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FRAGMENTS de LETTRES

 

John N. Darby

Les titres des fragments de lettres ont été ajoutés par Bibliquest

Série des fragments de lettres n° 5 à 19 ; 4 autres séries couvrent les fragments de lettres n° 1 à 4 et 20 à 59. Accès à l’ensemble des lettres via l’index par auteurs à « Darby », ou via l’index par ouvrages à « lettres ».

 

Table des matières :

5     [Paix et joie et volonté de Dieu]

6     [Mal tourné en bien]

7     [Conducteurs, autorité et Clergé]

8     [L’Église manifestant la gloire de Dieu au monde]

9     [Discipline — Dieu : le Père et le Fils]

10      [La mort pour le chrétien]

11      [Genèse 18]

12      [Ce que nous sommes]

13      [Le christianisme au milieu du mal de ce monde]

14      [La vie du chrétien]

15      [Le chrétien dans le ciel et sa fidélité à Christ]

16      [Valeur de la Parole révélant Dieu en Christ]

17      [Le Saint Esprit dans l’Église  — Jean 3:34]

18      [Immortalité de l’âme]

19      [Peines éternelles]

 

 

5      [Paix et joie et volonté de Dieu]

Octobre 1852

... Là où est Sa volonté, là est le bonheur et je suis entièrement heureux ici. Christ est mon bonheur, bien-aimé frère, mais c’est dans le chemin de sa volonté qu’on trouve la jouissance de son amour. En effet, tout faible que je sois, je trouve en lui une source de joie profonde et ineffable. Cette joie a un caractère de paix qui se lie à la révélation de lui-même à l’âme, et, lorsqu’il s’agit de lui, cela ne laisse pas lieu à l’idée de quelque chose qui change ; non pas que l’on raisonne là-dessus, mais on sait en qui l’on a cru, et il gardera ce que nous lui avons confié jusqu’à ce jour-là. Au reste, notre trésor c’est lui-même. Paix vous soit, bien-aimé frère. Que Dieu nous garde près de lui. Ce n’est presque pas une conviction de foi qui me fait savoir que le bonheur, le seul bonheur est là. Quand on a trouvé, à travers tant d’imperfections, son amour toujours fidèle depuis de longues années, et qu’on jouit présentement de son amour, sans doute c’est la foi dans un sens, mais c’est plus que cela : on demeure en lui, quelle que soit notre faiblesse, et il demeure en nous, et on trouve son repos en lui-même. Tout le reste n’est qu’une folie qui passe avec le souffle de la vie qui s’en occupe (et souvent bien avant), et n’est que vanité pendant qu’on le possède. Dieu veut que nous marchions par la foi, mais celle-ci tourne en connaissance par la communion journalière.

 

6      [Mal tourné en bien]

29 mars 1853

... J’ai été frappé, ces temps-ci, en lisant les Actes, comment, quand la puissance de Dieu est là, tous les maux qui surgissent font que cette puissance se déploie, les tournant en bien — en un bien positif de témoignage et de développement. Ainsi en fut-il de l’opposition des sacrificateurs, du péché d’Ananias et de Sapphira, et des murmures des Hellénistes ; tout cela donnant lieu à un développement de puissance spirituelle en dehors des apôtres, et frayant le chemin pour transporter le témoignage, selon la puissante liberté de l’Esprit, en dehors des Juifs. Mais il faut la puissance pour cela. Les frères y ont manqué, je n’en doute point ; mais notre Dieu ne se fatigue pas.

 

7      [Conducteurs, autorité et Clergé]

27 mai 1854

Le principe de Hébr. 13:17, auquel j’ajouterai 1 Thess. 5:12-13 ; 1 Cor. 16:15-16, est plus important de nos jours que jamais, parce qu’une autorité régulière, établie par l’Apôtre et munie de sa sanction, n’existe plus. Il n’y a qu’une chose qui en modifie l’application, c’est que les soins dont il est question dans ces versets sont si étendus en général dans la pratique, qu’ils n’ont pas la même prise sur la conscience ; puis, d’un autre côté, Dieu permet la jalousie du clergé, cette peste par excellence de l’Église, la grande barrière au progrès des âmes. Il s’oppose à un progrès nécessaire pour qu’elles soient délivrées des influences de ce présent siècle, et des principes qui entraînent l’église extérieure dans la voie de la perdition qui s’accomplira aux derniers jours. En quelque cas que ce soit, examinez l’effet d’une position cléricale, et vous trouverez les âmes rabougries, presque point de développement spirituel, ni d’intelligence des voies de Dieu.

Je crois, quant à l’état moral des individus, qu’il consiste, en bien des cas, dans le mépris de l’influence que Dieu accorde aux services rendus à son Église par la puissance de l’Esprit. Mais aussitôt qu’on place cette influence entre l’action de la conscience et Dieu, le principe clérical est établi et la déchéance morale commence.

La relation de la conscience individuelle avec Dieu est le grand principe vrai du protestantisme, sans doute bien enseveli maintenant dans ce qui lui est arrivé. Ce n’est pas le droit de juger pour soi-même, ainsi qu’on le dit, mais la relation directe de la conscience avec Dieu. «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’à l’homme».

L’homme n’a pas le droit de juger, mais il n’a pas non plus le droit d’intervenir entre Dieu et l’homme, de manière à intercepter l’action directe de Dieu sur la conscience. L’interprétation ordinaire de ce principe du protestantisme est la racine du rationalisme ; la dénégation de ce même principe, en le prenant dans son vrai sens, c’est le papisme. Des rapports réels entre Dieu et l’âme garantissent le chrétien de chacun de ces égarements, Lorsqu’il n’y a que l’homme, il n’y a place que pour l’une ou pour l’autre de ces deux choses, parce qu’il ne s’agit que de l’homme. Si Dieu entre en scène, il ne peut y avoir ni l’une ni l’autre, parce que Dieu est là. Mais, pour qu’il en soit ainsi en pratique, il faut qu’on se tienne devant lui.

Quand la conscience est devant Dieu, on est individuellement humble et, par là même, l’on reconnaît Dieu dans les autres. Quand la volonté agit, on rejette Dieu, en personne aussi bien que chez les autres, et c’est là ce qui est mauvais ; c’est aussi ce que l’Apôtre avait en vue dans les exhortations ci-dessus. Quand l’influence du vrai ministère s’exerce (et elle est d’un grand prix), elle est douce comme la relation d’une nourrice avec son enfant, ainsi que le dit Paul ; d’autant plus que la puissance spirituelle, agissant dans le dévouement personnel, n’est guère manifestée maintenant comme dans les cas indiqués par l’Apôtre. Aussi suppose-t-elle un ouvrier «manifesté à Dieu», et, par conséquent, manifesté aux consciences de ceux au milieu desquels il agit. Je n’ai jamais vu que, lorsqu’une telle personne agit et que son action découle de beaucoup de communion avec Dieu, cette influence, cette autorité morale n’aient pas été reconnues. De plus, un tel ouvrier n’est pas poussé dans ce cas-là au delà de ce qu’il a reçu de Dieu, de sorte que son ministère se trouve légitimé dans les coeurs sans aucune pression.

Il y a toutefois des cas où les choses vont mal et où l’ouvrier est mis à l’épreuve. En pareil cas, il doit se tenir devant Dieu et agir uniquement pour Lui : il doit être au service de Christ et lui remettre le résultat à lui seul. Le Seigneur gardera toujours la haute main, et, en définitive, si la patience a son oeuvre parfaite, la sagesse et la justesse du jugement de la personne qui a agi se fera jour. Sans qu’elle l’ait cherché, son autorité en sera même beaucoup augmentée, quoiqu’elle l’ait peut-être perdue toute entière en apparence. Mais pour cela il faut savoir agir avec Dieu. Je parle de ce qui arrive et des principes qui se rattachent à cette question.

Je trouve que, dans ces temps-ci, le principe de nos passages les rend d’un grand prix, parce qu’il s’agit d’un genre d’autorité qu’aucun état de l’Église ne peut affaiblir. Toute autre autorité serait perdue, celle-ci n’en brillera que davantage. Elle s’exerce par l’action directe de l’Esprit de Dieu dans le service. Au reste, celui qui cherche cette autorité ne l’aura pas, tandis que celui qui, de coeur et par l’amour du Christ agissant en lui, se fait le serviteur de tous, comme Christ l’a fait, l’obtiendra. Être serviteur de tous, c’est ce que Christ est essentiellement en grâce, c’est ce que l’amour est toujours.

Il y a un autre genre d’autorité. Christ élevé en haut peut établir des apôtres pour le représenter officiellement ; ceux-ci peuvent établir d’autres serviteurs pour exercer une autorité déléguée et subordonnée — chacun dans sa sphère. Cela a eu lieu. Dans les passages dont nous nous occupons, l’Apôtre parle d’un autre genre d’autorité. Il ne parle pas de celle qui représente Christ élevé sur le trône, réglant l’ordre officiel de sa maison, mais de celle qui représente Christ, serviteur en amour. Que ce soit ma portion !

Or, dans l’état actuel de ruine et de dispersion de l’Église, cette dernière autorité qui s’acquiert par le service dans l’amour, est d’un grand prix ; mais il est évident qu’elle s’exerce dans des conditions de service dévoué, d’humilité, et d’une proximité de Christ, telle qu’elle exclut toutes les autres influences et nous fait agir uniquement de sa part. Quant à la mesure de la confiance accordée, il s’agit, comme en tout autre cas, de spiritualité. Par paresse la chair se confie en la chair. L’âme n’est point alors devant Dieu. Marchant selon l’Esprit, je suis devant Dieu, et j’ai la conscience qu’il y a plus de spiritualité, plus de l’action de Dieu chez un autre, et je reconnais ces choses. Cela n’étouffe jamais la spiritualité en moi et ne peut l’étouffer, car c’est le même Esprit qui produit la spiritualité chez l’ouvrier et chez moi ; seulement il augmente ma capacité spirituelle, quant au fait qui se réalise, et l’élève à la hauteur de celui qui en a davantage. Un degré inférieur d’intelligence et d’affection spirituelles chez un chrétien peut discerner ce qui est plus excellent chez un autre et l’accepter, là où la volonté n’agit pas, quoiqu’il n’eùt pas pu faire lui-même la découverte de telle ou telle marche, proposée par une spiritualité plus grande et un amour plus grand que les siens. Comme je l’ai dit dans le temps à Genève : Les routiers connaissent si une route est bonne et bien tracée, et ils savent s’en servir ; mais les ingénieurs seuls ont pu la tracer et l’établir. Or la présence de Dieu, dans l’Église, vient en aide et règle tout lorsque la difficulté ne s’aplanit pas sans cela. Dieu y est pour cela et Il suffit pour le faire. Si l’assemblée est trop peu spirituelle, si la volonté agit avec une force telle qu’on ne puisse suivre ce que l’on sait, par l’intelligence divine, être la volonté de Dieu, on n’a qu’à remettre la chose à Dieu et à attendre qu’il manifeste sa volonté ou qu’il se manifeste lui-même pour mettre les autres dans la bonne voie.

Je ne parle pas de ce qui exige une séparation absolue. Lorsqu’une assemblée accepte positivement un mal que l’Esprit de Dieu ne saurait souffrir, Dieu fera valoir ses droits en faveur de ce qu’il a donné. Il faut s’en remettre à lui pour cela ; je crois que la confiance d’une âme simple et sa soumission par conscience, non pas à l’homme comme homme, mais à la manifestation de Dieu dans l’homme, est une des choses les plus douces et les plus utiles possible.

La différence entre l’influence du vrai ministère et celle du clergé qui en a emprunté le nom, est aussi claire et simple que possible. Le ministère présente Dieu à l’âme et la place dans Sa présence. Il désire le faire, cherche à le faire, en s’effaçant lui-même pour y réussir. Le clergé se place entre Dieu et l’âme et cherche à garder sa position vis-à-vis des âmes. Toute âme spirituelle discernera clairement sa place. Elle trouve Dieu dans l’un des cas. Dans l’autre, elle le voit méprisé et renvoyé à distance pour que l’influence usurpée de l’homme puisse s’exercer.

 

8      [L’Église manifestant la gloire de Dieu au monde]

10 février 1855

... Le temps à venir est le temps de la gloire et de la perfection de l’Église ; le temps présent, celui de la fidélité et de la foi, mais d’une foi qui compte sur Dieu, pour que l’Église, par Sa puissance, manifeste Sa gloire dans ce monde même, par sa commune supériorité à tout ce qui le gouverne et à tout ce qui exerce une influence sur lui. L’Église est le siège de la force de Dieu dans le monde. Qu’en avons-nous fait ? (voyez Éph. 3:20-21). L’épître aux Éphésiens présente la perfection de la position de l’Église devant Dieu, celle aux Thessaloniciens nous donne, de la manière la plus intéressante et qui m’a édifié au plus haut degré, la perfection de la position du chrétien individuellement.

 

9      [Discipline — Dieu : le Père et le Fils]

13 décembre 1855

Bien-aimé frère,

 

Je vous remercie de vos lettres qui m’intéressent toujours. Dieu est si fidèle envers les siens, que, s’il y a quelque disposition à l’élévation, Dieu les humilie, témoin l’assemblée de X... Il ne veut pas que nous soyons hors de la place de sûreté et de bénédiction. La discipline est plus difficile qu’on ne le pense, parce qu’on n’est pas assez humilié à la pensée du péché dans un frère. On ne sent pas assez ce qu’on est soi-même, ni l’amour, par conséquent, pour les autres.

J’ai été profondément intéressé et touché par la réciprocité d’intérêt entre le Père et le Fils dans leur amour pour nous (Jean 17). Ils communiquent entre eux, ou, au moins, par la bouche du Fils qui s’adresse au Père, et j’apprends de quelle manière ils partagent cet amour. Le Père nous a donnés au Fils ; le Fils nous a manifesté le nom du Père. Il a gardé les disciples au nom du Père ; maintenant le Père doit les garder. Le Père doit les bénir parce qu’ils sont siens, mais aussi parce que le Fils est glorifié en eux. Le Fils nous a aussi donné toutes les paroles que le Père lui a données pour sa propre joie. Quelle pensée, que le Père et le Fils pensent à nous ainsi !

En général, en Jean, c’est l’amour du Père et du Fils qui caractérise la grâce. Dieu est lumière, mais la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne la comprennent pas ; mais, si personne n’a jamais vu Dieu, le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a révélé. Ainsi, au chapitre 8, c’est sa parole ; c’est : «Je suis». Aux chapitres 9 et 10, c’est la grâce, et : «Moi et le Père nous sommes un». Ils croiront rendre service à Dieu ; c’est parce qu’ils n’ont connu ni le Père, ni moi.

 

10 [La mort pour le chrétien]

Elberfeld

... Il est bon, cher frère, que nous soyons amenés à penser à la mort. La venue du Seigneur est notre espérance ; nous désirons que ce qui est mortel soit absorbé par la vie ; mais il nous est bon de sentir que la mort est entrée dans cette scène-ci, que tout est passager, qu’avec notre dernier soupir tout est loin, sauf la responsabilité qui nous a accompagnés tout du long. Grâces à Dieu, quant à l’imputation du péché, la croix est la parfaite réponse à cette responsabilité ; mais, à l’égard de cette dernière, il est bon que le coeur soit exercé, que tout soit en règle dans la présence de Dieu. C’est ainsi que l’Apôtre se servait du jugement même, non pour avoir peur en pensant à la responsabilité — il était poussé à persuader les autres — mais pour sa marche. Je suis, dit-il, manifesté à Dieu. Il s’appliquait, par la foi, ce qui arrivera quand le jour sera là.

 

11 [Genèse 18]

12 février 1857

... J’ai extrêmement joui, ces temps-ci, du commencement de la Genèse. Rien de plus beau que les communications de Dieu avec Abraham. Celui-ci connaît le Seigneur quand il le visite à Mamré, mais, en présence de tout le monde, tout en lui témoignant un respect particulier, il le laisse dans son incognito. Une fois les deux anges partis, et Abraham seul avec le Seigneur, il s’ouvre avec une parfaite intimité et avec une entière confiance. Tout ce chapitre est d’une beauté parfaite. L’homme spirituel doit garder les convenances. Il s’épanche, dans une confiance bénie, lorsqu’il est seul avec Dieu.

Je me suis occupé, dans les quelques moments que j’ai eus, de l’ordre selon lequel les événements se trouvent racontés dans les trois premiers évangiles et de la raison pour laquelle ils sont transposés. J’ai fait le tableau des trois et je me suis occupé de ce qu’il y a de particulier dans l’ordre de Matthieu. Cela jette aussi du jour sur le but de l’évangile et sur la manière dont il poursuit ce but.

 

12 [Ce que nous sommes]

Rotterdam, 7 septembre 1857

... La chose importante et qui manque souvent, c’est que Christ soit tout ; c’est de savoir que nous sommes de la nouvelle création qui est en lui, et même, que nous sommes les prémices de ses créatures ; que nous avons à vivre, comme étant de la nouvelle, dans ce monde qui n’est pas la nouvelle, mais la vieille création, longtemps mise à l’épreuve et jugée. Et quel bonheur que d’être de la nouvelle, où tout est de Dieu, où tout est parfait, et dans l’inaltérable fraîcheur de la pureté de sa source. C’est un infini bonheur, et le nôtre selon notre nature même ; seulement il nous faut des objets. Plus je vais en avant, plus la délivrance des âmes de cette vieille création, de ce monde qui passe, est le désir de mon coeur — et que le dévouement de l’amour de Christ gouverne le coeur des frères.

... Quelques-uns n’ont pas craint de dire : «Nous sommes l’Église», et vraiment, on se donne de tels airs et les faits y répondent si pitoyablement, qu’il n’y a rien de plus nuisible. On prétend recommencer l’Église ab ovo ; on ne le fait pas. On sort d’un immense système de chute et de corruption pour retrouver ce qu’on peut, et, quand on prétend tout avoir, c’est que la conscience méconnaît notre véritable état. Dès lors il ne peut y avoir bénédiction solide et durable. Les fausses prétentions ne sont pas le chemin de la bénédiction.

 

13 [Le christianisme au milieu du mal de ce monde]

15 mars 1858

... Personnellement, je suis heureux d’apprendre que ce cher ami D... a trouvé, je l’espère, un port. J’espère que notre bon Dieu et Père lui donnera de la tranquillité d’esprit. Il a de très belles qualités, s’il savait s’en servir dans cet esprit-là. Mais combien, chez nous tous, le «moi-même» du fond, se fait jour à travers certains côtés de notre caractère. Si c’est d’un côté désagréable ou ennuyeux, nous sommes tels pour les autres ; si c’est d’un côté aimable, nous sommes aimables pour les autres ; mais il n’y a pas de différence réellement ; et l’on a de la peine à juger ce «moi» quand il se présente avec de certains caractères, sous de certains traits. En regardant à Christ, tout est en ordre, parce que le fond est atteint.

 

Que le christianisme est beau, beau en soi, beau dans sa parfaite adaptation à tout ce que nous sommes et dans un Christ qui a participé à tout, sauf le péché qui aurait tout gâté. Quel spectacle pour les anges, que de voir Dieu, un enfant dans une crèche, et pas de place pour lui dans l’auberge !

J’admire cet embrouillement inextricable, ces exercices du coeur de l’homme au milieu du bien et du mal, ne sachant ce qui est bon et ce qui est mauvais ; le bien corrompu ou corrompant ; le mal, le moyen du bien ; le monde dans le coeur, pour savoir ce qu’il y a de bon sous le soleil ! Qu’est-ce que la vérité, la fin de ces recherches ? Une ardeur qui sonderait tout, lâchée dans l’infini sans pouvoir le comprendre ; un être d’autant plus misérable, qu’il connaît le bien davantage ; ses meilleures affections la source de ses peines ; le coeur gonflé contre Dieu et contre l’homme, égoïste, se jugeant et toutefois se haïssant ; ni moyen d’en sortir, ni moyen d’y rester ; une volonté qui monterait jusqu’à Dieu et qui est l’esclave du diable et du péché !

Le bien parfait parait : il parait sur la scène, dans les circonstances, dans la nature (mais sans péché) où cette lutte s’engage — où tous les éléments moraux d’une créature qui connaît le bien et le mal, sans être Dieu et loin de Dieu, se livrent le combat sans chef et sans centre ! Aussitôt tout est lumière. Le mal se manifeste comme mal, parce que le bien est là. La volonté ? Elle est mise à découvert, à nu ; c’est le mal volontaire. S’agit-il de misère, de lutte ? Réponse parfaite à tout : le bien dans cette misère, et d’autant plus le bien, qu’il est là ; le bien en soi, mais la réponse parfaite à tout besoin, à toute misère, ce qui nous en fait sortir en nous donnant un bien parfait et en nous liant de coeur à Dieu.

Oui, plus la confusion est absolue et infinie, plus le Christ est Christ. Quelle puissance infinie que celle qui, à l’instant, met tout à sa place, parce qu’il est le bien en soi et parfait. Il est la vérité ; il dit tout de tout. Tout est connu, trouve sa place selon la vérité de ce qu’il est. Dieu soit béni, c’est la grâce — sans cela, même Dieu étant amour, ce ne pourrait être la vérité. Mais je me laisse entraîner.

Ce pauvre N... !  Il est des moments où il faut que tout trouve son niveau. Ce sont des moments, à mon avis, pénibles, nécessaires, mais pas des moments de puissance. La puissance, l’énergie de l’Esprit, élève à un point où l’on ne se trouve pas réellement par la foi personnelle. Un moment arrive où chacun marche par la foi qui lui est propre, où les Lot (je ne veux pas dire que ce cher frère soit tel) s’en iront dans la plaine bien arrosée, dans ces scènes où l’apparence extérieure de la bénédiction, autant que la chair en peut juger, cache les éléments qui se préparent pour le jugement. La puissance de la grâce avait amené Lot avec Abraham. La plaine du Jourdain reçoit celui qui n’a pas, pour lui-même, saisi l’appel d’Abraham. C’était une âme juste. Je doute que notre cher frère N... puisse maintenant être heureux où il est allé. Il affligera son âme. Que Dieu lui donne de revenir par sa propre foi !

Regardez les chefs dissidents tout autour de vous. Où en reste-t-il un seul ? Mais ce n’est pas une preuve de puissance, d’une puissance qui rassemble, et qui, dans une abondance d’eau, cache les bas-fonds où le courant de la rivière de Dieu n’a pas sa course propre. Mais Dieu est plein de grâce. Sont-ce de nouvelles lumières qui les ont détachés des frères ? Y a-t-il plus d’énergie, plus de grâce personnelle ? Qu’est-ce qui a fait cela ?...

 

14 [La vie du chrétien]

18..

... La vie toute nouvelle du chrétien (1 Jean), la communion fondée sur des relations connues dans lesquelles on se trouve avec Dieu , la supériorité absolue du chrétien sur tout ce qu’il rencontre (expérience de l’épître aux Philippiens), toutes ces choses m’ont beaucoup occupé ces temps-ci. Quelle position que la nôtre ! Quelles relations connues avec Dieu, dans lesquelles on marche selon la vie nouvelle dans laquelle on est accepté en Christ ; — vie qui jouit, — Christ, mesure de notre acceptation et de nos relations ; — Lui aussi la vie. Heureux partout (selon la volonté de Dieu), parce qu’on est partout en Lui, et, dans ce sens, toujours soi-même. Toutefois la tranquillité où l’on peut jouir de Lui est bien douce. Quel tableau que celui d’Étienne devant le sanhédrin ! Calme parfait — le ciel ouvert — histoire de l’homme qui résiste toujours au Saint Esprit et se fie en un temple vide de Dieu — l’homme rempli du Saint Esprit, lui-même le temple, rendant le témoignage auquel on résiste. — Le voilà, pendant qu’on le tue, qui s’agenouille tranquillement afin de prier pour eux ; reflet parfait de Jésus ici-bas, tandis qu’il le voyait là-haut. Tout le jugement de l’homme tourne sur le témoignage de ce chapitre — et toute sa position en Christ y est dépeinte.

 

15 [Le chrétien dans le ciel et sa fidélité à Christ]

18..

... J’ai eu beaucoup de joie dans la pensée que nos noms sont écrits dans les cieux. Quel repos ! Dieu ne se trompe pas ; il sait qui il veut placer là, et ce sera convenable ; nous ne serons pas impropres pour un tel lieu. Quelle joie ! Et, s’il faut attendre, nous avons ce que le ciel ne donnera pas : travailler pour le Seigneur, là où il est rejeté ; le servir bien. «Ses serviteurs le serviront», est-il dit, mais ce service-là sera soit un service joyeux et de bonté où nous serons supérieurs à ceux qui en profitent, soit un service où nous glorifierons Dieu directement. Mais ce ne sera pas porter l’opprobre de Christ, là où nous avons la gloire de participer à ses souffrances, même dans une bien faible mesure. Qu’il nous donne d’être fidèles jusqu’à ce qu’il vienne.

 

16 [Valeur de la Parole révélant Dieu en Christ]

18..

... Le prix de la révélation – de la Parole, augmente pour moi journellement d’une manière que je ne saurais exprimer. Quelle chose précieuse, que d’avoir Dieu révélé en Christ ! Comme la personne de Christ ressort sur le fond du tableau de ce monde, seule, pour attirer nos regards et nous associer de coeur avec Dieu ! Sous ce rapport, le commencement de l’évangile de Jean m’a fait un grand bien ces temps-ci. Christ y est dévoilé d’une manière si complète ! Il rassemble autour de lui ; il doit être Dieu — sinon il nous détournerait de Lui. Il dit : «Suis-moi» ; il est l’homme qui fait le chemin, le seul chemin à travers le désert ; car, pour l’homme, il n’y en a pas, puisqu’il est séparé de Dieu. Sur Christ homme le ciel est ouvert ; il est, en tant qu’homme, l’objet du ciel et du service des anges de Dieu.

Jean (un bel exemple de l’absence de tout égoïsme et de tout amour-propre) reçoit un témoignage d’en haut, mais il parle de ce qui est terrestre. Or ce n’est qu’un témoignage ; mais Celui qui est venu d’en haut rend témoignage de ce qu’il a vu, et en lui-même il révèle le ciel. Il donne — il est — la vie éternelle, afin que nous en jouissions. Quelle chose à dire, que le ciel, sa nature, ses joies, ce qu’il est, nous soit révélé par la parole et par la présence de Celui qui l’habite, qui en est le centre et la gloire ! Maintenant, sans doute, l’homme est entré dans le ciel, mais il n’en est pas moins précieux que Dieu soit venu sur la terre. L’homme admis dans le ciel, c’est le sujet de Paul ; Dieu et la vie manifestée sur la terre, celui de Jean. L’un est céleste quant à l’homme, l’autre divin. C’est pourquoi Jean a un tel attrait pour le coeur. Il n’y a rien comme Lui.

... Il y a deux classes de mouvements religieux dans ce moment. La première prend la Parole, voit l’homme, enfant d’Adam, mort par le péché, et ne veut que Christ, sa mort, sa résurrection, un état céleste. La seconde classe tient au monde, garde les relations mondaines comme système accepté, et ne considère pas le monde comme un système à traverser par des motifs qui sont en dehors du système. On veut avoir part au mouvement ; il y a du zèle, mais on veut rester soi, non pas devenir Christ.

 

17 [Le Saint Esprit dans l’Église  — Jean 3:34]

10 février 1860

Bien-aimé frère,

 

Je crois que la demande du Saint Esprit est une preuve que l’église professante se renie, et, plus que jamais maintenant que Dieu a manifesté d’une manière remarquable la présence du Saint Esprit sur la terre. Il a agi d’une manière extraordinaire, s’est montré presque à l’oeil, pour ainsi dire. Je comprends parfaitement que nous sommes appelés à supporter des expressions qui trahissent l’ignorance, quand le désir du coeur est bon et selon Dieu, et que Dieu peut exaucer ces prières ignorantes selon sa propre sagesse. Je ne me formalise pas individuellement lorsqu’un chrétien demande que Dieu répande son Esprit sur l’Église, mais si l’église professante présente cette requête, c’est dire : Nous sommes incrédules à l’égard de la présence du Saint Esprit, de ce qui a fait de nous l’Église. Or, maintenant que Dieu a manifesté sa présence par une action de son Esprit telle qu’on n’en a pas vu la pareille depuis le jour de Pentecôte, on ne reconnaît pas plus qu’auparavant qu’il est présent par son Esprit. On demande qu’il l’envoie, qu’il le répande, mais on ne croit pas à sa présence dans l’Église. Déjà, en Irlande, le clergé presbytérien cherche à mettre fin aux prédications laïques, c’est-à-dire à cette liberté qui fut l’effet de la puissante action de l’Esprit de Dieu. On voit ces jeunes âmes placées sous la direction de soi-disant ministres non-convertis, et sinon, sous la direction de ceux qui résistent à l’assurance du salut.

Je crois que l’on peut très bien demander que l’Esprit agisse plus puissamment en nous et dans l’Église. C’est une chose qui est bien à désirer. On peut demander pour soi-même d’être rempli du Saint Esprit, et il convient toujours de chercher à prendre autant que possible du bon côté ce que dit le coeur d’un chrétien. Mais il n’en est pas moins vrai que la demande d’une plus grande mesure du Saint Esprit découle de ce qu’on ne croit pas à sa présence personnelle dans l’Église ; et les fruits de cette incrédulité se retrouveront.

... Je crois qu’il faut prendre le passage que vous citez, avec son contexte : «Celui que Dieu envoie, parle les paroles de Dieu» (mauvais français, mais exact), «car Dieu ne donne pas son Esprit par mesure». L’application directe en est à Christ. Je crois le principe absolu. Quand Dieu donne son Esprit, il ne le donne pas par mesure. Il l’a donné maintenant en vertu de l’ascension du Christ, et, l’ayant donné, son Esprit est ici. Il ne s’agit pas de mesure, mais de la présence d’une personne qui distribue, qui unit, qui conduit, qui rend témoignage, etc., et celui qui dit : «une mesure de l’Esprit», nie sa présence et son action personnelle ; et c’est une très grave et sérieuse forme d’incrédulité pratique dans l’Église. Je supporterais l’ignorance, mais, si l’on repoussait formellement la vérité de la présence de l’Esprit envoyé sur la terre, j’aurais de la peine à m’associer avec cela.

 

18 [Immortalité de l’âme]

New-York, 18..

 

Bien-aimé frère,

 

Je n’ai pas vu les écrits qui circulent en Suisse, mais ici l’immortalité de l’âme, c’est-à-dire de l’âme qui n’a pas reçu Christ, est niée par toutes les personnes qui ont adopté ces idées. On trouve parmi eux deux classes de gens : ceux qui font périr finalement l’âme avec le corps, et ceux qui disent que, bien que la mort soit la fin de l’âme comme du corps, l’homme sera ressuscité pour être jugé, puis brûlé peu à peu comme un sarment. L’immortalité naturelle de l’âme, par la volonté de Dieu en création, est niée par les deux classes. Ils citent le passage : «Dieu seul a l’immortalité», oubliant que les anges ne meurent pas et que celui qui l’a écrit avait lui-même l’immortalité, selon leur système. Que Dieu puisse détruire, j’en conviens ; comme il a pu créer. Il s’agit de savoir ce qu’il dit.

Dans leur système, l’homme est une «âme vivante» et la bête aussi. Or il est de toute évidence que si une bête recevait la vie éternelle, elle ne pourrait pas se tenir pour coupable à l’égard de ce qu’elle a fait comme bête ; c’est-à-dire que ce système renverse la nature de l’homme. Nous sommes la race de Dieu (genoV) ; Adam était, dans ce sens, fils de Dieu. Faits pour jouir de lui, nous sommes parfaitement malheureux sans lui. Combien cela est vrai !

Or je dis que, dans ce système, l’expiation est nulle, puisqu’elle a lieu pour les choses faites par la chair, qui n’est autre qu’une bête.

Je doute que l’on trouve un seul passage qui montre que «détruire, destruction», signifient cessation absolue d’existence. Ils admettent, il est vrai, que rien n’est annihilé, mais ils disent que l’âme perd, par le feu, sa personnalité et son individualité et se dissout dans ses éléments. Comme un morceau de charbon ? leur ai-je répondu.

Dans le détail les conséquences de leur doctrine sont infinies. Le jugement est après la mort... mais, comment juger ce qui a cessé d’exister ? ou bien (lorsqu’il s’agit de la seconde classe), comment ressusciter ce qui a cessé d’existé ?

Leurs chicanes et leur mauvaise foi ont du reste bientôt donné la preuve de la source de leur doctrine. L’âme de l’enfant rendu à la vie par Élie, est revenue et rentrée dans son corps.

Quant à leurs belles théories sur la bonté de Dieu, qui insistent sur la destruction absolue ou sur la restauration, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas de l’homme seulement, mais de Satan et de ses anges. Autrement elles ne seraient que l’amour de l’homme pour sa propre race, et ce serait une fraude de parler de Dieu, comme s’il s’agissait de sa gloire à Lui. Je dis cela, non pour raisonner là-dessus, mais pour montrer qu’il s’agit de l’esprit et des prétentions de ceux qui maintiennent ces doctrines. On trouve toujours chez eux l’esprit de mensonge.

 

19 [Peines éternelles]

Mars 1867

Bien cher frère,

 

... J’ai eu beaucoup à faire avec la doctrine du pauvre B..., soit à New-York, soit à Boston et dans l’Ouest. J’ai eu quatre séances régulières sur la question, avec des personnes qui enseignaient cette doctrine, et d’autres séances pendant ma visite actuelle. Grâce à Dieu, la Parole, car c’était simplement elle, les a tous réduits au silence. Ici et à Boston, plus d’une âme a été délivrée de ce piège. Je n’avais nulle idée à quel point cette doctrine venait de l’ennemi, jusqu’à ce que je l’eusse discutée. Je ne l’avais jamais reçue, mais je n’en savais pas toute la portée.

Quant au passage dont vous me parliez, l’explication fait voir que l’idée n’est pas la distinction, qui n’est qu’une conséquence tirée de l’effet du feu sur les mauvaises herbes. L’effet du feu, comme des ténèbres de dehors, ce sont les pleurs et les grincements de dents. De sorte que l’effet indiqué n’est pas une cessation d’existence, ainsi qu’ils le prétendent, mais les peines — peines appelées éternelles (Matth. 25:46) — en contraste avec la vie éternelle. Le feu est une figure, figure habituelle du jugement : Nous serons tous «salés de feu» ; le jour sera «révélé en feu» ; etc. Ils seront tourmentés «aux siècles des siècles» ; mots employés pour la durée de l’existence de Dieu.

Quant au mot aiwnioV, il est certain que le sens régulier du mot, quand il est employé d’une manière absolue par rapport à la durée, est : «éternel», «ce qui ne cessera point». Ainsi : l’Esprit éternel, la rédemption éternelle, le Dieu éternel, l’héritage éternel, et ce passage : «Les choses qui se voient ne sont que pour un temps ; celles qui ne se voient pas sont éternelles». Ces dernières expressions précisent la signification du mot d’une manière incontestable. Aristote le dérive de aei wn, et Philon, du temps des apôtres, dit que le mot signifie, non pas un passé, ni un avenir, mais «subsistance présente, perpétuelle». J’ai trouvé d’autres passages, mais je n’ai pas mes carnets ici pour les reproduire.

Mais ce qui donne, à mon avis, tant de portée à cette doctrine, c’est qu’il n’y a pas d’immortalité d’âme, pas de responsabilité, pas réellement d’expiation. La mort, pour eux, c’est la cessation d’existence, sinon tout leur système croule. Ils font ressusciter ce qui n’existe pas du tout, et cela a poussé quelques-uns (ici un grand nombre) à nier toute existence après la mort. Mais alors le jugement après la mort (Hébr. 9:27) n’a pas de sens, et ressusciter ce qui n’existe pas, n’en a pas davantage. Or si l’âme humaine est comme celle d’une bête qui d’elle-même cesse d’exister avec le corps, la responsabilité tombe ; Christ est mort pour ce qui n’est rien.

Toutefois, tout fidèle sait bien que, lorsqu’il a été converti, il a tenu compte, comme responsable, de tout ce qu’il a fait précédemment, et il croit que Christ est mort pour cela. Or si l’on n’avait qu’une âme vivante, comme une bête, cela ne se pourrait pas. Ils disent que les gages du péché, c’est la mort, mais si je meurs avant que le Seigneur revienne, je payerai les gages moi-même.

Et, de fait, je n’ai jamais trouvé parmi eux une seule personne qui n’eût pas perdu la doctrine de l’expiation. Ceux qui avaient été chrétiens ne l’auraient pas niée, quand on les aurait interrogés ; mais ils l’avaient perdue. Christ, disaient-ils, est mort pour obtenir la vie éternelle pour nous, jamais pour ce que nous avions fait, n’ayant pas une âme immortelle. En effet, ce serait un non-sens. Une bête qui recevrait la vie éternelle ne pourrait se tenir pour responsable de sa vie précédente. Dès lors tous les appels, ce qui est dit à Caïn, tous les raisonnements, toutes les voies, toutes les invitations de Dieu, ainsi que sa loi, deviennent un grand mouvement divin plus qu’en pure perte, une déception. Or si l’âme est immortelle, la question est résolue.

Ils citent ce passage : «Dieu seul possède l’immortalité», preuve évidente qu’ils ne sont pas droits, car ils sont forcés de confesser que les anges ne meurent pas, et, de plus, Paul lui-même, à leur point de vue, avait l’immortalité quand il a écrit cela. Mais «mortel» n’est appliqué qu’au corps : «dans ce corps mortel», «ce mortel revêtira l’immortalité», etc. Aussi est-il dit en Luc : «Car pour lui tous vivent» (20:38), et : «Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus» (Luc 12:4).

Ils n’acceptent pas l’annihilation ; rien, disent-ils, ne périt ; mais, pour eux, l’âme est dissoute, perd son individualité comme un sarment [qui brûle]. Or Dieu a soufflé dans nos narines l’esprit de vie. Nous sommes la race de Dieu, fils d’Adam, fils de Dieu. La menace de mort, adressée à Adam, s’il mangeait du fruit de l’arbre, n’était qu’un «beatum fulmen», s’il devait mourir quand même.

Ils se fondent beaucoup sur l’Ancien Testament ; ainsi : «L’âme qui péchera, mourra» (Ézéch. 18:4, 20). Mais, quand on examine ces passages, on trouve qu’il s’agit toujours d’un jugement qui arrive sur cette terre. La mort ne signifie jamais cesser d’exister ; jamais ; — pas même la seconde mort, car celle-ci est l’étang de feu. Puis, le tableau de Lazare et du mauvais riche le montre d’une manière irréfragable.

Mais ce qui, pour moi, rend la chose si importante, ce qui, pour un chrétien, est même une démonstration morale, c’est que toutes les voies de Dieu à l’égard des pécheurs ne sont que mensonge, si nous n’avons pas une âme immortelle, et l’expiation n’est pas plus vraie pour nous que pour ceux qui périssent. Si je n’ai que l’âme d’une bête (peu importe la mesure d’intelligence), Christ n’a pas pu réellement mourir pour mes péchés, ni dire qu’il était propitiation pour le monde entier.

Si vous voyiez l’effet pratique de cette doctrine, ce serait pour vous une confirmation frappante de la vérité. Nous avons eu trois séances à Boston. L’opposant était honnête homme ; il n’a pu répondre à la Parole. Il l’a avoué ; mais sa femme qui, à ce qu’il parait, le gouverne, n’en voulait rien, et, à la troisième séance, il a entrepris de justifier la doctrine ; ses tergiversations et sa mauvaise foi (ce qui n’était nullement son caractère) ont fait, tout pénible que cela fût, davantage que les deux premières séances. Grâces à Dieu, ceux qui n’y étaient pas de volonté propre, ont été délivrés, ce dont j’ai béni Dieu de tout mon coeur.

Lisez seulement le deuxième chapitre de la Genèse. Le sixième jour Dieu créa les mammifères, puis Dieu vit que cela était bon, la Création, comme telle, était terminée ; alors vient une consultation solennelle et l’homme est créé à l’image de Dieu. Dire que l’homme n’est qu’une espèce supérieure de mammifère, c’est nier toute la solennité de ces versets. L’homme est l’image et la gloire de Dieu, est-il dit (1 Cor. 11:7). Comment cela, s’il n’a pas mieux que l’âme d’une bête, quand même ses facultés surpasseraient celles des autres animaux, comme les facultés d’un éléphant surpassent celles d’un ver ? Il peut haïr Dieu, hélas ! il peut être en rapport avec Dieu ; il est appelé à l’aimer ; — et la bête ?

«Destruction» ne signifie pas cesser d’exister, mais la ruine quant à l’état dans lequel on subsistait. On trouve le même mot dans des passages comme ceux-ci : «Les brebis perdues de la maison d’Israël». «Maître, nous périssons». «On t’a perdu, ô Israël ! mais en moi est ton secours». «Le monde a péri par le déluge». «Ne détruis pas par ta viande»...». «Ils subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur». Que veut dire : «puni d’une destruction éternelle ?» Toute destruction est éternelle si la chose détruite cesse d’exister, et le cas est d’autant plus frappant que, d’après eux, ce passage traitant du jugement au commencement du millénium, la destruction qui y est mentionnée n’est pas éternelle dans le sens qu’ils donnent au mot, car ceux qui sont punis subsistent après.

Je cite de mémoire, mais une Concordance vous fournira beaucoup d’autres passages.

Je ne parle ici que des quelques mots dont ils abusent et des points qui rendent cette question capitale pour moi. Ici ces doctrines sont très courantes , mais je crois que Dieu élève une digue contre elles. Les personnes qui les enseignaient, croyaient à la venue du Seigneur — mal — mais elles y croyaient et avaient beaucoup plus de lumières que les orthodoxes. Cela attirait les âmes qui cherchaient la lumière, et en même temps que des vérités elles absorbaient le venin. Maintenant, ceux que j’ai rencontrés n’ont pu résister à la Parole, et ce qui avait la gloriole de posséder la lumière est repoussé comme une abominable hérésie par ceux qui sont certainement plus éclairés sur les autres vérités qu’eux-mêmes.

Devant Dieu, lorsque Satan est traité comme Satan, la moitié de l’oeuvre est faite, et davantage, car alors Dieu agit, bien qu’il exerce la foi.

... Le fait que le jugement vient après la mort, montre la folie de l’idée que la mort est les gages du péché dans le sens d’une punition complète.