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LA PRIÈRE

 

 

G. ANDRÉ

 

Table des matières :

1     INTRODUCTION : Qu’est-ce que la prière ?

2     POURQUOI  PRIER ?

2.1      Remercier et adorer

2.2      Demander

2.2.1             Dans le besoin pressant : supplier

2.2.2             Exposer nos requêtes

2.2.3             Demander selon Sa volonté

2.3      Intercéder

2.4      Confesser nos fautes

3     COMMENT PRIER ?

3.1      Attitude extérieure

3.2      Avec qui prier ?

3.3      Attitude morale

4     QUAND PRIER ?

4.1      La disposition à la prière

4.1.1             Prier sans cesse — 1 Thess. 5:16

4.1.2             Prier en tout temps — Éph. 6:18

4.1.3             Prier «en toutes choses»Phil. 4:5

4.1.4             Prier «en tout lieu»1 Tim. 2:8

4.2      La prière quotidienne,

4.3      La prière liée aux étapes de la vie

5     DIVERS HOMMES ET FEMMES DE PRIÈRE DE LA BIBLE

5.1      Anne — Sam. 1 à 2

5.2      Samuel

5.3      Élie

5.4      Moïse

5.4.1             Comment priait Moïse ?

5.4.2             Moïse intercesseur

5.4.2.1         Rephidim — Ex. 17:8-13

5.4.2.2         Le veau d’or (Ex. 32:7-14) —  Les douze espions (Nomb. 14:11-20)

5.4.3             La découverte progressive par Moïse de qui est Dieu

6     LES RÉSULTATS DE LA PRIÈRE

6.1      La paix de Dieu

6.2      La joie de l’exaucement

6.2.1             aa

6.2.2             bb

6.2.3             cc

6.2.4             dd

6.3      La reconnaissance Actions de grâces

6.4      La communion

6.5      La patience

6.6      Le dévouement

6.7      Donner la vie (sous le gouvernement de Dieu)

6.8      La délivrance

6.9      Discerner la volonté de Dieu

6.10      Ouvrir les yeux

7     L’EXEMPLE SUPRÊME

7.1      Au baptême — Luc 3:21-22

7.2      Luc 5:15-16

7.3      Sur une montagne — Luc 6:12

7.4      À l’écart, avec ses disciples — Luc 9:18

7.5      À la montagne de la transfiguration — Luc 9:28-32

7.6      Dans un certain lieu — Luc 11:1

7.7      Le chemin va se terminer — Luc 22:32

7.8      Gethsémané — Luc 22:39-46

7.9      La prière de Jean 17

 

On remarquera que certains passages clés reviennent à plus d’une reprise dans le texte. Leur importance a paru justifier qu’ils soient considérés à nouveau sous divers angles.

 

 

Seigneur, enseigne-nous à prier (Luc 11:1)

 

1                        INTRODUCTION : Qu’est-ce que la prière ?

 

Le privilège de pouvoir parler à Dieu :

Avec la liberté d’un fils devant son père,

Et le saint tremblement d’un mortel devant Dieu.

H. et C. 90/3

 

Moïse donne l’un des plus remarquables exemples de prière de l’Ancien Testament. Sous le poids de l’immense responsabilité qui reposait sur lui, il «entrait dans la tente d’assignation pour parler avec Lui» (Nomb. 7:89). Loin de la poussière du désert et des brouhahas du camp, il pénétrait dans le silence du sanctuaire. Tout d’abord «il entendait la voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire», puis «il Lui parlait». D’abord écouter, ensuite parler. «L’Éternel parlait à Moïse face à face, comme un homme parle avec son ami» (Ex. 33:11). Le chrétien jouit d’un privilège encore plus grand : il communique avec Dieu non seulement comme avec «son ami», mais il l’écoute et lui parle comme à son Père ; Jésus le dit déjà à ses disciples : «Quand vous priez, dites : Père» (Luc 11:2).

Toutefois la prière ne s’adresse pas seulement au Père ; Paul dit : «J’ai supplié trois fois le Seigneur» (2 Cor. 12:8) ; Etienne, lapidé, s’adresse au Seigneur Jésus. Mais fondamentalement nous prions le Père, nous regardons à lui pour tout ce qui nous concerne, ou nous intéresse : c’est la dépendance.

Son intérêt pour nous, nous donne la liberté de nous adresser à Lui sans réticence : c’est la confiance.

À la base, se trouve la foi dans son amour et dans sa puissance. Il ne s’agit pas de commander à Dieu d’agir selon nos désirs, mais, tout en lui exposant nos besoins, de nous en remettre à sa sagesse et à sa bonté qui sont bien au-dessus de nos propres pensées. Il a choisi de nous accorder bien des choses en réponse à la prière qu’il ne donnerait pas sans elle : «Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas» (Jacq. 4:2). Ainsi nous avons une preuve continuelle que nous avons affaire avec le Dieu vivant, et nos âmes sont amenées à une communion plus profonde avec lui.

Nous nous adressons à un Dieu invisible, mais présent, dont la puissance et la sagesse sont infinies, qui nous aime et s’intéresse à nous, à nos problèmes. Il nous comprend et veut nous aider. Il nous a donné son Fils et «nous fera don aussi, librement, de toutes choses avec lui» (Rom. 8:52).

Comme l’a écrit quelqu’un : «Mon bonheur consiste à lui exposer toute chose dans le sentiment de ma dépendance, et à avoir la confiance que, dans son amour, il fortifiera mon coeur, assuré que je suis que ses soins incessants ne me feront pas défaut».

 

2                        POURQUOI  PRIER ?

 

Tout d’abord pour nous approcher de Dieu et communiquer avec Lui. L’épître aux Hébreux est riche de ce verbe «approcher». Nous nous approchons avec confiance du trône de la grâce (4:16). Nous nous approchons de Dieu par Christ qui intercède pour nous (7:25). Nous nous approchons par le chemin nouveau et vivant (10:19-22). Mais, nous déclare Hébreux 11:6 : «Il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu est». Celui dont la foi est peut-être très faible, mais qui a conscience de l’existence de Dieu, peut déjà s’approcher de Lui. «Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous» (Jacq. 4:8). Asaph autrefois disait déjà : «Pour moi, m’approcher de Dieu est mon bien» (Ps. 73:28). Il avait d’abord pensé que Dieu était contre lui ; il ne pouvait accepter la prospérité des méchants au regard de ses difficultés personnelles. Mais quand il est «entré dans les sanctuaires de Dieu», il a compris (*). Lorsque Jean questionne le Seigneur au sujet du traître, il s’est «penché sur la poitrine de Jésus», lui «le disciple que Jésus aimait» (Jean 13:23).

(*) Voir notre brochure : Entrer et Sortir

Nous nous approchons de Dieu comme Créateur, «de qui sont toutes choses, et nous pour lui» (1 Cor. 8:6) ; nous nous approchons du Rédempteur, qui a tout ordonné pour nous délivrer de la puissance de Satan et nous amener dans le royaume du Fils de son amour ; plus encore, nous nous approchons du Père qui «Lui-même vous aime» (Jean 16:27), — et du Seigneur Jésus, «l’Ami plus attaché qu’un frère» qui entre en sympathie dans toutes les circonstances des siens.

Pour l’Israélite, l’Éternel était derrière le voile (2 Chron. 6:1). Pour l’Ecclésiaste, «Dieu est dans les cieux, et toi sur la terre : c’est pourquoi que tes paroles soient peu nombreuses» (Eccl. 5:2). Mais pour les enfants de Dieu, il est proche, comme s’il disait : Venez, approchez-vous, n’ayez pas peur. Nous le pouvons parce que nous avons un souverain sacrificateur, qui «peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder pour eux» (Héb. 7:25). Christ est «entré dans le ciel même» (9:24), «ayant obtenu une rédemption éternelle» ; mais parce qu’il a été sur la terre et a connu les difficultés du chemin, il peut «sympathiser à nos infirmités» (4:15).

Nous nous approchons «avec confiance du trône de la grâce, afin de recevoir miséricorde» (4:16). Il est toujours difficile de s’approcher d’un monarque. Esther y a risqué sa vie (4:16). Maintenant nous sommes dans la faveur de Dieu ; il comprend notre faiblesse ; et même avant de nous accorder le «secours au moment opportun», il nous fait part de sa «miséricorde».

 

Voyons maintenant dans quels buts nous nous approchons de Dieu.

 

2.1   Remercier et adorer

 

L’incrédule ne rend pas grâces à Dieu (Rom. 1:21), tandis que le premier mot d’un nouveau-né dans la foi n’est-il pas : Merci Seigneur ? — «Rendre grâces au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière» (Col. 1:12).

Les actions de grâces sont pour ainsi dire la toile de fond de toute prière : «Persévérez dans la prière, veillant en elle avec des actions de grâces» (Col. 4:2). «En toutes choses exposez vos requêtes à Dieu, par des prières et des supplications, avec des actions de grâces» (Phil. 4:6). Déjà dans les temps anciens, Daniel s’agenouillait sur ses genoux trois fois le jour «et priait et rendait grâces devant son Dieu» (Dan. 6:10). Pourtant il était captif et exposé à un grand danger. Cela ne l’empêchait pas de rendre grâces.

Pour adorer Dieu, il faut un sentiment profond de reconnaissance, de gratitude. Dans les situations les plus difficiles, le croyant a toujours des motifs pour bénir Dieu. «Offrons donc par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom» (Héb. 13:15).

Nous adorons le Père, mais aussi Jésus lui-même : «À Celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang... À lui la gloire» (*).

(*) Voir la brochure de J.N.D. : Le culte selon la Parole

Nous n’adorons pas le Saint Esprit, mais nous «rendons culte par l’Esprit de Dieu» (Phil. 3:3), et nous «prions par l’Esprit» (Éph. 6:18). Quand nous ne savons pas comment prier, «l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables,» (Rom. 8:26).

 

2.2   Demander

 

À travers les circonstances variées de la vie, il nous arrive bien plus souvent de demander : nous avons tellement de besoins ! La Parole nous parle de «toutes sortes de prières et de supplications en tout temps» (Éph. 6:18). Cherchons à discerner quelles diverses sortes de prières nous adressons à Dieu, tout en conservant la «toile de fond» de l’action de grâces.

 

2.2.1        Dans le besoin pressant : supplier

 

Dans la détresse, dans le danger, dans la nécessité, le croyant crie à son Dieu. Abandonné de tous, David s’était réfugié dans la caverne où il compose le psaume 142 : «De ma voix je crie à l’Éternel : de ma voix je supplie l’Éternel. Je répands devant lui ma plainte, je déclare ma détresse devant lui» (v. 1-2). Pierre, voyant que le vent était fort, et commençant à enfoncer dans la mer, s’écrie : «Seigneur, sauve-moi» (Mat. 14:30). Jésus ne le fait pas attendre : «Aussitôt» il étend sa main et le prend. Dans la parabole des trois amis, l’hôte n’a point de pain pour le voyageur. Que faire ? Il se lève «sur le minuit» et va dire à son voisin : «Ami, prête-moi trois pains» (Luc 11:5).

Si l’on est conscient d’avoir manqué et d’être sous les conséquences de cette faute, peut-on crier à Lui ? Le psaume 130 nous donne la réponse : «Je t’ai invoqué des lieux profonds, ô Éternel ! Seigneur ! écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications. O Jah ! si tu prends garde aux iniquités, Seigneur qui subsistera ? Mais il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint» (Ps. 130:1-4).

«Supposons que mon âme ait perdu la communion avec Dieu ; mon coeur naturel dira : «Je dois en corriger la cause, avant de pouvoir venir à Christ». Mais Il est plein de grâce et, si nous le savons, notre devoir est de revenir à lui immédiatement tels que nous sommes, et ensuite de nous humilier profondément devant lui. Ce n’est qu’en lui et par lui que nous trouverons ce qui restaure nos âmes» (J. N. D.).

«Demandez et il vous sera donné», disait Jésus à ses disciples (Luc 11:9). Il vous sera donné... pas nécessairement les choses que vous avez demandées, mais celles que Dieu, dans sa sagesse, juge bonnes pour vous. Même un père terrestre sait donner à ses enfants «des choses bonnes» ; elles ne sont pas toujours conformes à leurs désirs ! «Combien plus le Père, qui est du ciel, donnera-t-il ?» (Luc 11:13).

Ainsi, dans le besoin pressant, nous pouvons avoir confiance dans la bonté et la sagesse de notre Père. Mais cela ne nous empêche pas de prier en tout lieu, en tout temps, en toute circonstance.

 

2.2.2        Exposer nos requêtes

 

En Philippiens 4:6, il ne s’agit pas de crier à Dieu dans une détresse particulière. Mais «en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâce». Le coeur qui cherche du soulagement s’épanche dans le sentiment de l’intérêt que Dieu a pour nous. On rejette sur Lui son fardeau, son souci (1 Pierre 5:7). On remet sa voie sur l’Éternel, en se confiant en lui, «et lui il agira» (Ps. 37:5). On place devant lui tout ce qui peut nous préoccuper, sans lui demander telle ou telle solution, telle ou telle issue, mais en lui faisant confiance. Le résultat n’est pas l’exaucement direct de notre prière, mais «la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus».

Parler à quelqu’un de nos problèmes nous soulage, mais les exposer à Dieu notre Père donne la paix, la confiance que lui interviendra. «Moi je rechercherai Dieu, et devant Dieu je placerai ma cause», disait déjà Job (5:8).

 

2.2.3        Demander selon Sa volonté

 

1 Jean 5:14-15 nous assure de l’exaucement d’une telle prière : «Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées». Telle était la promesse du Seigneur Jésus lui-même : «Quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous demandez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai» (Jean 14:13-14).

Mais comment demander «selon sa volonté», si nous ne la connaissons pas vraiment ? Le Seigneur Jésus nous en donne le secret : «Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait» (Jean 15:7). Vivre dans la communion avec Lui, être nourris de sa Parole, et lui obéir (v. 10) nous amène à discerner cette volonté de Dieu.

Romains 12:1-2 y met à la base diverses conditions : Présenter nos corps en sacrifice vivant — ne pas se conformer à ce siècle — être transformés par le renouvellement de notre entendement. On peut alors discerner quelle est la volonté de Dieu. 1 Jean 3:22 souligne encore : «Quoi que nous demandions, nous le recevons de Lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant Lui».

Si nous vivons près du Seigneur, nourris de sa Parole, discernant son plan pour notre vie, nous saurons demander selon sa pensée. Mais il peut facilement arriver que nous prenions nos propres désirs pour la volonté de Dieu. Aussi, lorsque nous croyons avoir compris quelle est cette volonté, encore faut-il que la «réponse» soit conforme à sa Parole, — que le Saint Esprit nous en donne la conviction intérieure, — et que les circonstances la confirment. Ces trois points ont été comparés aux trois phares qu’un avion qui cherche la piste d’atterrissage doit avoir bien alignés devant lui avant de s’y poser.

L’Esprit en nous peut nous faire sentir qu’il ne faut pas prier pour une certaine chose, qu’elle ne serait pas dans la ligne de la volonté de Dieu (par exemple 1 Jean 5:16). Jacques (4:3) nous avertit que nous pourrions «demander mal, afin de le dépenser pour nos voluptés».

Il ajoute encore (1:5) : «Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches». Ce fut la prière spécifique de Salomon. Au début de son règne, succédant à un père remarquable, il dit à Dieu : «Donne-moi de la sagesse et de la connaissance, et je sortirai et j’entrerai devant ce peuple» (2 Chron. 1:10). N’avons-nous pas souvent fait l’expérience qu’en demandant simplement au Seigneur ce discernement nécessaire dans les circonstances où nous nous trouvions, il nous a répondu selon sa promesse ?

C’est un exercice continuel, qui implique la foi, «ne doutant nullement» (Jacq. 1:6) ; mais aussi la confiance en la bonté de Dieu, qui saura exaucer selon sa toute connaissance ; la dépendance enfin, qui se soumet à la volonté que notre Père manifeste.

Dans l’adversité, on peut : se révolter, ne pas accepter cette volonté de Dieu ; ou se résigner, cesser de prier ; ou encore, avoir la victoire en acceptant l’épreuve que le Seigneur permet, dans le sentiment qu’il sait mieux que nous ce qui convient.

 

2.3   Intercéder

 

Intercéder, c’est prier en faveur des autres, spécialement en faveur des croyants, mais aussi des âmes perdues, ayant de l’amour pour chacun.

Épaphras «combattait toujours pour vous par des prières, afin que vous demeuriez parfaits et bien assurés dans toute la volonté de Dieu» (Col. 4:12). Samuel ne voulait pas «cesser de prier pour vous», disait-il à Israël avant de remettre sa charge de juge. C’eût été «péché» de le faire.

Le Seigneur Jésus intercède pour nous ; le Saint Esprit intercède pour nous ; n’intercéderions-nous pas pour nos frères ? Et tout d’abord pour notre famille. Abraham priait pour Sodome à cause des justes qui pourraient s’y trouver, mais surtout dans l’espoir que Lot en particulier serait délivré. Les parents intercèdent tout spécialement pour leurs enfants ; les enfants peuvent le faire aussi pour leurs parents, surtout quand ils les voient dans la peine.

Job prie pour ses amis, malgré tout le tort qu’ils lui avaient causé. Dieu rétablit son ancien état seulement après cette intercession, en lui donnant le double de ce qu’il avait eu (Job 42:10).

Que de fois Paul intercède pour les assemblées, sujet de sollicitude qui l’assiégeait tous les jours. Dans la plupart de ses épîtres il rappelle comme il prie, parfois jour et nuit, pour ses correspondants.

On est appelé à prier pour l’Évangile d’une façon générale, pour que Dieu «ouvre une porte», comme pour le salut d’une âme en particulier. Et la Parole nous met tout spécialement à coeur de prier pour les serviteurs de Dieu : «... et pour moi...» disait Paul (Éph. 6:19).

Aux Thessaloniciens l’apôtre écrivait : «Frères, priez pour nous» (5:25). Le Seigneur Jésus lui-même invitait ses disciples : «Suppliez donc le Seigneur de la moisson, de sorte qu’il pousse des ouvriers dans sa moisson» (Mat. 9:38). Paul demandait aux Corinthiens de coopérer par leurs supplications pour lui et ses compagnons, «afin que, pour le don de grâce qui nous est accordé par le moyen de plusieurs personnes, des actions de grâces soient rendues pour nous par plusieurs». L’assemblée priait pour les serviteurs ; le Seigneur donnait sa grâce en réponse à cette intercession ; le résultat en était des actions de grâces rendues par plusieurs.

Mais le cercle s’élargit. Le Seigneur encourage les siens à prier «pour ceux qui vous persécutent» (Mat. 5:44). Paul à Timothée (2:1) incite à intercéder «pour tous les hommes», et «pour tous ceux qui sont haut placés».

En Ésaïe 59:16, devant le mal croissant qui envahit son peuple, l’Éternel s’étonne «qu’il n’y ait personne... pas d’intercesseur». Sommes-nous des intercesseurs pour l’assemblée locale à laquelle nous nous rattachons ? En plus d’un endroit, des frères consacrent quelques minutes chaque jour, si possible à peu près à la même heure, pour prier pour le rassemblement. Et certainement le Seigneur répond et donne la bénédiction et le discernement nécessaire.

 

2.4   Confesser nos fautes

 

Le prophète Osée déclarait de la part de l’Éternel : «Prenez avec vous des paroles, et revenez à l’Éternel ; dites-lui : Pardonne toute iniquité» (Osée 14:2). Il fallait exprimer la repentance et la confession, venir avec «des paroles», témoins de la tristesse ressentie d’avoir offensé Dieu par ses actes. Cette confession peut être collective, en particulier dans le cas de 1 Corinthiens 5 ; elle est avant tout individuelle, selon 1 Jean 1:9 : «Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité».

Le psaume 32 montre que cette confession s’adresse avant tout à Dieu lui-même : «Je t’ai fait connaître mon péché... J’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi tu as pardonné l’iniquité de mon péché» (v. 5). Dans le psaume 51, David souligne : «Contre toi, contre toi seul, j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mauvais à tes yeux» (v. 4). Il ne s’agit pas de demander simplement pardon, mais d’avouer à Dieu avec précision le mal que nous avons commis, dans le sentiment profond de ce qu’il en a coûté à Christ de porter sur la croix ce péché-là. Dieu est alors fidèle et juste pour pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité.

Selon le cas, la confession est en outre de mise envers la personne offensée ou lésée, accompagnée éventuellement d’une restitution, comme l’enseigne Lévitique 5:5, 21-24, et Nombres 5:7.

Jacques 5:16 nous parle aussi de la confession des fautes «l’un à l’autre», afin de «prier l’un pour l’autre, en sorte que vous soyez guéris». Remarquons que le «l’un à l’autre» est à la fois au singulier et réciproque. Cette confession des fautes (*) implique une discrétion absolue de la part de celui qui la reçoit. Elle peut être une aide pratique réelle pour prévenir une nouvelle chute. En réponse à la prière d’intercession, la «guérison» n’est pas seulement physique ; elle revêt aussi un aspect spirituel, comme dans Hébreux 12:13.

(*) Nous dirions surtout des fautes morales comme celles reprises en Éph 4:25-31 ou 1 Pierre 2:1, par contraste avec Éph. 5:3.

3                        COMMENT PRIER ?

 

Comment, de quelle manière, s’approcher de Dieu ?

 

3.1   Attitude extérieure

 

«Entre dans ton cabinet», dit le Seigneur Jésus (Mat. 6:6) «et prie ton Père qui demeure dans le secret». 2 Rois 4:1-6 nous en donne un exemple. Seuls dans la pauvre chambre, la mère et ses deux fils ont récolté les vases vides. Ils ne sont que trois, mais une Présence est là. Dans sa détresse, la mère avait crié à Élisée : Comment sauver ses enfants de la main du créancier (pour nous, de Satan) ? Elle prend le peu d’huile, elle verse, et dans le silence de cette demeure, le miracle s’accomplit. Quand les vases sont remplis, l’huile s’arrête. Dans la mesure de sa foi, et de celle de ses enfants en récoltant les vases vides, il a été répondu. On ne fait pas parade de sa prière, comme les Pharisiens (Mat. 6:5), quoiqu’il puisse y avoir des cas où il convienne de ne pas cacher qu’on prie, tel Daniel dans sa chambre haute (Dan. 6:10).

Rien ne peut remplacer cette intimité avec le Seigneur «dans le secret». Il y invite celui qui ouvrira la porte à laquelle Il frappe : «Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi» (Apoc. 3:20). Le Seigneur Jésus lui-même n’en a-t-il pas donné l’exemple tôt le matin, tard le soir, et même toute la nuit ? Dans la maison de Pierre où il logeait à Capernaüm, il n’y avait probablement pas de pièce où se retirer solitaire, et «s’étant levé sur le matin, longtemps avant le jour, il sortit et s’en alla dans un lieu désert ; et il priait là» (Marc 1:35).

On peut, bien sûr, prier en tout lieu (1 Tim. 2:8). Paul priait dans sa prison ; en Actes 21:5, avec les croyants de Tyr, il s’était agenouillé sur le rivage. «Du bout de la terre je crierai à toi», disait le psalmiste (Ps. 61:2 cf. Ps. 139:9-10). Des entrailles du poisson, Jonas criait à l’Éternel du fond de sa détresse (Jonas 2:2-3).

C’est aussi en tout temps qu’il convient de s’adresser à Dieu. Éphésiens 6:18 le souligne, en ajoutant : «Veillant à cela avec toute persévérance». En un moment critique, quand le roi lui demandait pourquoi son visage était triste, et que peut-être sa vie dépendait de sa réponse, durant le festin même où il présentait le vin au monarque, Néhémie dit : «Je priai le Dieu des cieux, et je dis au roi...» (Néh. 2:5). David souhaitait habiter «dans la maison de l’Éternel tous les jours de sa vie» (voilà le sanctuaire), entre autres «pour m’enquérir diligemment de lui dans son temple». Non pas une fois seulement, mais en tout temps.

Quelle attitude prendre en priant ? Souvent les croyants sont à genoux, tel Paul avec les anciens d’Éphèse en Actes 20:36, ou le Seigneur lui-même en Gethsémané. Mais on en voit debout, tel Josaphat en 2 Chroniques 20:5. En 1 Chroniques 17:16 David s’assied devant l’Éternel. Quant à Jonas, ou au brigand sur la croix, ce n’est pas leur attitude extérieure, mais leur coeur qui parlait. Et c’est cela qui compte. Nous avons l’habitude dans le rassemblement de nous lever pour la prière, mais nos frères de langue anglaise au contraire restent assis. Qu’il s’agisse de prière individuelle ou collective, il est bon de se conformer à la pensée locale, mais par-dessus tout importe le sentiment de la présence de Celui à qui on s’adresse. On se souviendra aussi de l’exhortation de 1 Corinthiens 11:4-5 pour la prière en public.

Dans certains cas, on rencontre, dans le Nouveau Testament, la prière accompagnée du jeûne. En Actes 13:2-3, lorsque les prophètes et les docteurs d’Antioche reçoivent la direction du Saint Esprit quant à Barnabas et Saul, ils jeûnaient ; de nouveau ils jeûnent et prient avant de les «laisser aller». Lorsque Paul et Silas choisissent des anciens dans les assemblées, «ils prièrent avec jeûne, et les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru» (Actes 14:23). Il semble que Paul en avait l’habitude, d’après 2 Corinthiens 6:5 et 11:27 (il cite séparément la faim et la soif, ce qui laisserait entendre que les jeûnes dont il parle étaient volontaires).

Qu’il s’agisse de jeûne physique (privation totale ou partielle de nourriture, mais en aucun cas absence de boisson), ou plus spécialement de jeûne moral (s’abstenir de diverses choses bonnes en elles-mêmes pour se concentrer sur celles de Dieu), l’important est de se dépouiller de ce qui distrait de Lui, pour faire converger toute son attention sur la prière. Ésaïe 58:3-7 donne des instructions particulières à l’égard du jeûne dans sa portée morale.

En aucun cas il ne faudrait faire du jeûne un mérite. Si l’on se sent conduit par le Seigneur à l’observer à l’occasion, pour gagner du temps pour la prière ou s’y consacrer entièrement, ce sera toujours dans le sentiment de la seule grâce de Dieu et de sa bonté, qui répondront à nos demandes selon sa sagesse.

 

3.2   Avec qui prier ?

 

Tout d’abord, bien sûr, individuellement, et cela «sans cesse», tout en réservant des moments particuliers pour être seul à seul avec Dieu.

Mais aussi en famille, comme la veuve du prophète. Quel exemple pour les enfants s’ils discernent que la prière est pour les parents une joie et un privilège, et non un devoir dont on se passerait. Au psaume 128, la famille est réunie autour de la table. La présence de l’Éternel est là. Comment ne pas lui rendre grâces... même s’il y a des visites !

Pour la vie de l’assemblée, la réunion de prière a toute son importance. D’autres ont écrit longuement sur ce sujet (*). C’est tout spécialement en rapport avec la prière que le Seigneur fait sa promesse : «Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux» (Mat. 18:20 et 19). En Actes 12:5, l’assemblée faisait d’instantes prières à Dieu pour la libération de Pierre.

(*) Voir C.H.M. Sur les réunions de prière.

Le frère qui s’exprime doit pouvoir être compris de tous les présents ; ils pourront alors ajouter l’amen à sa prière (1 Cor. 14:16). Il ne s’agit pas d’enseigner les autres par une prière, ou de les exhorter, voire de les reprendre ! Celui qui est la bouche de l’assemblée s’adresse à Dieu, non pas aux hommes. Nous n’allongeons pas, recommandant spécialement la brochure indiquée ci-dessus.

Si la prière de l’assemblée a toute son importance, elle n’exclut pas que quelques-uns se retrouvent pour prier. En Actes 12, plusieurs étaient encore assemblés pendant la nuit et priaient dans la maison de Marie (v. 12). «Jacques et les frères» n’étaient pas là, d’après le verset 17. Il s’agissait donc bien d’un petit groupe. Daniel avait prié avec ses amis (2:18) ; Paul prie avec les anciens d’Éphèse (Actes 20:36) ; on pourrait multiplier les exemples.

Enfin, combien il est heureux que deux époux puissent prier ensemble, selon 1 Pierre 3:7. Rien ne peut mieux souder leur unité, leur harmonie. Ils ont soigneusement à veiller que rien dans leur attitude réciproque ne vienne «interrompre leurs prières». Si c’était le cas, il importerait de venir d’abord au Seigneur pour confesser ses fautes, puis, les reconnaître l’un envers l’autre ; alors, dans la reconnaissance, prier de nouveau ensemble.

Remarquons enfin qu’il y a des cantiques, ou certaines strophes, qui sont de véritables prières. Chantons-les dans un esprit de prière. Vous les découvrirez aisément.

 

3.3   Attitude morale

 

Dans quelle attitude intérieure s’approcher de Dieu ?

Tout d’abord avec respect et révérence. Nous l’avons vu, dans Ecclésiaste 5:2 : Dieu est dans les cieux, toi sur la terre. Même s’il s’est révélé à nous comme Père, ayons toujours présente à l’esprit et au coeur la grandeur de Celui à qui nous nous adressons. Il reste «le père qui, sans acception de personnes, juge selon l’oeuvre de chacun» (1 Pierre 1:17). Cela implique l’humilité. On ne multiplie pas les paroles, on prend le temps de s’exprimer, on lui demande de nous parler, comme Samuel autrefois : «Parle, car ton serviteur écoute» (1 Sam. 3:10), et non «Ecoute, ton serviteur parle» ! Cependant notre relation avec le Père est celle d’enfants qui se savent aimés et qui s’approchent de lui avec confiance.

Nous avons le privilège de prier au nom de Jésus et «par l’Esprit» (Jude 20), et cela «en tout temps» (Éph. 6:18). Même si nous ne savons pas «ce qu’il faut demander comme il convient,... l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables» (Rom. 8:26). La prière dite dominicale, celle que le Seigneur Jésus a enseignée à ses disciples, correspondait à l’époque où ils vivaient. Pour eux, le Père était «dans les cieux» (Mat. 6:9) ; ce n’était pas encore «mon Père et votre Père». Ils n’avaient pas reçu le Saint Esprit (Jean 7:39). Une certaine formulation de prière leur était donnée ; combien sont admirables les pensées et les priorités qu’elle contient : tout d’abord la gloire de Dieu, ses intérêts, ensuite nos besoins ; mais nous ne sommes pas appelés comme enfants de Dieu, à répéter une prière stéréotypée. Nous nous adressons au Père ou au Seigneur Jésus, par l’Esprit qui nous conduira à nous exprimer comme il convient dans les circonstances particulières où nous nous trouvons, individuellement, collectivement, ou en assemblée.

On trouve en Jacques trois états d’âme en rapport avec la prière : on ne demande pas (4:2), ou on demande mal (4:3), ou bien on demande avec foi (1:6). Dans la même épître, le croyant prie spécialement, s’il est «maltraité» (5:13), ou «malade» (5:14), et, — comme nous l’avons déjà vu, — «l’un pour l’autre» (5:16). Élie avait les mêmes passions que nous, mais aussi le même Dieu ! (v. 17). La vraie prière est intimement liée à la foi, la confiance en la bonté de Dieu, mais aussi la certitude que lui seul est à même de répondre. Si nous recherchons sa volonté, il peut nous communiquer l’assurance de l’exaucement. Il est le Dieu qui «donne».

Il est important aussi de prier avec une bonne conscience : «Si j’avais regardé l’iniquité dans mon coeur, le Seigneur ne m’aurait pas écouté», dit le psalmiste (Ps. 66:18). Jésus lui-même souligne combien le manque de pardon envers son frère est un obstacle à la relation avec Dieu (Marc 11:25-26). Ésaïe disait : «Son oreille n’est pas trop appesantie pour entendre ; mais vos iniquités ont fait séparation entre vous et votre Dieu» (59:2). Lorsque le péché a été reconnu et vraiment confessé, «tout homme pieux te priera au temps où l’on te trouve» (Ps. 32:6). L’apôtre se sentait libre de demander les prières des frères, car, dit-il, «nous croyons que nous avons une bonne conscience» (Héb. 13:18).

Si nos prières paraissent sans écho, ne devons-nous pas en rechercher l’obstacle ? Peut-être de l’orgueil, un refus de pardon, une mésentente avec autrui, ou comme Jacob un «marché» avec Dieu : «Si Dieu est avec moi et me garde dans ce chemin où je marche... l’Éternel sera mon Dieu» (Gen. 28:20-21). Que d’années de discipline il a fallu pour que le patriarche apprenne que tout est grâce (Gen. 48:15) (*). Contraste avec la prière de Jahbets : «Si tu me bénissais abondamment et si tu étendais mes limites, et si ta main était avec moi, et si tu me mettais à l’abri du mal en sorte que je fusse sans douleur !» Il exposait ses requêtes à Dieu avec la confiance en sa bonté, s’appuyant sur les promesses faites aux pères (Gen. 28:13-15), «et Dieu fit arriver ce qu’il avait demandé» (1 Chron. 4:10).

(*) Voir H. Rossier, «Jacob ou la Discipline» et notre brochure «Jacob».

Mais nos fautes ne devraient jamais être un obstacle durable à la prière. Avant de commettre la faute, Satan insuffle : Ce n’est pas grave. Après la faute, il tourmente la conscience en insinuant : C’est trop grave. À cause du sang de Jésus, à cause de son oeuvre et de son sacrifice, nous pouvons toujours revenir à Dieu et éprouver la joie de la prière, parce qu’il est «juste» envers Christ pour pardonner, et «fidèle» à sa promesse de le faire. N’oublions pourtant pas que nous sommes appelés à pardonner à notre frère qui a pu nous faire tort, respectivement à nous réconcilier avec celui à qui nous avons fait tort (Mat. 5:23-24).

Un obstacle majeur encore à la prière est illustré par le récit de Jérémie 42 (*). Les hommes qui viennent consulter Jérémie pour lui demander quel parti choisir, ont déjà pris leur décision : descendre en Égypte. Ils espèrent que le prophète ratifiera leur projet. Ils lui demandent de prier l’Éternel et assurent qu’ils écouteront Sa voix. Dieu fait attendre sa réponse dix jours, laissant ainsi du temps pour la réflexion. Jérémie avertit alors catégoriquement Jokhanan et les autres chefs de ne pas descendre en Égypte ; s’ils restent dans le pays de Canaan, ils n’auront rien à craindre du roi de Babylone. Mais ces hommes avaient déjà leur plan bien arrêté, et accusent le prophète de dire un mensonge de la part de Dieu (43:2).

(*) Voir notre brochure — Jérémie

Avoir déjà décidé par devers soi du chemin à suivre, puis demander à Dieu de nous donner la connaissance de sa volonté, est un piège trop fréquent. Bien sûr il est parfois difficile, surtout dans la perspective de fiançailles, de venir au Seigneur en toute sincérité pour lui demander son choix. Aussi importe-t-il de le faire avant que le coeur soit déjà engagé, sinon tout notre espoir est qu’Il ratifiera notre décision !

Dans un autre domaine : «C’est un piège pour l’homme que de dire précipitamment : chose sainte ! — et, après des voeux, d’examiner» ! (Prov. 29:25). Trop rapidement on se laisse aller dans tel chemin, on accepte telle proposition sans avoir réfléchi, — et après s’être engagé, on veut examiner les choses devant le Seigneur. N’est-ce pas une ruse de l’ennemi, qui veut nous empêcher de venir d’abord à Dieu avec un esprit encore libre de suivre la voie qu’il nous montrera ?

Enfin le Maître exhorte les siens à ne pas «user de vaines redites». Ceux qui les pratiquent s’imaginent être exaucés en parlant beaucoup. De fait ils ne croient pas à la réponse. Par tradition ou par habitude, ils répètent vainement les mêmes formulations, les mêmes phrases. «Ne leur ressemblez donc pas», dit Jésus. Cela montre entre autres combien il est sérieux d’exprimer la prière dans l’assemblée, une prière par l’Esprit, en harmonie avec les sentiments de l’assemblée elle-même, et non la répétition de phrases connues, qu’il s’agisse d’actions de grâces ou de requêtes. Quelques mots très simples venant du coeur, avec foi, seront bien plus efficaces et heureux.

 

4                        QUAND PRIER ?

 

Nous professons connaître le Seigneur et respecter ses droits sur nous, mais s’il venait demander à chacun : «Quand t’adresses-tu à moi ? quand pries-tu ?» que lui répondrions-nous ?

Sa parole nous enseigne ce qu’il attend des siens :

 

4.1   La disposition à la prière

 

Nous lisons au psaume 32:6 : «Tout homme pieux te priera au temps où l’on te trouve». Si nous sollicitons une audience auprès d’un personnage important, il faut attendre quelquefois longtemps avant d’être reçu. Notre Dieu est constamment disponible pour ses enfants ; c’est toujours «le temps où on le trouve» ; c’est nous qui, bien souvent, ne sommes pas disponibles pour venir à Lui. Ne laissons pas passer les moments où l’Esprit porte nos coeurs à s’adresser à Dieu, les engage à prier.

Quatre expressions de la Parole, concernant la prière, doivent retenir notre attention : «sans cesse» — «en tout temps» — «en toutes choses» — «en tout lieu».

 

4.1.1        Prier sans cesse — 1 Thess. 5:16

 

N’y a-t-il pas là une double pensée ?

Tout d’abord celle d’une disposition continuelle, permanente, à la prière. Le psalmiste disait : «Mais moi je me suis adonné à la prière» (Ps. 109:4) c’est-à-dire : entièrement livré à la prière. Seul le Seigneur a parfaitement réalisé cette vie de prière ininterrompue. Mais une même disposition d’esprit devrait être également celle des fidèles, tels ces gardiens sur la muraille, en Ésaïe 62:6, dont il est dit «Ils ne se taisent jamais, de tout le jour et de toute la nuit. Vous qui faites se ressouvenir l’Éternel, ne gardez pas le silence». Et Dieu est sensible à la supplication de ceux qui le font «se ressouvenir» ; ne sont-ils pas pour Lui, selon la belle expression de Sophonie 3:10 «mes suppliants» ?

Mais «prier sans cesse» contient aussi la pensée d’une régularité dans la vie de prière, l’absence d’éclipse. Citera-t-on la parole de ce croyant fidèle qui, arrivant à la fin de sa carrière terrestre, disait un jour : «Autrefois je priais souvent dans la journée, maintenant je ne prie plus qu’une fois» ; mais sa prière durait la journée entière. Pour nous, il suffit parfois que le chemin devienne plus facile, et voilà que la prière se relâche, la communion avec le Seigneur s’interrompt. Et le temps passe... Il ne se rattrapera pas. Il peut être difficile de retrouver cette régularité dans la prière, non pas une redite, mais une prière intelligente, entrant dans le détail des choses.

Prier sans cesse — mais en élargissant nos coeurs : oublierions-nous les enfants de la famille de la foi et particulièrement ceux qui, tentés, s’éloignent du chemin du Seigneur, ou même se sont égarés ? C’est notre seule ressource pour eux ; mais la prière persévérante peut permettre le retour de la brebis perdue.

 

4.1.2        Prier en tout temps — Éph. 6:18

 

La Parole nous parle de trois dispositions qui devraient être permanentes dans l’âme de tout fidèle :

 — la louange : «Je bénirai l’Éternel en tout temps ; sa louange sera continuellement dans ma bouche»

 — la confiance : «Confiez-vous en Lui, en tout temps, répandez votre coeur devant Lui : Dieu est notre refuge»

 — la prière ; déjà le Seigneur recommandait : «Veillez, priant en tout temps» (Luc 21:26).

Voilà qui laisse peu de place pour murmurer ou laisser errer sa propre volonté ! Même si la charge de travail est grande, ou les circonstances particulièrement adverses, il y a place pour la louange, pour la confiance, pour la prière ; c’est peut-être même le vrai refuge dans de tels moments !

Pour prier en tout temps, il faut une discipline personnelle, veillant au choix des occupations, à l’emploi méthodique des heures, sans dispersion ou distractions inutiles, sinon vaines et nuisibles. N’attendons pas que les circonstances elles-mêmes nous contraignent à prier.

L’invitation de l’apôtre Paul à «prier en tout temps» en Éphésiens 6:10 peut paraître étrange, s’adressant à quelqu’un qui vient de revêtir l’armure complète de Dieu ; en réalité, être à l’abri des machinations de l’ennemi, libère un tel croyant de ses propres besoins, élargit son coeur, et lui permet d’entrer dans les circonstances des autres et les nécessités de tous les saints ; «priant par toutes sortes de prières... et des supplications pour tous les saints, et pour moi» écrit l’apôtre lié de chaînes dans la prison. N’oublions pas, selon qu’il a pu être dit, que la moitié du combat contre les puissances de méchanceté dans les lieux célestes se fait par la prière : elle porte quelquefois plus de fruit qu’un travail extérieur ayant le même objet.

 

4.1.3        Prier «en toutes choses»Phil. 4:5

 

Il s’agit ici d’exposer nos requêtes à Dieu, sans demander un exaucement particulier. Le faisons-nous «en toutes choses» ? — Les petites comme les grandes, les heureuses comme les pénibles, celles qui paraissent aisées comme les difficiles, les secrètes comme les plus connues, détails visibles de la vie extérieure, comme aussi secrets cachés de l’âme, car «toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu» (Rom. 8:28). Ayons cette disposition d’esprit qui place devant Dieu tout ce qui survient dans le chemin et le lui remet en confiance.

Quand le fardeau a été déposé, la paix est éprouvée comme un premier exaucement, cette paix qui peut garder nos coeurs et nos pensées dans le Christ Jésus. Les réponses aux demandes viendront plus tard, quand et telles que le Seigneur, selon sa divine sagesse, le voudra pour notre bien.

 

4.1.4        Prier «en tout lieu»1 Tim. 2:8

 

Il n’est pas besoin, comme certains le croyaient ou même le croient encore, d’aller prier dans un lieu consacré. Prier en tout lieu, c’est au travail comme à la maison, chez ses amis et avec eux comme dans son bureau, en voyage et dans les lieux de vacances où l’on est plus exposé qu’ailleurs. Paul priait avec ses compagnons au moment du départ (Actes 21:5) ; le psalmiste aimait à souligner que l’Éternel «gardera ta sortie (ou ton départ) et ton entrée (ou ton arrivée) dès maintenant et à toujours» (Ps. 121:8).

 

4.2   La prière quotidienne,

 

qu’elle soit dans la vie individuelle, ou la vie de famille.

En Deutéronome 11:18, l’Éternel exhortait son peuple à mettre ses paroles dans leurs coeurs, à les enseigner à leurs fils, à en parler «quand tu seras assis dans ta maison et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras». N’en est-il pas de même de la disposition à la prière ?

Trois fois le jour Daniel priait. Sans doute le matin, à midi et le soir. Les graves circonstances dans lesquelles il se trouvait, et le risque qu’il encourait, n’étaient pas seuls à l’amener à redoubler de prières : il est expressément précisé qu’il priait et rendait grâces devant son Dieu «comme il avait fait auparavant» (6:10). C’était pour lui une habitude, une disposition régulière, et certainement, un des secrets de ses victoires.

«Le matin», dit le psalmiste, «je disposerai ma prière devant toi, et j’attendrai» (Ps. 5:3). À la première heure, placer la journée devant le Seigneur, lui demandant lumière et discernement pour ce qui va venir. Les fils d’Israël au désert (Nomb. 9:16), au sortir de leurs tentes, observaient la nuée, pour savoir s’il fallait rester sur place ou au contraire continuer la route, et en connaître la direction. Parlant prophétiquement du Seigneur lui-même, Ésaïe dit : «Il me réveille chaque matin, il me réveille pour que j’écoute» ; écouter amène à la prière, comme nous l’avons vu pour Moïse. Dans la détresse du psaume 88, «dès le matin» la prière prévient l’Éternel. Le laisser orienter la journée, écouter ce qu’il a à nous dire en vue de ce qui viendra, et compter sur sa direction.

La prière du soir prendra plutôt le caractère de la reconnaissance, sans oublier bien sûr tous les besoins qui subsistent, quant à soi-même et quant aux autres. Le psaume 141:2 nous dit : «Que ma prière vienne devant toi, comme l’encens, l’élévation de mes mains, comme l’offrande du soir !». La journée est achevée, on a fait l’expérience du secours et de la protection divins, et le coeur s’élève vers lui en actions de grâces.

Au temps de l’offrande du soir Esdras se lève de son humiliation pour s’agenouiller devant son Dieu ; sa seule offrande est celle de sa peine (9:5). Daniel reçoit la révélation de l’homme Gabriel, «vers le temps de l’offrande de gâteau du soir» ; à l’heure où tout est ténèbres — physiques et surtout morales — une lumière divine extraordinaire est donnée à cet homme de Dieu ; elle lui révèle l’avenir de son peuple jusqu’au temps de la fin.

Parfois, il y a la prière de la nuit. Au psaume 119:62, le psalmiste élève un chant de louanges à minuit. La sollicitude de Paul pour l’assemblée des Thessaloniciens l’amène à supplier «nuit et jour», comme il le fera individuellement pour son enfant Timothée (1 Thess. 3:10 ; 2 Tim. 1:3). Dans la prison de Philippe, les pieds liés, «sur le minuit, Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges de Dieu» (Actes 16:25). Cas exceptionnel sans doute, mais disposition de l’âme à toujours rechercher la face du Seigneur dans la prière et dans la louange, plutôt que murmurer et se plaindre.

 

4.3   La prière liée aux étapes de la vie

 

En Nombres 28:3-4, l’holocauste journalier était offert le matin et le soir, et la fumée du sacrifice montait vers l’Éternel en odeur agréable.

Mais le jour du sabbat, on offrait deux agneaux en plus de l’holocauste continuel : un jour pour Dieu, où l’on venait avec une double offrande, tant le matin que le soir. Cela ne nous parle-t-il pas du jour du Seigneur, et du sacrifice de louanges que nous pouvons tout particulièrement apporter ce jour-là ?

Puis au verset 11, au début de chaque mois (lunaire), on présentait à l’Éternel en holocauste deux jeunes taureaux, un bélier, et sept agneaux âgés d’un an, accompagnés de leurs offrandes de fleur de farine : sacrifice d’odeur agréable à l’Éternel, auquel on joignait un bouc en sacrifice pour le péché (v. 15).

En Lévitique 23 sont données les instructions pour les jours solennels de l’Éternel, des «temps fixés pour s’approcher de Dieu» ; nous en avons tout le déroulement, de la Pâque à la fête des tabernacles (*).

(*) Voir notre brochure «Les sept fêtes de l’Éternel, étapes de la vie chrétienne» .

Ces jours «solennels» ne nous parlent-ils pas de diverses étapes importantes de la vie : le jour de notre conversion ; le premier dimanche où nous avons participé au mémorial de la mort de notre Seigneur ; les grands jours de la famille : le mariage, les naissances où le Seigneur nous confie de petits êtres à élever pour lui ; le jour du choix d’une profession pour cet enfant que l’on a élevé ; puis celui où il va se marier... Avons-nous, pour ces grands choix de la vie, pour ces heures solennelles, pris le temps d’une prière particulière ? Si nous voulons que ces moments et leur suite soient bénis, n’est-ce pas l’occasion de les préparer dès longtemps en s’approchant de Dieu ?

Ne trouvons-nous pas dans les lunaisons, ces périodes mensuelles où la lune croît et décroît, une image bien pratique de notre vie ? Si facilement, la communion précieuse dont on a joui un temps, s’estompe et a besoin d’être renouvelée. À la nouvelle lune il fallait offrir des sacrifices particuliers (Nomb. 28:11-15 ; Esdras 3:5) ; d’une façon toute spéciale, ils nous montrent la place que le Seigneur et son oeuvre doivent occuper de nouveau dans nos esprits et nos coeurs pour que la communion soit rétablie et que l’on passe d’une tranche d’ombre à une tranche de lumière.

Et si chaque semaine nous avions à coeur de préparer le jour du Seigneur par la prière, si chacun le faisait dans l’assemblée locale, n’y aurait-il pas plus de réalité dans le culte et de bénédiction dans la présentation de sa Parole ?

Quand prier ?Sans cesseen tout tempsen toutes choses — en tout lieu — à toutes les étapes de la vie.

Seigneur, enseigne-nous à prier.

 

5                        DIVERS HOMMES ET FEMMES DE PRIÈRE DE LA BIBLE

5.1   Anne — Sam. 1 à 2

 

Il ne s’agit pas ici d’Anne, la prophétesse de Luc 2:36-38, qui est pourtant, elle aussi, un remarquable exemple de femme de prière. Quoique fort avancée en âge, elle «servait Dieu en jeûnes et en prières nuit et jour». La prière est donc un service qui est confié aux soeurs aussi bien qu’aux frères, aux jeunes comme aux plus âgés. Nul besoin d’un «don» particulier pour l’exercer. Certes les soeurs ne prononcent pas de prières à haute voix dans l’assemblée, elles y prient en silence ; mais combien il est désirable qu’elles puissent accomplir fidèlement, dans le particulier, ce précieux service. Nous connaissons tous de ces soeurs âgées ou malades qui passent des heures à parler au Seigneur, intercédant en faveur de tant de personnes qu’il leur a mises à coeur.

Le premier livre de Samuel s’ouvre sur la famille d’Anne qui deviendra la mère de Samuel. Ses conditions de vie n’étaient pas très heureuses. Elkana avait deux femmes : l’une Anne, l’autre Peninna. Peninna avait des enfants, Anne n’en avait pas ; et sa rivale profitait chaque année, lors de la fête annuelle à Silo, de la chagriner aigrement «afin de la pousser à l’irritation». Pourtant Elkana aimait Anne, et quand elle pleurait et ne mangeait pas lors de la fête, son mari cherchait à la consoler : «Est-ce que je ne vaux pas mieux pour toi que dix fils ?». Mais Elkana n’avait pas pensé ni à prier pour sa femme, ni avec elle. Isaac, lui, avait prié pendant vingt ans au sujet de Rebecca. car elle était stérile (Gen. 25:20-21, 26).

Anne ne cherche pas à se dresser contre Peninna. Elle accepte douloureusement la situation où elle se trouve ; mais dans l’amertume de son âme, sa ressource va être la prière.

Discrètement, après qu’on eût mangé, après qu’on eût bu à Silo, elle se lève sans déranger la fête, et va à l’entrée du temple de l’Éternel où elle prie et pleure abondamment. Sans doute avait-elle déjà pleuré pendant bien des années. Cette fois, dans la présence même de Dieu, longuement elle épanche son âme, parlant dans son coeur ; «ses lèvres seulement remuaient, mais on n’entendait pas sa voix». Elle fait le voeu que si l’Éternel lui accorde un fils, elle le lui donnera pour tous les jours de sa vie ; il portera le signe du nazaréat (Nomb. 6). Lorsque Éli lui fait une remarque déplacée, elle répond simplement, avec respect et déférence, qu’elle est une femme à l’esprit accablé : «Je répandais mon âme devant l’Éternel». Bien des siècles plus tard l’apôtre exhortera les Philippiens à exposer leurs requêtes à Dieu par des prières et des supplications. Le psalmiste dira : «Je disposerai ma prière devant toi, et j’attendrai» (Ps. 5:3). Le sacrificateur peut répondre à la femme : «Va en paix». «Elle s’en alla son chemin ; et elle mangea, et elle n’eut plus le même visage». «La paix de Dieu gardait son coeur». Pourtant elle n’avait pas encore reçu l’exaucement de sa prière, mais sa foi se reposait sur Dieu.

Quand les jours sont révolus, Anne enfante un fils qu’elle appelle Samuel : Demandé à Dieu, ou Dieu a exaucé. Elle ne tarde pas à accomplir son voeu. Quand l’enfant est encore très jeune, elle monte avec lui à Silo et l’amène à Éli. Elle rappelle au sacrificateur l’époque où elle s’était tenue près de lui pour prier l’Éternel : «J’ai prié pour cet enfant, et l’Éternel m’a accordé la demande que je lui ai faite». Pour tous les jours de sa vie, Samuel sera prêté à l’Éternel, malgré tout ce qu’il en coûtait à sa mère. Elle compose alors la prière du chapitre 2, où elle dit sa joie, sa reconnaissance, et célèbre bien plus le Donateur que le don.

D’année en année, elle vient voir le petit garçon qui grandit, en lui faisant chaque fois une petite robe adaptée à son âge (2:19). Que de soins elle y a mis sans doute ! Que d’amour ! Ce vêtement ne nous parle-t-il pas des prières que nous pouvons adresser à Dieu pour nos enfants qui se développent, les adaptant à leurs besoins qui se modifient ? Demandons au Seigneur de savoir nous aussi nous adapter, et les élever dans une ambiance qui corresponde à leur âge et tourne leurs regards vers le Seigneur lui-même.

Anne avait prêté à l’Éternel l’enfant de son coeur pour toute sa vie, — et l’Éternel lui donne trois fils et deux filles ! (2:21). Le Seigneur ne rend-il pas abondamment ce que l’on abandonne pour lui ? (Marc 10:2930). Si cette page de la Bible a été consacrée à Anne, n’est-ce pas parce qu’elle était une femme de prière ?

 

5.2   Samuel

 

Samuel, comme sa mère, sera un homme de prière. Tout petit il s’était prosterné devant l’Éternel (1:28). N’avait-il pas souvent vu Anne dans cette attitude, et appris comme elle à s’incliner devant Dieu ? Ce premier acte a pour pendant, à la fin de son ministère, l’autel qu’il bâtit dans sa maison à Rama (7:17), où, bien sûr, il adorait l’Éternel. Au psaume 99:6, Samuel est particulièrement mentionné «parmi ceux qui invoquent le nom de l’Éternel», auquel ils crient et lui leur répond. La prière a jalonné toute sa carrière.

Auprès de l’Éternel, Samuel grandit ; il le sert. Vient un jour où Dieu se révèle à lui ; dans la nuit la Voix se fait entendre : Samuel, Samuel ! Instruit par Éli, le jeune garçon va prononcer la première prière qui nous soit rapportée de lui : «Parle, car ton serviteur écoute» (3:10). Éli avait dit : «Parle, Éternel...». Samuel dans son émoi, oublie le Nom essentiel de la prière ! Mais Dieu ne lui en tient pas rigueur et répond quand même. Quel encouragement pour les jeunes parfois empruntés dans leurs expressions !

Bien des années ont passé. Dans la bataille, les deux fils d’Éli sont morts ; le vieillard s’est brisé la nuque en apprenant la perte de l’arche. Celle-ci est ramenée et entreposée dans la maison d’Abinadab. «Il se passe un long temps, vingt années» (7:2), jusqu’à ce qu’Israël recherche son Dieu. Samuel est alors disponible : «Attachez fermement votre coeur à l’Éternel, et servez-le-lui seul... Assemblez tout Israël à Mitspa et je prierai l’Éternel pour vous... Et les fils d’Israël dirent à Samuel : Ne cesse pas de crier pour nous à l’Éternel, notre Dieu... Et Samuel cria à l’Éternel pour Israël, et l’Éternel l’exauça». Retrouver la communion perdue après une chute grave, n’est pas une petite affaire. Il y faut un long travail de coeur et de jugement de soi-même ; les dieux étrangers doivent être ôtés. La prière y joue un rôle primordial.

Sitôt après l’intercession du prophète et l’offrande de l’holocauste, Dieu donne la victoire d’Eben-Ézer ; Samuel peut dire : «L’Éternel nous a secourus jusqu’ici» (7:12).

Le juge a blanchi. Israël désire à sa place un roi. «La chose fut mauvaise aux yeux de Samuel» (8:6). Que faire ? — «Et Samuel pria l’Éternel». Dieu donne au prophète des instructions pour le peuple, mais ceux-ci refusent d’écouter sa voix ; ils insistent pour avoir un roi. Samuel revient auprès de l’Éternel, et lui rapporte leurs paroles. Israël aura son roi, mais avec la discipline qui s’y rattachera (Osée 13:11). Quant à Samuel il accepte humblement la situation ; il accueille Saül, l’oint, parle à son coeur. Il fait, un peu plus tard, ses adieux au peuple : «Vous m’avez dit : Non, mais un roi régnera sur nous, — et l’Éternel votre Dieu, était votre roi. Et maintenant, voici le roi que vous avez choisi, que vous avez demandé ; et voici l’Éternel a mis un roi sur vous» (12:13). Devant l’orage qui se déchaîne, le peuple dit à Samuel : «Prie l’Éternel ton Dieu pour tes serviteurs». Samuel de leur répondre : «Quant à moi, loin de moi que je pèche contre l’Éternel, que je cesse de prier pour vous. Et je vous enseignerai le bon et le droit chemin». Il ne sera plus le conducteur, mais au lieu d’en prendre ombrage, de se retirer dans son village et de ne plus s’occuper d’eux, il va continuer ce service essentiel de la prière. Il restera à disposition pour leur enseigner le chemin de l’Éternel (v. 23).

Longtemps après, lorsque Dieu lui dit : «Je me repens d’avoir établi Saül pour roi» (15:11), Samuel fut fort attristé, mais que pouvait-il faire ? Une fois de plus, et c’est la dernière qui nous soit rappelée, «il cria à l’Éternel toute la nuit». Il avait accepté que Saül fût roi ; il avait cherché à l’aider, à le guider, mais il avait été plus souvent rebuté qu’écouté ; nous ne voyons nulle part qu’il ait pu prier avec lui.

Une longue carrière s’achève, toute de dévouement à l’Éternel et à son peuple, où la prière a marqué la communion de Samuel avec Dieu ; où il a intercédé fidèlement pour les autres ; où, dans le chagrin, il a pu, comme sa mère, répandre son âme devant Lui et trouver la paix et la consolation qu’il a promises.

 

5.3   Élie

 

L’histoire publique d’Élie commence abruptement en 1 Rois 17 par l’annonce de la sécheresse : «Il n’y aura ces années-ci ni rosée, ni pluie, sinon à ma parole». Élie avait précisé au roi Achab qu’il se tenait «devant l’Éternel». Jacques (5:17) nous donne le secret de cette vie intérieure : «Il pria avec insistance». Élie avait l’habitude de se tenir dans la présence de Dieu. Il avait compris que ce jugement devait s’abattre sur Israël, qu’il était dans la ligne de la pensée de Dieu ; il prie donc avec insistance, et peut ensuite déclarer publiquement que le châtiment nécessaire pour ramener le peuple va venir.

La prophétie est «comme une lampe qui brille dans un lieu obscur». Nous savons ce qu’elle annonce, dans la mesure où le Seigneur nous l’a révélé. Nous ne demandons pas les jugements, mais nous pouvons avertir ceux qui ne croient pas au Seigneur Jésus du sort qui les attend.

Élie fait diverses expériences. Vivant dans la maison de la veuve de Sarepta, il en connaît toutes les circonstances ; lorsque la maladie et la mort entrent dans le foyer, il peut prier avec intelligence. Avec quelle délicatesse il prend l’enfant, le couche sur son lit, et supplie l’Éternel pour lui. Trois fois il s’étend sur le petit corps (et pourtant tout contact avec un mort rendait impur) et crie à l’Éternel de faire revenir l’âme de cet enfant au-dedans de lui. Dieu l’écoute. Quelle joie et quelle reconnaissance pour Élie de prendre le jeune garçon, le descendre de la chambre haute et le «donner à sa mère» ! Des siècles plus tard, le Seigneur Jésus lui-même, ému de compassion envers la veuve de Naïn, après avoir ressuscité son fils, «le donna à sa mère». Dans les deux cas, combien Dieu a été glorifié (1 Rois 17:24 ; Luc 7:16).

Mais une épreuve bien plus grande attendait le prophète. Deux fois déjà il avait entendu l’injonction de l’Éternel : «Va» (17:9). Il s’était tenu devant Lui bien avant la période de sécheresse. Au Kérith et à Sarepta, il était encore dans le secret, à l’écart, en communion avec Dieu. Après bien des jours, la parole de l’Éternel vient à lui, la troisième année ; de nouveau le Seigneur dit : «Va». Il s’agissait cette fois de se montrer à Achab ! Élie n’avait pas craint d’annoncer la sécheresse, parce qu’il se tenait devant l’Éternel. Mais se montrer à Achab qui l’avait cherché dans tout le pays pour le mettre à mort, était encore bien autre chose. Pourtant sans hésiter il va. Quand il rencontre le roi, il a toute l’autorité morale pour demander le grand rassemblement au Carmel : quatre cent cinquante prophètes de Baal, quatre cents prophètes des ashères. Cette foule se retrouve sur la montagne ; chacun fait un autel, les prophètes à Baal, Élie à l’Éternel. Les prophètes crient à leur dieu, sans obtenir aucune réponse. Mais à l’heure où l’on offre le gâteau, Élie s’approche de l’autel qu’il a dressé, sur lequel on a mis l’holocauste et le bois, et devant tout le peuple rassemblé, prononce la troisième prière qui nous soit rapportée : «Éternel, Dieu d’Abraham, d’Isaac, et d’Israël... Réponds-moi Éternel, réponds-moi, afin que ce peuple sache que toi, Éternel, tu es Dieu, et que tu as ramené leurs coeurs» (18:36-37). Le feu de l’Éternel tombe et consume l’holocauste, et le bois, et les pierres, et la poussière, et lèche l’eau qui était dans le fossé. Tout le peuple reconnaît que «l’Éternel, c’est lui qui est Dieu».

Dans le secret, le prophète avait appris à s’identifier avec les intérêts de Dieu, et avec ceux de son peuple, en étant délivré de lui-même et de ses propres problèmes. À nouveau sa prière est pour la gloire de Dieu.

Puis il monte au sommet du Carmel, se courbe jusqu’à terre, et sept fois de suite prie pour que la pluie vienne, maintenant queau moins extérieurementle peuple est revenu à l’Éternel : «Il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie et la terre produisit son fruit» (Jacq. 5:18 ; 1 Rois 18:42-45).

Mais Élie était «un homme ayant les mêmes passions que nous» (Jacq. 5:17). Après la tension du Carmel, la course à Jizreël, n’aurait-il pas dû se retirer sans tarder à l’écart pour se replonger dans la communion de son Dieu ? À la menace de mort de Jézabel, il s’enfuit dans le désert pour sa vie (1 Rois 19:3). Il y prononce une cinquième prière : «C’est assez ! Maintenant Éternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères». C’est l’heure du découragement, jusqu’à demander d’être retiré de ce monde. Quel contraste avec le triomphe du Carmel, où peut-être il s’était cru «meilleur que ses pères» !

Dieu a compassion de lui ; il envoie l’ange qui, à deux reprises, le fortifie ; puis il se révèle à lui à Horeb par la «voix douce, subtile» : «Que fais-tu ici, Élie ?». Mécontent, le prophète, en une sixième prière se met en avant et accuse le peuple : «Ils ont abandonné ton alliance... et je suis resté moi seul» (v. 14). C’est la seule faute d’un homme de Dieu de l’Ancien Testament que le Nouveau relève, parce qu’il a «fait requête à Dieu contre Israël» (Rom. 11:2). Dès lors, nous ne voyons plus Élie en prière !

N’est-ce pas parfois un danger, aussi dans notre temps, d’avoir une attitude similaire, de penser : Je suis resté moi seul fidèle... nous seuls, nous sommes fidèles ? — «Mais que lui dit la réponse divine ? Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal» (Rom. 11:4). Le Seigneur connaît ceux qui sont siens, la plupart du temps ils nous sont inconnus. La Parole nous invite à nous retrouver avec «ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur» (2 Tim. 2:22), mais sans prétention d’aucune sorte, et en étant bien plutôt profondément affligés de l’état dans lequel se trouve l’assemblée de Dieu comme témoignage sur la terre ; nous sommes engagés à prier «pour tous les saints», en demandant au Seigneur de produire quelque restauration, quelque réveil, qui soit à sa gloire (*).

(*) Sur le sujet de l’assemblée, voir «L’Assemblée de Dieu», de A. Gibert, et (pour les jeunes) notre brochure «Le Nom qui rassemble».

Une quatrième fois l’Éternel dit à son serviteur : «Va», mais il ajoute : «Retourne». Il faut refaire en arrière le chemin par lequel on s’est éloigné de Dieu, comme autrefois Abraham à son retour d’Égypte. Élie va oindre comme «prophète à sa place» Élisée. Pourtant Dieu se servira encore de lui dans l’affaire de Naboth (1 Rois 21) ; puis pour reprendre Achazia (2 Rois 1:16). Dans ce cas, l’ange ne dit plus «va», mais «descend» ! (comme déjà en 1 Rois 21:18). Au soir de la vie, le prophète doit encore apprendre le chemin de l’humilité ; dans son dernier voyage avec Élisée, de nouveau ils «descendent», à Béthel, à Jéricho et au Jourdain. L’Éternel accorde alors à son serviteur cette grâce suprême d’être enlevé au ciel sur un char de feu.

 

5.4   Moïse

 

La foi des parents de Moïse avait discerné qu’il était divinement beau («beau à Dieu», Actes 7:20 ; Héb. 11:23). Après qu’il eût été exposé sur le fleuve, Dieu avait dirigé les choses pour que pendant un temps il soit élevé dans sa famille. Tout petit il y a entendu parler de l’Éternel. Passé ensuite dans l’ambiance de la fille du Pharaon, il fut instruit «dans toute la sagesse des Égyptiens» (Actes 7:22). Qu’allait-il rester de l’éducation première ? Serait-ce celle des Égyptiens ou celle des parents qui prévaudrait ? — «Devenu grand, Moïse refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon et choisit plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu» (Héb. 11:24-25).

Il possédait seulement des lueurs de la connaissance de Dieu ; elles suffisent une première fois pour orienter sa vie. Pendant les quarante années en Madian, il n’a encore qu’une bien faible relation avec Dieu lui-même. Quand l’Éternel l’appelle du milieu du buisson, il cache son visage, et craint de regarder vers lui. Pourtant Moïse est devenu un des plus grands hommes de Dieu, un homme de prière. La semence déposée dans son coeur par ses parents a germé lentement, progressivement ; elle a permis à Dieu de se révéler à lui toujours davantage, jusqu’à ce qu’ «il parle avec lui bouche à bouche» (Nomb. 12:8).

Nous ne pourrons nous arrêter à toutes les prières de Moïse qui nous sont relatées, mais une chose nous frappe : il écoute Dieu beaucoup plus qu’il ne prie. On retrouve bien plus souvent l’expression : l’Éternel dit à Moïse, que : Moïse dit à l’Éternel.

 

5.4.1        Comment priait Moïse ?

 

Revenons à Nombres 7:89, déjà considéré brièvement ; nous y trouvons le secret de toute la vie de prière de cet homme de Dieu. Moïse «entrait». Il allait à l’écart, comme plus tard le Seigneur lui-même, afin d’avoir un entretien personnel avec Dieu. Il entrait «pour parler avec Lui», d’abord pour l’écouter, ensuite lui parler. L’entretien avait lieu en présence du propitiatoire, de l’arche et des chérubins. Le propitiatoire ne nous parle-t-il pas de l’oeuvre de Christ, — l’arche, (entre autres) de la Parole de Dieu qu’elle contenait — et les chérubins, de la sainteté de Dieu ? Ces trois éléments sont essentiels en rapport avec nos prières. Nous nous approchons sur la base de l’oeuvre de Christ ; pour que nos prières soient selon la volonté de Dieu, il faut que sa Parole demeure en nous ; il est essentiel de ne jamais perdre de vue que Dieu est saint.

Il ne s’agit pas, quand nous prions «dans notre cabinet», de simplement «vider notre coeur». Se mettre à genoux dans sa chambre, c’est tout d’abord écouter ce que Dieu veut nous dire. Après lui avoir demandé de garder nos pensées, lui laisser le temps de s’adresser à notre esprit. Avoir une Bible sous la main pour rechercher le verset qu’il pourrait nous rappeler. Après avoir écouté, «parler», mais parler dans le sentiment de la grandeur de Dieu, de sa sainteté, comme de son amour. En persévérant dans cet entretien avec Dieu, ce dialogue avec lui, nous apprendrons à mieux discerner sa volonté et son plan pour nous. Ainsi priait Moïse, sans doute fréquemment, régulièrement. Certaines de ses prières nous ont été conservées, surtout lorsque Moïse intercédait.

 

5.4.2        Moïse intercesseur

 

Bien des fois le conducteur a intercédé pour Israël ; nous retiendrons particulièrement trois incidents :

 

5.4.2.1                 Rephidim — Ex. 17:8-13

 

Le peuple doit mener un combat redoutable, en réalité un double combat : Josué, dans la bataille contre Amalek, — Moïse, dans le combat spirituel sur le sommet de la colline. Josué dans la vallée se défend, l’épée et le javelot à la main ; Moïse sur la montagne lutte avec les armes spirituelles. Éphésiens 6:12 nous dit : «Notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais... contre la puissance spirituelle de méchanceté dans les lieux célestes». Il y a un combat à mener contre cette puissance. Nous n’avons pas à en être constamment préoccupés, parce que le Seigneur Jésus a vaincu ces principautés et ces autorités (Col. 2:15), mais elles existent ; et dans ce conflit la prière est une arme puissante.

Pourquoi Moïse est-il monté sur le sommet de la colline ? Tout d’abord, d’en haut on voit bien ce qui se passe. Moïse voyait les combattants. Il pouvait prier avec intelligence. Avant d’intercéder, informons-nous des besoins précis. Par exemple, quant à l’oeuvre du Seigneur à l’étranger, lisons soigneusement les «Lettres sur l’oeuvre», ou leur contrepartie en d’autres langues. Informons-nous des circonstances de nos frères en première ligne, afin d’intercéder pour eux avec discernement.

Sur le sommet d’une montagne, on est aussi vu. Les combattants contre Amalek apercevaient Moïse levant ses mains pour intercéder pour eux. Quel encouragement pour les serviteurs du Seigneur au loin, de savoir qu’à l’arrière leurs frères et sceurs, individuellement et collectivement, prient régulièrement et avec ferveur pour les besoins du champ où eux-mêmes se trouvent.

Le combat est dur. Lorsque Moïse élevait sa main, Israël avait le dessus ; et, pourrions-nous penser, quand il reposait sa main, cela allait moins bien ? La Parole ne s’exprime pas ainsi : Quand il reposait sa main, «Amalek avait le dessus» ! Il n’y a pas de neutralité dans le combat spirituel. Ou Dieu gagne, ou l’ennemi prévaut. Dans notre intercession, il faut garder cela à l’esprit : il n’y a pas de situation neutre. Le combat de la vallée dépend de la prière sur la montagne.

Moïse s’est fatigué. Nous aussi, dans l’intercession, nous pouvons parfois baisser les bras. Il est bon qu’il y ait Aaron et Hur. Sans doute le type a-t-il une double signification : Aaron nous parle du Seigneur Jésus, toujours vivant pour intercéder, et qui ne se fatigue jamais. Sous un autre angle, les deux hommes peuvent aussi représenter nos frères, avec lesquels nous pouvons partager la prière, et nous encourager les uns les autres à ne pas y manquer.

Nous ignorons les paroles que Moïse a prononcées, mais nous en connaissons le résultat : la victoire du peuple de Dieu.

 

5.4.2.2                 Le veau d’or (Ex. 32:7-14)  Les douze espions (Nomb. 14:11-20)

 

Un certain parallélisme se dégage dans l’intercession de Moïse lors de ces deux épisodes ; nous les considérerons ensemble.

Quand l’Éternel annonce à son serviteur le jugement qu’il va exécuter sur le peuple, il ne veut pas simplement mettre Moïse à l’épreuve, mais il parle solennellement du châtiment que sa justice demande.

L’intercession du législateur amène Dieu à se repentir, à retarder l’exécution de son jugement, à en modifier l’action, et même à pardonner. Telle est la puissance de l’intercession (Ex. 32:14 ; Nomb. 14:20). L’Éternel écoute Moïse et retient son propre bras ! N’est-ce pas extraordinaire ? La souveraineté de Dieu est telle qu’il peut décider une chose et en décider une autre ensuite, selon l’état du coeur de celui qui est devant lui.

S’il a pardonné, des conséquences graves de la rébellion ont néanmoins subsisté : après le veau d’or, trois mille tués ; après le refus d’entrer en Canaan, trente-huit ans d’errance à travers le désert, et la mort de toute une génération. Fondamentalement Dieu a pardonné, mais son gouvernement a dû quand même s’exercer, toutefois avec mesure pour que, finalement, Israël entre en Canaan.

Il est instructif de voir quelle fut la demande de Moïse : les deux prières sont similaires. Dans l’un et l’autre cas, Dieu propose à son serviteur de faire de lui le père d’une grande nation, après avoir détruit les tribus révoltées. Qu’aurions-nous répondu ? Peut-être aurions-nous dit : Ce sont des rebelles, ils ont bien mérité d’être anéantis ; si tu veux faire de moi une grande nation, pourquoi m’y opposerais-je ? — Mais Moïse a une telle humilité et un tel amour pour le peuple de Dieu, qu’il intercède en leur faveur contre ses propres intérêts. Et même, dans une autre prière, il va jusqu’à demander à Dieu de l’effacer de son livre, s’Il ne peut pardonner aux coupables (Ex. 32:32). À deux reprises, il refuse de devenir le père d’une grande nation. Il rappelle chaque fois la gloire de Dieu qui sera foulée aux pieds dans les pays d’alentour, si Israël qu’Il a délivré d’Égypte, périt dans le désert ; elles diront : leur Dieu n’était pas assez fort pour les conduire au but ! Dans l’intercession, rappelons les promesses de Dieu : Tu as dit... Tu as promis. Mais connaissons-nous assez ces promesses de la Parole pour nous appuyer sur elles ?

Pourtant quand Moïse demandera plus tard de pouvoir lui-même entrer dans le pays et le voir, sa prière ne sera que partiellement exaucée. Il n’avait pas de promesses à rappeler. Dieu avait dit : Tu n’entreras pas. Mais au sommet du Mont Nebo, que le vieillard avait gravi solitaire, l’Ami fidèle qui l’avait accompagné tout le long de la course s’est approché, et lui a fait voir «tout le pays» (Deut. 34). Plus tard encore, Moïse posera les pieds en Canaan : il apparaîtra en gloire avec Élie, et, sur la montagne de la transfiguration, s’entretiendra avec son Seigneur.

Revenant aux deux prières du conducteur, nous constatons que Dieu a pardonné, mais les conséquences du péché ont subsisté. Nous pouvons intercéder pour nos enfants, pour l’assemblée locale, pour tel ami, et Dieu peut pardonner et intervenir miraculeusement. Mais il peut aussi permettre que les conséquences des fautes demeurent, au moins dans une mesure, quoique, dans la période de la grâce, il puisse aussi restaurer pleinement, comme ce fut le cas pour Pierre.

L’intercession est une prière, mais toutes les prières ne sont pas une intercession. Intercéder, c’est se placer entre Dieu et un autre, et soi-même disparaître. Je ne suis pas en cause, c’est pour un tiers que je prie. Je ne demande pas pour moi, mais pour lui. L’intercession peut avoir une puissance toute particulière. Dieu compte sur celle de ses enfants pour que bien des choses soient modifiées. En Ésaïe 59:16, Il s’étonne qu’il n’y ait eu personne, pas d’intercesseur. En quelque sorte, Dieu a disposé les choses pour que les siens interviennent comme intercesseurs et l’amènent à pardonner, à redresser, à restaurer. Il l’a voulu ainsi, et s’étonne que l’on n’intercède pas. Au psaume 106:23 : «Il dit qu’il les eût détruits, — si Moïse, son élu, ne s’était pas tenu à la brèche devant lui, pour détourner sa fureur, de sorte qu’il ne les détruisit pas». Sommes-nous prêts à nous «tenir à la brèche» pour les assemblées, pour nos familles, pour l’oeuvre du Seigneur, pour ses serviteurs ? Dieu en cherche de tels, et «s’étonne» qu’il n’y en ait pas davantage.

 

5.4.3        La découverte progressive par Moïse de qui est Dieu

 

À travers sa carrière et ses nombreuses prières, Moïse a fait des progrès dans la connaissance de Dieu. Il en est de même pour nous : Dieu se révèle aux siens d’une manière progressive, sans doute en première ligne par sa Parole, mais aussi dans une vie de prière où l’on apprend à mieux connaître et sa puissance et son amour.

La première rencontre de Dieu avec Moïse est au buisson ardent (Ex. 3:1-14). Il se présente à lui comme le Dieu de son père (v. 6), le Dieu des promesses. Il est aussi l’Éternel qui agit : J’ai vu, j’ai entendu, je suis descendu (v. 7). Pas seulement une providence lointaine, mais un Dieu qui veut opérer dans la vie des siens. Il se révèle à lui comme celui qui est : «Je suis celui qui suis». C’est le premier élément de la foi «Dieu est» (Héb. 11:6).

Moïse doit apprendre à connaître Dieu plus profondément. En Exode 19:16-21, le peuple est à Sinaï où l’Éternel se manifeste dans une vision effrayante. Le législateur va découvrir bien plus qu’au buisson la sainteté de Dieu ; on ne peut s’approcher de lui n’importe comment. La gloire de l’Éternel descend sur le sommet ; il appelle Moïse, il lui parle ; mais le peuple doit se tenir loin. Pendant six jours le conducteur reste sur la montagne recouverte «comme d’un feu dévorant» ; «le septième jour, il appelle Moïse du milieu de la nuée» (24:16).

La troisième découverte que Moïse fera de Dieu est celle de sa bonté (Ex. 33). Le serviteur a demandé : «Fais-moi voir, je te prie, ta gloire». Et Dieu répond : «Je ferai passer toute ma bonté devant ta face». Sur la montagne, l’Éternel, après l’avoir mis dans la fente du rocher, passe devant lui et crie : «L’Éternel, l’Éternel ! Dieu miséricordieux faisant grâce, lent à la colère et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité...». Dans sa prière du psaume 63, David demande de voir la force et la gloire de Dieu. Mais, il apprend comme Moïse : «Ta bonté est meilleure que la vie». La gloire viendra plus tard ; la bonté est goûtée déjà maintenant.

Moïse a découvert que Dieu est ; Moïse a découvert la sainteté de Dieu ; et Moïse découvre la bonté de Dieu. En conséquence, sa prière du psaume 90 se divise en trois parties : tout d’abord, Dieu est (v. 2-6). Puis il est saint ; «la force de sa colère» est contre le péché (v. 7-12). Enfin le troisième paragraphe souligne sa bonté et sa grâce (v. 13-17).

Voilà l’école que Moïse a suivie dans ses relations avec Dieu, lorsqu’il parlait avec Lui. Quand le serviteur a vécu cette école et qu’il a compris la bonté de Dieu, que s’est-il passé ? Exode 34:29 nous en donne la remarquable conclusion : «La peau de son visage rayonnait, parce qu’il avait parlé avec Lui».

Ne peut-il pas en être de même dans nos vies, si nous savons, sur la montagne, parler avec Lui ?

 

6                        LES RÉSULTATS DE LA PRIÈRE

 

Ils sont sans doute plus nombreux que nous ne le pensons, dans le monde visible et le monde invisible ; nous chercherons à en dégager au moins quelques-uns.

 

6.1   La paix de Dieu

 

C’est la promesse de Philippiens 4, lorsqu’on a exposé ses requêtes à Dieu, dans l’assurance de l’intérêt qu’il porte aux besoins des siens. Après avoir répandu son âme devant l’Éternel, Anne n’eut plus le même visage. Si l’on ne prie pas, on est plein d’inquiétude. Mais si l’on apprend à rejeter sur Lui tout notre souci, dans la certitude qu’il a soin de nous (1 Pierre 5:7), quel soulagement ! En Ésaïe 26:3, on chante : «Tu garderas dans une paix parfaite l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi».

Mais paix ne veut pas dire passivité. Après avoir présenté nos requêtes au Seigneur, il importe d’être prêt à agir, à obéir ; dans la confiance de sa réponse future, restons attentifs aux besoins ou aux signes qu’il nous montre, ou aux enseignements de sa Parole qu’il nous met particulièrement à coeur.

6.2   La joie de l’exaucement

Si nous prions dans la ligne de la volonté de Dieu (quelle grâce que ce ne soit pas dans la nôtre !), l’exaucement est promis, mais pas nécessairement comme nous le pensons. On peut discerner quatre manières dont Dieu répond :

6.2.1        aa

En nous donnant ce que nous demandons. La prière était selon sa volonté, telle que Jésus l’aurait exprimée, dans les mêmes circonstances.

6.2.2        bb

La réponse peut être différée jusqu’au moment où Dieu juge bon de l’accorder.

6.2.3        cc

Il nous exauce selon sa sagesse, pas nécessairement dans la forme demandée, mais de manière à atteindre le but recherché.

6.2.4        dd

Enfin il peut répondre : Non, — comme il le fit à Paul qui avait supplié trois fois le Seigneur au sujet de l’écharde qui était un obstacle dans son ministère ; mais l’apôtre a reçu une assurance qui a encouragé tant de chrétiens à travers les siècles : «Ma grâce te suffit» (2 Cor. 12:9). N’était-ce pas un exaucement remarquable, même si l’écharde subsistait ?

Aussi le Seigneur Jésus dit-il à ses disciples : «Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie» (Jean 16:24). Cette joie est liée à l’obéissance (15:11), surtout à la vision de Lui-même par la foi (16:22 et 14:19).

La délivrance de Pierre de la prison est survenue au dernier moment (Actes 12:4). Lorsque l’apôtre libéré, se présente à la porte de la maison de Marie, la jeune servante Rhode est pleine de joie, mais les autres ne veulent pas croire jusqu’à ce qu’ils aient vu (cf. Jean 20:29). Alors ils furent «hors d’eux» (v. 14-16).

L’incrédulité enlève la joie. Sara n’avait pas de communion avec Abraham dans la prière. Une oeuvre particulière de Dieu a été nécessaire pour qu’elle «reçoive la force» (Héb. 11:11). Avant qu’Isaac puisse être donné, il fallait aussi que l’état du coeur des deux époux soit mis à jour, que leur convention de mensonge (Gen. 20:13) soit confessée. Dieu peut alors bénir. De la joie qu’elle en a, Sara appelle l’enfant Isaac (rire) (21:6), comme l’Éternel l’avait annoncé à Abraham (17:19).

Zacharie et Élisabeth s’étaient résignés à rester sans enfant. Et pourtant que de fois ils avaient prié pour en avoir un. Quand l’ange dit au vieillard : «Tes supplications ont été exaucées... Jean sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse», le sacrificateur est incrédule ; il restera muet jusqu’à la naissance du fils promis. Alors, rempli de l’Esprit Saint, il bénira le Seigneur (Luc 1:13-14 ; 67-79).

Silencieusement, en présence du roi, Néhémie avait prié le Dieu des cieux. Tout de suite est venue une réponse favorable. Combien l’échanson est reconnaissant de constater que «la bonne main de mon Dieu était sur moi» (Néh. 2:5 et 8).

Parlant des fils de l’étranger qui s’attachent à l’Éternel pour le servir et aimer son nom, celui-ci dit : «Je les rendrai joyeux dans ma maison de prière» (Ésaïe 56:7).

 

6.3   La reconnaissance Actions de grâces

 

Nous en avons déjà souligné l’importance. Divers exemples mettent en évidence sa valeur. Daniel et ses trois compagnons, petite équipe, ont «imploré, de la part du Dieu des cieux, ses compassions au sujet de ce secret». Le songe est révélé à Daniel. Alors celui-ci «bénit le Dieu des cieux» : «Toi, Dieu de mes pères, je te célèbre et je te loue, parce que maintenant tu m’as fait connaître ce que nous t’avons demandé» (Dan. 2:17-23).

Devant l’attaque des Moabites et des Ammonites, Josaphat tourne sa face pour rechercher l’Éternel (2 Chron. 20:3). Juda s’assemble de toutes les villes pour demander le secours divin. Le roi conclut sa prière : «O notre Dieu... il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi» — En face de l’adversaire, Josaphat tient conseil avec le peuple et... établit des chantres pour l’Éternel ! Au moment où commençait le chant de triomphe, les envahisseurs sont battus, s’entretuant les uns les autres. Après avoir pillé le butin, le roi et ses troupes «s’assemblèrent dans la vallée de Beraca (bénédiction), car là ils bénirent l’Éternel... car l’Éternel les avait réjouis au sujet de leurs ennemis».

En Genèse 24:14, le serviteur avait prié afin de discerner «celle que Tu as destinée à ton serviteur, à Isaac». La réponse à sa prière est claire ; il veut cependant s’assurer que la jeune fille est bien de la lignée de Nakhor, c’est-à-dire de la famille d’Abraham. Alors il s’incline et se prosterne : «Béni soit l’Éternel, le Dieu de mon seigneur Abraham... lorsque j’étais en chemin, l’Éternel m’a conduit» (v. 27).

 

6.4   La communion

 

Dans l’assemblée de Laodicée, le Seigneur n’a plus sa place ; il est dehors. Dans sa grâce il frappe encore à la porte : «Si quelqu’un entend ma voix et qu’il ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi» (Apoc. 3:20). Communion bénie avec Celui qui vous a mis à coeur d’ouvrir la porte de votre coeur.

En 2 Rois 4, comme nous l’avons vu, la femme avait fermé la porte sur elle et ses enfants ; dans le secret du foyer, les vases s’étaient remplis d’huile. Quelle communion entre mère et fils ! Exemple de la foi partagée dans une famille qui a prié ensemble et s’attend au Seigneur pour la réponse, dans une circonstance particulière, dans un choix à faire, dans l’épreuve ou dans le deuil.

Communion entre deux époux, «ensemble héritiers de la grâce de la vie» (1 Pierre 3:7) ; communion entre amis, comme Pierre et Jean qui montaient ensemble au temple à l’heure de la prière (Actes 3:1) ; communion dans l’assemblée, lorsqu’ «ils élevèrent d’un commun accord leur voix à Dieu» (Actes 4:24).

 

6.5   La patience

 

Après avoir disposé sa prière devant Dieu, le psalmiste dit : «J’attendrai» (Ps. 5:3) — «C’est une chose bonne qu’on attende, et dans le silence, le salut de l’Éternel», dit Jérémie (Lam. 3:26) ; silence de l’esprit qui s’agite souvent, silence du coeur porté à murmurer. Quand le Seigneur Jésus exhorte ses disciples à «toujours prier et ne pas se lasser», et les engage à la persévérance, il ajoute : «Dieu... use de patience avant d’intervenir» (Luc 18:1 et 7). Il exerce la foi, le fruit n’est pas encore mûr, l’enseignement de l’épreuve doit d’abord être accepté.

 

6.6   Le dévouement

 

Quand Anne a reçu la réponse à sa prière, elle «prête» l’enfant à l’Éternel pour tous les jours de sa vie. Ce n’est pas peu de chose pour une mère de donner son fils, pour le service du Seigneur au loin, ou pour toute autre occasion qu’Il place devant lui !

Pierre avait dit à Jésus (sa première prière) : «Retiretoi de moi, car je suis un homme pécheur». Le Seigneur n’a pas exaucé cette demande ; il a simplement répondu : «Ne crains pas». Quel en fut le résultat ? «Ils quittèrent tout et Le suivirent» (Luc 5. 8-11).

 

6.7   Donner la vie (sous le gouvernement de Dieu)

 

En 1 Jean 5:16, si quelqu’un voit son frère pécher, il ne s’empressera pas d’aller le raconter à d’autres, mais il en fera un sujet de prière, «et il lui donnera la vie». — Ainsi avait fait Abraham pour Abimélec, en Genèse 20:7. — L’Éternel avait voulu détruire Aaron, mais Moïse intercède pour lui, et Dieu l’épargne (Deut. 9:20). — L’Éternel avait dit qu’il anéantirait Israël, mais Moïse prie : «Je suppliai l’Éternel, et je dis : Seigneur Éternel, ne détruis pas ton peuple...» ; et Dieu fait grâce (v. 26).

 

6.8   La délivrance

 

À cause de l’impatience des tribus dans le désert, l’Éternel avait envoyé parmi eux des serpents brûlants qui les mordaient ; il en mourut un grand nombre (Nomb. 21:6). Ils reconnaissent avoir péché et demandent à Moïse : «Prie l’Éternel, qu’il retire de dessus nous les serpents». Moïse élève le serpent d’airain sur une perche ; quiconque le regardait vivait (Jean 3:14).

Dans sa prière, Salomon prévoit plusieurs manquements, soit individuels, soit collectifs ; mais il demande à Dieu que lorsque le ou les coupables se tourneront vers Lui et reconnaîtront leurs fautes, «alors toi écoute et pardonne», refrain tant de fois répété dans cette prière (1 Rois 8:30-50).

Même lorsqu’un Manassé, le pire des rois de Juda, revient «et s’humilie beaucoup devant le Dieu de ses pères, et le prie, l’Éternel se laisse fléchir par lui et écoute sa supplication, et le ramène à Jérusalem» (2 Chron. 33:12-13).

En Actes 4:24, la première prière d’assemblée, la hardiesse est donnée en réponse à leur supplication. En Actes 12, c’est la délivrance de Pierre. En Philémon 22, Paul, prisonnier, demande qu’on lui prépare un logement, «car j’espère que, par vos prières, je vous serai donné».

Mais Dieu, dans la sagesse de ses voies, ne délivre pas toujours. Le psaume 138:3 nous présente un encouragement remarquable : «Au jour que j’ai crié, tu m’as répondu : tu as augmenté la force de mon âme». Dieu n’accorde pas la délivrance, mais pour traverser l’épreuve, il augmente la force de l’âme.

 

6.9   Discerner la volonté de Dieu

 

On désire saisir Sa pensée, reconnaître dans quelle direction s’engager, avoir du discernement pour donner, matériellement ou spirituellement — combien il importe alors d’être vigilant pour voir les signes de réponse que Dieu peut accorder, au lieu de passer à côté.

Vers la sixième heure, Pierre était monté sur le toit pour prier. Le Seigneur lui montre, par la vision de la grande toile remplie d’animaux, qu’il ne doit plus tenir aucun homme pour impur. L’apôtre discerne alors que la volonté de Dieu est d’aller chez Corneille. Il répond à l’invitation «sans faire de difficultés» (Actes 10).

Quand Manoah a la perspective d’avoir un descendant, il demande à l’ange : «Quand donc ta parole arrivera, quelle sera la règle du jeune garçon, et que devra-t-il faire ?» (Juges 13:12). Il désire connaître la volonté de Dieu pour l’éducation de ce fils tant désiré. Tout d’abord, la mère doit prendre garde à ne rien manger d’impur. Quand l’enfant grandit, l’Éternel le bénit. Il restera Nazaréen jusqu’au jour où il vendra son secret à Delila et perdra la vue. Lui n’avait pas discerné la volonté de Dieu, ni ne l’avait même recherchée.

 

6.10                      Ouvrir les yeux

 

Le jeune homme d’Élisée est tout effrayé en voyant qu’une armée entoure la ville. En 2 Rois 6:15 Élisée prie : «Éternel, je te prie, ouvre ses yeux afin qu’il voie». Quand l’Éternel ouvre les yeux du jeune homme, «voici la montagne était pleine de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée». N’avons-nous pas souvent besoin que nos yeux soient éclairés pour discerner tout ce que la puissance et la grâce de Dieu mettent à notre disposition, pour nous délivrer ou nous réconforter ?

Durant les trois jours de cécité et de jeûne de Saul, la première chose qui nous soit dite de lui est : «Voici, il prie». Ananias lui est envoyé ; il tombe de ses yeux comme des écailles, et il recouvre la vue. Pas seulement la vue physique ; mais les yeux du futur grand apôtre des nations commencent à s’ouvrir sur les merveilles de la révélation divine.

Nous pourrions multiplier les exemples de ces remarquables résultats de la prière, lorsque la foi est dans le coeur et la confiance s’attend à la bonté d’un Père. Chacun pourrait aussi relater bien des expériences personnelles.

Tout spécialement dans les choses spirituelles, si le Seigneur répond à nos prières, nous donne des encouragements, des enseignements par sa Parole, n’en faisons pas seulement un profit égoïste, mais sachons aussi les transmettre à d’autres : «Vous, donnez-leur à manger» disait Jésus aux disciples (Mat. 14:16). Pour pouvoir nourrir la foule, ils devaient d’abord apporter au Seigneur les cinq pains et les deux poissons. Mais quand il les a multipliés, «il les donna aux disciples, et les disciples aux foules». «Vous avez reçu... donnez» (Mat. 10:8).

David a tant prié dans sa vie ; il a reçu tant d’exaucements et de directions, et, jusqu’au bout de la course, il a fait l’expérience de la grâce de Dieu qui pardonne et restaure. L’Éternel exauce enfin sa prière pour que Salomon le remplace sur le trône. Le vieux roi compose alors le psaume 72, peut-être son dernier, et le termine par ces mots : «Les prières de David, fils d’Isaï, sont finies».

 

7                        L’EXEMPLE SUPRÊME

 

Bien des hommes ont prié, soit dans l’Ancien, soit dans le Nouveau Testament. Nous avons eu un aperçu de leurs prières, de la foi qui les a motivées, et de leurs résultats. Mais il est un exemple suprême, celui du Fils de l’homme, Dieu manifesté en chair, dont tout le chemin a été marqué par la prière. Les Évangiles avant tout nous le montrent s’adressant ainsi à Dieu, au Père. Déjà, dans l’épître aux Hébreux (10:5-9), «en entrant dans le monde» n’avait-il pas prononcé pour ainsi dire une première prière : «... Tu m’as formé un corps... voici je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté» ? Et tout au long des jours de sa chair, il pouvait dire : «Je me suis adonné à la prière» (Ps. 109:4).

L’Évangile de Luc, celui du Fils de l’homme, présente plus spécialement le Seigneur Jésus en prière. Nous l’y trouvons ainsi en sept occasions qui marquent ce chemin d’abaissement et d’amour ; une huitième prière est prononcée à Gethsémané ; une dernière, sur la croix. Remarquons en passant que dans l’Évangile de Jean, celui du Fils de Dieu, Jésus ne prie pas, sauf «à cause de la foule» (11:41) et, bien sûr, au chapitre 17 où il s’entretient avec son Père.

Trois événements, relatés aussi ailleurs, sont, dans Luc seulement, accompagnés de la prière : le baptême, le choix des disciples, la transfiguration.

 

7.1   Au baptême — Luc 3:21-22

 

Lors du baptême (3:21-22), Jésus dit en Matthieu : «Il nous est convenable d’accomplir toute justice». Il rendait un témoignage devant le peuple, en s’associant avec lui dans la repentance, quoique Lui-même d’aucune manière n’en eût besoin ; mais cet acte correspondait à la position qu’il avait prise. Dans Luc, une fois le baptême effectué, Jésus est devant Dieu : il prie. Alors le ciel s’ouvre ; la Trinité s’est donné rendez-vous : le Père déclare : Tu es mon Fils bien-aimé ; le Saint Esprit descend sur lui comme une colombe ; et le Fils prie.

 

7.2   Luc 5:15-16

 

En Luc 5:15-16, la renommée du Seigneur se répand de plus en plus ; de grandes foules s’assemblent pour l’entendre, être guéries. «Mais lui, se tenait retiré dans les déserts, et priait». En général deux choses nous sont précisées en rapport avec les prières du Seigneur : le lieu de la prière (précédemment le Jourdain, ici les déserts) et les circonstances. Dans notre texte, il avait enseigné, il avait guéri, il avait accompli le service pour lequel il avait été envoyé ; maintenant, avec humilité, avec discrétion, il se retire à l’écart après avoir agi. Quel équilibre dans cette vie ! Quel exemple pour nous de savoir nous effacer et cultiver dans la prière ce contact avec Dieu si nécessaire quand on a présenté sa Parole ou été en bénédiction à une âme.

 

7.3   Sur une montagne — Luc 6:12

 

Jésus s’en va sur une montagne pour prier (6:12). Il est seul avec son Dieu. Un choix est devant lui : au matin il appelle ses disciples et d’entre eux il en prend douze qu’il nomme aussi apôtres. C’est un choix capital. À l’un d’eux il devra dire un jour : «L’esprit est prompt, mais la chair est faible». Deux autres, il les appellera «fils de tonnerre». Et parmi les douze se trouvait le traître, dont le nom n’est jamais cité sans rappeler son crime, celui auquel une nuit il sera dit : «Ami, pourquoi es-tu venu ?». De quelle dépendance l’homme parfait avait besoin dans ce choix. Seul Luc nous dit, non seulement que le Seigneur a prié, mais qu’il passa «toute la nuit» à prier Dieu, — seule occasion où cette expression soit employée. Il passa toute une nuit à prier ! Nous ne fatiguons jamais Dieu dans nos prières individuelles ; nous pouvons répandre longuement notre âme devant lui. En public c’est différent. Nos prières peuvent lasser et l’auditoire, et Celui qui les écoute, surtout quand on veut «enseigner par la prière» !

 

7.4   À l’écart, avec ses disciples — Luc 9:18

 

De nouveau Jésus «prie à l’écart» ; cette fois «ses disciples sont avec lui» (9:18). Quand Jésus se relève, il considère ceux qui l’entourent ; ils l’ont accompagné un bout de chemin ; il se tourne vers eux et les interroge : «Qui disent les foules que je suis ?». Puis il continue : «Et vous, qui dites-vous que je suis ?». De leur réponse allait dépendre toute la suite. Avaient-ils saisi en quelque mesure qui il était ? Il venait de prier devant eux. N’était-ce pas pour que leurs coeurs soient préparés ? Pierre fait alors la remarquable réponse : «Le Christ de Dieu».

Nous avons marché un temps avec le Seigneur ; il semble nous dire : Que suis-je pour toi dans ta vie ? dans tes circonstances ? dans ma Personne même ? — Quelle sera notre réponse ? À celle de Pierre Jésus ajoute, s’adressant à eux avec force : «Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup». Pour lui, ce n’est pas la victoire, ce n’est pas la gloire, ce n’est pas un trône, mais c’est une croix. Et pour vous qui me suivez, «si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, et qu’il prenne sa croix chaque jour».

 

7.5   À la montagne de la transfiguration — Luc 9:28-32

 

Environ huit jours après l’épisode précédent (Luc 9:28-32), Jésus monte sur une montagne «pour prier», cette fois non avec tous les disciples, mais avec Pierre et Jean et Jacques. En Matthieu et Marc, il les y mène à l’écart «après six jours», d’activité, de service. Le «huitième jour» (qui suivait le sabbat) ouvrait déjà dans l’Ancien Testament une vision d’avenir : présentation de la gerbe des prémices, fête de la Pentecôte, grande journée de celle des tabernacles (Lév. 23).

Sur cette montagne, les trois disciples sont accablés de sommeil ; «quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire» (v. 32). Moïse et Élie apparaissent comme dans les autres évangiles ; mais seul Luc rapporte le sujet de leur entretien avec le Seigneur : «Ils parlaient de sa mort qu’il allait accomplir à Jérusalem». Les deux hommes s’étaient trouvés autrefois dans la présence de Dieu sur une autre montagne. À Horeb, la loi avait été donnée ; la voix douce et subtile s’y était fait entendre. Ici on est au centre des conseils de Dieu. Par la bouche même de celui qui va les accomplir, les apôtres sont placés en présence de la croix.

 

7.6   Dans un certain lieu — Luc 11:1

 

«Dans un certain lieu», Jésus était en prière (Luc 11:1). Ses disciples l’observent. Relevons que jamais le Seigneur n’a prié ensemble avec ses disciples. Il priait pour eux, il priait devant eux ; mais eux ne pouvaient être sur un pied d’égalité avec Lui devant le Père ; même au jour de la résurrection il déclarera, non pas : Je monte vers notre Père, mais «je monte vers mon Père et votre Père». Il nous appelle ses frères, mais lui reste «premier-né entre plusieurs frères» ; jamais il ne nous convient à nous de l’appeler frère.

Plus d’une fois les disciples ont vu Jésus prier. Enfin le besoin de l’imiter naît chez eux : «Seigneur, enseigne-nous à prier». Ils désirent maintenant entrer dans cette vie de prière. L’exemple du Maître les y encourage ; ils ont vu certains résultats de ses prières. Jésus les instruit : «Quand vous priez, dites : Père...». Il ajoute la parabole des trois amis et la très simple demande : «Ami, prête-moi trois pains». Toujours le Père donnera «des choses bonnes».

 

7.7   Le chemin va se terminer — Luc 22:32

 

Pour la septième fois nous voyons le Maître prier. Il prie pour Simon que Satan va tenter, alors que Pierre est plein de confiance en lui-même : «J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères» (22:32). Intercession fidèle du Seigneur pour les siens ; pour Pierre, assurance qu’il «reviendra» et pourra encore accomplir un service ; non pas à cause de sa fidélité et de ses prétentions : «Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller et en prison et à la mort», — mais parce que Jésus a prié pour lui.

Remarquons en passant que s’il y a sept occasions de prières mentionnées dans cet Évangile de Luc, il y en a d’autres où le Seigneur rend grâces. C’est tout particulièrement le cas dans ce même chapitre, lorsqu’il rompt le pain et qu’il tend la coupe à ses disciples. Comment pouvait-il «rendre grâces» en pensant à tout ce que signifiait pour lui ce corps rompu et ce sang versé ? Rendre grâces devant les souffrances, devant l’opprobre et la honte, devant l’abandon de Dieu ! — N’était-ce pas «à cause de la joie qui était devant lui qu’il a enduré la croix, ayant méprisé la honte ?» (Héb. 12:2).

 

7.8   Gethsémané — Luc 22:39-46

 

Bien souvent nous avons lu et médité ce passage, mais à chaque fois notre coeur n’est-il pas étreint ? Le Seigneur a institué la Cène ; avec les onze il a chanté une hymne ; maintenant la petite troupe s’engage sur la route du Mont des Oliviers. En Matthieu 26:3, encore une fois Jésus parle aux siens ; il rappelle la parole du prophète : «Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées». Dans Luc (22:37), c’est une autre pensée : «Il faut encore que ceci qui est écrit soit accompli en moi : «Et il a été compté parmi les iniques». L’Agneau va être immolé. Il voudrait que, dans une petite mesure, ses amis partagent son angoisse et sa souffrance : «Priez...». Dans cet évangile, il ne prend pas seulement trois d’entre eux avec lui, mais «les disciples aussi le suivirent». Il s’éloigne lui-même environ d’un jet de pierre, la distance à laquelle un berger peut, avec sa houlette, jeter la petite motte de terre qui ramènera la brebis qui s’éloigne. Luc seul nous dit qu’il se met à genoux. Il priait, disant : «Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi ! Toutefois que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui soit faite». Le petit troupeau s’est endormi ; il n’est pas encore «dispersé», mais le Berger reste seul. Sa supplication est ardente. Il est dans l’angoisse du combat ; le Père envoie un ange pour le fortifier. Que lui a dit cet ange ? Nous l’ignorons. Peut-être a-t-il rappelé le psaume 102, où dans sa prière l’affligé accablé répand sa plainte devant l’Éternel : «Il a abattu ma force dans le chemin, il a abrégé mes jours. J’ai dit : Mon Dieu, ne m’enlève pas à la moitié de mes jours !...» — Quelle fut la réponse divine ? — «Tes années sont de génération en génération ! Tu as jadis fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains ; eux, ils périront, mais toi tu subsisteras... toi, tu es le Même, et tes années ne finiront pas» (Ps. 102:23-27).

Il est là comme un homme abaissé, anéanti. Sa sueur devient comme des grumeaux de sang découlant sur la terre. Il se lève de sa prière et trouve les disciples endormis de tristesse : «Pourquoi dormez-vous ?». Ce «pourquoi» ne parle-t-il pas à nos consciences, alors que trop facilement il nous arrive, en participant au mémorial de la mort du Seigneur, de ne pas «distinguer le corps» dans le pain auquel nous avons part ? (1 Cor. 11:29).

Sur la croix, une dernière parole de Jésus donne l’expression de sa prière concernant ceux qui l’entourent : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font» (23:34). C’est sa demande pour ses bourreaux. Ils ont accompli leur oeuvre. La grâce infinie du Seigneur intercède pour eux : Ils ne savent ce qu’ils font.

Pierre reprendra la pensée en s’adressant à la foule rassemblée au portique de Salomon : «Je sais que vous l’avez fait par ignorance, de même que vos chefs aussi. Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés» (Actes 3:17-19). On peut avoir méprisé le Seigneur et son oeuvre, être resté indifférent devant ses souffrances, mais la porte de la grâce est encore ouverte. Seulement il faut se repentir, changer de pensée, quant à soi-même, quant à Dieu, quant à Christ : reconnaître l’immense culpabilité d’avoir rejeté le Sauveur, de n’avoir pas discerné en Lui le Fils de l’amour du Père, d’avoir été indifférent devant ce don inexprimable ; — d’avoir accusé Dieu dans son coeur d’être la cause de tout ce qui va mal comme conséquence du péché et de la puissance de Satan ; — de n’avoir pas reconnu en Jésus le Fils unique que «Dieu a donné, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle». Alors, si l’on se repent, si l’on retourne et se convertit et croit au Sauveur, les péchés sont effacés, et ayant reçu Jésus, on devient un enfant de Dieu, né de nouveau, né de Dieu (Jean 1:12-13).

 

Considérons encore, quelques instants,

 

7.9   La prière de Jean 17

 

C’est le seul entretien du Seigneur avec son Père qui nous soit conservé en détail. Après le dernier souper, il est au milieu de ses disciples. Précédemment il a lavé leurs pieds, afin qu’ils aient «une part avec lui». Puis, après l’institution de la cène il leur donne les enseignements de Jean 14 à 16. Maintenant il se tourne vers son Père. La nuée avait autrefois conduit le peuple ; elle était la présence même de Dieu, mais aussi voilait sa gloire ; quand elle remplissait ou le tabernacle, ou le temple, personne ne pouvait entrer. Mais maintenant en quelque sorte la nuée se déchire pour découvrir une gloire qui était d’éternité : «J’ai achevé l’oeuvre que tu m’as donnée à faire ; et maintenant glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût» (v. 5).

Et la prière continue : «La gloire que tu m’as donnée, moi je la leur ai donnée... Je veux quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils soient aussi avec moi afin qu’ils voient ma gloire que tu m’as donnée». Une gloire officielle partagée, mais une gloire essentielle de sa Personne seulement contemplée. Et à travers tous les textes que nous avons considérés, nous présentant Jésus en prière, n’y avait-il pas aussi quelques rayons de la gloire morale (*) qui a marqué son chemin sur la terre ?

(*) Voir J. G. Bellett «La gloire morale du Seigneur Jésus»

Déjà maintenant nous pouvons, par la foi, contempler cette gloire de notre Seigneur, et être «transformés» par cette contemplation (2 Cor. 3:18). Notre visage, comme celui de Moïse autrefois, pourra alors rayonner, parce que nous aurons «parlé avec Lui» (Ex. 34:29).