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Henri Rossier — Courtes méditations

 

Ce qui nous SÉPARE du MONDE

H. Rossier — Courtes méditations — n°26

ME 1922 p. 289-293

Le monde est un vaste système, inauguré par la convoitise du premier homme, lorsqu’il fut tenté par Satan dans le jardin d’Éden. Cette convoitise amena l’homme à désobéir à Dieu, péché qui l’exclut désormais de Sa présence. L’homme est dès lors esclave de Satan et du péché, et toutes les choses qui sont dans le monde sont devenues pour lui un attrait et un objet de convoitise.

Cependant, au début, malgré le péché et la convoitise, le monde n’était pas encore organisé comme système. Il le devint partiellement, lorsque Caïn bâtit la ville d’Hénoc (Gen. 4:17-22) et y installa tout ce qui peut rendre le monde agréable à l’homme séparé de Dieu. Ce système s’est ensuite étendu de plus en plus, pour arriver à son apogée lorsque le monde, conduit par Satan, eut rejeté le Fils de Dieu qui lui était envoyé comme Sauveur. Dès lors, Dieu étant publiquement banni du monde, Satan acquit son titre incontestable de «prince du monde».

Désormais ce système, avec les principes qui le font agir, avec tous les objets qu’il contient et avec les hommes qui recherchent ces objets, est appelé le monde.

Le monde peut revêtir des aspects divers. Il peut être le monde religieux, le monde politique, le monde industriel ou artistique, le monde des plaisirs, etc., il conserve toujours ce trait dominant : il est le monde de Satan ; il est, comme son prince, l’ennemi de Dieu, du moment qu’il a rejeté et crucifié le Fils de Dieu qui lui était envoyé comme Sauveur.

Au milieu de cet état de choses, Dieu, dans sa grâce, s’est acquis par l’oeuvre de la rédemption, une famille qui n’est pas du monde comme Jésus n’est pas du monde, mais qui est appelée à le traverser comme Christ lui-même. Les membres de cette famille sont néanmoins continuellement en danger de se laisser gagner par les principes du monde et par la convoitise des choses qui s’y trouvent, parce que, tout en n’étant plus dans la chair, chacun d’eux a la chair en lui ; aussi Dieu nous exhorte continuellement à être séparés de ces choses tout en les traversant comme témoins de Christ. «N’aimez pas le monde», nous dit-il, «ni les choses qui sont dans ce monde : si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui».

Considérons donc un peu ce par quoi nous en sommes séparés.

Pour le dire en un mot, ce qui nous sépare du monde, c’est Christ. En lui est la puissance effective de cette séparation, et cette dernière a lieu de quatre manières.

1° D’abord cette séparation a été complète dès la mort de Christ sur la croix. «En se donnant lui-même pour nos péchés, il nous a retirés du présent siècle mauvais» (Gal. 1:4). Ce «présent siècle» n’est pas autre chose que le monde actuel (2 Tim. 4:10 ; Rom. 12:2), car ce dernier est resté le même depuis la croix, sauf que son état moral s’est encore aggravé. De quelle manière en avons-nous été retirés ? Deux grands faits ont eu lieu pour nous à la croix de Christ : D’abord l’expiation qui nous a entièrement délivrés du joug par lequel Satan nous retenait captifs ; ensuite le voile déchiré, par lequel ce qui nous séparait de Dieu était ôté pour toujours, afin de nous frayer un chemin nouveau jusqu’à Lui (Hébr. 10:20).

En Gal. 6:14-15, la pensée de notre séparation du monde par la croix de Christ est encore accentuée : «Qu’il ne m’arrive pas à moi, de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde». C’est la croix de Christ qui sépare le chrétien du monde. Paul se place pour ainsi dire devant elle, comme une nouvelle créature, et il voit là le monde crucifié, jugé définitivement et condamné comme absolument mauvais, puisqu’il a traité le fils de Dieu d’une pareille manière. Désormais il n’y a aucun lien quelconque entre lui et la nouvelle créature. Paul réalisait cela. Pour lui le monde était mort, jugé, condamné ; le monde ne lui était plus rien, n’avait plus aucune valeur pour lui, aucun droit sur lui, et ne lui pouvait rien. — Mais de plus, le chrétien a le privilège de se considérer lui-même comme cloué sur la croix de Christ et de voir le monde depuis ce lieu-là. Tout ce qui, en moi, appartenait au monde, dit l’apôtre, a été jugé sur la croix et mis de côté, en sorte que je ne suis plus rien pour le monde, que je n’ai aucune valeur pour lui, que je n’y ai aucun droit et ne puis y prendre aucune place.

2° Ce qui nous sépare du monde, c’est en second lieu un Christ ressuscité et assis dans les lieux célestes. Il y est monté dans ce but, car il dit : «Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde... Et moi je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité» (Jean 17:14-19). Il nous laisse encore après lui comme ses témoins dans ce monde qu’il a quitté ; bien plus, il nous y a envoyés de là-haut, comme il y a été envoyé lui-même, mais il déclare à deux reprises que nous ne sommes pas plus du monde que lui. Il est bien remarquable que cette merveilleuse prière du Seigneur à son Père, comme s’il était déjà de l’autre côté de la croix, soit toute remplie de l’affirmation que les siens n’appartiennent pas plus au monde que lui, bien qu’ils y soient envoyés en témoignage pendant le temps de la grâce pour y proclamer le salut par l’Évangile. Pour que nous puissions répondre au caractère de séparation que nous avons à manifester en traversant ce milieu de ténèbres, le Seigneur a soin d’attacher nos coeurs à Lui dans le milieu céleste qu’il occupe maintenant. Notre sauvegarde est d’avoir nos affections liées à la personne d’un Christ céleste. Il faut que nos coeurs soient quelque part. Où sont-ils ? Ici-bas, ou en haut ? Aux intérêts du monde, ou à ceux de Christ ? Sur la terre, ou dans le ciel, où notre vie est cachée avec le Christ en Dieu ? Le chrétien dont le coeur a réalisé la perfection, la beauté, l’amour de Jésus dans le ciel, n’aura pas de difficulté à ne trouver aucune valeur aux choses que le monde pourrait lui offrir et les estimera comme des ordures afin de gagner Christ, car en Lui il a trouvé un trésor que rien ne peut égaler et dont rien ne peut même approcher.

3° Mais nous sommes encore séparés pratiquement du monde par un autre caractère de Christ : Il est notre espérance. «Nous savons que, lorsqu’il sera manifesté nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est. Et quiconque a cette espérance en lui, se purifie comme lui est pur», c’est-à-dire se sépare de tout ce qui tient au péché qui règne dans le monde, et à l’impureté de la chair.

La même pensée est exprimée sous une autre forme en 2 Pierre 1:19. L’apôtre y présente le monde comme un lieu obscur dans lequel la lampe prophétique éclaire nos pas, pour que nous nous rendions compte de l’état véritable de ce milieu que les jugements divins vont atteindre ; mais l’étoile du matin, levée dans nos coeurs, un Christ qui vient, objet de nos affections et de notre espérance, nous sépare de ce monde d’une manière beaucoup plus efficace que l’annonce des jugements qui vont fondre sur lui, et nous attacher à cette personne bénie à laquelle nous pouvons crier par la foi : Viens, Seigneur Jésus !

4° Ce qui nous sépare pratiquement du monde est, en dernier lieu, notre témoignage, comme il est dit en 1 Cor. 6 : «Nous sommes le temple du Dieu vivant. Quelle participation peut-il y avoir entre la justice et l’iniquité ; quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? C’est pourquoi sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur», et l’apôtre ajoute : «Ayant donc ces promesses, bien-aimés, purifiez-vous, vous-mêmes, de toute souillure de chair et d’esprit, achevant la sainteté dans la crainte de Dieu».

Le cas de l’aveugle-né en Jean 9 est encore un exemple frappant de la séparation, même involontaire, opérée par un témoignage fidèle à notre Seigneur et Sauveur. Ayant recouvré la vue, cet homme devient un témoin vivant de Christ au milieu du monde ennemi qui l’entoure. «Voulez-vous aussi, vous, devenir ses disciples ?» leur dit-il. Il est chassé dehors. Le voilà définitivement séparé du monde et de sa religion par un témoignage fidèle rendu à Jésus. Cette exclusion est son trésor et sa joie. Dehors, il trouve le Fils de Dieu, rejeté lui-même du monde qui vient de chasser son disciple !