son œuvre rédemptrice. Ici, il évoque la méchanceté de l’homme pour faire ressortir la différence entre l’amour du père le plus bienveillant et l’amour parfait de Dieu. Si déjà des hommes imparfaits, méchants par nature, aiment répondre aux demandes de leurs enfants, combien plus le fera Dieu, le grand donateur ! Tout ce qui nous est donné de bon et tout don parfait descendent de lui, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches (Jacq. 1:5, 17).

Ce Dieu, le Seigneur Jésus le présente à ses disciples comme leur « Père qui est dans les cieux ». Il l’a déjà fait à plusieurs reprises dans le Sermon sur la montagne (5:16, 48, etc.), même si toute la richesse de cette relation ne pouvait être manifestée qu’après l’œuvre de la croix (Jean 20:17 ; Rom. 8:14-17). Mais les disciples pouvaient déjà commencer à s’en réjouir.

 

3.3       Une règle d’or

« Toutes les choses donc que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur, vous aussi, de même ; car c’est là la loi et les prophètes » (v. 12). Ce verset, qu’on a appelé la « règle d’or » de l’amour du prochain, termine non seulement la première partie du chapitre 7, mais aussi l’ensemble de pensées développé à partir du verset 17 du chapitre 5 : « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir ».

L’expression « la loi et les prophètes », qui encadre cette partie du Sermon, désigne tout l’Ancien Testament et ses enseignements (comme en d’autres passages, par ex. Luc 16:16 ; Actes 13:15). Contrairement à ce que la plupart des scribes et des pharisiens en avaient fait, le Seigneur Jésus a présenté ces enseignements dans toute leur plénitude. Il a indiqué à plusieurs reprises que la justice apparente et extérieure des docteurs de la loi n’avait aucune valeur.

Une grande partie des enseignements donnés par le Seigneur concerne les rapports de ses disciples avec leur prochain. Il les résume au verset 12 : « Toutes les choses donc que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur, vous aussi, de même ».

Quel contraste avec le proverbe bien connu : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse », que les rabbins juifs et les Grecs connaissaient déjà ! Ce proverbe-là ne contient que l’avertissement négatif de ne pas faire de mal à son prochain. Mais le Seigneur Jésus résume sa doctrine par un appel positif, celui de faire à son prochain tout ce que l’on aimerait recevoir soi-même. Cela ne peut être réalisé que dans la puissance de l’amour de Dieu. Paul écrira plus tard aux Romains : « L’amour ne fait point de mal au prochain ; l’amour donc est la somme de la loi » (Rom. 13:10). Que ces paroles nous encouragent à exercer cet amour divin, afin que nous soyons réellement des disciples de notre Seigneur !

 

4         Le chemin spacieux et le chemin resserré — Matthieu 7:13, 14

« Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux sont ceux qui entrent par elle ; car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent » (Matt. 7, 13:14).

 

4.1       L’alternative

L’image est facile à comprendre : pour chacun, il n’existe que deux portes, deux chemins et deux buts. Il n’y a que deux catégories d’hommes. La signification des deux portes et des deux chemins n’est pas directement donnée, mais leurs issues respectives — la perdition ou la vie — ne sauraient être plus clairement précisées.

Une direction doit être prise au départ ; le Seigneur nous invite à entrer par la porte étroite et à nous engager dans le chemin étroit de l’obéissance qui conduit à la vie. Que faisons-nous de son invitation ? Il est plus facile, mais infiniment dangereux, de suivre la grande foule par la porte large et le chemin spacieux de la désobéissance, qui mène à la perdition ! Le mot employé ici pour « perdition » signifie condamnation éternelle.

 

4.2       Le chemin du disciple de Jésus

L’appel du Seigneur est clair : « Entrez par la porte étroite ». Et après avoir averti du danger qu’il y a à suivre le chemin large, il explique : « Car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent ».

Chacun est donc appelé à entrer par la porte étroite. Le chemin du disciple est sans doute « resserré », car c’est un chemin d’abnégation et de dévouement, mais aussi d’adversités, voire de persécutions. Mais il mène à la vie. Le Seigneur avait déjà dit au chapitre 5 : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » (v. 20). De même, Paul et Barnabas avertiront plus tard les croyants de l’Asie Mineure que « c’est par beaucoup d’affliction qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu » (Actes 14:22).

En Luc 13:24, le Seigneur dit simplement : « Luttez pour entrer par la porte étroite ; car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas ». La mise en garde contre le chemin spacieux n’apparaît pas. Dans notre passage, l’appel du Seigneur est particulièrement solennel.

Ne perdons pas de vue que, dans le Sermon sur la montagne, il ne s’agit pas encore de recevoir l’évangile de la grâce, mais de suivre le Seigneur en fidèle disciple. Ici le Seigneur Jésus ne présente pas la grâce de Dieu ni le moyen du salut, mais la responsabilité de l’homme et le chemin à la suite de Christ. La grâce de Dieu et la responsabilité de l’homme sont comme les deux rails de cette voie, et en dehors d’elle, il ne reste que le chemin menant à la perdition. La responsabilité du disciple du Seigneur ne saurait être soulignée de façon plus solennelle.

La déclaration : « Car étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent », est sans doute dure pour la chair. Mais elle attire l’attention sur une question essentielle, vitale : celle d’un chemin dont l’issue a des conséquences éternelles. Il ne faut pas chercher à mettre ces paroles de Jésus en contradiction avec celles qu’il prononcera en Matthieu 11:30 : « Car mon joug est aisé et mon fardeau est léger ». Selon Romains 5:6-10, l’homme naturel, irrégénéré, est sans force, impie, pécheur et ennemi de Dieu. Pour un tel homme, la décision de suivre Christ a des conséquences difficiles à supporter. C’est pourquoi il a besoin d’être attiré par l’amour, la grâce et la miséricorde de Dieu. Par contre, pour celui qui est né de nouveau, il est facile de suivre le Seigneur. En effet, il a reçu de Dieu une nouvelle nature, dont le seul désir est de faire la volonté divine, même si la chair, l’ancienne nature de l’homme, est encore présente et résiste toujours.

 

4.3       Le chemin spacieux

Pour l’homme irrégénéré, sans relation avec Dieu, suivre le chemin large est une chose qui va de soi. Là il n’y a aucune limitation ; on fait ce qu’on veut. Mais ce chemin aboutit à la perdition éternelle ; et ce que le Seigneur décrivait jadis se voit encore aujourd’hui : beaucoup se laissent éblouir et séduire par l’entrée large et attrayante de ce chemin. Et ils ferment les yeux sur son aboutissement.

Normalement, on ne monte pas dans un train ou dans un avion sans savoir quelle est sa destination. Mais lorsqu’il s’agit du plus important des voyages, le chemin de la vie sur cette terre, beaucoup ne se soucient ni de son terme ni de son but, ou bien se bercent dans une fausse sécurité.

Encore une fois, n’oublions pas qu’il n’est pas question ici du salut gratuit, mais de la responsabilité du disciple de Christ. Lui aussi est en danger de se laisser séduire par les attraits trompeurs du chemin spacieux. Que celui qui confesse appartenir au Seigneur ne se trompe pas lui-même en pensant que sa marche n’a pas beaucoup d’importance, l’essentiel étant d’avoir la foi. Dans toute l’Écriture, il n’existe aucun passage qui soutienne l’idée qu’une vie de péché, c’est-à-dire une marche dans le chemin large, aboutisse dans la gloire. Au contraire, la parole de Dieu déclare clairement qu’une marche dans le mal conduit à la perdition éternelle (1 Cor. 6:9, 10 ; Gal. 5:19-21 ; Éph. 5:5 ; Phil. 3:18, 19).

N’en tirons pas la conclusion que de vrais chrétiens, qui sont nés de nouveau, puissent perdre leur salut. Lorsque le Seigneur parle de personnes sauvées par la grâce de Dieu, il dit : « Personne ne peut les ravir de la main de mon Père » (Jean 10:29). Et lorsqu’il s’agit de notre profession chrétienne, la Bible montre que ce que nous disons être doit être confirmé par notre marche à la suite du Seigneur. Ce sont les deux côtés de notre relation avec Dieu. Ils constituent ensemble le sceau divin de 1 Timothée 2:19 : « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens, et : Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur ».

La déclaration du Seigneur Jésus dans ces versets est donc très sérieuse. Elle concerne tous ceux qui confessent Jésus comme Seigneur.

 

5         Vous les reconnaîtrez à leurs fruits — Matthieu 7:15-20

5.1       Les faux prophètes

« Or soyez en garde contre les faux prophètes qui viennent à vous en habits de brebis, mais qui au-dedans sont des loups ravisseurs » (Matt. 7:15).

Déjà alors, le Seigneur Jésus met ses disciples en garde contre les faux prophètes. Mais cela ne signifie pas qu’ils se soient manifestés à ce moment-là ; la Parole les présente plutôt comme un signe des derniers jours. Dans son discours sur le Mont des Oliviers, où il mentionne aussi les faux prophètes, le Seigneur parle des temps de la fin (Matt. 24:11, 24). Les loups redoutables contre lesquels l’apôtre met en garde les anciens d’Éphèse n’entrèrent dans le troupeau qu’après son départ (Actes 20:29). Et l’apôtre Jean parle de faux prophètes dans un temps où les premières déviations de la vérité de l’évangile étaient déjà visibles (1 Jean 4:1).

Le Seigneur indique un signe auquel on peut reconnaître les faux prophètes : ils viennent déguisés en habits de brebis, alors qu’ils sont en réalité des loups ravisseurs. Ils se font passer pour des croyants et quelques-uns le sont peut-être ; mais leur véritable intention se manifeste seulement lorsqu’ils sont entrés dans le troupeau : ils viennent pour voler et disperser (Jean 10:12). Par des ruses subtiles, ils réussissent à tromper les enfants de Dieu qui ne veillent pas (2 Cor. 11:13-15).

Il y a des faux prophètes qui prétendent apporter de nouvelles « révélations ». Cependant, le fait que toutes ces prétendues révélations des prophètes modernes ne se réalisent pas devrait faire réfléchir. À plusieurs reprises, par exemple, certains chefs de sectes ont indiqué le début de la période de la grande tribulation, l’arrivée de l’antichrist ou la date de la venue du Seigneur. Dans une fausse espérance, des milliers de personnes ont quitté maison et famille — et ont été amèrement déçues ! La parole de Dieu ne nous laisse pourtant aucun fondement pour de tels calculs. Nous devons attendre notre Seigneur à tout moment. Mais hélas ! de faux prophètes réussissent à induire en erreur d’authentiques enfants de Dieu.

Le Seigneur Jésus nous avertit : « Soyez en garde contre les faux prophètes ». Dans le domaine spirituel, le meilleur moyen pour distinguer le vrai du faux, ce n’est pas la connaissance exacte du faux, mais celle du vrai. Le croyant n’a pas besoin d’être capable de réfuter chaque fausse doctrine. Mais lorsqu’il remarque que quelque chose ne glorifie pas son Seigneur et Sauveur, il doit s’en détourner. Pour reconnaître un faux prophète, il faut savoir qu’un vrai prophète parle en étant dans une réelle communion avec Dieu, qu’il s’adresse au cœur et à la conscience des auditeurs, qu’il les amène dans la lumière divine, à une connaissance plus profonde de Dieu lui-même et à une communion plus étroite avec lui. Le service du prophète est caractérisé par le fait qu’il « parle comme oracle de Dieu » (1 Pierre 4:11), atteignant le cœur et la conscience des auditeurs et produisant l’édification, l’exhortation et la consolation (1 Cor. 14:3).

 

5.2       Que représentent les fruits ?

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre mauvais produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits » (v. 16-18).

Pour faire comprendre sa mise en garde contre les faux prophètes, le Seigneur se sert d’une image de la création. Si ceux qui sont familiers avec la nature peuvent souvent reconnaître un arbre de loin, grâce à sa forme et son aspect, tout le monde peut l’identifier au vu de ses fruits. Il en est de même des prophètes.

Les fruits, ce sont tout d’abord leurs paroles. Dans leur marche et dans leurs actes, de vrais prophètes de Dieu peuvent aussi faillir. Les faux prophètes, quant à eux, se font souvent remarquer par une conduite particulièrement aimable. C’est pourquoi, ici, les fruits ne sont pas particulièrement des œuvres, mais surtout les enseignements qui sont présentés. En entendant ces enseignements, les disciples de Jésus peuvent discerner si ceux qui les apportent sont conduits par l’Esprit de Dieu ou par un mauvais esprit. La parole de Dieu dit : « Éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde », et : « Celui qui demeure dans la doctrine, celui-là a le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas » (1 Jean 4:1 ; 2 Jean 9:10).

Les épines et les chardons sont, depuis la chute de l’homme, les symboles du sol que Dieu maudit, tandis que la vigne et le figuier sont mentionnés à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament comme signes de la bénédiction divine (cf. Zach. 3:10). Il ne faut pas attendre de ces mauvaises plantes des figues ou des raisins réconfortants. Seul un bon arbre peut produire de bons fruits, un mauvais arbre ne produira que de mauvais fruits.

Le Seigneur rappelle ici un principe universel : de la qualité de l’arbre dépend la qualité du fruit. « Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre mauvais produit de mauvais fruits » (v. 17). Pour en souligner le caractère absolu, le Seigneur ajoute qu’il n’y a pas d’exception : « Un bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits » (v. 18). Mais ce principe de la nature a une portée spirituelle. Dans notre contexte, il s’applique aux faux prophètes contre lesquels le Seigneur a d’emblée averti ses disciples. C’est un critère simple et clair qui doit permettre au disciple du Seigneur de discerner de quelle source proviennent les messages qu’il entend.

 

5.3       Le jugement de Dieu

« Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu » (v. 19). Jean le baptiseur avait déjà prononcé les mêmes paroles lorsqu’il avertissait le peuple juif de fuir la colère qui vient, les appelant à la repentance (3:10). Cette double mise en garde contre le jugement de Dieu souligne le sérieux des paroles du Seigneur Jésus ! Le jugement qui atteindra les faux prophètes correspond à la sainteté et à la justice de Dieu ; mais il doit aussi servir d’avertissement à ceux qui l’entendent afin qu’eux non plus ne soient pas surpris par le jugement éternel.

Faut-il en conclure que tous les faux prophètes sont perdus, y compris ceux dont le message n’était faux qu’en partie, tandis qu’à plusieurs égards ils s’en sont tenus fermement à la parole de Dieu ? La considération du sceau divin de 2 Timothée 2:19 nous vient en aide : « Le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; et : Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur ».

Parce que nous sommes des hommes, nous ne pouvons pas toujours discerner avec certitude si celui qui enseigne de fausses doctrines est un enfant de Dieu ou pas. Mais le Seigneur le sait. Il voit le fond du cœur et sait si le mal résulte d’un égarement ou s’il est la preuve que la nouvelle naissance n’a pas eu lieu. C’est le côté divin de ce sceau. Si de tels hommes sont vraiment nés de nouveau, ils ne seront pas éternellement perdus. Leur avenir est décrit en 1 Corinthiens 3:12-15 : leur œuvre sera consumée, et eux-mêmes seront sauvés, toutefois comme à travers le feu.

L’autre côté de ce sceau a trait à notre responsabilité en tant qu’hommes qui confessons le nom du Seigneur. Il attend de nous que nous nous tenions éloignés de toute iniquité, c’est-à-dire de tout ce qui déplaît à Dieu, et que nous portions pour lui le fruit qui est la manifestation de notre relation avec lui. Personne ne peut vivre en contradiction avec la volonté de Dieu et se consoler à la pensée qu’il est sauvé. C’est pourquoi, ce paragraphe se termine en répétant : « Ainsi vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (v. 20).

 

6         Une confession sans valeur — Matthieu 7:21-23

6.1       Fausse et véritable confession

« Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (v. 21).

Nous parvenons maintenant à la fin du sermon sur la montagne ; et le Seigneur s’adresse d’une façon particulièrement sérieuse à la conscience de ses disciples. Il avait déjà parlé de l’entrée dans le royaume des cieux au chapitre 5 (v. 20), et maintenant il revient à cette question essentielle. Une confession [ou : profession] des lèvres n’est pas suffisante pour participer aux bénédictions du royaume, maintenant sur la terre, ou plus tard dans le ciel. Connaître simplement le nom du Seigneur ou prononcer plus ou moins fréquemment ce nom ne suffit pas. Pas plus que la religiosité. Par elle, beaucoup d’âmes ont été trompées et perdues pour l’éternité.

Notre foi et notre amour pour le Seigneur se montrent en ce que nous gardons sa parole, et que nous faisons de cœur sa volonté ainsi que celle du Père (cf. Jean 14:21-23 ; Éph. 6:6). Tous ceux qui désirent sincèrement suivre le Seigneur ne pourront que reconnaître leurs défaillances à cet égard. Mais le Seigneur voit nos cœurs et y discerne le désir de le servir.

Il nous est quelquefois difficile d’affirmer de manière certaine si quelqu’un qui confesse le Seigneur est un croyant authentique ou non. Mais le Seigneur Jésus n’est pas seulement le Sauveur des pécheurs, il est également celui qui connaît les cœurs, et il sera un jour le juge infaillible. Il ne regarde pas simplement nos actes, il sonde aussi les motifs de nos cœurs.

Cela ne signifie pas pour autant que la confession de son nom soit sans importance : « Car du cœur on croit à justice, et de la bouche on fait confession à salut » (Rom. 10:10). Un disciple fidèle confesse le Seigneur dès que l’occasion se présente. Dans notre passage cependant, il s’agit d’une confession sans foi véritable.

À plusieurs reprises, le Seigneur avait parlé de Dieu à ses disciples en le désignant comme leur Père (5:16, etc.), mais ici, il l’appelle pour la première fois « mon Père ». Pour les disciples, c’était une grâce d’être placés dans cette relation dont le Seigneur révélera toute la richesse après l’accomplissement de l’œuvre de la rédemption. Lui, par contre, en tant que Fils de Dieu, était le seul qui connaissait Dieu comme son Père dès l’éternité. Il est et reste éternellement le Fils de son amour ; et il l’est resté lorsqu’il est descendu du ciel sur la terre, vivant comme homme dans le plus profond abaissement, pour y révéler Dieu et pour accomplir l’œuvre de la rédemption nécessaire à notre salut.

 

6.2       Le diable peut-il opérer des miracles ?

« Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et n’avons-nous pas chassé des démons en ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ? » (v. 22).

Le Seigneur Jésus met ici en garde contre des hommes qui mènent une vie religieuse, accomplissant même par son nom des œuvres puissantes, et qui sont pourtant perdus pour l’éternité. Plusieurs auront fait des choses extraordinaires en invoquant son nom, mais seront néanmoins condamnés par le Seigneur à cause de leur iniquité.

Bien des croyants, lecteurs de la Bible, se demandent comment une telle chose est possible. Des personnes non régénérées, revêtues des habits de la piété, peuvent-elles accomplir des miracles au nom du Seigneur ?

Le Seigneur avait déjà mentionné l’existence de faux prophètes dans les versets 15-20. Balaam (2 Pierre 2:15, 16), Saül (1 Sam. 10:11) et Caïphe (Jean 11:51, 52) étaient des prophètes qui n’avaient pas la vie de Dieu. Parmi ses propres disciples, à qui il avait donné l’autorité de chasser les esprits immondes (Matt. 10:1), se trouvait aussi Judas Iscariote ! De même, Matthieu 12:27 nous rappelle que certains Juifs chassaient des démons. En Actes 19:13-16, il nous est dit que des fils du souverain sacrificateur juif Scéva essayaient d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits malins. Dans ce cas l’esprit ne leur était pas soumis, mais s’opposait à eux. Combien de personnes le diable n’a-t-il pas séduites ! L’apôtre Paul parle de certains hommes comme étant « de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, se transformant en apôtres de Christ ; et ce n’est pas étonnant, car Satan lui-même se transforme en ange de lumière : ce n’est donc pas chose étrange si ses ministres aussi se transforment en ministres de justice, desquels la fin sera selon leurs œuvres » (2 Cor. 11:13-15).

Ces choses ne se sont pas limitées à la période du commencement du christianisme. De nos jours également, il existe dans la chrétienté des faux prophètes, des guérisseurs et des personnes qui prétendent faire des miracles « au nom de Christ », et qui pourtant ne sont pas convertis. La source de ces miracles, si toutefois miracle il y a, n’est autre que Satan. Cela devrait rendre les enfants de Dieu très prudents et pondérés dans l’appréciation des phénomènes extraordinaires dans le domaine spirituel. Toutefois, il ne faudrait pas conclure que tous ceux qui accomplissent des choses sensationnelles sont des inconvertis. Satan peut aussi tromper le cœur d’un croyant.

 

6.3       Le jugement

Ceux qui ont accompli des miracles spectaculaires « au nom du Seigneur Jésus », mais qui n’ont pas passé par la conversion, comparaîtront un jour devant leur juge. Alors sera manifestée leur véritable relation avec le Seigneur.

« Ce jour-là » ne se limite pas ici à une seule journée, mais comprend toute la période pendant laquelle Christ, comme le Fils de l’homme, exercera le juste jugement. Dans l’Ancien Testament, elle est appelée le jour de l’Éternel (Ésaïe 2:11 ; Zach. 14:1-9). Le Nouveau Testament montre que « ce jour-là » comprend toute la période allant de la manifestation des croyants devant le tribunal de Christ jusqu’à la fin du règne millénaire :

 

1. Les croyants enlevés lors de la venue du Seigneur seront en « ce jour-là » manifestés devant le tribunal de Christ (2 Tim. 1:12, 18 ; 4:8).

2. Puis le Seigneur Jésus apparaîtra en « ce jour-là » en gloire sur la terre, au milieu de ses saints (2 Thess. 1:10).

3. En « ce jour-là », le Seigneur exercera le jugement des vivants sur la terre (Luc 10:12). Parmi ceux-là se trouveront aussi de simples professants n’ayant pas la vie de Dieu, et qui recevront alors leur sentence (Matt. 25:31-46).

4. « Ce jour-là » inclut aussi le règne millénaire de Christ, le règne de justice, avec ses bénédictions et ses joies (Matt. 26:29 ; cf. Marc 14:25).

5. Finalement, tous les incrédules recevront en « ce jour-là » leur juste et éternelle condamnation (Matt. 7:22).

 

« Et alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui pratiquez l’iniquité » (v. 23).

« Alors » correspond au moment terrible où ces professants sans vie paraîtront devant le trône de Christ pour recevoir leur condamnation définitive (Apoc. 20:11-15).

Le juge sera le Seigneur Jésus, à qui le Père a donné tout le jugement, « parce qu’il est fils de l’homme » (Jean 5:22, 27). Il ne sera plus alors pour l’homme pécheur le Sauveur plein de grâce, mais le juge assis sur un grand trône blanc.

La sentence sera : « Je ne vous ai jamais connus ». Le Seigneur, qui sait tout, n’ignore rien de ces personnes ni de leurs œuvres, mais il ne peut les reconnaître comme lui appartenant. Peut-être auront-elles souvent prononcé son nom, mais il leur montrera alors qu’elles n’ont pas eu la foi, et par conséquent qu’elles sont sans relation avec lui.

Ces paroles sont la preuve qu’un croyant authentique ne peut pas perdre son salut, sinon le Seigneur aurait dit à ces personnes : « Certes, il est vrai que je vous ai connus autrefois, mais maintenant, je ne vous connais plus ». Non, il leur dira : « Je ne vous ai jamais connus ». Pour tous ceux qui se sont par la foi réfugiés auprès de lui, il a d’autres paroles, dont la valeur est éternelle : « Je connais les miens et je suis connu des miens » (Jean 10:14).

« Retirez-vous de moi » est le terrible châtiment que le juste juge prononcera. Par leur fausse profession, ils ont simulé une proximité avec Christ. Eux qui dans leur for intérieur se tenaient toujours loin de lui, ils reçoivent maintenant leur châtiment : la destruction éternelle, être pour toujours loin de Dieu et de sa gloire (2 Thess. 1:9).

L’expression « vous qui pratiquez l’iniquité » désigne ici ceux qui sont condamnés pour l’éternité. Ce sont ceux qui ont voulu être sans loi aucune. Pour les Juifs qui écoutaient le Seigneur à ce moment-là, l’iniquité signifiait la transgression et le mépris de la loi du Sinaï. En Hébreux 10:17, où il est utilisé conjointement au mot « péché », et dans d’autres passages, le mot « iniquité » revêt un sens plus large ; par exemple, dans l’expression de 1 Jean 3:4 : « Le péché est l’iniquité ». Là l’iniquité est l’action de la volonté propre, sans frein, qui s’oppose à la volonté de Dieu, à laquelle tout homme devrait se soumettre (cf. És. 53:6). L’iniquité est donc le vrai caractère de tout péché. Dans ce « vous qui pratiquez l’iniquité », il ne faut pas seulement voir les malfaiteurs, mais tous les hommes qui ont refusé de se soumettre à la volonté de Dieu, même si, durant leur vie, ils ont accompli de grandes choses au nom du Seigneur. Sérieux avertissement pour la chrétienté tout entière !