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L’Ecclésiaste et Les Réponses du Nouveau Testament

G. André

 

 

Table des matières abrégée :

1     Introduction

2     Le travail (Lire Ecclésiaste 1:3 ; 2:18-23 ; 4:4-8 ; 6:7)

3     Les richesses (Lire Eccl. 2:4-11 ; 4:7-8 ; 5:10-17 ; 6:11)

4     Jouir de la vie

5     La sagesse et la crainte de Dieu

6     La mort, le jugement et l’au-delà

7     Conclusion

 

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

1.1      Place de l’Ecclésiaste dans la révélation de Dieu

1.1.1             C’est l’expérience d’un homme marqué de trois manières :

1.1.2             Trois termes ressortent dans ce livre.

1.2          Contraste entre l’Ecclésiaste et le Nouveau Testament

2     Le travail (Lire Ecclésiaste 1:3 ; 2:18-23 ; 4:4-8 ; 6:7)

2.1      « Quel profit a l’homme de tout son labeur, dont il se tourmente sous le soleil ? » (Ecc. 1:3 ; 3:9)

2.2      Que nous dit le Nouveau Testament du travail ?

2.3          Ouvriers du Seigneur

3     Les richesses (Lire Eccl. 2:4-11 ; 4:7-8 ; 5:10-17 ; 6:11)

3.1      Quel est l’enseignement du Nouveau Testament ?

3.2          L’économe injuste (Luc 16:1-13)

3.3          L’enseignement de 1 Timothée 6:7-10, 17-19.

3.4      À qui « faire du bien » ?

3.5          Comment « faire du bien » ?

3.6          L’exemple divin. Il est double.

3.7      Scène de Marc 12:41-44

4     Jouir de la vie

4.1      Que nous en dit le Nouveau Testament ? Sur le plan terrestre

4.2      La joie spirituelle

4.3      Les occasions de joie spirituelle

5     La sagesse et la crainte de Dieu

5.1      La sagesse dans l’Ecclésiaste

5.2          Quelques conseils de la sagesse dans l’Ecclésiaste

5.2.1             Dans la maison de Dieu (5:1 à 2)

5.2.2             Les jours précédents (7:10)

5.2.3             Les paroles qu’on dit (7:21 à 22)

5.2.4       La fosse et la clôture (10:8)

5.2.5       La parabole de l’homme pauvre et sage (9:13 à 18)

5.3      La sagesse dans le Nouveau Testament

5.4      La révélation de la sagesse divine

5.5      La crainte de Dieu

6     La mort, le jugement et l’au-delà

6.1      Selon l’Ecclésiaste

6.1.1       La mort selon l’Ecclésiaste (Lire 2:14 à 16 ; 3:18 à 21 ; 9:1 à 6, 10)

6.1.2       Le jugement

6.1.3             L’Au-delà

6.2      Que nous dit le Nouveau Testament ?

6.2.1       La mort

6.2.2       Le jugement

6.2.3             L’Au-delà

7     Conclusion

 

 

 

 

1                        Introduction

Parmi les trente-neuf livres de l’Ancien Testament, l’Ecclésiaste occupe une place à part.

Les livres de Moïse, le Pentateuque, nous donnent de la Genèse au Deutéronome les origines, l’appel d’Abraham et de sa famille, la formation du peuple d’Israël, la loi et les ordonnances qui s’y rattachent.

De Josué à Esther nous avons, dans les livres historiques, l’histoire de ce peuple, depuis la conquête de Canaan jusqu’à la transportation à Babylone ; puis son retour, en Esdras et Néhémie, et, en Esther, un récit du temps de l’exil.

Les Hagiographes, appelés aussi Livres poétiques et sapientiaux, de Job au Cantique des Cantiques, auxquels on ajoute les Lamentations de Jérémie, sont en grande partie écrits en vers ; ils nous présentent surtout les exercices d’âme des fidèles du peuple, comme aussi les conseils de la sagesse.

Les prophètes, au nombre de seize, annoncent les jugements qui atteindront Israël, et son avenir glorieux.

À travers tout l’Ancien Testament, Dieu se révèle progressivement à l’homme. Tout d’abord c’est le Dieu créateur, Élohim (Genèse 1:1), le Dieu suprême, la déité dans le sens absolu ; son nom en hébreu est au pluriel, alors que le verbe (« créa ») est au singulier, sans doute allusion voilée à la Trinité qui ne sera révélée que dans le Nouveau Testament (voir aussi v. 26).

Lorsque Dieu appelle Abraham à sortir de son pays et de sa parenté, à devenir étranger dans un monde idolâtre et corrompu, Abraham obéit et s’en va. Sa foi marche vers un but. Au pèlerin qu’il est ainsi devenu, Dieu se révèle comme le Tout-puissant (El-Shaddaï) (Gen. 17:1).

Les siècles ont passé ; le peuple d’Israël va être formé comme tel ; Dieu se révèle à Moïse comme Jéhovah (Ex. 6:2-3), ou dans sa forme plus correcte Yahveh, que la plupart de nos versions traduisent par l’Éternel, Celui qui demeure le même tout en intervenant dans le temps, le Dieu de l’alliance avec son peuple. Tel il sera connu, à travers tout l’Ancien Testament, de ceux qui s’approcheront de lui.

Tant les livres historiques que les prophètes, gardent l’empreinte israélite, et paraissent être occupés avant tout de ce peuple. Tout va changer au jour de la résurrection.

Sur le chemin d’Emmaüs, Jésus lui-même ouvrira les yeux des disciples pour que dorénavant, considérant Moïse, les psaumes et les prophètes, ils n’y cherchent plus seulement l’histoire de leur peuple, mais avant tout « les choses qui Le regardent ». Tout l’Ancien Testament s’éclaire d’une lumière nouvelle, et les cœurs brûlent au-dedans des croyants pour qui s’ouvrent les Écritures (v. 32). Le sacrifice d’Abel préfigure la Croix ; Abraham et Isaac montant les deux ensemble à la colline de Morija nous font penser au Père et au Fils accomplissant l’œuvre de la rédemption ; Joseph vendu par ses frères, descendant toujours plus bas, puis élevé à la gloire suprême, premier après le Pharaon, devient le tableau émouvant de l’Envoyé du Père qui, rejeté de ses frères, descendra jusque dans la mort, pour recevoir, à travers la résurrection et l’ascension à la droite de Dieu, un Nom au-dessus de tout nom. Ce n’est plus tant l’histoire elle-même de David ou de Jérémie qui nous intéresse, mais, par-dessus tout, ce qui en eux parle de Christ. Tout l’Ancien Testament converge vers la venue de Celui qui sera au milieu des hommes la Parole faite chair, Emmanuel, Dieu avec nous.

Sous quel nom Jésus va-t-il révéler le Dieu invisible que personne n’a jamais vu ? « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui l’a fait connaître ». Pour nous chrétiens, Dieu n’est plus seulement le Dieu suprême, le Créateur, le Tout-puissant ou l’Éternel, mais avant tout et au-dessus de tout, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Au matin glorieux de la résurrection, le Seigneur Jésus en a envoyé par Marie de Magdala le message à ses frères : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17).

Telle est, dans ses grandes lignes, la révélation que Dieu nous a donnée. Quelle place y occupe le livre de l’Ecclésiaste ? Il suffit d’en lire quelques pages pour se rendre compte qu’il a un caractère tout à fait à part, un cadre particulier.

 

1.1   Place de l’Ecclésiaste dans la révélation de Dieu

 

1.1.1        C’est l’expérience d’un homme marqué de trois manières :

a) Il connaît le bien et le mal, et possède une sagesse de source divine, qui lui fait promener sur tout ce qui se voit sous le soleil un regard inquisiteur et intelligent ; mais cette sagesse ne peut que l’amener à constater les conséquences du péché en lui-même et autour de lui, sans qu’il y trouve remède.

b) Il connaît Dieu, mais sans avoir avec lui de relation positive, de relation d’alliance ; il ne possède pas d’autre révélation que celle d’un jugement à venir.

c) Il est comblé de toutes les facilités matérielles pour pouvoir jouir de la vie.

Dans de telles conditions, va-t-il trouver le bonheur ? Quel sera le résultat de son expérience ? — D’un bout à l’autre de son livre, il va le répéter à satiété : aucune satisfaction, aucun bonheur durable ; aucune connaissance de l’avenir, qui reste pour lui un livre fermé.

 

1.1.2        Trois termes ressortent dans ce livre.

1. « Sous le soleil », expression fréquente, qui situe bien le point de vue du Prédicateur : il considère les choses telles que le soleil les éclaire ici- bas et que ses sens peuvent les discerner, mais il ne possède aucune révélation des choses éternelles.

2. La « vanité », la « poursuite du vent », refrain constant d’un bout à l’autre du livre : tout ce pour quoi l’homme se dépense, ce après quoi il s’acharne pour tâcher de le saisir, n’est que du vent, du vide, qui laisse son cœur insatisfait.

3. Le troisième terme marque l’Ecclésiaste de son absence : l’Éternel n’y est pas connu. Seul le nom de Dieu y figure : l’Être suprême, mais non le Dieu de l’alliance en relation avec son peuple.

 

Nous avons donc dans l’Ecclésiaste les réflexions de l’homme naturel sur ce qui se passe sous le soleil, les raisonnements de l’homme dont l’expérience est nécessairement incrédule, puisqu’il ne possède pas la révélation, ou (aujourd’hui) refuse d’en prendre connaissance. Où peut-il en venir avec ses seules facultés ?

Tel est le cadre volontairement dessiné par le Prédicateur, sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu. Non qu’il s’agisse à proprement parler d’une « confession », c’est-à-dire d’une expérience personnelle, vécue dans toutes ses parties ; mais plutôt d’un tableau, intentionnellement délimité, d’un homme placé dans les conditions que nous avons décrites. Est-ce un cas unique ? De tels hommes existent-ils aujourd’hui après dix-neuf siècles de christianisme ? — Aucun, sans doute ! Est-ce si sûr ? N’y en a-t-il pas au contraire des millions, spécialement dans la chrétienté ? Ils ont la connaissance du bien et du mal, avec une mesure d’intelligence et de discernement ; ils saisissent qu’il y a un Dieu suprême, mais volontairement ils se privent de la révélation qu’Il a donnée. Le cadre de l’Ecclésiaste n’est-il pas celui dans lequel, par leur faute, tant d’hommes d’aujourd’hui se meuvent ? Au point de vue technique, beaucoup de choses ont changé depuis deux à trois mille ans, mais moralement « il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». Les conséquences du péché subsistent : « Ce qui est tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté » (Ecc. 1:15).

Faut-il donc s’étonner de trouver dans notre littérature actuelle tant d’échos de la parole de l’Ecclésiaste, qui, après avoir exploré tout ce que sa sagesse et sa connaissance peuvent atteindre, avoir joui de tout ce que sa richesse peut lui donner, s’écrie en fin de compte : « Alors je me suis mis à faire désespérer mon cœur » (2:20).

Beaucoup, de nos jours, comme dans les siècles qui ont précédé, ne veulent pas prendre connaissance de la révélation divine telle que nous la possédons dans la Bible ; ils s’interrogent sur la vie, sur l’énigme de la souffrance, sur la vanité des efforts humains pour empêcher les guerres, les calamités, les maladies, sur l’impuissance de l’homme devant la mort, et ne trouvent pas d’autre conclusion que ce désespoir et ce vide si tragiquement décrits par l’Ecclésiaste.

Nos réflexions ne s’arrêteront pas à cette pénible constatation ; mais reconnaissants de la révélation que Dieu nous a donnée dans sa Parole, spécialement dans le Nouveau Testament, nous prendrons quelques-uns des problèmes que se pose le Prédicateur et chercherons à dégager les réponses qu’y donne le Nouveau Testament.

Notre but n’est pas d’étudier le livre lui-même. Nous renvoyons pour cela nos lecteurs à la brochure H. R. « Etude sur l’Ecclésiaste », qui en donne un remarquable aperçu. Notre intérêt se portera spécialement sur les points suivants :

 

Le travail.

Les richesses.

Jouir de la vie.

La sagesse et la crainte de Dieu.

La mort, le jugement et l’au-delà.

 

1.2   Contraste entre l’Ecclésiaste et le Nouveau Testament

Pour souligner ce contraste entre l’Ecclésiaste et le Nouveau Testament, tournons notre attention vers un ou deux textes.

L’Ecclésiaste dit : « J’ai haï la vie, parce que l’œuvre qui se fait sous le soleil m’a été à charge, car tout est vanité et poursuite du vent ». Le Seigneur Jésus dit de ses brebis : « Moi Je suis venu afin qu’elles aient la vie (*), et qu’elles l’aient en abondance » (Jean 10:10).

 

(*) La « vie éternelle » sans doute, mais déjà comme part actuelle, qui sanctifie et enrichit notre existence sur la terre.

 

L’Ecclésiaste dit : « J’ai haï tout le travail auquel j’ai travaillé sous le soleil, parce que je dois le laisser ». L’apôtre Paul dira : « Vivre… il en vaut bien la peine... J’ai travaillé beaucoup... non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (Phil. 1:22 ; 1 Cor. 15:10).

 

L’Ecclésiaste dit : «À beaucoup de sagesse, beaucoup de chagrin ; et qui augmente la connaissance, augmente la douleur » (Ecc. 1:18). L’apôtre Jean écrira : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la Parole de la vie... nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous : or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:1-4). Et Pierre d’ajouter : « Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 Pierre 3:18).

 

Aucun commentaire n’est nécessaire devant cette confrontation.

Rappelons que le Prédicateur se présente à nous comme fils de David, roi à Jérusalem, possédant une sagesse particulière, et comblé de richesses. (Ecc. 1:1, 12, 16 ; 2:10). À qui ces traits feraient-ils penser, si ce n’est à Salomon, qui d’une façon particulière avait reçu de Dieu sagesse et richesses, alors que, jeune fils de David, il avait, comme roi à Jérusalem, la responsabilité de conduire le peuple de Dieu. (1 Rois 3:12-13 ; 2 Chron. 1:11-12).

Ecclésiaste 12:9, ajoute : « Et de plus, parce que le prédicateur était sage, il a encore enseigné la connaissance au peuple ; et il a pesé et sondé et mis en ordre beaucoup de proverbes ». Donc il n’a pas seulement écrit l’Ecclésiaste, mais aussi d’autres livres, notamment Les Proverbes, expressément mentionnés. Puis la Parole ajoute : « Les paroles des sages sont comme des aiguillons, et les recueils, comme des clous enfoncés : ils sont donnés par un seul pasteur » (12:11). Plusieurs « sages » seront utilisés pour composer « les recueils » de la Parole de Dieu ; venus de lieux divers, ayant des professions variées, vivant dans des pays et à des époques bien différents les uns des autres, ils ne seront chacun d’eux que les instruments du même Esprit : les divers livres de la Bible « sont donnés par un seul pasteur. » Ainsi l’Ecclésiaste ne se détache pas de l’ensemble de la révélation divine, mais n’en est qu’un des « recueils », destiné à nous montrer où aboutissent les facultés naturelles de l’homme qui réfléchit sans la lumière de la révélation d’en haut. Il nous fait apprécier l’immense privilège que nous avons de posséder un Sauveur, de connaître par lui l’amour du Père, d’avoir un Ami qui nous accompagne le long du chemin de la vie, et auprès duquel passer l’éternité « sera de beaucoup meilleur ».

 

Quel bonheur de te connaître,

O Toi qui ne peux changer,

Mon Sauveur, mon divin Maître,

Secourable et bon Berger.

(H. et C. 189:1)

 

2                        Le travail (Lire Ecclésiaste 1:3 ; 2:18-23 ; 4:4-8 ; 6:7)

2.1   « Quel profit a l’homme de tout son labeur, dont il se tourmente sous le soleil ? » (Ecc. 1:3 ; 3:9)

Telle est la première question que se pose l’Ecclésiaste : l’homme a-t-il un profit quelconque de tout son travail et du tourment qu’il apporte ? Le travail est-il une bénédiction ou une malédiction ?

D’aucuns s’en réfèrent à Genèse 3 pour nous affirmer qu’il est une malédiction. Voyons le texte : « ... maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras en travaillant péniblement tous les jours de ta vie. Et il te fera germer des épines et des ronces, et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain » (Gen. 3:17-19) La malédiction est sur le sol, non sur l’homme ; le travail n’est pas la conséquence du péché, mais la peine dans le travail : « Tu en mangeras péniblement... » Les épines et les ronces, non l’activité de l’homme, résultent de la chute : en Eden Dieu avait placé Adam pour « cultiver » le jardin et le garder. Il en mangeait alors « librement » le fruit ; dorénavant, « à la sueur de son visage » il aura du pain.

Le travail en soi n’est donc pas une malédiction découlant de la chute, au contraire. Il suffit de penser combien est démoralisé l’homme au chômage ou condamné à la prison solitaire, pour se rendre compte de quelle bénédiction il est privé en n’ayant rien à faire. Le travail, ordonné à Adam encore innocent, apporte une satisfaction, non seulement par l’activité qu’il procure, mais parce qu’il permet de produire, de créer, d’être utile.

Pourtant l’Ecclésiaste en vient à nous dire : « J’ai haï tout le travail auquel j’ai travaillé sous le soleil... Qu’est-ce que l’homme a de tout son travail, et de la poursuite de son cœur, dont il s’est tourmenté sous le soleil ? Car tous ses jours sont douleur, et son occupation est chagrin ; même la nuit son cœur ne repose pas. Cela aussi est vanité » (2:18, 22-23).

Plus loin le Prédicateur souligne que : « Tout le labeur et toute l’habileté dans le travail, n’est qu’une jalousie de l’un contre l’autre » (4:4). Il y a, certes, une concurrence saine et utile ; mais il existe aussi cet acharnement qui non seulement veut produire quelque chose, mais démolir ce que les autres font, ou les entraver dans leur action.

Et face à la mort, Salomon s’écrie : « Quel profit a l’homme d’avoir travaillé pour le vent ? » (5:16).

Il constate que : « Tout le travail de l’homme est pour sa bouche et cependant son désir n’est pas satisfait » (6:7).

Pourquoi l’Ecclésiaste arrive-t-il à une conclusion si désespérée ? C’est qu’il considère le travail d’un point de vue purement égoïste, dans le seul but d’un profit personnel, sans se soucier des autres, ni chercher à les aider. L’au-delà lui étant fermé, la mort mettant pour lui fin à tout, que reste-t-il d’une vie de labeur et de peines, sinon la vanité et la poursuite du vent ?

Et pourtant le Prédicateur ne recommande pas la paresse. C’est « le sot, qui se croise les mains » (4:5). « À cause de la paresse, la charpente s’affaisse ; et à cause des mains lâches, la maison a des gouttières » (10:18).

Dans les Proverbes, Salomon stigmatise à plus d’une reprise le paresseux. Il va à la chasse, mais ne se donne pas la peine de la rôtir (12:27) ; il prend prétexte de l’hiver pour ne pas labourer, et lors de la moisson, il n’aura rien (20:4) ; il enfonce sa main dans le plat, mais il est si las qu’il ne la ramène pas à sa bouche ! (19:24) À quoi bon sortir de sa maison, car, dit-il « Il y a un lion là dehors, je serai tué au milieu des rues ! » (22:13)  Toute excuse est bonne pour sommeiller un peu, croiser les mains pour dormir, et pendant ce temps les chardons et les orties envahissent la vigne et le champ (24:30-34).

Pour l’Ecclésiaste, le travail a quand même quelque avantage. L’homme se réjouit « dans son travail » (2:10 ; 5:19), il a une réelle satisfaction à accomplir une œuvre, à avoir la santé et la force de le faire. Il nous dit aussi que « le sommeil est doux pour celui qui travaille » (5:12), tandis que le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir. De s’être fatigué, surtout à un travail physique, procure un bon repos.

Le Psaume 107:12 contient aussi un principe à retenir : « Il a humilié leur cœur par le travail » (c’est-à-dire la peine dans le travail). Celui qui ne travaille pas, parce qu’il n’en a pas besoin, est fier, souvent hautain, satisfait de lui-même ; il suffit d’avoir dû travailler, de s’être rendu compte que rien ne va tout seul, pour être un peu moins vaniteux et apprendre en une mesure l’humilité !

Mais la conclusion de l’Ecclésiaste reste extrêmement pessimiste : « Pour qui donc est-ce que je me tourmente et que je prive mon âme de bonheur ? Cela aussi est une vanité et une ingrate occupation ». Il en arrive à une telle constatation, parce que, dans le cadre qu’il s’est donné « sous le soleil », il ne pense qu’à lui-même, à son profit personnel, et pas à autrui. L’esprit du Samaritain qui se penche sur le blessé pour le secourir, lui est entièrement étranger ; il n’a pas encore entendu la parole du Seigneur Jésus : « Il est plus heureux de donner que de recevoir ».

 

2.2   Que nous dit le Nouveau Testament du travail ?

Lisons les textes fondamentaux de 1 Thessaloniciens 4:11-12 et 2 Thessaloniciens 3:6-13.

L’apôtre met en contraste le travail et le désordre : « Nous apprenons qu’il y en a quelques-uns parmi vous qui marchent dans le désordre, ne travaillant pas du tout, mais se mêlant de tout » (2 Thess. 3:11). « Si quelqu’un ne veut pas travailler, souligne-t-il, qu’il ne mange pas non plus », assertion reprise par le communisme pour ses fins propres (que ne pourrait-on tirer de la Bible !), mais qui, sous la plume de l’apôtre, signifie que celui qui est capable de travailler n’a pas le droit de manger, s’il néglige l’activité nécessaire.

 

D’après nos passages, dans quel but travailler ?

Tout d’abord, pour « n’être pas à charge » selon que l’apôtre en donne le modèle (2 Thess. 3:8). Il s’agit de « manger son propre pain », pourvoir à ses propres besoins, si l’on est en âge de le faire et qu’on ait la santé. Le mari doit aussi « nourrir » son épouse (Éph. 5:29) ; celui qui a une famille est tenu de pourvoir à tout ce qui lui est nécessaire : « Mais si quelqu’un n’a pas soin des siens et spécialement de ceux de sa famille, il a renié la foi et il est pire qu’un incrédule » (1 Tim. 5:8), verset sévère s’il en fut. S’il y a des veuves dans la famille, spécialement si la mère veuve ne peut subvenir à ses besoins, il importe que les enfants « rendent à ceux dont ils descendent les soins qu’ils en ont reçus » (1 Tim. 5:4). L’apôtre ajoute : « Si un fidèle ou une fidèle a des veuves, qu’il les assiste et que l’assemblée n’en soit pas chargée » (v. 16).

Le chemin normal est que le jeune homme, formé pour une profession par l’apprentissage ou par les études, se mette à pourvoir lui-même à ses besoins. S’il désire fonder un foyer, Proverbes 24:27 lui dit : « Prépare ton ouvrage au dehors, et mets en état ton champ, et après bâtis ta maison ». Même si cela n’est pas très « moderne », cela reste l’enseignement fondamental de la Parole, quoique les circonstances varient infiniment, et que le Seigneur puisse conduire à des situations particulières tel ou tel des siens.

1 Thessaloniciens 4:12 nous donne un double but du travail : « N’avoir besoin de personne », qui se recouvre avec ce que nous venons de dire et « marcher honorablement envers ceux de dehors », témoignage que le chrétien est appelé à rendre dans ce monde.

Être oisif conduit au désordre. En 1 Timothée 5:13, la jeune veuve est mise en garde contre ce danger : aller de maison en maison, être oisive, causeuse, se mêlant de tout, disant des choses qui ne conviennent pas. Il y a une discipline personnelle que vous enseigne le travail, la ponctualité nécessaire, la méthode, la persévérance ; un chrétien travaillant avec laisser-aller, ou « à la petite semaine », en gémissant sur tout et sur tous, ne rend pas un bon témoignage.

Le travail auquel chacun se consacrera est très varié. Combien il importe, avant de s’engager dans une carrière, d’avoir affaire avec le Seigneur pour discerner le chemin où Il désire nous voir marcher. Il est si difficile de changer de profession une fois qu’on en a embrassé une.

Un problème se pose pour les jeunes chrétiennes. Il est normal, d’après ce que nous venons de dire, qu’une jeune fille célibataire, une fois formée pour une occupation précise (plus spécialement celles où l’amour et l’influence chrétienne peuvent se déployer), subvienne à ses propres besoins, à moins qu’elle ne soit appelée à rester dans le cadre de la famille, pour aider sa mère ou prendre soin de ses frères et sœurs.

Une femme mariée peut-elle, selon la Bible, travailler au dehors pour un gain ? Nous ne pensons pas que la Parole nous donne des indications formelles à cet égard. Sans doute, la place première de l’épouse est-elle au foyer, afin d’être pour son mari « l’aide qui corresponde », mais les époques et l’entourage varient, et il y a tant d’occasions de remplir au dehors une fonction utile.

Par contre, quant à la mère de famille, la Parole est très claire, en relevant le bon témoignage qu’une veuve peut avoir laissé : Élever des enfants, loger des étrangers, laver les pieds des saints, secourir ceux qui sont dans la tribulation, s’appliquer à toute bonne œuvre (1 Tim. 5:10). Remarquons l’ordre de ces cinq occupations. Tout d’abord élever des enfants, non pas les laisser grandir et se développer à leur guise, mais les « élever dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur ». Puis exercer l’hospitalité, et une hospitalité d’autant plus attentive qu’il s’agit des « saints » dont elle a lavé les pieds, soin que le pharisien avait négligé d’offrir au Seigneur Jésus en Luc 7, — et qui comporte aussi, selon Jean 13, une signification morale. L’activité déborde le cercle du foyer, en secourant ceux qui sont dans la tribulation, et en s’appliquant à toute bonne œuvre ; mais remarquons que ces deux dernières occupations viennent après les premières : une femme chrétienne ne saurait négliger ses enfants pour se consacrer à des « œuvres » extérieures. Un tel programme ne laisse pas beaucoup de temps à une activité supplémentaire en vue d’un gain ; sans doute les circonstances sont-elles extrêmement diverses. Telle mère de famille sera appelée peut-être à contribuer aux frais du ménage ou à collaborer avec son époux ; mais elle aura à bien « peser le chemin de ses pieds », afin que ni les enfants, ni le témoignage n’en pâtissent. En disant cela, nous n’oublions pas nos sœurs de la campagne et le dur labeur qui souvent leur incombe ; ni celles dont le mari a une santé insuffisante pour pourvoir lui-même à tous les besoins du ménage.

Ce travail, tel que l’apôtre le préconise, doit s’accomplir « paisiblement » (1 Thess. 4:11 ; 2 Thess. 3:12), chose bien difficile à réaliser à notre époque de tension extrême, et de développement accéléré. Deux versets des Proverbes nous aident peut-être à comprendre la portée de ce « paisiblement ». Non pas relâchement dans l’effort, mais diligence, selon Proverbes 22:29 ; diligence ne veut pas dire âpreté : « Ne te fatigue pas pour acquérir des richesses » (Prov. 23:4). Non pas l’acharnement au travail pour absolument arriver, absolument acquérir, mais le soin et l’attention apportés à la tâche quotidienne. S’adressant à l’agriculteur, mais s’appliquant à tous, Proverbes 27:23 à 24 nous dit : « Connais bien la face de ton menu bétail, veille sur tes troupeaux ; car l’abondance n’est pas pour toujours, et une couronne dure-t-elle de génération en génération ? » Plus d’un jeune a pensé pouvoir se reposer sur une certaine prospérité léguée par son père ou son grand- père à la ferme ou à l’entreprise familiale, et en a négligé les soins nécessaires, oubliant qu’« une couronne ne dure pas de génération en génération ! »

Et l’on ne saurait se prévaloir de l’exhortation à « travailler paisiblement » pour refuser de faire des heures supplémentaires ! L’apôtre Paul ne nous dit-il pas qu’il travaillait jour et nuit pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses compagnons (2 Thess. 3:8) ? Nous n’oublierons pas, pour autant, que le jour hebdomadaire de repos a été institué par Dieu bien avant la loi. Si nous, chrétiens, avons passé du sabbat au premier jour de la semaine, jour de la résurrection du Seigneur Jésus, la pensée divine n’en subsiste pas moins, et l’on doit bien mettre en question s’il est sage pour un croyant de se dédier le dimanche à un travail séculier, non indispensable, à moins qu’il ne soit obligatoire de par sa profession.

De même, la septième année de relâche (Lév. 25:1-7) nous apprend à mettre à part, non pas peut-être un an tous les sept, mais quelques semaines chaque année, pour des vacances suffisantes, où l’on ait l’occasion, plus que de coutume, de s’asseoir aux pieds de Jésus pour Le laisser parler.

Le travail du chrétien est magnifiquement ennobli par l’exhortation de Colossiens 3:23-24. Le labeur d’un esclave était particulièrement démoralisant. Il n’en retirait pour lui-même aucun profit, aucun gain, et pourtant l’apôtre de leur dire : « Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes... vous servez le seigneur Christ ». Dans toute tâche, service de ménage, travail à la ferme, heures parfois longues passées à l’atelier ou au bureau, toujours doit s’imposer à nous le : « Quoi que vous fassiez, faites-le de cœur, comme pour le Seigneur. » Il n’y aura alors ni acharnement, ni âpreté. Nous saurons apporter toute diligence et soins à la tâche confiée. Le chrétien ne travaille pas simplement les heures nécessaires pour mériter sa paie, mais il a en vue de « servir le seigneur Christ ».

La Parole relève encore un autre but du travail : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille, en faisant de ses propres mains ce qui est bon, afin qu’il ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin.» (Éph. 4:28). Travailler afin d’avoir de quoi donner, — à qui cela s’adresse-t-il ? À celui qui précédemment dérobait ! Quel changement merveilleux apportent la grâce et la nouvelle naissance. Celui qui jouait d’astuce pour dépouiller autrui de son bien, aura maintenant la joie, en travaillant de ses propres mains, de secourir ceux qui sont dans la peine. Il rejoint l’exemple de l’apôtre qui pouvait dire : « Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi, il nous faut secourir les faibles » (Actes 20:35).

 

2.3   Ouvriers du Seigneur

Les exemples abondent dans les Actes et dans les Épîtres, de personnes, appelées par le Seigneur, « recommandées à Sa grâce » par leurs frères, qui consacrent tout leur temps à Son service, pour répondre aux besoins des assemblées, ou diffuser l’évangile. Un tel appel implique, comme le dit Paul à Timothée, que « celui qui va à la guerre ne s’embarrasse pas dans les affaires de la vie » (2 Tim. 2:4). Comment sera-t-il pourvu à la subsistance de ces ouvriers ? 1 Corinthiens 9, et Galates 6:6 sont parfaitement clairs à ce sujet. Celui qui est enseigné dans la Parole doit faire participer à tous les biens temporels celui qui enseigne. C’est même un « droit » ouvert à celui-ci, d’après 1 Corinthiens 9:12 — non pas que l’ouvrier du Seigneur doive s’en prévaloir, mais celui qui bénéficie de son service se souviendra de l’obligation qui lui incombe. Le Seigneur l’avait déjà dit en Matthieu 10:10 : « L’ouvrier est digne de sa nourriture ».

Le serviteur du Seigneur travaillera-t-il moins, parce qu’il est engagé dans une activité spirituelle, que ses frères occupés dans le domaine matériel ? Laissons parler Paul : « J’ai travaillé beaucoup... non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1 Cor. 15:10). « Dans les travaux surabondamment... en peine et en labeur, en veilles souvent... » (2 Cor. 11:23, 27). Personne ne devrait s’engager dans l’œuvre du Seigneur en pensant qu’il aura une vie plus facile que dans le travail séculier ; au contraire, s’il est fidèle, il fera la même expérience que l’apôtre, et tant d’autres après lui.

Si, dans des conditions bien précises, le Seigneur appelle certains des siens à consacrer tout leur temps à Son œuvre si diverse dans ce monde, ne sommes-nous pas tous invités à y participer ? « Mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail n’est pas vain dans le Seigneur » (1 Cor. 15:58). Ces paroles s’adressent à chacun. Nous en avons des cas pratiques dans Romains 16. Quatre des sœurs que l’apôtre fait saluer nous en donnent l’exemple : « Marie a beaucoup travaillé pour vous... Tryphène et Tryphose travaillent dans le Seigneur... Persis a beaucoup travaillé dans le Seigneur ». Quelle fut leur utilité particulière ne nous est pas dit, le Seigneur le sait, mais leur activité abondante est relevée. Dans Colossiens 4:17, Archippe est publiquement rappelé à l’ordre : « Prends garde au service que tu as reçu dans le Seigneur, afin que tu l’accomplisses ».

Chacun de nous est appelé à participer à cette œuvre du Seigneur dans ce monde, activité envers les âmes avant tout, mais aussi bienfaisance et service de la miséricorde, selon Jacques 2:16 et Romains 12:8.

Nous nous garderons d’oublier, d’autre part, qu’aucune activité dans le service du Seigneur ne sera profitable si nous n’avons su d’abord nous asseoir à Ses pieds. On ne peut pas donner sans avoir reçu : « Séparés de Moi, vous ne pouvez rien faire ».

La vie est courte ; quelle est la proportion de notre temps consacré au travail séculier et à l’œuvre du Seigneur ? À chacun d’y répondre ! Les circonstances sont fort diverses ; la situation d’un célibataire, d’un père ou d’une mère de famille, diffèrent sensiblement. Rappelons encore une fois que, si tout travail séculier peut être fait pour le Seigneur selon Colossiens 3, il n’en reste pas moins qu’il y a une œuvre du Seigneur en faveur des siens, en faveur des âmes perdues, en pensant à tous les besoins qui nous entourent, œuvre placée devant chacun de nous. (Éph. 2:10).

Considérons le Seigneur Jésus lui-même. Pendant les années obscures de sa vie, notamment de 12 à 30 ans, qu’a-t-il fait ? La Parole est muette, sauf à nous dire qu’il était « le charpentier ». (Marc 6:3). Il a travaillé de ses propres mains ; il a connu la peine dans le travail, puisqu’il s’est soumis volontairement aux conséquences du péché : « L’homme m’a acquis comme esclave dès ma jeunesse » (Zach. 13:5). Et dans son ministère, quelle activité incessante ! Il se levait longtemps avant le jour pour prier solitaire ; ensuite il allait de village en village, annonçant la Parole de Dieu ; le soir, après qu’il eut enseigné les foules et les eut nourries, on l’emmenait fatigué dans une nacelle, où, malgré l’orage, il dormait sur un oreiller. À midi, lassé du chemin, il s’asseyait sur la fontaine ; mais la fatigue ne l’empêchait pas d’engager la conversation avec une pauvre femme, pour l’amener à la lumière et à la vie.

« Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17). « Il me faut faire les œuvres de Celui qui m’a envoyé, tandis qu’il est jour : la nuit vient en laquelle personne ne peut travailler » (Jean 9:4). La nuit vient... Jusqu’au retour du Seigneur, la porte est ouverte, les occasions sont là, bonnes œuvres préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles. Dans un autre sens, pour chacun de nous, si Dieu nous reprend à Lui, « la nuit vient ». Veuille le Seigneur nous accorder d’être fidèles dans le travail qu’il place devant nous « tandis qu’il est jour ». Encore une fois, les circonstances sont bien variées, le Seigneur les connaît toutes ; mais il est puissant et plein d’amour pour diriger chacun des siens dans le chemin de la vie, afin qu’au jour des récompenses, il puisse lui dire : « Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de choses, ... entre dans la joie de ton Maître » (Matt. 25:21).

 

3                        Les richesses (Lire Eccl. 2:4-11 ; 4:7-8 ; 5:10-17 ; 6:11)

« Son œil n’est pas non plus rassasié par la richesse » (Eccl. 4:8)

 

L’expression si frappante de l’Ecclésiaste « la poursuite du vent », n’est-elle pas tout particulièrement appropriée à l’acquisition des richesses. ?

L’acharnement avec lequel l’homme se tourmente pour les obtenir n’est-il pas cette poursuite effrénée d’une telle satisfaction qui vous échappe toujours ?

C’est bien la constatation de Salomon ; il avait fait de grandes choses, avait des maisons, des arbres, des troupeaux, des serviteurs, des servantes, des trésors ; pourtant il doit dire : « Et voici tout était vanité, et il n’y en avait aucun profit sous le soleil ».

Le Prédicateur promène ses regards autour de lui, et que voit-il ? Tel est seul, sans qu’il y ait de second ; il n’a pas non plus de fils ni de frère ; et il n’y a pas de fin à tout son labeur ; et il ne se dit pas pour qui donc est-ce que je me tourmente et que je prive mon âme de bonheur ? Toute la richesse que cet homme acquerra ne saurait le rassasier.

Tel autre qui aime l’argent n’est point rassasié par l’argent (5:10). Les biens augmentent, ceux qui les mangent augmentent aussi ; quel profit en a le maître ? (v. 11). Le souci que le riche se fait pour ses biens « ne le laisse pas dormir » (v. 12).

L’Ecclésiaste continuant son enquête sur ce qui se fait sous le soleil, constate d’autres cas : les richesses sont conservées à leurs maîtres pour leur détriment ; ou bien elles périssent par quelque circonstance malheureuse, et il n’y a plus rien. D’ailleurs, comme l’homme n’a rien apporté dans ce monde, de son travail, il n’emportera rien qu’il puisse prendre dans sa main. C’est un mal douloureux ; quel profit a-t-il d’avoir travaillé pour le vent ? (v. 14-16).

Ézéchias avait fait parade de ses biens devant les envoyés du roi de Babylone ; le prophète lui déclare : « Tout ce qui est dans ta maison, et ce que tes pères ont amassé... il n’en restera rien » (Ésaïe 39:6).

Pourquoi le Prédicateur arrive-t-il à cette conclusion : « Il y a beaucoup de choses qui multiplient la vanité : quel avantage en a l’homme ? » (6:11). On n’étalera pas seulement ses bijoux ; on s’appliquera à bien mettre en évidence tout ce que l’on a pu acquérir ; quel profit en reste-t-il ? — Une fois encore, constatons que l’homme, tel que le Prédicateur le voit, n’a qu’un but égoïste ; il cherche sa propre satisfaction, dans un monde où tout est gâté par le péché. C’est bien « la tromperie des richesses » dont parle le Seigneur Jésus à propos des épines de la parabole (Marc 4:19).

Ne convient-il pas, en regard de tout ce vide, de rappeler le sérieux avertissement du Psalmiste : « Si les biens augmentent, n’y mettez pas votre cœur » (Ps. 62:10).

 

3.1   Quel est l’enseignement du Nouveau Testament ?

Nous désirons nous concentrer sur quelques passages qui relèvent, dans le domaine des richesses, l’enseignement du Nouveau Testament destiné aux croyants. Sans doute y en a-t-il bien d’autres qui montrent quel obstacle elles peuvent être pour venir au Seigneur Jésus, tels Marc 10:23 à 27, ou Luc 12:16 à 21. Mais il n’en reste pas moins que la Parole ouvre des perspectives précises au croyant qui possède des biens de ce monde, que ce soit peu ou beaucoup. Peu, sans doute, dans nos régions, pourraient dire que cela ne les concerne pas !

 

3.2   L’économe injuste (Luc 16:1-13)

Dans cette parabole, le Seigneur s’adresse non aux foules, mais à ses disciples. Elle est donc destinée aux croyants.

L’économe gérait les biens de son maître. Il s’en sert pour se faire des amis ! Le maître ne loue pas l’injustice de l’économe à disposer de ce qui ne lui appartenait pas, mais sa « prudence » à utiliser les biens de son maître en faveur d’autrui, prudence orientée vers les avantages qu’il en aura lui-même plus tard. Et le Seigneur Jésus d’ajouter : « Et moi je vous dis : « Faites-vous des amis avec les richesses injustes ». Il y a donc dans cette parabole une leçon précise.

Le Seigneur met en contraste celui qui est fidèle et celui qui est injuste (v. 10-12). Il place devant nous deux domaines :

 

les biens matériels, appelés

ce qui est très petit (v.10),

les richesses injustes (v. 11),

ce qui est à autrui (v. 12) ;

 

les richesses spirituelles :

ce qui est grand (v. 10),

les vraies (richesses) (v. 11),

ce qui est vôtre (v. 12).

 

Sous la loi, les richesses étaient une bénédiction. On avait l’obligation d’en donner la dîme pour le service de la maison de Dieu et pour les pauvres. Sous la grâce, les bénédictions sont célestes. Quelle attitude doit donc avoir le croyant envers les biens matériels dont la gestion lui est confiée ?

Il se rappellera avant tout qu’une administration, demandant sagesse et prudence, est remise entre ses mains, dont il devra rendre compte (v. 2). Dans cette gérance, il sera fidèle ou injuste : il les emploiera exclusivement pour lui-même, s’imaginant que ces biens lui appartiennent ; ou, au contraire, il les administrera selon les enseignements de son Maître, en se souvenant que ces richesses, tant prisées par le monde, sont appelées par le Seigneur : « ce qui est très petit », « ce qui est injuste », « ce qui est à autrui ».

Au chapitre précédent concernant le travail, nous avons vu que les biens matériels ne sont pas confiés au croyant dans le seul but de « se faire des amis » ! Il doit d’abord n’être à charge à personne, pourvoir à ses besoins et à ceux de sa famille ; mais il aura à être constamment exercé devant le Seigneur, pour discerner quelle proportion de cette « administration » doit être utilisée, de diverses manières, en faveur d’autrui.

La fidélité dans de telles choses — si « petites » soient-elles — amènera la prospérité spirituelle ; être injuste dans cette administration — que l’on emploie tout pour soi-même, ou se laisse aller à des incorrections — portera préjudice dans le domaine spirituel. La fidélité dans les « richesses injustes » fera que les « vraies » nous seront aussi confiées.

Ainsi on ne servira pas deux maîtres (v. 13) ; mais, dépendant d’un seul Maître qui, à la fois, confie certains biens matériels et d’autre part dispense largement les richesses spirituelles, on apprendra dans les petites et les grandes choses à lui être fidèle.

Pour mieux comprendre cela, tournons-nous vers :

 

3.3   L’enseignement de 1 Timothée 6:7-10, 17-19.

Le premier passage, en parlant de « ceux qui veulent devenir riches », se rapproche beaucoup de l’Ecclésiaste. Après avoir rappelé que, n’ayant rien apporté dans le monde, il est évident que nous n’en pouvons rien emporter, il montre dans quel piège tombent ceux qui se livrent à cette poursuite acharnée de la richesse, qui les entraîne à plusieurs désirs insensés et pernicieux, à la ruine et à la perdition. Aimer l’argent est une racine de toutes sortes de maux ; il peut aboutir à s’égarer de la foi et à se transpercer soi-même de beaucoup de douleurs.

L’apôtre est beaucoup plus sévère que l’Ecclésiaste, car il s’adresse à des croyants sous la grâce : non seulement cette « poursuite du vent » est inutile et vaine, mais elle entraîne toutes sortes de maux, et peut ruiner le témoignage à rendre au Seigneur.

Le deuxième passage s’adresse à « ceux qui sont riches dans le présent siècle », sans préciser l’origine ni la mesure de cette richesse. En effet, peu importe que ce soit peu ou beaucoup, le principe est le même, les exhortations aussi.

La première est de n’être pas « hautains ». Combien facilement le fait d’avoir un peu plus que le voisin pousse à se croire plus important, et à regarder autrui de haut !

L’apôtre ajoute : « Qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses », incertitude que l’Ecclésiaste et les Proverbes avaient soulignée ; combien facilement on se repose sur tel ou tel avantage matériel, oubliant que Dieu seul doit être l’objet de notre confiance.

Paul en vient ensuite à quatre exhortations positives et claires : « Qu’ils fassent du bien ; qu’ils soient riches en bonnes œuvres ; qu’ils soient prompts à donner, libéraux ». Ainsi on s’amassera comme trésor un bon fondement pour l’avenir, et surtout on saisira ce qui est vraiment la vie. Ici nous rejoignons Luc 16 ; la fidélité dans l’administration des choses matérielles qui nous sont confiées, amène à saisir les vraies richesses spirituelles, celles qui de fait sont nôtres.

La libéralité est ainsi proposée à quiconque dispose de quelques biens matériels. Ne croyons pas qu’il faille attendre des années et une grande prospérité pour mettre en pratique de tels versets. Si, dès sa jeunesse, avec le petit argent de poche que les parents vous ont peut-être donné, ou les premiers sous que l’on aura gagnés, l’on n’a pas commencé à être exercé devant le Seigneur, pour administrer selon Lui ce qu’il met ainsi entre nos mains, saura-t-on le faire plus tard ? Ce n’est pas une question de quantité, mais de manière de faire. Et c’est bien plus souvent en nature, ou sous forme de services rendus, que l’on pourra, à bon escient, « faire du bien ».

 

3.4   À qui « faire du bien » ?

Il est clair, par la Parole, que c’est avant tout à nos frères dans la foi : « Celui qui a les biens de ce monde, et qui voit son frère dans le besoin, et qui lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jean 3:17). Il s’agit ici de répondre à des besoins, connus, parmi nos frères. L’apôtre n’a pas en vue le cas de notre chapitre précédent, où, selon 2 Thessaloniciens 3, il ne faut pas venir au secours de celui qui, par paresse, marche dans le désordre, mais, au contraire, n’avoir pas de commerce avec lui. Ici, la Parole envisage le frère dans le besoin, sans en préciser la raison : maladie, circonstances difficiles, persécution peut-être.

Avec toute clarté, la Parole nous enseigne aussi, comme déjà vu plus haut, à pourvoir aux besoins des serviteurs (et des servantes : Rom. 16:2) du Seigneur : « Que celui qui est enseigné dans la Parole, fasse participer à tous les biens temporels celui qui enseigne » (Gal. 6:6). On voit en Philippiens 4:15-19 combien l’apôtre a apprécié les dons que les Philippiens lui ont transmis, d’abord à Thessalonique, puis à Rome : « Du fruit qui abonde pour votre compte... un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu ».

Le cercle se limitera-t-il aux besoins de nos frères et à ceux des ouvriers du Seigneur ? Là aussi la Parole est très claire : « Comme nous en avons l’occasion, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi » (Gal. 6:10). Il ne s’agit pas de répondre à tous les besoins proches ou lointains. Mais « comme nous en avons l’occasion », c’est-à-dire selon les occasions que le Seigneur place sur notre chemin, être attentifs, avec discernement et sagesse, à ce qu’Il attend de nous dans cette administration qui nous est confiée en faveur de tous, mais en premier lieu de ceux de la maison de la foi.

Rappelons, pour répondre à une objection, que si dans les premiers temps de l’Église selon Actes 2:44 et 4:32, les croyants avaient « toutes choses communes », l’apôtre enseigne ensuite, dans 2 Corinthiens 8, notamment v. 12-14, la libéralité et non plus la communauté des biens. Si certains Ordres religieux la pratiquent encore aujourd’hui, ils ont à faire avec Dieu en cela, qui saura tenir compte de ce qui a été vraiment fait pour Lui.

 

3.5   Comment « faire du bien » ?

Le Seigneur Jésus, en Matthieu 6:1-4, nous apprend à donner avec discrétion, non pas « pour être vus des hommes ». Ne pas faire parade de sa générosité, prendre une place bien en vue dans « la liste des donateurs » ; mais plutôt, dans le secret, avec tact, porter secours là où Il nous y conduit.

Le passage fondamental sur la manière de donner se trouve avant tout en 2 Corinthiens 8 et 9. Conscient des besoins des pauvres qui sont en Judée, et se souvenant de l’exhortation reçue au début de son ministère (Gal. 2:10), l’apôtre effectuait une grande collecte dans les assemblées de Macédoine et de Grèce. Ceci l’amène à mettre en relief plusieurs principes relatifs à la libéralité.

Tout d’abord, donner n’est pas un devoir, mais une grâce conférée (v. 1, 4, 7). Ce n’est pas un « commandement », mais l’occasion de prouver la sincérité de son amour (v. 8). Il ne suffit pas de proclamer bien haut qu’on aime les frères, mais il faut aussi le montrer d’une manière tangible, même s’il en résulte quelque renoncement pour soi-même.

L’apôtre souligne que les bonnes intentions ne suffisent pas. Vouloir n’est pas tout, il faut aussi faire et achever (v. 11). Que de fois on a l’heureuse pensée de répandre des traités ou des écrits chrétiens, d’envoyer quelque objet utile ou une lecture à un malade, d’aller visiter une personne dans la peine, d’adresser un message de sympathie à des éprouvés, mais le temps passe et l’intention s’estompe, sans avoir jamais été mise en pratique !

La promptitude à donner est, dit l’apôtre, « selon ce qu’on a, non selon ce qu’on n’a pas ». À cette occasion, il développe le principe que la libéralité remplace la propriété commune des débuts : venir en aide les uns aux autres, selon les circonstances et les époques, qui varient. On contribuera à la collecte du premier jour de la semaine « selon qu’on a prospéré » (1 Cor. 16:2). Aucune proportion n’est fixée ; Dieu attend de nous une réponse conforme à la responsabilité dans l’administration qu’il nous a confiée. Relevons en passant que cette collecte du premier jour de la semaine fait partie du sacrifice de nos biens, associé en Hébreux 13 au sacrifice continuel de louanges. Soulignons aussi que l’apôtre insiste que toute somme recueillie soit administrée en veillant à « ce qui est honnête non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes ». D’où la convenance que ceux qui s’en occupent, rendent compte à leurs frères des sommes remises dans leurs mains.

 

Dans ces deux chapitres, un certain nombre d’adverbes soulignent la manière de donner :

·           spontanément (8:3, 17)

·           premièrement (8:5) : « ils se sont donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur »

·           maintenant (8:11) : non pas renvoyer à plus tard

·           chichement (9:6), qui caractérise et la semence et la moisson, par opposition à

·           libéralement

·           joyeusement (9:7) : « Que chacun fasse selon qu’il se l’est proposé dans son cœur, non à regret ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement ».

 

Quels sont les résultats de cette promptitude à donner ? (v. 12-14).

Tout d’abord elle comble les besoins des saints. Ceux-ci en rendent grâces à Dieu et le glorifient.

Un témoignage est rendu par la soumission dont les donateurs ont fait profession à l’égard de l’évangile du Christ.

Enfin, ceux qui ont bénéficié de cette libéralité sont heureux de supplier Dieu en faveur de leurs bienfaiteurs, étant animés d’une ardente affection envers eux.

 

3.6   L’exemple divin. Il est double.

Dieu s’est donné Lui-même dans son Fils : « Grâces à Dieu pour son don inexprimable ! » (2 Cor. 9:15). Non seulement Dieu nous comble de bienfaits et nous entoure de sa bonté, mais il n’a pas épargné son propre Fils et l’a livré pour nous. Aussi, de notre côté, n’est-ce pas seulement la bienfaisance qui doit répondre à cet amour divin, mais le don de nous-mêmes : « Non seulement comme nous l’avions espéré, mais ils se sont donnés premièrement eux-mêmes au Seigneur, puis à nous par la volonté de Dieu » (8:5). L’apôtre pouvait écrire un peu plus loin : « Je dépenserai (sans doute, des choses matérielles) et je serai entièrement dépensé (se dévouer soi-même) pour vos âmes » (12:15).

Le Seigneur Jésus ici-bas nous a montré toute sa grâce : « Étant riche il a vécu dans la pauvreté pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis » (8:9). Proverbes 13:7 disait déjà : « Tel se fait pauvre et a de grands biens ». Pour s’abaisser jusqu’à nous, le Seigneur s’est anéanti Lui-même ; sur cette terre, il n’a rien revendiqué de tout ce à quoi il aurait eu droit.

La joie de donner ne vient pas seulement de la reconnaissance rencontrée, si appréciable soit-elle. L’apôtre était disposé à dépenser et à se dépenser entièrement pour les Corinthiens « si même vous aimant beaucoup plus je devais être moins aimé ». La vraie joie vient du fait même de donner. Comme le Seigneur Jésus lui-même l’a dit : « Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Actes 20:35).

 

3.7   Scène de Marc 12:41-44

Afin de voir les choses dans leur vraie perspective, venons-en encore à la scène touchante de Marc 12:41 à 44. Jésus, assis, regarde ! Il observe comment chacun se comporte quant aux offrandes du temple. Plusieurs riches jettent beaucoup au trésor. Une pauvre veuve y met deux pites. Le Seigneur en est si touché qu’il appelle aussitôt ses disciples, pour souligner toute la valeur de l’offrande de la veuve. Pourquoi dans l’appréciation de Dieu, deux pites valent-elles beaucoup plus qu’une large offrande ? Jésus regarde, mais il ne regarde pas seulement ce qui est jeté au trésor, mais ce que chacun a gardé pour lui. Pour les riches la grosse somme n’était qu’un superflu, la veuve avait donné tout ce qu’elle avait. Non ce que l’on donne, mais ce que l’on conserve pour soi, retient l’attention du Seigneur ! C’est le sentiment profond, qu’apprécie Celui qui « regarde au cœur ».

 

4                        Jouir de la vie

À plus d’une reprise, le Prédicateur s’est posé la question : « Celui qui agit, quel profit a-t-il de ce à quoi il travaille ? » Dans le cadre de son livre, promenant ses regards sur ce qui se fait « sous le soleil », il arrive de chapitre en chapitre à cette conclusion : « Il n’y a rien de bon pour l’homme que de manger et de boire et de faire jouir son âme du bien-être dans son travail » (2:24). Il sait que Dieu a fait toutes choses belles « en son temps» : elles sont passagères. Mais sa conclusion demeure : « Il n’y a rien de bon pour eux, sauf de se réjouir et de se faire du bien pendant leur vie ; et aussi que tout homme mange et boive et qu’il jouisse du bien-être dans tout son travail » (3:12 et 13).

Après avoir considéré les souffrances et les oppressions, rappelé même la révérence envers Dieu, il n’a d’autre issue que : « Voici ce que j’ai vu de bon et de beau : c’est de manger et de boire et de jouir du bien-être dans tout le travail dont l’homme se tourmente sous le soleil tous les jours de sa vie, que Dieu lui a donnés ; car c’est là sa part » (5:18).

Il nous donne plus loin divers conseils, indiquant les choses qui valent mieux que d’autres (chap. 7) ; il rappelle même que Dieu jugera chacun ; mais il n’en arrive pas moins toujours à la même conclusion : « Et j’ai loué la joie, parce qu’il n’y a rien de bon pour l’homme, sous le soleil, que de manger et de boire et de se réjouir ; et c’est ce qui lui demeurera de son travail durant les jours de sa vie que Dieu lui donne sous le soleil » (8:15).

Cette jouissance matérielle, passagère, égoïste, est-elle vraiment « la vie » ? Souvenons-nous que le cadre tracé par l’Ecclésiaste n’est pas à proprement parler les expériences personnelles de Salomon, mais celles de l’homme laissé à lui-même avec ses facultés naturelles, sans révélation, et qui, promenant ses regards autour de lui, raisonne sur la vie. Cette conclusion n’est-elle pas celle de quantités d’hommes autour de nous ? Souhaitent-ils autre chose que de bien manger, bien boire, se réjouir, se distraire ? Faut-il aussi s’étonner de tant de tristesse profonde, de vide, d’insatisfaction, « vanité et poursuite du vent » ?

D’autres en bien moins grand nombre, rechercheront, il est vrai, dans l’ascétisme, la solution de la vie. Ils croiront ainsi s’acquérir des mérites. Se priver volontairement de toute joie terrestre, est-ce là la vie ?

 

4.1   Que nous en dit le Nouveau Testament ? Sur le plan terrestre

Si l’on veut « aimer la vie » et « voir d’heureux jours », Pierre (1 Pierre 3:10 à 11) nous met en garde contre trois dangers :

 

·               « garder sa langue du mal et ses lèvres de proférer la fraude » : que de chagrins la médisance et la calomnie n’ont-elles pas produits ! que de conséquences douloureuses le mensonge et la fraude n’ont-ils pas amenées !

·               « se détourner du mal et faire le bien» : chaque jour, chaque heure, amène pour le chrétien un choix ; il possède le discernement du bien et du mal, mieux encore que l’homme naturel ; n’avons-nous pas à veiller soigneusement, dans la vie journalière, à nous détourner du mal et à faire le bien ?

·               « rechercher la paix et la poursuivre », nous rappelle l’exhortation du Seigneur Jésus : « Bienheureux ceux qui procurent la paix ». Elle est renouvelée aux Hébreux : « Poursuivez la paix avec tous » (12:14), et aux Romains : « Autant que cela dépend de vous, vivant en paix avec tous les hommes » (12:18). Rechercher la paix et la poursuivre, dans le cercle de la famille et de ses amis, au sein de la famille de Dieu, parmi ses collègues de travail et ceux avec lesquels nous sommes en contact journalier — n’est-ce pas le moyen de « voir d’heureux jours » ? Que de larmes sont versées à la suite de disputes, de contentions, de jalousie !

 

Pierre nous montre ce qui nous permet de voir d’heureux jours ; l’apôtre Paul, dans le passage considéré dans le chapitre précédent, souligne de son côté : « Dieu nous donne toutes choses richement pour en jouir » (1 Tim. 6:17). Les « toutes choses » dont il est question ici sont bien, d’après le contexte, des choses terrestres. N’avons-nous pas à recevoir avec reconnaissance tous les bienfaits que Dieu sème sur notre chemin ? Les joies de la famille, du foyer — s’il nous accorde le bonheur d’en fonder un — les joies de l’amitié et des contacts au sein de la famille de Dieu ; les joies que l’on trouve dans la nature, dans l’observation de ses beautés (le Seigneur Jésus ne disait-il pas à ses disciples : Regardez les lis des champs ? Avec eux, il passait à travers les blés mûrs ; il les engageait aussi à regarder les oiseaux) ; joie de connaître et d’apprendre ; joie de la santé, des forces que Dieu nous donne.

 

Compte les bienfaits de Dieu !

Tu verras, en adorant,

Combien le nombre en est grand.

 

Mais pour jouir vraiment de ces bienfaits, il faut mettre 1 Timothée 6 en relation avec Romains 8:32 : « Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » Sans doute les « toutes choses » de Romains 8 vont-elles beaucoup plus loin que les « toutes choses » de 1 Timothée 6 ; mais le principe reste : Dieu nous fait don librement de « toutes choses ». Comment le fait-il ? — « Avec Lui» ! Voilà le grand secret du chrétien. Il peut jouir avec reconnaissance de tout ce qu’il reçoit de la main de Dieu, parce qu’il en jouit avec le Seigneur Jésus.

L’apôtre Paul précise, dans son épître aux Philippiens, quelques critères de ces « toutes choses » : « Toutes les choses qui sont vraies,... vénérables,... justes,... pures,... aimables,... de bonne renommée, que ces choses occupent vos pensées » (Phil 4, 8). Une telle énumération exclut les joies impures du monde, si souvent corrompues par le péché ; toutes celles aussi auxquelles nous ne pourrions avoir part « avec Lui ». S’il faut aller dans tel lieu pour y vibrer avec le monde, y sommes-nous vraiment allés « avec le Seigneur », en recevant de la main de Dieu la prétendue joie que nous croyons y trouver ?

Ainsi, sur ce plan tout terrestre rappelons-le, le Nouveau Testament ne nous demande pas de repousser, de mépriser de telles joies ; au contraire, il nous invite à en jouir comme venant de la main de Dieu, à en jouir avec Jésus ; mais aussi à nous souvenir que nous prenons, en quelque sorte, cette joie comme « en passant» ; la vraie part de notre cœur est ailleurs. Cela ne nous empêchera pas, le long du chemin, de cueillir les épis et les fleurs que, dans sa bonté, Dieu y aura placés, pour qu’avec reconnaissance nous y trouvions aussi de la joie.

Et surtout nous nous souviendrons de la parole de l’apôtre : « Étant contents de ce que vous avez présentement » (Héb. 13:5). À Timothée, Paul soulignait : « Ayant la nourriture et de quoi nous couvrir, nous serons satisfaits » (6:8), écho de l’Ecclésiaste, qui déjà avait déclaré : « Mieux vaut le creux de la main rempli, et le repos, que les deux mains pleines, avec le travail et la poursuite du vent ». Recevoir avec reconnaissance de la main de Dieu les bienfaits dont Il nous comble ; et surtout, être satisfaits de ce qu’Il nous accorde, sans se laisser entraîner à cette poursuite insatiable, dont le Prédicateur nous a rappelé si souvent le vide.

 

4.2   La joie spirituelle

Le croyant possède une source de joie bien plus profonde, bien plus élevée que toutes celles de l’Ecclésiaste : joie spirituelle dont l’apôtre peut dire aux Philippiens : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous » (4:4).

Joie qui a aussi sa source dans l’Esprit Saint : « fruit de l’Esprit », en Galates 5:22 ; « justice et paix et joie dans l’Esprit Saint », en Romains 14:17.

Joie découlant de la foi, comme nous le dit Romains 15:13 : « Que le Dieu d’espérance vous remplisse de toute joie et paix en croyant ». Impossible de se réjouir, si l’on veut porter tous ses soucis et ses peines, au lieu de les déposer dans la paix sur le cœur d’un Père qui nous aime ; s’attendant à lui, on peut alors jouir de tout ce que son Esprit nous fait trouver en Christ.

 

4.3   Les occasions de joie spirituelle

Entre beaucoup de passages, prenons quelques exemples de sources pratiques de joie spirituelle.

Dans le chapitre précédent, nous avons déjà rencontré la joie de donner.

La plus grande joie du jeune chrétien est celle d’être sauvé : « Voici, je vous annonce un grand sujet de joie... aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc 2:10 à 11). Lorsque Philippe va dans une ville de Samarie, et que des âmes se tournent vers le Seigneur, « il y eut une grande joie dans cette ville-là ». Quand, un peu plus tard, il rencontre l’eunuque sur le chemin désert qui va de Jérusalem à Gaza, lui parle de Jésus, et le quitte après l’avoir baptisé, « l’eunuque continue son chemin tout joyeux » (Actes 8:39).

Quelle joie aussi d’amener des âmes au Seigneur ! Peut-être se sera-t-il servi de nous comme instrument entre beaucoup d’autres pour le faire, ou nous fait-il assister à l’éclosion de la vie divine dans une âme. C’est le merveilleux refrain de Luc 15 : « Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis perdue... Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé la drachme que j’avais perdue... Il fallait faire bonne chère et se réjouir, car celui-ci, ton frère, était mort, et il est revenu à la vie ». À plus d’une reprise, l’apôtre, en parlant de ceux qui ont été amenés au Seigneur par son moyen, les appellera : « Ma joie et ma couronne ».

Joie aussi de servir le Seigneur et les siens. Les soixante-dix s’en reviennent avec joie. Même si Jésus leur montre que d’avoir son nom écrit dans les cieux, est une joie plus grande que de servir, il n’en reste pas moins que cette première expérience de service les avait remplis de joie.

Joie de la prière exaucée en Jean 16:24. Exposer nos requêtes à Dieu garde nos cœurs et nos pensées dans la paix. Mais voir l’exaucement de la prière, remplit de joie.

Par-dessus tout, joie de la communion avec Christ. Communion individuelle dans l’obéissance et la dépendance, part du sarment attaché au cep (Jean 15:11), joie merveilleuse, celle du Seigneur lui-même, qui enseignait ces choses à ses disciples, afin que « ma joie soit en vous ». Joie de la communion fraternelle, individuelle ou collective. Écrivant à la fin de sa carrière à son compagnon qui tant d’années avait voyagé et souffert avec lui, Paul peut dire à Timothée : « Désirant ardemment de te voir... afin que je sois rempli de joie » (2 Tim. 1:4). Quelle joie de revoir un ami dans le Seigneur, avec lequel on a marché dans le chemin. Joie aussi de se retrouver ensemble autour du Seigneur, tout spécialement dans le culte où nous le contemplons dans sa mort et sa résurrection. Expérience inoubliable des disciples qui, au soir du premier jour de la semaine, lorsque Jésus leur eut montré ses mains et son côté, « se réjouirent quand ils virent le Seigneur » (Jean 20:20).

Joie profonde aussi dans la contemplation du Seigneur lui-même. L’apôtre Jean rappelle avec émotion, au soir de sa vie, qu’il l’avait vu de ses yeux, contemplé, touché de ses mains ; il voulait faire part aux croyants de tout ce qu’il avait ainsi vu et entendu, afin qu’ils aient communion avec les apôtres qui avaient vécu avec Jésus : « Nous vous écrivons ces choses afin que votre joie soit accomplie ». Cette joie n’est en effet pas la part exclusive de ceux qui avaient vécu avec le Seigneur ; Pierre nous en dit : « Croyant en Lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse » (1 Pi. 1:8). Par la foi, voir Jésus dans sa vie sur la terre, tel que les évangiles nous le présentent ; le voir marcher, prier, entrer dans la synagogue, s’avancer le long de la mer, dominer les flots, ou s’asseoir lassé du chemin au bord du puits, — remplit le cœur d’une joie profonde ; le contempler dans sa gloire, transforme à son image (2 Cor. 3:18). Quelle consolation pour les disciples qui voyaient avec tristesse le Seigneur Jésus s’en aller à la croix, lorsqu’il leur dit, parlant de sa résurrection : « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira : et personne ne vous ôte votre joie » (Jean 16:22). Vision toujours actuelle, aujourd’hui, pour la foi.

Joie enfin dans l’espérance de la venue du Seigneur, dont Romains 12:12 nous dit : « Vous réjouissant dans l’espérance ». L’apôtre rappellera à Tite la « bienheureuse espérance » qui est devant nous (2:13).

Joie suprême qui sera nôtre au retour de Christ : « À la révélation de sa gloire, vous vous réjouirez avec transport » (1 Pi. 4:13). Le serviteur fidèle entendra la voix du Seigneur dire : « Entre dans la joie de ton Maître» ; et le chœur céleste retentira : « Réjouissons-nous et tressaillons de joie, et donnons-lui gloire ; car les noces de l’Agneau sont venues » (Apoc. 19:7).

Plus profonde encore, est la joie que seul le chrétien peut connaître, la joie dans la souffrance : souffrances à travers les circonstances variées de la vie, selon Jacques 1:2 ; souffrances pour le Seigneur, selon 1 Pierre 4:13. Toujours le chrétien peut se réjouir. Pourquoi ? Parce qu’il se réjouit « dans le Seigneur ».

Voilà le secret de toutes les joies que nous avons considérées. De cette simple joie terrestre, comprise dans les « toutes choses » que Dieu nous donne richement, nous ne pouvons vraiment jouir qu’« avec Lui ». Avec Christ nous jouissons de la joie du salut, le nôtre ou celui d’autrui ; dans le service, dans la communion, dans le rassemblement, c’est encore « avec lui » que notre cœur se réjouit ; et dans la perspective de son retour, n’est- ce pas d’être pour toujours « avec le Seigneur » qui fait notre joie profonde ? Dans les jours de souffrance, de deuil, d’isolement, si, malgré tout, la joie peut rester tout au fond de notre cœur, c’est parce que toutes ces choses, nous les traversons « avec Lui ». Il ne nous fera jamais défaut. « Si Jésus est au fond de votre cœur, votre joie sera profonde ».

 

5                        La sagesse et la crainte de Dieu

5.1   La sagesse dans l’Ecclésiaste

« Le Prédicateur était sage » (12:9). Salomon avait demandé à Dieu la sagesse ; il l’a lui avait accordée, en y ajoutant la richesse et la gloire, qu’il n’avait pas demandées (2 Chr. 1).

Mais dans l’Ecclésiaste, cette « sagesse » est limitée à la connaissance de ce qui se passe « sous le soleil ». Le Prédicateur, tel qu’il se présente à nous, ne possède pas de révélation divine. À quoi donc conduit une telle sagesse ? Et en quoi consiste- t-elle ?

Conscient d’avoir acquis de la sagesse, plus que tous ceux qui ont été avant lui sur Jérusalem, le Prédicateur s’est appliqué à connaître. Qu’en est- il résulté ? « À beaucoup de sagesse, beaucoup de chagrin ; et qui augmente la connaissance, augmente la douleur » (1:18). Se mettre, comme dit l’Ecclésiaste, « moi et mon cœur, à connaître et à explorer et à rechercher la sagesse et l’intelligence » (7:25), ne fait qu’augmenter la douleur et le chagrin, dans un monde gâté par le péché. Les regards rencontrent les oppressions qui se font sous le soleil ; les larmes des opprimés, sans consolateur ; le pauvre maltraité ; le droit et la justice violentés ; et le fait mystérieux « qu’il y a des justes auxquels il arrive selon l’œuvre des méchants, et il y a des méchants auxquels il arrive selon l’œuvre des justes » (8:14) ; sans parler des erreurs du gouverneur ; et de la mort enfin, aboutissement de tout.

Connaître, dans un monde de péché, c’est souffrir.

Pourtant, dans une mesure, cette sagesse est profitable ; c’est le bon sens, qui indique comment se conduire dans la vie ; elle a « un avantage sur la folie, comme la lumière a un avantage sur les ténèbres. Le sage a ses yeux à sa tête, et le fou marche dans les ténèbres » (2:13 à 14). « On est à l’ombre de la sagesse comme à l’ombre de l’argent ; l’avantage de la connaissance, c’est que la sagesse fait vivre celui qui la possède » (7:12). Elle permet aussi de connaître le temps et le jugement, pour savoir comment il importe d’agir (8:5 à 6). Elle illumine le visage, et l’arrogance en est changée. En effet, celui qui sait peu, croit tout savoir et s’en vante. Mais il suffit d’avoir quelque connaissance dans les choses de la terre, pour se rendre compte que l’on en sait bien peu, et devenir un peu moins fier !

Cette sagesse est limitée : « Lorsque j’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse et à regarder les choses qui se font sur la terre... alors j’ai vu que tout est l’œuvre de Dieu, et que l’homme ne peut pas trouver l’œuvre qui se fait sous le soleil :... même si le sage se propose de la connaître, il ne peut la trouver » (8:16-17). Privé de révélation, l’Ecclésiaste ne peut se rendre compte des voies de Dieu, encore moins de ses conseils : « J’ai dit : Je serai sage ; mais la sagesse était loin de moi. Ce qui a été est loin et très profond, qui le trouvera ? » (7:23 à 24).

La sagesse donnée au Prédicateur pour savoir comment se conduire sur la terre, nous a laissé quand même un certain nombre de conseils, dont nous voulons considérer quelques-uns.

 

5.2   Quelques conseils de la sagesse dans l’Ecclésiaste

5.2.1        Dans la maison de Dieu (5:1 à 2)

« Quand tu vas dans la maison de Dieu, approche-toi pour entendre... ne te presse point de ta bouche... que tes paroles soient peu nombreuses ». Conseils toujours de saison, lorsque nous venons dans le rassemblement, dans la présence de Dieu, aujourd’hui maison spirituelle composée de pierres vivantes. L’accès du sanctuaire nous a été ouvert ; y pénétrerons-nous avec moins de révérence que l’Ecclésiaste ? Il reste toujours vrai pour nous que « Dieu est dans les cieux, et toi sur la terre », même s’il s’est révélé à nous comme notre Père. Aussi convient-il de nous adresser à lui

 

Avec la liberté d’un fils devant son père,

Et le saint tremblement d’un mortel devant Dieu.

(Hymnes et Cantiques 90 :3)

 

Mieux vaudra prononcer « cinq paroles » (1 Cor. 14:19), que multiplier les discours ; ce qui ne signifie pas non plus se taire, quand le Seigneur met à cœur d’exprimer une prière, ou quelques pensées sur sa Parole !

 

5.2.2        Les jours précédents (7:10)

« Ne dis pas : comment se fait-il que les jours précédents ont été meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est pas par sagesse que tu t’enquiers de cela ». Que de fois nous entendons répéter que du temps de nos pères, tout était mieux ! L’Ecclésiaste nous met en garde contre de telles pensées. Ne croyons pas qu’il soit plus difficile de suivre le Seigneur aujourd’hui que du temps de nos parents ou de nos grands-parents ; le cœur de l’homme n’a pas changé, et le Seigneur Jésus reste « le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement ». Les ressources qu’eux ont trouvées dans sa Parole et dans sa communion, sont à notre disposition pour nous conduire dans un monde qui moralement n’a pas changé, même si sa technique s’est développée, et ses attraits nous sont plus accessibles.

 

5.2.3        Les paroles qu’on dit (7:21 à 22)

« Ne mets pas ton cœur à toutes les paroles qu’on dit, afin que tu n’entendes pas ton serviteur te maudissant ». Le Prédicateur nous enseigne à ne pas prêter l’oreille à toutes les critiques et les remarques que l’on peut entendre autour de soi, surtout quant au service qui a pu être accompli pour Christ. Il importe de rechercher avant tout l’approbation du Seigneur : « Étudie-toi à te présenter approuvé à Dieu, ouvrier qui n’a pas à avoir honte » (2 Tim. 2:15). Comme l’a dit J. N. D. : « Dire peu de chose ; servir chacun ; aller son chemin ». Bien entendu, surtout comme jeune croyant, on prendra à cœur l’exhortation, même la répréhension, qu’une personne d’expérience pourrait être conduite par le Seigneur à nous adresser. Même si elle nous fait mal, ou nous paraît à première vue injustifiée, nous demanderons à Dieu de nous aider à apprendre ce qu’il veut nous enseigner par là. Mais quant à toutes les remarques et critiques, à toutes « les paroles qu’on dit », souvenons-nous de l’exhortation de l’Ecclésiaste, traduite chez nous par le proverbe : « Bien faire, et laisser dire ».

 

5.2.4        La fosse et la clôture (10:8)

« Qui creuse une fosse y tombe» ; le mal que l’on prépare pour autrui retombe sur celui qui l’a conçu. (cf. Dan. 6:24). Le Seigneur Jésus exprimera une pensée parallèle : « Du jugement dont vous jugerez, vous serez jugés ; et de la mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré » (Matth. 7:2). La médisance et la calomnie ne sont-elles pas, avant tout, ces moyens par lesquels nous nous laissons aller à nuire à d’autres, moyens hautement réprouvables et qui, si facilement, se retournent, en toute simple justice, contre celui qui les emploie.

« Qui renverse une clôture, un serpent le mord ». Dieu a établi des règles sûres et a mis des limites à la conduite, même celle du chrétien, quoiqu’il ne soit pas sous la loi. Passer outre, c’est s’exposer à la morsure du serpent, au piège fatal du diable. Abraham devait rester en Canaan et en jouir ; survient la famine... il descend en Égypte, il sort des limites tracées par Dieu. Qu’en récolte-t-il ? Mensonge, dangers, difficultés ; il en ramènera la jeune Agar, qui deviendra un piège pour sa famille. Chez Potiphar, Joseph disposait de tout : « Il ne m’a rien interdit que toi, parce que tu es sa femme » (Gen. 39:9). Malgré ses sollicitations, Joseph a su dire non ; il a refusé, malgré tout ce qu’il y risquait ; il n’a pas renversé la clôture. Mais combien l’ont fait hélas, et le serpent les a « mordus ».

 

5.2.5        La parabole de l’homme pauvre et sage (9:13 à 18)

La petite ville, assiégée par le grand roi, qui doit sa délivrance à l’homme pauvre et sage, ne nous fait-elle pas penser à ceux que l’ennemi avait en son pouvoir (Héb. 2:14-15) et qui ont été délivrés par le Seigneur Jésus ? Il est « le pauvre », dont on ne se souvient pas, l’homme méprisé que la nation abhorre, et que même ceux pour lesquels il a souffert, trop souvent oublient. Type du Seigneur Jésus, lointain peut-être, mais précieux à trouver quand même dans un livre comme l’Ecclésiaste. Une fois de plus, n’est-il pas vrai que « dans toutes les Écritures », on découvre des « choses qui Le regardent » ?

 

5.3   La sagesse dans le Nouveau Testament

1 Corinthiens 1 met en contraste la sagesse du monde et la sagesse de Dieu. « Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu » (1:21). Les Grecs en particulier, par la philosophie, cherchaient Dieu « en tâtonnant » (Actes 17:27), sans parvenir à vraiment le connaître. Malgré tout le relief qu’une telle sagesse donnait à ses adeptes, Dieu la met entièrement de côté, pour faire place à Christ, qui nous a été fait « sagesse de la part de Dieu ». Lui, Parole éternelle et vivante, est la vraie expression (le logos) des pensées de Dieu. Dans les Proverbes, Salomon avait déjà parlé de cette sagesse que l’Éternel a possédée au commencement de sa voie (Prov. 8) ; elle a été pleinement manifestée lorsque « la Parole devint chair ».

 

5.4   La révélation de la sagesse divine

1 Corinthiens 2 nous donne, étape par étape, ce merveilleux déploiement de la sagesse divine qui a voulu se révéler à nous.

La sagesse de Dieu en mystère, cachée, avait été «préordonnée» avant les siècles (2:7). Elle était en Dieu, et renfermait ses conseils éternels. L’œil humain ne l’a pas vue, l’oreille ne l’a pas entendue, elle n’est pas montée au cœur de l’homme, mais elle contient tout ce que Dieu a préparé pour ceux qu’il aime.

Dieu a trouvé bon de la révéler (v. 10) à des hommes qu’à travers les âges, il a choisis dans ce but. De tels hommes, ayant reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit qui est de Dieu, ont connu les choses ainsi librement données par Dieu. Ils ont saisi — dans une mesure en tout cas (1 Pierre 1:11 !) — ce qui leur était ainsi communiqué.

Conduits par l’Esprit de Dieu, ils en ont parlé, ils en ont écrit, « en paroles enseignées de l’Esprit » (v. 13). « De saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint» (2 Pierre 1:21), nous dit l’apôtre Pierre. C’est « l’inspiration verbale » des Écritures. Non seulement ceux auxquels Dieu s’était révélé, ont communiqué les idées, les pensées qui leur avaient été transmises, mais ils ont été enseignés de l’Esprit quant aux « paroles » qu’ils avaient à employer pour les communiquer.

Qui recevra de telles paroles ? L’homme naturel, l’homme animé seulement par son âme créée, sans l’enseignement et la puissance du Saint Esprit ne peut les recevoir, « elles lui sont folie » (v. 14). Il faut être spirituel, c’est-à-dire posséder le Saint Esprit par la foi au Seigneur Jésus, pour discerner la révélation de Dieu, et connaître la pensée du Seigneur : « Nous, nous avons la pensée de Christ » (v. 16).

Voilà la révélation que ne possédait pas l’Ecclésiaste ; les livres alors connus de l’Ancien Testament restaient fermés (dans le sens de Luc 24) ; tout ce que le Seigneur Jésus devait apporter et le Saint Esprit révéler, n’avait pas encore été donné aux hommes. Sans cette révélation, le Prédicateur ne pouvait connaître ni le Sauveur, ni l’amour du Père, ni l’au-delà.

N’est-ce pas aujourd’hui le cas des hommes qui se refusent à prendre connaissance de la révélation de Dieu dans la Bible ? Pour la recevoir, il faut avoir mis de côté sa propre intelligence, et accepter, par la foi, ce que Dieu dit ; dans l’humble soumission à sa Parole, se reconnaître pécheur, et croire en Jésus Christ comme en son Sauveur personnel. Tant que cette attitude profonde n’a pas été prise, on ne peut recevoir les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ; elles paraissent n’avoir aucun sens (v. 14).

 

5.5   La crainte de Dieu

La crainte de l’Éternel tient une large place dans le livre des Proverbes. Au premier chapitre, elle est le commencement de la sagesse ; au dernier, la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée. Il vaut la peine d’en marquer dans sa Bible les nombreux passages et de les méditer.

Dans l’Ecclésiaste, la crainte de Dieu n’occupe qu’une faible place. Elle est avant tout crainte de son jugement. C’est la conclusion du livre : « Écoutons la fin de tout ce qui a été dit : Crains Dieu, et garde ses commandements... car Dieu amènera toute œuvre en jugement » (12:13 à 14).

Parlant au cours du livre de la souveraineté de Dieu, à l’œuvre duquel il n’y a rien à ajouter ni rien à retrancher, le Prédicateur ajoute : « Dieu le fait, afin que devant lui, on craigne » (3:14).

Pourtant, à cette crainte de Dieu et de son jugement, l’Ecclésiaste attache quelques bénédictions. Montrant l’importance d’éviter les excès, il ajoute : « Qui craint Dieu sort de tout » (7:18). Et plus loin : « Je sais que tout ira bien pour ceux qui craignent Dieu, parce qu’ils craignent sa face », (8:12) beau verset qu’à la lumière chrétienne nous pouvons serrer dans nos cœurs. Précieuse en est aussi la contrepartie dans le Nouveau Testament : « Nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Rom. 8:28).

L’homme de l’Ecclésiaste craint le jugement de Dieu. L’enfant de Dieu sait que par la foi au Seigneur Jésus, il a la vie éternelle et ne vient pas en jugement (Jean 5:24). Il n’a donc plus lieu de le redouter. En prendra-t-il prétexte pour ne pas craindre Dieu ? 1 Pierre 1:17 nous dit : « Si vous invoquez comme père celui qui, sans acception de personnes, juge selon l’œuvre de chacun, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre séjour ici-bas, sachant que vous avez été rachetés ». La crainte du juge a fait place à la crainte du Père, auquel on évite de déplaire ; non pour acquérir des mérites, mais sachant que l’on est déjà racheté. S’il est devenu notre Père dans le Seigneur Jésus, il n’en prend pas moins connaissance de l’œuvre de chacun, il voit tout, sonde tout, rien ne lui est caché.

L’apôtre Paul exprime en d’autres termes cette attitude, en disant : « Éprouvant ce qui est agréable au Seigneur » (Éph. 5:10) ; il montre par là tout le soin que nous avons à apporter à notre conduite, afin de discerner et de rechercher les choses qui plaisent au Seigneur Jésus, et non pas à nous-mêmes. Devant une invitation, on ne se demandera pas si elle répond particulièrement à nos goûts, mais plutôt s’il est agréable au Seigneur que nous l’acceptions ou la refusions. Le motif de la crainte n’est donc plus le jugement, mais l’amour, l’amour du Père, l’amour du Seigneur Jésus pour nous, l’amour et la reconnaissance que nous Lui portons.

Et pourtant, le croyant connaît aussi la crainte de Dieu qui découle de son jugement, non pas quant à lui-même, mais pour ceux qui s’en vont à la perdition : « Connaissant combien le Seigneur doit être craint, nous persuadons les hommes... nous supplions pour Christ : Soyez réconciliés avec Dieu ! » (2 Cor. 5:11 et 20). Sachant quel sort terrible attend ceux qui s’en vont loin de lui, craignant pour eux ce jugement qui les laisse trop souvent indifférents, nous aurons à cœur de les avertir pendant que « c’est maintenant le temps agréable, c’est maintenant le jour du salut » (2 Cor. 6:2).

 

6                        La mort, le jugement et l’au-delà

6.1   Selon l’Ecclésiaste

 

6.1.1        La mort selon l’Ecclésiaste (Lire 2:14 à 16 ; 3:18 à 21 ; 9:1 à 6, 10)

D’après les passages que l’on vient de lire, la mort et le jugement sont pour l’Ecclésiaste la fin de tout, l’événement qui atteint le sage comme le fou, l’homme pur comme l’impur, l’homme de bien ainsi que le pécheur. « Et j’ai dit en mon cœur : le sort du fou m’atteint moi aussi : et pourquoi alors ai-je été si sage ? » (2:15). À quoi bon la vie, ses efforts, sa poursuite, si, pour finir, « tout va dans un même lieu, tout est de poussière, et tout retourne à la poussière », hommes et bêtes ?

De tels textes montrent bien que, dans le cadre tracé par ce livre « sous le soleil », il s’étend sur la mort et l’au-delà un voile impénétrable. N’en est-il pas de même pour les incrédules ou les ignorants de nos jours ? Pourtant jamais la Bible n’a été autant répandue dans le monde. Mais, comme le dit l’apôtre : « Si notre évangile est voilé, il est voilé en ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4:3 à 4). Pour celui qui ne veut pas croire, ni recevoir la révélation divine, l’évangile reste un livre fermé, voilé, qu’il ne peut comprendre avec sa propre intelligence.

Le Prédicateur, dont la connaissance doit, de fait, dépasser le cadre de son livre, exhorte, avant d’en clore les pages : « Souviens-toi de ton Créateur dans les jours de ta jeunesse... avant qu’arrivent les années dont tu diras : Je n’y prends point de plaisir » (12:1). Aujourd’hui encore, c’est dans la jeunesse surtout que l’on se tourne vers le Seigneur. Sans doute, Dieu appelle-t-il tout du long de la vie, et des conversions ont-elles lieu à tout âge ; mais elles sont bien plus nombreuses avant vingt ans, avant seize même, que plus tard. En effet, si, après avoir été travaillé, on se détourne, le cœur s’endurcit. Vient peut-être un nouvel appel que l’on rejette, et le cœur s’endurcit davantage ; puis s’approchent les années où l’on « n’y prend point de plaisir ». Les facultés s’affaiblissent, les sens perdent de leur acuité, la vigueur physique s’en va, jusqu’à ce que « la poussière retourne à la terre, comme elle y avait été, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné ». L’esprit séparé du corps n’a plus alors affaire qu’à Dieu seul, à Dieu juge. Dans le cadre tracé par le Prédicateur, il n’y a ni Sauveur, ni espérance.

 

6.1.2        Le jugement

Promenant ses regards sur les choses qui se font sous le soleil, l’Ecclésiaste constate que « dans le lieu du jugement, là il y avait la méchanceté, et que dans le lieu de la justice, là il y avait la méchanceté. J’ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et le méchant » (3:16 à 17). Puis il se tourne et « regarde toutes les oppressions qui se font sous le soleil ; et voici les larmes des opprimés, et il n’y a point pour eux de consolateur » (4:1). Il discerne les injustices sociales, mais ne sait y porter aucun remède : « Si tu vois le pauvre opprimé et le droit et la justice violentés, dans une province, ne t’étonne pas de cela, car il y en a un qui est haut au-dessus des hauts, et qui y prend garde » (5:8).

Dieu jugera ! C’est la conclusion du livre : « Dieu amènera toute œuvre en jugement, avec tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (12:14). La perspective de ce jugement n’est, pour l’homme, d’aucun secours ; au contraire, elle aggrave encore le mystère de la mort.

 

6.1.3        L’Au-delà

L’avenir est, dans la perspective que prend le Prédicateur, un livre entièrement fermé : « Les morts ne savent rien du tout... leur amour aussi, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri, et ils n’ont plus de part, à jamais, dans tout ce qui se fait sous le soleil... il n’y a ni œuvre, ni combinaison, ni connaissance, ni sagesse, dans le shéol, où tu vas » (9:5, 6, 10).

Chaque fois qu’il parle de la mort et de l’au- delà, l’Ecclésiaste répète : « J’ai dit en mon cœur », ou expression équivalente. En l’absence d’aucune révélation, il nous livre le fruit de ses propres pensées. Aussi ne saurait-on d’aucune manière sortir ces versets de leur contexte, pour faire dire à la Bible comme une assertion catégorique et vraie : « Les morts ne savent rien du tout ». Nouvel exemple du mal que l’on peut faire en extrayant de la Parole de Dieu une phrase isolée. Sur aucun sujet biblique, ne nous formons une pensée sans avoir examiné l’ensemble des passages qui nous en parlent, notamment dans le Nouveau Testament. On ne saurait donc invoquer l’Ecclésiaste pour y chercher des arguments contre l’existence de l’âme dans l’au-delà, ni contre la résurrection. Il faut se souvenir du cadre précis dans lequel évolue la pensée du Prédicateur.

 

6.2   Que nous dit le Nouveau Testament ?

Par la venue du Seigneur Jésus sur la terre, par la révélation que Dieu nous a donnée en lui et par sa Parole, tout a changé : la lumière a remplacé les ténèbres, la terreur du jugement fait place à la bienheureuse espérance, l’au-delà n’est plus un vide angoissant, mais la maison du Père.

 

6.2.1        La mort

Pour le croyant, la mort n’est plus « le roi des terreurs », mais le passage de ce monde à Dieu. Lisons 2 Corinthiens 5, versets 4 à 8. En attendant que dans la résurrection ou la transmutation, « ce qui est mortel soit absorbé par la vie », nous aimons mieux être « absents du corps et être présents avec le Seigneur ».

Sans doute, la mort conserve-t-elle pour tout homme, à cause de sa condition physique, son aspect redoutable : « Non pas que nous désirions d’être dépouillés ». Mais pour le chrétien, pour son esprit, pour son cœur, elle a perdu, et son mystère, et sa terreur ; elle peut même être le plus beau jour de sa vie ! L’apôtre le dit avec clarté : « Être avec Christ, est de beaucoup meilleur » (Phil. 1:23). L’Ecclésiaste pouvait rappeler à juste titre que tout est poussière et retourne à la poussière. Mais l’apôtre, conduit par l’Esprit de Dieu, nous révélera que « comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste » (1 Cor. 15:49). Avec reconnaissance, nous répétons : « Notre Dieu et Père nous a aimés, et nous a donné une consolation éternelle et une bonne espérance par grâce » (2 Thes. 2:16).

De fait, le croyant aujourd’hui n’attend pas la mort, mais le retour du Seigneur Jésus ; événement merveilleux, quand les morts ressuscités et les vivants transmués, s’en iront, ravis ensemble dans les nuées, à la rencontre du Seigneur, en l’air, afin d’être toujours avec le Seigneur (1 Thes. 4:15-18).

 

6.2.2        Le jugement

Hébreux 9, 27 déclare avec toute la clarté voulue : « Il est réservé aux hommes de mourir une fois, — et après cela le jugement ». La Parole de Dieu ignore la migration des âmes, la réincarnation, la métempsycose. Les hommes meurent une fois, et d’aucune façon ne reviennent à la vie sous une autre forme. Au contraire, après la mort, suit le jugement. (Ce passage ne dit pas quand ce jugement a lieu ; nous le voyons en Apocalypse 20).

Mais, quant au croyant, le Seigneur Jésus est tout aussi clair, lorsqu’il déclare : « En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24). Le Seigneur Jésus s’est placé lui-même sous le jugement de Dieu à notre place ; il a porté nos péchés en son corps sur le bois ; le châtiment qui nous apporte la paix a été sur lui. Dieu ne saurait donc amener en jugement ceux qui sont, par la foi, justifiés par son sang. L’épître aux Romains nous en donne, après l’exposé complet de la rédemption, la conclusion triomphante : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » (Rom. 8:1).

S’il n’y a ni jugement, ni condamnation, pour le croyant, d’aucuns penseraient-ils pouvoir se conduire à leur guise ? Revenons à 2 Corinthiens 5, depuis le verset 9 : « Que nous soyons présents ou que nous soyons absents, nous nous appliquons avec ardeur à lui être agréables. Car il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal ». Devant le tribunal de Christ, comparaîtront tous les croyants, non pas pour y être jugés, mais afin d’y être manifestés. Toute notre vie sera mise en lumière, soit bien, soit mal. Comment pourrait-il y avoir une communion sans nuage dans l’éternité avec le Seigneur Jésus, s’il restait sur la conscience, ou le cœur, des fautes cachées qui n’auraient jamais été mises en lumière ?

Tout le mal de notre vie sera mis en évidence : non pas pour que le châtiment nous en atteigne, mais pour que nous saisissions infiniment mieux que nous n’aurons jamais pu le faire ici-bas, la grandeur de la grâce de Dieu et la profondeur des souffrances du Seigneur Jésus. Nous chantons peut-être trop facilement :

 

Oh ! comme ils ont pesé sur Toi,

Seul dans cette heure sombre,

L’abandon, l’angoisse et l’effroi,

De nos péchés sans nombre.

 

Mais lorsque nous connaîtrons à fond comme nous avons été connus, nous saisirons ce qu’il en a coûté au Seigneur Jésus de nous amener à Dieu. Avec quelle réalité se chantera alors le cantique nouveau : « Tu es digne..., car tu as été immolé et tu as acheté pour Dieu par ton sang... »

Le bien aussi sera manifesté. Le bien, c’est- à-dire tout ce que la vie divine aura produit dans le racheté, tel le fruit que donne le sarment attaché au cep. La sève vient du cep, le sarment n’en est que le canal ; tout le mérite du fruit revient au cep. Au jour de sa gloire, le Seigneur Jésus « viendra pour être... glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thess. 1:10). Non pas les saints, mais le Seigneur Jésus lui- même, sera admiré et glorifié. Récompenses, couronnes, rémunération — sous la forme et la manière que Dieu saura appropriées — seront pour la joie du croyant fidèle, mais avant tout à la gloire de Celui qui aura opéré dans les siens, alors qu’ils parcouraient les sentiers de la terre.

Le jugement atteindra les méchants. Apocalypse 20:12 à 15 nous en donne le solennel tableau : « Et je vis les morts, les grands et les petits, se tenant devant le trône ; et des livres furent ouverts ; et un autre livre fut ouvert qui est celui de la vie. Et les morts furent jugés d’après les choses qui étaient écrites dans les livres, selon leurs œuvres. Et la mer rendit les morts qui étaient en elle ; et la mort et le hadès rendirent les morts qui étaient en eux, et ils furent jugés chacun selon leurs œuvres. Et la mort et le hadès furent jetés dans l’étang de feu ; c’est ici la seconde mort, l’étang de feu. Et si quelqu’un n’était pas trouvé écrit dans le livre de vie, il était jeté dans l’étang de feu ». Il n’est pas nécessaire d’ajouter des paroles humaines à cette terrible scène.

 

6.2.3        L’Au-delà

Dans l’histoire parabolique du riche et de Lazare (Luc 16:19 à 31), le Seigneur Jésus soulève le voile sur l’état des âmes après la mort. Lazare est porté par les anges dans le sein d’Abraham, expression de la béatitude des fidèles, dans le langage juif. Le riche en hadès est tourmenté ; il n’est pas encore dans l’étang de feu, mais dans le hadès, séjour des âmes après la mort. Pour le racheté, un tel séjour, selon l’expression de l’apôtre Paul, consiste à « être avec Christ ». 1 Pierre 3:19 précise que celui qui est perdu, est « en prison ».

Il est impossible de passer d’un état à l’autre : « Un grand gouffre est fermement établi entre nous et vous ; en sorte que ceux qui veulent passer d’ici vers vous ne le peuvent, et que ceux qui veulent passer de là ne traversent pas non plus vers nous » (Luc 16:26). Il n’est donc plus possible d’être sauvé après la mort.

Cet état temporaire des âmes sera changé par la résurrection. Le Seigneur Jésus est parfaitement clair à cet égard : « L’heure vient en laquelle tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ; et ils sortiront, ceux qui auront pratiqué le bien, en résurrection de vie ; et ceux qui auront fait le mal, en résurrection de jugement » (Jean 5:28 à 29). L’apôtre Paul confirmera ce double aspect, en précisant qu’il y aura une résurrection « tant des justes que des injustes » (Actes 24:15).

1 Corinthiens 15 en particulier nous renseigne sur la résurrection de vie, qui a lieu en diverses étapes (v. 23 à 24). Ceux qui auront passé par la corruption revêtiront alors l’incorruptibilité ; ceux qui vivront jusqu’à la venue du Seigneur seront changés : ce mortel revêtira l’immortalité.

La Parole nous révèle fort peu de l’état éternel où entreront les rachetés. Une chose essentielle, précieuse au-dessus de toutes, le marque : nous serons « toujours avec le Seigneur ». Cette présence de Dieu avec les hommes est soulignée en Apocalypse 21:3 ; il s’y ajoute l’assurance des douleurs qui ne seront plus : larmes, mort, deuil, cris, peines. Le bonheur de la présence divine a été perdu à la chute ; être devant Dieu est pour l’homme naturel un sujet de crainte ; le croyant, déjà aujourd’hui, connaît la douceur de cette présence ; dans la gloire, bien mieux que maintenant, nous en aurons l’éternelle réalité :

 

Toujours dans la lumière

De la maison du Père !

Toute ombre a disparu devant l’éclat du jour.

Et, bien loin de la terre,

Notre âme tout entière

Goûtera, près de Lui, le repos de l’amour.

(H. et C. 167:2)

 

7                        Conclusion

Quelle conclusion pourrions-nous tirer de cette confrontation de l’Ecclésiaste et du Nouveau Testament ?

Une profonde reconnaissance ne monte-t-elle pas avant tout de nos cœurs vers Dieu pour le don du Seigneur Jésus ? Il a transformé la vie : le travail au lieu d’être une poursuite vide, acharnée, sans but, peut être accompli en tous points pour le Seigneur. Les biens matériels, source exclusive, pour l’Ecclésiaste, d’une jouissance passagère et égoïste, nous sont confiés pour les tenir à la disposition de notre Maître. La joie n’est plus manger et boire, mais recevoir de la main du Père, avec reconnaissance, les bienfaits que sa bonté nous prodigue, pour en jouir avec le Seigneur Jésus ; mieux encore, nous connaissons cette joie spirituelle qu’il a mise dans nos cœurs. La vie n’est plus vanité et vide, mais elle a un but. La révélation des pensées divines, la sagesse d’en haut, n’accroît pas le chagrin et la douleur ; au contraire, elle nous remplit d’adoration et de louange. La mort et l’avenir ne sont plus sujet de terreur, mais de joie.

L’écho ne vibre-t-il pas en nous de la parole de l’apôtre : « Notre Sauveur Jésus Christ a annulé la mort et a fait luire la vie et l’incorruptibilité par l’évangile » (2 Tim. 1:10). Au lieu de dire avec l’Ecclésiaste : « J’ai haï la vie... j’ai fait désespérer mon cœur », ne pouvons-nous pas répéter une fois de plus avec Paul : « Si je dois vivre dans la chair, il en vaut bien la peine », tout en ajoutant : « Déloger et être avec Christ, cela est de beaucoup meilleur ».

Grâces à Dieu pour son don inexprimable !