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PLUS DE FRUIT

 

Georges ANDRÉ

 

Tout sarment qui porte du fruit, il le nettoie, afin qu’il porte plus de fruit (Jean 15:2)

 

Tables des matières abrégée :

1     Introduction

2     Job — La discipline pour connaître son propre cœur

3     Élie — Jonas — Jean-Marc — Discipline et restauration dans le service

4     Éli — Naomi — Abraham — La discipline dans la famille

5     Les Récabites — La discipline personnelle

6     Paul — La discipline préventive en rapport avec le ministère

7     Conclusion

 

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

1.1     Qu’est-ce que la discipline ?

1.1.1     Élever, éduquer, instruire

1.1.2     Corriger

1.1.3     Châtier

1.2     Pour te faire du bien à la fin

2     Job — La discipline pour connaître son propre cœur

2.1     Job béni

2.2     Job éprouvé — ch. 1:13 à ch. 2

2.3     Les trois amis

2.4     Élihu

2.5     La présence de Dieu

2.6     Confession et restauration (ch. 42)

3     Élie — Jonas — Jean-Marc — Discipline et restauration dans le service

3.1     Élie

3.1.1     Le genêt — 1 Rois 19:1-9

3.1.2     Horeb — 1 Rois 19:10-18

3.1.3     Restauration

3.2     Jonas

3.3     Jean-Marc

4     Éli — Naomi — Abraham — La discipline dans la famille

4.1     Éli

4.2     Élimélec et Naomi — Ruth 1

4.3     Abraham

4.3.1     Le père

4.3.2     Lot

4.3.3     Agar

4.3.4     « Ma sœur »

4.3.5     Isaac

5     Les Récabites — La discipline personnelle

5.1     La discipline volontaire préventive — 1 Cor. 9:24-27 ; 1 Thess. 5:6-8

5.2     Les Récabites — Jérémie 35:1-11, 18-19

5.3     La discipline personnelle quand on a manqué

6     Paul — La discipline préventive en rapport avec le ministère

6.1     Paul

6.2     L’écharde

6.3     Les persécutions (l’opposition extérieure)

6.4     Les exercices et les déceptions dans les assemblées (l’opposition intérieure)

6.5     L’abandon et la solitude à la fin de la course

6.6     Le fruit de la discipline

7     Conclusion

 

 

1                        Introduction

Notre sujet paraît austère à première vue, et pourtant combien il est actuel. Bien souvent, des jeunes, et des moins jeunes, se demandent : « Pourquoi Dieu a-t-il permis tel événement dans ma vie ? Pourquoi ai-je échoué à mes examens ? Pourquoi ma mère est-elle malade ? Pourquoi tel deuil ? »

À de telles questions, deux grandes catégories de réponses sont données : celle du fatalisme, de l’Islam : c’était écrit, il n’y a qu’à accepter, à se soumettre, c’est inévitable. Bien différente est la réponse chrétienne : « Que veux-Tu m’enseigner ? » Non pas une résignation passive, mais une acceptation active de ce que Dieu permet dans la vie des siens, afin d’y produire du fruit qui soit à sa gloire. La discipline est un élément de l’œuvre que Dieu entreprend envers chacun de ses enfants, avec une fin de grâce qui soit à sa gloire : « L’Éternel achèvera ce qui me concerne » (Ps. 138:8). « Il a une pensée... il achèvera ce qui est déterminé pour moi » (Job 23:14). Comme le dit l’apôtre : « Celui qui a commencé en vous une bonne œuvre, l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ » (Phil. 1:6). Hébreux 13:21 confirme : « Faisant en vous ce qui est agréable devant lui par Jésus Christ ».

Romains 8:28 nous dit que « toutes choses », pas seulement les agréables et les faciles, « travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ».

Jean 15:1-2 nous parle du Père comme du cultivateur qui « nettoie » le sarment portant du fruit, « afin qu’il porte plus de fruit ». C’est le fruit dont nous parle Philippiens 1:11 : « Étant remplis du fruit de la justice, qui est par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu ».

Il ne s’agit pas de service ici, de résultats d’une activité pour le Seigneur, mais du fruit moral qui est produit par la vie de Dieu en nous, sous l’action du Saint Esprit.

Hébreux 12:5-11 avant tout, présente le sujet qui va nous occuper. Il importe de lire in extenso ce texte.

« Vous avez oublié l’exhortation qui s’adresse à vous comme à des fils : « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ; car celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée ». Vous endurez des peines comme discipline : Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils. De plus, nous avons eu les pères de notre chair pour nous discipliner, et nous les avons respectés ; ne serons-nous pas beaucoup plutôt soumis au Père des esprits, et nous vivrons ? Car ceux-là disciplinaient pendant peu de jours, selon qu’ils le trouvaient bon ; mais celui-ci nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle ».

 

1.1   Qu’est-ce que la discipline ?

Le mot discipline vient du grec paideia, dérivé de pais (enfant), que l’on retrouve au début des mots français pédagogue, pédiatre, par exemple.

On peut discerner trois sens de ce mot dans la Parole :

 

1.1.1        Élever, éduquer, instruire

C’est ainsi qu’en Actes 22:3, l’apôtre Paul rappelle qu’il a été « élevé » aux pieds de Gamaliel.

En Tite 2:12, nous trouvons la grâce qui nous « enseigne ». Son effet n’est pas un enseignement intellectuel, mais une formation toute pratique dans la vie : reniant l’impiété et les convoitises mondaines, que nous vivions dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement. Quelle éducation !

Dans 2 Timothée 2:25, il importe d’« enseigner » avec douceur les opposants. Non seulement un enseignement dogmatique, mais tout ce qu’implique une éducation, une discipline, pour que celui qui s’est opposé à la pensée divine soit ramené à « faire Sa volonté ».

Enfin, dans 2 Timothée 3:16, nous trouvons que l’Écriture est utile, entre autres, pour « instruire » dans la justice, enseignement tout pratique s’il en fut.

En Éphésiens 6:4, nous retrouvons le même mot, où les parents sont exhortés à « élever » leurs enfants (non pas les laisser croître !) dans la « discipline » et sous les avertissements du Seigneur. C’est la portée habituelle de ce mot discipline, qui n’implique pas seulement éducation, mais aussi correction.

 

1.1.2        Corriger

C’est le sens que le livre des Proverbes place bien des fois devant nous (3:11-12 ; 29:15 ; 20:30, etc). : non seulement l’instruction, la réprimande, mais aussi la correction, la « verge ». Une telle correction implique douleur, peine, « tristesse » (Héb. 12:11).

Le Père doit « nettoyer » le sarment, parce qu’il y a des choses à ôter. L’amour du Père et non sa colère (cf. note du verset 7 de Hébreux 12) est à l’origine d’une telle discipline. Hébreux 12 le souligne : celui que le Seigneur aime, il le discipline ; le Père forme ses fils parce qu’ils sont à lui, non pour qu’ils le deviennent. Et n’oublions pas que cette discipline paternelle s’adresse à chacun : « Tous y participent » (v. 8).

 

Quel en est le but ? Le verset 10 nous le dit : « pour notre profit », et « afin que nous participions à sa sainteté ». Non une sainteté que nous ayons à atteindre, mais celle dont il nous a rendus participants, et qu’il nous appelle à reproduire dans notre vie.

Les pères qui disciplinent leurs enfants sont « respectés » par eux. Laisser tout faire aux jeunes enfants ne les amènera certes pas à l’état d’esprit qui convient envers leurs parents. La discipline du « Père des esprits » produit la « soumission » (v. 9). Elle nous amène à dire comme le Seigneur Jésus en Matthieu 11:26 : « Oui, Père... ». Ou, comme il le dira lui-même à l’heure la plus grave et douloureuse de sa vie : « Que ta volonté soit faite ». C’est l’enseignement de Romains 12:2 : « ... que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite ».

Lorsque l’enfant de Dieu est sous la discipline de son Père, deux dangers se présentent à lui : « Ne méprise pas la discipline du Seigneur » (v. 5). Mépriser la discipline, c’est n’y prendre pas garde, penser qu’elle passera bientôt ; c’est aussi se cuirasser contre elle : le stoïcisme ; ou bien l’accepter avec une résignation passive : le fatalisme, dans la forêt des « pourquoi ? ». On peut aussi, comme dans Ésaïe 40:27, croire que « ma cause a passé inaperçue de mon Dieu », penser que le Seigneur nous oublie.

Que faire ? Tout d’abord prier le Seigneur de nous délivrer des pensées de découragement. Puis rechercher dans sa Parole les promesses qu’il nous fait en vue de temps difficiles. Enfin, considérer les nombreuses exhortations de l’Écriture en rapport avec l’épreuve. Par exemple, Daniel 10:19 : « Ne crains pas, homme bien-aimé ; paix te soit ! sois fort, oui, sois fort ! Et comme il parlait avec moi, je pris des forces ». Ou bien encore Ésaïe 7:4 : « Prends garde et sois tranquille ; ne crains point, et que ton cœur ne défaille pas ». Souvenons-nous de la voix du Seigneur Jésus à ceux qui se tourmentaient à ramer dans la tempête : « Ayez bon courage ; c’est moi ; n’ayez point de peur ». Hébreux 13:5 ajoute : « Lui-même a dit : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point » ; en sorte que, pleins de confiance, nous disions : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point : Que me fera l’homme ? ». Lisons encore Psaume 94:19 : « Dans la multitude des pensées qui étaient au-dedans de moi, tes consolations ont fait les délices de mon âme ». Si par contre nous ne voulons pas accepter l’épreuve de la main de notre Père, il en résulte de l’amertume.

Quoi qu’il en soit, la Parole reconnaît que la discipline, pour le présent, est, ou du moins semble être, un sujet de tristesse. Plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle (Héb. 12:11). Mais il importe d’être « exercés », de rechercher ce que le Seigneur veut nous dire par cette épreuve, ce qu’il y a en nous à ôter, à abandonner, à juger. Avec la tentation il fera aussi l’issue, nous dit 1 Corinthiens 10:13, car il est fidèle. Mais il veut que nous prenions les choses au sérieux, les considérions dans sa présence et sa lumière.

Comment nos cœurs répondent-ils au cœur du Père qui afflige, dans son désir de nous voir produire du fruit ? Savons-nous lui dire notre reconnaissance pour le résultat qu’il poursuit ? Et si le mystère de l’épreuve demeure, nous pouvons nous abandonner à sa grâce : « Au-dessous de toi, sont les bras éternels » (Deut. 33:27).

Le fruit produit par la discipline, fruit paisible, rend capable d’aider d’autres qui passent par l’épreuve : « C’est pourquoi, redressez les mains lassées et les genoux défaillants » (Héb. 12:12). Après avoir fait l’expérience de la fidélité et de l’amour du Père, ayons à cœur de venir au secours de ceux qui pourraient perdre courage, lorsque leur tour est venu de traverser la souffrance : « Consolez ceux qui sont découragés » (1 Thess. 5:14 ; 2 Cor. 1:4).

 

1.1.3        Châtier

Le verbe paideuo, dans certains passages, va en effet jusque-là. Par exemple dans 1 Corinthiens 11:31-32 : « Quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde ». Dans ce cas, la discipline revêt le caractère de châtiment, parce qu’il y a eu un mal, plus ou moins grave, que l’on n’a pas jugé, mais qui a été maintenu dans la vie. Ce châtiment nous aurait été épargné si nous avions reconnu notre faute et en avions jugé les causes. C’est encore l’amour du Seigneur qui châtie, afin que nous ne soyons pas « condamnés ».

La pensée du jugement de soi-même amène David à la fin du psaume 139 à dire : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ; ... et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin ». Au début du Psaume c’était : « Tu connais.. » (v. 2:3) ; la conclusion : « Sonde-moi » : accompagner le regard divin jusqu’au fond de notre cœur. Expérience parfois pénible, dont Job pouvait dire : « Vous est-il agréable qu’Il vous sonde ? » (13:9). Mais un tel exercice n’amènera-t-il pas à être conduit « dans la voie éternelle » ?

En Apocalypse 3:19, comme dernière exhortation à Laodicée, qui s’est tellement éloignée de lui, le Seigneur dit encore : « Moi je reprends et je châtie tous ceux que j’aime ; aie donc du zèle et repens-toi ».

Toute épreuve n’est pas un châtiment. Les voies disciplinaires de Dieu s’exercent en formation, en correction, mais toujours en vue de produire du bien, et d’approfondir la vie spirituelle chez ses enfants. D’autres épreuves sont positivement « pour la gloire de Dieu ». Ce fut le cas de l’aveugle né en Jean 9:3 et de Lazare en Jean 11:4. D’autres fois, un témoignage peut être rendu pour la gloire du Seigneur, par ceux qui traversent de grandes souffrances.

 

1.2   Pour te faire du bien à la fin

Le chapitre 8 du Deutéronome, notamment les versets 2-6 et 14-17, illustre, dans l’histoire d’Israël, toute la pensée de la discipline. Ces choses ont été écrites pour nous servir d’avertissement, dit 1 Corinthiens 10:11. Il importe donc de les considérer. L’Éternel dit à son peuple : « Tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel ton Dieu t’a fait marcher dans le désert ». Il y a des étapes dans la vie : un anniversaire, une fin d’année, un jour à l’écart, où nous sommes appelés à considérer le chemin par lequel nous avons été conduits. Deux sortes d’expériences peuvent avoir marqué la route parcourue :

D’une part, des épreuves « afin de t’humilier, et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur ».

D’autre part, tous les soins de la providence divine : « Il t’a fait manger la manne... ton vêtement ne s’est point usé sur toi, et ton pied ne s’est point enflé... il a fait sortir pour toi de l’eau du roc dur ».

Cette discipline paternelle, comme aussi les bienfaits de sa providence, ont un but bien précis :

de peur que ton cœur ne s’élève (v. 14)

que tu n’oublies l’Éternel ton Dieu (v. 14)

que tu ne dises dans ton cœur : Ma puissance et la force de ma main m’ont acquis ces richesses (v. 17)

Un autre but de l’épreuve est souligné au verset 3 : « Il t’a fait avoir faim... afin de te faire connaître que l’homme... vivra de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel ». Avoir faim implique une insatisfaction, un besoin, un mécontentement, que Dieu permet afin de nous amener à sentir que seules les choses spirituelles peuvent apaiser cette « faim ». C’est l’expérience de 2 Corinthiens 4:16-18 : « Nous ne nous lassons point... nos regards n’étant pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas... car les choses qui ne se voient pas sont éternelles ».

La conclusion de tout le chapitre est celle de notre titre : « Pour te faire du bien à la fin » (v. 16). L’humiliation, l’épreuve, la faim, n’ont eu pour but que d’amener à chef l’œuvre que Dieu avait entreprise dans le cœur. Le psalmiste pouvait le dire : « Il est bon pour moi que j’aie été affligé » (Ps. 119:71). « Dieu mène tout à bonne fin pour moi » (Ps. 57:2). La « houlette » du Berger (pour ramener la brebis qui s’égare) n’est-elle pas dans Sa main, un instrument de consolation ?

 

Nous chercherons à illustrer cette discipline par divers exemples bibliques :

 

Pour le cas classique de Jacob, nous renvoyons à la brochure de H. R. : « Jacob ou la discipline ».

 

Nous considérerons ici en particulier :

 

Job : La discipline pour connaître son propre cœur

 

Élie — Jonas — Jean-Marc : La discipline et la restauration dans le service

 

ÉliÉlimélec et Naomi — Abraham : La discipline dans la famille

 

Les Récabites (Jér. 35) : La discipline personnelle, soulignée par 1 Corinthiens 9:24-27 et 1 Corinthiens 11:31-32

 

Paul : La discipline préventive, en rapport avec le ministère.

 

2                        Job — La discipline pour connaître son propre cœur

(note) Nous recommandons, sur le livre de Job : C. S. La conversion de Job — W. K. Entretiens sur le livre de Job — J. G. B. Les Patriarches-Job — G. A. Job

 

L’un des buts du chemin au désert était d’amener le peuple à « connaître ce qui était dans son cœur » (Deut. 8:2), ce cœur que Dieu seul sonde vraiment : « Le cœur est trompeur par-dessus tout, et incurable, qui le connaît ? Moi, l’Éternel, je sonde le cœur, j’éprouve les reins ; et cela pour rendre à chacun selon ses voies » (Jér. 17:9-10). C’est pourquoi le psalmiste priait Dieu de sonder son cœur, de connaître ses pensées, afin que la voie de chagrin qui pouvait se trouver en lui fasse place à la voie éternelle (Ps. 139)

Expérience d’Ézéchias, lorsque, au faîte de sa carrière, « Dieu l’abandonna pour l’éprouver, afin qu’il connût tout ce qui était dans son cœur » (2 Chron. 32:31). Par-dessus tout, expérience de Job. La Parole de Dieu consacre tout un livre à nous enseigner que la satisfaction de soi (Job 33:9) doit faire place à la fois au jugement de soi-même et à l’abandon à la grâce (42:6).

 

Soulignons-le d’emblée, la discipline dont Job a été l’objet n’était pas un châtiment, comme ses amis l’ont cru à tort. Dieu l’a employée pour mettre en évidence la propre justice qui se cachait dans son cœur, seul moyen de l’amener à la vraie bénédiction. Parlant de Job, Jacques nous dit : « Vous avez vu la fin du Seigneur, savoir que le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux ».

 

2.1   Job béni

La Parole dit et répète que Job était un homme parfait et droit, craignant Dieu et se retirant du mal. L’Éternel lui-même l’appelle « mon serviteur ». Il était béni dans sa famille : ses sept fils et ses trois filles paraissent avoir eu une bonne entente entre eux. Il réussissait dans ses entreprises : son bétail se multipliait, ses cultures prospéraient. Sa vie morale était exemplaire : il était fidèle ; il s’occupait de l’orphelin et de la veuve ; il était hospitalier. C’était en outre un homme considéré (29:7 et suiv.).

Que manquait-il donc à ce patriarche ? Même dans l’épreuve il n’attribue rien à Dieu qui soit inconvenable, il ne pèche point de ses lèvres ; il conserve « sa perfection », mais... il en avait trop conscience : « Je tiendrai ferme ma justice et je n’en ferai pas abandon ; mon cœur ne me reproche aucun de mes jours » (27:6) ! Ou encore : « Moi je suis net, sans transgression ; je suis pur, et il n’y a pas d’iniquité en moi » (33:9).

De ses enfants, Job disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils maudit Dieu dans leur cœur » (1:5). Cela n’effleurait pas sa pensée que lui-même aurait pu parler contre Dieu.

Comment donc l’Éternel va-t-il s’y prendre pour amener Job à connaître le fond de son cœur ? C’est le thème du livre tout entier, 39 chapitres, beaucoup plus que pour placer devant nous la vie d’Abraham ou celle de Joseph !

 

2.2   Job éprouvé — ch. 1:13 à ch. 2

Les épreuves vont fondre sur Job. Il sera dépouillé de ses biens. Il va être profondément touché dans ses affections par la mort de ses dix enfants. Mais son attitude reste remarquable : « L’Éternel a donné, l’Éternel a pris : que le nom de l’Éternel soit béni ». Il est ensuite touché dans son corps, la maladie s’abat sur lui, « un ulcère malin, depuis la plante de ses pieds jusqu’au sommet de sa tête ». L’ennemi se sert de sa femme pour l’amener à maudire Dieu. Mais Job tient ferme et ne pèche point de ses lèvres.

Il ne s’agit pas d’une suite tragique d’accidents, d’une accumulation de malchances. Non, la Parole nous montre que Dieu régit tout. Alors que l’au-delà se dévoile un peu à nos yeux, c’est lui qui attire l’attention de Satan sur Job, tout en posant des limites au pouvoir de l’ennemi (1 Cor. 10:13 !) Job, malgré tout ce qui sera manifesté de son être intérieur, va-t-il glorifier Dieu vis-à-vis de Satan ? En 1 Corinthiens 4:9, les apôtres sont offerts en spectacle même pour les anges, témoignage de leur foi à la gloire de Dieu, comme le furent aussi les trois jeunes Hébreux dans la fournaise.

Satan est « l’accusateur des frères » (Apoc. 12 , 10). Il est notre « adversaire » (1 Pierre 5:8). Il provoque Dieu contre Job (1:9-11 ; 2:4-5). Il « incite » David à dénombrer le peuple (1 Chron. 21:1). Il « s’oppose » à Joshua, le grand sacrificateur (Zach. 3:1) ; il « demande à cribler » Simon Pierre (Luc 22:31). Et pourtant il n’est qu’un agent entre les mains du Seigneur ; il disparaît à la fin de l’épreuve, laissant le saint en face de Dieu : Job, au chapitre 42, David à l’aire d’Ornan, Joshua revêtu des vêtements de fête, Pierre pleinement restauré.

Mais lorsqu’il a pris place dans le cœur, l’Adversaire ne laisse pas sa proie, tel un Judas (Jean 13:27), ou un Ananias (Actes 5:3).

Dieu a donné à Paul « un ange de Satan pour le souffleter » ; malgré cela, et par l’effet de la grâce divine, sa communion avec Dieu a été maintenue toute sa vie (2 Cor. 12:7).

La réaction de Job à l’épreuve est remarquable ; mais son histoire ne pouvait se terminer là. Dieu voulait le bénir doublement, se révéler à lui, manifester sa grâce et donner du vrai repos à cette âme inquiète (3:25-26). Job était un homme d’élite, une âme solitaire, dont Dieu s’occupe en grâce en dehors du peuple élu, pour le former et l’amener plus près de lui.

 

2.3   Les trois amis

La femme de Job l’incitait à maudire Dieu. Ses amis se rencontrent pour « le plaindre et le consoler ». Malgré toutes leurs bonnes intentions, ils vont le pousser à bout. Ils n’entraient pas du tout dans le plan de Dieu, et, se figeant dans leur point de vue, s’enferrent toujours plus dans leurs affirmations erronées.

Quel exemple propre à nous rendre prudents, lorsque nous faisons visite à des amis dans l’épreuve ! On est facilement porté à juger, au lieu d’être réservé dans son appréciation des motifs de la discipline que Dieu permet pour notre frère. Combien il est nécessaire d’être conduit par l’Esprit de Dieu, pas à pas, mot après mot. D’abord écouter longuement ; ensuite, regardant au Seigneur, ouvrir sa Parole.

Les amis venaient « plaindre » Job, l’occuper de lui-même. C’est un piège. Si quelqu’un est dans l’épreuve, il ne s’agit pas de le plaindre, et de faire peut-être chorus à ses « pourquoi ». Mais bien plutôt, comme le feront dans la suite les frères et sœurs de Job, « sympathiser avec lui » (42:11), et surtout, à l’instar d’Élihu, diriger sa pensée et son cœur vers Dieu.

Pendant sept jours et sept nuits, considérant cette déchéance, les amis restent muets, après s’être répandus en pleurs, avoir déchiré leurs habits et jeté de la poussière sur leurs têtes. « Ils voyaient que sa douleur était très grande ».

Devant ce silence chargé de reproches, Job n’y tient plus. Il explose (3 et suiv.). Pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? Il ne regimbe pas contre les circonstances ; il les accepte de la main de Dieu ; mais contre les motifs de cette épreuve, qu’il ne discerne pas et trouve injustes. De là son tourment et ses « pourquoi ».

Vingt-neuf chapitres placent devant nous le patriarche et ses amis discutant, disputant, contestant. Les trois disent et répètent : Dieu te châtie parce que tu as péché. Job réplique : Je suis pur, je n’ai pas commis d’iniquité. Poussé à bout il accuse Dieu : il est injuste, il ajoute à mon iniquité (14:17).

Le ton du débat s’accentue et s’exacerbe, amenant à la lumière cette propre justice, cette satisfaction de soi, cet orgueil spirituel, qui étaient au fond du cœur de Job. Il va rappeler toutes ses bonnes actions (29), tout le mal qu’il a su éviter ; estimant que Dieu le châtie à tort, il demande à pouvoir lui parler : « Je lui déclarerai le nombre de mes pas ; comme un prince je m’approcherai de lui.. » (31:37).

Après cette longue dispute, apparemment inutile, une seule conclusion s’impose : « Les paroles de Job sont finies » (31:40). Voilà le premier pas vers la restauration : se taire.

 

2.4   Élihu

Pendant les longs entretiens de Job et de ses amis, Élihu, beaucoup plus jeune, écoutait (32:11-12). Ses traits de caractère sont la patience, la modestie, l’humilité ; il ne conteste pas ; il ne flatte pas ; il n’est pas partial, mais animé d’un esprit de droiture. Il ne fait pas preuve de suffisance, mais sait se mettre au niveau du pauvre qui souffre (33:6-7). Quel beau type du Sauveur qui viendra, Homme parmi les hommes, s’abaissant pour être « au milieu de nous comme Celui qui sert » (Luc 22:27) .

Élihu présente la grâce, mais aussi la vérité. Il dit sans ambages à Job quelles sont ses fautes : se croire juste (33:9) et accuser Dieu (33:10-11 ; 34:5). Mais il ne concentre pas les pensées du patriarche sur lui-même ; il le place devant le Seigneur.

Le jeune homme souligne la grandeur de Dieu (33:12), qui n’a pas à rendre compte de ses actions (v. 13), qui n’est pas injuste, mais veut le vrai bien des siens (v. 14-30).

Aussi Job doit-il se taire, réfléchir, cesser de discuter et de contester. Élihu l’avertit qu’il fait fausse route ; le Seigneur permet la discipline afin d’amener l’homme à « ce qui pour lui est la droiture », la droiture en se jugeant lui-même, seul chemin de la bénédiction et de la connaissance de la grâce. Mais il est conscient que seul « Dieu le fera céder, et non pas l’homme » (32:13).

Élihu souligne de nouveau le but de cette discipline : amener le croyant à reconnaître ses transgressions qui sont devenues grandes, à revenir de l’iniquité (36:8, et suiv.). Deux résultats peuvent être produits : écouter, servir Dieu (v. 11) et trouver la bénédiction ; ou bien ne pas écouter, et s’en aller dans le malheur (v. 12).

 

En terminant ses discours, Élihu va comparer cette discipline aux nuées, à l’orage que Dieu permet dans la vie des siens : « Il charge d’eau le nuage ;... les nuées... sous sa conduite,... tournoient en tous sens pour accomplir leur œuvre... soit qu’il les fasse venir comme verge, ou pour sa terre, ou en bonté » (37:11-13). Sous l’effet de l’orage, de la discipline, le « cœur tremble et tressaille comme s’il sortait de sa place » ; « maintenant on ne voit pas la lumière brillante, elle est cachée dans les nues ». Mais le but de la discipline est la bénédiction : « Le vent passe, et les chasse, et produit un ciel clair » (37:21).

 

2.5   La présence de Dieu

Vingt-neuf chapitres durant, Job et ses amis ont discuté et contesté. Pendant six chapitres Élihu a parlé de la part de Dieu à Job. Il suffira à l’Éternel de quatre chapitres pour amener à chef l’œuvre qu’il poursuivait dans ce cœur : « Qui enseigne comme Lui ? » (36:22).

Job avait dit : « Que le Tout-Puissant me réponde ». Dieu s’abaisse. Il n’accable pas son serviteur de sévères reproches, pourtant justifiés. Il prend la place de l’élève : « Je t’interrogerai et tu m’instruiras » (38:3 ; 40:2). Il va poser nombre de questions à Job, qui ne pourra répondre à aucune.

« Où étais-tu quand j’ai fondé la terre ? » (38:4). Dès la première interrogation, Job est pris de court. Quand enfin l’Éternel insiste : « Celui qui reprend Dieu, qu’il réponde à cela ! » (39:35), Job ne peut que dire : « Voici je suis une créature de rien, que te répliquerai-je ? Je mettrai ma main sur ma bouche. J’ai parlé une fois, et je ne répondrai plus ; et deux fois, et je n’ajouterai rien ». C’était bien de se taire, mais l’Éternel voulait amener son serviteur plus loin, jusqu’à l’aveu complet et au jugement de lui-même. Aussi doit-il répéter : « Je t’interrogerai, et tu m’instruiras !... Me démontreras-tu inique, afin de te justifier ? »

Il a fait défiler devant lui quelques-unes de ses créatures, pour terminer par le Léviathan, le crocodile, sous l’image poétique duquel on peut discerner la puissance de Satan, de cet ennemi que l’homme ne peut vaincre : « Souviens-toi de la bataille, — n’y reviens pas ! » (40:27).

En effet, le Seigneur ne voulait pas seulement apprendre à Job à se taire, mais le conduire au contact et à la communion avec lui. Devant la grandeur du Tout-Puissant, il va sentir son néant et l’abîme où son obstination l’a conduit. Qu’en est-il de nous-mêmes qui ne possédons pas seulement la révélation du Créateur, mais avons celle du « Fils unique qui est dans le sein du Père et l’a fait connaître » ? Mieux nous aurons appris à nous connaître et à nous détourner de nous-mêmes, plus nous le connaîtrons, Lui et son cœur (Phil. 3:7-10 !).

 

2.6   Confession et restauration (ch. 42)

Des centaines de versets nous rapportent comment Job avait contesté, accusé Dieu, s’était justifié. Cinq versets suffisent pour relater la confession qui va lui ouvrir le chemin de la bénédiction.

 

« Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour toi » (v. 2). Placé devant la puissance de l’ennemi, Job doit reconnaître que celle de Dieu est la seule à laquelle il puisse avoir recours.

Mais il lui faut faire aussi l’aveu de son ignorance : « J’ai parlé et sans comprendre de choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas ». Il s’était targué de tout discerner, de tout connaître ; dans la présence de Dieu, il a dû constater qu’il ne savait rien. Combien facilement il nous arrive de discourir sur des choses trop merveilleuses pour nous, alors qu’un peu d’humilité nous siérait davantage !

Quelle est la conclusion de Job ? « Écoute je te prie, et je parlerai : je t’interrogerai, et Toi instruis-moi ». Dans le silence et dans la présence divine, écouter et apprendre ; se laisser corriger, instruire, former, n’est-ce pas la part que nous avons besoin de rechercher souvent, à l’écart, seul avec Lui ? (Hymnes et Cantiques 134:1).

Mais il ne s’agit pas seulement d’entendre : « Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t’a vu » : expérience personnelle et profonde de l’âme, dans le secret avec son Seigneur. Vision du jeune Ésaïe dans le temple, qui déterminera toute sa vie (Ésaïe 6) ; vision de Paul dans le même temple (reconstruit), alors qu’il entendra la Voix lui dire : « Va, car je t’enverrai au loin vers les nations » (Actes 22:17-21).

Job, qui avait osé dire : « Mon cœur ne me reproche aucun de mes jours », déclare : « J’ai horreur de moi et je me repens dans la poussière et dans la cendre ». Il connaît maintenant son propre cœur, mais surtout Dieu et sa grâce, « la fin du Seigneur, plein de compassion et miséricordieux » (Jacq. 5:11).

La bénédiction va se déverser sur le patriarche, amené enfin au point où Dieu le voulait : reconnaître Sa grandeur et Son amour ; se rendre compte de sa propre misère ; et s’abandonner à la grâce. Une chose devait encore avoir lieu : pardonner à ses amis. Job prie pour eux. « Et l’Éternel rétablit l’ancien état de Job quand il eut prié pour ses amis ». Eux l’avaient poussé à bout, ils n’avaient pas parlé de Dieu comme il convient. Ils avaient imputé à l’Éternel d’avoir fait venir un châtiment sur leur compagnon. Quelle invitation à la prudence dans nos jugements ! Luc 6:36-37 nous le rappelle : « Soyez donc miséricordieux, comme aussi votre Père est miséricordieux... ne condamnez pas, et vous ne serez point condamnés ». Les trois hommes doivent aussi apprendre la même leçon que leur ami, et accepter d’offrir un « holocauste » afin d’être au bénéfice de la même propitiation (33:24), qui avait, aux yeux de Dieu, rendu Job « agréable » (42:8).

L’Éternel donne à Job le double de tout ce qu’il avait eu... sauf les enfants. En effet, si tout le bétail d’autrefois avait été perdu, les enfants ne l’étaient pas : ils avaient été recueillis auprès de Dieu, eux pour lesquels leur père avait offert le sacrifice ; ils attendaient le jour de cette résurrection dont le patriarche avait pu dire : « Après ma peau, ceci sera détruit, et de ma chair je verrai Dieu, que je verrai, moi, pour moi-même ; et mes yeux le verront, et non un autre » (19:26-27).

 

3                        Élie — Jonas — Jean-Marc — Discipline et restauration dans le service

 

Le service du Seigneur nous expose à des pièges et des dangers. La vie des trois hommes cités ci-dessus en est l’exemple. Le ministère d’Élie a été arrêté par l’orgueil spirituel : « Je suis resté, moi seul ». Celui de Jonas a été entravé par le souci de sa réputation personnelle. Jean-Marc a abandonné l’œuvre par crainte des obstacles et de la souffrance.

Mais la fidélité du Père veut, par la discipline, délivrer ses serviteurs du piège dans lequel ils sont tombés et les restaurer.

Notre part n’est-elle pas de prier pour les serviteurs du Seigneur, si particulièrement exposés aux efforts de Satan pour les arrêter dans la course ? (« le piège du diable » 1 Tim. 3:7)

 

3.1   Élie

Tout le ministère du prophète est marqué par ces mots « l’Éternel devant qui je me tiens », répétés à plus d’une reprise dans la première partie de sa carrière. Cette communion avec Dieu est l’un des secrets de sa vie. — Le second c’est qu’il était un homme de prière. Jacques 5:17 nous dit qu’« il pria avec instance qu’il ne plût pas ». N’était-ce pas son occupation primordiale au torrent du Kerith ? Pour ressusciter le fils de la veuve de Sarepta, il prie (1 Rois 17:20-21). À l’autel du Carmel, il supplie publiquement l’Éternel : « Réponds-moi, Éternel, réponds-moi, et que ce peuple sache que toi, Éternel, tu es Dieu ». Lorsqu’il s’agit de faire de nouveau tomber la pluie, le peuple s’étant humilié, « Élie monta au sommet du Carmel, et il se courba jusqu’à terre, et mit sa face entre ses genoux », sept fois de suite. — Troisième secret d’un service béni : la dépendance, la soumission marquaient sa vie, chaque fois que Dieu lui dit : « Va » (1 Rois 17:3, 8 ; 18:1 ; 19:15).

Élie est un instrument de la discipline de Dieu sur son peuple, afin de le ramener à lui. Cette discipline s’exerce d’abord par des années de sécheresse, puis triomphe au Carmel lors de la confrontation du prophète de l’Éternel avec les prophètes de Baal.

Élie souffre avec le peuple de Dieu. Sa foi est exercée, d’abord dans la solitude au torrent du Kerith, puis dans la simplicité à Sarepta. Lors de la victoire au Carmel, il doit faire face tout seul aux quatre cent cinquante prophètes de Baal, aux quatre cents prophètes des ashères, au roi lui-même et à toutes ses forces. Il le déclare : « Je reste, moi seul, prophète de l’Éternel, et les prophètes de Baal sont quatre cent cinquante hommes » (1 Rois 18:22). C’était vrai, comme l’avaient été autrefois Josué et Caleb, seuls face aux dix espions qui décriaient le pays, face à tout Israël qui se lamentait. Mais quelle différence ! Eux deux ont souffert avec le peuple qu’ils ont accompagné à travers tout le désert. C’était pour eux une école, une formation, une préparation pour la tâche à laquelle Dieu les appelait ; une discipline bien différente attendait Élie.

Dans le cœur du prophète, une racine d’amertume avait germé : « Moi seul ». Expression de suffisance, de déception d’un ministère apparemment sans fruit, d’orgueil enfin. Quel contraste avec Celui qui pouvait dire : « Je suis débonnaire et humble de cœur ». Aussi la discipline de Dieu était-elle nécessaire pour mettre à nu le cœur de son serviteur et le restaurer.

 

3.1.1        Le genêt — 1 Rois 19:1-9

Après la tension du Carmel, Élie aurait dû se hâter de se retirer à l’écart. La fatigue, tant physique que psychique, commandait le repos. Il est dangereux pour un serviteur du Seigneur d’avoir remporté un grand triomphe, un beau résultat dans une série de réunions, l’approbation des foules !... Il lui faut se retrouver seul à l’écart avec Dieu, pour que l’homme intérieur soit vraiment renouvelé.

Élie n’y allant pas volontairement, il y est contraint par les menaces de Jézabel. Un long voyage, entrepris sans prière, quelque cent quatre-vingts kilomètres, l’amène au sud du pays, hors d’atteinte de la reine ; il fuit plus loin encore, un jour dans le désert ; finalement il s’assied sous un genêt et demande la mort : « C’est assez ! maintenant, Éternel, prends mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères ». Avait-il pensé l’être ? C’était le piège qui avait fait trébucher Pierre : « Si même tous étaient scandalisés, je ne le serai pourtant pas, moi » (Marc 14:28).

La carrière du prophète semble terminée. Il a succombé au découragement, il ne pense plus qu’à la mort. Il se couche et s’endort. Mais la grâce de Dieu, la discipline du Père, va intervenir. Au Kerith, les corbeaux apportaient le pain et la chair ; au désert, il a fallu l’ange pour nourrir et surtout orienter.

À deux reprises le messager céleste le touche et lui dit : « Lève-toi, mange » ; Élie regarde, et voici, à son chevet, un gâteau cuit sur les pierres chaudes, et une cruche d’eau. Autrefois, ce gâteau avait été offert au sanctuaire, type des souffrances de Christ ; maintenant, au désert, loin du temple, loin de l’autel des sacrifices, il était là pour fortifier l’âme du prophète et lui donner les forces de parcourir « un chemin qui était trop long pour lui ». En quarante jours et quarante nuits, par la force de ces aliments, Élie parvient à la montagne de Dieu, à la présence de l’Éternel. Le Seigneur avait voulu d’abord le fortifier dans son être intérieur, avant cette rencontre mémorable où il serait face à face avec Lui.

Pour Job, il avait fallu des mois de misère pour mettre son cœur à nu et l’amener dans la présence de Dieu. Pour Élie, un mois et demi a été nécessaire. Pour Jonas, trois jours et trois nuits dans les profondeurs de la mer. Quel que soit le temps, il paraît long quand l’âme ne jouit pas de la communion de son Seigneur.

 

3.1.2        Horeb — 1 Rois 19:10-18

Dans la solitude de la montagne de Dieu, dans la caverne où s’était peut-être réfugié Moïse lorsque l’Éternel passa devant lui (Exode 33:32), la parole divine s’adresse au serviteur découragé : « Que fais-tu ici, Élie ? »

Le prophète dévoile alors l’amertume de son cœur. Il accuse le peuple : « Les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels, et ils ont tué tes prophètes par l’épée... et ils cherchent ma vie pour me l’ôter ». Romains 11:2-4 rappelle cet incident, la seule faute d’un homme de Dieu de l’Ancien Testament qui soit relatée dans le Nouveau : Il fait requête à Dieu contre Israël ! Quel contraste avec Moïse qui, sur la même montagne, dans des circonstances encore plus graves, avait intercédé pour le peuple coupable, et aurait même souhaité s’offrir en rançon pour lui !

Élie ne se contente pas d’accuser les autres, il se justifie lui-même ; tout l’orgueil spirituel de son cœur se manifeste : « J’ai été très jaloux pour l’Éternel, le Dieu d’Israël... je suis resté moi seul ».

L’Éternel fait passer devant lui toute sa puissance en jugement : le grand vent impétueux, le tremblement de terre, le feu, — mais l’Éternel n’était pas dans ces choses. Vient ensuite une voix douce et subtile que Moïse avait entendue dans ce lieu même, celle de la grâce, inconnue du prophète. La question est renouvelée : « Que fais-tu ici ? » Élie recommence, et son réquisitoire, et son panégyrique. Il n’a pas encore compris ce que Dieu veut lui dire. La discipline n’a pas produit son fruit. La voix de l’Éternel doit alors lui dire, comme autrefois à Agar (Genèse 16:9) : « Va, retourne ».

Retourne par le chemin par lequel tu es venu. Tu as cru être le seul prophète ! J’ai un autre prophète en réserve, je n’ai plus besoin de toi ; tu l’oindras, Élisée, fils de Shaphath, « pour qu’il soit prophète à ta place ». — Tu as cru être le seul fidèle ! Eh bien, je me suis réservé en Israël « sept mille hommes, tous les genoux qui n’ont pas fléchi devant Baal ».

Quelle va être la réaction d’Élie ? Va-t-il se considérer entièrement mis de côté et, découragé, s’en aller dans la monotonie des jours jusqu’à ce que le tombeau s’ouvre pour lui ? Non, la discipline va porter ses fruits.

 

3.1.3        Restauration

Sans tarder, Élie s’en retourne et trouve Élisée. Il passe vers lui « et jette son manteau sur lui ». Sans jalousie aucune, il se démet en quelque sorte de sa fonction de prophète et la transmet à Élisée. Le jeune homme veut le suivre, mais Élie de répondre : « Va, retourne », c’est-à-dire je ne te demande pas de me suivre. Mais Élisée se lève, s’en va après son maître, et humblement le servira, versant l’eau sur ses mains (2 Rois 3:11). Il sera formé par le grand prophète d’Israël ; au moment de Dieu, il relèvera le manteau qui, au jour de sa jeunesse, avait été placé sur ses épaules (2 Rois 2:13).

Élie pourra encore être instrument de Dieu, instrument plein d’énergie spirituelle, pour annoncer à Achab le jugement qui l’atteindra à cause de sa conduite envers Naboth ; présentation si puissante de la parole de l’Éternel qu’Achab s’en humilie et fait lui-même l’expérience de la grâce (1 Rois 21:27-29). Énergie spirituelle encore envers Achazia, fils d’Achab, auquel le prophète ne craint pas de dénoncer son impiété qui l’avait conduit à interroger Baal-Zébub, comme s’il n’y avait pas de Dieu en Israël pour consulter sa parole (2 Rois 1:16).

Triomphe enfin du serviteur qui, après avoir retracé toute l’histoire d’Israël, de Guilgal à Béthel, de Béthel à Jéricho, puis au-delà du Jourdain, ne passera pas par la mort, mais sera enlevé au ciel dans un chariot de feu. C’était l’approbation de Dieu sur le service, le long service de son prophète.

 

3.2   Jonas

Étrange personnalité d’un homme auquel importait plus sa propre réputation de prophète (2 Rois 14:25), que l’obéissance à l’appel de Dieu. Il se soustrait à la mission divine, parce qu’il redoute qu’elle réussisse et démente sa prophétie de jugement ! En effet, si Dieu faisait grâce aux Ninivites, alors que Jonas avait annoncé la destruction de la ville, chacun pourrait dire que sa prédiction était fausse.

Au lieu de répondre à l’appel, il s’enfuit de devant l’Éternel. Il descend à Joppé, il descend dans le navire, puis descend tout au fond de l’embarcation, où, s’étant couché, il « dormait profondément ». Quelle place pour un prophète de l’Éternel ! La discipline devra par conséquent s’exercer envers lui, instrument de malheur pour ses compagnons de voyage, à l’encontre de l’apôtre Paul en Actes 27.

Cette discipline se déroulera en plusieurs phases.

Tout d’abord la tempête. Elle reste sans effet : il dort à fond de cale.

Viennent les questions des marins : « Qu’est-ce que tu as fait ? » Il leur avait dit s’enfuir de devant l’Éternel, mais il ne s’en préoccupait guère, tandis qu’eux-mêmes en étaient pleins de crainte. Le prophète doit être amené à confesser ce qu’il a fait : « C’est à cause de moi que cette grosse tempête est venue sur vous ». Confession difficile souvent, mais qu’il ne faut pas hésiter à faire, même devant ses frères, lorsqu’elle est nécessaire.

Jonas est maintenant dans les flots. La grâce de Dieu y pourvoit en préparant un grand poisson pour le préserver. Durant trois jours et trois nuits dans les profondeurs de la mer, du fond de sa détresse, il va crier à l’Éternel.

La discipline l’a amené dans la présence de Dieu. Seul, dans une situation telle qu’il l’appelle le « sein du shéol », il crie ; il crie du fond de sa détresse, il crie de l’abîme, du cœur des mers. Dans son angoisse, quand son âme défaillait en lui, il se souvient de l’Éternel ; sa prière parvient jusqu’à Lui, dans le temple de sa sainteté. Malgré tout, le prophète ne perd pas sa confiance en son Dieu, et conclura sa supplication par ces mots remarquables : « La délivrance est de l’Éternel ».

La discipline aura-t-elle porté son fruit ? Hélas, Jonas va bien à Ninive ; sa prophétie touche la conscience du roi et du peuple, qui se repentent ; le jugement est suspendu, Dieu ne le fait pas venir du vivant de Jonas. Mais le prophète trouve cela très mauvais, et en est irrité. Il n’a aucune compréhension de la grâce, et reproche à Dieu d’être miséricordieux et lent à la colère.

Vient alors la quatrième phase de la discipline, presque une leçon d’école enfantine. L’Éternel prépare un kikajon, un ricin, qui fait ombre sur la tête de notre prédicateur pour le délivrer de sa misère. D’une joie naïve, Jonas s’émerveille de cette protection. Le lendemain l’arbuste sèche ; le pauvre prophète est tout irrité du malheur de son arbre. L’Éternel doit lui dire : « Tu as pitié du kikajon, et moi je n’aurais pas pitié des cent vingt mille enfants de Ninive ? »

Jonas est plein de sollicitude pour ce qui le touche lui-même, mais reste froid devant le sort des âmes qui se perdent. Devant la répréhension divine, il se tait. Et pourtant, dans sa fidélité, Dieu avait tout « préparé » au fur et à mesure pour son serviteur : le vent, le poisson, le kikajon, le ver, le vent d’Orient. Tout cela n’était pas arrivé par hasard, mais était, dans la main de Dieu, des instruments de sa discipline, que le prophète avait tant de peine à comprendre et à accepter.

Les marins s’en vont sur la mer apaisée ; les Ninivites sont délivrés du jugement ; mais Jonas, irrité, attend la mort. Pourtant un travail a dû finalement se faire dans son âme, puisque, sous l’action de l’Esprit de Dieu, il n’a pas craint d’écrire son histoire, et de reconnaître ainsi ses fautes.

 

3.3   Jean-Marc

Le jeune homme, engagé trop tôt dans le service, est arrêté par la crainte des obstacles et de la persécution. Quel contraste avec Celui qui dressait sa face comme un caillou pour monter à Jérusalem et ne reculait pas devant les souffrances qu’il savait devoir rencontrer.

L’apôtre l’avait dit à Timothée : « Prends ta part des souffrances » (2 Tim. 2:3) ; « endure les souffrances » (4:5). Il y avait des promesses pour ceux qui se confient dans le Seigneur : le psaume 5:11 nous dit : « Tous ceux qui se confient en toi se réjouiront... et tu les protégeras ». Une bonne volonté juvénile ne suffit pas pour s’engager avec persévérance dans le service ; seul l’amour pour le Seigneur en est la source. Ni l’influence de personnes bien intentionnées, ni l’imitation d’autres serviteurs, ni l’enthousiasme d’un jour, ne sont suffisants pour tenir ferme dans ce travail. Il faut d’abord s’asseoir et calculer la dépense avant de construire la tour.

Il est bon toutefois d’être attentif aux encouragements que le Seigneur peut donner, soit directement, soit par le moyen d’autres frères. Hébreux 10:24 nous exhorte à nous exciter l’un l’autre à l’amour et aux bonnes œuvres. En Colossiens 4:17, l’apôtre rappelle à Archippe de prendre garde au service qu’il a reçu dans le Seigneur, afin qu’il l’accomplisse. En Matthieu 21:28, le père dit à son fils : Mon enfant, va aujourd’hui travailler dans ma vigne. En Matthieu 20:6, le Maître blâme ceux qui restent sur la place de la ville « tout le jour sans rien faire ».

Le jeune Jean, surnommé Marc, avait pourtant bien commencé. Dans la maison de sa mère (Actes 12:12), sous une heureuse influence, il avait vécu une « jeunesse protégée » ; dans ce climat pieux où la prière était pratiquée, il avait grandi dans de bonnes dispositions. Aussi Barnabas et Saul peuvent-ils « l’emmener avec eux » lorsqu’ils ont accompli leur service à Jérusalem (Actes 12:25). Plus tard, il va les suivre comme serviteur (Actes 13:5). Habitué à être servi (12:13), il apprend à servir.

Pourquoi, après quelque temps, s’arrête-t-il et « s’étant retiré d’avec eux, s’en retourne-t-il à Jérusalem » ? (Actes 13:13). Était-ce l’ennui de la maison maternelle, ou la crainte de la persécution, des longueurs, des fatigues, des obstacles ? Cela ne nous est pas dit expressément, mais le Seigneur avait averti les siens : « Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre pour le royaume de Dieu » (Luc 9:62).

Aussi la discipline paternelle doit-elle s’exercer envers Jean-Marc. Le Seigneur veut qu’il soit mis à l’écart pour un temps suffisant. Lorsque Barnabas, en Actes 15:38, désire le prendre de nouveau pour un voyage qui le conduira avec Paul à visiter les assemblées, celui-ci refuse. Il discerne que la discipline n’a pas encore porté son fruit. Barnabas, dont c’était le neveu, insiste, et part avec le jeune homme. Il en résulte de l’irritation entre les deux serviteurs. Que de conséquences d’un faux départ ! Jean-Marc avait cédé à la légère à un enthousiasme passager. Les deux apôtres avaient peut-être trop facilement pris le jeune homme comme serviteur ; les conséquences se manifestaient.

Beaucoup plus tard, l’apôtre prisonnier aura à ses côtés le même Jean-Marc. Il donne des ordres aux assemblées de le recevoir s’il vient vers eux (Col. 4:10). En Philémon 24, il associe Marc à ses compagnons d’œuvre. En 2 Timothée 4:11 enfin, il déclare qu’il lui est utile pour le service.

Belle restauration d’un homme, enseigné et formé par la discipline, qui, comme nous le comprenons, a été ensuite employé par l’Esprit de Dieu pour écrire l’évangile du parfait Serviteur.

 

4                        Éli — Naomi — Abraham — La discipline dans la famille

Trois personnages d’autrefois, chacun avec son caractère, son cadre de famille, et la discipline que Dieu, dans sa grâce, les a fait traverser. Ces circonstances lointaines se transposent facilement dans notre vie d’aujourd’hui ; elles sont tout à fait actuelles ; pas nécessaire de faire grand effort pour en tirer quelques-uns des enseignements que Dieu veut nous donner par leur moyen.

Considérons tout d’abord ce que la Parole de Dieu nous dit de la maison du serviteur de Dieu. La Bible nous parle d’une part de la maison de Dieu, d’autre part de celle de son serviteur.

Quant à Sa maison (1 Tim. 3:15), les instructions de Dieu sont claires. Elle doit être marquée par la sainteté, la spiritualité, la piété de chaque jour. Dieu lui a donné sa position en Christ ; son caractère pratique dépend de la marche de ceux qui la composent. La responsabilité doit y répondre aux privilèges, dans la joie d’un rassemblement dont Jésus est le centre.

Les privilèges et la responsabilité qui s’attachent à la maison du serviteur sont aussi clairement présentés dans l’Écriture. Dans Luc, trois passages le soulignent : Marthe « reçut Jésus dans sa maison » (10:38) ; à Zachée, tout jeune dans la foi, le Seigneur dit : « Il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison » (19:5). Avec les disciples d’Emmaüs, il se laisse prier ; « ils le forcèrent ». La sainteté pratique convient à la maison de l’enfant de Dieu, s’il saisit que le Seigneur est là. Jacob nous en donne l’exemple (Gen. 35:2-3). Lorsque Dieu l’engage à monter à Béthel, surgit la question : ma maison est-elle pure pour venir à la maison de Dieu ? Il dit aux siens : « Ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous... et changez vos vêtements ». Non seulement Jacob, mais sa famille, devaient être prêts à répondre à l’appel de Dieu à se présenter devant lui.

À la fin de sa carrière, Josué peut dire : « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel ». Il ne suffit pas que le père soit fidèle ; il est appelé à entraîner, à prendre avec lui ses enfants dans le cadre de la maison de Dieu. — Quelle bénédiction peut résulter de la fidélité d’un homme attaché au Seigneur : « Le Seigneur fasse miséricorde à la maison d’Onésiphore, car il m’a souvent consolé ».

En 1 Timothée 3:2, le surveillant est engagé à « bien conduire sa propre maison ». Pas de place pour les vanités mondaines, les motifs mélangés, les prétentions, l’orgueil. Pour le réaliser, il faut toute la grâce de Dieu. En appliquant à la maison du serviteur l’exhortation d’Apocalypse 3:20, quel encouragement nous trouvons à ouvrir la porte et à laisser entrer le Seigneur afin de jouir, dans l’intimité du foyer, de sa précieuse communion.

 

4.1   Éli

Récit peu engageant, et pourtant si essentiel en un temps où les parents n’osent plus reprendre, ni corriger leurs enfants !

Éli était beaucoup plus âgé, semble-t-il, que ses fils ; cette « distance » (qui peut être psychologique, sans dépendre du nombre des années !) aide à comprendre certains problèmes dans sa famille. De plus, le sacrificateur manquait parfois de perception spirituelle : il accusait Anne d’être ivre, alors que, dans sa tristesse, elle cherchait un soulagement dans la prière de la foi (1 Sam. 1:13).

Son cœur était pourtant très attaché à la maison de l’Éternel. Quel réconfort il trouvait dans le jeune Samuel, comme un grand-père chez son petit-fils pieux. De tels cas peuvent se produire : tout l’intérêt, toute la joie se concentrent sur la maison de Dieu et l’on tendrait à laisser la famille trop souvent de côté ; le contact se perd avec les enfants, leurs intérêts, leurs joies, leurs problèmes, au lieu de les vivre ensemble. Il n’est pas facile de s’occuper suffisamment de sa famille et de consacrer tout le temps que l’on voudrait aux choses de Dieu. Seul le Seigneur peut y suffire et donner aux siens l’équilibre nécessaire.

Hophni et Phinées, qui « ne connaissaient pas l’Éternel », avaient pourtant reçu l’office de sacrificateurs et servaient dans la maison de Dieu. Dans quel but ? Essentiellement pour en tirer profit, comme le montre 1 Samuel 2:12-17 ! Le péché de ces jeunes hommes était « très grand » devant l’Éternel, car ils méprisaient Son offrande.

Leur inconduite (v. 22) faisait scandale au milieu du peuple (v. 23). Avec les années, ils avaient accumulé les fautes. Mais leur père semblait l’ignorer.

Quand il l’apprend (v. 22), il leur dit mollement : « Pourquoi faites-vous des actions comme celles-là... Non, mes fils, ce que j’entends dire n’est pas bon ». Le père disait : « Ce n’est pas bon ». Mais l’Éternel considérait leur péché comme « très grand ».

Éli, indulgent, essaie d’intervenir par quelques paroles, mais il ne prend aucune sanction, pas plus qu’apparemment il n’avait corrigé ses fils autrefois. Son exemple pourtant était bon. Il était un homme pieux, mais manquait de fermeté ; l’Éternel lui reproche, par la voix de Samuel, de n’avoir pas « retenu » ses fils qui s’avilissaient. Sans doute les jeunes gens avaient-ils grandi, étaient-ils mariés (4:19), mais le père gardait la responsabilité non plus de leur interdire leurs actions, mais au moins de les retenir. Salomon, en revanche, a, dans ses écrits, beaucoup exhorté et repris ; pourtant son fils Roboam n’a pas marché à la gloire de Dieu : chez le roi, il manquait l’exemple.

Nous avons vraiment besoin de la grâce de Dieu pour que nos enfants soient « élevés » sous la discipline et les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4). C’est tout un programme. Élever des enfants, n’est pas simplement les « laisser pousser ». C’est partager avec eux, et la lecture de la Parole de Dieu avec un enseignement à leur portée, et le rassemblement autour du Seigneur, au moins pour le culte, puis, lorsqu’ils grandissent, pour l’édification et la prière. C’est aussi s’associer avec eux dans leurs distractions diverses, dans toutes ces belles expériences que l’on peut faire en famille et qui unissent parents et enfants. C’est là que l’exemple des parents se fait sentir. Non qu’il faille user d’une sévérité excessive : « Pères, ne provoquez pas vos enfants », ou encore : « N’irritez pas vos enfants, afin qu’ils ne soient pas découragés » (Col. 3:21). En étant trop dur, on pourrait provoquer des réactions défavorables, quoique contenues pour un temps ; et l’enfant manquerait de s’épanouir. Mais cela n’implique ni laisser-aller, ni indulgence déplacée qui ne sait pas « retenir ».

La conduite d’Éli et de ses fils va amener la discipline divine. D’abord Dieu avertit. « Un homme de Dieu vint vers Éli » (v. 27) et lui parle de la part de l’Éternel, soulignant entre autres : « Tu honores tes fils plus que moi » (v. 29). Il met le doigt sur la plaie essentielle. Le Seigneur n’avait pas la première place dans cette famille. L’honneur et la crainte ne lui étaient pas rendus ; la satisfaction des enfants, leur plaisir, passaient avant la révérence envers Dieu ; leur inconduite n’était pas réprimée. Il est facile de négliger la Parole en famille, ou, pour toutes sortes de prétextes, de ne pas prendre les enfants avec soi au culte, ou même de ne pas y aller du tout, de temps en temps. Faut-il s’étonner alors des conséquences ?

Devant l’exhortation de l’homme de Dieu, Éli ne dit rien. Pas de repentir, pas d’humiliation. Le temps passe... l’Éternel va parler encore une fois par le moyen de Samuel, l’enfant élevé dans le temple, qu’Éli aime et estime. Le jeune garçon redoute de transmettre au vieux sacrificateur le message de l’Éternel. Mais sur son insistance, il lui rapporte la chose : « Je vais juger sa maison pour toujours, à cause de l’iniquité qu’il connaît, parce que ses fils se sont avilis et qu’il ne les a pas retenus ». Éli écoute, se résigne : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui est bon à ses yeux ». Il n’y a pas d’humiliation plus profonde, pas de retour.

Alors le châtiment, le drame, doit inexorablement s’accomplir. Les deux fils d’Éli sont tués dans la bataille. Lorsque le sacrificateur apprend que l’arche de Dieu est prise — et pas seulement que ses deux fils sont morts — il tombe à la renverse de dessus son siège, et se brise la nuque. Sa belle-fille, femme de Phinées, enfante dans la douleur, et se meurt en disant : « La gloire s’en est allée d’Israël, parce que l’arche de Dieu est prise » (4:22).

Le vieux père, la belle-fille, marquent leur attachement à l’Éternel en prenant plus à cœur la prise de l’arche que la mort de leur fils ou de leur époux ; pourtant la tragédie s’achève dans la mort, le deuil et le déshonneur.

 

4.2   Élimélec et Naomi — Ruth 1

Une famine survient dans le pays de Canaan, épreuve permise de l’Éternel, dans un but qu’il connaît. L’attitude de la foi serait de rechercher la raison de cette discipline, de se repentir, de se soumettre (1 Rois 8:35 !) Mais Élimélec et les siens ne l’entendent pas ainsi. Ils veulent se soustraire à l’épreuve que Dieu permet et s’en vont aux champs de Moab, hors des frontières fixées par Dieu, tout d’abord pour y « séjourner »... bien vite ils y « demeurent ». La vie matérielle de la famille est assurée, mais tout le reste va être perdu. Non seulement on a été dans le monde pour un travail nécessaire, mais on va s’y complaire, on va l’aimer, on va s’y établir.

Évolution bien actuelle où dans nombre de familles, sans précisément changer de domicile, on change d’ambiance ; petit à petit on s’accommode du monde et des choses du monde ; on y trouve son plaisir, et... les aime (1 Jean 2:15).

La discipline de Dieu va s’exercer d’abord sur Élimélec, qui meurt. La veuve reste avec ses deux fils. Les jeunes gens prennent des femmes moabites, qui ne connaissaient pas l’Éternel. Pendant dix ans ils habitent là ; ils auraient eu le temps de revenir à Bethléem. Makhlon et Kilion meurent à leur tour ; « la femme reste privée de ses deux enfants et de son mari ». Apparemment elle avait été d’accord en son temps de quitter le pays et de s’installer à Moab ; puis elle ne s’était sans doute pas opposée au mariage de ses fils. Faut-il s’étonner qu’elle doive en conclure : « Le Tout-Puissant m’a remplie d’amertume... l’Éternel m’a abattue et le Tout-Puissant m’a affligée ».

Cette douloureuse discipline va porter ses fruits. En apprenant que l’Éternel a visité son peuple pour leur donner du pain, elle part du lieu où elle était pour s’en retourner au pays de Juda. Elle reconnaît s’en être allée « comblée » ; maintenant l’Éternel va la ramener « à vide », mais il va la ramener. Le cœur brisé et humilié, qui reconnaît la justesse des voies de Dieu sans s’en excuser, va être en bénédiction à Ruth, sa belle-fille veuve, et l’amener à venir s’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël.

Quelles bonnes relations entre la belle-mère et la belle-fille ! Naomi peut dire « Ne te chercherai-je pas du repos afin que tu sois heureuse ? ». Ruth sera appelée « ta belle-fille qui t’aime » (4:15). Naomi retrouvera même un « fils » ; la joie remplira de nouveau son cœur (4:16).

Comment ferons-nous le bonheur de nos enfants ? Non pas en les conduisant « au pays de Moab », mais en leur apprenant à connaître une Personne en qui est la force : le vrai Boaz.

 

4.3   Abraham

Nous ne voulons pas considérer toute l’histoire du patriarche, mais le fruit produit par la discipline de Dieu dans sa vie de famille.

L’appel d’Abraham était clair : « Va-t’en... de ta parenté, dans le pays que je te montrerai » (Gen. 12:1). Or Abraham s’écarte de l’instruction divine :

il prend avec lui son père et son neveu (11:31, 32)

il descend en Égypte (12:10)

il convient avec sa femme de l’appeler « sa sœur ».

Les conséquences fâcheuses de tels écarts amènent sur lui la discipline divine, mais aussi le fruit précieux qu’elle produit.

 

4.3.1        Le père

L’appel de Dieu ne s’adressait pas à Thérak. C’était sans doute dur de laisser le vieux père seul à Ur. Mais la foi n’aurait-elle pu compter sur Dieu pour prendre soin de lui, peut-être par le moyen de Nachor son deuxième fils, comme tant d’autres que Dieu a appelés au loin à son service ont dû le faire depuis lors ? Thérak se joint cependant à Abraham et aux siens pour le voyage en Canaan ; il paraît même en prendre l’initiative ; mais, pour une raison qui ne nous est pas donnée, la troupe s’arrête en Charan, où Thérak meurt. Après la mort du père seulement, « Dieu fit passer Abraham dans le pays » (Actes 7:3-4).

Une parenté peut être ainsi en obstacle dans le sentier de la foi. Le jeune ménage qui a fondé un foyer, tout en conservant le respect, l’estime et l’affection pour ses parents, surtout s’ils sont croyants, doit prendre ses responsabilités, et marcher à la suite du Seigneur dans le chemin où la foi le conduit.

 

4.3.2        Lot

C’était bien naturel sans doute, pour Abraham, d’emmener avec lui son neveu Lot, fils de son frère défunt. Mais l’appel de Dieu ne s’était pas adressé directement à Lot. Celui-ci suivait par foi d’éducation, sous l’influence de son aîné.

En descendant en Égypte, l’oncle ne lui donne pas un exemple salutaire. En effet, au moment du choix résultant de la querelle des bergers, Abraham, le plus âgé, laissant le plus jeune choisir, Lot lève ses yeux et voit toute la plaine du Jourdain « comme le pays d’Égypte quand tu viens à Tsoar ». Les réminiscences du pays du Nil déterminent son choix ; il s’en va vers ce qu’on a appelé ce « cloaque lumineux où il s’enlisera ». Sérieux exemple pour les parents qui seraient tentés de donner le « goût de l’Égypte » à leurs enfants, qui ne sauront bientôt plus où sont les « frontières » selon Dieu. Quelle discipline en découle pour Abraham ! Tristesse de la séparation ; efforts ensuite pour venir au secours de son neveu prisonnier, frais et dangers qui en découlent ; anxiété du patriarche, qui intercède pour Lot, quand l’Éternel a décidé de détruire Sodome. Après que Lot a tout perdu, fortune, foyer, épouse, enfants mariés, ses filles le trompent pour donner naissance aux ennemis des descendants d’Abraham (Gen. 19:37-38).

Remarquons quel fruit la discipline porte chez le patriarche, et quel soutien le Seigneur lui donne. Après la séparation d’avec Lot, il réalise une communion précieuse avec Dieu (13:14) ; les promesses sont renouvelées ; à Mamré, un troisième autel est bâti à l’Éternel.

Après avoir délivré Lot du pouvoir des rois, Abraham bénéficie de l’intervention de Melchisédec ; le roi de justice et de paix apporte pain et vin, et le bénit de la part du Dieu Très-Haut. Ainsi fortifié, le patriarche sait refuser l’invitation insidieuse du roi de Sodome : « Donne-moi les âmes et prends les biens pour toi » (14:21). Piège que bien des croyants ont rencontré sur la route : s’engager dans un chemin, dans une entreprise, où les âmes des enfants seront mises en danger, même si l’on assure le côté matériel !

Enfin, lorsque l’Éternel va détruire Sodome, il apparaît Lui-même à Abraham sous le chêne de Mamré, le fait jouir de sa communion, lui dit ce qu’il va faire, prête l’oreille à son intercession, et à cause de cette intercession, renvoie Lot hors de la destruction (19:29).

 

4.3.3        Agar

D’Égypte, Abraham n’avait pas seulement rapporté des souvenirs, mais « une servante égyptienne » (16:1), qu’il introduit dans l’intimité de sa famille. Voilà le danger. Qu’il y ait dans un ménage quelque jeune fille de service non croyante, n’est peut-être pas l’idéal, mais ce n’est pas la même chose. Par contre, accueillir personne ou élément du monde dans le cercle intime, constitue un danger permanent.

La présence d’Agar devient un sujet de tension entre maîtresse et servante, puis entre les époux, sans parler du piège que le conseil de Sara a représenté pour son mari (13:3-6). Plus tard, Agar ayant enfanté Ismaël, celui-ci se moque d’Isaac (21:9), nouveau sujet de tension entre les parents.

La discipline porte enfin son fruit ; après plus de vingt ans de vie commune, avec tristesse mais tact, Abraham est obligé de renvoyer la servante, de la chasser, comme dit Galates 4:30, afin qu’Isaac puisse grandir dans un foyer paisible, où la foi prédomine.

Même le monde remarque le fruit de cette discipline. Abimélec, et Picol, chef de son armée, peuvent dire à Abraham : « Dieu est avec toi en tout ce que tu fais » (21:22).

 

4.3.4        « Ma sœur »

Lorsque Dieu avait fait errer Abraham loin de la maison de son père, il avait conclu une convention demi-mensongère avec sa femme : « Dans tous les lieux où nous arriverons, dis de moi : il est mon frère ».

Ce subterfuge avait amené bien des difficultés lors du séjour en Égypte (12:14-20). Le patriarche, revenu en Canaan, avait retrouvé la communion avec l’Éternel (13:3-4). Mais le « fond » n’avait pas été jugé ; un nouvel écart devait s’ensuivre.

Au chapitre 20, Abraham retombe dans la même faute. Cette fois il confesse enfin la convention de mensonge qu’il avait faite avec Sara (20:12-13). Il peut alors prier pour Abimélec, (v. 17) et connaître une pleine restauration. Après tant d’années, l’Éternel pourra donner Isaac.

 

4.3.5        Isaac

La discipline a porté des fruits dans la vie du patriarche ; il a besoin pourtant d’une expérience suprême dont la Parole nous dit : « Après ces choses, Dieu éprouva Abraham » (22:1). Ce n’était plus une discipline destinée à mettre en évidence quelque faute et à la juger, mais une épreuve apte à faire briller la foi de l’homme de Dieu (Jacq. 2:21). Dans la tension de ces journées, Abraham apprend à tout recevoir de Dieu, même Isaac en résurrection (Hébreux 11). Il montre le calme et la dignité de la foi : « Dieu se pourvoira d’un agneau pour l’holocauste ». C’est Jéhovah-Jiré. C’est le fruit paisible que l’épreuve a produit, le renouvellement des promesses, non seulement à Abraham, mais « à ta semence » (qui est Christ : Gal. 3:16), en laquelle seront bénies toutes les nations de la terre, « parce que tu as écouté ma voix ».

 

5                        Les Récabites — La discipline personnelle

Une question se pose : Faut-il attendre « passivement » la discipline de Dieu, soit pour prévenir une chute, soit quand on a manqué ?

La Parole nous montre en divers passages combien il est nécessaire, dans la dépendance de l’Esprit de Dieu, d’être vigilants et sobres pour être gardés de chute. Nous sommes d’autre part appelés à nous juger nous-mêmes, reconnaissant et confessant nos fautes, pour n’être pas châtiés (disciplinés) par le Seigneur, mais être, au contraire, amenés à la joie du pardon (Ps. 32).

 

5.1   La discipline volontaire préventive — 1 Cor. 9:24-27 ; 1 Thess. 5:6-8

Pour la dixième fois peut-être dans son épître, l’apôtre déclare : « Ne savez-vous pas ? ». Il ne va pas présenter une doctrine cette fois-ci, mais une question toute pratique : cette discipline préventive, nécessaire dans la course et le combat chrétiens. Non une obéissance légale, mais une disposition de cœur (Dan. 1:8), résultat d’une œuvre de grâce en nous, qui ne nous amène pourtant pas à nous croire supérieurs à d’autres. Le secret est de s’abandonner à la grâce pour qu’elle nous façonne par l’action de l’Esprit de Dieu, pour faire « mourir les actions du corps » (Rom. 8:13). Il y a toutefois une constance personnelle à déployer : « Purifions-nous nous-mêmes de toute souillure de chair et d’esprit » (2 Cor. 7:1), — sorte de cilice moral, préservation efficace.

Courir, combattre, implique une énergie spirituelle persévérante. En Apocalypse 2 et 3, lettre après lettre, l’apôtre répète : « Celui qui vaincra... ». Exhortation individuelle, personnelle, sans attendre que d’autres s’engagent dans le même chemin.

La victoire dans la course, dans le combat, ne va pas sans « régime ». Afin d’obtenir une couronne (1 Cor. 9:25), mais aussi, de peur d’une chute (v. 27).

Quel est ce régime ? L’apôtre en avait fait l’expérience personnelle : « Moi donc… » dit-il. Il parle de mortifier son corps, plus littéralement de soumettre son corps, et de l’asservir, de peur que, après avoir prêché à d’autres, il ne soit lui-même réprouvé. Ce mot réprouvé (*) puisqu’il s’agit de compétition sportive dans ce passage, pourrait être traduit par « disqualifié ». Comment un service public pour le Seigneur se poursuivrait-il avec des fruits pour lui, si l’on manque gravement dans ce que l’on annonce à d’autres ?

(*) Grec : dokimos (« approuvé », par ex. 2 Tim. 2:15), avec le préfixe privatif « a » : « adokimos » = désapprouvé.

 

Régime implique sobriété, c’est-à-dire contrôle de soi. Nous le voyons en 1 Thessaloniciens 5, où « ceux du jour » sont mis en contraste avec « ceux de la nuit ». En 2 Timothée 4:5, la sobriété est nécessaire à l’évangéliste. 1 Pierre 2:11 nous enjoint de nous abstenir des « convoitises charnelles, qui font la guerre à l’âme ». Ces convoitises de la chair ne sont-elles pas bien souvent à la base de tout, lorsqu’un jeune s’écarte délibérément du chemin du Seigneur, invoquant comme excuse des doutes intellectuels, simple voile pour son inconduite ?

Le contrôle de soi engage le chrétien à ne pas se laisser aller à tout ce qui l’entoure et le sollicite, ou même l’intéresse. Il est exhorté à avoir les « reins ceints » (1 Pierre 1:13). Une pratique spirituelle du jeûne est de mise, tout spécialement dans une époque où tant de choses veulent s’imposer à l’attention. On ne saurait tenir dans sa main à la fois les vanités du monde et la main du Seigneur.

Par amour pour lui, porter Son joug (Matt. 11:29). Le prophète soulignait déjà : « Il est bon à l’homme de porter le joug dans sa jeunesse » (Lamentations 3:27). Ce joug d’amour comporte une marche dans le même chemin que Lui, au même pas que Lui. Réserver dix minutes au lever pour une gymnastique appropriée qui fortifiera le corps, demande un effort constant ! N’exercerons-nous pas chaque matin cette même discipline personnelle pour consacrer un moment suffisant à écouter la Parole de Dieu et à le prier ? Une vieille brochure avait pour titre : « Un quart d’heure sur nonante-six », un quart d’heure pour être avec le Seigneur au début de la journée. Lui donnerons-nous seulement un pour cent de notre temps ? Pourquoi pas deux pour cent ? Emploierions-nous plus de temps à écouter la radio que sa Parole ? Cela nous conduira peut-être à renoncer à de trop longues soirées !

« N’abandonnant pas le rassemblement de vous-mêmes », dit l’apôtre (Héb. 10:25). Dans ce domaine aussi, il faut de l’énergie, et un régime qui libère le temps nécessaire.

La parabole nous parle des « épines » (Marc 4:19) : les soucis, les richesses, les convoitises, qui « entrant » étouffent la Parole. — Il est impossible de ne pas avoir de préoccupations. Mais il faut apprendre à les remettre au Seigneur : « Rejetant sur lui tout votre souci, car il a soin de vous » (1 Pierre 5:7). — Dans une « société affluente » comme l’actuelle, les facilités matérielles augmentent. La sobriété pour en user selon Dieu sera de mise. Il nous donne toutes choses richement pour en jouir, mais pour en jouir avec le Seigneur. Jésus. — Quant aux convoitises, prenons garde qu’elles n’entrent dans l’âme et ne lui fassent la guerre. De tant de manières elles sont amorcées, attisées, par des scènes lues, entendues, vues. Nous ne pouvons nous empêcher de voir bien des choses, mais nous serons vigilants de peur qu’elles ne viennent pas à faire partie de l’être intérieur.

En Proverbes 24:33-34, il nous est dit : « Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, un peu croiser les mains pour dormir... et ta pauvreté viendra comme un voyageur, et ton dénuement comme un homme armé ». Quel piège dans ce « un peu » ! — On aura pratiqué la sobriété, la tempérance. Mais l’apôtre Pierre nous engage à y ajouter la patience (2 Pierre 1:6), c’est-à-dire la persévérance à être sobre. Ne pas se laisser « pour une fois » aller à la tentation qui nous est offerte ; ne pas s’abandonner « un peu » au sommeil spirituel qui nous guette. L’ennemi ne saurait que trop en profiter pour s’introduire dans notre vie et l’appauvrir.

Quelle consolation dans l’affirmation de l’apôtre, parlant du serviteur du Maître : « Il sera tenu debout, car le Seigneur est puissant pour le tenir debout » (Rom. 14:4).

 

5.2   Les Récabites — Jérémie 35:1-11, 18-19

Les descendants de Jonadab, fils de Récab, avaient reçu de leur père l’injonction de ne pas boire de vin, de ne pas construire de maisons, de ne pas semer de champs, ni planter de vignes. Ils étaient ainsi marqués comme pèlerins, étrangers sur la terre. Souvenons-nous de la parole de ce serviteur qui pouvait dire : « C’est le trésor que j’ai trouvé dans Son amour qui a fait de moi un pèlerin dans ce monde ».

Les circonstances étaient devenues difficiles ; la guerre avait poussé la petite tribu dans la ville de Jérusalem ; Jérémie reçoit de l’Éternel l’ordre de faire venir ces hommes dans le temple et de les engager à boire du vin. C’était une mise à l’épreuve. Mais les Récabites tiennent ferme. Il n’était pas mauvais en soi de boire du vin, mais ils voulaient obéir à leur père et se privaient volontairement, comme il le leur avait enjoint. À plus d’une reprise il est répété qu’ils « écoutaient » sa voix ; alors que le peuple, loin de suivre leur exemple, ne prêtait pas attention à la parole de l’Éternel et amenait ainsi sur eux-mêmes la discipline de son châtiment (v. 17).

Il est facile d’appliquer spirituellement l’enseignement de Jonadab, fils de Récab. Le vin ôte le discernement : que de choses sont aptes à enlever à nos âmes ce discernement spirituel, si nous nous laissons aller. Les tentes, par opposition aux maisons, démontrent que l’on ne s’établit pas dans ce monde, que l’on n’y trouve pas sa patrie et sa satisfaction. Ne pas semer de champs, ne pas planter de vignes, c’est ne pas attendre de récolte spirituelle du monde, mais trouver sa joie dans les choses invisibles qui demeurent.

Afin d’être mis à part pour Dieu, tout entier pour Lui, le Nazaréen d’autrefois (Nombres 6), pour un temps limité (Actes 18:18), ou pour la vie (Juges 13:5), s’abstenait de vin, des joies mondaines, — laissait croître ses cheveux, renonçant à sa dignité personnelle et à sa réputation, — et se séparait de toute personne morte, s’éloignait de toute corruption. Une telle pratique n’était obligatoire pour personne, mais celui qui, par amour pour son Dieu, voulait être à part du mal, veillait à ces choses.

 

5.3   La discipline personnelle quand on a manqué

1 Corinthiens 11:31-32 place devant nous un principe de la plus haute importance.

 

En rapport avec la cène du Seigneur, il nous est dit : « Que chacun s’éprouve soi-même et qu’ainsi il mange » (v. 28). Qu’est-ce donc que s’éprouver soi-même ? seulement juger nos fautes ? L’apôtre l’explique un peu plus bas, en nous engageant à nous juger nous-mêmes pour n’être pas jugés. Le jugement de soi implique l’accord avec Dieu contre nous-mêmes, le discernement dans sa lumière des causes profondes de nos manquements. Tout d’abord, selon 1 Jean 1:9, les confesser, dire à Dieu clairement le mal que nous avons fait, le reconnaître aussi envers ceux que nous aurions offensés. Ensuite, rechercher dans sa présence quels ont été les motifs ou les mobiles secrets de notre faute. Nous éviterons ainsi cette discipline du Seigneur rendue autrement nécessaire : « Quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés (disciplinés) par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde ». Bien plus, nous pourrons dire avec David : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée » (Ps. 32:1).

Un tel exercice ne nous amènera pas à une sombre appréciation des choses ; au contraire, il affermira en nous le sentiment de la grâce qui nous permet malgré tout de nous approcher de la cène du Seigneur, d’annoncer sa mort par laquelle nos péchés ont été effacés. Non pas se dire : cette semaine n’a pas trop mal été, je peux bien venir à la table sainte. Au contraire : s’éprouver soi-même, se juger soi-même, et saisir par la foi, comme tout à nouveau, que ces péchés trop facilement présents dans nos voies, ont été expiés à la croix par le Seigneur Jésus ; il nous a lavés par son sang précieux ; lui est la propitiation pour nos péchés. Alors, assurés du pardon, et conscients du prix qu’il a payé pour expier nos fautes, nous venons au mémorial dans le sentiment profond de la grâce immense qui nous a été faite.

 

Ô grâce infinie !

Tu fus immolé,

Tu laissas ta vie,

Ton sang a coulé

Pour qu’au sanctuaire,

De tous honoré,

Notre Dieu ton Père

Pût être adoré.

 

Le psaume 130:4 nous dit : « Il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint ». La conscience de la grâce ne nous amène pas à répéter légèrement nos fautes, mais au contraire à craindre de déplaire au Seigneur en manquant à nouveau. Proverbes 28:13 précise : « Celui qui confesse ses transgressions et les abandonne obtiendra miséricorde ». Cela ne demande-t-il pas une sérieuse discipline personnelle, dans le saint désir, par la force que Dieu fournit, de ne pas retomber ?

 

6                        Paul — La discipline préventive en rapport avec le ministère

 

Une telle discipline est-elle vraiment opportune ? Les nombreux dangers que court un serviteur du Seigneur nous font saisir pourquoi la Parole en montre la nécessité.

Parmi ces dangers, relevons celui de Romains 12:3 : « Avoir une haute pensée de soi-même » ! Péril d’orgueil, de satisfaction de soi, qui guette tout ministère public, mais aussi chaque serviteur, quel que soit son don de grâce, ou la « mesure » (2 Cor. 10:13) que Dieu lui a confiée.

En 1 Pierre 5:2, les anciens sont avertis de ne pas « dominer sur des héritages » ; cet esprit de domination pourrait peser même sur des âmes ou sur d’autres serviteurs (Matt. 24:49).

La lassitude enfin est apte à gagner tout ouvrier du Seigneur (2 Cor. 4). L’éventuelle monotonie du service, surtout le relâchement dans la communion avec Dieu, la fatigue physique ou psychique, le dépassement des forces qui ont été données, — tout cela peut amener un homme autrefois fidèle, à se lasser. Souvenons-nous que nous sommes des serviteurs et non pas des forçats ! En Actes 20:13, Paul désire aller lui-même à pied jusqu’à Assos, laissant ses compagnons faire le tour du promontoire avec le navire. Voulait-il méditer, solitaire le long de la route, dans une précieuse communion avec son Seigneur ?

En rapport avec ces divers pièges et d’autres, le Seigneur exerce une discipline préventive envers les siens ; elle ne découle pas de la responsabilité du serviteur, mais de la sollicitude du Maître envers ceux qu’il emploie dans sa moisson ou dans sa maison.

 

6.1   Paul

Pourquoi choisir un tel serviteur pour illustrer l’enseignement de la Parole au sujet de la discipline divine au cours de son ministère ? Même le plus grand des apôtres en avait besoin. Relisons soigneusement 2 Corinthiens 12:5-10 où il l’exprime lui-même.

Le but essentiel de cette discipline était « afin que je ne m’enorgueillisse pas à cause de l’extraordinaire des révélations ». Durant toute sa carrière, Paul a été l’objet constant et permanent de cette éducation de la part du Seigneur, afin de tenir le moi en échec. Le danger n’était pas d’avoir été au troisième ciel, mais de s’enorgueillir, ensuite des révélations reçues. Dans notre petite mesure, ne courons-nous pas un risque semblable quant aux vérités remises en lumière par un ministère que nous apprécions, mais dont il serait dangereux de s’enorgueillir : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Cor. 4:7).

Trois fois l’apôtre supplie le Seigneur d’ôter l’écharde qui l’entrave. Mais, dans l’épreuve, il reçoit la merveilleuse réponse : « Ma grâce te suffit... Ma puissance s’accomplit dans l’infirmité ». Humblement, il peut alors dire : « Je prends plaisir dans les infirmités... car quand je suis faible, alors je suis fort ».

Cette discipline a revêtu deux formes : « Un ange de Satan pour le souffleter » (2 Cor. 12:7) et ce qu’il appelle « la sentence de mort » (2 Cor. 1:9, cf. 4:11) : opposition extérieure (persécution) et opposition intérieure dans certaines assemblées.

 

6.2   L’écharde

Dieu avait voulu donner à son serviteur une écharde pour la chair, et la maintenir, malgré les supplications de l’apôtre. La Parole n’a pas jugé bon de nous faire savoir exactement en quoi elle consistait. Divers passages mentionnent une infirmité entravant son ministère, dont ses adversaires prenaient avantage pour le mépriser. Par exemple en 2 Corinthiens 10:10, on disait : « Sa présence personnelle est faible et sa parole méprisable ». Aux Galates (4:13-14), il écrivait : « Vous n’avez point méprisé, ni rejeté avec dégoût ma tentation qui était dans ma chair ».

Souffrance continuelle pour l’apôtre, conscient que le Seigneur avait envoyé la discipline et la maintenait ; il avait appris à l’accepter de sa main. L’écharde lui rappelait qu’il n’était qu’un « vase de terre » ; si le vase avait voulu jouer un rôle, elle aurait mis bien vite un sceau d’humiliation sur son service.

Prenons garde de mépriser des frères ayant peine à s’exprimer, tout en apportant vraiment un message substantiel de la part du Seigneur. En Actes 4:13, les apôtres étaient illettrés, leur accent galiléen ne les recommandait pas à Jérusalem ; mais, on les « reconnaissait pour avoir été avec Jésus ». Inversement, ne nous laissons pas arrêter nous-mêmes par des difficultés naturelles d’élocution, ou la timidité ; mais simplement, humblement, apportons ce que le Seigneur a pu nous donner pour d’autres.

 

6.3   Les persécutions (l’opposition extérieure)

Écrivant aux Corinthiens, l’apôtre relève qu’il avait en lui-même « la sentence de mort », afin de n’avoir pas confiance en soi, mais en Dieu, qui ressuscite les morts, et était capable de le délivrer. Il était conscient d’accomplir dans sa chair « ce qui restait encore à souffrir des afflictions du Christ pour son corps qui est l’assemblée » (Col. 1:24).

En 2 Corinthiens 11:23-27, il nous donne un aperçu de ces persécutions, endurées en tant d’occasions diverses, bien plus nombreuses que les Actes ne les relatent. « Livré à la mort pour l’amour de Jésus », il pouvait dire : « Je prends plaisir... dans les persécutions... pour Christ ». Il les ressentait pourtant vivement, comme en témoignent, au soir de sa vie, ces lignes à son enfant Timothée : « Tu as pleinement compris... mes persécutions, mes souffrances... quelles persécutions j’ai endurées » (2 Tim. 3:11).

Les Juifs en particulier, acharnés contre l’apôtre, s’en servaient pour entraver l’œuvre du Seigneur. Ils l’avaient chassé avec ses compagnons par la persécution, les « empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées » (1 Thess. 2:15-16). Paul recevait de la main de Dieu la souffrance découlant d’une telle discipline, certain que le Seigneur s’en servirait pour le bien : « Les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’Évangile » (Phil. 1:12). À travers toutes ces persécutions, tous ces dangers de mort, la vie de Jésus était manifestée ; un témoignage était rendu à sa puissance et à son pouvoir. Ainsi s’accomplissait la prophétie du Nazaréen glorifié à celui qui avait tant persécuté les assemblées : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (Actes 9:16). Le « vase de terre » était brisé, afin que la lumière intérieure resplendît.

 

6.4   Les exercices et les déceptions dans les assemblées (l’opposition intérieure)

Cette opposition intérieure fut encore bien plus douloureuse pour l’apôtre que toutes les persécutions. Pourquoi dût-il l’endurer lui « apôtre appelé de Jésus-Christ... établi prédicateur et apôtre, docteur des nations dans la foi et la vérité » ? (1 Cor. 1:1 ; 1 Tim. 2:7). Et cela non seulement de la part de judaïsants ou d’ennemis de la vérité, mais de certaines assemblées et de certains frères, pourtant enfants de Dieu, ayant la même foi en notre Seigneur Jésus Christ ?

Mais qu’en serait-il advenu si Paul avait été bien accueilli partout ? Quels dangers spirituels n’aurait-il pas courus ? Le Seigneur n’a pas voulu qu’il en fût ainsi ; pour maintenir son serviteur dans l’humilité, pour qu’on ne l’estime pas au-dessus de ce qu’on le voyait être, ou de ce que l’on avait pu entendre dire de lui, il le faisait passer par cette douloureuse discipline.

Tout son cœur était engagé pour les divers rassemblements : « Il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées » (2 Cor. 11:28). Cette sollicitude s’étendait même aux églises qu’il n’avait pas visitées, comme Colosses et Laodicée. Quel profond chagrin ne ressentait-il pas lorsque les Galates étaient troublés par des émissaires les évangélisant « outre ce que nous avons évangélisé ». Il lui semblait travailler de nouveau « pour leur enfantement... jusqu’à ce que Christ ait été formé en vous ». Avec quel regret il leur écrit : « Vous couriez bien, qui est-ce qui vous a arrêtés ? » (5:7).

Parmi les Corinthiens, d’aucuns « voulaient une occasion » (2 Cor. 11:12) contre l’apôtre. Certains trouvaient « sa parole méprisable » (10:10) ; d’autres avaient recours à la calomnie. Avec mélancolie Paul doit leur dire : « J’aurais dû être recommandé par vous » (12:11) ; mais son affection était telle qu’il ajoutait : « Très volontiers je dépenserai et je serai entièrement dépensé pour vos âmes, si même, vous aimant beaucoup plus, je devais être moins aimé » (12:15).

Aux Philippiens, il parle de ceux qui croient « susciter de la tribulation pour ses liens » (1:17). Mais il savait aussi apprécier les encouragements reçus parmi eux (1:5, 8 ; 4:1, 15-19).

S’il faut rencontrer, dans notre bien petite mesure, une opposition similaire, ne faut-il pas en accepter l’exercice, et se demander avec sérieux si l’on est bien dans le chemin de Dieu ? Si le Seigneur en redonne la conviction, alors humblement, vase de terre, persévérer.

Cette opposition et ce mépris que Paul rencontrait en divers lieux devaient aller s’accentuant jusqu’au bout de sa carrière.

 

6.5   L’abandon et la solitude à la fin de la course

Déjà en Colossiens 4, l’apôtre sentait venir cet isolement. Il parle de quelques compagnons d’œuvre de la circoncision, « les seuls qui lui aient été en consolation ». Cet abandon deviendra tragique tout à la fin de sa vie, dans la deuxième épître à Timothée.

« Tous ceux qui sont en Asie se sont détournés de moi » (1:15). Parmi eux se trouvaient les Éphésiens, connus pour le niveau spirituel le plus élevé présenté dans les épîtres.

Lorsque Onésiphore vient à Rome, personne dans l’assemblée, semble-t-il, ne savait où se trouvait l’apôtre, et ne pouvait ou n’osait en donner l’indication à l’ami qui le cherchait. L’Éphésien a dû faire démarche sur démarche, « très soigneusement », pour finalement le trouver, et, de la part du Seigneur, le consoler.

Pour le bien de l’œuvre, Paul avait envoyé Tychique à Éphèse. D’autres s’en étaient allés, Crescens en Galatie, Tite en Dalmatie. Démas l’avait abandonné, ayant aimé le présent siècle. « Empresse-toi de venir avant l’hiver », dit-il à son cher Timothée. En effet, « l’hiver » était venu pour le vieil apôtre que tous délaissaient.

« Dans ma première défense », dit-il, « personne n’a été avec moi, mais tous m’ont abandonné » (4:16). Mais, expérience merveilleuse, pour la septième fois de sa vie, d’une façon toute particulière, « le Seigneur s’est tenu près de moi et m’a fortifié... Le Seigneur me délivrera... et me conservera pour son royaume céleste ».

 

6.6   Le fruit de la discipline

Nous en relèverons six, parmi bien d’autres :

1- « Nous ne nous lassons point » (2 Cor. 4:16). Formé à l’école de Dieu, renouvelé de jour en jour dans son homme intérieur, l’apôtre persévérait. Il restait à la disposition de son Maître et des assemblées (Phil. 1:23-25 !), « fatigué, mais poursuivant toujours » (Juges 8:4).

2- Le sentiment profond d’avoir reçu son ministère « comme ayant obtenu miséricorde » (4:1), le soutenait à travers tous les obstacles. Tout service est une grâce, et non un devoir pénible ; la discipline par laquelle l’apôtre avait dû passer, en avait approfondi toujours plus la certitude dans son cœur.

3- On penserait parfois, après tel ou tel service : « Je ne m’en suis pas trop mal tiré ». Ou l’on dira avec quelque suffisance : « Le Seigneur nous a bien bénis » !

L’apôtre, lui, avait dû apprendre qu’il n’était qu’un vase sans valeur : « Nous avons ce trésor dans des vases de terre, afin que l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous » (v. 7). Élie s’était cru meilleur que ses pères, mais Paul avait saisi qu’il ne valait pas plus que ce vase d’argile destiné à être brisé.

4- Dans l’épreuve, dans les persécutions, dans l’opposition, il avait fait l’expérience de la fidélité de Dieu et de ses ressources : « Dans la tribulation de toute manière, mais non pas réduits à l’étroit ; dans la perplexité, mais non pas sans ressource ; persécutés, mais non pas abandonnés ; abattus, mais ne périssant pas » (v. 8-9). Aussi pouvait-il dire : « Je suis rempli de consolation ; ma joie surabonde au milieu de toute notre affliction » (7:4).

5- Toute la discipline traversée avait produit chez le serviteur ce qui en est la plus haute recommandation : « Une grande patience » (6:4). Il avait été autrefois un ardent zélateur, plein d’énergie pour défendre la cause de Dieu, comme il se l’imaginait. Mais maintenant son attitude en tout temps, qui le recommandait comme serviteur de Dieu, était cette « grande patience... dans la mauvaise et dans la bonne renommée... comme inconnu et bien connu... comme n’ayant rien et possédant toute chose » (6:4-10). Il pouvait écrire aux Philippiens : « J’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve. Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance ; en toutes choses et à tous égards, je suis enseigné » (4:11-12).

6- Enfin, fruit suprême, l’apôtre conclut son épître en disant : « Je ne suis rien » (2 Cor. 12:11).

« Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Gal. 2:20).

« Pour moi, vivre c’est Christ » (Phil. 1:21).

« L’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de tout » (3:8).

Tout ce fruit aurait-il été produit si Paul n’avait enduré la discipline pénible qui avait fait saigner son cœur, mais l’avait rejeté sur le cœur de Dieu ?

 

7                        Conclusion

 

Quelle meilleure conclusion tirer de ces pages, sinon celle que la Parole elle-même nous donne : « Aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle ».

Job l’a été, et longuement, mais combien admirable est sa conclusion : « Mon oreille avait entendu parler de Toi, mais maintenant mon œil T’a vu ».

 

L’orgueil spirituel d’Élie, dont il ne se rendait pas compte, a fait place, sous la discipline, à l’humilité qui jette son manteau sur le jeune homme qui sera prophète à sa place, alors que, dans l’ordre des trois missions dont Dieu le charge en Horeb, c’était la dernière à accomplir.

 

Jean-Marc, arrêté dans l’œuvre par la crainte des difficultés, devient, après une longue discipline, « utile dans le service ».

 

La tragédie de la famille de Naomi aboutit à ce qu’elle-même revient avec Ruth au pays du Dieu d’Israël et trouve la joie et la consolation.

 

Abraham, exercé dans sa famille, devant supporter longtemps les épines résultant de ses écarts, voit sa foi triompher, et le merveilleux témoignage en être rendu à la gloire de Dieu.

 

Les Récabites ont écouté leur père ; ils ont tenu ferme à travers la longue discipline personnelle dans laquelle il les avait engagés ; Dieu peut les louer pour leur fidélité.

 

Paul, le grand apôtre, soumis à l’épreuve de l’écharde, des persécutions, de l’opposition intérieure, a manifesté une grande patience et a persévéré jusqu’au bout sans se lasser, dans une communion croissante avec son Seigneur.

 

Moïse l’avait dit au peuple, à la fin de la traversée du désert : Il t’a humilié, il t’a éprouvé, il t’a fait connaître ses soins... tout cela « pour te faire du bien à la fin ».

 

N’est-il pas vrai que « toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » ?