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La Communion chrétienne

 

Arend Remmers

 

ISBN 2-88458-066-2 — Éditions BIBLES et TRAITÉS CHRÉTIENS, Vevey 1999

 

Table des matières abrégée :

1     La communion avec Dieu

2     Conditions

3     Communion avec le Père et avec le Fils (1 Jean 1:3)

4     Communion les uns avec les autres (1 Jean 1:7)

5     Communion à la Table du Seigneur (1 Cor. 10:14-22)

6     Communion dans le service pour le Seigneur

7     La communion des souffrances

8     Obstacles à la communion

9     La communion chrétienne aujourd’hui

10      Conclusion

 

 

Table des matières détaillée :

1     La communion avec Dieu

2     Conditions

2.1      Nouvelle naissance et vie éternelle

2.2      Le Saint Esprit

3     Communion avec le Père et avec le Fils (1 Jean 1:3)

3.1      Jouissance de la communion

3.2      Effets

4     Communion les uns avec les autres (1 Jean 1:7)

5     Communion à la Table du Seigneur (1 Cor. 10:14-22)

5.1      La Table du Seigneur

5.2      Communion avec les démons ?

5.3      Que signifie pour nous la Table du Seigneur ?

6     Communion dans le service pour le Seigneur

7     La communion des souffrances

8     Obstacles à la communion

9     La communion chrétienne aujourd’hui

9.1      Avec Dieu

9.2      Les uns avec les autres

9.2.1      La parole de Dieu comme mesure

9.2.2      Communion dans la vie quotidienne

9.2.3      Communion lors de la fraction du pain

9.2.4      Communion et sainteté

9.3      Communion dans le service

10      Conclusion

 

 

La communion peut être définie comme étant la poursuite en commun d’intérêts et de buts identiques. Elle implique également, sur le plan intérieur, une union intime et, extérieurement, le fait de se trouver ensemble. Par conséquent, une communion idéale repose sur une identité de pensées ou de sentiments, mais s’exprime aussi dans une compagnie visible harmonieuse. La communion se réalise donc sur différents plans et peut ainsi, dans le domaine humain déjà, englober des relations très complexes et variées.

 

1                    La communion avec Dieu

Cependant, la communion dont parle le Nouveau Testament surpasse de loin toute communion terrestre. Il s’agit de la forme la plus élevée que l’on puisse concevoir. Par elle, en tant que rachetés, nous sommes introduits dans la relation la plus intime possible avec Dieu et les uns avec les autres. Bien qu’une telle communion soit notre part ici-bas déjà, elle revêt un caractère céleste et spirituel. Nous trouvons là une des raisons pour lesquelles cette notion n’apparaît pas dans l’Ancien Testament, qui nous présente plutôt les bénédictions temporelles du peuple terrestre de Dieu. Certes, Abraham, « l’ami de Dieu », et les croyants qui, comme lui, marchaient devant la face de Dieu, ont connu pratiquement la communion avec Dieu. Mais le privilège, pour des créatures, de jouir d’une part commune et durable avec Dieu impliquait la venue de son Fils ; c’est le Seigneur Jésus qui introduit tous ceux qui croient en lui dans la communion avec lui-même et avec son Père.

Aussi est-ce le Seigneur Jésus qui nous donne l’exemple le plus beau et le plus parfait de communion avec Dieu le Père. Bien qu’il n’ait lui-même jamais employé l’expression, le Seigneur vivait comme homme dans une communion constante avec celui qui l’avait envoyé. Un avec le Père quant à son être et à sa nature (Jean 10:30), il jouissait ici-bas d’une communion ininterrompue avec le Père. Que nous le considérions à l’âge de douze ans dans le temple, demandant avec étonnement à sa mère : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » (Luc 2:49), lors des nombreuses occasions où il prie (dix fois dans le seul évangile selon Luc), ou encore à la fin de son chemin sur cette terre, quand tous l’ont laissé seul et qu’il peut néanmoins dire avec confiance : « Et je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » (Jean 16:32), tout témoigne d’une communion intime, constante du Fils avec le Père.

Les croyants sont appelés eux aussi à la communion avec le Père et avec son Fils. L’apôtre Jean écrit : « Or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:3, 4). Ces paroles sont toutes simples, mais d’une profondeur infinie. Mesurons-nous la portée de la vérité qu’elles contiennent ? Dieu le Père nous a choisis pour posséder une part commune avec lui et avec son Fils, notre Sauveur et Seigneur !

L’assurance du pardon de nos péchés et la jouissance d’un plein repos de la conscience constituent déjà une part merveilleuse. Mais Dieu ne se contente pas de nous donner ces bénédictions, pourtant si glorieuses. Il veut avoir auprès de lui, dans la proximité la plus immédiate qui soit pour des créatures, ceux qu’il a achetés à si grand prix. Et ce n’est pas encore tout. Un esclave ou un serviteur peut être très proche de son maître, sans avoir la moindre communion avec lui. Mais Dieu n’a pas cherché des serviteurs seulement : il veut des enfants avec lesquels il puisse goûter une communion intime et réelle dès maintenant et pour l’éternité. Par l’œuvre du Seigneur Jésus, il a pourvu à tout ce qui est nécessaire à cet effet. A nous de recevoir, par la foi, cette plénitude de bénédiction.

 

2                    Conditions

Celui qui n’a pas passé par la nouvelle naissance ne peut certes pas avoir communion avec Dieu : la base nécessaire pour jouir de ce privilège manque. Non seulement l’homme naturel n’est pas capable de connaître une telle communion, mais il n’y est pas disposé ; ne voulant rien savoir de Dieu, il l’évite. La première réaction de l’homme après la chute a été de se cacher devant Dieu. Toute l’histoire de l’humanité a ensuite clairement manifesté que « la pensée de la chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas » (Rom. 8:7).

Le verset 6 de 1 Jean 1 le confirme : « Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité ». Il est vrai que ces paroles sont souvent appliquées à des chrétiens qui se conforment au monde ; mais nous ne lisons nulle part dans le Nouveau Testament qu’un vrai croyant se trouve dans les ténèbres ou qu’il y marche. Il a été amené des ténèbres à la lumière de Dieu une fois pour toutes (1 Pierre 2:9), et la communion ne peut être réalisée que dans cette lumière divine. En 1 Jean 1, il s’agit de personnes vivant encore loin de Dieu, dans les ténèbres spirituelles. Si donc elles affirment avoir communion avec Dieu, elles mentent.

 

2.1   Nouvelle naissance et vie éternelle

Avoir communion avec le Père et le Fils implique pour l’homme la possession de la vie divine, une conformité de nature. Celle-ci ne peut résulter que d’un changement fondamental. Il faut la nouvelle naissance, c’est-à-dire naître d’une manière tout à fait nouvelle (Jean 3:3, 5). Bien des enfants de Dieu peuvent être amenés à se demander : Comment puis-je posséder la même nature que Dieu, alors que je constate journellement en moi des imperfections, et même des péchés en pensées, en paroles et en actes ? Pourtant, c’est bien vrai ! Dans sa grâce, Dieu donne à chacun de ceux qui se sont repentis sincèrement de leurs péchés, et ont ainsi reçu par la foi le Seigneur Jésus comme leur Sauveur, tout ce qui les rend participants de la nature divine (2 Pierre 1:4). Dieu communique à tout croyant son essence morale, qui se trouve résumée dans ces deux mots : lumière et amour (1 Jean 1:5 ; 4:8, 16). « Car vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur » (Éph. 5:8). « Parce que l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rom. 5:5). Il est vrai que, dans la pratique, nous avons constamment besoin d’être exhortés à vivre d’une manière qui soit en accord avec cet amour et cette lumière (Éph. 5:2, 8), mais quant à la position du croyant, sa part est assurée ; ces exhortations mêmes en sont la preuve.

Toutefois, Dieu ne nous a pas seulement donné une vie nouvelle, il nous a aussi introduits dans une nouvelle relation avec lui. Tous ceux qui sont nés de nouveau ont maintenant le droit de s’appeler ses enfants. « À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom ; lesquels sont nés... de Dieu » (Jean 1:12, 13). S’ils sont enfants, Dieu est nécessairement leur Père. Cette bénédiction merveilleuse nous a également été donnée par le Fils de Dieu. Pendant sa vie ici-bas déjà, le Seigneur Jésus révéla le Père (Jean 1:14, 18 ; 14:6-10), mais après sa résurrection, il introduisit les disciples dans cette relation d’enfants envers son Père, lorsqu’il dit à Marie de Magdala : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Son Père était maintenant aussi leur Père. Jusqu’à ce moment, une telle relation consciente d’enfants de Dieu était inconnue des croyants. Ils étaient bien nés de nouveau, mais ils ne connaissaient pas Dieu personnellement comme leur Père céleste. Nous trouvons là une des différences fondamentales entre les croyants de l’époque de l’Ancien Testament et ceux de la période du Nouveau Testament. Il a d’abord fallu que Dieu le Père envoie son Fils bien-aimé dans un monde en inimitié contre lui, et que le Fils de Dieu descende ici-bas, et meure pour des pécheurs perdus. Alors seulement des hommes ont pu, par la foi, devenir enfants de Dieu, au bénéfice de la vie éternelle et rendus capables d’avoir communion avec le Fils de Dieu et avec le Père.

Jean parle de « la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » (1 Jean 1:2). Nous avons de la peine à saisir toute la portée d’une telle déclaration, si élevée dans sa brièveté et sa simplicité. La vie éternelle n’est pas uniquement une existence sans fin ; c’est la vie du Dieu éternel, qui est lumière et amour, mais qui, aussi, n’a ni commencement ni fin. Lorsque Dieu se nomme « le commencement et la fin » en Apocalypse 21:6, cela signifie qu’il n’existe rien de concevable sans lui, l’Éternel. Lui seul est le « Dieu vivant ». Tout ce qui concerne son plan de salut et de bénédiction nous a été révélé ; de même la vie éternelle est venue à nous ici-bas dans la personne du Fils unique ; et quiconque croit en lui, a maintenant la vie éternelle (Jean 3:15, 16, 36 ; 17:2). Afin d’écarter tout doute, Dieu confirme expressément : « Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils : Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jean 5:11, 12). Toutefois, la vie éternelle n’est pas seulement dans le Fils de Dieu, mais « lui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5:20). Par la foi, nous sommes un avec lui, de sorte que Christ est maintenant aussi notre vie (Col. 3:4). Possédant la vie éternelle dans le Fils de Dieu, nous pouvons par la foi en devenir toujours plus conscients et nous en réjouir.

Selon les paroles du Seigneur en Jean 17:3, la vie éternelle implique également la connaissance du seul vrai Dieu comme notre Père et, dans la personne de Jésus Christ, de son Fils qu’il nous a envoyé. Nous pouvons comprendre quelque chose des personnes de la Déité dans leur souveraineté éternelle, absolue, mais aussi dans leur amour digne de toute adoration. La vie éternelle est donc non seulement une personne, mais aussi un domaine merveilleux de relations à l’intérieur de la Déité, ouvert au croyant par la connaissance du Fils et du Père. La vie éternelle ici est décrite comme l’atmosphère de la maison du Père, révélée par le Fils du Père, et dans laquelle il nous a introduits pour sa propre joie et pour la nôtre.

 

2.2   Le Saint Esprit

Pour jouir de la communion avec Dieu comme notre Père et avec son Fils, la capacité ne suffit pas, il faut aussi la puissance. Celle-ci nous est donnée par le Saint Esprit venant habiter dans chacun de ceux qui ont reçu, par la foi, l’évangile du salut. En tant qu’homme, le Seigneur Jésus lui-même a été oint par Dieu de l’Esprit Saint et de puissance, et a agi dès le début de son ministère public dans la puissance de l’Esprit (Actes 10:38 ; Luc 4:14). Sur le point de retourner au Père, il annonça à ses disciples qu’ils recevraient eux aussi le Saint Esprit. Après le départ du Seigneur, ils ne devaient pas rester seuls et abandonnés comme des orphelins, mais ils seraient revêtus de puissance d’en haut, lorsque le Saint Esprit viendrait sur eux (Luc 24:49 ; Actes 1:8). L’Esprit nous donne la puissance pour réaliser une vie avec le Seigneur, et pour goûter la communion. Aussi Paul peut-il parler de « la communion du Saint Esprit » (2 Cor. 13:13 ; Phil. 2:1). Dans cette expression, il faut voir non pas tellement une communion avec le Saint Esprit, mais plutôt la communion avec le Père, avec le Fils et avec d’autres enfants de Dieu, produite par le Saint Esprit et caractérisée par lui.

C’est aussi le Saint Esprit qui nous introduit dans les bénédictions et les privilèges spirituels constituant le domaine de notre communion. « Mais quand celui-là, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous conduira dans toute la vérité : car il ne parlera pas de par lui-même ; mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses qui vont arriver. Celui-là me glorifiera ; car il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce qu’a le Père est à moi ; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend du mien, et qu’il vous l’annoncera » (Jean 16:13-15). Le Saint Esprit est donc l’intermédiaire et la puissance de la communion entre les rachetés et le Père et le Fils. Source des pensées et des sentiments de la vie nouvelle, il éveille en nous des pensées en harmonie avec celles du Père et du Fils. C’est la communion.

 

3                    Communion avec le Père et avec le Fils (1 Jean 1:3)

Nous nous sommes penchés jusqu’ici sur les conditions préliminaires à l’établissement de la communion ; nous abordons maintenant le sujet propre, et commencerons par notre communion avec le Père et avec le Fils. Dans le Nouveau Testament, nous trouverons plusieurs autres sortes et formes d’expression de la communion chrétienne, toutes fondées sur ce que Jean appelle la communion avec le Père et son Fils Jésus Christ ; nous y reviendrons plus loin.

La parole de Dieu ne dit pas que le Père a communion avec nous, mais elle révèle que nous avons été introduits dans la communion avec le Père. Pourrait-il en être autrement ? Il est facile de comprendre qu’un pécheur ne peut pas avoir communion avec le Dieu saint. Mais comme rachetés aussi, nous constatons encore en nous la présence de la chair et son action, bien que notre vieil homme ait été jugé selon Dieu à la croix. Par conséquent, il appartient à Dieu seul de déterminer le niveau et le caractère de la communion, et non pas à des créatures, ni même à des rachetés. Aussitôt après avoir mentionné notre communion avec le Père et avec le Fils, Jean parle de l’essence de Dieu : « Et c’est ici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous annonçons, savoir que Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres » (1 Jean 1:5). Le Père qui, dans son amour immense, nous a amenés dans la communion avec lui est en même temps le Dieu saint. Aussi s’agit-il d’une communion divine, sainte. Le domaine propre de celle-ci n’est pas la terre, mais la lumière, venue à nous dans la personne du Fils comme « lumière de la vie » (Jean 1:4, 9 ; 8:12), et devenue maintenant, par la foi en lui, notre sphère de vie également.

Jean écrit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3). Les apôtres, qui avaient vu et entendu, dans la personne du Fils de Dieu devenu chair, la vie éternelle, furent les premiers à goûter la communion avec le Père et le Fils après la descente du Saint Esprit à la Pentecôte. Ils ont transmis ce qu’ils avaient reçu pour que tous les vrais enfants de Dieu puissent avoir la jouissance de cette merveilleuse communion. Nous pouvons ainsi connaître une joie accomplie maintenant déjà, sans attendre d’être dans la maison céleste du Père.

Au moment où Jean écrivait ces paroles, les premiers courants antichrétiens se manifestaient déjà parmi les croyants ; et depuis lors, malgré divers réveils au cours des siècles, la ruine a progressé régulièrement et irrésistiblement. Mais en dépit des attaques de plus en plus violentes portées par les antichrists contre la personne du Fils de Dieu, et malgré l’abandon toujours plus marqué, à cause de notre infidélité, du caractère céleste de l’assemblée et de sa séparation d’avec le monde, la communion avec le Père et avec le Fils demeure, individuellement, la source d’une joie profonde et intime pour les enfants de Dieu jusqu’à la venue du Seigneur.

Le Seigneur Jésus est le centre de notre communion. Comme le Fils unique qui est dans le sein du Père, il a pleinement révélé Dieu, le Père, et nous a acquis, en vertu de son œuvre à la croix, la vie éternelle et toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes. Nous avons maintenant communion avec le Père dans la connaissance de son Fils, et communion avec le Fils dans la connaissance du Père. Nous participons à la joie du Père dans le Fils, car celui en qui le Père trouve continuellement son plaisir est l’Objet de notre adoration. Nous participons à la joie du Fils dans le Père, auprès duquel nous avons par le Fils libre accès comme fils et filles. Cette communion présente est le but le plus élevé, l’objet le plus précieux de la vie nouvelle, divine, et notre cœur y trouve une satisfaction parfaite. Mais que sera-ce lorsqu’à la venue du Seigneur nous serons transformés, afin de le voir comme il est, pour jouir alors éternellement d’une communion parfaite et sans restriction avec lui et avec le Père !

Lorsque Paul écrit : « Dieu, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, notre Seigneur, est fidèle » (1 Cor. 1:9), il présente à nos cœurs la communion de la façon qui lui est propre. Dans les écrits de l’apôtre Jean, c’est la relation d’enfants avec Dieu, devenue notre part par la nouvelle naissance et la vie éternelle, qui occupe le premier plan ; Paul, lui, met davantage l’accent sur la position dans laquelle nous avons été introduits par notre identification avec Christ glorifié dans le ciel. Il s’agit du même Dieu, du même Fils, mais Jean nous considère comme enfants de Dieu en communion avec le Père et le Fils, tandis que Paul nous voit en communion avec le Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ. Paul écrit ailleurs : « Par lui nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit » ; même plus, « nous avons hardiesse et accès en confiance, par la foi en lui » (Éph. 2:18 ; 3:12).

 

3.1   Jouissance de la communion

Dans les passages que nous venons de considérer, les deux apôtres présentent la communion avec le Fils de Dieu et avec le Père sans restriction. Elle est ainsi le privilège de tous les croyants, et non pas de quelques-uns seulement, au même titre que la certitude du salut, la possession du Saint Esprit, l’appartenance au corps de Christ ou l’enlèvement des croyants avant la période de la tribulation, même si les enfants de Dieu ne connaissent pas tous les bénédictions liées à ces vérités et que tous n’en jouissent pas. Ainsi, pour ce qui en est de leur position, tous ceux qui ont reçu le Seigneur Jésus par la foi ont été amenés dans la communion avec le Père et avec le Fils, bien que la mesure de connaissance et de jouissance diffère de l’un à l’autre.

La doctrine concernant le précieux privilège de la communion occupe une place importante. Je ne peux pas jouir de ce que je ne connais pas. Les premiers croyants ne possédaient pas encore la parole de Dieu complète, mais ils persévéraient « dans la doctrine et la communion des apôtres » (Actes 2:42). Remarquons que la doctrine précède la communion. Cette dernière reposait sur un fondement solide, connu et reconnu de tous. Un enseignement incorrect, incomplet ou même faux au sujet de la communion entraîne de tristes conséquences et des errements.

Toutefois, grâces à Dieu, un manque de connaissance ou d’intelligence ne représente pas forcément un obstacle pour le Saint Esprit qui demeure dans les croyants. Nous pouvons constater parfois que de jeunes croyants, n’ayant pas encore reçu beaucoup d’enseignement, jouissent pourtant d’une communion journalière intime avec le Seigneur Jésus. La joie du salut les conduit à se réjouir dans le Sauveur. Sa personne est si importante pour eux, qu’elle prend la prééminence sur toute autre chose.

En ce qui nous concerne, le désir de goûter la communion pratique avec Dieu importe plus que la doctrine. La constatation d’Actes 2:42 : « Ils persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres... », comme le souhait de bénédiction exprimé en 2 Corinthiens 13:13 : « Que... la communion du Saint Esprit [soit] avec vous tous ! » montrent que la communion n’est pas spontanée, et qu’elle ne se maintient pas d’elle-même ; dans la pratique, nous devons la désirer et la rechercher. En grec, le verbe persévérer mentionné dans le premier passage est dérivé d’une racine utilisée pour « fort », et signifie notamment « tenir ferme » et « s’occuper assidûment de quelque chose ». C’est précisément ce que faisaient les premiers chrétiens à Jérusalem relativement à la communion, mais aussi à l’égard de la doctrine des apôtres, de la fraction du pain et des prières. Et, dans le second verset cité, le vœu de l’apôtre Paul aurait également été superflu si les Corinthiens avaient toujours joui de la communion. Malheureusement, il leur manquait la réalisation pratique de la grâce du Seigneur Jésus Christ, de l’amour de Dieu et de la communion du Saint Esprit. Aussi Paul leur adresse-t-il à tous ce souhait à la fin de son épître.

Certains lecteurs de ces lignes pourraient penser : Lorsque je me livre par exemple à une activité exigeant une attention soutenue ou très forte, je ne peux pourtant pas lire en même temps la parole de Dieu, la méditer et entretenir, par la prière ou l’adoration, une communion consciente et active avec le Père et le Fils. C’est vrai. Si précieux que soient les moments de communion consciente, pour la plupart d’entre nous ils restent plutôt rares étant donné les devoirs quotidiens qui nous incombent. Mais ne devrions-nous pas veiller à toujours réserver des moments d’entretiens paisibles avec le Seigneur et avec notre Dieu et Père, afin que notre communion soit ravivée, approfondie et fortifiée ? Toutefois, même si de tels instants sont rares, je peux accomplir mon travail avec le désir de plaire au Seigneur, et vivre ma vie journalière en regardant à Sa main, pour ainsi dire, comme un enfant qui se cramponnerait à la main de son père au cours d’une promenade. On pourrait parler d’une communion « inconsciente », source constante de joie et de force spirituelles pour nous. Mais une telle communion suppose, elle aussi, au plus profond de mon cœur, un désir de marcher avec le Seigneur et d’être gardé de tout péché.

 

3.2   Effets

La communion pratique avec le Père et avec son Fils ne demeure pas sans résultats sur notre vie spirituelle. Après avoir présenté la communion, Jean en mentionne un effet direct : « Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:4). Être occupés de ce qui concerne le Père et le Fils produit une joie intérieure profonde.

Dans la parabole du fils prodigue, la joie de la communion avec le Père est décrite brièvement, mais en des termes très saisissants. Ému de compassion, le père se jette au cou de son enfant repentant et le couvre de baisers. La plus belle robe, l’anneau et les sandales n’étaient que le prélude de ce qui attendait encore le fils. Le père fit tuer le veau gras, ils s’assirent ensemble à table et « ils se mirent à faire bonne chère » (Luc 15:22-24). Les mots « ils se mirent » n’évoquent-ils pas une joie sans fin ? C’est la joie de la communion que Jean souhaitait aux destinataires de sa lettre : « Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie ». La joie dans le Seigneur, que nous trouvons plusieurs fois mentionnée dans l’épître aux Philippiens, est aussi un résultat de la communion avec Dieu le Père et avec le Seigneur Jésus, son Fils. Il en est de même pour la joie présentée en Galates 5:22 comme un fruit de l’Esprit.

La jouissance de la communion avec le Père et avec le Fils produit également en nous une paix intérieure profonde. Que de fois nos cœurs sont inquiets ou insatisfaits ! Combien facilement les soucis de la vie journalière, mais aussi le mécontentement face aux circonstances que nous traversons, viennent ravir la paix à nos cœurs ! Pourtant, si nous vivons dans la communion pratique avec le Seigneur, et que nous rejetions nos soucis sur lui, la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus, et la paix du Christ, à laquelle nous avons été appelés avec tous ceux qui appartiennent au seul corps, présidera dans nos cœurs (Phil. 4:7 ; Col. 3:15).

Le monde qui nous entoure peut-il encore exercer un attrait sur nous, lorsque la part céleste éternelle du Père et du Fils est devenue pratiquement notre part ? Pouvons-nous alors encore poursuivre des buts qui ne soient pas en accord avec cette merveilleuse communion ? La communion pratique avec Dieu nous préserve de l’attrait du monde, tandis que, inversement, la communion avec le monde rend impossible la communion avec Dieu. Aux Corinthiens qui ne l’avaient pas compris, Paul doit demander : « Quelle communion [y a-t-il] entre la lumière et les ténèbres ? » (2 Cor. 6:14).

Mais si, dans la communion avec le Seigneur, nous prenons sur nous son joug aisé, plutôt que de nous mettre sous un joug mal assorti avec le monde, et que nous recevions les enseignements de celui qui est débonnaire et humble de cœur (Matt. 11:29), nous manifesterons toujours plus, dans notre vie pratique, ses caractères comme fruit de notre communion. Alors, n’aurons-nous pas aussi un désir plus ardent d’être dans la maison du Père, où nous jouirons éternellement d’une communion parfaite avec le Père et avec le Fils, communion que ni le monde ni notre chair ne pourront jamais troubler ?

 

4                    Communion les uns avec les autres (1 Jean 1:7)

Notre communion avec le Père et avec le Fils constitue le fondement de celle que nous connaissons entre nous en tant qu’enfants de Dieu. Nous possédons une part collective en vertu de notre communion personnelle avec le Père et avec le Fils. Nous l’avons vu en 1 Jean 1:3, où l’apôtre écrit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ ». La suite du chapitre le confirme pleinement.

Nous lisons d’abord, au verset 5, que « Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres ». L’homme qui vit encore dans les ténèbres ne peut pas avoir de communion avec lui. Quiconque affirme le contraire ment et ne pratique pas la vérité (v. 6). Le verset suivant nous montre la position des enfants de Dieu : « Si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière, nous avons communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché » (v. 7). Comme nous l’avons vu, la marche dans la lumière (comme aussi la marche dans les ténèbres) caractérise notre position devant Dieu, et non pas notre vie pratique. Dans sa lumière, nous avons communion les uns avec les autres, et sommes sous la puissance purificatrice du sang de Christ. (Relativement à notre marche pratique, c’est l’eau de la parole de Dieu qui nous purifie, non pas le sang de Christ, comp. Jean 13 ; Éph. 5:26).

Au commencement, les premiers chrétiens vivaient dans une communion étroite, exemplaire. « Et ils persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, dans la fraction du pain et les prières » (voir Actes 2:42-47). Nous avons déjà attiré l’attention sur la signification du rang occupé par la doctrine des apôtres. La persévérance dans la communion est indiquée comme la deuxième caractéristique des chrétiens à Jérusalem. Le mot communion étant employé dans ce passage exceptionnellement sans aucune adjonction, il doit s’agir ici non seulement de la communion avec le Père et avec le Fils, mais aussi de celle entre frères et sœurs, bien que, d’après les versets suivants, le second aspect prédomine. Ces croyants tout nouvellement convertis étaient liés avec leur Seigneur d’une manière encore si vivante qu’ils voulaient jouir ensemble de la communion avec lui. Aussi persévéraient-ils également dans les deux autres activités collectives de la foi nommées dans ce verset : la fraction du pain et les prières.

L’effet de la communion sur leurs pensées se traduisait par « un commun accord » (v. 46). Au chapitre 4, où une situation semblable est mentionnée, nous lisons : « La multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme » (v. 32). Le « commun accord » ne pouvait résulter que de la communion de chacun avec Dieu. Ils avaient tous le même but, le même objet devant leur cœur, et c’est ce qui les unissait. La communion avec le Père et avec le Fils les préservait de l’égoïsme et de la volonté propre, ces deux entraves à toute communion spirituelle. Ils supportaient ainsi réciproquement, dans l’amour, leurs faiblesses, celles-là même qui sont encore notre part aujourd’hui. Pourtant, plus tard, en invoquant la communion de l’Esprit, Paul dut exhorter les croyants à Philippes, eux aussi encore très jeunes dans la foi, à avoir une même pensée (Phil. 2:1-4).

Extérieurement, la communion des premiers chrétiens à Jérusalem se traduisait par le fait qu’ils étaient tous ensemble dans un même lieu, et cela non seulement à l’occasion de leurs réunions en assemblée, mais aussi le reste du temps (Actes 2:44). Ils éprouvaient tout simplement le besoin de demeurer avec leurs frères et sœurs dans le Seigneur. La mise à disposition de leurs biens était également une manifestation pratique de la communion spirituelle qui caractérisait d’une manière si particulière les premiers croyants. Si l’un d’eux était dans le besoin, il recevait l’aide des autres qui, à cet effet, vendaient leurs possessions. Cette manière exceptionnelle d’agir resta limitée aux premiers temps de l’assemblée à Jérusalem et ne fut pas reprise par les croyants ailleurs. Mais plus tard, dans les épîtres du Nouveau Testament, lorsqu’en relation avec les besoins matériels des croyants il est parlé de « contribution » (Rom. 15:26), de « dons » (2 Cor. 9:13) et de « faire part de vos biens » (Héb. 13:16), le mot employé dans l’original est toujours le même, celui qui est traduit en général par « communion » ! Soutenir matériellement nos frères et sœurs dans le besoin n’est donc pas seulement un signe de sympathie ; c’est une expression véritable de communion chrétienne.

Mais revenons brièvement à l’assemblée à Jérusalem. La scène si attachante qui nous est dépeinte ne devait pas durer longtemps. Par leur hypocrisie, Ananias et Sapphira portèrent une telle atteinte à la fraîcheur, à la vie et à l’authenticité de la communion, que Dieu dut les retrancher tous les deux par la mort (Actes 5). Ils avaient apporté une partie du prix de vente d’une terre aux apôtres, en prétendant avoir remis la somme entière, pour donner l’apparence d’une communion sans réserve. Personne n’aurait eu connaissance de cette tromperie, si le Saint Esprit n’avait pas découvert ce péché contre la communion, qui était en réalité un péché contre Dieu.

Cet incident triste et humiliant nous enseigne la leçon importante qu’une forme extérieure ne garantit pas l’existence d’une vraie communion du cœur. Il nous montre aussi qu’une interruption de communion avec Dieu aura des effets sur celle que nous entretenons avec nos frères et sœurs, même si cela ne se sent pas tout de suite.

 

5                    Communion à la Table du Seigneur (1 Cor. 10:14-22)

Note Bibliquest : voir encore ce sujet plus bas

Les premiers chrétiens persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, mais aussi dans la fraction du pain et les prières (Actes 2:42). L’ordre selon lequel ces activités sont données est remarquable. Il confirme ce que nous avons vu précédemment, et nous amène à faire un pas de plus. La communion individuelle des croyants avec Dieu est le fondement de celle qu’ils connaissent les uns avec les autres, et cette double communion trouve son expression la plus élevée dans la fraction du pain.

La nuit qui précéda ses souffrances et sa crucifixion, le Seigneur Jésus institua ce repas en souvenir de sa mort. Avec ses disciples, il avait auparavant mangé pour la dernière fois la pâque, que lui-même allait accomplir maintenant comme le vrai agneau pascal (1 Cor. 5:7). Lorsque le Seigneur donna ensuite à ses disciples le pain et la coupe comme symboles de son corps offert et de son sang versé, il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22:19). Toutefois, l’invitation du Seigneur : « Buvez-en tous », rapportée en Matthieu 26:27, indiquait déjà qu’un tel repas ne devait pas être une affaire purement personnelle, chacun mangeant et buvant pour lui-même ; il est l’expression de la communion des rachetés. À la Table du Seigneur, ils annoncent la mort de leur Sauveur jusqu’à ce qu’il vienne, et adorent ensemble le Fils et le Père. Là aussi, ce que Dieu est, lumière et amour, doit être manifesté dans l’unité et la communion de ses enfants, opérées par l’Esprit. Le Seigneur Jésus est le centre vers lequel tous les cœurs sont dirigés ; aussi l’activité de la chair et le monde ne doivent-ils pas être tolérés à sa Table.

 

5.1   La Table du Seigneur

Dans sa première épître aux Corinthiens, Paul leur présente le privilège de la communion des croyants à la Table du Seigneur, et les responsabilités qui s’y rattachent (10:14-22). Aujourd’hui, les pensées de Dieu à ce sujet conservent pour nous toute leur validité.

Les premiers chrétiens de la ville grecque de Corinthe avaient certes de grandes connaissances (1 Cor. 1:5), mais, dans la pratique, il existait parmi eux des divisions, des disputes et d’autres manifestations négatives. Parmi ces dernières, citons leurs relations avec les idoles qu’ils avaient servies avant leur conversion, et aussi leur conduite indigne lors de la fraction du pain. Aussi, dans la seconde partie de sa première épître, Paul doit-il donner aux Corinthiens l’enseignement de base concernant leur communion comme membres du corps de Christ.

L’apôtre leur présente d’abord le côté positif de la communion. Lorsqu’ils se réunissaient à la Table du Seigneur, ce qui alors déjà avait lieu régulièrement le premier jour de la semaine (comp. Actes 20:7), ils proclamaient, par la participation au pain et à la coupe, leur unité et leur communion avec le Seigneur et entre eux. La communion la plus élevée à laquelle des hommes puissent être appelés, celle des rachetés avec leur Rédempteur, trouve là sa plus belle expression. Les Corinthiens semblaient pourtant ignorer que le fait de manger ensemble du même pain et de boire à la coupe représente une forme de la communion. Comme nous l’avons relevé plus haut, la communion ne comporte pas seulement un côté intérieur ; il existe aussi un côté extérieur. Et ces deux aspects font spécialement l’objet des versets 14 à 22 de 1 Corinthiens 10.

S’écartant de l’ordre réel, Paul mentionne d’abord ici « la coupe de bénédiction » (v. 16), qui offre le contraste le plus absolu avec celle qu’à la croix le Seigneur Jésus a bue jusqu’à la lie (comp. Luc 22:42). Lors des sacrifices de l’Ancien Testament, il y avait d’abord l’aspersion du sang sur l’autel ; de même dans notre passage, la première chose citée est la coupe, en tant qu’image de « la communion du sang du Christ ». Le contenu de la coupe est un symbole du sang précieux de Christ versé pour nous, ce sang qui nous a acquis une rédemption parfaite et éternelle de nos péchés et du juste jugement de Dieu, et nous a ouvert l’accès du sanctuaire, dans la présence immédiate de Dieu (1 Pierre 1:19 ; Éph. 1:7 ; Héb. 10:19). En buvant de la coupe, tous ceux qui, par la foi, ont part aux résultats bénis du sang de Christ peuvent en principe exprimer leur communion avec lui. Dans la réalisation collective de cet acte, nous voyons aussi que tous ceux qui ont été rachetés par ce sang précieux ont communion les uns avec les autres.

« Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? » (v. 16). Le pain aussi est un symbole, et en fait sous un double aspect. Il représente à la fois le corps saint du Seigneur offert pour nous, et son corps spirituel, l’Assemblée. En mangeant du seul pain, nous exprimons donc une double unité et une double communion, d’abord avec le Seigneur Jésus qui a offert son corps en sacrifice pour nous, et deuxièmement, entre nous, en tant que membres de son corps dans un sens spirituel.

Paul explique le second aspect de la fraction du pain au verset 17. Voyant devant lui les différents croyants qui mangent du seul pain, l’apôtre montre qu’ils expriment par là un fait : les plusieurs forment un seul corps. C’est une allusion à l’Assemblée de Dieu, composée de tous ceux qui croient au Seigneur Jésus et sont baptisés par le Saint Esprit en un seul corps. L’expression imagée « un seul corps » exprime particulièrement bien l’unité des croyants (1 Cor. 12:12, 13). Il est évident que l’assemblée à Corinthe ne constituait pas le corps de Christ tout entier. Dans le Nouveau Testament, ce corps est toutefois considéré sous trois aspects :

 

Selon le conseil de Dieu, qui aura son accomplissement dans la gloire, le corps comprend tous les croyants depuis la Pentecôte jusqu’à l’enlèvement (Éph. 1:22, 23) ;

À travers le monde entier, le corps est formé de l’ensemble de tous les croyants vivant sur la terre à un moment donné (Éph. 4:4) ;

Localement, le corps est aussi représenté par l’assemblée se réunissant en un certain lieu, c’est-à-dire par tous les croyants demeurant dans cet endroit (1 Cor. 1:2 ; 12:27).

 

Dans notre passage, c’est ce dernier aspect qui est principalement considéré, mais on ne peut pas le séparer des deux premiers, surtout du deuxième. En mangeant ensemble du seul pain, les croyants annonçaient, en tant qu’assemblée locale à Corinthe, leur unité et leur communion avec Christ et avec tous les membres de son corps sur la terre entière. La Table du Seigneur est l’unique représentation ou visualisation possible du seul corps, de l’Assemblée.

Par sa mort à la croix, le Seigneur Jésus a « rassemblé en un les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11:52). Selon sa volonté, ils ne constituent pas plusieurs familles ou maisons différentes, mais forment un seul corps, dont le Seigneur comme homme glorifié dans le ciel est la tête. Il désire maintenant que tous les rachetés proclament leur unité à sa Table, jusqu’à ce qu’il vienne les chercher pour les introduire dans la maison du Père. En relation étroite avec ce fait capital, ce passage contient encore d’autres enseignements sérieux qui réclament notre attention.

En soi, la fraction du pain est un acte extérieur. Par le pain et la coupe, le Seigneur Jésus a laissé aux siens des signes visibles. Ceux-ci leur rappellent, chaque fois qu’ils se rassemblent à sa Table, la mort du Seigneur comme fondement de toutes leurs bénédictions ; et, en les partageant ensemble, ils expriment d’une manière extérieure et visible leur communion avec lui et entre eux. Il ne s’agit pas là d’un acte insignifiant ou accessoire ! Lorsque l’esprit et l’âme sont occupés du Seigneur Jésus, le corps ne peut pas rester indifférent ni faire des choses qui soient en contradiction avec un tel mémorial, comme c’était le cas parmi les Corinthiens. Toutefois, à l’appui de son argumentation, et avant d’en venir au point qui constituait le motif même de son exposé, l’apôtre introduit un exemple tiré de l’histoire du peuple d’Israël.

Lorsque les Israélites mangeaient le sacrifice de prospérités (l’unique offrande à laquelle chacun pouvait en principe avoir part selon Lévitique 7:19), ils étaient en communion avec l’autel de Dieu. Le sacrificateur procédait à l’aspersion du sang du sacrifice de prospérités sur l’autel, comme signe de l’expiation ; puis il faisait fumer la graisse, l’élément le plus précieux de l’offrande, en odeur agréable à Dieu. C’était Sa nourriture, Son pain. La poitrine et l’épaule droite revenaient aux sacrificateurs, et celui qui avait apporté l’offrande pouvait manger le reste de la chair avec tout Israélite qui était pur selon la loi (Lév. 3 et 7:11-38). Nous avons donc ici devant nous un repas saint pris en commun dans un lieu saint.

Même si, dans l’Ancien Testament, le mot communion n’est pas employé, la pensée qu’il exprime se dégage clairement ici. Le repas pris ensemble, dont Dieu, les sacrificateurs et enfin tout Israélite pur recevaient une part, est une image frappante de la communion avec Dieu sur le fondement du seul sacrifice de Christ. Mais la communion avec Dieu est quelque chose de saint. Aussi existait-il des prescriptions strictes concernant la pureté de ceux qui participaient.

En Malachie 1:7 et 12, l’autel de l’holocauste est également appelé la « table de l’Éternel » ou « table du Seigneur » — quelque quatre cents ans avant l’emploi des mêmes termes dans le Nouveau Testament. Paul se sert sans aucun doute de la ressemblance entre le fait de manger du sacrifice de prospérités et la participation à la Table du Seigneur, pour mettre en évidence la sainteté de la communion, à laquelle les croyants à Corinthe avaient été appelés, et qui trouve son expression la plus élevée à la Table du Seigneur. Dans les deux cas, il s’agit d’un acte extérieur revêtu d’une signification importante. Manger ensemble est en fait une forme de communion. S’il en était déjà ainsi pour le peuple terrestre de Dieu, combien plus les rachetés peuvent maintenant jouir d’un tel privilège, eux qui, par la foi au Fils de Dieu, ont été introduits dans une union et une communion si merveilleuses avec lui !

L’expression « Table du Seigneur » ne se trouve, dans le Nouveau Testament, qu’en 1 Corinthiens 10:21. Elle ne désigne évidemment pas le meuble sur lequel sont posés le pain et la coupe. L’autel dans l’Ancien Testament n’était pas davantage une table au sens propre. La Table du Seigneur est un symbole. Elle indique la communion avec Christ et avec les membres de son corps en vertu de son sacrifice et de sa mort à la croix. Selon la volonté du Seigneur, l’acte visible doit refléter notre communion et notre foi intérieures. La communion intérieure avec lui sans la participation extérieure à la fraction du pain représente sûrement quelque chose d’incomplet, d’imparfait aux yeux du Seigneur ; mais combien lui est insupportable le maintien d’une relation extérieure alors qu’il n’existe pas de communion intérieure avec lui. C’était le cas des croyants mentionnés en 1 Corinthiens 11:29, 30, que Dieu dut punir, ou encore la situation d’un homme vivant dans le péché, comme celui dont il est parlé en 1 Corinthiens 5 ; une telle personne devait alors être exclue de toute communion.

 

5.2   Communion avec les démons ?

Paul a parlé du sacrifice de prospérités tel que nous le trouvons dans l’Ancien Testament pour rendre clair ce qu’il va révéler maintenant : le caractère de l’idolâtrie païenne. Des offrandes étaient aussi apportées aux idoles avant d’être mangées en commun. Certes, l’apôtre avait déclaré au chapitre 8 qu’une idole — et par conséquent également les choses qui lui étaient sacrifiées — n’est rien. Pourtant, il soulève ici le sérieux problème de la communion avec les démons cachés derrière les idoles. Par ses questions : « Que dis-je donc ? que ce qui est sacrifié à une idole soit quelque chose ? ou qu’une idole soit quelque chose ? » (v. 19), il prévient l’objection qu’auraient pu lui adresser les Corinthiens : Tu viens de nous écrire qu’une idole n’est rien (8:4), pourquoi donc lui attribuer maintenant une telle signification ?

L’apôtre leur explique alors ce qui se cache derrière les idoles : « Non, mais que les choses que les nations sacrifient, elles les sacrifient à des démons et non pas à Dieu » (v. 20). D’un côté, une idole n’est effectivement qu’une image sans vie ou tout au plus une œuvre d’art humaine, et un sacrifice offert à une idole ne signifie rien d’autre que de la viande ordinaire. Mais ce n’est pas tout. Les idoles sont des images de puissances invisibles de méchanceté. Le fait de manger d’un sacrifice apporté à une idole manifeste la communion avec les démons, de même que la participation à la Table du Seigneur exprime la communion avec Christ. Les chrétiens à Corinthe ne voulaient certainement pas avoir communion avec des démons. Et pourtant, en participant à des repas en l’honneur des idoles, tel était bien le cas. Manger ensemble, c’est avoir communion, même si celle-ci n’est qu’extérieure. Qu’ils en aient eu conscience ou non ne changeait rien au fait. Ils donnaient l’impression à tous les autres participants à de tels repas et aux éventuels observateurs présents qu’ils avaient communion avec des démons. De plus, une participation fréquente à ces repas les exposait au danger de devenir indifférents intérieurement ou d’être influencés. « Ne soyez pas séduits : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15:33).

Aussi l’apôtre continue-t-il : « Or je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la Table du Seigneur et à la table des démons » (v. 20, 21). En vertu de son autorité apostolique (comp. 1 Cor. 1:1), Paul interdit toute communion avec les démons aux Corinthiens, ce qu’ils pratiquaient pourtant en participant à des repas en l’honneur des idoles. Par la déclaration : « Vous ne pouvez participer à la Table du Seigneur et à la table des démons », il leur montre l’impossibilité morale de cette double communion. Celui qui pense malgré tout avoir cette liberté doit être bien conscient qu’il excite la sainte jalousie de Dieu (v. 22 ; comp. Deut. 32:16).

Nous ne rencontrerons probablement jamais une situation exigeant l’application littérale d’un tel commandement. En effet, les circonstances d’alors ne sont plus celles que connaissent aujourd’hui les habitants de nos pays. Mais n’oublions pas que l’occultisme, dont la montée s’accentue dans le monde occidental, n’est rien d’autre que le culte des démons.

Pouvons-nous tirer un enseignement particulier de la lecture de ce passage ? Pensons à l’appel adressé par le Seigneur lorsqu’il nous invite à garder non seulement ses « commandements », ses exigences expresses, mais aussi sa « parole » qui révèle ses pensées (Jean 14:21, 23) ; nous discernerons alors ici le même principe qu’en 2 Corinthiens 6:14 : « Quelle communion (y a-t-il) entre la lumière et les ténèbres ? » et en Éphésiens 5:11 : « N’ayez rien de commun avec les œuvres infructueuses des ténèbres... » Si l’on raisonne d’une manière superficielle, s’écarter des instructions divines concernant le rassemblement et la Table du Seigneur peut sembler un changement bien insignifiant ; en réalité, c’est désobéir à la parole de Dieu et, par conséquent, il s’agit de volonté propre, de la chair. Ainsi par exemple, le prophète Samuel dut dire autrefois au roi Saül que la volonté propre dans le domaine du culte s’apparentait au péché de divination et à l’idolâtrie (1 Sam. 15:23). Que pouvait-on reprocher à Saül ? Alors que Dieu avait commandé aux Israélites de tuer tout ce qui appartenait à Amalek, Saül et le peuple avaient épargné la vie du roi Agag et gardé le meilleur du bétail — pour l’offrir en sacrifice à Dieu, selon les paroles du roi.

Aujourd’hui aussi, dans le domaine du christianisme, nous voyons des déviations, justifiées souvent par des arguments qui semblent très valables à l’intelligence humaine. Mais quelle est l’appréciation de Dieu ? L’existence des différentes dénominations chrétiennes — certaines se trouvant même partiellement en relation avec de fausses doctrines — n’est-elle pas en contradiction flagrante avec la vérité du seul corps de Christ et de l’unité de l’Esprit ? Et pourtant de nombreux enfants de Dieu ne se rendent pas compte que la communion à la Table du Seigneur ne peut pas être réalisée sur un fondement autre que scripturaire.

Dieu seul est habilité à juger justement les motifs et le degré de connaissance de chaque individu ; aussi devons-nous éviter de porter un jugement hâtif sur l’état de cœur des enfants de Dieu. Toutefois la parole de Dieu est et demeure la mesure pour tout croyant, et c’est par elle que nous devrions chercher une direction pour ces questions également. Même si les arguments humains peuvent paraître convaincants à de nombreuses personnes, même si, dans un esprit d’apaisement, on avance peut-être « une manière différente de voir les choses », toute déviation de la parole de Dieu constitue une désobéissance et, lorsque l’enseignement n’est pas reçu, un enfant de Dieu qui attache du prix à la communion avec son Seigneur ne peut marquer son accord.

 

5.3   Que signifie pour nous la Table du Seigneur ?

Selon les enseignements de la parole de Dieu, tous les membres du corps de Christ ont, quant au principe, leur place à la Table du Seigneur, même si de nombreuses barrières les séparent aujourd’hui. Le seul pain, expression visible de l’unité du corps de Christ, rappelle chaque fois que nous le prenons l’appartenance de tous les croyants à Son corps. En mangeant du pain et en buvant de la coupe ensemble, nous exprimons notre communion intime avec le Seigneur et avec le Père, mais aussi notre communion les uns avec les autres en tant que membres du corps de Christ. Avons-nous le désir de goûter dimanche après dimanche la communion à cette place particulière dans la présence de notre Seigneur ?

En 1 Corinthiens 10:17, l’apôtre Paul dit : « Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain ». Ces paroles m’amènent à la question suivante : Pourquoi tous les membres du corps de Christ ne participent-ils pas à la fraction du pain ? Au commencement, tant les chrétiens sortis du judaïsme que ceux voués autrefois au culte des idoles exprimaient la communion avec leur Sauveur et Seigneur en participant à sa Table. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? De nombreux frères et sœurs viennent pendant des années au culte sans avoir eux-mêmes le désir de rompre le pain. Non seulement ils désobéissent à l’injonction du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi », mais ils se privent également d’un précieux privilège.

Anxieux, certains croyants disent : Je ne me sens pas (encore) digne de participer à la fraction du pain. Pourtant, si nous avons été rendus capables d’avoir « communion avec le Père et avec son Fils », ne pouvons-nous pas aussi prendre notre place à la Table du Seigneur ? Certes la parole de Dieu nous met en garde de ne pas manger le pain et boire la coupe indignement, mais elle montre en même temps le moyen divin : « Que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe » (1 Cor. 11:27, 28). Aucun croyant ne peut affirmer qu’il se comporte toujours d’une manière digne de Dieu. Aussi devons-nous tous nous éprouver constamment par le jugement de nous-même, et confesser nos péchés pour obtenir le pardon. Alors nous pouvons participer avec confiance à la cène du Seigneur.

D’autres personnes, quant à elles, déclarent : Je ne tiens pas à me charger de la responsabilité liée à la Table du Seigneur. Une attitude différente se manifeste ici. On est probablement demeuré attaché à des choses qu’on sait incompatibles avec la volonté de Dieu, et on ne veut pas les abandonner. Mais Dieu juge-t-il différemment le péché d’un croyant qui participe à la fraction du pain et celui d’un chrétien qui s’en abstient ? Le péché ne demeure-t-il pas toujours péché ?

Il existe sans doute encore d’autres motifs qui peuvent retenir un croyant de participer à la fraction du pain. Mais la question de la responsabilité ne devrait amener aucun enfant de Dieu à renoncer au privilège de la communion à la Table du Seigneur ! Plus nous connaissons la bénédiction liée à la communion avec le Père, le Fils et les siens, plus nous en jouissons, plus aussi nous serons prêts à assumer les conséquences et responsabilités qui s’y rattachent.

 

6                    Communion dans le service pour le Seigneur

Note Bibliquest : voir encore ce sujet plus bas

La communion pratique peut être réalisée dans le cadre du service pour le Seigneur. Paul relève la belle disposition des fidèles de la Macédoine qui, malgré une grosse épreuve de tribulation en provenance de l’extérieur, avaient demandé « avec de grandes instances la grâce et la communion de ce service envers les saints » (2 Cor. 8:1-4). Ce service, il est vrai, consistait « uniquement » en dons matériels pour les croyants persécutés et nécessiteux de la Judée (comp. Rom. 15:25 et suiv.), mais souvenons-nous que les termes « contribution » (Rom. 15:26), « dons » (2 Cor. 9:13) et « faire part de vos biens » (Héb. 13:16), expriment tous le même mot « communion » en relation avec la participation à des besoins matériels.

Outre cela, les Philippiens avaient communion avec l’apôtre Paul dans le service à cause de la « part » (littéralement : communion) qu’ils prenaient à l’évangile depuis le premier jour (Phil. 1:5). La plupart d’entre eux ne pouvaient certes pas accompagner l’apôtre dans ses voyages, mais ils le soutenaient par leurs prières et leur contribution à son entretien journalier. Certains de ces croyants sont spécialement mentionnés par Paul, en particulier deux sœurs, qui avaient combattu avec lui dans l’évangile (Phil. 4:3). La communion avec le Seigneur Jésus et l’amour pour lui encourageaient ces chrétiens à exprimer une communion pratique avec l’apôtre dans la propagation de la bonne nouvelle du salut.

À l’occasion de ce qu’on a appelé le concile des apôtres, lorsque Paul se rendit avec Barnabas à Jérusalem afin de régler définitivement la question brûlante qui agitait alors les esprits, à savoir que le chrétien n’est pas sous la loi du Sinaï, il présenta aussi « son » évangile aux frères de l’endroit. Et alors, Jacques, Pierre et Jean, « qui étaient considérés comme étant des colonnes », leur donnèrent à lui et à Barnabas la main d’association (ou de communion) (Gal. 2:1-10). Cette poignée de main exprimait la communion entre serviteurs de Christ, qui étaient liés les uns aux autres par le même Seigneur, le même message et la même grâce, bien qu’ils n’aient probablement jamais fait un voyage missionnaire ensemble. Chaque serviteur assumait le travail spécifique qui lui avait été confié, mais ils l’accomplissaient animés d’un même amour pour le Seigneur et dans une étroite harmonie. La remontrance sévère adressée par Paul à Pierre n’a pas détruit cette profonde communion (Gal. 2:11 ; 2 Pierre 3:15).

Lors de l’accomplissement d’un service en commun, nous voyons dans le Nouveau Testament que Paul choisissait les collaborateurs qui lui paraissaient aptes à une telle œuvre, par exemple Silas et Timothée (Actes 15:40 ; 16:3). De plus, il se savait lié avec eux par une totale unité de pensée quant à la doctrine du Christ, et par l’amour de Dieu. Là où ces fondements manquaient, la communion dans le service en souffrait. Pensons à la séparation d’avec Jean, surnommé Marc, Barnabas et Démas !

Ce que Paul qualifie de « communion dans la foi » (ou comme la note l’indique : « communion de ta foi ») (Philémon 6), lorsqu’il écrit à son bien-aimé collaborateur Philémon à Colosses, constitue le fondement d’une communion authentique dans le service. L’apôtre souhaitait qu’elle « opère en reconnaissant tout le bien qui est en nous à l’égard du Christ Jésus ». En pratique, Paul connaissait les liens qui l’unissaient étroitement à Philémon par la foi, car ils avaient tous les deux le même objet devant leur cœur, le Seigneur Jésus. Mais dans la situation qui se présentait alors, cette communion était mise à l’épreuve. Philémon allait-il accepter la manière d’agir de Paul à l’égard de son esclave fugitif ? Si tel était le cas, la communion entre les deux hommes serait confirmée, et nous pouvons admettre qu’il en fut ainsi.

 

7                    La communion des souffrances

Marcher dans le chemin de la foi avec le Seigneur et témoigner pour lui peut aussi conduire à des souffrances. S’il nous est accordé de nous réjouir dans sa communion, nous ne devrions pas craindre les souffrances. Quel exemple offrent à cet égard les apôtres, qui pouvaient se réjouir « d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom » (Actes 5:41) ! Paul désirait connaître non seulement la puissance de la résurrection de Christ, mais aussi la communion de ses souffrances (Phil. 3:10). La puissance de sa résurrection conduit à la communion pratique avec le Seigneur glorifié dans le ciel, la communion de ses souffrances produit une sympathie spirituelle profonde avec ce qu’il a dû souffrir de la part des hommes sur la terre. L’apôtre Jean voyait en outre qu’il n’était pas le seul à devoir souffrir — même en communion avec son Seigneur —, mais que plusieurs de ses frères et sœurs connaissaient la même expérience, aussi s’adresse-t-il à eux en se nommant « votre frère... qui ai part avec vous à la tribulation et au royaume et à la patience en Jésus » (Apoc. 1:9).

 

8                    Obstacles à la communion

La communion des enfants de Dieu avec leur Père, avec son Fils et entre eux représente un privilège merveilleux, une grande bénédiction. Mais la jouissance d’une telle part et la joie qui en résulte peuvent facilement être perdues. Les ennemis les plus acharnés de notre communion sont la chair en nous et Satan, le chef du monde qui nous environne et dans lequel nous vivons. Un croyant dont les pensées sont remplies par des objets charnels et mondains, ou qui est retourné tout à fait dans le monde, ne peut pas jouir de la communion dans la lumière de Dieu.

La chair, la nature pécheresse de l’homme, exerce une action destructrice sur la communion pratique avec Dieu. Ce fait ressort clairement des chapitres 7 et 8 de l’épître aux Romains. Certes, ces passages ne traitent pas de la communion en elle-même, mais de l’opposition entre la chair et l’Esprit. La pensée de la chair est inimitié contre Dieu, tandis que le Saint Esprit dirige nos pensées et nos affections sur notre bien-aimé Seigneur et sur nos relations merveilleuses comme enfants de Dieu ; en pratique, l’Esprit rend la communion toujours plus précieuse à nos cœurs. Si nous cédons à nos penchants charnels, notre communion avec Dieu en souffre ; en revanche, une vie de communion pratique avec lui empêche la chair d’agir en nous.

L’attachement au monde est inconciliable avec la communion avec Dieu. Paul le montre nettement dans un long paragraphe de sa seconde épître aux Corinthiens que nous citerons intégralement, en raison de son importance pratique : « Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules ; car quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? et quel accord de Christ avec Béliar ? ou quelle part a le croyant avec l’incrédule ? et quelle convenance y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? Car vous êtes le temple du Dieu vivant, selon ce que Dieu a dit : « J’habiterai au milieu d’eux, et j’y marcherai, et je serai leur Dieu, et eux seront mon peuple ». « C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai » ; « et je vous serai pour père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-Puissant » (2 Cor. 6:14-18).

Pour faire comprendre l’avertissement qu’il donne, Paul prend l’image d’un joug, sous lequel sont placées deux bêtes de somme qui tirent ensemble un char ou une charrue. Cette illustration n’est pas choisie arbitrairement ; elle est fondée sur un commandement de l’Ancien Testament qui dit : « Tu ne laboureras pas avec un bœuf et un âne attelés ensemble » (Deut. 22:10). Selon la loi, les bœufs étaient des animaux purs ; les ânes, au contraire, étaient impurs. En outre, ces deux bêtes domestiques sont tellement différentes, que nul homme sensé ne songerait à les atteler ensemble. Il s’agirait effectivement d’« un joug mal assorti ». Cette ordonnance est assortie d’autres interdictions : semer sa vigne de deux espèces de semence et se vêtir d’une étoffe mélangée (v. 9 et 11). Ces prescriptions démontrent que Dieu met en garde le peuple d’Israël contre le mélange de principes inconciliables, même d’un point de vue purement extérieur.

Après avoir évoqué le joug mal assorti, Paul pose cinq questions aux Corinthiens, afin d’établir que la communion entre un croyant et un incrédule est moralement impossible. Le chrétien doit vivre dans la justice pratique ; comment aurait-il communion avec des gens qui vivent dans l’iniquité ? Le chrétien est lumière dans le Seigneur : peut-il être en communion avec des personnes qui elles-mêmes sont ténèbres, et se trouvent loin de Dieu dans les ténèbres ? La troisième question occupe la place centrale : il s’agit en fait de savoir s’il peut exister un accord quelconque entre Christ et Béliar (c’est-à-dire pratiquement Satan). Les deux dernières questions se rapportent d’une manière concrète aux croyants pris individuellement et à l’assemblée de Dieu considérée comme un tout. Les réponses à toutes ces interrogations sont nécessairement négatives. Un enfant de Dieu ne saurait poursuivre les mêmes buts moraux qu’un incrédule ; le premier ne peut donc être placé sous le même harnais que le second. Dans d’autres passages de sa Parole, Dieu nous montre les limites des contacts inévitables et nécessaires, notamment en raison du témoignage pour le Seigneur (1 Cor. 5:9 ; 10:27). Mais la communion entre la lumière et les ténèbres ne peut pas subsister sans entraîner de sérieuses conséquences.

En Éphésiens 5:11, nous sommes également mis en garde contre les effets néfastes d’une communion : « N’ayez rien de commun avec les œuvres infructueuses des ténèbres ». Il ne s’agit pas ici de personnes, mais d’actes ou de comportements. Un enfant de Dieu qui pèche accomplit lui aussi des œuvres de ténèbres, dont la source n’est pas la lumière divine. Si je suis appelé à ne rien avoir de commun avec de tels actes, puis-je avoir communion avec les personnes qui s’y livrent, même si elles professent être sauvées ? Paul adresse à son jeune collaborateur Timothée l’exhortation suivante : « N’impose les mains précipitamment à personne et ne participe pas aux (ou : n’ait pas communion avec les) péchés d’autrui » (1 Tim. 5:22).

Toutefois, ces avertissements ne conduisent pas nécessairement à une rupture de la communion fraternelle. Au contraire, nous devrions être affligés par la constatation qu’un enfant de Dieu vit et agit sans être en communion avec son Seigneur, et exercés afin de ramener le cœur et la conscience d’un tel croyant dans la pleine jouissance de la communion. « Gagner » (Matt. 18:15) et « redresser » (Gal. 6:1) contribuent également au rétablissement de la communion avec le Seigneur et avec les siens !

Il convient cependant de mentionner ici l’interruption de la communion avec une personne qui persiste dans le mal. Décrit en Matthieu 18:15 à 20 et 1 Corinthiens 5, le retranchement d’un méchant du milieu de l’assemblée représente le dernier pas d’une démarche entreprise dans l’amour, et d’une sainte discipline. L’homme ainsi mis dehors est exclu de toute communion avec les croyants. De nombreux enfants de Dieu ne comprennent pas la nécessité d’une telle discipline. Ils voient de la propre justice ou de la prétention humaine dans cette manière d’agir qui s’exerce contre l’orgueil et l’indifférence de la chair. Mais si nous vivons près du Seigneur Jésus, nous réalisons que ni Dieu ni son assemblée ne peuvent avoir de communion avec le mal. La rupture de la communion pratique avec les croyants doit conduire la personne concernée à prendre conscience de la perte qu’elle subit comme conséquence de sa persistance dans le péché. C’est ainsi qu’elle sera amenée à se repentir et à revenir.

Nous ne devons pas non plus avoir de relations avec un enfant de Dieu qui a été « noté » par l’assemblée en raison d’une marche désordonnée, afin qu’il réalise son manquement et se repente. Toutefois, d’après 2 Thessaloniciens 3:14, une telle personne ne doit pas être traitée comme exclue, mais avertie en tant que frère (ou sœur), en vue du rétablissement d’une pleine communion — nous disons une pleine communion, parce que « noter » un croyant est une forme de discipline qui ne peut pas entraîner le refus de la communion à la Table du Seigneur.

Revenons maintenant sur les paroles très claires de Paul concernant l’impossibilité de la participation des chrétiens aux tables des démons. Une seule conclusion s’impose : dans sa sainteté, Dieu veille à ce que les siens ne puissent avoir en même temps communion avec lui et le monde, ou même des instruments de Satan.

Toutefois la perte de la communion n’est pas un état irréversible. Le Seigneur Jésus n’oublie aucun des siens. N’a-t-il pas dit à ses disciples avant d’être séparé d’eux : « Voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle » (Matt. 28:20) ? Le Seigneur cherche celui qui s’est éloigné de lui, comme le berger sa brebis égarée, pour le ramener dans une pleine communion avec lui-même et les siens. Par le lavage des pieds, sans lequel nous ne pouvons pas avoir de part, ou de communion avec lui, le Seigneur glorifié dans le ciel (Jean 13:8), il nous purifie de tout ce qui fait obstacle à cette communion. On a déjà souvent relevé à juste titre que le Seigneur ne dit pas : « tu n’as pas de part en moi », mais « avec moi ». Une « part en lui », être un avec lui, est le lot de tous les rachetés par la foi en son œuvre expiatoire accomplie à la croix. Cette part ne peut être perdue. Mais la « part avec lui », la communion pratique avec lui, est maintenue par le service du lavage des pieds que le Seigneur remplit pour nous purifier et nous rafraîchir. Rendons-lui grâces pour ses soins incessants envers nous, ses bien-aimés !

Le Seigneur a confié aux siens ce même service d’amour : « Si donc moi, le Seigneur et le maître, j’ai lavé vos pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jean 13:14). N’émettons pas de critiques, ne nous corrigeons pas les uns les autres avec hauteur, mais présentons le Seigneur Jésus et son amour, afin de réchauffer les cœurs pour lui et les remplir de lui. Le service du lavage des pieds sera alors utile non seulement pour celui qui en fait l’objet, mais aussi à celui qui l’exerce, car le Seigneur ajoute : « Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux si vous les faites » (Jean 13:17).

 

9                    La communion chrétienne aujourd’hui

Satan ne se repose jamais. Son activité incessante a produit dans la chrétienté un tel état de confusion, qu’il n’est aujourd’hui plus possible de réaliser une communion pratique avec tous les croyants. Pourtant, même dans ces circonstances, le croyant peut jouir individuellement de la communion avec Dieu. Rappelons que ce privilège appartient à chaque enfant de Dieu en tout temps. Nous en trouvons un exemple encourageant en Hénoc, qui vivait avant le déluge, quand la terre était corrompue et pleine de violence. Dans le chapitre 5 de la Genèse, à deux reprises nous lisons qu’il « marcha avec Dieu » (v. 22 et 24). Hénoc goûtait une communion intime, profonde avec Dieu, une communion que tout croyant peut connaître encore aujourd’hui, à la veille de la venue du Seigneur.

 

9.1   Avec Dieu

Pensons seulement aux paroles prononcées par le Seigneur Jésus à l’intention de l’assemblée à Laodicée : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi » (Apoc. 3:20). Lors de la phase finale du témoignage chrétien sur la terre, le Seigneur s’adresse d’une façon individuelle au croyant, et ses paroles contiennent une douce consolation et un tendre appel. Dans sa patience envers nous, il s’abaisse jusqu’à dire à chacun des siens en particulier : Ouvre-moi ta porte !

Jamais le Seigneur ne s’impose à celui qui ne souhaite pas sa présence et sa communion. Il ne l’a pas fait au commencement de la période de la grâce, il ne le fait pas à la fin. Au jour de la résurrection, marchant avec les deux disciples accablés de tristesse, qui s’en allaient de Jérusalem à Emmaüs, « il fit comme s’il allait plus loin » (Luc 24:28). Seulement quand ils « le forcèrent, disant : Demeure avec nous, car le soir approche et le jour a baissé », Jésus entra pour rester avec eux. Et alors, en un instant, tout est transformé ! Leurs cœurs avaient déjà été réchauffés par ses paroles, et lors du repas pris en commun avec lui, leurs yeux furent ouverts et ils virent sa gloire et sa grandeur.

Dans l’épître adressée à Laodicée, le Seigneur Jésus prononce un jugement sévère sur l’état de tiédeur de cette assemblée ; mais en même temps, avec amour, il appelle chacun individuellement à vivre dans la communion pratique avec lui les derniers moments avant que vienne la nuit, en laquelle personne ne peut travailler. Le Seigneur frappe à la porte et attend que nous lui ouvrions, afin qu’il puisse jouir de la communion avec nous et nous avec lui. Malgré la ruine croissante de la chrétienté, la communion pratique avec le Fils et avec son Père, devenu notre Père, demeure individuellement possible jusqu’à la fin, pour tout croyant. Quelle merveilleuse consolation ! Durant les jours difficiles des derniers temps, puisse cette communion être la part et la joie de chacun d’entre nous ! À la fin de son épître, Jude nous laisse un encouragement : « Mais vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, priant par le Saint Esprit, conservez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle » (v. 20, 21).

 

9.2   Les uns avec les autres

Mais qu’en est-il aujourd’hui de la communion des croyants entre eux ? Par son activité, Satan a fait pénétrer de nombreuses fausses doctrines et toutes sortes de mauvais comportements dans la chrétienté. De vrais enfants de Dieu en sont également les victimes. Par conséquent, la réalisation d’une pleine communion entre tous les croyants dans la lumière de Dieu n’est plus possible ; seuls peuvent jouir de cette part ceux qui vivent séparés de tout mal (Éph. 5:7-14).

Pourtant aujourd’hui plus que jamais, la chrétienté multiplie ses efforts pour parvenir à une unité et une communion de grande envergure. Les initiatives des mouvements de l’œcuménisme des églises et de l’alliance évangélique sont les plus connues, mais il existe de nombreuses autres actions qui se déploient dans un cadre plus restreint. Ces diverses démarches se ressemblent sur un point : elles partent du plus petit dénominateur commun, c’est-à-dire les initiateurs relèvent les similitudes, et laissent de côté tout ce qui « sépare ». Ces efforts aboutissent inévitablement à des compromis, qui suscitent en fin de compte la tolérance ou l’adoption d’idées non bibliques, la communion avec le mal et la conformité au monde. Autant d’éléments qui entravent notre communion avec le Père, le Fils et les uns avec les autres, et la rendent finalement impossible.

D’un autre côté, une séparation exagérée du monde peut mener à un « sentiment de solidarité » pharisaïque et orgueilleux, qui n’a aucun rapport avec la vraie communion. La séparation du mal et le jugement de la propre volonté charnelle ne constituent pas encore à eux seuls une garantie de communion. On observe plutôt l’inverse : la communion intime dans la lumière de Dieu peut nous préserver de débordements, et des séductions du monde, mais aussi de toute alliance qui n’a pas Son consentement.

Un autre danger que l’on remarque aujourd’hui vient de l’importance excessive donnée aux sentiments dans la vie de la foi. On cherche quelque chose où l’on se sente bien, et on conduit cette recherche selon ses propres convenances, et non plus selon la parole de Dieu. La communion fondée sur la Bible n’est toutefois pas une affaire de sensations, bien que nous ne puissions pas faire abstraction de nos sentiments. La parole de Dieu (et non pas ce que l’on éprouve) demeure la seule mesure juste, quand il s’agit de porter un jugement — également en ce qui concerne la communion.

 

9.2.1       La parole de Dieu comme mesure

Il est dangereux de parler d’unité et de communion sans rechercher ce que les Saintes Écritures nous disent à ce sujet. Toute poursuite d’amour et de communion réciproques doit être accompagnée de la devise : « dans la vérité et dans l’amour » (2 Jean 3). Ne rejetons rien des biens précieux que Dieu nous a confiés ; au contraire, tenons-les ferme, car ils constituent l’unique fondement valable de notre manière de penser et d’agir. Nous avons rappelé que les premiers chrétiens persévéraient dans la doctrine et la communion des apôtres, c’est-à-dire qu’ils s’y appliquaient fermement et les recherchaient avec zèle. Ce même devoir nous incombe aujourd’hui.

Certains croyants ne sont pas encore très avancés dans la connaissance de la vérité. Mais, s’ils cherchent sincèrement, ayons confiance, Dieu les fera progresser à sa manière : « Si en quelque chose vous avez un autre sentiment, cela aussi Dieu vous le révélera » (Phil. 3:15). Toutefois il est ajouté : « Cependant, dans les choses auxquelles nous sommes parvenus, marchons dans le même sentier » (v. 16). Ce dernier verset montre qu’il existe un seul et même chemin dans lequel tous les enfants de Dieu sont tenus de marcher, et il dément l’affirmation selon laquelle, par le maintien de leurs vues divergentes sur la vérité, les divers groupes de chrétiens parviendraient à mieux exprimer la grandeur de Dieu et la multiplicité de ses pensées. Une véritable communion ne saurait exister sur une telle base.

Il est vrai que la communion n’implique pas obligatoirement une unité absolue dans la connaissance de la vérité et une uniformité de pensées ; mais elle ne signifie pas davantage la coexistence d’une variété de points de vue et de pratiques contradictoires. L’humilité et l’amour sont nécessaires pour garder l’unité de l’Esprit, fondement de la communion pratique, mais non pas la reconnaissance expresse des idées les plus diverses venues des uns et des autres. Une telle conception correspond certes à la manière de penser pluraliste du monde moderne ; au sein de la société actuelle, il n’existe plus de vérité absolue, s’imposant à tous. Le Seigneur Jésus dit pourtant à son Père : « Ta parole est la vérité » (Jean 17:17), et cette vérité est et demeure la mesure immuable de notre connaissance, et le fondement de notre communion.

Une communion réelle, profonde, les uns avec les autres ne peut être réalisée que si nous recevons et gardons la vérité de Dieu comme ce à quoi nous sommes tenus en tout point. Au maintien de cette précieuse doctrine se rattache aussi la disposition spirituelle qui convient ; Paul la décrit d’une manière très belle en Philippiens 2:1 à 4 : « Si donc il y a quelque consolation en Christ, si quelque soulagement d’amour, si quelque communion de l’Esprit, si quelque tendresse et quelques compassions, rendez ma joie accomplie en ceci que vous ayez une même pensée, ayant un même amour, étant d’un même sentiment, pensant à une seule et même chose. Que rien ne se fasse par esprit de parti, ou par vaine gloire ; mais que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres. »

La communion produite par le Saint Esprit est toujours compromise par nos faiblesses et particularités humaines, et surtout par notre égoïsme sous ses différentes formes. L’image merveilleuse de la communion telle qu’elle nous est présentée au psaume 133: « Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble ! » ne se réalisera, dans la pratique, que si nous nous supportons l’un l’autre dans l’humilité, la douceur, la patience et l’amour, ne faisant rien par esprit de parti, vaine gloire ou égoïsme, mais recherchant toujours, et avec zèle, l’unité de pensée.

 

9.2.2       Communion dans la vie quotidienne

Dans une telle communion, le Seigneur Jésus se trouve au centre. C’est bien à lui qu’est lié individuellement, par la foi, chaque croyant ; et, par son Esprit, le Seigneur unit les siens entre eux. En revanche, la simple sociabilité ne constitue pas la communion ; elle représente plutôt un danger et nous entraîne rapidement vers la conformité avec le monde.

Les rencontres conviviales, une excursion entreprise à plusieurs ou des vacances organisées entre quelques familles représentent des occasions merveilleuses de goûter la communion. Mais posons-nous la question : le Seigneur Jésus occupe-t-il la place centrale ? Ou alors ne s’agit-il que d’intérêts terrestres, voire mondains ? Quelle bénédiction, lorsque nous prenons le temps de nous entretenir ensemble de la parole de Dieu, de prier et de partager nos problèmes, tout ceci sur le fondement de notre communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ, notre Seigneur ! En revanche, quel dommage, quand des enfants de Dieu se rencontrent dans des cercles privés sans même pouvoir prier ensemble ! Il existe un remède : confesser la chose au Seigneur, en parler entre nous et, avec son secours, recommencer sur une autre base. Il ne nous refusera pas la bénédiction de la communion !

De même, les enfants de nos familles doivent pouvoir discerner ce qui nous unit, afin qu’ils apprennent de bonne heure, par la pratique, la signification de la communion chrétienne ! Nous oublions souvent que les jeunes se laissent plus facilement influencer par ce qu’ils voient et entendent chaque jour chez leurs parents, que par les principes, si bons soient-ils, que ceux-ci leur inculquent et qu’ils mettent eux-mêmes bien imparfaitement en pratique. L’intimité et la communion vécues dès l’enfance au sein de la famille, et en compagnie d’autres croyants, auront un effet décisif sur le déroulement ultérieur de leur vie de foi.

Avec le style de vie contemporain, l’image traditionnelle de la famille (qui est pourtant d’origine biblique) tend à disparaître progressivement. Aujourd’hui, chacun mène sa propre vie, et même dans les familles qui subsistent, on ne se retrouve guère qu’au moment des repas, pour ne pas parler d’autres occasions de rencontre. De nombreux problèmes de la jeunesse dans le monde ont leur origine dans le sentiment d’abandon et la solitude qui résultent de telles situations pour les enfants qui n’ont ainsi plus un véritable foyer. Combien donc il importe que les parents croyants offrent à leurs enfants au sein du cercle familial, sous le rapport spirituel aussi, amour, chaleur et communion !

Enfants et adolescents pourront s’épanouir s’ils sont issus de familles dans lesquelles mari et femme, père et mère, vivent en communion avec le Seigneur et entre eux. Le mariage est en effet le lien de communion le plus étroit qui existe dans le domaine terrestre. Il a été institué par Dieu comme ordonnance à la création (Gen. 2:24), et comme image de Christ et de son assemblée (Éph. 5:25-33).

Si l’importance du mariage est toujours plus minimisée voire dénigrée dans le monde, une telle union demeure néanmoins, pour tous ceux qui croient et connaissent la vérité, une institution divine, et la sphère de la plus étroite communion dans le Seigneur. Le mariage est l’unique cadre extérieur donné par Dieu pour la relation la plus intime qui soit entre un homme et une femme, et nous ne devons pas mépriser cette forme extérieure de la communion. Alliance pour la vie entière, le mariage commence par une union officielle et ne prend fin qu’avec la mort (comp. Gen. 29:1 et suivants ; Rom. 7:2 et suivants). Il est aussi un domaine de communion spirituelle, intellectuelle et affective dans lequel l’homme et la femme, en tant qu’enfants de Dieu, peuvent réaliser une communion intime de foi, de pensées et d’amour réciproque. Le mariage est enfin le cadre de la communion physique, car Dieu l’a ainsi ordonné en relation avec le premier couple déjà, pour la bénédiction et la protection des hommes. « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils seront une seule chair » (Gen. 2:24 ; comp. Matt. 19:5 ; 1 Cor. 6:16 ; Éph. 5:31).

Le mariage en tant que tel n’est pas une ordonnance spécifiquement chrétienne ou spirituelle ; il fait partie de l’ordre universel de la création de Dieu. Toutefois, l’union conjugale de deux croyants, qui doit être réalisée « seulement dans le Seigneur » (1 Cor. 7:39), c’est-à-dire en accord avec son être et sa volonté, se situe sur un niveau élevé et particulier. Ne l’oublions jamais ! L’union intime entre Christ et son assemblée est l’image d’un mariage dans lequel l’homme et la femme sont liés l’un à l’autre dans la foi, l’harmonie spirituelle et une profonde affection de cœur. Une telle communion représente une bénédiction qui ne se limite pas au couple uniquement, mais s’étend aussi aux enfants et à toute l’assemblée. Aquilas et Priscilla, mentionnés seulement six fois dans le Nouveau Testament, et toujours très brièvement, offrent un exemple spécialement beau et instructif d’un mariage béni. Ils sont toujours nommés les deux ensemble, mais dans un ordre qui varie selon les circonstances (Actes 18:2, 18, 26 ; Rom. 16:3 ; 1 Cor. 16:19 ; 2 Tim. 4:19).

Ainsi que nous l’avons déjà relevé en considérant chacune des autres formes de communion, la parole de Dieu met ici aussi en garde quant à différents dangers. Les maris sont donc exhortés à aimer leurs femmes (Éph. 5:25, 28, 33), à ne pas s’aigrir contre elles (Col. 3:19), mais à leur porter honneur comme étant un vase plus faible (1 Pierre 3:7). Les femmes doivent aimer leurs maris (Tite 2:4), leur être soumises (Éph. 5:22, 24 ; Col. 3:18 ; Tite 2:5 ; 1 Pierre 3:1), et ne pas user d’autorité sur eux (1 Tim. 2:12). Ces dangers menacent la communion conjugale ; ils ne pourront être évités, dans la dépendance du Seigneur, que s’ils sont reconnus à temps. Dans le mariage et la famille aussi, le maintien de la communion repose sur la relation individuelle de chacun avec le Seigneur.

L’assistance aux frères et sœurs dans le besoin représente un autre aspect de la communion réciproque. Nous l’avons déjà évoqué en relation avec les premiers chrétiens à Jérusalem. Dans nos pays, même si le système contemporain d’assurances sociales multiples peut amener à s’imaginer que le dénuement n’existe plus, la réalité est parfois très différente. En outre, les cas de détresse morale sont en augmentation constante. Souvent nous ignorons la misère matérielle ou morale de frères et sœurs isolés, ou de familles entières. N’est-ce pas la preuve que nous n’avons pas vraiment conscience de cet autre aspect de la communion ? Sans même parler d’une aide matérielle ou spirituelle pour autant que celle-ci s’avère nécessaire ou à propos, ces personnes éprouvées ou abattues ressentiraient du réconfort et un réel soulagement en recevant simplement une visite fraternelle.

 

9.2.3       Communion lors de la fraction du pain

Note Bibliquest : voir encore ce sujet plus haut

Aujourd’hui encore, la Table du Seigneur exprime la forme la plus élevée de la communion entre croyants. Les cœurs débordants de joie quant à notre salut éternel, pleins de reconnaissance pour l’œuvre de la rédemption, et d’adoration pour notre Seigneur qui l’a accomplie, nous nous réunissons pour exprimer ensemble d’une manière visible notre communion avec lui et entre nous. Le pain et la coupe, les signes de sa mort, témoignent également de notre unité et de notre communion.

La pensée que nous pourrions donner une trop grande valeur à la Table du Seigneur et aux privilèges qui s’y rattachent, ou encore attribuer trop d’importance à l’aspect de la responsabilité, témoigne d’une faible compréhension de la position merveilleuse et élevée dans laquelle le Seigneur, par grâce, nous a amenés. Nous avons déjà considéré les saintes mesures et instructions de Dieu à cet égard. Demandons-lui la grâce et la force de reconnaître toujours davantage l’importance de la Table du Seigneur et de tenir ferme la vérité qu’elle exprime.

En demeurant en communion avec le Seigneur, nous observerons les conditions relatives à la participation à sa Table ; celles-ci se dégagent de différents passages du Nouveau Testament :

 

Celui qui désire exprimer cette communion doit être un membre du corps de Christ, c’est-à-dire un racheté (1 Cor. 10:16) ;

Il marche d’une manière conforme à la parole de Dieu (1 Cor. 5) ;

Il n’adhère à aucune fausse doctrine (2 Jean 9-11) ;

Il évite les personnes ou les situations qui empêchent la communion avec Dieu (1 Cor. 10:21 ; Éph. 5:11 ; 2 Tim. 2:21).

 

L’assemblée tout entière est responsable d’examiner ces points, et de s’assurer qu’ils sont observés ; ce n’est pas l’affaire de quelques frères seulement. Le même principe est valable lorsqu’il s’agit de visiteurs qui se présentent sans lettre de recommandation. Nous y reviendrons plus loin.

De plus, n’oublions jamais que la Table du Seigneur n’est pas notre table. Gardons-nous donc d’y rattacher d’autres règles que celles de Sa Parole. Nous rappellerons ici brièvement les principes fondamentaux concernant la Table du Seigneur et le rassemblement à son nom. D’une manière tout à fait générale, ils nous aideront également à juger justement, à la lumière de la parole de Dieu, les rassemblements de croyants.

Seule fait loi l’autorité illimitée de la parole de Dieu, inspirée littéralement par le Saint Esprit, et celle du Seigneur Jésus, qui se trouve au milieu des siens rassemblés (Matt. 18:20) ; aucune autorité humaine ou organisation communautaire, nulles traditions ou règles n’ont leur place dans une telle circonstance.

La Table du Seigneur exprime l’unité de tous les croyants sur la terre, non pas seulement l’unité de l’assemblée locale. Dans la parole de Dieu, il n’y a aucune mention de rassemblements indépendants les uns des autres ; en revanche, il est parlé d’assemblées qui reconnaissent l’unité du corps de Christ, et qui désirent la réaliser pratiquement en gardant l’unité de l’Esprit (Éph. 4:3, 4). Nous trouvons là le fondement de l’interdépendance des assemblées quant à leur action (admission ou exclusion pour la fraction du pain) ; car si une assemblée locale agit au nom du Seigneur, elle le fait en même temps au nom de toute l’Assemblée sur la terre (Éph. 4:4 ; Matt. 18:18).

La formation d’un groupement par l’adhésion de membres n’est pas selon la parole de Dieu ; seule y est reconnue l’appartenance à l’assemblée de Dieu, le corps de Christ. Devenir membres d’une église organisée par les hommes est donc contraire à l’unité de l’Assemblée, créée par Dieu lui-même (1 Cor. 1:12, 13 ; 12:27).

En principe, tout membre du corps de Christ a sa place à la Table du Seigneur (1 Cor. 10:16 ; 12:27), sauf s’il existe des empêchements résultant de l’Écriture (lorsque les conditions mentionnées plus haut ne sont pas remplies). Toutefois le manque de connaissance quant aux pensées de Dieu ne constitue pas un obstacle si le croyant concerné manifeste le désir sincère de suivre le Seigneur.

Si nous retenons ces principes, l’unité des membres du corps de Christ s’exprimera dans une communion réelle, même si, dans la pratique, cela signifie que tout enfant de Dieu ne peut pas automatiquement s’approcher. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?... car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes » (1 Cor. 3:16, 17).

 

9.2.4       Communion et sainteté

De nombreux enfants de Dieu ont de la peine à comprendre que, précisément là où l’unité du corps de Christ se trouve exprimée d’une manière visible, des membres de ce corps doivent être retranchés. Ils voient là une contradiction. Ils ignorent toutefois, inconsciemment peut-être, que Dieu est non seulement amour, mais aussi lumière. Dans la Bible, la lumière symbolise la sainteté de Dieu (comp. 1 Jean 1:5 ; Jean 3:19-21 ; Éph. 5:8-14) ; la notion « saint » exprime la pureté et la gloire de la présence de Dieu ; et « sanctifier » signifie mettre à part des personnes ou des choses pour Dieu. Cela implique en même temps la séparation de tout mal.

Tout croyant pris individuellement, mais aussi l’assemblée en tant qu’ensemble, est appelé à la sainteté. « Comme celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite ». — « Car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes » (1 Pierre 1:15 ; 1 Cor. 3:17 ; comp. Ps. 93 :5). Le Seigneur Jésus veille sur sa Table et il a confié à son assemblée le mandat de veiller et d’exercer la discipline. Si nous désirons réellement vivre dans une union étroite avec le Seigneur, nous ne prendrons pas à la légère la communion à sa Table. Plusieurs enfants de Dieu s’achoppent pourtant à cela. Comment l’expliquer ?

Au sein du monde occidental moderne, le mode de pensée et de vie est imprégné de la notion de tolérance. Cela a conduit à une profusion d’opinions et d’habitudes auxquelles l’homme d’aujourd’hui se trouve confronté. Certes, l’assemblée de Dieu est composée de nombreux membres différents ; mais tous ont été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps, et ils disposent d’une règle commune obligatoire pour leur vie : la parole de Dieu. Ainsi que nous l’avons vu en examinant le verset 42 du chapitre 2 des Actes, l’enseignement de cette Parole constitue une des bases fondamentales de notre communion.

Aujourd’hui, de nombreux chrétiens considèrent les doctrines étrangères ou fausses comme de simples « interprétations différentes », qu’il faut admettre et supporter. Pourtant, la parole de Dieu nous met sérieusement en garde contre toutes déviations de la saine doctrine, nous engageant à prendre nos distances à leur égard, dans la douceur et dans l’amour, mais sans équivoque, et cela jusqu’à la rupture de toute communion (Rom. 16:17-19 ; Gal. 1:6-9 ; 2 Thess. 3:14, 15 ; 2 Jean 9-11).

Beaucoup d’enfants de Dieu ne comprennent pas non plus combien le Seigneur doit être attristé quand il voit des chrétiens estimer nécessaire, pour se rassembler comme tels, de créer de nouvelles dénominations, avec des confessions de foi et des formes d’organisation différentes, et cela à côté de l’unité produite par le Saint Esprit, qui est le seul fondement de communion pour tous les croyants. Au cours des siècles, de telles institutions sont devenues si courantes que la plupart des croyants ne s’en choquent même plus.

Lorsque nous mesurons ainsi l’existence des organisations ecclésiastiques ou communautaires à l’aune de la parole de Dieu, nous ne voulons pas nier qu’elles abritent en leur sein des croyants, et nous ne nous livrons pas à des attaques personnelles. Tout chrétien réfléchi sait que la plupart des croyants se trouvent disséminés dans les nombreuses communautés. Il n’empêche que la parole de Dieu ne connaît qu’une Église, une Assemblée ; et l’existence même des différentes dénominations chrétiennes contredit cette unité. « Chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ. Le Christ est-il divisé ? Paul a-t-il été crucifié pour vous ? ou avez-vous été baptisés pour le nom du Paul ? » (1 Cor. 1:12, 13). Mais si l’existence de ces dénominations contredit l’unité biblique des croyants, être membre de l’une d’elles est également inconciliable avec la communion à la Table du Seigneur.

Ignorant que le rattachement à une dénomination chrétienne n’est pas selon la Parole, et ne connaissant pas le lieu biblique du rassemblement au nom du Seigneur, un chrétien désire parfois simplement annoncer la mort du Seigneur. Lors d’un déplacement, il se rendra peut-être dans le local des frères, parce qu’il n’a pas trouvé de croyants appartenant au même milieu que lui. Dans un tel cas, le manque de connaissance quant à l’Assemblée de Dieu ne doit pas être considéré comme un obstacle pour participer à la fraction du pain. Sans doute, l’union avec des fausses doctrines ou un mal moral rend impossible la communion à la Table du Seigneur. Si un tel visiteur est admis pour rompre le pain, nous avons le devoir de lui donner un enseignement scripturaire sur le privilège que représente cet acte et sur la responsabilité qui s’y rattache ; nous devons encore attirer son attention sur le fait que tous ceux qui participent à la Table du Seigneur sont placés sous la discipline de l’assemblée. Selon l’ordre de Dieu, cela implique aussi l’impossibilité de rompre le pain dans des dénominations ou autres rassemblements chrétiens et de participer, en même temps, à la Table du Seigneur.

 

9.3   Communion dans le service

Note Bibliquest : voir encore ce sujet plus haut

« Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création » (Marc 16:15). Le mandat confié autrefois par le Seigneur à ses disciples nous concerne aujourd’hui encore. Dieu veut « que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:4). Tout enfant de Dieu devrait avoir à cœur la propagation de l’évangile. Nous pouvons rendre grâces à Dieu en voyant aujourd’hui encore des croyants nombreux engagés dans ce service. De plus, diverses occasions permettent d’accomplir en commun ce travail pour le Seigneur Jésus. On peut distribuer des invitations pour une réunion d’évangélisation, présenter un stand de littérature chrétienne dans la rue ou lors d’une foire, distribuer des traités en ville, ou encore s’occuper d’autres domaines, notamment l’œuvre missionnaire dans les pays lointains. Toutes ces activités rendent possible, sinon nécessaire, la collaboration entre plusieurs frères et sœurs. Au commencement, si les apôtres se déplaçaient dans les différents pays et villes, accompagnés souvent de plusieurs frères (Actes 10:23 ; 13:4, 5 ; 15:40), d’autres frères tout à fait « inconnus » agissaient de la même manière (Actes 8:4 ; 11:19-21). Ces serviteurs pouvaient s’aider les uns les autres, se compléter et s’encourager. Dans le livre de l’Ecclésiaste déjà nous lisons : « Deux valent mieux qu’un » (Eccl. 4:9) ! Jouir de la communion dans le service du Seigneur est un grand privilège ; certes, on le réalise davantage dans le travail d’évangélisation que lors d’un ministère exercé à l’intention des croyants ; en effet, le service pastoral consiste le plus souvent en entretiens personnels, alors que l’édification a souvent lieu au cours de réunions publiques.

Plus haut, nous avons déjà considéré les conditions nécessaires à la communion dans le service pour notre Seigneur. Rappelons que nous devons donner la première place à la communion individuelle avec lui et à l’obéissance à sa Parole, et non pas à notre zèle ou à notre propre travail. L’enthousiasme juvénile conduit aussi parfois à laisser de côté des pensées plus sérieuses. Un jour, le prophète Samuel dut dire au roi Saül : « Écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers » (1 Sam. 15:22).

Souvent évoqués dans ces pages, les déchirements entre croyants ont considérablement affaibli le témoignage pour le Seigneur. Trouverons-nous un remède en collaborant avec des frères et sœurs de différents milieux — peut-être des amis dont nous avons dû nous séparer par amour pour le Seigneur Jésus et sa Parole — afin de rendre un témoignage commun à la grâce de Dieu dans l’évangélisation ? Le message de Dieu serait-il rendu plus crédible de cette manière ? La réponse doit être un « non » catégorique. Selon ses affinités personnelles, un croyant sera peut-être enclin à s’engager dans un tel travail en commun ; l’obéissance à notre Seigneur et un amour réel pour lui nous en préserveront.

Si nous avons le désir de vivre dans la communion avec le Seigneur et l’obéissance à la parole de Dieu, nous ne pouvons pas aller au-devant du monde en compagnie de croyants dont nous savons qu’ils ont des doctrines ou des pratiques qui s’écartent des Saintes Écritures. Notre qualité commune d’enfant de Dieu est certes un sujet de reconnaissance, car, en tant que membre du corps de Christ, j’ai, avec tout croyant, une relation produite par le Saint Esprit, qu’il est impossible d’avoir avec un incrédule. Mais ce n’est pas suffisant pour la communion dans le travail pour le Seigneur. Celle-ci requiert non seulement la communion dans la foi au Seigneur Jésus et dans l’amour pour lui, mais aussi la communion d’esprit en reconnaissant l’autorité de la parole de Dieu.

L’évangile ne se limite pas à indiquer le chemin du salut éternel aux hommes perdus, mais il fait aussi connaître aux rachetés le conseil de Dieu, les bénédictions spirituelles et leur responsabilité (comp. Rom. 1:15). Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité (1 Tim. 2:4). Ces versets ne se rapportent pas seulement à la vie personnelle, mais concernent aussi la vie communautaire, en d’autres termes : les principes bibliques de l’Assemblée de Dieu. Si nous sommes associés avec des croyants qui ne se rassemblent pas selon l’Écriture, comment donc pourrions-nous enseigner les nouveaux convertis ? Ceux-ci ne seraient-ils pas troublés de se trouver confrontés à deux courants de pensée ? Pouvons-nous prendre la responsabilité devant le Seigneur d’apporter à des « enfants nouveau-nés » autre chose que le « pur lait intellectuel », afin qu’ils « croissent par lui à salut » (comp. 1 Pierre 2:2) ?

On pose parfois la question suivante : Existe-t-il un fondement scripturaire justifiant le refus de travailler en commun dans l’œuvre du Seigneur avec des frères et sœurs rattachés aux différents cercles chrétiens ? D’emblée nous pouvons répondre que ce problème n’est pas traité dans le Nouveau Testament, parce qu’une telle situation n’existait pas alors. Extérieurement, l’Assemblée représentait encore une unité, même si, en bien des endroits, des partis s’étaient déjà formés (pensons seulement à la première épître aux Corinthiens, à l’épître aux Galates, etc.).

Pourtant, nous pouvons trouver une réponse dans la parole de Dieu, si nous réfléchissons aux enseignements présentés au sujet de la communion. De plus, nous découvrirons divers exemples remarquables. L’apôtre Paul a travaillé pour le Seigneur avec Silas, Timothée et d’autres, mais il n’aurait pas pu accomplir le même service en compagnie de certains frères d’Asie Mineure ; en effet, il devait constater avec tristesse qu’ils s’étaient détournés de lui (2 Tim. 1:15). Paul ne put pas non plus avoir communion dans le service avec Jean, surnommé Marc, et Barnabas, tant que n’existait pas entre eux l’harmonie profonde, intime, en particulier dans le travail pour le Seigneur, qui est la base de toute communion (Actes 15:36-40). Avec une tristesse manifeste, Paul parle, dans l’épître aux Philippiens, d’hommes qui annonçaient l’évangile par esprit de parti ; s’il pouvait se réjouir que « de toute manière, soit comme prétexte, soit en vérité, Christ était annoncé » (1:15-18), l’apôtre n’aurait pas pu s’unir, même en liberté, à de tels ouvriers.

Par conséquent, de notre côté, nous pouvons porter devant le trône de la grâce tout le travail évangélique, et demander que la parole de Dieu soit annoncée avec clarté pour le salut des hommes perdus. Et cela même si, par amour pour le Seigneur, nous ne pouvons pas avoir de communion pratique avec ceux qui accomplissent le travail. Dans ce domaine, comme en tout, le discernement spirituel est indispensable. Il convient, par exemple, de faire la différence entre un engagement public dans la proclamation de l’évangile au côté d’un frère, et le soutien accordé au même serviteur par la mise à disposition de bons traités ou écrits.

 

10               Conclusion

Nous sommes parvenus à la fin de nos considérations sur le thème de la « communion ». Nous avons vu que, par la nouvelle naissance et le Saint Esprit, tout enfant de Dieu est appelé à la communion avec Dieu, et rendu capable d’en jouir. Par elle, nous avons une part commune avec le Père et avec son Fils, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ; par elle, nous connaissons une joie intime et la paix du cœur ; la communion nous amène aussi à nous séparer de tout ce qui est contraire à la sainteté et à la lumière de Dieu dans laquelle elle peut être goûtée. La communion avec Dieu, qui est amour, ne peut être vécue vraiment que dans Sa lumière.

Cette communion n’est pas limitée à la vie personnelle du croyant ; elle conduit aussi à une communion des enfants de Dieu entre eux ; on en trouve l’expression dans les relations quotidiennes, dans le service pour le Seigneur, mais tout particulièrement à Sa Table, où nous proclamons notre communion avec son sang précieux et son corps offert en sacrifice, mais où nous exprimons aussi l’unité de son corps spirituel.

La communion sous toutes ses formes comporte à la fois un côté intérieur et un côté extérieur ; ensemble, ils donnent l’image de la vraie communion. L’aspect extérieur n’est pas toujours bien compris ; il est parfois déprécié ou sous-évalué, et nous subissons le dommage spirituel qui en résulte.

Considérons notre vie personnelle de foi à la lumière des enseignements bibliques concernant la communion ; nous constaterons combien peu nous répondons aux injonctions divines, combien faiblement nous avons conscience et jouissons de ce don précieux, et combien souvent — même d’une manière extérieure seulement — nous avons communion avec des choses dont nous devrions être séparés. Quelle consolation de savoir que le chemin est toujours ouvert pour retrouver la communion avec notre Dieu et Père et avec le Seigneur. Il ne faut pas non plus penser que chaque écart et chaque péché entraînent une interruption immédiate de la communion ; dans un premier temps, la mesure et la jouissance de celle-ci se trouvent limitées. Le mariage ou une amitié très intime, relations dans lesquelles la communion doit être « soignée » et entretenue des deux côtés, présentent un aspect quelque peu analogue. Mais contrairement à ce qui se produit dans de tels cas, lorsqu’il s’agit de la communion avec Dieu, l’interruption ne peut venir que de nous. Des époux qui s’aiment et de bons amis s’efforcent d’éviter tout ce qui pourrait troubler leur communion. Ayons donc nous aussi le désir de conserver une conscience délicate, afin d’être maintenus dans une communion étroite avec le Seigneur.