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Dorcas — Actes 9:36-43

 

ou : la confection de vêtements pour les pauvres

 

Edward Dennett

Traduit pour Bibliquest de Stempublishing — Christian Friend, vol. 8, 1881, p. 22

Sous-titres ajoutés par Bibliquest

Table des matières :

1       Raison d’être de l’article

2       Être les premiers dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance

3       Les aumônes distinctes des bonnes œuvres

4       Faire du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi

5       Vêtir ceux qui sont dans le dénuement et nourrir les affamés

6       Confectionner les robes et les vêtements

6.1         Responsabilité individuelle, pas d’association

6.2         Travail utilitaire, non pas du travail d’agrément

6.3         Travail animé par l’amour de Christ

 

 

 

1         Raison d’être de l’article

Tabitha, ou plutôt Dorcas, s’est acquis une notoriété fort inattendue. Beaucoup d’églises ou chapelles se vantent de leurs « Associations Dorcas » ; même chez les croyants sortis des grandes églises officielles, on commence à trouver passablement de « réunions Dorcas ». Le but est louable ; et même si ceux qui font l’objet d’une telle générosité sont souvent mal choisis, beaucoup de souffrances sont sans doute ainsi allégées. Sans vouloir aucunement déconsidérer de tels efforts, il est peut-être bon d’examiner un peu l’histoire de Dorcas pour rechercher l’instruction que l’Esprit de Dieu a voulu qu’on en retire.

 

2         Être les premiers dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance

Remarquons d’abord que l’activité de Dorcas ne se bornait pas à vêtir ceux qui étaient dans le dénuement. Cette femme « était pleine de bonnes œuvres et d’aumônes qu’elle faisait » (Actes 9v36). C’est une magnifique épitaphe pour un enfant de Dieu, bien différente de beaucoup d’épitaphes écrites par les hommes ; celle-ci a été consignée par la plume infaillible du Saint Esprit. Ses bonnes œuvres faisaient partie de celles que Dieu avait préparées à l’avance afin que Dorcas marche en elles (Éph. 2v10), et c’est la raison pour laquelle elles étaient bonnes, et de telles œuvres bonnes ne pouvaient être produites que par l’énergie de l’Esprit de Dieu.

Il est bon de se rappeler ce que sont réellement les bonnes œuvres ; en effet, si nous avons été mis en garde contre une activité fébrile et le fait d’être trop occupés du service, et si nous avons été amenés à admirer et choisir la bonne part de Marie de Béthanie (Luc 10v42), nous devrions aussi nous souvenir des paroles de l’apôtre Paul : « Cette parole est certaine, et je veux que tu insistes sur ces choses, afin que ceux qui ont cru Dieu s’appliquent à être les premiers [ou : à exceller] dans les bonnes œuvres : ces choses sont bonnes et utiles aux hommes » (Tite 3v8). Les efforts philanthropiques en tout genre sont souvent parés du titre de « bonnes œuvres » et cela est fait intentionnellement pour séduire les âmes simples ; mais les « bonnes » œuvres, celles qui sont réellement telles devant Dieu, ne peuvent découler que de la puissance du Saint Esprit, et être par conséquent selon Sa pensée et Sa volonté. Elles ne peuvent donc être accomplies que par des croyants, et par des croyants poussés par la puissance divine dans la soumission à la Parole de Dieu.  « Les robes et les vêtements, toutes les choses que Dorcas avait faites » (9v39) appartenaient à cette catégorie d’œuvres selon un jugement infaillible.

 

3         Les aumônes distinctes des bonnes œuvres

Les « aumônes » de Dorcas sont consignées dans l’Écriture, aussi bien que ses bonnes œuvres ; et selon l’usage de ce mot dans la Parole (voir Matthieu 6v1, 2, 34 ; Luc 11v41 ; 12v33 ; Actes 3v2, 3, 10 ; 10v2, 4), il n’est pas douteux que ces aumônes consistaient en des soins dispensés sous forme d’argent ou de nourriture envers les nécessiteux. L’apôtre, écrivant à Timothée, dit : « Ordonne à ceux qui sont riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir ; qu’ils fassent du bien ; qu’ils soient riches en bonnes œuvres ; qu’ils soient prompts à donner, libéraux, s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir, afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie » (1 Tim. 6v17-19). Dorcas était donc fidèle à l’esprit de cette exhortation. Elle était riche en bonnes œuvres, et elle était prompte à distribuer ses biens, libérale ; car elle avait appris « la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, Il a vécu dans la pauvreté pour [nous], afin que par sa pauvreté [nous fussions] enrichis » (2 Cor. 8v9) ; et, par cette même grâce, elle était devenue Son représentant dans le monde. Elle était une donatrice parce que Dieu, qui l’avait amenée à Lui, était un Donateur. Sachant donc qu’elle n’était pas à elle-même [1 Cor. 6v19] et que tout ce qu’elle possédait, elle ne l’avait que comme intendante pour Lui — à qui elle appartenait — elle se mettait, elle et ses biens, à Son entière disposition et à Son service selon Sa volonté.

 

4         Faire du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi

Ceux qui étaient les objets de sa charité ou de son service sont nettement précisés. Lorsque Pierre est arrivé et a été introduit dans la chambre mortuaire, nous lisons que « toutes les veuves vinrent auprès de lui en pleurant, et en montrant les robes et les vêtements, toutes les choses que Dorcas avait faites pendant qu’elle était avec elles » (9v39).

On remarque que ces veuves sont distinguées des saints (9v41). La raison n’en est pas qu’aucune d’elles ne faisait partie des saints ; nous pensons plutôt que cela montre que les veuves étaient une catégorie de personnes faisant spécialement l’objet de son travail, peut-être dans l’esprit de l’exhortation apostolique : « Ainsi donc, comme nous en avons l’occasion, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi » (Gal. 6v10). On peut donc conclure que ses activités de bienfaisance n’étaient pas seulement consacrées aux veuves croyantes ; mais, connaissant le cœur et la pensée de Dieu, elle cherchait à pourvoir aux besoins partout où il y en avait, tout en reconnaissant la prérogative propre à la maison de la foi. Tous ceux qui ont lu l’Ancien Testament ont dû être frappés par l’expression répétée des soins de Dieu pour la veuve et l’orphelin (les deux sont souvent cités ensemble), et l’apôtre Jacques y rajoute sa voix en disant : « Le service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père, est celui-ci : de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, de se conserver pur du monde » (Jacq. 1v27). Paul a également donné des instructions spéciales concernant ces deux classes de personnes (1 Tim. 5).

 

5         Vêtir ceux qui sont dans le dénuement et nourrir les affamés

Il est donc évident que Dorcas avait la pensée de Dieu dans le travail particulier auquel elle se vouait. En effet, y avait-il un service plus béni que de vêtir ceux qui sont dénués et de nourrir les affamés ? Le Seigneur Lui-même, lors du jugement des nations vivantes sur la terre, quand Il s’assiéra sur le trône de Sa gloire, précisera les services matériels qui Lui auront été rendus en la personne de Ses « frères ». Il dit : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger… j’étais nu, et vous m’avez vêtu » (Matt. 25v35-36). Il explique Lui-même que faire ces choses à l’un des plus petits qui sont Ses frères, c’était le faire à Lui. Quel privilège inouï que celui de nourrir et de vêtir Christ en la personne de l’un des membres de Son corps ! C’est ce que Lui-même a fait pour nous ; l’apôtre dit en effet : « Dans cette tente (notre maison terrestre qui n’est qu’une tente), nous gémissons, désirant avec ardeur d’avoir revêtu notre domicile qui est du ciel, si toutefois, même en étant vêtus, nous ne sommes pas trouvés nus » (c’est-à-dire, sans Christ) (2 Cor. 5v2-3).  Vêtir ceux qui sont dans le dénuement et nourrir les affamés — Il est Lui-même notre nourriture (Jean 6) — c’est donc agir dans le même esprit que Lui ; l’existence du besoin éveille les affections de Christ dans le cœur des Siens. 

 

6         Confectionner les robes et les vêtements

Une ou deux leçons particulières propres à nous guider peuvent être tirées avec profit de toute cette affaire ; nous nous bornerons donc maintenant à ce qui est spécialement mentionné : confectionner les robes et les vêtements.

 

6.1        Responsabilité individuelle, pas d’association

(1) Remarquons d’abord que le travail de Dorcas était individuel. Il n’y a pas la moindre trace d’une quelconque association avec d’autres. Évidemment c’était le service particulier auquel le Seigneur l’avait appelée, et auquel elle se vouait de bon cœur. Son exemple ne peut donc pas être cité pour quelque chose allant au-delà de sa mission individuelle. Rien n’est plus béni, dans l’activité chrétienne, que la communion — la communion dans le Seigneur. Mais le grand danger aujourd’hui est l’association — l’association avec d’autres en vue d’arriver à un objectif par l’énergie de la coopération, plutôt que par la puissance de l’Esprit. Satan réussit souvent de cette manière à arrêter même ce qui a pu être à l’origine une action de l’Esprit de Dieu.

Ainsi, le Seigneur met sur le cœur de l’un des Siens la pensée d’un service particulier ; et au lieu d’aller l’accomplir dans la puissance de Celui qui l’y a appelé, on s’efforce souvent d’associer d’autres personnes, ou même à former une association en vue du but recherché ; dès lors le service est de suite sur la voie de l’échec, même s’il y a une certaine prospérité extérieure.

Moïse est un avertissement à cet égard. Il s’est plaint au Seigneur que le fardeau du peuple était trop lourd pour lui. Le Seigneur lui a permis d’avoir soixante-dix associés ; mais Il a pris de l’Esprit qui était sur lui, Moïse, et l’a mis sur ces 70 autres (Nomb. 11v11-17). Non seulement, il n’y a eu aucun gain de puissance par cette association, mais elle a entraîné une perte considérable par l’introduction, désormais, de soixante-dix jugements pour toute question à trancher. Non, il ne s’agit pas de s’associer — le service est profondément individuel ; car tout serviteur a une responsabilité individuelle devant le Seigneur, y compris pour confectionner des habits, et il ne peut pas se permettre de subordonner ses convictions à celles d’autrui, ni de chercher à marcher selon la mesure de la foi d’autrui, que cette mesure soit à un niveau supérieur ou inférieur.

 

6.2        Travail utilitaire, non pas du travail d’agrément

(2) En second lieu, cette histoire fournit des conseils explicites aux sœurs pout occuper leur temps libre chez elles, au moins pour celles qui ont les moyens d’acheter du matériel, et qui savent coudre à la main ou à la machine.

Remarquons tout spécialement qu’on ne trouve aucune mention que Dorcas ait passé une partie de son temps à faire des ouvrages d’agrément (on ne conteste pas qu’elle en avait le droit). Ce fait est certainement significatif pour toute âme spirituelle. Seuls « les robes et les vêtements » ont trouvé leur place dans la Parole de Dieu — ce qui nous apprend au moins ceci, à savoir que ce sont des travaux de ce genre qui ont l’approbation du Seigneur.

Cela ressort nettement du fait que Dorcas a été ressuscitée. Sa perte a été si vivement ressentie par les disciples qu’ils ont envoyé chercher Pierre, le priant de venir sans tarder [9v38]. L’apôtre est allé, et il a pu lui rendre la vie ; et, « ayant appelé les saints et les veuves, il la leur présenta vivante » (9v41). Ainsi le Seigneur a répondu au cri des Siens, et a consolé leur cœur.

 

6.3        Travail animé par l’amour de Christ

(3) Une dernière instruction peut être ajoutée, qui ressort déjà de ce qui précède, à savoir que le travail de Dorcas visait des cas de nécessité. Il y a un danger, si nous manquons de vigilance, de chercher à nous complaire dans un ministère du genre de celui de « Dorcas », de dépenser notre énergie pour tels cas particuliers en choisissant ceux qui se recommandent à nous d’une manière ou d’une autre ; et il arrive ensuite souvent que les besoins de certains saints pauvres sont abondamment couverts, tandis que d’autres sont presque entièrement négligés.

L’antidote est d’avoir Christ Lui-même devant nos yeux comme l’objet de notre service, nous rappelant seulement que ce sont nos besoins, et non pas nos mérites, qui ont attiré Son cœur pour Son service envers nous ; pareillement le seul déclic pour notre service d’amour envers les Siens devrait être leurs besoins. Autrement dit, tout notre service doit être animé par l’amour du Christ qui nous étreint [2 Cor. 5v14] ; car il est possible de distribuer en aliments tous nos biens aux pauvres, et pourtant de ne pas avoir l’amour divin (1 Cor. 13), et donc sans avoir le même cœur que Christ comme mobile pour agir. Christ doit donc être le mobile ; Christ doit être l’objet, et Christ doit être vu dans tout notre service.