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PIERRE

 

Paul Fuzier

 

Table des matières abrégée :

1     Les défaillances de Pierre

2     Enseignements tirés de 1 Pierre 1 et 2 (Caractères de la vie chrétienne)

3     « Fortifie tes frères » (Luc 22:32)

 

Table des matières détaillée :

1     Les défaillances de Pierre

1.1      Enseignements et instructions tirés des défaillances

1.2      Pierre, effrayé par la violence du vent et commençant à enfoncer dans les eaux du lac de Génézareth (Matt. 14:22-33)

1.3      Pierre, cherchant à arrêter le Seigneur sur le chemin qui le conduisait à Jérusalem (Matt. 16:21-23)

1.4      Pierre, sur la montagne, désireux de « faire une tente » pour le Seigneur, tout comme pour Moïse et Élie (Matt. 17:1-8)

1.5      Pierre répondant aux receveurs des didrachmes (Matt. 17:24-27)

1.6      Pierre, lors de la scène du lavage des pieds (Jean 13:1-11)

1.7      Pierre, dans les différentes scènes de Matthieu 26

2     Enseignements tirés de 1 Pierre 1 et 2 (Caractères de la vie chrétienne)

2.1      Élus, régénérés

2.2      La vie nouvelle se développe par l’action de la Parole et de l’Esprit

2.3      Désirer ardemment la Parole de Dieu

2.4      Sens du lait en 1 Pierre 2:2 - 1 Cor. 3:2 - Héb. 5:12-14

2.5      Méditer la Parole, non pas seulement la lire

2.6      Rechercher la proximité du Seigneur

2.7      Côté collectif : la sacrificature spirituelle, la maison spirituelle

2.8      La sacrificature royale

2.9      Conclusion - Résumé

3     « Fortifie tes frères » (Luc 22:32)

3.1      Pierre fortifié par le Seigneur

3.1.1      Matthieu 14:24-33

3.1.2      Matthieu 16:13-20

3.1.3      Matthieu 26:36-46

3.1.4      Luc 22:31-32

3.1.5      Jean 21:15-18

3.2      Autres leçons apprises par Pierre pour notre profit, selon sa 1ère épître

3.2.1      Actes 3

3.2.2      Actes 4

3.2.3      Actes 5

3.2.4      Actes 12

3.3      Pierre a été attentif aux circonstances qu’il a traversées

3.4      Tirons profit des circonstances et exercices traversés

 

1                    Les défaillances de Pierre

ME 1956 p. 113, 141

1.1   Enseignements et instructions tirés des défaillances

Les différentes circonstances qui marquent la vie de Pierre, telles qu’elles nous sont rapportées dans les Évangiles, ont été considérées bien des fois, sans doute toujours avec profit. Il n’est pas dans notre intention de les reprendre dans tous leurs détails — cela a été fait dans nombre d’écrits qui sont à notre disposition — mais de passer brièvement en revue ce qu’il a plu à Dieu de rapporter des manquements de celui que pourtant le Seigneur a voulu employer à son service et auquel Il a confié, malgré son reniement, mais après l’avoir restauré, le soin de ses agneaux et de ses brebis. Il est à peine besoin de l’ajouter, si nous désirons nous arrêter sur cet aspect de la vie de Pierre, ce n’est pas du tout pour nous complaire dans la recherche de ce qui a pu le marquer du sceau de l’humaine faiblesse, mais pour y retrouver, à travers les siennes, nos propres défaillances, de telle manière que nous puissions en retirer, chacun pour ce qui nous concerne, une instruction profitable. C’est dans l’esprit de Proverbes 24:32 que nous voulons considérer ce sujet : « Et je regardai, j’y appliquai mon coeur ; je vis, et je reçus instruction ».

Que surtout le récit de la vie de Pierre ne nous décourage pas, ou encore, ne nous conduise pas à dire : si la vie d’un disciple qui pourtant aimait tellement son Maître a comporté autant de faiblesses, pourquoi s’étonner qu’il en soit ainsi de la nôtre ? c’est en vain que nous essayerions de réaliser, en paroles ou en actes, ce que Dieu attend de nous... De telles pensées ne seraient pas selon Dieu. Le découragement ou une facile résignation à tant de faux-pas que nous laissons sur le chemin ne sont pas les fruits de l’activité du nouvel homme en nous et n’auront jamais par conséquent l’approbation divine. Que tout au contraire, la méditation des enseignements qui se dégagent des scènes sur lesquelles nous nous arrêterons soit, pour chacun de nous, un précieux encouragement : voyons-y toutes les applications pratiques que nous pouvons en faire à nos propres circonstances, tous les avertissements qui sont là pour tenir notre conscience en éveil, nous rendre attentifs et vigilants ; voyons-y également la grâce fidèle de Celui qui s’est occupé de son cher disciple pas à pas. Les défaillances de Pierre n’ont jamais ni lassé la patience ni fatigué l’amour du Seigneur ! Chaque fois, Il a su redresser, enseigner, soutenir celui qui avait manqué. Avec la même patience et le même amour Il veut encore aujourd’hui s’occuper de chacun des siens.

Répétons-le, il serait grave de prendre notre parti des défaillances qui marquent nos vies chrétiennes, comptant sur le déploiement de la grâce divine et sous prétexte qu’elle surabonde là où le péché a abondé. La grâce saurait encore nous arrêter sur un tel chemin, mais nous y rencontrerions les conséquences de nos fautes sous le juste gouvernement de Dieu. Exercés au sujet de nos faiblesses et de nos manquements, désireux d’être gardés fidèles dans la crainte et la dépendance du Seigneur, apprenons et retenons les leçons que la Parole nous enseigne en retraçant, pour nos cœurs et nos consciences, l’histoire de Pierre, et comptons sur la patience, le support, la grâce de Celui qui nous entourera de ses soins jusqu’au bout, quoi qu’il puisse en être de nous !

 

1.2   Pierre, effrayé par la violence du vent et commençant à enfoncer dans les eaux du lac de Génézareth (Matt. 14:22-33)

L’appel de Simon avait eu lieu au cours d’une scène antérieure, sur ce même lac de Génézareth. La parole de Jésus lui avait alors révélé, tout à la fois, la grandeur de Celui en présence duquel il se trouvait et son propre état, de sorte qu’il avait dû s’écrier : « Seigneur, retire-toi de moi ; car je suis un homme pécheur ». C’est sa condition de péché qu’il juge devant Dieu, mais pour un tout autre résultat que celui auquel il avait pensé. Le Seigneur ne se retire pas ; bien au contraire, Il dit à Simon : « Ne crains pas ; dorénavant, tu prendras des hommes » (Luc 5:1-11). Maintenant appelé à suivre le Seigneur et à le servir, après avoir éprouvé la puissance de la Parole qui sauve entièrement, Pierre devra expérimenter que le chemin dans lequel il faut marcher est un chemin difficile : on ne peut y avancer que par la foi, car il faut aller « sur les eaux ». Mais le but c’est Jésus : « aller à toi » ; et la puissance pour marcher est en sa parole seule. Pierre l’avait fort bien compris et discerné par la foi, ce qui l’avait amené à dire : « Seigneur, si c’est toi, commande-moi d’aller à toi sur les eaux ». Combien c’est différent du : « retire-toi de moi » de Luc 5 ! En outre, Pierre avait fait l’expérience qu’il ne s’était pas trompé : après que le Seigneur lui eut dit : Viens, il avait quitté la nacelle et, effectivement, il avait marché sur les eaux, allant à Jésus. C’était donc la confirmation de sa foi ; cela eût dû, par conséquent, l’enraciner et la fortifier. Hélas ! tout au contraire, sa foi défaille : il cesse de regarder à Jésus, il voit « que le vent était fort » et il a peur ; aussi commence-t-il à enfoncer. Fâcheuse inconséquence dont nous nous sommes rendus coupables, nous aussi, souvent peut-être !

Au cri de détresse du disciple : « Seigneur, sauve-moi ! », Jésus répond « aussitôt ». Il étend la main et le délivre. Grâce fidèle, puissance infinie de Celui qui jamais n’abandonne les siens ! Quel bonheur d’avoir affaire avec un « miséricordieux et fidèle souverain sacrificateur... à même de secourir ceux qui sont tentés » (Hébr. 2:17, 18). Non seulement Il délivre son disciple, mais encore Il lui adresse ensuite la parole propre à toucher sa conscience et à lui faire sentir en quoi il avait manqué, pourquoi il commençait à enfoncer : « Homme de petite foi, pourquoi as-tu douté ? ». Tout est parfait en Jésus ! Lorsque le manque de foi de l’un de ses rachetés provoque une défaillance dans le chemin, il y a d’une part, la main puissante qui délivre et, d’autre part, la parole qui exerce la conscience afin que, de cette circonstance, une leçon utile soit retirée. Le Seigneur se plaît ainsi à s’occuper de nous pour nous secourir dans la détresse et pour que nous puissions tirer profit de nos manquements même.

 

1.3   Pierre, cherchant à arrêter le Seigneur sur le chemin qui le conduisait à Jérusalem (Matt. 16:21-23)

Ceux-là mêmes qui ne rejetaient pas ouvertement le Seigneur et avaient pour Lui une certaine estime, ne le considéraient cependant que comme l’un des prophètes ; et, bien que plusieurs eussent été disposés à le mettre au rang des plus grands d’entre eux : Jean le baptiseur, Élie ou Jérémie, ils n’allaient pourtant pas plus loin. Seul Pierre avait « discerné le Fils », de manière à pouvoir répondre à la question du Seigneur : « Qui disent les hommes que je suis, moi le fils de l’homme ? » : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Parce qu’il avait compris quelque chose de l’excellence de la Personne de Celui qui, homme parmi les hommes, jamais ne cessa d’être Dieu, parce qu’il avait fait la belle déclaration que nous venons de rappeler, Pierre était un « bienheureux », le Seigneur Lui-même le lui assure, ajoutant : « car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux ». Et, Pierre ayant exprimé la juste appréciation de la Personne du Seigneur, que le Père lui avait révélée, Jésus lui dit à son tour ce qu’il est, lui : « Je te dis que tu es Pierre », ou : une pierre, « pierre vivante » devant faire partie de la « maison spirituelle » l’Assemblée que le Seigneur allait bâtir, qu’Il bâtit présentement et qui est fondée « sur ce roc » : « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt. 16 :13 à 18 : 1 Pierre 2 :3 à 5). Double faveur accordée au disciple : il reçoit une révélation du Père touchant la gloire de la Personne de Christ et une déclaration du Seigneur relative à l’Assemblée, bâtie sur le Fils du Dieu vivant et dont il est, comme chaque croyant de l’époque actuelle, une « pierre ».

Dans une autre circonstance, le Seigneur disait aux foules : « Car c’est ici la volonté de mon Père : que quiconque discerne le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle ». Il a la vie éternelle, il est une « pierre vivante », celui qui a « discerné le Fils et cru en lui », pas seulement Pierre mais « quiconque ». Comme pour Pierre aussi, il faut un travail de Dieu : « Nul ne peut venir à moi » , ajoute le Seigneur, « à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire » (Jean 6:40, 44). Toute âme en qui il y a eu un travail de Dieu, qui a été ainsi amenée à « discerner le Fils » et peut dire : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », possède la vie éternelle ; elle est une « pierre vivante » de l’Assemblée que le Seigneur bâtit. « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu... Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle : et cette vie est dans son Fils : celui qui a le Fils a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (1 Jean 5:1, 11-13). — Mais pour donner aux siens la vie éternelle, pour pouvoir, de « pierres vivantes », bâtir son Assemblée, le Seigneur devait d’abord entrer dans la mort. C’est pourquoi, « dès lors Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, et qu’il souffrît beaucoup de la part des anciens et des principaux sacrificateurs et des scribes, et qu’il fût mis à mort, et qu’il fût ressuscité le troisième jour » (Matt. 16:21).

Pierre, objet de la double faveur qui venait de lui être accordée, entre pourtant si peu dans les pensées du Seigneur et, d’autre part, est tellement plein d’amour pour Lui qu’il se refuse à accepter la nécessité dont Jésus venait de parler à ses disciples. Au fond, il y a chez lui, mal discerné peut-être, un manque de soumission à la parole de Jésus ; il affirme : « Cela ne t’arrivera point ! », alors que le Seigneur avait pourtant dit : il le faut. Et cependant, Luc 5:5 et Matthieu 14:28 nous montrent quelle autorité cette parole avait eu pour Pierre, dans les deux circonstances où il en avait expérimenté la puissance, pour le salut et pour la marche, en vue de son péché et en vue de sa faiblesse. Ne nous arrive-t-il pas, comme à lui, de manifester une certaine insoumission à la parole du Seigneur — avec peut-être, nous aussi, d’excellents motifs à mettre en avant — alors que nous avons cependant déjà éprouvé si souvent la valeur et l’autorité de cette parole ? Cela nous montre combien est nécessaire une vigilance constante et une pleine acceptation de la parole de Jésus, avec entière soumission de coeur.

Tel est le point de départ de la défaillance de Pierre en cette circonstance. Cela le conduit à faire ce qui nous est dit au verset 22 : « Et Pierre, le prenant à part, se mit à le reprendre, disant : Seigneur, Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point ! ». On prend quelqu’un à part quand on a quelque chose de très important à lui dire, que seul il doit entendre ou encore, quand on a de sérieux reproches à lui faire, que l’on ne veut pas formuler devant tous. Et cela comporte, généralement, une certaine position de supériorité vis-à-vis de celui que l’on prend ainsi à l’écart. C’est à un manquement d’une telle gravité que Pierre est conduit par la disposition de son cœur qui n’a pu accepter le « il fallait » prononcé par le Seigneur.

Il ne s’agissait pas là de vérités qui devaient être révélées à Pierre mais de ce que le Seigneur avait dit à ses disciples et qu’ils devaient croire. Le Seigneur n’avait pas posé une question à laquelle il fallût, pour y répondre, une révélation du Père. Il avait dit « qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem... qu’il souffrît... qu’il fût mis à mort »… et, malgré cela, Pierre avait déclaré : « cela ne t’arrivera point ». Sans doute, c’était son amour profond pour son Maître qui le conduisait à s’exprimer ainsi, mais ce n’était pas un amour selon Dieu. Pierre laissait parler les sentiments de son cœur ; c’était la chair qui agissait chez lui, la chair vue sous l’un de ses meilleurs aspects mais la chair tout de même. Aussi le Seigneur doit-il lui dire : « Va arrière de moi, Satan, tu m’es en scandale ; car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes ». Après avoir déclaré ce que jamais la chair et le sang n’auraient pu lui faire connaître, mais que le Père lui avait révélé, Pierre, mis en présence des souffrances et de la mort que devait endurer son Maître, laisse parler la chair et le sang, et c’est ainsi qu’il devient un instrument de l’adversaire ! Nous voyons jusqu’où peut conduire une défaillance, même avec les meilleures intentions du cœur et un amour profond pour le Seigneur. Combien cela devrait nous rendre attentifs, nous garder de considérer à la légère ce qui demande une sainte crainte et une vraie dépendance du Seigneur ! Des croyants, ayant éprouvé la valeur et l’autorité de la Parole pour le salut et pour la marche, peuvent en arriver cependant à perdre de vue, sur tel ou tel point, la soumission qu’il convient de manifester à son égard en tout temps, se laissent entraîner par les sentiments de leur cœur et risquent souvent ainsi d’accomplir inconsciemment le travail de l’ennemi, tout en pensant montrer beaucoup d’amour pour le Seigneur. Il peut nous advenir, hélas ! de ressembler à Pierre à cet égard. Combien nous avons besoin d’être gardés de tout ce qui est purement sentimental, de tout ce qui n’a que belle apparence et suscite ainsi parfois de grands enthousiasmes, d’être au contraire fermement attachés à la vérité et soumis à la Parole ! La connaissance de la volonté du Seigneur et la soumission à cette volonté nous garderont de toute défaillance.

 

1.4   Pierre, sur la montagne, désireux de « faire une tente » pour le Seigneur, tout comme pour Moïse et Élie (Matt. 17:1-8)

Jésus avait pris avec Lui Pierre, Jacques et Jean et, les menant à l’écart sur une haute montagne, Il « fut transfiguré devant eux ». Il voulait fortifier leur foi en leur montrant que le chemin de l’opprobre et de la souffrance aboutit à la gloire. Mais, là encore, l’histoire de Pierre sera marquée d’une défaillance.

Moïse et Élie apparurent aux trois disciples, parlant avec le Seigneur. Certes, nous comprenons bien que Pierre ait désiré prolonger une telle scène : « il est bon que nous soyons ici ». Mais que veut-il « faire » pour cela ? « Si tu le veux, faisons ici trois tentes : une pour toi, et une pour Moïse, et une pour Élie ». Le Seigneur de gloire, centre de la gloire céleste, mis au même rang que Moïse et Élie ! Combien c’était méconnaître l’excellente grandeur de sa Personne, ce qui le caractérisait Lui seul, Dieu « manifesté en chair », qui devait aussi être « élevé dans la gloire » (1 Tim. 3 :16) ! Et c’était Pierre qui témoignait d’une pareille méconnaissance, Lui qui, nous l’avons vu, alors que précisément certains disaient du Seigneur qu’Il était Jean le baptiseur, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes, avait déclaré : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ! Le Père lui avait révélé la gloire de son Fils, venu ici-bas comme « le fils de l’homme », et combien Il était au-dessus des plus grands hommes de Dieu de l’ancienne économie, que ce soit Jean, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes ; et Pierre, ayant oublié cette scène pourtant unique, la double faveur dont il avait été l’objet, mettait le Seigneur sur le même plan qu’un Moïse ou un Élie, manifestant ainsi une défaillance apparemment inexplicable.

Ici, ce n’est pas le Seigneur qui reprend Pierre, comme dans la scène précédente (Matt. 16 :23). Le Père Lui-même, qui avait donné au disciple la révélation si remarquable de Matthieu 16 :16, revendique la gloire du « Christ, le Fils du Dieu vivant » et Le présente comme son Fils bien-aimé, Celui en qui Il a trouvé son plaisir. Celui pour lequel Pierre voulait « faire une tente », exactement comme pour Moïse et Élie, c’était le Fils bien-aimé du Père, son Unique... Nul autre ne pouvait être mis sur le même plan que Lui. Après avoir entendu « une voix de la nuée », les disciples « tombèrent le visage contre terre et furent saisis d’une très grande peur » ; c’est à la parole de Jésus qu’ils se levèrent, et alors, ils « ne virent personne que Jésus seul ». Jésus seul ! Ni le service de Moïse ni celui d’Élie ne peuvent être mis en parallèle...

Sur la montagne, Pierre a manifesté une défaillance et il aurait dû être le dernier à faire preuve d’une semblable faiblesse, en raison de la révélation qui lui avait été faite. Mais quelle grâce ! au travers de nos manquements, Dieu opère et met en lumière les gloires et l’excellence de son Fils unique et bien-aimé. Puissions-nous ainsi ne voir que « Jésus seul » !

 

1.5   Pierre répondant aux receveurs des didrachmes (Matt. 17:24-27)

Pierre aura-t-il désormais compris ce que le Père avait voulu lui faire connaître des gloires » de Christ ? Ses défaillances auront-elles porté quelque fruit ? Pour que soit donnée la réponse à ces questions, Dieu va le mettre à l’épreuve. C’est en effet vers lui et non vers un autre que se dirigent les receveurs de l’impôt : « Votre maître ne paye-t-il pas les didrachmes ? ». Sans la moindre hésitation, Pierre répond : Oui. C’était méconnaître que Jésus était Seigneur du temple et qu’à ce titre, Il ne pouvait être soumis aux lois relatives à son entretien. Sur la montagne de la transfiguration, Pierre avait perdu de vue la gloire suprême du Seigneur et le Père avait fait entendre sa voix pour la revendiquer hautement ; mais Pierre avait oublié et ce qu’il avait dit lui-même, le Père le lui ayant révélé (Matt. 16:16) et ce que le Père avait fait entendre sur la montagne (Matt. 17:5), de sorte qu’il plaçait son Maître parmi ceux qui étaient assujettis à l’impôt du temple. Défaillance nouvelle dans l’histoire du disciple !

Que nos coeurs sont oublieux ! Comme nous sommes lents à nous emparer de ce que notre Dieu et Père veut nous apprendre touchant son Fils, facilement portés à rabaisser les gloires et l’excellence de la Personne de Christ ! Mais avec quelle douceur et quelle patience nous sommes enseignés par le Père, enseignés par le Fils, comme Pierre l’a été...

Entré dans la maison, le Seigneur s’adresse à son disciple : venu ici-bas dans l’humiliation, Il se soumet aux ordonnances de la loi, mais sans cesser pour autant d’avoir conscience de sa gloire, car Il est Dieu manifesté en chair. Il est le Créateur, disposant de toutes ses créatures, en même temps qu’Il est l’homme abaissé, n’ayant rien, même pas la pièce de monnaie réclamée par les receveurs des didrachmes. Cette pièce de monnaie, Pierre la trouvera dans « le premier poisson » pris à l’hameçon qu’il est invité à jeter dans la mer et il la donnera, lui dit le Seigneur, « pour moi et pour toi » : dans la conscience de la dignité de fils de Dieu, Pierre est associé au grand Dieu Créateur et Souverain, au Seigneur du temple. Le Seigneur s’est servi des paroles de son disciple, alors qu’elles exprimaient sa faiblesse et traduisaient une nouvelle défaillance, pour lui révéler une association aussi précieuse avec Lui.

 

1.6   Pierre, lors de la scène du lavage des pieds (Jean 13:1-11)

Le Seigneur voulait donner aux siens « une part avec lui », ce qui impliquait la purification de toute souillure car la souillure contractée dans la marche constitue un obstacle à la communion avec le Seigneur. Peu après, le Seigneur allait instituer la Cène ; pour y participer, il convenait — et il convient, aujourd’hui encore — d’avoir les pieds lavés. Un souvenir aussi précieux des souffrances et de la mort de Christ ne pouvait être associé à la présence d’un Judas — la Cène fut instituée après qu’il fut sorti — ou à la souillure chez les disciples.

Pierre eût dû se réjouir de voir le Seigneur préparer les siens pour goûter la communion avec Lui, alors qu’Il allait instituer la Cène. Tout au contraire, là encore, il manifeste sa faiblesse en refusant d’accepter le service que le Seigneur voulait remplir : « Seigneur, me laves-tu, toi, les pieds ? ». Sans doute, comme dans la scène de Matthieu 16:21-23, ce qui le conduit à parler inconsidérément, c’est un sentiment d’amour pour son Maître : en Matthieu 16, il ne veut, pour le Seigneur, ni des souffrances ni de la mort ; ici, il ne veut pas Lui voir prendre la place d’un serviteur, aux pieds des disciples. Tout cela partait, dirait le langage courant, d’un très bon naturel mais, en fait, montrait bien la faiblesse spirituelle de Pierre et marquait, chez lui, une défaillance nouvelle. C’est ce qui l’empêchait de discerner que la place d’humiliation prise par le Seigneur faisait partie de sa gloire.

« Jésus répondit et lui dit : Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras dans la suite ». Si Pierre n’avait pas compris la portée du service que le Seigneur accomplissait, s’il n’avait pas vu briller, dans son abaissement même, quelques rayons de Sa gloire, il eût dû pourtant se confier en Jésus et accepter simplement ce qu’Il lui disait, attendant de « savoir dans la suite ». Mais une défaillance en entraîne souvent une autre ! Au lieu de s’en remettre entièrement à la parole de Jésus, Pierre s’écrie : « Tu ne me laveras jamais les pieds ». Il refuse le service d’Avocat de Celui qui venait à lui avec le linge et le bassin. Et cette défaillance était plus grave encore que la précédente puisque, la première fois, il avait seulement manifesté sa surprise de voir le Seigneur Lui-même s’abaisser pour lui laver les pieds, tandis qu’ensuite il s’oppose avec énergie : « Tu ne me laveras jamais les pieds ».

Et quand le Seigneur lui a expliqué qu’à moins d’avoir les pieds lavés, il ne pouvait goûter « une part avec lui », Pierre manifeste son ignorance ; au lieu de laisser le « maître et seigneur » accomplir le service nécessaire à l’égard des siens, il demande : « non pas mes pieds seulement, mais aussi mes mains et ma tête ». Ce n’était pas ce que le Seigneur voulait faire : il n’était nul besoin de laver les mains et la tête, il suffisait de laver les pieds mais il était indispensable qu’ils le fussent.

Pierre manifeste donc sa grande faiblesse, allant en quelque sorte de défaillance en défaillance, puisque nous le voyons, à trois reprises successives, s’étonner de voir le Seigneur s’approcher pour lui laver les pieds, ou bien se refuser à ce qu’il remplisse ce service à son égard, enfin demander autre chose que ce que le Seigneur voulait faire.

Comme nous ressemblons souvent à Pierre, soit lorsque le Seigneur désire remplir à notre égard son service d’Avocat, soit lorsqu’Il veut s’occuper de nous dans l’exercice de tous ses soins variés ! Au lieu de le laisser faire, heureux de nous sentir les objets de sa tendre sollicitude, appréciant toutes les marques de sa fidèle bonté qui veut nous conduire à jouir d’une « part avec lui », nous raisonnons parfois, imitant Pierre résistant par trois fois au Seigneur au cours de cette scène. Puissions-nous apprendre à laisser agir le Seigneur ! Confions-nous entièrement et sans réserve aux soins de son amour : ce qu’Il fait, nous ne le savons pas toujours « maintenant », mais nous le saurons « dans la suite ». La foi du racheté doit être constamment en exercice, qu’il s’agisse du salut de l’âme, de la marche « sur les eaux » ou de ce que le Seigneur veut opérer à son égard, qui est toujours en vue de son bien ! Si nous raisonnons, au lieu de croire ce que le Seigneur nous dit et d’accepter ce qu’Il veut faire, nous irons de défaillance en défaillance, à l’exemple de Pierre en Jean 13:1-11.

 

1.7   Pierre, dans les différentes scènes de Matthieu 26

L’histoire de Pierre est émaillée, nous l’avons vu, de maintes défaillances. Elles deviennent plus nombreuses encore, semble-t-il, alors que se termine la première phase de cette histoire ; elles auront leur aboutissement dans le reniement si douloureux du disciple qui cependant aimait tellement son Maître ! Le chapitre 26 de l’Évangile selon Matthieu nous en présente plusieurs avec, à la fin, la scène du reniement.

Après avoir institué la Cène, Jésus dit à ses disciples : « Vous serez tous scandalisés en moi, cette nuit ». Pas plus qu’il n’avait accepté le « il fallait » de Matthieu 16:21, Pierre n’accepte ce que le seigneur dit ici aux siens et il répond avec assurance : « Si tous étaient scandalisés en toi, moi, je ne serai jamais scandalisé en toi ». Cela témoignait sans doute d’une certaine confiance en lui-même mais surtout d’une confiance, illimitée pourrait-on dire, dans son amour pour le Seigneur. Comme l’ennemi est rusé et subtil ! Comme il sait occuper un croyant de son amour pour Christ, le conduisant ainsi à avoir une haute opinion de lui-même, à se croire supérieur aux autres, pour être ensuite accablé par le découragement quand il s’aperçoit, comme Élie autrefois, qu’il n’est pas « meilleur que ses pères », et pour finir peut-être par une chute douloureuse, comme ce fut le cas de Pierre !

L’ennemi a su opérer de telle manière que même la parole du Seigneur : « En vérité, je te dis, que cette nuit-ci, avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois », parole qui eût dû faire trembler le disciple et le remplir de crainte, ne l’empêche pas de dire encore : « Quand même il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point » .

Une fois de plus, nous voyons Pierre refuser d’accepter la parole de Jésus et de s’y soumettre humblement : le Seigneur a dit : « tu me renieras trois fois ». Pierre ose répondre : « je ne te renierai point ».

Si nous ne jugeons pas dès le début semblable tendance de nos coeurs, nous risquons fort de tomber à fois répétées dans les mêmes manquements ; une certaine accoutumance se produit, un endurcissement peut-être, qui nous empêche de discerner la gravité de nos fautes et peut nous conduire aussi loin que ce que Pierre a été. C’est toujours l’adversaire qui agit dans nos cœurs afin de produire l’insoumission à la Parole et de telles défaillances dans nos vies chrétiennes peuvent avoir les plus douloureuses conséquences.

En Gethsémané, Pierre dort, alors que pourtant le Seigneur avait dit aux trois disciples qu’Il avait pris avec Lui, Pierre et le deux fils de Zébédée : « Demeurez ici et veillez avec moi » . Les disciples dormaient tous les trois sans doute, mais c’est à Pierre que le Seigneur s’adresse : « Ainsi, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ? » Pierre était en effet le plus responsable des trois. Si « tous les disciples dirent la même chose » (Matthieu 26:35), c’était parce que Pierre, le premier, avait assuré qu’il ne renierait pas le Seigneur, quand bien même il devrait aller à la mort avec Lui. Cela nous montre quelle influence ont nos égarements sur ceux qui nous entourent : nos défaillances entraînent souvent celles de nos frères. — Le Seigneur va à l’écart par trois fois, s’adressant à son Père, le suppliant de faire passer « cette coupe » loin de Lui, s’il était possible, mais demeurant entièrement soumis à sa volonté. Chaque fois Il revient vers les disciples, et Il les trouve dormant ! Lui traversait l’agonie du combat de Gethsémané, mais en communion avec son Père ; Pierre dormait au lieu de veiller et de prier, alors que le Seigneur avait dit aux trois disciples : « Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible ». Nous comprenons que les expériences faites par Pierre le conduisent à adresser, plus tard, cette exhortation : « Veillez pour prier » (1 Pierre 4:7).

Nous avons déjà vu chez Pierre et en plusieurs circonstances, un manque de soumission à la parole de Jésus, dont il avait cependant expérimenté la puissance et l’autorité dans les scènes de Luc 5:1-11 et Matthieu 14:22-33. Ici, nous voyons son manque de vigilance et sa négligence dans le service de la prière ; de là découle un manque de communion avec le Seigneur et, par suite, l’absence de toute force lorsqu’il s’agit de livrer le combat. Un croyant qui en arrive là sera d’autant plus en danger, d’autant plus vulnérable en présence des attaques de l’ennemi, qu’il y a malgré tout dans son coeur des sentiments d’affection pour Christ et un réel désir de Le suivre en comptant sur la puissance attribuée à de tels sentiments : les autres disciples ont fui, tandis que Pierre a voulu suivre le Seigneur, bien que ce fût « de loin », et il a déshonoré son Maître.

Mais avant même la scène du reniement, Pierre a encore manifesté une nouvelle défaillance, conséquence de son manque de soumission à la parole de Jésus, de son défaut de vigilance, de sa négligence dans le service de la prière. Quand Judas et ceux qui l’accompagnaient viennent pour se saisir de Lui, Jésus, qui avait prié en Gethsémané, gardé dans une paix parfaite, se laisse mener comme un agneau à la boucherie ; Pierre, au contraire, après avoir dormi à l’heure où il eût fallu prier, tire l’épée et frappe l’esclave du souverain sacrificateur, lui emportant l’oreille. Quel contraste entre les deux attitudes, dans les deux moments ! C’est la chair qui est en activité chez Pierre, tandis que brillent les gloires de l’homme parfait.

Nous ne dirons rien de la scène si douloureuse et si connue qui termine le chapitre et la première phase de l’histoire du disciple qui, pleinement restauré ensuite, dans sa conscience et dans son cœur, pourra recevoir du souverain pasteur des brebis le service précieux dont nous parle Jean 21:15-19, paître les agneaux et les brebis pour lesquels le Seigneur venait de mettre Sa vie ! Maintenant « revenu », il pourra « fortifier ses frères » (cf. Luc 22:31, 32).

 

Conclusion

Histoire riche en instructions que celle de Pierre ! Les expériences faites dans les différentes circonstances dont nous nous sommes occupés n’ont en définitive pas été sans fruits. Il nous suffit de lire les épîtres de Pierre, la première en particulier, pour n’avoir aucun doute à cet égard : à maintes reprises, l’apôtre parle de l’obéissance et de la désobéissance, de la soumission, de la conduite et de la crainte, de la sobriété, de la vigilance et de la prière. Nous laissons le soin à nos lecteurs de poursuivre, dans ces épîtres, l’autre aspect du sujet que nous avons considéré dans les Évangiles ; en le faisant, nous serons frappés de voir tout ce que l’apôtre a retenu des leçons enseignées au disciple. Les exhortations que Pierre est ainsi amené à nous adresser prennent d’autant plus de valeur qu’elles découlent, sous l’inspiration divine, des expériences qu’il a personnellement faites.

Que les faiblesses, les manquements sur lesquels nous avons arrêté notre attention soient pour nous comme autant d’avertissements afin que nous demeurions sans cesse soumis à la Parole, vigilants dans la prière, comptant sur Celui qui a le pouvoir de nous garder sans que nous bronchions, et de nous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie ! Qu’à Lui, au seul Dieu, notre Sauveur, par notre seigneur Jésus Christ, soient gloire, majesté, force, et pouvoir, dès avant tout siècle, et maintenant, et pour tous les siècles ! Amen. (Jude 24, 25).

 

 

2                    Enseignements tirés de 1 Pierre 1 et 2 (Caractères de la vie chrétienne)

ME 1978 p.316

2.1   Élus, régénérés

Nous avons été « élus selon la préconnaissance de Dieu le Père », « régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts », « régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pierre 1:2, 3, 23). Tout est de Dieu, tout a été opéré par lui, par son Fils bien-aimé : l’élection en Christ « avant la fondation du monde » (Éph. 1:4), le fondement de notre régénération : la mort et la résurrection de Christ — ajoutons que c’est l’action de la Parole et du Saint Esprit qui nous communique une vie nouvelle, une nouvelle nature. Certes, nous avons reçu tout cela par la foi, nous avons cru au nom du Fils unique de Dieu, mais l’apôtre Paul peut écrire : « Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éph.2:8). Ayant ainsi tout reçu de Dieu, la reconnaissance s’élève de nos cœurs vers lui pour tout ce qu’il a pensé à notre égard de toute éternité, pour tout ce qu’il a voulu opérer, pour tout ce qu’il nous a donné en son Fils et par lui.

Étant enfants de Dieu par grâce, comme tout enfant qui naît dans ce monde est appelé à grandir, nous avons à croître, à nous développer spirituellement. Nous en sommes responsables, pensons-y !

 

2.2   La vie nouvelle se développe par l’action de la Parole et de l’Esprit

D’une part, Dieu appelle à l’existence et, d’autre part il en assure la conservation, cela aussi bien pour ce qui est de la création — « Dieu... nous a parlé dans le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes, qui, étant le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance... » (Héb. 1:2, 3) — aussi bien, disons-nous pour ce qui est de la création, que pour le corps et l’âme de tout homme. Et il en est de même dans le domaine de la nouvelle création : à ceux qu’il a élus en Christ avant la fondation du monde, Dieu donne la vie éternelle et ensuite tout ce qui est nécessaire à son entretien, à sa nourriture. Par la Parole et le Saint Esprit nous est communiquée la vie nouvelle et c’est encore l’action conjuguée de la Parole et du Saint Esprit qui en assure le développement.

Pas plus qu’un enfant nouveau-né ne saurait demeurer dans l’état où il est à sa naissance, un croyant ne doit rester dans l’état où il se trouve lors de sa « nouvelle naissance » : l’un et l’autre sont appelés à croître. L’enfant nouveau-né a besoin du lait de sa mère, le croyant, du « pur lait intellectuel », qui est la Parole de Dieu. La Parole assurera la croissance d’un racheté dans la mesure où il aura d’abord « rejeté » tout ce qui est le fruit de la chair, et réalisé que « ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises » (Gal. 5:24). Tout ce qui vient de la chair — « les œuvres de la chair » (ib. 19 à 21) — non seulement ne saurait constituer un aliment pour la nouvelle nature mais ne peut que nuire à son développement. En premier lieu, donc, est à rejeter ce qui vient de la chair (1 Pierre 2:1).

 

2.3   Désirer ardemment la Parole de Dieu

Mais ensuite le propre de la nouvelle nature est de « désirer ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel » (ib. 2). Imitons l’exemple du prophète qui pouvait dire : « Tes paroles se sont-elles trouvées, je les ai mangées ; et tes paroles ont été pour moi l’allégresse et la joie de mon cœur » (Jér. 15:16) ! Y a-t-il en chacun de nous un « ardent désir » de nous nourrir de la Parole ? S’il fait défaut, notre vie spirituelle dépérira, au lieu de s’enrichir ; ce sera une perte pour nous mais aussi pour l’assemblée, car l’état spirituel de chacun des membres du corps a des répercussions sur la vie de l’assemblée, ne le perdons jamais de vue, et en outre, Dieu sera frustré de ce qui lui est dû car le service de la « sainte sacrificature » en souffrira. Pourquoi y a-t-il, dans le culte que nous rendons à Dieu, bien des faiblesses et des imperfections ? Sans doute parce que nous n’avons pas « désiré ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel » — et cela, peut-être parce que nous n’avons pas commencé par réaliser 1 Pierre 2:1.

Pourquoi désirons-nous les aliments dont notre corps a besoin ? D’abord parce qu’ils sont nécessaires, indispensables à son développement, ensuite parce que Dieu les a dotés d’un goût agréable qui fait de la nécessité de se nourrir un plaisir pour le palais. Est-ce que nous nous nourrissons de la Parole parce que nous avons conscience qu’elle est un aliment indispensable pour assurer notre développement spirituel ? Et est-ce que nous apprécions vraiment la saveur de cette nourriture, pouvant dire nous aussi : « Que tes paroles ont été douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche ! » (Ps. 119:103) ?

La croissance spirituelle s’opère sans que nous nous en rendions compte, tout comme celle d’un enfant. On ne constate pas d’un jour à l’autre la croissance d’un enfant, mais elle apparaît nettement au bout d’un certain temps ; de même pour un croyant. Peut-on toujours dire, lorsqu’on revoit un enfant de Dieu après une séparation de quelque durée : ses progrès sont « évidents à tous » (1 Tim. 4:15) ? Il en sera ainsi s’il s’occupe de la Parole, y être « tout entier ».

 

2.4   Sens du lait en 1 Pierre 2:2 - 1 Cor. 3:2 - Héb. 5:12-14

Un enfant nouveau-né désire ardemment le lait de sa mère et, quand il a faim, rien ne saurait le distraire. Avec la même ardeur, désirons « le pur lait intellectuel », c’est-à-dire la Parole, qui est pour nous l’aliment complet, celui qui convient à tous les croyants, du plus jeune au plus âgé. L’expression employée ici n’a pas le même sens que celle dont se sert l’apôtre en 1 Cor. 3:2, ou encore que celle d’Hébr. 5:12 à 14 ; dans ces deux derniers passages, le « lait » est mis en contraste avec la « nourriture solide » qui est pour « les hommes faits », alors que lui est la nourriture des « petits enfants », des « hommes charnels ». — Le « pur lait intellectuel », c’est une nourriture qui ne comporte aucun mélange, c’est la Parole dans toute sa pureté, le « sain enseignement » (2 Tim. 2:15 ; Tite 2:1). Si à cette nourriture se mêlent des pensées humaines, des conceptions intellectuelles ou des spéculations philosophiques, ce n’est plus le « pur » lait, c’est un aliment plus ou moins frelaté.

 

2.5   Méditer la Parole, non pas seulement la lire

Il ne suffit pas de lire la Parole, il est nécessaire de la méditer ; il faut pouvoir dire comme le Psalmiste : « Combien j’aime ta loi ! Tout le jour je la médite » (Ps. 119:97). Appréciant la valeur inestimable de la Parole, il ne ressemblait pas au « paresseux » qui « ne rôtit pas sa chasse » (Prov. 12:27). Le « paresseux » éprouve un certain plaisir à courir la campagne à la poursuite du gibier, mais c’est une activité sans aucun profit puisqu’il « ne rôtit pas sa chasse ». De même, un croyant peut éprouver une heureuse satisfaction à lire les Écritures mais, s’il ne les médite pas, ne se les assimile pas, il est probable qu’il n’en retirera guère de profit pour la nourriture de son âme et pour sa croissance spirituelle.

 

2.6   Rechercher la proximité du Seigneur

« Comme des enfants nouveau-nés » : combien il est petit auprès de sa mère, l’enfant nouveau-né ! De même, que nous sommes petits en présence des grandes choses que Dieu se plaît à nous révéler, en présence de Celui dont nous parlent les Écritures du commencement à la fin ! Tenons-nous près du Seigneur comme l’enfant nouveau-né se tient près de sa mère ; plus nous serons petits à nos propres yeux, plus nous rechercherons la proximité du Seigneur. En outre, près de sa mère, l’enfant nouveau-né n’aura jamais un aliment frelaté, mais seulement « le pur lait ».

Quel est le secret pour réaliser ces choses ? « Si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon » (1 Pierre 2:3). Plus nous jouirons de lui, plus nous apprendrons à le connaître dans nos circonstances, plus nous désirerons le connaître dans la Parole, l’y contempler, voir ses gloires et ses beautés. Si nous n’avons pas « goûté que le Seigneur est bon » et si, de ce fait, la « faim » n’est pas produite dans nos âmes, alors notre Dieu, bon et fidèle, nous fera passer par des circonstances humiliantes et éprouvantes, comme il l’a fait autrefois pour son peuple : « Et il t’a humilié, et t’a fait avoir faim ; et il t’a fait manger la manne... » (Deut. 8:3).

 

2.7   Côté collectif : la sacrificature spirituelle, la maison spirituelle

Dans ces trois premiers versets du chapitre 2 de la première épître de Pierre, nous avons le côté individuel. Chacun pour ce qui nous concerne, nous avons à réaliser ces exhortations afin que nous puissions, collectivement, manifester que nous sommes une « sainte sacrificature » et une « sacrificature royale ». Rejeter tout ce qui est du vieil homme, désirer ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, croître et prospérer spirituellement afin d’être en toute réalité — « pierres vivantes » ajoutées à l’édifice, pierres solidement établies sur le « roc » qui en est le seul fondement (cf. Matth. 16:16 à 18) — la maison spirituelle, la sainte sacrificature pouvant offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui sont agréables par Jésus Christ. Nous comprenons donc ce que nous avons dit plus haut : si, entre autres choses, nous n’avons pas ce désir ardent de nous nourrir du « pur lait intellectuel », ce sera non seulement une perte pour nous et pour l’assemblée, mais encore Dieu sera frustré de ce qui lui est dû, les sacrifices spirituels ne pourront être offerts comme il faudrait qu’ils le soient.

Méditons ce que l’apôtre inspiré écrit dans ces versets ! Ayons à cœur de faire face à nos responsabilités quant à notre croissance, à notre développement spirituel, afin que nous puissions exercer la « sainte sacrificature » de telle manière que monte vers notre Dieu et Père la louange qu’il désire recevoir de l’assemblée, « laquelle il a acquise par le sang de son propre fils » (Act. 20:28).

 

2.8   La sacrificature royale

Il nous appartient aussi d’exercer la « sacrificature royale ». « Offrir » est en rapport avec la sainte sacrificature, « annoncer » avec la sacrificature royale. Ce sont deux activités distinctes qu’ont à remplir ceux qui, par pure grâce de Dieu, ont été faits rois et sacrificateurs. Le verset 5 nous dit ce qu’est la première : « pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » ; le verset 9, ce qu’est la deuxième : « Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière... ». Présenter Christ comme Sauveur implique donc, en premier lieu, la réalisation pratique de ce qui nous est enseigné au début de ce chapitre 2, c’est-à-dire une condition morale, une marche qui ne démentent pas nos paroles ; et cela, qu’il s’agisse du témoignage individuel ou du témoignage collectif. Un croyant qui ne marche pas « d’une manière digne de l’appel » dont il a été appelé (Éph. 4:1), une assemblée au sein de laquelle ne se trouve pas manifesté l’ordre qui doit y régner, qui ne porte guère les caractères de « l’assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tim. 3:15), sont prêts à perdre, l’un aussi bien que l’autre, le privilège d’exercer la sacrificature royale, d’annoncer les vertus de Celui qui nous a appelés « des ténèbres à sa merveilleuse lumière ». Pour pouvoir parler de cette merveilleuse lumière, encore faut-il que nous en manifestions les caractères, que nous marchions « comme des enfants de lumière (car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, et justice, et vérité), éprouvant ce qui est agréable au Seigneur » (Éph. 5:8 à 10 — voir l’ensemble des versets 3 à 16). C’est seulement en marchant ainsi qu’il nous sera donné de « saisir l’occasion » d’exercer la sacrificature royale.

 

2.9   Conclusion - Résumé

Élus selon la préconnaissance de Dieu le Père, régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, régénérés par une semence incorruptible, par la vivante et permanente parole de Dieu, qu’il nous soit accordé tout d’abord de réaliser notre mort avec Christ, la fin de l’homme dans la chair, et ainsi de « rejeter » tout ce que la chair peut produire en nous. Ensuite, désirons ardemment, comme des enfants nouveau-nés, « le pur lait intellectuel » pour notre accroissement, afin que, réunis en assemblée, nous remplissions à la gloire de Dieu le service qui nous incombe comme étant une « sainte sacrificature » — afin qu’il nous soit donné aussi de réaliser pratiquement que nous sommes une « sacrificature royale ».

Nous avons des privilèges d’une inestimable valeur, jouissons-en avec une grande reconnaissance, sans perdre de vue qu’à tous les privilèges se lient des responsabilités ; mieux nous saurons y faire face et plus nous jouirons des privilèges !

 

 

3                     « Fortifie tes frères » (Luc 22:32)

ME 1977 p.85

Dans sa première épître, l’apôtre Pierre fait allusion au moins à cinq circonstances par lesquelles il est passé tandis qu’il suivait le Seigneur, circonstances au cours desquelles il a appris des leçons qu’il lui a été donné de retenir. En ayant retiré un enseignement pour lui-même, il a voulu que ceux auxquels il a été conduit à écrire puissent, à leur tour, apprendre quelque chose qui leur soit utile et profitable. Il a vraiment réalisé ce que le Seigneur lui avait dit, à un moment particulièrement difficile : « Mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (Luc 22:32).

 

3.1   Pierre fortifié par le Seigneur

3.1.1       Matthieu 14:24-33

La première de ces circonstances nous est rapportée au chapitre 14 de Matthieu (v. 24 à 33). Pierre était avec les disciples dans la nacelle, « déjà au milieu de la mer, battue par les vagues, car le vent était contraire ». Le Seigneur vient vers eux, « marchant sur la mer », ce que voyant, les disciples sont troublés, crient de peur, et disent : C’est un fantôme. Jésus les rassure aussitôt : « Ayez bon courage ; c’est moi, n’ayez point de peur ». Pierre a alors une heureuse pensée : il désire aller à Jésus et il voudrait que lui-même le lui commande, assuré qu’il aurait ainsi le secours nécessaire pour avancer « sur les eaux ». Jésus répond à son désir et lui dit ce seul mot : « Viens ». Pierre expérimente alors la puissance de la parole de Jésus : « étant descendu de la nacelle », il « marcha sur les eaux pour aller à Jésus ». Seule la puissance divine pouvait lui permettre d’avancer ainsi, cette puissance se déployant en réponse à la foi du disciple qui a cru la parole de Jésus et fort de cette parole, s’est engagé sur les eaux. Pierre est « gardé par la puissance de Dieu par la foi » pour reprendre l’expression qu’il emploiera lui-même lorsqu’il écrira sa première épître (1:5).

Mais lorsqu’au lieu de compter sur la puissance qui est dans la parole de Jésus, il considère la violence du vent, sa foi faiblit : il a peur, commence à enfoncer et s’écrie : « Seigneur, sauve-moi ! ». « Et aussitôt, Jésus, étendant la main, le prit et lui dit : Homme de petite foi, pourquoi as-tu douté ? ».

C’est sans doute, comme nous venons de le suggérer, en se remémorant cet épisode de sa vie de disciple que Pierre a écrit : « Vous qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi ». Il avait bien compris, que la puissance divine seule pouvait le garder, le faire marcher sur les eaux, mais aussi que cette puissance s’exerce en réponse à la foi. Si la foi chancelle la puissance de Dieu ne se déploie plus pour faire marcher ; elle s’exerce seulement pour empêcher le disciple d’enfoncer. La puissance de Dieu est toujours la même, elle est infinie ; ce qui faiblit, c’est la foi du disciple. Ne soyons pas des « hommes de petite foi »qui doutent de la puissance de Dieu ; qu’au contraire nous sachions toujours et au travers de tout L’honorer d’une confiance entière et sans réserve !

 

3.1.2       Matthieu 16:13-20

La deuxième circonstance est relatée au chapitre 16 du même Évangile (v. 13 à 20). En réponse à la question de Jésus : « Qui disent les hommes que je suis, moi, le fils de l’homme ? », les uns répondent : Jean le baptiseur, les autres : Élie, ou Jérémie, ou encore : l’un des prophètes. C’est alors que Jésus pose la question à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». Sans aucune hésitation, le premier, Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Une telle connaissance ne peut être donnée que par la foi ; elle est révélée, dit Jésus, par « mon Père qui est dans les cieux ». Il déclare en effet à Pierre : « Tu es bienheureux, Simon Barjonas, car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre ; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle » (v. 17, 18). Pierre est donc « une pierre » de l’édifice que le Seigneur bâtit, l’assemblée fondée sur le « roc », qui est « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est ainsi qu’il pourra écrire : « Si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon ; duquel vous approchant comme d’une pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu, vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables, à Dieu par Jésus Christ ». Parce qu’on trouve dans l’écriture « Voici, je pose en Sion une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse ; et celui qui croit en elle ne sera point confus » (1 Pierre 2:3 à 6).

Par la foi au Fils de Dieu, chaque croyant devient une « pierre vivante » et l’ensemble de ces pierres vivantes constitue l’Assemblée que le Seigneur bâtit. « Je bâtirai mon assemblée », dit le Seigneur ; c’est le temple qui s’élève, non encore achevé, l’édifice qui repose sur le « roc », « Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin » (Éph. 2:20, 21), la « pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse auprès de Dieu », les croyants « comme des pierres vivantes » étant « édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1 Pierre 2:4, 5).

Là encore, Pierre écrit sa première épître, divinement inspiré sans doute mais aussi ayant été instruit par le Seigneur lui-même dans une circonstance dont il a gardé le souvenir, ayant compris et retenu ce que le Seigneur lui a dit alors et, à son tour, l’enseignant à ceux auxquels il s’adresse.

 

3.1.3       Matthieu 26:36-46

La troisième circonstance est rapportée toujours dans le même évangile (26:36 à 46) ; elle est aussi mentionnée dans Marc (14:32 à 42) et dans Luc (22:39 à 46). Dans les deux premiers évangiles, le Seigneur s’adresse spécialement à Pierre (Matt. 26:40 ; Marc 14:37) lorsqu’il trouve les disciples « dormant », mais l’exhortation est pour les trois, aussi bien Jean et Jacques que Pierre : « Veillez et priez ». Pierre n’oublie pas ce que le Seigneur leur a dit dans le jardin de Gethsémané, ce qu’il lui a dit à lui tout particulièrement : « Et il vient, et les trouve dormant ; et il dit à Pierre : Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une heure ? Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation ; l’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Marc 14:37, 38). Aussi, à son tour, adresse-t-il à ceux auxquels il écrit sa première épître cette exhortation si importante pour eux comme elle l’est pour nous : « Mais la fin de toutes choses s’est approchée ; soyez donc sobres et veillez pour prier » (4:7).

Combien nous avons à prendre garde de ne pas nous laisser gagner par le sommeil spirituel ! Nous avons à « veiller » et à « veiller pour prier ». Pierre n’a pas oublié la leçon apprise dans le jardin de Gethsémané, comme aussi sur la montagne de la transfiguration, où « Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil » ; ce n’est que « quand ils furent réveillés » qu’ils « virent sa gloire » (Luc 9:32). Quiconque « dort » ne peut voir Sa gloire ! — Pierre, Jean et Jacques n’ont su veiller ni dans le lieu de la souffrance, ni dans celui où était manifestée la gloire du Fils de l’homme. Fort des leçons apprises dans ces deux circonstances, Pierre nous exhorte à « veiller pour prier ». Puissions-nous retenir et surtout mettre en pratique cette exhortation !

 

3.1.4       Luc 22:31-32

C’est dans l’évangile selon Luc que nous avons le récit de la quatrième circonstance. « Et le Seigneur dit : Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (22:31, 32). Ces paroles du Seigneur n’auraient-elles pas dû inciter Pierre à prendre garde ? Satan, le terrible ennemi, désirait « cribler » les disciples, et Pierre — Simon, le vieil homme en lui — était tout particulièrement en danger. Le Seigneur lui dit en effet : « mais moi, j’ai prié pour toi ». Il avait certainement prié pour tous les disciples, mais spécialement pour Pierre. Malgré cela, Pierre n’hésite pas à déclarer : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller et en prison et à la mort » (ib. 33) ; il va même jusqu’à dire : « Si tous étaient scandalisés en toi, moi, je ne serai jamais scandalisé en toi » (Matt. 26:33). Il pense que son amour pour son Maître peut le rendre capable de faire ce que les autres disciples ne feront pas et, d’autre part, de ne pas faire ce que les autres feront ! Combien l’ennemi est rusé ! — Le Seigneur dit alors clairement à Pierre : « le coq ne chantera point aujourd’hui, que premièrement tu n’aies nié trois fois de me connaître » (Luc 22:34).

L’adversaire, « comme un lion rugissant », rôdait autour des disciples ; il voulait les faire passer par le crible, « cherchant qui il pourrait dévorer ». C’est ce que Pierre écrira plus tard : « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer » (1 Pierre 5:8) ; il avait fait l’expérience des ruses de ce « lion », qui sait si bien se dissimuler sous de trompeuses apparences pour essayer d’arriver à ses fins ! Il rôdait autour des disciples, cherchant qui il pourrait dévorer, et ce « qui » c’était Pierre ! Et Pierre, bien qu’averti par le Seigneur, est quand même tombé dans le piège de l’adversaire.

Étant passé par ce chemin où il a souffert et versé des larmes amères, à son tour, Pierre met en garde ceux auxquels il s’adresse. Cette mise en garde n’est-elle pas aussi pour nous ? Nous avons besoin de « veiller », de « résister » au diable, « étant fermes dans la foi » (ib. 9) ; Dieu, par la plume de celui qui une fois est tombé dans les filets de l’adversaire, nous y exhorte !

 

3.1.5       Jean 21:15-18

Après son reniement Pierre a été restauré dans sa conscience et dans son cœur. Le Seigneur s’est adressé à lui (Jean 21:15 à 18), lui posant trois questions qui remuaient les affections de son cœur pour son Maître. C’est ainsi que Jésus lui confie le soin de paître ses agneaux et ses brebis, d’être le berger de ses brebis — précieux privilège, grande responsabilité en même temps. Pierre a appris à se connaître, à discerner les pièges de l’adversaire, il sait d’autre part combien les agneaux et les brebis du troupeau sont chers au bon Berger. Il pourra ainsi exhorter ceux qui auront à s’occuper du « troupeau de Dieu » : « paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous, le surveillant, non point par contrainte, mais volontairement, ni pour un gain honteux, mais de bon gré, ni comme dominant sur des héritages, mais en étant les modèles du troupeau ; et quand le souverain pasteur sera manifesté, vous recevrez la couronne inflétrissable de gloire » (1 Pierre 5:2 à 4).

 

3.2   Autres leçons apprises par Pierre pour notre profit, selon sa 1ère épître

Dans le livre des Actes, nous avons quatre circonstances sur lesquelles nous désirerions nous arrêter (3:4, 5 à 12 ; 5:17 à 42 et 12:1 à 17). Elles ont été traversées par Pierre dans l’exercice de son ministère et là encore, l’apôtre désire que ce qu’il lui a été donné d’apprendre soit profitable à tous ; il en parlera donc à plusieurs reprises dans sa première épître.

 

3.2.1       Actes 3

En Actes 3 nous le voyons, avec Jean, monter « au temple, à l’heure de la prière » ; « on portait un homme qui était boiteux dès le ventre de sa mère ». Ce n’était pas pour obtenir sa guérison, mais seulement « pour demander l’aumône à ceux qui entraient dans le temple » (v. 1, 2). Nombreux sont ceux qui pensent ne pouvoir être délivrés de leur condition misérable et se contenteraient d’obtenir une certaine amélioration de leur état — et souvent on ne leur propose pas autre chose — ils se contenteraient de recevoir « une aumône » ! Pierre ne remet pas « une aumône », il n’a « ni argent ni or » — et ce ne sont pas « des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or », qui peuvent racheter des pécheurs de leur « vaine conduite », c’est seulement « le sang précieux de Christ », écrira-t-il plus tard (1 Pierre 1:18 à 21) — mais il apporte à ce pauvre boiteux une entière délivrance « au nom de Jésus Christ le Nazaréen » (Actes 3:6).

Dans la circonstance dont nous venons de parler, Pierre exerce en fait la « sacrificature royale » dont il est question dans sa première épître : « Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (2:9). — Cette circonstance a donc comme son écho dans ce que Pierre a été conduit à écrire 1 Pierre 1:18 à 21 et 2:9.

Le boiteux guéri peut désormais « entrer avec eux au temple » — c’est-à-dire avec les deux apôtres — au lieu de rester « à la porte du temple » où on le mettait tous les jours, et louer Dieu (Actes 3:8). Il est donc à même d’exercer, en quelque sorte, la « sainte sacrificature » dont parle Pierre (1 Pierre 2:5).

 

3.2.2       Actes 4

Le lendemain, est-il dit au chapitre 4 des Actes, Pierre et Jean comparaissent devant le sanhédrin pour répondre à la question suivante : « Par quelle puissance ou par quel nom avez-vous fait ceci ? ». Pierre déclare alors : « Sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ç’a été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, dis-je, par ce nom que cet homme est ici devant vous plein de santé. Celui-ci est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire ; et il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (v. 7 à 12). C’est ce qui conduit Pierre à écrire : « Parce qu’on trouve dans l’écriture : « Voici, je pose en Sion une maîtresse pierre de coin, élue, précieuse ; et celui qui croit en elle ne sera point confus ». C’est donc pour vous qui croyez, qu’elle a ce prix ; mais pour les désobéissants, « la pierre que ceux qui bâtissaient ont rejetée, celle-là est devenue la maîtresse pierre de coin », « et une pierre d’achoppement et un rocher de chute », lesquels heurtent contre la parole, étant désobéissants, à quoi aussi ils ont été destinés » (1 Pierre 2:6 à 8).

 

3.2.3       Actes 5

Un peu plus tard, Pierre et Jean sont jetés « dans la prison publique », mais ils sont délivrés par un ange qui, de nuit, en ouvre les portes. Ainsi libérés, les deux apôtres entrent dans le temple et annoncent « au peuple toutes les paroles de cette vie ». Lorsque « le souverain sacrificateur... et ceux qui étaient avec lui... assemblèrent le sanhédrin... ils envoyèrent à la prison pour les faire amener ». Les huissiers constatent que la prison est « fermée avec toute sûreté, et les gardes se tenant aux portes », mais il n’y a personne dedans. Cette délivrance miraculeuse aurait dû parler à ceux qui avaient l’intention de faire comparaître, pour les juger et les condamner, Pierre et Jean. Ils demeurèrent en « perplexité » tandis que « quelqu’un arriva et leur rapporta : Voilà, les hommes que vous avez mis en prison sont au temple et enseignent le peuple ». Ils sont alors amenés « sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple », et c’est l’occasion pour Pierre de rendre témoignage. — Dieu se sert de Gamaliel pour faire libérer les deux apôtres, alors que le souverain sacrificateur et les chefs du peuple, « ayant entendu ces choses, frémissaient de rage, et tenaient conseil pour les faire mourir ». Après l’intervention de Gamaliel, « ils leur enjoignirent, après les avoir battus de ne pas parler au nom de Jésus, et les relâchèrent ». Que font alors les deux apôtres ? « Eux donc se retiraient de devant le sanhédrin en se réjouissant d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le nom ; et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison » (Actes 5:17 à 42).

Pierre pouvait bien penser à cet épisode de son ministère lorsque, pour encourager les saints éprouvés, il écrit : « Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, qui est venu sur vous pour votre épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire ; mais, en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport » (1 Pierre 4:12, 13).

 

3.2.4       Actes 12

Le chapitre 12 du livre des Actes nous est bien connu, aussi n’entrerons-nous pas dans beaucoup de détails, renvoyant nos lecteurs à un article récemment paru (M. É. 1971, p. 253). Dans ce chapitre, Pierre se trouve dans une situation qui, à vue humaine, semble sans aucun espoir. Le roi Hérode, qui déjà avait fait mourir par l’épée Jacques, le frère de Jean, avait pris les précautions les plus sérieuses pour que Pierre — qu’il avait fait emprisonner et qu’il voulait mettre à mort après la Pâque — ne puisse être délivré. Mais plus grandes sont les précautions prises par les hommes, plus merveilleux est le déploiement de la puissance de Dieu ! — Pendant ce temps, « l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour lui » et Dieu y a répondu. Lorsque l’ange du Seigneur apparaît pour le faire sortir de la prison, « Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes » et les détails qui nous sont donnés montrent qu’il dormait profondément. Nous aurions compris que, « en souci » au sujet du lendemain, il ne puisse trouver le sommeil... Mais il avait fait lui-même ce à quoi il exhortera les lecteurs de sa première épître : « Rejetant sur lui tout votre souci, car il a soin de vous » (5:7). Puissions-nous réaliser en tout temps cette exhortation, que nous connaissons si bien mais que nous avons tant de peine à mettre en pratique !

 

3.3   Pierre a été attentif aux circonstances qu’il a traversées

Les passages des Évangiles et des Actes que nous avons rappelés, rapprochés des citations de la première épître de Pierre, nous montrent combien l’apôtre a été attentif aux circonstances par lesquelles le Seigneur a trouvé bon de le faire passer. Il a retenu ce qu’il a pu ainsi apprendre et le Saint Esprit l’a conduit à faire profiter des leçons apprises ceux qu’il a eu à servir. En vérité, il n’a pas oublié ce que le Seigneur lui avait dit : il a « fortifié ses frères » !

 

3.4   Tirons profit des circonstances et exercices traversés

Quel exemple est ainsi placé devant nous ! Ne nous arrive-t-il pas, hélas !de passer à la légère sur bien des circonstances que Dieu nous amène à traverser, et de ne pas comprendre ou retenir ce qu’Il voudrait nous enseigner par ce moyen ? Qu’il nous soit donné, dans le chemin que nous sommes appelés à suivre, au milieu des circonstances et des exercices que nous avons à connaître, de tirer grand profit de ce que le Seigneur veut nous enseigner et d’en amener d’autres à en recevoir aussi du bien ! Nous ne comprenons pas toujours pourquoi Dieu permet dans nos vies telle ou telle difficulté, telle ou telle épreuve, tel exercice douloureux... Soyons assurés qu’Il veut, par ce moyen, nous instruire, nous former, nous enrichir et Il désire que, par ce que nous avons ainsi appris et reçu de Lui, nous puissions à notre tour être utiles à d’autres, fortifier nos frères !