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Quels sont les CARACTÈRES

 

 

d’un SERVICE FIDÈLE ?

 

 

Marc 14:9

 

J. N. Darby

 

«En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d’elle».

 

 

Quelqu’un d’entre vous, bien-aimés, sera peut-être tenté de demander la raison de cette parole du Seigneur, et aura de la peine à saisir le rapport qu’il y a entre l’acte de cette femme et la prédication de l’Évangile dans le monde. C’est ce que nous comprendrons, je le pense, si nous nous rappelons quel est le but final de Dieu, en faisant parvenir jusqu’à nous le témoignage de sa grâce. Nous connaissons le résultat immédiat pour la conscience réveillée par le sentiment de ses besoins. La croix de Christ lui est présentée pour faire face au jugement de Dieu sur le péché, et nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ (Rom. 5:1). Que de choses il y aurait à dire sur la manière dont on arrive à posséder comme une chose actuelle la faveur de Dieu et à y demeurer ; sur la joie de l’espérance qui, par anticipation, jouit de la gloire de Dieu, et se fortifie ainsi pour les épreuves du chemin ; et aussi, sur la joie que nous avons même dans les épreuves, parce que nous faisons la précieuse expérience que Dieu s’y trouve, lui le couronnement de notre joie (Rom. 5:1, 2, 11). Nous voyons dans l’Évangile non seulement de quel état nous avons été tirés, mais aussi dans quelle position nous sommes introduits, nos coeurs trouvant leur repos dans la maison du Père, où nous sommes «rendus agréables dans le Bien-aimé». C’est là que nous attendons encore la révélation d’un mystère d’amour divin. Il y a des conseils de Dieu relatifs à la gloire et à la joie de Christ, conseils cachés de toute éternité à d’autres générations, mais qui nous ont été révélés maintenant, et qui nous concernent, nous qui avons été donnés à Christ pour être son Église, son corps, son épouse.

 

Quelles précieuses révélations de l’amour de Dieu, bien-aimés ! Et cependant, le but de Dieu en nous les communiquant, va bien au-delà. Il voulait nous faire connaître Christ, comme étant Celui en qui il trouvait son bon plaisir. Quelle grâce que celle qui, non seulement nous a sauvés de l’enfer, mais qui nous a rendus participants des joies mêmes de Dieu ! Car le Seigneur Jésus est l’objet éternel de sa joie. Jamais, avant que le salut ait été pleinement connu, nos coeurs n’auraient pu comprendre ces choses. Mais maintenant que ce salut nous appartient en Christ (et bien plus encore que nous ne pourrons jamais l’apprécier), Dieu veut que nous appréciions Christ comme il le fait lui-même ; il veut nous amener à comprendre sa valeur et son excellence, afin que, en faisant complètement abstraction de nous-mêmes et de tout le reste, nous puissions adorer et servir Christ en le contemplant. Alors, l’Évangile aura accompli parfaitement le but pour lequel il a été donné.

 

C’est ce que nous trouvons dans l’Apocalypse. Quand nous voyons les rachetés de toute tribu, et langue, et peuple, et nation, autour du trône (Apoc. 5), quel est l’objet qui attire les regards de tous ? C’est un «agneau immolé». Tous les coeurs sont occupés de lui, les couronnes sont jetées à ses pieds, et toutes les voix entonnent ses louanges. Jésus seul absorbe leurs pensées pendant toute l’éternité.

 

Qu’étaient-ils autrefois ? Qu’étions-nous ? Morts dans nos fautes et dans nos péchés (Éph. 2:1) ; étrangers à la vie de Dieu (Éph. 4:18) ; sans Christ, sans espérance (Éph. 2:12). Mais maintenant, nous avons «été approchés» par le sang de Celui qui a été immolé (Éph. 2:13), initiés aux profondeurs des secrets de Dieu et à ses pensées sur les perfections de son Fils. Ainsi, le but de Dieu est atteint —d’autres que lui ont connu, aimé et apprécié son Bien-aimé, trouvant en lui la joie par excellence, le ciel même. Des pécheurs ici-bas ont été amenés en communion de pensées avec Dieu dans le ciel. Qui, dans le ciel, pourrait entonner comme eux le : «Tu es digne», repris pour ainsi dire par les anges et par tout l’univers dans un cantique éternel ? Il y aura dans le ciel une riche, glorieuse monotonie, un nom répété à toujours : Jésus, Jésus, Jésus !

 

Voilà donc, bien-aimés, quel est le but et le désir de Dieu dans l’Évangile. Sommes-nous en sympathie avec le Seigneur quand nous le prêchons ? Est-ce notre but de faire connaître le Seigneur Jésus avec tout ce qui charme et attire dans sa personne adorable ? Est-ce notre but de le présenter de telle sorte qu’il puisse être reconnu comme le «porte-bannière entre dix mille» (Cant. 5:10) ; comme Celui dont toute la personne «est désirable» (Cant. 5:16) ? Est-ce là le but de notre service ? Sa gloire, sa beauté, sa grâce qui attire, tout cela est-il constamment devant nos yeux ?

Telle semble être la liaison des pensées dans l’esprit du Seigneur, au moment où a lieu ce souper. Jésus s’y trouve, lui, le Fils que le Père aime de toute éternité. «Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle» (Jean 3:16). Nous le voyons là, au milieu des hommes, assis à table dans la maison de Simon le lépreux, à Béthanie. Il est là méprisé et délaissé des hommes (És. 53:3), qui ne voient point d’apparence en lui pour le faire désirer (És. 53:2). Les principaux sacrificateurs et les scribes cherchaient, en ce moment même, le moyen de se saisir de lui par ruse, pour le mettre à mort. Tel était le cas que l’homme faisait de Christ ! Quel coup pour le coeur de Dieu ! Dieu avait dit : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir.» Mais nous, oui nous avons tous été de ce nombre, nous avons caché nos faces de lui : il était méprisé et nous n’avons eu pour lui aucune estime (És. 53:3). Le péché et l’incrédulité aveuglaient nos yeux et nous empêchaient de le reconnaître.

Pendant que les hommes conspiraient ainsi contre lui, il y avait quelqu’un du moins, dans cette maison, qui entrait en quelque mesure dans la pensée de Dieu au sujet de Christ. Tous se réjouissaient d’être assis à table avec lui, heureux, avec raison, d’être près de lui, mais une personne était au-dessus de toutes les autres par ses pensées. Marie — car c’était elle, comme nous le dit l’évangile de Jean — était occupée de Jésus, et, en faisant ainsi, n’avait d’autre but que lui-même. L’enseignement qu’elle avait reçu auparavant l’avait conduite à cela. Marie, nous est-il dit, se tenait assise aux pieds de Jésus, écoutant sa Parole, pendant que sa sueur était tout occupée de son service (Luc 10:39). Elle avait choisi «la bonne part qui ne lui serait pas ôtée» —elle était occupée de Lui. Déjà ici-bas elle avait bu à la source de la joie céleste. Jésus, déjà maintenant, était son tout. C’était aux pieds de Jésus que Marie avait été à l’école, c’est là qu’elle avait appris à connaître plus intimement ce qu’il était. La seule leçon qu’elle avait apprise, c’était Jésus, dans sa valeur propre. Ses yeux s’étaient ouverts à sa beauté incomparable ; tellement elle était pour ainsi dire morte à tout le reste. Au milieu de la scène qui est devant elle, Jésus seul l’intéresse, lui seul absorbe ses pensées. Elle oublie les hôtes, le souper, tout en un mot, et ne voit que Celui qu’elle adore. Elle semble dire en le regardant : «Je n’aime que lui.» Ses paroles ne sauraient exprimer le sentiment de la valeur du Seigneur ; aussi la voit-on, avec une intelligence donnée de Dieu, briser le précieux vase d’albâtre, plein de parfum, et le répandre sur la tête de Jésus. Et ainsi, dans le muet langage d’un coeur trop plein pour s’exprimer, elle donne à Celui qui seul en est digne, tout ce qu’elle a de plus précieux sur la terre. Elle entre dans les pensées de Dieu. — Quelle valeur cet acte avait pour le coeur de Christ, quoique les autres ne l’aient pas compris !

Il est dans la nature de l’homme d’aimer à être connu et compris. Ce désir se trouve aussi en Christ, selon la perfection de son humanité. Pendant son ministère sur la terre, comme les villes où il avait accompli la plupart de ses miracles ne voulaient pas se repentir, il dit : «Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père» (Matt. 11:27). Incompris, inconnu des hommes, il se repose avec joie dans cette pensée : Mon Père me connaît.

 

Mais nous trouvons ici une femme qui, enseignée de Dieu, semble avoir saisi quelque chose de ces perfections dans lesquelles le Père trouve ses délices. Marie commençait à entrer dans Ses pensées au sujet de son Fils bien-aimé. C’est ce qu’elle avait appris dans le secret, en communion avec le Seigneur. Elle avait été par là rendue capable d’entrer dans ces pensées, et maintenant aucune parole humaine ne lui suffisait pour exprimer la valeur de cette personne bénie.

 

Pour donner essor aux sentiments qui remplissent son coeur, elle répand ce parfum sur sa tête. C’est ainsi qu’elle l’adore et le sert. Dieu ne jouissait-il pas de voir le Seigneur Jésus apprécié ainsi par cette faible femme ? Sa volonté est que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père (Jean 5:23). C’est là le résultat qu’il attend de la prédication de l’Évangile

 

Hélas ! n’arrive-t-il pas souvent qu’un grand déploiement de zèle, d’ardeur et d’activité, découle d’une tout autre source que d’un coeur qui apprécie Christ ? C’était ce qui manquait à Marthe. Elle paraissait s’occuper de Jésus et s’employer à le servir. Mais aux yeux du Seigneur, le service n’a de valeur que dans la mesure où le coeur l’a lui-même comme son premier objet. Marthe était «distraite par beaucoup de service» (Luc 10:40). Elle mettait ce dernier à la place de Jésus. Il l’aime trop pour consentir à ce que son coeur soit absorbé de cette manière ; il veut qu’elle jouisse de lui. Marie entrait dans sa pensée ; elle sentait que ce que le Seigneur voulait avant tout, c’était son coeur, et elle le lui donne. Marthe voudrait distraire Marie, mais celle-ci veut rester aux pieds de Jésus, l’écouter, lui qui trouve son bonheur à se révéler à elle ; et Jésus met le sceau de son approbation sur ce choix : «Marthe, Marthe, tu es en souci et tu te tourmentes de beaucoup de choses, mais il n’est besoin que d’une seule ; et Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée» (Luc 10:42).

 

Bien-aimés, dans ces jours d’activité générale, n’avons-nous pas à nous demander, en la présence de Dieu, jusqu’à quel point nos coeurs sont avec lui dans cette activité ? Ne sommes-nous pas souvent (et par notre service même) entraînés loin de la position où nous devrions être, — c’est-à-dire aux pieds de Jésus ? N’est-ce pas le secret de notre manque de force et de nos constantes défaillances ?

 

Le Seigneur Jésus n’a pas été le premier but de la chose que nous avons entreprise, ou de la parole que nous avons prononcée ; et ainsi, elle a perdu toute valeur à ses yeux. Demandons-nous donc si c’est de lui-même que nous sommes occupés. On peut se donner beaucoup de mouvement, s’agiter dans tous les sens pour le service, sans que le coeur se soit complètement donné à lui. Ce qu’il aime, c’est un coeur qui lui soit entièrement dévoué. Il ne se contente pas d’en avoir une partie. Il veut le tout. S’il a consenti à répandre son sang pour nous racheter et nous acquérir pour lui, tout indignes que nous soyons, refuserons-nous de lui donner nos cœurs ? Marie voulait être à lui seul. S’il remplit le coeur de Dieu, n’est-il pas digne de remplir le nôtre ? Christ est le centre des pensées de Dieu. Quand il est notre centre à nous, tout va bien. Tel était le cas de Paul, Christ était l’objet de son coeur : «Pour moi, vivre c’est Christ,» dit-il, et il estime toute autre chose comme des ordures (Phil. 1:21 et 3:8).

 

En parlant ainsi, ai-je exprimé un blâme contre le service ? Non, mais je cherche seulement à lui donner sa place, de manière à ce qu’il soit agréable au Seigneur. Un coeur qui a, comme Dieu, Christ pour objet, possède la source et la puissance du service ; il est vraiment en communion avec les pensées de Dieu, quand les paroles du Maître résonnent à ses oreilles. «Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création» (Marc 16:15). Est-il possible que quelqu’un de nous soit assez peu en communion avec Dieu pour ne pas chercher à gagner des âmes pour Christ ? Travaillons, bien-aimés, pendant qu’il est jour ; la nuit vient pendant laquelle personne ne peut travailler. Mais tout service a ses pièges. Prenons garde qu’en parlant de lui aux autres, nos propres coeurs ne soient froids et insensibles à son amour. Christ n’ayant pas la première place dans nos affections, au lieu de nous juger en le confessant, afin que la communion puisse être rétablie, notre coeur qui a la conscience de cet état, se jette avec une ardeur sans trêve, dans l’activité du service, et cela ne fait que maintenir la distance en voilant la condition réelle de notre âme. Le zèle même déployé par Marthe pour bien recevoir le Seigneur était un piège pour elle. Marie, occupée de lui seul, à l’exclusion de tout autre intérêt, put, quand le temps fut venu, lui rendre le service le plus excellent qui lui ait jamais été rendu sur la terre.

 

Et qu’est-ce qui le rendait si agréable au Seigneur ? C’est qu’il lui était offert par un coeur qui lui était entièrement dévoué ; et la moindre chose que l’on fait en l’ayant lui pour objet, est agréable à ses yeux, ne fût-ce qu’un verre d’eau donné en son nom à l’un de ses disciples. Bien-aimés, il est proche, le jour solennel où sera éprouvé tout ce que nous avons paru faire pour Christ. Et alors tout service sera apprécié selon la place que le Seigneur aura occupée dans les affections et les pensées de son serviteur.

 

C’est en quoi Marthe manquait, et c’est ce qui procura à Marie l’approbation du Seigneur. Son coeur était plein de Christ, son service en était l’expression, et prit ainsi le caractère du culte. Voilà ce qui caractérise toujours le vrai service. Marie savait faire la chose voulue en temps voulu, aussi le Seigneur prononça-t-il sur elle ces paroles d’approbation : « Ce qui était en son pouvoir, elle l’a fait ; elle a anticipé le moment d’oindre mon corps pour ma sépulture» (Marc 14:8).

 

Il ne veut pas qu’on inquiète cette femme : «Laissez-la, dit-il ; pourquoi lui donnez-vous du déplaisir ? Elle a fait une bonne oeuvre envers moi» (Marc 14:6). En vérité, il n’y avait là personne qui pouvait apprécier ce service, sauf Celui auquel il s’adressait. Judas appelle cela une perte ; les autres disciples en font autant ; mais Marie était en communion avec la pensée du Seigneur. Ce qu’elle a fait lui plaît et cela lui suffit ! Cette fausse appréciation des disciples est humiliante aussi pour nous. Ils n’auraient pas regardé ce sacrifice comme une perte, s’il avait été fait pour les pauvres ; mais ils appellent une perte ce qui avait sa source dans un entier dévouement à Christ. Telle est la nature de l’homme ! N’en est-il pas encore ainsi ? Le monde exalte ceux qui se consacrent à des oeuvres de charité ou de philanthropie ; tandis qu’il taxe de folie celui qui renonce à quelque chose pour Christ. Ce qui aux yeux du monde est du gaspillage, est précieux aux yeux de Dieu, parce que cela a été fait pour Christ. L’acte de Marie est précisément ce qu’il attend de tous ceux qui ont été amenés à le connaître.

Mais pour que le coeur soit ainsi libre de s’occuper uniquement de Christ, il faut que toute question de péché ait été absolument et complètement résolue. La croix de Christ y pourvoit, car le croyant y voit non seulement ses péchés ôtés, mais lui-même jugé pour toujours. Là est la fin de tout : ce que je suis est jugé, condamné, crucifié avec Christ, et enseveli : «Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus» (Rom. 8:1). Aussi longtemps que l’oeuvre de Christ n’est pas pleinement saisie, le moi occupe encore nos pensées. On veut le perfectionner, l’améliorer, ou s’en débarrasser. Dès lors, rien d’étonnant que le coeur soit impuissant à s’élever aux pensées de Dieu au sujet de Christ.

Ceux qui sont allés plus loin que le simple repos de la conscience au sujet du péché, ont vu la fin du moi à la croix ; ils se réjouissent à la pensée que la vie, la justice et la faveur de Dieu leur appartiennent dans le Christ ressuscité. Quelle précieuse découverte quand, pour la première fois, nous avons compris qu’il était tout cela pour nous ! Nous avons alors pu chanter :

 

Jésus est notre ami suprême,

Ô quel amour !

 

Lazare devait éprouver quelque chose de ce bonheur, quand il était à table avec Jésus. Il en est ainsi de l’épouse, dans le Cantique des Cantiques, quand elle dit : «Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui». Elle se console ainsi en son absence, «jusqu’à ce que l’aube se lève et que les ombres fuient» (Cant. 2:16, 17). Remarquez cette première pensée : « Il est à moi.» Ses plus précieux intérêts sont en Christ ; cependant, c’est elle qui vient en premier lieu. Arrive-t-il à beaucoup d’entre nous, bien-aimés, d’aller jusque-là et pas plus loin ? Nous sommes contents et heureux de ce que nous avons en Christ, et ainsi nous ne faisons pas de progrès, selon la pensée de Dieu, dans la connaissance de ce que Christ est en lui-même.

Mais poursuivons, et nous verrons ce progrès se réaliser. Plus loin, en effet, celle qui parlait ainsi peut mettre en premier lieu les intérêts de son Bien-aimé : «Je suis à mon bien-aimé, dit-elle maintenant, et mon bien-aimé est à moi» (Cant. 6:3). Sa première pensée est le fait qu’il la possède, quoique dans son coeur elle pense encore à ce qu’elle possède. Plus loin encore, nous voyons qu’elle s’oublie en pensant à l’amour qu’il éprouve pour elle. Elle se plonge dans Son amour ; et si elle ajoute quelque chose à la déclaration : «Je suis à mon bien-aimé,» c’est seulement pour parler de nouveau de ce qu’elle connaît de ses pensées : «Son désir se porte vers moi» (Cant. 7:10). Qu’il nous est précieux de pouvoir nous perdre dans la découverte merveilleuse de ce que nous sommes pour lui !

 

Mais Marie s’élève plus haut encore dans la connaissance du Seigneur Jésus. Et nous, serons-nous satisfaits d’un degré inférieur à celui qu’elle atteignit avant nous ? Il est précieux de savoir qu’il est à nous ; plus précieux encore de connaître la place qu’il nous a faite dans son coeur, mais cela ne doit servir qu’à nous faire entrer plus profondément dans l’intelligence de Celui qui nous a tant aimés.

 

C’est ce que je trouve aussi dans l’expérience de l’épouse du Cantique de Salomon. Quand on lui demande (v 9) : «Ton bien-aimé, qu’est-il de plus qu’un autre bien-aimé» ? elle répond : Il est le «porte-bannière entre dix mille,» puis elle parle non pas des bénédictions qu’elle a reçues de lui, ni même de son intérêt pour elle, mais de tous ses attraits divers, et elle termine par ces paroles : «Toute sa personne est désirable.»

 

Ainsi donc, bien-aimés, avançons dans la connaissance du Seigneur et de son incomparable perfection, jusqu’à ce que nous puissions dire, non pour l’avoir appris d’un autre, mais parce que nous le savons personnellement : il est le «porte-bannière entre dix mille». Nous avons été attirés à lui, pour que, le connaissant lui et toute la perfection de sa personne adorable, nous puissions avoir communion avec le Père qui trouve son repos, sa joie et ses délices, dans le Fils de son amour.

 

L’Écriture mentionne une autre circonstance remarquable, dans laquelle une âme entre dans la pensée de Dieu et reçoit du Seigneur le sceau de son approbation. L’ancienne dispensation allait disparaître, mais avant que la nouvelle soit introduite, Jérusalem et le temple étaient encore le centre des pensées de Dieu. C’est ce que savait bien la pauvre veuve dont je parle ; aussi, pour subvenir aux besoins de la maison de Dieu, elle jeta de son indigence deux pites dans le trésor ; et c’était «tout ce qu’elle avait, toute sa subsistance» (Marc 12:44).

 

Comme on aime à la voir entrer ainsi dans les pensées de Dieu, pour lequel elle oublie ses propres intérêts ! Sans se soucier de sa pauvreté, elle donna tout ce qu’elle avait pour l’oeuvre de Dieu.

 

Cet acte était agréable au Seigneur qui attira l’attention des disciples sur cette femme, car à Ses yeux elle avait jeté au trésor plus que tous ceux qui y avaient mis (Marc 12:43). Demandons-nous quel est maintenant l’objet des pensées de Dieu ? Nous le savons, car il nous a fait connaître le mystère de sa volonté. C’est la gloire de Christ dans son corps qui est l’Église, pour devenir «la plénitude de Celui qui remplit tout en tous».

 

Si tel est donc le conseil actuel de Dieu pour la gloire et la joie du Seigneur Jésus, demandons-nous s’il occupe réellement sa place dans nos coeurs et dans notre service ? Sommes-nous prêts à entrer nous-mêmes et tout ce que nous avons, dans la voie de l’accomplissement de cette pensée de Dieu ? Pour celui qui l’a comprise, elle deviendra le but de son service. Le monde prend plaisir à ce qui concourt au bien-être de l’homme et estime tout le reste comme de nulle valeur. Mais ce qui réjouit le coeur de Dieu, c’est ce qui a pour objet la gloire de Christ. Cela seul a de la valeur à ses yeux. Son approbation ne nous suffit-elle pas ? Celui qui s’en contente est en état de mépriser aussi bien la désapprobation que la louange du monde. Bien-aimés, soyons en garde contre la flatterie du monde. Elle est plus dangereuse que son mépris. Nous savons à qui nous avons à plaire. Que ces paroles de Christ : «Elle a fait ce qu’elle a pu,» puissent nous être appliquées et qu’elles nous suffisent !

 

«Pour moi, vivre c’est Christ.» Que Christ soit l’objet qui règle notre vie dans la puissance de l’Esprit de Dieu ! Il n’y a pas de repos, tant que le coeur est partagé entre Christ et le moi, le monde, les amis ou nos frères. Celui qui fait de Christ et de Christ seul son objet, connaît les joies de Dieu.

 

Puissions-nous, bien-aimés, être trouvés, comme Marie, aux pieds du Maître ! Puissions-nous écouter la voix de Jésus telle qu’elle se fait encore entendre à nous dans sa Parole ! Et si nous sommes occupés de Lui, l’Esprit de Dieu prendra plaisir à dérouler toujours plus, devant nous, toutes les richesses de son amour. C’est son office et sa joie de prendre les choses de Christ et de nous les montrer, pour que nos coeurs soient complètement et uniquement à lui. «Hélas, dira quelqu’un, je n’ai pas encore compris combien Christ est précieux, mon coeur est froid en présence de son amour et insensible à sa grâce.» Ne vous arrêtez pas là-dessus ! Votre coeur ne pourra jamais être réchauffé par sa propre froideur. Ainsi vous ne ferez que vous refroidir encore plus. Vous ne serez réchauffé qu’en vous approchant de la source de la chaleur. Ô bien-aimés ! pour nous, la source de toute lumière et de toute chaleur n’est elle pas l’amour de Christ ? Approchez-vous de son coeur, c’est la place qu’il vous donne, et celle que vous devez accepter avec joie. Reposez votre tête sur son sein. Vous répondez peut-être bien faiblement à son amour, mais le sien ne se mesure pas au nôtre. Il ne change pas ; la mesure de son amour pour chacun de nous, c’est l’amour du Père pour lui. Jean ne s’appelait-il pas le disciple que Jésus aimait ? Oui, mais cela veut dire que, par la foi, il prenait la place que Jésus avait donnée aux autres aussi bien qu’à lui, — la place qu’il veut que vous preniez, comme si son amour n’appartenait à personne d’autre qu’à vous. Un tel amour doit nécessairement fondre le coeur le plus froid qui l’accepte par la foi. Alors Christ sera naturellement le premier dans nos pensées et l’objet qui les absorbera toutes. Il en était ainsi de Marie ; et c’est pourquoi son service était si agréable à Jésus. Il avait sa source dans un coeur qui était tout occupé de Lui, et qui connaissait l’excellence de sa personne. Le genre de résultat que Dieu a en vue en faisant proclamer l’Évangile était produit en Marie. «En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d’elle» (Marc 14:9). Bientôt nous le verrons face à face ; alors nous connaîtrons comme nous avons été connus. Il n’y aura plus rien qui puisse détourner nos affections de lui. Nous ne rencontrerons plus d’entraves dans notre service car alors ce qui est l’objet de Dieu sera le seul objet de tous les coeurs.

 

Veuille le Seigneur que, dès maintenant, il en soit ainsi de chacun de nous !