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LA  PAROLE  DE  DIEU

 

 

ET  LE  DISCERNEMENT  SPIRITUEL

 

par Jacques-André Monard

ME 1997 p. 265

Table des matières :

1     La construction du tabernacle

1.1      Un ouvrage selon la pensée de Dieu

1.2      Des directives précises

1.3      Un modèle

1.4      Un esprit de sagesse

1.5      Que signifient pour nous ces choses ?

2     La parole de Dieu

2.1      Des textes formels

2.2      Des modèles et des exemples

3     Le discernement spirituel

3.1          L’insuffisance de l’intelligence naturelle

3.2          Croissance spirituelle

3.3          Discernement du bien et du mal

3.4          L’intelligence spirituelle

3.5          L’acquisition de la sagesse

3.6      État intérieur et discernement spirituel

3.7          L’exemple de Moïse

3.8      Un exemple plus récent

 

 

1                    La construction du tabernacle [Illustration des 3 moyens par lesquels Dieu communique sa pensée]

1.1   Un ouvrage selon la pensée de Dieu

Après avoir délivré Israël de son esclavage en Égypte, et l’avoir amené à lui dans sa merveilleuse bonté, l’Éternel donna à son peuple la loi du Sinaï et toutes les instructions nécessaires à la construction du tabernacle.

Il était de toute importance que le sanctuaire dans lequel Dieu allait habiter au milieu d’Israël soit construit exactement selon la pensée divine. La gloire de Dieu y était impliquée. L’arrangement humain dans la maison de Dieu est toujours un outrage à Celui qui, dans sa grâce, condescend à habiter au milieu des hommes. Tout, dans le tabernacle, devait d’une manière ou d’une autre parler de Christ ; et même si les Israélites ne pouvaient pas le comprendre, c’était essentiel pour Dieu.

Pour que le tabernacle soit construit d’une manière entièrement conforme à sa pensée, nous allons voir que Dieu emploie trois moyens : d’abord des directives précises communiquées à Moïse, ensuite un modèle qui lui est montré sur la montagne, enfin un don spécial accordé à Betsaleël et à d’autres.

 

1.2   Des directives précises

Les chapitres 25 à 31 de l’Exode nous rapportent les instructions données par l’Éternel à Moïse sur la montagne, concernant l’arche, le tabernacle et son contenu, les vêtements sacerdotaux, l’huile de l’onction, l’encens, etc. L’arche, par exemple, devait avoir une longueur de deux coudées et demie, une largeur et une hauteur d’une coudée et demie ; il n’était pas loisible à Moïse de modifier en quoi que ce soit ces mesures. Le chandelier devait avoir sept branches, et non six, huit ou neuf. La première couverture intérieure du tabernacle devait être faite de dix longs tapis agrafés l’un à l’autre, et la seconde de onze tapis ; les premiers de vingt-huit coudées et les seconds de trente coudées. Il ne pouvait être question de changer cela. L’huile de l’onction devait être composée au moyen d’éléments aromatiques dont Dieu avait prescrit les strictes proportions. Les Israélites avaient à respecter toutes ces directives avec soumission, même si les raisons que Dieu avait de les donner leur échappaient.

Les chapitres 36 à 39, qui nous paraissent être une répétition, nous disent explicitement que tout fut fait selon les ordres divins, que tous les matériaux et toutes les mesures furent respectés fidèlement. «Et Moïse vit tout l’ouvrage, et voici, ils l’avaient fait comme l’Éternel l’avait commandé ; ils l’avaient fait ainsi» (Ex. 39:43).

 

1.3   Un modèle

De même qu’un architecte établit des plans, ou établit même une maquette, pour montrer concrètement ce que sera l’édifice à construire, l’Éternel fit voir un modèle à Moïse. «Selon tout ce que je te montre, le modèle du tabernacle et le modèle de tous ses ustensiles, ainsi vous ferez» (25:9). «Regarde, et fais selon le modèle qui t’en est montré sur la montagne» (25:40).

Le modèle rendait claires les directives divines. Il complétait ce que Dieu avait communiqué à Moïse sous forme d’indications chiffrées. Pour l’autel d’or, par exemple, les matériaux et les dimensions avaient été indiqués, et l’Éternel avait dit qu’il devait avoir des «cornes» et «un couronnement d’or tout autour» (30:1-3). Quelles devaient être la forme et les dimensions de ces cornes et de ce couronnement ? Le modèle l’indiquait.

L’épître aux Hébreux nous présente la portée profonde de ce modèle. Au chapitre 8, le tabernacle est appelé «la figure et l’ombre des choses célestes» (v. 5), et l’auteur appuie sa déclaration en citant le verset d’Exode 25:40 que nous venons de rappeler. Le modèle montré à Moïse sur la montagne est identifié aux réalités célestes dont le sanctuaire terrestre devait être une «image». En effet, au chapitre 9, «le tabernacle et les ustensiles du service» sont appelés «les images des choses qui sont dans les cieux», les images des «choses célestes elles-mêmes» (v. 23). En lisant l’Exode, nous dirions que le modèle montré à Moïse sur la montagne était une image des choses réelles qui devaient être construites. En lisant l’épître aux Hébreux, nous apprenons que les choses matérielles qui ont été construites n’étaient que les images des choses célestes, des «copies» des «vrais» lieux saints (9:24).

Par cet enseignement du Nouveau Testament, nous comprenons encore mieux l’importance d’une maison de Dieu parfaitement conforme à sa volonté. Elle devait être, sur la terre, un témoignage non altéré des choses célestes elles-mêmes. La gloire de Dieu y était liée.

 

1.4   Un esprit de sagesse

Des directives précises avaient fixé les caractères essentiels de l’ouvrage à faire, un modèle avait été montré à Moïse pour les compléter. Restaient pourtant des détails d’exécution, qui devaient eux aussi être selon la pensée divine. Les ressources de l’intelligence ou de l’imagination de l’homme ne pouvaient y faire face, parce qu’il fallait que tout soit de Dieu. «Regarde, dit l’Éternel à Moïse, j’ai appelé par nom Betsaleël... et je l’ai rempli de l’Esprit de Dieu, en sagesse, et en intelligence, et en connaissance, et pour toutes sortes d’ouvrages, pour faire des inventions : pour travailler en or, et en argent, et en airain... Et voici, j’ai donné avec lui Oholiab... et j’ai mis de la sagesse dans le coeur de tout homme intelligent, afin qu’ils fassent tout ce que je t’ai commandé» (Ex. 31:2-6 ; cf. 35:35). Dieu remplit ici un homme — et même plusieurs hommes — de son Esprit, pour leur donner la sagesse dont ils avaient besoin pour l’exécution de l’ouvrage. Il était nécessaire que chaque détail de chaque objet soit le reflet de la gloire de Dieu, et pour cela, Dieu «remplit de l’esprit de sagesse» «des hommes intelligents» qu’il choisit et qu’il forme (28:3). Et ainsi «Betsaleël et Oholiab, et tout homme sage de coeur à qui l’Éternel avait donné de la sagesse et de l’intelligence pour savoir faire toute l’oeuvre du service du lieu saint, firent selon tout ce que l’Éternel avait commandé» (36:1).

Une mission spéciale confiée à des hommes que Dieu qualifie pour cela est quelque chose que l’on rencontre ailleurs dans les Écritures. Mentionnons David, qui a, «en sa propre génération, servi au conseil de Dieu» (Act. 13:36).

 

1.5   Que signifient pour nous ces choses ?

Pas plus aujourd’hui qu’autrefois, Dieu n’accepte la propre volonté de l’homme, — et surtout pas dans sa maison ! S’il confie des services aux siens, s’il leur fait l’honneur de les laisser collaborer à son oeuvre, il faut que ce soit toujours son oeuvre à lui. Le service doit porter les caractères de Celui qui en est la source, et pour qui il est accompli. Tous les éléments qui sont apportés à la maison de Dieu par ceux qu’il appelle ses «collaborateurs» (1 Cor. 3:9) doivent porter des caractères dignes de lui.

Et pour discerner la volonté de Dieu, pour être en mesure d’accomplir son service d’une manière qui lui plaise, pour travailler à sa maison selon sa pensée, serions-nous moins bien munis que les Israélites dans le désert ? À la lumière du Nouveau Testament, nous allons voir à quoi peuvent correspondre, dans le temps actuel, les trois moyens que Dieu avait donnés à Israël pour la construction du tabernacle. Les deux premiers correspondent à des éléments que nous fournit la parole de Dieu (des textes formels et des exemples), le troisième au discernement spirituel que cette Parole, le Saint Esprit et une marche avec Dieu forment dans le coeur du croyant.

 

2                    La parole de Dieu

2.1   Des textes formels

Pour nous conduire dans notre vie chrétienne, individuelle ou collective, Dieu nous a donné dans sa Parole de nombreuses instructions claires et précises. Elles sont aussi incontournables que les directives données à Moïse sur la montagne.

Ces enseignements font appel à la soumission de nos esprits et à l’obéissance de nos coeurs.

Une connaissance d’ensemble de la révélation divine — dans la mesure où elle nous est possible — nous préservera d’applications erronées. Nous devons toujours distinguer à qui Dieu s’adresse lorsqu’il donne des instructions. Par exemple, les prescriptions de la loi de Moïse au sujet des animaux purs et impurs (Lév. 11) étaient exclusivement pour Israël. Elles sont formellement mises de côté dans le Nouveau Testament (Act. 10:9-16).

Mais, en présence des enseignements les plus clairs de l’Écriture, notre volonté propre insoumise peut, hélas ! élever des questions. C’est ce que fit autrefois un docteur de la loi : placé devant le commandement «Tu aimeras ton prochain comme toi-même», il osa demander à Jésus : «Et qui est mon prochain ?» (Luc 10:29). En fait, il voulait se justifier lui-même, détourner le tranchant de la Parole par des raisonnements.

Des paroles comme «Fuyez la fornication» (1 Cor. 6:18), ou «si une femme a une longue chevelure, c’est une gloire pour elle» (11:15), ou encore «Que vos femmes se taisent dans les assemblées» (14:34), ne devraient jamais élever de questions dans nos coeurs. Demander à leur sujet : qu’est-ce que la fornication ? qu’est-ce qu’une longue chevelure ? ou qu’est-ce que se taire ? c’est faire comme le docteur de la loi.

Alors que, pour un esprit soumis, les choses sont simples, tout peut devenir compliqué pour l’homme qui veut suivre un autre chemin que celui que Dieu lui indique. C’est ainsi que Balaam, dont les désirs profonds allaient en sens inverse de l’ordre de Dieu — «Tu n’iras pas avec eux» — , déclara à ses visiteurs : «Demeurez ici... cette nuit, et je saurai ce que l’Éternel aura de plus à me dire» (Nomb. 22:19). Imaginait-il donc que Dieu pouvait se contredire ?

 

2.2   Des modèles et des exemples

La plupart des chrétiens le savent, les Écritures ne nous parlent pas seulement au moyen de textes formels. Elles ont d’autres manières de nous communiquer la pensée et la volonté de Dieu quant à notre vie pratique.

L’Ancien et le Nouveau Testament, les livres historiques en particulier, abondent en exemples instructifs. Nous y voyons comment la foi et la crainte de Dieu agissent, et comment l’incrédulité et la chair se manifestent. Par la manière même dont les récits sont présentés, Dieu nous fait comprendre quels sont les comportements qui lui plaisent et quels sont ceux qu’il réprouve. Il y a là une mine inépuisable d’instructions.

Ces récits nous placent devant des situations concrètes qui nous rendent pour ainsi dire palpables les principes divins, tout comme le modèle montré à Moïse sur la montagne complétait et rendait claires les instructions orales que Dieu lui avait données.

Plus nous connaîtrons ces récits bibliques, plus nous serons à même de voir des similitudes entre les situations présentées et nos propres situations. C’est une réelle bénédiction de pouvoir nous dire, dans telle ou telle circonstance de notre vie : tiens, je me trouve maintenant dans la situation où s’est trouvé David, ou Josaphat, ou Jérémie... et voilà ce qu’ils ont fait. Ou bien : le piège qui m’est tendu ici est celui qui a été tendu à Ézéchias ou à Néhémie. Lisons ces récits, retenons-les. Ils sont l’un des grands moyens par lequel Dieu forme nos pensées et nos coeurs, afin que notre marche soit à sa gloire.

Pour illustrer comment Dieu nous enseigne au moyen d’exemples, arrêtons-nous sur deux cas précis.

D’où vient que les chrétiens rendent grâces à Dieu au début de leurs repas ? N’est-ce pas précisément à cause des exemples que donne le Nouveau Testament ? Les Évangiles nous montrent le Seigneur rendre grâces lors des deux multiplications des pains (Matt. 14:19 ; 15:36) et lors du repas chez les disciples d’Émmaüs (Luc 24:30), sans parler de la Cène. Le livre des Actes nous relate que, sur le navire qui allait faire naufrage, Paul prit du pain et rendit grâces devant tous, avant de manger (27:35). À cela s’ajoute le fait que divers passages des Épîtres établissent un lien entre le fait de manger et les actions de grâces (voir Rom. 14:6 ; 1 Cor. 10:30 et surtout 1 Tim. 4:3, 4). Ces passages montrent que les chrétiens remerciaient Dieu lorsqu’ils prenaient leur nourriture.

Considérons un autre exemple, dans l’Ancien Testament. Le chapitre 24 de la Genèse nous montre de quelle manière Isaac reçoit une épouse de la main même de Dieu. Combien sont instructifs le soin d’Abraham concernant le mariage de son fils, la façon dont Éliézer fait appel à Dieu pour être sûr d’être vraiment conduit par lui, et la manière dont Dieu répond à la foi de ceux qui s’attendent à lui ! En dépit des différences de coutumes entre cette époque et la nôtre, et des transpositions que ces différences rendent nécessaires, ce beau récit demeure un guide pour les jeunes croyants pieux qui désirent fonder un foyer.

 

3                    Le discernement spirituel

Aux instructions orales données à Moïse concernant le tabernacle, et au modèle montré sur la montagne, l’Éternel avait jugé bon d’ajouter le don d’une sagesse spéciale. Il l’avait accordée à Betsaleël et à d’autres, par l’action de son Esprit. De la même manière, Dieu nous donne aujourd’hui les ressources de son Esprit et du discernement qu’il produit dans les coeurs des siens par son moyen. C’est un grand sujet. Nous voulons essayer d’en considérer quelques aspects.

 

3.1   L’insuffisance de l’intelligence naturelle

Notre intelligence naturelle, si grande qu’elle puisse être, ne nous est d’aucun secours pour comprendre les pensées et la volonté de Dieu. Elle peut même nous fourvoyer. Le Seigneur a dit : «Je te loue, ô Père, … parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants» (Matt. 11:25). L’apôtre Paul développe ce sujet dans 1 Corinthiens 1 et 2, dont nous retenons en particulier ceci : «Qui des hommes connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? Ainsi personne ne connaît les choses de Dieu non plus, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Mais nous, nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été librement données par Dieu» (1 Cor. 2:11, 12). Le Saint Esprit nous est nécessaire pour comprendre les choses de Dieu. «L’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu» (v. 10). L’apôtre Jean dit aussi : «L’onction que vous avez reçue de lui... vous enseigne à l’égard de toutes choses» (1 Jean 2:27).

Cependant, l’action du Saint Esprit dans le croyant n’est pas un automatisme, si l’on ose dire ainsi. Elle est liée à l’état pratique de nos coeurs. Selon que nous nous laissons conduire par la chair ou par l’Esprit, des fruits caractéristiques sont produits (Gal. 5:19-22). Si nous sommes habituellement conduits par la chair, nous sommes des hommes charnels ; et si nous sommes habituellement conduits par l’Esprit, nous devenons des hommes spirituels (cf. 1 Cor. 3:1-3).

 

3.2   Croissance spirituelle

Dans ce passage de 1 Corinthiens 3, les chrétiens charnels sont assimilés à «de petits enfants» en Christ, qui doivent encore être nourris au «lait», et ne peuvent supporter «la viande» (v. 2). De la même manière, le chapitre 5 de l’épître aux Hébreux présente l’enseignement chrétien sous les deux images contrastées du lait et de la nourriture solide — le lait pour les petits enfants et la nourriture solide pour les hommes faits (v. 12-14). C’est la même parole de Dieu, mais présentée à des niveaux différents, selon l’état des auditeurs. Aux uns, on ne peut communiquer que «les premiers rudiments des oracles de Dieu» ; aux autres, on peut annoncer «tout le conseil de Dieu» (Act. 20:27), même «les choses difficiles à expliquer». Il est bien normal qu’au début de sa carrière, un chrétien soit encore un petit enfant en Christ, et ait besoin d’une nourriture simple, adaptée à son développement. C’est ce qui lui permet de croître jusqu’à l’état d’homme fait. La croissance des Corinthiens avait été entravée par leur état charnel, et celle des Hébreux par leur paresse à écouter. Qu’en est-il de la nôtre ?

 

3.3   Discernement du bien et du mal

«La nourriture solide est pour les hommes faits, qui, par le fait de l’habitude, ont les sens exercés à discerner le bien et le mal» (Héb. 5:14). L’homme possède par naissance une certaine faculté de discerner le bien et le mal, c’est sa conscience. Mais le verset ci-dessus nous montre que cette aptitude se développe, s’exerce par la pratique.

«Le fait de l’habitude...» Quelle habitude ? Sans vouloir être limitatif, donnons deux éléments de réponse à la question.

1° On peut penser tout d’abord à un contact constant et profond avec la parole de Dieu dans toutes ses parties. Dieu exerce par là notre faculté de jugement, d’appréciation. II nous enseigne, dans des situations complexes, à démêler ce qui est bien et ce qui est mal. Car en fait, le bien et le mal, le juste et le faux, se superposent souvent dans la même action. Par exemple, lorsque Jacob se fait passer pour Ésaü afin de voler la bénédiction qu’Isaac veut donner à son premier-né, en Genèse 27, nous sommes conduits à faire deux évaluations de son action. D’une part il est mû par le désir excellent d’obtenir la bénédiction divine — comme en d’autres circonstances de sa vie (25:29-34 ; 32:24-33) — et d’autre part, il utilise dans ce but une tromperie hautement répréhensible.

2° On peut penser ensuite à l’habitude de mettre la parole de Dieu en relation avec toutes les situations que nous vivons. Si cette Parole «habite en nous richement», nous laisserons sa lumière éclairer nos actions. À la même lumière, nous évaluerons celles des personnes que nous côtoyons. Quant à nous-mêmes, nous pourrons être amenés à voir plus clairement quels sont les motifs qui nous conduisent ; et quant aux autres, nous laisserons Dieu juger de leurs motifs, nous limitant à apprécier les actions selon les normes que la Parole nous fournit.

Voilà, entre autre, comment nous pouvons acquérir «des sens exercés».

 

3.4   L’intelligence spirituelle

L’expression «intelligence spirituelle» se trouve une seule fois dans l’Écriture, dans un passage remarquable de l’épître aux Colossiens. «Nous ne cessons pas de prier et de demander pour vous que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne ceuvre, et croissant par la connaissance de Dieu» (1:9,10). Ce passage a une portée éminemment pratique. L’apôtre prie pour les croyants, afin qu’ils marchent d’une manière digne du Seigneur, qu’ils aient une conduite qui lui plaise à tous égards. Et quelle est la source d’une telle marche ? — Essentiellement, l’état intérieur. Paul ne mentionne pas des commandements ou des directives formelles, il parle de coeurs remplis de la connaissance de la volonté de Dieu. Quelle expression ! Ce ne sont pas des hommes qui tâtonnent à la recherche de cette volonté, ils en sont remplis. La vie de Christ en eux, le lien vital des sarments avec leur Cep, produit en eux cette intelligence spirituelle qui leur donne d’entrer dans les pensées de Dieu et de comprendre sa volonté. Voilà l’état d’homme fait !

La fin du verset 10 nous montre le secret de la croissance qui conduit à cet état : «croissant par la connaissance de Dieu». Aux Corinthiens qui s’étaient laissés ébranler par de fausses doctrines, l’apôtre dit : «quelques-uns sont dans l’ignorance de Dieu» (1 Cor. 15:34). Et c’étaient des chrétiens ! Une connaissance vraie et profonde de Dieu, voilà la sauvegarde contre tous les égarements, voilà ce qui amène le croyant dans le chemin de Dieu. La connaissance de Dieu conduit à la connaissance de la volonté de Dieu. C’est ainsi que «du fruit» sera porté, «en toute bonne oeuvre».

 

3.5   L’acquisition de la sagesse

En fait, même avant la venue du Saint Esprit sur la terre pour habiter dans les croyants, la compréhension de la pensée de Dieu et la connaissance de sa volonté étaient déjà indissolublement liées à l’état pratique de l’âme.

Le livre des Proverbes, de façon très particulière, indique le chemin vers la sagesse, l’intelligence, la connaissance, l’instruction, le discernement. Le début du chapitre 2 nous montre deux aspects complémentaires de l’acquisition de la sagesse et de l’intelligence. D’une part, ce qui appartient à notre responsabilité : «Mon fils, si tu reçois mes paroles et que tu caches par devers toi mes commandements pour rendre ton oreille attentive à la sagesse, si tu inclines ton coeur à l’intelligence, si tu appelles le discernement, si tu adresses ta voix à l’intelligence, si tu la cherches comme de l’argent et que tu la recherches comme des trésors cachés, alors tu comprendras la crainte de l’Éternel et tu trouveras la connaissance de Dieu» (v. 1-5). Et d’autre part, ce qui est l’oeuvre de Dieu dans nos coeurs, un don de Dieu : «Car l’Éternel donne la sagesse ; de sa bouche procèdent la connaissance et l’intelligence» (v. 6). Le fait que Dieu donne ne nous dispense pas de déployer de l’énergie pour acquérir. Et la nécessité d’y apporter du zèle ne doit pas nous faire oublier qu’il n’y aura rien si Dieu n’a pas donné.

 

3.6   État intérieur et discernement spirituel

Par trois passages des Psaumes, soulignons encore le lien étroit qu’il y a entre l’état pratique de l’âme et la croissance spirituelle.

«Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent» (Ps. 25:14). La crainte de Dieu — c’est-à-dire le fait de donner à Dieu sa juste place, de lui reconnaître ses droits — prépare nos coeurs à recevoir ses communications intimes.

Dans le psaume 51, le psaume de l’humiliation, David dit, dans le sentiment profond de la gravité de ses fautes : «Voici, tu veux la vérité dans l’homme intérieur, et tu me feras comprendre la sagesse dans le secret de mon coeur» (v. 6). C’est à «un coeur brisé et humilié» que Dieu fera connaître sa pensée.

Dans le psaume 111, nous lisons : «La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse ; tous ceux qui pratiquent ses préceptes auront une bonne intelligence» (v. 10) . Ici, ce n’est pas l’intelligence qui conduit à la mise en pratique — ce qui est sans doute vrai aussi, — mais c’est la mise en pratique des préceptes divins qui conduit à l’intelligence des pensées de Dieu. À celui qui met en pratique les leçons reçues, Dieu peut communiquer davantage.

 

3.7   L’exemple de Moïse

Pendant que Moïse est sur la montagne de Sinaï, recevant la loi et les instructions de Dieu concernant le tabernacle, le peuple d’Israël érige le veau d’or (Ex. 32). Dans sa colère contre son peuple, l’Éternel est prêt à le consumer. La conduite de Moïse dans cette circonstance est bien remarquable. Il dresse une tente hors du camp, et l’appelle la tente d’assignation (33:7), du nom même que Dieu avait donné au tabernacle à construire (29:4). C’est vers cette tente que sortent «tous ceux qui cherchaient l’Éternel». Ce que Moïse fait là ne nous est pas présenté comme l’exécution de commandements formels de Dieu, mais comme résultant du discernement spirituel d’un homme qui vit près de Dieu et qui a sa pensée. La colonne de nuée, symbole de la présence divine, se tient à l’entrée de la tente ; elle manifeste l’approbation de Dieu à l’égard de l’action de Moïse.

 

3.8   Un exemple plus récent

Les écrits du Nouveau Testament, pour autant que nous puissions le savoir, datent d’une époque à laquelle tous les rassemblements de croyants portaient encore le caractère d’assemblées de Dieu. Le mal s’y introduisait, de faux enseignements se développaient, le Seigneur donnait de solennels avertissements, mais rien ne montre que les choses en soient déjà arrivées à un point où la communion des fidèles ne puisse plus être possible avec tout ce qui portait encore le nom d’Église.

Lors du réveil du 19° siècle, l’état de la chrétienté était évidemment beaucoup plus grave. Et les fidèles n’avaient pas à leur disposition des textes bibliques formels qui auraient été écrits à propos d’une situation identique à la leur. Ils avaient par contre les principes généraux que la sagesse de Dieu avait inscrits dans la Parole. Ils pouvaient aussi profiter des exemples qu’elle contient, tel celui de Moïse. Des croyants eurent le discernement spirituel nécessaire pour appliquer ces principes et suivre ces exemples d’une manière conforme à la pensée de Dieu. Nous ne pouvons douter que Dieu ait mis le sceau de son approbation sur la position de séparation qu’ils prirent, eux aussi, «hors du camp», suivant l’exhortation qui était donnée aux croyants hébreux du premier siècle du christianisme : «Ainsi donc, sortons vers lui hors du camp, portant son opprobre» (Héb. 13:13).

L’opprobre de Christ... ! Sommes-nous disposés à le porter aujourd’hui encore, et même, comme Moïse au début de sa carrière, à l’estimer «un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte» (Héb. 11:26) ?