[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

ENTRETIENS sur la

SECONDE ÉPÎTRE aux CORINTHIENS

 

 

par H. Rossier

 

Table des matières:

 

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitres 3 à 4:6

5     Chapitre 4:7 à 18

6     Chapitre 5:1 à 8

7     Chapitre 5:10

8     Chapitre 5:13 à 21

9     Chapitre 5:14-21

10     Chapitre 6:1 à 10

11     Chapitres 6:11-7:1

12     Chapitre 7:2 à 16

13     Chapitres 8 à 9

14     Chapitre 10

15     Chapitre 11

16     Chapitre 12

17     Chapitre 13

 

 

1                    Chapitre 1

 

Vous connaissez, chers amis, les circonstances extérieures qui ont donné lieu à cette épître. L’apôtre avait écrit d’Éphèse une première lettre aux Corinthiens, après avoir appris le désordre qui régnait parmi eux et auquel son coeur était d’autant plus sensible, qu’ils étaient tous ses enfants dans la foi. L’Esprit de Dieu s’est servi de ces circonstances pour instruire tous les chrétiens sur l’ordre qui convient à la maison de Dieu. En effet, pour connaître l’organisation de l’Assemblée et nous y conformer, nous n’avons qu’à lire la première épître aux Corinthiens. Après leur avoir adressé sa lettre, l’apôtre avait envoyé Tite vers eux pour s’informer de leur état. Une grande porte était ouverte à son activité dans la Troade, mais, dans son inquiétude, il avait abandonné cette oeuvre pour se rendre en Macédoine à la rencontre de Tite. Ce dernier lui ayant apporté de bonnes nouvelles des Corinthiens, l’apôtre leur écrivit cette seconde épître. Il était venu une première fois en personne auprès d’eux, puis une deuxième fois par sa première épître ; il était prêt à venir personnellement vers eux une troisième fois, mais en attendant il les visitait une troisième fois par cette seconde lettre (12:14 ; 13:1). Sa deuxième visite personnelle à Corinthe est, sans aucun doute, relatée dans les versets 2 et 3 du chap. 20 des Actes, mais c’est la seule mention qui en soit faite.

Je donne ces détails pour que nous nous rendions compte des circonstances extérieures de Paul quand il écrivait cette seconde épître, mais il est beaucoup plus important pour nous d’y chercher ce que le Seigneur veut nous y enseigner. J’ai dit une fois qu’on pouvait intituler cette épître : Le ministère chrétien. Tout en étant exacte, cette définition est cependant loin d’embrasser l’ensemble des vérités que le Saint Esprit nous y présente. C’est ainsi que, dans le chapitre que nous venons de lire, nous trouvons en premier lieu les conditions dans lesquelles un chrétien doit se trouver pour exercer un ministère qui puisse être béni au-dehors. Or, en disant «les conditions du ministère», je parle de chacun de nous, car un certain état moral est nécessaire pour s’acquitter d’un service quelconque que le Seigneur nous confie.

Je vous ferai remarquer, au commencement de ce chapitre, une parole particulièrement édifiante. La voici : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console à l’égard de toute notre affliction, afin que nous soyons capables de consoler ceux qui sont dans quelque affliction que ce soit, par la consolation dont nous sommes nous-mêmes consolés de Dieu» (v. 3, 4). Vous rencontrez trois fois dans les épîtres ce terme : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ». Dans la première épître de Pierre, (1:3), l’apôtre bénit Dieu pour avoir été régénéré, c’est-à-dire pour avoir reçu personnellement la nouvelle naissance, qui caractérise chacun de nous au début de sa carrière chrétienne. Or, dans cette épître de Pierre, le chrétien n’a, dans ce monde, aucune autre chose que celle-là. Il a devant lui une espérance et marche vers elle, sans la posséder encore ; son salut ne lui sera révélé que dans les derniers temps. Ce n’est pas, comme en d’autres épîtres, un salut actuel, mais une délivrance future et finale. L’apôtre bénit donc Dieu d’avoir reçu une vie nouvelle, avec laquelle il peut traverser le monde, sans y rien posséder, et, bien plus, sans avoir obtenu aucune des choses futures, les ayant encore toutes devant lui. Mais, par la foi en Christ, il possède la vie divine ; il est parfaitement heureux de ne rien avoir d’autre et «se réjouit d’une joie ineffable et glorieuse», en recevant «un salut d’âmes», dans lequel il n’entre que comme «fin de sa foi». Chers amis, sommes-nous pleinement satisfaits d’être des enfants de Dieu et de n’avoir aucune part dans ce monde ? d’avoir tous nos trésors devant nous, sans les avoir atteints et sans les posséder ? Rien dans le présent, tout dans l’avenir ? Cela suffisait à ces premiers chrétiens et leur communiquait une telle joie, qu’aucune autre partie de la Parole n’en présente l’expression d’une manière plus élevée : «Une joie ineffable et glorieuse 

Dans l’épître aux Éphésiens (1:3), vous trouvez exactement l’opposé de ce qui nous est dit dans l’épître de Pierre. Là le chrétien n’a rien : ici, il a tout. Il est introduit dans le ciel, béni de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes ; il est arrivé au but ; les désirs de son âme sont satisfaits ; sa position est céleste en Christ ; pour lui le monde a disparu, sauf pour y rendre témoignage et y combattre ; d’en haut, le chrétien le voit sous ses pieds. Aussi nous comprenons fort bien cette parole : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ !» Toutefois l’une de ces positions du chrétien est aussi réelle que l’autre. Dans l’une il est dans le monde, dans l’autre il est dans le ciel. Il est tout à la fois, comme Israël, mangeant la manne dans le désert, et se nourrissant du «vieux blé du pays».

La seconde épître aux Corinthiens nous présente le passage peut-être le plus étonnant des trois : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console à l’égard de toute notre affliction, afin que nous soyons capables de consoler ceux qui sont dans quelque affliction que ce soit, par la consolation dont nous sommes nous-mêmes consolés de Dieu» (1:3, 4). Nous voyons ici un homme, entouré d’afflictions, d’épreuves, de douleurs, de souffrances si grandes qu’il désespère de vivre, étant déjà comme jeté dans la poussière de la mort. Quel est donc pour cet homme le motif de rendre grâces ? C’est que Dieu se sert des circonstances les plus douloureuses de sa vie pour se glorifier et faire de lui le canal de bénédictions nouvelles pour d’autres. Paul est satisfait de souffrir, parce que le Dieu de toute consolation le console ou l’encourage (ce mot a les deux significations) dans toute son affliction, non pas pour sa propre âme, et en réponse à ses propres besoins, mais pour qu’il soit capable d’encourager ceux qui sont dans quelque affliction que ce soit. Paul avait subi et traversé toutes ces épreuves, et ses provisions de consolations étaient inépuisables de la part de Dieu pour lui-même, afin qu’elles le fussent pour d’autres.

Vous trouverez la même pensée dans la suite de cette épître où il se compare à un vase de terre dans lequel Dieu a mis son trésor. Le vase est fêlé ou brisé ; c’était la mort qui opérait en l’apôtre, mais afin que la lumière puisse se répandre au-dehors et aller porter la vie dans le coeur des Corinthiens.

L’apôtre Paul possédait plusieurs secrets de son action et de son service au milieu des hommes. Nous les verrons dans le courant de nos lectures ; mais le premier de tous, et ce qui donnait tant de puissance a son ministère, était qu’il en avait fini avec tout ce qui constituait l’homme dans la chair : Paul était un chrétien affranchi.

On peut prêcher l’affranchissement, l’expliquer clairement à d’autres, sans être soi-même affranchi, car, pour l’être réellement, il ne faut pas seulement, souvenez-vous-en, connaître l’affranchissement, mais le pratiquer.

Ce sont, en effet, deux choses très différentes : expliquer ce que c’est que d’être mort avec Christ, ou le réaliser. L’apôtre le réalisait pleinement. L’affranchissement a, pour ainsi dire, plusieurs côtés et comprend plusieurs sortes de délivrances.

Vous trouvez le premier côté au chap. 6 de l’épître aux Romains. C’est l’affranchissement du péché. Nous avons été identifiés avec Christ dans la ressemblance de sa mort et, si nous acceptons cela par la foi, notre vieil homme a été crucifié avec Lui, afin que «le corps du péché» (le péché, comme racine en nous de tous les péchés) soit annulé pour que nous ne servions plus le péché ; car «celui qui est mort est justifié du péché». Or, si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui. Tel est donc le premier côté de l’affranchissement. Nous en avons fini par la mort avec la domination du péché sur nous. Non pas que nous n’ayons pas le péché, la chair en nous, mais nous ne sommes plus dans la chair ; nous avons été affranchis de sa domination. Un autre, Christ, est venu se mettre à notre place, a été fait péché pour nous (ce n’est pas seulement qu’il a porté nos péchés), est mort au péché, est vivant à Dieu, et si nous sommes unis à Christ, nous sommes morts au péché et vivants à Dieu. Aussi l’apôtre exhorte les chrétiens à se «tenir pour morts», afin que, si le péché se présente, ils puissent dire : «Je suis mort», et ne lui céder en aucune manière.

Dans l’épître aux Galates, vous trouvez d’autres côtés de l’affranchissement. Le premier (correspondant à Rom. 7) se trouve au chap. 2:19. «Par la loi, je suis mort à la loi». La loi a prononcé sur moi la sentence de mort, à cause du péché, mais cette sentence a été exécutée sur Christ, fait péché, quand il est «devenu malédiction pour nous», afin de «nous racheter de la malédiction de la loi» (Gal. 3:13, 14). La loi qui me condamnait a condamné Christ à mort, quand il a été fait péché pour moi. Désormais, en mourant, Christ est mort à la loi, et moi de même. Comme Lui, je suis mort au péché, afin que je vive à Dieu ; comme Lui, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu.

L’épître aux Galates nous présente encore un autre côté de l’affranchissement (5:24) : «Or ceux qui sont du Christ ont crucifié la chair avec les passions et les convoitises». Ici, la crucifixion est l’acte de ceux qui sont du Christ. C’est à peu près le «mortifiez vos membres», de Col. 3:5, sauf que, dans notre passage, c’est une chose faite et accomplie une fois pour toutes. Celui qui, après être mort avec Christ, a reçu l’Esprit comme puissance de sa nouvelle vie, est censé avoir fait usage de cette puissance pour en finir avec la chair et se soustraire à sa domination, car elle domine par les passions, et par les convoitises qui sont l’amorce des passions. Nous trouvons donc ici la réalisation pratique, dans la puissance de l’Esprit de Dieu, de la domination sur la chair qui a déjà rencontré son jugement complet à la mort de Christ.

À la fin de cette même épître aux Galates (6:14), nous trouvons encore un nouveau côté de l’affranchissement : «Qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde». L’apôtre était affranchi, par la croix, de tout cet ordre de choses dont l’homme pécheur est le centre et dont Satan est le prince. Le monde, le système qui avait mis à mort le Sauveur, était jugé, condamné, crucifié pour Paul par cet acte même ; et, quand le monde portait les yeux sur l’apôtre, il voyait un homme crucifié, mort à tout ce que le monde aime, veut et recherche ; un homme que rien ne pouvait tenter dans la scène de péché, d’éloignement de Dieu et d’inimitié contre Christ, qu’il traversait ; scène dont il est dit : «Le monde entier gît dans le Méchant» (1 Jean 5:19). N’est-il pas vrai, chers amis, que nous connaissons fort peu ce côté de l’affranchissement ? C’est ce qui me fait dire que l’affranchissement n’est une réalité pour l’âme qu’autant qu’il est pratiqué. Un chrétien retenu dans les liens du monde politique, artistique, scientifique, du monde où l’on s’amuse ou du monde religieux, ne sera jamais un chrétien affranchi.

Paul était donc un homme libre de ce qui le retenait autrefois ; il avait vu la fin de toutes ces choses à la croix ; aucune d’entre elles ne pouvait revivre pour lui ; elles avaient toutes reçu le coup de grâce dans le jugement qui avait atteint son Sauveur, aussi peut-il dire : «Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi» (Gal. 2:20). Il était devenu comme une personnalité nouvelle, un nouvel homme, tout en ayant la chair en lui, mais cette dernière, il la tenait à la seule place qui lui soit due, dans la mort sur la croix.

Il est si vrai que, pour Paul, l’homme lui-même est crucifié que, dès le premier chapitre de cette épître aux Galates, il refuse de lui accorder aucune place dans son ministère. Il déclare n’être pas apôtre de la part des hommes, ni par l’homme. Il ne s’applique pas à satisfaire les hommes, ni à complaire aux hommes. Son évangile n’est pas selon l’homme ; il ne l’a pas reçu de l’homme ; et, s’il s’agissait même des meilleurs d’entre les apôtres, Christ n’avait point égard à l’apparence de l’homme (Gal. 1 et 2).

Revenons maintenant au premier chapitre de notre épître aux Corinthiens. Nous y trouvons un dernier côté de l’affranchissement qui dépasse encore celui dont nous venons de parler. Dieu faisait passer l’apôtre par des circonstances telles, qu’il avait en lui-même la sentence de mort, afin qu’il n’ait pas confiance en lui-même, mais en Dieu qui ressuscite les morts (v. 9). Il aurait pu n’avoir aucune confiance dans la chair, dans l’homme, dans le monde, et cependant avoir confiance en lui-même ; mais quand la sentence de mort est, non pas prononcée sur lui du dehors, mais réalisée en lui-même, il ne peut avoir confiance qu’en Celui qui ressuscite les morts. À la fin de cette épître, nous apprenons que quatorze ans auparavant, c’est-à-dire au commencement de sa carrière, l’apôtre avait fait une expérience tendant au même but. Dieu l’avait transporté au troisième ciel, où il avait entendu des choses si merveilleuses qu’aucun langage humain ne saurait les reproduire ; mais, quand il descendit de ces hauteurs, le danger commença. Il aurait pu s’enorgueillir et prendre confiance en lui-même. Dieu lui envoie un ange de Satan pour le souffleter, puis il lui dit : «Ma grâce te suffit». Longtemps après cette expérience, elle se renouvelle, car rien n’est plus subtil que le «moi», et il doit être continuellement tenu en échec. Ici, ce n’est plus l’ange de Satan, c’est la sentence de mort que rencontre l’apôtre et il l’a tellement réalisée, qu’à la fin de cette épître il s’écrie : «Je ne suis rien» (12:11). Où est la confiance en soi-même, quand on est souffleté par Satan, quand la sentence de mort s’exécute ? On n’est plus rien ! Je ne pense pas que la pratique de l’affranchissement puisse dépasser cette expérience.

La conséquence est que, si l’apôtre n’est rien, Christ est tout pour lui. Il peut dire : «Pour moi, vivre c’est Christ» et, par rapport à son ministère, Christ en est le seul objet. Lui seul a pris la place de toute autre chose dans le coeur, dans les pensées, dans l’activité de Paul. S’agit-il de ses circonstances, il dit : «Comme les souffrances du Christ abondent à notre égard» (v. 5). Ses souffrances ne sont plus les souffrances de Paul ; dans sa carrière d’amour, il accomplit les souffrances du Christ, afin qu’il puisse apporter à d’autres tous les encouragements qui les accompagnent. Par la grâce de Dieu, il peut parler de lui-même comme d’un «homme en Christ» (12:2). Telle est chez l’apôtre la réalisation pratique de l’affranchissement.

Le résultat de cet affranchissement quant à son ministère, était que sa prédication avait Christ, et rien d’autre, pour sujet. Vous avez pu penser, dit-il aux Corinthiens, que je faisais preuve d’incertitude dans mes desseins, mais il n’y a pas d’incertitude en Lui, «Car autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous» (v. 20). Oui, toutes les promesses se résument en Lui. En Gal. 3:14, le Saint Esprit est une de ces promesses. C’est en vertu de l’acceptation de Christ et de son élévation à la droite de Dieu, que la promesse de l’Esprit est devenue notre part. En Tite 1:2, il en est de même pour la vie éternelle, mais il y a encore d’autres promesses : la gloire, la justice, le pardon, l’héritage. L’apôtre ajoute : «À la gloire de Dieu par nous». Pourquoi ce par nous ? Parce que, chose merveilleuse, Dieu nous a unis à Christ d’une manière si indissoluble que tout ce qui Lui appartient nous appartient aussi. La gloire de Dieu est par Christ, mais la gloire de Christ étant notre gloire, la gloire de Dieu est aussi par nous. L’héritage est à Christ, mais cet héritage nous appartient. La vie est en Christ, cette vie est à nous. Si donc Dieu est glorifié par Christ, il l’est aussi par nous.

L’apôtre ajoute : «Or celui qui nous lie fermement avec vous à Christ et qui nous a oints, c’est Dieu, qui aussi nous a scellés, et nous a donné les arrhes de l’Esprit dans nos coeurs» (v. 21, 22). C’est donc ce qui caractérise le chrétien : Il est lié fermement à Christ, fait «une même plante avec Lui». Il est oint de l’Esprit, comme Jésus l’a été, mais le Seigneur, Lui, en vertu de sa perfection comme homme, et nous, en vertu de l’oeuvre qu’il a accomplie en notre faveur. Le chrétien est scellé du Saint Esprit qui lui apporte la conscience et l’entière connaissance de sa relation avec Dieu, relation dont le Seigneur jouissait lui-même comme homme ici-bas. Enfin, l’Esprit est «les arrhes de notre héritage». Nous allons entrer dans notre héritage céleste dont, par l’Esprit, nous avons déjà l’avant-goût et la certitude. Le Seigneur, Lui, y est entré avant nous, tandis que nous n’en avons que les arrhes ; mais Il attend encore d’entrer dans son héritage terrestre, et nous y entrerons aussi avec Lui.

Telles étaient les choses que Paul annonçait. Il «prêchait le Fils de Dieu, Jésus Christ». Il montrait la valeur de sa personne et de son oeuvre, et ce qu’elles étaient pour Dieu et pour nous. Il affirmait qu’en dehors de Christ, les chrétiens n’avaient rien, et lui ne voulait pas d’autre place. Il n’avait qu’une pensée, être trouvé en Lui, sans autre justice que celle de Dieu ; il n’avait qu’un désir, celui de le connaître en traversant ce monde, et de le reproduire dans sa marche ; il n’avait qu’une ambition, celle de l’atteindre dans la gloire.

Que Dieu nous donne de pouvoir dire ces mêmes choses, et de pratiquer notre affranchissement de telle sorte que nous soyons de vrais témoins de Christ dans ce monde !

2                    Chapitre 2

Il existe une certaine liaison entre la première et la seconde épître aux Corinthiens. Dans la première, les Corinthiens, bénis extérieurement et comblés de tous les dons spirituels, avaient pris confiance en eux-mêmes, s’étaient enorgueillis, et cela n’avait pas eu d’autre résultat que d’amener parmi eux des divisions et toute espèce de désordre. Il y avait chez eux beaucoup de choses à reprendre, mais je n’insiste ici que sur les divisions. Ils étaient désunis pour le bien et unis pour le mal. L’un disait être de Paul, l’autre d’Apollos, et cela les divisait en sectes diverses. Puis, quand un mal scandaleux s’était présenté dans l’assemblée, indifférents à ce qui déshonorait le nom de Christ, ils étaient unis pour le passer sous silence. L’apôtre en avait pris occasion pour montrer qu’il y a un ordre dans la maison de Dieu, ordre qu’il n’est pas permis d’enfreindre. Si tous les enfants de Dieu comprenaient cela en ce qui concerne l’Église ou l’Assemblée, comme le témoignage de cette dernière serait plus puissant devant le monde !

Ayant reçu l’exhortation, les Corinthiens perdent la confiance qu’ils avaient en eux-mêmes. Une tristesse selon Dieu remplit leurs coeurs et les amène à la repentance. L’apôtre leur montre alors que lui n’avait aucune confiance en lui-même, et se sert de ses propres expériences pour leur édification. Il connaissait la tristesse, il connaissait la puissance de Satan dans le monde. N’ayant aucune confiance en lui-même, il pouvait apporter aux Corinthiens qui n’étaient plus exaltés par la valeur de leurs dons, les consolations que lui-même avait éprouvées.

Mais n’oublions pas que lorsqu’on a surmonté certains dangers, et c’était le cas pour les Corinthiens, d’autres dangers se présentent. Satan ne se tient jamais pour battu. S’il n’a pas réussi à nous vaincre d’un côté, il nous attaquera de l’autre, et il nous faudra de nouveau lui faire face. Quel était donc le danger que couraient maintenant les Corinthiens ? Ils avaient été ramenés à une juste appréciation de la pensée de Dieu quant à la discipline ; ils avaient été, comme on le voit au chap. 7 de notre épître, remplis de zèle pour juger le mal parmi eux et avaient suivi les enseignements de l’apôtre à ce sujet. La partie semblait donc gagnée, car maintenant ils étaient unanimes dans le bien, unanimes pour exercer une action judiciaire contre le méchant. Ils l’avaient fait comparaître devant leur tribunal et l’avaient ôté du milieu d’eux. Mais, au lieu de les louer de ce qu’ils avaient parfaitement accompli leur devoir, l’apôtre leur dit : Ce n’est pas tout d’être unis dans le jugement ; il faut que vous soyez unis dans l’exercice de l’amour (v. 8). Dieu ne voulait pas les faire demeurer sur une action judiciaire. Avec le retranchement tout n’est pas fini. Les Corinthiens avaient ôté le méchant du milieu d’eux, mais l’apôtre avait appris que ce dernier était accablé de tristesse (v. 7). L’assemblée le laissait dans cet état. Où était l’amour ? L’apôtre en profite pour montrer ce qu’ils avaient à faire envers un homme humilié et repentant. Avant toute chose il s’occupe d’eux ; il leur avait écrit sa première lettre «dans une grande affliction et avec serrement de coeur, avec beaucoup de larmes, non afin, dit-il, que vous fussiez attristés, mais afin que vous connussiez l’amour que j’ai si abondamment pour vous». La cause de ces larmes était, sans doute, en partie le péché qui avait été commis dans l’assemblée de Corinthe, si chère à son coeur. L’apôtre prenait leur place, alors qu’eux ne savaient pas encore pleurer avec lui. Il pleurait pour eux sur celui qui, ayant déshonoré le Seigneur, avait jeté de l’opprobre sur Lui et terni sa gloire au milieu de son Assemblée. Mais il pleurait aussi sur les Corinthiens, et, remarquez-le, à un moment où ils ne pleuraient pas du tout. Le souci des assemblées assiégeait continuellement l’apôtre. Il sentait profondément la dureté de coeur qui avait rendu les Corinthiens indifférents au mal et avait déshonoré le nom de Christ au milieu d’eux. Maintenant il ne lui suffisait pas de les voir unis dans le jugement ; il voulait les voir unis dans l’amour. Il leur dit : Si moi j’ai pleuré, ce n’était pas pour vous attrister, mais afin que vous connussiez l’amour que j’ai si abondamment pour vous. Il voulait qu’ils comprissent qu’il avait été affligé de les reprendre, de venir à eux avec l’autorité apostolique pour leur parler de leur péché, dans cette première épître si sévère, et que les Corinthiens avaient pu estimer froide et dure. La pensée que leurs coeurs étaient peut-être froissés ne lui laissait pas un moment de répit ; il désirait savoir quel serait l’effet de sa lettre sur eux. Se révolteraient-ils ou accepteraient-ils la réprimande ? Paul en était presque à regretter d’avoir écrit cette épître inspirée ! (7:8).

Tableau touchant de l’amour qui remplissait son coeur ! Trop angoissé pour attendre leur propre réponse à sa lettre, il leur envoie Tite pour qu’il lui rende compte de leur état. En attendant, il est lui-même dans la Troade où la porte est largement ouverte à l’Évangile ; mais une chose est plus importante pour son coeur que même cette oeuvre que Dieu lui confie ! Il l’abandonne, va au devant de Tite en Macédoine, et n’a pas de repos qu’il ne l’ait rencontré.

Cela parle à nos propres coeurs. Il n’y a rien de plus béni, de plus heureux pour nous que l’Évangile. Quelle joie, quand on le voit pénétrer dans les consciences et amener des âmes au Seigneur par la conversion ! C’est une oeuvre merveilleuse à laquelle il nous est donné de prendre part ! Cependant, dans ce moment-là, une chose avait plus d’importance pour Paul que même la porte ouverte pour l’Évangile. Il désirait voir une vraie restauration chez ses bien-aimés enfants dans la foi : une assemblée, reprenant par une repentance complète, par le jugement d’elle-même, un chemin où le Seigneur pouvait être glorifié. Voilà ce qui remplissait son coeur. Sa joie était que les frères de l’assemblée de Corinthe marchent ensemble fidèlement, humblement, dépouillés de toute confiance en eux-mêmes, prompts à juger le mal, prompts à pardonner au méchant repenti. Il dit : «Si quelqu’un a causé de la tristesse» (v. 5). Cet homme n’étant pas encore restauré, l’apôtre ne l’appelle pas : «un frère», et ne le nomme même pas ; il est : «quelqu’un». Nous pouvons en tirer une utile instruction pour la conduite de l’assemblée envers ceux qui sont retranchés. «Si quelqu’un a causé de la tristesse, ce n’est pas moi qu’il a attristé, mais, en quelque sorte... c’est vous tous». Il avait été obligé de les charger dans sa première épître ; maintenant qu’il les voit attristés, il renonce à leur écrire sévèrement. Il avait encore, comme nous le verrons plus tard, beaucoup de choses à reprendre, qu’il aurait pu placer devant eux dès le début de son épître, mais il ne voulait pas les accabler. Nous apprenons ici de quelle manière nous avons à nous comporter envers nos frères, quand nous avons été obligés de les reprendre. Il nous arrive parfois de les charger plus lourdement encore quand nous voyons que la réprimande n’a pas produit tout l’effet désiré ; et nous aggravons ainsi le fardeau dont ils sont déjà accablés. L’apôtre n’agissait pas de cette manière. Voyant les Corinthiens restaurés dans une mesure, il ne cherchait pas à ajouter à leur accablement. Il dit : Ce que je désire, c’est la joie, c’est l’amour ; et il les engage à pardonner, à consoler un tel homme, de peur qu’il ne soit accablé par une trop grande tristesse. Après vous être repentis, leur dit-il, vous pouvez être maintenant réjouis, consolés, fortifiés par mon ministère, et vous laissez cet homme, chez qui la repentance s’est produite, en proie à l’accablement ! (v. 8, 9).

Ils avaient été obéissants pour exercer le jugement ; il s’agissait maintenant qu’ils soient obéissants pour pardonner. Paul désirait savoir s’ils étaient obéissants en toutes choses (v. 10). La différence entre cette seconde épître et la première est très frappante. S’agissait-il de juger le mal, l’apôtre avait décidé de livrer cet homme à Satan, mais il avait suspendu son verdict. Dans la seconde épître, il se hâte de pardonner dans la personne de Christ. Au lieu de prononcer le jugement qu’il avait retardé, il accorde le pardon, afin qu’il soit donné par la puissance et avec l’autorité de Christ à l’homme qui avait péché. Cela ayant lieu, l’Ennemi ne pouvait réussir dans ses desseins (v. 11). Satan aurait voulu répandre de nouveau la désunion, séparer l’assemblée de l’apôtre ; car ainsi elle aurait été unanime à juger, et l’apôtre tout seul à pardonner. Lorsque l’Ennemi de nos âmes peut nous empêcher de marcher dans une même pensée, dans un même sentiment, soyons bien certains qu’il n’y manque pas.

Au v. 14, l’apôtre conclut en disant : Il m’est donc arrivé d’abandonner l’oeuvre par amour pour vous, mais je puis m’en remettre à la grâce de Dieu (*) : Il me conduit «toujours en triomphe dans le Christ». Un empereur ou un général qui avait remporté des victoires et soumis des peuples, célébrait un triomphe. Son char était accompagné d’un cortège portant des encensoirs. La fumée de l’encens montait autour du triomphateur. Parmi les captifs qu’il menait à sa suite, les uns étaient destinés à la mort, les autres à être graciés. Christ ayant remporté la victoire à la croix, l’apôtre accompagnait son triomphe comme thuriféraire (v. 14). Le parfum, l’odeur de la connaissance de Christ par l’Évangile, montait autour de Lui pour proclamer la valeur de Son oeuvre.

(*) Cette oeuvre en Troade, il la reprit après sa seconde visite à Corinthe (Actes 20:2-6).

Paul ajoute : «Nous sommes la bonne odeur de Christ pour Dieu» ; il se présente ici, en second lieu, lui-même comme un parfum de Christ qui monte devant Dieu. Persécuté, voué à la mort, humilié, sans aucune confiance en lui-même, ayant besoin d’être continuellement consolé, il était la bonne odeur de Christ. On pouvait voir, dans la personne de celui qui accompagnait son Maître, ce que ce Maître, maintenant vainqueur et triomphateur, avait été ici-bas. Chers amis, sommes-nous, aux yeux de Dieu, le parfum de Christ, ou faisons-nous monter devant Lui la mauvaise odeur du monde et de ses convoitises ? Cela parle, me semble-t-il, à nos consciences. Paul pouvait dire : «Nous sommes la bonne odeur de Christ pour Dieu». Dieu estimait précieux ce parfum et voulait le répandre pour glorifier son Fils. C’était une odeur de vie pour ceux qui croient, car la victoire de Christ leur annonce la délivrance ; mais une odeur de mort pour ceux qui refusent le salut, car c’est leur condamnation. Les hommes suivent aujourd’hui, qu’ils le veuillent ou ne le veuillent pas, le triomphe de Christ ; mais leur attitude vis-à-vis de l’Évangile décide de leur sort : la vie, s’ils reçoivent la bonne nouvelle ; la mort, s’ils la repoussent. Dans ce pays-ci, où l’Évangile est connu de tous, quelle est la condition de ceux qui suivent le triomphe de Christ ? Question sérieuse pour ceux qui n’ont pas reçu le Sauveur pour la vie !

Quel beau tableau de toute l’activité de l’apôtre, au v. 17 ! Elle était de la part de Dieu dans ce monde ; elle était devant Dieu, avec sincérité, sans fraude ; et il parlait en Christ ! Toutes les ambitions de Paul se concentraient sur ce point : agir pour Dieu avec un coeur sincère, agir devant Dieu avec un coeur droit ; agir en Christ, de manière à n’être pas plus séparé de Lui, en pensée qu’en réalité ! Que Dieu nous donne d’apprécier la victoire de Christ, la valeur de son oeuvre et de sa personne, et de pouvoir dire, comme Paul : «C’est de la part de Dieu, devant Dieu, que nous parlons en Christ !»

3                    Chapitre 3

Le temps assez long qui s’est écoulé depuis notre dernier entretien me donne l’occasion de revenir un peu sur les pensées contenues dans les deux premiers chapitres de notre épître. Cette dernière présente un sujet particulier, le Ministère, son fonctionnement, la tâche qui lui incombe, et les qualités indispensables pour être un ministre de Christ, principes dont nous serons toujours plus pénétrés, à mesure que nous approfondirons ce sujet. Il est nécessaire de faire remarquer que le ministère a, dans cette épître, un caractère très étendu. Ce n’est pas seulement le ministère apostolique ou ministère de la Parole ; car le mot traduit ici par «ministère» se traduit ailleurs par «service». En effet, nous avons tous un ministère. Si nous n’avons pas tous le ministère de la Parole, à chacun de nous le Seigneur a confié un service, et souvent le plus infime service aux yeux des hommes a une importance très grande aux yeux de Dieu. Plus tard, aux chap. 8 et 9, l’apôtre s’étend sur le service pécuniaire à l’égard des saints, montre comment il faut s’y prendre pour l’exercer, et s’estime heureux d’y participer lui-même. Pénétrons-nous donc bien de cette vérité : si nous n’avons pas un don de l’Esprit en faveur de l’Assemblée ou pour le monde, nous avons tous un service particulier auquel nous devons vaquer aussi soigneusement qu’à un service public. Si ce dernier a plus d’apparence aux yeux des hommes, il offre aussi plus de dangers pour celui qui l’exerce.

En considérant le premier chapitre, nous pouvons conclure que notre service pour le Seigneur, quand il s’allie à la confiance en nous-mêmes, sera toujours frappé, non pas de nullité — car il n’y a pas un de nous qui n’ait à passer, au cours de son service, par le jugement graduel et détaillé de lui-même — mais du moins frappé de faiblesse en proportion de l’importance que nous sommes disposés à nous attribuer. Comme nous l’avons vu, le plus grand des apôtres disait : «Afin que nous n’eussions aucune confiance en nous-mêmes» ; «Moi qui suis moins que le moindre de tous les saints» ; et encore : «Moi qui ne suis rien». C’est dans la mesure où cette vérité est réalisée que le ministère chrétien est béni. Ce jugement absolu de soi-même, l’apôtre l’exerçait pour être en exemple à ses frères et les encourager dans ce chemin.

À la fin du chap. 1, nous avons vu que l’objet du ministère est Christ ; aussi l’apôtre s’occupe à faire ressortir ses gloires. Il montre ensuite que, pour présenter Christ il faut de la puissance, qu’il faut être oint et scellé du Saint Esprit. Rien n’est plus misérable que de présenter aux âmes la vérité de Dieu comme affaire d’intelligence, ou comme résultat de nos études, car de cette manière l’action de la Parole sur les consciences est annulée, l’Esprit de Dieu seul pouvant lui donner efficace.

Au chap. 2, le ministère n’a pas seulement pour but de présenter Christ, mais il a aussi une action dans l’Assemblée en vue de la discipline ; seulement c’est en amour que la discipline doit s’exercer. Sans amour, elle n’est qu’un jugement légal qui n’a rien à faire avec l’Esprit de Dieu. À la fin du chapitre, le ministère est la présentation de la victoire de Christ aux hommes et la présentation du parfum de Christ à Dieu ; immense responsabilité pour nous, mais aussi pour ceux qui rejettent notre témoignage !

Nous arrivons ainsi au commencement du chap. 3, où nous trouvons une fonction nouvelle du ministère. Ce dernier a pour but, non seulement de présenter le parfum de Christ dans le monde, mais d’y adresser une lettre de Christ connue et lue de tous les hommes, Les Corinthiens étaient sans doute la lettre de recommandation de l’apôtre, mais, pour Paul, cette lettre était absolument identique avec la lettre de recommandation de Christ. Paul n’avait point écrit son propre nom sur le coeur des Corinthiens, mais uniquement celui de Jésus. Combien de ministres de Christ, au lieu de suivre l’exemple de l’apôtre, ont, hélas pour triste fonction, d’écrire un nom d’homme, ou le nom de la secte à laquelle ils appartiennent, ou toute autre chose encore, sur le coeur des croyants !

Le Seigneur avait fourni à Paul les instruments nécessaires pour écrire la lettre de Christ, et il s’était acquitté fidèlement de sa tâche. Ses tablettes étaient les tables de chair du coeur, non les tables de pierre de la loi ; sa plume et son encre, l’Esprit de Dieu ; sa lettre, l’Église ; son sujet, Christ — Christ, un seul nom, et rien d’autre, mais un nom qui contient en une syllabe les conseils éternels de Dieu, toutes ses pensées et toutes ses gloires !

Comme les Corinthiens, nous sommes le fruit du ministère de l’apôtre, ce ministère étant contenu dans la Parole de vérité ; et, comme eux, nous sommes appelés à être la lettre de recommandation de Christ, connue et lue de tous les hommes ; mais, remarquez-le bien, le ministère de l’apôtre est appelé ici, non pas à former des individus, mais un ensemble. L’apôtre ne dit pas : Vous êtes des lettres, mais vous êtes la lettre de Christ, quoiqu’il soit parfaitement vrai que tout chrétien, individuellement, doive recommander Christ devant le monde. Telle était l’importance de l’Église, de l’Assemblée de Christ, aux yeux de Paul.

À la fin de ce chapitre, il confie aux Corinthiens le secret qui leur permettra d’être cette épître de Christ, secret simple et élémentaire, s’il en fut. Il faut que nous tous, car il s’agit toujours ici de l’ensemble des chrétiens (v. 18), nous ayons pour objet la contemplation du Seigneur. Cette contemplation nous transforme graduellement à son image glorieuse, de telle manière que le monde puisse ne voir que Lui dans son Assemblée.

Ce même chap. 3 nous présente une autre fonction tout aussi importante du ministère chrétien. Il a un enseignement en vue. C’est pourquoi l’apôtre résume l’ensemble de la doctrine chrétienne dans la parenthèse qui s’étend du v. 7 au v. 16. Cette doctrine est en contraste absolu avec ce que la loi avait enseigné jusque-là. Or, parmi les chrétiens de nos jours qui prétendent connaître la grâce, combien peu la comprennent réellement et la séparent entièrement de la loi !

Nous trouvons donc ici la différence entre le ministère de la lettre, c’est-à-dire de la loi, et le ministère de l’Esprit. L’apôtre commence par montrer que le ministère de la loi est un ministère de mort. La loi promet, sans doute, la vie à celui qui lui obéira, mais un homme est-il capable d’obtenir la vie, même promise ? Ce qui lui rend la chose impossible, c’est le péché. Or le péché n’est pas autre chose que la propre volonté et la désobéissance de l’homme. Ainsi la loi, tout en promettant la vie, est un ministère de mort. Elle condamne celui qui ne l’a pas suivie et le convainc de péché. Tout homme sous la loi se trouve donc sous un ministère qui le tue en prononçant sur lui la sentence de mort. C’est le sujet du chapitre 7 aux Romains. La loi anéantissait, une fois pour toutes, chaque prétention de l’homme à se mettre en règle avec Dieu et à obtenir la vie de cette manière.

En contraste avec le ministère de la mort, l’apôtre parle, non pas du ministère de la vie, mais de celui de l’Esprit, parce que le Saint Esprit, quand il agit, apporte la vie dans l’âme.

D’autre part, le ministère de la loi est un ministère de condamnation, tandis que le ministère de l’Esprit est un ministère de justice ; mais il ne s’agit pas d’une justice humaine et légale, car l’Esprit est venu nous annoncer la justice de Dieu. Tel est le contenu même de l’Évangile, et c’est pourquoi l’apôtre y met une si grande importance. Il montre comment Dieu a pu concilier sa haine pour le péché (une justice qui doit condamner le péché) avec son amour pour le pécheur. La justice de Dieu est ainsi une justice justifiante et non pas une justice en condamnation. Cette conciliation de deux choses inconciliables ne s’est trouvée qu’à la croix de Christ où la justice et la paix se sont entrebaisées. Il n’existait aucune chose pareille avant le ministère chrétien dont l’apôtre était le représentant. Ce ministère est le résumé de toutes les pensées de Dieu à l’égard des hommes. C’est par lui que nous apprenons à connaître Dieu dans toute sa gloire, dans toute la perfection de sa nature et de son caractère.

L’apôtre continue et dit : «Ce qui demeure subsistera... en gloire» (v. 11). Ce qui demeure, c’est le caractère même de Dieu. Il n’y a plus rien à ajouter à ce que Dieu nous a révélé de lui-même. Ce que Dieu est, sa gloire tout entière, s’est montrée dans l’oeuvre qu’il a accomplie à la croix pour nous. Cette oeuvre subsiste à jamais en gloire.

À la fin de ce passage, il est dit (v. 17) : «Là où est l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté». La loi était un ministère d’esclavage qui rendait l’homme incapable de s’approcher de Dieu ; la grâce nous introduit en Sa présence, et nous pouvons y contempler sans voile la personne du Seigneur Jésus qui est devenu justice de Dieu pour nous. Comme nous l’avons vu déjà, avoir une pleine liberté pour entrer devant Lui, c’est posséder le secret par lequel on peut être réellement devant le monde une lettre de Christ. Considérer la gloire du Seigneur, nous transforme graduellement — de gloire en gloire — à Sa ressemblance. Cette transformation est partielle, car nous n’avons pas atteint la perfection et ne l’atteindrons jamais ici-bas.

4                    Chapitres 3 à 4:6

Nous avons vu l’autre jour que tout ce passage présente l’opposition la plus complète entre le ministère de la loi et le ministère de l’Esprit. Les deux ministères ne s’accordent en aucun point. Celui de la loi est un ministère de mort et ne peut faire autre chose que condamner. La loi, dans son caractère le moins sévère, telle que Dieu la fit connaître à Moïse lorsqu’il lui donna pour la seconde fois les tables de la loi, ne pouvait cependant que condamner. Un régime où la loi est mélangée de miséricorde, régime sous lequel, de fait, Israël se trouvait, car ce n’était pas le régime de la loi pure, est mortel pour ceux qui l’acceptent. Maintenant encore, ceux qui, n’étant pas Juifs et s’appelant chrétiens, se placent sous ce régime mixte, n’ont à en attendre qu’une condamnation absolue, la loi n’étant pas seulement un ministère de mort, mais un ministère de condamnation. L’homme se trouve sous la sentence prononcée par la loi, et cette sentence est irrévocable. Tout homme placé sous la loi n’y rencontre pas autre chose que cela, mais Dieu emploie ce moyen pour le convaincre de péché, afin de l’instruire sur son propre état et de l’amener à reconnaître que la grâce de Dieu seule peut fournir un sacrifice qui le délivre de la malédiction de la loi. Par la venue du Seigneur qui apportait la grâce aux pécheurs, tout le système de la loi, comme moyen de justification, est tombé.

Si la loi est un ministère de mort et de condamnation, le ministère chrétien est, comme nous l’avons vu, le ministère de l’Esprit et de la justice. Mais nous trouvons encore autre chose dans le passage que nous venons de lire : l’Évangile que l’apôtre présentait était l’Évangile de la gloire et apportait la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ (4:4, 6). Souvent, dans les écrits de Paul, il est parlé de l’Évangile (ou bonne nouvelle) de la gloire. Beaucoup y voient seulement l’idée que le Seigneur, après avoir accompli l’oeuvre de la rédemption, est monté dans la gloire. C’est en effet une bonne nouvelle, mais le terme va beaucoup plus loin. La gloire est l’ensemble de toutes les perfections de Dieu, mis en pleine lumière depuis la croix. Qui donc les fait connaître ? Qui les met en évidence ? Où puis-je les voir ? Dans la face de Jésus Christ. C’est en Lui que Dieu a manifesté sa haine contre le péché, sa justice qui devait le condamner, et l’a condamné, en effet, en la personne du Sauveur. C’est là que Dieu a manifesté sa sainteté, une sainteté qui ne peut pas voir le mal, ni le supporter en Sa présence. C’est là que Dieu a montré sa majesté, la grandeur du Dieu souverain qui daigne s’occuper de ses créatures. C’est là que Dieu a fait éclater son amour, le point culminant de ses perfections, un amour qui a pris envers nous le nom sublime de la grâce. La grâce est venue nous chercher au fond de l’abîme où le péché nous avait plongés, afin de nous sauver et de nous amener à Dieu. Voilà ce qu’est l’Évangile de la gloire de Dieu. Au chap. 3:18, l’apôtre nous montre que nous pouvons tous nous présenter devant cette gloire et nous en pénétrer. Pour nous, aucune crainte devant la gloire : la justice de Dieu a été pleinement satisfaite par le don de Christ. Comment cette justice m’atteindrait-elle en condamnation puisque, après avoir atteint mon Sauveur, elle l’a fait asseoir à la droite de Dieu ? C’est une chose passée ; l’amour de Dieu a éclaté une fois. envers moi. Je pense souvent à ce mot : éclaté. L’amour a été mis tout à coup en pleine lumière, à cet endroit sombre, où le Fils de Dieu, rejeté des hommes, a été crucifié. Puis-je voir un amour plus complet que celui qui a été montré à la croix ?

L’apôtre compare maintenant la gloire, manifestée sous la loi, avec la gloire, pleinement mise en lumière sous le régime de la grâce. Il prend pour cela l’exemple de Moïse (v. 7). Il y avait une certaine gloire sous la loi, mais non pas la gloire. Vous pouvez vous en rendre compte en lisant le chap. 33 de l’Exode (v. 18) où, après le péché du veau d’or, Moïse demande à Dieu de voir Sa gloire. L’Éternel répond que ce n’est pas possible (v. 20-23) ; Moïse ne pouvait voir la face de Dieu ; celui-ci demeurait seul dans sa propre gloire ; la nuée était sa demeure glorieuse et personne ne pouvait y pénétrer. Ce n’est que sous le régime de la grâce que les disciples peuvent entrer dans la nuée et entendre le Père leur parler de son Fils. Malgré cette interdiction, l’Éternel fait connaître à Moïse «toute sa bonté» (Exode 33:19), c’est-à-dire une partie de sa gloire, dans la mesure où elle pouvait être révélée sous la loi (34:6, 7). Il semblerait au premier abord que nous entrons ici sous le régime de la grâce. En aucune manière. Dieu qui ne peut se renier lui-même, consent à mettre en avant qu’il est un Dieu de miséricorde, de bonté, de patience, mais tout autant un Dieu «qui ne peut tenir le coupable pour innocent, et visite l’iniquité des pères sur les fils jusqu’à la troisième et quatrième génération».

Moïse, le médiateur de la loi, était, pour ainsi dire, le seul homme en Israël qui ne soit pas lui-même sous la loi. Il connaissait quelques traits précieux du caractère de Dieu en grâce et pouvait en jouir. Dans ces conditions-là, il sort de devant l’Éternel et se présente devant le peuple (34:29-35). Qu’arrive-t-il ? Sa face resplendissait ! Les quelques rayons de la gloire de Dieu qu’il avait reçus brillaient sur son visage. La vue de cette gloire va-t-elle attirer le peuple ? Bien au contraire : «Ils craignirent de s’approcher de lui». Ils avaient peur de la gloire, parce qu’elle contenait les éléments de leur jugement. Alors Moïse met un voile sur son visage. Ce fait est le point de départ de tout notre passage.

Mais Moïse ne met pas seulement un voile sur son visage, parce que les fils d’Israël n’auraient pas pu supporter cette lumière ; il le met, afin que le peuple n’arrête pas ses yeux sur la consommation de ce qui devait prendre fin. Ils ne devaient pas voir la gloire. S’ils l’avaient vue, telle que nous la voyons, ils seraient sortis de dessous le régime sous lequel Dieu les avait placés et auraient vu Christ dans toutes les ordonnances de la loi. Le régime de la loi aurait été terminé, et toute la suite des voies de Dieu envers les hommes aurait été interrompue. Nous, nous voyons dans Sa face tout l’ensemble de la gloire de Dieu en notre faveur, et nous y découvrons des choses merveilleuses. Dieu se sert de ces découvertes, pour nous faire apprécier le trésor que nous possédons en Lui, et pour nous remplir du désir d’imiter notre modèle.

L’apôtre nous montre ensuite que ce voile, qui est sur la face de Moïse, se trouve aussi, pour les Juifs, sur les Écritures. C’est un jugement sur eux, selon Ésaïe 6. La seule chose qu’ils devraient voir dans les Écritures, c’est Christ, et c’est précisément la seule qu’ils n’y voient pas. Ils savent combien de lettres et de syllabes les Écritures contiennent, mais ils ne connaissent rien de la personne du Sauveur. C’est ce que nous trouvons ici : Le voile est sur la face de Moïse qui aurait pu les renseigner sur la gloire de Dieu ; il est sur les Écritures qui leur auraient fait connaître Christ ; puis, une chose encore : le voile est sur leurs propres coeurs ! (v. 16).

Aujourd’hui, quelle différence ! Nous pouvons considérer, à face découverte, la gloire du Seigneur ! Le voile est ôté de la face de notre Moïse, le Seigneur Jésus ; nous pouvons nous tenir devant Lui, pour le contempler en pleine liberté. Par la rédemption, tout ce que Dieu est, toute sa gloire, a été manifesté dans le Fils de l’homme et dans le Fils de Dieu. Le résultat de cette contemplation est que nous sommes transformés en la même image. Bienheureux les chrétiens qui entrent, avec cette pleine liberté, devant la face découverte de Jésus Christ, et sont assez occupés de ses perfections pour les reproduire dans leur marche ici-bas ! Remarquez ces mots : «Nous tous, contemplant à face découverte». Point de voile sur la face de Jésus Christ, point de voile sur notre visage ! Nos yeux sont ouverts, ouverts maintenant ; les yeux d’Israël seront ouverts plus tard, selon Ésaïe 29:18, et selon notre passage (v. 16) : «Quand Israël se tournera vers le Seigneur, le voile sera ôté».

Bien-aimés, Dieu nous a ouvert les yeux, mais nous devons les tenir ouverts. Nous pourrions très facilement les fermer ; entre les mains de Satan, tout ce qu’il y a dans ce monde contribue à nous aveugler, si nous n’y prenons garde. Alors, perdant de vue la gloire de Dieu, il y a arrêt, et, qui pis est, recul dans notre développement spirituel, et le nom de Christ est vite effacé de nos coeurs pour être remplacé par les choses qui nous accréditent aux yeux du monde.

Après avoir parlé des Juifs, l’apôtre passe aux nations (4:1-6) : «Nous recommandant nous-mêmes à toute conscience d’homme devant Dieu». Paul faisait le contraire de ce que Moïse avait dû faire : Rayonnant de la gloire qu’il avait contemplée dans la face de Jésus Christ, il se présentait devant le monde, portant sur son visage, comme Étienne, le reflet de cette gloire, fruit de l’oeuvre de grâce accomplie pour les pécheurs. «Et si aussi», dit-il, «notre Évangile est voilé, il est voilé en ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’Évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux» (v. 3, 4). Comment les nations ont-elles reçu cet Évangile ? Il y a aussi un voile sur leurs coeurs. Ne le constatons-nous pas aujourd’hui chez le monde qui nous entoure et qui, portant le nom de Christ, est entièrement étranger à l’Évangile de sa gloire ? En effet, Satan a réussi à jeter un voile épais sur le coeur des hommes qui se trouvent en contact avec la pleine lumière de l’Évangile.

L’apôtre (v. 6) était un vase d’élection, destiné à porter l’Évangile au monde. Dieu avait fait, à son égard, une chose merveilleuse, infiniment plus grande que même la création du monde, et certes, la création du monde n’était pas une chose sans conséquence ! Lors de la création, quand «il y avait des ténèbres sur la face de l’abîme... Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut». La lumière traverse les ténèbres, et dès ce moment elle brille. Mais, quant au coeur de l’homme : «La lumière luit dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas comprise» (Jean 1:5). Aussi l’apôtre décrit-il ainsi l’état de son coeur lors de sa conversion : «C’est le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît, qui a relui dans nos coeurs pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu, dans la face de Christ». La lumière de Dieu, bien autrement brillante que celle du soleil à la création, a relui dans le coeur de Saul de Tarse, et pareillement aussi au milieu des ténèbres de nos propres coeurs, pour se manifester là dans toute sa plénitude. C’est une nouvelle création, aussi supérieure à la première que le ciel est supérieur à la terre, une création qui a pour théâtre, non pas le monde tout entier, mais un pauvre coeur d’homme infirme et ténébreux, étroit et limité, que Dieu a rendu capable de le contenir Lui, ainsi que toute la lumière de sa gloire resplendissant dans la face d’un homme ! Les choses vieilles sont passées ; toutes choses sont faites nouvelles. Tout ce que Dieu est en amour est venu se loger dans un coeur d’homme, afin d’y resplendir. Mais dans quel but ? Non pas afin que l’apôtre (et nous aussi) la garde pour lui-même, mais afin qu’elle brille et resplendisse au-dehors de tous ceux auxquels le ministre de Christ la présente. Sans doute, l’apôtre en jouit profondément pour lui-même et, je l’espère, nous aussi, mais le but de la lumière est de resplendir au-dehors, tout en remplissant de son éclat les coeurs dans lesquels elle est venue briller.

Puissions-nous apprécier cette immense grâce ! Quelque faibles que nous soyons, et sans être des «vases d’élection» comme l’apôtre, Dieu nous a faits les dépositaires de tout ce qu’Il est dans la personne de Christ, afin que nous le manifestions au-dehors de notre vie, et que des âmes nouvelles soient amenées à sa connaissance, ou que d’autres soient encouragées par nous dans le chemin de la foi et du témoignage.

5                    Chapitre 4:7 à 18

Plus je lis les chap. 3 à 5 de cette épître, plus je suis frappé du sujet dont ils sont remplis. Ce sujet est la gloire. Permettez-moi donc d’y revenir. On ne peut du reste jamais assez en parler, car il faut que tout chrétien en ait une vue claire et nette. Sans doute, entrer dans la gloire, c’est entrer dans le lieu de la lumière parfaite, mais nous sommes trop habitués à considérer la gloire sous cet aspect assez vague, si bien que, pour la plupart d’entre nous, la gloire c’est le ciel. La chose est si vraie que vous entendez continuellement des enfants de Dieu dire, quand ils ont perdu un de leurs bien-aimés : Il est entré dans la gloire. Je suis souvent tenté de répondre : Vous vous trompez ; il n’y est pas, et vous ignorez ce qu’est la gloire. Pourquoi donc les saints qui nous ont quittés n’y sont-ils pas ? C’est parce que, même en nous quittant, ils ne sont pas encore semblables à Christ. On n’est pas comme Lui, malgré la jouissance de sa présence, tant qu’on est encore absent du corps. Il est le seul homme qui, étant ressuscité, ait atteint la perfection. Or, la perfection de Dieu lui-même, la perfection absolue, l’ensemble des perfections divines, constitue la gloire. On peut la voir en Christ qui, dans son corps glorifié, est le porteur de toutes ces perfections. Un saint délogé est sans doute en dehors de la scène du péché, jouissant du repos auprès du Seigneur, mais il ne sera dans la gloire que lorsque «le corps de son abaissement sera transformé en la conformité du corps de la gloire de Christ» (Phil. 3:21). Il y a donc encore «quelque chose de meilleur pour nous», une perfection glorieuse, que n’ont pas atteinte ceux qui nous ont devancés auprès du Seigneur, et dans laquelle nous entrerons tous ensemble à sa venue (Héb. 11:40).

Lorsque nous avons abandonné le vague qui s’empare si facilement de nous au sujet des choses célestes, la pensée de la gloire prend une tout autre valeur pour nos âmes. Dans ces chapitres, il nous est parlé de la gloire du Seigneur (chap. 3), de la gloire de Dieu (chap. 4), et de notre propre gloire (chap. 5). Quand il s’agit de la gloire du Seigneur, remarquez tous les noms qui Lui sont donnés dans ces chapitres : Il est le Seigneur, le Seigneur Jésus Christ, le Sauveur, Christ ; enfin il est Jésus. Le coeur de l’apôtre est tellement occupé de Sa personne qu’il ne peut, pour ainsi dire, faire autrement que le nommer de tous les noms qui, venant à sa pensée, expriment ce que Jésus est pour lui, Paul, et ce qu’il doit être pour nous.

Nous avons vu, à la fin du chap. 3, que le grand privilège chrétien est de pouvoir contempler les gloires de Christ, cachées autrefois, mais pleinement manifestées maintenant. Si un homme juste, saint, un homme au coeur aimant, gardait toutes ces qualités au-dedans de lui, à quoi serviraient-elles ? La gloire n’est pas d’avoir ces qualités, mais de les montrer, de les mettre en lumière. Or le point culminant de la gloire, c’est l’amour. Si le Seigneur avait traversé ce monde sans montrer son amour, où aurait été sa gloire ? Dans le chap. 1 de l’évangile de Jean, l’apôtre dit : «Et nous vîmes sa gloire (il parle de Christ, la Parole faite chair), une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père». Sa gloire ne pouvait être mesurée que par ce qu’il y avait dans le coeur du Père, envoyant ici-bas son Fils unique pour nous. Sa gloire, c’était son amour, mais son amour apparaissant sous forme de grâce et de vérité pour le pécheur. L’apôtre pouvait dire, en considérant cet homme, abaissé au-dessous du niveau d’une femme pécheresse, au puits de Sichar, cet homme humilié, esclave volontaire de tous : «Nous avons vu Sa gloire», mais cette gloire, quelque grande que soit sa manifestation, n’a pas resplendi de tout son éclat quand le Seigneur marchait au milieu des hommes. C’est pourquoi, il dit, en parlant de sa croix : «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en Lui» (Jean 13:31). Or Dieu a été tellement satisfait de la manifestation de cette gloire, qu’il a pris Christ dans le tombeau, l’a élevé à sa droite et lui a donné une gloire qui, maintenant, remplit le ciel tout entier. Entré là sans voile, j’y ai vu l’amour, consommé maintenant par son sacrifice, pour ne parler que d’une de ses gloires. Si je redescends du ciel où je l’ai contemplé, pensez-vous que je puisse montrer, dans mes rapports avec les hommes, autre chose que de l’amour ? Montrerai-je un esprit de haine, d’animosité, de dénigrement ? Et de plus, pensez-vous qu’en sortant de là je passerai à travers le monde, indifférent, comme cela arrive si souvent, à l’incrédulité des hommes au sujet de mon Sauveur, ou indifférent à leur propre misère ? Je souffrirai, n’est-ce pas ? mais je n’aurai qu’une pensée, leur témoigner de l’amour. C’est ce que nous verrons au chap. 5. Après être entré dans la pleine lumière de la présence du Seigneur, l’apôtre dit : «L’amour du Christ nous étreint». Il m’a été manifesté ; je désire le manifester à d’autres. En attendant, je suis manifesté à Dieu, et j’espère l’être aussi à vos consciences. Voilà ce qu’était la gloire pour l’apôtre.

Je désire encore faire une remarque au sujet de ce chapitre, et de fait au sujet de toute cette seconde épître aux Corinthiens. On pourrait s’étonner de ce que, parlant de n’avoir aucune confiance en lui-même et de n’être rien, la personnalité de Paul soit cependant en scène du commencement à la fin. C’est que son sujet est le ministère, et que le ministère est montré dans sa personne. Il suivait fidèlement son Maître dans le service de la Parole, dans les secours, les encouragements, les consolations, les appels adressés aux âmes, et dans la répression du mal. S’il était devenu un ministre de Christ, ce n’était pas son oeuvre à lui ; c’était absolument l’oeuvre de Dieu, et il pouvait en parler comme d’une création nouvelle dans laquelle lui n’avait aucune part, pas plus que l’ancienne création n’était l’oeuvre du monde créé. Aussi a-t-il une pleine liberté pour parler de lui-même. Le Dieu qui a voulu que la lumière soit, a voulu Saul de Tarse pour porter l’Évangile dans ce monde et a relui dans son coeur. Cet Évangile, ce n’est plus ici la gloire de Christ, mais la gloire de Dieu. Tout ce qu’est le Dieu invisible a été révélé dans la face d’un homme ! Merveilleuse connaissance donnée à l’homme ! Y eut-il jamais rien de semblable ? Un regard sur Christ homme, me fait découvrir Dieu dans la plénitude de ses perfections et de son amour comme Père ! C’est pourquoi le Seigneur dit à Philippe : «Qui m’a vu, a vu le Père !» (Jean 14:9).

Je dirai maintenant quelques mots sur les versets 7 à 18. On y trouve, comme nous l’avons dit, la personnalité du ministre. Il vient nous exposer son histoire morale, nous dire ce qu’il est personnellement comme porteur du ministère de Christ. Va-t-il nous parler de ses propres qualités et de ses perfections ? En aucune manière. Quand, à la fin de l’épître, il parlera de ce qu’il a souffert et de la manière dont il lui a été donné de réaliser son apostolat, nous l’entendrons parler de lui-même, pour ajouter : «Je parle en insensé» (11:21). S’il est obligé de se louer lui-même, il s’accuse de folie, et il n’use d’un tel procédé que pour convaincre les Corinthiens de la folie de ceux qui cherchent à les détourner de l’Évangile.

Ici, quand il parle de lui-même, Paul dit : «Nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu, et non pas de nous». Des vases de terre ! Tout ce qu’il y a de plus ordinaire, de plus commun. Un vase de fer vaut mieux qu’un vase de terre ; un vase d’airain, mieux qu’un vase de fer ; un vase d’or ou d’argent, mieux qu’un vase d’airain. Paul  s’attribue la qualité d’un vase d’argile. Mais pourquoi Dieu a-t-il choisi une telle enveloppe pour y mettre son trésor ? «Afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu, et non pas de nous». Que serait-il arrivé, si Paul avait été autre chose qu’un vase de terre ? D’un côté, il aurait pu s’attribuer l’excellence de la puissance, de l’autre, le trésor n’aurait pu resplendir au-dehors. Il fallait donc un vase de terre, mais plus encore un vase qui puisse être brisé. Nous en avons un bel exemple quand les compagnons de Gédéon vont combattre Madian. Leurs torches étaient conservées dans des cruches vides et, pour faire resplendir la lumière, ils brisèrent leurs cruches. Dans le cas de Gédéon, il s’agissait du combat contre le monde ; la lumière qui remportait la victoire ne pouvait briller dans tout son éclat qu’à part toute intervention de puissance humaine. Dans notre passage, il s’agit de l’influence du ministère sur les enfants de Dieu. Le trésor de lumière et de vie que Dieu voulait communiquer aux Corinthiens était contenu dans un vase de terre. Paul décrit comment Dieu s’y est pris avec lui, non pas pour briser complètement le vase, mais pour le fêler. La tribulation, la perplexité, les persécutions, s’adressaient au vase, et il fallait qu’il en fût ainsi, mais il n’était ni réduit à l’étroit, ni sans ressource, ni abandonné, parce que Dieu veillait sur son trésor, en vue du développement de la vie de Christ dans les Corinthiens. Dieu s’occupait ainsi de son cher serviteur, afin que, par lui, la lumière de la gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ pénêtre dans le coeur de ses enfants dans la foi. Mais si Dieu agissait ainsi envers lui, Paul, de son côté, n’était point inactif. Il dit : «Portant toujours, partout, dans le corps, la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps». Ce : portant toujours, partout, est très beau. L’apôtre était lui-même actif, pour porter en tout lieu et à tout instant la mort de Jésus, c’est-à-dire le caractère moral de Christ, quand il s’offrait lui-même à Dieu, dans une obéissance parfaite. Il le faisait librement et ne laissait pas un moment s’écouler sans le faire. Il voulait qu’en tout on voie en lui la mort de cet homme venu ici-bas pour mourir, et l’apôtre réalisait cela par la mort au péché, au monde, à la chair, à lui-même — dans une dépendance complète de Dieu, séparé par la mort de tout ce à quoi il appartenait autrefois : ainsi la vie que ce vase renfermait était manifestée.

Mais de plus, l’apôtre montre ici que Dieu avait soin de faire lui-même ces choses, là où, pauvres et faibles que nous sommes, nous serions en danger de ne pas les réaliser suffisamment. Ne faisons-nous pas, en effet, continuellement l’expérience que, s’il s’agit de marcher dans la dépendance du Seigneur ici-bas et d’y représenter Christ, nous y manquons ? Combien cela est vrai ; combien cela m’humilie ! Mais Dieu va prendre soin de moi. L’apôtre dit : «Car nous qui vivons, nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle» (v. 11). «Livrés à la mort !» Ce n’est plus Paul qui se livre ; c’est Dieu qui le livre ! Comme il l’a dit en 1 Cor. 15:31 : «Je meurs chaque jour». Dieu a soin d’appliquer la sentence de mort à nos circonstances. Il faut que nous passions à travers les difficultés, le deuil, la mauvaise réputation, que nous soyons humiliés de toute manière, que nous soyons malades... que sais-je encore ? afin que la vie de Jésus soit manifestée en nous. Il y a, en cela, une grande différence entre nous et l’apôtre. Ce dernier ne traversait pas ces choses pour lui-même, mais pour ses chers Corinthiens. Comme nous l’avons vu, au chap. 1, consolé pour les autres, nous le voyons ici, un pauvre vase brisé pour les autres. Il pense si peu à lui-même qu’il se réjouit de traverser tout cela, afin que cette pure lumière de Christ, contenue dans le vase de terre, puisse être versée en d’autres pour les remplir de vie. Celui qui s’approchait de Paul, que voyait-il ? Le grand apôtre des gentils ? Non, mais un pauvre homme, extérieurement misérable, souffleté par Satan, portant sur son corps des stigmates qui le rendaient méprisable aux yeux des hommes, mais plus on considérait ce vase brisé, plus on recevait de son contenu, et ce contenu était Christ. Alors le coeur était rempli de reconnaissance et de joie !

Je voudrais encore faire une remarque sur les derniers versets de ce chapitre : «C’est pourquoi nous ne nous lassons point ; mais si même notre homme extérieur dépérit, toutefois l’homme intérieur est renouvelé de jour en jour» (v. 16). L’homme intérieur est toujours le nouvel homme (Éph. 3:16 ; 4:23) ; il est renouvelé par l’Esprit. Nous avons vu «la gloire de Dieu dans la face de Jésus Christ», puis Dieu travaillant dans son apôtre bien-aimé, pour que cette gloire aille au-dehors atteindre et remplir le coeur des saints. Maintenant nous apprenons que Dieu a amené l’apôtre, à travers toutes ces tribulations, pour le faire jouir lui-même de la gloire. Il veut que la gloire resplendisse aussi dans le coeur de son bien-aimé serviteur. Celui-ci met sur un plateau de la balance les tribulations, sur l’autre la gloire. Immédiatement la gloire descend de tout son poids jusqu’au fond du coeur de l’apôtre pour qu’il en ait l’entière jouissance. La tribulation a produit «un poids éternel de gloire» souverainement excellente. Le coeur de Paul n’est donc pas seulement occupé à manifester au-dehors la gloire de Christ, mais il en jouit pour lui-même «en mesure surabondante !» «Un poids éternel de gloire !» Je ne crois pas qu’on puisse employer des expressions plus fortes et plus absolues pour exprimer la jouissance actuelle de la gloire. L’apôtre ne regarde pas en avant vers un jour où il pourra en jouir dans la perfection. Elle remplit son coeur. Dans ce coeur auquel le monde ne peut rien offrir, qui est brisé de toutes manières, il n’y a pas de place pour autre chose. La gloire souverainement excellente s’en est emparée, personnifiée dans un homme glorieux dans le ciel !

Au chap. 5, l’apôtre montre qu’il aura la gloire pour son corps, mais il parle ici de la gloire actuelle pour son âme. Paul était un homme qui n’arrêtait pas, comme nous, ses yeux sur une quantité d’objets de distraction dans ce monde. Il nous suffit de traverser une rue pour en rencontrer mille. L’apôtre n’en avait pas. Il dit : «Nos regards n’étant pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas» (v. 18). Ce n’est pas avec les yeux du corps qu’on peut voir aujourd’hui les choses invisibles, mais avec les yeux de l’âme. Quand le Seigneur viendra, nous le verrons avec les yeux de nos corps glorifiés, capables de saisir tous les détails de sa gloire ; mais maintenant les yeux de la foi, de l’Esprit, pénètrent au-delà de cette sphère dans laquelle, pour le moment, nous avons à nous mouvoir ; au-delà des brouillards de la terre, ils voient les choses glorieuses qui sont dans le ciel, et vont se fixer sur Jésus.

Comme l’apôtre, nous pouvons, nous aussi, réaliser cela, et être remplis d’un poids éternel de gloire, si nos coeurs sont occupés de Lui seul !

6                    Chapitre 5:1 à 8

Arrivés au chap. 5, nous apprenons que, malgré toutes les choses merveilleuses dont les chapitres précédents nous ont entretenus, telles que contempler le Seigneur, être transformés à son image, communiquer sa vie au-dehors, jouir de ses gloires dans notre âme, il nous en manque encore une : c’est de Lui être conformes. Être conformes n’est pas la même chose qu’être transformés. Notre transformation se fait très lentement, comme celle des chrysalides qui semblent rester des mois dans le même état, quoique la transformation d’où sortira un jour le papillon complet, s’opère en secret. Pour lui être conformes, il faut que nous le voyions de nos propres yeux. C’est pourquoi l’apôtre aborde ici la question de notre corps. L’âme peut jouir du Seigneur, mais qu’adviendra-t-il du corps ? «Nous savons que si notre maison terrestre, qui n’est qu’une tente, est détruite, nous avons un édifice de la part de Dieu, une maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux» (v. 1). Dans toutes les épîtres, le mot «nous savons» indique la certitude chrétienne absolue ; mais je ne sais si le mot «nous avons» vous embarrasse, comme il m’embarrassait autrefois. L’apôtre présente le corps comme une tente qui est détruite, et l’on pourrait croire, d’après le mot «nous avons», que l’édifice, notre corps glorieux, nous est déjà préparé d’avance dans le ciel. Cela ne se peut pas, car nous entrerons dans le ciel avec le corps que nous possédions ici-bas, mais transformé en la conformité du corps de sa gloire (Phil. 3:21). J’ai compris depuis que ce passage fait allusion, d’un côté au tabernacle, de l’autre au temple. Le peuple d’Israël a eu pendant longtemps, même après son entrée en Canaan, comme «maison», la tente érigée par Moïse dans le désert. Cependant cette tente ne devait pas durer toujours. Quand Salomon édifia le temple, il y transporta tous les ustensiles du tabernacle, qui lui-même disparut ensuite. Tout ce qu’il contenait faisait désormais partie du temple. C’était la même maison, et cependant l’une était passagère et l’autre subsistait glorieuse. Malgré cela, le temple de Salomon était destiné à la terre ; il n’était qu’une image des choses célestes ; il était «de cette création», il était «fait de main» (Héb. 9:11). Nous avons aujourd’hui un tabernacle où Dieu habite, car notre corps est son temple ; mais, comme le tabernacle, ce corps peut être détruit. Seulement «nous savons», nous sommes absolument certains par la foi, que, s’il est détruit, il sera remplacé par une maison éternelle dans les cieux. Ce sera la même maison, mais elle ne sera pas de cette création. L’Esprit de Dieu y habitera en gloire, comme il habite aujourd’hui en faiblesse dans notre maison terrestre. L’apôtre se réjouit à la pensée que, si sa tente est détruite, sa maison future durera éternellement dans le ciel.

En fixant les yeux sur Jésus, l’apôtre voyait ce qui s’était passé pour le Seigneur et ce qui, par conséquent, devait se passer pour nous tous. «Détruisez ce temple», avait dit Jésus, «et en trois jours je le relèverai». Il était venu dans ce monde pour laisser sa vie et, par conséquent, l’homme pouvait la lui ôter. Le temple de son corps pouvait être détruit, mais il a pris en résurrection un corps glorieux. Ce corps qu’il habitait ici-bas, sans trace de péché, était un corps saint, mais n’était pas un corps glorieux : il l’est devenu par la résurrection. L’apôtre regarde au ciel, y voit Jésus dans son corps glorifié et peut dire : J’ai une maison, elle m’appartient, elle est dans les cieux. Un autre homme l’a déjà revêtue ; je la revêtirai donc aussi et cela remplit son coeur de joie. Il dit : «Car aussi, dans cette tente, nous gémissons». Cette maison terrestre est, en effet, un lieu où l’on entend bien des soupirs, où coulent bien des larmes, mais il ajoute : «désirant avec ardeur d’avoir revêtu notre domicile qui est du ciel». Il a affaire avec la destruction de la tente, il y gémit, mais la mort n’est pas du tout ce qu’il attend. Son désir est non pas d’être dépouillé, mais d’être revêtu, afin que ce qui est mortel soit absorbé par la vie. Il attend le Seigneur Jésus dont la venue, tout en ressuscitant les saints endormis, transformera nos corps mortels, à nous qui vivons, sans que nous ayons à passer par la mort. C’était là le désir de l’apôtre. Sans que sa maison terrestre eût besoin d’être détruite, il désirait être tel que Christ, auprès de Lui, éternellement avec Lui. Cette espérance positive et actuelle ne lui fait cependant pas perdre de vue que le temps de déposer sa tente peut être proche. Il dit : Serait-ce, dans ce cas, une perte pour moi ? Loin de là ; «nous avons...  toujours confiance, et nous savons qu’étant présents dans le corps, nous sommes absents du Seigneur». C’est cela qui est une perte ! aussi il ajoute : «Nous avons... de la confiance, et nous aimons mieux être absents du corps et présents avec le Seigneur». C’est l’état de l’âme séparée du corps. S’il faut mourir, il sera présent avec le Seigneur. Que va-t-il choisir ? Il ne choisit pas. Il est content de marcher par la foi, non par la vue. Il y a une chose qu’il «aime mieux», mais ce qu’il «désire avec ardeur», c’est d’être revêtu. La même alternative se présente devant lui dans l’épître aux Philippiens (chap. 1) : s’il faut que je reste, c’est Christ, et il vaut bien la peine de le servir ; mais mourir est un gain ; mon désir est donc de déloger et d’être avec Christ, ce qui est beaucoup meilleur.

L’apôtre se trouve donc ici devant trois possibilités : voir sa tente détruite et ressusciter immédiatement pour obtenir une maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux ; revêtir, à la venue du Seigneur, son domicile qui est du ciel, sans passer par la mort ; quitter cette tente et être absent du corps, dans un état qui n’est pas la perfection, mais être présent avec le Seigneur. Même cette troisième solution lui suffit, et il peut dire : «Cela est de beaucoup meilleur».

Si, faisant un retour sur nous-mêmes, nous nous demandons comment notre âme se comporte vis-à-vis de ces trois éventualités, que répondrons-nous ? Disons-nous, devant la possibilité de la mort : Je suis parfaitement heureux de pouvoir échanger cette pauvre maison contre une maison glorieuse que je connais bien, puisque mon Sauveur l’a revêtue ? Disons-nous peut-être : J’attends le Seigneur d’un moment à l’autre ? Dieu ne m’a pas formé pour mourir, mais il m’a «formé à cela même», c’est-à-dire à être revêtu, afin que ce qui est mortel soit absorbé par la vie, et j’ai déjà son Esprit comme arrhes de mon espérance (v. 4, 5). — Disons-nous enfin, quand la mort se présente à nous avec la pensée d’une résurrection plus ou moins retardée, que nous aimons mieux être absents du corps et présents avec le Seigneur ? D’où vient, chers amis, que nous réalisons si peu ces choses ? Nous pouvons le voir dans tout ce passage : de ce que la personne du Seigneur Jésus n’a pas pour nous la valeur qu’elle doit avoir, la valeur qu’elle avait pour l’apôtre Paul. Christ était l’espérance journalière de son âme : son coeur n’était occupé que de Lui ; il n’avait dans ce monde aucun autre objet qui puisse l’attirer. Pour lui, vivre c’était Christ, et son coeur n’avait pas de place pour y loger autre chose.

Tressaillons-nous de joie à la pensée que, d’un moment à l’autre, le Seigneur peut venir, mais aussi qu’il peut nous appeler à déposer notre tente, pour aller attendre auprès de Lui la perfection dans laquelle lui-même est entré et dans laquelle nous serons ses compagnons, éternellement ?

7                    Chapitre 5:10-15

Selon une remarque faite par d’autres, ce chapitre est le seul, dans le Nouveau Testament, où le mot «nous» soit employé indistinctement pour tous les hommes, tandis qu’il s’applique, partout ailleurs, aux croyants seuls. Il faut donc distinguer dans ce chapitre quelle attitude ont croyants ou non-croyants, devant les grands faits qui concernent indistinctement tous les hommes : le péché, la mort, le jugement. Cette constatation est de la plus grande importance pour la prédication de l’Évangile.

Nous avons vu, au commencement de ce chapitre, que tous les hommes devront paraître devant Dieu. L’apôtre le désirait pour lui-même ; non pas qu’il désire être dépouillé de son corps, tout en admettant que cela puisse avoir lieu, mais il désirait être revêtu de son corps glorieux. Que le Seigneur doive venir, alors que lui, l’apôtre, serait couché dans le sépulcre, ou alors qu’il serait encore vivant dans ce monde, ce qu’il attendait, c’était d’être revêtu d’un corps glorieux pour se présenter devant Dieu. Mais il montre en même temps qu’il faut que tous les hommes ressuscitent : «Si toutefois», dit-il, «même en étant vêtus, nous ne sommes pas trouvés nus» (v. 3). Tous devront se présenter corporellement devant Dieu, mais les uns seront revêtus d’un corps glorieux, les autres simplement vêtus d’un corps ressuscité ; les premiers ont part à la première résurrection ; la résurrection des seconds, qui aura lieu beaucoup plus tard, est appelée la seconde mort. On peut être vêtu d’un corps ressuscité et pourtant être trouvé nu devant Dieu, c’est-à-dire dans un état où le jugement de Dieu doit nécessairement atteindre les hommes. Quand Adam, après la chute, croyait s’être vêtu, il se trouve nu devant Dieu, et ce fut sa condamnation. Il en est toujours ainsi : l’homme trouvé nu devant Dieu doit subir sa peine ; c’est pourquoi Dieu, voulant sauver Adam, le revêtit lui-même de peaux de bêtes sacrifiées. Les croyants, quand ils se présenteront devant Dieu, seront non seulement vêtus d’un corps ressuscité, car ce dernier ne pourrait les garantir, mais revêtus d’un corps glorieux, pareil à celui de leur Sauveur, revêtus de la gloire qui Lui appartient, revêtus de la justice de Dieu lui-même. Comment Dieu pourrait-il ne pas nous recevoir en sa présence, revêtus de toutes les qualités glorieuses qui sont la part de son Bien-aimé ? Il faudrait pour cela qu’il rejette Christ lui-même !

Dans ce que nous avons lu aujourd’hui, nous trouvons une seconde vérité qui concerne à la fois les croyants et les non-croyants : «Il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal» (v. 10). Comme il y a deux résurrections, il y a aussi deux comparutions devant le tribunal du Christ. S’il s’agit de la résurrection des méchants, appelés les morts, nous apprenons qu’ils seront vêtus d’un corps ressuscité, afin de paraître devant le «grand trône blanc», érigé quand il n’est plus trouvé de lieu, ni pour la terre, ni pour le ciel (Apoc. 20:11-15). Ce trône est pour eux le tribunal de Christ. C’est là que le Seigneur Jésus est assis pour juger, car il est dit de Lui que Dieu l’a établi juge, non seulement des vivants, mais aussi des morts. Or, tout ressuscités qu’ils soient, ces hommes sont des morts. Devant ce tribunal les livres sont ouverts, le livre de vie d’un côté, le livre des responsabilités de l’autre. Pas un seul mot ne sort de la bouche de ceux qui se tiennent devant ce tribunal. Ils sont jugés d’après leurs oeuvres, s’ils ne sont pas trouvés écrits dans le livre de vie.

Il y a une seconde face du tribunal qui a trait d’une manière exclusive aux enfants de Dieu. «Il nous faut tous être manifestés devant le tribunal du Christ». Il arrivera un moment, pour nous, chrétiens, où tout ce que nous avons été ou fait sera mis en pleine lumière devant le tribunal du Christ, en la présence de Dieu, et où rien, absolument, ne sera caché. Mon histoire tout entière, depuis le commencement, jusqu’au moment où il plaira à Dieu de me rappeler à Lui, sera mise au jour. Combien de fois nous entendons des chrétiens nous dire : Faudra-t-il donc que mes péchés passés, dont je me suis repenti, soient mis en lumière devant le tribunal ? Oui, chers amis, nous devons tous être manifestés dans cette lumière parfaite ! Pourquoi les chrétiens craignent-ils une telle comparution ? Ils pensent au moment où tous les yeux verront se dérouler leur histoire du commencement à la fin, toutes leurs fautes cachées, toutes les choses blâmables ou odieuses de leur carrière ici-bas, dont peut-être même leurs intimes n’avaient jamais eu connaissance ! Il est parfaitement vrai qu’il en sera ainsi. Tous les regards des saintes myriades seront arrêtés sur ma vie passée et la connaîtront dans ses moindres détails. Mais il est une chose beaucoup plus sérieuse encore que celle-là, à laquelle ces chrétiens pensent peu ; c’est que, sous les yeux de Dieu, tout ce qu’ils ont fait sera mis en pleine lumière et qu’ils seront manifestés devant le tribunal du Christ !

Dans quelle qualité y serai-je manifesté ? Nous avons déjà vu que les hommes, manifestés comme pécheurs devant ce tribunal, devront porter la conséquence de leurs oeuvres. Nous, chrétiens, nous y serons manifestés dans le même caractère que le Juge, revêtus de toutes ses perfections dans un corps ressuscité en gloire. Nous ne craindrons pas la lumière portée sur toute notre vie passée, car nous savons déjà que la grâce de Dieu a trouvé moyen, à travers toutes nos misères, de se glorifier elle-même, de faire sortir sa gloire, même de nos péchés, tout en nous en faisant porter la discipline ou le châtiment dans ce monde, mais pour nous amener finalement là où il voulait nous avoir, dans la gloire de Christ. Voilà, chers amis, ce qui me rend heureux à la pensée du tribunal. Si ma vie n’y était pas montrée dans tous ses détails, la grâce de Dieu qui a réussi, malgré tout, à m’amener dans la gloire, cette grâce ne serait pas pleinement révélée. Cela soutient le coeur. Au lieu de craindre que mes misères ne soient mises en lumière, je pense que Christ a été glorifié en dépit de tous mes manquements, et comment ne m’en réjouirais-je pas ? Si la grâce de Dieu n’avait pas été là, tout le long de ma course, comment serais-je arrivé au salut et à la victoire finale ?

D’où vient qu’un chrétien a peur du tribunal de Christ ? De ce que sa conscience n’est pas à l’aise. Dans une conférence à laquelle j’assistais, le frère qui en avait la direction dit à voix basse, à quelques-uns de ceux qui l’entouraient : Je n’ai jamais vu un chrétien en mauvais état spirituel, qui n’ait des questions à soulever au sujet du tribunal de Christ. Dans le moment même, tout au bout de la salle, un ouvrier du Seigneur, dont l’état moral donnait des inquiétudes, appréhensions qui furent confirmées dans la suite, se leva et dit : Je voudrais poser une question au sujet du tribunal. Pensez-vous que les péchés commis par les chrétiens dans le cours de leur vie, reviennent tous en mémoire ? Il n’y eut pas de réponse ; celui qui posait la question donnait lui-même la réponse.

Nous trouvons ici, comme ailleurs, que chaque chrétien recevra, devant le tribunal, «les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal». Chacun recevra une récompense, ou éprouvera une perte, selon la manière dont il aura servi le Seigneur ici-bas. À celui qui marche mal, je ne puis pas dire : Tu seras sauvé quand même ! Je lui demande : Où sera ta couronne ? Quelle place occuperas-tu dans la gloire ? N’éprouveras-tu pas une perte ! Et quelle perte ! Il en sera ainsi de tout chrétien qui n’a pas marché à la hauteur de sa vocation. C’est pourquoi le Seigneur dit à Philadelphie : «Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne». La couronne accordée à la fidélité peut nous être ôtée et donnée à d’autres. C’est ce que signifient ces mots : «Recevoir les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal».

Si j’ai perdu ma couronne, si j’ai déshonoré Christ, ce sera à ma honte et à ma confusion, au moment où je réaliserai que je dois paraître devant le tribunal, mais, arrivé là, je serai le tout premier à déclarer que cette sentence est juste, à la gloire du Dieu saint et de son Christ. Je me console en pensant qu’à ce moment-là, si Dieu m’ôte ce que ma fidélité aurait pu acquérir et le donne à un autre, dont peut-être je n’appréciais que peu la piété, ce sera une chose juste qui glorifiera parfaitement le Seigneur.

Qu’ai-je donc à faire en vue du tribunal ? J’ai à réaliser d’un côté ce que dit l’apôtre : «Connaissant donc combien le Seigneur doit être craint» ; de l’autre : «Être manifesté à Dieu» (v. 11). Il nous faut nous tenir dès ici-bas dans la lumière de ce tribunal, et ne pas attendre d’être dans le ciel pour nous y présenter. C’est ce que nous trouvons ici. Paul passait sa vie dans la pleine lumière du tribunal du Christ. Sans se faire aucune illusion, il voyait et connaissait qu’il n’y avait point de bien en lui, c’est-à-dire en sa chair ; il se jugeait à fond et continuellement. N’ayant aucune confiance en lui-même, il ne s’appuyait sur quoi que ce soit qui soit en lui, mais il voulait une chose : «Être manifesté à Dieu» ; comme il est dit au Ps. 139 : «Connais-moi, sonde-moi». Il réalisait le tribunal ici-bas, et désirait savoir, avant de s’y présenter dans le ciel, s’il y avait au fond de son coeur quelque «voie de chagrin», afin d’être conduit «dans la voie éternelle». Son âme se trouvait continuellement en la présence de Dieu et voulait être connue de Lui, ne désirant qu’une chose, c’est que Dieu continue à la tenir, à chaque instant, sous la pleine lumière de sa face, afin de lui faire découvrir tout ce qui aurait pu être un piège et l’éloigner de Dieu, tout ce qui aurait pu lui faire perdre la récompense du témoignage chrétien. Et remarquez ceci : l’apôtre pouvait se rendre ce témoignage : «Nous avons été manifestés à Dieu, et j’espère aussi que nous avons été manifestés dans vos consciences». Nous ne désirons rien vous cacher, pas plus que nous n’avons rien de caché pour Dieu.

Est-ce le cas pour nous ? Vivons-nous devant Dieu et devant les hommes de manière à ne rien cacher, ni à l’Un, ni aux autres ? L’apôtre faisait cela ; il sentait tout le sérieux du tribunal du Christ, mais cette pensée le laissait parfaitement heureux et tranquille, et au moment d’achever sa course, il pouvait dire en toute assurance : «Désormais m’est réservée la couronne de justice» (2 Tim. 4:6-8).

Il revient maintenant au sujet de son ministère. Qu’est-ce que la pensée du tribunal a produit sur Paul comme ministre de Christ ? S’il est sans crainte pour lui-même, il sait que c’est une chose terrible pour les pécheurs d’avoir à paraître devant le trône du jugement. Cette pensée le pousse à employer toute la puissance de persuasion que Dieu lui a donnée, pour montrer aux hommes combien le Seigneur doit être craint, et les engager à ne pas remettre à plus tard la comparution devant Dieu. Mais ce n’est pas tout que la crainte ; il ajoute au v. 14 : «Car l’amour du Christ nous étreint». La crainte du Seigneur, l’amour du Christ, tels sont les deux grands motifs pour celui qui présente l’Évangile. Nous pouvons parler de cet amour puisque nous en sommes les objets, et de cette crainte puisque nous la connaissons nous-mêmes. Seulement pour nous, la crainte n’est pas la peur de rencontrer le Dieu juste, mais la crainte de lui déplaire ou de le déshonorer.

Si le résultat du tribunal était produit actuellement dans nos âmes, combien nous serions poussés à nous adresser aux hommes pour leur dire : «Fuyez la colère à venir !» Dieu nous a appris à nous-mêmes à la fuir et nous en a délivrés. Faites comme nous, apprenez, pendant qu’il en est temps encore, à vous juger vous-mêmes, afin que vous ne soyez pas livrés au jugement. L’apôtre parlait ainsi ; il persuadait les hommes. L’amour de Christ le pressait, sans repos ni trêve. Toute sa vie s’est passée à s’adresser aux pécheurs dans ce monde, afin de les amener à recevoir le salut gratuit que Dieu leur offrait par Christ.

«L’amour du Christ nous étreint», dit-il «en ce que nous avons jugé ceci, que si un est mort pour tous, tous donc sont morts, et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui, pour eux, est mort et a été ressuscité» (v. 15). Nous trouvons ici de nouveau les croyants et les non-croyants compris dans la même catégorie. Si Christ est mort pour tous, convertis et inconvertis, c’est la preuve que tous sont morts. Si un seul homme avait pu être excepté de cette mort morale de tous les hommes, Christ n’aurait pas dû mourir pour tous. En est-il qui soient sortis de cette mort morale ? Oui : ceux qui ont accepté, par la foi, le sacrifice de Christ, ceux-là vivent, Mais si le Seigneur est mort pour tous, pourquoi tous ne vivent-ils pas ? Quel est donc l’obstacle qui s’oppose au salut de tous les hommes ? Le seul et unique obstacle est la volonté de l’homme !

La vie chrétienne consiste, chers amis, à ne plus vivre pour soi-même. Si elle est bien comprise, l’égoïsme du coeur naturel de l’homme pécheur n’y a plus de place. Le but de Dieu, en nous donnant la vie éternelle par la foi en Christ, c’est que nous ne vivions plus pour nous-mêmes. Dieu nous a donné, dans la personne de Christ, un objet pour nos coeurs : «Celui qui pour nous est mort et a été ressuscité». Ne vaut-il pas la peine de vivre pour cet homme-là ?

8                    Chapitre 5:13 à 21

Nous avons vu, l’autre jour, quelle est l’attitude du monde d’un côté, des chrétiens de l’autre, vis à-vis de ces trois choses : le péché, la mort, et le jugement. Quand le pécheur est placé devant ces trois questions, son état est absolument désespéré et il n’a rien à attendre qu’une misère éternelle. Il en est tout autrement du chrétien : Où sont ses péchés ? Disparus ! la question du péché ayant été réglée pour lui à la croix, où Christ a été fait péché à notre place. S’agit-il de la mort, elle est pour nous l’antichambre de la résurrection, ou mieux encore ! la mort est comme un accident sur notre chemin, car c’est la résurrection qui est la réalité. L’apôtre savait ces choses : «Ô mort», dit-il, «où est ton aiguillon ; ô sépulcre, où est ta victoire ?» La puissance de la mort est aussi complètement abolie pour nous que la puissance du péché. Reste encore le jugement : Le tribunal de Christ est une chose infiniment bénie pour le chrétien qui sait que la grâce l’a suivi dès ses premiers pas, pour l’amener enfin devant ce tribunal. Là, tout ce qu’il a fait, dans ses plus petits détails, est placé comme un tableau devant les yeux des saints glorifiés, devant les yeux des anges, devant les yeux de Dieu, devant les yeux de Christ. Dieu met tout en pleine lumière, non pas pour nous faire porter le jugement de nos fautes, mais pour glorifier sa grâce. Cependant il est une autre chose que nous n’avons garde d’oublier : Notre conduite dans ce monde aura des effets éternels quand nous serons dans la gloire ; non pas pour notre condamnation, mais parce que le tribunal de Christ est le lieu des couronnes et des récompenses. L’apôtre savait, au bout de sa longue carrière, qu’il avait une récompense, car il dit : «Désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, juste juge, me donnera dans ce jour-là» (2 Tim. 4:8). Sans doute, nous ne sommes pas appelés à servir le Seigneur comme des mercenaires, en vue d’une récompense, mais à Lui être agréables dans toute notre conduite, en sorte que, devant son tribunal, nous puissions entendre ces paroles de Sa bouche : «Bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur», au lieu d’entendre ces paroles : Tu as été infidèle ; je t’avais préparé une couronne ; je ne puis te la donner ; je la donne à un autre, et toi, tu en seras privé.

L’apôtre Paul était certain d’avoir une belle couronne de gloire : tous ceux qu’il avait amenés à Christ devaient la former. D’autres chrétiens qui ont vécu pour eux-mêmes, ou pour le monde, s’accommodant à ses pensées, à ses plans, à sa conduite, au lieu de songer aux âmes avec lesquelles le Seigneur les a mis en rapport, quelle couronne pourront-ils obtenir dans la gloire ? Aussi le Seigneur se sert-il de cette perspective pour nous encourager ou nous rendre sérieux. Ce n’est pas tout de savoir que le tribunal de Christ n’est pas un lieu de condamnation éternelle ; il est solennel de penser qu’à la fin de notre carrière terrestre, nous pourrions paraître devant le tribunal sans recevoir aucun témoignage de satisfaction de notre bien-aimé Sauveur au sujet de ce que nous avons fait pour Lui.

Après cette récapitulation, considérons le passage que nous avons lu aujourd’hui : «Si nous sommes hors de nous-mêmes, c’est pour Dieu ; si nous sommes de sens rassis, c’est pour vous» (v. 13). Je vous étonnerai peut-être en disant que ceci devrait nous caractériser. Non pas que nous soyons appelés à être «hors de nous-mêmes», comme l’apôtre Paul ; Dieu lui donnait cet encouragement au milieu de sa carrière si laborieuse et semée de tant de difficultés ; mais nous avons ici l’exemple d’un homme chez lequel le moi, l’égoïsme du coeur naturel ne jouait aucun rôle.

Qu’il ait été en extase, ce n’était pas pour lui, mais pour Dieu ; qu’il ait été de sens rassis, ce n’était pas pour lui, mais pour ses enfants dans la foi. Ainsi la vie de l’apôtre était partagée entre Dieu qu’il pouvait visiter dans le ciel et ses chers Corinthiens, ne pensant qu’à eux, quand il était de sens rassis. Comment une chose pareille pouvait-elle avoir lieu ? L’amour de Christ l’étreignait et s’était emparé de lui. Telle était la cause et le ressort de toute cette vie. Mais deux motifs remplissaient le coeur de Paul quant à son attitude envers le monde. Quand il pensait au tribunal, il pensait d’abord aux hommes. Que leur adviendra-t-il, quand ils devront se présenter devant le trône du jugement ? Il savait combien le Seigneur doit être craint et quel effet la présence du Dieu juste et saint exercera sur les pécheurs. Alors il leur dit : Prenez garde au tribunal ! Mais il avait, d’autre part, à leur parler d’un amour qu’il connaissait fort bien, car il savait quel était l’amour de Christ à son égard.

Toute la fin de ce chapitre continue le grand sujet du ministère. Dans les chapitres précédents, nous avons vu le ministère s’exerçant par l’apôtre Paul en faveur du peuple de Dieu, mais tel n’est pas son seul caractère. Ici, le ministère va au-dehors, vers le monde, et dit aux hommes ces deux paroles : Prenez garde au jugement de Dieu ; c’est une chose sérieuse et dont les conséquences sont éternelles. Ouvrez les yeux et les oreilles pour voir et entendre ce qu’est l’amour de Christ. «L’amour du Christ nous étreint !» Ce n’était pas son amour pour Christ qui remplissait son coeur, mais l’amour de Christ lui-même. Mon amour pour Christ est un sentiment si incomplet qu’il ne remplira jamais mon coeur. Plus nous avançons dans la vie chrétienne, plus nous voyons combien est restreinte notre affection pour Lui, comparée à son amour qui s’est montré à la croix, se montre chaque jour dans ses soins de Berger et de Sacrificateur, et se montrera dans l’avenir quand il aura son couronnement dans la gloire où nous serons avec Lui et tels que Lui pour toujours.

«L’amour du Christ nous étreint, en ce que nous avons jugé ceci, que si un est mort pour tous, tous donc sont morts». Telle est, en un mot, la base et comme l’assise de tout l’Évangile. Tous sont morts aux yeux de Dieu (car, à nos propres yeux, nous ne le sommes jamais), et cela est prouvé par le fait que le Seigneur Jésus est venu mourir pour tous. Il n’y a pas une étincelle de la vie de Dieu dans le coeur de l’homme pécheur ; il est mort. Mais Christ est venu se soumettre à la mort pour tous, et, en ressuscitant d’entre les morts, il nous a frayé le chemin de la vie, nous donnant sa propre place dans une vie nouvelle, dans une vie de résurrection, «afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui, pour eux, est mort et a été ressuscité». Permettez-moi de revenir sur cette pensée qui nous a déjà occupés l’autre soir. Comment allons-nous désormais passer notre vie nouvelle ici-bas ? Qu’en ferons-nous ? Remarquez, chers amis, que nous trouvons ici la caractéristique absolue du chrétien, selon les pensées de Dieu. Ne plus vivre pour soi-même, mais pour Christ ! L’homme pécheur peut-il faire cela ? Jamais. Lisez en Osée 10:1 : «Israël est une vigne branchue ; il porte du fruit pour lui-même». Voilà l’homme. Dans un autre passage, il est dit : «Vous chantez au son du luth, et inventez, comme David, à votre usage, des instruments pour le chant» (Amos 6:5). Le prophète évoque David, le grand inventeur des instruments pour accompagner les louanges de l’Éternel. L’homme peut inventer aussi bien que David des instruments pour le chant, mais il s’en sert pour lui-même.

Voulons-nous porter ce caractère ? Nos consciences ne nous disent-elles pas, qu’étant les objets d’un tel amour, nous devons tout sacrifier pour Christ et ne plus vivre désormais pour nous-mêmes ? N’est-il pas vrai que chacun de nous peut s’appliquer cette parole ? Si, parmi nous, j’exhorte mes frères et mes soeurs à le faire, soyez certains que je m’exhorte moi-même et ne me reconnais aucun droit quelconque de m’offrir en exemple à d’autres. Et cependant vous trouverez de tels exemples dans ce monde. Combien j’en connais, de chrétiens très simples et très dévoués auxquels Dieu a rendu témoignage qu’ils n’avaient pas vécu pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et a été ressuscité !

Il est bon que nous nous arrêtions un peu pour faire tous, sans exception, notre examen de conscience dans la lumière de la présence du Seigneur. Avons-nous compris dans quel but il est mort et ressuscité pour nous, dans quel but il nous a communiqué une vie nouvelle, capable d’aimer, de se dévouer, de Le servir ? Nous avons besoin qu’il nous y exhorte, car il sait fort bien ce que sont nos coeurs faibles et légers. N’oublions pas ces paroles : «Afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui, pour eux, est mort et a été ressuscité».

9                    Chapitre 5:14-21

Comme nous l’avons fait remarquer, le chap. 5 nous présente un nouveau côté du ministère, l’évangélisation. Si quelque passage du Nouveau Testament peut nous éclairer sur l’immense importance de la prédication de l’Évangile, c’est bien ce passage-ci. Nous avons vu aussi que la question de la mort est comme l’assise même de l’Évangile. On ne peut annoncer un salut complet dans toute sa force et dans toute sa puissance, sans présenter ce qui lui sert de point de départ, la mort morale du pécheur perdu, et c’est en quoi l’évangélisation actuelle manque si gravement. Si je parle de la grâce de Dieu en Christ, sans établir ce grand fait, qu’aux yeux de Dieu l’homme est entièrement mort dans ses fautes et dans ses péchés, j’affaiblis le ressort de l’Évangile lui-même. On peut avoir reçu la vérité qu’on est un pécheur et qu’on a besoin de pardon, tout en ayant un évangile très incomplet. Certes, je ne dis pas qu’une âme ne soit sauvée de cette manière — toute âme qui a reçu le pardon de ses péchés est sauvée — mais elle est encore loin de la réalité de l’Évangile tel qu’il était prêché par l’apôtre Paul. Comme nous l’avons vu, si la base de l’Évangile est la ruine irrémédiable de l’homme, la source de tout, c’est l’amour de Dieu en Christ. L’apôtre connaissait cet amour merveilleux et son âme l’avait saisi, compris de telle manière, qu’il était pressé d’aller en parler aux hommes. Il joignait ensemble ces deux grandes vérités de l’Évangile, la mort et l’amour : «Si un est mort pour tous, tous donc sont morts». La preuve était donnée qu’il n’y a dans l’âme d’aucun pécheur aucune étincelle de la vie de Dieu, mais que Son amour a trouvé moyen de nous substituer à tous un seul homme, venu pour se placer dans la position où nous étions et en porter toutes les conséquences. Il est donc mort. Pour qui ? Pour tous. Son amour l’a fait descendre là et se substituer à nous sous la sentence de mort. Mais Dieu ne pouvait laisser dans la mort son Fils bien-aimé, auquel cette oeuvre avait tout coûté, même sa propre vie. Alors, comme Dieu l’avait donné pour nous, il le ressuscite pour nous : «Celui qui pour vous est mort et a été ressuscité». Je sais maintenant que je possède une vie nouvelle, une vie de résurrection, parce que Christ est ressuscité pour moi, comme je sais que j’étais mort dans mes fautes et dans mes péchés, parce que Christ est mort pour moi — non pas, remarquez-le, que je me sente mort ; au contraire, je me sens très vivant — mais la vue de Christ m’a appris ce que j’étais et ce que je suis devenu en vertu de son oeuvre. Telle est la substance de l’Évangile. Il nous montre que l’amour de Dieu a placé son Fils bien-aimé là où nous étions et que ce même amour a ressuscité notre Substitut, lui donnant une vie de résurrection, afin que des êtres tels que nous puissent posséder cette vie. Et maintenant l’apôtre ajoute : «Afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes». Nous avons déjà beaucoup insisté sur cette vérité. Du moment que j’ai compris toute la valeur de l’oeuvre de Christ, je suis introduit dans une sphère dont l’égoïsme est exclu. L’homme pécheur se fait toujours centre. On l’a souvent comparé à une pierre qu’on jette dans l’eau ; des cercles se forment autour d’elle, toujours plus étendus, toujours plus éloignés, mais la pierre en reste le centre. Lorsque, recevant une vie nouvelle j’ai été délivré de cet état, j’ai trouvé un tout autre centre que moi-même, un objet qui est Christ. C’est ce qui caractérise, pour ainsi dire, s’il réalise son christianisme, le chrétien idéal aux yeux de Dieu : un homme sorti de lui-même, ayant trouvé pour son coeur un objet en dehors de lui, un autre centre, autour duquel toutes ses pensées peuvent converger désormais. Dans l’épître aux Galates, l’apôtre s’exprime ainsi : «Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi, et ce que je vis dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi». Le chrétien a trouvé un objet digne d’occuper tout son coeur, Jésus qui lui a révélé l’amour, et avec quelle joie il est délivré de lui-même pour Lui appartenir !

Ces pensées sur lesquelles nous ne pouvons trop revenir nous amènent aux versets que nous avons lus aujourd’hui : «En sorte que nous, désormais, nous ne connaissons personne selon la chair». Un changement complet s’est opéré dans ma vie. Je suis introduit dans de toutes nouvelles relations, ou, pour parler plus exactement, les relations dans lesquelles je me trouvais ont pris un tout nouveau caractère. Le christianisme ne m’a pas sorti de mes anciennes relations selon la nature, entre enfant et père, entre mari et femme, etc., mais elles ont entièrement changé de caractère, en sorte que je puis dire : «Nous ne connaissons personne selon la chair». Vous trouvez dans l’épître aux Éphésiens : «Enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur». C’est en cela que le caractère de la relation est autre. Il est important que nous nous en rendions compte. Nos relations, non pas seulement celles de famille, car il est tout simple que celles de la famille chrétienne soient autres que celles de la famille mondaine ; — mais nos relations journalières avec les hommes dans le monde ont complètement changé, Comment les considérons-nous ? Pouvons-nous dire : «Je ne connais personne selon la chair ?» Est-ce que les liens n’existent plus, tels qu’ils étaient jadis, parce que nous ne les connaissons maintenant que dans la lumière de Christ ? Et, quand nous avons affaire à nos amis d’autrefois, disons-nous, comme l’apôtre : «L’amour de Christ nous étreint» ? Il parle précisément dans ce passage de ses rapports avec les hommes. Ayant jugé qu’ils sont morts, comme nous l’étions, nous pouvons leur présenter la vérité de l’Évangile, par lequel nous avons reçu une vie nouvelle.

L’apôtre ajoute : «Si même nous avons connu Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi». Remarquez ce mot «maintenant». Auparavant, les disciples juifs avaient connu Christ selon la chair. Il était le Messie, le Roi promis, venu dans ce monde pour être présenté à son peuple selon la chair. Mais il avait été rejeté et l’apôtre ne le connaissait plus comme objet de l’espérance juive. Il en était de même pour ses relations avec ceux de sa nation, «ses parents selon la chair», quoiqu’il ait aimé tendrement ce peuple, mais il ne les connaissait plus ainsi. «En sorte que si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création». Être en Christ : tout le secret du changement qui s’est opéré est . Je ne suis plus en Adam, mais en Christ ! Une nouvelle création, fondée sur une vie toute nouvelle, par la résurrection de Christ d’entre les morts : «Les choses vieilles sont passées ; voici, toutes choses sont faites nouvelles». Est-ce vraiment le cas pour nous en pratique ? Est-ce que, dans toutes nos relations avec le monde qui nous entoure, nous nous considérons comme n’étant pas dans la chair et comme appartenant à un tout nouvel ordre de choses ? «Toutes choses sont faites nouvelles» ; la scène dans laquelle je vis désormais n’est pas le monde. Je suis dans le monde, mais je n’y appartiens pas ; je suis introduit dans une autre scène ; ma vie n’est plus celle de l’ancienne création. Sans doute, comme tous les hommes, j’ai mon intelligence, mon âme, mon activité sur la terre, mais en Christ les choses vieilles sont passées ; le chrétien n’est plus un homme animal, mais un homme spirituel. Nos affections, où sont-elles ? Hélas ! chers amis, en pratique je montre la plupart du temps que les choses vieilles ne sont pas passées, et cela m’humilie ; mais je parle de la position que Dieu nous a donnée pour nous élever au-dessus des misérables pensées qui nous rabaissent au niveau des choses terrestres. Nos pensées sont-elles aux choses d’en haut ? Nos désirs n’ont-ils rien à faire avec les choses de la terre ? Notre espérance est-elle tout entière dirigée vers le moment béni où nous serons avec le Seigneur ? «Toutes choses sont faites nouvelles, et toutes sont du Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Jésus Christ». Nous devons être humiliés de voir que Dieu, nous ayant donné une telle position, nous la connaissons à peine. L’apôtre, lui, pouvait dire : «Je connais un homme en Christ» ; les choses vieilles sont passées, toutes choses sont faites nouvelles. Ma vie n’appartient plus à ce monde ; mon espérance n’a rien à faire avec les espérances terrestres, mais avec le ciel.

Il ajoute : «Toutes choses sont du Dieu qui nous a réconciliés avec Lui-même par Jésus Christ». Remarquez cette parole qui revient si souvent dans ce passage et nous donne la signification la plus élevée du contenu de l’Évangile : la réconciliation. Ce n’est pas tout, avons-nous déjà dit, que d’avoir le pardon de ses péchés. Une âme qui l’a reçu est délivrée du poids qui pesait sur elle ; elle sait que le Sauveur a expié ses péchés et que Dieu ne s’en souvient plus, mais ce n’est pas tout l’Évangile. Dieu «l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui». La délivrance du péché est une chose infiniment heureuse et bénie. Dieu me déclare juste, absolument juste, de sa propre justice, parce qu’il me voit sans péché en Christ. Cela conduit à la réconciliation. Qui dit réconciliation, dit des relations toutes nouvelles entre nous et Dieu. Le péché nous avait éloignés de Lui ; il y avait séparation complète entre nous et Lui. Maintenant Dieu a trouvé moyen d’abolir cette scission, de manière qu’il n’y ait plus rien qui nous sépare. Dieu m’ayant justifié m’associe avec Lui. Prenez un exemple dans les affaires. Un homme a trompé la confiance de son protecteur et l’a profondément blessé et compromis. La faillite du coupable en est la conséquence. Le protecteur examine les comptes, enregistre les faux... et paie les dettes. Il pourrait dire : Je paie tes dettes, mais désormais je n’aurai plus de relations avec toi. Au lieu de cela, il le justifie et le réhabilite et, pour prouver l’étendue de cette réhabilitation, il l’associe avec lui. Le coupable de jadis a désormais les mêmes affaires, les mêmes intérêts, les mêmes relations que celui qu’il avait jadis grièvement offensé. Il n’y a plus aucune différence entre eux, la communion est complète. Telle est la grande oeuvre que Dieu a faite pour nous : le résultat de l’oeuvre de Christ n’est pas seulement de nous acquérir le pardon et de nous justifier, mais de nous réconcilier avec Dieu, de rétablir les relations que nous, coupables, nous avions rompues, de nous donner les mêmes intérêts, les mêmes objets qu’à Dieu lui-même, de nous associer à Lui, dès maintenant et pour l’éternité !

Ces relations ne pouvaient être rétablies que par Jésus Christ : «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation» (v. 19). Tel était le caractère de Dieu quand Jésus s’est présenté au milieu des hommes. Le monde n’a pas accepté cette invitation ; au contraire, il s’est débarrassé de Celui dans lequel Dieu lui-même était, pour réconcilier le monde avec Lui. — Mais, en son absence, Dieu envoie des ambassadeurs dans la personne de ses ministres : «Nous sommes donc ambassadeurs pour Christ — Dieu, pour ainsi dire, exhortant par notre moyen ; nous supplions pour Christ : Soyez réconciliés avec Dieu !» (v. 20). Cette réconciliation n’est plus à faire, comme quand Dieu était en Christ, dans ce monde ; elle est faite ; le fondement en est posé à la croix, où Celui qui n’a pas connu le péché a été fait péché pour nous. Tel est le message de l’ambassadeur. Vous pouvez venir maintenant en toute confiance : Soyez réconciliés avec Dieu. Il a fait son propre Fils péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en Lui ! (Rom. 5:10, 11 ; Col. 1:21, 22).

Si nous avons été les objets d’un tel amour et d’une telle réconciliation, ne devons-nous pas aller auprès du monde pour l’annoncer ? Ce n’est pas seulement par les apôtres que cette bonne nouvelle a été proclamée dans ce monde ; les évangélistes la publient ; mais souvenons-nous bien que ce service incombe aussi à chacun de nous. Souvent Dieu amène sur notre chemin une seule âme pour qu’elle reçoive le message de la réconciliation. N’oublions pas que cette âme est destinée à faire partie de notre «couronne de gloire devant notre Seigneur Jésus, à sa venue» (1 Thess. 2:19).

10               Chapitre 6:1 à 10

Le chap. 5 nous a entretenus de l’évangélisation, un côté du ministère qui s’adresse à tous les hommes ; le passage du chap. 6 que nous venons de lire nous montre que ce même Évangile contient une exhortation toute particulière aux nations. C’est pourquoi l’apôtre dit : «Travaillant à cette même oeuvre, nous aussi, nous exhortons à ce que vous n’ayez pas reçu la grâce de Dieu en vain». Ce passage, mal compris, embarrasse souvent les âmes. Les uns veulent y voir que le chrétien peut perdre son salut après l’avoir reçu ; d’autres cherchent à prouver que recevoir la grâce de Dieu en vain n’est pas la perte absolue de la grâce pour celui qui l’a reçue. Les uns comme les autres ont tort. De fait, «recevoir la grâce de Dieu en vain» ne peut signifier qu’une chose, c’est-à-dire perdre tout le bénéfice de cette grâce. Jamais Dieu n’affaiblit la responsabilité de l’homme et même du chrétien, ou ne l’atténue par la pensée de la grâce ; mais, d’autre part, la grâce seule peut nous sauver des conséquences de notre faillite quant à notre responsabilité. Dès le commencement de l’histoire de l’homme, ces deux principes sont maintenus parallèlement dans toute leur rigueur. Adam responsable, trouvé nu devant Dieu, meurt et subit la conséquence de sa désobéissance ; et la grâce revêt ce même Adam et l’introduit dans la vie, là où sa désobéissance l’avait introduit dans la mort.

Le passage suivant est une parenthèse : «Car il dit : Au temps agréé je t’ai exaucé, et en un jour de salut je t’ai secouru. Voici, c’est maintenant le temps agréable ; voici, c’est maintenant le jour du salut» (v. 2). Ce passage est tiré du chap. 49 d’Ésaïe, dont les trois premiers versets nous montrent Israël, sur lequel l’Éternel avait essayé de s’appuyer comme sur son serviteur, complètement infidèle à ce que Dieu attendait de lui. Alors, au v. 4, Christ, le serviteur fidèle, dit : «J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain». Le Seigneur est venu remplacer Israël devant Dieu, mais ceux pour lesquels il était venu avaient complètement manqué à la grâce qui leur avait été apportée dans Sa personne. Ils avaient reçu la grâce de Dieu en vain. Alors le Seigneur dit au v. 5 : «Quoique Israël ne soit pas rassemblé, je serai glorifié aux yeux de l’Éternel, et mon Dieu sera ma force». Dieu lui répond (v. 6) : «C’est peu de chose que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les préservés d’Israël ; je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre». Ainsi son travail n’est pas perdu et le fruit en est porté jusqu’aux limites du monde habitable. Mais même pour Israël ce travail ne sera pas perdu dans l’avenir. Dieu dit à Christ, son serviteur : Je t’ai écouté et je t’ai répondu : «En un temps agréé je t’ai répondu, et au jour du salut je t’ai secouru» (v. 8). Tout ce que tu as fait pour Israël a été vain, mais je te donnerai plus tard pour être une alliance du peuple, et, aux v. 9 à 13, il décrit cette restauration merveilleuse.

Mais «voici», dit l’apôtre, «c’est maintenant le temps agréable ; voici, c’est maintenant le jour du salut» (6:2). Maintenant tu es la lumière des nations. Quand on a vu cela, ce passage devient très simple. L’apôtre exhorte les nations à ne pas faire comme Israël, à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain. Faisant partie de ces nations, nous avons à prendre garde comment nous recevons la grâce de Dieu, et nous avons à marcher d’une manière qui soit en rapport avec elle. Cela faisait partie du ministère de Paul.

Il montre ensuite que, quant à lui personnellement, il n’a pas reçu la grâce de Dieu en vain (v. 3-10). Il se présente, comme son Maître, dans le caractère d’un serviteur de Dieu. Au milieu des Juifs et des nations, il ne donnait «aucun scandale en rien, afin que le service ne fût pas blâmé, mais en toutes choses il se recommandait comme serviteur de Dieu». Il montre alors quelles sont les qualités morales qui recommandent un serviteur. Pour savoir ce que Dieu attend de nous, regardons à ce que l’apôtre Paul a été : «Par une grande patience». Une chose caractérise en tout premier lieu le serviteur : la patience à tout supporter. «Dans les tribulations, dans les nécessités, dans les détresses». Ces trois mots ont frappé d’autres que moi. Les tribulations sont des difficultés qui offrent plus d’un chemin pour les traverser, mais tous ces chemins étant difficiles, nous devons nous en remettre à Dieu pour qu’il nous enseigne celui que nous avons à choisir. Les nécessités sont des difficultés qui n’offrent qu’un chemin pour en sortir. Pourrons-nous le suivre sans y perdre la vie ? Aussi n’a-t-on qu’une pensée, s’attendre au Seigneur. Les détresses sont les pires difficultés. Ce mot «détresse» revient constamment dans les Psaumes et les Prophètes, parce qu’il a une signification toute particulière, celle de la «grande tribulation», de la «détresse de Jacob», que le Résidu juif aura à traverser à la fin. Il n’y a point de chemin pour en sortir, aussi le fidèle dit : «Jusques à quand ?» et sa confiance est en Dieu seul. David avait subi les tribulations, les nécessités, la détresse, alors qu’il n’y avait point de chemin pour lui, mais Dieu avait ouvert un chemin à son Oint, devant Saül et devant Absalom. Comme David, l’apôtre avait aussi traversé toutes ces choses avec une grande patience.

Nous trouvons ensuite «les coups, les prisons, les troubles, les travaux, les veilles, les jeûnes». À la fin de cette épître, nous apprenons combien de fois Paul a traversé ces choses, dont le récit des Actes ne nous donne pour ainsi dire qu’un spécimen, car Dieu ne nous a pas révélé tous les détails de la vie de Paul, tout en nous donnant ce qui était nécessaire pour nous présenter l’ensemble de la carrière de dévouement d’un ministre du Seigneur sur la terre. En cela aussi l’apôtre suivait, quoique de loin, sans doute, l’exemple de son divin Maître, dont le disciple bien-aimé disait : Si les autres choses que Jésus a faites «étaient écrites une à une, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qui seraient écrits».

«Par la pureté, par la connaissance, par la longanimité, par la bonté, par l’Esprit Saint, par un amour sans hypocrisie, par la parole de la vérité, par la puissance de Dieu, par les armes de justice de la main droite et de la main gauche» (v. 6, 7). De telles choses ne pouvaient pas manquer à ce ministère : l’Esprit Saint, un amour sans hypocrisie, la parole de la vérité ! Qu’il nous soit donné de saisir cela ! Par sa grâce, Dieu nous a attachés à sa Parole et nous a convaincus que, sans elle, nous ne pouvons faire un pas, mais comprenons bien que la Parole de la vérité est à la base de toute notre vie chrétienne ; non pas seulement la parole de Dieu, mais la Parole dans laquelle la pensée de Dieu est entièrement révélée, et c’était elle que l’apôtre prenait en main pour faire l’oeuvre de Dieu dans ce monde. Or cette oeuvre est un combat ; aussi l’apôtre ajoute : «par la puissance de Dieu, par les armes de justice de la main droite et de la main gauche». Vous savez ce que sont les armes de la main droite : la parole de Dieu ; et les armes de la main gauche : le bouclier de la foi. Nous avons d’un côté à combattre par la Parole, de l’autre, à résister à l’Ennemi. Ces armes sont des armes de justice, car la Parole n’est efficace que lorsque nous la présentons portant nous-mêmes un caractère de justice pratique, et ce n’est qu’armés de cette justice que nous pouvons détourner les dards enflammés du méchant. Un chrétien a tout pouvoir pour résister, tout pouvoir pour combattre dans ce monde, mais il faut pour vaincre qu’il se garde du péché dans ses voies. C’est ce que dit la brebis au Ps. 23, non pas, sans doute, quant au combat, comme ici, mais quant à la marche «Il me conduit dans des sentiers de justice, à cause de son nom». Si nous suivons le chemin de Christ, jamais nous ne trouverons le péché sous nos pas, et nous ne le rencontrerons que pour le combattre. Le Seigneur lui-même en est pour nous le parfait modèle.

«Comme séducteurs, et véritables ; comme inconnus, et bien connus». Ces paroles me font penser à la vie d’un frère que nous avons hautement estimé pour ses dons et sa piété. Il avait réalisé ces paroles en marchant sur les traces de l’apôtre. Accusé par les hommes d’être un faux docteur et un séducteur, il était véritable aux yeux de Dieu. Son nom était un opprobre pour ceux qui le prononçaient, et tous faisaient autour de lui la conjuration du silence ; ils le traitaient en inconnu, mais pour Dieu il était bien connu. C’est ce que nous avons à chercher pour nous-mêmes. Si, ne pensant pas à nous-mêmes, nous marchons dans ce monde comme serviteurs de Christ, peu importe que le monde ne nous connaisse pas ; Dieu nous connaît. Notre chemin est très simple, car nous n’avons à regarder que d’un côté. Que nous importe d’être inconnus du monde, si Dieu dit de nous comme il disait d’Abraham : «Je le connais».

«Comme mourants, et voici, nous vivons ; comme châtiés, et non mis à mort ; comme attristés, mais toujours joyeux ; comme pauvres, mais enrichissant plusieurs ; comme n’ayant rien, et possédant toutes choses» (v. 9, 10). Il était toujours mourant, sous la sentence de la mort de la part du monde, et voici, Dieu le maintenait en vie. Il était châtié, et Dieu se servait de la verge, dans la main du monde, pour la prospérité morale de son apôtre bien-aimé. Dieu arrêtait à temps, comme dans le cas de Job, la main de Satan qui aurait voulu le mettre à mort pour se débarrasser de son témoignage. Il était attristé, mais avait le coeur rempli de joie, parce que ses yeux ne s’arrêtaient pas aux circonstances, mais étaient fixés sur la personne de Christ. Il était pauvre, mais enrichissant plusieurs ; il n’avait rien, mais possédait toutes choses. Tels sont les derniers traits de ce tableau. De qui sont-ils l’image ? De Paul, sans doute, mais de Paul se modelant sur son Maître. Qui, mieux que Celui-ci, était pauvre, mais enrichissait plusieurs ? Il est dit de Lui, qu’il s’est appauvri afin de nous enrichir. N’ayant rien et possédant toutes choses : n’est-ce pas encore Lui ? Il n’avait rien dans ce monde ; s’il s’agissait de payer les didrachmes il ne les avait pas, et cependant toutes choses étaient à Lui et il en disposait en faveur de tous.

Ainsi, d’un bout à l’autre de sa longue carrière, l’apôtre arrivait à reproduire les caractères de son Sauveur et il était parfaitement heureux ; car, quoique n’ayant rien trouvé dans ce monde, il était entré en possession d’un objet, devenu son unique Modèle, et sur lequel se concentraient toutes ses affections.

Méditons souvent ce passage, car il vaut bien la peine pour nous d’accomplir le service que le Seigneur nous a confié. Demandons-lui avec instance de pouvoir porter ces caractères. Ils sont réalisables et l’exemple de Paul est destiné à nous le prouver et à nous empêcher de perdre courage en considérant l’excellence du service, tel qu’il a été accompli par notre Seigneur et Maître, le parfait Serviteur.

Toute la question est celle-ci : Quelle place le Seigneur occupe-t-il dans mon coeur et dans mes pensées ? S’il occupe toute la place, je serai capable de l’honorer en le suivant.

C’est ici que se termine la première partie de cette épître. La seconde contient des exhortations tout aussi importantes pour notre vie pratique.

11               Chapitres 6:11-7:1

Le verset 11, par lequel commence notre lecture d’aujourd’hui, se relie, pour ainsi dire, au verset 1, où l’apôtre exhorte les Corinthiens à n’avoir pas reçu la grâce de Dieu en vain. Le résultat pratique de la réception de la grâce se résume en un seul mot : la sainteté. En effet, la sainteté pratique comprend toute la vie chrétienne, comme témoignage dans ce monde. À la Pâque, les Israélites étaient mis à l’abri du jugement de Dieu par le sang de l’agneau. Un autre type de la mort de Christ nous est donné à la mer Rouge où le peuple n’est pas seulement mis à l’abri du jugement, mais amené à Dieu. Mais, dès qu’ils eurent offert la Pâque, les Israélites n’avaient plus qu’une seule chose à faire : la Fête, qui était la célébration de la Fête des pains sans levain, type d’une vie de sainteté pratique, partant du sacrifice et continuant sans interruption pendant sept jours. Le nombre sept est le chiffre de la plénitude, image du cours complet de notre vie ici-bas.

Il est important pour nous de comprendre en quoi consiste dans ce passage l’exhortation de l’apôtre à la sainteté. La sainteté pratique a trois caractères : le premier est la sainteté quant à nos associations avec le monde ; le deuxième, la sainteté quant à nos associations religieuses ; le troisième, la sainteté individuelle. Si nous avons bien compris ces trois points, nous trouvons que la sainteté pratique pénètre, pour ainsi dire, toute notre vie chrétienne. Le 19° chapitre du Lévitique, v. 19, nous les montre clairement. 1° «Tu n’accoupleras pas, parmi ton bétail, deux espèces différentes». C’est l’association avec le monde, dont il est parlé dans notre passage aux v. 14 et 15. 2° «Tu ne sèmeras pas ton champ de deux espèces de semences». C’est le type de l’association religieuse dont il est parlé au v. 16. Nous ne pouvons employer des semences diverses dans le champ de Dieu ; il faut que nous semions une semence unique. 3° «Tu ne mettras pas sur toi un vêtement d’un tissu mélangé de deux espèces de fil». C’est le type de la sainteté individuelle dont il est parlé au chap. 7:1.

Comme nous venons de le dire, nous trouvons ces trois points dans notre chapitre. Mais l’apôtre dit, avant de les aborder : «Notre bouche est ouverte pour vous, ô Corinthiens ! notre coeur s’est élargi». Il avait vu les fruits de l’Esprit produits chez eux à la suite de sa première épître et, au lieu d’avoir ses sentiments refoulés dans son coeur, il était maintenant en liberté à leur égard. Il ajoute : Que votre coeur s’élargisse aussi. En quoi devait-il s’élargir ? Il fallait désormais que leur marche soit une marche sainte.

D’abord (v. 14), ils ne devaient pas se mettre «sous un joug mal assorti avec les incrédules». C’est une allusion à ce que nous avons lu dans le Lévitique. «Car quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ?» Il n’y a pas un seul trait d’union entre le monde et les enfants de Dieu. Ce sont deux espèces différentes ; or, quoi qu’en disent les savants, il n’y a jamais eu dans le monde de transformation des espèces. Combien cette parole est de saison pour le temps présent ! Lorsque le témoignage actuel de Dieu commença à être connu au milieu de nous, n’y avait-il pas une séparation beaucoup plus complète d’avec le monde ? Dans quelle mesure sommes-nous restés fidèles à ce témoignage ? Est-ce que, faire des affaires avec le monde, l’employer pour ses propres affaires, ne caractérise pas beaucoup d’entre nous, chrétiens, surtout parmi les jeunes ? S’il y avait plus de fidélité, je ne doute pas que cette parole de l’apôtre produirait les mêmes fruits qu’elle produisait autrefois. Nous avons à courber la tête avec humiliation, en pensant que cela se réalise si peu parmi les générations nouvelles. «Quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? et quel accord de Christ avec Bélial ?» C’est un contraste tout du long, une opposition absolue entre l’élément chrétien et l’élément du monde. Du côté chrétien est la lumière. Ce n’est pas seulement que la lumière a lui sur nous, mais il nous est dit : «Vous êtes lumière dans le Seigneur». Si lui-même est «la lumière du monde», ses disciples, en son absence, sont aussi «la lumière du monde» (Éph. 5:8 ; Jean 9:5 ; Matt. 5:14). Qu’est-ce que les ténèbres ont fait de la lumière ? Si dans une chambre complètement noire vous allumez une simple allumette, vous dissipez les ténèbres dans une mesure ; mais, au point de vue moral, lorsque la lumière du monde vint ici-bas, les ténèbres ne l’ont pas comprise ou saisie, et n’ont été en aucune manière imprégnées par elle. Cela fait ressortir l’état incurable de l’homme, et cet état reste aujourd’hui le même en présence de ceux qui sont la lumière du monde depuis le départ de leur Sauveur.

«Quel accord de Christ avec Bélial, ou quelle part a le croyant avec l’incrédule ?» (v. 15). Comme cela atteint nos consciences ! Il y a Christ d’un côté, le diable de l’autre. Peut-il y avoir un accord entre les deux, entre l’Ennemi de Christ et ceux qui représentent Christ dans ce monde ? Il y a la foi d’un côté, et l’incrédulité de l’autre, et aucun point de contact possible entre ces deux pôles contraires.

L’apôtre passe maintenant à la seconde question, mentionnée en type au chap. 19 du Lévitique : «Quelle convenance y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? Car vous êtes le temple du Dieu vivant» (v. 16). Chose inouïe, n’est-ce pas, que nous, chrétiens, l’Assemblée de Dieu, nous soyons le temple du Dieu vivant ! Au chap. 26 du Lévitique, Dieu dit : «Si vous gardez mes commandements ... je mettrai mon tabernacle au milieu de vous ... et je marcherai au milieu de vous ; et je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple» (v. 3, 11, 12) ; c’est-à-dire qu’il fait dépendre de leur conduite le fait qu’ils seront le lieu où Dieu habite. Pour nous, c’est le contraire ! Nous sommes ce temple, en vertu du don du Saint Esprit, et c’est parce que nous le sommes que nous sommes appelés à être saints, pratiquement séparés pour Dieu dans ce monde. Ne nous associons en aucune manière avec la religion du monde qui nous entoure. Ce principe n’a pas changé depuis que l’idolâtrie a disparu du monde chrétien, l’éloignement de Dieu n’ayant fait que revêtir une forme moins grossière ; mais s’y associer serait perdre le vrai caractère de peuple de Dieu. «C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai» (v. 17). C’est une citation du chap. 52 d’Ésaïe. Il s’agit là, pour le peuple de Dieu, qui va être introduit dans la terre promise, de sortir de toute association avec Babylone, mère de l’idolâtrie, afin d’avoir part aux bénédictions de la terre d’Israël. Pour nous, la séparation a lieu aujourd’hui d’avec «la grande Babylone», la chrétienté apostate, pour entrer dans notre Canaan céleste. La séparation est à la base même du témoignage chrétien, mais il ne suffit pas de dire : «la séparation», car il peut y en avoir une très mauvaise. La sainteté consiste dans la séparation pour Dieu, et pas pour autre chose. Voilà ce qui nous sépare de la religion du monde ; notre sainteté est pour Dieu. Une très grande bénédiction s’y rattache. Il dit : «Je vous serai pour Père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-Puissant» (v. 18). Cela ne signifie pas que, si nous ne sortons pas du milieu d’eux, nous ne soyons pas des enfants de Dieu, mais la jouissance des relations de famille avec le Père, comme pour Israël celle des rapports avec l’Éternel et le Tout-Puissant, provient du degré de notre séparation pour Dieu. Si, pareil à la famille de Kéhath, nous sommes employés à porter les ustensiles du sanctuaire, pouvons-nous associer le monde avec nous, pour le faire ? Aurait-il jamais été permis à un étranger de porter l’arche et le propitiatoire, l’encensoir, le chandelier, l’autel d’or ou l’autel d’airain lui-même ? Personne ne pouvait toucher à ces choses s’il ne faisait pas partie de la tribu de Lévi, à laquelle étaient attribuées ces fonctions saintes en Israël.

Ayant dit ces choses, l’apôtre arrive à la sainteté individuelle, au vêtement d’un tissu mélangé, de Lév. 19. C’est une chose très sérieuse à considérer : «Ayant donc ces promesses, bien-aimés, purifions-nous nous-mêmes de toute souillure de chair et d’esprit, achevant la sainteté dans la crainte de Dieu» (7:1). Je pense que ces deux mots, «souillure de chair et d’esprit», indiquent d’un côté la sainteté quant à la conduite individuelle, telle qu’elle se montre au-dehors dans notre marche, et de l’autre, la sainteté quant à l’état de nos propres coeurs. On peut être séparé de la souillure quant à son témoignage extérieur, de manière à être en apparence irréprochable, mais si quelqu’un pouvait voir dans nos coeurs, combien de choses contraires à la pureté n’y découvrirait-il pas ? Nous avons à mettre d’accord ces deux côtés de notre sanctification personnelle, à tenir égaux ces deux plateaux de la balance. Comme individus, notre marche extérieure, nos actes et nos paroles, doivent correspondre à ce qu’il y a dans nos coeurs, afin que nous puissions répéter, avec notre Sauveur bien-aimé : «Ma pensée ne va pas au-delà de ma parole» (Ps. 17:3).

Si les trois caractères de sainteté pratique que nous venons d’énumérer se trouvent chez les enfants de Dieu, c’est la preuve qu’ils ont été attentifs aux exhortations de la Parole. Marcher contrairement à ces principes, c’est avoir reçu la grâce de Dieu en vain.

Que Dieu nous donne à tous d’avoir, dans nos vies chrétiennes, beaucoup plus de réalité que nous n’en avons. Qu’il nous donne, quant à nous-mêmes, un esprit d’humiliation et de repentance pour que nous devenions des témoins plus fidèles de Celui dont la grâce a tout fait pour nous, et qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres et nous a introduits dans le royaume du Fils de son amour !

12               Chapitre 7:2 à 16

Le chapitre 6 nous a montré ce qui caractérisait l’apôtre comme ministre de Christ. Au chapitre 7, nous ne retrouvons pas ces caractères, mais, si possible, quelque chose de plus précieux encore : nous trouvons le coeur de l’apôtre. C’est ce qui lui fait dire, au v. 3 : «Je ne dis pas ceci pour vous condamner, car j’ai déjà dit que vous êtes dans nos coeurs à mourir ensemble et à vivre ensemble». Son coeur allait tout entier au-devant de ses enfants dans la foi. Eux étaient à l’étroit dans leurs propres coeurs, comme il est dit au chapitre précédent : ils ne les avaient pas assez larges pour contenir tout l’amour qui leur était témoigné Par l’apôtre, tandis que lui représentait cet amour en pratique, au milieu d’eux. Son coeur si large à leur égard désirait réveiller leurs coeurs en sorte qu’ils n’aient ensemble qu’une pensée, un but, un sentier, un objet. L’apôtre, lui, n’avait qu’un seul objet, comme on le voit dans l’épître aux Philippiens. Il faisait, ne désirait qu’une seule chose. Il veut maintenant, par son ministère, garder les Corinthiens, non seulement dans le chemin de la sainteté, comme au chap. 6, mais dans le chemin de l’amour, d’un amour qui lie les enfants de Dieu les uns aux autres et les lie tous ensemble à Christ. Comme il était peu estimé, cet apôtre bien-aimé, par ses enfants dans la foi ! Lui qui débordait d’amour, était obligé de leur dire : «Recevez-nous : nous n’avons fait tort à personne, nous n’avons ruiné personne, nous ne nous sommes enrichis aux dépens de personne» (v. 2). Dans quel état se trouvaient-ils donc, alors que, dans cette épître, nous les trouvons déjà restaurés, pour que des choses pareilles doivent leur être dites ! C’est qu’il y avait des gens parmi eux qui cherchaient à déprécier l’apôtre, en leur représentant qu’il était un homme intéressé, lui qui, après avoir tout laissé pour les servir, suivait si fidèlement la trace de son Seigneur et Sauveur, en n’ayant rien. Il ajoute : «Je ne dis pas ceci pour vous condamner» ; ne pensez pas que je vienne vers vous avec la verge. Si une autorité lui était confiée dans l’Église de Christ, il n’en usait pas ici, parce que l’exhortation de la première épître avait commencé à porter ses fruits. Aussi, loin de se servir contre eux de l’autorité qui lui était confiée, il leur ouvre son coeur et déploie à leurs yeux toute l’affection qu’il avait pour eux, ses enfants dans la foi. Il se glorifiait d’eux auprès de Tite, et il est heureux que Tite ait trouvé les choses comme il les lui avait fait espérer. Il leur avait écrit sa première épître inspirée ; n’étant plus sous cette influence, il pouvait en avoir éprouvé du regret ; maintenant, il ne regrettait plus rien. Il leur dit : Mon coeur a trouvé parmi vous quelque chose qui répond à mon affection !

Après les avoir exhortés à la sainteté, il cherche à lier leurs coeurs ensemble, afin qu’ils puissent être en communion avec lui, l’apôtre, et avec le Seigneur Jésus dont il était le représentant. Mais il met en avant une autre chose : son ministère avait produit des fruits : «Quelles excuses, quelle indignation, quelle crainte, quel ardent désir, quel zèle, quelle vengeance ! À tous égards vous avez montré que vous êtes purs dans l’affaire» (v. 11). En lisant ce passage, on pourrait se demander : Pourquoi donc l’apôtre s’était-il montré si sévère envers les Corinthiens, puisqu’il était démontré maintenant qu’ils n’avaient trempé en rien dans le péché odieux qui s’était produit parmi eux ? C’est que, malgré cette non-culpabilité relative, ils avaient grand besoin de repentance. Il dit au v. 10 : «La tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret». Quelle repentance, s’ils n’étaient pas complices de l’acte criminel, et avaient montré qu’ils étaient purs dans cette affaire ? Que s’était-il donc passé ? La première épître leur avait prouvé qu’au lieu d’être des chrétiens spirituels, ils étaient des chrétiens charnels, restés à l’état de petits enfants en Christ ! Les motifs de leur activité n’étaient pas autre chose que la satisfaction de leur orgueil ; ils se servaient de leurs dons pour s’exalter eux-mêmes. Tel était l’état de cette brillante assemblée de Corinthe, où l’on ne pouvait entrer, sans dire : «Dieu est véritablement parmi vous !» Mais quand, devant la parole de l’apôtre, ils font un retour sur eux-mêmes, ils sont plongés dans la tristesse, se demandant comment ils ont pu laisser se développer au milieu d’eux un mal aussi scandaleux. Ah ! disent-ils, nous étions loin de Dieu dans nos pensées, sans communion réelle avec Lui ; nous recherchions beaucoup de connaissance, la solution de toutes sortes de questions intellectuelles, les signes extérieurs de force et de puissance qui exaltent l’homme, mais notre conscience n’était pas en jeu dans ces choses !

Chers amis, cela est très important pour nous tous. Quand nous voyons un mal se produire dans l’assemblée, nous sommes instruits à ôter promptement «le méchant du milieu de nous-mêmes», mais nous arrêtons-nous à cela, et n’allons-nous pas plus loin ? Cette affaire devrait atteindre nos consciences. La production d’un mal quelconque, dans une assemblée de Dieu, provient non seulement de l’individu qui a fait le mal, mais de l’assemblée qui était dans un état non jugé. Quand le mal éclate, soyons-en certains, il n’y a pas seulement un coupable, mais c’est l’assemblée de Dieu qui est le coupable.

Les Corinthiens ne s’étaient pas bornés à la tristesse : «La tristesse qui est selon Dieu opère une repentance à salut dont on n’a pas de regret». C’est un jugement complet de soi-même en la présence de Dieu. Quand l’apôtre leur écrivait ces lignes, toute idée de se faire valoir avait disparu au milieu des larmes qu’ils avaient dû verser ; toutes les questions d’intelligence qui les avaient tant occupés étaient laissées de côté ; la repentance était produite.

La fin de ce chapitre nous montre un troisième résultat du ministère de l’apôtre envers les Corinthiens : le premier était de lier leurs coeurs dans l’amour fraternel avec celui de Paul ; le deuxième de produire une repentance à salut ; nous trouvons le troisième dans les derniers versets de ce chapitre : «L’affection de Tite se portait plus abondamment sur eux, quand il se souvenait de l’obéissance d’eux tous, comment ils l’avaient reçu avec crainte et tremblement» (v. 15). Ainsi le ministère selon Dieu, s’exerçant au milieu des chrétiens, s’il les pousse au jugement d’eux-mêmes, les pousse aussi à l’obéissance. Un chrétien désobéissant ne peut s’attendre qu’à la discipline ou au jugement de Dieu. Il en est de même pour une assemblée désobéissante ; l’apôtre dit ici : «l’obéissance de vous tous». Pas un n’était excepté. Ils avaient gagné à cette discipline l’amour, la repentance et l’obéissance. Ils étaient maintenant unanimes quant à la voie dans laquelle ils avaient à marcher pour servir le Seigneur et le glorifier. L’apôtre ajoute : «Comment vous l’avez reçu avec crainte et tremblement». Ce mot revient souvent dans l’Ancien et le Nouveau Testament et désigne toujours la complète défiance de soi-même. Dans la première épître, Paul leur dit comment il avait été parmi eux «dans la faiblesse, et dans la crainte, et dans un grand tremblement» (2:3). La crainte n’est pas la peur, mais le sentiment qu’il n’y a en nous aucune force pour faire l’oeuvre de Dieu. Il avait fallu la verge pour que les Corinthiens apprennent à réaliser ce que, dès le début de son ministère parmi eux, l’apôtre en personne leur avait enseigné. En Phil. 2:12, il est dit : «Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement». Pour arriver au salut, à la victoire finale, les Philippiens devaient travailler sans aucune confiance en eux-mêmes et avec le sentiment de la terrible puissance qui s’opposait à leur travail. En Éph. 6:5, les esclaves doivent obéir à leurs «maîtres selon la chair avec crainte et tremblement» avec une pleine défiance d’eux-mêmes qui implique une pleine confiance en Dieu et dans les ressources de sa grâce. C’est en effet à cela qu’aboutit toujours pour le chrétien la défiance de lui-même ; il s’appuie sur Celui en qui est la force, qui ne change jamais, qui se tiendra jusqu’au bout à ses côtés et lui fera atteindre le salut final dont le couronnement est la gloire.

13               Chapitres 8 à 9

Nous avons vu que les Corinthiens avaient reçu les exhortations qui leur étaient adressées dans la première épître. Un grand zèle s’était produit chez eux pour la sainteté du nom de Christ et ils avaient été restaurés par la repentance, quoiqu’il y ait encore chez eux bien des choses à reprendre. Quand une assemblée est en bon état, il ne faut pas penser que la limite atteinte ne puisse pas être dépassée. Nous avons toujours à faire des progrès en zèle et en affection pour Christ, en dévouement pour l’Évangile, en amour les uns pour les autres. Nous trouvons ici un autre caractère du ministère, moins remarqué peut-être, mais tout aussi précieux que ceux dont cette épître nous a entretenus jusqu’ici. Il a en vue les besoins matériels des saints. Cela est dit au v. 4 : «La grâce et la communion de ce service (ou ministère) envers les saints». Ce service consistait, comme nous le voyons, en aumônes, en dons d’argent, destinés à la subsistance des frères à Jérusalem qui étaient dans une grande misère, car ils avaient contre eux non seulement les puissances persécutrices du monde, mais aussi celles de leur propre nation, ennemie de Christ et des saints. Dans sa première épître, l’apôtre avait engagé les Corinthiens à mettre de côté ce qui était nécessaire pour ce service (1 Cor. 16:1), et c’est à cette collecte qu’il est fait allusion ici. Nous la trouvons encore mentionnée au chap. 15:25, 26 de l’épître aux Romains. L’apôtre était sur le point de monter à Jérusalem pour porter aux frères les dons des assemblées des gentils. Les saints de la Macédoine, où se trouvait l’apôtre quand il écrivait cette épître, avaient fait tout leur possible, donnant même au-delà de leur pouvoir. Ces assemblées de Macédoine étaient cruellement persécutées et avaient perdu leurs biens, mais il y avait parmi elles beaucoup d’amour, et rien ne les arrêtait quand il s’agissait de contribuer au soulagement des frères. Les Corinthiens avaient déjà, depuis une année, commencé leur collecte, mais leur zèle s’était ralenti. Ces riches Corinthiens n’avaient pas été à la hauteur des pauvres Macédoniens. C’est ce que l’on rencontre parfois. Où il y a prospérité parmi les saints, des fortunes dont on peut disposer, on trouve moins de libéralité relative que dans les milieux pauvres, et j’en suis souvent frappé. Cela provient de ce que, dans la prospérité, les coeurs se dessèchent, s’occupent des choses de la terre. Lorsque cette prospérité n’existe pas, les coeurs sont beaucoup plus portés vers le service du Seigneur. Tout en traitant les Corinthiens avec une douceur infinie, l’apôtre cherche à activer leur zèle, en leur montrant comment le Seigneur agit dans les assemblées de Macédoine. Ce service est très précieux, quand il est rendu réellement dans une pensée d’amour, et il contient peut-être plus de bénédictions que le ministère de la Parole, même exercé par des dons éminents ; aussi le Seigneur Jésus y est attentif. Les assemblées de Macédoine demandaient à l’apôtre avec de grandes instances, comme une grâce, de pouvoir manifester leur amour envers les saints de Jérusalem (v. 4). C’était leur manière de considérer la question et ils insistaient tous, d’un commun accord, pour que cette grâce leur soit accordée. Avons-nous l’habitude de considérer une collecte pour les saints comme une grâce ? Ils demandaient aussi à Paul, quoiqu’il soit apôtre, d’être lui-même l’instrument de ce ministère. Paul accepte ; le grand apôtre des gentils consent à porter lui-même les sommes d’argent qui lui seront confiées. Ce n’était pas une petite chose, en ce temps-là, de se charger d’un tel fardeau, et l’apôtre veillait, en outre, scrupuleusement sur son dépôt. La gloire de Christ était impliquée pour lui dans l’administration de ce trésor.

En apparence ce ministère a précipité l’apôtre dans les plus grandes difficultés, car il fut l’occasion de sa captivité. Au chap. 24 des Actes, il dit à Félix : «Or, après plusieurs années, je suis venu pour faire des aumônes à ma nation» (v. 17). Tel était le but ; le résultat fut que Paul manqua être massacré par les Juifs, fut fait prisonnier, passa des années en captivité, fut transporté à Rome, lié de chaînes, et finalement termina sa carrière comme martyr ; mais Dieu sut se servir de toutes ces circonstances pour nous donner une partie de cette Parole dont nous tenons tant d’instructions précieuses.

L’apôtre dit ici : «Mais, comme vous abondez en toutes choses : en foi, et en parole, et en connaissance, et en toute diligence, et dans votre amour envers nous — que vous abondiez aussi dans cette grâce» (v. 7). Ce passage est frappant : dans la première épître aux Corinthiens, il rendait grâces à Dieu pour les choses dont il reparle ici : la parole, la connaissance, qui caractérisaient alors les saints de Corinthe, quoiqu’ils aient été dans un état déplorable quant à leur conduite chrétienne. Maintenant ces mêmes choses subsistaient encore, mais la repentance avait apporté dans ce milieu un élément nouveau, l’amour. Quelque comblés qu’ils aient été de richesses spirituelles, dans la première épître, ils n’abondaient pas en amour ; leurs coeurs étaient rétrécis ; le monde s’en était emparé. Maintenant l’amour remplaçait la culture du moi. Ils avaient sans doute beaucoup plus besoin d’être exhortés que les pauvres Macédoniens, mais la sincérité de leur amour étant mise à l’épreuve, ils étaient disposés à répondre à ce que le coeur de l’apôtre attendait d’eux. Il leur avait envoyé Tite, dans la crainte que ses chers Corinthiens ne soient en mauvaise posture vis-à-vis de leurs frères en Macédoine : «Si des Macédoniens viennent avec moi, vous trouveront-ils prêts ?» Tous ces préparatifs, le voyage de Tite — car passer de Macédoine en Achaïe était une grosse affaire en ce temps-là — la visite de Paul qui devait y faire suite, l’accompagnement par les frères de Macédoine, tout cela semble hors de proportion avec son but : Un simple secours d’argent ; mais il s’agissait de manifester pratiquement l’amour de Christ, et pouvait-il y avoir un but plus élevé que celui-là ?

Au v. 18, il ajoute : «Et nous avons envoyé avec lui le frère dont la louange dans l’évangile est répandue dans toutes les assemblées». Comment s’appelait-il ? Nous ne le savons pas. Et plus loin, au v. 22 : «Nous avons envoyé avec eux notre frère, du zèle duquel, en plusieurs choses, nous avons souvent fait l’épreuve, et qui maintenant est beaucoup plus zélé à cause de la grande confiance qu’il a en vous». Voici donc deux frères dont le zèle est nommé (tandis que Tite qu’ils accompagnent nous est connu de tant de manières) et dont le nom n’est pas même prononcé. Est-ce tout ? Non, remarquez-le bien : «Quant à Tite, il est mon associé et mon compagnon d’oeuvre auprès de vous ; quant à nos frères (les deux dont il vient de parler), ils sont les envoyés des assemblées, la gloire de Christ» (v. 23). Cela ne vaut-il pas mieux que de nous conserver leurs noms ? Ils sont la gloire de Christ ! Oh ! chers amis, j’aimerais beaucoup mieux n’avoir aucun nom parmi les hommes, mais qu’il soit dit de moi : «Il est la gloire de Christ !» C’est ce que produit toute marche fidèle. Vivant au service des autres pour l’amour de Christ, exerçant, dans leur obscurité, un vrai ministère envers les bien-aimés du Seigneur, leurs noms ne sont pas restés dans la mémoire des hommes ; ils sont même effacés de celle des chrétiens, mais «ils sont la gloire de Christ». De tels frères devaient recevoir devant les assemblées la preuve de l’amour des saints. Ils accompagnaient Tite, heureux de rester dans l’ombre d’un serviteur de Dieu que l’apôtre employait comme son délégué dans l’oeuvre, heureux en même temps d’avoir toute l’approbation de Christ dans leur humble service.

Je voudrais encore présenter quelques pensées qui m’ont réjoui à la lecture du chap. 9. Nous y trouvons les conséquences de la fidélité dans ce ministère de charité qui avait si peu d’apparence.

La première des conséquences se trouve au v. 6 : «Celui qui sème chichement moissonnera aussi chichement, et celui qui sème libéralement moissonnera aussi libéralement». N’oublions pas cela. Si nous gardons pour nous-mêmes, comme s’ils étaient à nous, les biens que Dieu a mis entre nos mains, nous ne semons pas du tout, ou nous semons chichement. Mettre de côté tout ou partie de son superflu, c’est, je n’en doute pas, semer chichement. Accumuler les biens que Dieu met à notre disposition, c’est les détourner du but pour lequel Dieu les a mis entre nos mains. Celui qui sème chichement ne peut s’attendre à des bénédictions abondantes, même quant aux choses de la terre. Un économe prudent est celui qui use largement des biens qu’il considère, non comme étant à lui, mais à son Maître.

Une seconde conséquence de la fidélité dans le service pécuniaire, se lit au v. 7 : «Que chacun fasse selon qu’il se l’est proposé dans son coeur, non à regret, ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement». Remarquez ce mot : «Dieu aime». Non pas qu’il n’aime tous ses enfants, mais là où se rencontre le désir joyeux de servir le Seigneur dans ces biens de la terre, on est aimé de Dieu. Le Seigneur dit à ses disciples : Si vous obéissez, le Père vous aimera ; mais nous trouvons ici : Dieu vous aime, si vous donnez. Dans la proportion où j’emploierai joyeusement les choses d’ici-bas pour le service de Celui qui me les a confiées, j’aurai dans mon âme une jouissance spéciale de l’amour et de l’approbation de Dieu.

Une troisième conséquence se voit aux v. 8-11 : «Mais Dieu est puissant pour faire abonder toute grâce envers vous, afin qu’ayant toujours en toutes choses tout ce qui suffit, vous abondiez pour toute bonne oeuvre, selon qu’il est écrit : «Il a répandu, il a donné aux pauvres, sa justice demeure éternellement. Or celui qui fournit de la semence au semeur et du pain à manger, fournira et multipliera votre semence, et augmentera les fruits de votre justice, étant de toute manière enrichis pour une entière libéralité, qui produit par nous des actions de grâces à Dieu». Ici, Dieu fait abonder la grâce envers eux, pour qu’ils puissent abonder pour toute bonne oeuvre. Il honore les saints qui ont employé leurs biens pour Lui ; il augmente «les fruits de leur justice», les fruits qui sont la conséquence d’une marche juste et fidèle, de manière qu’ils puissent les répandre au-dehors avec une entière libéralité et sans aucune restriction.

Une quatrième conséquence est mentionnée aux v. 12 et 13 : «L’administration de cette charge... abonde par beaucoup d’actions de grâces rendues à Dieu ; puisque, par l’expérience qu’ils font de ce service, ils glorifient Dieu pour la soumission dont vous faites profession à l’égard de l’évangile du Christ, et pour la libéralité de vos dons envers eux et envers tous». Ce n’est certes pas peu de chose que des actions de grâces montent continuellement à Dieu à notre sujet du fond des coeurs de tous les saints qui ont été secourus par nous ! Ils rendent grâces ici pour deux choses : d’abord pour la profession de leurs frères d’être soumis à l’évangile du Christ, profession dont la réalité est prouvée par leur dévouement, ensuite pour la libéralité de leurs dons qui ne s’adressent pas seulement aux nécessiteux dans cette circonstance spéciale, mais coulent constamment vers tous.

On trouve enfin, au v. 14, une dernière conséquence de la fidélité dans ce service : «les supplications qu’ils font pour vous». Quel privilège, pour le serviteur fidèle, d’être ainsi l’objet des supplications des saints à son égard et de combien de dangers, de fautes peut-être, il sera préservé, parce que l’intercession des saints, ranimée par sa libéralité, monte continuellement pour lui devant le trône de la grâce !

L’apôtre termine par ces mots : «Grâces à Dieu pour son don inexprimable (v. 15). Nous avons vu la mesure la plus grande de la grâce envers nous dans le fait que Christ a été pauvre, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis ; nous voyons ici la mesure la plus grande de la libéralité de Dieu à notre égard. Quel est ce don inexprimable ? C’est la personne de Christ lui-même !

14               Chapitre 10

Le chapitre que nous venons de lire présente un caractère du ministère qu’il est important de considérer. On voit souvent un serviteur du Seigneur qui a reçu un don spirituel de Sa part, exercer ce don indépendamment de son état moral, en sorte que cet état se trouve ne plus correspondre à la valeur de ce qui lui est confié. L’apôtre se montre ici personnellement au niveau du ministère qu’il exerçait, et son état moral ne s’en séparait pas. C’est ce qui donnait à ce service une telle valeur au milieu de ceux en faveur desquels il l’exerçait. Sa personne et sa conduite étaient la reproduction de ce qu’il prêchait. Sa parole correspondait à ses actes, et l’état de son coeur correspondait à sa parole. Il suivait en tout l’exemple de son Maître. Quand les hommes demandaient à Jésus ce qu’il était, il répondait : «Absolument ce qu’aussi je vous dis». En contraste avec la conduite de Paul, nous trouvons dans ce chapitre celle des faux apôtres et des faux docteurs. Les Corinthiens venaient d’échapper, par le ministère de l’apôtre dans sa première épître, aux entreprises de Satan pour détruire cette assemblée de Dieu, en y introduisant l’esprit charnel, le manque de vigilance, le mal et la corruption qui en sont la suite. L’épître ayant produit son effet, les Corinthiens avaient été restaurés. La tristesse, la repentance, le zèle pour juger le mal et s’en purifier, avaient été tels que l’apôtre pouvait leur dire : «Je me glorifie de vous». Il pourrait sembler qu’une assemblée, délivrée aussi complètement, aurait dû l’être d’une manière définitive ; mais, à la première victoire sur Satan remportée par vous, soyez certains que l’Ennemi préparera une seconde attaque. Devant ce danger, les Corinthiens paraissent n’avoir eu aucune appréhension, et cependant le mal était déjà là, menaçant, et agissait sourdement au milieu d’eux, d’abord pour les séparer de l’apôtre, ensuite pour les détruire eux-mêmes.

Devant ces dangers, nous avons à être sur nos gardes, à veiller sans cesse, non seulement comme individus, mais comme assemblée. Dieu nous a peut-être donné quelque victoire en nous délivrant de choses qui étaient des entraves pour notre vie chrétienne. Ne nous endormons pas sur une victoire, car Satan, notre Ennemi, ne dort pas. Il sait revêtir mille déguisements (11:14, 15) et, s’il n’a pas réussi à nous vaincre une première fois, il reviendra, avec des séductions plus subtiles que les premières, afin de nous anéantir. En parlant de ce danger aux Corinthiens, l’apôtre ne nomme pas même ces adversaires ; il les appelle «des hommes», «un homme». Il faut que ce soit leur oeuvre qui les démasque, mais de plus, le danger qu’ils représentent est de tous les temps et ne se lie pas à un nom particulier. Leur travail souterrain avait pour but de miner l’autorité des apôtres, comme il a pour but aujourd’hui de miner l’autorité de cette Parole qu’ils nous ont transmise. Ces gens cherchaient à déprécier la valeur personnelle que les Corinthiens avaient jusqu’alors attribuée à Paul. Ils étaient assez osés pour laisser penser que celui qui avait marché au milieu d’eux, ayant le Christ pour modèle, et qui avait souffert pour l’Évangile, marchait «selon la chair» (v. 2). Ils se gardaient bien de nier la valeur des lettres inspirées : Ses lettres, disent-ils, «sont graves et fortes, mais sa présence personnelle est faible et sa parole méprisable» (v. 10). Il a de l’autorité quand il est loin, mais quand il est présent il n’en a aucune ; voyez comme il est «chétif au milieu de vous !» (v. 1). Plus loin, au v. 12, on trouve que ces «faux apôtres» et ces «ouvriers trompeurs» (11:13) — car, en ce temps-là, beaucoup prenaient le titre d’apôtres au milieu des assemblées — «se recommandaient eux-mêmes», plaçant leur propre autorité en regard de la faiblesse apparente de Paul. Mais si Satan cherchait à annuler l’autorité du serviteur de Dieu dans l’estime de ceux envers lesquels il exerçait son ministère, c’était en fin de compte pour s’attaquer à Christ (11:4). En apparence, cela pouvait être considéré comme une lutte d’homme à homme ; en réalité, c’était la guerre de Satan contre le Seigneur lui-même. Ruinez l’autorité de l’apôtre et non seulement vous entravez, mais vous perdez l’oeuvre du Seigneur au milieu des chrétiens.

Au v. 1, Paul parle ainsi de lui-même : «Or moi-même, Paul, je vous exhorte par la douceur et la débonnaireté du Christ, moi qui, présent, quant à l’apparence suis chétif au milieu de vous, mais qui, absent, use de hardiesse envers vous...» C’était exactement ce que ses adversaires disaient de lui ; il l’accepte. Il avait usé de hardiesse quand il était absent ; quand il était au milieu d’eux, il s’adressait à eux avec crainte et tremblement ; cela était vrai. Et maintenant il les exhortait «par la douceur et la débonnaireté du Christ» : c’était ce qu’il voulait montrer aux yeux de tous. Il avait appris à connaître le caractère du Seigneur et le reproduisait au milieu des Corinthiens. Ce n’était pas la douceur et la débonnaireté de Paul, mais celles de Christ : la douceur qui abandonne tous ses droits pour servir les autres, la débonnaireté qui n’impute pas le mal, qui traverse ce monde avec un coeur simple, qui cherche le bien partout et l’apporte dans tous ses rapports avec les hommes.

Mais quand il est loin, il dit : «Nous avons l’autorité». Au v. 8, il dit : «Le Seigneur nous l’a donnée pour l’édification et non pas pour votre destruction». Aussi ne s’en servait-il envers eux que quand il était loin, parce qu’il ne voulait pas les détruire, mais les édifier. C’est pourquoi il avait, lors de sa première lettre, renoncé à user de son autorité au milieu d’eux pour livrer le méchant à Satan. Mais, quant aux adversaires, il dit : «Je vous supplie que, lorsque je serai présent, je n’use pas de hardiesse avec cette assurance avec laquelle je pense que je prendrai sur moi d’agir envers quelques-uns qui pensent que nous marchons selon la chair» (v. 2). Il montre que, s’il ne réussit pas à faire un effet sur ces hommes, il sera obligé de venir pour les détruire. Cette arme, Dieu l’avait mise dans sa main ; il pouvait l’employer contre ces faux apôtres, mais, s’il ne le faisait pas, c’était à cause des saints. Il voulait d’abord que «leur obéissance fût rendue complète» par son autorité pour l’édification. Après cela, il agirait avec hardiesse, ses armes étant puissantes pour tirer vengeance de toute désobéissance (v. 3-6).

Au v. 12, il accuse ces hommes de «se comparer eux-mêmes à eux-mêmes». Quand il se compare aux autres, le chrétien, comme du reste tout autre homme, n’y acquiert qu’une bonne opinion de lui-même. Quand il se compare à lui-même, il se présente aux autres comme étant en lui-même un modèle, et c’est le comble de l’orgueil, car c’est supplanter Christ. Mais il peut encore se comparer à Christ. Quand cela a lieu, il atteint immédiatement les dernières couches de l’humiliation, car, comment avoir une pensée élevée de soi-même quand on se place devant Dieu ? C’était ce que faisait l’apôtre, et de telle manière que son caractère se fondait dans celui de Christ, pour exhorter les autres ; il se cachait derrière son Maître. Souvenons-nous-en. Chaque fois que nous sommes en présence de Christ nous sommes vraiment humbles, mais nous ne sommes humbles d’une manière habituelle que si nous nous plaçons habituellement en Sa présence. Il peut m’arriver de me juger sévèrement au moment où je me trouve là, et d’avoir, le moment d’après, une bonne opinion de moi-même pour avoir quitté un instant cette présence. On ne trouvait pas cela chez l’apôtre, parce qu’il était continuellement «manifesté à Dieu». À la fin de cette épître, il dit : «Je ne suis rien» (12:11). Pensait-il réellement ce qu’il disait ? Oui, parce que ce qu’il disait était exactement ce qu’il était. Il avait tellement disparu à ses propres yeux que, quand il voulait parler de lui-même, il ne se retrouvait pas. Il dit . «Je connais un homme en Christ» ; il n’avait pas de nom. Cependant, ce même homme en Christ, obligé de reprendre son service dans ce monde, après être monté au troisième ciel, est en danger de s’enorgueillir et de penser à lui-même, car le danger est toujours là. Mais le Seigneur, dans son amour, lui envoie un ange de Satan pour le souffleter, afin qu’il reste dans la position d’oubli de lui-même où la grâce l’a placé.

À la fin du chapitre, nous trouvons ces mots : «Mais que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur» (v. 17). L’apôtre dit à deux reprises : «Je me glorifie de vous». Il avait montré combien il estimait ce que Dieu, dans sa grâce, avait produit dans leurs coeurs, mais il ne se glorifiait pas en eux. S’il s’agissait de lui-même, il disait : «S’il faut se glorifier, je me glorifierai dans ce qui est de mon infirmité» (11:30). , en effet, il m’est permis de me glorifier. Quand celui qui venait d’être consacré apôtre des gentils était dévalé, dans une corbeille, par une fenêtre, à travers le mur de Damas, il lui seyait bien de se glorifier ; il en était de même quand, depuis le début de sa carrière, il n’avait cessé d’être souffleté par un ange de Satan. — «Ce n’est pas», ajoute-t-il, «celui qui se recommande lui-même (comme ces faux apôtres) qui est approuvé, mais celui que le Seigneur recommande» (v. 18). C’est ce que nous aussi, nous avons à chercher, comme l’apôtre, dans toute notre vie chrétienne. Ne parlons pas de nous-mêmes ; ne nous attribuons aucune importance quelconque. Le Seigneur recommande celui qu’il approuve. Quand ses serviteurs sont vraiment humbles, il a soin de leur ménager une place d’honneur, et une influence bénie sur d’autres, à la gloire de Christ.

15               Chapitre 11

Nous avons vu que Paul ne se glorifiait que dans son infirmité, en opposition aux faux apôtres qui cherchaient à détruire son influence pour établir la leur. Mais, quand il est forcé de parler de lui-même, il dit : «Je parle comme un homme hors de sens». Appelez-moi un insensé, si je viens vous parler de mes mérites. Je suis obligé de parler ainsi pour m’opposer à ceux qui voudraient vous détourner de la foi en accaparant votre confiance. Or ces faux docteurs, que présentaient-ils aux Corinthiens ? Ils se présentaient eux-mêmes. On voit ici la différence entre le ministère selon Dieu et le ministère selon l’homme. De fait, le ministère humain n’a jamais d’autre résultat (nous nous gardons bien de dire : d’autre but) que de mettre l’homme en avant, tandis que le ministère qui a sa source en Dieu n’a pas autre chose à présenter que Christ. En considérant ce qui est dit ici de ces faux apôtres, vous serez frappés de voir combien ces hommes, dont Paul tait ici les noms à dessein, réussissaient à prendre de l’influence sur l’esprit des Corinthiens. Ils venaient leur annoncer des choses qui étaient l’opposé de ce que l’apôtre leur avait prêché, et les Corinthiens qui étaient encore charnels, les laissaient faire. Vous trouvez, au v. 4, quel danger les menaçait : «Si celui qui vient prêche un autre Jésus que nous n’avons pas prêché, ou que vous receviez un Esprit différent que vous n’avez pas reçu, ou un Évangile différent que vous n’avez pas reçu vous pourriez bien le supporter». Ces trois principes fondamentaux, sans lesquels, de fait, il n’y a point de christianisme, étaient en danger : la personne de Christ, l’Esprit de Christ, l’Évangile de Christ. Les yeux de ces croyants, dont beaucoup étaient sincères, étaient assez obscurcis pour ne pas voir que le travail de ces hommes venait saper les fondements mêmes de leur foi et les préparait peu à peu à supporter de fausses doctrines. On voit l’influence délétère qu’un faux enseignement, qui n’est pas celui de l’Esprit Saint, peut exercer sur des chrétiens qui sont engagés dans ce chemin. Il dit au v. 20 : «Si quelqu’un vous asservit, si quelqu’un vous dévore, si quelqu’un prend votre bien, si quelqu’un s’élève, si quelqu’un vous frappe au visage, vous le supportez». Quand on est sur cette pente, on supporte tout de la part de ceux qui se recommandent eux-mêmes et, se mesurant eux-mêmes par eux-mêmes, réussissent à s’introduire au milieu des enfants de Dieu ; on accepte tout ce que ces gens imposent à leurs adhérents, tous les fardeaux dont ils les chargent, plutôt que de recevoir le sain enseignement apporté par un apôtre ! Paul faisait exactement le contraire. Il possédait une autorité de la part de Dieu pour venir frapper, au milieu des Corinthiens, tous ceux qui s’opposaient à lui ; aussi a-t-il le droit de dire : Si je reviens je serai peut-être obligé d’agir ainsi. Cependant on peut remarquer, en lisant ces chapitres, que l’apôtre n’a pas songé un instant à venir opposer son autorité à celle de ces «ouvriers trompeurs». C’est que, comme nous l’avons dit plus haut, dans sa pensée, toute l’autorité que le Seigneur avait mise entre ses mains avait pour but l’édification de l’Assemblée de Christ.

Maintenant, si nous entrons un peu dans le caractère du ministère de Paul, tel que ce chap. 11 nous le présente, nous voyons qu’il n’a, tout du long, qu’une pensée : présenter Christ, comme seul moyen de les détourner du mal et de les attacher aux choses excellentes. Il le représentait dans sa personne. C’est une chose très belle que l’enseignement, mais une chose plus belle encore, de porter dans sa personne : «la douceur et la débonnaireté de Christ». Les âmes sont souvent beaucoup plus attirées vers le Seigneur par les caractères qu’elles constatent chez les serviteurs de Christ que par tout ce qu’elles peuvent entendre de leur bouche.

Vous trouvez cela en premier lieu, au v. 2 de ce chapitre : Paul était jaloux à leur égard «d’une jalousie de Dieu» ; il n’avait pas du tout une jalousie humaine à l’égard des Corinthiens en cherchant à en faire ses disciples. Les faux apôtres n’avaient que cela, eux qui voulaient les gagner à leur propre cause. «Car je vous ai fiancés», dit-il, «à un seul mari, pour vous présenter au Christ comme une vierge chaste». N’est-ce pas exactement ce que nous trouvons au chap. 5 de l’épître aux Éphésiens ? Jésus n’avait pas fait autre chose : il s’était donné lui-même pour l’Assemblée, afin qu’il se la «présentât... glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable». Tel était le but du Seigneur en se donnant lui-même. L’apôtre dit : Je n’ai pas voulu faire autre chose que Lui ; aucun autre but que le sien, ne m’anime ; je désire vous présenter à Lui comme une vierge chaste. C’est ainsi qu’il veut vous avoir, et comment aurais-je un autre but que le sien ?

Il dit un peu plus loin : «Nous avons été manifestés de toute manière, en toutes choses, envers vous» (v. 6). Il avait plu au Seigneur de se manifester à Saul de Tarse, quand la lumière divine avait resplendi dans les ténèbres de son coeur. Mais, ayant reçu cette manifestation de Christ, il n’a pas d’autre pensée que de le manifester lui-même au-dehors. Aussi peut-il dire : «Nous avons été manifestés de toute manière, en toutes choses, envers vous». Il apportait la lumière de cette présence, et par son moyen les hommes se trouvaient placés dans la pleine lumière de Christ. Nous n’avons pas à agir autrement, soit comme individus, soit comme assemblée. On le voit dans la première épître aux Corinthiens. Certes, il y avait, dans cette assemblée, beaucoup à reprendre, mais si un homme du dehors se trouvait là, les secrets de son coeur étaient rendus manifestes, et, placé en pleine lumière, il publiait que Dieu était réellement parmi eux. Comme individus, nous pouvons aussi agir de même. Il faut que Christ habite par la foi dans nos coeurs, en sorte que chacun le voie en nous et dise : J’ai eu affaire avec Christ ; j’ai trouvé Celui qui est lumière, dans cet humble chrétien qui venait me parler, et cela m’a attaché à Jésus seul !

Au v. 10, vous trouvez un autre caractère de Christ, tel qu’il est représenté par l’apôtre. Avez-vous remarqué cette expression : «Comme la vérité de Christ est en moi» ? La Parole nous apprend que c’est Christ qui est la vérité. «Je suis la vérité», dit le Seigneur. Il a manifesté parfaitement la vérité, c’est-à-dire toute la pensée de Dieu devant les hommes, mais cette même pensée de Dieu était manifestée maintenant par l’apôtre, parce que «la vérité de Christ était en lui». Celui qui était la vérité pouvait être connu dans la personne de Paul, le bien-aimé serviteur de Dieu, et les âmes qui se trouvaient en relation avec lui, pouvaient dire : «C’est par Paul que nous avons reçu la vérité».

Au v. 11, il dit : «Est-ce parce que je ne vous aime pas ? Dieu le sait». Le caractère suprême de Christ est l’amour. L’apôtre peut dire : Dieu sait si cet amour est en moi. Je ne regarde pas aux hommes, pour voir s’ils s’en rendent compte, mais Dieu le sait. Il a dit auparavant : «L’amour du Christ nous étreint». L’amour du Christ ! Il en était donc le porteur auprès de tous les hommes, comme auprès des saints. Dieu sait si je vous aime, de l’amour de Celui qui s’est révélé à moi comme le Dieu d’amour, et c’est cet amour que j’ai apporté au milieu de vous. Voilà pourquoi je n’ai pas voulu vous être à charge, pourquoi aussi vous ne m’avez pas vu venir parmi vous, muni de mon autorité.

Après avoir présenté ces choses, l’apôtre répond aux faux docteurs qui venaient au milieu des saints, déguisés en anges de lumière, car il ne faut pas oublier que c’est aux doctrines séductrices que Satan sait donner la plus belle apparence. De nos jours, quand on parle aux chrétiens d’un faux docteur, la plupart d’entre eux vous répondent : «Mais cet homme est un véritable saint dans sa conduite !» L’apparence est celle d’un ange de lumière, et pourtant le caractère est celui du serpent qui a séduit Ève par sa ruse !

Après avoir répondu à toutes les prétentions de ces gens-là, l’apôtre est contraint de parler de ce qu’il a souffert pour Christ : «Puisque plusieurs se glorifient selon la chair, moi aussi je me glorifierai» (v. 18). Toute cette description (v. 23-31) nous montre combien peu le livre des Actes nous énumère les circonstances traversées par l’apôtre Paul. Dans toute cette énumération, vous rencontrez peut-être trois faits relatés dans les Actes. Tout le reste y est passé sous silence, mais le Seigneur ne l’a pas oublié, et si l’apôtre mentionne toutes ces tribulations, c’est en se réjouissant d’avoir été estimé digne de souffrir des opprobres pour le nom de Christ. Quant à ses circonstances, ce cher serviteur pouvait bien dire ici, comme dans sa première épître : «Si, pour cette vie seulement, nous avons espérance en Christ, nous sommes plus misérables que tous les hommes» (1 Cor. 15:19). Le plus misérable, mais le plus heureux aussi, parce que son espérance était en Christ seul et que pour lui, vivre ici-bas, c’était Christ. Ces souffrances de Paul n’étaient pas une discipline de Dieu à son égard. Il avait apporté Christ au monde, et voilà ce que le monde avait su lui offrir en échange. Mais il ne se plaignait pas, puisque ainsi il avait part aux souffrances de Christ. Ce qui ajoutait à ses souffrances, en l’assiégeant tous les jours, c’était la sollicitude pour toutes les assemblées. Il complétait ainsi les souffrances de Christ pour Son corps qui est l’Église.

Après avoir mentionné toutes ces tribulations, il ajoute : «S’il faut se glorifier, je me glorifierai dans ce qui est de mon infirmité», et il développe cette pensée à la fin de notre chapitre et dans le chapitre suivant. Dès le commencement de son ministère, la persécution s’était élevée contre lui. Il s’était trouvé à Damas dans une position que le monde aurait pu tourner en ridicule et il s’en glorifie. C’est ainsi, semble-t-il dire, que Dieu m’a fait descendre. Et cet homme, descendu si bas, est élevé dans le troisième ciel pour entendre les paroles ineffables ! Dieu dit : Je t’ai abaissé ; maintenant je t’élève. Mais il faut redescendre encore du troisième ciel. Il semble qu’il va vivre désormais avec le souvenir glorieux d’être monté dans le paradis pour y entendre Christ. Non ; un ange de Satan le soufflette, et l’abaisse jusqu’au niveau de Job, le patriarche. Le Seigneur lui dit alors : Je veux que tu ne te glorifies que dans tes infirmités ; c’est là que ma puissance se développe et je veux faire de toi un vase de ma puissance.

Apprenons nous-mêmes par l’exemple de l’apôtre à ne nous glorifier en rien, sinon dans nos infirmités. Le Seigneur n’emploie que des vases brisés pour faire son oeuvre dans ce monde, et pour être en bénédiction à l’assemblée de Christ.

16               Chapitre 12

Nous avons vu au chapitre 10 que tout ministre de Christ doit mettre son état moral d’accord avec le don que le Seigneur lui a confié, et qu’il doit être personnellement son représentant dans ce monde. C’est ce que l’apôtre réalisait fidèlement dans son service. Dans le chapitre que nous venons de lire, deux autres points importants sont développés : En quoi consiste la puissance du ministère, et où faut-il en chercher la source ?

Voyons d’abord le deuxième point, la source du ministère, car c’est par cela que l’apôtre commence. Si l’on considère le ministère à la manière des hommes, on voit la différence immense entre leur conception et celle du ministère selon Dieu. Les hommes, beaucoup de chrétiens même, pensent qu’en acquérant une certaine science humaine, mise à la portée de tous dans les écoles, ils pourront devenir des ministres de Christ, ou du moins développer le don que Dieu leur a confié. En cela ils se trompent. La source du ministère ne peut être trouvée que dans le nouvel homme ; elle n’a rien à faire avec tout ce que le vieil homme peut acquérir. L’apôtre développe ici cette vérité. Quant à son état avant sa conversion, et notez bien que sa «grande science» datait d’alors, il n’en était plus question pour lui ; il ne se considérait plus comme étant dans le premier Adam ; aussi, parlant de lui-même, il dit : «Je connais un homme en Christ». C’est dans le nouvel homme que son ministère a pris sa source, et non dans tout ce que Saul de Tarse avait appris aux pieds de Gamaliel. Pour exercer efficacement un ministère selon Dieu, il faut avoir jeté par-dessus bord tout ce que l’homme voudrait y ajouter. Dès le début, Saul apprit cela sur le chemin de Damas. Son vieil homme était fini, jugé, réduit en poussière, et le point de départ de l’apôtre est la ruine complète du premier Adam pour entrer, en Christ, dans une vie toute nouvelle. Il avait appris cela en un instant ; nous ne l’apprenons souvent qu’à la longue et difficilement. C’est aussi ce qui fait que parfois, quand nous rencontrons quelque bénédiction dans notre ministère, nous en attribuons volontiers quelque chose à nos facultés naturelles. Souvent nous perdons ainsi les bénédictions qui s’attachent au service du Seigneur. On ne trouvait rien de semblable chez l’apôtre ; il savait que la croix de Christ était le seul endroit où il pouvait placer la chair avec tous ses avantages. Aussi ne se glorifiait-il que du nouvel homme, d’être en Christ, et de n’avoir place nulle autre part.

Il y avait quatorze ans que Paul avait entrepris son premier voyage, et c’était peut-être à Antioche que les choses extraordinaires dont il parle ici, lui étaient arrivées. Pour l’encourager dans son ministère où il allait rencontrer tant de souffrances, Dieu le ravit au troisième ciel et lui fait entendre là des choses ineffables. Il était de toute importance que l’apôtre soit mis en présence de l’excellence de Christ dans le troisième ciel, pour que, redescendu sur la terre, il soit bien convaincu qu’il valait la peine d’endurer pour Lui les plus grandes souffrances. Quel lieu que le troisième ciel, pour y être transporté ! Le tabernacle modèle des choses célestes que Dieu montra à Moïse sur la montagne, était divisé en trois : le parvis, le lieu saint et le lieu très saint. C’étaient des types de choses qui étaient en dehors et au-dessus de la terre. D’abord le parvis où se trouvait l’autel d’airain, image de la croix, dans un sens au-dessus de la terre, et dont Jésus dit : Quand je serai «élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi». Le monde a déclaré là qu’il n’y avait pas de place ici-bas, même pour les pieds du Sauveur. On peut donc dire que la première partie du tabernacle sort de la limite des choses terrestres, comme symbole. C’est le point qui déjà nous sépare du monde. Du parvis on entrait dans le lieu saint où l’on trouvait la table des pains de proposition, le chandelier et l’autel d’or. En type, nous sommes dans le lieu saint, présentés à Dieu en Christ, capables de rendre culte, illuminés du Saint Esprit. Ensuite, vient le lieu très saint, type du troisième ciel. On y trouvait l’arche et le trône de Dieu sur le propitiatoire. Dans le troisième ciel nous pouvons entrer par l’Esprit, à travers le voile déchiré, car nous y trouvons le trône de la grâce. Mais l’apôtre y avait été ravi en réalité, sans cependant pouvoir dire comment, et il y avait entendu des choses incommunicables à d’autres. Il ne nous est pas donné d’y entrer ainsi, car nous n’avons pas reçu comme lui un ministère inspiré pour présenter aux hommes les mystères de Dieu. Mais il y a pour le chrétien un lieu plus intime que celui du trône, c’est la maison du Père. Si nous n’avons pas la perfection de révélations que l’apôtre seul a eues, Dieu nous a ouvert l’endroit caché de son tabernacle, c’est là que nous pouvons méditer sur la présence ravissante de Christ qui nous a révélé le Père. Nous n’y entendons pas les choses ineffables, mais nos âmes y jouissent de la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Quand nous serons là corporellement ce sera bien différent, sans doute, car nous serons en tout point et pour toujours, semblables à Lui dans la gloire ; mais maintenant déjà nous pouvons jouir de ce lieu béni.

Quand l’apôtre parle, comme nous l’avons vu, d’être en Christ il dit : «Je me glorifierai d’un tel homme, mais je ne me glorifierai pas de moi-même, si ce n’est dans mes infirmités» (v. 5). Il fait donc une différence entre un tel homme et lui-même. Il sait très bien ce qui serait arrivé, si descendant du troisième ciel, il avait été livré à lui-même, car il se serait glorifié d’y avoir été. Le danger, pour lui, n’était pas d’être au troisième ciel, mais d’en descendre. Tant qu’il était là-haut, il gardait absolument sa place, mais quand il redescend sur la terre, l’extraordinaire des révélations aurait pu le remplir d’orgueil. Afin de le garder de se glorifier, Dieu lui envoie un ange de Satan pour le souffleter, de sorte qu’il pouvait devenir un objet de mépris ou de dégoût pour ceux auxquels il s’adressait. Aussi les faux apôtres disaient de lui : «Sa personne est méprisable». Quand il parle aux Galates, il leur dit : «Vous savez que dans l’infirmité de la chair je vous ai évangélisés au commencement ; et vous n’avez point méprisé, ni rejeté avec dégoût ma tentation qui était en ma chair» (4:13, 14). Satan devient ainsi, comme pour Job, le moyen de bénédiction pour l’apôtre. Loin d’être détourné du chemin de la dépendance, il suit les traces de son Sauveur à Gethsémané. Jésus avait prié trois fois que la coupe passe loin de Lui, Paul supplie trois fois le Seigneur que l’épreuve se retire de lui. Une fois encore Satan s’était trompé. Il espérait rendre l’Évangile méprisable dans la personne de son ministre, mais Dieu dit : «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité».

C’est ici que nous trouvons la réponse à notre seconde question : En quoi consiste la puissance du ministère ? Dieu dit : Il faut que tu sois sans force en toi-même pour que ma puissance se développe en toi. Ce passage est vrai pour nous tous. Nous ne trouvons de puissance dans notre service que si nous ne sommes rien à nos yeux. C’est en effet ce que dit Paul au v. 11 : «Je n’ai été en rien moindre que les plus excellents apôtres, quoique je ne sois rien». Je me demande si quelqu’un d’entre nous pourrait dire de lui-même, en toute sincérité : «Je ne suis rien». Certains hommes de Dieu l’ont montré d’une manière remarquable dans la pratique. Quand on demandait à Jean le Baptiseur qui il était, il répondait : «Voix de Celui qui crie dans le désert». Dieu parle par ma voix, mais je ne suis rien. Arrivent les infirmités. Ah ! dit Paul, aussi bien que je me glorifie d’un homme en Christ, je me glorifie dans mes infirmités, afin que la puissance de Christ demeure sur moi. J’accepte les soufflets de l’ange de Satan, je consens à n’être rien, je ne recule pas devant la souffrance, pour-vu seulement que cette puissance ne m’abandonne pas. «Mon millier, dit Gédéon, est le plus pauvre en Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père» ; alors une parole de l’ange lui communique la force. Si, d’un autre côté, comme Samson, l’on se confie en sa force, on devient une proie facile de l’Ennemi. Il peut en être ainsi pour nous. Lorsque, perdant le sentiment de notre faiblesse et de notre néant, nous mettons notre confiance en nous-mêmes ou dans les dons que Dieu nous a départis, la puissance nous a quittés sans que, peut-être, comme Samson, nous en sachions rien ; et la bénédiction ne se retrouve pas. Aussi l’apôtre dit : «C’est pourquoi je prends plaisir dans les infirmités, dans les outrages, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ : car quand je suis faible, alors je suis fort» (v. 10). Il ne dit pas : Je les supporte, je les accepte ; il y prend plaisir ; son bonheur est de souffrir en vue du but à atteindre, et parce que dans la faiblesse est le secret de la puissance de son ministère.

Au commencement de ce chapitre, nous avons vu un homme en Christ et la puissance manifestée dans son ministère ; nous trouvons à la fin (v. 20, 21), non plus les fruits de l’Esprit dans le coeur du racheté, mais les fruits de la chair, fruits tels qu’ils font monter la rougeur à nos fronts : «Car je crains que, quand j’arriverai, je ne vous trouve pas tels que je voudrais, et que moi je ne sois trouvé par vous tel que vous ne voudriez pas, et qu’il n’y ait des querelles, des jalousies, des colères, des intrigues, des médisances, des insinuations, des enflures d’orgueil, des désordres, et qu’étant de nouveau revenu au milieu de vous, mon Dieu ne m’humilie quant à vous, et que je ne sois affligé à l’occasion de plusieurs de ceux qui ont péché auparavant et qui ne se sont pas repentis de l’impureté, et de la fornication, et de l’impudicité qu’ils ont commises».

Les Corinthiens, doués comme ils l’étaient, avaient marché selon la chair, et ce n’était pas seulement un individu, «le méchant» parmi eux qui avait péché ; beaucoup d’entre eux avaient fait des choses semblables, puis étaient revenus en apparence de leurs errements, sans que leurs consciences aient été atteintes et que la repentance se soit produite dans leurs coeurs. Comme tout cela est sérieux ! Il nous est possible de vivre dans la puissance du nouvel homme ; mais, d’autre part, nous pouvons suivre le chemin de la chair et marcher avec les enfants de Dieu, en affligeant ceux qui ont à coeur la gloire de leur Sauveur. Ayons soin de bannir de notre vie tout ce qui ne correspond pas au caractère de Christ, afin que notre conduite le glorifie. Que le désir de nos coeurs à tous soit de vivre selon le nouvel homme et dans sa puissance !

17               Chapitre 13

En repassant tout ce que cette épître nous a enseigné au sujet du ministère apostolique et du ministère chrétien, je suis frappé de voir que l’autorité du ministère pour châtier, pour ne pas épargner celui qui s’élève contre Christ, ne vient qu’en dernier lieu. En effet, l’apôtre a présenté dans le courant de cet écrit ce qu’est le ministère chrétien comme ministère de l’Esprit, de la grâce et de la liberté. Il a montré ensuite ce ministère à l’oeuvre, soit envers le monde, soit envers l’Assemblée qu’il exhorte à marcher dans la sainteté pratique. Puis il a montré ce ministère, s’occupant des plus humbles fonctions, du bien matériel des enfants de Dieu, et ne s’épargnant aucune fatigue pour apporter du secours à ceux qui sont dans le besoin. Il a présenté ensuite ce ministère, dans sa propre personne, reproduisant les caractères même de Christ aux yeux de tous, et trouvant sa source et sa puissance en Lui. Il arrive enfin, dans le dernier chapitre, à un sujet que tout autre que l’apôtre aurait mis au premier plan pour faire montre de l’autorité qui était entre ses mains. Vous avez vu dans les chapitres précédents que le ministère de Paul rencontrait beaucoup d’obstacles même parmi ses enfants dans la foi, que bien des misères subsistaient encore dans l’assemblée de Corinthe, quand même en beaucoup de choses leurs consciences avaient parlé et qu’ils avaient jugé et réparé le mal. Mais, outre cela, de faux apôtres prétendaient faire recevoir leur autorité parmi eux en combattant celle de Paul. Devant tous ces obstacles, il est remarquable qu’il ne parle pas une fois, dans les chapitres qui précèdent, de vouloir exercer son autorité en châtiment. Au chap. 10:8, il dit : «Si même je me glorifiais un peu plus de notre autorité que le Seigneur nous a donnée pour l’édification et non pas pour votre destruction, je ne serais pas confus». Il a soin de dire que cette autorité n’a pas pour but de frapper et de détruire. Au v. 10 de notre chapitre, il dit exactement la même chose : «Selon l’autorité que le Seigneur m’a donnée pour l’édification et non pas pour la destruction». Ainsi le premier caractère de l’autorité que l’apôtre avait reçue du Seigneur n’était pas «d’user de sévérité», mais bien d’édifier, quand même il avait le «droit» de châtier. Il en est de même dans l’épître aux Éphésiens (2:20), où l’autorité avait été confiée aux apôtres et prophètes pour l’édification de la maison de Dieu.

Dans ce même chap. 10:3, une autre fonction de cette autorité était de détruire, non les récalcitrants, mais les forteresses élevées par Satan pour empêcher les âmes de prendre possession de leurs privilèges. Cette autorité, Paul pouvait se réjouir de la posséder et d’amener ainsi les âmes captives à l’obéissance de Christ. En effet, pendant tout son ministère, son combat était continuellement avec ce qui s’opposait à cette connaissance, que ce fût la religion des Juifs ou la sagesse des gentils.

Mais ce même chap. 10:6 nous dit encore : «Étant prêts à tirer vengeance de toute désobéissance, après que votre obéissance aura été rendue complète». Leur obéissance était le premier but, mais ce but atteint, les ouvriers de Satan qui avaient cherché à s’opposer à l’oeuvre de Dieu parmi les Corinthiens, seraient frappés par la verge d’autorité dans la main de l’apôtre, comme jadis les Égyptiens par la verge de Moïse. S’il parle ainsi, c’est donc à la fin de son épître. Aussi dit-il dans notre chapitre : «Si je viens encore une fois, je n’épargnerai pas» (v. 2) ; j’userai «de sévérité» (v. 10). Dans la première épître aux Corinthiens, il avait décidé de livrer le méchant à Satan, afin qu’il soit sauvé comme à travers le feu, mais il avait suspendu son jugement, et l’on voit dans la seconde épître que c’était pour produire dans leurs coeurs un jugement complet du mal. Dans la première épître à Timothée (1:19), il livre de fait Hyménée et Alexandre à Satan, afin qu’ils apprennent à ne pas blasphémer. Ici, il est décidé à frapper, mais combien à contrecoeur !

On voit, au v. 3, que les adversaires de l’apôtre essayaient d’amener les Corinthiens à mettre en doute si Christ parlait réellement par son moyen. Une pareille audace est difficile à comprendre, mais qu’est-ce que Satan n’osera pas dans sa guerre contre Christ ? L’apôtre leur donne la justification péremptoire de sa mission divine : «Examinez-vous vous-mêmes, et voyez si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas à l’égard de vous-mêmes que Jésus Christ est en vous ?» Si Christ était en eux, ils avaient l’Esprit de Dieu. Comment cette bénédiction leur avait-elle été communiquée ? Par le ministère de Paul qui avait été le moyen de les amener, par la foi, à cette position bénie. Il ajoute : «À moins que vous ne soyez des réprouvés». Il prend l’image d’un creuset dans lequel on ne trouve que des scories au lieu de métal précieux. Si Christ, le métal précieux, était en eux, pouvaient-ils être des réprouvés ? S’il agissait par Paul pour les amener à Dieu, est-ce que Paul pouvait être réprouvé ? Mais quelle tendresse on découvre à leur égard dans le coeur de l’apôtre ! Je consens, dit-il, à être comme réprouvé, à ce que vous ne trouviez en moi aucune valeur quelconque, pourvu que vous fassiez ce qui est bon. Je suis heureux d’être entièrement mis de côté, pourvu que vous soyez dans le bon chemin et que vous fassiez ce qui est agréable à Dieu !

Il termine enfin cette belle épître, au v. 11, en les exhortant, comme Assemblée, à faire cinq choses : 1° Réjouissez-vous. Quelle barrière la joie chrétienne oppose à tout ce par quoi Satan cherche à mécontenter nos âmes ! 2° Perfectionnez-vous. Il demandait déjà leur perfectionnement au v. 9. Cette image est prise d’un objet qu’il s’agit de faire fonctionner convenablement. De nos jours, une montre en est le meilleur exemple. Elle peut être bien agencée, sans aucune pièce qui lui manque, et pourtant il y manque quelque chose : elle ne marche pas. Il faut donc en retenir chaque pièce, en sorte que le mouvement arrive à s’opérer avec exactitude. C’est ce que nous avons à faire, aussi bien dans l’Assemblée qu’individuellement. Nous avons à travailler à ce que chaque rouage fonctionne selon un ordre que Dieu puisse approuver. Ce mot : perfectionnez-vous ! ne parle-t-il pas à nos consciences ? Chacun de nous est appelé à s’examiner en particulier et à se demander : Est-ce moi, peut-être, qui entrave le fonctionnement de l’Assemblée à la satisfaction de Christ ? 3° «Soyez consolés (ou encouragés)». Chose importante dans la vie chrétienne : rien ne nous encourage davantage qu’une bonne conscience et le sentiment que Dieu approuve notre marche. 4° «Ayez un même sentiment». Qu’il n’y ait pas, parmi les enfants de Dieu, de sentiments opposés les uns aux autres, et qu’en toutes choses ils marchent dans un même sentier. 5° «Vivez en paix». La joie, la paix, une même pensée, sont aussi dans l’épître aux Philippiens les éléments d’un bon état de l’Assemblée. «Et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous». Dieu aime à se tenir dans la compagnie de ceux qui réalisent ces cinq choses. Il est appelé le Dieu d’amour et de paix. Ce n’est pas seulement comme en Philippiens : «Faites ces choses, et le Dieu de paix sera avec vous». Il se trouve avec ceux qui cherchent la paix, car c’est son caractère ; mais ici, il est aussi le Dieu d’amour. Si cet état n’était guère celui des Corinthiens, l’apôtre le désirait pour eux. Suivons-nous aussi ces cinq préceptes ? le Dieu de paix viendra faire sa demeure au milieu de nous et le Dieu d’amour nous fera pénétrer toujours plus dans les secrets de son propre coeur !

«Saluez-vous l’un l’autre par un saint baiser». C’est le témoignage de l’amour mutuel que Paul désire voir parmi les chrétiens. L’épître se termine par ces mots : «Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, et l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous !» Le Seigneur Jésus Christ, Dieu, le Saint Esprit, la plénitude de la Trinité ! Le Seigneur Jésus Christ, dans la manifestation de sa grâce, c’est-à-dire d’un amour descendu au milieu de la scène du péché pour y apporter le remède souverain ; Dieu, dans l’expression de son amour en Christ ; le Saint Esprit, par lequel nous avons communion avec le Père et le Fils, et les uns avec les autres ! Quel tableau délicieux d’une Assemblée selon Dieu ! L’apôtre désirait que ces choses fussent avec eux tous, non pas avec quelques-uns seulement.

Bien-aimés, soit que nous soyons nombreux, ou seulement deux ou trois pour représenter l’Assemblée dans ce monde, le désir de l’apôtre est que ces choses soient avec nous tous. S’il en avait été ainsi, quel autre aspect l’Assemblée de Corinthe aurait présenté ! Reprenons pour nous-mêmes chacun de ces préceptes ; méditons-les, et soyons certains que si nous cherchons à réaliser ces choses individuellement et collectivement, des bénédictions spéciales nous seront accordées. Au lieu d’une marche de faiblesse et de désunion, d’insouciance et de sommeil, la vie de l’Assemblée s’épanouira de manière que le monde lui-même rende ce témoignage : «Dieu est réellement au milieu d’eux. Le Dieu d’amour et de paix est avec eux !»