[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

La discipline du Seigneur — Hébreux 12:5-11

J.-A. Monard

ME 2010 p. 331-342

 

Table des matières :

1      Raison d’être et caractères de la discipline

2      L’exemple des frères de Joseph

3      L’exemple de Jacob

4      L’exemple de Joseph

5      Conclusion — Ps. 119

 

1         Raison d’être et caractères de la discipline

L’éducation et la formation que les parents donnent à leurs enfants comportent la répréhension et la correction. Dieu se sert de cette image, déjà dans l’Ancien Testament, pour faire comprendre les soins éducatifs qu’il voue aux siens. « Celui que l’Éternel aime, il le discipline, comme un père le fils auquel il prend plaisir » (Prov. 3:12).

Hébreux 12 cite et commente en détail ce passage des Proverbes. Avec une sagesse incomparablement plus élevée que celle de nos parents, Dieu « nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté » (v. 10). Il est vrai qu’« aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie... mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle » (v. 11).

Quant à la manière de recevoir cette discipline, ce passage nous met en garde contre deux dangers :

— celui de la mépriser, c’est-à-dire de la considérer comme résultant de la fatalité et non comme venant de la main de Dieu,

— et celui de perdre courage devant la répréhension divine, oubliant qu’elle est le témoignage de ses soins et de son amour.

Réalisons-nous que notre vie est caractérisée par beaucoup de faiblesses et de manquements ? Nous avons besoin non seulement d’être instruits, mais repris, corrigés. Et si les parents qui aiment leurs enfants se servent parfois de la baguette (cf. Prov. 13:24), notre Dieu qui nous aime ne peut nous épargner les épreuves qui sont nécessaires à notre formation.

Dans certains cas, ces épreuves peuvent avoir le caractère d’un châtiment, selon le principe du gouvernement de Dieu, en même temps que celui d’une formation — « afin que nous participions à sa sainteté ». S’il s’agit des épreuves que rencontrent nos frères et sœurs, gardons-nous bien de la pensée qu’ils moissonnent ce qu’ils ont semé. Nous ressemblerions alors aux trois amis de Job, auxquels Élihu, le messager de Dieu, doit faire de sévères reproches en raison de leurs propos déplacés. Mais s’il s’agit de nos propres épreuves, nous pouvons bien placer nos consciences dans la lumière de Dieu, et lui demander de nous montrer si elles ont un rapport avec des actions ou un état mauvais que nous n’avons pas jugé devant lui.

L’histoire de Joseph nous présente trois exemples très différents de la discipline divine. Dans les trois cas, l’épreuve est immense, mais les fruits en sont admirables.

Dans leur jalousie et leur haine contre leur jeune frère Joseph, les fils de Jacob le vendent comme esclave et font croire à leur père qu’une mauvaise bête l’a dévoré (Gen. 37). Âgé de dix-sept ans, Joseph est emmené en Égypte et devient l’esclave de Potiphar, officier du Pharaon. Puis, calomnieusement accusé par la femme de son maître, il est jeté en prison, et reste captif jusqu’à l’âge de trente ans. Qui pourrait décrire l’accumulation de souffrances morales et physiques que doit subir ce jeune homme pendant toutes ces années ?

Mais d’en haut Dieu dirige tout. Il se sert des actions des hommes, même les plus mauvaises, pour réaliser ses desseins. Le moment vient où Joseph, enseigné de Dieu, est rendu capable de fournir au Pharaon l’interprétation d’un songe qu’il a eu. D’un jour à l’autre, le jeune homme échange son statut de prisonnier contre celui de gouverneur de l’Égypte.

Après les sept années d’abondance que Joseph avait annoncées, la famine sévit sur toute la terre. Jacob, poussé par la nécessité, envoie ses fils en Égypte pour y acheter du blé. Ils sont amenés devant leur jeune frère qu’ils ne reconnaissent pas, et se prosternent devant lui. Mais lui les reconnaît (Gen. 42).

 

2         L’exemple des frères de Joseph

La manière d’agir de Joseph envers ses frères est très remarquable. Il est sans aucun doute conduit par Dieu pour qu’un travail de conscience s’opère en eux et qu’ils reconnaissent leur faute. Dans une certaine mesure, sa manière de faire est une image des voies disciplinaires de Dieu envers nous.

Avec une grande sagesse, Joseph allie les marques de bonté et les marques de sévérité — apparemment même de dureté (42:7). Le but ne serait pas atteint par des déclarations d’affection ou de pardon. Il faut que ses frères ouvrent les yeux sur ce qu’ils ont été vingt ans plus tôt, et qu’ils le reconnaissent devant Dieu.

Joseph fait l’étranger vis-à-vis d’eux, leur parle durement, les accuse d’être des espions et les fait mettre trois jours sous garde. À ce moment, ils ont encore bonne opinion d’eux-mêmes et osent affirmer : « Nous sommes d’honnêtes gens » (v. 11).

Après ces quelques jours où ils ont eu l’occasion de réfléchir, Joseph les met à l’épreuve. Ils peuvent retourner dans leur pays avec le blé qu’ils sont venus acheter, mais l’un d’entre eux restera prisonnier. Celui-ci ne sera libéré que s’ils reviennent en Égypte avec leur plus jeune frère, Benjamin. Or ils savent d’avance que Jacob ne voudra pas le laisser aller. L’angoisse les étreint. Le travail commence à se faire dans leurs cœurs. « Ils se dirent l’un à l’autre : Certainement nous sommes coupables à l’égard de notre frère ; car nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce, et nous ne l’avons pas écouté ; c’est pourquoi cette détresse est venue sur nous » (v. 21). Ils ne formulent pas de plainte contre le gouverneur d’Égypte qui leur impose de telles exigences, mais reçoivent cette épreuve comme un acte du gouvernement de Dieu à leur égard. Ruben dit avec raison, en parlant de son frère qu’ils ont vendu : « Voici, son sang est redemandé », mais malheureusement, il se distance de ses frères, sur lesquels il rejette entièrement la faute (v. 22).

Autre démarche de bonté de Joseph envers ses frères, il fait remettre à chacun son argent dans son sac, et leur fait donner des provisions pour le chemin (v. 25). Ils découvrent cela avec stupéfaction, lors de leur retour. « Et le cœur leur manqua, et ils furent saisis de peur, se disant l’un à l’autre : Qu’est-ce que Dieu nous a fait ? » (v. 28). De nouveau, ils attribuent à Dieu ce qui leur arrive.

Lorsqu’ils racontent à leur père Jacob quelles sont les exigences de celui qui gouverne 1’Égypte, ils reçoivent un non catégorique (v. 38). Mais la famine qui sévit sur la terre opère son œuvre dans les cœurs et les contraint à revenir en Égypte pour acheter du blé (chap. 43). Cette fois, Benjamin est avec eux. Ils sont très bien accueillis par Joseph, qui libère leur frère prisonnier et les invite à manger avec lui. Leurs sacs sont remplis de blé et de l’argent du blé, et ils sont renvoyés en paix.

Mais Joseph a conçu une épreuve de leurs cœurs, sévère et décisive, en faisant mettre secrètement sa coupe dans le sac de Benjamin (chap. 44). Celui dans le sac duquel on la trouvera sera son serviteur, et les autres pourront s’en aller librement. Quelle sera leur attitude dans cette épreuve ? Ressemblera-t-elle à celle qu’ils ont eue autrefois vis-à-vis de Joseph, ou sera-t-elle différente ? Auront-ils égard à la douleur de leur père Jacob, ou y seront-ils insensibles ?

Lorsque l’intendant découvre la coupe dans le sac de Benjamin, ils déchirent leurs vêtements et reviennent à Joseph (v. 13). La détresse produit des fruits remarquables et les paroles de Juda sont très émouvantes (v. 14-34). Il ouvre son cœur, expose tout ce qu’il ressent, et offre de rester lui-même esclave en Égypte à la place de Benjamin.

Alors, et alors seulement, Joseph peut donner libre cours à l’expression de son amour pour ses frères, et se faire connaître d’eux. « Joseph ne put plus se contenir... Et il laissa éclater sa voix en pleurs » (45:1, 2).

La manière dont il efface leur culpabilité — si l’on peut dire ainsi — est admirable. « Ne voyez pas d’un œil chagrin que vous m’ayez vendu ici, car c’est pour la conservation de la vie que Dieu m’a envoyé devant vous » (v. 5). « Dieu m’a envoyé devant vous... pour vous conserver la vie » (v. 7). « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu » (v. 8). Ce ne sont pas des paroles exagérées, destinées à leur faire plaisir. Il était entièrement vrai que Dieu, qui tient toutes choses entre ses mains, s’était servi de leur crime pour réaliser ses desseins de bénédiction. Mais cela ne pouvait être dit qu’après un travail de repentance dans leur cœur. Et quelle expression du pardon entier que Joseph accorde à ses frères !

Une chose particulièrement émouvante dans tout ce récit, c’est la sensibilité du cœur de Joseph. Son service vis-à-vis de ses frères l’oblige à être sévère, mais par moments il doit se détourner d’auprès d’eux pour pleurer (42:24 ;...). Cela nous fait penser à ce qu’il nous est dit de Dieu : « S’il afflige, il a aussi compassion, selon la grandeur de ses bontés ; car ce n’est pas volontiers qu’il afflige et contriste les fils des hommes » (Lam. 3:32, 33).

 

3         L’exemple de Jacob

Toute la vie du patriarche a été marquée par la discipline de Dieu. Et souvent, cette discipline a eu le caractère de la moisson de ce qu’il avait semé — par exemple chez Laban, où celui qui avait trompé est trompé à son tour. Nous nous arrêterons ici seulement sur l’épreuve que Jacob a dû connaître lorsqu’il a envoyé ses fils en Égypte.

Le cœur encore meurtri par la perte de Joseph, il prend bien soin de ne pas engager le jeune Benjamin dans un voyage périlleux (42:4). Lorsque ses fils qui étaient partis à dix ne reviennent qu’à neuf, et qu’on lui demande d’envoyer Benjamin, il refuse absolument. Mais Dieu se sert de la famine — et peut-être d’autres circonstances encore — pour briser sa volonté. Et Jacob finit par céder. Après avoir mis en œuvre tous les moyens humains possibles, comme il l’a souvent fait dans sa vie, il se rejette sur la miséricorde de Dieu et conclut : « Et moi, si je suis privé d’enfants, j’en serai privé » (43:14). Quel chemin difficile que celui qui conduit à une volonté brisée, à l’acceptation de la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit !

Tel est le travail de Dieu dans l’âme d’un homme énergique et volontaire. Peu de temps après, Jacob recouvrera tout, même Joseph qu’il croyait définitivement perdu.

 

4         L’exemple de Joseph

En contraste avec la discipline des fils de Jacob qui a pour but de les amener à mettre le doigt sur leur péché, la longue et douloureuse épreuve de Joseph n’a aucunement ce caractère. L’Écriture ne nous parle pas de manquements chez Joseph. Néanmoins, Dieu permet qu’il subisse des méchancetés et des injustices de la part de son entourage et connaisse des souffrances hors du commun. Mais cette forme de discipline porte elle aussi des fruits admirables.

Cet homme qui a passé par la souffrance, et qui y a passé avec Dieu (Gen. 39:2, 21), a un cœur sensible. La situation élevée dans laquelle il est placé et le grand pouvoir dont il dispose ne l’ont pas durci. Et il peut être un instrument dans la main de Dieu, non seulement pour délivrer des multitudes de la famine, mais pour opérer dans le cœur de ses frères un travail de repentance et de restauration.

 

5         Conclusion — Ps. 119

Pour terminer, rappelons le témoignage d’un homme — dont nous ne connaissons pas le nom — qui a été sous la discipline de Dieu, et qui est conscient de l’utilité qu’elle a eue pour lui.

« Avant que je fusse affligé, j’errais ; mais maintenant je garde ta parole » (Ps. 119:67).

« Il est bon pour moi que j’aie été affligé, afin que j’apprenne tes statuts » (v. 71).

« Je sais, ô Éternel ! que tes jugements sont justice, et que c’est en fidélité que tu m’as affligé (v. 75).