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FRAGMENTS de LETTRES

 

John N. Darby

Les titres des fragments de lettres ont été ajoutés par Bibliquest

Série des fragments de lettres n° 1 à 4 ; 4 autres séries couvrent les fragments de lettres n° 05 à 59. Accès à l’ensemble des lettres via l’index par auteurs à « Darby », ou via l’index par ouvrages à « lettres ».

 

Table des matières :

1     [Vie chrétienne — suivre Christ]

2     [Mysticisme]

3     [Une vie bien nourrie de Christ est une vie bien remplie]

4     [Inspiration de l’Écriture]

 

 

1                    [Vie chrétienne — suivre Christ]

1° Octobre 1851

Bien cher frère,

 

Vous commencez un peu, je le pense, cette période d’activité qui fait de la vie de réflexion une vie bien plus cachée qu’auparavant. C’est un progrès très réel dans la vie chrétienne. J’aimais la philosophie divine ; elle est toujours de mon goût. Aussi longtemps que la vie extérieure se compose de cela, on a l’apparence d’être beaucoup plus spirituel et plus profond. C’est ainsi que la vapeur qui sort de la machine a l’air d’avoir beaucoup plus de force que ce qui trame le lourd convoi ; en apparence celui-ci ne fait qu’opposer de la résistance au mouvement qu’on veut lui imprimer ; mais c’est lorsqu’elle est cachée pour le grand nombre, que la force agit réellement ; de cette manière sa réalité est aussi mise à l’épreuve.

Et pourquoi dis-je que c’est un progrès réel ? C’est qu’elle a moins d’apparence devant les hommes, qu’elle est plus entièrement devant Dieu, de l’approbation duquel il faut se contenter. Il faut se contenter de posséder la chose avec Lui ; que dis-je ? de la trouver en Lui ; mais c’est la posséder réellement. C’est le principe de la perfection morale, de jouir des choses au lieu de s’en accréditer aux yeux d’autrui. La vie active chrétienne est une vie vulgaire de service, en contact avec les passions, les fautes, les faiblesses humaines ; en un mot, en contact avec la chair. Mais pour y agir, pour y introduire Dieu, et c’est ce que Christ était, il faut la puissance ; il faut vraiment, dans la communion avec Lui, en participant ainsi à cette nature que rien n’entame et qui brille de sa propre perfection au milieu de tout, être au-dessus de tout ce qu’on rencontre.

La philosophie divine, en la supposant réelle, et ne rencontrant point d’opposition lorsqu’on l’étale devant les autres, est une jouissance facile ; et, comme je l’ai dit, on s’en revêt, on en fait montre aux yeux de ceux qui l’admirent. Pour marcher dans la vie chrétienne, il faut être ce qu’on admire ; c’est une autre affaire. Il faut être divin dans le sens de la communion de Sa nature. Voilà aussi pourquoi Jésus était le plus isolé des hommes, et en même temps le plus accessible, le plus affable ; — le plus isolé, parce qu’il vivait dans une communion absolue avec son Père, et qu’il ne trouvait aucun écho, aucune sympathie avec l’amour parfait qui était en Lui ; — le plus accessible, le plus affable, parce qu’il était cet amour pour les autres. En parlant de l’oeuvre ineffable qui frayait un chemin à cet amour à travers tout ce péché, il dit : «J’ai à être baptisé d’un baptême ; et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli». Ce baptême d’amertume et de mort qui en finissait avec le péché, même dans sa dernière forteresse et dans ses derniers droits de ruine, par la justice de Dieu contre nous, laissait libre cours à cet amour dans ses desseins infinis de grâce, car l’amour est d’une invention infinie pour le bonheur de ce qui est aimé, et l’amour de Dieu se propose ce qui dépasse toutes nos pensées. C’est le ressort des pensées du Dieu infini. Et encore, lorsque vers la fin de sa carrière l’occasion s’en présente, au moment où l’incrédulité des siens lui fait dire : «Jusques à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je ?» (car — et c’est là ce qu’il attend de nous dans ce pauvre monde — il n’y avait pas même chez les siens la foi, la capacité d’employer les ressources de grâce et de puissance qui étaient en lui) il ajoute, sans même un instant d’intervalle : «Amène ici ton fils» (Luc 9:41). La conscience d’être isolé dans son amour, en sorte que les autres ne comprenaient pas même comment en profiter, n’arrête pas un instant son énergie et son activité. La même phrase qui contient le «jusques à quand», dit aussi : «Amène ici ton fils».

Quelle était donc la vie de ce Jésus, homme de douleurs et sachant bien ce que c’est que la langueur ? Une vie d’activité dans l’obscurité, faisant pénétrer l’amour de Dieu dans les coins les plus reculés de la société, là où il y avait le plus de besoins, au milieu de personnes que l’orgueil humain repoussait afin de maintenir sa propre réputation, mais que l’amour de Dieu cherchait, parce qu’il n’avait pas besoin de se faire une réputation ou de la garder. Il était toujours le même, et plus il se compromettait en apparence, plus il se manifestait dans une perfection qui ne se démentait jamais. L’amour de Dieu n’avait pas besoin, comme la société humaine, de se garantir de ce qui le mettait trop à nu. Il était toujours lui-même. La vie laborieuse de Jésus se passait à la recherche des âmes, dans toutes les circonstances. Elle traversait tout ce qui pouvait la mettre à l’épreuve ; mais on y voit une réalité divine qui ne faisait jamais défaut, puis, — devant la propre justice et l’orgueil, et la hardiesse tyrannique de la contradiction des pécheurs, ou aussi en faveur de quelque pauvre âme brisée, ou enfin, pour justifier les voies de Dieu en leur faveur, — on y découvre de temps en temps un fonds divin, des pensées touchantes, exquises, une profondeur de vérité qui trahissait sa perfection par sa simplicité, faisant voir une âme toujours nourrie de la communion la plus intime avec l’amour infini et avec la sainteté parfaite. Il était celui qui pouvait dire : «Nous disons ce que nous savons et nous témoignons de ce que nous avons vu», celui qui pesait le mal par la perfection du bien qui était en lui, et trouvait dans les découvertes affreuses (si l’on peut parler de découvertes là où tout était à nu) que faisait la sainteté de son âme, les occasions de manifester l’amour infini ! Ou plutôt c’était l’amour d’un être saint qui faisait ces découvertes, amour qui revêtait la forme d’une grâce, qui, par sa propre humiliation, se mettait à la portée de tous les besoins du coeur, et qui, en même temps, devant l’orgueil de l’homme, se montrait à la hauteur de la dignité, de la majesté de Dieu.

Qu’il est beau de voir cette personne, ces qualités divines, percer à travers l’humiliation qui les mettait à la portée de ceux que le monde méprisait ! Fatigué de son voyage, redevable d’un verre d’eau à une femme qui n’osait guère se montrer avec d’autres, il trouve de la viande à manger, dont le monde, dont même ses disciples ne savaient. rien ; et cette nourriture, c’est la délivrance d’un pauvre coeur, écrasé par le poids d’une mauvaise conscience et le mépris de ses semblables, auquel il avait rendu (donné plutôt) le ressort de vie et de joie. Quelle perspective ! combien cela ouvrait à son âme de bénédiction pour les pécheurs, car il ne dédaignait pas de pareilles consolations au milieu d’un monde qui le chassait de son sein. L’amour se console ainsi ; le coeur qui aime le pécheur en a besoin dans un tel monde. Et où est-ce que cela se trouve ? dans l’obscurité, dans les travaux d’une vie qui avait affaire aux besoins ordinaires des âmes, mais en demeurant dans la vérité, car cette vie ne s’abritait pas de la misère du monde pour se promener au milieu de ce qui n’a que l’apparence, mais elle y introduisait, précieuse grâce, l’amour de Dieu. Il était ce dont les autres pouvaient écrire. Que de besoins cachés dans les âmes même les plus dégradées, qui se confesseraient, se feraient jour, si un amour, une bonté qui leur inspirerait la confiance, leur étaient présentés ; mais pour cela il faut se contenter de se trouver souvent au milieu de cette dégradation, n’en étant garanti que par ce qui est intérieur, et c’était la vie du Seigneur. Que d’âmes qui s’étourdissent dans les plaisirs, pour faire taire des chagrins moraux qui les rongent. L’amour divin ne répond pas seulement aux besoins, il les fait parler. Il est délicieux de voir une âme s’ouvrir et de voir entrer en même temps l’intelligence spirituelle. On ne recherchera pas précisément la dégradation dont je parle, mais on trouve le monde, sachant que telle est la vérité de ce qui s’y trouve, et ses formes extérieures ne rebutent pas l’âme. Mais c’est une vie de peine, de patience et de bonheur dont on ne trouve pas la pareille. Christ pouvait dire à travers tout : «Qu’ils aient ma joie accomplie en eux-mêmes». Sans doute il y a diversité de dons, mais lors même que Dieu nous ouvre dans sa grâce ce chemin, combien nous sommes lents pour marcher sur les traces de Celui qui nous y attire.

Courage, cher frère ; la grâce est là sur le chemin qu’il nous a ouvert ; on la trouve chaque jour en cheminant ; et quelle gloire, lorsque tous les principes qui ont été formés dans le coeur par la foi, viennent à éclore dans le ciel, et se reproduisent dans la plénitude de leur résultat selon le coeur de Dieu. Il faut attendre en marchant par la foi. Mais je m’arrête .....

 

2                    [Mysticisme]

Montpellier, 29 mai 1849

Cher frère,

 

J’ai lu, en voyage, votre «Vie de Madame de Krudener» et je peux vous dire qu’elle m’a fait du bien. Une occupation sans relâche tend, si l’on n’est pas bien près du Seigneur, à ce que les affections les plus intimes se rouillent, et, lorsque les détails de l’oeuvre constituent la plus grande partie de cette occupation, ils tendent à rétrécir le coeur. Il n’en est pas ainsi dès qu’on est près de Lui ; alors, au contraire, ces détails exercent les meilleures affections, et l’on se retrempe d’autant plus en lui. Il en était ainsi de Christ, parce que sa vie de détails découlait du fait qu’il vivait de son Père, et qu’elle n’était que la manifestation parfaite dans l’homme de ce qu’était le Père, le produit d’un coeur rempli d’un amour parfait, l’expression d’un amour infini.

La vie de Mme de Krudener, qui s’est passée en dehors de l’étroitesse des questions secondaires, m’a rappelé cet amour, car elle avait certainement un coeur qui aimait spirituellement le Seigneur, et, pour ma part, je juge sans difficulté les choses qui doivent être condamnées dans sa marche, en sorte que je n’ai pas besoin de m’y arrêter. Celui qui est constamment abeille ouvrière dans la ruche est libre de ne recueillir que du miel, lorsqu’il aborde les fleurs en plein air, quelles qu’elles soient. Mais je vous dirai aussi un mot de ce qui me frappe, quand je pense au mysticisme, tel qu’on le trouve sous ses plus belles formes chez Mme de Krudener et d’autres.

Le désir et l’amour se distinguent très nettement. Le désir suppose la capacité de goûter la chose qu’on désire, c’est-à-dire les affections spirituelles qui, quant au fond de la nature, ont Dieu pour objet ; il suppose qu’on est né de Lui, quoique Satan imite souvent, d’une manière étonnante, ce genre de sentiments ; mais cet état suppose aussi qu’on ne possède pas ce qu’on désire.

L’amour suppose qu’on possède pleinement l’objet de nos désirs. Ce n’est plus un besoin pour soi, mais c’est la jouissance, l’appréciation, en en faisant ses délices, de l’objet même.

Or le mysticisme, en se vantant beaucoup de ses sentiments, ne dépasse jamais le désir, tandis que le simple christianisme, en donnant la connaissance du salut, nous met en pleine possession de l’amour de Dieu. Je sais qu’il m’aime comme il aime Christ ; cet amour m’a sauvé ; c’est Lui qui m’a désiré. En amour, il avait besoin de moi, et cet amour est sa perfection en Christ. En paix je contemple cet amour et je l’adore en Christ ; je demeure en lui et lui en moi.

Je n’ai jamais vu un mystique, dont l’idée de l’amour ne fût pas entièrement fautive dans sa nature même. C’était quelque chose dans l’homme qui avait besoin d’être satisfait, au lieu d’être quelque chose en Dieu, qui satisfaisait profondément, infiniment, parfaitement le coeur. De là des efforts inouïs pour s’abaisser, se dénigrer et dire du mal de soi, comme si un sauvé pouvait être quelque chose devant un Sauveur, au lieu d’être nul et de s’oublier en la présence et dans la jouissance de tant d’amour. Est-ce, lorsqu’on est vraiment ravi dans la présence de Dieu et qu’on contemple «sa beauté ravissante dans son temple», qu’on est occupé des hideuses figures qui se cachent dans le coeur de l’homme ? Je ne le pense pas. On pense à lui ; il nous en a donné le droit par une grâce qui a réellement mis de côté tout ce que nous étions comme vivant hors de Christ, comme dans la chair.

Est-ce donc qu’on ne fait pas une expérience humiliante de soi ? Je ne le dis pas. Oui, il y a des moments où Dieu nous révèle les secrets épouvantables de ce coeur où il n’existe point de bien ; mais on ne se vante pas, on n’en parle pas beaucoup, si l’on a vraiment vu Dieu. Si l’on veut trouver dans l’homme, dans son amour pour Dieu, quelque chose d’aussi bon que l’amour de Dieu pour nous, alors on en parle et on pense s’abaisser. Ce n’est que la vanité du coeur qui ne connaît pas Dieu et ne se connaît pas non plus ; c’est le vrai caractère du mysticisme.

Mais cette vue de Dieu ne produit-elle pas une connaissance humiliante de soi ? — Oui, lorsque nous n’avons pas connu ce que nous sommes, ni l’évangile qui nous donne le droit de dire : «Ce n’est plus moi qui vis». C’était le cas de Job et de tant d’autres. Il avait pensé à lui-même, à la grâce en lui : alors il a dû faire connaissance de lui-même en présence de Dieu. Mais l’évangile est la réponse à toutes ces convulsions dans l’âme, par la révélation de ce que Dieu est, et de ce que Dieu a fait pour celui qu’il connaissait à fond, tel qu’il était, et qui a appris dans la croix de Jésus quel est l’amour de Dieu, lorsqu’il n’y avait que du péché, et le péché vu de Dieu comme nous ne saurions le voir, mais vu pour être l’occasion d’une oeuvre parfaite d’amour.

Dieu, sa sainteté, sa majesté, sa justice, son amour a trouvé son repos dans l’oeuvre et la personne de Christ ; j’y ai trouvé le mien. Le mystique ne l’a jamais, parce qu’il cherche vainement dans l’homme ce qu’il devait chercher en Dieu, qui avait tout accompli avant qu’il y pensât. C’est pourquoi ils cherchent un amour désintéressé ; mais où ? Dans l’homme ! Pauvres adorateurs de l’homme, déifié dans l’imagination ; de l’homme qui ne se trouvera jamais ! Ici, le péché est en lui ; dans le ciel, il ne pensera qu’à Dieu. C’est pourquoi l’imagination joue un si grand rôle dans le mysticisme ; et Satan peut y tromper si souvent, parce que l’imagination et le coeur de l’homme sont en jeu. Je ne dis pas que des affections spirituelles n’y soient jamais : loin de là ; — ni que Dieu ne se révèle jamais à ces affections. Je ne doute pas qu’il le fasse et qu’il rende la personne heureuse ainsi, mais vous la trouverez, après tout, occupée de ces affections et non pas de Lui.

C’est là le défaut capital du mysticisme. En un mot, j’y vois un effort du coeur humain, cherchant à produire en soi-même quelque chose d’assez fort en fait d’affection, pour satisfaire un coeur réveillé par l’excellence de l’objet : car je suppose maintenant le vrai réveil du coeur.

Je vois en Christ un coeur divin qui reflète la parfaite certitude d’un amour dont la perfection n’est nullement en question. C’est la paix. Or il nous dit : «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix». Quelle paix s’exprime dans ces mots : «Je sais que tu m’entends toujours, mais je l’ai dit à cause de la foule qui est autour de moi !» Cette paix est nôtre (1 Jean 5:14-15). Quelle paix, même dans ces paroles : «Je sais en qui j’ai cru», ainsi qu’en tant d’autres passages.

N’y a-t-il donc pas ces travaux du désir de l’âme devant Dieu ? — Oui ; mais ceci fait ressortir encore une différence capitale. Avant d’avoir compris la rédemption par la croix et notre portion en Christ qui en est la suite, l’âme réveillée est exercée ; elle cherche souvent dans un progrès spirituel, dans un amour pour Dieu, jamais trouvé, la paix et le repos : mais l’effet de tout ce travail sous la grâce est de mettre en jeu la conscience, et de produire la conviction que c’est inutile ; qu’en nous, c’est-à-dire dans la chair, il n’existe point de bien. La conscience prend pleine connaissance de ce qui se passe dans le coeur et de ce que nous sommes, de manière qu’on est amené à renoncer à chercher la paix dans l’état de son âme. On a besoin d’être pardonné, sauvé ; on se place au pied de la croix, mais non pour avoir des affections immuables. On a reconnu qu’on ne les a pas, et ce n’est pas seulement le coeur qui en est peiné, quoique cela ait lieu, mais la conscience sait qu’on est perdu, mort sous la condamnation. On voit les choses telles qu’elles sont en la présence de Dieu ; on a besoin d’être sauvé. On ne cherche plus le bien en soi-même, sous la forme des affections divines, mais on le trouve en Dieu, dans sa bonté envers nous par Jésus-Christ ; on a la paix.

Est-ce que les affections profondes que m’inspirait la croix ont cessé, parce que ce n’est plus un besoin qui m’écrase ? Non, la conscience est intervenue et m’a mis à ma place. Ce que Dieu a fait, ce qu’il est, m’a donné la paix ; et maintenant j’ai un loisir divin (parce que rien n’est incertain dans mes relations), pour contempler ce qu’il y a de parfait dans l’objet de mes affections, sans m’occuper de moi-même.

Le mystique s’humilie, parce qu’il espère encore trouver du bien en soi, ou qu’il s’en occupe comme s’il pouvait y en avoir, et ne trouve que du mal. Le chrétien est humble (et c’est bien autre chose), parce qu’il a renoncé à chercher du bien en soi, pour adorer Celui en qui il n’y a rien d’autre. Or ce n’est pas qu’il se trompe, mais que l’intervention de la conscience par la lumière de l’Esprit et de la vérité, l’a mis à sa place. Je crois, par exemple, que Mme de Krudener n’a trouvé pleinement cette position que dans sa dernière maladie. C’est ce qui arrive souvent. Les Moraves, tout en jouissant doucement de Christ, souvent en restent toujours là. Elle était sous l’obligation de l’amour, chose vraie, mais elle ne le connaissait pas. Elle savait que Dieu était amour, mais elle a voulu l’être aussi, et cela tient de près à l’orgueil du coeur, jusqu’à ce que nous ayons pris notre place, comme morts dans nos fautes et dans nos péchés, et que nous ayons compris l’amour envers nous, en ce que Christ est mort, et que nous sommes morts et ressuscités en lui.

Voici ce qui est vrai : les combats restent parce que la chair est en nous, et le Saint Esprit a besoin de nous occuper quelquefois de nous-mêmes et de nous humilier. Dieu étant infini et son oeuvre parfaite, il y a toujours en lui, lors même que notre paix est parfaite, ce qui réveille toute l’énergie d’une affection qui ne peut pas se contenter, quoique parfaitement assurée de l’amour de Celui qu’elle regarde. Cela convient aux relations d’une créature avec Dieu, et c’est un bonheur pour nous, et cela ne déroge pas à notre paix. C’est tout autre chose que ce besoin mystique d’aimer, qui est vrai, mais qui se rapporte au moi, parce qu’il ne connaît ni Dieu, ni soi-même. Cependant je trouve mon coeur si froid, que cela me fait quelquefois du bien, parce que je connais assez que j’étais perdu et que je suis sauvé, pour que cela ne se mêle pas avec ma connaissance d’un salut gratuit, accompli sans moi, et qui glorifie pleinement Dieu, et Dieu seul. Mais cela fait souvent du mal aux âmes qui n’ont pas été vidées devant Dieu, l’oeuvre ayant été transportée du coeur dans la conscience, en la présence de Dieu.

Il est étonnant de combien d’erreurs cela délivre sans mot dire. Mes affections humaines peuvent s’attacher à la Vierge, mais la conscience... ? Y a-t-il du sang répandu là ? La Vierge est nulle pour cela, comme le plus misérable pécheur ; c’est une créature devant Dieu. Le purgatoire, la prétendue répétition du sacrifice, l’absolution, l’onction et tant d’autres choses, disparaissent sans controverse, comme des ombres, comme des frayeurs des ténèbres en face de la lumière, devant une conscience qui s’est déjà trouvée telle quelle dans la présence de Dieu et y a été parfaitement purifiée par la connaissance de son oeuvre en Christ.

Les besoins de la conscience peuvent jeter une âme sincère dans ces pratiques superstitieuses, mais, pour une conscience purifiée qui connaît Dieu, ce sont des nullités. C’est ce qui me donne tant d’horreur pour ce système, qui trafique avec les frayeurs de la conscience pour cacher l’amour de Dieu ; oeuvre manifeste de l’ennemi.

Mais voyez, pour n’en plus rien dire, dans l’épître de Jean, qui touche les bords du mysticisme, mais avec le doigt de Dieu, de quelle manière, à côté de l’élévation la plus haute de la communion avec lui, il replace toujours l’âme sur le terrain simple du salut, par la foi objective. Voilà ce qui corrige le coeur de l’homme avec ses ailes d’Icare (1 Jean 4:7-10, et même tout le chapitre).

Maintenant, quelques mots sur votre ouvrage. Vous avez la conscience qu’il est un peu fait pour le monde, de sorte qu’il faut le considérer sous ce rapport. Une vie de Mme de Krudener nous transporte au milieu d’empereurs, de reines et de «de quelque chose». J’en prends mon parti. On aime à voir la grâce partout, cette grâce qui ne méprise ni les grands ni les petits. Les voies de Dieu sont autres, cependant, lorsqu’il agit dans la puissance qui lui est propre. Alors le monde est laissé à sa vraie place, et son Fils, et ses apôtres et ses serviteurs, sont traduits devant les grands siégeant en tribunal, et cela tourne en témoignage. C’est ainsi que Dieu fait pénétrer sa voix dans les endroits les plus éloignés de lui, en conservant dans sa perfection le caractère des siens et de ce qui lui appartient. J’admire sa grâce qui daigne agir autrement, mais j’admire sa perfection telle qu’il me l’a présentée lui-même.

J’ai dit que je prends, comme étant donnée, la forme mondaine du livre et qu’ainsi vous avez laissé à chacun le soin de se former un jugement sur la vie mondaine de Mme de Krudener (la grâce qui a tout pardonné étant le vrai contraste avec le mal), en passant légèrement et sans faire une remarque sur ses égarements. Il me semble, cependant, qu’en admettant le principe que c’est une vie et non pas un sermon, le fait d’avoir quitté son mari une seconde fois, après sa grande indulgence envers elle, d’avoir eu des liaisons, comme on les appelle à Paris (et j’insisterais même encore plus sur le premier pas), était un manque de conscience, de ressort moral, que le monde même aurait pu, aurait dû sentir. Il est vrai que son mari n’était pas un mari, quant aux liens intérieurs de son être moral, mais cette bonté qui la replaçait de nouveau dans une position morale, aurait dû en réveiller le sentiment, si elle en avait eu. Je crois que ceci s’est reproduit et se retrouve dans ses égarements spirituels, car les voies de Dieu sont justes.

J’ai encore une objection à vous faire : il me semble que votre désir de gagner le monde vous a trahi par une faute : l’introduction de la lettre de M. de Frégeville. Je n’admets pas que le monde même appelle ces choses «un hommage pur». Après ces remarques, que je fais en toute liberté, je vais considérer sa vie après sa conversion.

Son dévouement m’a inspiré le plus vif intérêt. Il est rafraîchissant, dans ce monde égoïste et esclave d’une cérémonie qui lui sert à se cacher, parce qu’on est trop laid pour se faire voir, et à conserver son égoïsme aussi intact que possible sans l’avouer, — monde sans indépendance, parce qu’il est sans coeur, — il est rafraîchissant, dis-je, de trouver quelque chose qui en franchit les barrières, et agit par des motifs qui montrent du coeur et de l’amour, — cet amour qui est la seule vraie liberté.

Ainsi le dévouement de Mme de Krudener m’a beaucoup intéressé, et aussi humilié. Le peu que j’en ai eu dans ma vie me fait goûter le sien, et il a été si peu, qu’il me fait admirer ce que je vois en elle. Mais ici aussi je retrouve les voies de Dieu. Lorsque le dévouement partait directement de Lui, et se manifestait dans ses voies, l’énergie qui s’y trouvait se réalisait dans un résultat qui était tout de Lui et était garanti des égarements de l’ennemi. Or Dieu ne peut jamais abandonner ses voies. Si l’homme les abandonne, même en se dévouant, le complément est de l’ennemi, sous une forme ou sous une autre. On s’étonne quelquefois qu’une bonne partie de la vie d’une personne dévouée et spirituelle se passe en erreurs et en égarements ; on se demande comment la présence de l’Esprit de Dieu, nécessaire pour produire cette vie, comporte ces erreurs. Je dis, au contraire, que, pour le gouvernement de Dieu, c’est une conséquence nécessaire.

Est-ce que Dieu peut poser son imprimatur sur ce qui est contraire à ses pensées ? Est-ce qu’il refusera de la bénédiction, comme réponse au dévouement réel, parce qu’il y a de l’erreur ? Il ne peut sanctionner le premier, ni se refuser au dernier. Quelle en est la conséquence ? La bénédiction s’y trouve, ainsi que ses tendres soins. Il garde le fond, mène à travers les égarements, mais il abandonne à leurs conséquences naturelles le mal et la fausse confiance qui l’accompagnent ; sans cela il justifierait le mal.

Si l’oeuvre de Mme de Krudener avait eu le caractère de celle de Paul, le sceau de Dieu aurait été sur ce qui était contraire à sa volonté. La miséricorde de Dieu ne permet pas cela. Une femme ardente, emportée, pleine d’imagination, agissant sous des impressions et des influences, subissant l’excitation des circonstances, voilà Mme de Krudener. Le principe, au fond, étant divin, cela se retrouve dans l’oeuvre. Satan s’en mêle ; il se sert toujours de la chair quand on la laisse agir. C’est l’histoire de tous ces cas.

Si le monde se jugeait sainement, s’il était dans le vrai devant Dieu, il n’y aurait pas de difficulté à les démêler. Or Dieu n’explique pas ces choses à ceux qui ne les ont pas ; ce serait encore sanctionner le mal, quoiqu’il puisse nous faire sortir de cet état par la grâce, et qu’il soit fidèle, pour ne pas permettre que nous soyons tentés au delà de nos forces. Si l’on s’attend à lui, il n’y a pas de danger. Si l’on se précipite, il faut qu’il en fasse voir les conséquences. Si le fond spirituel existe, il se retrouvera dans l’éternel bonheur ; mais, dans le gouvernement de Dieu, chaque chose entraîne ses conséquences. Il peut se servir en grâce et en honorant l’instrument, d’une femme repentante et dévouée ; il l’a fait dans sa grâce ; mais une femme excitée, et, me semble-t-il, peu sensible à ce qu’elle avait été, n’est pas l’instrument parfait, selon les voies de Dieu, pour une oeuvre. On en voit les conséquences, afin que la perfection des voies de Dieu soit connue. Je crois même qu’un certain état de choses dans le royaume de Dieu, dans les chrétiens, ne comporte pas un instrument et une action parfaits selon les pensées de Dieu. Ce serait hors de place, cela ne ferait même pas son oeuvre. La chose peut paraître extraordinaire, mais je ne sais ce que ferait l’apôtre Paul (ou plutôt, Paul ne saurait que faire), dans l’état actuel des choses. Dieu sait toujours que faire, parce qu’il est au-dessus de tout. Il jugera à la fin ; il fera éclater sa grâce en transportant dans la gloire ceux qui sont fidèles dans la confusion, mais les énergies créatrices d’un ordre parfait ne sont pas propres à la confusion et à la culpabilité morale qui résulte d’avoir gâté cet ordre. Ce serait déshonorer cette fraîche lumière d’une affection nouvelle, dont Christ est le centre et l’objet. Christ lui-même commence par : «Bienheureux, bienheureux» ; il était naturel que cela sortît du coeur de Celui qui venait du ciel ; mais il termine par : «Malheur à vous, malheur à vous». Sa grâce a-t-elle été diminuée ? Non, certes, mais elle a été éprouvée, approuvée, plus glorieuse, sa fidélité immanquable plus assurée que jamais pour nos coeurs. Mais il ne pouvait pas être à la fin ce qu’il était au commencement. Il en est de même de l’oeuvre. Mais l’amour et le bonheur de celui qui comprend cette grâce sont plus grands qu’auparavant. Paul, dans l’épître aux Philippiens, est plus mûr, se connaît plus profondément en Christ, que dans toutes les énergies par lesquelles il confondait ses adversaires. Son expérience de Christ est plus complète et son coeur ainsi plus parfait dans ses sentiments. Élie peut se comparer à Moïse, car ils étaient ensemble les compagnons glorieux du Sauveur sur la montagne ; mais Élie, en présence des veaux d’or, ne pouvait pas faire un tabernacle comme Moïse. Il était, par là même, un témoin plus frappant encore de la grâce de Dieu.

Encore une remarque sur Mme de Krudener, moins importante, sans doute, mais que je crois vraie. Il y avait chez elle manque d’originalité spirituelle, pas de sincérité ; ce grave défaut se trahit aussi dans Son oeuvre, et, entre autres choses, lui a donné son caractère. Elle recevait des impressions de Jung Stilling, d’Oberlin, de Tersteegen, de Maria Kummrin. Peut-être était-ce naturel à une femme, mais voilà pourquoi une femme ne peut être un agent principal dans l’oeuvre. C’est hors des voies de Dieu. Beaucoup aider, oui, mais non pas être agent principal ; faire des choses que l’homme ne peut faire, mais non pas faire ce qu’il fait. Cela est vrai à un point de vue plus important. Elle ne pouvait pas recevoir directement de Christ des impulsions pour une position qu’il ne lui donnait pas. L’amour de Christ était là, l’impulsion provenait d’ailleurs. Or, lorsque c’est Christ lui-même qui met le coeur en mouvement, il agit sur l’homme nouveau, comme aussi il produit en nous cet homme nouveau que le malin ne touche pas. Sa présence agit sur la conscience, fait taire la chair, anéantit l’homme, sa vanité, son amour-propre et sa bonne opinion de lui-même ; tout l’homme est jugé dans sa présence, et l’oeuvre produite est de Christ lui-même, quel que soit le vase. S’il y a danger qu’il en soit autrement, une écharde dans la chair est envoyée.

Lorsqu’on reçoit ses impressions, ses impulsions de seconde main, la chair et le coeur ne sont pas jugés du tout, quoique l’amour de Christ soit en nous. La chair et le coeur se produisent de nouveau, et l’agent est exposé, par le fait même de son activité, à toutes sortes de piéges de l’ennemi, qui, de leur côté aussi, se reproduisent dans l’oeuvre. C’était le cas de Mme de Krudener ; mais elle ne perdra certainement pas le fruit de son dévouement, dont je ne mets nullement, pour ma part, la sincérité en doute. Mais il y avait trop de l’homme chez elle, et l’homme est toujours faux. La chose est si vraie (il est important de le remarquer), que, tout en goûtant l’amour de Christ, elle n’a jamais connu vraiment l’évangile que dans sa dernière maladie, comme étant elle-même en la présence de Dieu. Aussi a-t-elle alors reconnu tout de suite qu’elle avait pris souvent son imagination pour la voix de Dieu ; car c’est là seulement que l’homme meurt, et que Dieu se fait voir seul, tel qu’il est. Or, tant que l’homme n’est pas mort, Satan peut toujours se servir de lui et le discernement spirituel manque. Le fait de l’accomplissement des visions ne prouve rien dans ces choses. Tout cela accompagne aussi la puissance de l’ennemi ; mais l’homme spirituel étant humble, juge facilement ces choses lorsque Dieu le place devant elles, et qu’il prend la parole de Dieu comme guide absolu de son jugement.

Voilà, me direz-vous, des remarques sur Mme de Krudener et non pas sur mon ouvrage. Sauf quelques mots de blâme, vous n’en avez rien dit ; c’est un pauvre compliment. Vous vous trompez. De compliments, il est vrai, je n’en fais point ; mais, la meilleure, la vraie louange d’un travail, c’est qu’il produit des pensées en celui qui le lit, et tel a été l’effet de votre ouvrage. Je vous ai fait remarquer le défaut qui m’a paru le gâter un peu ; puis, au point de vue de l’écrit même, je le crois incorrigible, sauf la lettre de M. de Frégeville, car je ne crois pas que dans ce moment vous pourriez vous placer en présence de Christ pour raconter les choses et les présenter au point de vue où vous l’avez fait dans cet ouvrage. Chaque position morale a son temps dans notre état d’imperfection, où, au lieu de partir, tout frais, de la perfection et des richesses de Christ, on agit ordinairement en s’épurant, et l’on se reproduit, hélas ! dans son oeuvre, tout en croyant juger de tout.

Dans la vie de Mme de Krudener, il serait important de connaître ce qui faisait sa lecture habituelle. Cela se trahit quelquefois. Oberlin est connu. C’était un homme dévoué, mais à imagination effrénée, et un fameux hérétique, dont les écarts portent leurs fruits maintenant, quand ce que l’homme et même l’Église admirent est perdu et oublié, car le jugement de Dieu n’est pas celui de l’homme. Tersteegen aussi est connu. Je ne sais si l’on pourrait en retrouver davantage, mais ce serait un élément de ce qui formait le caractère public de Mme de Krudener. Il est bon, pour ne pas alimenter la vaine curiosité du public, que vos volumes contiennent si peu de ces vues qui ont si puissamment agi sur sa vie ; mais, pour en juger sainement, il faudrait en savoir un peu plus...

 

3                    [Une vie bien nourrie de Christ est une vie bien remplie]

5 avril 1852

Bien-aimé frère,

... Je ne doute pas que l’argent ne se trouve, non pas pour qu’il n’y ait plus de besoins, mais pour démontrer cette fidélité de Dieu qui pense à ceux qu’il envoie. Il ne veut pas nous sortir d’une position humble, ni détruire l’occasion, la nécessité (et que ce soit une nécessité pour le coeur !) de dépendre de lui. Je ne saurais désirer qu’il en fût autrement, mais il répondra à la foi sans nous sortir d’une position qui exige cette foi.

Je trouve que c’est une bonté de Dieu d’avoir retiré notre chère soeur G... Je tremblais toujours pour elle, et avec Jésus elle sera bien en sûreté et en bonheur aussi. Si nous portons sur nos coeurs bien des âmes, Lui sait les porter non-seulement sur son coeur, mais aussi dans ses bras. Qu’on est heureux d’être l’objet de ses soins ! Combien ils sont tendres et fidèles, et quelle sagesse ! Il nous garde ici pour notre bonheur et notre joie ; il nous prend auprès de lui pour une joie plus grande encore, lorsque ce monde ne convient pas pour nous. Puissions-nous seulement savoir vivre pour lui, entièrement pour lui ; et de lui, afin que nous sachions vivre pour lui. C’est précisément quand on veut vivre pour lui, que l’on sent qu’on n’en a pas le pouvoir sans lui. Mais alors, comme il entretient la vie ! de quelle manière précieuse nous apprenons sa fidélité ! et combien même un peu de nourriture nous mène loin, parce que Christ nous y est offert d’une manière si large et si pleine. Oui, notre affaire c’est d’être avec lui et que notre vie soit lui. Les sources de la vie de l’âme sont alors profondes — profondes comme Dieu lui-même. Elle est nourrie de ce qui est pur, de ce qui la lie si directement à lui-même que tout acquiert une force qu’il est impossible d’avoir autrement. Une vie bien nourrie devient ainsi une vie bien remplie.

 

4                    [Inspiration de l’Écriture]

16 juin 1852

... Dernièrement j’ai souvent insisté sur le fait que toute sorte de choses sont rapportées dans l’Écriture : les malices de Satan, les méprises et les mauvaises pensées des hommes, leurs péchés, du mal tout pur, un mélange de bien et de mal, des choses et des paroles où l’influence du Saint Esprit dans le coeur se fait jour à travers les préjugés et les pensées des hommes. Mais toutes ces choses nous sont données dans la Parole par inspiration, afin que nous connaissions l’homme et les voies de Dieu. En même temps nous sont aussi communiquées les propres pensées de Dieu, afin de nous rendre capables de juger de tout cela selon son jugement. Ainsi nous comprenons d’une manière beaucoup plus vraie l’état de l’homme et tout ce qui tient à ses rapports avec Dieu.

Ce que je cherche dans un livre inspiré, c’est la communication parfaite des pensées de Dieu, telles qu’il daigne me les communiquer, et une histoire parfaite de l’homme, une histoire telle que, possédant les pensées de Dieu, je puisse juger parfaitement de ce qu’est l’homme, comme Dieu, le Dieu de vérité, me le montrerait : or, pour cela, il faut que je connaisse ses fautes, ses pensées, ce qu’il est sans loi, sous la loi, sous l’influence des affections que produit le Saint Esprit, soit que la chair soit entièrement mortifiée, soit qu’elle colore, dans ce qui sort du coeur, les affections produites, en leur prêtant la forme de l’état d’esprit de l’individu.

Dans ce dernier cas, lorsqu’il s’agit de ce mélange, je ne prends pas le résultat comme l’expression propre des pensées de Dieu, ni comme des affections absolument approuvées de lui, telles au moins qu’elles sont exprimées. Mais j’accepte ce qui est dit comme une révélation de la part de Dieu, qui me fait connaître l’homme dans cette phase-là. Car l’effet de l’oeuvre de Dieu dans l’homme ne sera parfait que lorsque, dans la gloire, nous refléterons ce qu’Il est, selon le modèle de Jésus, à l’image duquel nous serons conformes. Du moment qu’il s’agit des pensées de Dieu révélées directement, c’est autre chose ; mais l’homme dépeint par Dieu, l’oeuvre de Satan, l’effet de l’oeuvre de Dieu dans l’homme, ne sont jamais cela. Il n’y a de difficulté que dans ce dernier cas, à cause du mélange. Pour ma part, je ne doute pas qu’un puissant effet de l’Esprit de Dieu ne soit souvent produit, là où la forme morale dont est revêtu ce qui produit, participe, avec un extrême mélange, à toutes les pensées de la classe d’individus qui en est le vase et le canal. Le Saint Esprit produit des affections, du zèle ; la forme est souvent celle de l’éducation religieuse de l’individu ou même du peuple.