[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Épreuves et Discipline - Série B

Paul Fuzier

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     À propos des fils de David (sur l’éducation des enfants)

2     Le Dieu qui a été mon berger…  Gen. 48:15, 16

3     Fruits de l’épreuve

4     « Bienheureux ceux qui endurent l’épreuve avec patience » — Jacques 5:11

5     Encouragements dans l’attente de la délivrance. És. 51

6     Diversité de Moyens

7     Épreuve de la foi

8     À propos de 2 Corinthiens 12:1 à 10

9     Circonstances du peuple d’Israël : des types pour nous (Nombres 11, 20, 21)

 

Table des matières détaillée :

1     À propos des fils de David (sur l’éducation des enfants)

1.1      Gouvernement de Dieu : les quatre fils morts

1.2      Autres désordres

1.3      Mort d’Amnon et haine d’Absalom

1.4      Relations David-Absalom réparées sans repentance. La grâce sans vérité endurcit la conscience

1.5      Gouvernement de Dieu sur les parents par le moyen des enfants

1.6      Place que doit prendre de lui-même le croyant sous le gouvernement de Dieu

1.7      Les conséquences irrémédiables. Mort d’Absalom

1.8      Adonija qui n’avait jamais été chagriné

1.9      Exhortations sur l’éducation des enfants

2     Le Dieu qui a été mon berger…  Gen. 48:15, 16

2.1      Une conclusion de vie touchante

2.2      Avons-nous marché devant la face de Dieu ?

2.3      Que Dieu bénisse ces jeunes hommes !

2.4      Vie de Jacob : L’Ange qui m’a gardé de tout mal

2.4.1      Avant la naissance

2.4.2      Bénédiction acquise par ruse

2.4.3      Chez Laban

2.4.4      Fuite de Charan

2.4.5      Peniel

2.4.6      Monte à Béthel

2.4.7      Les deuils

2.4.8      Perte de Rachel et Benjamin

2.4.9      Jouissance finale de la bénédiction

3     Fruits de l’épreuve

3.1      Caractère varié des épreuves

3.2      Épreuve de la foi

3.2.1      Jacques 1:2,3

3.2.2      Romains 5:3-5

3.2.3      1 Pierre 1:6-7

3.3      Épreuve de l’amour et de l’obéissance

3.4      Les érpeuves nous sont pas seulement des afflictions

3.5      Dieu veut que les épreuves produisent des fruits

4     « Bienheureux ceux qui endurent l’épreuve avec patience » — Jacques 5:11

4.1      L’épreuve de Job

4.2      Des marques d’impatience, voire de révolte

4.3      Ce que Dieu pense des paroles de Job

4.4      La fin du Seigneur

4.5      Résumé - conclusion

5     Encouragements dans l’attente de la délivrance. És. 51

5.1      Quand on croit que Dieu nous délaisse, comme un homme qui dort

5.2      Souvenir des délivrances d’autrefois

5.3      Goûter les consolations en attendant la délivrance

5.4      Ne pas craindre l’homme

5.5      « À cause de son grand nom », l’Éternel n’abandonne pas

5.6      Applications diverses aujourd’hui

6     Diversité de Moyens

6.1      Guérison de l’aveugle-né (Jean 9)

6.2      Guérison de l’aveugle de Bethsaïda (Marc 8:22 à 26)

6.3      Guérison de Bartimée (Marc 10: 46 à 52)

6.4      Guérison du paralytique (Marc 2:1 à 12)

6.5      Guérison d’un sourd qui parlait avec peine (Marc 7:31 à 37)

6.6      Guérison du fils d’un seigneur de la cour (Jean 4:46 à 54)

6.7      Guérison de la belle-mère de Pierre (Marc 1:29 à 31)

7     Épreuve de la foi

7.1      L’épreuve de la foi

7.2      Genèse 22. La foi d’Abraham surmontant l’épreuve

7.3      Matthieu 15. La foi de la Cananéenne surmontant l’épreuve

7.4      Gardés par la puissance de Dieu par la foi. 1 Pierre 1:5

7.5      Se réjouir dans l’épreuve. 1 Pierre 1:3-6

7.6      Pour lui faire « du bien à la fin » (Deut. 8:16)

7.7      Conclusion - Résumé

8     À propos de 2 Corinthiens 12:1 à 10

8.1      Sommaire de 2 Corinthiens 1 à 10

8.2      Le faux enseignement sur la résurrection de 1 Cor. 15

8.3      Les faux docteurs de 2 Cor. 11

8.4      Les souffrances de Paul selon 2 Cor. 11

8.5      2 Corinthiens 12

8.5.1      Un homme en Christ

8.5.2      Visions et révélations de Paul

8.5.3      Paroles ineffables. Ce qui caractérise le ciel

8.5.4      Danger de s’enorgueillir en descendant du ciel

8.5.5      Paradis

8.5.6      Discipline préventive. L’écharde dans la chair

8.5.7      Activité de Satan

8.5.8      Satan instrument dans la main de Dieu

8.5.8.1    Satan utilisé par Dieu en rapport avec Job

8.5.8.2    Satan utilisé par Dieu en rapport avec Pierre

8.5.9      Le Seigneur qui ne retire pas l’écharde

8.6      La puissance dans le ministère vient de Dieu

8.7      Paul prenant plaisir dans les infirmités

8.8      Conclusion

9     Circonstances du peuple d’Israël : des types pour nous (Nombres 11, 20, 21)

9.1      Nombres 11:1-9

9.1.1      Nombres 11:1-3

9.1.2      Nombres 11:4-6

9.1.3      Nombres 11:7-9

9.2      Nombres 20:1-13

9.3      Nombres 21:1-18

 

 

1        À propos des fils de David (sur l’éducation des enfants)

ME 1969 p.174

1.1      Gouvernement de Dieu : les quatre fils morts

David a eu, « outre les fils des concubines », dix-neuf fils et une fille, Tamar (1 Chr. 3:1 à 9). L’Écriture mentionne le nom de ces dix-neuf fils, mais — abstraction faite de Salomon, dont nous laisserons l’histoire volontairement de côté — ne nous donne quelques détails que sur trois d’entre eux : Amnon (le premier-né), coupable d’inceste avec sa sœur Tamar et mis à mort sur l’ordre d’Absalom (cf. 2 Sam. 13) ; Absalom (le troisième) et Adonija (le quatrième) qui, l’un et l’autre, cherchèrent à s’emparer du trône (cf. 2 Sam. 15 ; 1 Rois 1). Il est assez remarquable que tous trois aient péri de mort violente, à l’issue d’une conduite qui ne fut ni à l’honneur de leur père, ni à l’honneur de l’Éternel. Mais le gouvernement de Dieu pesait sur David à la suite du grave péché qu’il avait commis avec Bath-Sheba, femme d’Urie, péché aggravé par les dispositions prises par lui pour essayer d’en effacer la trace. Répondant à Nathan, le prophète que l’Éternel lui avait envoyé, David avait prononcé lui-même son propre jugement : « il rendra la brebis au quadruple » (cf. 2 Sam. 11 et 12). Effectivement, quatre de ses fils sont morts dans des conditions telles qu’on ne peut manquer d’y voir l’exercice du jugement de Dieu : celui né de son adultère avec Bath-Sheba (2 Sam. 12:19), Amnon (ib. 13:28 à 33), Absalom (ib. 18:14, 15) et Adonija (1 Rois 2:25). Dans son gouvernement, Dieu « visite l’iniquité des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième génération », tandis qu’il « use de bonté envers des milliers de ceux qui l’aiment et gardent ses commandements » (Ex. 20:5, 6 — cf. Ex. 34:6, 7 ; Nomb. 14:18 ; Deut. 5:9, 10). Il y a là un enseignement qui est bien propre à exercer nos consciences : en certains cas, Dieu peut nous amener à récolter ce que nous avons semé (cf. Gal. 6:7, 8) non seulement dans notre propre vie mais aussi dans celle de nos enfants : nos enfants ont à souffrir parfois de nos égarements ! Y a-t-il pour des parents souffrance plus grande que celle-là ? Ce sont les parents que Dieu atteint en frappant leurs enfants et cette discipline, si profondément douloureuse, peut aller en telle circonstance jusqu’à la mort du corps.

 

1.2      Autres désordres

Mais l’histoire de David et de deux de ses fils, Absalom et Adonija, renferme encore d’autres leçons. Il n’y a pas seulement le fait que l’un et l’autre de ces deux fils périrent de mort violente — le premier, des mains de Joab et de ses jeunes hommes, au cours de la bataille dont nous parle 2 Samuel 18 ; le second, des mains de Benaïa, agissant sur l’ordre de Salomon (cf. 1 Rois 2:25) — il y a aussi leur conduite — et combien elle a laissé à désirer — et la façon d’agir de leur père à leur égard.

 

1.3      Mort d’Amnon et haine d’Absalom

Certes, Amnon avait commis avec Tamar sa sœur l’affreux péché relaté en 2 Samuel 13, mais la douleur et l’humiliation bien compréhensibles qu’en éprouve Absalom le conduisent à une haine tenace envers son frère : « Absalom haïssait Amnon » (v. 22). Comme il est dangereux de nourrir un tel sentiment dans son cœur ! Cette haine — que le temps n’atténuera pas, bien au contraire — amènera Absalom à commettre un fratricide. « Deux années entières » ont passé, Absalom va saisir l’occasion d’assouvir sa haine : ayant chez lui « les tondeurs » il invite « tous les fils du roi », insistant particulièrement pour qu’Amnon soit là. Puis, il « commanda à ses serviteurs, disant : Faites attention, je vous prie, quand le cœur d’Amnon sera gai par le vin, et que je vous dirai : Frappez Amnon, alors tuez-le, ne craignez point ; n’est-ce pas moi qui vous l’ai commandé ? Fortifiez-vous, et soyez vaillants ! » (ib. 23 à 29). Absalom prend l’entière responsabilité de ce crime, ordonnant à ses serviteurs de le commettre et les y encourageant, comme s’il fallait beaucoup de force et de vaillance pour frapper quelqu’un rendu « gai par le vin » ! Les serviteurs d’Absalom firent ce qui leur avait été commandé. Telle fut l’attristante fin du fils premier-né de David !

 

1.4      Relations David-Absalom réparées sans repentance. La grâce sans vérité endurcit la conscience

Absalom, craignant sans doute la colère du roi son père, s’enfuit alors « et s’en alla vers Talmaï, fils d’Ammihud, roi de Gueshur », qui était son grand-père maternel (ib. 37). Ce séjour à Gueshur s’est prolongé trois ans, trois années qui durent paraître bien longues à David puisque, « consolé à l’égard d’Amnon », il « languissait d’aller vers Absalom » (ib. 38, 39). Joab s’aperçut « que le cœur du roi était pour Absalom » et imagina alors la ruse dont il est question au chapitre 14 de ce même livre, ruse qui réussit parfaitement et amena David à dire à Joab : « Fais revenir le jeune homme Absalom ». Certes, bien que revenu à Jérusalem, Absalom fut tenu à l’écart et demeura « deux années entières… sans voir la face du roi » (14:21 à 24 et 28). Mais Absalom, employant un moyen combien blâmable, fait venir Joab auprès de lui afin de le prier d’intercéder en sa faveur auprès du roi, qui se laisse fléchir aussitôt. « Et le roi appela Absalom, et il vint vers le roi et se prosterna le visage contre terre devant le roi, et le roi baisa Absalom » (ib. 29 à 33).

Dans cette circonstance, David n’est guidé que par les sentiments qu’éprouve son cœur de père. Il n’a pas une parole de nature à toucher la conscience de ce fils qui est devant lui après avoir fait mettre à mort son propre frère, il ne cherche pas à l’amener à reconnaître son grave péché et à s’en humilier. Il ne manifeste que grâce et bonté, laissant entièrement de côté sainteté et vérité. Or, d’une manière générale, la manifestation de la grâce sans la vérité n’aboutit guère qu’à l’endurcissement de la conscience. David va en faire la douloureuse expérience ! Il a manqué en n’exerçant pas vis-à-vis d’Absalom la répréhension nécessaire, en ne laissant pas la loi d’Israël suivre son cours envers le meurtrier (cf. Nomb. 35:31) ; au surplus, épargner Absalom c’était ajouter une nouvelle désobéissance à une précédente : David avait épousé Maaca — qui devait être la mère d’Absalom — alors qu’elle était la fille d’un roi cananéen, Talmaï, épargné en raison de l’infidélité du peuple (cf. Jos. 13:2, 3 et 13). David fait preuve d’une faiblesse coupable, conséquence des sentiments qu’il éprouve pour Absalom ; il verra sans tarder qu’agir avec faiblesse lorsque le mal est manifesté conduit à l’aggravation du mal. Survient aussitôt, en effet, la révolte d’Absalom (cf. 2 Sam. 15). Grâce à diverses flatteries, avec une apparence d’amour, « Absalom dérobait les cœurs des hommes d’Israël ». Mais encore, il trompe son père : simulant la piété, assurant vouloir acquitter le vœu qu’il affirme avoir voué à l’Éternel, il lui demande l’autorisation de se rendre à Hébron. Et là, dans le lieu même où David avait été oint comme roi, Absalom se prétend lui le roi d’Israël (ib. 15:1 à 12).

 

1.5      Gouvernement de Dieu sur les parents par le moyen des enfants

David, prévenu que « les cœurs des hommes d’Israël suivaient Absalom », n’a d’autre ressource que de fuir Jérusalem (ib. 13 à 18). Il comprend que Dieu agit à son égard dans son juste gouvernement, par le moyen d’Absalom ! Quel enseignement pour nous ! Dieu peut exercer son gouvernement envers nous par le moyen de nos enfants : peut-être avons-nous manqué de sagesse et de fermeté ; au lieu de leur apprendre l’obéissance et la soumission, nous avons permis à leur volonté propre d’agir à peu près librement, ou encore nous leur avons laissé prendre le chemin du monde — à notre suite parfois, hélas ! — les orientant, ou les laissant s’orienter vers des voies pleines de dangers, peut-être en pensant que Dieu est puissant pour les y garder, ce qui est tenter Dieu. Et puis, plus tard, trop tard, nous en subissons les conséquences sous le gouvernement de Dieu !

 

1.6      Place que doit prendre de lui-même le croyant sous le gouvernement de Dieu

Il est à noter que, dans cette page de l’histoire de David, les conséquences de la faute sont liées à « l’arche de l’alliance de Dieu ». David a conscience qu’il ne peut la prendre avec lui et demande à Tsadok : « Reporte l’arche de Dieu dans la ville… » (ib. 24 à 29). Le témoignage de Dieu ne devait subir aucune atteinte et pour qu’il en soit ainsi, David s’en dissocie car il n’était plus en état d’être identifié avec l’arche. Quelle douleur pour lui ! « Et David monta par la montée des Oliviers, montant et pleurant ; et il avait la tête couverte, et marchait nu-pieds… » (ib. 30). Mais, quoi qu’il en soit, sa confiance en Dieu ne faiblit pas et c’est alors qu’il compose le Psaume 3. Enseignement quant à la place que doit prendre de lui-même, vis-à-vis du témoignage, un croyant qui a conscience de sa culpabilité et sent peser sur lui le gouvernement de Dieu !

Tout cela en raison des manquements de David à l’égard de son fils Absalom : conséquences pour lui, pour le peuple et en relation avec l’arche du témoignage. Sans parler de celles qui en résulteront pour Absalom lui-même et de toute la souffrance qu’éprouvera alors David dans son cœur de père !

 

1.7      Les conséquences irrémédiables. Mort d’Absalom

La suite du récit (ch. 16 à 18) nous montre comment Dieu, au travers de tout, dirige les circonstances. Signalons entre autres, et sans entrer dans les détails, la malédiction prononcée par Shimhi (David a dû entendre ces paroles ! mais, courbé et soumis, il reçoit tout de la main de Dieu), le conseil d’Akhitophel rendu vain et enfin, la bataille au cours de laquelle Absalom est frappé et mis à mort. Quelques expressions de ces chapitres traduisent bien la faiblesse de David à l’égard de ce fils rebelle. Alors que ses troupes vont partir en guerre contre les conjurés, David implore les trois chefs de son armée : « Usez-moi de douceur envers le jeune homme, Absalom », et lorsqu’il lui est dit que « l’Éternel lui a aujourd’hui fait justice de la main de tous ceux qui s’étaient levés contre lui », sa première parole est celle-ci : « Y a-t-il paix pour le jeune homme Absalom ? » Lorsqu’enfin il apprend que son fils a eu le sort des « ennemis du roi », « très ému… il monta à la chambre… et pleura ; et… il disait ainsi : Mon fils Absalom ! mon fils ! mon fils Absalom ! Fussé-je mort à ta place ! Absalom, mon fils, mon fils ! » (18:5, 31 à 33). Quelle profonde douleur pour un père sous le gouvernement de Dieu ! Dieu veuille que cet exemple parle puissamment à des parents chrétiens en leur montrant quels peuvent être les résultats, irrémédiables, de leurs défaillances dans l’exercice des responsabilités qui leur incombent à l’égard de leurs enfants ! Qu’aucun d’eux n’ait à pleurer, impuissant, comme David eut à pleurer en présence des conséquences de sa faiblesse envers un fils qu’il avait beaucoup aimé mais mal aimé et qu’il n’avait jamais su discipliner ! Diverses circonstances, nous l’avons vu, auraient dû amener David à se ressaisir ; hélas ! il n’en a pas profité… Désormais, il était à jamais trop tard, il ne restait pour lui que douleurs et regrets : d’avoir perdu un fils bien-aimé et d’avoir manqué à ses responsabilités envers lui ! Ces choses, ne l’oublions pas, « ont été écrites pour notre instruction » (Rom. 15:4).

 

1.8      Adonija qui n’avait jamais été chagriné

Adonija était le quatrième des fils de David. Des trois premiers nous savons positivement que deux, Amnon et Absalom, étaient morts, et il est probable que Daniel, le deuxième, était mort aussi ; aussi Adonija cherche-t-il à s’emparer du royaume, comme l’avait déjà fait Absalom. Il dira plus tard : « le royaume était à moi », sachant cependant fort bien qu’il appartenait à Salomon : « il était à lui de par l’Éternel » (1 Rois 2:15). « Et Adonija… s’éleva, disant : « Moi, je serai roi » (ib. 1:5). L’orgueil le conduit à s’élever et à monter une conjuration contre le roi David, son père. La Parole nous donne ici un détail qui nous éclaire tout-à-fait sur la conduite de David à son égard, comme sans doute aussi, bien que cela ne soit pas précisé, à l’égard d’Absalom : « Et son père ne l’avait jamais chagriné, en disant : Pourquoi fais-tu ainsi ? » (ib. 6). En d’autres termes, Adonija n’avait jamais fait que sa volonté propre et son père l’avait laissé faire ! Nous en voyons les conséquences… Dans le monde actuel, on met en avant les raisons les plus diverses pour assurer qu’il ne faut pas contrarier les enfants, et les résultats ne se font guère attendre ! Gardons-nous là aussi de nous conformer à ce monde, écoutons plutôt ce que Dieu nous dit au sujet de nos enfants : « élevez-les dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4).

La conjuration d’Adonija aboutit à un tout autre résultat que celui qu’il espérait : David est amené à ne plus différer l’établissement de Salomon comme roi, pour lui succéder, de telle sorte que les conjurés se dispersent. Malgré cela, Adonija — bien qu’il adresse à Bath-Shéba, mère de Salomon, les paroles rapportées en 1 Rois 2:15 — n’en manifeste pas moins sa prétention au trône. Combien c’était grave après avoir reconnu que le royaume appartenait à Salomon « de par l’Éternel ». En fait, c’était toujours sa volonté propre s’opposant à la pensée de Dieu, une volonté non brisée. Les circonstances qui venaient de se dérouler l’avaient peut-être amené à exprimer quelques paroles, mais le fond de son cœur demeurait le même. Si, par faiblesse et en raison d’un amour mal témoigné, des parents n’apprennent pas à leurs enfants, dès leur plus jeune âge, obéissance et soumission, ces enfants agiront selon leur volonté propre et connaîtront, tôt ou tard, les douleurs qui sont la conséquence d’une telle marche. Adonija, jamais chagriné par son père, a eu la triste fin qui nous est rapportée en 1 Rois 2:23 à 25. Avec un discernement remarquable de l’état d’Adonija, Salomon prononce le jugement qui est ensuite exécuté par Benaïa.

 

1.9      Exhortations sur l’éducation des enfants

Le récit qui nous a été conservé dans l’Écriture de la vie de David et de celle de ses fils, Absalom et Adonija en particulier, est riche d’instruction pour nous. Puissent les parents chrétiens en retirer beaucoup de profit dans l’accomplissement de la tâche si belle, si noble, mais aussi si difficile, qui leur est confiée : élever des enfants pour le Seigneur ! Que Dieu leur accorde d’avoir pleine conscience de leurs responsabilités et leur donne tout le secours de sa grâce, la sagesse et l’énergie nécessaires pour apprendre à leurs enfants l’obéissance, la soumission, la séparation d’avec le monde sous tous ses aspects, la crainte de Dieu et l’attachement au Seigneur ! Il y aura alors vie et prospérité dans nos maisons, riche bénédiction dans l’assemblée.

 

 

2        Le Dieu qui a été mon berger…  Gen. 48:15, 16

ME 1966 p.3

2.1      Une conclusion de vie touchante

Combien sont touchantes les paroles prononcées par Jacob lorsqu’il bénit Joseph dans la personne de ses deux fils, Éphraim et Manassé : « Que le Dieu devant la face duquel ont marché mes pères, Abraham et Isaac, le Dieu qui a été mon berger depuis que je suis jusqu’à ce jour, l’Ange qui m’a délivré de tout mal, bénisse ces jeunes hommes ; et qu’ils soient appelés de mon nom et du nom de mes pères, Abraham et Isaac, et qu’ils croissent pour être une multitude au milieu du pays » (Gen. 48:15, 16) ! Jetant un regard en arrière, au terme d’une longue vie de cent quarante sept ans, Jacob a pleinement conscience de ne pas avoir marché devant Dieu. Ses pères, oui ! Malgré leurs défaillances, leur marche dans son ensemble a répondu à la pensée divine. Mais, bien qu’il soit amené à porter un tel jugement sur sa vie, Jacob peut rendre témoignage à la sollicitude de Celui qui jamais ne l’a abandonné : « le Dieu qui a été mon berger depuis que je suis jusqu’à ce jour ». De quels soins fidèles il a été l’objet tout le long du chemin ! Il a éprouvé lui aussi ce que David exprimera plus tard : « ta houlette et ton bâton, ce sont eux qui me consolent » (Ps. 23:4). Et il peut encore ajouter : « l’Ange qui m’a délivré de tout mal » ; il n’a pas seulement expérimenté l’amour de Dieu dans tout l’exercice de la discipline qui lui a été dispensée, il a aussi éprouvé sa puissance en secours et délivrance. Malgré tous ses manquements, au travers de tous ses manquements, Dieu a été fidèle, Jacob peut en rendre témoignage au soir de sa vie ! C’est à un tel Dieu qu’il est heureux de pouvoir remettre Joseph et les fils de Joseph, c’est sa bénédiction qu’il réclame sur eux.

 

2.2      Avons-nous marché devant la face de Dieu ?

Arrivés à une nouvelle étape du chemin, nous pouvons aussi jeter un regard en arrière. Avons-nous marché devant la face de Dieu ? Cette question nous amène à baisser la tête, puisse-t-elle nous conduire à une vraie et profonde humiliation ! Elle nous fait toucher du doigt notre extrême faiblesse et mesurer le déclin, en considérant ce qu’ont été la marche et le témoignage de nos devanciers. Sans doute, ils n’ont pas été exempts de défaillances, ils étaient des hommes, mais ils ont été caractérisés par la piété, la crainte de Dieu, la simplicité de la foi, l’obéissance à la Parole. Nous pouvons bien parler du Dieu « devant la face duquel ont marché nos pères », mais chacun de nous ne peut-il ajouter : « le Dieu qui a été mon berger depuis que je suis jusqu’à ce jour, l’Ange qui m’a délivré de tout mal » ? N’en avons-nous pas fait l’expérience au cours de l’année qui vient de s’écouler, comme nous l’avions déjà faite au cours des années précédentes ? Au travers des difficultés du chemin, en présence des dangers, face aux pièges de l’ennemi, combien nous avons été heureux d’éprouver la fidélité de notre bon Berger, la puissance de Celui qui nous a secourus et délivrés ! Qu’en eût-il été de nous si nous n’avions eu de telles ressources à notre disposition ? Ces ressources demeurent pour le chemin qui est devant nous, Dieu soit béni !

 

2.3      Que Dieu bénisse ces jeunes hommes !

Ne pouvons-nous aussi réclamer la bénédiction de ce Dieu fidèle dans son amour et sa puissance sur les générations qui nous suivent et qui auront à grandir, si l’Église est laissée quelque temps encore ici-bas, au milieu d’un monde dont les caractères s’affirment toujours davantage, où les ruses de l’adversaire sont de plus en plus subtiles, dans lequel il devient de plus en plus difficile de vivre un vrai christianisme ? Oui, que Dieu « bénisse ces jeunes hommes » ! Qu’Il les garde dans « les sentiers anciens » (cf. Jér. 6:16), rejetant toutes les nouveautés aux apparences séduisantes et trompeuses vers lesquelles l’ennemi voudrait nous voir nous tourner pour élargir le chemin ; qu’Il les préserve de reculer « l’ancienne borne » posée par nos pères (cf. Prov. 22:28) : Ceux-ci ont marché « devant la face de Dieu » et ont acquis dans la communion avec Lui, une sagesse, un discernement spirituel, une sûreté de jugement que nous devons reconnaître avec respect et crainte, nous abstenant des critiques ou des innovations qui sont souvent le fruit de l’irréflexion et de la présomption. Que pour cela, « ces jeunes hommes » soient vraiment « attachés au Seigneur de tout leur cœur » (Actes 11:23) ; qu’ils lisent la Parole avec prière pour y trouver la nourriture de l’âme et les enseignements qu’il faut connaître pour marcher fidèlement ; qu’ils soient — comme nous avons tous besoin de l’être — soumis à ces enseignements, gardés de raisonner ! L’étude patiente de l’Écriture nous préservera du péché commis « par erreur », la soumission à ses enseignements nous gardera du péché « par fierté » (cf. Nomb. 15:22 à 36 — Ps. 19:12, 13). Qu’ainsi « ces jeunes hommes… croissent », qu’ils se développent spirituellement et soient rendus capables de faire face aux responsabilités qui leur seront confiées, à la gloire de Dieu !

 

2.4      Vie de Jacob : L’Ange qui m’a gardé de tout mal

Sans entrer dans trop de détails concernant la vie de Jacob, nous aimerions rappeler quelques faits marquants de cette longue existence, si riche d’instructions pour nos âmes. Ce rappel nous fera mieux comprendre ce que sont les soins du Berger, ce qu’est la puissance de « l’Ange », comment Jacob a été formé, discipliné pendant tant d’années pour qu’à la fin il soit rendu capable de porter du fruit pour Dieu. Tout cela illustre le travail de la grâce divine en nous, l’exercice de la discipline du Père envers ses enfants afin de nous amener à « participer à sa sainteté » et à « porter du fruit » (cf. Héb. 12:10 ; Jean 15:2, 8). Dieu a commencé une bonne œuvre en nous, Il l’achèvera jusqu’au jour où tous les résultats en seront manifestés à sa gloire ! (cf. Phil. 1:6). Que cette pensée nous encourage, qu’elle nous conduise aussi à de sérieux exercices devant Dieu de manière que nous puissions mieux saisir le pourquoi des disciplines diverses par lesquelles Il trouve bon de nous faire passer ! Le « fruit paisible de la justice » sera alors produit (cf. Héb. 12:11).

 

2.4.1       Avant la naissance

Dès avant la naissance de Jacob, deux enfants « s’entrepoussaient » dans le sein de Rebecca leur mère (Gen. 25:22). Cette opposition des deux natures s’est poursuivie dans la suite (ib. 23) et a marqué les rapports de Jacob et d’Ésaü son frère. Au commencement de sa vie, Jacob est « un homme simple, qui habitait les tentes » (ib. 27), c’est-à-dire un homme satisfait de ce que Dieu lui donne et vivant comme un voyageur ici-bas. Heureux début d’une vie qui aura une fin plus heureuse encore, mais après combien de faux-pas, combien de disciplines variées dispensées par un Dieu fidèle !

 

2.4.2       Bénédiction acquise par ruse

La bénédiction de Dieu était assurée à Jacob car l’Éternel avait dit : « le plus grand sera asservi au plus petit » (Gen. 25:23). Mais cela nécessitait l’exercice de la foi et, au lieu d’attendre patiemment l’accomplissement des promesses divines, Jacob emploie pour les obtenir des moyens humains et souvent des moyens peu louables. Il pense, en quelque sorte, que la fin justifie les moyens. N’en est-il pas qui, de nos jours encore, pensent et agissent de même ? Du moment que le but poursuivi paraît être selon Dieu, peu importe, dira-t-on, le choix des moyens ! Quelle grave erreur ! Jacob a dû connaître bien des années de douloureuses disciplines pour apprendre que la foi doit être seule en exercice, ce qui est de la chair étant mis de côté. Chez Ésaü nous ne voyons que l’activité de la chair, chez Jacob une activité mélangée. Dieu prépare sur notre route de « bonnes œuvres », des œuvres de foi, afin « que nous marchions en elles » (Éph. 2:10) ; nous agirions suivant les principes de Jacob si nous cherchions à organiser nous-mêmes des œuvres ne faisant pas appel à la seule activité de la foi (et c’est l’un des dangers des œuvres collectives). Gardons-nous de fermer l’oreille aux disciplines que Dieu pourrait nous envoyer pour nous arrêter sur un tel chemin !

Après avoir acheté à Ésaü son droit d’aînesse (Gen. 25:29 à 34), Jacob, à l’instigation de sa mère, va obtenir de son père, par ruse, la bénédiction qu’Isaac, dans son aveuglement, était disposé à donner à Ésaü bien qu’elle fût la part de Jacob (Gen. 27). S’il n’avait été arrêté, Isaac aurait fait du fils de la chair l’héritier des promesses et cela, en raison de ses convoitises charnelles ! Il est toujours vrai que les « convoitises charnelles font la guerre à l’âme » (1 Pierre 2:11), l’histoire d’Isaac nous montre jusqu’où elles peuvent nous conduire, à moins que Dieu n’intervienne. C’est dans sa nourriture de prédilection, le gibier, qu’Isaac cherche de la force pour accomplir le service de Dieu ! (cf. Gen. 25:28 ; 27:3, 4). Mais ne recherche-t-on pas, aujourd’hui aussi, quelque puissance spirituelle dans les stimulants de la chair, au mépris d’Éphésiens 5:18 ?

Que dire de Rebecca ? C’est elle qui incite Jacob à tromper son père, le lui ordonnant même : « écoute ma voix dans ce que je te commanderai », et prenant sur elle la malédiction que son fils craint de voir peser sur lui (Gen. 27:9 à 13). Quel exemple donné par une mère à son fils ! Aussi Rebecca aura à subir une très dure discipline : ayant « la vie en aversion », elle restera séparée du fils qu’elle aimait et quittera ce monde sans l’avoir revu, alors qu’elle l’avait envoyé chez Laban pour qu’il « demeure avec lui quelques jours » (ib. 42 à 46).

Jacob a donc trompé son père, ajoutant un mensonge à un autre : « Je suis Ésaü… j’ai fait comme tu m’as dit… mange de mon gibier… L’Éternel, ton Dieu, me l’a fait rencontrer devant moi… », assurant encore, lorsque son père lui demande s’il est vraiment son fils Ésaü : « Je le suis » (Gen. 27:18 à 24). De sorte que par un moyen charnel, trompant, mentant, il amène Isaac à lui donner la bénédiction qui, selon Dieu, lui appartenait ! « Et Ésaü eut Jacob en haine, à cause de la bénédiction dont son père l’avait béni » (ib. 41). Pour fuir la colère d’Ésaü, Rebecca l’envoie à Charan, Isaac le lui commande (27:42 à 45 ; 28:1 à 5). Sur le chemin qui l’y conduit, l’Éternel le rencontre à Béthel, où Il le ramènera plus de vingt ans après. Des promesses inconditionnelles lui sont faites par Dieu, mais son état moral ne lui permet pas de s’en emparer et lui-même ajoute différentes conditions : « Si Dieu est avec moi et me garde dans ce chemin où je marche, et qu’il me donne du pain à manger et un vêtement pour me vêtir, et que je retourne en paix à la maison de mon père, l’Éternel sera mon Dieu ». Dans ce lieu, d’ailleurs, Jacob a peur : « Que ce lieu-ci est terrible ! ». Une conscience mal à l’aise a toujours peur dans la présence de Dieu ! (Gen. 28:10 à 22 ; cf. Gen. 3:10).

 

2.4.3       Chez Laban

Pendant plus de vingt ans, Jacob demeurera à Charan, chez Laban, frère de Rebecca, et à son service. « Dis-moi quel sera ton salaire ? » a demandé Laban, et Jacob a répondu : « Je te servirai sept ans pour Rachel, ta plus jeune fille » (Gen. 29:15 à 20). Mais Laban le trompe et, au terme de ses sept années de service, lui donne non pas Rachel mais Léa, sa fille aînée. Une telle discipline eût dû lui ouvrir les yeux et l’amener à juger ses propres manquements, ses tromperies. N’agissons-nous pas souvent comme lui ? Ne nous arrive-t-il pas de ne rien comprendre à telle discipline par laquelle nous passons, de ne rien entendre à la leçon que Dieu veut nous donner par son moyen ? Laban amène ainsi Jacob à servir encore sept années pour Rachel (ib. 27, 28) et il le garde encore pendant une troisième période de sept ans (ib. 30), sept années durant lesquelles Jacob aura à souffrir des tromperies de son oncle ; les chapitres 30 et 31 nous en donnent le récit.

 

2.4.4       Fuite de Charan

C’est alors que « Dieu se souvint de Rachel… Et elle conçut, et enfanta un fils… Et elle appela son nom Joseph… » (30:22 à 24). Et c’est après que « Rachel eut enfanté Joseph, que Jacob dit à Laban : Renvoie-moi… » (ib. 25). Mais s’il avait compté sur Dieu seul — Dieu qui lui dit : « J’ai vu tout ce que t’a fait Laban » (31:12) — il n’aurait pas eu recours à la ruse qu’il emploie pour que les agneaux qui naissaient de bêtes vigoureuses soient « rayés, marquetés, et tachetés » et, par conséquent, deviennent sa propriété et non celle de Laban, qui n’avait alors que ceux des bêtes chétives (30:25 à 43). Une nouvelle fois, Jacob trompera Laban en le laissant dans l’ignorance de son départ, tandis que de son côté Rachel vole les théraphim de son père ! (31:17 à 21).

 

2.4.5       Peniel

Une nouvelle étape commence pour Jacob. Tandis qu’il se dirigeait vers Charan, il avait vu dans un songe les anges de Dieu montant et descendant sur l’échelle dressée sur la terre et dont le sommet touchait aux cieux ; de retour de la maison de Laban, plus de vingt ans après, « les anges de Dieu le rencontrèrent » (28:10 à 12 ; 32:1). Mais la discipline par laquelle il est passé durant cette période de sa vie ne semble pas avoir porté, à ce moment-là, beaucoup de fruit : il en est toujours à ses calculs, à ses ruses. Pour apaiser la colère redoutée d’Ésaü son frère, il prend tout un ensemble de dispositions, après quoi seulement il prie, s’adressant d’ailleurs non pas à son Dieu mais au Dieu de son père Abraham et de son père Isaac. Ayant prié, au lieu d’attendre la réponse divine, il en revient aussitôt au plan qu’il avait déjà conçu pour amener Ésaü à de meilleurs sentiments envers lui. Il fait passer le gué de Jabbok à Rachel et Léa, à ses deux servantes, à ses onze enfants ; après quoi il « resta seul » (32:3 à 24). C’est la scène de Peniel. Tout d’abord, Dieu « lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore » : Jacob apprit cette importante leçon, savoir que Dieu ne peut améliorer la chair, elle est inimitié contre Lui, Il doit la briser. « Il toucha l’emboîture de sa hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob fut luxée » (32:25). Ensuite, le « moi » une fois brisé, Jacob manifeste l’énergie de la foi, et maintenant c’est lui qui lutte avec Dieu : « Je ne te laisserai point aller sans que tu m’aies béni » (ib. 26). Cette bénédiction qu’il réclame, pour laquelle il lutte jusqu’à la victoire, il ne l’obtiendra pas par ruse, comme il avait obtenu celle d’Isaac ! Quel important changement chez lui ! Dieu l’amène à dire son nom, ce nom de Jacob qui rappelle toute son histoire, mais c’est pour lui donner un nouveau nom, celui d’Israël, vainqueur (ou prince) de Dieu. Cependant, Dieu ne répond pas à sa prière : Il ne lui fait pas connaître Son propre Nom, car Jacob n’était pas encore en état de jouir de la communion avec Dieu. Il était en effet sous une discipline qui était le châtiment de ses fautes et, sous une telle discipline, la communion avec Dieu ne peut pas être goûtée. La suite du récit nous montre d’ailleurs que Jacob n’était pas encore à même de connaître la joie de cette précieuse communion : voyant Ésaü, il reprend à nouveau l’emploi des moyens qu’il avait précédemment imaginés et qui étaient bien inutiles car Dieu, répondant sans doute à sa prière, avait incliné le cœur de son frère qui « courut à sa rencontre, et l’embrassa » (33:4 ; cf. 32:9 à 12). Ésaü apaisé, Jacob va pourtant le tromper encore : il lui demande de passer devant, promettant de le retrouver à Séhir, mais au lieu de s’y rendre, il « s’en alla à Succoth » où il « bâtit une maison pour lui », perdant ainsi son caractère de voyageur. De là, il se dirige vers la ville de Sichem (33:12 à 20) où se dérouleront les affligeantes circonstances relatées au chapitre 34.

 

2.4.6       Monte à Béthel

« Et Dieu dit à Jacob : Lève-toi, monte à Béthel… » (35:1), à Béthel où Il lui était apparu tandis qu’il s’enfuyait de devant la face d’Ésaü. L’Éternel le ramène comme Il le lui avait promis, Il a été avec lui, Il l’a gardé partout où il a été, Il ne l’a jamais abandonné jusqu’à ce qu’Il ait fait tout ce qu’il avait dit (comp. 28:15). Et cela quoi qu’il en ait été de la conduite de Jacob ! Quel berger fidèle ! Ce retour à Béthel marque une étape très importante de l’histoire de Jacob : il a maintenant compris ce qu’implique la présence de l’Éternel, et pour lui et pour sa maison ; il monte à Béthel dans l’état qui correspond à la sainteté de la maison de Dieu et il bâtit un autel au Dieu « qui lui a répondu au jour de sa détresse, et qui a été avec lui dans le chemin où il a marché » (35:2 à 5). Et là, l’Éternel lui donne comme à nouveau ce nom d’Israël qu’il avait déjà reçu à Peniel, tandis que — ce qu’Il n’avait pu faire à Peniel, et nous avons vu pourquoi — Il se révèle à lui comme « le Dieu Tout-puissant » (ib. 9 à 12). Désormais, Jacob jouit de la communion avec Dieu, la forme de discipline qu’il a connue jusqu’alors a pris fin. Il semble donc que, dans la condition où il se trouve maintenant, Dieu devrait aplanir son chemin et lui épargner toute épreuve. Et pourtant, depuis ce moment-là et pendant cette période de trente-quatre ans qui va suivre, Jacob a traversé les épreuves les plus douloureuses de sa vie. Il va connaître alors une autre discipline, celle dont Dieu se servira, non plus pour le ramener mais pour le préparer, le former, afin que pendant les dix-sept dernières années de sa vie il puisse être « utile au maître ».

 

2.4.7       Les deuils

Il passe par un premier deuil : Debora, la nourrice de Rebecca (35:8). Quel enseignement pour lui ! Rebecca, dans une activité charnelle, l’avait incité à tromper Isaac. Il fallait que cela fût jugé jusque dans sa racine : Jacob devait remonter non pas seulement jusqu’à Rebecca, mais jusqu’à celle dont le lait l’avait nourrie ! Retenons cette importante leçon : le péché doit toujours être jugé jusqu’à ses origines les plus lointaines, jusqu’à ses causes les plus profondes. — Ensuite, c’est un nouveau deuil : Rachel (ib. 19). Ici, c’est le cœur de Jacob qui est touché, ce sont les affections de celui qui avait servi Laban pour avoir Rachel, qui sont meurtries ; et que de choses étaient à juger chez lui relativement à son séjour chez Laban ! — Puis, c’est Isaac qui est retiré (ib. 29). Ce n’est probablement pas ici qu’il faut placer chronologiquement la mort d’Isaac, mais l’Esprit de Dieu l’y place moralement. Pour Jacob, c’est encore quelque chose à juger, un lien avec le passé qui est brisé ! Ces trois deuils l’amènent à juger ses ruses, ses tromperies ; pour lui, c’en est désormais fini avec ce passé aux souvenirs si douloureux. Dans sa grâce, Dieu lui a retiré ceux dont la seule présence aurait suffi à les lui rappeler !

Jacob avait reçu de Dieu, alors qu’il était chez Laban, Joseph — ce qui l’avait amené à dire à son beau-père : « Renvoie-moi… » (30:25) ; après son retour à Béthel, il reçoit Benjamin, tous deux nés de Rachel et types de Christ. C’est à l’égard de Joseph et de Benjamin que Jacob va maintenant connaître des épreuves qui déchireront son cœur de père mais qui, sans doute, rendront plus précieux à ses yeux et Joseph et Benjamin ! Les disciplines que Dieu nous dispense pour notre formation spirituelle, pour notre préparation au service, ont pour résultat de rendre Christ plus précieux à notre cœur. Ne vaut-il pas la peine de les traverser, quelque souffrance que nous puissions ressentir, pour en goûter tout le fruit à la fin ? — La discipline qui a précédé le retour de Jacob à Béthel était un châtiment de Dieu, juste rétribution de ses mensonges et de ses tromperies et elle lui était envoyée en vue de le ramener dans le sentier de la justice et de la sainteté, dans le chemin de la droiture ; celle qu’il doit endurer à son retour à Béthel constitue une discipline qui a pour but de l’amener à juger non seulement ses voies mais encore son péché jusqu’à ses origines les plus lointaines et les plus profondes — ce sont les deuils de Genèse 35. Celle qu’il va connaître ensuite, au sujet de Joseph et Benjamin, présente plus particulièrement le caractère d’une discipline « formative » dont les fruits seront manifestés pendant les dernières années de son pèlerinage, celles qu’il passera en Égypte. En figure, c’est la discipline qui a pour résultat de lier étroitement les affections du cœur à la personne de Christ.

 

2.4.8       Perte de Rachel et Benjamin

Jacob avait aimé Rachel plus que Léa (Gen. 29:30), Dieu lui reprit Rachel. « Israël aimait Joseph plus que tous ses fils » (37:3), Dieu lui reprit Joseph ! Plus exactement, Jacob crut pendant plus de vingt ans que Dieu le lui avait repris : il le considéra d’abord comme ayant été dévoré par une mauvaise bête (37:33 à 35) et lorsque, plus tard, ses fils vinrent lui dire : « Joseph vit encore », « son cœur resta froid, car il ne les crut pas » (45:26 — voir aussi 42:36). Mais il fallait, d’une part, que les frères de Joseph fussent amenés au jugement de leur grave péché et d’autre part, que Jacob réalisât un dépouillement complet de tout ce dont la discipline de Dieu voulait le débarrasser. Les circonstances sont dirigées par Dieu de telle manière que Benjamin, qu’il avait voulu garder auprès de lui tandis que ses autres fils se rendaient en Égypte dans un jour de famine pour y acheter des vivres, doive y aller lui aussi. De prime abord, Jacob refuse : « Joseph n’est plus, et Siméon n’est plus, et vous voulez prendre Benjamin ! Toutes ces choses sont contre moi » (42:36). Que de fois il nous semble aussi que « tout est contre nous », alors que Dieu nous dépouille pour nous bénir à la fin ! Mais la pression des circonstances devient telle — « la famine pesait sur le pays » (43:1) — que Jacob se courbe sous la main de Dieu et finit par laisser aller Benjamin, en disant : « Et moi, si je suis privé d’enfants, j’en serai privé » (ib. 14). Quel contraste entre la condition morale de Jacob à ce moment-là et tout ce qu’il avait manifesté dans le passé ! Résultat merveilleux des soins et de la discipline de « Celui qui a été son berger » jusqu’au bout de son voyage ! Toutes les souffrances endurées au travers de disciplines douloureuses étaient en vue de cette fin ! Désormais, Dieu pourra le bénir abondamment et la fin de sa vie témoignera de toute l’œuvre de la grâce divine en lui ! — Quel encouragement de savoir que Dieu peut opérer en nous aujourd’hui le même travail merveilleux qu’Il a opéré autrefois en Jacob !

 

2.4.9       Jouissance finale de la bénédiction

Les frères de Joseph ayant été conduits au jugement de leur péché, Jacob ayant été dépouillé et formé par la discipline, Dieu le conduit en Égypte où il retrouve Joseph qui « pleura longtemps sur son cou ». C’en est assez pour Jacob : « Que je meure à présent, après que j’ai vu ton visage, puisque tu vis encore » (Gen. 46:29, 30). En figure, au terme de la discipline, l’âme jouit de Christ de telle manière qu’elle ne désire rien d’autre ; elle peut dire en vérité : « ma coupe est comble » ! — Mais Dieu voulait mettre en évidence tous les fruits de son œuvre en Jacob, Il le fera pendant cette dernière étape de la vie du patriarche. Avec quelle dignité Jacob bénit le Pharaon, rappelant que « les jours des années de sa vie », bien qu’ils aient atteint cent trente ans, ont été « courts et mauvais ». Comme il avait conscience d’avoir perdu la plupart des jours de sa vie ! Puis, il demande à Joseph de l’enterrer non pas en Égypte mais dans le sépulcre de ses pères, dans la bienheureuse attente de la résurrection d’entre les morts (Gen. 47:29 à 31). Il « se prosterne sur le chevet du lit » et « adore, appuyé sur le bout de son bâton ». Le chapitre 48 retrace la scène de la bénédiction des fils de Joseph : avec un discernement remarquable, Jacob pose sa main droite sur la tête d’Éphraïm, bien qu’il fût le plus jeune, et sa main gauche sur la tête de Manassé, tandis qu’à Joseph lui faisant observer que Manassé est le premier-né il répond : « Je le sais, mon fils, je le sais… ». Son cœur a dû souffrir de devoir répondre ainsi, en un tel moment, à Joseph, son fils bien-aimé ; mais il ne se laisse pas guider par ses sentiments, il n’y a chez lui aucune activité charnelle, c’est avec tout le discernement spirituel que lui donne sa foi et qui est aussi le fruit de la discipline par laquelle il a été formé, qu’il « bénit Joseph » (v. 15, 16). Puis, il groupe tous ses fils autour de lui : « Assemblez-vous, et je vous ferai savoir ce qui vous arrivera à la fin des jours » (49:1). Instruit dans la pensée de Dieu, ayant la connaissance du « secret de l’Éternel », il prononce alors la remarquable prophétie que contient ce chapitre 49 de la Genèse, prophétie dont une partie est accomplie tandis que l’autre le sera dans un jour à venir.

 

Que ce raccourci nous conduise à lire et méditer ce que la Parole inspirée nous rapporte de la vie de Jacob et des voies de Dieu à son égard ! Nous y verrons mieux encore que dans ces quelques pages les soins d’un Berger fidèle à l’égard de l’une de ses brebis, le déploiement de la puissance de « l’Ange » qui veut « garder de tout mal » un Jacob, comme aussi tous les Jacobs qui se succèdent dans tous les âges ! Que cela nous encourage, mais aussi nous exerce tout au long d’une nouvelle étape du chemin au travers des disciplines diverses qui nous sont dispensées par Celui qui reste le « Dieu de Jacob » et qui est notre Père, un Père qui « nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté ». Ne perdons pas courage, ainsi que la Parole nous y exhorte, mais gardons-nous aussi de « mépriser la discipline du Seigneur », de fermer l’oreille à l’enseignement qu’Il veut nous donner par son moyen. Tout au contraire, soyons exercés par elle — que l’exemple de Jacob nous y encourage et nous soutienne au travers de l’exercice — et, plus tard, sera produit « le fruit paisible de la justice » à la gloire de « Celui qui a été notre Berger » jusqu’à ce jour et qui le sera jusqu’à la fin !

 

 

3        Fruits de l’épreuve

ME 1970 p.3

Toute épreuve devrait produire des fruits non seulement pour nous-mêmes mais encore pour notre entourage et, enfin et surtout, pour la gloire du Seigneur.

 

3.1      Caractère varié des épreuves

Les épreuves que Dieu nous dispense, dans sa sagesse et son amour, n’offrent pas toutes le même caractère. Ce peut être parfois un châtiment mérité par notre infidélité ; mais, plus généralement, Dieu nous envoie des épreuves comme discipline, dans le sens le plus étendu du terme : elles nous sont nécessaires pour notre formation spirituelle, ou encore pour nous préserver de dangers auxquels il sait que nous pourrions être exposés. Une épreuve peut fort bien nous atteindre — et il en est ainsi au moins dans le premier cas, c’est-à-dire quand « nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde » (1 Cor. 11:32) — alors que notre cœur n’est pas en bon état, alors que nous ne nous sommes pas jugés nous-mêmes. Mais si nous comprenons, au moins dans une mesure, pourquoi Dieu nous l’envoie et ce qu’Il veut nous dire par ce moyen, si nous sommes soumis à sa volonté et assurés qu’il nous éprouve pour nous faire « du bien à la fin » (Deut. 8:16), un travail s’opérera dans notre cœur et notre conscience, dont les fruits seront manifestés ensuite.

 

3.2      Épreuve de la foi

L’épreuve peut être aussi l’épreuve de la foi. Elle atteint alors un croyant fidèle, dans le cœur duquel Dieu a discerné une foi qui l’honore et qu’il veut manifester au-dehors — c’est l’un des buts de cette épreuve — en vue, d’une part, de l’édification et de l’encouragement des saints et, d’autre part, pour sa propre gloire. Le but final en sera pleinement mis en lumière au jour de Christ.

 

3.2.1       Jacques 1:2,3

L’apôtre Jacques nous exhorte à estimer « comme une parfaite joie » le fait d’être « en butte à diverses tentations » et cela parce que, ajoute-t-il, « l’épreuve de votre foi produit la patience » (1:2, 3). L’épreuve produit, dans notre cœur naturel, une certaine impatience : nous ne l’aimons pas et nous voudrions qu’il y soit mis un terme très vite ; mais le travail de Dieu, opéré au sein même de l’épreuve, brise la volonté propre et soumet notre volonté à la sienne, de telle sorte que la patience est produite et manifestée. Il y a là, pour le croyant éprouvé, un motif de se réjouir. — De même, si nous traversons une épreuve par le moyen de laquelle nous avons « part aux souffrances de Christ », nous pouvons nous réjouir déjà maintenant, et que sera-ce « à la révélation de sa gloire » ? À ce moment-là, il n’y aura plus rien de ce que nous pouvons connaître présentement et qui, parfois, nous empêche de nous réjouir pleinement dans l’épreuve : nous nous réjouirons alors « avec transport » (1 Pierre 4:12 ,13).

 

3.2.2       Romains 5:3-5

L’épreuve ne produit pas seulement en nous la patience, mais encore « l’expérience » — expérience de la fidélité de Dieu, de la sympathie et des soins du Seigneur — et « l’espérance » (Rom. 5:3 à 5).

L’espérance est ravivée dans nos cœurs, nous sommes amenés à en jouir plus profondément, l’amour de Dieu étant versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint.

2 Corinthiens 4 nous parle d’épreuves dont les fruits sont produits en celui qui les endure, pour lui-même sans doute, mais aussi en lui pour d’autres. Dans le premier chapitre de cette 2ème épître aux Corinthiens, l’apôtre nous dit qu’il a été consolé pour qu’à son tour il puisse en consoler d’autres (v. 3 à 7) ; ici, c’est un vase brisé pour que d’autres goûtent les fruits qui en résulteront. Dans le « vase de terre », il y a un « trésor » ; il faut que le vase soit brisé pour que le trésor puisse être vu et apprécié, pour que ceux que Paul avait à servir puissent en jouir. Aussi, l’apôtre est-il « dans la tribulation de toute manière... dans la perplexité... persécuté... abattu... », il « porte toujours partout dans le corps la mort de Jésus » et cela, afin que la vie de Jésus soit manifestée dans son corps. Davantage encore, Dieu le « livre à la mort » ; ainsi donc, écrit-il aux Corinthiens, « la mort opère en nous, mais la vie en vous » (4:7 à 18). — Pensons-nous assez aux fruits que Dieu veut produire en ceux qui composent notre entourage familial, ou encore dans l’assemblée, par le moyen des épreuves qu’il nous envoie ? Nous connaissons peut-être une grande souffrance dans un chemin difficile, mais combien nous y sommes réconfortés si nous pouvons nous dire qu’il y aura du fruit produit en nous et également en ceux qui sont auprès de nous !

 

3.2.3       1 Pierre 1:6-7

Dans le premier chapitre de la 1ère épître de Pierre, il est question de l’aspect le plus élevé. La foi est éprouvée, comme l’or dans le creuset, afin d’en montrer la réalité et, d’autre part, de l’élever à un plus haut degré de pureté. C’est au creuset que l’on reconnaît la qualité de l’or. Et l’or du creuset par lequel passe un croyant éprouvé deviendra une couronne immortelle, à la gloire de Christ ! Vous êtes, écrit l’apôtre Pierre, « affligés maintenant pour un peu de temps par diverses tentations, si cela est nécessaire, afin que l’épreuve de votre foi, bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, soit trouvée tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de Jésus Christ » (1:6, 7). Y a-t-il plus précieux encouragement pour le croyant qui traverse une telle épreuve ?

 

3.3      Épreuve de l’amour et de l’obéissance

Si Dieu éprouve notre foi, il éprouve également notre amour. Il le fait pour voir, pour montrer (à nous-mêmes et à ceux qui nous entourent) si nous l’aimons pour Lui ou pour les biens qu’il nous dispense, si nous l’aimons autant quand il nous frappe que lorsqu’il nous comble de bienfaits, si nous l’aimons « en action et en vérité » ou seulement « de parole » ou « de langue » (1 Jean 3:18). Pour cela, il met à l’épreuve notre obéissance, car on ne peut prétendre aimer le Seigneur si l’on n’obéit pas à la Parole (cf. Jean 14:21, 23 ; 1 Jean 5:2). Il nous place alors — qu’il s’agisse d’un croyant ou d’une assemblée — dans une circonstance particulière où il nous en coûte d’obéir, car cela demande un sacrifice que nous estimons trop grand... Un « commandement » est devant nous ; nous ne pouvons nous résoudre à y obéir et nous cherchons des excuses : nous ne sommes plus sous la loi, dirons-nous peut-être — ce qui est vrai, mais prenons garde, car nous justifierions ainsi, à nos yeux, toutes les désobéissances et, d’autre part, le fait que nous sommes sous la grâce ne nous dispense pas de l’obéissance, bien au contraire (cf. Rom. 6:14 ; 8:2 à 6 ; 1 Pierre 1:2, 13 à 16, 22, 23) — ou encore, nous observerons ce que fait tel ou tel croyant dont la marche laisse à désirer, pensant que ses écarts peuvent bien autoriser les nôtres... Ne perdons pas de vue dans des circonstances semblables que, par l’obéissance, la mise à l’épreuve est, en fait, celle de notre amour pour le Seigneur. Si vraiment il nous en coûte trop d’obéir, s’il nous apparaît impossible de nous y résoudre, c’est l’état de notre cœur qu’il convient d’examiner en tout premier lieu, c’est la prière de David qu’il faut reprendre : « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps. 139:23, 24). État du cœur et obéissance, les deux choses sont liées dans les paroles que Moïse adresse au peuple au terme de son voyage dans le désert : « Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t’humilier et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu garderais ses commandements, ou non ». (Deut. 8:2). Malgré la souffrance, l’obéissance est facile et heureuse pour un cœur qui aime ! Tandis qu’elle est impossible, ou en tout cas très difficile pour celui dont les affections sont plus ou moins attiédies. — Considérons Celui qui est notre parfait Modèle : certes, il a connu la souffrance dans le chemin de l’obéissance — il a « appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5:8) — mais avec quelle joie il a obéi : « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au-dedans de mes entrailles » (Ps. 40:8).

 

3.4      Les érpeuves nous sont pas seulement des afflictions

Le mot épreuve est généralement pour nous synonyme de deuils, maladies, accidents ; mais ce n’est là que le sens figuré de ce terme. En fait, une épreuve c’est une circonstance permise ou envoyée par Dieu pour manifester notre état intérieur, l’état de notre cœur, et pour produire « du bien à la fin ». Comme on l’a souvent remarqué, la prospérité matérielle n’est pas aujourd’hui, comme elle l’était autrefois en Israël, le signe indubitable de la bénédiction divine ; ce peut être une épreuve par laquelle Dieu nous fait passer pour que, comme jadis Ézéchias, nous apprenions ce qu’il y a au fond de notre cœur, pour que nous montrions de quel objet il est véritablement rempli (cf. 2 Chron. 32:27 à 31). Ce n’est pas l’épreuve la plus douloureuse, mais c’est sans doute la plus difficile à traverser, car l’exhortation de l’Écriture est vite oubliée : « Si les biens augmentent, n’y mettez pas votre cœur » (Ps. 62:10). Un croyant ayant à connaître une telle épreuve est sans doute en danger de se complaire dans les satisfactions que lui procurent les richesses matérielles et à perdre la jouissance des « choses qui sont en haut », de Christ Lui-même (cf. Col. 3:1 à 3). Si son désir est d’employer fidèlement pour le Seigneur les biens qui lui ont été confiés, il y a là pour lui un sujet d’exercice continuel, souvent pénible, pour que ses libéralités n’aient d’autre résultat que le bien spirituel de ceux qui en bénéficient et « des actions de grâces à Dieu » (2 Cor. 9:11).

 

3.5      Dieu veut que les épreuves produisent des fruits

Dieu ne veut pas chez les siens d’un christianisme qui ne serait qu’apparence extérieure, il « regarde au cœur » (1 Sam. 16:7). Il ne se satisfait pas d’une simple profession chrétienne, il veut de la réalité, dans nos vies individuelles et dans la vie des assemblées. C’est pourquoi il nous dispense des épreuves qui, avec leurs caractères divers, ont en définitive un même but : manifester ce qu’il y a dans notre cœur — dans le cœur d’un croyant ou dans l’assemblée — et opérer en nous un travail nécessaire et fructueux. Si, parvenus au terme d’une nouvelle année de grâce que Dieu a trouvé bon de nous donner, nous jetons un regard en arrière, nous pouvons considérer bien des épreuves qui nous ont été dispensées par un bon et tendre Père. Posons-nous la question : quels fruits y en a-t-il eus ? Peut-être pas toujours tous ceux que Dieu aurait voulu produire... Que cela nous humilie ! Que cela aussi nous conduise à lui demander qu’au cours de l’année qui commence — si la patience du Seigneur dure encore et s’il nous laisse en ce monde jusqu’à ce qu’elle s’achève — au travers des épreuves diverses par lesquelles nous aurons à passer, soient produits les fruits précieux pour lesquels elles nous seront envoyées, non seulement en nous mais aussi pour ceux qui nous entourent et, par dessus tout, pour que le Seigneur soit glorifié !

 

 

4        « Bienheureux ceux qui endurent l’épreuve avec patience » — Jacques 5:11

ME 1974 p.29

4.1      L’épreuve de Job

À en juger d’après les apparences rien ne manquait à Job, pas plus à sa richesse matérielle qu’à sa condition morale. L’Éternel, dans les paroles qu’il adresse à Satan, pouvait rendre de lui ce beau témoignage : « As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal ? ». Des bénédictions abondantes lui avaient été dispensées : ayant sept fils et trois filles, un très grand nombre de serviteurs et d’importants troupeaux, « cet homme était plus grand que tous les fils de l’orient » et Dieu l’avait « entouré de toutes parts d’une haie de protection lui, et sa maison, et tout ce qui lui appartenait » (Job 1:8 ; 2 et 3 ; 10). Mais en très peu de temps Satan — agissant avec la permission divine et dans les limites qui lui avaient été assignées — lui ôte tout ce qu’il possédait. Nous comprenons un peu ce que devait être une telle épreuve pour le patriarche ! Elle ne le conduit cependant pas à murmurer ; tout au contraire, nous lisons : « Et Job se leva, et déchira sa robe, et rasa sa tête, et se jeta à terre et se prosterna ». Il ne peut pas ne pas sentir l’épreuve terrible qu’était la perte de tous ses biens et de tous ses enfants mais, se prosternant, il prononce les paroles si souvent rappelées : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (ib. 20, 21). Nous restons confondus et humiliés devant une telle soumission à la volonté de Dieu. — Cependant, une épreuve plus douloureuse encore devait l’atteindre. La première fois, l’Éternel avait dit à Satan : « Voici, tout ce qu’il a est en ta main, seulement tu n’étendras pas ta main sur lui » ; il lui dit maintenant : « Le voilà entre tes mains, seulement épargne sa vie » (ib. 1:12 ; 2:6). Cette deuxième épreuve était d’autant plus difficile à supporter que la femme de Job, au lieu de lui être en aide, lui déclare : « Restes-tu encore ferme dans ta perfection ? Maudis Dieu et meurs » (ib. 2:9). La soumission, la patience de Job ne sont pourtant nullement ébranlées ; il lui répond : « Tu parles comme parlerait l’une des insensées ; nous avons reçu le bien aussi de la part de Dieu, et nous ne recevrions pas le mal ? » (ib. 10). Mais l’épreuve de Job n’est pas terminée, la visite de ses trois amis va y ajouter. Certes, ils viennent lui témoigner leur compassion, mais ils restent d’abord auprès de lui « sept jours et sept nuits, et nul ne lui dit une parole » (ib. 13), et ensuite ils ne parlèrent pas de Dieu à Job comme il eût convenu qu’ils le fassent (ib. 42:7). — Remarquons ici combien il est difficile de faire une visite utile et bienfaisante à ceux qui traversent une grande épreuve. Il faut véritablement être conduit, dirigé par le Seigneur et avoir, de sa part, les paroles à propos ; sans quoi, la visite, faite avec les meilleures intentions et pour manifester une réelle sympathie, peut produire des sentiments d’amertume dont le visiteur n’a généralement pas conscience. Que, à cet égard notamment, le livre de Job soit pour nous une instruction profitable !

 

4.2      Des marques d’impatience, voire de révolte

Jusqu’à ce moment-là, Job a manifesté une pleine soumission et une grande patience ; aussi comprenons-nous que l’Esprit de Dieu, par la plume de l’apôtre Jacques, nous parle de « la patience de Job » (Jacques 5:11). Mais, dans la suite, que de paroles ont été prononcées par Job, douloureusement affligé, irrité par les remarques de ses amis — paroles qui traduisent bien des mouvements d’impatience, parfois même une certaine révolte. Citons-en quelques-unes, parmi bien d’autres. Éliphaz dit à Job : « Mais maintenant le malheur est venu sur toi, et tu es irrité ; il t’atteint, et tu es troublé » (4:5). Plus loin, c’est Job lui-même qui déclare : « Quelle est ma force pour que j’attende, et quelle est ma fin pour que je patiente ? » — « Je suis excédé d’agitations jusqu’au point du jour » — « Et mon âme choisit la suffocation — plutôt la mort que mes os : j’en suis dégoûté ; je ne vivrai pas à toujours. Laisse-moi, car mes jours sont vanité. Qu’est-ce que l’homme que tu fasses grand cas de lui, et que ton cœur s’occupe de lui, et que tu le visites chaque matin, que tu l’éprouves à tout moment ? Pourquoi ne détournes-tu pas les yeux de moi, et ne me laisses-tu pas tranquille jusqu’à ce que j’aie avalé ma salive ? » — « Mon âme est dégoûtée de ma vie ; je laisserai libre cours à ma plainte, je parlerai dans l’amertume de mon âme » (6:11 ; 7:4, 15 à 19 ; 10:1).

 

4.3      Ce que Dieu pense des paroles de Job

Mais de telles expressions ne doivent pas nous amener à penser que Dieu ait jugé sévèrement le comportement de Job au travers de son épreuve. Tout au contraire, dans les paroles qu’à la fin il adresse à Éliphaz, il met en opposition, d’une part, les paroles dites par les trois amis et, d’autre part, celles de Job : « Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux compagnons, car vous n’avez pas parlé de moi comme il convient, comme mon serviteur Job » (42:7 — et encore la fin du v. 8).

Ceux qui ne sont pas eux-mêmes dans le creuset de l’épreuve sont tenus pour pleinement responsables des paroles inconsidérées qu’ils peuvent être amenés à prononcer, tandis que Dieu est plein de compassion pour les siens dans la fournaise et, en quelque sorte, ne s’arrête pas à ce qu’ils ont pu dire de regrettable en des moments aussi douloureux. Oui, « il sait de quoi nous sommes formés » (Ps. 103:14) et comprend parfaitement tout ce que nous pouvons ressentir.

 

4.4      La fin du Seigneur 

« Vous avez ouï parler de la patience de Job » (Jacques 5:11). Ce verset nous dit aussi quelle est « la fin du Seigneur » : il est « plein de compassion et miséricordieux ». L’épreuve de Job était sans aucun doute « nécessaire » (cf. 1 Pierre 1:6) ; Dieu l’avait permise pour son plus grand bien, mais tandis qu’il la traversait les compassions du Seigneur se déployaient en sa faveur. Quel encouragement pour ceux qui connaissent de douloureux chemins, d’amères détresses ! Et, autre encouragement encore, il y a un vrai bonheur à endurer l’épreuve avec patience : « Voici, nous disons bienheureux ceux qui endurent l’épreuve avec patience » (Jacq. 5:11). Au sein de grandes douleurs, au travers de bien des larmes, le croyant qui « endure l’épreuve avec patience » est un « bienheureux ». C’est la Parole même qui nous en assure et c’est aussi l’expérience faite si souvent par tant de rachetés, ayant eu à connaître, ou connaissant des moments particulièrement douloureux.

Le chapitre 42 de son livre nous montre ce que furent les résultats de l’épreuve de Job. Ils sont au moins au nombre de trois :

·             un enrichissement profond dans la connaissance du Seigneur : « Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu » (v. 5) ;

·             cet enrichissement conduit à l’humiliation et à la repentance, au dépouillement de soi-même : « C’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (v. 6). — Quel contraste avec ce que Job avait dit précédemment : « comme un prince je m’approcherais de lui... » (31:37) !

·             d’abondantes bénédictions sont ensuite répandues sur Job (v. 10 à 17).

 

4.5      Résumé - conclusion

Que la lecture et la méditation du livre de Job nous instruisent et soient pour nous un précieux encouragement dans les épreuves si diverses et si nombreuses qui nous atteignent les uns ou les autres, directement ou indirectement. Si nous sommes appelés à les traverser, puissions-nous :

·             croître dans la connaissance du Seigneur. Nous avons souvent entendu parler de lui, mais le voir, Lui, avec nous, tout près de nous, dans des jours de grande épreuve, goûter quelque chose de ce qu’il veut être pour nous en de tels moments, quel enrichissement pour notre âme et pour notre cœur !

·             occupés et nourris de Christ, réaliser un réel dépouillement de soi-même, afin de pouvoir dire avec Job : « J’ai horreur de moi... » ;

·             apprécier les bénédictions, de quelque nature qu’elles soient, dont le Seigneur se plaît à nous combler comme fruits bénis de l’épreuve. S’il humilie et éprouve, c’est toujours pour bénir à la fin (cf. Deut. 8:16).

 

« Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle » (Héb. 12:11).

 

 

5        Encouragements dans l’attente de la délivrance. És. 51

ME 1972 p. 235

5.1      Quand on croit que Dieu nous délaisse, comme un homme qui dort

« Réveille-toi, réveille-toi, revêts-toi de force, bras de l’Éternel ! » (És. 51:9). Au travers de la détresse qu’il aura à traverser, le résidu criera à l’Éternel, faisant appel à la puissance de son bras pour être délivré. Sans doute aura-t-il alors le sentiment que l’Éternel est comme un homme qui dort et ne s’occupe pas des siens, pourtant au sein de la fournaise : c’était le sentiment éprouvé par les disciples dans la nacelle (type du résidu de la fin), au milieu du « grand tourbillon de vent », tandis que « les vagues se jetaient dans la nacelle ». Réveillant leur Maître, qui « était, lui, à la poupe, dormant sur un oreiller », ils lui dirent : « Maître, ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » (Marc 4:35 à 41).

De la même manière, au milieu de grandes difficultés, d’épreuves douloureuses, il nous semble parfois que le Seigneur nous délaisse, que sa puissance a cessé de se déployer en notre faveur... Lorsqu’il en est ainsi, le cri de détresse du résidu n’est-il pas dans nos bouches, ou peut-être seulement dans nos cœurs, bien que nous n’en reprenions pas exactement les mêmes expressions ? Si nous traversons de telles circonstances, ou si nous avons un jour à les connaître, la suite du passage d’Ésaie 51 sera pour nous un précieux réconfort et un encouragement de nature à soutenir notre foi, souvent chancelante.

 

5.2      Souvenir des délivrances d’autrefois

À la fin du verset 9 et dans le verset 10, le résidu fait allusion à la délivrance de l’Égypte et de son prince, au passage de la mer Rouge. La puissance de l’Éternel s’était alors magnifiquement déployée en faveur d’Israël (cf. Ex. 14:31 : « Et Israël vit la grande puissance que l’Éternel avait déployée contre les Égyptiens ; et le peuple craignit l’Éternel, et ils crurent à l’Éternel, et à Moïse son serviteur »). Pourquoi n’intervenait-il donc pas maintenant avec la même puissance extraordinaire ? —Cependant, quoi qu’il en soit, la foi du résidu sait qu’il agira à son moment et, à l’avance, salue le jour de la délivrance. Quelle joie remplira alors tous les cœurs ! Déjà les fidèles peuvent en jouir au milieu de la souffrance : « Et ceux que l’Éternel a délivrés retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe ; et une joie éternelle sera sur leur tête ; ils obtiendront l’allégresse et la joie ; le chagrin et le gémissement s’enfuiront » (És. 51:11).

 

5.3      Goûter les consolations en attendant la délivrance

Mais les certitudes de la foi ne changent rien aux circonstances présentes, elles permettent seulement de les traverser, soutenu et encouragé, en glorifiant le Seigneur par une confiance qui l’honore. Heureux de trouver de tels sentiments dans le cœur du résidu, l’Éternel s’adresse à lui pour le fortifier et le consoler : « C’est moi, c’est moi qui vous console ! » (ib. 12). « C’est moi ! » N’est-ce pas par la même parole qu’il voulait rassurer les disciples troublés, sur la mer agitée : « Ayez bon courage ; c’est moi ; n’ayez point de peur » (Marc 6:50) ? « C’est moi, c’est moi... », l’expression est répétée sans doute pour que les regards de la foi soient fixés sur l’Éternel, et sur lui seul. Sa puissance est infinie, il la manifestera au moment choisi par lui et tandis que les siens sont dans la détresse, il entre en sympathie dans leur souffrance (cf. És. 63:9 : « Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse ») et, en attendant de les délivrer, il se plaît à les consoler (cf. És. 66:13 : « Comme quelqu’un que sa mère console, ainsi moi, je vous consolerai et vous serez consolés dans Jérusalem »). Comme elle est douce et précieuse, la consolation qui vient de lui ! Il sait trouver les paroles qui apaisent, apporter le baume au cœur meurtri, fortifier la foi... « C’est moi, c’est moi qui vous console ! ». Lui et nul autre ! Nul autre ne peut le faire comme lui. Il faut traverser la tribulation, l’épreuve, pour pouvoir goûter la douceur infinie des consolations de notre Ami suprême ! Dans le ciel, le temps sera à jamais passé d’entrer dans une connaissance du cœur du Seigneur ainsi manifesté.

 

5.4      Ne pas craindre l’homme

La première parole que l’Éternel adresse au résidu souffrant est accompagnée d’une seconde qui est, elle aussi, de nature à soutenir sa foi : « Qui es-tu, que tu craignes un homme qui mourra, et un fils d’homme qui deviendra comme l’herbe, et que tu oublies l’Éternel qui t’a fait, qui a étendu les cieux et fondé la terre, et que tu trembles continuellement tout le jour devant la fureur de l’oppresseur, lorsqu’il se prépare à détruire ? Et où est la fureur de l’oppresseur ? » (És. 51:12, 13). Comment, dit l’Éternel à ces fidèles, vous craignez des hommes mortels et vous perdez de vue l’infinie puissance de Celui entre les mains duquel vous êtes, qui est votre Créateur et le Créateur des mondes ! La délivrance est certaine, l’Éternel en donne la promesse (ib. 14), mais si pour le moment la tempête fait rage, il ne convient pas de s’arrêter aux causes secondes : « Mais moi, je suis l’Éternel, ton Dieu, qui soulève la mer, et ses flots mugissent : l’Éternel des armées est son nom » (ib. 15 — cf. Ps. 107:23 à 32 ; Lament. de Jér. 3:37). Celui qui opère au travers de tout, c’est « l’Éternel des armées » ; ce nom parle de sa puissance : Il commande aux armées célestes pour l’accomplissement de tout ce qu’il s’est proposé.

 

5.5      « À cause de son grand nom », l’Éternel n’abandonne pas

Le paragraphe se termine par de nouvelles assurances encourageantes pour le résidu souffrant. L’Éternel met ses paroles dans la bouche des fidèles ; c’est un réconfort pour eux que de pouvoir redire, se répéter à eux-mêmes et les uns aux autres, les paroles de consolation qui leur ont fait tant de bien ; et ils peuvent continuer, faisant l’expérience que c’est « l’ombre de sa main » qui les « couvre » et les protège, la main puissante de Celui « qui a étendu les cieux et fondé la terre ». Enfin, l’Éternel déclare à ce résidu dans la détresse : « Tu es mon peuple ! » (És. 51:16). Pourrait-il abandonner son peuple ? Alors que pourtant l’état du peuple était loin de correspondre à la pensée de Dieu, Samuel déclare à Israël : « Car l’Éternel, à cause de son grand nom, n’abandonnera point son peuple, parce que l’Éternel s’est plu à faire de vous son peuple » (1 Sam. 12:22). « À cause de son grand nom », l’Éternel ne les abandonnera pas !

 

5.6      Applications diverses aujourd’hui

Ces versets du chapitre 51 d’Ésaïe s’adressent au peuple terrestre de Dieu, plus exactement au résidu fidèle qui, aux yeux de Dieu, est véritablement son peuple. Cependant un croyant, une famille, une assemblée locale, traversant des jours de détresse, peuvent y trouver un enseignement utile et un encouragement pour la foi. Le Seigneur a opéré pour nous une délivrance plus merveilleuse encore que celle du pays d’Égypte pour Israël ; il veut maintenant nous consoler dans des jours difficiles, en attendant la délivrance, et fortifier notre foi en nous amenant à regarder à lui, au lieu de craindre des hommes ou des dangers que nous ne devrions pas redouter. Il est au-dessus des circonstances, il a la haute main sur elles, c’est lui qui les dirige et « nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Rom. 8:28). Tandis que nous connaissons des jours mauvais, il se plaît à nous redire qu’il nous couvre lui-même de l’ombre de sa main — sa main puissante, sa main qui a été percée pour nous à la croix de Golgotha — nous assurant que, sous cette protection, rien ne saurait nous atteindre. Nous sommes son peuple, le peuple céleste, l’Assemblée qu’il a aimée, pour laquelle il s’est livré lui-même et dont il s’occupe présentement sans que jamais ses regards cessent de se poser sur ceux qui la composent, jusqu’au moment où il se la présentera à lui-même, « glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable... sainte et irréprochable » (Éph. 5:25 à 27).

 

Jésus ! mon Fort et mon Rocher,

Mon grand Libérateur !

Quel ennemi peut m’approcher

Sous ton bras protecteur ?

 

La délivrance est dans ton bras,

Et l’amour dans ton cœur.

Quel bonheur ! toujours tu seras

Ma gloire et mon Sauveur !

 

 

6        Diversité de Moyens

ME 1972 p. 172, 197

Lorsque Jésus était homme ici-bas, le royaume de Dieu a été vu moralement et en puissance ; moralement, dans la manifestation des caractères de sainteté, justice, paix, joie (cf. Rom. 14:17, 18 : « Car le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint... ») et bien d’autres encore, qui ont été vus en Lui — en puissance, dans l’accomplissement des miracles par lesquels il délivrait l’homme de la main de l’ennemi (cf. Matt. 12:28 : « Mais si moi je chasse les démons par l’Esprit de Dieu », dit Jésus aux pharisiens, « alors le royaume de Dieu est parvenu jusqu’à vous »). Dans ce déploiement de puissance, tel qu’il est retracé dans les évangiles, le Seigneur a opéré de bien des manières. Nous désirons considérer quelques-unes de ces manifestations de puissance, pour notre encouragement et l’affermissement de notre foi ; nous comprendrons d’autant mieux le pourquoi de la diversité des moyens qu’il se plaît à employer, présentement, pour apporter secours et délivrance à ceux qui, au travers de leurs épreuves, regardent à Lui avec confiance, comptant sur son intervention miséricordieuse.

 

6.1      Guérison de l’aveugle-né (Jean 9)

La cécité de cet homme n’était la conséquence ni de son péché, ni de celui de ses parents, mais du péché entré dans le monde par la désobéissance d’Ève et d’Adam dans le jardin d’Éden (v. 3). Ce verset nous dit aussi que si Dieu a permis l’entrée du péché dans le monde, avec toutes ses conséquences douloureuses, c’est pour avoir l’occasion de déployer toute l’étendue de sa merveilleuse grâce : « c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui ».

Quel moyen le Seigneur va-t-il employer pour donner la vue à cet aveugle ? « Il cracha en terre, et fit de la boue de son crachat, et mit la boue comme un onguent sur ses yeux, et lui dit : Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (ce qui est interprété Envoyé) » (v. 6, 7). Le réservoir de Siloé parle, tout à la fois, de Celui qui est venu ici-bas comme Envoyé du Père — caractère mis en relief tout spécialement dans l’Évangile selon Jean — et de la grâce qui sauve, grâce qu’il est venu apporter, en même temps que la vérité (Jean 1:17). « Les eaux de Siloé qui vont doucement » ont été méprisées, rejetées par Israël, qui sera, de ce fait, l’objet du jugement divin : « Parce que ce peuple rejette les eaux de Siloé qui vont doucement... à cause de cela, voici, le Seigneur fait monter sur eux les eaux du fleuve, fortes et grosses, le roi d’Assyrie et toute sa gloire... » (És. 8:6 à 8). Mais avant l’exécution de ce jugement, il y avait encore un appel de la grâce adressé à Israël, un témoignage rendu au milieu de ce peuple incrédule. Hélas ! les Juifs sont restés insensibles et Jésus doit leur dire, à la fin de ce chapitre : « votre péché demeure » (v. 41). — La boue, faite du crachat, est la figure de l’abaissement profond dans lequel a cheminé ici-bas Celui qui « étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ; et, étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (Phil. 2:6 à 8). Cette boue contient une vertu divine, une puissance qui est celle du Fils de Dieu, venu ici-bas pour y être le Fils de l’homme. Elle est mise comme un onguent (l’original n’a pas le mot onguent. Il y a simplement le verbe qui signifie enduire, ou oindre) sur les yeux de l’aveugle, à la foi duquel répondra le déploiement de la puissance divine. Car, avec l’onguent, il y a la parole de Jésus : « Va, et lave-toi au réservoir de Siloé ». L’aveugle-né a foi en ce que Jésus a fait et en ce qu’il a dit ; aucune objection n’est présentée par lui, il n’y a aucun doute dans son esprit. Le moyen employé pouvait lui paraître très surprenant, inefficace pour guérir sa cécité, peu importe, il croit simplement et, sans raisonner, fait ce qui lui a été ordonné : « Il s’en alla donc, et se lava, et revint voyant » (v. 7). La délivrance est immédiate, il est sauvé par la grâce divine et par la foi en la parole et l’œuvre de Jésus.

Dans sa sagesse, le Seigneur a employé ce moyen pour ouvrir les yeux de cet aveugle « afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui ». Sa gloire de Fils de Dieu et de Fils de l’homme était mise en lumière, en même temps que la foi de celui qu’il avait voulu délivrer ; enfin, un témoignage puissant avait été rendu au milieu du peuple d’Israël.

 

6.2      Guérison de l’aveugle de Bethsaïda (Marc 8:22 à 26)

Marc seul parle de cette guérison. De même que dans le récit du chapitre 7 de cet évangile, où « on lui amène un sourd qui parlait avec peine » (v. 32), « on lui amène un aveugle », et, comme aussi pour le sourd, « on le prie » : « on le prie pour qu’il le touche » (8:22). Peut-être un simple contact eût-il suffi pour que cet homme puisse voir, mais Jésus, dans la connaissance qu’il a de toutes choses, va agir différemment. Tout d’abord, il prend la main de l’aveugle : le contact personnel était nécessaire, mais encore il y avait là une manifestation de la grâce. Cet homme avait besoin d’être aidé, d’être conduit, car il était incapable de se diriger ; aussi, Jésus prend sa main et « il le mena hors de la bourgade », tout comme il avait « tiré à l’écart » le sourd dont il est parlé au chapitre 7. Il faut généralement qu’un homme, plongé dans les ténèbres du péché et sourd à la voix de Dieu, soit mené à l’écart pour que le Seigneur opère en lui le travail de sa grâce.

Jésus fait alors deux choses distinctes : Il crache sur ses yeux et pose les mains sur lui. Nous avons vu, à propos de la guérison de l’aveugle-né, ce que symbolise le premier de ces deux actes ; posant les mains sur lui, il s’identifiait à lui : il voulait dire par-là, qu’il était venu pour prendre sur Lui nos péchés, pour être fait péché et subir, à notre place, la mort qui en est le salaire. Puis, il lui adresse une question : il « lui demanda s’il voyait quelque chose ». La réponse de l’aveugle montre que, dans son âme, le travail n’était pas achevé : « Je vois des hommes, car je vois comme des arbres qui marchent ». Sa vue spirituelle était encore obscurcie : il voyait l’homme, la grandeur humaine — dont les arbres sont souvent une image dans la Parole (cf. Ézéch. 17:22 à 24 ; 31:1 à 9 ; Dan. 4:10 à 18 ; Matt 13:31, 32) — alors que Dieu veut détourner nos regards de l’homme, de sa marche et de sa puissance. Aussi Jésus lui met encore les mains sur les yeux et c’est alors seulement qu’il est entièrement délivré ; ses yeux sont ouverts pour considérer tout autre chose que ce qu’est l’homme : il « voyait tout clairement ». Nous pouvons bien penser qu’à ce moment-là il voyait Jésus et Jésus seul. La guérison était complète.

 

6.3      Guérison de Bartimée (Marc 10: 46 à 52)

Jésus est venu à Jéricho pour deux hommes, un riche et un pauvre — un chef de publicains et un aveugle ; il a rencontré Zachée « dans Jéricho » (Luc 19:1 à 10) et Bartimée quand il en sortait. Il ne devait pas revenir dans cette ville ; c’était donc la seule occasion offerte à ces deux hommes d’avoir affaire avec Lui. Ni l’un ni l’autre ne l’a laissée passer.

Le Seigneur entre à Jéricho, la ville au sujet de laquelle il avait été dit : « Maudit soit devant l’Éternel l’homme qui se lèvera et bâtira cette ville de Jéricho ! Il la fondera sur son premier-né, et en posera les portes sur son plus jeune fils » —cette parole s’accomplit à la lettre lorsque Hiel, le Béthélite, bâtit la ville (cf. Josué 6:26 ; 1 Rois 16:34). Jésus en sort pour rencontrer en grâce un aveugle. N’avons-nous pas là une figure de la place que Christ a voulu prendre — il est « devenu malédiction pour nous » (Gal. 3:13, 14) — et des conséquences de son œuvre rédemptrice ? Il remplit la mission dont il chargera plus tard Saul de Tarse : « Je t’envoie pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière, et du pouvoir de Satan à Dieu ; pour qu’ils reçoivent la rémission des péchés et une part avec ceux qui sont sanctifiés, par la foi en moi » (Actes 26:18).

L’état de Bartimée illustre celui de l’homme, pécheur et fils de pécheur, aveugle, plongé dans la plus grande misère. Jésus passe, méprisé par la foule : « c’était Jésus le Nazarénien ». Mais la foi de l’aveugle discerne en lui le Fils de David et implore sa pitié ; il n’a aucun droit à faire valoir et ne peut espérer autre chose que la pitié du Fils de David. Jésus ne répond pas aussitôt à sa prière : d’une part, sa foi devait être mise à l’épreuve (v. 48 : « Et plusieurs le reprirent afin qu’il se tût ; mais il criait d’autant plus fort : Fils de David ! aie pitié de moi ») et, d’autre part, le Seigneur désirait entendre une requête précise et pas seulement un appel à la pitié (v. 49 à 51). À la question de Jésus, Bartimée répond en exposant son état et en exprimant le désir de son cœur : il est aveugle, il voudrait recouvrer la vue. Sa prière est une courte prière : « Rabboni, que je recouvre la vue », mais c’est l’expression d’un besoin réel et profondément senti. — Nos prières, disons-le par parenthèse, gagneraient souvent à être plus courtes, à exprimer avec simplicité des besoins éprouvés dans nos cœurs ; combien de prières, excellentes au début, perdent de leur saveur et de leur puissance édifiante en raison de leur longueur, surtout quand cette longueur résulte de la répétition de pensées ou de demandes déjà exprimées, parfois même dans des termes identiques. Quel rafraîchissement on éprouve dans une assemblée où la réunion de prières est une succession de prières simples, courtes, précises ! Pensons à l’exemple qui nous est donné par la prière de l’un des plus grands hommes de Dieu de l’ancienne économie : « Et Moïse cria à l’Éternel, disant : Ô Dieu ! je te prie, guéris-la, je te prie » (Nomb. 12:13). Dix mots seulement ! Et écoutons ce que disait le Seigneur à ceux qui l’entouraient : « Et quand vous priez, n’usez pas de vaines redites, comme ceux des nations, car ils s’imaginent qu’ils seront exaucés en parlant beaucoup. Ne leur ressemblez donc pas... » (Matt. 6:7, 8).

Ici, le Seigneur ne fait pas d’onguent pour mettre sur les yeux de l’aveugle, il ne donne aucun ordre mais dit simplement à Bartimée cette parole : « Va, ta foi t’a guéri ». Chacune de ses façons d’agir, de répondre, est sans aucun doute adaptée au cas de celui qu’il veut délivrer. — En fait, c’était la puissance divine qui avait guéri l’aveugle, mais Jésus veut mettre cette guérison au compte de sa foi (cf. Dan. 3:24 à 30 ; 6:19 à 27 et Héb. 11:33, 34).

La guérison de Bartimée est immédiate : il « voit tout clairement », pour reprendre l’expression de Marc 8:25 ; il n’a qu’un seul Objet devant lui, Jésus qu’il « suivit dans le chemin », son regard ne se laissant pas arrêter par la scène environnante que pourtant, selon l’ordre normal des choses, il aurait pu considérer avec intérêt. Il ne voyait pas « des hommes... comme des arbres qui marchent » (Marc 8:24), il voyait Jésus, pleine réponse aux besoins de son cœur. Quelques pensées encore relativement aux deux demandes de Bartimée : « aie pitié de moi » et « que je recouvre la vue ». — Nous sommes parfois amenés à traverser des difficultés qui résultent de nos égarements, eux-mêmes conséquence de notre manque de discernement spirituel. Si notre amour abondait de plus en plus en connaissance et toute intelligence, nous saurions discerner les choses excellentes et ainsi, nous serions purs, nous ne broncherions pas jusqu’au jour de Christ et nous serions remplis du fruit de la justice (Phil. 1:9 à 11) ; lorsqu’au contraire nous sommes marqués par des caractères laodicéens, nous sommes « aveugles », bien que nous n’en ayons pas conscience (Apoc. 3:17, 18). Au travers des souffrances que nous avons à connaître lorsque, dans son amour, le Seigneur nous reprend et nous châtie (ib. 19), nous crions à lui sans que, bien souvent, nos prières dépassent le « aie pitié de nous ». Nous pouvons alors éprouver quelque chose des compassions divines, « recevoir miséricorde », sans avoir encore le « secours » qui nous sera donné « au moment opportun » (Héb. 4:16). Parce qu’il nous aime, le Seigneur ne nous enverra ce secours qu’après que nous aurons réalisé et confessé notre état, tout ce qui est à l’origine de notre misère profonde. La question de Jésus à Bartimée : « Que veux-tu que je te fasse ? » était de nature à le sonder, à l’amener à confesser qu’il était aveugle et à exprimer son ardent désir de recouvrer la vue. De la même manière, le Seigneur veut sonder nos cœurs et nos consciences, nous conduire ainsi à reconnaître que si nous sommes dans la souffrance et implorons sa « pitié », c’est, en raison de notre « aveuglement » spirituel, conséquence du fait que nos cœurs sont « tièdes », alors qu’ils devraient être remplis de Christ et de son amour. Si notre œil était toujours « simple », fixé sur un seul Objet, Christ, notre corps tout entier serait « plein de lumière » (Matt. 6:22, 23). — L’exemple d’Éli (1 Sam. 3:2, 3) nous montre que l’affaiblissement spirituel provient, plus d’une fois, de ce que l’on n’a pas eu l’énergie morale nécessaire pour maintenir, dans le milieu où l’on était responsable d’agir, l’ordre selon Dieu.

 

6.4      Guérison du paralytique (Marc 2:1 à 12)

Ce paralytique — illustration de l’un des aspects de l’état de l’homme inconverti — est incapable d’aller à Jésus ; aussi quatre personnes se dévouent-elles pour l’amener jusqu’à Lui. C’est là un précieux et utile service, mais il y a parfois de grandes difficultés dans l’accomplissement d’un service, des difficultés telles qu’il faut la persévérance d’une foi réelle pour ne pas renoncer. La foule est ici, comme en tant de cas, un obstacle ; mais la puissance de la foi surmonte les obstacles du chemin : dans l’impossibilité où sont ces quatre personnes de s’approcher, elles découvrent le toit du lieu où Jésus était et, l’ayant percé, descendent le petit lit sur lequel était couché le paralytique. Quelle énergie donne une foi vivante ! Et c’est en réponse à la foi si remarquable de ces quatre personnes que Jésus dit au paralytique : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés ». Cette parole, répondant à la foi de ceux qui avaient amené le paralytique à Jésus, fait penser à ce que dit Éliphaz : « Même Il délivrera celui qui n’est pas innocent : il sera délivré par la pureté de tes mains » (Job 22:30).

La manière dont le Seigneur opère, de même que ce qu’il dit au paralytique, est bien, nous ne pouvons en douter, ce qui convenait pour lui, mais aussi pour son entourage, aussi bien pour les quatre personnes qui avaient manifesté leur foi que pour les scribes. Ces scribes raisonneurs n’ont pas dit un mot, tout se passait « dans leurs cœurs » ; mais comment cacher au Seigneur nos pensées les plus secrètes ? « Et aussitôt Jésus, connaissant dans son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, leur dit : Pourquoi faites-vous ces raisonnements dans vos cœurs ? Lequel est le plus facile, de dire au paralytique : Tes péchés te sont pardonnés ; ou de dire : Lève-toi, prends ton petit lit, et marche ? » (v. 8, 9). Il était certes plus difficile de pardonner les péchés — et c’est ce que Jésus avait fait — car Dieu seul a ce pouvoir ; mais aux yeux des hommes, le plus difficile n’était-il pas de faire marcher un paralytique ? En effet, dans ce dernier cas, la preuve devait être visible et immédiate. Mais, quoi qu’il en soit, le Seigneur pouvait tout aussi bien pardonner les péchés que faire marcher le paralytique et, dans le fait qu’il lui donne la puissance nécessaire pour marcher, il démontre qu’il a « le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés » (v. 10, 11). Le Seigneur donne ainsi, dans l’injonction qu’il adresse au paralytique, sans l’emploi d’aucun moyen quel qu’il soit en dehors de sa parole, la preuve de l’autorité et de la puissance divines qui sont les siennes.

La guérison est immédiate : « Et il se leva aussitôt, et ayant pris son petit lit, il sortit en la présence de tous ; de sorte qu’ils en furent tous étonnés et qu’ils glorifiaient Dieu, disant : Nous ne vîmes jamais pareille chose » (v. 12). — Jean 5:8 nous donne aussi, avec l’infirme du réservoir de Béthesda, un exemple de guérison opérée par Jésus, enjoignant à cet homme : « Lève-toi, prends ton petit lit et marche » ; de même pour la résurrection de Lazare : « Lazare, sors dehors ! » (ib. 11:43). C’est toujours la parole divine, la parole de commandement, qui s’adresse aussi bien à un mort qu’à un infirme et qui a la puissance de donner la vie tout autant que de guérir.

 

6.5      Guérison d’un sourd qui parlait avec peine (Marc 7:31 à 37)

Nous avons déjà parlé de cette guérison à propos de celle de l’aveugle de Bethsaïda, remarquant que cet homme est amené à Jésus et que « on le prie pour qu’il lui impose la main » (v. 32). On peut apprécier, dans cette circonstance comme en d’autres encore, l’activité de ceux qui amènent à Jésus un aveugle, un paralytique ou un sourd ; mais, aussi bien dans le cas de l’aveugle de Bethsaïda que dans celui du sourd qui parlait avec peine, nous voyons ceux qui amènent le malade dicter, en quelque sorte, à Jésus ce qu’il convient de faire, le moyen qu’il faut employer : « qu’il lui impose la main », « qu’il le touche » (7:32 ; 8:22). Il ne nous appartient en aucune circonstance de dire au Seigneur de quelle manière il doit agir en réponse à nos prières. Nous reviendrons sur ce point à propos de la guérison de la belle-mère de Simon.

Le Seigneur va opérer la délivrance de celui qui lui a été amené, mais pas de la manière indiquée. En premier lieu, il le « tire à l’écart, hors de la foule » (v. 33), comme il mène « hors de la bourgade » l’aveugle de Bethsaïda (8:23). Puis, il met en quelque sorte le doigt sur la plaie, ou sur les plaies : « il lui mit les doigts dans les oreilles ; et ayant craché, il lui toucha la langue ». Ne semble-t-il pas indiquer par-là qu’il est bien Celui dont avait parlé le prophète : « Certainement, lui, a porté nos langueurs, et s’est chargé de nos douleurs... » (És. 53:4) ? Après quoi, comme il le fera au tombeau de Lazare (Jean 11:41), il regarde vers le ciel ; ici, il est ajouté : « il soupira », ou : il gémit, tandis que, en Jean 11:33, il est dit : « Jésus donc... frémit en son esprit, et se troubla... », et au verset 35 : « Jésus pleura ». Ces expressions traduisent la douleur profonde qui étreignait son âme quand il voyait les conséquences du péché : la maladie, la souffrance, la mort. Avec quelle sympathie il considère sa créature, tombée loin de Dieu et endurant tout ce qui a fait suite à la désobéissance du premier homme dans le jardin d’Éden !

Comment intervient-il maintenant pour opérer la délivrance de cet homme ? Un seul mot ! « Éphphatha », c’est-à-dire, « ouvre-toi ». La guérison, là encore, est immédiate : « Et aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, et le lien de sa langue se délia, et il parlait distinctement » (v. 34, 35). Oui, « Il fait toutes choses bien » (v. 37).

 

6.6      Guérison du fils d’un seigneur de la cour (Jean 4:46 à 54)

Le fils de ce seigneur de la cour était malade, « il allait mourir » (v. 46, 47) ; c’était dire la gravité de la maladie et la profonde détresse d’un père, qui n’avait d’autre ressource que d’aller vers Jésus pour le prier de descendre à Capernaüm, où il habitait, afin d’y guérir ce mourant. À la parole que Jésus lui adresse (v. 48), le seigneur de la cour ne peut répondre que pour confirmer sa demande, plus instante encore : « Seigneur, descends avant que mon enfant meure » (v. 49). — Ici, pas d’onguent, pas de boue faite avec un crachat, pas de main posée sur le malade, pas de doigt dans les oreilles ; Jésus ne voit même pas le malade, ce qui ne s’était produit dans aucun des autres cas sur lesquels nous nous sommes arrêtés. Il ne « descend » pas jusqu’à Capernaüm, comme le père de l’enfant l’avait instamment demandé ; le besoin est tellement pressant que, immédiatement, Jésus déclare à cet homme angoissé : « Va, ton fils vit ». En présence d’une telle grâce et d’une telle puissance, nous restons confondus et émerveillés ! Dans l’esprit du seigneur de la cour, il n’y a aucun doute et c’est sans étonnement qu’il reçoit une aussi grande délivrance : « Et l’homme crut la parole que Jésus lui avait dite, et s’en alla » (v. 50). Une foi qui compte réellement sur le Seigneur ne manifeste aucune surprise quand la réponse lui est donnée : c’est ce qu’elle attendait. — Le seigneur de la cour n’eut pas à se rendre jusque dans sa maison pour constater la guérison de son fils ; ses esclaves vinrent à sa rencontre « et lui rapportèrent que son fils vivait », précisant, en réponse à sa question, que la fièvre l’avait quitté la veille, à la septième heure, celle à laquelle Jésus lui avait dit : « Ton fils vit » (v. 51 à 53). Non seulement cet enfant était guéri, mais encore le salut était venu à cette maison ; « et il crut, lui et toute sa maison » (v. 53).

 

6.7      Guérison de la belle-mère de Pierre (Marc 1:29 à 31)

« Or la belle-mère de Simon était là couchée, ayant la fièvre » (v. 30). Jacques et Jean, Simon et André n’agissent pas comme ceux dont il est parlé en Marc 7:32 et 8:22 ; ils ne demandent même pas à Jésus de guérir la malade — était-ce Sa volonté ? — « ils lui parlent d’elle ». Ils se bornent à la présenter au Seigneur dans l’état où elle se trouve, lui laissant le soin d’agir comme il le trouvera bon. Leur prière n’est pas un ordre donné à Celui auquel ils s’adressent ; c’est seulement l’exposé d’un besoin, dans la confiance que le Seigneur sait beaucoup mieux qu’ils ne peuvent le savoir ce qu’il faut pour y répondre. Remarquons également qu’ils le font « aussitôt », mot caractéristique de l’évangile selon Marc, employé pour faire ressortir l’activité du parfait Serviteur et ici, celle des quatre disciples. Retenons l’enseignement que nous donne ce verset 30 : « nous ne savons pas ce qu’il faut demander comme il convient » (Rom. 8:26) ; dans cette ignorance, « parlons au Seigneur », et « aussitôt », de ceux qui ont besoin de son secours, et soyons assurés qu’il saura faire exactement ce qui convient dans les circonstances de chacun.

De quelle manière le Seigneur va-t-il agir ici, quels moyens va-t-il employer ? D’abord, il s’approche de la malade — quel réconfort pour elle de sentir sa présence à son côté — puis, « il la fit lever en la prenant par la main » (v. 31). Avec quelle tendresse il agit ! C’était une personne d’un certain âge qui « était là couchée, ayant la fièvre », aussi Jésus ne lui adresse pas une injonction comme il l’a fait en d’autres circonstances — « Lève-toi, prends ton petit lit, et marche », par exemple — mais il tient compte de son âge et de son état. Là encore, la guérison est immédiate : « et aussitôt la fièvre la quitta ». Maintenant en bonne santé, la belle-mère de Pierre prend la place qui était la sienne dans la maison : « et elle les servit ». Le service ainsi rempli est, d’une part, la preuve de sa complète guérison et, d’autre part, l’expression de sa reconnaissance envers le Seigneur qui l’a guérie et envers ceux qui ont prié pour elle : « et elle les servit ».

Dans ces sept circonstances, le Seigneur agit de sept manières différentes. Il y a dans les évangiles bien d’autres guérisons dont le récit nous montre également, comme ceux que nous venons de considérer, l’amour, la sagesse et la puissance avec lesquelles il intervient. Aujourd’hui comme alors, les moyens dont il se sert pour nous secourir et nous délivrer sont extrêmement variés, mais ce sont toujours ceux qui sont parfaitement en rapport avec l’état et les besoins de chacun. Que notre confiance soit entière en Celui qui sauve et délivre, quels que soient les moyens qu’il lui plaît d’employer pour cela !

Nés de nouveau et scellés du Saint Esprit nous sommes les membres du corps de Christ, et cette exhortation s’adresse à nous tous : « que les membres aient un égal soin les uns des autres » (1 Cor. 12:25). Puissions-nous, dans la mesure qui nous est départie, imiter le parfait Modèle, agissant dans tous les cas où nous sommes appelés à intervenir pour l’exercice de ces soins, avec le même amour et la même sagesse, employant les moyens appropriés à chacun de ceux qui souffrent, moyens que seul le Seigneur peut nous faire discerner.

 

 

7                    Épreuve de la foi

ME 1978 p.3

7.1   L’épreuve de la foi

L’apôtre Pierre nous dit que l’épreuve de notre foi, « bien plus précieuse que celle de l’or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu », sera « trouvée tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de Jésus Christ » (1 Pierre 1:7). Ne vaut-il pas la peine de traverser une telle épreuve puisque les résultats en seront manifestés, en son jour, à la gloire de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ? Certes ; et il y a là un précieux encouragement pour tous ceux qui sont « affligés maintenant pour un peu de temps par diverses tentations » (ou : épreuves). Nombreux sont ceux qui sont douloureusement éprouvés dans les jours actuels et qui ont besoin d’être encouragés dans les circonstances qu’ils traversent ; c’est en pensant à eux surtout que nous écrivons ces quelques lignes.

 

7.2   Genèse 22. La foi d’Abraham surmontant l’épreuve

Quand il est question de l’épreuve de la foi, nous pensons en général au chapitre 22 de la Genèse, chapitre qui commence ainsi : « Et il arriva, après ces choses, que Dieu éprouva Abraham ». « Ces choses » — rapportées dans les chapitres précédents — étaient une préparation à l’épreuve dont parle le chapitre 22 ; elles avaient affermi la foi d’Abraham. Dieu qui savait ce qui était dans son cœur et discernait la réalité de sa foi, voulait qu’elle soit manifestée. — Nous savons ce qui a été demandé au patriarche : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste, sur une des montagnes que je te dirai » (v. 2). Pouvait-il y avoir plus douloureuse épreuve pour un cœur de père ? Abraham n’a pas raisonné, n’a pas essayé de fléchir le cœur de Dieu, il n’a pas hésité... Et Hébreux 11 nous dit : « Par la foi, Abraham, étant éprouvé, a offert Isaac ; et celui qui avait reçu les promesses offrit son fils unique, à l’égard duquel il avait été dit : « En Isaac te sera appelée une semence » — ayant estimé que Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts, d’où aussi, en figure, il le reçut » (v. 17 à 19). Foi admirable, foi triomphante ! Quelle gloire pour Dieu !

En considérant un tel exemple, on serait tenté de dire — restant confondu devant une telle foi — : « Oui, mais je ne suis pas un Abraham ! Jamais je ne pourrai glorifier Dieu par une aussi grande foi ». Pour répondre en quelque sorte à une semblable objection, la Parole nous présente d’autres exemples et, en particulier, celui d’une humble et pauvre femme dont nous désirerions nous occuper aujourd’hui pour l’encouragement de notre foi.

 

7.3   Matthieu 15. La foi de la Cananéenne surmontant l’épreuve

C’était « une femme cananéenne » ; elle faisait donc partie de l’une des « sept nations plus nombreuses et plus fortes » qu’Israël, que l’Éternel devait livrer devant son peuple et qu’Israël devait frapper et détruire « entièrement comme un anathème », cela afin de pouvoir prendre possession de la terre de Canaan (Deut. 7:1, 2). Il était même dit au peuple de Dieu : « tu ne leur feras pas grâce ». Cette femme n’avait donc droit à rien. Et elle prend sa vraie place, venant à Jésus et s’adressant à lui en ces termes : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de moi... ». Elle le reconnaît comme Fils de David, mais c’est à sa pitié qu’elle fait appel, exposant simplement sa détresse : « ...ma fille est cruellement tourmentée d’un démon » (Matt. 15:21 à 28). Celui dont le cœur est plein de compassion pour ceux qui souffrent, pour ceux qui sont dans la détresse, « ne lui répondit mot ». Ce n’était guère encourageant pour elle qui avait osé s’approcher du « Fils de David ». Non seulement cela, mais « ses disciples, s’approchant, le prièrent, disant : Renvoie-la, car elle crie après nous ».

Le Seigneur n’avait pas dit un seul mot, elle pouvait espérer que viendrait le moment où il parlerait et répondrait à son attente ; mais lorsqu’il ouvre la bouche, c’est pour lui dire : « Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». En d’autres termes : je n’ai rien pour toi puisque tu ne fais pas partie du peuple de Dieu. — Si, dans ce monde, nous rencontrions un semblable accueil auprès d’une personne à laquelle nous venons demander quelque chose, il est probable que, déçu et sans doute profondément mécontenté, nous nous en retournerions aussitôt. Ce n’est pas ce que fait la Cananéenne : « Elle vint et lui rendit hommage, disant : Seigneur, assiste-moi ». Cette femme est admirable, c’est bien une femme de foi : la foi adore et persévère !

Cependant, le Seigneur va encore mettre cette foi à l’épreuve : « Et lui, répondant, dit : Il ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens » (note, en bas de page, dans la traduction J.N.D. = grec : petits chiens, plus méprisant que chiens). La Cananéenne n’est pas, comme elle aurait pu l’être, blessée dans son amour-propre et par suite conduite à s’en aller ; elle répond : « Oui, Seigneur ; car même les chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Elle reçoit de Dieu en réponse à sa foi ce que le Fils de David ne pouvait lui donner. Foi admirable, mise à l’épreuve, foi triomphante au travers de l’épreuve ! Le Seigneur peut alors lui rendre ce beau témoignage : « Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux. Et dès cette heure-là sa fille fut guérie ».

 

7.4   Gardés par la puissance de Dieu par la foi. 1 Pierre 1:5

En écrivant : « vous, qui êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi » (1 Pierre 1:5), Pierre pensait peut-être à la scène qui nous est rapportée dans les versets 24 à 33 de Matthieu 14. En réponse à sa foi en la parole de Jésus : « Viens », il avait quitté la nacelle et marché sur les eaux : il était « gardé par la puissance de Dieu par la foi ». Mais sa foi défaille et alors, « il commençait à enfoncer » ; à son appel Jésus répond aussitôt : « Jésus, étendant la main, le prit et lui dit : Homme de petite foi, pourquoi as-tu douté ? ». Quel contraste ! À Pierre, Jésus dit : « Homme de petite foi », à la Cananéenne : « Ô femme ta foi est grande » ; sa foi ainsi éprouvée et qui, certes, aurait pu être découragée, a été manifestée comme une foi qui était « grande ».

 

7.5   Se réjouir dans l’épreuve. 1 Pierre 1:3-6

Nous pouvons bien nous réjouir en considérant les versets 3 à 5 de 1 Pierre 1, nous réjouir « tout en étant affligés maintenant pour un peu de temps par diverses tentations, si cela est nécessaire  » (v. 6). Les épreuves paraissent si longues à ceux qui les traversent ! Mais plusieurs passages des Écritures nous les présentent comme n’étant que « pour un peu de temps ». « Pour un petit moment je t’ai abandonnée, mais avec de grandes compassions je te rassemblerai. Dans l’effusion de la colère, je t’ai caché ma face pour un moment ; mais avec une bonté éternelle j’aurai compassion de toi, dit ton rédempteur, l’Éternel » (És. 54:7, 8). L’apôtre Paul écrit : « Car notre légère tribulation d’un moment, opère pour nous, en mesure surabondante, un poids éternel de gloire » (2 Cor. 4:17 — voir aussi 11:23 à 33 et 12:7 à 10). Pourtant que de souffrances il a eu à endurer tout au long de son ministère !

Il y a aussi un encouragement à nous rappeler que Dieu ne nous éprouve que « si cela est nécessaire » — nécessaire pour nous, car nous apprenons de si précieuses choses au travers de l’épreuve — nécessaire aussi, pouvons-nous dire, pour le Seigneur lui-même : dans le jour de « la révélation de Jésus Christ », les fruits produits par les épreuves des saints seront manifestés à sa plus grande gloire !

 

7.6   Pour lui faire « du bien à la fin » (Deut. 8:16)

Moïse pouvait donner au peuple d’Israël l’assurance que si l’Éternel l’avait humilié et éprouvé durant la traversée du désert, c’était pour lui faire « du bien à la fin » (Deut. 8:16). Il en est de même aujourd’hui : au travers des épreuves par lesquelles Dieu trouve bon de nous faire passer, il veut nous apprendre ce qui nous est nécessaire pour notre bien. C’est ainsi qu’il parle à un croyant, à une famille, à une assemblée, parfois même aux diverses assemblées. N’avons-nous pas connu de telles épreuves, parfois très douloureuses, dans les jours passés, et encore au cours de l’année qui vient de se terminer ? En avons-nous retiré tout le profit pour lequel Dieu les a « commandées » (Lam. de Jér. 3:37) ? Certes, nous n’avons pas toujours le clair discernement du but en vue duquel Dieu nous envoie telle ou telle épreuve. Qu’il y ait alors en nous un sérieux et profond exercice dans la prière pour lui demander de nous le faire connaître, de telle manière que l’épreuve puisse porter le fruit pour lequel elle a été dispensée par le Dieu qui nous aime.

 

7.7   Conclusion - Résumé

Nous ne savons pas ce que sera le chemin qui est devant nous durant l’année qui commence, jusqu’à la venue du Seigneur, si proche sans doute — peut-être « un clin d’œil » nous en sépare-t-il ! Mais nous pouvons bien penser que, s’il y a encore des jours sur la terre, nous aurons à connaître épreuves ou disciplines diverses. Qu’il nous soit accordé, si notre foi est éprouvée, d’imiter l’exemple de la femme cananéenne à laquelle Jésus a pu dire : « Ô femme, ta foi est grande ! ». Qu’il nous donne d’être « manifestés fidèles par l’épreuve », encouragés en cela par la parole de l’apôtre Jacques : « Bienheureux est l’homme qui endure la tentation ; car, quand il aura été manifesté fidèle par l’épreuve il recevra la couronne de vie, qu’il a promise à ceux qui l’aiment » (1:12). Il y a un véritable bonheur à « endurer » l’épreuve, à être « manifesté fidèle par l’épreuve », non seulement un bonheur présent, goûté au travers de la souffrance, dans la communion avec le Seigneur, jouissant de tout ce dont il se plaît à nous enrichir, mais encore, plus tard, le bonheur qu’il y aura à contempler la joie qui sera la sienne quand il donnera « la couronne de vie, qu’il a promise à ceux qui l’aiment » ! — Qu’il nous accorde d’être profondément exercés dans la prière afin que, par le moyen des épreuves ou des disciplines qu’il trouve bon de nous dispenser, Dieu ne parle pas en vain à l’un d’entre nous, à une famille, à une assemblée, aux assemblées ! Que tout le fruit en vue duquel il les envoie soit produit et manifesté à Sa gloire et à la gloire du Seigneur !

 

 

8                    À propos de 2 Corinthiens 12:1 à 10

ME 1977 p.258 et 285

L’apôtre Paul a adressé à l’assemblée de Corinthe deux épîtres qui peuvent être considérées comme fondamentales pour ce qui concerne la vie de l’assemblée et qui devraient être particulièrement connues de chaque croyant désireux de glorifier le Seigneur, non seulement dans sa marche personnelle mais encore dans le témoignage collectif. La première a été appelée la « constitution » de l’assemblée ; la seconde, l’épître du service, ou du ministère. Nous avons considéré dans un précédent article (M. É. 1974, p. 203) les principaux enseignements contenus dans la première ; nous rappellerons ici, très brièvement, quelques-uns de ceux qui sont développés dans la deuxième épître, avant de nous arrêter plus particulièrement sur le début du chapitre 12.

 

8.1   Sommaire de 2 Corinthiens 1 à 10

Dans cette seconde épître sont indiquées tout d’abord les conditions dans lesquelles doit se trouver un serviteur de Dieu pour exercer un ministère qui puisse être béni ; l’apôtre nous dit quelque chose de l’école par laquelle il a dû passer pour être à même de servir son Maître en servant les saints. Au chapitre 2, il parle d’un ministère qui réjouit (v. 2), d’un ministère d’amour (v. 4), de consolation et de pardon (v. 7 à 10), d’un ministère auquel une porte est ouverte pour faire connaître Christ (v. 12 à 17). Dieu, nous est-il dit dans ce passage, « mène toujours en triomphe dans le Christ » son fidèle serviteur qui peut assurer : « Car nous sommes la bonne odeur de Christ pour Dieu, à l’égard de ceux qui sont sauvés et à l’égard de ceux qui périssent ». Dans les chapitres 3 à 5, l’apôtre nous occupe de la gloire — la gloire de Dieu, la gloire du Seigneur, la gloire dans laquelle Dieu veut nous introduire — et c’est un sujet que le serviteur est toujours heureux de pouvoir placer devant les saints. Qu’il nous soit accordé, en particulier, de réaliser ce qu’écrit l’apôtre à la fin du chapitre 3 : « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (v. 18). — Un tel ministère n’est-il pas celui que Dieu peut bénir richement ? Quelques fruits nous en sont présentés dans les chapitres 6 à 9. À partir du chapitre 10, Paul établit avec force son titre d’apôtre, ne se recommandant pas lui-même mais étant « celui que le Seigneur recommande » (v. 18) et, d’autre part, il démasque les faux docteurs, leur caractère et leur activité. Combien étaient coupables les Corinthiens, qui les recevaient alors qu’ils auraient dû leur fermer la porte !

 

8.2   Le faux enseignement sur la résurrection de 1 Cor. 15

Déjà, à la fin de la première épître, l’apôtre avait attiré leur attention sur le faux enseignement qui leur était apporté au sujet de la résurrection (ch. 15) — ceux qui cherchaient à les égarer allaient jusqu’à affirmer qu’il n’y a pas de résurrection ! (v. 12). Comme l’ennemi est rusé : par ce seul moyen, il jetait tout par terre ! Paul le fait ressortir : « Or si Christ est prêché — qu’il a été ressuscité d’entre les morts, comment disent quelques-uns parmi vous qu’il n’y a pas de résurrection de morts ? Mais s’il n’y a pas de résurrection de morts, Christ n’a pas été ressuscité non plus ; et si Christ n’a pas été ressuscité, notre prédication donc est vaine aussi, et votre foi aussi est vaine ; et même nous sommes trouvés de faux témoins de Dieu, car nous avons rendu témoignage à l’égard de Dieu qu’il a ressuscité Christ, lequel il n’a pas ressuscité si réellement les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, Christ n’a pas été ressuscité non plus ; et si Christ n’a pas été ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés : ceux donc aussi qui se sont endormis en Christ ont péri. Si pour cette vie seulement, nous avons espérance en Christ, nous sommes plus misérables que tous les hommes » (v. 12 à 19). Après quoi, l’apôtre développe les précieuses vérités concernant la résurrection (v. 20 à 58).

 

8.3   Les faux docteurs de 2 Cor. 11

Écrivant la deuxième épître, l’apôtre reste préoccupé par le fait que ces faux docteurs poursuivaient leur travail à Corinthe ; chapitre 11, il n’hésite pas à déclarer ce qu’ils étaient : « de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, se transformant en apôtres de Christ » et il ajoute : « ce n’est pas étonnant, car Satan lui-même se transforme en ange de lumière : ce n’est donc pas chose étrange si ses ministres aussi se transforment en ministres de justice, desquels la fin sera selon leurs œuvres » (v. 13 à 15). — Remarquons que, déjà au début de ce chapitre, l’apôtre exprime la crainte qu’il avait que les pensées des Corinthiens ne soient « corrompues et détournées de la simplicité quant au Christ » (v. 3). Combien il est nécessaire de prendre garde lorsque l’ennemi se présente avec des développements subtils et compliqués, de la philosophie chrétienne, des « discours spécieux », c’est-à-dire des discours qui ont une belle apparence mais qui n’ont que l’apparence de la vérité, afin de faire accepter l’erreur plus facilement (cf. Col. 2:4 et 8). L’évangile est simple, les vérités les plus élevées de l’Écriture sont présentées et peuvent être exposées avec clarté et simplicité. La Parole de Dieu n’a pas été écrite, comme certains le prétendent, pour des hommes de grande intelligence seulement ; elle s’adresse à tout homme pour lui faire connaître le seul moyen de salut : la foi en Christ et en son œuvre. Et de simples croyants, de « petits enfants » peuvent la comprendre et y trouver tout ce dont ils ont besoin pour leur marche individuelle et pour le témoignage collectif : ayant « l’onction de la part du Saint », ils connaissent toutes choses (1 Jean 2:20 — voir aussi Matt. 11:25).

 

8.4   Les souffrances de Paul selon 2 Cor. 11

Ensuite, à la fin de ce même chapitre, l’apôtre est amené à dire ce que sans doute il aurait préféré ne pas révéler. Les faux docteurs prétendaient agir comme lui et même beaucoup mieux que lui ; mais en était-il un seul parmi eux qui eût connu les souffrances endurées par Paul tout au long de son ministère ? On ne peut lire cette portion des Écritures (v. 16 à 33) sans être remué au plus profond de soi à la pensée qu’un serviteur du Seigneur a supporté pendant tant d’années d’aussi grandes souffrances, parcouru sans faiblesse un chemin dans lequel il a eu à livrer tant de combats. Il a été véritablement un imitateur de Christ dans le sentier qu’a suivi ici-bas l’Homme de douleurs ! Et, au travers de ses souffrances, il portait toutes les assemblées sur son cœur, exercé au sujet de leurs circonstances et de leurs besoins, priant pour elles continuellement ! Puissions-nous l’imiter quelque peu dans ce service d’amour, prier « tous les jours » pour « toutes les assemblées » ! — Il était impossible de mettre en parallèle le service de Paul, les souffrances endurées par lui et, d’autre part, l’activité des faux docteurs.

 

8.5   2 Corinthiens 12

8.5.1       Un homme en Christ

L’apôtre va maintenant parler d’un fait absolument extraordinaire qui s’était produit quatorze ans auparavant et dont, jusque-là, il n’avait jamais fait mention. Quel était celui des faux docteurs qui pouvait dire qu’il avait été « ravi jusqu’au troisième ciel » ?

Remarquons que Paul ne dit pas : J’ai été ravi jusqu’au troisième ciel, mais : « Je connais un homme en Christ... je connais un tel homme qui a été ravi jusqu’au troisième ciel » (12:2). Ce n’est pas en tant qu’apôtre qu’il l’a été, mais en tant qu’homme en Christ. « Homme en Christ », c’est ce qui caractérise tout croyant : le croyant est « une nouvelle création » parce qu’il est « en Christ » (2 Cor. 5:17). Un « homme en Christ » tire sa vie de Christ, il est uni par le Saint Esprit à un Christ céleste et glorieux. Par la mort et la résurrection de Christ, par la foi en son œuvre, nous sommes introduits dans cette condition nouvelle. La part précieuse du croyant, « homme en Christ », c’est la contemplation et la jouissance de Christ dans le ciel ; nous le réalisons par la foi alors que l’apôtre a eu l’inestimable privilège d’être « ravi jusqu’au troisième ciel ».

 

8.5.2       Visions et révélations de Paul

Au premier verset du chapitre 12, Paul parle de « visions » et de « révélations ». Nous savons par d’autres passages qu’il a eu diverses révélations concernant l’assemblée, « mystère » qui lui a été « donné à connaître » — la cène du Seigneur — la venue du Seigneur (Éph. 3:3 à 12 ; 1 Cor. 11:23 à 26 ; 1 Thess. 4:15 à 17) ; elles lui ont été faites pour être communiquées, tandis qu’en 2 Cor. 12 il s’agit d’une révélation qui était pour lui seul. C’est pour l’encourager dans son ministère que Dieu l’a « ravi jusqu’au troisième ciel » : Celui qui savait quelles grandes souffrances il aurait à endurer se plaît à fortifier sa foi au début de son chemin. Oui, Paul aurait à souffrir, mais il en valait la peine puisque ce devait être pour Celui dont il avait contemplé la gloire au troisième ciel !

 

8.5.3       Paroles ineffables. Ce qui caractérise le ciel

L’apôtre, « ravi jusqu’au troisième ciel », est entré effectivement dans la présence de Dieu et a entendu « des paroles ineffables ». Comme nous aurions aimé qu’il puisse nous rapporter ce qu’il a entendu ! Mais il est impossible de traduire ces paroles dans le langage humain : ce sont « des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer ». Nous disons parfois que nous voudrions avoir la langue du ciel pour pouvoir exprimer ce que nos cœurs ressentent — c’est exact, il y a la langue du ciel et nous la parlerons bientôt !

Qu’est-ce que le ciel, a-t-on souvent demandé ? La Parole ne nous en dit rien, sauf une seule expression qui le caractérise : « nous serons toujours avec le Seigneur » (1 Thess. 4:17). Le ciel, c’est la présence immédiate et constante du Seigneur. Dieu, dans sa Parole, ne nous en dit pas davantage : il veut que nos cœurs soient occupés de Christ déjà maintenant, en attendant le jour où ils ne seront occupés que de Christ !

 

8.5.4       Danger de s’enorgueillir en descendant du ciel

Il y avait pour Paul quelle que fût son humilité — je craignais, dit-il, « que quelqu’un ne m’estime au-dessus de ce qu’il me voit être ou de ce qu’il a pu entendre dire de moi » (v. 6) — un grave danger, celui de s’enorgueillir d’avoir été « ravi jusqu’au troisième ciel ». Ce n’est pas au troisième ciel que l’on risque de s’enorgueillir, car c’est la chair qui s’enorgueillit et elle ne pénétrera jamais au troisième ciel. Le secret pour réaliser une vraie humilité, c’est de jouir de la présence du Seigneur : qui, devant lui, oserait lever la tête ? Si nous nous recherchons nous-mêmes, si nous voulons acquérir un rang, une place, c’est que nous ne vivons pas, pratiquement, dans la présence du Seigneur. Dans sa présence, dans la lumière de Dieu, nous ne courons aucun danger ; c’est dès que nous en sortons que nous devenons vulnérables ! C’est en descendant du troisième ciel que Paul était en danger de s’enorgueillir : il aurait pu se considérer comme un croyant exceptionnel, connaissant ce que nul autre ne connaît, puisque seul il avait été « ravi dans le paradis ».

 

8.5.5       Paradis

Le terme « paradis » est employé trois fois dans l’Écriture : 1° en Luc 23:43, lorsque, s’adressant au brigand repentant, « Jésus lui dit : En vérité, je te dis : Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » — remarquons que ce verset est peut-être l’argument le plus fort que l’on puisse opposer à la fausse doctrine du purgatoire : si le purgatoire existait, le brigand n’aurait-il pas dû y faire un séjour plus ou moins long ? — 2° dans le passage que nous considérons : 2 Cor. 12:4 et enfin 3° en Apoc. 2:7 : « À celui qui vaincra, je lui donnerai de manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu ». Telle est la promesse faite au « vainqueur » d’Éphèse, à celui qui retrouvera la fraîcheur du « premier amour » : il sera nourri de Christ (l’arbre de vie) dans le lieu même dont Il est la gloire et la splendeur (le paradis de Dieu). Peut-il y avoir quelque chose de plus doux pour un cœur qui aime le Seigneur ?

Si l’apôtre avait été amené à dire, ou seulement même à penser : quel homme suis-je donc pour que j’aie été le seul à être « ravi dans le paradis », l’orgueil aurait rempli son cœur et le service si important que le Seigneur voulait lui confier pour les siens, pour l’Assemblée, en eût été compromis ! Alors le Seigneur lui dispense ce que nous pouvons appeler une discipline « préventive ».

 

8.5.6       Discipline préventive. L’écharde dans la chair

La discipline peut revêtir différents caractères : elle est corrective, quand nous nous sommes éloignés du vrai chemin — formative, lorsque le Seigneur veut nous former pour un service et nous dépouiller de tout ce qui serait pour nous une entrave — préventive, lorsque nous serions en danger de tomber dans un piège de l’ennemi. C’est dans sa grâce que le Seigneur dispense à Paul cette discipline préventive : « il m’a été donné une écharde pour la chair » (v. 7). Qu’était cette « écharde » ? Les hommes ont beaucoup écrit à ce sujet, mais il faut nous en tenir à ce que nous dit la Parole : « Et vous n’avez point méprisé, ni rejeté avec dégoût ma tentation qui était en ma chair ; mais vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme le christ Jésus » (Gal. 4:14). Ce que Paul écrit aux chrétiens de la Galatie dans ce passage fait sans doute allusion à son écharde ; elle pouvait le rendre méprisable et conduire à le rejeter avec dégoût ! Combien ce devait être douloureux pour l’apôtre, qui pouvait dire et qui peut-être a dit à peu près ceci : « Seigneur ! si je suis rejeté avec dégoût, c’est l’évangile qui va être rejeté ! Pour qu’il ne le soit pas, je te supplie d’ôter l’écharde ». Mais pour que la puissance de Dieu s’exerçât, il fallait l’écharde — pour que Paul ne fût pas amené à s’enorgueillir, il fallait l’écharde ! Et Paul a gardé cette écharde pendant plus de vingt ans ! Y pensons-nous et entrons-nous un peu dans ce que cela devait être pour lui ? — Que d’échardes nous avons parfois, que nous voudrions que le Seigneur nous enlève ! Et c’est pour notre plus grand bien qu’il ne le fait pas.

 

8.5.7       Activité de Satan

« Un ange de Satan pour me souffleter. » L’apôtre aurait pu dire : « Mais je ne puis pas remplir mon service avec cet ange de Satan ! Seigneur, je t’en prie, chasse-le ! ». Pourtant il fallait ce soufflet de Satan pour que se manifeste la puissance de Dieu dans le ministère de son serviteur. — La Parole, en maints passages, nous parle de Satan. Il est là, qui « rôde autour de nous, cherchant qui il pourra dévorer », et l’apôtre Pierre nous exhorte : « Résistez-lui, étant fermes dans la foi » (1 Pierre 5:8, 9) ; il a des « dards enflammés » que nous pourrons éteindre grâce au « bouclier de la foi » (Éph. 6:16). Que notre foi soit sans cesse en exercice, afin que la puissance du Seigneur nous délivre de ses ruses et de ses artifices ! — Il est le « chef de ce monde » ; en avoir conscience nous amènera à veiller et à prier tandis que nous traversons ce monde ennemi. Prenons garde notamment à toutes ces sciences occultes qui foisonnent aujourd’hui : elles recèlent des pièges subtils dans lesquels on peut si facilement tomber ! Veillons car nous avons affaire à un ennemi qui est beaucoup plus fort que nous et souvenons-nous qu’on ne tombe pas impunément dans les filets de ce redoutable adversaire ! Pour le vaincre, nous avons une arme : c’est la Parole. C’est par la puissance de la Parole, cela a été souvent rappelé, que l’homme parfait a triomphé du diable au désert, et par trois fois. Remarquons d’ailleurs la ruse de l’adversaire qui, lors de la troisième des tentations, telles qu’elles sont présentées dans le chapitre 4 de l’évangile selon Luc, place devant le Seigneur, pour essayer de le faire broncher, la Parole même, cette Parole par le moyen de laquelle par deux fois déjà le Seigneur l’avait vaincu. Mais il présente la Parole déformée, tronquée. Il est frappant de constater que la plupart des hérésies sinon même toutes, ont pour point de départ une déformation ou une amputation de la Parole. Dans la citation que fait le diable (Luc 4:10, 11), il omet quatre mots : « en toutes tes voies » (Ps. 91:11). Les voies du Seigneur étaient des voies de dépendance et d’obéissance ; c’est dans de telles voies seulement que l’on peut avoir l’assurance d’être gardé. Ensuite, l’adversaire arrête sa citation à la fin du verset 12 ; il se serait bien gardé de citer le verset 13 : « Tu marcheras sur le lion et sur l’aspic, tu fouleras le lionceau et le dragon », verset qui annonce prophétiquement sa défaite certaine.

 

8.5.8       Satan instrument dans la main de Dieu

Mais, d’autre part, l’ennemi est parfois un instrument dont Dieu se sert pour accomplir ce qu’Il se propose à l’égard de l’un des siens. Un croyant peut être, pour un moment mais pour un moment seulement, livré à Satan. C’est effrayant d’y penser, mais la Parole est là qui nous donne plusieurs exemples, celui de Job, celui de Pierre notamment. Job et Pierre avaient une leçon importante à apprendre, Paul avait besoin d’une discipline préventive.

 

8.5.8.1              Satan utilisé par Dieu en rapport avec Job

Pour Job, c’est l’Éternel qui prend l’initiative, posant à Satan cette question : « As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal ? ». Satan répond : « Ne l’as-tu pas, toi, entouré de toutes parts d’une haie de protection, lui, et sa maison, et tout ce qui lui appartient ? Tu as béni le travail de ses mains, et tu as fait abonder son avoir sur la terre. Mais étends ta main et touche à tout ce qu’il a : tu verras s’il ne te maudit pas en face ». C’est alors que « l’Éternel dit à Satan : Voici, tout ce qu’il a est en ta main, seulement tu n’étendras pas ta main sur lui » (Job 1:8 à 12). Tout ce qu’il a ! Y compris ses sept fils et ses trois filles... Satan profite aussitôt de la permission divine — car il ne peut agir qu’avec cette permission et seulement dans les limites assignées par Dieu (voir les deux « seulement » — 1:12 et 2:6), il est rassurant pour nous de le savoir. Les versets 13 à 19 du premier chapitre nous disent comment, en peu de temps, Job fut dépouillé de tout ce qu’il avait ; mais « il dit : Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai ; l’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! En tout cela Job ne pécha pas, et n’attribua rien à Dieu qui fût inconvenable » (v. 21, 22). — Au chapitre 2, nous voyons à nouveau Satan devant l’Éternel, tant il est vrai que « l’inique ne connaît pas la honte » (Sophonie 3:5) : Satan n’éprouve aucune honte à avoir échoué dans ses desseins. Mais quand l’Éternel souligne l’attitude remarquable de Job, si douloureusement éprouvé et, malgré tout, restant « ferme dans sa perfection », alors que, dit l’Éternel à Satan : « Tu m’as incité contre lui pour l’engloutir sans cause », le diable répond : « Peau pour peau, et tout ce qu’un homme a, il le donnera pour sa vie ; mais étends ta main et touche à ses os et à sa chair : tu verras s’il ne te maudit pas en face ». À quoi l’Éternel répond en disant à Satan : « Le voilà entre tes mains » (v. 1 à 6). Job « entre les mains » du diable ! Y pensons-nous, considérons-nous ce que cela devait être pour lui ? Cette fois encore, l’ennemi agit aussitôt : « il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante de ses pieds jusqu’au sommet de sa tête » (v. 7). Les souffrances de Job sont aggravées par les paroles de sa femme : « Maudis Dieu et meurs », par le silence de ses amis (v. 9 à 13) et ensuite, par leurs propos (voir 42:7). Mais il n’est pas parlé de Satan, dans la suite du livre, comme agissant à l’égard de Job ; il est complètement défait — consolation pour ceux qu’il assaille ! — Les chapitres suivants dépeignent les exercices de cœur et de conscience par lesquels Job a dû passer. Ainsi que cela a été écrit, l’âme d’un croyant est tellement précieuse aux yeux de Dieu qu’il a fallu un livre entier de la Parole, un livre de quarante-deux chapitres, pour nous rapporter les exercices d’un homme qui, par ailleurs, ne faisait pas partie du peuple de Dieu. Il est remarquable de voir, dans le récit qui nous est donné, comment s’accomplit le travail de Dieu : toutes les actions sont concentrées et coordonnées pour le bien de Job et pour que, au terme de cette douloureuse épreuve, « la fin du Seigneur » soit atteinte (cf. Jacques 5:11). Un double résultat devait être obtenu : d’une part Job en est arrivé à une réelle connaissance de lui-même et, d’autre part, à une vraie connaissance de Dieu (42:5, 6).

 

8.5.8.2              Satan utilisé par Dieu en rapport avec Pierre

Dans le cas de Pierre, c’est Satan qui « demande ». Le Seigneur dit à son disciple : « Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ; mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (Luc 22:31, 32). Satan avait demandé à « avoir » tous les disciples ; le Seigneur déclare à Pierre, spécialement : « mais moi, j’ai prié pour toi », car il savait que c’était Pierre qui était le plus en danger : il aimait le Seigneur et comptait sur cet amour pour faire ce que, croyait-il, les autres disciples ne pourraient pas faire, et pour ne pas faire, lui, ce que feraient les autres. Aucun d’eux ne pourrait suivre le Seigneur ? Pierre déclare que lui le suivra, « prêt à aller et en prison et à la mort ». Tous seraient scandalisés ? Pierre affirme : « je ne le serai pourtant pas, moi » (voir Matt. 26:33 à 35 ; Marc 14:29 à 31 ; Luc 22:33, 34 ; Jean 13:36 à 38). — Le Seigneur savait que, pour que Pierre puisse remplir le service qu’Il voulait lui confier, le « crible » était nécessaire ; aussi ne demande-t-il pas que le « crible » lui soit épargné, mais qu’au travers des circonstances qu’il allait connaître sa foi ne défaille pas.

Si un croyant se sentait serré sous l’étreinte de l’adversaire, qu’il n’oublie pas qu’il y a un « seulement » dans chacun des deux premiers chapitres de Job et que, par ailleurs, le Seigneur avait prié pour Pierre qui devait connaître le « crible ». Pierre savait que le Seigneur avait demandé pour lui que sa foi ne défaille pas dans l’épreuve ; il avait aussi l’assurance qu’il « reviendrait », qu’il serait restauré, et même qu’un service lui serait confié : fortifier ses frères. Et en effet, après l’avoir sondé par les trois questions qui ont remué son cœur et atteint sa conscience, le Seigneur a chargé son disciple, pleinement restauré, d’un ministère pastoral comportant trois aspects distincts : « Pais mes agneaux — Sois berger de mes brebis — Pais mes brebis » (Jean 21:15 à 17). —N’y a-t-il pas, pour un croyant qui passe par le « crible », un précieux réconfort lorsqu’il entend le Seigneur lui dire, comme à Pierre autrefois : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » ?

 

8.5.9       Le Seigneur qui ne retire pas l’écharde

Au sujet de son écharde, Paul écrit aux Corinthiens : « j’ai supplié trois fois le Seigneur, afin qu’elle se retirât de moi » (v. 8). Le Seigneur n’a pas jugé bon de la retirer, mais quelle réponse à la prière de l’apôtre ! « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité. » D’un côté, l’écharde, l’infirmité ; mais de l’autre, la grâce et la puissance — l’une et l’autre, d’une inestimable valeur pour celui qui est appelé à servir le Maître ! Dans l’accomplissement du service que par grâce il veut bien nous confier, le Seigneur nous fait passer parfois par de douloureux chemins, mais cela est nécessaire afin qu’il soit manifesté que « l’excellence de la puissance » est « de Dieu et non pas de nous » (2 Cor. 4:7 à 15).

 

8.6   La puissance dans le ministère vient de Dieu

Cette deuxième épître aux Corinthiens est celle du ministère, avons-nous déjà rappelé. Où est la puissance pour accomplir le service du Seigneur ? Pas dans ce que peut communiquer la science humaine, dans ce que l’on peut apprendre dans des écoles de théologie ! On confond souvent l’éloquence (qualité humaine, et qui peut être purement charnelle) et la puissance. La véritable puissance est de Dieu, de Dieu seul ; elle se déploie quand nous sentons vraiment notre faiblesse. C’est par un chemin dans lequel il y avait l’écharde, dans lequel il a rencontré souffrances et tribulations, que Paul a dû passer pour que la puissance divine soit manifestée dans son service et, d’autre part, pour qu’il connaisse toute l’étendue de la grâce de Dieu.

Aucun apôtre n’a parlé de la grâce comme l’ont fait Pierre (il en est question une dizaine de fois dans sa première épître) et Paul. C’est certainement parce qu’ils ont appris à la connaître dans l’accomplissement de leur service et à en jouir pratiquement dans les exercices et les souffrances qu’ils ont dû traverser. Et quel déploiement de la puissance de Dieu dans le ministère de chacun de ces deux apôtres !

 

8.7   Paul prenant plaisir dans les infirmités

Paul est amené à dire : « Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes infirmités, afin que la puissance du Christ demeure sur moi. C’est pourquoi je prends plaisir dans les infirmités, dans les outrages, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ : car quand je suis faible, alors je suis fort » (v. 9, 10). Non seulement il les supportait mais encore il y « prenait plaisir » ! Elles lui faisaient sentir la faiblesse du vase extérieur ; le Seigneur brisait le vase, et ainsi la lumière brillait au dehors (cf. Juges 7:16 à 22 ; 2 Cor. 4:7 à 12).

 

8.8   Conclusion

Que de leçons nous avons à apprendre et surtout à retenir — que nul d’entre nous ne soit « un auditeur oublieux, mais un faiseur d’œuvre » ; de celui-là il est dit qu’il « sera bienheureux dans son faire » (Jacques 1:25) — pour notre vie chrétienne et, en particulier, pour le service que chacun de nous est appelé à remplir ! Que la grâce nous soit accordée d’entendre un jour la parole de Celui que nous avons tous à servir « Bien, bon et fidèle esclave : tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître » (Matt. 25:21, 23). Entrer dans la joie du Maître, pourrait-il y avoir meilleure récompense pour le jour à venir, meilleur encouragement pour le jour actuel

 

Fais-nous toujours goûter combien c’est douce chose,

Pour tout enfant de Dieu, qui sur toi se repose,

De t’aimer et de te servir !

« Pour moi vivre, c’est Christ » : que ce soit la devise

De tous tes rachetés. Que chacun d’eux le dise,

Et que tous sachent l’accomplir !

 

 

9                    Circonstances du peuple d’Israël : des types pour nous (Nombres 11, 20, 21)

Titre original : « Toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement... » (1 Corinthiens 10:11)

ME 1979 p.99

Le livre des Nombres nous présente le peuple d’Israël en marche et en lutte à travers le désert. C’est, a-t-on dit, le livre du désert. À ce titre, il contient bien des instructions utiles pour nous ; son application à ce qui nous concerne est selon la pensée de Dieu, 1 Corinthiens 10:1 à 11 nous en donne l’assurance, plaçant devant nous l’histoire d’Israël comme un sérieux avertissement. — Nous désirons considérer, dans les pages qui suivent, trois passages de ce livre : 11:1 à 9 ; 20:1 à 13 ; 21:1 à 18.

 

9.1   Nombres 11:1-9

9.1.1       Nombres 11:1-3

« Et il arriva que comme le peuple se plaignait, cela fut mauvais aux oreilles de l’Éternel ; et l’Éternel l’entendit, et sa colère s’embrasa... » (11:1). — Devrait-il jamais y avoir des plaintes parmi le peuple de Dieu ? Néhémie 9 rappelle tout ce que l’Éternel avait fait pour son peuple terrestre : « Et tu vis l’affliction de nos pères en Égypte, et tu entendis leur cri vers la mer Rouge... Et tu fendis la mer devant eux, et ils passèrent à sec par le milieu de la mer ; et ceux qui les poursuivaient, tu les jetas dans les abîmes... Et tu les conduisis de jour par une colonne de nuée, et de nuit par une colonne de feu... Et tu leur donnas ton bon Esprit pour les rendre intelligents, et tu ne refusas pas ta manne à leur bouche, et tu leur donnas de l’eau pour leur soif. Et tu les entretins quarante ans dans le désert : ils ne manquèrent de rien ; leurs vêtements ne s’usèrent point, et leurs pieds n’enflèrent point » (v. 9, 11, 12, 20, 21 — voir les versets 9 à 31).

Notre Dieu, tendre et bon Père, n’entoure-t-il pas de ses soins son peuple céleste aujourd’hui ? Il pourvoit à tout, n’a en vue que notre plus grand bien et fait travailler toutes choses pour que ce but soit atteint (cf. Rom. 8:28). Que toujours nous caractérise « la piété avec le contentement », ce qui est « un grand gain » (1 Tim. 6:6).

Les plaintes du peuple provoquent la colère de l’Éternel, qui intervient alors en jugement : « le feu de l’Éternel brûla parmi eux, et dévora au bout du camp » (Nomb. 11:1). Dans une telle circonstance, il n’y a qu’une ressource pour ce peuple infidèle et mécontent : sous le poids du jugement qui pèse sur lui, « le peuple cria à Moïse » qui lui-même « pria l’Éternel, et le feu s’éteignit » (ib. 2).

 

9.1.2       Nombres 11:4-6

Dans le paragraphe suivant, il est question du « ramassis de peuple » qui était « au milieu d’eux », sans doute des éléments étrangers se trouvant parmi eux, depuis même la sortie d’Égypte (Ex. 12:38), incitant le peuple à regretter l’Égypte. Il est moins dangereux d’avoir affaire avec des ennemis déclarés qu’avec des hommes de principes mélangés, « ramassis de peuple » ; l’Ennemi le sait bien et c’est pourquoi il s’efforce d’amener le peuple de Dieu à s’unir à de tels éléments, des éléments « épris de convoitises », que le peuple est porté à imiter. — Après les plaintes (v. 1), ce sont maintenant les larmes (v. 4). Les Israélites ont oublié leur détresse, leur affliction sous le joug du Pharaon (cf., Exode 3:7 : « Et l’Éternel dit : J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu le cri qu’il a jeté à cause de ses exacteurs ; car je connais ses douleurs »). — Ayant oublié tout cela, ils ne se souviennent que de ce qui pouvait satisfaire la chair. Et quels regrets ils en ont (v. 5, 6) !

Que Dieu nous garde de tourner nos regards vers le monde pour y rechercher ce qui peut plaire à nos cœurs naturels ! Il en est ainsi lorsque Christ cesse d’être la joie du cœur du racheté et la nourriture de son âme. Soyons constamment occupés de Sa personne adorable !

 

9.1.3       Nombres 11:7-9

Dans l’histoire du peuple, aussitôt après la traversée de la mer Rouge, il nous est dit que la manne — figure d’un Christ céleste comme nourriture — la manne, que l’Éternel venait de lui donner, « avait le goût d’un gâteau au miel » (Exode 16:31). Un croyant, occupé du Seigneur et nourri de lui, éprouve la douceur d’une telle nourriture, comme Israël l’éprouvait alors, et il ne recherche rien d’autre. Que ce soit véritablement ce qui caractérise chacun de nous ! Que toujours la « manne » dont nous avons à nous nourrir ait pour nous la saveur « d’un gâteau au miel » ! — S’il y a déclin de la vie spirituelle, si Christ n’occupe plus autant nos pensées, si nous ne jouissons de lui que d’une manière limitée, la « manne » n’aura plus pour nous que « le goût d’un gâteau à l’huile » (Nomb. 11:8). Il y a bien l’activité de l’Esprit — dont l’huile est une figure — Esprit qui se plaît à nous occuper de Christ, à le glorifier et à prendre de ce qui est à Lui pour nous l’annoncer (cf. Jean 16:14), mais cette activité est alors plus ou moins entravée, elle ne peut s’exercer dans sa plénitude. Pour un cœur qui a tendance à se tourner vers le monde — quel que soit l’aspect qu’il présente — la « manne » n’a plus la saveur « d’un gâteau au miel », mais « d’un gâteau à l’huile ». Posons-nous la question : où en sommes-nous à cet égard ?

La scène que nous venons de considérer au chapitre 11 se déroule au début du voyage du peuple au travers du désert : « Et il arriva, en la seconde année, au second mois, le vingtième jour du mois... » (10:11). Les deux autres, celles des chapitres 20 et 21, se situent vers la fin de ce voyage (20:1).

 

9.2   Nombres 20:1-13

Le chapitre 20 commence par une épreuve, une épreuve dispensée par Dieu, la mort de Marie, et ce même chapitre se termine par celle d’Aaron (v. 28, 29). — Au travers des deuils qu’il permet, Dieu se plaît à nous encourager et à ranimer nos cœurs. Il demeure en toutes circonstances une précieuse source de rafraîchissement. Cette source, le peuple ne l’a pas trouvée : « Et il n’y avait pas d’eau pour l’assemblée ; et ils s’attroupèrent contre Moïse et contre Aaron. Et le peuple contesta avec Moïse, et ils parlèrent, disant : Que n’avons-nous péri, quand nos frères périrent devant l’Éternel !... » (v. 2 à 5). Comment le peuple pourra-t-il être rafraîchi ? L’Éternel l’enseigne à Moïse : il lui fallait prendre la verge du sacrificateur et parler au rocher afin qu’il donne ses eaux (v. 7, 8). Mais Moïse, au lieu de parler au rocher, le frappe et par deux fois (v. 11). Le rocher avait été frappé une fois (Exode 17:6) — en figure, l’expiation était accomplie ; il ne fallait donc pas « frapper » le rocher une nouvelle fois mais lui « parler ». — Malgré cela, la grâce de Dieu se manifeste : pour le peuple, il sort « des eaux en abondance » — pour Moïse, s’il a eu à connaître le gouvernement de Dieu et, de ce fait, n’a pu introduire le peuple en Canaan, cependant il a contemplé le pays de la promesse du haut du « mont Nebo, le sommet du Pisga » (Deut. 34:1).

 

9.3   Nombres 21:1-18

Dans le chapitre 21, nous voyons le peuple au terme de son voyage. Il y avait trente-huit ans qu’il était parti de Kadès-Barnéa (comp. Nomb. 21:12 et Deut. 2:14). Le but si près d’être atteint, le cœur du peuple est cependant découragé (Nomb. 21:4). « Et le peuple parla contre Dieu et contre Moïse : Pourquoi nous avez-vous fait monter hors d’Égypte, pour mourir dans le désert ? Car il n’y a pas de pain, et il n’y a pas d’eau, et notre âme est dégoûtée de ce pain misérable » (v. 5). — À Meriba, le peuple vient cependant de faire l’expérience que les eaux coulent du rocher, et en abondance. Comment donc peut-il dire : « il n’y a pas de pain, et il n’y a pas d’eau » ? La manne n’a jamais cessé tout au long du voyage, l’eau coulait du rocher... Certes, mais le peuple n’apprécie plus la nourriture que l’Éternel lui donne ; elle n’a plus pour lui la saveur « d’un gâteau au miel », même pas « d’un gâteau à l’huile », ce n’est plus, dit-il, qu’un « pain misérable » !

Serions-nous « découragés en chemin » ? Les exercices traversés, les difficultés rencontrées, les épreuves endurées, tout cela nous conduirait-il, comme Israël autrefois, au découragement ? Que Dieu nous en préserve ! Le but est si près d’être atteint et, jusqu’au moment où il le sera, les ressources divines ne feront jamais défaut. La « manne » nous sera dispensée jour après jour — type de Celui qui a dit : « Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; et celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jean 6:35) — l’eau du rocher ne tarira pas. Christ, nourriture de nos âmes, rafraîchissement de nos cœurs, répondra à tous nos besoins. Qu’il nous soit donné de le connaître toujours mieux et d’apprécier tout ce qu’il veut être pour les siens durant leur pèlerinage ici-bas ! Nous ne serons alors jamais découragés.

Quelle était la cause du triste état du peuple ? L’Éternel va le lui révéler, envoyant « parmi le peuple les serpents brûlants » (Nomb. 21:6), tout à la fois cause et conséquence de leur état. C’est l’Ennemi, « le serpent ancien, celui qui est appelé diable et Satan » (Apoc. 12:9), qui est à l’origine de l’état du peuple, de ses murmures, de son découragement. Et il en est toujours ainsi : le même adversaire opère encore aujourd’hui. Gardons-nous d’écouter sa voix, de nous laisser séduire par ses artifices ! Si nous l’avons fait, si nous méconnaissons la valeur des ressources divines et si, par suite, le découragement nous envahit, que faut-il faire ? Reconnaître notre état, comme Israël l’a fait alors : « Nous avons péché... » (Nomb. 21:7), nous adresser à Dieu par la prière. Le peuple demande que l’Éternel retire les serpents. Il ne le fera pas, mais il répond aux besoins de son peuple en lui présentant, en figure, Christ, « serpent brûlant » mis sur « une perche ». — cf. Jean 3:14 à 16 : « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle... ». C’est Christ qui est présenté aux regards de la foi : quiconque le regardera vivra. La vie de la foi a Christ pour objet et c’est la puissance par laquelle l’Ennemi est vaincu : « tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi » (1 Jean 5:4, 5).

Il y a des guerres sans doute, des luttes et des combats à livrer... Qu’importe ! La victoire est assurée. Mais encore, il y a du rafraîchissement en abondance : « Alors Israël chanta ce cantique : Monte, puits ! » (ib. 17). L’activité du Saint Esprit peut désormais s’exercer sans entrave. L’eau monte du puits « que des princes ont creusé, que les hommes nobles du peuple, avec le législateur (note en bas de page : avec le bâton de commandement), ont creusé avec leurs bâtons ! » (ib. 18). Image des vérités remises en lumière dans les derniers jours par l’action de l’Esprit, et dont nous pouvons jouir dans la puissance de cet Esprit, source de joie et de rafraîchissement pour nos âmes. « Monte, puits ! » Occupés de Christ par le Saint Esprit, nos cœurs sont réjouis et le cantique peut alors s’élever : « Chantez-lui ». Quel saisissant contraste avec les murmures, le mécontentement, le découragement !

Au travers de toutes les circonstances que nous pouvons rencontrer, difficiles peut-être et qui pourraient nous conduire parfois au découragement, élevons les yeux, contemplons Christ par la foi, laissons agir en nous le Saint Esprit pour nous occuper de lui et nous réjouir en lui.

« Courons avec patience la course qui est devant nous, fixant les yeux sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, lequel, à cause de la joie qui était devant lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu. Car considérez celui qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même, afin que vous ne soyez pas las, étant découragés dans vos âmes » (Hébr. 12:1 à 3).

 

Fournissant donc ainsi la course,

Nous nous rendons vers toi, Jésus,

Ayant en toi toute ressource,

Les eaux de la divine source

Et le vrai pain de tes élus.