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La  MAISON  du  POTIER

 

 

 

(Jér. 18:1 à 17)

 

Philippe Laügt

ME 1978 p. 309

 

Le long ministère de Jérémie, prophète mis à part pour Dieu avant même sa naissance, coïncide avec la triste histoire des derniers rois de Juda. Très jeune encore, Dieu l’envoie, met ses paroles dans sa bouche, et, pour lui ôter toute crainte, affirme : «Je suis avec toi pour te délivrer» (1:8). Sentinelle établie, Jérémie doit avertir, crier même au milieu d’une hostilité grandissante (ch. 2:1 ; 7:2 ; 20:8...). Et ce prophète qui préfigure à tant d’égards Celui qui fut l’Homme de douleurs, a, comme Lui, le coeur brisé par l’état misérable de son peuple. Il n’y avait «personne qui se repente de son iniquité, disant : qu’ai-je fait ?» (ch. 8:6, 7).

Jérémie a déjà été instruit de l’imminence du jugement qui va fondre sur les coupables. Mais maintenant Dieu veut encore enseigner et encourager son serviteur avant qu’il ne poursuive sa tâche difficile. «Lève-toi et descends dans la maison du potier» — lui dit-il — «là je te ferai entendre mes paroles». Obéissant, le prophète descend.

L’image pleine d’intérêt du potier et de l’argile n’a rien perdu pour nous ni de sa simplicité ni de sa force. Chacun peut voir travailler cet artisan semblable à ceux qui, déjà du temps de Salomon, «habitaient auprès du roi, pour ses travaux» (1 Chron. 4:23). Cette image est employée par le Saint Esprit dans les écrits de serviteurs aussi différents qu’Ésaïe, Jérémie, Zacharie ou Paul, mais dont les enseignements «sont donnés par un seul pasteur» (Éccl. 12:11).

Dieu est le potier, nous sommes l’argile entre ses mains (És. 30:14). Ce même Ésaïe nous rappelle notre humble origine et invite : «Regardez... au creux du puits d’où vous avez été tirés» (És. 51:1). Tandis que David déclare : «Je te célébrerai de ce que j’ai été fait d’une étrange et admirable manière... Tes yeux ont vu ma substance informe» (Ps. 139:14 à 16). L’art du potier est donc essentiel, alors même que l’argile est le matériau convenable. Avant que ne débute le travail, rien ne permet de supposer que cette motte de glaise, informe et inerte, que le potier tient dans sa main, puisse devenir sous ses doigts pleins d’adresse un objet à la fois utile et de forme harmonieuse.

Attentif à ce spectacle captivant et hautement instructif, Jérémie observe celui qui a «pouvoir sur l’argile» (Rom. 9:21) et qui fait «son ouvrage sur son tour» (v. 3). Déjà, frappé par la majesté et la puissance suprême de Dieu, le prophète s’était écrié : «Le lieu de notre sanctuaire est un trône de gloire, un lieu haut élevé dès le commencement» (ch. 17:12). Mais maintenant il va apprendre et transmettre une importante leçon. Elle concerne le gouvernement de Dieu et sa souveraineté. Dieu agit selon le bon plaisir de sa volonté, pour glorifier son grand nom, toutefois toujours avec une parfaite justice. Qui pourrait donc contester avec Dieu lorsqu’il épargne une nation — comme il le fit pour Ninive — si elle revient de sa mauvaise voie, alors que le jugement est déjà décrété contre elle ? Inversement, s’il a parlé de bénir et que l’on se détourne vers le mal, Il est tout aussi juste en se repentant du bien qu’il pensait faire.

Une fois encore, (voir ch. 7:3) dans sa longue patience, Dieu envoie dire aux hommes de Juda : «Je prépare contre vous du mal... revenez donc chacun de sa mauvaise voie et amendez vos voies et vos actions» (v. 11). Affreusement insolente est leur réponse, mettant en évidence l’endurcissement de leur coeur : «C’est en vain, car nous marcherons suivant nos pensées, et nous ferons chacun selon l’obstination de son mauvais coeur» (v. 12 voir ch. 2:25).

Désormais Jérémie sera prêt, dans les lieux déjà tragiques de la vallée de Hinnom (ch. 7:31), tout en brisant un vase de potier devant les anciens du peuple, à crier encore à «Juda la perfide» le terrible message de Celui qu’ils avaient outragé : «Je briserai ainsi ce peuple et cette ville, comme on brise un vase de potier qui ne peut être raccommodé» (19:11 ; voir aussi És. 30:14). Ils avaient roidi leur cou pour ne point écouter Ses paroles, oublié Dieu, en brûlant de l’encens à la vanité, c’est-à-dire aux idoles (v. 15). Ils connaîtront l’ardeur de sa colère. Car le jugement de Dieu commence par sa propre maison, par le peuple qui est «près de lui» (1 Pierre 4:17 ; Ps. 148:14).

Mais auparavant, dans la maison du potier, pour la joie et la consolation de son coeur, le prophète avait compris un secret de la plus haute importance : si le vase était gâté dans Sa main, comme ici en présence de Jérémie (v. 4), eh bien, Dieu ferait un autre vase, sans le moindre défaut, digne à tout jamais de Sa gloire !

De fait, comme la ceinture qui aurait dû être «un renom, une louange et un ornement» pour Dieu (ch. 13:11), le vase, lui aussi, a été reconnu bon à rien, inutile. Au delà d’Israël et de son roi, c’est l’humanité tout entière qui se trouve représentée dans ce vase d’argile mis en pièces, cet ustensile auquel on n’a point de plaisir (ch. 22:28 ; Osée 8:8). Ce fut le chemin de l’homme «dès sa jeunesse» de ne pas écouter la voix de Dieu mais de prêter par contre l’oreille à celle de l’Ennemi. Le premier matin du monde a été souillé, Adam a livré entre les mains de Satan le royaume qu’il avait reçu. Et la mort, salaire du péché, est entrée dans ce monde. Elle a passé à tous les hommes, en ce que tous ont péché (Rom. 5:12). Michée écrit, poussé par l’Esprit Saint : «Le meilleur d’entre eux est comme une ronce, le plus droit, pire qu’une haie d’épines» (7:4). De cette ruine complète, le Nouveau Testament apporte aussi le témoignage : «Ils se sont tous ensemble rendus inutiles» (Rom. 3:12). Le vase que Dieu avait formé pour son plaisir et sa gloire, à son image, selon sa ressemblance (Gen. 1:26) a été irrémédiablement gâté.

Mais la ruine du premier homme et de sa descendance n’a pas pris Dieu au dépourvu. Dieu a en lui-même les motifs et les moyens de conduire jusqu’à leur terme ses merveilleux conseils. Sur le tour de l’Artisan divin, le travail a repris. Il fit «un autre vase, comme il plut aux yeux du potier de le faire». Ce vase-là ne pourra jamais être souillé. «Sans contredit, le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair...» (1 Tim. 3:16). La Parole nous révèle que le Fils unique, qui est dans le sein du Père, s’est présenté. Il a accepté, par amour, d’être fait à la ressemblance des hommes, d’être trouvé en figure comme un homme pour glorifier Dieu là où nous l’avions déshonoré et pour accomplir toute sa volonté.

Nous sommes admis à l’entendre s’adressant à son Dieu, à son entrée dans le monde : «Tu m’as formé un corps... Voici je viens, — il est écrit de moi dans le rouleau du livre — pour faire, ô Dieu, ta volonté» (Héb. 10:5-8). Contemplons avec ravissement la parfaite beauté du vase de tous les conseils de Dieu, la gloire du Fils unique de la part du Père, pleine de grâce et de vérité. Il est homme et il est Dieu ; en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement (Col. 2:9).

Sur la terre, constamment, il a été le serviteur impeccable, l’homme entièrement dépendant. «Merveilleuse perfection ! Qui pourrait maintenir devant nos yeux un objet aussi parfait, aussi irréprochable, aussi exquisément et délicatement pur, jusque dans les détails les plus ordinaires et les plus minutieux de la vie humaine ?... Jésus seul, l’Homme-Dieu, le pouvait» (J.G.B.). Et cette perfection le désigne comme la Victime sainte, l’Agneau sans défaut et sans tache, que Dieu pouvait agréer. Parvenu au terme de son chemin ici-bas, il s’offre lui-même à Dieu en sacrifice pour le péché et, «par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés» (Héb. 10:14). Son sacrifice, sa mort, sont les fruits admirables de son obéissance parfaite. «Christ mourut plutôt que de laisser le péché subsister devant Dieu» (J.N.D.). Sa résurrection glorieuse d’entre les morts annonce le matin d’une création nouvelle, plus glorieuse encore que la première. Le second homme, le dernier Adam n’est plus seul dorénavant. «Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création» (2 Cor. 5:17 ; Gal. 6:15). Par les effets de la grâce de Dieu opérant en lui, le racheté sera un vase capable de refléter quelques traits de Sa beauté morale.

Le travail du potier illustre l’intérêt que Dieu prend à son ouvrage. Il parle aussi de sa sagesse et de son pouvoir. Poursuivant son travail dans les siens, il opère comme le potier qui élimine peu à peu, avec soin, les parties réfractaires susceptibles d’altérer le galbe de ces vases qu’il veut modeler (Prov. 25:4). Il pétrit l’argile, la façonne avec amour (Ps. 119:73), exerce sur elle, une main à l’intérieur, l’autre à l’extérieur, une pression lente, continue, précise. Il élargit sans cesse le vase et le rend enfin tel que, dans sa pensée, il l’avait conçu. «Nous sommes tous l’ouvrage de tes mains» (És. 64:8) «Nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus» (Éph. 2:10).

Ce tour sur lequel le potier travaille, sans cesse en mouvement, évoque les diverses circonstances par lesquelles Dieu juge bon de nous faire passer en vue de notre formation. Ainsi, dans notre vie joies et peines se succèdent (Ps. 30:5) ; nous connaissons alternativement la prospérité et l’adversité (Ps. 107:38, 39), nous remportons, avec l’aide décisive du Seigneur, des victoires sur l’Ennemi de nos âmes (Ps. 60:12) ou hélas, nous subissons des défaites, fruits amers de nos infidélités (Juges 2:13, 14). Dieu nous accorde de jouir pour un temps d’une précieuse amitié (Prov. 27:9) mais il pourra permettre aussi que nous soyons délaissés (2 Tim. 4:16). Savons-nous toujours reconnaître les «mains d’amour» de Celui qui, ayant commencé en nous une bonne oeuvre, veut l’achever jusqu’au jour de Christ (Phil. 1:6) ? Une «main», plongée à l’intérieur du vase, agit sur notre être moral, sur les ressorts secrets de notre coeur, d’une manière cachée sans doute à nos semblables, mais dont nous éprouvons toute la réalité «Tu me feras comprendre la sagesse dans le secret de mon coeur» disait David (Ps. 51:6). L’autre «main», à l’extérieur du vase, agit de manière plus visible aux yeux de notre entourage : comme Naomi, que l’Éternel ramenait «à vide» pour lui faire du bien à la fin, et Ruth la Moabite «entraient dans Bethléhem, toute la ville s’émut à leur sujet, et les femmes disaient : Est-ce Naomi ?» (Ruth 1:19, 20). Les amis de Job aussi «levèrent les yeux de loin et ils ne le reconnurent pas... ils voyaient que sa douleur était très grande» (Job 2:12, 13). Pour l’apôtre Paul, la pression pouvait paraître excessive (2 Cor. 1:8) sur ce «vase d’élection» appelé à tant souffrir pour le nom du Seigneur (Act. 9:15). Mais il pouvait dire avec le psalmiste : «Dans la détresse, tu m’as mis au large» (Ps. 4:1). Effet béni d’une vie de communion près de Lui. Car la pression des mains divines est sans cesse contrôlée par un coeur rempli d’une infinie tendresse. «Je t’ai aimée d’un amour éternel, c’est pourquoi je t’attire avec bonté» (Jér. 31:3).

Dans tous les cas, ce qui a du prix pour Dieu c’est notre soumission confiante à «sa volonté, bonne, agréable et parfaite». Apprenons à dire, avec le Modèle parfait : «Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (Matt. 11:26). Lié de chaînes comme un malfaiteur, Paul écrit : «J’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve»  (Phil. 4:11). Tout près du but, il réalise qu’il est toujours à l’école de Dieu et il ajoute : «En toutes choses et à tous égards, je suis enseigné» (initié). Il avait une écharde pour la chair, elle paraissait un obstacle à l’exercice de son ministère, mais dans le sentiment de son infirmité, il se confie entièrement dans le Seigneur : «Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie». Ainsi chaque circonstance, traversée avec Christ, aura pour conséquence d’affiner le vase, puissant témoignage à d’autres (Actes 6:15 ; 26:28, 29). Sommes-nous de ces chrétiens qui ornent l’enseignement de notre Dieu Sauveur ? Christ est le Modèle et sa vie doit briller dans les siens, à la gloire de Dieu. «Ceux qu’il a préconnus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils» (Rom. 8:29). Il faut que sa main puisse se saisir du vase (Jér. 20:7) et s’en servir à sa convenance. Notre volonté, nos impulsions naturelles, nos pensées personnelles sont autant d’entraves à ce que le vase soit «un vase à honneur, sanctifié, utile au Maître, préparé pour toute bonne oeuvre» (2 Tim. 2:21). Peut-être avons-nous parfois désiré, dans l’orgueil et la folie de nos coeurs, que Dieu nous confie quelque chose qui puisse nous élever. Mais nous ne sommes après tout que des vases de terre «afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous» (2 Cor. 4:7). Le trésor, Christ, ne brillera que dans un vase préalablement vidé de lui-même et parfois même brisé, car «des vases brisés valent souvent mieux que des vases entiers pour manifester la suffisance et la grâce de Christ» (J.N.D.).

Dans la gloire, les vases seront plus ou moins grands mais dans nos coeurs remplis de Sa grâce, Lui seul aura toute la place, à toujours. «Comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste» (1 Cor. 15:49) et Dieu se reposera dans son amour.

 

 

Tu nous sauvas, nous sommes ton ouvrage,

Et dans les cieux nous allons te servir,

Te voir, Jésus, et porter ton image,

Et pour toujours t’adorer, te bénir.