[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Commentaire sur Actes 11

 

 

Briem Christian

Traduit de l’allemand, Commentaire sur Actes 11 à 13.
Collection « Un peuple pour Son Nom » partie 6
Ed. Christliche Schriftenverbreitung, CSV, 2011

 

Table des matières :

1       L’approbation de la réception des nations : Actes 11:1-18

1.1     Dissensions entre frères — Actes 11:1-3

1.1.1     « Ceux de la circoncision »

1.2     La réponse sage de Pierre — Actes 11:4

1.2.1     Différences dans le récit

1.2.2     Quatre points majeurs — Actes 11:5-17

1.2.2.1     Quand Dieu purifie — Actes 11:6-10

1.2.2.2     Quand l’Esprit parle — Actes 11:11-12

1.2.2.3     Le salut par la Parole — Actes 11:13-14

1.2.2.4     Le sceau du Saint Esprit — Actes 11:15-17

1.2.3     L’unité de pensée restaurée — Actes 11:18

2       La naissance de l’assemblée à Antioche — Actes 11:19-30

2.1     La libre activité de l’Esprit de Dieu

2.1.1     L’amour de Christ nous étreint — Actes 11:19-20

2.1.2     La Parole, sans miracles

2.2     Antioche

2.3     La bonne main du Seigneur — Actes 11:21

2.4     Barnabas, un homme de bien — Actes 11:22-24a

2.4.1     Ce que Barnabas a vu (la grâce de Dieu)

2.4.2     Ce que Barnabas a éprouvé (il s’est réjoui)

2.4.3     Ce que Barnabas a fait (il les a tous exhortés)

2.4.4     Plein de l’Esprit Saint et de foi — Actes 11:24b

2.5     Saul à Antioche — Actes 11:25-26

2.5.1     Sa venue par le moyen de Barnabas — Actes 11:25-26a

2.5.2     Le ministère de docteur — Actes 11:26b

2.5.3     « Chrétiens » — Actes 11:26c

2.6     La prophétie du prophète Agabus — Actes 11:27-28

2.6.1     Prophètes

2.6.2     Unité vraie et amour vrai — Actes 11:29-30

2.6.2.1     Services dans différents domaines

2.6.2.2     Comment on doit donner

2.6.2.3     Envoyés par l’assemblée — Actes 11:30

 

 

1        L’approbation de la réception des nations : Actes 11:1-18

Le onzième chapitre des Actes commence par un coup d’œil rétrospectif sur ce que le chapitre 10 raconte. En fait il s’agissait d’événements considérables sur lesquels il n’était pas inutile de revenir encore une fois.

Les événements avaient atteint un sommet quand Pierre était venu à Césarée dans la maison d’un centurion romain et qu’il avait annoncé l’évangile de Jésus au groupe qui était rassemblé chez lui. Ces gens des nations avaient reçu la Parole avec foi, et sans intervention d’autrui, ils avaient immédiatement reçu le don du Saint Esprit. En outre ces « païens » avaient été baptisés du baptême chrétien, et par-là ils étaient devenus « chrétiens » du point de vue de la profession extérieure.

Tout cela était inouï, et à certains égards est resté unique. Car jamais auparavant et jamais depuis, on n’a entendu que tout un groupe de païens ait prêté l’oreille à la prédication de la grâce, ait accepté l’évangile du salut et en conséquence ait reçu le Saint Esprit. Effectivement à partir de ce moment-là l’assemblée de Dieu prit la forme et la composition qu’elle devait avoir selon le conseil de Dieu : elle se composait désormais de croyants à la fois des Juifs et des nations — de ceux qui étaient près et de ceux qui étaient loin, comme ils seront nommés plus tard. Ensemble ils formaient et ils forment jusqu’à aujourd’hui le seul corps de Christ, le seul homme nouveau (Éph. 2:11-17).

Comme instrument humain pour faire ce pas extraordinaire vers les nations, Dieu avait prévu dans Sa sagesse un homme à qui on ne pouvait objecter absolument aucun laisser-aller vis-à-vis des coutumes juives et des commandements juifs. C’était justement Pierre, le conducteur parmi ses frères juifs, le premier des apôtres, à qui avait été confié l’apostolat de la circoncision (Gal. 2:7-8). Cet homme qui se qualifie lui-même de « Juif » (10:28) et qui était plein de réticences juives, devait, selon la volonté de Dieu, ouvrir la porte de la foi aux nations. Et il a exécuté fidèlement cette mission — après quelques hésitations pour commencer.

 

1.1      Dissensions entre frères — Actes 11:1-3

Vu de l’extérieur cependant, ce qui s’était passé à Césarée avait été l’œuvre d’un homme tout seul, justement l’apôtre Pierre. Or il avait justement enfreint une ordonnance juive claire. C’est ce qui fit germer de la méfiance et de la suspicion parmi les premiers chrétiens qui, sans cela, étaient encore fortement imprégnés de judaïsme. Et c’est ainsi que le chapitre 11 commence par ces paroles :

« Or les apôtres et les frères qui étaient en Judée apprirent que les nations aussi avaient reçu la parole de Dieu. Et quand Pierre fut monté à Jérusalem, ceux de la circoncision disputaient avec lui, disant : Tu es entré chez des hommes incirconcis, et tu as mangé avec eux » (11:1-3).

Déjà à cette époque les nouvelles se répandaient vite, plus vite que nous ne le pensons. Et la nouvelle des événements de Césarée atteignit manifestement très tôt les apôtres et les frères en Judée. Il n’est pas dit « à Jérusalem », bien que Jérusalem appartînt bien sûr à la Judée et y fût incluse. Mais les frères séjournaient probablement à différents endroits à l’intérieur de la Judée, et y travaillaient pour le Seigneur.

Ce qu’ils entendirent pendant ce temps était d’une importance extraordinaire : « les nations aussi avaient reçu la Parole de Dieu ». Quelle nouvelle ! Fit-elle éclater la joie parmi les croyants juifs, au moins parmi les apôtres ? Louèrent-ils Dieu de ce que, dans Sa grâce, Il avait maintenant aussi atteint les nations, et qu’Il avait opéré parmi eux quelque chose d’aussi grand ? — Nous n’apprenons rien de semblable. Au lieu de cela, nous entendons parler de disputes qui s’élevèrent parmi les frères. Il est vrai qu’elles étaient de nature si grave qu’elles étaient capables de provoquer une scission dans la jeune église.

Les attaques se dirigeaient contre Pierre lorsqu’il « fut monté à Jérusalem ». Combien de temps séjourna-t-il à Césarée parmi ses frères des nations, l’écrivain inspiré ne nous le communique pas. Il ne semble pas qu’il y soit resté très longtemps, car les six frères de Joppé étaient encore auprès de lui, et l’accompagnèrent dans son voyage vers Jérusalem (11:12).

 

1.1.1       « Ceux de la circoncision »

Depuis la Pentecôte, c’était la première fois que l’apôtre Pierre devait rendre compte de sa conduite devant ses frères. Ce furent certains croyants juifs qui soulevèrent des accusations contre l’apôtre Pierre et « disputèrent avec lui ». Luc les appelle « ceux de la circoncision ». Mais nous ne devons pas les confondre avec « les fidèles de la circoncision » mentionnés en 10:45 et qui étaient venus avec Pierre de Joppé. Dans ce v. 45, cette désignation établit simplement une différence entre les chrétiens juifs circoncis qui étaient avec Pierre, et les païens incirconcis auprès desquels ils étaient venus. Dans ce sens tous les croyants depuis le commencement étaient « de la circoncision », car ils étaient issus exclusivement du peuple juif.

Mais ici au chapitre 11, l’expression « ceux de la circoncision » vise un groupe à l’intérieur des croyants, de gens qui se sentaient obligés par la loi de Moïse, et qui soutenaient que la circoncision était nécessaire pour recevoir ceux des nations. À ce groupe appartenaient beaucoup de pharisiens et de sacrificateurs. Ils étaient, certes, convertis, ils étaient devenus croyants, mais ils étaient encore tous « zélés pour la loi » (21:20).

Ce groupe, à la différence des Hellénistes, se composait de Juifs de Palestine, et à cause de cela on les nommait les « Hébreux » (6:1) ; ils commençaient déjà à se former en groupe et à s’exprimer quand Pierre vint à Jérusalem.

Ces fidèles de la loi ne craignaient pas d’entrer avec Pierre dans un démêlé que la Sainte Écriture appelle une dispute. Nous rencontrerons de nouveau ce groupe — « ceux de la circoncision » — plus tard dans ce livre des Actes, et nous verrons à quel point ces défenseurs de la loi enseignaient ouvertement les frères, disant que « si vous n’avez pas été circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés » (15:1). C’était justement ceux qui venaient de la secte des pharisiens qui se levèrent et dire : « il faut les circoncire et leur enjoindre de garder la loi de Moïse » (15:5). Cette confrontation conduisit au premier (et seul) « concile » de Jérusalem, où fut décidée clairement par la négative la question de savoir si les croyants des nations devaient être reçus par le biais du judaïsme.

Malgré cela ce groupe judaïsant ne perdit pas son influence au cours de l’histoire des Actes, comme la citation du ch. 21 le prouve. Oui, ces éléments juifs formèrent désormais un danger constant contre lequel l’apôtre Paul eut également à combattre, parce que ces docteurs mélangeaient la grâce à la loi, et détruisaient ainsi tous les deux. Il suffit de lire l’épître de l’apôtre Paul aux Galates pour se rendre compte de la gravité de cette affaire. Aujourd’hui toute la chrétienté est plus ou moins imprégnée de ces éléments juifs légaux, en sorte que la grâce de Dieu est repoussée presque complètement à l’arrière-plan — pour le dommage éternel de ces gens. Pourtant c’est bien seulement par la grâce que nous pouvons être sauvés (Éph. 2:5-8) ! À l’inverse, « nulle chair ne sera justifiée devant lui par les œuvres de loi » (Rom. 3:20). Aux croyants de Galatie, l’apôtre Paul écrit quelque chose de semblable : « sachant néanmoins que l’homme n’est pas justifié sur le principe des œuvres de loi, ni autrement que par la foi en Jésus Christ » (Gal. 2:16).

À Jérusalem il s’agissait cependant seulement du reproche fait à Pierre d’être entré chez des incirconcis et d’avoir mangé avec eux. Cette critique pouvait n’avoir en apparence qu’une portée restreinte, mais elle contenait en soi une matière explosive. Les murmures des Hellénistes à cause de la prétendue négligence vis-à-vis de leurs veuves avaient certes aussi été un sujet humiliant (ch. 6). Mais maintenant les choses allaient plus loin. Cette lutte mettait en cause les fondements de l’évangile, et menaçait l’assemblée d’une scission. Ici, pour la première fois, on voit le danger de l’esprit de parti, qui tend à diviser les croyants les uns d’avec les autres, et à créer des clans. Dans l’épître aux Galates nous apprenons comment Dieu juge cela : les divisions en partis (sectes) sont des œuvres de la chair (5:19-20), même si les justifications qu’on en donne sont enjolivées par des motifs religieux

Les reproches faits ici à Pierre étant limités au seul point nommé, cela était bien, car tous pouvaient le comprendre tout à fait. Ce qui choquait les pensées juives des croyants n’était pas tellement le fait que Pierre avait annoncé l’évangile à des gens des nations, mais qu’il était entré chez eux et avait mangé avec eux. Il est aussi possible que la transmission des nouvelles de Césarée ait été très fragmentaire, et que les rapporteurs se soient focalisés sur ce seul point particulier, et n’aient pas mentionné les circonstances environnantes, si tant est qu’ils les aient connues. Toujours est-il que la nouvelle était quand même transmise que « les nations avaient reçu la Parole de Dieu ». Ceci enfreignait complètement les préjugés juifs des critiques qui étaient en arrière-plan. Malheureusement, de telles polarisations ne sont pas rares, encore aujourd’hui.

Il est aussi frappant que les apôtres n’aient pas résisté aux attaques de ceux de la circoncision contre Pierre. En tout cas l’apôtre Pierre n’a pas été considéré par ses frères comme infaillible, et Pierre de son côté s’offrit aux reproches de ses frères — une expérience nouvelle et éprouvante pour lui, comme déjà mentionné au début.

 

1.2      La réponse sage de Pierre — Actes 11:4

La conscience de Pierre était en repos, sachant qu’il avait fait la volonté de Dieu, et la conscience de l’avoir faite lui conférait de la tranquillité, de la tranquillité spirituelle. Aussi il ne s’emporta pas, ni ne mit son autorité apostolique sur le tapis pour se défendre. Il fit bien mieux : il raconta simplement le déroulement des choses.

« Mais Pierre se mit à leur exposer [les choses] par ordre » (11:4).

Pierre prit la peine d’expliquer aux frères les choses par ordre. Ce faisant, il n’argumenta pas avec eux, mais il leur raconta toute l’histoire juste comment elle s’était passée. Il laissa les faits parler pour eux-mêmes. Ses auditeurs se virent forcé de tirer les conclusions, comme lui aussi s’était vu forcé de le faire.

 

1.2.1       Différences dans le récit

Lors de notre méditation sur le ch. 10, nous nous sommes déjà occupés en détail de ce qui s’était passé dans la maison de Simon le tanneur à Joppé, et dans la maison de Corneille à Césarée. Il n’est pas nécessaire d’y revenir en détail. Rappelons simplement que nous avons deux récits sur ce qui s’est passé à Joppé, et trois récits sur ce qui s’est passé à Césarée. Il y a d’un côté ce que rapporte l’écrivain Luc, d’un autre côté il y a ce que racontent Pierre et Corneille.

Or il est fort intéressant d’établir qu’il existe des différences et des nuances de présentation entre ce que rapporte l’écrivain de l’histoire, et ce qui a marqué ceux qui la racontent. Nous avons déjà attiré l’attention sur l’une ou l’autre de ces différences au cours de la méditation du ch. 10, mais il y en a quelques autres à mentionner.

Par exemple quand Luc décrit l’extase qui vint sur Pierre, il mentionne que Pierre se mit à avoir faim, tandis que Pierre tait cette circonstance. Inversement, dans sa description de ce qui s’est passé, Pierre insiste sur ce que, non seulement il a vu une vision, mais aussi il a entendu une voix.

C’est Luc qui nous fait savoir que Corneille fut tout effrayé quand l’ange vint vers lui. Corneille lui-même n’en dit rien, et ne mentionne pas les paroles pleines de désarroi qu’il adressa à l’ange : « Qu’est-ce, Seigneur ? ». Au lieu de cela il décrit l’apparition du messager céleste comme un homme en vêtement éclatant (10:30). Luc ne mentionne pas ce point, ni non plus cet autre point par lequel Corneille complète sa description : il priait dans sa maison quand l’ange se tint soudain devant lui.

Quand les messagers du centurion romain arrivèrent auprès de Pierre, ils parlèrent du message de l’ange, qui culminait en ce que Corneille devait « entendre des paroles » de la part de Pierre (10:22). Mais Pierre, dans son récit parle de « choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (11:14), ce qui est une extension considérable du récit de Luc. Effectivement ni Luc ni Corneille ne donnent la totalité de la teneur de ce qui avait été exprimé ; seul Pierre le fait.

Or après tout, il n’y a rien de contradictoire dans ces différences. Quand de telles différences surgissent dans l’Ancien Testament, les critiques se plaisent à prétendre qu’elles ont pour origine des manuscrits différents. Ils font remonter la plume à des écrivains différents. Tout cela n’est que pure imagination. Quelqu’un irait-il prétendre que différents documents ont été présentés à l’écrivain du livre des Actes et que celui-ci les a condensés en un seul récit ? Absurde !

Nous pouvons en toute sécurité conclure que Luc seul, et personne d’autre, a rédigé le récit (1:1). Qu’il ait été un contemporain de Pierre et de Corneille, cela est incontesté. Selon toute probabilité il les a entendus raconter ces affaires de leur propre bouche. Il aurait été facile pour lui d’éviter toutes les différences, en lissant tout comme avec un fer à repasser. Et pourtant ces nuances sont là ! Pourquoi ? Parce que le Saint Esprit le conduisait pour établir certains points capitaux.

La manière d’écrire l’histoire dans l’Écriture Sainte n’est pas du tout une affaire stéréotypée ; elle ne suit ni des clichés ni des rails. Beaucoup plutôt, les détails sont rassemblés d’une manière correspondant à l’intention du Saint Esprit et à chacun des faits. Cela ne remet en question en aucune manière l’authenticité des récits. La présence de telles différences et le fait qu’elles aient été tolérées sont justement une marque de l’authenticité de l’Écriture. En outre dans les trois récits de la conversion de Saul de Tarse, nous avons également vu de nombreuses différences intéressantes.

 

1.2.2       Quatre points majeurs — Actes 11:5-17

Nous avons parlé ci-dessus de points capitaux, et il apparaît que Pierre dans son discours (11:5-17) a fait aussi ressortir quatre points majeurs, — pour une meilleure compréhension par ses auditeurs. Nous pouvons les résumer de la manière suivante :

·       Quand Dieu purifie, 11:5-10

·       Quand l’Esprit parle, 11:11-12

·       Le salut par la Parole, 11:13-14

·       Le sceau du Saint Esprit, 11:15-17

 

De tout ce que l’apôtre Pierre dit, il ressort quelque chose de clair : Dieu est celui qui a agi, et non pas l’homme. Tout émanait de Lui, Il a tout planifié, et Il a tout mené à bien en Son temps.

 

1.2.2.1      Quand Dieu purifie — Actes 11:6-10

Dans sa description des événements, Pierre en vient maintenant à exprimer les paroles suivantes sur le premier point :

« J’étais en prière dans la ville de Joppé, et je vis dans une extase une vision, [savoir] un vase descendant comme une grande toile dévalée du ciel par les quatre coins ; et elle vint jusqu’à moi ; et y ayant jeté les yeux, je considérais, et je vis les quadrupèdes de la terre, et les bêtes sauvages, et les reptiles, et les oiseaux du ciel ; et j’ouïs aussi une voix qui me dit : Lève-toi, Pierre, tue et mange. Et je dis : Non point, Seigneur ; car jamais chose impure ou immonde n’entra dans ma bouche. Et une voix répondit pour la seconde fois du ciel : Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur. Et cela eut lieu par trois fois, et tout fut de nouveau retiré dans le ciel » (11:5-10).

Vue d’ensemble : Pierre était à Joppé en prière. Dans une extase il a vu une vision ; Dieu lui a parlé, et lui a parlé à Dieu.

Voyons cependant encore une fois quelques détails de plus près, et spécialement sous le point de vue qui est à la base de la justification de Pierre vis-à-vis de ses frères.

Quand les choses ont commencé, Pierre était éloigné de Césarée de plusieurs kilomètres. Il n’avait aucune idée de ce qui allait lui arriver. Dans une vision il a vu comme un récipient ou vase descendant du ciel, et il insiste sur le fait qu’il est venu directement jusqu’à lui (11:5). Cela explique qu’il pouvait en voir le contenu. À la liste des animaux contenus dans le récipient, il ajoute les « bêtes sauvages » (11:6).

Il considérait fixement tout cela [traduction allemande du v.6a ; en français JND « ayant jeté les yeux, je considérais »]. Or à ce moment-là il entend une voix qui lui disait qu’il devait se lever, tuer et manger (11:7). Pierre s’y refusa. Jamais une chose impure ou immonde n’était entrée dans sa bouche (11:8). Pierre n’était pas laxiste sur la manière de s’y prendre avec ce que Dieu avait commandé dans l’ancienne alliance quant à la nourriture pour son peuple. Il avait eu exactement les mêmes sentiments que ces frères de la circoncision qui lui faisaient maintenant des remontrances. Il était allé très loin, jusqu’à oser contredire directement le Seigneur en disant : « Non point Seigneur ». Ses accusateurs auraient-ils pu faire davantage ?

Mais alors la voix du ciel lui avait donné une réponse : « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le tiens pas pour impur » (11:9). Nous avons déjà parlé sur la signification spirituelle de cette parole. Mais cette réponse à l’objection de Pierre ne valait-elle pas aussi pour ceux qui l’attaquaient ? Si Dieu purifie quelque chose, qui a le droit d’expliquer qu’elle est impure ? Ne devaient-ils pas eux aussi se taire, et cesser de résister au Seigneur ?

Ce dont Pierre parlait, n’eut lieu pas moins de trois fois (11:10). Il ne pouvait donc pas y avoir de malentendu sur la vision. Il était extrêmement clair que Pierre avait fait valoir jusqu’au bout ses objections fondées sur le judaïsme. Cela, les frères de la circoncision devaient le reconnaître. Dans cette affaire, Pierre n’avait à se glorifier de rien. Bien plutôt, c’était Dieu qui avait fait preuve de longanimité et de patience avec Son serviteur et avec son ignorance. Et à la fin, le récipient avec les animaux n’avait pas simplement disparu, mais il était retourné au ciel, ce qui soulignait de la manière la plus claire que Pierre avait eu à faire avec le Seigneur dans le ciel. Cela devait faire réfléchir ses auditeurs.

 

1.2.2.2      Quand l’Esprit parle — Actes 11:11-12

« Et voici, aussitôt, trois hommes qui avaient été envoyés de Césarée vers moi, se trouvèrent devant la maison où j’étais » (11:11).

« Voici » se trouve aussi au ch. 10:17. Pierre fait remarquer par-là la Providence divine, selon laquelle Dieu a incliné et combiné toutes les circonstances de manière extraordinaire. Au bon moment, les trois hommes de Césarée se sont tenu devant la maison, et Pierre ajoute : « … aussitôt ». Dieu lui avait envoyé la vision ; Pierre venait juste de méditer sur sa signification quand Dieu lui en donna immédiatement l’interprétation (ou : explication) sous la forme des trois hommes envoyés par Corneille. Était-ce un hasard que ces hommes apparaissent « aussitôt » sur la scène ?

« Et l’Esprit me dit d’aller avec eux sans hésiter ; et les six frères que voici vinrent avec moi, et nous entrâmes dans la maison de cet homme » (11:12).

C’est pas à pas que Dieu a conduit Son serviteur en avant. Maintenant le Saint Esprit parle directement à Pierre, et lui donne l’indication de faire ce que Pierre n’aurait jamais fait de lui-même, à savoir d’aller avec ces hommes païens. Jusque-là, Pierre, dans ses pensées, ne se différenciait en rien de ceux qui soulevaient des objections contre ce qu’il avait fait. Cependant l’Esprit lui-même avait parlé, et Il connaissait les réticences et les doutes intérieurs de Pierre. Pierre aurait-il pu faire quelque chose d’autre que d’obéir à la voix de l’Esprit, et d’aller comme il lui avait été dit ?

Et les six frères de Joppé étaient encore là ; ils étaient également « de la circoncision ». Ils avaient vu et entendu tout ce qui s’était passé, et ils n’avaient pas hésité à accompagner Pierre à Césarée. Cela aussi avait eu lieu selon la Providence de Dieu. Les six hommes juifs convertis devaient former un témoignage plus que suffisants des événements qui s’étaient déroulés dans la maison du centurion païen.

Finalement Pierre touche directement le point sur lequel il était attaqué : ils étaient entrés dans la maison de l’homme. Oui, c’était ainsi. Il est rafraîchissant de voir avec quelle franchise et droiture l’apôtre expose chacun de ses pas à ses auditeurs ! Cette manière de parler ne pouvait provenir que de quelqu’un sûr de son affaire — et sûr parce qu’il avait été obéissant à la voix de l’Esprit de Dieu.

 

1.2.2.3      Le salut par la Parole — Actes 11:13-14

« Et il nous raconta comment il avait vu dans sa maison l’ange qui, se tenant là, lui avait dit : Envoie à Joppé, et fais venir Simon qui est surnommé Pierre, qui te dira des paroles [JND en français : choses] par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (11:13-14).

Si Pierre avait montré jusqu’à présent comment Dieu l’avait préparé à aller dans la maison de Corneille, il montre maintenant comment, de l’autre côté, Dieu avait préparé Corneille à faire venir Simon dans sa maison. Pour cela Pierre fait, pour ainsi dire, parler le centurion, citant ses paroles : « et il nous raconta… ». Il est intéressant que Pierre ne s’en réfère pas aux paroles des envoyés du centurion (10:22). Naturellement ils étaient également tout à fait crédibles. Cependant il préfère signaler à ses auditeurs le récit qu’il avait entendu dans la maison du centurion et de la propre bouche de celui-ci.

Celui-ci avait précisément vu un ange venu dans sa maison, et qui s’était « tenu là ». Manifestement le messager céleste n’avait pas craint de se souiller. Dieu lui-même l’avait envoyé là. En ce qui concerne le message divin que l’ange avait à transmettre : il se composait d’un ordre d’envoyer à Joppé pour faire venir Simon, celui-ci devant lui dire des paroles par lesquelles il serait sauvé, lui et toute sa maison. Tout cela provenait directement de Dieu. Qui pouvait oser soulever des objections là-contre ?

Effectivement le centurion romain avait besoin de salut. Il possédait la vie nouvelle divine, ce qui se manifestait par ses prières et ses aumônes, qui étaient monté devant Dieu (10:4). Jamais pareille chose ne pourrait être dite d’un inconverti, d’un homme mort vis-à-vis de Dieu. Mais au sens du Nouveau Testament, il n’était pas « sauvé ». Sans doute Corneille comptait sur la miséricorde salutaire de Dieu, et il suppliait Dieu à cet égard pour lui et sa maison. S’il ne nous est rien communiqué directement sur le contenu de ses prières, la réponse que Dieu lui a donnée nous permet néanmoins de reconnaître, pourquoi il implorait Dieu.

Jusqu’au moment où Pierre vint à lui, Corneille ne savait rien du pardon de ses péchés. Comment aurait-il pu le savoir ? Jusque-là, l’évangile n’avait pas été annoncé aux nations en tant que telles. Corneille et les siens n’avaient encore entendu aucune « parole » correspondant à cela, — des paroles qui leur apportait le salut. En ce sens, on est sauvé « par des paroles ». Si on ne les écoute pas, quelle qu’en soit la raison, on ne parvient pas au salut, et on ne peut pas jouir du pardon de ses péchés et de la paix avec Dieu.

Naturellement les paroles qui apportent le salut se fondent sur l’œuvre de propitiation de Christ, et bien sûr, chacun individuellement doit les recevoir par la foi. Nous avons vu cela au ch. 10. Il n’en reste pas moins que les paroles qui annoncent le salut doivent d’abord être apportées aux gens qui en ont besoin (Rom. 10:14). Et c’est justement ce que Pierre fit dans la maison de Corneille ; il le fit selon la mission donnée de Dieu.

 

1.2.2.4      Le sceau du Saint Esprit — Actes 11:15-17

Pierre n’entre pas dans le détail des paroles qu’il avait annoncées à ces gens des nations. Il suffisait de montrer que c’étaient des paroles qui les conduisaient au salut, parce que, de leur côté, l’écoute était « mêlée de foi » (Héb. 4:2). (Nous reviendrons encore une fois sur cette dernière circonstance). Et ainsi l’apôtre Pierre indique maintenant le quatrième point majeur qui constitue en même temps le sommet de son discours :

« Et comme je commençais à parler, l’Esprit Saint tomba sur eux, comme aussi [il est tombé] sur nous au commencement. Et je me souvins de la parole du Seigneur, comment il a dit : Jean a baptisé avec de l’eau, mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint. Si donc Dieu leur a fait le même don qu’à nous qui avons cru au seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour pouvoir l’interdire à Dieu ? » (11:15-17).

Pierre aurait voulu parler encore davantage. Il n’avait pas pu exprimer autant que le montre la section correspondante du ch. 10 (10:34-43). Arrivé justement à ce point principal, — c’est-à-dire le pardon des péchés à quiconque croit en Jésus Christ, — alors Dieu lui-même l’interrompt par le fait que « le Saint Esprit tombe sur eux ». Le membre de phrase complémentaire « comme aussi il est tombé sur nous au commencement » (c’est-à-dire à la Pentecôte) montre clairement que Dieu mettait les croyants des nations sur le seul et même terrain élevé que les croyants juifs : Il en fait des membres du corps de Christ. Même si la doctrine sur ce sujet n’avait pas encore été donnée, néanmoins le fait parlait de lui-même.

Quand Pierre s’aperçut que les nations aussi avaient reçu le don de l’Esprit, il lui revient en mémoire la Parole du Seigneur : « car Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, vous serez baptisés de l’Esprit Saint, dans peu de jours » (1:5). Jean le baptiseur, également, avait parlé de ce grand événement (Matt. 3:11 ; Jean 1:33). Les deux annonces, celle du Seigneur lui-même et celle de Jean le baptiseur, avaient été accomplies à la Pentecôte à Jérusalem, mais maintenant elles en recevaient une extension à Césarée.

Oui, Dieu avait donné aux croyants des nations le même don qu’aux Juifs, « le même don qu’à nous » dit Pierre. Et il ajoute : « … nous qui avons cru au Seigneur Jésus ». Cette foi était devenue aussi la part de ceux des nations, car Dieu avait répondu de la même manière. Si cependant il en était bien ainsi, si Dieu élevait ces « païens » croyants au même rang que les Juifs croyants, — qui était Pierre et quelle puissance avait-il pour s’y opposer, et pour empêcher Dieu de le faire ? Pierre pose la question à ses critiques comme s’ils pensaient qu’il était en mesure d’empêcher les actions de Dieu envers ces « païens ». Effectivement Pierre combine les deux questions en une : « qui étais-je ? » et « étais-je en mesure ? »

La pensée que Pierre pût empêcher le don de Dieu aux nations était évidemment absurde. Ses critiques auraient-elles pu le faire, ou même seulement cherché à le faire ? Sans être formellement exprimée, cette considération résonne dans la question posée, par laquelle Pierre termine son discours — un discours qui au moins impose une chose : le respect.

 

1.2.3       L’unité de pensée restaurée — Actes 11:18

Ce discours franc et bref ne manqua pas de faire son effet sur les frères auxquels Pierre parlait :

« Et ayant ouï ces choses, ils se turent, et glorifièrent Dieu disant : Dieu a donc en effet donné aux nations la repentance pour la vie ! » (11:18).

« Et ayant ouï ces choses » peut se rapporter en particulier à la dernière partie du discours où Pierre parlait du don du Saint Esprit aux nations. Il est encourageant de voir comment la grâce de Dieu opérait maintenant dans les cœurs de ceux qui avaient besoin d’être tranquillisés. Ceux qui avaient disputé auparavant avec Pierre devenaient maintenant paisibles et n’avaient plus d’autres objections à soulever. Les faits présentés étaient irrésistibles et incontestables.

Cependant les frères ne se contentèrent pas de cela : ils éprouvèrent de la reconnaissance, et ils glorifièrent Dieu. C’est à cela que tout service et toute action de l’Esprit devraient conduire. Quand on apprend à se libérer de l’égoïsme et à se dégager des idées préconçues, quand on apprend à comprendre et à apprécier les voies de grâce de Dieu envers les autres, alors cela aboutit à glorifier Celui dont l’amour est la source de tout.

Les frères reconnurent avec reconnaissance que Dieu avait aussi « donné la repentance pour la vie aux nations ». Cette manière de s’exprimer est remarquable. D’un côté il apparaît clairement que la vraie repentance (le changement de pensées, le demi-tour) a pour suite la vie de Dieu, la vie éternelle. D’un autre côté ils reconnaissent que ces gens des nations auxquels Pierre avait parlé dans la maison de Corneille, s’étaient effectivement repentis, bien que dans le récit du ch. 10 cela ne soit pas mentionné expressément.

Par cela est confirmé ce que j’ai détaillé précédemment en rapport avec le ch. 10. Corneille et ses amis, tous des gens des nations, possédaient déjà la vie divine avant que Pierre vint à eux, et leur apporte les paroles du salut. Mais il y a une différence entre le fait que l’Esprit de Dieu produise la vie spirituelle dans une personne repentante, et le fait que l’Esprit prenne son habitation dans cette personne comme sceau de la rédemption. C’est une différence aussi considérable qu’il y a entre celui qui construit une maison et celui qui s’y installe. Ce n’est que quand une personne entend l’évangile de son salut et l’accepte par la foi — quand elle arrive à la conscience qu’entre elle et Dieu, tout est mis en ordre par le sacrifice de Christ, — ce n’est qu’à ce moment-là que le Saint Esprit scelle une telle personne.

Or c’est justement ce qui s’était passé avec ceux de Césarée. Dieu leur avait ouvert la porte du domaine du christianisme, Il les avait ajoutés à Son Assemblée. La grâce de Dieu avait remporté un triomphe.

Sur ce point, la manière d’agir de l’apôtre Pierre a eu une très grande portée et une très grande importance. Il y a eu encore ceci de particulier : les apôtres et frères rassemblés à Jérusalem ont sanctionné, c’est-à-dire confirmé cela. C’était d’une très grande importance comme le montre la suite du cours de l’histoire de l’assemblée. Le temps passant, les vieux préjugés juifs ont refait surface dans certains groupes, et la merveilleuse ouverture de la porte aux nations est partiellement tombée dans l’oubli. Pierre a de nouveau dû rappeler ces choses à ses frères juifs (ch. 15).

En ce qui concerne la section qui a été devant nous : elle commence avec la dispute contre Pierre, et se termine par la gloire donnée à Dieu. Quel contraste et quelle preuve précieuse de la grâce de Dieu !

 

2        La naissance de l’assemblée à Antioche — Actes 11:19-30

2.1      La libre activité de l’Esprit de Dieu

Avec le v. 19 de Actes 11, nous arrivons sur un nouveau terrain, sur un nouveau champ de travail du Seigneur dans ces premiers jours du christianisme. Dans le passé, la poursuite de l’œuvre n’était pas partie des apôtres à Jérusalem. Maintenant non plus, les apôtres n’ont pas donné l’impulsion pour l’expansion de l’évangile dans des territoires nouveaux et étrangers. En général, ce ne sont pas les apôtres qui ont eu la direction de l’œuvre, mais de manière évidente c’est le Saint Esprit lui-même, qui, dans Sa souveraineté, utilise l’un ou l’autre, comme Il veut et où Il veut.

Cela ressort clairement de ce que nous avons eu devant nous jusqu’à maintenant. Suite à la persécution qui avait eu lieu à cause d’Étienne, Dieu avait utilisé Philippe l’évangéliste pour porter l’évangile au-delà des frontières de la Judée vers la Samarie. Sur l’indication divine ce messager du Seigneur avait annoncé l’évangile de Jésus à l’Éthiopien jusqu’à ce que finalement l’Esprit du Seigneur l’enlève à ce champ de travail dans le désert, et le transporte sur le chemin vers Césarée où, tandis qu’il traversait tout le pays, il évangélisait toutes les villes le long du chemin (Actes 8). Pierre aussi s’était tenu sous la conduite directe de l’Esprit de Dieu lorsqu’il alla vers les nations pour leur ouvrir la porte du royaume des cieux.

Tout cela a eu lieu sans ordonnance apostolique, et même entièrement sans apôtres. Ceux-ci n’en entendirent parler chaque fois que lorsque l’œuvre était déjà faite, et que beaucoup avaient trouvé le Seigneur. Ainsi en rapport avec la Samarie, nous lisons : « Or les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la Parole de Dieu… » (8:14). Au vu de ce qui s’était passé à Césarée en rapport avec les nations, il est dit : « les apôtres et les frères qui étaient en Judée apprirent que les nations aussi avaient reçu la Parole de Dieu » (11:1). Dans la nouvelle section que nous abordons, nous allons voir qu’un grand nombre de grecs s’étaient convertis au Seigneur à Antioche. Et nous trouvons là aussi la remarque que « le bruit en vint aux oreilles de l’assemblée qui était à Jérusalem » (11:22).

Il en a toujours été ainsi, et cela a persisté, comme nous l’apprenons des événements ultérieurs. Quand l’apôtre Barnabas et Saul furent appelés à l’œuvre parmi les nations, cela s’est passé par l’intervention directe du Saint Esprit. C’est Lui qui a envoyé les deux hommes, et non pas les apôtres (13:2,4). Et quand le message de la grâce de Dieu dut parvenir à l’Europe, Dieu a accordé à l’apôtre Paul une vision de nuit par laquelle lui et ses compagnons conclurent que Dieu les avait appelés (16:9, 10).

Cette libre activité du Saint Esprit au commencement nous impressionne, ainsi que Sa souveraineté et Sa toute-puissance avec lesquelles Il agissait. Inutile de dire que ceci est encore la volonté de Dieu pour nous aujourd’hui. Dieu a Ses pensées sur Son œuvre, et Il n’a pas changé la manière d’appeler Ses serviteurs. Nous voulons tenir ferme ce point, tellement tout cela est méprisé aujourd’hui dans la chrétienté.

 

2.1.1       L’amour de Christ nous étreint — Actes 11:19-20

Un exemple supplémentaire de la libre action de l’Esprit de Dieu est placé devant nous, — chez des hommes qui n’étaient ni apôtres ni ne suivaient des instructions humaines, mais qui avaient été simplement étreints par l’amour de Christ envers les perdus.

« Ceux donc qui avaient été dispersés par la tribulation qui arriva à l’occasion d’Étienne, passèrent jusqu’en Phénicie, et à Chypre, et à Antioche, n’annonçant la parole à personne, si ce n’est à des Juifs seulement. Mais quelques-uns d’entre eux [litt. en allemand : Quelques hommes d’entre eux] étaient des Cypriotes et des Cyrénéens, qui, étant venus à Antioche, parlaient aussi aux Grecs, annonçant le seigneur Jésus » (11:19, 20).

Dans le cours de nos méditations sur le livre des Actes, nous avons déjà rencontré plusieurs « hommes » dont le Saint Esprit s’est servi comme instruments pour répandre l’évangile : Pierre, Jean, Étienne, Philippe. Mais quant à ceux dont nous venons de lire quelque chose, ces « dispersés », leurs noms ne sont même pas donnés, bien que quelques-uns d’entre eux firent quelque chose de très grand et très courageux. Vraisemblablement Dieu voulait prévenir contre la tendance à attribuer trop de poids ou d’importance à ces hommes et à placer trop haut leur intelligence spirituelle de Ses voies envers les hommes. Ce qui les poussait était moins leur intelligence que plutôt l’amour pour les perdus. Déjà à l’époque du commencement des tribulations, les dispersés par la persécution ne s’étaient pas laissé arrêter d’annoncer la Parole (8:4), ouvertement en Judée. Or maintenant ils étaient allés plus loin, considérablement plus loin. Ils passèrent jusqu’en « Phénicie et à Chypre et à Antioche ».

Les villes de Tyr et de Sidon appartenaient à la Phénicie, ce territoire qui s’étend le long des côtes de la Méditerranée. Antioche était située beaucoup plus au Nord, tout au Nord de la Syrie. Pour donner une idée des distances, la distance entre Jérusalem et Antioche est d’environ 450 km. Antioche pouvait être atteinte par terre, mais pour arriver à l’île de Chypre, ces premiers messagers chrétiens durent prendre un bateau à partir d’un port comme Césarée, Tyr ou Séleucie. Quelle charge précieuse avait à bord ce bateau inconnu : quelques hommes poussés par l’amour, qui voulaient porter l’évangile sur les îles !

En faisant cela « ils n’annonçaient la Parole… qu’à des Juifs » (11:19). Notons bien ceci : ce qu’ils annonçaient, c’était « la Parole ». Voilà ce dont les gens avaient besoin. Mais jusque-là ils ne se tournaient que vers les Juifs, qui se trouvaient en grand nombre dans ces régions. Ils ne franchissaient pas, ou pas encore, les frontières religieuses connues entre Juifs et nations. Soit dit en passant, il est remarquable que Barnabas était Cypriote de naissance (4:36), de même qu’un certain Mnason, un « ancien disciple » du temps du commencement (21:16).

Sur le chemin par voie terrestre vers Antioche, il y avait les villes déjà mentionnées de Tyr et de Sidon. Le travail de ces hommes dans ces lieux n’a pas été vain comme les indications ultérieures de ce livre le montrent clairement (21:3-6 ; 27:3).

Mais il est alors tout à fait étonnant que quelques-uns de ces « hommes » fussent de Chypre, et quelques-uns de la lointaine contrée de Cyrène d’Afrique du Nord [près de Benghazi en Lybie]. Ceux-là vinrent jusqu’à Antioche et parlaient aux Grecs, c’est-à-dire à des non-Juifs, et ils leur annonçaient l’évangile du Seigneur Jésus. C’était tout nouveau, une continuation de ce que Pierre avait fait à Césarée — une continuation au sens moral, non pas vraiment au sens chronologique. Car il est frappant que Luc évite toute considération de temps, ce qui en somme était la mission que Dieu lui avait attribuée, à savoir de mettre en ordre les événements plutôt dans un sens moral. C’est pourquoi il n’est pas rare qu’il laisse de côté l’ordre chronologique. Il relie ainsi directement le v. 19 à ce qui a été devant nous au ch. 8:4. Tout ce qui est raconté entre temps peut être considéré comme une insertion — une insertion d’une importance immense, il est vrai, dont l’ordre chronologique en détail n’est cependant pas au premier plan.

Même si l’on déduit de cela que les événements de Césarée (la visite de Pierre dans la maison de Corneille) ont précédé chronologiquement le récit que nous avons maintenant, on ne peut cependant guère admettre que ces Cypriotes et ces Cyrénéens en aient eu connaissance. La rédaction du récit amène à la conclusion que l’inspiration du Saint Esprit a conduit l’écrivain à montrer comment cet Esprit opérait de manière souveraine. La réception formelle des nations par les apôtres et les frères à Jérusalem pouvait réussir ou bien ne pas encore réussir — mais ces hommes simples, au cœur bouillant dans leur amour pour Christ, se sentirent forcés, quand ils arrivèrent à Antioche, d’annoncer l’évangile du Seigneur Jésus aussi aux Grecs. Ils n’étaient en possession d’aucune délégation de pouvoir apostolique, ils n’avaient eu pour cela aucun formateur humain. Ils agissaient bien plutôt instinctivement, dans la puissance et sous la direction du Saint Esprit. Ils sentaient que ces païens avaient besoin de l’évangile, et ainsi ils « parlaient aussi aux Grecs », manifestement en commençant par des entretiens personnels, ce qui déboucha, il est vrai, sur une annonce directe de l’évangile.

Ainsi l’évangile fut annoncé aux Grecs d’abord par des « personnes privées », si l’on peut dire, par des disciples simples et dévoués du Seigneur. Il n’était pas question d’ordination ni d’exercice de dons de grâce spirituels. C’était simplement l’amour de Christ qui a ouvert la bouche de ces hommes auprès de ceux des nations. Combien tout cela est beau ! Et nous voyons aussi — nous avons à l’apprendre ici — que Dieu n’abandonne pas à l’homme Ses droits sur Son œuvre sur la terre, pas même à des apôtres. Il opère de manière indépendante des apôtres, par le moyen de Pierre qu’Il a envoyé chez un centurion païen. Et Il opère de la même manière souveraine chez ces hommes et leur fait annoncer le salut aux Grecs à Antioche. Il est très vraisemblable que cela eut lieu avant l’annonce de l’évangile par Pierre à Césarée.

Deux circonstances sont encore à mentionner, qui donnent davantage de poids à l’œuvre de ces hommes. Quand ils commencèrent à parler aux gens des nations (*) — ils parlaient grec comme eux, en sorte qu’il n’y avait pas de problème de compréhension — Luc, dans son récit, ne donne pas la moindre suggestion que ces Grecs fussent des gens pieux et craignant Dieu, comme c’était le cas de Corneille et de sa maison (10:2). Ce n’était pas non plus des prosélytes. Non, ces gens étaient des païens déclarés sans aucun lien avec le Judaïsme. Quel grand courage et quel amour il a fallu à ces gens de Chypre et de Cyrène pour annoncer directement le salut en Christ à des gens qui étaient alors aussi loin (**) !

 

(*) Quand il est dit qu’ils parlaient à des gens des nations, c’est l’imparfait ingressif qui est utilisé (cela décrit l’action à son début).

(**) Il est vrai que certains bons manuscrits, en particulier le codex Vaticanus, lisent Hellénistes au lieu de Grecs au v. 20. Mais d’un côté la leçon « Grecs » est appuyée non seulement par le codex Synaïticus et le codex Alexandrin, mais aussi par l’important papyrus ancien numéroté 45. Le contraire de « Juifs » au v. 19 ne peut pas être « Hellénistes » au v. 20, car les Juifs habitant en dehors de la Palestine étaient justement surtout des Hellénistes (c’est-à-dire des Juifs parlant grec). Le contraire de « Juifs » ne peut que signifier « Grecs ». Ce que Luc veut souligner est ceci : Tandis que les dispersés ne répandaient la Parole qu’à des Juifs, quelques hommes ont parlé aussi à des Grecs.

 

Un deuxième point est encore à remarquer : ces prédicateurs de l’évangile n’ont pas eu besoin de vision pour leur confirmer leur chemin hardi. Un grand serviteur du Seigneur comme Pierre en est un incontestablement, dut être rendu docile par une vision et par un ordre direct de l’Esprit de Dieu, pour aller dans la maison d’un païen qui craignait Dieu. Chez ces hommes inconnus, la grâce de Dieu opérait si puissamment, qu’ils n’ont eu besoin d’aucune vision ni d’aucun miracle pour exécuter leur mission.

 

2.1.2       La Parole, sans miracles

Il y a encore quelque chose qui nous frappe : Il est bien parlé de ce que l’évangile a été annoncé dans des territoires étrangers, mais il n’y pas la moindre indication que cette annonce ait été accompagné de signes et de miracles. Jusqu’à présent, dans l’œuvre parmi les Juifs et en Samarie, on avait vu un rôle assez important joué par les miracles (2:4 ; 3:6-10 ; 5:12 ; 6:8 ; 8:6). Cependant quand il s’agit de l’œuvre parmi les nations, tous ces signes et miracles passèrent fortement à l’arrière-plan, ou même disparurent totalement. À leur place, la Parole de Dieu gagnait de plus en plus en importance. Cela témoignait justement de sa puissance en ce qu’elle exerçait son effet sur les consciences et les cœurs des hommes sans l’aide de miracles. Il en fut ainsi ici à Antioche, et pareillement plus tard à Thessalonique et à Athènes.

Nous trouvons ici confirmé ce que nous avons déjà vu précédemment, à savoir que les dons miraculeux ont perdu petit à petit leur importance, et ont finalement entièrement cessé dans la période post-apostolique. Mais la Parole de Dieu a subsisté, et le Saint Esprit est resté jusqu’à aujourd’hui. Combien cela est consolant ! Ce qui a été opéré auprès des Grecs à Antioche, et auprès de Corneille et de ses amis à Césarée, opère encore aujourd’hui. Cela doit nous encourager à faire confiance à la puissance de l’Esprit et à la puissance de la Parole de Dieu qu’Il utilise.

Avant de quitter ce point, jetons encore un coup d’œil sur le caractère du service accompli par ces premiers messagers chrétiens. Du peu qu’il en est dit dans ces versets, il ressort quand même clairement ceci : le grand thème de ces prédicateurs du commencement était le Seigneur Jésus (11:20). C’est Lui qu’ils mettaient devant les cœurs — un Sauveur personnel. Cela est très important.

Racontons aux gens l’histoire de Jésus, parlons- leur de la chute à cause du péché, et du grand fossé qui s’en est suivi entre le pécheur et Dieu — un fossé que personne ne peut franchir. Mais alors il y a le Bon Berger qui est venu pour chercher et sauver les brebis perdues. Lui, le Juste s’est livré pour nous, les injustes. Et parce qu’Il a donné pour nous Sa vie, le chemin vers Dieu est frayé, et le fossé est rendu franchissable. Sa résurrection et Son séjour à la droite de Dieu en témoignent.

Quelle grâce merveilleuse d’avoir un Sauveur personnel ! Et ce Sauveur personnel est « le Seigneur Jésus » ! Peux-tu ainsi cher lecteur, parler déjà à Lui et de Lui ? Tu dois avoir un Sauveur personnel, sinon tu n’as rien du tout. Il ne sert à rien de dire qu’Il est mort pour tous les hommes. Tu dois savoir qu’Il est mort pour toi, et tu dois croire personnellement en Lui et en Son œuvre. C’est comme cette nuit en Égypte où l’Éternel a frappé les premiers-nés de l’Égypte. Le sang de l’agneau pascal égorgé n’aurait été d’aucune utilisté aux Israélites, et le jugement serait tombé sur eux s’ils ne s’étaient pas mis personnellement sous la protection de ce sang. Par quel moyen ? Ils ont mis le sang sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte de leur maison (Ex. 12:7). Il doit y avoir une identification personnelle, par la foi, avec le sang versé ; autrement il est coulé pour rien en ce qui concerne les individus.

En bref, c’est là le contenu de l’« évangile du Seigneur Jésus » que ces prédicateurs annonçaient au commencement.

 

2.2      Antioche

C’est peut-être le moment de dire quelques mots sur Antioche (qui s’appelle aujourd’hui Antakya). Au point de vue de l’histoire de l’église, cette ville est assez importante. C’est là qu’après des années de silence, nous retrouvons pour la première fois la trace de Saul de Tarse. C’est ici qu’est née la première assemblée composée principalement de croyants des nations — la première assemblée typiquement d’anciens païens. C’est à partir de là que l’apôtre Paul a entrepris ses trois voyages missionnaires (13:1-4 ; 15:35-41 ; 18:22, 23), et c’est là qu’il est retourné après chacun des deux premiers voyages. Il aurait bien sûr fait la même chose à la fin du troisième voyage, si entre-temps il n’avait pas perdu sa liberté par son emprisonnement à Jérusalem.

La ville fut fondée en l’an 300 av. J.C. par Séleucos Nicator et fut nommée d’après le nom de son père Antiochus. Ces Séleucides sont les fondateurs d’une dynastie macédonienne en Syrie. Au temps de l’empereur romain, la ville était considérée comme la troisième ville en importance dans l’empire romain après Alexandrie. Il y avait là un temple renommé d’Apollon et de Diane, vers lequel convergeait chaque année un pèlerinage fastueux des habitants d’Antioche. Un nombre important de Juifs vivaient dans cette ville païenne, et ils y entretenaient de nombreuses synagogues. Que le christianisme ait aussi mis très tôt les pieds dans cette ville, c’est justement ce qui nous occupe.

Dans ce contexte, une circonstance particulière mérite encore notre attention. Bien que la population de la ville fût beaucoup adonnée à l’idolâtrie d’Apollon et de Diane, et bien qu’il y eût beaucoup de Juifs habitant là, nous n’entendons jamais parler dans les Actes que les chrétiens à Antioche aient été, en aucune manière, empêchés d’exercer et de répandre leur foi, ni même qu’il y ait eu aucune persécution. Manifestement le Seigneur a mis Sa main en protection sur eux, et n’a pas permis à l’ennemi de perturber l’œuvre. Le christianisme a germé et fleuri dans la ville, et les chrétiens se sont réjouis d’une liberté dont beaucoup d’autres témoins du Seigneur étaient privés ailleurs en ce temps-là.

 

2.3      La bonne main du Seigneur — Actes 11:21

Nous revenons à notre texte biblique. Si les noms de ceux qui ont annoncé l’évangile du Seigneur Jésus à Antioche ne sont pas connus, si ces croyants n’ont laissé aucune trace dans les livres d’histoire de ce monde, cependant leur travail a porté de riches fruits pour le ciel. Car il est dit :

« et la main du Seigneur était avec eux ; et un grand nombre ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur » (11:21).

Dire que « la main du Seigneur était avec ces hommes », revient à dire que le Seigneur, dans Sa providence, éliminait tous les obstacles, et donnait puissance et sagesse pour que les disciples puissent apporter l’évangile aux Grecs à Antioche. C’est une belle illustration de ce que le Seigneur Jésus dit dans la lettre à Philadelphie : Il est « Celui qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul n’ouvrira… Voici, J’ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer » (Apoc. 3:7, 8). Ceci est d’une importance extrême pour toute activité missionnaire et pour tout service. L’œuvre est l’œuvre de Dieu, et non pas la nôtre ; c’est Lui qui ouvre les portes, et c’est Lui qui les ferme. Nous ne pouvons rien par nous-mêmes, et ne pouvons ouvrir aucune porte. Et s’Il n’ouvre pas une porte, il est vain de s’acharner contre une porte fermée.

Ici, c’est Lui qui ouvre la porte. Cela fait voir une précieuse réciprocité. D’un côté Dieu utilise des hommes comme Ses instruments. D’un autre côté la force opérante provient de Dieu seul. Autant il est vrai que, dans l’œuvre de Dieu, l’homme ne peut rien sans Dieu, autant il est vrai que Dieu ne veut rien faire dans l’œuvre sans l’homme. « Et comment entendront-ils sans quelqu’un qui prêche ? Et comment prêcheront-ils, à moins qu’ils ne soient envoyés » (Rom. 10:14, 15). Si des hommes plantent, et que d’autres arrosent, c’est Dieu seul qui donne l’accroissement (1 Cor. 3:6, 7). Tout l’honneur Lui revient. Cependant le fait que l’homme participe à l’œuvre de Dieu dans une heureuse harmonie avec Lui, et qu’il coopère avec Lui, et le fait que dans ce sens il puisse être collaborateur de Dieu, voilà qui reste encourageant et consolant pour nous encore aujourd’hui.

Les résultats du travail à Antioche sont maintenant donnés dans la deuxième partie du verset : « un grand nombre, ayant cru, se tournèrent vers le Seigneur » (11:21b). Ce qui a commencé avec l’annonce de l’évangile, trouve maintenant son aboutissement dans le fait qu’un grand nombre croyaient, c’est-à-dire venaient à la foi. L’annonce de l’évangile est une chose, mais conférer la vie éternelle aux gens en est une autre. Il n’y a que Dieu, le Saint Esprit, qui peut l’opérer ; c’est entièrement en dehors des possibilités du serviteur. Savoir cela nous gardera à la place qui nous a été attribuée.

En fait deux résultats sont mentionnés ici : d’un côté ces Grecs crurent, d’un autre côté ils se tournèrent vers [= se convertirent au] le Seigneur. Ces deux actions se trouvent dans un rapport mutuel intéressant. En bien des passages, on ne trouve exprimée que l’une ou l’autre, de sorte que ces deux expressions signifient, pour l’essentiel, la même chose. Mais quand elles sont placées l’une à côté de l’autre comme ici, cela indique que la foi est à la racine, et que la conversion (ou : le « se tourner vers ») montre le fruit produit à la suite.

C’est comme dans les choses naturelles : les racines d’un arbre sont en général invisibles. L’art et la manière dont elles développent leur vie et leur activité sont largement cachés à l’observateur. Le fruit, au contraire, peut être vu et goûté, et c’est grâce à lui que l’on reconnaît la nature de l’arbre. Croire est un processus caché dans le cœur de l’homme ; se tourner (ou : se convertir) vers le Seigneur est le résultat visible dans la vie d’un croyant.

Le fait que la première activité de ces Grecs, après avoir cru, fut de se convertir, de faire demi-tour, cela montre que précédemment ils étaient dans un chemin de péché et de mort par l’idolâtrie. Un homme qui est venu à la foi au Seigneur Jésus jette loin ses idoles mortes et invoque le Dieu vivant. C’est ce que nous voyons si clairement chez les Thessaloniciens qui s’étaient « tournés des idoles vers Dieu pour servir le Dieu vivant et vrai » (1 Thes. 1:9). On se convertit, c’est-à-dire qu’on se détourne de quelque chose, pour rejoindre autre chose : on se détourne loin des images d’idoles, on va vers le Dieu vivant ; on se détourne loin des ténèbres, on va vers la lumière ; on se détourne loin du pouvoir de Satan, on va vers Dieu (26:18).

À Antioche, beaucoup de gens étaient venus à la foi et s’étaient tournés vers le Seigneur. Comme une nuée de pigeons qui s’envole, ils s’étaient réfugiés en troupe auprès du Seigneur Jésus. Voilà comment se multipliait déjà à cette époque le fruit du travail de Son âme. Pensée précieuse : Lui en est satisfait ! (És. 53:11).

 

2.4      Barnabas, un homme de bien — Actes 11:22-24a

La première assemblée locale d’origine non-juive est née à Antioche, cette métropole orientale de l’empire romain, — elle est née au milieu du monde païen, et indépendamment de toute autorité humaine, terrestre. Quand nous pensons à la grandeur extraordinaire de ce que nous trouvons ici, les événements et les temps intéressants dont nous lisons ici quelque chose, font jaillir la louange et les actions de grâce à l’égard de Celui qui opère tout cela, et qui est la tête du corps, de l’assemblée.

La suite des événements est dépeinte par l’écrivain de la manière suivante :

« Et le bruit en vint aux oreilles de l’assemblée qui était à Jérusalem ; et ils envoyèrent Barnabas pour passer jusqu’à Antioche ; lequel y étant arrivé et ayant vu la grâce de Dieu, se réjouit ; et il les exhortait tous à demeurer [attachés] au Seigneur de tout leur cœur » (11:22, 23).

Après que cette grande œuvre de Dieu ait été opérée à Antioche, il fallait clarifier la situation relative de l’assemblée née à cet endroit vis-à-vis de l’assemblée déjà existante à Jérusalem. Oui, si l’on ne voulait pas favoriser l’indépendance entre assemblées, il fallait arriver à une reconnaissance nette de ce qui avait nouvellement surgi.

C’est précisément ce qui a eu lieu. Aucun apôtre n’a été envoyé à Antioche pour imposer les mains aux croyants de cette localité pour qu’ils reçoivent le Saint Esprit. Cela avait eu lieu à Samarie ; mais la Samarie appartenait au territoire d’Israël, tandis qu’Antioche n’en faisait pas partie. Et surtout, jusqu’à ce moment-là, nous n’entendons pas parler de ce que l’un des douze aient travaillé en dehors du pays de Canaan. Et c’est ainsi que, pour passer jusqu’à Antioche, l’assemblée à Jérusalem envoya un serviteur du Seigneur ayant fait ses preuves, Barnabas. Il devait observer l’œuvre là-bas, et rapporter aux frères la réponse appropriée aux questions des frères à Jérusalem, pour savoir si les nouvelles correspondaient à la vérité.

De cette manière l’unité de l’assemblée de Dieu sur la terre a été préservée. La doctrine et l’enseignement à ce sujet n’avaient pas encore été donnés ; cependant le Saint Esprit a pris soin que l’unité soit malgré tout concrétisée. Qu’une relation vivante existât entre l’assemblée de Jérusalem et celle d’Antioche, cela sera manifeste non seulement au vu d’événements ultérieurs du livre des Actes, mais aussi d’après l’incident intéressant au sujet duquel Paul a écrit dans l’épître aux Galates (Gal. 2:11 et suiv.).

Pour la mission à Antioche, personne n’était plus approprié que Barnabas. Les apôtres à Jérusalem lui avaient donné ce surnom (4:36), et il y fit honneur, y compris dans la circonstance présente comme nous allons le voir. Le nom de Barnabas signifie « fils de consolation », ou bien « fils d’encouragement, d’exhortation ». Il n’avait aucune mission apostolique à remplir à Antioche. Nous n’entendons pas qu’il ait baptisé ni qu’il ait admis formellement aucun croyant dans la communion.

Au lieu de cela, le verset 23 mentionne trois caractéristiques de Barnabas qui, « lorsqu’il fut arrivé », s’exprimèrent dans sa personne et son service. Elles sont typiques de lui, et nous allons les arranger en trois rubriques et les voir d’un peu plus près : — 1. Ce que Barnabas a vu : la grâce de Dieu — 2. Ce que Barnabas a éprouvé : il s’est réjoui — 3. Ce que Barnabas a fait : il les a tous exhortés.

 

2.4.1       Ce que Barnabas a vu (la grâce de Dieu)

« … y étant arrivé et ayant vu la grâce de Dieu » (11:23). Déjà dans le domaine naturel, quand quelqu’un arrive à un endroit, il voit surtout ce qu’il cherche des yeux. Au même endroit, des personnes différentes observeront des choses différentes selon leur manière d’observer les détails. Ainsi par exemple, un architecte « verra » dans une ville quelque chose de différent de ce qu’un commerçant, ou un politicien, ou un artiste, observeront. Cela dépend entièrement de l’angle sous lequel chacun voit les choses.

Il en est ainsi aussi dans les choses spirituelles, et il en a été ainsi aussi pour Barnabas quand il est arrivé à Antioche. Il n’a pas vu la fornication ni les péchés sans frein dans cette ville ; il n’a pas vu l’idolâtrie abominable ni le temple d’Apollo si renommé. Non, son regard est tombé sur les « monuments » de la grâce de Dieu dans cet endroit. Il a vu ce que la grâce de Dieu avait pu produire chez des hommes pécheurs. Voilà l’angle sous lequel il a observé les choses — une perspective bénie, chers amis.

Barnabas possédait lui-même la grâce de Dieu, autrement il n’aurait pas pu la percevoir chez les autres. Seul quelqu’un qui vit lui-même dans la conscience de la grâce de Dieu, qui y vit dedans chaque jour, est en mesure de voir ce que la grâce de Dieu a opéré chez les autres, ce à quoi elle est parvenue là.

En observant les nouveaux convertis à Antioche, Barnabas n’a certainement pas constaté cent pour cent de bien chez eux. Sur la terre cent pour cent n’existe pas dans ce domaine. Cependant en les observant, c’est la grâce de Dieu qu’il a vue. La grâce qu’il possédait lui-même et dont il jouissait, le rendait capable de reconnaître la grâce chez d’autres. Ces gens n’avaient-ils pas été auparavant des pécheurs souillés ? Maintenant, par la foi en Jésus Christ, ils avaient fait l’expérience de la purification de leurs péchés. N’était-ce pas une grâce de Dieu indescriptible ?

La grâce est la faveur de Dieu, elle est un amour immérité. Ces hommes avaient vécu cela. Et Barnabas avait des yeux pour le voir !

La grâce de Dieu est en soi quelque chose d’invisible. Elle est un secret dans le cœur. Mais comme la vie qui est également invisible, elle peut être reconnue à ses fruits. Elle est le germe invisible, la source de tout ce que Dieu peut produire en nous comme fruits spirituels. Oui, la grâce de Dieu peut et doit être vue dans la vie des croyants. Et quand nous regardons les choses sous le même angle que Barnabas, quand nous avons nous-mêmes goûté la grâce de Dieu et que nous nous sommes appuyés dessus comme toujours à nouveau, alors nous sommes rendus capables de constater la grâce de Dieu qui a pu opérer quelque chose chez d’autres. Il y a besoin de la grâce pour voir la grâce. Nous attribuerons alors tout à Dieu et à Sa grâce.

L’auteur ne peut pas s’empêcher ici de soupirer quelque peu. Combien de froideur parmi les enfants de Dieu ! N’avons-nous pas souvent manqué de la perspective de Barnabas ? Si nous avions vu davantage nos frères et sœurs dans le Seigneur avec les yeux de Barnabas, nous aurions certainement vu davantage de la grâce de Dieu en eux.

 

2.4.2       Ce que Barnabas a éprouvé (il s’est réjoui)

Ce qui vient d’être dit, nous conduit au deuxième point : Barnabas « se réjouit » quand il a vu les résultats bénis produits par l’évangile à Antioche. Le bien-être spirituel des chrétiens le rendait heureux de sorte qu’il s’en réjouissait. Peut-être quelqu’un estime-t-il cela banal. Mais si nous nous connaissions mieux nous-mêmes, nous comprendrions plus rapidement ce qu’il y a là de particulier, et nous reconnaîtrions plus rapidement que Barnabas était effectivement un homme de bien. Car notons ceci : la grâce et la vertu qui réjouissaient Barnabas étaient un résultat de l’activité de Dieu chez d’autres.

Il n’y a guère de trait de caractère plus distingué chez un homme que la capacité à se réjouir du bien-être du prochain. C’est en principe un trait de caractère de tout vrai chrétien, parce que c’est l’être même de son Seigneur et Maître. Quand nous avons pratiquement dépouillé le vieil homme et revêtu le nouveau (Éph. 4:22-24), alors la jalousie et l’égoïsme disparaissent, et font place à l’amour qui s’oublie lui-même. « L’amour n’est pas envieux (ou : jaloux) » (1 Cor. 13:4).

Or ce fruit dont se réjouissait ce serviteur de Dieu béni, ne croissait pas seulement dans le cœur des autres, mais il était aussi semé dans le cœur par les mains des autres. C’est simple pour un serviteur du Seigneur de se réjouir, quand il voit sa propre œuvre prospérer sous la main de Dieu. C’est une joie tout à fait légitime, une joie pure. L’apôtre Jean l’exprime de la manière suivante : « Je n’ai pas de plus grande joie que ceci, c’est que j’entende dire que mes enfants marchent dans la vérité » (3 Jean 4).

Mais il y a besoin d’une humilité plus profonde et d’une foi plus grande pour se réjouir de voir croître du fruit dans le jardin d’autrui, tandis que les résultats de son propre travail paraissent stagner. Ô, que Dieu nous garde de toute forme de jalousie qui se traduirait dans le fait de moins nous réjouir du fruit produit par la main d’autrui que de notre propre fruit. Je crois que c’est une raison pour laquelle le Seigneur ne nous fait voir que rarement le fruit de notre propre travail : nous ne sommes pas humbles, ni assez débarrassés de nous-mêmes. Il nous manque le cœur d’un Barnabas. Ce serviteur de Dieu n’était pas occupé de son propre honneur, mais de celui du Seigneur. Le sommes-nous aussi ?

Pour conclure sur ce point, remarquons encore ceci : quand il y a en nous de la joie à cause du travail de Dieu chez d’autres, alors son authenticité et sa beauté se montrent aussi en ce que des actions de grâce montent vers Dieu. Cette reconnaissance n’est certes pas particulièrement mentionnée ici, mais nous pouvons être sûrs qu’elle ne manquait pas dans le cœur de cet homme de bien.

 

2.4.3       Ce que Barnabas a fait (il les a tous exhortés)

Quand un vrai chrétien se réjouit de voir la grâce de Dieu chez d’autres, alors cela le préserve de laisser ses mains se relâcher. Au contraire, il se mettra à travailler pour que cette grâce se multiplie. L’espérance d’avoir une grâce plus grande lui donnera des ailes. C’est ce que nous voyons chez Barnabas ; car il est ajouté en troisième lieu à son sujet : « et il les exhortait tous à demeurer [attachés] au Seigneur de tout leur cœur [litt. en allemand : « demeure au Seigneur par décision de cœur »] » (11:23).

Barnabas était heureux, mais il ne s’en contentait pas. Il ne lui suffisait pas que beaucoup viennent à la foi à Antioche. Il sentait la nécessité que ces jeunes chrétiens soient exhortés et encouragés. Le mot grec a les deux sens. Même chez de vrais chrétiens, qu’ils soient jeunes ou âgés, il y a souvent beaucoup d’inconstance, beaucoup de flottements. Et bien des cœurs purifiés par la foi se sont laissé séduire à nouveau. C’est pourquoi nous ne devons pas accepter qu’après notre conversion les avertissements et les exhortations ne soient plus nécessaires. Dieu connaît nos points faibles mieux que nous-mêmes. Il y a toujours le danger de s’écarter (Héb. 2:1). C’est pourquoi nous devons toujours prêter une oreille attentive à la parole d’exhortation.

Il est frappant que Barnabas les exhortait tous. Tout enfant de Dieu a besoin d’encouragements, mais aussi d’instructions pour le chemin, et d’avertissements. Aucun vrai chrétien ne fait partie d’une catégorie qui n’en a pas besoin. Si quelqu’un pensait que, vu son âge ou sa position, vu son expérience ou son don, cela lui ôte la nécessité d’écouter la parole d’avertissement, alors cela montre justement qu’il en a extrêmement besoin. « Que celui qui croit être debout, prenne garde qu’il ne tombe » (1 Cor. 10:12).

En ce qui concerne le contenu de l’exhortation, il touche le point central du vrai christianisme : « demeurer [attachés] au Seigneur de tout leur cœur », — c’est-à-dire de rester attachés à Lui d’un cœur décidé, de persévérer auprès de Lui. Au ch. 14, il est question de persévérer dans la foi (14:22), mais ici il s’agit du Seigneur lui-même, de Celui qui forme le point central de la foi. C’est auprès de Lui que nous devons rester. C’était le message initial de Barnabas aux croyants d’Antioche. Effectivement tout dépend du lien personnel qu’on a avec un Seigneur et Sauveur personnel.

Quand il est question de persévérer, il est clair que l’exhortation ne se rapporte pas au commencement, mais à la continuation, à la poursuite de la foi. Seul celui qui a déjà saisi Christ par la foi, et qui a goûté son amour, peut continuer à rester auprès de Lui, et à Lui être attaché.

Cependant cette persévérance, ou ce maintien, a besoin d’une décision de cœur, d’une décision qui vienne du cœur. Le cœur est pour ainsi dire le point central de notre persévérance, de notre attachement. Nous savons que le cœur est le siège des décisions, « car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4:23). Mais c’est aussi le symbole des affections comme beaucoup de passages de l’Écriture Sainte le montrent. Il me semble qu’ici c’est la signification principale du mot « cœur » : nos affections.

L’amour est le vrai élément qui lie. « Nous, nous l’aimons parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Je ne peux pas me tenir près de Christ, si je n’apprends pas à L’aimer toujours davantage. Et réciproquement je n’apprends cela que lorsque je reconnais Son amour et que j’en jouis toujours davantage. Ainsi l’amour est le véritable point de contact entre Lui et nous. Lui nous tient solidement par le cœur. Qu’Il en soit loué !

Cependant il faut aussi de notre côté qu’il y ait une décision, une orientation positive du cœur vers Lui. Cela implique, il est vrai, une certaine méthode dans notre vie de foi. Ce n’est pas sage de laisser au hasard le meilleur et le plus important de ce que nous avons, de le laisser aller au gré des circonstances. Pour notre vie normale ici-bas dans le monde, nous avons des objectifs absolument clairs, et nous savons précisément ce que nous voulons, et nous y allons méthodiquement. Il ne peut pas en être autrement dans notre vie spirituelle. Nous devrions absolument nous occuper d’avoir une vie de prières régulière, et d’examen systématique de la Parole de Dieu.

Daniel priait trois fois par jour, y compris quand un commandement du roi l’interdit et le menaçait de mort dans la fosse aux lions (Daniel 6). Naturellement nous pouvons prier aussi souvent que nous voulons. Il est bon qu’il en soit ainsi. Un chrétien qui a la crainte de Dieu ne sait généralement même pas combien de fois il a prié dans la journée. Cependant c’est d’une grande valeur pour nous de réserver des moments précis dans la journée pour la prière et la lecture de la Sainte Écriture. Comment pourrions-nous autrement demeurer attachés au Seigneur de tout notre cœur ? Daniel était encore très jeune quand, fait prisonnier à Babylone, il a décidé « dans son cœur de ne pas se souiller avec les mets délicats du roi, et par le vin qu’il buvait » (Daniel 1). Ce commencement a marqué toute sa vie, et lui a donné une consécration pour Dieu qui a subsisté jusque dans son grand âge.

Barnabas envoyé à Antioche par l’assemblée de Jérusalem — « un homme de bien, plein de l’Esprit Saint et de foi » — savait de quelles paroles les jeunes chrétiens avaient besoin localement. La même Parole a encore toute sa valeur pour nous : « demeurez attachés au Seigneur de tout notre cœur » !

 

2.4.4       Plein de l’Esprit Saint et de foi — Actes 11:24b

« Car il était homme de bien et plein de l’Esprit Saint et de foi ; et une grande foule fut ajoutée au Seigneur » (11:24).

Ce que Dieu dit au sujet de Barnabas est étonnant ! Il commence par dire qu’il était un homme de bien [en allemand « homme de bien » est traduit par « homme bon »]. Quand un jour un chef religieux juif s’adressa au Seigneur en Lui disant : « Bon maître », le Seigneur revint sur ce titre, et lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon, sinon un seul, Dieu » (Luc 18:18, 19). Si ce chef des Juifs ne voyait qu’un bon maître dans le Seigneur Jésus, alors Lui, Jésus, refusait ce soi-disant honneur. Mais ici, un serviteur de Dieu est appelé bon, ou « homme de bien », parce qu’il était très semblable à son Maître dans son être. Ce n’était naturellement pas son mérite personnel, mais le résultat de l’activité de l’Esprit Saint en lui, comme le montre clairement la fin de la phrase : « plein de l’Esprit Saint et de foi ». Le fait que Barnabas fut un homme de bien aux yeux de Dieu, a déjà été confirmé au v. 23 et va l’être encore au v. 25 de notre chapitre où l’on en trouve immédiatement un nouvel exemple.

L’expression « plein de l’Esprit Saint et de foi » a déjà été rencontrée à propos d’Étienne au ch. 6, mais dans l’ordre inverse (6:5) et j’attire l’attention sur ce qui a été dit sur ce sujet à cet endroit (commentaire de l’auteur sur 6:5-6). Pour Barnabas ici, c’est la source, le Saint Esprit, qui est mentionnée en premier, et ensuite le résultat, la force de la foi.

Pour l’assemblée à Antioche, c’était une bénédiction que d’avoir auprès d’elle un « homme de bien » tel que Barnabas. Car son activité infatigable conduisit à ce qu’une « grande foule fut ajoutée au Seigneur » dans cette localité. En passant, il est intéressant de remarquer que Barnabas était quelqu’un qui exhortait, et qui travaillait spécialement pour l’édification des croyants. Malgré cela, son service auprès des saints au « dedans » conduisit à la conversion de beaucoup de gens au « dehors ». Il se tournait vers les convertis et les exhortait à persévérer dans le Seigneur ; et le résultat direct en fut que beaucoup d’étrangers à la foi furent ajoutée. La Parole qui a pour but de faire avancer dans la grâce de Dieu ceux qui ont la vie spirituelle, atteint aussi ceux qui sont morts spirituellement, et les réveille à la vie. C’est très encourageant pour les ouvriers dans l’œuvre du Seigneur qui ne sont pas qualifiés ouvertement d’évangélistes.

Ceux qui découpent droit la Parole de la vérité (2 Tim. 2:15) font la différence entre ces deux domaines de ministère (*). Pour les uns, comme ici, la Parole de Dieu est dirigée vers ceux du « dedans », et pour les autres, vers ceux du « dehors ». Cependant l’Esprit de Dieu est souverain, et Il opère chaque fois en sorte que la Parole intentionnellement dirigée pour l’édification des saints conduit à la conversion de pécheurs, et inversement la Parole prononcée pour la conversion de pécheurs sert à fortifier la foi des croyants.

 

(*) Note Bibliquest : Ici et ailleurs, le mot « ministère » a été utilisé pour traduire le mot « service » de l’original.

 

En ce temps-là, une grande foule fut ajoutée au Seigneur à Antioche : ce n’est pas ajoutée à l’assemblée comme en 2:41-47, mais ajoutée au Seigneur. Par cette expression le Saint Esprit met l’accent sur le fait que tous ceux qui venaient à la foi devenaient désormais la propriété du Seigneur, et étaient placés sous Son autorité. C’est une part heureuse que d’appartenir au Seigneur et de demeurer sous Son autorité ! Autrefois nous étions tous sous la puissance de Satan !

Luc ne nous communique pas si cette grande foule était constituée de Juifs ou de Grecs. Manifestement nous devons apprendre que, selon les pensées de Dieu, cette distinction n’avait plus d’importance. Comme il est dit : « il n’y a ni Juif, ni Grec » (Gal. 3:28). Nous avons déjà parlé de ce sujet et l’histoire de Corneille est une preuve impressionnante et irréfutable de cette grande vérité du christianisme. Toutes les différences nationales et sociales ont trouvé leur fin pour toujours en Christ ; car, selon ce que l’apôtre Paul établit, « vous tous, vous êtes un dans le Christ Jésus » (Gal. 3:28).

L’assemblée d’Antioche croissait sous la bonne main du Seigneur. Mais avec cela, de nouvelles exigences se firent jour.

 

2.5      Saul à Antioche — Actes 11:25-26

2.5.1       Sa venue par le moyen de Barnabas — Actes 11:25-26a

Il apparaît que Barnabas a clairement reconnu ces besoins. Certes divers ministères spirituels s’étaient déjà exercés à Antioche avec une grande bénédiction : l’évangile avait été annoncé dans cette ville, à la suite de quoi quelqu’un qui exhortait avait exercé cette bonne œuvre. Mais il était tout à fait manifeste maintenant que les croyants avaient besoin de quelque chose de plus avancé : un enseignement sain. Pour faire face à cette carence, le Seigneur dans Sa grâce utilisa de nouveau « l’homme de bien » Barnabas.

« Et il s’en alla à Tarse, pour chercher Saul ; et l’ayant trouvé, il le mena à Antioche » (11:25-26a).

Barnabas connaissait Saul. C’était lui qui avait introduit ce « vase d’élection » (9:15) auprès des apôtres à Jérusalem, alors que ceux-ci le redoutaient encore (9:26, 27). C’était aussi lui qui avait entendu de sa propre bouche quelle mission le Seigneur qui lui était apparu lui avait confiée. Et n’avait-il pas été lui-même témoin de la force et de la franchise avec lesquelles Saul avait prêché à Jérusalem et disputé avec les Hellénistes (9:28-29) ?

Barnabas s’en rappelait. Manifestement il ne se sentait pas à la hauteur pour exécuter seul la mission à Antioche, et il éprouvait davantage que précédemment le besoin urgent de quelqu’un de qualifié comme « docteur » (Éph. 4:11b). Lui-même ne se tenait probablement pas pour tel, mais il savait que Saul possédait ce don spirituel qui ne lui avait pas été donné à lui-même. Et sans éprouver la moindre trace de jalousie, il alla chercher Saul pour le faire venir à Antioche. Il entreprit ce voyage fatigant vers Tarse, la ville natale de Saul pour le chercher là-bas. Le Seigneur fit réussir son plan, de sorte qu’il le trouva et put l’amener à Antioche.

En ce qui concerne Saul maintenant, nous nous rappelons que les frères l’avaient envoyé autrefois de Césarée à Tarse (9:30). Sept ou huit ans s’étaient écoulés depuis, et durant cette longue période, il avait attendu patiemment le Seigneur et Son heure. Quand viendrait le bon moment où il pourrait commencer effectivement l’accomplissement de la mission reçue de Sa part « d’aller au loin vers les nations » (22:21) ? Ce moment était maintenant arrivé. Quand Barnabas vint à Saul sous la direction manifeste du Seigneur, et qu’il lui eut raconté la situation à Antioche, la porte était ouverte pour le ministère public de Saul parmi les nations.

Oui, c’est de manière aussi simple et aussi directe que le Seigneur conduit la plupart du temps Ses serviteurs. Il y a beaucoup à apprendre de cela. Saul ne reçoit pas ici de nouvelle vision, aucun macédonien ne lui est apparu (16:9), et l’Esprit de Dieu ne lui a pas parlé directement (11:22). Tout cela est à sa place ailleurs. Ici c’est « seulement » un homme de bien, plein de l’Esprit Saint et de foi, qui a eu un jugement spirituel sur la nécessité d’un ministère particulier. En accord avec ce jugement, cet homme de bien mit les choses en mouvement, et amena Saul au champ de travail qui lui avait été destiné par Dieu. Et ainsi, comme au commencement il avait introduit le converti de fraîche date auprès des apôtres de Jérusalem, ainsi maintenant il introduit Saul dans son grand travail parmi les nations. Tout cela se passe sous la bonne main du Seigneur, et c’est en même temps un témoignage éloquent à la liberté dans le ministère [ou : service] chrétien.

 

2.5.2       Le ministère de docteur — Actes 11:26b

« Et il leur arriva que, pendant un an tout entier, ils se réunirent dans l’assemblée et enseignèrent une grande foule, — et que ce fut à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens » (11:26b).

L’expression intéressante « il leur arriva » se rapporte directement à Barnabas et Saul. Trois développements ou événements s’y rattachent : 1. Pendant toute une année, ils se sont réunis dans l’assemblée — 2. Ils ont enseigné une grande foule — 3. Les disciples furent appelés chrétiens pour la première fois à Antioche.

1. La première remarque confirme qu’à Antioche, à cette époque (environ 43 à 44 ap. J.C.), il y avait déjà une assemblée locale, la première assemblée qui fût typiquement d’anciens païens, comme nous l’avons rappelé. Elle était née sans aucune contribution des apôtres, elle n’appartenait à aucun apôtre quelconque, même pas à Barnabas ni à Saul, mais uniquement et seulement à Celui qui « a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle » (Éph. 5:25). « Sur ce roc je bâtirai mon assemblée » avait dit Christ (Matt. 16:18). C’est Son assemblée, et c’est Lui qui la bâtit. Comment le fait-Il ? C’est ce que nous vivons ici dans l’exemple d’Antioche.

Pendant une année Barnabas et Saul se sont rassemblés avec les saints de l’assemblée à Antioche. C’est sûrement la signification de cette tournure de phrase : « ils se réunirent dans l’assemblée ». Nous trouvons une pensée semblable dans 1 Cor. 14:23 : « Si donc l’assemblée toute entière se réunit ensemble en un même lieu… ». Dans les deux cas il s’agit de l’affaire elle-même, le fait de se réunir en tant que tel. Cependant l’article (qui désigne le genre) manque devant « assemblée », ce qui donne littéralement « ils se réunirent en assemblée », ce qui décrit le caractère de la réunion : réunis « en assemblée » ou « dans le caractère d’assemblée ». Cette signification se trouve par exemple en 1 Cor. 11:18.

2. La deuxième des remarques ci-dessus montre à quoi se sont occupés les deux serviteurs pendant tout ce temps : ils ont enseigné une grande foule. Même s’ils agissaient ensemble et en heureuse harmonie, c’était cependant Saul qui était le docteur à titre principal. Le peu de mots à ce sujet dépeint quand même un beau tableau. Beaucoup étaient avides d’apprendre à connaître la vérité de Dieu, et Dieu répondait aux besoins.

Certes c’est le Seigneur ressuscité et monté au ciel qui a donné à Son assemblée les dons, non seulement les dons d’apôtres et prophètes qui ont posé les fondements, mais aussi les autres dons d’évangélistes, de pasteurs et docteurs — pour le perfectionnement des saints (Éph. 4:11, 12). Le docteur a la mission d’exposer les pensées de Dieu à ses auditeurs, afin qu’ils les saisissent et qu’ils puissent en jouir. C’est une tâche élevée. Car nous devons penser que l’enseignement [ou : doctrine] chrétien est la révélation de Dieu au cœur des Siens. C’est pourquoi l’enseignement des saints par le don de docteur a une si grande importance. À son enfant Timothée, l’apôtre Paul pouvait témoigner dans des temps plus tardifs : « Mais toi, tu as pleinement compris ma doctrine… » (2 Tim. 3:10).

Quels jours bénis cela a dû être quand ces deux serviteurs tan dévoués ont pu amener tant de personnes à la vérité de Dieu, et être à leur disposition pendant un temps suffisant. Quelques années plus tard les deux se sont retrouvés encore une fois à Antioche avant leur deuxième voyage missionnaire, et à cette occasion il est dit quelque chose de semblable au commencement : « Et Paul et Barnabas séjournèrent à Antioche, enseignant et annonçant, avec plusieurs autres aussi, la parole du Seigneur » (15:35). Notons au passage que nous n’entendons bien sûr parler d’aucune ordination par les hommes — qu’il me soit permis ici de faire cette remarque accessoire. C’est quelque chose d’entièrement étranger au Nouveau Testament.

 

2.5.3       « Chrétiens » — Actes 11:26c

3. La troisième remarque additionnelle, à savoir que « ce fut à Antioche premièrement que les disciples furent nommés chrétiens » montre d’une part clairement que les disciples du Seigneur reçurent ce titre pendant cette même année-là. C’est un fait tout à fait remarquable. D’autre part cela montre que les disciples ne se sont pas eux-mêmes donné ce nom, ni se le sont attribué comme titre. Bien plutôt, ils se nommaient eux-mêmes « disciples » (6:1) — et c’est ce que Luc fait ici. Nous avons aussi déjà trouvé le titre de « saints » (9:13), et naturellement celui de « frères » (1:15 ; 9:17, 30 ; 11:29 ; 12:17). Plus tard ils sont aussi nommés « croyants » (1 Tim. 6:2) et « enfants de Dieu » (1 Jean 3:1).

La désignation de « chrétiens » était en ce temps-là un bien plutôt un sobriquet qu’un nom d’honneur. Les gens à Antioche étaient connus pour donner des sobriquets appropriés. Nous pouvons en conclure que ce ne furent pas des Juifs, mais des Grecs qui trouvèrent ce nom pour différencier les disciples du Seigneur d’avec les autres gens et autres religions. Jamais des Juifs incrédules n’auraient fait la liaison entre les disciples du Jésus de Nazareth méprisé et le « Messie » (qui est la forme hébraïque du mot grec pour « Christ »). Pour eux, les nommer chrétiens aurait équivalu à un aveu de ce que Jésus était effectivement le Messie. Ainsi ceux-là ne parlaient alors que de la secte des « Nazaréens » (24:5).

Du fait que le nom de Christ avait été étiqueté sur les disciples par des gens du dehors, en partie avec une intention méprisante, les croyants ont longtemps hésité à l’accepter. Dans le livre des Actes nous ne trouvons aucun exemple où ils se soient ainsi nommés eux-mêmes. La seule autre occurrence de ce nom dans ce livre, se trouve au ch. 26, et là aussi c’est quelqu’un de l’extérieur, Agrippa, qui l’utilise (26:28).

Malgré tout, la désignation « chrétien » est finalement quand même un titre d’honneur. N’a-t-elle pas été conférée aux croyants parce qu’ils parlaient de Christ en amour, et témoignaient de Lui devant les gens ? N’était-ce pas un témoignage de ce qui était important au premier rang pour les disciples du Seigneur ? Christ était dans leur cœur. Christ était sur leurs lèvres. C’est donc à juste titre qu’ils furent nommés « chrétiens ». En cela il était sans importance de savoir de quel peuple ces chrétiens étaient issus, s’ils provenaient des Grecs (des nations) ou des Juifs. Dans cette mesure, cette désignation est aussi un témoignage indirect à l’unité des croyants en Christ, dont nous avons parlé plus haut.

Il est remarquable que l’apôtre Pierre, dans sa première épître, s’empare du nom de chrétien, et l’utilise dans un sens qui n’est pas dévalorisant. Quand il montre de quelle manière un croyant ne devrait pas souffrir (comme meurtrier ou voleur ou malfaiteur), il continue en disant « … mais si quelqu’un souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas honte » (1 Pierre 4:16). Ici le Saint Esprit reprend donc cette désignation qui, à l’origine, était créée par les Grecs d’Antioche pour les disciples du Seigneur. Aujourd’hui dans la chrétienté beaucoup de gens s’appellent du nom de Christ, et n’ont pourtant aucune vraie relation vivante avec le Seigneur. Ils sont chrétiens extérieurement, selon ce qu’ils professent, mais il leur manque ce qui distinguait les vrais chrétiens du commencement, et qui les caractérise encore aujourd’hui : la foi vivante au Seigneur Jésus Christ. Ainsi cette désignation a connu un détournement fort, et elle a été dépouillée de son contenu véritable.

En dehors des passages cités, le mot « chrétien » n’apparaît plus dans le Nouveau Testament.

 

 

2.6      La prophétie du prophète Agabus — Actes 11:27-28

Le fait que déjà, dans ce temps primitif, il y avait une relation étroite entre les assemblées d’Antioche et de Jérusalem, est rendu clair par la circonstance dont Luc va parler maintenant. Dieu a pris soin à ce qu’il soit paré à toute tendance possible de séparer les frères des nations d’avec les frères issus des Juifs. Le danger d’indépendance entre les assemblées fut contrecarré dès le début, par la grâce de Dieu.

C’est probablement la raison pour laquelle, de manière inattendue, il est de nouveau question de Jérusalem. L’unité des croyants en Christ est de nouveau devenue visible d’une manière précieuse, et avec elle, la liberté d’action sans bornes de l’Esprit Saint avec laquelle Il agissait au commencement.

« Or en ces jours-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. Et l’un d’entre eux, nommé Agabus, se leva et déclara par l’Esprit, qu’une grande famine aurait lieu dans toute la terre habitée, laquelle aussi eu lieu sous Claude » (11:27, 28).

 

2.6.1       Prophètes

Avec l’expression « en ces jours-là », Luc semble indiquer spécialement l’année durant laquelle Barnabas et Saul ont travaillé à Antioche. Mais n’est-il pas remarquable que justement pendant cette année-là d’autres serviteurs du Seigneur soient descendus de Jérusalem à Antioche, également pour servir [ou : exercer leur ministère dans] l’assemblée des croyants de cette localité ? D’une part cette circonstance indique une étendue considérable de l’œuvre, et d’autre part cela montre clairement qu’à côté de Barnabas et Saul, il y avait largement place pour d’autres ouvriers.

Cet échange libre de différents dons et serviteurs entre les assemblées est une indication importante que le domaine d’action des dons spirituels dépasse le cadre local, c’est-à-dire qu’ils sont donnés pour tout le corps, et pas seulement pour l’assemblée locale. Cette vérité a été développée plus tard dans les épîtres de l’apôtre Paul, cependant ici, elle est déjà concrétisée d’une manière impressionnante.

Parmi les hommes descendus de Jérusalem à Antioche, il y avait des prophètes. C’est pour la première fois que nous rencontrons ce groupe de personnes dans ce livre. Plus tard il y a également eu des prophètes dans l’assemblée à Antioche ; ils sont nommés ensemble avec les docteurs [enseignants] : « prophètes et docteurs » (13:1). Judas et Silas sont aussi désignés comme prophètes (15:32). Que faut-il entendre maintenant par prophète ?

Le sens courant c’est qu’un prophète prédit quelque chose. C’est ce que faisait effectivement Agabus, l’un des prophètes mentionné dans notre passage. À Antioche, il annonça par l’Esprit une grande famine, et plus tard il a prédit l’emprisonnement de l’apôtre Paul (21:10, 11). Naturellement les prophètes de l’Ancien Testament, eux aussi, ont prédit l’avenir.

Mais comme définition du prophète, cette manière de voir est beaucoup trop limitée. Le passage de 1 Cor. 14:24-25 montre bien que prophétiser ne peut pas être limité à la prédiction d’événements futurs. Tout d’abord, la puissance spirituelle pour prédire des événements à venir est un aspect subordonné de la prophétie. Ensuite, cette puissance n’a été donnée aux prophètes que pour les jours du commencement de l’assemblée, lorsque le christianisme était encore nouveau. C’est pourquoi il n’y a plus de prophètes aujourd’hui dans ce sens (restreint).

Il en est de même avec les prophètes qui, dans des occasions spéciales, ont reçu des révélations divines sur la vérité chrétienne. Quand le canon des Écritures du Nouveau Testament n’était pas encore établi, ou n’existait qu’à l’état fragmentaire, certains prophètes ont de temps en temps, selon ce que les circonstances exigeaient, été utilisés par Dieu pour faire connaître aux enfants de Dieu des parties de la vérité chrétienne. Ils ont été des instruments directs de l’inspiration du Saint Esprit qui parlait par eux. Nous voyons cela également en 1 Cor. 14. Quand une révélation de Dieu était faite à un prophète qui était assis, alors l’autre prophète qui était justement en train de parler, devait se taire. Ainsi ils pouvaient tous prophétiser l’un après l’autre, afin que tous puissent apprendre et être consolés (1 Cor. 14:29-31). La prophétie dans la forme spéciale décrite, n’est plus nécessaire aujourd’hui, parce qu’il n’y a plus ces circonstances comme au commencement.

En outre Dieu a utilisé quelques prophètes pour mettre Sa Parole par écrit, et ainsi la fixer pour la postérité. Luc, par exemple, a été un prophète de ce genre. Sous l’inspiration du Saint Esprit, il a écrit deux livres du Nouveau Testament, son évangile et le livre des Actes [en allemand : Histoire des apôtres]. Luc n’était pas plus apôtre que Marc, mais les deux étaient prophètes, pour ajouter des livres au canon du Nouveau Testament. Des prophètes de ce genre très élevé, il n’y en a plus aujourd’hui, parce que la Parole de Dieu est complète (Col. 1:25), et parce que les prophètes, ensemble avec les apôtres, forment le fondement de l’assemblée (Éph. 2:20).

Nous avons donc parlé des prophètes du Nouveau Testament et de leur ministère sous quatre aspects :

1.     Ceux qui prédisaient des événements à venir (Agabus) ;

2.     Ceux qui prophétisaient dans un sens supérieur, c’est-à-dire qui plaçaient la conscience des gens dans la lumière de Dieu ;

3.     Ceux qui avaient de temps en temps des révélations sur la vérité chrétienne, et redonnaient oralement cette vérité inspirée ;

4.     Ceux que Dieu a utilisés pour rédiger des livres ou des parties du Nouveau Testament.

 

Nous avons déjà vu que le service d’Agabus était de la première sorte. Nous allons revenir là-dessus tout de suite. Le reste du ministère des prophètes venus à Antioche était probablement de la deuxième et de la troisième sorte. « Mais celui qui prophétise parle aux hommes pour l’édification, et l’exhortation, et la consolation… mais celui qui prophétise édifie l’assemblée » (1 Cor. 14:3, 4). L’édification de l’assemblée — c’était le but du ministère des prophètes à l’époque, et ce devrait être le but de tout ministère [ou : service] encore aujourd’hui. Car nous pouvons rendre grâces à Dieu qu’il y a encore aujourd’hui le ministère prophétique (au sens du point 2).

En ce qui concerne maintenant la prophétie du prophète Agabus, il n’est pas nécessaire d’admettre qu’il ait reçu sa révélation seulement à Antioche. Elle peut lui avoir été donnée déjà à Jérusalem, avec la mission de la transmettre aux frères d’Antioche. L’expression « il déclara » laisse ouverte cette possibilité. Luc ne nous donne aucun détail supplémentaire, sauf le message lui-même. « Une grande famine aurait lieu dans toute la terre habitée, laquelle aussi eut lieu sous Claude ». Claude a régné de Janvier 41 à Octobre 54. Les historiens de Rome confirment que l’époque du règne de l’empereur Claude a été fortement caractérisée par plusieurs famines.

L’ajout « qui eut lieu sous Claude » ne fait pas partie de la prophétie d’Agabus, mais est pour ainsi dire un commentaire de Luc. Car quand Luc écrivait le livre des Actes (en 61 après J.C.), l’accomplissement de la prophétie appartenait déjà à l’histoire passée. Nous avons ici la première indication chronologique du livre des Actes se rapportant à l’histoire profane.

Quand Agabus donna sa prophétie, déjà 13 à 14 années venaient de se passer depuis la crucifixion du Seigneur Jésus Christ (30 ap. J.C.). C’est une pensée émouvante que cette proximité de la mort du Sauveur ! Combien de choses d’une importance extraordinaire pour les premiers chrétiens, s’étaient intercalées entre temps.

 

2.6.2       Unité vraie et amour vrai — Actes 11:29-30

Ce qui est maintenant placé devant nous est d’une grande beauté morale — un exemple du vrai amour chrétien et de la vraie unité chrétienne, — rafraîchissant pour le cœur.

« Et les disciples, chacun selon ses ressources, déterminèrent d’envoyer quelque chose pour le service des frères qui demeuraient en Judée : ce qu’ils firent aussi, l’envoyant aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul » (11:29, 30).

Nous voyons de nouveau ici que les chrétiens du commencement se nommaient « disciples », ou « frères ». Il apparaît en outre que les disciples à Antioche prirent très au sérieux la prophétie d’Agabus, et réagirent en conséquence. Certes et pour autant que nous le sachions, Agabus n’avait pas fait directement d’appel à l’aide, mais il avait probablement porté la pauvreté des saints en Judée à la connaissance des croyants d’Antioche. Sinon on n’expliquerait pas que son annonce d’une famine générale sur toute la terre habitée ait amené les frères à Antioche à penser immédiatement et exclusivement aux frères habitant la Judée. Vraisemblablement ces derniers étaient si pauvres qu’ils ne pouvaient faire aucune provision. Et ainsi les frères d’Antioche, par amour, se mirent d’accord spontanément pour leur venir en aide, et ceci, avant même que la famine arrive. Les frères des nations se sentaient liés à leurs frères Juifs au point que leur amour trouva cette expression pratique.

Cela était-il déjà arrivé ? Certainement, dans les jours suivant l’effusion du Saint Esprit, les saints à Jérusalem avaient tout mis en commun ; « ils étaient un cœur et une âme et nul ne disait d’aucune des choses qu’il possédait, qu’elle fût à lui » (4:32) (*). Mais ils étaient alors tous issus d’un seul et même peuple, tous des Juifs. Or maintenant le cas était tout différent : des gens qui avaient été païens prêtaient assistance à des gens d’entre les Juifs. La vérité que le mur mitoyen de clôture était aboli, était comprise par la foi, et mise en pratique. Oui, il s’agissait d’une unité réelle entre les saints à Antioche et les saints à Jérusalem. Les uns comme les autres avaient reçu le Saint Esprit, et étaient membres du seul corps en Christ. Et l’annonce du prophète Agabus offrait aux saints à Antioche une occasion bienvenue de donner une preuve de cette unité et de leur amour à leurs frères Juifs.

 

(*) On peut admettre que la pauvreté des croyants en Judée était une conséquence directe de ce comportement si généreux.

 

2.6.2.1      Services dans différents domaines

Nous devons garder à l’esprit que les Grecs considéraient naturellement les Juifs avec mépris. Quand ici nous voyons justement des saints d’entre les Grecs venir en aide aux frères plus pauvres d’entre les Juifs en les ravitaillant en biens terrestres — quelle expression remarquable de l’amour et de l’attachement dans le Seigneur !

« … envoyer quelque chose pour le service des frères » (11:29c) : ce mot « service » (traduit en allemand par « prêter assistance ») est la traduction du mot grec « diakonia » (cf le mot diaconat en français), qu’on traduit presque toujours par « service » ; il est surtout utilisé pour un service spirituel, ou ministère, dans un sens plus élevé. Pour le service dans le domaine extérieur, on le trouve déjà au ch. 6 où il est question du service journalier des veuves et de servir « aux tables » (6:1). Voir également Rom. 12:7 et 1 Pierre 4:11 qui parlent de ce genre de services, et il est intéressant de voir dans ces deux passages, que le service dans le domaine extérieur est clairement différencié du service dans le domaine spirituel (enseigner, parler les oracles de Dieu).

Même s’il « ne s’agit que » du service des saints par la fourniture de biens terrestres et matériels, cependant même dans ce cas le service doit être exercé « comme par la force que Dieu fournit » selon 1 Pierre 4:11. Donner doit toujours être caractérisé par la simplicité (ou : intégrité, droiture — Rom. 12:8). Les deux côtés se montrent de manière si précieuse à Antioche — outre le fait que ce soit le premier exemple du Nouveau Testament d’une assemblée locale se tenant au côté d’une autre assemblée locale pour alléger une détresse extérieure par sa libéralité. Plus tard encore, les assemblées de la Macédoine firent aussi des collectes pour les nécessiteux de Jérusalem (Rom. 15:26 ; 1 Cor. 16:3, 4 ; 2 Cor. 8:1 et suiv.). L’apôtre Paul caractérise ce service comme le remboursement d’une dette. Si les croyants des nations ont pu avoir part aux biens spirituels des croyants d’entre les Juifs, les ayant reçus par leur moyen, alors c’était tout à fait juste et équitable maintenant qu’ils servent leurs frères Juifs avec les « biens charnels » (Rom. 15:27).

 

2.6.2.2      Comment on doit donner

Quelques détails sur la manière de donner à Antioche requièrent encore notre attention :

1. Chacun des disciples à Antioche prit part au don : « les disciples, chacun selon ses ressources ». Personne ne se tint en arrière, chacun connaissait sa responsabilité personnelle devant le Seigneur.

2. L’action n’en était pas moins commune : « ils déterminèrent ». Ils agissaient dans un esprit commun, comme assemblée.

3. Le don fut l’occasion d’un accord de bon gré, d’un acte spontané de la volonté de chaque individu : « ils déterminèrent ».

4. Ils ne donnèrent pas la dîme, mais ils donnèrent selon ce qu’ils avaient prospéré, selon le bien-être que Dieu avait donné à chacun : « chacun selon ses ressources ». Il y avait une mesure du don, mais cette mesure ne fut pas appliquée mécaniquement. Ce ne fut pas non plus déterminé par une autorité extérieure, mais par la conscience des individus, comment ils devaient traiter ce que Dieu leur avait confié. Mais finalement tout résidait dans l’appréciation des individus. Cependant bien que ceux qui donnaient se soumettaient à une obligation vis-à-vis de Dieu et des hommes, ils ne devinrent pas pour autant esclaves des hommes. C’était l’amour de Christ qui les poussait, et la mesure de leurs dons résidait dans le bien-être des individus selon que Dieu leur avait accordé à chacun.

5. « Chacun selon ses ressources » : en grec il s’agit d’une forme à l’imparfait, littéralement « selon ce que chacun continuait à être pourvu en biens » ; cela paraît signifier que la collecte ne fut pas limitée à une seule fois, mais se répéta à plusieurs reprises, de temps en temps, peut-être de dimanche en dimanche. Plus tard, en tout cas, l’apôtre Paul établira la règle suivante : « Or pour ce qui est de la collecte qui [se fait] pour les saints, comme j’en ai ordonné aux assemblées de Galatie, ainsi faites, vous aussi. Que chaque premier jour de la semaine chacun de vous mette à part chez lui, accumulant selon qu’il aura prospéré, afin que, lorsque je serai arrivé, il ne se fasse pas alors de collectes » (1 Cor. 16:1, 2). Notez bien ici que la mesure pour donner, c’est ce que chacun s’est proposé.

 

Les principes présentés dans les cinq points ont gardé leur validité jusqu’à aujourd’hui, et même si nous observons ces cinq points, il est bon de bien se rappeler « qu’il est plus heureux de donner que de recevoir » (20:35). Cependant donner correctement, cela s’apprend. L’amour est le meilleur maître pour apprendre, comme l’exemple d’Antioche nous le montre.

 

2.6.2.3      Envoyés par l’assemblée — Actes 11:30

« Ce qu’ils firent aussi, l’envoyant aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul » (11:30).

Quand la décision d’apporter de l’aide eut été prise, il est ajouté« ce qu’ils firent aussi ». Cela renforce la supposition que la collecte s’est étendue sur un temps assez long, jusqu’à ce qu’arriva le moment où les frères d’Antioche envoyèrent tout le produit des collectes par la main de Barnabas et de Saul aux anciens, — vraisemblablement aux anciens à Jérusalem. Car il est dit au ch. 12: « Barnabas et Saul, ayant accompli leur service, s’en retournèrent de Jérusalem » (12:25).

Cette dernière remarque du chapitre 12 rend clair, du point de vue historique, ce qui suit : La collecte commença son processus « vers ce temps-là », quand Hérode mit les mains sur quelques-uns de l’assemblée à Jérusalem pour les maltraiter (12:1), avant donc sa mort dans les tourments (12:23). Le retour des deux envoyés n’eut lieu qu’après la mort du roi, après la Pâque de l’an 44 ap. J.C. Selon des sources profanes, la famine atteignit son point culminant seulement l’année d’après.

Barnabas et Saul furent les envoyés de l’assemblée à Antioche. Ils possédaient la confiance des frères locaux, et ceux-ci les chargèrent de la mission de transmettre le don aux saints à Jérusalem. Dans ce genre de questions administratives, les frères ou les assemblées ont toute compétence pour choisir des personnes appropriées, et pour les charger de missions. Paul dit aux croyants à Corinthe : « Et quand je serai là, ceux que vous approuverez, je les enverrai avec des lettres, pour porter votre libéralité à Jérusalem » (1 Cor. 16:3). Et dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, il fait une remarque au sujet « du frère » : « mais aussi il a été choisi par les assemblées…, avec cette grâce qui est administrée par nous » (2 Cor. 8:19).

Il en est tout autrement quand il s’agit d’un appel de serviteurs pour l’œuvre du Seigneur. Nous avons déjà rappelé précédemment que le Seigneur Jésus glorifié, Lui seul, donne des dons à Son assemblée (Éph. 4:11) ; que c’est le Saint Esprit qui appelle les hommes au service, et les envoie (13:2, 4). Là l’homme n’a pas à choisir. Nous devrions faire absolument attention à ces différences, justement parce que dans la chrétienté elles sont constamment méconnues. Même au sujet de la fonction d’anciens ou de surveillants, Paul dit aux anciens d’Éphèse : « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’assemblée de Dieu » (20:28).

Nous touchons ici le sujet des anciens. Luc les mentionne dans le livre des Actes pour la première fois. Le terme « anciens » est certainement repris de l’Ancien Testament. Les anciens depuis toujours jouaient un rôle important dans le peuple d’Israël. Dans le Nouveau Testament, les termes « anciens » ou « surveillants » désignent une charge ou fonction spéciale, qui n’est pas un don, mais qui est une charge, ou fonction, liée à l’assemblée locale (comparer la fonction de surveillant en Actes 1:20).

Ce n’est pas le lieu ici de développer en détail ce que l’Écriture dit sur la fonction ou charge d’anciens (ou : surveillants). Nous voulons garder ce sujet pour un moment plus approprié. Que seulement les points suivants soient bien établis : dans les assemblées qui venaient des nations, des anciens ont été établis par l’autorité apostolique (14:23). Ce qu’il en était des anciens dans les assemblées de Judée, par qui et quand étaient-ils établis pour cette fonction, — l’Écriture ne nous le dit pas. Selon toute apparence, il s’agissait simplement d’hommes ayant un poids moral, — et qui, par suite de leur autorité, occupaient une place de responsabilité particulière parmi les saints.

Or ce sont à de tels anciens (à Jérusalem) que les frères à Antioche envoyèrent Barnabas et Saul avec leur don. Quelle joie ce dut être pour ces deux serviteurs du Seigneur, de transmettre ce fruit de l’amour vrai des saints des nations auprès de ceux qui le recevaient en Judée ! Il n’est rien dit sur leur réaction. Mais nous pouvons être sûrs que la louange et les actions de grâces sont montés à Celui de qui descendent tout bien et tout don parfait (2 Cor. 9:13 ; Jacques 1:17).