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Le Fils de Son amour

 

W.J. HOCKING

Écrit aux environs de 1925-1940 (?) ; réédité en 1970

 

Table des matières abrégée :

1     Remarques préliminaires : Sorti d’auprès du Père

2     L’amour du Père

3     Le Bien-aimé du Père

4     Aimé, et dans la gloire de la relation de Fils avant la fondation du monde [Jean 17]

5     Appendice A : Les trois Personnes de la Déité

6     Le Fils unique de Dieu

7     Appendice B : le défi d’Agur — Proverbes 30:4

8     La Parole auprès de Dieu : le Fils unique auprès du Père

9     L’Éternel salue Son Fils

10   Appendice C : Au commencement et dès le commencement — Jean 1:1 et 1 Jean 2:13

11   L’utilisation du Psaume 2 dans le Nouveau Testament

12   Image de Dieu et Premier-né

13   Appendice D : L’enseignement de Colossiens

14   Le Premier-né

15   La Plénitude de la Déité

16   Le témoignage audible du Père à l’égard du Fils

17   Le Fils, Lui-même Dieu et l’Éternel, comme porte-parole de Dieu

18   Appendice E : Jésus Christ est appelé Fils, mais non pas Enfant de Dieu

19   Avant la fondation du monde et avant les temps des siècles

20   La manifestation dans le Fils

21   Remarques concluantes : Le fait d’être Fils et le service

 

Table des matières détaillée :

1     Remarques préliminaires : Sorti d’auprès du Père

1.1    Sorti d’auprès du Père

1.2    Sorti d’auprès de Dieu

1.3    Sorti et envoyé

1.4    D’auprès de Dieu et d’auprès du Père

1.5    Confesser le Fils ou Le nier

1.6    La connaissance du Père et du Fils

2     L’amour du Père

2.1    Quelle sorte d’amour est-ce ?

2.2    Un amour incompréhensible

2.3    L’amour du Père appris dans le Fils

2.4    Dieu invisible, le Père révélé

2.5    Le secret de l’amour du Père

3     Le Bien-aimé du Père

3.1    Le Fils Bien-aimé

3.2    L’amour du Père pour le Fils

3.3    De la nourriture pour le cœur

3.4    L’amour du Père qui n’a pas de commencement

4     Aimé, et dans la gloire de la relation de Fils avant la fondation du monde [Jean 17]

4.1    Qui parle en Jean 17 ?

4.2    Jésus Christ le Fils de Dieu

4.3    Jésus Christ, le Fils du Père

4.4    La glorification du Fils incarné

4.5    La gloire du Fils avant que le monde fût

5     Appendice A : Les trois Personnes de la Déité

5.1    La Trinité

5.2    Le nom au pluriel et le verbe au singulier

5.3    Un Dieu, Trois Personnes

5.4    Chaque mot est inspiré

6     Le Fils unique de Dieu

6.1    Le Don du Fils Unique de Dieu

6.2    Sa relation de Fils avant de devenir le don de Dieu au monde

6.3    Croyant en Son nom

6.4    La manifestation de l’amour de Dieu

7     Appendice B : le défi d’Agur — Proverbes 30:4

8     La Parole auprès de Dieu : le Fils unique auprès du Père

8.1    Les versets introductifs de l’évangile de Jean (1:1-18)

8.2    La Parole au commencement

8.3    La Parole devint chair

8.4    Autres développements concernant la Parole

8.5    Quatre murs protecteurs, forts et hauts.

8.6    La Parole comme Personne (Logos) au commencement

8.7    La négation de ce que la Parole était éternelle

8.8    Le Logos [Verbe, Parole] comme Personne avant l’incarnation

8.9    La Parole incarnée, pleine de grâce et de vérité.

8.10      L’Unique

8.11      Dans le Sein du Père

9     L’Éternel salue Son Fils

9.1    Le témoignage de l’Esprit au Psaume 2

9.2    Le thème du Psaume 2

9.3    La structure du Psaume 2

9.3.1             Une alliance mondiale

9.3.2             Roi sur la montagne de Sion

9.3.3             La relation de Fils et l’engendrement

9.3.4             La demande

9.3.5             L’avertissement : « Baisez le Fils »

10   Appendice C : Au commencement et dès le commencement — Jean 1:1 et 1 Jean 2:13

11   L’utilisation du Psaume 2 dans le Nouveau Testament

11.1      Les promesses de Dieu sont accomplies dans le Fils

11.1.1           La structure du discours de Paul en Actes 13

11.1.2           Les citations de l’Ancien Testament en Actes 13

11.1.3           L’application du Psaume 2

11.1.4           Suscité ou ressuscité

11.2      Le nom de Fils, un nom plus excellent

11.2.1           Les anges supérieurs aux hommes, mais inférieurs au Fils

11.2.2           L’« Excellence » de ce qui n’a pas été créé

11.3      La qualité éternelle de Fils et la sacrificature

11.3.1           Pourquoi y a-t-il deux citations des Psaumes ?

11.4      Bref résumé de Ps. 2 & Actes 13 & Héb. 1 & 5

12   Image de Dieu et Premier-né

12.1      L’enseignement de l’apôtre aux Colossiens (ch. 1)

12.2      La gloire du Seigneur nous donne la puissance pour marcher dignement

12.3      Le royaume du Fils de Son amour

12.4      L’image du Dieu invisible

12.5      Divinité et Déité

12.6      La relation de Fils et l’Image

13   Appendice D : L’enseignement de Colossiens

14   Le Premier-né

14.1      Ce que signifie « Premier-né »

14.2      Le Premier-né n’est pas toujours celui qui est né le premier

14.3      Le Fils qualifié de « Premier-né de toute la création »

14.4      L’utilisation du mot « créature »

14.5      Un Homme, et non pas une Créature

14.6      Pourquoi le terme « créature » est-il évité dans l’Écriture ?

14.7      Le Fils dans Sa condition d’homme

14.8      Le médiateur, l’homme Christ Jésus

14.9      Adorer le Créateur et le Rédempteur

14.10    Le Fils avant toutes choses

14.11    Suprématie du Fils dans la création, mais non pas indépendance

14.12    Créé pour Lui et maintenu par Lui

14.13    Un levain doctrinal qui s’est introduit très tôt

14.14    Avertissement contre l’infection

14.15    Le Fils n’est pas une créature, ni avant ni après l’incarnation

14.16    Né de femme, et non pas créé

14.17    Fils de Dieu avant et à Sa naissance

14.18    La Semence de la femme

14.19    Le corps préparé

14.20    La chose nouvelle créée de Jérémie 31:22

14.20.1         La femme faible et l’homme fort

14.20.2         L’ordre de la nature renversé

14.20.3         Aucune référence à la naissance par la vierge

15   La Plénitude de la Déité

15.1      La plénitude habite dans le Réconciliateur

15.2      La plénitude est personnelle

15.3      La valeur spirituelle pour nous de la gloire personnelle du Fils

15.4      Les italiques au verset 19 (« au Père »)

15.5      La Déité : Les deux mots anglais « Godhead » et « Deity »

15.6      L’emploi du mot « Divinité »

16   Le témoignage audible du Père à l’égard du Fils

16.1      La relation de Fils déclarée au Jourdain

16.2      Un témoignage plus grand que celui de Jean

16.3      Le Père s’adresse au Fils

16.4      La divine relation de Fils a-t-elle commencé au Jourdain ?

16.5      Le témoignage du Père sur la sainte montagne

17   Le Fils, Lui-même Dieu et l’Éternel, comme porte-parole de Dieu

17.1      D’abord Fils, puis porte-parole

17.2      Les serviteurs et le fils dans la parabole de Christ

17.3      Crucifiant le Fils de Dieu

17.4      Le Fils est appelé Bien-aimé, mais pas les serviteurs

17.5      D’abord Fils, puis Serviteur

17.6      Le Fils et les anges

17.7      Quel témoignage à la qualité éternelle de Fils est-il donné en Hébreux 1 ?

17.7.1           L’éternité de la relation de Fils est montrée par Sa création des mondes (v. 2)

17.7.2           L’éternité de la relation de Fils est impliquée dans Son aptitude intrinsèque à révéler Dieu (v. 3)

17.7.3           L’éternité de la relation de Fils est enseignée par le fait que le Fils est personnellement appelé Dieu et l’Éternel (v. 8-12)

18   Appendice E : Jésus Christ est appelé Fils, mais non pas Enfant de Dieu

19   Avant la fondation du monde et avant les temps des siècles

19.1      Le Père aimait le Fils avant la fondation du monde

19.2      Élus en lui avant la fondation du monde

19.3      Préconnu dès avant la fondation du monde

19.4      Dessein et promesse avant les temps des siècles

20   La manifestation dans le Fils

20.1      La signification de la manifestation

20.2      Manifesté en chair

20.3      Manifestation et médiation

20.4      La manifestation de trésors cachés

20.4.1           Le dessein éternel de Dieu et Sa grâce sont maintenant manifestés

20.4.2           La vie est maintenant manifestée dans le Christ Jésus

20.4.3           L’amour de Dieu a maintenant été manifesté

20.5      Manifestation infinie

20.6      Manifestation dans le Fils

21   Remarques concluantes : Le fait d’être Fils et le service

21.1      Une doctrine nouvelle et étrange

21.2      Le Fils a appris l’obéissance

21.3      La condition de Fils dénote la liberté et non l’esclavage

21.4      L’état de Fils dénote la communauté de nature

21.5      Jésus Christ, le Fils-Serviteur

21.6      Le Fils est le Créateur de toutes choses

 

1                    Remarques préliminaires : Sorti d’auprès du Père

La série d’articles qui suit fut écrite comme une humble tentative de considérer à nouveau ce que l’Écriture nous enseigne concernant la relation éternelle de notre Seigneur Jésus Christ en tant que Fils. Cette doctrine a été récemment niée, et la négation d’une croyance chère à nos coeurs touchant Celui que nous aimons, révérons et adorons, nous atteint au plus profond de nos sensibilités, et pousse tout notre être à la défendre.

La première impulsion de notre nature renouvelée est de ressentir une telle négation comme un affront mortel fait à la gloire de l’Être même de notre précieux Seigneur, et de rejeter ce qu’elle implique comme l’une des nombreuses phases de la doctrine anti-chrétienne contre laquelle nous sommes mis en garde. En effet, un refus abrupt d’envisager, ne serait-ce qu’un instant, quoi que ce soit qui soit dépréciateur du Fils de Dieu est une sauvegarde efficace pour les simples croyants ; en se détournant immédiatement de ce qui semble mal, ils sont préservés de l’erreur et de sa souillure.

Mais, en second lieu, tandis que c’est notre sûreté d’être simple quant au mal, l’apôtre nous exhorte aussi à être sage quant au bien (Rom. 16:19). Et nous nous rappelons qu’à cette fin, les Écritures seules peuvent nous rendre « sages à salut », nous sauvant des enseignements erronés des hommes. Pour cette raison, on a fait spécialement référence dans ces articles à cette autorité, et particulièrement aux paroles de notre Seigneur Lui-même, et au témoignage de l’Esprit concernant la relation de Fils avant l’incarnation.

On a cherché à éviter les simples disputes charnelles, et à peser chaque mot écrit de Dieu dans un esprit d’humilité et de sainte crainte, et à recevoir ces profonds développements comme en la présence de Celui à la Personne duquel ils se réfèrent. C’est toujours une expérience salutaire pour nos âmes quand les provocations hardies de l’ennemi nous conduisent aux pieds de notre Seigneur pour recevoir instruction. Quand Ézéchias reçut la lettre du roi d’Assyrie insultant le Dieu vivant, il chercha la présence de l’Éternel des armées, et le Seigneur entendit sa prière demandant d’être guidé et délivré, et y répondit.

La provocation moderne et insultante, c’est que les noms de Dieu révélés dans le Nouveau Testament (le Père, le Fils et le Saint Esprit) ne s’appliquent pas à Lui dans la Divinité ou la Déité. Il est dit, par exemple, en se référant à ces noms de la Trinité : « Insister sur le fait que cet ordre, et la relation des Personnes l’une avec l’autre, y compris les noms qui leur sont attachés vus ainsi, sont les mêmes qui existaient dans les conditions absolues (ce mot est utilisé comme le contraire de « relatives ») de la pré-incarnation de la Déité, c’est forcer l’Écriture ou ne pas en tenir compte, et c’est s’ingérer dans les choses qu’on n’a pas vues » (J.T.).

Le fond de cette longue phrase, c’est que, dans les « conditions » absolues de la pré-incarnation de la Déité, et selon leur vue de l’Écriture, il n’y avait pas de relations de Père, Fils et Saint Esprit. Cela implique que ces relations, exprimées dans ce triple nom (Matt. 28:19), sont associées à l’incarnation de notre Seigneur, et que c’est alors qu’Il devint le Fils. C’est cette dernière partie de la triple dénégation, que nous désirons examiner maintenant à la lumière de l’Écriture.

 

1.1   Sorti d’auprès du Père

Qu’a dit notre Seigneur Lui-même sur Sa propre apparition dans ce monde ? Rares sont Ses expressions concernant Son état antérieur à l’incarnation ; mais nous devons porter la plus grande attention à celles qui en parlent, cherchant cependant à y trouver de quoi nourrir le cœur, plutôt que de la matière pour occuper l’intellect. Une seule de Ses paroles déclarant qu’Il était le Fils avant Son entrée dans le monde, suffirait à établir la vérité pour nous, sans nous soucier de tous les raisonnements humains tendant à soutenir le contraire.

Dans les dernières phrases de Ses instructions d’adieu à Ses disciples, la nuit où il fut livré, le Seigneur fit référence à Sa venue dans le monde, et aussi à Son départ du monde. Il était venu d’auprès d’une Personne vers un lieu, et quittait ce lieu pour revenir à cette Personne. Il nomma la Personne (le Père), et le lieu (le monde). Ses paroles furent : « Je suis sorti d’auprès du Père, et je suis venu dans le monde ; et de nouveau je laisse le monde, et je m’en vais au Père » (Jean 16:28).

Ici nous avons le fait de l’incarnation, vu du côté divin et décrit comme « la venue dans le monde ». Le Fils parle de ce dont Lui-même a connaissance en son for intérieur, ou dans la conscience de Lui-même, comme on dit souvent. Dans une occasion précédente, le Seigneur avait dit aux pharisiens : « Je sais d’où je suis venu et où je vais » (Jean 8:14). Maintenant, aux « Siens », il déclare plus explicitement d’où Il est venu, mais ce n’est pas d’un lieu : « Je suis sorti d’auprès du Père ». Alors Il ajoute qu’Il allait vers cette même Personne d’auprès de laquelle Il était venu : le Père.

Ces paroles impliquent évidemment que la relation de Père existait avant que Lui (le Fils) ne sorte d’auprès de Lui. Et la même relation avant l’incarnation se trouve révélée dans ce qu’exprime fréquemment le Seigneur, disant que le Père L’avait envoyé, Lui le Fils ; voyez Jean 5:30, 37 ; 6:29 ; 8:16, 18 ; 10:36 ; 12:49 ; 14:24. Le sens de ces passages, sans forcer leur signification, est clair et ne laisse aucune place au doute : c’est que le Seigneur venait d’auprès de Celui qui était le Père, et qu’Il venait dans le monde ; et qu’Il était envoyé dans le monde par Celui dont Il parle comme « le Père » et comme « Mon Père » (Jean 10:29 ; 14:28 ; 20:17, 21).

La relation, alors, de Père et de Fils existait avant que la grande mission du Fils ne soit entreprise dans l’incarnation. À tire d’illustration, Isaï était père et David était fils avant que ce dernier n’apparaisse dans le camp d’Israël avec son présent de nourriture (1 Samuel 17). Combien le don est mis en valeur par le fait que le porteur venant de Bethléem n’était pas le serviteur mais le fils du donateur !

Mais en décrivant Son incarnation par l’expression : « Je suis sorti (exerkomai) d’auprès du Père », il nous en est plus dit que seulement l’existence séparée de deux Personnes, et que le Père Lui était connu comme Père avant cette venue. Le nom, Père, n’est pas un simple terme abstrait, mais un nom lourd de la signification spirituelle la plus profonde et la plus précieuse. Venu d’auprès du Père, le Fils vint dans le monde jouissant de la pleine communion avec l’affection profonde du Père, avec la volonté secrète du Père, avec le conseil éternel du Père. Comme Il le dit en connexion avec la garantie de sécurité de Ses brebis : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30).

 

1.2   Sorti d’auprès de Dieu

Être Fils est en relation avec Dieu, aussi bien qu’avec le Père, et le Seigneur se réfère à ces deux noms dans cette occasion. Il parle d’abord comme le Fils demeurant dans une communion intime avec Son Père durant Son service en humilité dans le monde ; et Il fait connaître à Ses disciples l’amour spécial du Père pour eux parce qu’ils avaient cru en Lui, le Fils, tandis que le monde en général Le désavouait et Le haïssait. Il leur dit d’une manière encourageante : « Le Père lui-même vous aime, parce que vous M’avez aimé et que vous avez cru que moi je suis sorti (exerkomai) d’auprès de Dieu » (Jean 16:27).

Quels mots d’appréciation, pleins de grâce, que ceux-ci, adressés à « tous » ceux qui, cette même nuit, « Le laissèrent et s’enfuirent » (Marc 14:50) ! Le Seigneur consignait et appréciait leur affection pour Lui, « le méprisé et rejeté des hommes », — cette affection qui avait suscité l’affection du Père pour eux. Il notait aussi leur foi, quant au fait qu’Il était venu d’auprès de Dieu ; Il ne dit pas « d’auprès du Père » tant qu’Il n’avait pas encore dit : « d’auprès de Dieu » (Jean 16:28). Leur foi n’en était pas encore à ce stade. La mesure de leur attachement dans la connaissance était faible, car le Saint Esprit n’était pas encore venu. Mais ils avaient reçu par la foi les propres enseignements du Seigneur, car Il avait dit aux Juifs : « Moi Je procède de Dieu et Je viens de Lui » (Jean 8:42).

Cette dernière phrase est remarquable par sa portée double. « Je procède de Dieu » exprime l’auguste mouvement du Fils dans la Déité. « Je suis venu » exprime Son apparition historique dans le monde. Dans la Déité, Il avait Sa place propre, étant « sur toutes choses, Dieu béni éternellement » (Rom. 9:5). Cependant c’est d’auprès de Dieu, qu’Il était venu, comme Il dit ; mais non pas comme Quelqu’un à part de Dieu, car « Dieu était en Christ » (2 Cor. 5:19). Bien que venu en chair, Il comprenait encore en Lui-même tout ce que Dieu est en lumière et en amour ; car Dieu est lumière et Dieu est amour (1 Jean 1:5 ; 4:16).

Oh, les merveilles de la grâce ! Un tel plénipotentiaire divin comme Lui, qui venait d’auprès de Dieu, ne pouvait être personne d’autre que Son Fils, Dieu manifesté en chair. Cet état de Fils du Dieu vivant, Simon Bar-Jonas, enseigné par la révélation du Père, le confessa et fut béni en le faisant (Matt. 16:16). Et d’autres bouches peuvent aussi le reconnaître, car « Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu » (1 Jean 4:15).

On aura observé que, dans le Nouveau Testament, « le Fils du Béni » est parfois appelé « le Fils de Dieu », et parfois simplement « le Fils ». Chaque forme est adaptée à son contexte, où il faut chercher sa signification particulière. On peut faire la distinction générale, avec diverses nuances, que « le Fils de Dieu » paraît être le nom exprimant qu’Il est sorti d’auprès de Dieu, tandis que « le Fils » exprime qu’Il est sorti d’auprès du Père ; Il est le Fils du Père, le Fils de Son amour (2 Jean 3, Col. 1:13).

 

1.3   Sorti et envoyé

En continuant à suivre l’enseignement du Saint Esprit sur ce thème, nous ne devons pas négliger la distinction faite dans l’Écriture entre la venue du Fils d’auprès de Dieu et du Père, et le fait qu’Il ait été envoyé par Dieu et par le Père. Les deux vérités intéressent l’existence du Fils avant l’incarnation, mais elles sont absolument différentes, spécialement quand les expressions se trouvent dans la même phrase.

Ainsi, en parlant à Son Père, le Fils dit de Ses disciples : « Je leur ai donné les paroles que Tu M’as données, et ils les ont reçues ; et ils ont vraiment connu que Je suis sorti d’auprès de Toi, et ils ont cru que Toi Tu M’as envoyé » (Jean 17:8). Et pour les Juifs, le Seigneur dit : « Moi Je procède de Dieu et Je viens de Lui ; car Je ne suis pas venu de Moi-même, mais c’est Lui qui M’a envoyé » (Jean 8:42). Dans les deux passages, venir et envoyer sont utilisés séparément et dans la même phrase.

Il est de la première importance d’observer que ces déclarations sont complémentaires l’une de l’autre, et ne sont pas une simple répétition avec des mots différents. Dans le fait de sortir, le Fils agissait selon Ses droits personnels et Sa propre volonté ; dans le fait d’être envoyé, le Fils est venu dans le monde comme Délégué accrédité de Dieu.

« Sorti » (exerkomai) est rarement appliqué au départ d’une personne ; il signifie plus souvent qu’on quitte un lieu, comme par exemple quand le Seigneur sortit du prétoire de Pilate : « Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le vêtement de pourpre » (Jean 19:5). Dans l’Ancien Testament (version des Septante), nous avons un exemple de ce verbe utilisé pour le départ d’une personne : « Moïse sortit d’auprès du Pharaon (exerkomai) » (Exode 8:30, 10:18.

Le récit de ce dernier incident peut servir à illustrer (bien qu’il n’en soit guère besoin) les paroles du Seigneur. On verra cependant que l’attention est attirée sur deux personnes à chaque fois. En Égypte Moïse, le serviteur de Dieu, quitte le Pharaon, le roi obstiné. Dans les paroles du Seigneur, « je suis sorti d’auprès du Père », il y a deux personnes antérieurement à la venue, l’incarnation : « Je » et le Père. « Je » représente le Fils, et Il était tout le temps avec le Père avant de sortir d’auprès de Lui. Et le Père était là, et s’il y avait le Père, le Fils était aussi là dans une relation filiale bénie avec Lui.

Le Fils sortit d’auprès de Dieu et du Père, venant dans le monde où s’appliquent les mesures de la créature relativement au temps et à l’espace. Mais dans la Divinité, de tels termes finis n’ont pas d’application, et dans cet état sans limite de temps et d’espace où la Déité est tout, le Père et le Fils demeurent en union et communion continuelles. Alors, dans la plénitude du temps, le Fils sortit d’auprès de Dieu, d’auprès du Père, et vint dans la sphère de la création.

De la même manière, deux Personnes sont impliquées dans le fait d’envoyer — l’Envoyeur et l’Envoyé, et « le Père a envoyé le Fils [pour être le] Sauveur du monde » (1 Jean 4:14). « Le Fils », c’est ce qu’Il était avant d’être envoyé ; « le Sauveur du monde » c’est ce qu’Il devait devenir quand Il serait envoyé. Dans ce verset, l’état de Fils de notre Seigneur avant l’incarnation se trouve mis au grand jour comme aussi dans d’autres passages. Cette gloire éternellement intrinsèque est ainsi révélée au plus simple des croyants pour que sa foi adore.

 

1.4   D’auprès de Dieu et d’auprès du Père

La connaissance du Père et du Fils n’a pas été donnée à connaître au peuple terrestre de l’Éternel. Au temps voulu, par cette révélation de Ses propres relations personnelles avec Dieu et avec le Père, le Seigneur a posé le fondement du caractère céleste du christianisme. Ce furent Ses dernières paroles à Ses disciples pour lesquels Il avait gardé le « bon vin » jusqu’à la fin de Son ministère.

Ayant été rejeté par Israël et par le monde en tant que Messie et que Fils de Dieu, Il déclara qu’Il était venu d’auprès du Père. En Lui, le Fils, étaient cachées des réserves de bénédiction supérieures aux promesses faites à Abraham, et à toutes les voies dispensationnelles de Dieu avec la terre. Et le Seigneur rattacha ces paroles révélatrices adressées aux Siens, à l’affection que le Père avait à leur égard parce qu’ils avaient de l’affection pour le Fils, et qu’ils avaient cru qu’Il était venu d’auprès de Dieu (Jean 16:27).

À cette foi qu’Il était sorti d’auprès de Dieu, le Seigneur leur fit connaître en plus qu’Il était sorti d’auprès du Père et d’autre part, qu’Il laissait le monde pour s’en aller au Père (Jean 16:27-28). Ils étaient ainsi mis en possession de ces relations divines secrètes, bien qu’ils pensassent peu quelle richesse de bénédiction y était contenue pour eux, et leur serait bientôt impartie. Car la connaissance du Père et du Fils était la base de la vérité que le Saint Esprit confirmerait à Sa venue et développerait pour eux et en eux pendant l’absence du Seigneur.

De plus, le Seigneur Lui-même avait réservé quelque chose de plus qu’Il voulait leur dire concernant Dieu et le Père, avant qu’Il ne remonte au Père. Après Sa mort et Sa résurrection, Son premier message aux Siens se rapportait à Dieu et au Père. Il ne leur rappelait pas seulement Ses paroles d’adieu sur ce thème, mais ajoutait que désormais ils partageraient cette relation. À Marie de Magdala le Seigneur dit : « Va vers Mes frères, et dis-leur : Je monte vers Mon Père et votre Père, et vers Mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Il liait ainsi leur nouvelle relation avec celle qui avait été la Sienne éternellement.

Plus tard, nous notons une étape supplémentaire. Quand le Saint Esprit, par le moyen de Paul, révéla à l’église le caractère unique de notre appel céleste en Christ, Il commença par déclarer que toute la bénédiction spirituelle que nous possédons est associée avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ (Éph. 1:3). Comme Dieu, Il nous a choisis en Christ avant la fondation du monde (Éph. 1:4) ; comme Père, il nous a élus à l’avance pour nous adopter (relation de fils) pour Lui-même (Éph. 1:5).

Si nous continuons à suivre l’exposé du mystère céleste dans cette épître qui déploie les dignités de l’assemblée, nous ne manquerons pas de noter à plusieurs reprises combien ces vérités sont étroitement liées à Dieu et au Père. En effet, c’est Dieu, désigné par ce nom, qui seul rend les saints capables de saisir ces vérités élevées (voir les prières de Éph. 1:17 et 3:14). Ces bénédictions dans les lieux célestes, tellement différentes de celles du royaume terrestre, découlent du message du Seigneur envoyé aux Siens par Marie de Magdala : « Mon Père et votre Père… Mon Dieu et votre Dieu ». Nous sommes bénis par Lui, en Lui et avec Lui, qui est le Fils de l’amour du Père.

La compagnie [= troupe] des Siens dans le monde, sans être du monde, c’est le don du Père à Lui, le Fils. Et par Sa résurrection, les croyants furent mis dans la relation la plus intime avec le Père et le Fils : « Mon Père et votre Père ». Les bénédictions promises par Lui à Abraham et à David étant différées parce que Sa propre nation Le refusait, le Fils introduisit un plan de bénédiction céleste fondé sur Sa propre Personne, à part de Ses offices terrestres comme Roi, Sacrificateur et Prophète. Et les paroles du Seigneur en privé à Ses proches, « Je suis sorti d’auprès du Père », préparaient la voie à l’enseignement du Saint Esprit, selon lequel ceux qui croiraient au Fils pendant le temps de Son rejet seraient spécialement et particulièrement bénis avec le Fils selon le bon plaisir de la volonté du Père.

À partir des considérations précédentes, nous croyons donc : 1) que la condition éternelle de Fils, du Seigneur est impliquée dans Ses propres paroles : « Je suis sorti d’auprès du Père » ; 2) que Sa révélation du Père, et de notre association au Fils pour la bénédiction, est l’essence même du christianisme, le distinguant, par le moyen de ce caractère céleste, de toutes les autres voies divines, passées et futures ; et 3) que la négation de la relation éternelle en tant que Fils du Christ Jésus est anti-chrétienne dans son effet, puisqu’elle porte atteinte à la doctrine du Père et du Fils, et aussi, par conséquent, à la vérité centrale de l’assemblée, et aux privilèges de celle-ci.

 

1.5   Confesser le Fils ou Le nier

L’apôtre Jean, dans ses épîtres, met l’accent sur la gravité qu’il y a à altérer la doctrine du Fils, dont il est dit qu’elle est inséparable de la doctrine du Père : « Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jean 2:23). Le christianisme, c’est confesser le Fils. Parler de manière désobligeante du Fils, c’est déshonorer à la fois le Fils et le Père qu’Il a révélé.

Dans la chrétienté, la négation du Fils a pris bien des formes, les unes grossières, les autres subtiles. La doctrine des unitariens comprend de nombreuses variantes d’incrédulité quant à la déité de Christ. Le christadelphianisme et les croyances perverties de ce genre, nient la relation éternelle de Fils qui est celle de Christ, enseignant que le « titre » de Fils de Dieu ne devrait être prêché qu’à l’égard de Sa nature humaine, né dans le temps. Les adhérents de la Science Chrétienne, et d’autres cultes modernes, soutiennent dans un sens restrictif que Jésus Christ était le Fils de Dieu, mais tous nient qu’Il l’était de toute éternité, c’est-à-dire en vertu de ce que Son Être était intrinsèquement.

Ces formes variées de déni antichrétien sont toute repoussantes et détestables pour l’esprit spirituel, car elles sont toutes d’accord pour nier que Christ est Dieu. Il y a encore une autre forme, peut-être plus spécieuse, que les catégories qui viennent d’être mentionnées, mais qui ne semble guère moins mortelle dans sa nature.

Dans ce cas, un auteur (James Taylor, 1870-1953), se référant à « la relation de Fils, de Christ », soutient qu’« il n’y a aucune base pour admettre que la condition de Fils était une relation de la Déité qui s’est transmise jusque dans la condition humaine ». Et à cette affirmation que Sa condition de Fils commença avec Son humanité, l’auteur ajoute : « Luc base clairement la condition de Fils de notre Seigneur sur la grande transaction divine de l’incarnation », citant comme preuve Luc 1:35 [« la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu »].

Ce passage de Luc a souvent été mal compris et honteusement mal traité en relation avec notre sujet. Les christadelphiens, swedenborgiens, et autres, l’ont mal appliqué dans le même but, qui est précisément de nier que Christ était le Fils de Dieu avant Sa conception par la vierge Marie sous l’effet de la puissance du Saint Esprit et de l’ombre du Tout-puissant. Ils s’unissent tous pour ignorer la vraie signification des paroles de l’ange à Marie, « la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu », et pour en affaiblir le sens en déclarant qu’Il devait être appelé Fils de Dieu simplement à cause de Sa naissance miraculeuse.

Mais la vérité est que, tandis qu’Il était Fils de Dieu à Sa naissance, Il l’était avant Sa naissance. Ce nom était Son droit Personnel à Son incarnation, parce qu’Il était le Fils du Père de toute éternité. D’autres passages de l’Écriture comme l’évangile selon Jean, les épîtres aux Colossiens et aux Hébreux, établissent pleinement la vérité de la condition éternelle de Fils, et Luc 1:35 ne les contredit pas. L’évangile de Luc traite spécialement de l’humanité de Christ, et dès le début nous y apprenons que la sainte chose qui naîtrait de Marie serait appelée le Fils de Dieu. Ce nom n’est pas un nouveau nom conféré, mais le nom originel confirmé pour de nouvelles conditions.

Ce passage est profond, son sujet sacré, et tout commentaire à son sujet est risqué. Mais il est certain que l’action du Saint Esprit consistait à exclure la corruption empoisonnée que l’on tire par ailleurs de Marie, et à garantir la sainteté immaculée de Celui qui allait naître de cette conception miraculeuse. De plus, l’énergie de la Déité était engagée à mettre cette sainte humanité dans une union indissoluble avec le Fils. « C’est pourquoi », dit l’ange, « la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:35).

En raison de Sa condition de Fils avant l’incarnation, le Seigneur Jésus différait totalement d’Adam et des anges qui sont aussi appelés fils de Dieu dans l’Écriture. Ils sont désignés ainsi à cause de la manière dont ils ont été créés, et de la position qui leur a été donnée. Mais notre Seigneur a apporté Son nom de Fils dans son état d’incarnation. Dans la Déité, Il était le Fils ; en chair, Il était le Fils de Dieu. Les paroles de l’ange préservaient Sa sainte Personne contre toute mauvaise pensée que Sa relation éternelle de Fils pourrait avoir été à aucun degré affaiblie ou déshonorée quand Il devint chair. Quand il apparut dans l’humanité, non pas en pleine maturité comme Adam en Éden, mais comme le Bébé de Bethléem, il devait être appelé par décret divin le Fils de Dieu, et le Fils du Très-haut.

 

1.6   La connaissance du Père et du Fils

Le Fils unique a fait connaître Dieu et a révélé le Père (Jean 1:18 ; Matt. 11:27), tandis que le Père révèle le Fils (Matt. 16:17 ; Gal. 1:16), et la connaissance du Fils de Dieu est le thème du ministère de l’Esprit dans l’assemblée (Éph. 4:13), et tout croyant enseigné par l’Esprit a pour ambition de posséder cette connaissance (Phil. 3:8-10).

Dans l’Ancien Testament, l’unicité de l’Éternel, leur Dieu, était enseignée à la nation d’Israël (Deut. 6:4) ; dans le christianisme du Nouveau Testament, il nous est révélé la Trinité de la Déité, le « nom » des trois Personnes à confesser dans le baptême (Matt. 28:19). Non seulement le Fils est sorti d’auprès du Père qui L’a envoyé, mais l’Esprit procède du Père, et a été envoyé par le Père et le Fils (Jean 15:26 ; 14:26).

Mais voilà qu’on vient nous dire qu’il reste un voile non déchiré d’« inscrutabilité infinie » entre nous et le vrai Dieu. Bien que « nous marchions dans la lumière comme Lui est dans la lumière », la Déité demeure encore dans une obscurité épaisse, et que « Dieu dans Son absolu » est inconnu et inconnaissable. Les noms de Père, Fils et Saint Esprit, ne s’appliqueraient pas aux Personnes dans la Déité parce que ces termes impliquent des « relations selon des rangs » et une « infériorité relative » entre les Personnes révélées !

Or de tels discours ne sont-ils pas des « paroles enseignées de sagesse humaine », et non pas des « paroles enseignées de l’Esprit » ? Nous ne trouvons pas que de tels propos soient justifiés par ce que Dieu rapporte de Son Fils. Au lieu de gradation et d’infériorité, l’Écriture enseigne l’unité et l’égalité parmi les Personnes divines révélées.

Il nous est enseigné par exemple en Matt. 28:19, que le Père, le Fils et le Saint Esprit sont compris sous un seul « nom ». Bien qu’il y ait trois Personnes, il n’y a pas trois noms, mais un seul ; il n’y a pas trois « grades », mais une Unité tri-personnelle (voir Appendix A). Le Seigneur dit aussi : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30) ; et « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père » (Jean 5:19) ; et « Le Père me connaît et moi je connais le Père » (Jean 10:15). Ces passages, et d’autres, enseignent l’unité et la communauté de nature entre le Père et le Fils.

Tandis que le Fils incarné manifestait continuellement une soumission absolue à la volonté du Père, cette servitude sacrée était également l’exercice de Sa volonté propre, uniforme comme cette volonté l’était à la fois dans la Déité et dans l’humanité. Mais cette gloire unique de l’obéissance du Fils est de suite ternie par l’affirmation audacieuse qu’Il était inférieur au Père, que ce soit quant à la nature essentielle, ou quant à la relation. Même dans les relations humaines, l’infériorité filiale n’est pas vraie dans tous les cas. Pourrait-on dire qu’Abraham était inférieur à Térakh ? ou Moïse à Amram ? ou David à Isaï ? Est-il juste alors de supposer une infériorité entre les Personnes divines, le Fils et le Père ?

On vient aussi nous alléguer que l’ordre de présentation des noms dans l’Écriture indique qu’Ils ne sont pas co-égaux. Mais tandis que l’ordre Père et Fils, l’emporte selon le plan de la révélation, cet ordre n’est pas invariable, mais il est inversé en Jean 8:16,18 ; 10:30 ; 14:10-11 ; 1 Jean 2:24. Dans ces exemples, il y a des raisons didactiques pour l’inversion, mais ces exceptions suffisent pour réfuter la théorie déplaisante que le Fils est inférieur au Père parce qu’Il est mentionné en second lieu.

On vient par ailleurs nous dire encore que les méditations des saints chéries dans le passé, sur Jean 1:18, ont été exagérées d’une manière injustifiable. On nous dit que le passage est vrai quant au Fils dans l’humanité, mais qu’il n’est pas vrai éternellement dans la Déité. « Dans le sein du Père » serait la position « atteinte » par le Fils unique faisant connaître Dieu, mais n’aurait pas d’application antérieure !

De telles affirmations se condamnent certainement elles-mêmes. Et à cet égard, il n’y a pas lieu de s’attarder ici sur la tentative maladroite et stérile de prouver cette interprétation par la préposition grecque. Toute âme pieuse et honnête sera immédiatement choquée qu’on vienne lui dire que « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père » devrait être compris comme signifiant que le Fils unique est venu dans le sein du Père. Un tel exposé n’honore ni le Père ni le Fils, et est opposé à tout le sens général de l’Écriture, spécialement l’évangile et les épîtres de Jean.

Bien que le Fils, en parlant à Son Père, disait avoir été aimé par Lui avant la fondation du monde (Jean 17:24), on vient nous dire maintenant que c’est seulement dans Son humanité qu’Il est entré dans les affections du Père, dans le sein du Père. On nous cite Luc 16:22 par un effort de prouver que l’analogie de phrase montrerait que telle est la signification de Jean 1:18. Cependant s’il est vrai que Lazare n’était pas dans le sein d’Abraham avant que les anges ne l’y portent, allons-nous être contents de croire que, de la même manière, Celui qui est le Fils unique n’était pas dans le sein du Père avant d’y venir dans les jours de Sa chair ?

Que gagne-t-on par ces multiples négations de l’éternité de la relation de Fils ? S’il est nié que Celui qui est apparu parmi les hommes comme le Fils, fût dans le sein du Père, où était-Il donc ? Si Celui qui est révélé maintenant comme le Fils n’a pas toujours été l’objet de l’affection suprême pour Celui qui est maintenant révélé comme le Père, de quelle façon était-Il considéré par Lui avant la présente révélation ? Ils ne donnent aucune réponse car, disent-ils, on ne sait rien. Ils ôtent la gloire éternelle du Fils unique, qui est la joie de l’adoration de l’âme croyante, et qu’offrent-ils en échange ? Seulement une porte close, et une barrière infranchissable : l’inscrutabilité de la forme abstraite et des relations abstraites, une Déité inconnue !

 

 

2                    L’amour du Père

Sans nul doute l’amour du Père est le thème le plus élevé dans la révélation du christianisme. « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3:1). L’amour du Père irradie spécialement le cercle familial de la grâce. L’amour de Dieu est pour le monde entier en mesure illimitée, et est proclamé à tous les hommes pour les oreilles de la foi. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Et rien ne peut séparer ceux qui croient de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur (Romains 8:39). Mais l’amour du Père !

 

2.1   Quelle sorte d’amour est-ce ?

Quelle est cette sorte (*) d’amour que le Père nous a donné, et que nous sommes exhortés à voir ? Est-ce un amour éveillé par notre terrible besoin, ou provoqué par lui ? Nous ne sommes que trop enclins à assumer hâtivement, et quelque peu égoïstement, que l’amour du Père tire son caractère spécial du fait que nous, les sujets de la grâce divine, pécheurs et indignes, sommes, à cause de son énergie abondante, rendus capables de nous tenir devant Lui dans la relation d’enfants bien-aimés. Si c’est notre unique point de vue sur Son amour, nous pouvons peut-être en apprendre un peu les profondeurs vertigineuses, mais il nous manquera complètement ses hauteurs invisibles, ainsi que sa longueur et sa largeur sans limite.

 

(*) note Bibliquest : Nous avons conservé ici et ailleurs cette expression qui traduit exactement ce que dit l’auteur, mais cette expression provient de la version autorisée anglais qui dit en 3:1 « voyez de quelle sorte d’amour le Père nous a fait don… », alors que J.N. Darby, en anglais comme en français, dit plus simplement « voyez de quel amour le Père nous a fait don… ».

 

Non, l’amour tire sa qualité première de Celui qui aime, plutôt que de ceux qui sont aimés. Et notre joie la plus élevée n’est donc pas d’être les objets de l’amour divin, bien qu’il ne nous faille jamais oublier l’amour qui a fait de nous les enfants de Dieu, et qui nous appelle de ce nom. Nous qui connaissons Celui qui est dès le commencement, nous nous réjouissons, non pas seulement dans l’amour qui est de Dieu, mais dans le Dieu qui est amour (1 Jean 4:7-8), en Lui qui aime comme seul le Dieu d’amour peut aimer. De plus, dans une intimité encore plus profonde, nous bénissons le Père, non pas simplement, ni même à titre principal, parce que nous sommes aimés de Lui, mais parce que le Père Lui-même nous aime, et parce qu’Il nous aime comme seul le Père qui est Dieu peut aimer. L’amour du Père !

 

2.2   Un amour incompréhensible

Il conviendrait ici de nous arrêter pour adorer en contemplant le Père dont l’amour nous a été révélé. Nous pouvons aussi nous demander si nous comprenons réellement quelle sorte d’amour est l’amour du Père. Nous parlons l’un à l’autre de Son amour, nous chantons cet amour, nous nous réjouissons dans cet amour, mais que connaissons-nous de l’étendue de cet amour et de sa manière d’être ? Nous croyons parfois que les vases minuscules de nos pauvres cœurs sont remplis jusqu’à déborder de cet amour ; mais pouvons-nous prendre la mesure de la plénitude de l’océan de cet amour, à partir de notre propre conception ou expérience de cet amour ?

Il est bien sûr inutile d’essayer de mesurer l’amour de Dieu avec des coudées et des éphas d’homme, et cependant comment adorer le Père en esprit et en vérité à moins de connaître de quelle sorte d’amour Il nous a fait don ? Son immensité bouleversante peut nous remplir d’étonnement, comme les disciples furent étonnés quand ils virent le comportement du Seigneur dans la tempête, disant : « Quel est celui-ci [litt. « quelle sorte d’homme est celui-ci »], que les vents même et la mer lui obéissent ! » (Matthieu 8:27). La toute-puissance du Seigneur les rendait abasourdi, mais l’étonnement n’est pas un aspect important de l’adoration en esprit et en vérité que le Père cherche de la part de Ses adorateurs.

 

2.3   L’amour du Père appris dans le Fils

Or nous qui sommes nés de Dieu, nous ne devrions pas être abasourdis par l’amour du Père. Sa grandeur dépasse absolument notre compréhension, mais sa beauté et sa douceur ne dépassent pas notre contemplation et notre délice, car nous voyons le caractère béni du nom du Père révélé dans le doux rayonnement du Fils. Quiconque a vu le Fils, a vu le Père. Jésus dit à Philippe : « Ne crois-tu pas que moi je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » (Jean 14:10). Nous connaissons donc le Père dans le Fils, et dans le Fils nous apprenons l’amour du Père, qui autrement déconcerterait nos entendements et accablerait nos cœurs.

Nous ne devrions pas du tout perdre de vue que l’amour de Dieu le Père est en Lui-même, intrinsèquement, un sujet incompréhensible pour nous. Sa grandeur incommensurable nous humilie. Nous ne pouvons décrire Son amour aux autres, ni leur communiquer sa douceur. Nous ne pouvons même pas le comprendre pour nous-mêmes. En même temps, la connaissance du Père est caractéristique des plus jeunes de la famille de Dieu : « Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père » (1 Jean 2:13). Il est dit ici des nouveaux-nés (*) qu’ils sont en situation de relation réalisée (*) avec Dieu le Père. Même les petits enfants connaissent Celui qui est leur Père, Dieu Lui-même, et ils savent aussi qu’ils dépendent de Lui pour nourrir leur nature divine, pour l’amour et pour le conseil. Comment pourraient-ils, dans leur immaturité, connaître l’amour du Père en dehors du Fils ?

 

(*) note Bibliquest : nous pensons que les nouveaux-nés proprement dit ne sont pas identiques aux « petits enfants », et qu’ils ont la vie de Dieu sans avoir la réalisation de la connaissance du Père qu’ont les « petits enfants ».

 

2.4   Dieu invisible, le Père révélé

Nous considérons maintenant spécialement l’amour du Père tel que le Nouveau Testament nous le fait connaître. Dieu est le nom général de la Déité, reflétant Sa nature absolue comme Celui qui se suffit à Lui-même et qui est au-delà de la connaissance de la créature. Mais le nom de « Père » implique aussi le nom de « Fils », les deux termes étant corrélés. De plus le nom « Fils » implique, entre autres, la connaissance tout à fait familière des affections du Père. C’est pourquoi nous lisons : « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). Le Père donc est maintenant donné à connaître dans les activités de Son ineffable amour manifesté dans le Fils Éternel.

Dans ce passage instructif de Jean, on trouve les deux noms, Dieu et Père. D’un côté il est affirmé en premier lieu l’inscrutabilité de Dieu dans Son Être essentiel ; « Lui qui habite la lumière inaccessible, lequel aucun des hommes n’a vu, ni ne peut voir » selon les expressions d’un autre passage (1 Tim. 6:15-16). D’un autre côté, le même texte montre que ce que la créature ne pouvait découvrir en aucune façon, a été révélé par le Fils, qui seul Le connaissait, étant le Fils unique dans le sein du Père. Quelle merveilleuse révélation ! car elle inclut non seulement la main de Dieu dans sa toute-puissance, non seulement les pensées de Dieu dans Sa sagesse et Sa connaissance omniscientes, mais aussi, et principalement dans ce passage, le cœur de Dieu dans Son amour infini et éternel de Père.

 

« L’amour du Père suscitera

Une joie encore plus profonde,

Même si elle est plus calme,

Et tous les cœurs s’emploieront avec bonheur

À Sa louange éternelle.

 

Sa douceur n’est pas maintenant inconnue,

Elle est bien avérée dans Ses actes ;

Nous reconnaissons avec joie l’amour du Père

Révélé en Christ, le Fils ».

 

2.5   Le secret de l’amour du Père

Les secrets du sein du Père nous sont donc maintenant donnés à connaître, l’amour du Père étant déclaré par et dans le Fils.

 

« Le Fils qui connaît —

Lui seul — tout Son amour,

Demeure dans Son sein — Il sait tout

Ce qui existe dans ce sein ;

Il vint sur la terre le révéler

Pour que nous partagions Ses joies ».

 

En effet, qui pouvait connaître le cœur de Dieu sinon le Fils de Dieu ? Qui, sinon le Fils unique, pouvait interpréter pour l’homme les profondes émotions de la Déité ? Il y a une profondeur insondable de richesses dans la sagesse et la connaissance de Dieu ; Ses jugements sont insondables et Ses voies introuvables (Rom. 11:33), mais combien l’amour du Père est associé beaucoup plus intimement aux mystères de la Déité ! Car Dieu Lui-même est amour (1 Jean 4:8, 16), aussi véritablement et absolument que Dieu est lumière (1 Jean 1:5).

La compétence à entreprendre la révélation de cet amour du Père se trouve seulement chez Celui qui est décrit dans la brève expression de Jean 1:18 comme « le Fils unique qui est dans le sein du Père ». L’amour dans son essence est contenu dans les relations du Père et du Fils. « Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains » (Jean 3:35). « Afin que le monde connaisse que J’[le Fils] aime le Père ; et selon que le Père M’a commandé, ainsi Je fais » (Jean 14:31). Il y avait donc, selon le témoignage du Fils Lui-même sur la terre, un amour mutuel entre le Père et le Fils. Cet amour n’était pas une expérience nouvelle pour le Fils, car Il déclarait aussi : « Tu [le Père] M’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24), se révélant par là comme étant le Fils Éternel de l’amour du Père, et se réjouissant comme tel en communion avec Son Père, et cette joie pouvait s’entendre.

 

3                    Le Bien-aimé du Père

Il est bon de continuer à méditer sur le Fils comme étant le Révélateur du Père. Dans cette œuvre, Lui seul est devant nos cœurs qui adorent, car Lui seul est compétent pour faire connaître le Père. Ses propres paroles nous sont données : « Le monde ne T’a pas connu, mais Moi Je T’ai connu » (Jean 17:25, et aussi 8:55). Cette connaissance consciente du Père par le Fils Lui était personnelle, et le monde des créatures intelligentes était nécessairement exclu d’une telle intimité. Mais si l’omniscience du Fils embrassait tout ce qui concernait le Père, combien Il connaissait pleinement et parfaitement l’amour du Père ! et combien Il était aussi capable de déclarer cet amour !

Dans le langage du ciel, le Fils doit être Celui sur lequel repose l’amour céleste. En conséquence quand le titre « Jésus Christ notre Seigneur » est associé dans l’Écriture au Fils de Dieu (comme en Rom. 1:3), ce nom de « Fils » implique que l’amour de la Déité (car « Dieu est amour ») est en exercice actif envers Lui. De plus, là où est le Fils qui est aimé, là aussi se trouve le Père dont l’amour s’exerce toujours vers le Fils. Pourrait-il y avoir un sein du Père ou une maison du Père sans le Fils de l’amour du Père ?

Le Fils peut, dans la plénitude du temps, assumer la fonction de Serviteur, et revêtir par là Son service de Sa dignité incomparable, de Sa fidélité absolue, et de Sa valeur infinie, mais à côté de ce service et avant ce service, l’affection la plus profonde est transmise dans la relation de Fils. Il en est même ainsi dans les exemples imparfaits de relation de fils qu’on trouve dans ce monde chargé de péché. Quand David fut « très ému » à la nouvelle de la mort du méchant et rebelle Absalom, l’amour paternel de son cœur qui saignait fut révélé dans la répétition pathétique de deux mots : « Mon fils ». Avec des larmes amères, il disait : « Mon fils Absalom ! mon fils ! mon fils Absalom ! Fussé-je mort à ta place ! Absalom, mon fils, mon fils ! » (2 Samuel 18:33). Bien que détachée de toute qualité princière, la relation filiale d’Absalom avec David demeurait. « Mon fils », dit le roi. La mort avait touché une corde dans l’amour du père, même si son objet en était indigne et même si ce fils avait tant fait tort à son père.

 

3.1   Le Fils Bien-aimé

Le thème que nous venons de méditer est le plus élevé et le plus saint, et nous pouvons certainement dire le plus doux, de tous les thèmes sacrés — le Fils bien-aimé de Dieu. Nous mettant de côté, et tout le monde avec, comme des objets indignes de l’amour divin, nous désirons contempler l’amour ineffable qui lie le Père et le Fils. Cet amour n’est pas quelque chose de vague et visionnaire, mais un fait positif qui est le sujet d’une révélation précise. L’Écriture contient des expressions effectives d’amour mutuel entre Eux. De telles déclarations relèvent du domaine suprême de la communion dans la Déité, et ont été conservées par le Saint Esprit pour que nous méditions et adorions avec révérence. Rien ne peut être plus précieux que ces expressions de tendresse Divine formulées avec des mots humains pour des oreilles terrestres.

Oh ! Quels trésors célestes contient la parole de Dieu ! Sommes-nous sensibles à leur valeur intrinsèque ? Quelle grâce transcendante de posséder le récit inspiré de ce que le Père disait au Fils, et de ce que le Fils disait au Père ! C’est en effet remarquable d’avoir les paroles du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé » (Marc 1:11 ; Luc 3:22), et d’avoir aussi ce que Lui disait Son Fils : « L’amour dont tu m’as aimé » (Jean 17:26). En présence d’hommes en train d’écouter, le Père reconnaît Son Fils bien-aimé, et le Fils reconnaît l’amour du Père pour Lui. C’est en effet le dévoilement d’un saint mystère ; or nous avions besoin de le savoir afin de mieux comprendre la vérité révélée concernant les Personnes du Père et du Fils, et afin de pouvoir ainsi adorer le Père « en vérité », comme Il le cherche (Jean 4:23).

 

3.2   L’amour du Père pour le Fils

En toute soumission et humilité d’esprit, nous écoutons chacune des paroles du Fils incarné lorsqu’Il révèle le Père au cours de Son ministère ici-bas. Mais quand Son sujet est l’amour que le Père Lui porte, à Lui le Fils, notre intérêt prend toute son intensité. C’est un secret du plus haut du ciel, des « choses célestes » de la demeure de Dieu, et cela concerne le Bien-aimé Fils du Père, qui est aussi notre Bien-aimé.

« Le Père aime le Fils » (Jean 3:35 ; 5:20). Le thème est puissant, mais les mots simples. De telles paroles, facilement prononcées, facilement remémorées conviennent aux « petits enfants » de la maison de Dieu, auxquels le Saint Esprit révèle « les choses profondes de Dieu » (1 Cor. 2:10). Le Fils, exprimant cette connaissance intime du Père, que Lui seul a toujours possédée toujours et dont Il a toujours joui seul, déclare à nos oreilles émerveillées : « Le Père aime le Fils » (Jean 5:20).

Nous remarquons que l’action d’aimer est au présent : « Le Père aime », non pas « a aimé ». C’était vrai sans doute au jour où cela fut prononcé à Jérusalem, et assurément dans tous les jours de Son humiliation. Mais ces paroles dévoilent bien plus encore. Cet amour est nécessairement vrai tout au long de la coexistence du Père et du Fils. Regardant vers le futur ou le passé, quand il y avait un Père pour aimer et un Fils pour être aimé, il demeure vrai que « Le Père aime le Fils, et Lui montre toutes les choses qu’Il fait Lui-même ». Un tel amour déborde par-dessus toutes les barrières du commencement et de la fin, et est le courant intarissable de la relation éternelle.

Combien ces précieuses paroles nous submergent, exhalant la joie ineffable de tout ce que cette relation de Fils signifiait pour le cœur de Celui qui les prononçait ! L’amour du Père pour le Fils est sans mesure et indéfinissable. Nous sommes perdus dans son immensité. Dans l’amour humain nos pensées sont plus à l’aise. Nous comprenons les récits où l’amour de David dépassait celui de Jonathan, où Jacob aimait Rachel plus que Léa, et où l’assemblée à Éphèse a perdu son « premier » amour ; ceux-ci qui aimaient, avaient des passions semblables aux nôtres (Actes 14:15 ; Jacques 5:17). Mais l’affirmation : « Le Père aime le Fils » ne peut être traitée avec nos intelligences, car, en dehors de ce qui nous est divinement dévoilé, nous ne connaissons ni le Père, ni le Fils dans leur Être essentiel ; comment pouvons-nous alors connaître Leur amour mutuel, si ce n’est partiellement ?

 

3.3   De la nourriture pour le cœur

Pourquoi donc le Seigneur s’est-Il fait connaître à nous comme le Bien-aimé du Père ? Non pas pour que l’esprit cherche à comprendre ce qui est incompréhensible, mais pour que le cœur des Siens croie Ses paroles, et chérisse cet aperçu des profondeurs d’un amour qui dépasse les limites du temps et de l’espace.

« Le Père aime ! » Quelles émotions infinies, quelles profondeurs insondables d’affections sont dans le cœur du Père, puisque dans l’essence de Son Être « Dieu est amour » ! Il est vrai que « Dieu seul connaît l’amour de Dieu ». Et nous pouvons dire aussi que seul le cœur infini et sans mesure du Fils pouvait recevoir, dans leur plénitude et leur réciprocité, avec une égale plénitude, les épanchements du cœur infini et sans mesure du Père. « Le Père aime le Fils ! » Telle est la communion au-dessus du ciel, révélée à ceux qui maintenant adorent dans le « lieu très saint ». Quel que soit l’amour qui remplit le cœur du Père, il trouve sa parfaite acceptation et sa plus complète réponse dans le cœur du Fils. Cet amour qui transcende tout, ne devrait-il pas être la note dominante de notre louange la plus élevée ?

Cette suprême révélation d’un amour sans égal n’a-t-elle que peu ou pas d’intérêt pour nos cœurs ? Le Père ! C’est Lui qui a envoyé le Fils pour être la propitiation pour nos péchés. Le Fils ! C’est Lui qui nous a révélé le Père. Nous sommes émus à la pensée que le Père Lui-même nous aime, et que le Fils de Dieu nous aime, et s’est livré Lui-même pour nous. Il est convenable en effet de nous réjouir de ce que l’amour du Père et du Fils repose sur nous. Mais ne devrions-nous pas être émus plus profondément de savoir que, en dehors de nous, l’amour est le lien éternel entre le Père et le Fils ? L’épouse sera-t-elle insensible aux gloires de son Bien-aimé, qui est plus que tous les autres bien-aimés, puisqu’Il est le Bien-aimé du Père avant que le temps commençât ?

 

3.4   L’amour du Père qui n’a pas de commencement

Le contexte (Jean 5:17-21) de la déclaration du Seigneur : « Le Père aime le Fils », contient un témoignage de très grande poids à la gloire personnelle du Fils. Le Seigneur ne nie pas, mais confesse l’accusation des Juifs de ce qu’Il « disait que Dieu était son propre Père » (Jean 5:18), car « Le Fils ne peut rien faire de Lui-même, à moins qu’Il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que Celui-ci fasse, cela, le Fils aussi de même le fait » (Jean 5:19). Le Fils fait les mêmes choses que le Père et de la même manière. Il y avait donc égalité absolue sans indépendance.

« Il a daigné prendre la place de l’homme, sans perdre un instant Sa nature divine ni Ses droits divins ; et comme tel Il renonce à absolument toute exaltation personnelle et à toute indépendance vis-à-vis de Son Père » (W.K.). Il y avait une parfaite communion avec le Père, car il ne fait rien en dehors du Père, mais Il fait ce qu’Il voit faire au Père. De plus, en exerçant la fonction divine de donner la vie, le Fils, à l’égal du Père, « vivifie qui Il veut » (Jean 5:21), agissant selon Son propre droit, mais restant pourtant toujours en parfaite concordance avec la volonté du Père.

Ces déclarations (Jean 5:19) d’union et de communion avec le Père (qui caractérisent une Personne de la Déité), et de vivifier ceux qu’Il veut (Jean 5:21), sont associées à la déclaration que le Père aime tendrement (philei) le Fils, et Lui montre toutes les choses que Lui-même fait (Jean 5:20). Combien cette triple déclaration éclaircit pleinement la coopération du Père et du Fils : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17). Comme l’amour est l’essence de l’Être divin, l’amour est aussi le mobile ou motif principal du travail divin conjoint du Père et du Fils.

L’amour étant essentiel à la Déité parce que « Dieu est amour », l’amour n’a ni commencement ni fin. Parce que Dieu est éternel (Deut. 33:27 ; Romains 16:26), l’amour est éternel. Avant qu’il y eût une créature à aimer, « Dieu est amour ». Mais cet amour dans l’éternité passée nécessitait un objet. Un amour inerte et dormant, qui n’est qu’une simple abstraction, n’a rien de commun avec l’amour de Dieu (1 Jean 3:17 ; 4:20-21). L’amour doit aimer, et aimer quelqu’un d’autre.

Avant la fondation du monde, où donc l’amour trouvait-il son objet nécessaire et digne ? Le Fils Lui-même incréé fournit la réponse : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). À l’intérieur du cercle de la Déité, l’amour imprégnait toujours tout. L’amour du Père reposait toujours sur le Fils qui, devenu chair, a témoigné de ce qu’Il avait vu, et a parlé de ce qu’Il connaissait (Jean :11) : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Toi, le Père, Tu M’aimais, Moi, Ton Fils, avant la fondation du monde : à la lumière de cette déclaration solennelle, qui oserait douter que Celui qui parle est le Fils Éternel ?

 

 

4                    Aimé, et dans la gloire de la relation de Fils avant la fondation du monde [Jean 17]

« Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24), voilà les paroles du Fils incarné qui nous sont rapportées, des paroles prononcées dans un entretien intime et solennel avec Son Père. Nous ne voulons pas chercher à être « sage outre mesure » (Ecc. 7:16) sur des sujets ayant trait à la Déité, et nous n’oserions pas nous ingérer dans des choses qui n’ont pas été révélées (Col. 2:18) ; mais une question s’est récemment imposée à nous en relation avec ce passage. Le Fils parlait-Il de l’amour qui reposait sur Lui en tant que Fils avant la fondation du monde, ou parlait-Il de l’amour qui reposait sur Lui alors, mais tout à fait indépendamment et antérieurement à Sa relation de Fils ? En bref, parlait-Il d’être aimé comme Fils avant la fondation du monde, ou d’être aimé comme une Personne anonyme, inconnue et dans la Déité absolue ?

C’est avec réticence que nos cœurs sont conduits malgré tout à cette investigation absconse parce que certains ont affirmé que le Fils n’était tel que « dans son humanité » et que donc, il ne pouvait pas avoir été aimé en tant que Fils par le Père avant la fondation du monde.

Nous croyons cependant que ce passage même de l’Écriture, et son contexte, fournissent une réponse concluante à la question pour tout esprit simple. Ils nous enseignent que le Seigneur se réclamait de l’amour du Père comme d’un amour qui était particulièrement et exclusivement Sien de toute éternité, alors qu’Il était, Lui, alors et toujours, le Fils Bien-aimé du Père. Car qui est Celui qui est représenté ici, épanchant Son cœur en intercession auprès du Père pour les Siens qui sont dans le monde ? « Tu M’as aimé ». Qui parle ? Est-ce quelqu’Un d’inconnu au Père en tant que Fils avant les jours de Sa chair ? Laissons ce passage donner lui-même la réponse.

 

4.1   Qui parle en Jean 17 ?

Examinant ce passage, nous voyons : (1) que l’évangéliste décrit Celui qui parle comme étant Jésus (v. 1) ; (2) que Celui qui parle se décrit Lui-même au Père comme étant « Ton Fils » et comme « Jésus Christ » (v. 1-4) ; et (3) que Celui qui parle (v. 5) déclare avoir eu de la gloire auprès du Père avant que le monde fût, et avoir été alors auprès du Père, non pas comme Son Serviteur, mais comme Son Fils.

Celui qui parle est donc le Fils Éternel, le Fils « de toute éternité », le Fils « avant que le monde fût », et maintenant Il cherche à être glorifié en tant que Fils incarné dans le ciel. Arrêtons-nous pour contempler un peu plus ces grandes vérités.

 

4.2   Jésus Christ le Fils de Dieu

1) Dans le récit historique de Jean, le Saint Esprit rapporte que Jésus parlait : « Jésus dit ces choses, et leva ses yeux au ciel, et dit… » (Jean 17:1). Le nom de Jésus, sans ajout de titre, est un aspect caractéristique du quatrième évangile beaucoup plus fréquent que dans les autres. On le trouve environ 250 fois dans l’évangile de Jean, et seulement 350 fois en tout pour Matthieu, Marc et Luc. Nous lisons ici : « Jésus dit » ; c’était l’Éternel Sauveur, selon la signification de Son nom ; c’était « Jésus Christ, le Fils de Dieu ». Qu’il est merveilleux d’être admis à entendre les paroles de Jésus adressées au Père !

 

4.3   Jésus Christ, le Fils du Père

2) dans la première partie de Son intercession, nous voyons que le Seigneur Jésus parle de Lui-même à la troisième personne, et Il parle au Père comme étant le Fils et comme étant Jésus Christ. « Père, l’heure est venue ; glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie… Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils Te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé, Jésus Christ » (17:1-3). Il se désigne comme « Ton Fils » et « Jésus Christ ».

Ce passage est des plus instructifs pour nous. Les paroles à la troisième personne nous communiquent d’une manière marquée et emphatique le caractère spécial sous lequel le Seigneur présente Son intercession. Il ne plaide pas comme Fils de David ni comme Fils de l’homme pour Israël ou les Gentils, mais comme Fils de Dieu pour ceux qui Lui ont été donnés à l’heure où Son peuple terrestre Le reniait.

Devant le Père, les yeux levés vers le ciel, sur le point de partir auprès du Père, le Seigneur Jésus prend, dans Son intercession, la place du Fils du Père (« Ton Fils »). Il n’intercède pas en tant que Fils de l’homme, ni en tant que Messie. Il ne s’adresse pas à l’Éternel, mais au Père. Ses supplications ne sont pas en faveur d’Israël pour qu’ils soient bénis nationalement, ni pour les choses créées afin qu’elles soient purifiées de la plaie du péché. La promesse et la prophétie de l’Ancien Testament qui traitent de ces sphères de réconciliation, et de la manifestation mondiale de la justice et de la gloire divines, sont mises en suspens à cause de Son rejet par le monde. Néanmoins, comme Fils du Père, Il a des droits et des privilèges Personnels qui ne sont pas affectés par cette incrédulité pécheresse de l’homme ; et en vertu de ces droits, Il intercède maintenant pour les Siens — pour ceux qui L’ont reçu, et qui ont cru en Son nom (Jean 1:10-13).

En conséquence, le Seigneur Jésus présente comme base de Son intercession Sa propre relation personnelle de Fils avec le Père, une relation antérieure à l’existence du monde, et donc indépendante des plans divins pour la régénération complète du monde, bien que, comme Fils, Il en sera, le moment venu, l’unique canal de bénédiction, toutes choses étant placées entre Ses mains.

La révélation prophétique de la justice administrative dans le monde doit encore attendre pour être accomplie, mais cet accomplissement reste certain ; or l’amour du Père n’est pas retenu dans son épanchement par l’endurcissement de l’homme, car il est donné à connaître par le Fils, qui est toujours demeuré dans cet amour, jamais plus ni moins que quand Il était dans Son humanité. De plus, cet amour a été donné à connaître par Lui à un cercle dont il n’est pas fait mention prophétiquement dans le cours de l’histoire du monde de l’Ancien Testament, mais ce cercle d’humbles croyants est maintenant mis en contact avec l’amour dont le Fils jouissait avant la fondation du monde.

Mais le Fils avait déjà révélé sur la terre le nom et l’amour du Père à ceux que le Père Lui avait donnés du monde. Le Fils prie pour ce groupe de croyants, les décrivant comme le don que le Père Lui a fait (Jean 17:2, 6, 9, 11, 12, 24 ; et aussi 18:9 ; 6:37, 39). Il demande au Père pour eux parce que, ayant glorifié le Père sur la terre, Il s’attend à être glorifié par Lui dans les cieux, tandis qu’ils seront encore dans le monde.

Mais dans Sa prière au Père, le Fils parle dans la pleine conscience de Sa propre égalité avec le Père, comme Celui qui peut statuer sur l’achèvement de Son œuvre, et qui peut estimer la gloire que cette œuvre présente aux yeux du Père. Quelle était cette œuvre ? « Qu’ils Te connaissent ». Et afin que les Siens puissent avoir cette connaissance du Père, le Fils leur a donné la vie éternelle (Jean 17:3).

Ce n’est donc pas comme Médiateur entre Dieu et les hommes, ni comme Serviteur de l’Éternel que le Seigneur Jésus parle, mais comme le Fils, dans la gloire essentielle de Sa propre Personne comme Fils du Père, qui a glorifié le Père sur la terre à l’égard de Sa manifestation de cet amour qui n’avait pas de commencement, car « Dieu est amour ».

Ayant donc, dans Son humanité, révélé cet amour sur la terre, Lui, le Fils incarné, cherche maintenant à être glorifié dans le ciel. Comme quelqu’un a dit : « Il était Fils avant le commencement du temps ; Il avait donc, bien sûr, la gloire avec le Père avant que le monde fût. Mais Il avait pris la place de serviteur en tant qu’homme sur la terre, et maintenant Il demande que le Père Le glorifie auprès de Lui-même de la gloire qu’Il avait auprès de Lui éternellement. Étant un homme pour l’éternité, Il voulait tout recevoir du Père, bien qu’étant Fils de toute éternité ; et une fois qu’Il serait glorifié, il voulait cela afin de glorifier le Père. Tel sont l’amour et le dévouement parfaits » au Père — l’amour et le dévouement uniques du Fils.

 

4.4   La glorification du Fils incarné

3) À partir du verset 4, la prière passe à la première personne, et à partir de là, le Seigneur parle de Lui en disant « Je » ou « Moi ». Au verset 1 il avait demandé « Glorifie Ton Fils » ; maintenant c’est « glorifie-Moi, Toi, Père, auprès de Toi-même, de la gloire que J’avais auprès de Toi avant que le monde fût » (Jean 17:5). Il y a, comme nous l’avons noté, une signification sous-jacente au changement de manière de s’exprimer dans ces deux versets, et cette signification sert à nous enseigner, mais ces deux phrases ont été prononcées par la même Personne. Elles montrent que Celui qui allait être glorifié voulait entrer dans la gloire qu’Il avait auprès du Père « avant que le monde fût », et que Celui qui parlait était le Fils Éternel dans Son humanité.

Avec la plus profonde révérence, considérons encore ces paroles pour en apprendre davantage sur leur véritable portée, tandis que nous notons leur liaison intime. D’abord, le Seigneur Jésus dit : « Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie » (Jean 17:1). Dévoré par le zèle pour la maison du Père, le Fils qui avait glorifié le Père sur la terre, cherchait maintenant à être glorifié en haut pour pouvoir continuer, de là, à glorifier le Père.

S’étant présenté comme le Fils (17:1), Celui qui parlait, les yeux toujours fixés sur le ciel et les lèvres toujours pleines de grâce (17. 5), dit : « Glorifie-moi ». Il n’y a pas une syllabe suggérant un changement d’identité chez Celui qui prononce ces deux phrases étroitement reliées, la seconde remontant jusque dans l’éternité. Car Celui qui parle parlait au Père de manière précise et emphatique (« Toi, Père »), et Il Lui exprimait le désir d’être Lui-même glorifié « auprès [para] de Toi-même », à Ton propre côté ; et de plus, Il déclarait que cette gloire était exactement la même gloire que Celui qui parle avait « auprès [ para] de Toi-même », à Ton côté, « avant que le monde fût ».

Le langage de cette demande nous interdit de penser que cette gloire de Celui qui parle n’était pas éternelle, puisque la gloire n’en était pas une qu’Il commença d’avoir à un moment quelconque déterminé du passé, ni une gloire qu’Il aurait pour la première fois quand la prière serait accomplie, mais c’est la gloire qu’Il « avait » avant que le monde fût.

En considérant encore davantage cette gloire, nous apprenons que la gloire de Celui qui parle n’était pas celle qui provenait d’activités créatrices, puisqu’Il la possédait « avant que le monde fût ». C’est la gloire, extérieure et antérieure à la création, qui brillait dans une excellence infinie « avant que le monde fût ». C’est la gloire intrinsèque, ineffable que Celui qui parle avait quand, distinct personnellement du Père, Il était auprès du Père « avant que le monde fût ». C’est la gloire transcendante que le Père demeurant dans l’amour mutuellement suffisant de la Déité, voyait dans le Fils Éternel Incréé, qui était dans Son sein avant la fondation du monde.

« Avant que le monde fût ». Quelles perfections brillent dans chaque parole du Fils ! Le monde est l’arène où le péché a déshonoré Dieu, et où, à dessein, la gloire de Dieu sera finalement manifestée avec encore plus d’éclat qu’à la création. Mais la venue du Sauveur du monde fut accompagnée d’une telle éruption d’hostilité de la part de l’homme, que les plans divins pour la rédemption du monde de son esclavage du péché et de Satan furent ajournés.

Le Fils donc, « sachant toutes les choses qui devaient lui arriver » (Jean 18:4), se tourne vers ce qui était au commencement avant que le monde existât — les choses associées à Sa propre gloire auprès du Père, et à l’amour que le Père avait pour Lui. Comme Fils incarné, Il cherchait à entrer dans cette gloire à Son ascension, et à être manifesté en elle auprès du Père.

Mais tandis que le Fils, laissant les circonstances de Son humiliation, entrait dans cette gloire à Son ascension, il ressort clairement de la formulation de sa demande, que Celui qui parle « avait » cette même gloire au commencement. Car si le Père auquel Celui qui parle s’adresse était Père avant que le monde fût, alors Celui qui parle, qui était avec Lui avant que le monde fût, était Son Fils avant que le monde fût.

Certains admettent que « la Personne était là » au commencement, mais ils soutiennent que c’est aller au-delà de l’Écriture que de « Lui donner un nom ou une désignation personnelle ». Mais ici l’Écriture elle-même, c’est-à-dire le Saint Esprit, Lui donne le nom de Fils. Celui qui parle, ou la Personne qui parle, révèle au verset 5 qu’Il était avec le Père avant que le monde fût ; et la même Personne au verset 1 se décrit au Père comme « Ton Fils », c’est-à-dire le Fils du Père, tandis que dans les deux versets Celui qui parle s’adresse directement au « Père » par Son nom.

Ce passage de l’Écriture nous présente donc, pour que cela devienne un élément de notre adoration, une continuité merveilleusement ininterrompue dans la Personne toujours-bénie du Fils. Avant la fondation du monde, le Fils est au côté du Père dans Sa propre gloire caractéristique de Sa Personne, bien-aimé du Père comme tel. Dans l’incarnation du Fils, l’union des deux natures de Dieu et de l’homme est si absolue que la Personnalité du Fils demeure intacte, et Lui dans Son humanité est comme toujours « sur toutes choses Dieu béni éternellement » (Romains 9:5). Puis à Son ascension, le Fils incarné assume Sa propre gloire d’avant l’incarnation, mais la Personne est la même. Le Fils est le « JE SUIS » inchangeable et absolu, au commencement, maintenant et à toujours ; et nous tombons sur nos faces en adoration devant Celui qui est le Fils Éternel.

 

4.5   La gloire du Fils avant que le monde fût

Quand le Fils parle de Sa gloire éternelle auprès du Père, Sa dignité et Sa valeur personnelles ne sont pas diminuées à nos yeux, mais rehaussées au-delà de toute mesure. Nous adorons avec bonheur le Fils comme nous adorons le Père, sachant que le Fils incarné est maintenant glorifié auprès du Père de la gloire qu’Il avait dans Son Être personnel de toute éternité.

Le Seigneur ne demandait pas d’être revêtu à nouveau de cette gloire comme s’Il avait laissé la gloire de la Déité quant à la forme et à la position extérieures. Pouvait-il y avoir Déité sans la gloire de la Déité ? Et il n’est pas correct de parler de forme et de position extérieures de la Déité, sauf en se référant seulement à ce qui apparaissait aux yeux des hommes. La gloire peut être présente, mais invisible aux yeux des hommes. La gloire de l’Éternel passa devant Moïse, caché dans la fente du rocher et couvert par la main divine. L’Éternel dans Sa gloire était là, mais Moïse ne Le vit que « par derrière » (Exode 33:23). La gloire de la Déité peut être voilée ou cachée entièrement ou partiellement aux hommes, mais elle n’est jamais effacée au point de nécessiter un renouvellement ou une restauration. Comme l’Être essentiel de la Déité ne peut être changé, ainsi en est-il de Sa gloire Essentielle.

L’Écriture est silencieuse quant à une éventuelle abdication, par le Fils, de la gloire particulière et propre à Sa Personne. En effet, le fait même qu’Il était le Fils Éternel dans Son humanité imprimait à Son service sa qualité unique. Son obéissance jusqu’à la mort, et à la mort de la croix, fut magnifiée au-delà de toute comparaison ou estimation parce qu’Il était « en forme de Dieu », conservant la pleine gloire de Sa condition de Fils.

Les paroles mêmes que nous considérons fournissent une illustration vivante de cet esprit d’obéissance : « Maintenant glorifie-moi, toi, Père ». Lui qui s’est humilié, attend qu’il plaise au Père de L’exalter. Le Fils, devenu un serviteur qui a glorifié le Père sur la terre, s’abstient pourtant de Se glorifier dans le ciel. Bien que possédant tous les droits personnels à la gloire qu’Il avait auprès du Père avant que le monde fût, Il se soumet, selon la perfection du Fils incarné, au bon plaisir du Père pour Sa glorification en haut.

Il y a donc une gloire morale exquise dans la demande elle-même. Jamais une telle supplique n’aurait pu monter au Père d’autres lèvres que les Siennes. Comme Fils, il demande que, comme Homme, Il soit glorifié dans le ciel de la gloire personnelle qui était la Sienne de toute éternité. De plus, Il fonde cette requête, non pas sur Sa gloire personnelle et Sa relation éternelle comme Fils, mais sur le fait qu’Il ait glorifié le Père sur la terre, et qu’Il ait achevé l’œuvre qu’Il Lui avait donnée à faire ; or là dessus, IL est Lui-même compétent pour exprimer un jugement vrai devant le Père : « Je T’ai glorifié… J’ai achevé l’œuvre ».

Un tel langage serait extravagant pour quiconque ne serait pas dans la gloire de la relation de Fils avant que le monde fût. Or c’est effectivement avant que le monde fût que le Fils était auprès du Père, manifestant en Lui-même la pleine excellence de cette gloire qui Lui était particulière comme Fils, et que le Fils dans cette gloire faisait les délices ineffables du Père. Combien cela inspire les cœurs de ceux qui sont nés de Dieu de savoir que l’amour éternel dans le sein du Père trouvait une réponse parfaite dans le cœur du Fils Éternel ! Quelle gloire les yeux du Père voyaient dans le Fils tout au long de l’éternité passée quand Dieu était tout ! Quel profond contentement remplissait le cœur du Père quand Il contemplait la gloire du Fils avant que le monde fût ! — et tout autant quand Il voyait ce Fils dans Son humanité, Son Fils unique en qui Il trouvait Son plaisir !

Qu’il est doux d’avoir cet aperçu du passé inscrutable par Celui qui, sur la terre, était seul à le connaître ! Car nous savons maintenant qu’avant tous les siècles et toutes les générations, l’amour du Père reposait dans une tranquillité ininterrompue de délices sur le Fils qui était auprès de Lui dans Sa gloire personnelle. Cet amour personnel et cette gloire personnelle, le Fils les possédait et en jouissait de toute éternité avant que les mondes fussent. Maintenant, ayant glorifié le Père sur la terre en tant que Fils obéissant dans Son humanité, Il désire être glorifié de cette gloire qui était toujours la Sienne comme le Fils Éternel du Père.

 

 

5                    Appendice A : Les trois Personnes de la Déité

W. Kelly sur Lév. 16:5-10

 

Aucun chrétien ne nie qu’il y ait unité dans la Déité, tandis qu’il croit pleinement qu’il y a trois Personnes dans la Déité, le Père, le Fils et le Saint Esprit (Matt. 28:19).

Or cette vérité ne doit absolument pas être affaiblie. Celui qui n’admet rien de plus dans le Déité que trois aspects d’une seule Personne n’est pas un chrétien, mais un séducteur et un antichrist. Il ne confesse pas le vrai Dieu pleinement révélé, mais simplement la Déité sous trois caractères ; les trois personnes sont tellement distinctes, que le Père pouvait envoyer le Fils (Jean 5:37 ; 1 Jean 4:14), et le Saint Esprit descendre sur ce Fils en présence du Père (Matt. 3:16, 17), et dans le Fils conscient de l’être, tout ceci ayant même lieu visiblement devant l’homme.

 

5.1   La Trinité

C’est là un fait immense rapporté très tôt dans les évangiles, un témoignage clair à « la Trinité ». Peut-on avoir de la sympathie pour ceux qui, négligeant un pareil fait, achoppent contre le terme même de Trinité ? Pourquoi être si servile vis-à-vis de la lettre, et si soucieux de se débarrasser d’un mot parce qu’il n’est pas dans la Bible ? La chose elle-même y est, ouvertement dans le Nouveau Testament, imprégnant toute la Bible du premier au dernier chapitre, quoique de manière plus voilée dans l’Ancien Testament comme d’habitude. On ne peut pas lire intelligemment le premier chapitre de la Genèse sans y voir plus d’une personne dans la Déité, ce dont même le premier verset de ce premier chapitre en prépare positivement la divulgation, quoique graduellement, même si on ne s’en rend compte qu’après qu’en soit intervenue la révélation.

 

5.2   Le nom au pluriel et le verbe au singulier

Demandez-vous comment cela se fait-il ? « Au commencement Dieu créa » (Gen. 1:1). Il n’est peut-être pas connu de tous — mais pourtant c’est vrai — que le terme hébreu original pour « Dieu » est au pluriel, ce qui oriente naturellement vers l’existence de plus d’une personne ; pourtant le mot « créa » est au singulier, une forme utilisée quand on parle du Dieu vivant, mais non pas des dieux païens. Avec les dieux des nations, le verbe qui suit est au pluriel. Avec le vrai Dieu, le verbe est souvent au singulier, malgré le sujet au pluriel. Des cas comme Gen. 20:13 où le verbe est aussi au pluriel prouvent que le mot « Dieu » (= Elohim) était connu pour être un vrai pluriel.

 

5.3   Un Dieu, Trois Personnes

Quoi de mieux pour préparer à la révélation de l’unité de nature et de la pluralité des personnes ? Je suis d’accord que l’Ancien Testament ne suffirait pas à faire voir les trois personnes comme elles sont révélées plus tard ; même le croyant doit attendre le Nouveau Testament pour avoir une pleine lumière et une pleine vérité sur ce sujet. Mais quand cette lumière et cette vérité sont venues en Christ et par l’Esprit, l’harmonie particulière (grammaticale) des passages où on trouve le nom de Dieu autrefois ne peut que frapper celui qui tient compte de chaque mot de l’Écriture Sainte.

 

5.4   Chaque mot est inspiré

Ceux qui ont des vues relâchées sur l’inspiration peuvent évidemment contester la force de n’importe quel mot, parce que leurs vues sont incrédules et pernicieuses ; en effet, de telles vues ne peuvent qu’affaiblir et saper l’inspiration comme Dieu l’a révélée et comme le Saint Esprit raisonne à son propos. Il n’y a pas d’erreur plus contaminante que de limiter l’inspiration aux pensées de Dieu en général, en la niant pour Ses mots écrits.

 

 

6                    Le Fils unique de Dieu

C’est le Fils unique de Dieu qui révéla dans le monde l’amour de Dieu. Cette révélation fut une présentation personnelle, et non pas une communication qui Lui aurait été donnée pour la transmettre. Aucune créature n’était qualifiée pour se charger de cette révélation. Un ange aurait pu communiquer à l’homme un message de ce qui était dû par l’homme à Dieu, mais la plus haute intelligence céleste ne pouvait ni manifester ni communiquer ce qui était dans le cœur du Dieu d’amour envers l’homme. Puisque « Dieu est amour », seule l’omniscience peut connaître pleinement cet amour infini, et seule la toute-puissance peut le déclarer correctement. Le Fils de Dieu dans l’essence de Son Être possède pleinement ces attributs qui comprennent tout, et aucune créature ne pourrait les posséder. De plus cette connaissance et cette qualification à être le Révélateur de l’amour divin s’expriment simplement dans l’Écriture par la désignation du Fils de Son amour : « le Fils unique de Dieu ».

 

6.1   Le Don du Fils Unique de Dieu

Le terme « unique » (monogenees) est appliqué cinq fois au Fils de Dieu dans le Nouveau Testament, et seulement dans les écrits de Jean (Jean 1:14, 18 ; 3:16, 18 ; 1 Jean 4:9). Dans la plupart de ces passages, l’association particulière de cette expression avec la manifestation de l’amour de Dieu détermine son sens. Le Fils unique de Dieu est le seul à avoir la qualification spéciale pour être le Révélateur de l’amour éternel de Dieu ; en conséquence, Il est présenté comme tel dans le récit que fait le Saint Esprit de cette révélation.

Ainsi, après que le Seigneur eut instruit Nicodème des choses terrestres du royaume de Dieu, Il passa aux thèmes célestes, et c’est alors qu’Il se présenta comme le Fils Unique de Dieu (Jean 3:16, 18). Comme « Fils de l’homme qui est dans le ciel », Lui, l’Omniprésent, parlait de l’amour de Dieu pour le monde dont Il avait été éternellement conscient dans la demeure de Dieu. Y avait-il un thème céleste mieux approprié que celui de l’amour de Dieu ? Y avait-il un don céleste au monde plus transcendant que celui du Fils unique ? Et Il déploie ceux-ci, le don et le motif, et les enrobe dans la précieuse combinaison de termes : « Fils » et « amour ».

Le Seigneur annonçait cet amour de Dieu en des termes heureusement familiers : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils unique ». Il y a de nombreuses merveilles dans cette déclaration profonde. Il est merveilleux à nos yeux que Dieu ait aimé, et il est merveilleux également qu’Il ait aimé le monde tel qu’il est, tombé dans le péché et dominé par Satan. Et ces merveilles font partie des « choses célestes » présentées à notre foi dans cette phrase.

De plus, l’intensité de cet amour est aussi déclarée : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils unique ». La mesure de l’amour de Dieu à l’égard du monde se voit dans le don de Celui qui était particulièrement et exclusivement l’objet de Son affection, Son Fils Unique. Le sujet prodigieux d’étonnement pour notre foi est qu’une seule Personne était auprès du Père dans Sa relation unique de Fils, et que Dieu a donné cette seule Personne ! C’est certainement ce qu’enseigne ce texte, non pas que le don de Dieu était Quelqu’un qui devint Son Fils unique dans l’humanité, c’est-à-dire dans le processus du don et au moment du don. Si l’état de Fils commençait lors de l’incarnation, pourquoi ne lisons-nous pas que Dieu a donné le Fils de l’homme ? Mais non ! C’est le Fils unique de Dieu qui a été donné.

Nous citons ce qu’un autre (W.K.) a écrit sur ce passage : « Quelle vérité infinie est cette affirmation : « Le Fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3:13). Il était impossible de le dire s’Il n’avait pas été Dieu, le Fils du Père ; pourtant, ce qui est de la plus grande importance, c’est que c’est de Lui comme homme, le Messie rejeté, qu’il est dit « le Fils de l’homme qui est dans le ciel ». L’incarnation n’était pas une simple émanation de la divinité, ni une Personne autrefois divine qui a cessé de l’être en devenant homme (en soi une absurdité impossible), mais c’était Celui qui, pour glorifier le Père et accomplir le propos de grâce pour la gloire de Dieu, a pris l’humanité en union avec la Déité dans sa Personne. C’est pourquoi Il pouvait dire de Lui (c’est de Lui seul que cela pouvait être dit) : « Le Fils de l’homme qui est dans le ciel », même s’Il est le Fils unique qui est (non pas simplement qui était) dans le sein du Père. C’est Lui qui répond au défi d’Agur, et même au-delà, lorsqu’Agur parlait prophétiquement (Prov. 30:4) à Ithiel et Ucal : « Qui est monté dans les cieux, et qui en est descendu ? Qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains ? Qui a serré les eaux dans un manteau ? Qui a établi toutes les bornes de la terre ? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils, si tu le sais ? » C’est Dieu, et non pas l’homme, qui peut soutenir ce défi ; mais c’est Dieu devenu homme, oui, le Fils de l’homme. Combien Il était approprié, et à la fois qualifié, pour manifester toutes choses, les choses célestes, terrestres, humaines et divines ! Il est bien en effet la vérité ».

Rappelons-nous qui est Celui qui a prononcé ces paroles : « … Celui qui est descendu du ciel, le fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3:13). Il parle en témoin qualifié d’une relation céleste, de Lui-même, le Fils unique de Dieu. « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous… et de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend témoignage » (Jean 3:31-32). Le Fils témoignait sur la terre de ce qui était vrai dans le ciel, et donc, la relation de Fils dans la Déité était effective avant l’incarnation et avant qu’Il ne descende du ciel comme le Fils donné. C’est le témoignage même du Fils concernant Lui-même en tant que don du Père.

Ensuite, qui Dieu n’a-t-Il pas épargné (Rom. 8:32), mais L’a livré pour nous tous ? Le Saint Esprit répond : « Son propre Fils ». Dieu n’a pas refusé ce don inexprimable, mais Il a donné Son propre Fils dans la spontanéité de Son amour. Penser à Lui autrement que comme le Fils éternel, c’est amoindrir la gloire personnelle du don incomparable de Dieu. Quand le Fils de l’homme est monté au ciel, Il entra là où Il avait été auparavant, selon Sa question posée à Ses disciples incrédules : « Si donc vous voyez le fils de l’homme monter où il était auparavant... ? » (Jean 6:62). Il revendiquait pour Lui l’omniprésence de l’Éternel qui est « Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas : il n’y en a point d’autre » (Deut. 4:39), car, comme Fils, il était simultanément à la fois dans les cieux et sur la terre (Jean 3:13) (voir Appendice B).

 

6.2   Sa relation de Fils avant de devenir le don de Dieu au monde

Dieu a donné Son Fils, non pas un serviteur. On ne peut percevoir la force et la portée exacte de ce grand texte qu’en notant que Dieu a donné au monde Celui qui était Son Fils unique. Considérer que cela signifie que Dieu a donné Celui qui, dans l’humanité, voulait entrer dans la relation entièrement nouvelle de Fils unique, c’est rabaisser la sublime déclaration du Seigneur au niveau de l’emploi fait par Dieu de divers serviteurs dans Ses relations gouvernementales avec Israël et avec le monde.

Nous lisons, par exemple, que Dieu a donné au peuple d’Israël des juges (Actes 13:20), c’est-à-dire des hommes qui devinrent des chefs et des conducteurs du peuple. Mais il n’y avait rien chez Gédéon, Samson, ou n’importe quel autre pour magnifier l’amour de Dieu. Ces serviteurs ne possédaient en eux-mêmes que peu de valeur morale. Ils n’ont pas magnifié leur fonction par leur excellence personnelle ; c’était plutôt leur fonction qui les rendait grands. Dieu a donné ces serviteurs pour accomplir des tâches précises ; non seulement ils Lui étaient subordonnés dans leur fonction, mais ils Lui étaient inférieurs en nature.

Mais le don de Jean 3:16 est d’un ordre tout à fait différent. Rien n’est dit dans ce verset sur la tâche confiée au Fils. La valeur du don se mesure par la personnalité unique de Celui qui a été donné, le Fils unique de Dieu. À titre d’illustration, considérons un exemple de l’Ancien Testament. Qu’est-ce qui a tellement rehaussé la valeur de l’acte par lequel Abraham s’abandonna à Dieu ? C’est le fait que le patriarche a offert son fils unique (Héb. 11:17). Isaac était son fils avant qu’ils ne montent ensemble sur le mont Morija, et avant d’être placé sur l’autel. Aux yeux de l’Éternel, la valeur éthique de l’acte de foi d’Abraham se mesurait par celui qu’il donnait à la demande de l’Éternel — non pas Ismaël, mais son fils Isaac, son fils unique, celui qu’il aimait, et sur lequel étaient centrées les promesses que l’Éternel lui avait faites. Abraham abandonna le trésor de son cœur, et Dieu apprécia son obéissance de foi en utilisant des expressions se rapportant à son affection pour Isaac (Gen. 22:12, 16).

De la même manière, le don de Dieu se mesure à la Personne donnée. Le degré de l’amour de Dieu — le « tant » — n’est proportionnel qu’à la valeur de Son Fils unique. Il était le Fils unique  avant d’être donné, et avant d’être envoyé dans le monde. La relation de Fils est inséparable de Sa Personne, et ne décrit pas une relation officielle ou médiatoriale qu’Il assumerait ou qui Lui aurait été conférée en vue d’un service. Dieu a donné Son Fils, non pas un serviteur ; cependant, béni soit Son saint nom, bien qu’il fût Fils, Il devint Serviteur pour servir à la fois Dieu et l’homme.

 

6.3   Croyant en Son nom

Au verset 16 de Jean 3, il est question de « croire en Lui », et au verset 18 de « croire au nom ». « Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». Il est remarquable ici que le mot utilisé soit le « nom » et non pas le « titre ».

Un nom indique l’identité de la personne, c’est le terme qui distingue cette personne des autres. Un titre est un terme désignant une fonction ou un service, et le même titre peut s’appliquer à un certain nombre de personnes différentes. « Roi » est un titre qui dénote une dignité royale et qui a appartenu à David, à Salomon, à Josias, à Nébucadnetsar, et à tous ceux qui ont occupé cette fonction. David, par contre, était le nom du fils oint de Isaï / Jesse. Nombreux ont été les rois en Israël, mais un seul fut appelé David.

Le nom donc est personnel à celui qui le porte, et quand il était donné par Dieu, il convenait parfaitement : ainsi, le Seigneur dit à l’un des apôtres : « Tu es Pierre ». Le nom exprime ce qu’est la personne ; le titre indique ce que fait la personne. « Sauveur » est un titre du Seigneur : « car aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un Sauveur » (Luc 2:11). Mais Son nom personnel est « Jésus », qui signifie « l’Éternel le Sauveur » (Matt. 1:21). L’idée de salut est impliquée à la fois dans le nom et dans le titre, mais le titre « Sauveur » décrit l’œuvre de Celui qui est venu afin que le monde fut sauvé par Lui, tandis que « Jésus » exprime Qui est cette Personne incarnée, l’Éternel le Sauveur. Ainsi, en célébrant le salut d’Israël, Moïse chantait : « L’Éternel est un homme de guerre ; l’Éternel est son nom » (Exode 15:3).

Or dans l’usage scripturaire, il apparaît que l’expression « Fils de Dieu » est considérée comme un nom, et non pas comme un titre. Le « Fils » exprime Qui est intrinsèquement cette Personne bénie, Celui sur qui s’épanchait l’amour du Père avant que le monde fût. Si « Fils » ne désignait qu’un office médiatorial assumé à un certain moment du cours des temps, alors « Fils de Dieu » serait un titre. Mais l’Écriture ne supporte pas une telle pensée, bien qu’elle nous dise fréquemment et avec insistance que Celui qui a pris les hautes fonctions de Médiateur entre Dieu et l’homme est le Fils de Dieu, et par exemple l’Écriture montre que Celui qui est maintenant fait Souverain Sacrificateur dans les cieux est le Fils de Dieu (Héb. 5:5).

Nous tournant à nouveau vers Jean 3:18, et nous souvenant que le « nom du Fils unique de Dieu » dénote tout ce qu’Il est comme Celui qui a déclaré l’amour du Père, étant Lui-même le Fils de Son amour, — nous voyons plus clairement la terrible culpabilité qu’entraîne le refus de croire de l’homme. Le refus du Fils décide de la position de l’incroyant. « Celui qui ne croit pas, est déjà jugé » (Jean 3:18). Il a rejeté « Dieu en Christ ». Il n’a pas cru au « nom du Fils unique de Dieu ».

Le critère décisif du sort de l’homme selon ce passage était quelque chose de nouveau dans les voies de Dieu, et provenait de la présence du Fils incarné sur la terre comme le don de l’amour de Dieu pour le monde. Le refus de croire au Fils est péché. C’est ce que le Saint Esprit atteste maintenant (Jean 16:9). Jamais auparavant le Fils n’était apparu parmi les hommes dans un tel but, et en conséquence les hommes encoururent une responsabilité qui n’avait jamais été imposée auparavant. Un prophète devait être reçu parce qu’il parlait au nom de l’Éternel qui l’avait envoyé (Deut. 18:18, 19), mais maintenant il était demandé aux hommes de croire au nom de Celui qui parlait, le Fils unique Lui-même. Israël avait à croire le message d’un prophète, mais non pas à son nom. Mais maintenant le peuple était appelé à croire au Fils, car « le nom de l’Éternel est en Lui » (Exode 23:21). Dieu avait maintenant envoyé Son Fils à la nation incrédule, non pas un serviteur comme Il l’avait fait précédemment (Matt. 21:33-39).

 

6.4   La manifestation de l’amour de Dieu

Alors que l’amour de Dieu a été manifesté d’une manière générale au monde, il a été manifesté particulièrement à la famille de Dieu. L’apôtre Jean écrivait : « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous [ou : dans notre cas], c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui » (1 Jean 4:9).

Ainsi, le langage de l’Écriture inspirée dans l’évangile et dans l’épître indique avec précision que le Fils unique de Dieu a été à la fois donné et envoyé dans le monde. La relation éternelle de Fils de Celui qui a été Envoyé confère une gloire sans pareille à Sa mission, tandis qu’elle aggrave la culpabilité de ceux dans le monde qui refusent de croire en Son nom. Pour la famille de la foi qui vit par Lui, le Fils unique est la manifestation permanente de l’amour de Dieu à leur égard. La contemplation et l’adoration de l’amour infini de Dieu manifesté dans le Fils unique seront l’occupation éternelle des enfants de Dieu dans la maison du Père en haut.

 

 

7                    Appendice B : le défi d’Agur — Proverbes 30:4

Exposé de l’évangile de Jean, par W. Kelly, p 60.

L’incarnation n’était pas une simple émanation de la divinité, ni une Personne autrefois divine qui cessa de l’être en devenant homme… mais Celui qui, pour glorifier le Père et accomplir les propos de la grâce à la gloire de Dieu, prit l’humanité en union avec la Déité dans Sa Personne. C’est pourquoi Il pouvait dire, et cela ne pouvait être dit que de Lui seul, « le Fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3:13), même s’Il est le Fils unique qui est (et non pas simplement qui était) dans le sein du Père (Jean 1:18).

C’est Lui qui est la réponse, et plus que la réponse, au défi d’Agur lorsqu’il parlait prophétiquement (Prov. 30:4) à Ithiel et à Ucal : « Qui est monté dans les cieux, et qui en est descendu ? Qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains ? Qui a serré les eaux dans un manteau ? Qui a établi toutes les bornes de la terre ? Quel est Son nom, et quel est le nom de Son Fils, si tu le sais ? »

C’est Dieu, non pas l’homme, qui peut répondre à ce défi ; mais c’est Dieu devenu homme — oui, le Fils de l’homme. Car « personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le fils de l’homme qui est dans le ciel ». Voir aussi Éphésiens 4:8-10.

 

 

8                    La Parole auprès de Dieu : le Fils unique auprès du Père

Dans l’évangile de Jean, le Seigneur Jésus est dépeint selon Ses noms essentiels plutôt que selon Ses titres relatifs. On le voit là comme la Parole et comme le Fils, plus que comme Messie, ou comme Souverain Sacrificateur, ou comme Tête (Chef) du corps, l’assemblée.

Par conséquent, les gloires personnelles de Dieu et de Son Fils forment le thème prédominant de cet évangéliste plutôt que le salut de l’homme. Le « Fils » fait ressortir l’amour ineffable du Père et manifeste la gloire de Son nom. De plus, alors que le pardon des péchés n’est même pas mentionné une fois dans cet évangile, le don de Dieu au croyant de la vie éternelle revient si fréquemment que ce terme est un aspect éminent du quatrième évangile que chaque lecteur peut facilement reconnaître.

 

8.1   Les versets introductifs de l’évangile de Jean (1:1-18)

Le thème exceptionnellement élevé du quatrième évangile est indiqué par ses premiers versets, et l’on remarque spécialement l’élévation du thème en comparant son introduction avec celle des autres évangiles. Matthieu, Marc et Luc, chacun selon son propos spécifique, dépeignent le Seigneur dans Ses relations terrestres et temporelles avec les hommes, telles qu’elles avaient été prédites dans l’Ancien Testament ; mais Jean écrit au sujet du Seigneur dans Sa relation céleste et éternelle, qu’Il a parfaitement manifestée parmi les hommes, mais qui n’avait pas été prédite dans les psaumes, la prophétie ou les types.

En conséquence, les trois premiers évangiles commencent par montrer que le Seigneur apparut comme accomplissant les prophéties d’autrefois et comme figurant dans la lignée généalogique prescrite. Mais dans l’évangile de Jean, on ne trouve pas ces préliminaires, ni aucune citation de passages de l’Ancien Testament, ni aucun arbre généalogique. La raison de ce contraste frappant apparaît immédiatement si nous nous rappelons que la plume de Jean fut inspirée pour rapporter que « Jésus était le Christ, le Fils de Dieu » (voir Jean 20:30-31). Aucune succession humaine, aucune citation de la loi, des prophètes ou des psaumes n’aurait été appropriée pour introduire Celui qui était Dieu, et qui était au commencement auprès de Dieu. La simplicité abrupte des paroles introductives indique la majesté inexprimable du thème.

Ces versets préliminaires de Jean présentent trois vérités fondamentales au sujet de la Personne du Seigneur, à savoir :

1) La Parole était Dieu et était au commencement auprès de Dieu.

2) La Parole devint chair et habita au milieu des hommes.

3) La Parole était le Fils unique.

 

8.2   La Parole au commencement

Dans les versets 1-18, nous avons donc le prologue du Saint Esprit à l’histoire de l’évangile de Jean, le verset 15 étant une parenthèse contenant le témoignage rendu par Jean le baptiseur à sa propre infériorité personnelle. Cette préface s’ouvre par l’indication de l’élévation suprême du thème de cet évangile. Le voile du passé est immédiatement déchiré pour nous par le Saint Esprit dans une phrase frappante, et un aperçu dans l’éternité passée nous est accordé : « Au commencement était la Parole ».

Là, resplendissante dans Ses gloires essentielles, nous contemplons, par l’illumination de l’Esprit, la Parole, le Fils unique de Dieu. Conduits par le texte à regarder en arrière, notre regard ravi voyage au-delà des confins de toutes les choses créées et au-delà de tout cycle de temps mesurable pour adorer la Parole éternelle qui était « au commencement » (Appendice C).

Il est manifeste que cette déclaration de l’existence de la Parole au commencement nous conduit à un point antérieur à l’acte créateur le plus ancien contenu dans Genèse 1:1. Autrement dit, nous sommes introduits dans l’éternité par la révélation. En effet, cette existence absolument antérieure est déclarée avec encore plus de précision dans le contexte, où nous apprenons que la Parole créa toutes les choses qui ont jamais été créées ou faites : « Toutes choses furent faites par elle, et sans elle pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait » (Jean 1:3). Le Créateur de tout doit nécessairement précéder toute la création dans Son existence.

 

8.3   La Parole devint chair

Il est instructif d’observer, dans ces versets, l’ordre des vérités relatives à la Parole. Ayant d’abord montré les gloires originelles de la Parole dans l’éternité passée, l’apôtre relate ensuite, dans sa préface, l’incarnation de la Parole. Nous lisons : « Et la Parole devint chair, et habita au milieu de [ou : parmi] nous… pleine de grâce et de vérité… car, de sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce » (Jean 1:14-16). Par ces déclarations combinées mais consécutives, nous sommes enseignés clairement et précisément que la Parole qui devint chair était la Parole qui était « au commencement », longtemps avant qu’elle ne devienne chair.

La Parole du verset 1 est donc la Parole du verset 14. La Parole qui, devenue chair, habita parmi nous, et dont nous avons contemplé la gloire, qui était pleine de grâce et de vérité, — c’était la Parole qui était au commencement, pleine de sagesse et de majesté éternelle.

 

8.4   Autres développements concernant la Parole

À la lumière de cette écriture, ce n’est pas une difficulté pour la foi, mais une joie indescriptible, de recevoir ces développements des gloires transcendantes de la Parole. Non seulement la Parole était au commencement, mais « la Parole était auprès de [ou « avec »] Dieu » (Jean 1:1) — une Personne avec une Autre — aussi véritablement « auprès de Dieu » (v. 1) que « au milieu de nous » dans Son humanité (v. 14). De plus, la Personne demeure continuellement et inchangée, car « la Parole était Dieu » (Jean 1:1).

Alors, au verset 2, Sa personnalité distincte de Dieu au commencement est affirmée, et l’original utilise un pronom de manière emphatique pour L’identifier à la Parole sans contestation possible : « Elle [Celle-ci (ou : Celui-ci), celle (ou : Celui) qui vient d’être nommée comme étant la Parole] était au commencement auprès de Dieu » (v. 2). Nous apprenons donc, les cœurs pleins d’adoration, que la Parole qui devint chair n’était pas au commencement une qualité ou un attribut abstraits, ni une émanation spéciale de la Déité, mais une Personne existant auprès de Dieu ; et que de plus, cette Parole était Dieu Lui-même. Ainsi, la Parole n’était pas une caractéristique personnelle de Dieu, mais une Personne distincte auprès de Dieu, qui était en même temps Dieu Lui-même, et qui l’était aussi véritablement que Dieu Lui-même. Nous ne lisons pas que Dieu était la Parole, mais que « la Parole était Dieu ». Gardons soigneusement dans nos cœurs cette particularité d’expression utilisée par le Saint Esprit.

 

8.5   Quatre murs protecteurs, forts et hauts.

Assurément tout cœur respectueux doit considérer les expressions très précises et emphatiques du Saint Esprit pour établir la Personnalité éternelle de la Parole Elle-même. On remarque que la « Parole » est le sujet visible de chacune des quatre phrases courtes des versets 1 et 2, comme pour nous garder contre une attaque provenant de n’importe quelle direction possible contre la gloire de ce Nom.

(a) Au commencement était la Parole,

(b) et la Parole était auprès de Dieu,

(c) et la Parole était Dieu. 

(d) Elle [la même] était au commencement auprès de Dieu. 

 

Dans les trois premières phrases, le nom « Parole » est répété, et dans la quatrième, le pronom grec utilisé se réfère précisément et indéniablement au même nom. Si bien qu’au début de l’évangile de Jésus Christ, le Fils de Dieu, ces déclarations inspirées, claires et concises fournissent une quadruple protection de la Personne de la Parole éternelle.

Il semblerait que ces phrases protectrices ont été spécialement rédigées par Dieu pour préserver les saints de l’étrange doctrine qu’Il n’a été la Parole que dans l’incarnation. Une telle doctrine ne peut trouver appui dans ces versets que si l’on en dénature outrageusement le texte. Au lieu de prendre le passage comme il est, il faut insérer tout ce qui suit entre crochets pour arriver à la fausse interprétation :

(a) Au commencement était [Lui qui devint] la Parole,

(b) et [Lui qui devint] la Parole était auprès de Dieu,

(c) et [Lui qui devint] la Parole était Dieu. 

(d) Elle (la même) [Lui qui devint la Parole] était au commencement auprès de Dieu.

 

Mais nous ne trouvons jamais aucune déclaration dans l’Écriture que « Dieu devint (egeneto) la Parole », ni que « Il devint la Parole », mais nous lisons ici que la Parole était (een) Dieu. La Parole était Dieu originellement, mais plus tard la Parole devint (egeneto) chair » (Jean 1:14). Historiquement, le fait de « devenir » dans ces passages se rapporte à l’incarnation. Par analogie, nous lisons que le Fils de Dieu est né [devenu] « de la semence de David » (Rom. 1:3), « de femme » et « sous la loi » (Gal. 4:4), le même verbe grec étant employé dans chacun de ces passages.

En Jean 1:1-2, cependant, le Saint Esprit déclare ce que la Parole « était » au commencement, non pas ce que la Parole « devint » ultérieurement dans l’humanité. Observez soigneusement le verbe « était ». Il est remarquable que dans ces phrases le temps passé imparfait (et l’imparfait grec implique une continuité) est utilisé, et non le temps présent qui est plus fréquent.

On trouve ainsi le temps présent dans la proposition : « qui est dans le sein du Père » par référence au Fils incarné (Jean 1:18), et aussi dans une autre phrase : « qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement », par référence à Christ incarné (Rom. 9:5). N’est-il pas significatif que l’Écriture dise, non pas « La Parole est Dieu », ce qui est heureusement vrai, mais « La Parole était Dieu » ? Par ce moyen grammatical, l’accent est mis sur le fait qu’au commencement, antérieurement à toute la création qui tire d’Elle son origine et qui est Son invention et Son ouvrage, la Parole existait dans la Déité absolue.

 

8.6   La Parole comme Personne (Logos) au commencement

Gardant nos pieds déchaussés, attardons-nous encore un peu près de cette « grande vision » de la révélation. « La Parole (Logos, le Verbe) était Dieu » et « La Parole (Logos, le Verbe) devint chair » forment la double description par le Saint Esprit de ce que la Parole était dans Son essence et de ce que la Parole assuma comme médiateur. Quel est dès lors le sens spécial de ce terme la « Parole » ? Si on essaie de le définir brièvement, c’est, ce qui exprime ou communique ce qui est caché dans l’esprit ou la pensée. En conséquence, l’Écriture elle-même est désignée comme étant la Parole (logos) de Dieu, en Hébreux 4:12 et ailleurs, car elle est une expression exacte de la vérité divine.

Mais, tandis que dans les deux cas il y a expression de la pensée de Dieu, il y a évidemment une distinction très grande et de poids entre la Parole de Jean 1:1 et la parole écrite de l’Écriture. La première est la Personne qui était Dieu et qui était au commencement auprès de Dieu ; la deuxième, qui est décrite comme « la parole de Dieu », est impersonnelle ; de plus, la parole de Dieu [écrite] n’a commencé à exister que lorsque « de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint » (2 Pierre 1:21).

Au contraire, la Parole comme Personne, n’a pas eu de commencement du fait qu’elle est Dieu, mais elle a toujours détenu intrinsèquement une compétence absolue pour exprimer l’esprit et les pensées de Dieu. Car au commencement la Parole était la Parole, Celui qui potentiellement déclarait l’amour de Dieu, et Sa sagesse, et Son propos, et même Dieu Lui-même, Lui que personne n’a jamais vu ni ne peut voir. Quand la Parole devint chair, cette déclaration de Dieu a été donnée à connaître aux hommes dans et par Lui (Jean 1:14-18).

 

8.7   La négation de ce que la Parole était éternelle

Au vu de ces gloires transcendantes qui ravivent toujours le feu de notre adoration lorsqu’il est en veilleuse, nous ne pouvons considérer comme secondaire le fait de nier que le Seigneur Jésus était éternellement la Parole. Enseigner que le Seigneur n’était pas la Parole avant Son humanité ne peut être qu’une violation grave de la vérité révélée, c’est certain. Et pourtant il est étrange et triste de voir cette doctrine sous-jacente dans une question posée récemment dans une publication : « Lui retire-t-on quoi que ce soit en disant que l’expression intelligible en Lui de toute pensée divine fut dans son humanité, et qu’il a fallu attendre Son incarnation pour qu’elle soit exprimée ? » Ce qui est énoncé ici sous forme interrogative est affirmé positivement ailleurs, car l’erreur progresse hardiment.

Nous répondons que cette doctrine élimine à la fois la gloire Personnelle et la gloire éternelle de la Parole, que le Saint Esprit Lui donne en Jean 1:1-2. Cette doctrine nie que, de toute éternité, la Parole était Dieu d’une manière autre que le Père et autre que le Saint Esprit. Elle nie aussi que la Parole était la Parole au commencement, limitant la nature de cette Personne sainte par l’affirmation effrontée de Son incompétence à être la Parole jusqu’à l’incarnation.

Car, comme déjà dit, ce qui est implicite derrière la question posée est affirmé clairement ailleurs, à savoir que c’est seulement dans l’humanité qu’il pouvait y avoir une expression intelligible de la pensée divine, et que « celle-ci attendait » l’incarnation du Saint pour être exprimée. Mais avec Dieu toutes choses sont toujours possibles ; et la Parole était Dieu. Ou bien Il était capable d’une telle expression avant l’incarnation, et alors Il était la Parole comme l’Écriture le révèle ; ou bien Il en était incapable jusqu’à l’incarnation (que le Seigneur me pardonne d’évoquer cette pensée !), et alors Il n’était pas la Parole jusque-là ; c’est bien cette incapacité que certains osent soutenir.

 

8.8   Le Logos [Verbe, Parole] comme Personne avant l’incarnation

C’est une vérité incontestable que, dans l’humanité, la Parole a parfaitement exprimé Dieu aux hommes, mais ce que la Parole a fait une fois qu’elle est devenue chair, Elle [Lui] qui était Dieu était en elle-même [Lui-même] capable de le faire avant l’incarnation. Dans la Déité, Elle [Il] était la Parole en Personne, le Logos [Verbe, Parole] « au commencement ». N’était-Elle [Il] pas donc « au commencement » l’« expression intelligible » de la « pensée divine » ? En Genèse 1 il nous est parlé d’un conclave secret de la Déité au sujet de la création de l’homme, au cours duquel il y eut une expression de la « pensée divine » ; car Elohim dit : « Faisons l’homme à Notre image, selon Notre ressemblance » (Genèse 1:26). N’était-ce pas une expression de la pensée de Dieu et de Son propos, et de Sa volonté quand, comme nous le lisons, « Elohim dit » ? La Parole ne prononçait-Elle pas, avant la création de l’homme, le conseil divin concernant le commencement de l’homme, — et cela dans une sainte conversation à l’intérieur du cercle de la Déité ? Cette décision de la Déité trouva alors son expression dans la Parole, et traduite en langage humain, elle fut incorporée au récit inspiré pour, en définitive, éclairer l’humanité.

Puisqu’« au commencement était la Parole », il est clair que la Personne qui était la Parole était là « au commencement » ; et puisque « La Parole était Dieu », cette « expression » Personnelle était là « au commencement ». À qui cette « expression » apparut ou fut communiquée, ce n’est qu’une circonstance n’affectant pas son existence ; notre ignorance à ce sujet ne modifie en aucune façon le fait révélé que « au commencement était la Parole ». Quelque communication qu’il y ait eu dans l’éternité passée au sein de la Déité, ou plus tard aux créatures célestes ou terrestres, tout est compris dans les activités de la Parole. Avant et après l’incarnation, Dieu parlait dans et par la Parole Éternelle, exprimant ainsi Ses pensées et Sa volonté dans une perfection et une plénitude totales.

 

8.9   La Parole incarnée, pleine de grâce et de vérité.

La Parole existait avant Son incarnation. La parole de l’homme est dans sa pensée intérieure ou sa conception intérieures avant d’être prononcée par ses lèvres de manière audible aux autres. L’Esprit de Dieu révèle que la Parole existait avant qu’Elle [Il] ne devînt chair et n’habitât parmi nous. Le tabernacle sur la terre avait été fait d’après le modèle dans les cieux montré à Moïse. Celui qui a été vu parmi les hommes était Celui qui, jusqu’alors, habitait la lumière inaccessible et était invisible de tous.

« Et la Parole devint chair, et habita (tabernacla) au milieu de nous… pleine de grâce et de vérité ». La Parole incarnée était l’expression des pensées de Dieu à l’égard de la grâce et de la vérité. Pour ce qui concerne leur manifestation dans le monde, la grâce et la vérité ont été vues pour la première fois quand la Parole devint chair. Combien la Parole était admirablement qualifiée pour cette manifestation, du fait qu’elle était Dieu et au commencement auprès de Dieu ! Dans la mesure où la grâce et la vérité étaient comprises dans les pensées de Dieu avant la fondation du monde, c’est dans cette même mesure qu’elles furent déjà alors incorporées dans la Parole comme Personne. En conséquence, la Parole, une fois devenue chair, a été vue « pleine de grâce et de vérité ». Ces qualités divines étaient dans Sa personne avant et après l’incarnation. En Lui était la grâce, qui est plus que l’amour, car c’est l’amour triomphant du mal ; et en Lui était aussi la vérité, la nature intrinsèque de Dieu et de l’homme étant fidèlement révélée par la présence de la Parole incarnée sur la terre.

 

8.10                   L’Unique

L’Écriture a l’habitude de mettre la « Parole » en correspondance avec Dieu, tandis que le mot « Fils » est généralement en correspondance avec le Père, quoiqu’on le trouve aussi utilisé avec Dieu, comme par exemple dans l’expression « le Fils de Dieu ». La Parole révèle spécialement Dieu envers qui l’homme est responsable car Il est son Créateur et son Gouverneur, et le nom Logos [le Verbe, la Parole] suggère la plénitude et la fidélité de Sa révélation. Le Fils révèle Dieu le Père dans Son amour, et le nom de Fils suggère la profondeur, l’exubérance, la tendresse et l’intimité dans la révélation qu’Il fait. Ces deux révélations se combinent dans la même Personne bénie, dans laquelle donc nous voyons Son Dieu et notre Dieu, Son Père et notre Père. Celui qui révèle est à la fois la Parole et le Fils unique.

Le terme « unique » apparaît la première fois (1) dans la parenthèse du verset 14 qui parle de la Parole devenue chair : « et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part [ou : d’auprès] du Père ». Ce qui est relaté ici, c’est ce que vit la foi au travers d’yeux humains éclairés par l’Esprit. Cette vue n’était pas un aperçu éphémère d’une apparition divine comme ce fut accordé occasionnellement au temps de l’Ancien Testament, mais la gloire de la Parole incarnée put être contemplée avec un délice admiratif, avec adoration et dans la louange à laquelle les âmes pieuses aimaient s’attarder, comme elles le font encore.

De plus, la gloire de la Parole devenue chair était une révélation d’un caractère tout à fait nouveau, qui différait entièrement de tout ce qui avait été connu au temps de l’Ancien Testament. Ce n’était pas la gloire-Shekinah écrasante, qui faisait fuir, la gloire de l’Éternel qui siège entre les chérubins, mais la gloire d’un Fils unique d’auprès du Père. L’expression figurée décrit ce qui prédominait dans le caractère de la révélation Personnelle dans la Parole. La gloire de la Parole quand elle était contemplée en chair, était la gloire (l’excellence manifestée) d’un amour Paternel et Filial qui était chez lui dans le ciel, mais qui séjournait sur la terre en Lui.

La gloire de la Parole qui demeura « au milieu de nous », pleine de grâce et de vérité, avait la nature de la gloire d’un Fils Unique de la part du Père. Sa gloire était si parfaite et si symétrique dans Sa représentation Personnelle du Père qu’elle prenait le caractère d’un Fils Unique de la part du Père ; c’est pourquoi le Seigneur a dit : « Celui qui m’a vu a vu le Père ». Il y avait une communauté absolue de nature entre le Père et le Fils.

Lui, la Parole habitant au milieu des hommes, était le dépositaire du délice de grâce et d’intimité du Père, connu seulement du Fils Unique de la part du Père. Cette intimité exquise était le caractère de la communion du Père et du Fils dans Leur Essence éternelle avant la fondation du monde, et elle fut révélée aux hommes par la Parole incarnée. Ce qui rayonnait de la Parole incarnée était la splendeur de l’amour du Père. « En Toi brille l’Être du Père dans Son expression parfaite ».

 

8.11                   Dans le Sein du Père

Ayant d’abord parlé de la Parole incarnée, contemplée « au milieu de nous », comme « un Fils unique » (v. 14), le Saint Esprit présente alors (2) le Fils unique comme Celui qui déclare les secrets du Père concernant Son propre amour : « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui [au sens de : Lui, et personne d’autre], l’a fait connaître » (Jean 1:18).

Il n’y a qu’un Fils du Père — l’Unique. Le Fils étant qualifié de Fils unique, toute pensée inconsidérée que le Père aurait un autre Fils est exclue. Tout ce qui existe intrinsèquement en Dieu le Fils existe exclusivement dans le Fils unique. Personne n’avait vu Dieu jusqu’alors, ni jamais, Lui dont l’Être est enveloppé d’un mystère impénétrable à toutes les créatures. Mais maintenant le mur opaque allant de la terre aux cieux a été démoli, comme le voile du temple déchiré en deux depuis le haut jusqu’en bas. Les secrets éternels en Dieu qui est lumière et amour ont maintenant été révélés, le Fils unique Lui-même étant Celui qui les a exposé.

Dans le sein ! C’est en relation avec cette révélation personnelle que nous trouvons cette précieuse expression dont le Saint Esprit se sert pour décrire la relation du Fils avec le Père. Cette phrase s’entrelace avec nos plus profondes affections, et éveille notre louange la plus élevée — « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père ». Le sein du Père ! Il fut un temps où l’Éternel parlait à Israël « du lieu secret du tonnerre » (Psaume 81:7). Maintenant Dieu le Père a parlé du lieu secret de l’amour éternel, et par le Fils qui y a toujours demeuré et y demeure toujours.

Le sein est la place de l’amour qui s’exprime et dont on jouit ; le Fils unique y demeure pour recevoir et donner en retour cet amour, qui partage tous les propos et délices secrets avec Celui dans le sein duquel Il est (cf. Michée 7:5) : « Car le Père aime le Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait lui-même » (Jean 5:20). Et maintenant sont manifestées en Lui « toutes ces profondes affections qui remplissent le cœur du Père ». Nous les apprenons maintenant, mais nous les apprendrons plus pleinement dans la maison du Père, de la part

 

« Du Fils qui est seul à connaître tout Son amour ;

Et qui nous amène comme Ses bien-aimés

À ce brillant repos là-haut ;

Il demeure dans Son sein, Il sait tout

Ce qui est dans ce sein ;

Et Il vint sur terre pour le faire connaître,

Pour que nous partagions Ses joies ».

 

9                    L’Éternel salue Son Fils

 

« Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré » (Psaume 2:7).

 

Dans le Nouveau Testament, il est question du Fils du Père, et dans l’Ancien Testament il est question du Fils de l’Éternel. Le Père est le nom divin associé à l’amour de Dieu manifesté dans Sa famille, et l’Éternel est le nom associé au gouvernement du monde par Dieu par le moyen de la nation d’Israël. Arrêtons-nous un peu sur cette différence dans la manière de présenter le Fils, spécialement en relation avec le Psaume 2.

Les premières communications de Dieu à l’homme ne dévoilaient pas que « Dieu est amour ». Le temps de l’Ancien Testament était une période probatoire, particulièrement sous la loi, pendant laquelle Dieu était donné à connaître comme le Gouverneur de Son peuple, Israël. « L’accomplissement du temps » (Gal. 4:4) n’était pas encore arrivé où Dieu allait envoyer Son Fils, Lui par qui seul pouvait être manifesté le nom du Père sur la terre.

Mais dans ces premiers jours, les prophètes encourageaient les cœurs des fidèles par les visions des « biens à venir ». Ils déclaraient ce qu’étaient les propos futurs de Dieu à l’égard de la bénédiction de la terre où dominaient alors le péché et ses fruits, annonçant à l’avance l’introduction d’un royaume mondial de justice et de paix. De plus ces prophètes prédisaient que le Messie, ou Oint, qui établirait ce règne de félicité terrestre, subirait tout d’abord des souffrances sans égales, en prélude à Son entrée dans les gloires déterminées de Son administration (1 Pierre 1:11, Luc 24:25-27).

Il y a de nombreux titres pour décrire les gloires royales variées du Messie Prince, dans les prophéties d’autrefois, mais ils sont tous rattachés à Celui dont le Nom est le Fils. Le propos éternel de Dieu, qu’Il se proposait en Lui-même, était de concentrer en Christ l’administration effective des choses dans le ciel et des choses sur la terre (Éphésiens 1:9-10). Ce vaste plan gouvernemental, pleinement révélé dans le Nouveau Testament, n’était que faiblement révélé aux saints hommes d’autrefois.

Néanmoins, bien qu’un voile fût suspendu sur de nombreuses prophéties messianiques jusqu’à ce que Christ Lui-même l’ôte, l’Éternel faisait connaître clairement et précisément Son propos arrêté concernant Son Fils. En face de l’opposition de l’homme, l’Éternel décrétait solennellement qu’Il établirait Son propre Roi en Sion pour soumettre les princes rebelles de la terre, et que ce Conducteur Oint serait Son Fils. Telle est la déclaration du psaume 2.

 

9.1   Le témoignage de l’Esprit au Psaume 2

Le Psaume 2 fournit un témoignage remarquable à la relation de Fils, du Roi de l’Éternel qui est désigné pour régner en Sion et exercer Sa domination jusqu’aux bouts de la terre. De nouveau, comme nous l’avons vu en Jean 3, 5 et 17, le Fils est Celui qui parle au sujet de Lui-même. Nous n’écouterions personne d’autre avec un plus grand délice et une plus grande confiance ! Personne n’est plus qualifié que Lui pour parler de Lui-même et des choses qui ont trait à la Déité. Comme Il disait aux pharisiens : « Quoique moi je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d’où je suis venu et où je vais » (Jean 8:14).

Revenant au récit antérieur à l’incarnation, nous trouvons l’Esprit de Christ dans le psalmiste disant : « Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré » (Ps. 2:7). Le « décret » lui-même se rapporte au gouvernement du monde, et son contenu figure dans les deux versets qui suivent (Ps. 2:8, 9) ; mais dans les paroles citées, Celui qui parle déclare (1) que l’Éternel s’est adressé à Lui comme « Mon Fils », et (2) que l’Éternel L’a « engendré » « aujourd’hui ».

Laissant de côté pour le moment beaucoup d’autres témoignages de l’Écriture Sainte qui vont dans le même sens, nous apprenons de ce seul et précieux récit que, quand le monde se dresse en révolte contre l’Éternel, Lui, dans la préconnaissance ou dans la prophétie ou en fait, contemple imperturbablement Son Fils avec plaisir, disant : « Tu es Mon Fils ». C’est en Lui que se trouvait la ressource de l’Éternel pour la gloire de Son nom dans le juste gouvernement de Ses ennemis. En conséquence, l’Éternel décréta qu’au « jour » fixé le Fils serait « engendré » pour l’exécution de ce propos de briser la puissance des nations rebelles avec un sceptre de fer (*).

 

(*) Certains affirment que ce verset appuie la théorie que la relation de Fils de Christ a commencé à Son incarnation, comme si l’expression « Tu es Mon Fils » n’avait pas d’application rétrospective. Mais un exemple d’une déclaration similaire avec une portée rétrospective se trouve en Genèse 49:3 où Jacob mourant prédit l’histoire de sa famille, et dit à Ruben : « Tu es mon premier-né ». Mais Ruben avait occupé cette relation avec Jacob depuis de nombreuses années. Vu l’état de choses dans ce cas, les paroles du père ne pouvaient pas signifier qu’il lui accordait la primogéniture au moment où il parlait. Si cela n’est clairement pas le cas en Genèse 49:3, pourquoi devrait-il l’être au Psaume 2:7 ?

 

On peut mesurer l’importance de la doctrine de ce passage prophétique par le fait qu’il est cité pas moins de trois fois dans le Nouveau Testament en témoignage à la relation de Fils de l’Envoyé de Dieu (Actes 13:33, Hébreux 1:5 et 5:5). Il est désirable donc de considérer sa signification avec le plus grand soin, cherchant tout d’abord à vérifier quel est le sujet ou le thème du psaume où se trouve ce verset 7, et comment le contexte éclaire ce verset.

 

9.2   Le thème du Psaume 2

Nous nous rendons tout de suite compte que l’atmosphère du Psaume 2 est tout à fait différente de celle du quatrième évangile. En Jean, nous respirons l’amour et la gloire de Dieu manifestés par le Fils dans un monde de mort et de ténèbres ; mais en David, la colère de Dieu et Son jugement impitoyable des potentats rebelles de la terre sont confiés au Fils. En Jean, nous avons la grâce et la vérité, en David la colère et le malheur.

Dans ces deux parties de l’Écriture, on voit Dieu agir par le moyen du Fils, et dans chacune d’elles le Fils est présenté sous un caractère approprié au thème du passage. L’évangile du Nouveau Testament manifeste le Fils donné pour révéler l’amour de Dieu envers le monde, et aussi l’amour du Père envers ceux qui reçoivent Son Fils. Mais dans le Psaume de l’Ancien Testament, le Fils est montré comme l’Exécuteur du jugement divin sur le monde en révolte ouverte contre l’Éternel et contre Son Oint.

Dans ces deux révélations, le Fils entre dans la sphère du péché de l’homme, mais tandis que dans la seconde révélation, il est répondu aux ténèbres et au mal de l’homme par le serpent d’airain de la grâce (Jean 3), — dans la première révélation, l’inimitié de l’homme contre Dieu est réprimée par le sceptre de fer de la justice (Ps. 2).

Le thème du psaume 2 est donc la répression de l’hostilité de l’homme contre l’Éternel et contre Son Oint par les jugements écrasants de la puissance divine. En rapport avec ce tableau du gouvernement, il est révélé que Celui que l’Éternel salue comme Son Fils possèdera la terre entière, et qu’Il réduira en pièces les ennemis de l’Éternel. Le Fils est vu ici sur le trône de l’Éternel plutôt que dans le sein du Père, selon ce qu’on voit dans le quatrième évangile.

 

9.3   La structure du Psaume 2

Ce psaume 2 est facile à diviser par sujet, en quatre strophes de trois versets chacune :

·             Les conseils du monde contre l’Éternel (v. 1-3),

·             Adonaï se rit du complot de l’homme (v. 4-6),

·             Le décret de l’Éternel de gouvernement universel pour Son Fils (v. 7-9),

·             Avertissement d’embrasser le Fils avant la venue du jugement (v. 10-12).

 

9.3.1       Une alliance mondiale

(1) La première strophe (Ps. 2:1-3), prédit la coalition d’Israël (*) et des nations dans une résistance défiant les revendications de l’Éternel et de Son Oint. Le conseil uni des puissances terrestres est de rompre Leurs liens et de jeter loin d’eux Leurs cordes. Cette prédiction eut son accomplissement dans l’union des Juifs et des nations pour crucifier le Messie, l’Oint de l’Éternel, et c’est dans ce sens que la prière des apôtres au Seigneur cite ce psaume (Actes 4:24-28). L’alliance du mal contre l’Éternel et contre Son Christ prédite dans ce psaume aura un autre accomplissement dans l’alliance future entre les Juifs apostats et le chef du quatrième empire des nations ressuscité (Apocalypse 13).

 

(*) Il faut remarquer que dans ce psaume, Israël est vu comme réuni aux autres nations, et non dans la séparation que l’Éternel lui avait donnée. Les conditions sont celles d’un désordre moral extrême. La nation élue est considérée comme « Lo-ammi » (Osée 1:9). L’Éternel ne dit plus : « Israël est mon fils » (Exode 4:22, Osée 11:1, Matthieu 2:15). Le Fils éternel prend la place d’Israël sur la terre à la fois comme Fils et comme Serviteur (Ésaïe 42).

 

9.3.2       Roi sur la montagne de Sion

(2) cette confédération de puissances du monde pour répudier toute allégeance à l’Éternel et à Son Christ est considérée avec mépris (v. 4-6), par Adonaï (titre de l’Éternel comme « Seigneur de toute la terre »). Il leur parlera dans Sa colère des cieux (voir Hébreux 12:25-26), et en face de leur hostilité organisée contre l’Éternel et contre Son Oint, Il établira Son Roi sur Sion, la montagne de Sa sainteté. Ainsi le « propos » de puissance et de sagesse de l’homme est réduit à néant ; et en face de l’insurrection concertée contre Lui et contre Son Christ, « le conseil défini et la préconnaissance de Dieu » (Actes 2:23) s’accomplissent à la fois dans l’humiliation et dans l’exaltation du Roi de l’Éternel.

 

9.3.3       La relation de Fils et l’engendrement

(3) Dans la troisième strophe (Ps. 2:7-9), le Saint Esprit nous instruit des délibérations de la salle du conseil divin à l’égard du mal humain universel. Le Fils raconte le « décret » rendu pour réprimer les insurgés. Aucune date n’est fixée pour cet édit solennel. Nous n’avons pas besoin de nous demander : quand et où ? Les éléments finis de temps et de lieu ne s’appliquent pas aux décrets de Dieu : ils sont formulés dans l’éternité quel que soit le temps où Il lui plait de les révéler aux hommes — des « choses connues de tout temps » (*). Y a-t-il aucun passage de l’Écriture niant que cette déclaration du Ps. 2 vint au Fils « avant la fondation du monde » ? Ne vint-elle pas au Fils avant de venir à David par l’Esprit prophétique ?

 

(*) Le texte original de l’auteur cite ici Actes 15:18 selon le traduction du Texte Reçu / version anglaise du Roi Jacques : « Dieu connaît toutes ses œuvres dès la fondation du monde ».

 

Mais quel que soit le moment où ce décret fut énoncé, le Fils en présente le contenu par les paroles que l’Éternel Lui a adressées. Premièrement, la dignité et la qualification de la Personne à qui le décret a été confié sont exprimées par Son nom : « Tu es Mon Fils ». Le Fils est le nom de Celui qui a été désigné pour exécuter le jugement sur la terre. Le premier souci du Saint Esprit est toujours que la gloire essentielle du Fils ne paraisse pas diminuée par le service qu’Il entreprend volontairement.

De la même manière, quand le Seigneur Jésus est vu dans une vision du Nouveau Testament sur le point de « juger et combattre en justice », l’Esprit fait figurer dans la liste de Ses nombreuses gloires gouvernementales que « Son nom est la Parole de Dieu » (Apoc. 19:13). Il n’est pas permis à ce qu’Il devient au point de vue médiatorial, de cacher ce qu’Il est intrinsèquement ; il est inattendu de voir le Saint Esprit pour ainsi dire rappeler à nos cœurs, dans la vision, le souvenir de la gloire personnelle du Fils, quand il foulera « la cuve du vin de la fureur de la colère de Dieu le Tout-puissant » (Apoc. 19:15).

Au premier plan du « décret » figure donc l’affirmation solennelle de la relation de Fils, faite par l’Éternel et adressée au Fils Lui-même — la reconnaissance du Fils comme l’Interprète absolu du conseil de l’Éternel et l’Exécuteur achevé de Sa volonté dans le gouvernement de la terre.

Deuxièmement. Dans la phrase suivante, on passe de l’éternité au temps, car « aujourd’hui » relève du temps, et non de l’éternité : « Aujourd’hui [ce jour-ci], je t’ai engendré ». Il s’agit indubitablement ici de l’incarnation du Fils de l’Éternel. C’est la description de l’Ancien Testament correspondant à celles du Nouveau Testament : « La Parole devint chair » (Jean 1:14), le « Fils, né de femme » (Gal. 4:4), « la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:35).

Prenant ces deux membres de phrases à la suite l’une de l’autre (« Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré »), l’importance de leur combinaison semble résider en ce que, Celui que l’Éternel a appelé Son Fils dans l’éternité hors du temps, est demeuré dans cette relation Filiale quand Dieu L’a engendré dans le temps : le Fils alors est devenu chair, mais Il a conservé tout ce qu’Il avait toujours été comme Fils dans la Déité. Si la vérité avait été différente, l’ordre de la phrase n’aurait-il pas été inversé ? L’acte d’engendrer n’aurait-il pas précédé la salutation comme Fils, s’Il était devenu Fils par Son incarnation ? L’ordre tel qu’il est, est hautement significatif.

En effet, on perd totalement la pleine vérité et la pleine beauté de la communication par le Fils Lui-même de ce propos céleste à l’égard de la terre en tumulte, si l’on ne voit pas les étapes dans l’ordre :

1) Notons d’abord la satisfaction sublime de l’Éternel contemplant le Fils dans sa plénitude immuable : « Tu es Mon Fils » : Il était Son délice ineffable, Sa ressource effective, Son compagnon éternel (Zach. 13:7). Cette expression de plaisir de l’Éternel dans la contemplation de Son Fils est la base de ce qui suit dans la strophe suivante concernant le gouvernement divin du monde.

La construction du verset 7 semble être analogue à celle de beaucoup d’autres versets des Psaumes, bien que d’habitude celui qui parle dans ces autres psaumes soit un saint pieux. Par exemple, le psalmiste s’exclame : « Tu es mon Dieu » ; par la foi il reconnaît la puissance et la bonté de Dieu. Encouragé par cette contemplation, il prend alors la résolution : « Je te cherche au point du jour » (Ps. 63:1). Son propos de chercher Dieu s’est formé sur la base de ce que Dieu était déjà pour lui.

2) Ici également, au verset 7, l’ordre des pensées est que la deuxième proposition (son engendrement) est issue de la première, ou basée sur elle (Sa relation de Fils). Parce qu’Il était le Fils, Il était capable de subjuguer le mal de l’homme et d’établir la gloire de l’Éternel ; par conséquent, c’est dans ce but qu’au temps voulu Il a été « engendré » parmi les hommes : « Aujourd’hui, Je T’ai engendré ». De plus, une fois devenu chair, le Béni était encore le Fils, comme la voix du ciel le déclara, non pas une fois seulement, mais deux (Matt. 3:17 ; 17:5). Cette voix au Jourdain et sur la montagne témoignait de Sa relation de Fils après l’incarnation, comme le Psaume donne le témoignage divin de Sa relation de Fils avant l’incarnation. L’Éternel parle à Son Fils au Psaume 2, comme Il le fait à Son Serviteur en Ésaïe 49.

Nier la relation de Fils avant l’incarnation de notre bien-aimé Seigneur, est un effort de placer des volets sur les fenêtres de la révélation qui s’ouvrent sur Sa gloire dans l’éternité passée. Or « aucune prophétie de l’écriture ne s’interprète elle-même » (2 Pierre 1:20), et ayant à l’esprit la révélation de l’absolue Déité du Fils faite ailleurs dans l’Écriture, nous croyons que la vérité concordante transmise dans cette strophe du psaume est que Celui qui parle n’a pas commencé par être Fils à Son incarnation, mais que Sa relation de Fils est restée intacte malgré Son humiliation. La relation éternelle de Fils, Dieu soit béni, était vraie au commencement, elle l’est maintenant et elle le sera toujours. Le Fils est le Nom révélé exprimant Sa nature intrinsèque dans la Déité, et non pas seulement Son office de médiateur entre Dieu et l’homme.

L’engendrement est associé dans l’Écriture à l’incarnation du Fils, mais n’est jamais appliqué au Saint Esprit, qui n’est jamais « devenu chair ». L’expression assez commune d’« engendrement éternel » appliqué au Fils n’est pas supporté par l’Écriture, car comment la Déité du Fils pourrait-elle dériver d’un Autre ? ou comment la relation éternelle de Fils pourrait-elle être conférée par engendrement ? Mais étant Fils de toute éternité, une fois qu’Il est né de la vierge Marie, Il put être appelé le Fils du Très-haut (Luc 1:32).

L’engendrement dans ce psaume décrit la manière dont a été introduit dans ce monde le Fils de l’Éternel qui vint comme le Roi légitime en Sion pour posséder les bouts de la terre. L’Oint de l’Éternel devait être le Fils de David et le Seigneur de David. Cependant quand Jésus demanda aux pharisiens : « Que vous semble-t-il du Christ ? de qui est-il Fils ? » (Matt. 22:42), aucun d’entre eux n’eut la foi de se référer aux paroles que l’Éternel Lui avait adressées : « Tu es Mon Fils » selon que ce psaume 2 le relate. Sa relation de Fils et Son humilité éveillèrent leur haine, et non pas leur hommage, et en conséquence leurs yeux furent aveuglés (Jean 12:37-41).

 

9.3.4       La demande

(3 bis) L’Éternel invite Son Fils à demander d’hériter du monde : « Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre » (Psaume 2:8).

Cette invitation contient une description de la fonction décrétée de suprématie universelle qui Lui a été attribué comme Oint de l’Éternel en réponse au tumulte faisant rage au sein de l’humanité contre Ses revendications lorsqu’Il est venu dans le monde (Ps. 2:1-3). L’Éternel donnerait à Son Fils toutes les nations et toutes les pays.

Une comparaison de ce verset avec les paroles du Seigneur au Père en Jean 17:9 montre la différence déjà notée entre les deux dispensations d’amour et de justice en rapport avec le Fils. Dans le Psaume 2, c’est le monde qui est en vue — dans l’évangile ceux que le Père a donnés au Fils en provenance « du monde » (Jean 17:6) ; les voies de Dieu en gouvernement du monde devaient être mises de côté pour un temps, et après la crucifixion de Christ et Son ascension, l’appel céleste devait être proclamé par les apôtres, et spécialement par Paul.

Par conséquent, à ce moment-là, le Fils ne profère pas la demande du Psaume 2. Son cœur est tourné vers ceux auxquels Il fera connaître l’amour du Père. Il dit : « Moi, je fais des demandes pour eux ; je ne fais pas de demandes pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi (et tout ce qui est à moi, est à toi ; et ce qui est à toi est à moi), et je suis glorifié en eux » (Jean 17:9-10).

Nous ne pouvons manquer de citer les remarques suivantes sur cette demande instructive. « C’est à l’égard des disciples que Lui, le Fils, fait des demandes, non pas en faveur d’Israël ni des nations, ni pour le pays ni pour la terre en général. Il n’est pas question de s’emparer maintenant du monde pour le gouverner, ni même pour le bénir : Il est occupé de Ses co-héritiers, pas encore de l’héritage. L’Éternel va bientôt dire, selon que le Psaume 2 nous le fait savoir : ‘Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre’.

Mais alors le Fils règnera sur sa sainte montagne de Sion, au lieu d’être rejeté sur la terre et reçu en haut. Alors, au lieu de soutenir la famille de Dieu souffrante et portant Son opprobre ici-bas et qui attend la gloire céleste avec Lui, Il brisera les nations avec une verge de fer et les réduira en pièces comme un vase de potier. Ce ne sera plus le temps de l’évangile comme maintenant, mais le jour du royaume en puissance et en gloire.

Ici le Seigneur prie pour les Siens comme le don précieux du Père à Lui-même, alors qu’Il est retranché et n’a rien de ce qui Lui était promis ici-bas ; et Il demande d’autant plus qu’ils étaient au Père.

Mais il est bon de souligner que ceci est l’occasion d’une déclaration en forme de parenthèse, et qui éclaire beaucoup Sa gloire personnelle : « et tout ce qui est à moi, est à toi ; et ce qui est à toi est à moi ». Cette réciprocité aurait-elle pu être exprimée pour le Seigneur en tant que Fils de David, le Messie ? N’est-il pas évident que c’est seulement en vertu du fait qu’Il est le Fils éternel, un avec le Père, que le Fils et le Père ont des droits et des intérêts à la fois sans limites et communs ? » (Exposé de l’évangile de Jean, W. K.).

 

9.3.5       L’avertissement : « Baisez le Fils »

(4) Dans la strophe de conclusion (Ps. 2:10-12), un avertissement est donné aux rois et juges de la terre par rapport à l’Éternel et à Son Oint dont ils ont méprisé l’autorité (Ps. 2:1-3). Ils sont avertis de « servir l’Éternel avec crainte » et de « baiser le Fils, de peur qu’Il ne s’irrite ». « Baiser » c’est rendre hommage au Fils en tant que Roi des rois et Seigneur des seigneurs, — comme Samuel baisa Saül quand il fut oint roi d’Israël (1 Sam. 10:1). Bien qu’il fût lui-même prophète, Samuel reconnaissait ainsi formellement la souveraineté conférée au fils de Kis.

Il est remarquable que dans cette phrase, un mot inhabituel est utilisé dans l’original pour « Fils ». Au verset 7, c’est le mot hébreu plus ordinaire de ben qui est utilisé, tandis qu’au verset 12, c’est le mot bar. Ce dernier est une forme chaldéenne ou araméenne, qu’on retrouve non traduite dans quelques noms propres du Nouveau Testament, tels que Bar-jonas, Bar-thélémy et autres. Dans l’Ancien Testament, bar est traduit par « fils » en Esdras 5:1-2 et 6:14 et Daniel 5:22.

À cause de l’infaillible précision de l’Écriture dans ses moindres détails, la question se pose de savoir pourquoi ce terme exceptionnel bar est employé pour s’adresser aux nations (Ps. 2:12), alors que le mot plus ordinaire de ben est utilisé par l’Éternel pour s’adresser à Son Fils (Ps. 2:7) ? La variation inspirée doit être due à une distinction importante entre les deux termes. L’explication semble être que ben exprime correctement le Fils dans la gloire intrinsèque de Son Être aux yeux de l’Éternel, tandis que le mot bar exprime tout aussi correctement Sa relation de Fils telle que le monde la verra lorsque Lui, le Fils de l’homme, sera manifesté dans la gloire de Son royaume.

Cette interprétation sera corroborée si on trouve ailleurs bar appliqué au Seigneur comme Gouverneur des nations. Or nous le trouvons justement appliqué ainsi dans la vision de Daniel du royaume messianique qui finira par supprimer et remplacer les quatre grands empires des nations. Le prophète voit le Fils de l’homme venir vers l’Ancien des jours pour recevoir un royaume éternel sur tous les peuples, et bar est le mot utilisé pour Fils dans le passage décrivant ce que Daniel vit (Dan. 7:13-14). Comme le sujet de la prophétie est dans le même sens que celui du Psaume 2, la présence de bar dans les deux est hautement significative.

On retrouve encore une fois le mot bar en Daniel. Celui qui marchait dans la fournaise ardente avec les trois Hébreux est décrit comme « semblable à un fils de Dieu » (Dan. 3:25). Ici aussi c’est bar qui est le mot rendu par « Fils » (*). Dans les trois cas, le mot spécial bar est en relation avec les temps de la suprématie des nations. Quelle grâce alors dans l’avertissement solennel adressé aux nations ! « Baisez le Fils, de peur qu’il ne s’irrite, et que vous ne périssiez dans le chemin !» Car quand le Fils de l’homme viendra dans Sa gloire, toutes les nations seront rassemblées devant le trône de Sa gloire pour le jugement (Matt. 25:31-46). Et qui échappera « quand sa colère s’embrasera tant soit peu » ?

 

(*) L’utilisation de bar pour Fils dans ces trois passages est d’autant plus frappante que dans d’autres passages où figure le titre de « Fils de l’homme » comme Ps. 8:4 et 144:3, bar n’est pas utilisé, mais ben.

 

Nous trouvons donc dans ce Psaume 2 un témoignage de l’Éternel au caractère absolu de la relation de Fils de Celui qui fut engendré dans le temps afin de pouvoir hériter de la terre comme Fils de l’homme, gouvernant les peuples en émeute avec une verge de fer, et bénissant tous ceux qui ont mis leur confiance en Lui.

 

« Hosanna au Roi des rois,

La grande Parole incarnée,

Dix mille chants et gloires attendent

La venue de notre Seigneur.

 

« Tes victoires et ta renommée infinie

Parcourront le vaste monde ;

Et les âges éternels exalteront

Les triomphes qui furent les Tiens ».

 

 

10               Appendice C : Au commencement et dès le commencement — Jean 1:1 et 1 Jean 2:13

Exposé de l’évangile de Jean, par W. Kelly, p 120-121

Il était la Parole et le Fils avant le temps décrit comme « dès le commencement ». Aucun esprit humain ne peut sonder le Fils éternel du Père éternel ; et l’incarnation ne fait qu’ajouter à cette inscrutabilité. Mais ceci n’est absolument pas une raison pour ne pas croire ce qui est infiniment au-dessus et au-delà de nous ; cela fait l’objet d’une révélation qui n’est pas douteuse. La raison pour laquelle les hommes achoppent dessus, c’est qu’ils raisonnent de l’homme vers Dieu, ce qui est toujours faux. Il vous faut raisonner de Dieu vers l’homme si vous voulez être dans la vérité ; car qui connaît la vérité si ce n’est Dieu ? Et qui peut révéler la vérité si ce n’est Dieu, comme Il l’a fait en Christ ?

Dans son évangile, Jean est très soigneux pour dire qu’« au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu » (Jean 1:1). Il importe peu jusqu’où on essaie de remonter dans les profondeurs de l’éternité par la pensée. Prenons des millions d’années ! Ce n’est pas le commencement — sachant toutefois qu’il n’est pas correct de parler d’années avant que les mesures du temps s’appliquent. Mais remontez en imagination dans ces profondeurs infinies : Il existait déjà. Lui qui est éternel n’a pas eu de commencement, et dans Sa propre personnalité Il était « auprès de Dieu ».

Non seulement Il était auprès de Dieu comme une personne distincte du Père et de l’Esprit, mais Il était Dieu. Il n’y a pas de qualité plus spécifique de Dieu que d’être éternel ; s’Il n’était pas éternel, Il ne serait pas Dieu.

 

Mais 1 Jean 2:13 se réfère à toute autre chose. Il ne s’agit pas de connaître Celui qui était au commencement auprès de Dieu, mais de connaître « Celui qui est dès le commencement ». C’est le commencement de Son incarnation, de la Parole faite chair, dans ce monde. Tel est le fait absolument nouveau. « Dès le commencement » est compté en partant depuis qu’Il s’est manifesté comme Emmanuel, Dieu fait homme.

C’était Lui que les « pères » connaissaient. Que pouvez-vous savoir du Fils dans l’éternité sauf qu’Il était le Fils unique dans le sein du Père, l’objet de Son délice éternel selon que Proverbes 8:30-31 nous le dit ?

Tel Il était quand aucune créature n’existait en haut ou en bas, ni ange, ni homme, ni être inférieur. Il n’y avait que le Dieu béni, le Père, le Fils et le Saint esprit, comme nous le savons maintenant ; et il y avait les conseils divins qui devaient être ultérieurement divulgués à nous qui croyons maintenant. Que savons-nous de plus que cela ? Mais si nous regardons à « Celui qui est dès le commencement », il y a, on peut dire, presque tout à apprendre et à connaître.

 

 

11               L’utilisation du Psaume 2 dans le Nouveau Testament

Nous avons déjà considéré le témoignage remarquable du psalmiste quant à la qualité (*) de Fils de l’Oint de l’Éternel, tel qu’on la trouve inscrite dans les paroles du Fils Lui-même à l’égard de Lui-même : « Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré ». D’abord l’Éternel reconnaît catégoriquement une relation (« Tu es Mon Fils ») en dehors du temps dans la Déité, existant avant la fondation du monde. Puis, l’Éternel dit ensuite : « Aujourd’hui je t’ai engendré ». Dans cette phrase, Il spécifie une époque, ou un moment dans le temps : « aujourd’hui », le jour où la naissance du Fils a eu lieu.

 

(*) Note Bibliquest : le terme anglais « sonship » a été traduit tantôt par « qualité de Fils », tantôt par « relation de Fils », plus rarement par condition de Fils.

 

Le Roi de l’Éternel était donc le Fils de l’Éternel avant d’être engendré dans le temps, et avant qu’il apparût parmi les hommes pour établir le royaume de justice et de paix promis depuis longtemps en Sion. Cet Oint vint dans la maison et la lignée de David par une procédure extraordinaire. Tandis qu’Il était vraiment Fils de David parce que Marie, de la lignée royale de David, « se trouva enceinte par l’Esprit Saint » (Matt. 1:18), il est tout autant vrai qu’Il était le Seigneur (Adonaï) de David parce qu’Il était le Fils de l’Éternel de toute éternité. Comme né dans le monde, Il était ce Fils [de David] ; tandis qu’avant cette naissance Il était le Fils [de l’Éternel], un fait qui ne pouvait être vrai d’aucune créature, et de personne hormis Lui-même. Comparez Psaume 110:1 et Matt. 22:41-46.

La vérité du caractère éternel de la relation de Fils confère un caractère haut élevé et incomparable à la condition de Messie du Seigneur Jésus, et le fait de Sa gloire personnelle comme Fils de l’Éternel a aggravé d’une manière indescriptible le péché d’Israël de l’avoir rejeté. Le Messie qui leur avait été envoyé n’était pas seulement le Serviteur de l’Éternel, dont Ésaïe dépeint la dignité et l’excellence exceptionnelles, mais Il était aussi le Fils de l’Éternel selon le témoignage de David dans ce Psaume 2. L’Éternel L’avait envoyé en tant que Serviteur pour recevoir le fruit de la vigne, et en tant que Son Fils pour recevoir le respect des cultivateurs, disant : « Ils auront du respect pour Mon Fils » (Matt. 21:37). Mais dans une incrédulité méchante (Héb. 3:12), la nation méprisa Celui qui avait été envoyé en tant que Serviteur, et Le crucifia en tant que Fils.

Sur le plan de la parabole, Celui qui fut envoyé n’était-Il pas le Fils du Seigneur de la vigne avant d’être envoyé en mission ? N’était-Il pas présenté dans la parabole comme le Fils resté en réserve pendant que d’autres moyens moindres étaient essayés avec les cultivateurs, jusqu’à leur échec ? C’est très vrai ; Il vint à eux, non pas comme le Fils nouvellement devenu tel, et fourni pour l’occasion, mais dans son propre droit intrinsèque. Les cultivateurs le savaient bien, car ils dirent : « Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le ». Et la cause spécifique de la colère de Dieu, qui tomba sur eux au plus haut degré, fut leur crime contre le Fils, non pas le meurtre des serviteurs de l’Éternel depuis Abel jusqu’à Zacharie (Matt. 21:33-41, 23:34-36).

Nous allons maintenant considérer les citations du Psaume 2 (v. 7) que l’on trouve dans le Nouveau Testament ; et, en notant le contexte de ces citations, nous chercherons à découvrir la portée spéciale des paroles prophétiques telles qu’elles sont présentées. Le passage est cité une fois par Paul dans un discours aux Juifs de la synagogue d’Antioche (Actes 13:33), et deux fois par ce même apôtre dans son épître aux croyants Hébreux qui confessaient Christ (Héb. 1:5 ; 5:5). Dans ces trois cas, nous trouverons que le but de la citation est d’établir la qualité de Fils du Messie sur la base et avec l’autorité de la déclaration divine relatée au Psaume 2. Celui que Dieu a envoyé est venu non seulement pour exercer Ses fonctions médiatoriales comme Engendré par l’Éternel, mais Il est venu comme Fils dans le droit personnel qu’Il possédait en propre avant le jour de Son incarnation. Quel grand péché de refuser un Envoyé tel que Lui !

 

11.1                   Les promesses de Dieu sont accomplies dans le Fils

Paul annonça à la congrégation des Juifs de la synagogue d’Antioche de Pisidie que Dieu avait amené à Israël un Sauveur, Jésus, issu de la semence de David (Actes 13:23). Il leur montra que, bien que la nation L’ait rejeté et mis à mort, Dieu L’avait ressuscité d’entre les morts, et qu’il y avait désormais pardon et justification pour tous ceux qui croient.

Un bref examen de la structure du discours de l’apôtre montre que son appel à l’auditoire reposait sur le fait que Jésus est le Fils de Dieu : cette vérité a été dès le début la caractéristique particulière du ministère de Paul (Actes 9:20), à l’inverse de la prédication de Pierre qui mettait l’accent sur le fait que le Nazaréen crucifié avait été glorifié dans le ciel.

 

11.1.1    La structure du discours de Paul en Actes 13

Après avoir retracé l’histoire nationale juive depuis le pays d’Égypte jusqu’au règne de David, l’apôtre déclare que le fait que Jésus ait été suscité était le véritable accomplissement de la promesse que Dieu leur avait faite d’un Sauveur. Il se référait à trois faits historiques principaux concernant Christ :

·             à Son précurseur (13:24-25),

·             à Sa venue et à Sa crucifixion à Jérusalem (13:27-29),

·             à Sa résurrection (13:30-31).

 

En rapport avec le rejet du « Sauveur Jésus », Paul mentionne deux aspects particuliers. En Le rejetant et en Le mettant à mort, les Juifs étaient : a) coupables du péché d’ignorance (13:27) ; et b) ils avaient accompli l’Écriture en Le condamnant (13:27, 29). On retrouve ces mêmes deux faits dans l’accusation de Pierre contre les Juifs à Jérusalem (Actes 3:17-18).

 

11.1.2    Les citations de l’Ancien Testament en Actes 13

Ayant ainsi établi brièvement les faits historiques dans les versets 24-31, l’apôtre, dans les versets 32-37, applique à deux de ces trois faits la lumière du témoignage de l’Esprit dans l’Ancien Testament. Passant par dessus (1) les prophéties se rapportant à Jean le baptiseur comme précurseur du Seigneur, il ajoute le témoignage écrit des oracles divins relatifs à la gloire personnelle de Jésus que Dieu a suscité. (2) En Jésus, dit l’apôtre, était l’accomplissement de la promesse : « comme aussi il est écrit dans le psaume second : «Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré » (13:33).

L’apôtre applique alors un autre passage de l’Écriture au troisième point historique, (3) celui de Sa résurrection (13:34-37). La résurrection de Jésus d’entre les morts pour ne plus retourner à la corruption fut préfigurée en Ésaïe 55:3 et aux Psaumes 89:1, 19 et 16:10. Cette prophétie, dit Paul, ne pouvait se référer à David que Dieu n’avait pas ressuscité d’entre les morts ; elle est donc accomplie dans sa Semence, Celui que Dieu a ressuscité.

Notez maintenant, à la lumière du contexte précédent, la force de l’exhortation de Paul qui suit : « Sachez donc, hommes frères, que par lui [par cet Homme] vous est annoncée la rémission des péchés » (13:38).

L’index du prédicateur inspiré pointait vers « cet Homme ». Paul présentait Celui à qui rendaient témoignage à la fois l’histoire récente et les prophéties anciennes. Que Jésus soit né dans la cité de David, qu’Il ait été pendu au bois hors de Jérusalem, et qu’Il ait été déposé dans le sépulcre de Joseph d’Arimathée, c’était de l’histoire récente. Telle était la brève description de ce qui était arrivé à Celui qui avait été suscité, en qui toutes les promesses de Dieu sont Oui et Amen, et de la manière dont Il fut reçu par ceux vers qui Il était venu.

Mais qu’avait dit le psalmiste concernant le Roi messianique ? David avait conservé par écrit pour Sa louange un écho de Sa gloire personnelle venant du passé intemporel. Avant que les mondes fussent, l’Éternel avait salué Celui qui allait venir. L’Éternel ne Lui a pas dit : « Tu es Mon Roi », ou « Tu es Mon Oint » ; Il n’a pas non plus magnifié l’office médiatorial et gouvernemental qui Lui était donné, en s’appuyant sur Sa majesté de Donateur, mais l’Éternel lui a dit : « Tu es Mon Fils », insistant sur Sa relation personnelle dans la Déité.

La doctrine de l’incarnation telle qu’elle est préfigurée dans ce verset 7 du Psaume 2 nous apprend que c’est la Personne qui donne sa dignité unique à l’office qu’elle remplit. Quand le Fils est devenu Serviteur, combien Son service fut magnifié, même s’il fut suivi de la croix et du tombeau ! Voyons de plus près la parole de cette prophétie.

 

11.1.3    L’application du Psaume 2

En faisant cette citation, l’apôtre établissait que « cet Homme » [« par lui »] qu’il annonçait, était identique au Fils de l’Éternel prédit par l’Esprit. Celui que Dieu « a suscité » pour accomplir Sa promesse a été personnellement désigné dans cette prophétie. Le Jésus des évangiles est « le Fils » du Psaume 2. Jésus, « de la semence de David selon la chair », était le Fils de l’Éternel dans sa propre nature personnelle et intrinsèque, à qui l’Éternel a dit : « Tu es Mon Fils ».

On observera que la seconde partie du v. 7 du Psaume 2, « aujourd’hui je t’ai engendré », jette beaucoup de lumière sur l’accomplissement de la promesse faite au peuple d’Israël. La première partie indique Qui accomplirait la promesse (le « Fils »), et la deuxième partie indique la manière dont elle serait accomplie (Son incarnation). Il est clairement déclaré que l’accomplissement de la promesse résidait dans le fait qu’Il a été suscité. Les paroles de l’apôtre sont : « Dieu a amené à Israël un Sauveur, Jésus » (13:23), et « Dieu l’a accomplie… ayant suscité Jésus » (13:33). Ce fait de « susciter » ou d’« amener dans le monde », satisfaisait la prédiction : « aujourd’hui je t’ai engendré ». Par Son incarnation, Celui qui était le Fils Éternel est né en Son temps comme « Roi des Juifs » (Matt. 2:2).

Le contexte d’Actes 13:33 où figure cette citation établit donc, si on le pèse bien, l’époque à laquelle a pris place l’engendrement prédit au Psaume 2 : Il était donné à l’auditoire de Paul l’instruction que l’engendrement avait pris place au moment où le Fils de l’Éternel était apparu dans la lignée de la promesse. Depuis David, la Semence messianique fut préservée et continua en une succession ininterrompue jusqu’à ce que Jésus naisse à Bethléem, selon que les généalogies de Matthieu 1 et de Luc 3 le montrent. Par cette naissance, l’Éternel introduisit Son Fils dans la lignée royale de la promesse, et la parole écrite, dont l’accomplissement avait été attendu si longtemps, devint un fait vrai et réel : « aujourd’hui Je T’ai engendré ».

 

11.1.4    Suscité ou ressuscité

Il y a eu quelque confusion dans l’interprétation des versets 33 et 34 à cause d’une supposition injustifiée que « suscité » signifierait « ressuscité » (*) ; le problème vient de la manière de rendre un même verbe grec « anisteemi ». En anglais le même verbe apparaît dans les deux versets (33 et 34), et certains soutiennent qu’il s’agit de la résurrection du Seigneur dans les deux cas.

 

(*) Note Bibliquest : la confusion existe en anglais où « to raise up » signifie la plupart du temps « ressusciter » et exceptionnellement « susciter ». La traduction JN Darby française fait la distinction en utilisant ces deux mots différents, ce qui évite que la confusion apparaisse.

 

Mais cette inférence ne supporte pas l’examen. Au verset 34 il s’agit bien de « ressuscité » parce que la signification du mot est restreinte par l’expression qualificative « d’entre les morts ». Quand nous lisons là : « qu’il l’ait ressuscité d’entre les morts », il est certain qu’il s’agit de la résurrection de Christ. Mais la signification générale du verbe grec est celle de placer une personne, ou de la faire se tenir dans une certaine position ou un certain office. Or c’est dans ce sens général que le verbe est employé au verset 33 : le Seigneur Jésus fut placé dans la position de Celui qui est l’accomplissement de la promesse : « Dieu l’a accomplie… ayant suscité Jésus ».

Ce même verbe est aussi employé dans ce sens général en Actes 3:22, « Le Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète » ; et encore en 3:26 « À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé… ». Ces deux passages ne se réfèrent pas à la résurrection de Christ, et rien dans leur contexte n’est susceptible de restreindre son sens à cet évènement ; inversement en Actes 2:24, 30, 32 il n’est pas douteux que le sujet de Pierre est la résurrection du Seigneur.

Mais au verset 34 du chapitre 13, l’expression « d’entre les morts » limite l’application du verbe à l’acte particulier de la résurrection. D’une manière semblable, on peut observer qu’un verbe différent « egeiro » est utilisé, avec ou sans expression qualificative, dans les versets 22 et 30. Dans le v. 22 le sens est général, « Il leur suscita David ». Mais dans le v. 30 il est fait référence à la résurrection de Christ, ce qui est indiqué par l’ajout de l’expression « d’entre les morts » qui modifie le sens.

La résurrection de Christ est la réponse de Dieu à la culpabilité des Juifs qui mirent à mort Celui qui accomplissait Sa promesse. Par le moyen de la résurrection du Seigneur Jésus, Dieu leur assura « les grâces assurées de David », de sorte que c’est au Ressuscité, qui ne doit plus « retourner à la corruption », que l’apôtre applique les autres passages de l’Écriture tirés d’Ésaïe et du Psaume 16. La confirmation des promesses était faite objectivement dans le Saint ressuscité d’entre les morts. Et « par Lui » [ou : « par cet homme »] étaient prêchées partout la bonne nouvelle du pardon des péchés, et la justification de toutes choses pour tous ceux qui croient (13:38-39).

Quelle puissante démonstration que celle donnée par l’apôtre ! La vérité de la qualité de Fils de l’Oint de l’Éternel est le sûr fondement sur lequel tout l’édifice de la grâce de Dieu et du gouvernement de Dieu est dressé. Et c’était à Lui que Paul rendit témoignage à Antioche de Pisidie aux oreilles fermées de Juifs inconvertis. De plus, voyant ces auditeurs continuer à refuser de croire au Fils de Dieu, l’apôtre tourne l’invitation de l’évangile vers les nations (13:46), selon la parole de l’Éternel à Son Serviteur, qui est Son Fils (Ésaïe 42:6 et Actes 13:47).

 

11.2                   Le nom de Fils, un nom plus excellent

Au début de l’épître aux Hébreux, la citation du Psaume 2 est introduite par le Saint Esprit pour établir la gloire personnelle du Porte-parole de Dieu apparu en ces jours-là. L’épître présente aux croyants Hébreux un vaste cortège de témoignages tirés de leurs Écritures relativement à Christ et à Son œuvre. En tête de cette noble ligne de témoignages irrécusables se trouve la déclaration de l’Éternel qui Lui est adressée : « Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré » (Héb. 1:5).

Par ces paroles tirées des saints oracles au début de l’épître, il est prouvé qu’en dernier ressort, Dieu « nous a parlé [dans la personne du] Fils » (1:2). Celui qui « a hérité du nom plus excellent » de Fils est apparu maintenant, et ce titre lui fait prendre le pas sur eux tous. Parmi Ses prédécesseurs certains ont porté le titre de prophète, ou de sacrificateur, ou de roi. Les anges aussi avaient été des intermédiaires des communications divines, et l’Un d’entre eux, plus distingué que tous, « l’Ange de l’Éternel », avait quelquefois parlé aux hommes. Mais maintenant, Dieu nous a parlé dans le Fils.

 

11.2.1    Les anges supérieurs aux hommes, mais inférieurs au Fils

Nous savons que, dans les différents grades des êtres créés, les anges ont un rang supérieur à celui de l’homme (Ps. 8:5). Jésus Christ doit-Il être rangé dans l’ordre angélique ? Non, le Saint Esprit ne veut pas permettre qu’une pensée si avilissante germe même dans nos cœurs faute d’instruction. Il témoigne que le Seigneur Jésus, ayant fait la purification des péchés, s’est assis à la droite de la majesté dans les hauts lieux, « étant devenu d’autant plus excellent que les anges, qu’il a hérité d’un nom plus excellent qu’eux ». Le Fils est devenu « plus excellent » maintenant, comme dans le passé Son nom était « plus excellent » que les plus hauts dignitaires des armées célestes.

Ce témoignage, comme celui d’Étienne, concerne Jésus qui est maintenant dans la gloire de Dieu. Lui, qui fut « fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort », est maintenant exalté, « anges, et autorités, et puissances lui étant soumis » (1 Pierre 3:22). Mais à cette investiture glorieuse en haut, et au fait qu’Il y soit assis à la droite de la Majesté, bien au-dessus des anges, le Saint Esprit associe Sa valeur intrinsèque fondée sur la vérité de Sa personne et de Son nom. Son nom, celui de Fils, existe avant tout titre, et il est la base de comparaison sur laquelle la dignité des titres se mesure.

Le Fils est « devenu d’autant plus excellent que les anges », non pas simplement en raison des gloires acquises qui accompagnent la rédemption éternelle obtenue pour nous, mais en raison de ce qu’Il est intrinsèquement en contraste avec tous les anges. Il a « hérité d’un nom plus excellent qu’eux ». Il possède à titre personnel le droit au nom de Fils, ce que les anges n’ont pas. Sans aucun doute, le « nom plus excellent » à côté de celui de « Fils » inclut « Dieu » et « l’Éternel » comme on le voit plus loin dans le chapitre (v. 8 et 10), mais nous ne considérons maintenant que le premier de ces noms.

 

11.2.2    L’« Excellence » de ce qui n’a pas été créé

Quelle est donc l’« excellence » spéciale ou la supériorité du nom de « Fils » appartenant au Porte-parole de Dieu ? Le nom de « fils » (de Dieu) est appliqué ailleurs aux anges (Job 2:1, 38:7) dans le sens qu’ils dérivent (de Dieu) par création. Ils sont qualifiés, en tant que classe, de « fils de Dieu » (Dieu est Esprit) en vertu de leur origine comme êtres intelligents et esprits administrateurs affectés au service du ciel (Psaume 103:20). Celui qui nous est présenté en Hébreux 1 est également Fils, mais nous sommes avertis par le Saint Esprit que, dans Son cas, ce nom a une signification de prééminence que le leur n’a pas. Il est le Fils de droit personnel et éternel, tandis que les anges sont fils en raison du statut et des fonctions qui leur sont confiés comme esprits créés dans le cadre de la création. En tant que fils vis-à-vis d’un père, ils doivent leur existence intelligente à Dieu ; en tant que créatures, ils la doivent au Créateur.

La citation du Psaume 2 corrobore cela et établit la supériorité incommensurable du Fils éternel sur tous les anges, bien qu’ils soient appelés « fils de Dieu ». « Car auquel des anges a-t-il jamais dit : «Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré » ? L’Éternel saluait le Fils comme « Fils » dans les relations éternelles immuables de la Déité. Dieu ne s’est jamais adressé d’une telle manière à aucun ange, pas même au plus grand de cet ordre le plus élevé des êtres créés.

À Adam qui était un fils de Dieu parce que Dieu avait soufflé en lui, ou à un ange qui était un fils de Dieu en tant qu’esprit créé, Dieu pouvait s’adresser à eux et leur dire après qu’ils fussent amenés à l’existence : « Tu es Mon fils » ; mais il est impensable que Dieu eût pu dire ceci à l’un d’eux avant qu’ils vinssent à l’existence dans la sphère de la création. Pourtant l’Éternel pouvait s’adresser de cette manière à Son Fils, et c’est ce qu’Il fit. Toute la force de la citation du Psaume 2 dépend de ce qu’elle s’applique uniquement au Fils, qui était le Fils éternel sans avoir été engendré, et cette affirmation du Psaume était par conséquent vraie à son égard avant qu’Il fût engendré dans le temps comme le Fils incarné.

Par ce témoignage décisif, la gloire personnelle de Celui en qui Dieu a parlé est maintenue. Le Fils ne diffère pas des anges simplement en degré, comme un archange peut différer de l’armée des anges qu’il gouverne ; l’incommensurable différence est celle qui existe entre le Fils éternel non créé, et ceux qui devinrent les fils de Dieu par leur création. Et quand le Fils a été « engendré » dans le temps, et a été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort, Sa qualité éternelle de Fils dans la Déité est restée intacte. Il n’a pas acquis le nom de Fils en raison des fonctions médiatoriales qui lui étaient attribuées, mais Il hérite de ce nom, et continue à l’avoir, par droit propre et personnel.

 

11.3                   La qualité éternelle de Fils et la sacrificature

Le v. 7 du Psaume 2 est un témoignage puissant rendu à la Personnalité éternelle du Fils et de Son incarnation comme le Christ. En Héb. 1 le verset est cité en rapport avec Celui en qui Dieu est descendu nous parler ; il est encore cité en Héb. 5:5, mais en rapport avec le fait de s’approcher de Dieu, ce pour quoi nous avons besoin de la sacrificature de Christ. « Jésus, le Fils de Dieu » est l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession : comme apôtre Il est venu de Dieu à nous et L’a pleinement fait connaître ; comme souverain sacrificateur, nous venons à Dieu par Lui. Il est Dieu et homme en une seule Personne, et Il est donc unique dans Sa compétence à représenter Dieu auprès de l’homme et l’homme auprès de Dieu. Cette double vérité dans sa plénitude divine est le sujet spécial présenté de plusieurs manières dans cette épître.

En Hébreux 5:5 le sujet est l’installation de Christ dans l’office (ou : fonction) de sacrificateur, en comparaison d’Aaron. Dieu avait déterminé qui était affecté à la fonction de lévites, et Il avait choisi Aaron en tête de la lignée sacerdotale. Personne ne s’arrogeait l’honneur de la sacrificature pour lui-même (Coré chercha à le faire !). Notre Seigneur non plus n’a pas usurpé cette fonction. Dans Sa soumission à l’autorité de Dieu, le Christ Jésus a été parfait. « Quoiqu’il fût Fils, [Il] a appris l’obéissance » en toutes choses.

Son obéissance a aussi été manifeste dans le fait d’assumer la fonction de sacrificateur. « De même aussi le Christ ne s’est pas glorifié lui-même pour être fait souverain sacrificateur, mais celui-là l’a glorifié qui Lui a dit : Tu es Mon Fils ; moi je t’ai aujourd’hui engendré ; tout comme Il dit aussi ailleurs : Tu es sacrificateur pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédec ». Christ ne s’est pas glorifié lui-même pour être fait sacrificateur, mais Il fut glorifié pour cette fonction par un Autre, et pour une sacrificature d’« ordre » supérieur à celle d’Aaron.

 

11.3.1    Pourquoi y a-t-il deux citations des Psaumes ?

Qui donc L’a glorifié ? Les deux passages des Psaumes (2 et 110) cités en Hébreux 5:5, 6 se combinent pour montrer que cette nomination émane de l’Éternel. C’est l’Éternel qui Lui a dit : « Tu es Mon Fils » et aussi « Tu es sacrificateur ». Dans le cas d’Aaron, l’Éternel avait dit à Moïse : « Et toi, fais approcher de toi Aaron, ton frère… pour exercer la sacrificature devant moi » (Exode 28:1). Mais quand Christ a été glorifié, il n’y a pas eu de médiateur, car c’est l’Éternel qui a parlé directement à Son Fils, disant : « Tu es sacrificateur pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédec ».

Ce verset du Psaume 110 cité au v. 6 de Héb. 5 fait suite directement à la déclaration qui précède (au v. 5), selon laquelle « le Christ ne s’est pas glorifié lui-même pour être fait souverain sacrificateur ». Pourquoi, alors, cette citation du Psaume 2 vient-elle s’intercaler entre deux ? En citant Son propre témoignage du Psaume 2, le Saint Esprit ne souligne-t-Il pas les gloires personnelles du Fils antérieures à Sa sacrificature ? Avant de Le saluer comme souverain sacrificateur, l’Éternel s’était adressé à Lui dans l’éternité comme « Mon Fils ». Et avant qu’Il fût fait Souverain Sacrificateur, Il fut engendré dans la plénitude du temps, devenant le Fils incarné. Dans Son incarnation, Il est appelé Jésus ; dans Sa propre Personne, Son nom éternel est le Fils de Dieu ; et en joignant ces gloires, Son nom est « Jésus, le Fils de Dieu », qui est notre Grand Souverain Sacrificateur exalté au-dessus des cieux (Héb. 4:14).

 

11.4                   Bref résumé de Ps. 2 & Actes 13 & Héb. 1 & 5

Nous nous sommes efforcés, à la lumière du contexte de chacun des quatre passages citant ce Psaume 2 v.7, de déterminer la signification spéciale de ce passage profond. Comme l’or pur tissé dans l’éphod du souverain sacrificateur donnait l’unité, la force, la valeur et la permanence à toute sa structure, ainsi dans ces quatre témoignages la vérité de la relation éternelle de Fils est étroitement et inextricablement imbriquée avec Celui que l’Éternel a engendré. Comme Sa tunique sans couture, on peut dire que Ses gloires divines et humaines sont « tissées à partir du haut ».

1. Dans le Psaume 2, l’Éternel confie le juste gouvernement des royaumes du monde insurgés à Son Roi Oint, qui est Son Fils dans une relation personnelle et absolue ; et en son temps l’Éternel L’engendre pour que Son Fils incarné puisse siéger sur Sa montagne sainte de Sion dans Sa puissance et Sa gloire gouvernementales suprêmes.

2. En Actes 13, le thème est l’accomplissement en « Jésus » des promesses faites à David, — Jésus que Dieu a suscité et envoyé à Son peuple qui s’est rebellé et L’a crucifié. La Personne qui est venue est Celui dont parlait le psalmiste. « Jésus », que la nation choisie a crucifié, était à la fois le Fils de l’Éternel et Celui que l’Éternel engendra, selon ce témoignage tiré de leurs propres oracles.

3. En Hébreux 1, les gloires personnelles de Celui en qui Dieu parle maintenant sont dévoilées en vue de la disparition du système mosaïque, système temporaire et « ordonné par les anges ». Le Fils est en contraste extrême avec les anges du fait que Celui qui seul connaissait les relations personnelles existant éternellement dans la Déité, s’adresse à Lui comme à Son Fils.

4. Hébreux 5 montre Christ appelé, ou salué par Dieu, souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec, un ordre dépourvu de succession contrairement à l’ordre d’Aaron. Or c’est en vertu de Sa qualité éternelle de Fils, que Christ souffrant et obéissant est glorifié en étant nommé à cet ordre sacerdotal, et c’est ce qu’on retrouve dans le Psaume 2:7, où à la fois Sa gloire pré-incarnée et Son avènement en chair sont présentés à la foi et à l’adoration de ceux qui confessent Son Nom.

 

12               Image de Dieu et Premier-né

Le Premier-né est un titre de prééminence haut élevée, que le Saint Esprit donne au Fils afin de rehausser la majesté de Sa Personne à nos yeux, et par là d’éveiller et de soutenir notre adoration et notre culte adressés à Celui qui daigna s’abaisser, jusqu’à prendre l’humanité et à mourir pour la gloire du Père et la rédemption de la créature.

Les ordres supérieurs d’êtres créés adorent le Fils selon le commandement divin : « Quand il introduit le Premier-né dans le monde habité, il dit : Et que tous les anges de Dieu lui rendent hommage » (Héb. 1:6). Si Dieu, dans sa jalousie pour l’honneur du Fils, commande aux anges de reconnaître et respecter les droits personnels du Premier-né, nous pouvons être sûrs que les rachetés doivent Lui offrir et Lui offriront de bon gré leur adoration infinie, non seulement comme le Premier-né de toute la création, mais comme le Premier-né d’entre les morts (Col. 1:15, 18).

Qui mettrait en doute les droits de Premier-né du Fils ? Parmi les hommes, les droits de premier-né sont acquis d’après l’ordre de naissance, et ils sont reconnus par la loi et la coutume ; mais le Fils possède ces droits sur d’autres bases, des bases supérieures. À la différence des fils des hommes, les droits de Fils éternel sont indépendants de la date de naissance. En Lui-même, Il est « sans commencement », bien qu’à un moment donné dans le temps, Il ait été manifesté parmi les hommes, comme médiateur entre Dieu et les hommes. C’est Sa valeur et Sa dignité éternelles comme Fils non créé de l’amour du Père, qui Lui assurent le rang prééminent de Premier-né, aussi bien dans Son abaissement que dans Sa glorification — un rang infiniment supérieur à celui du plus élevé des êtres créés, et un rang que tous les êtres créés devront Lui reconnaître en son temps.

Voilà bien une vérité sacrée et qui élève l’âme ! elle Le concerne Lui, le Créateur de tout, qui néanmoins a été fait semblable à l’homme misérable, en toutes choses à part le péché ! Veillons sur nos âmes de peur qu’étant « vainement enflés » dans nos « esprits charnels », nous négligions de courber nos cœurs dans l’adoration devant ces gloires éternelles de notre Rédempteur. Pouvons-nous faire autre chose que d’adorer le Fils, qui est le Premier-né de toute la création, le Premier-né d’entre les morts, le Premier-né entre plusieurs frères ?

Voyons maintenant comment les gloires et les droits de Celui qui est l’image du Dieu invisible et le Premier-né, ont leur origine et leur fondement dans Sa qualité éternelle de Fils.

 

12.1                   L’enseignement de l’apôtre aux Colossiens (ch. 1)

Il vaut la peine de noter que, dans l’Écriture, les gloires du Christ Jésus sont fréquemment révélées en relation étroite avec les privilèges de la grâce conférés à ceux qui croient en Lui, — nos bénédictions dérivant de Ses gloires. C’est ainsi qu’en Colossiens, ces gloires sont révélées en se référant à notre héritage [« lot des saints »], à notre délivrance [du pouvoir des ténèbres], à notre transport [dans le royaume du Fils de Son amour], à notre rédemption. Dans le premier chapitre, cette Personne bénie est placée devant nous comme le Fils de l’amour du Père, l’Image du Dieu invisible, le Premier-né de toute la création (Col. 1:12-17) — nous nous limiterons à cela pour le moment.

En effet, les gloires du Fils forment une galaxie éblouissante dans ce chapitre. Où que l’on regarde, dans le passé, dans le présent ou dans le futur, le Fils est devant nous dans Sa dignité sublime et incomparable. Si, regardant en arrière, nous demandons : Qui a créé toutes choses ? C’est le Fils (v. 16). Si, regardant en haut, nous demandons : Qui est le chef du corps, de l’assemblée ? C’est le Fils (v. 18). Si, regardant en avant, nous demandons : Qui est le Réconciliateur de toutes choses ? C’est le Fils (v. 20). Si bien que, depuis la fondation du monde nous voyons une continuité ininterrompue des activités de grâce toutes-puissantes du Fils de l’amour du Père, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés (appendice D).

Ce n’est pas peu de chose pour nos âmes que d’être ainsi conduits par le Saint Esprit à travers les sombres corridors des siècles passés jusqu’à l’ultime frontière du temps lui-même — jusqu’à ce moment où les choses créées étaient près d’être amenées à l’existence. Là et alors nous voyons Celui qui a créé toutes choses, le Fils de l’amour du Père, qui existait dans Sa toute-puissance « avant toutes choses ». Avant que commençât l’œuvre de la création, l’amour était présent et actif ; car le Père aime le Fils avant que les mains d’Amour formassent tout ce qui existe. C’est la foi des élus de Dieu, et dans cette pensée qui est au-delà de toute pensée, nous adorons humblement le Fils, qui est « avant toutes choses », et par qui toutes choses subsistent ensemble (v. 17).

 

12.2                   La gloire du Seigneur nous donne la puissance pour marcher dignement

Ces déploiements des gloires personnelles du Fils découlent de la prière de l’apôtre pour les saints de Colosses ; cette prière demandait que, malgré les circonstances hostiles, ils puissent marcher d’une manière digne du Seigneur pour Lui plaire à tous égards (v. 10). Beaucoup de souffrances sont inévitables pour ceux qui veulent être fidèles pour Son nom ; et pour être « patients dans la tribulation », il faut avoir davantage de soutien que tout ce que la nature peut fournir. C’est pourquoi le désir profond de Paul à leur égard était qu’ils puissent être « fortifiés en toute force, selon la puissance de Sa gloire, pour toute patience et constance, avec joie » (v. 11). Dans la mesure où nous apprendrons la gloire de Celui qui a extraordinairement souffert, nos reins seront ceints et prêts à souffrir avec Lui. Si nous contemplons la gloire du Fils de l’amour du Père, nous sommes poussés à nous exclamer comme Pierre : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort ».

Voilà pourquoi l’apôtre se met à les instruire au sujet (1) des bénédictions positives que le Père leur avait déjà accordées, et (2) des dignités personnelles du Fils, par qui ces bénédictions leur sont assurées. Au milieu de leurs tribulations comme chrétiens, ils étaient exhortés à maintenir un esprit de reconnaissance envers le Père en contemplant ce que l’Esprit leur révélait des gloires données au Fils.

Qu’est-ce que le Père avait déjà fait pour eux ? Ils avaient déjà été rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière, la demeure de Dieu (v. 12). La mesure de sainteté qui leur était conférée, les qualifiait déjà pour occuper une place dans la maison du Père. Pour nous comme pour eux, il y avait bien de quoi rendre grâces au Père pour ces actes de grâce.

En accord avec ce fait d’être présentement propres pour la demeure de la lumière, ils étaient délivrés du pouvoir des ténèbres. De plus, ayant été libérés du pouvoir des ténèbres, ils avaient été transportés sous une autre domination. Le Père les avait déjà transportés dans le royaume du Fils de Son amour (v. 13). Rendons en effet grâces au Père pour toute cette activité divine, étant fortifiés « pour toute patience et constance, avec joie » tandis que nous contemplons la gloire du Fils.

 

12.3                   Le royaume du Fils de Son amour

Ce royaume dans lequel nous avons été transportés n’est pas le royaume terrestre annoncé par les prophètes, dans lequel la puissance divine ôte le mal et récompense le bien, parce que les saints à Colosses, bien que dans le royaume, souffraient de la présence et de la puissance du mal, et ils étaient appelés à manifester de la patience, de la constance avec de la joie. Jean, le prisonnier du Seigneur à Patmos, était aussi dans ce même royaume (Apoc. 1:9). C’est le royaume dans lequel le Père place Ses enfants pour qu’ils apprennent à manifester la patience et la débonnaireté de Christ. C’est le royaume dont l’atmosphère est l’amour et la soumission, non pas encore la gloire et la puissance gouvernementale.

L’amour du Père nous est révélé ici dans et par le Fils ; ici aussi, dans ce royaume, le Père révèle les gloires personnelles du Fils, que la chair et le sang ne peuvent jamais ni connaître ni révéler (Matt. 16:17). Pour tous ceux qui ont été transportés dans cet heureux royaume de lumière, le Fils de l’amour du Père est la nourriture de leur foi, l’appui de leur espérance, et la satisfaction de leur amour.

De plus, cette position privilégiée que le Père nous a donnée est due au Fils ; il nous est rappelé que c’est en Lui que « nous avons la rédemption, le pardon des péchés » (v. 14). Ce que le Père nous a donné, c’est le résultat de l’œuvre expiatoire du Fils pour nous. Rendons donc grâces à la fois au Père et au Fils.

 

12.4                   L’image du Dieu invisible

L’apôtre écrit ensuite que le Fils de l’amour du Père est « l’Image du Dieu invisible ». Comme Jean le dit : « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18).

Une « image » constitue une représentation visible de l’invisible, de l’absent (*). Le Fils, dans la lumière éternelle de Sa Personne dans la Déité, est l’Image du Dieu invisible. Il n’a pas acquis cette compétence de représentation par la création, comme Adam qui, tiré de la poussière du sol, fut créé à l’image de Dieu et comme gloire de Dieu (Gen. 1:27 ; 1 Cor. 11:7). Quoique fait un peu moindre que les anges, l’homme avait été choisi pour être le représentant de son Créateur dans le monde. Mais le Fils est le Créateur et, étant Dieu, Il se place devant nous en tant qu’Image de Dieu dans une plénitude infinie, inséparable de Sa gloire personnelle comme le Fils, — cette gloire qui était la Sienne avant qu’Il devînt chair.

 

(*) L’idée maîtresse de la représentation dans le mot « image » est bien illustrée dans l’incident de notre Seigneur et de la pièce de monnaie romaine, ou denier (Matt. 22:20). Désignant l’effigie de l’empereur sur la pièce, Il demanda aux pharisiens : « De qui est cette image ? » L’effigie ou buste était la représentation officielle de l’autorité impériale de Rome, qui gouvernait les Juifs en Palestine. La présence de cette pièce de monnaie dans les mains des Juifs, comme monnaie courante, prouvait irréfutablement leur sujétion au chef du monde qui se trouvait dans la lointaine métropole, car c’était ce chef qui était représenté sur la face de la pièce par l’image impériale.

 

12.5                   Divinité et Déité

Il fallait que, dans le monde, on connaisse quelque chose de Dieu avant que Christ y vienne. L’existence du Dieu invisible, le Créateur de tout, peut être déduite par l’homme à partir des phénomènes des choses créées (Rom. 1:19-20). Les œuvres de la création rendent un témoignage puissant et indiscutable à Sa puissance et à Sa divinité éternelles (theiotees), mais non pas à Sa Déité (theotees). En Christ habitait toute la plénitude de la Déité (theotees) (Col. 2:9). Le Fils est l’Image du Dieu invisible, qui est amour et lumière. Le Fils est le resplendissement de la gloire de Dieu et l’empreinte de Sa substance ou de Son être (Héb. 1:3). Il est « Dieu béni éternellement » (Rom. 9:5). (*)

 

(*) Tout ce que Dieu est en substance et en suprématie, l’Écriture l’attribue également au Fils, au Père et à l’Esprit. Une aide précieuse en rapport avec Romains 9:5 est fournie par le commentaire de W. Kelly dans ses « Notes sur les Romains » p 165-171.

 

Comme le Fils connaissait et jouissait de l’amour du Père dans sa pleine mesure avant même la fondation du monde (Jean 17:24), Il manifeste l’amour du Père dans le royaume de Ses saints ; en outre, étant l’Image du Dieu invisible, Il montre l’amour de Dieu à un monde de pécheurs (2 Cor. 4:4). En tant que Fils, Il est l’Image ou le Représentant ; Il l’est non seulement en raison de Sa nomination officielle comme médiateur, mais en raison de Sa nature Personnelle et éternelle comme le Fils.

 

12.6                   La relation de Fils et l’Image

Ce titre d’« Image » est appliqué dans l’Écriture exclusivement au Fils, et n’est jamais appliqué au Père ni à l’Esprit. Le Fils est Celui qui, dans la Déité, représente et manifeste Dieu à Ses créatures. Venant dans le monde, Il a révélé le seul vrai Dieu à la vue et à la connaissance humaines, comme personne d’autre ne pouvait le faire (voir Jean 17:3). Et en accord avec la prophétie prononcée par l’Éternel par la bouche d’Ésaïe, le Fils de la vierge fut appelé Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » (Matt. 1:22-23). Dans le nourrisson saint, qui fut nommé Jésus, Dieu était manifesté en chair ; Il est l’Image du Dieu invisible.

Il faut remarquer que, dans le langage du Saint Esprit, il n’est pas dit du Fils qu’Il devint l’Image, ni qu’Il fut fait l’Image, tandis qu’il est dit qu’Il naquit de (= Il devint) la semence de David (Rom. 1:3), qu’Il est devenu souverain sacrificateur (Héb. 6:20) et que la Parole fut faite chair ou devint chair (Jean 1:14). Le temps présent est utilisé en Col. 1:15 comme en Jean 1:18, car c’est lui qui révèle la relation du Fils avec le Père dans Son sein ; Il est l’Image visible du Dieu invisible. Cette façon de s’exprimer est d’autant plus frappante que c’est une fois manifesté en chair qu’il fut vu des hommes et des anges comme l’Image du Dieu invisible.

Il y a certainement de la « poussière d’or » cachée dans cette distinction grammaticale, et la gloire personnelle du Fils est révélée dans ce choix des mots par l’Esprit. Le Fils de Dieu, Jésus Christ notre Seigneur, a appartenu à la semence de David selon la chair [‘Il en devint partie’] quand Il naquit dans le temps (Rom. 1:3), entrant dans cette relation à Son incarnation, comme Matthieu 1 le montre. Mais, à cause de Sa relation divine dans la Déité, le Fils était potentiellement l’Image du Dieu invisible de toute éternité ; et l’utilisation du temps présent (« est ») appuie cette interprétation, et magnifie d’autant Sa gloire intrinsèque.

« Les yeux de nos cœurs » (Éph. 1:18) ne discernent-ils pas une différence infinie entre Adam créé à l’image de Dieu, et le Fils non créé de l’amour du Père, qui est l’Image du Dieu invisible ? Cette différence ne repose-t-elle pas sur la Personne à qui il a plu de représenter et de manifester Dieu dans la création en train de soupirer sous les effets du péché ? C’est en « chair » qu’il représenta Dieu, mais le Fils éternel a toujours été et est toujours compétent personnellement pour faire connaître Dieu, bien que ce ne fût qu’une fois incarné qu’Il Le manifestât à l’homme, et que l’Écriture le relate maintenant.

Ainsi le Fils était l’Image du Dieu invisible de droit dans l’éternité, et de fait dans le temps. Et même maintenant le Christ monté au ciel, « qui est l’Image du Dieu invisible », brille sur les hommes dans l’évangile de Sa gloire (1 Corinthiens 4:4).

 

« Tu étais l’Image, sous l’humble aspect d’un homme,

De l’Invisible pour nos yeux mortels ;

Fils de Son sein, descendu des cieux,

Nous voyons en Toi l’incarnation de l’amour de Dieu.

Tes lèvres nous révèlent le nom du Père,

Quelle puissance ardente nous sentons dans toutes Tes paroles,

Tandis que nous T’écoutons, avec des cœurs ravis,

Raconter les gloires d’en haut que Tu connais si bien ! »

 

 

13               Appendice D : L’enseignement de Colossiens

Études sur la Parole de Dieu, Colossiens 1, J.N. Darby

Le Fils nous est ici présenté comme Créateur ; non pas sans doute en excluant la puissance du Père, ou l’opération de l’Esprit : les trois sont un ; mais c’est le Fils qui nous est présenté ici. Au chapitre 1 de l’évangile de Jean, c’est la Parole, le Verbe, qui crée tout. Ici, et dans l’épître aux Hébreux, chapitre 1, c’est sous le nom de Fils que Celui qui est aussi la Parole nous est révélé. Il est la Parole de Dieu, l’expression de la pensée de Dieu et de sa puissance ; c’est par Lui que Dieu opère et se révèle.

Il est aussi le Fils de Dieu, et en particulier le Fils du Père. Il révèle Dieu, et celui qui L’a vu a vu le Père. En tant que né dans ce monde par l’opération de Dieu, par le Saint Esprit, Il est Fils de Dieu (Ps. 2: 7 ; Luc 1: 35) ; mais ceci est dans le temps, quand la création est déjà la scène de la manifestation des voies et des conseils de Dieu.

Mais le nom de Fils est aussi le nom qui exprime la relation propre de sa glorieuse personne avec le Père, avant que le monde fût. C’est dans ce caractère qu’il a créé toutes choses. Le Fils doit être glorifié comme le Père…

Ici, dans l’épître aux Colossiens, ce qui nous est présenté, c’est la gloire propre de sa personne comme Fils avant que le monde fût. Il est Créateur comme Fils : il est important de le remarquer. Ensuite l’Écriture ne sépare pas les Personnes dans leur manifestation. Si le Fils a opéré des miracles sur la terre, Il a chassé les démons par l’Esprit, et le Père qui demeurait en Lui (Christ) a fait les œuvres.

Il faut aussi se souvenir que ce qui est dit de Christ dans le Nouveau Testament est dit de Lui lorsqu’Il a été manifesté en chair ; de Sa personne complète, de Lui, homme sur la terre ; non pas que nous ne séparions la divinité et l’humanité en pensée ; mais même en les séparant, nous avons à penser à la seule personne, à l’égard de laquelle nous faisons ainsi. Nous disons : Christ est Dieu, Christ est homme, mais c’est Christ qui est l’un et l’autre.

Je dis cela ici, non pour faire de la théologie, mais pour attirer l’attention du lecteur sur l’expression remarquable : «En Lui, toute la plénitude s’est plu à habiter» (vers. 19). Toute la plénitude de la Déité se trouvait dans le Christ.

 

 

14               Le Premier-né

En Colossiens 1, le titre du Fils, « Premier-né de toute la création », est étroitement associé à celui d’« Image du Dieu invisible ». Le Fils de l’amour du Père, dans une seule phrase, est déclaré être et l’un et l’autre : « Le Fils de Son amour… qui est l’Image du Dieu invisible, le Premier-né de toute la création ». Par rapport à la Déité, Il est l’Image ; par rapport à toutes les choses créées, Il est le Premier-né ; en outre, ces deux relations se combinent dans Sa Personne bénie, et c’est elle qui leur donne à chacune son caractère incomparable. C’est le Fils qui est l’Image et qui est le Premier-né.

Représentation et dignité sous-tendent respectivement ces deux relations du Fils. En envoyant Son Fils dans le monde, l’amour de Dieu à notre égard a été manifesté (1 Jean 4:9) ; car le Fils de l’amour du Père est l’Image du Dieu invisible, représentant et manifestant Celui qui est amour.

Aussi, quand ce Fils est « trouvé en figure comme un homme », Il est compté comme « Premier-né », car toute la création pâlit d’insignifiance par comparaison avec la gloire de Sa Personne, qui surpasse tout ; il en est de même dans la nature des choses : Celui qui bâtit la maison a plus d’honneur que la maison elle-même (Héb. 3:3). Le Fils Créateur possède la dignité de « Premier-né » quand, par l’incarnation, Il entre dans la sphère de Sa propre création. Cette dignité est Son droit inhérent en tant que Fils.

 

14.1                   Ce que signifie « Premier-né »

Il faut d’abord remarquer que, quand il est appliqué au Seigneur Jésus, le terme « Premier-né » ou « Premier-engendré » n’est pas rattaché au mot « Fils » — si bien que nous ne trouvons pas dans l’Écriture l’expression « Fils Premier-né », alors que nous trouvons l’expression « Fils unique ». Nous apprenons donc que Celui qui est éternel et que nous adorons, est le Premier-né parce qu’Il est le Fils : « Son Fils… qui est… Premier-né ». Le Fils prend le titre de « Premier-né » selon Son propre droit, — un droit inhérent à la qualité de Fils, possédé éternellement, et non pas acquis par priorité de naissance ni par un commencement d’existence. Il n’est pas le Premier-né parce qu’Il était le premier à naître.

Dans l’usage que fait l’Écriture, le terme « premier-né » est lié à des droits prééminents dans le domaine de l’autorité paternelle, du statut personnel, de ce qu’on possède, et autres. Il signifie, donc, le premier quant au rang dans la famille, et ce rang éminent peut, ou non, provenir de l’ordre de naissance ou de la primogéniture (voir 1 Chroniques 26:10).

Par exemple, Jacob utilisa le terme « premier-né » dans ce sens général d’excellence éminente quand il bénit son fils aîné indigne, Ruben : « Tu es mon premier-né, ma force, et le commencement de ma vigueur, prééminent en dignité, et prééminent en force » (Genèse 49:3). Telle était la préséance en rang que le titre de « premier-né » donnait à Ruben sur les autres fils de Jacob, bien que, dans son cas, la valeur de ce titre fût dans une grande mesure perdue pour lui et pour ses descendants à cause de son propre manquement coupable.

Or le contexte de Colossiens 1:15 montre que la suprématie et l’excellence sont inséparablement associées à l’utilisation du titre de « Premier-né » dans ce passage. La raison pour laquelle le Fils de l’amour du Père est « Premier-né de toute la création » est indiquée clairement : c’est parce que toutes choses ont été créées par Lui. Le degré de supériorité du Fils est cette élévation que le Créateur possède au-dessus de Sa propre création. Parce que le Fils a fait les cieux et la terre, quand Il apparaît dans le monde pour notre rédemption, Il prend nécessairement la dignité de « Premier-né » en relation avec la terre et les cieux et tout ce qu’ils contiennent.

 

14.2                   Le Premier-né n’est pas toujours celui qui est né le premier

Parmi les hommes, la priorité de naissance confère en général les droits de premier-né, mais pas toujours. Selon l’ordre de naissance, Ésaü possédait le droit de premier-né, mais ce droit fut néanmoins transféré à Jacob, plus jeune. Bien que David ait eu de nombreux fils nés avant Salomon (1 Chron. 3), les droits royaux de succession au trône de David furent accordés à celui-ci. C’est un exemple frappant, car c’est la raison pour laquelle Salomon paraît dans la lignée du Messie, tracée en passant par Abraham et David (Matt. 1:6), bien qu’il ne fût pas le fils aîné de David (1 Rois 2:22). C’est la grâce souveraine de Dieu qui conféra cette haute distinction de « premier-né » au fils de David et de Bathshéba (Psaume 89:27), montrant que la primogéniture n’était pas toujours suivie des droits de « premier-né ». Salomon n’était pas le premier des fils nés à David, pourtant il devint le premier-né dans la famille royale, et hérita de la couronne d’Israël.

Nous trouvons à nouveau une application de cette distinction lorsque le terme est employé nationalement. Ici aussi, le mot « premier-né » implique, non pas la priorité dans la date de naissance de la nation, mais une préséance et une élévation vis-à-vis d’autres nations. Par exemple, l’Égypte avait une place éminente parmi les nations avant l’appel d’Abram. Pourtant, des siècles plus tard, peu avant que la postérité d’Abram fût rachetée de l’esclavage, le message de l’Éternel au Pharaon fut : « Israël est mon fils, mon premier-né… Laisse aller mon fils » (Exode 4:22-23).

Plus tard dans leur histoire, cette même belle métaphore fut utilisée par Jérémie en rapport avec la restauration prédite pour la nation d’Israël après leur dispersion parmi les nations. Dans les épanchements de l’« amour éternel » de l’Éternel, y compris envers les dix tribus apostates, Il dit « Je les fais venir… Je serai pour père à Israël, et Éphraïm sera mon premier-né » (Jérémie 31:1-9, spécialement v. 8-9).

Il est donc clair qu’Israël « premier-né » n’était pas la première nation à avoir été formée, car l’Égypte et bien d’autres nations existaient avant (Gen. 10) ; et Éphraïm « premier-né » n’était pas l’aîné des tribus de Jacob. Dans tous ces cas, « premier-né » indique une position relative par rapport à d’autres, et ce privilège n’était pas basé sur une priorité d’existence, mais sur la faveur et sur l’élection de Dieu.

Nous concluons donc que « Premier-né » dans l’usage qu’en fait l’Écriture ne signifie pas toujours « le premier né parmi ceux qui sont nés », mais cela signifie parfois « le premier en rang de ceux qui sont nés ». C’est dans ce dernier sens que le terme « Premier-né » est appliqué à notre Seigneur en Colossiens 1 et ailleurs, vu qu’Il est le Créateur et non pas une créature.

 

14.3                   Le Fils qualifié de « Premier-né de toute la création »

Dans l’Écriture, le Saint Esprit fait très attention à protéger la Personne sacrée du Fils qui devint chair. Quand l’Éternel descendit sur le Sinaï à la vue de tout le peuple d’Israël, Il commanda à Moïse de placer des barrières de peur que certains d’entre eux ne s’immiscent de manière profane dans le mystère de la présence divine sur la montagne (Exode 19).

En Colossiens, l’Esprit met aussi des barrières pour protéger la gloire du Fils. Quand Il mentionne que le Fils de l’amour du Père est venu dans le monde pour nous assurer « la rédemption par Son sang, la rémission des péchés » (1:14), Il affirme immédiatement Sa dignité suprême comme « Premier-né de toute la création » (1:15), en même temps que Sa vaste œuvre créatrice qui englobe tout et qui établit indiscutablement cette dignité (1:16-17). Ainsi, dans le Fils de l’amour du Père, le Saint Esprit a uni devant nos yeux le Créateur et la croix, pour que nous puissions L’adorer et Le louer éternellement, L’aimer et Le servir, confessant la gloire éternelle de Sa relation de Fils, qui n’a pas été amoindrie même au plus profond de l’humiliation où Il s’est plu de descendre.

Notre Seigneur est « le second homme », non pas le premier (1 Cor. 15:47), et pourtant Il est appelé « le Premier-né de toute la création ». Il est donc accordé au Fils le titre de « Premier-né », non pas en raison de la date de l’incarnation, qui est effectivement intervenue relativement tard dans l’histoire de la création et de l’homme (*). Non, Son excellence inégalée et incomparable provient de Sa propre gloire intrinsèque comme Fils, qu’Il a manifestée dans la création et dans les œuvres de la création.

 

(*) Il n’est pas permis d’attribuer aux mots « engendré », ou « né », appliqués au Fils dans la Déité, une localisation dans le temps ou dans une succession d’évènements… ces mots ont simplement trait à la relation la plus étroite, ou à la communauté de nature, entre le Fils et le Père. Était-Il ou n’était-Il pas le Fils de toute éternité, comme le Père était le Père de toute éternité ? Allons-nous raisonner à partir de ce qui est humain, et en déduire que parce qu’un père précède son fils, il en est de même dans la Déité ? Je pense que c’est là de l’Arianisme [hérésie d’Arius], et que cela n’a aucun fondement ni dans l’Écriture ni dans un raisonnement sain, tel qu’on l’a quand on raisonne à partir de la nature révélée de la Déité. Bible Witness and Review, 2.374

 

C’est dans ce récit raccourci de la création (v. 16-17) que l’Esprit témoigne à la fois de la gloire personnelle du Fils, et place des barrières contre la curiosité des intrusions de l’intellect humain. Dans Sa description détaillée de l’œuvre créatrice du Fils, Il ne laisse pas la moindre échappatoire à l’homme incrédule qui voudrait suggérer une exception susceptible d’invalider Sa déclaration que le Fils de l’amour du Père est le Créateur de toute la création. Il a créé toutes choses à la fois personnellement selon Ses droits et Sa toute-puissance, et comme instrument du dessein et de la gloire de Dieu. Par conséquent, selon l’enseignement de l’Esprit, rien ne peut franchir la barrière fixe entre, d’un côté, le Fils, le Créateur, et d’un autre côté la créature, ce qui a été produit par Lui. La création entière est venue à l’existence à l’appel de Sa voix et par Sa main. Le Fils donc est avant et au-dessus de toute la création.

Le champ d’action des opérations du Fils décrites dans ces brèves phrases de Colossiens est si vaste dans sa portée que même les êtres célestes les plus puissants y sont inclus. « Lui est avant toutes choses », et « toutes choses subsistent par lui » (Colossiens 1:17). Par conséquent dans ces domaines de ce qui est relatif, ceux de l’existence et de la subsistance, le Fils prend la préséance sur toutes Ses œuvres. Étant Lui-même non créé, sans cause première, Il est « le Premier-né de toute la création ».

Par cette révélation, l’Esprit a placé des limites pour mettre à part le Fils dans Sa majesté propre et dans Sa gloire transcendante, séparant le Créateur de la créature par des barrières infranchissables, de peur que les pensées orgueilleuses de l’homme ne violent la gloire essentielle du Fils en abusant de Son humiliation, soit pour L’abaisser encore davantage, soit pour établir quelque rival à Sa suprématie.

 

« Oh ! Amour qui surpasse toute parole,

Tout entendement et toute pensée,

Que Toi, ô Sauveur béni

Tu nous as apportés du ciel !

En Toi nous voyons unis

Dieu et l’homme en un seul Être ;

C’est pourquoi la puissance et l’amour sans mesure

Sont vus réunis en Toi,

 

La puissance du Créateur

Donne gloire à Ton nom ;

L’amour du Rédempteur

Rehausse toute Ta renommée :

Créateur et Rédempteur,

Tout-puissant Seigneur et Sauveur,

Que la puissance et l’amour qui nous ont sauvés

Soient adorés à jamais ».

 

14.4                   L’utilisation du mot « créature »

« Le Premier-né de toute créature » (selon la Version Autorisée anglaise) est une traduction moins fidèle de l’original que « le Premier-né de toute la création », et les érudits reconnaissent généralement qu’il convient de faire cette correction, car dans cette phrase, « les choses créées » sont vues collectivement plutôt qu’individuellement. Il est vrai bien sûr que le Créateur de toute la création ou de l’univers est aussi le Créateur de tous ses composants. Et il est également vrai que, quand le Fils paraît parmi les hommes « à la ressemblance des hommes », Il est, dans ce qui Lui est dû en Lui-même, « le Premier-né de toute créature » ainsi que « le Premier-né de toute la création ». Néanmoins, la terminologie correcte ajoute une grande beauté et une grande valeur au texte, comme c’est toujours le cas dans tous les écrits inspirés, et c’est pourquoi il faut toujours la rechercher.

Cette correction particulière de « créature » en « création » devrait servir d’avertissement. Nous devons connaître et respecter les limites placées divinement pour préserver la sainteté de la Personne du Fils, et nous ne devons permettre ni à notre imagination, ni à notre logique d’empiéter sur un terrain interdit. Nous ne sommes pas libres de choisir nos mots pour parler du Fils. Le faire sans justification serait tomber dans une erreur dangereuse et présomptueuse. Nous sommes toujours en danger de tomber dans cette erreur, et notre seule sauvegarde contre les fantaisies irrespectueuses de nous ou des autres, c’est de nous en tenir aux expressions précises du Saint Esprit au sujet du Fils, « Lui que nul ne connaît ».

 

14.5                   Un Homme, et non pas une Créature

En réalité, tandis que le Fils béni éternellement est décrit en Colossiens 1:15 comme « le Premier-né de toute la création (ktisis) », nous ne trouvons nulle part que le Fils soit devenu une partie de Sa propre création (ktisis), ni dans ce verset 15, ni dans aucun autre texte de l’Écriture, et nous ne trouvons pas non plus qu’Il soit appelé « une créature (ktisma) où que ce soit dans les expressions dont se sert le Saint Esprit ».

Nous continuons, avec une sainte prudence, à chercher à tracer les limites posées par l’Esprit dans les noms et titres du Fils incarné, et voilà que nous lisons ailleurs qu’Il a été « fait un peu moindre que les anges ». Nous trouvons aussi en plusieurs passages que les langues et plumes inspirées l’appellent « Homme » d’une manière qui nous montre qu’Il devint « Homme » véritablement et exactement. Paul parle de Lui comme « l’homme (anthropos) Christ Jésus » (1 Tim. 2:5), et Pierre comme un « homme (aner) approuvé de Dieu » (Actes 2:22). Le Seigneur parle en effet de Lui-même comme d’« un homme (anthropos) » (Jean 8:40). Mais c’est en vain qu’on chercherait une quelconque référence à cette précieuse Personne comme étant « une créature », et c’est pourquoi nous nous sentons tenus de respecter la réserve de l’Esprit à ce sujet, et de nous limiter au langage de la révélation en ce qui concerne l’incarnation.

Nous n’oublions pas à cet égard que les mots sont parfois utilisés dans un sens poétique ou métaphorique, mais dans ces cas-là, personne ne soutiendrait sérieusement leur sens littéral. L’Esprit de Christ chez le psalmiste dit en parlant de la sainte Victime : « Mais moi, je suis un ver, et non point un homme » (Psaume 22:6). C’est une expression figurative qui se réfère à Son abandon sur la croix. Et personne ne voit aucune contradiction de termes entre « non point un homme » du psaume, et les paroles du Seigneur sur Lui-même aux Juifs, « moi, un homme qui vous ai dit la vérité » (Jean 8:40). Le langage de David est poétique, tandis que celui de Jean est historique et littéral, mais les deux expriment la vérité contenue respectivement dans les deux passages. (*)

 

(*) C’est par une emphase poétique sur l’humiliation de Christ que le terme « créature » est utilisé dans les vers de cantiques suivants : « Qui a assumé la forme de la créature / Pour que les créatures puissent connaître Dieu ». L’auteur de cet hymne s’est permis d’aller au-delà des paroles de l’Écriture — « prenant la forme d’esclave ». La précision de la prose exposant la Parole de Dieu ne se retrouve pas toujours dans l’ardeur et l’exubérance des vers poétiques.

 

La suggestion d’appliquer le mot « créature » au Fils dans son sens littéral répugne à nos instincts spirituels. Certains s’y sont pourtant aventurés, mais avec plus d’audace que de révérence ; partant du fait que le Fils est vraiment Dieu et vraiment homme (ce que l’Écriture enseigne clairement), ils ont déduit qu’ils étaient autorisés à dire avec justesse et convenance qu’Il est « Dieu et créature ».

Mais cette déduction va au-delà de la vérité révélée. En raison du silence significatif de l’Écriture et du manque de permission divine, il aurait été plus sage de dire comme Job : « Je mettrai ma main sur ma bouche… Je n’ajouterai rien » (Job 39:37-38). Le mot « homme » est autorisé par l’usage du Saint Esprit, mais le mot « créature » ne l’est pas.

Cultivons la bienséance et la retenue de langage quand nous parlons de ces saints mystères, et souvenons-nous que les gloires sur la montagne de la Transfiguration disparurent complètement quand Pierre prononça des paroles dévalorisantes à l’égard du Bien-aimé Fils du Père, malgré toute sa sincérité. La réprimande frappante que reçut la langue fougueuse de l’apôtre, en provenance de la nuée de gloire, est certainement rapportée pour notre avertissement (Marc 9:1-8).

 

14.6                   Pourquoi le terme « créature » est-il évité dans l’Écriture ?

Il est toujours difficile de déterminer les raisons de l’absence de tel ou tel mot dans l’Écriture, mais parfois les vérités positives qui y sont révélées permettent de discerner pourquoi l’omission est appropriée. Or les vérités révélées concernant le Fils indiquent avec certitude que, pour Lui, « créature » est un mot inapplicable, qui porte atteinte à Sa gloire. Nous connaissons « l’Esprit de vérité, et l’esprit d’erreur » (Jean 4:6) — le premier se trouvant dans toute l’Écriture, et l’autre dans les commentaires des hommes qui en traitent.

« Créature » (ktisma) désigne en général la nature animée, couvrant dans sa portée large toutes les variétés d’êtres générés par la volonté du Créateur. Peu de mots ont une signification plus vaste que le mot « créature », embrassant effectivement tout et tous à l’exception du Créateur Lui-même, Dieu. Tous, quelque grande que soit leur diversité, sont inclus dans ce terme. Gabriel et Satan sont tous deux des créatures, de même que le Pharaon et Moïse, Hérode et Jean le baptiseur, Néron et Paul. Le lion et l’agneau, l’aigle qui vole et le ver qui rampe, sont pareillement des créatures. Leur nature est d’être une créature, et ils ne peuvent en avoir d’autre. Mais nous n’utiliserons jamais le mot « créature » en rapport avec le précieux Seigneur Jésus, car ce terme embrouille et déshonore parce qu’il est ambigu ; nous préférons confesser, comme Pierre autrefois, avec ferveur et remplis d’adoration : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Nous croyons que c’est la sagesse de Dieu, protégeant la gloire du Fils, qui fait que le terme « créature » est absent de toutes les désignations scripturaires du Fils. Le Saint Esprit a évité tout mot ambigu susceptible de conduire à des pensées moins dignes du Fils qu’elles ne devraient. Il est vrai que nous pouvons sans risque affirmer que tout homme est une créature, mais évidemment nous ne pouvons pas dire, même en langage humain, que toute créature est un homme. Et s’il nous arrive de dire de quelqu’un qu’il n’est qu’« une pauvre créature », on comprend que nous parlons de cette personne avec un certain mépris et dédain. Voilà le danger qui nous guette si l’on applique ce mot de « créature » à notre Seigneur : nous risquons de transmettre à d’autres une telle idée de mépris et de dédain, et en conséquence de blasphémer Son nom parmi Ses ennemis, Sa gloire risquant aussi d’être ternie dans une mesure, y compris à nos yeux.

Soyons donc remplis de révérence et de sainte crainte, et abstenons-nous donc d’utiliser ce mot de « créature », non autorisé quand nous parlons du Seigneur. N’ignorons pas non plus les limites particulières de la vérité révélée au sujet du Fils, que le Saint Esprit a mises en place pour sauvegarder Sa gloire. Nous n’avons pas le droit de L’appeler « une créature » parce qu’Il est Homme, pas plus que nous n’avons le droit de L’appeler « Frère » parce qu’Il nous appelle Ses « frères » (Héb. 2:11-12).

 

14.7                   Le Fils dans Sa condition d’homme

C’est une vérité révélée que le Fils est devenu « Homme » lors de Son incarnation. Les paroles de l’Écriture sont distinctes et précises pour dire que le Seigneur venant du ciel fut le second homme (anthropos) (1 Cor. 15:47). Étant homme, Il faisait donc partie de cette classe humaine, parmi les divers ordres de créatures terrestres, à laquelle Dieu avait donné une éminence de rang supérieur et le rôle de gouverner la terre. Le premier homme reçut cette place de supériorité par désignation formelle de l’Éternel qui souffla dans les narines d’Adam une respiration de vie. C’est pourquoi l’homme est distingué des autres créatures sur la terre par la manière exceptionnelle dont il a été créé, et toutes les créatures furent placées sous sa domination (Gen. 1:28 ; 2:7). Pendant Son ministère terrestre, le Seigneur a fréquemment parlé de Lui comme « le Fils de l’homme ».

Cependant, s’il est vrai que l’homme (anthropos) est, de par son mode spécial de création, la classe la plus noble des créatures de Dieu sur la terre, nous ne devons pas oublier la dégradation que le péché a entraînée sur cette classe. Adam fut la créature terrestre qui pécha, et introduisit la mort et le jugement sur toute sa race (Rom. 5:12), et il a aussi assujetti toute la création à la vanité, comme conséquence de son péché (Rom. 8:20). Mais maintenant la grâce de Dieu qui apporte le salut à tous les hommes (anthropos) est apparue (Tite 2:11). Et « puisque la mort est par l’homme (anthropos), c’est aussi par l’homme (anthropos) qu’est la résurrection des morts » (1 Cor. 15:21).

C’est pourquoi le Seigneur Jésus fut fait en son temps, un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort (Héb. 2:9). En devenant homme, Il est devenu un peu moindre que les anges pour la rédemption de l’homme. L’Écriture nous enseigne cette mesure de Son abaissement pour notre méditation et notre louange ; mais elle n’enseigne pas qu’Il fût fait « inférieur » à l’homme, ou aux anges ; et elle n’introduit pas non plus le terme vague de « créature » en parlant de Son humiliation. L’évangile, c’est que, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, ainsi le don gratuit de Dieu en grâce est par le seul homme, Jésus Christ (Rom. 5:12, 19). En décrivant le Fils incarné et Son œuvre rédemptrice, le mot « homme » est spécifié, mais le mot « créature » est évité.

 

14.8                   Le médiateur, l’homme Christ Jésus

Par conséquent, quand le Fils de l’amour du Père vint en chair dans Sa propre création, Il parut véritablement comme un homme, à tous égards comme un homme, sauf le péché. Le Fils incarné est le Médiateur, « car Dieu est un, et le médiateur entre Dieu et les hommes est un, l’homme Christ Jésus » (1 Tim. 2:5). Dans ce grand mystère, le Saint Esprit parle de condition humaine, jamais de condition de créature. Dans le texte qui vient d’être cité, la Déité et l’humanité sont déclarées être les limites qui englobent cette condition de médiateur. Étendre ou modifier ces limites en introduisant la condition de créature, c’est un mépris insensé de la précision du langage de l’Écriture. Notre médiateur est l’homme Christ Jésus. Le Fils « s’est abaissé à l’état d’homme et dans la poussière » ; c’est pour l’homme — oh, miracle de la grâce ! — que le Seigneur a versé Son sang.

Cette vérité du Fils dans l’humanité nous touche très profondément, nous qui par nature faisons partie de cette race pécheresse. Nous éclaterions volontiers en exultation de louange et en adoration à cause du grand amour de Dieu dont Il nous a aimés, envoyant Son Fils dans le monde pour que nous puissions connaître Son amour. Nous nous émerveillons toujours plus devant la grâce et la gloire du Fils éternel qui daigna devenir homme pour accomplir l’œuvre de la rédemption ; Il est Premier-né de toute la création, et pourtant Il a pris sur Lui la forme d’esclave, et est devenu Médiateur entre Dieu et les hommes.

Dans ce que nous lisons au sujet du Fils sur la terre, allant et venant de manière visible parmi sa propre création dépendante, nous trouvons que la plume infaillible du Saint Esprit Le décrit comme « Homme ». Nous sommes stupéfaits par la « pensée qui a été dans le Christ Jésus », quand nous voyons le Fils incarné classé dans l’ordre supérieur des êtres terrestres, mais prééminent en humilité — l’« Homme approuvé de Dieu ». C’est un étonnement éternel qu’Il soit devenu homme, et encore plus qu’étant devenu homme, Il se soit humilié encore plus — jusqu’à la mort de la croix. C’est là et alors qu’Il est effectivement descendu, pour la gloire de Dieu, au plus profond de la honte, de la souffrance et de l’abandon.

Or le Fils incarné est allé jusqu’à cette terrible tornade d’affliction judiciaire sur la croix, et l’a traversée, sans que Sa nature ne change. Ni Ses souffrances pour les péchés, ni Ses souffrances dans la mort, ne le rendirent inférieur à l’homme. Il fallait en effet qu’Il soit là en tant qu’Homme pour les hommes. C’est comme Fils de l’homme qu’Il a donné Sa vie en rançon pour plusieurs ; c’est comme Fils de Dieu qu’« Il m’a aimé et s’est donné Lui-même pour moi ». C’est ce que nous lisons, et ce que nous croyons.

La prière de l’apôtre en Colossiens 1 nous apprend que le caractère de notre marche sera amélioré en proportion de notre connaissance des gloires essentielles du Fils, et c’est ce qui nous encourage à poursuivre nos méditations sur ce thème sublime. Il s’avère qu’un progrès dans la marche dépend de notre progrès à être « remplis de la connaissance » de la volonté de Dieu en toute sagesse et intelligence spirituelle, et aussi de notre progrès à être « remplis de la pleine connaissance » de Dieu Lui-même (v. 9-10). Or être remplis de cette connaissance implique, comme cela ressort clairement des révélations des versets suivants, l’intelligence spirituelle des gloires essentielles du Fils, à la communion duquel nous avons été appelés. Que le résultat de ces méditations soit notre édification et notre croissance dans la connaissance du Fils !

Ces révélations étaient communiquées à l’origine pour combattre les enseignements nuisibles qui se répandaient parmi les Colossiens. L’imagination de l’homme s’occupait de manière profane et illicite à définir la nature personnelle de notre Seigneur. Ceci fournit dans cette épître l’occasion de révélations riches et précieuses de Ses gloires personnelles par le Saint Esprit, dans le but de corriger de telles erreurs. Et ces révélations sont maintenant la part spéciale de tous ceux qui ont été transportés dans le royaume du Fils de Son amour (v. 13). Cherchons à les recevoir comme telles en toute humilité d’esprit !

 

14.9                   Adorer le Créateur et le Rédempteur

Dans ce royaume de lumière et d’amour, où nous sommes sûrement, nous ne nous lasserons pas d’être assis aux pieds du Premier-né pour méditer toujours à nouveau Ses points d’excellence, uniques et incomparables, tels qu’ils sont déployés dans ces versets. Nous voyons ici le vaste panorama de toute la création, visible et invisible, déroulé devant nous dans ses immensités stupéfiantes ; et nous apprenons ici que Celui « en qui nous avons la rédemption par Son sang, la rémission des fautes » en est entièrement le Créateur et le Soutien.

Quand nous voyons cette gloire de Créateur du Fils de l’amour du Père remontant dans sa puissance intrinsèque avant que le temps fût, cela ne fait-il pas immédiatement vibrer nos âmes de la plus profonde adoration ? Ne pouvons-nous pas anticiper le chant de louange d’Israël restauré à son Dieu Créateur, et dire l’un à l’autre : « Venez, adorons et inclinons-nous, agenouillons-nous devant l’Éternel qui nous a faits ! » (Psaume 95:6) ? Si aujourd’hui nous restons insensibles à la lecture des versets 15 à 17, nous ne le pourrons pas quand nous Le verrons « comme Il est ». Alors nous tomberons sur nos faces devant Celui qui est assis sur le trône, et nous adorerons Celui qui vit aux siècles des siècles. Alors nous jetterons nos couronnes devant le trône, et nous dirons : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir gloire, et honneur, et puissance ; car c’est toi qui as créé toutes choses, et c’est à cause de ta volonté qu’elles étaient, et qu’elles furent créées » (Apoc. 4:11).

Nous bénissons sincèrement Dieu pour ce qu’Il nous dévoile de précieux (v. 15-18) du passé éternel du Fils de Son amour. Car nous notons que les quinze pronoms des versets 15 à 20 sont tous en apposition avec le nom de Fils (v. 13). Chaque phrase subordonnée déclare quelque gloire nouvelle du Fils, auquel elles se rapportant toutes, et en Qui elles se combinent toutes avec une harmonie transcendante. La vue de Ses gloires variées dans la création et la rédemption nous pousse à nous exclamer, comme l’épouse d’autrefois : « Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné dans les vignes d’En-Guédi » (Cantique des Cantiques 1:14).

 

14.10               Le Fils avant toutes choses

De plus, la préexistence du Fils est affirmée dans le passage avec une précision remarquable. Nous lisons : « Lui est avant toutes choses » (v. 17). L’insistance forte mise sur le sujet de cette simple phrase n’est pas à négliger. La place du pronom Lui en tête de phrase a ainsi un caractère spécial. C’est bien « Lui-même » qui est « avant toutes choses » ; c’est Lui (c’est-à-dire le Fils), et nul autre. La Personne du Fils précède l’univers, et il est aussi la Cause universelle.

Tandis donc que le pronom établit la personnalité éternelle du Fils « avant toutes choses », le verbe établit aussi Son existence antérieure à toutes choses créées : « Lui est », non pas Il était, « avant toutes choses » et avant tous les êtres créés. C’est la phrase scripturaire, ou l’expression idiomatique exprimant l’existence absolue, en dehors du temps. Le Saint Esprit s’en sert à l’égard du Fils, comme le Seigneur Jésus le fit à l’égard de Lui-même quand Il dit aux Juifs : « Avant qu’Abraham fût, je suis » (Jean 8:58) ; et encore, Dieu dit à Moïse au sujet de Lui-même avant de l’envoyer vers les enfants d’Israël : « JE SUIS m’a envoyé vers vous » (Exode 3:14).

Avec quelle force simple et quelle beauté ravissante cette phrase courte du verset 17 suit immédiatement le récit de la gloire du Fils en création, Lui qui est l’Image du Dieu invisible, le Premier-né de toute la création ! Lui, Celui qui est unique, qui existe toujours, qui vit à toujours — le Premier-né — Lui est avant toutes choses ! Cette courte affirmation rend la préexistence du Fils très claire pour les plus simples d’entre nous ; car en effet les révélations du Père concernant le Fils sont écrites pour les « petits enfants » (Matt. 11:25). Que nous soyons préservés de la sagesse et de la prudence du temps présent, qui aveuglent le cœur vis-à-vis des beautés éternelles du Fils ; souvent elles les voilent au moyen de paroles d’hommes bons, mais imparfaits.

Ces « toutes choses », que le Fils précède quant à l’existence, sont Sa création. N’est-ce pas une joie pour nos âmes de méditer sur cette grandeur et cette majesté de notre Seigneur ? Nos cœurs ne sont-ils pas ravis quand nous nous souvenons que les cieux et la terre sont « l’ouvrage de Ses mains » ? Toutes choses ! Que nous considérions l’univers et son contenu en termes d’espace (les cieux, la terre, la mer) ou en termes de temps (le passé remontant au commencement de tout, le présent remplissant le court laps de temps de notre vie, le futur avec les âges sans fin au-delà), nous connaissons que le Fils, en qui nous voyons maintenant l’amour du Père, est avant tout, car « par (en, en vertu de) Lui, toutes choses ont été créées ».

Ainsi, nous avons vu dans notre méditation sur cette phrase, « Lui est avant toutes choses », qu’elle contient une affirmation de l’existence éternelle du Fils en tant que Fils de l’amour du Père. Le terme « Premier-né », comme nous l’avons vu, exprime la prééminence en dignité et en valeur vis-à-vis de la création, qui appartient au Fils parce qu’Il est le Créateur de tout. En fait, tout le contexte nous interdit de penser que « premier » est utilisé en tant qu’adverbe de temps, ni que « né » implique que le Fils fût « né avant toute la création » ; mais cela confirme la pensée que « Premier-né » exprime, non pas Son origine, mais Sa relation vis-à-vis de l’univers.

 

14.11               Suprématie du Fils dans la création, mais non pas indépendance

Il peut être utile à titre de références, de juxtaposer les déclarations des versets 16 et 17 qui concernent les relations du Fils avec l’univers en tant que Créateur et Soutien.

·             Par (en, en vertu de) Lui toutes choses ont été créées,

·             par (dia, au moyen de) Lui toutes choses ont été créées,

·             pour (eis, la fin et le but) Lui toutes choses ont été créées,

·             par (en, en vertu de) Lui toutes choses subsistent (v. 17).

 

De ces révélations nous apprenons que le Fils de l’amour du Père a une quadruple relation vis-à-vis de toute la création ou univers, chacune étant différente, mais en harmonie avec les autres.

 

·             Le Fils a agi en vertu de Sa propre puissance en création,

·             le Fils a agi comme l’instrument direct opérant la création,

·             l’honneur et la gloire du Fils sont la finalité ou le but de la création,

·             la puissance du Fils maintient toute la création.

 

Ces vérités de l’épître aux Colossiens nous sont révélées selon une succession permettant de voir ce qui les relie véritablement, et qui provient seulement de la Déité du Fils. D’abord (1), nous voyons Sa suprématie absolue, car Il a créé toutes choses en vertu de Sa propre puissance et de Son propre droit intrinsèques. Puis (2), en passant de la préposition en à dia (ce qui n’est pas visible dans la version française), l’Esprit révèle ce que le Fils a opéré, dans l’œuvre de la création, de manière instrumentale pour la gloire de Dieu le Père.

Ainsi donc, tandis que le Fils, par droit personnel, est la Cause Active de toute la création, Il a aussi agi, dans cette même œuvre, non pas indépendamment, mais comme intermédiaire [médiatement]. Ce qui a été fait par Lui était l’œuvre de toute la Déité, comme nous lisons dans la Genèse que Élohim a dit : « Faisons l’homme à notre image » (Gen. 1:26). Ainsi en Éphésiens 3:9 où il est dit que Dieu est le Créateur de toutes choses.

Ainsi, à partir de ces révélations relatées par le Saint Esprit, la foi discerne la communion du Fils avec le Père, même dans les jours antérieurs à la création ; car dans l’œuvre de création, le Fils, selon les relations impénétrables dans la Déité, a agi à la fois de Son propre droit et pour le compte d’un Autre ; il y a toujours eu une communauté absolue de nature et de dessein entre le Père et le Fils.

Cette vérité de l’unité éternelle du Père et du Fils nous devient très douce et rassurante quand nous nous souvenons qu’elle s’illustre aussi bien dans la préservation des brebis de Christ que dans la création des mondes. « Personne ne les ravira de ma main… et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:28-30), dit le bon Berger. L’unité du Père et du Fils est manifestée dans le cercle de la création et dans celui de la rédemption.

 

14.12               Créé pour Lui et maintenu par Lui

En outre, nous voyons encore comment la gloire intrinsèque du Fils est protégée par « une grande et haute muraille ». L’Esprit, ayant parlé (2) du Fils comme de l’Agent dans la création, et étant jaloux d’empêcher que soient ternies à nos yeux la prééminence et la pureté de la gloire du Fils, de peur que nos esprits n’envisagent, ne serait-ce qu’un moment, la pensée que ce rôle d’Agent dans la création impliquerait une dépréciation de Son Être immuable, — l’Esprit, dis-je, ajoute le membre de phrase « et pour (eis) Lui » (3). Comme le Fils est le premier, de même Il est le dernier. Tandis que toutes choses furent créées par Lui, il est en même temps vrai que toutes choses furent créées pour Sa gloire. Le but [propos] de la création est concentré dans le Fils. L’univers existe pour la gloire du Fils, tout comme il existe pour la gloire de l’Éternel Dieu Tout-puissant, qui était, qui est et qui vient (Apoc. 4:8-11).

C’est pourquoi, comme le Saint Esprit nous permet de regarder en arrière de tout le processus de la création, nous voyons que le Fils n’y a pas une place secondaire ou subordonnée. Lui seul est le Suprême Architecte et Constructeur de l’univers, et c’est Lui aussi qui est la finalité et le but de son existence. Mais il nous est révélé davantage. Pour augmenter encore plus Sa gloire, l’Esprit nous donne la révélation supplémentaire que « toutes choses subsistent par (en, en vertu de) Lui » (4). La toute-puissance du Fils continue dans une activité incessante envers l’univers. Le Fils de l’amour du Père soutient l’existence et l’énergie et le fonctionnement de toutes les choses créées, à toujours.

Cette connaissance du Fils est véritablement merveilleuse à nos yeux, bien-aimés. Mais, ayant cette connaissance du Fils (Que nul ne connaît si ce n’est le Père, Matt. 11:27) communiquée par le Père, ne manquons pas d’honorer le Fils de Son amour, à la fois dans Sa gloire créatrice et dans Ses gloire judiciaire et rédemptrice, comme nous honorons le Père (Jean 5:22-23).

 

14.13               Un levain doctrinal qui s’est introduit très tôt

Sans nul doute ces vérités concernant le Fils ont une valeur prophylactique, pour utiliser un terme médical. Non seulement elles promeuvent la santé spirituelle, mais aussi elles préviennent tout mal doctrinal. Elles furent dévoilées aux croyants de Colosses pour détruire les germes de théories pernicieuses concernant la Personne du Seigneur, et qui existaient déjà parmi eux. Il est bien connu qu’ultérieurement ces germes de mauvais enseignement se développèrent rapidement, malgré ce témoignage du Saint Esprit contre elles ; et vers le quatrième siècle, elles étaient devenues des hétérodoxies largement répandues, corrompant les églises dans toutes les directions.

Les mauvaises doctrines qui sévirent alors furent très variées, mais le fameux Arius enseignait que le Fils était un Dieu secondaire, créé par le Père avant les mondes, qu’Il était la plus élevée de toutes les créatures, et que c’est par Lui, en tant que subordonné, que toutes choses furent créées. Ce coup subtil, mais mortel, porté à la pleine Déité de notre Seigneur était virtuellement anticipé et condamné dans l’épître aux Colossiens et d’autres passages de l’Écriture. Les vérités du premier chapitre que nous avons considérées démentent directement cette doctrine maudite.

On demandera peut-être pourquoi ces méditations mentionnent ces idées fausses et mauvaises d’un passé révolu. Hélas, quand des choses mauvaises et perverses se répandent une fois parmi les saints, leur influence pernicieuse persiste parmi le peuple de Dieu, tant à cette époque-là que dans les générations suivantes. Arius mourut en 336 après J.C., mais l’arianisme et des erreurs du même genre, bien que formellement condamnées, n’ont jamais été complètement éradiquées. Pendant les seize siècles ultérieurs, cet enseignement haïssable a réapparu à de multiples reprises sous des formes et des noms variés.

De nos jours où la chrétienté finit de remplir à ras bord la coupe de l’apostasie, la doctrine de la pleine Déité du Fils est assaillie avec une véhémence aussi grande, voire plus grande que jamais. En tout cas, ces assauts éclatent à une fréquence alarmante, dans les endroits les plus inattendus, parfois avec violence, parfois de manière spécieuse, mais il y a toujours le refus en quelque manière des gloires révélées du Fils de Dieu, et cela blesse tous les cœurs fidèles.

 

14.14               Avertissement contre l’infection

La raison pour laquelle ces doctrines anciennes sont mentionnées ici tient donc aux temps fâcheux où nous sommes, et on en a parlé sous forme d’avertissements [= exhortation] contre le danger actuel qui menace de nombreux croyants qui ne soupçonnent pas ces doctrines. Il est frappant, dans ce contexte (Col. 1:28), que l’apôtre qui prêche Christ, associe « avertissement » [= exhortation] et « enseignement » dans les devoirs du chrétien : « exhortant tout homme et enseignant tout homme » (v. 28). C’était à cause de ce qui menaçait la foi dans ses fondements mêmes que la lettre de l’apôtre a le double caractère d’avertissement [= exhortation] et d’exposé de doctrine. En cas d’épidémie, on diffuse les mesures de précaution à prendre pour la sécurité publique, tandis qu’en temps normal ces mesures préventives ne sont pas nécessaires. L’écart dangereux de la vérité qui avait lieu à Colosses obligeait le ministère apostolique à opérer un redressement. La connaissance de la vérité est la sauvegarde appropriée contre le mensonge (1 Jean 2:21), et c’est la seule efficace.

La notion erronée que le Fils éternellement béni fût inférieur à Dieu parce que, dit-on, Il fut créé pour agir en tant que délégué de Dieu pour l’œuvre de la création, est complètement réduite à néant par ces déclarations de l’Esprit, concises et simples, mais sublimes dans leur simplicité. Les allégations perverses et méchantes des hérétiques ont été anticipées par l’Esprit de vérité, qui révéla que, dans la création, le Fils exerça les pouvoirs incommunicables de la Déité, et qu’Il est par conséquent « sur toutes choses Dieu béni éternellement. Amen ! » (Romains 9:5).

Ces calomniateurs du quatrième siècle ont-ils dit que le Fils avait une lace subordonnée dans la Déité quand Il créa toutes choses ? L’apôtre, parlant par l’Esprit, avait montré dès le premier siècle que non seulement l’univers fut créé par (dia) le Fils comme Instrument actif, mais que l’univers fut créé par (en) Lui, c’est-à-dire en vertu de Sa puissance personnelle et intrinsèque (non pas dérivée) (v. 16). Il n’y avait pas de subordination dans la Déité, mais dans l’œuvre de la création le Fils était le Principal, aussi bien que l’Agent, agissant dans Son propre droit personnel, tout en agissant aussi en coopération absolue avec le Père. Comme le Fils le dit : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17), suggérant, comme les Juifs auxquels Il parlait alors le comprirent immédiatement, qu’Il était l’égal de Dieu, et non pas subordonné à Dieu.

Nous nous réjouissons de savoir que le Fils béni du Père était obéissant dans une perfection de gloire tout au long de Son service ici-bas. Nous nous souvenons qu’Il dit Lui-même : « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père ». Toute Sa vie Il s’est conformé complètement aux activités du Père. Et cette gloire nous l’avons contemplée, dit l’apôtre (Jean 1:14).

Mais, comme pour nous préserver de toute conclusion charnelle selon laquelle l’obéissance du Fils impliquerait Sa subordination dans la Déité, le Fils ajoute : « Quelque chose que celui-ci (Le Père) fasse, cela, le Fils aussi de même le fait » (Jean 5:19). Il y a donc, dans l’Être et le Faire essentiels, une parfaite égalité entre le Père et le Fils. De plus, ce « faire » du Fils de l’amour du Père inclut la création de toutes choses, comme nous l’enseigne l’épître aux Colossiens.

 

14.15               Le Fils n’est pas une créature, ni avant ni après l’incarnation

Tandis que toute idée de subordination du Fils dans la Déité est contraire à Colossiens 1, il est autant blasphématoire d’affirmer qu’Il est une créature, — même si c’était la première et la plus élevée de toutes les créatures, Il resterait une créature quand même. Ce passage déclare qu’Il est le Créateur de « toutes choses », utilisant cette expression globale quatre fois en deux versets (16 et 17). Le Créateur n’est pas une créature ; Il crée, mais n’est pas créé. Le Fils a tout créé, mais Il ne s’est pas créé Lui-même.

Cependant certains, qui ne voudraient pas appliquer le terme malséant de « créature » au Fils dans Son essence éternelle, n’hésitent pas à le Lui appliquer dans Son incarnation. Ils déclarent que la sainte humanité de notre précieux Seigneur était une création spéciale, et sur cette supposition sans fondement, ils affirment qu’il est permis de parler de Lui comme d’une « créature ».

Cependant il n’y a pas un mot de l’Écriture justifiant l’emploi de cette expression laide et répugnante. Le Saint Esprit ne parle pas du Seigneur comme d’une créature, ni comme d’une personne créée, que ce soit avant que les mondes fussent ou lors de Son incarnation. Il est parlé de Sa naissance, non pas de Sa création. Pourquoi ne pas laisser la sobriété sainte et la prudence pieuse gouverner notre langage dans de pareils sujets, où il convient d’être extrêmement scrupuleux ? Nous avons à nous garder d’ajouter aucune parole de notre choix au vocabulaire scripturaire concernant le Fils.

 

14.16               Né de femme, et non pas créé

Dans la parole de Dieu, l’incarnation du Fils est relatée non comme une création, mais comme une naissance : nous lisons que « la naissance de Jésus Christ arriva ainsi… » (Matt. 1:18 ; 2:1). Dieu créa Adam, le premier homme, mais Ève donna naissance à Caïn et Abel (Gen. 1:27 ; 4:1-2). Dans le cas d’Adam, l’Éternel conféra directement la vie dans sa maturité à la poussière inanimée du sol dont l’homme fut formé par son Créateur ; mais dans le cas de Caïn et Abel, c’est une vie d’enfant qui leur fut transmise par leurs parents vivants. Et toute la race d’Adam jusqu’à ce jour commença sa vie de la même manière.

Or notre Seigneur entra dans le monde par naissance, non pas par une création spéciale comme celle d’Adam. Sa naissance prochaine avec son caractère miraculeux furent spécialement annoncés à Marie par l’ange qui lui dit dans sa virginité : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:35). Par ces mots, l’entremise personnelle du Saint Esprit agissant par une puissance inexprimable sur Marie est promise clairement, ainsi que la naissance en résultant, — la naissance de la « sainte chose » qui devait être appelée Fils de Dieu.

C’est une interprétation injustifiable de ce texte que de prétendre qu’il enseignerait que la sainte humanité du Seigneur fut créée — c’est-à-dire qu’elle fut « amenée à l’existence par l’acte créateur du Saint Esprit de Dieu ». Rien n’est déclaré ici ou ailleurs dans l’Écriture qui impliquerait que la naissance de Jésus Christ fût « un acte créateur », dans le sens que la naissance aurait été la production de quelque chose à partir de rien. Une telle théorie ne repose que sur l’imagination de l’homme, non pas sur aucun fait révélé dans l’Écriture.

 

14.17               Fils de Dieu avant et à Sa naissance

La manière selon laquelle l’ombre de la puissance du Très-haut a opéré sur Marie n’est pas décrite. Elle-même déclara : « le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint » (Luc 1:49). Mais quelle que soit l’opération secrète et impénétrable du Saint Esprit, la puissance divine a garanti que Celui qui est né de Marie serait appelé Fils de Dieu. L’accomplissement du temps était venu, et « Dieu a envoyé son Fils, né de femme » (Galates 4:4). C’était Son propre Fils que Dieu a ainsi envoyé, « en ressemblance de chair de péché » pour la condamnation du péché dans la chair (Romains 8:3).

La condition de Fils est clairement prédite pour Celui qui naquit de la vierge Marie. Il était le Fils de Dieu avant Sa naissance, car Dieu a envoyé Son propre Fils ; et Il fut Fils de Dieu après sa naissance, car tel était Son nom en droit, selon les instructions de Gabriel à la mère (Luc 1:35), tandis qu’était également accomplie la prophétie d’Ésaïe (7:14) selon laquelle Son nom serait Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous (Matt. 1:22-23). Étant ainsi Dieu avant et après Sa naissance, Il était Fils de Dieu à la fois avant et après Sa naissance.

 

14.18               La Semence de la femme

Ici, à Bethléem, se trouvait la Semence de la femme, annoncée de manière indistincte en Éden (Gen. 3:15) ; et c’est pourquoi la naissance est sans pareille dans l’histoire humaine. Mais la merveille des merveilles c’est que le Saint de Dieu naquit sans trace de péché d’une femme qui elle-même était née dans le péché et enfantée dans l’iniquité (Ps. 51:5), selon l’état véritable de tous les membres de toute la race. L’explication de ce miracle unique fut donnée à Joseph par l’ange du Seigneur : « Ce qui a été conçu (ou engendré) en elle est de l’Esprit Saint » (Matt. 1:20). Par Son influence sacrée et pénétrante, toute trace de mal était exclue et tout risque de contamination était évité. En reprenant le langage typique, la fine fleur de farine était pétrie avec de l’huile. Et Celui qui était né de Marie était le Fils de Dieu, trois fois saint.

C’est avec la gratitude et la louange les plus profondes, que nous reconnaissons que cet évènement était « de Dieu » d’une manière telle qu’aucun évènement pareil n’a jamais eu lieu ni n’aura jamais lieu. La naissance virginale de Jésus fut une naissance unique, merveilleuse, miraculeuse. À ce moment du temps, « la Parole devint chair ». Tel est le langage de l’Écriture, mais nous ne lisons pas que cette « chair » fut créée, comme certains l’affirment sans l’appui d’aucune autorité adéquate (*).

 

(*) Si, pour remédier à cette carence, on dit que le terme « créer » est employé non pas dans le sens absolu d’appeler à l’existence à partir de rien, mais, dans le sens secondaire de façonner par la puissance divine à partir de quelque chose déjà créé, on peut à juste titre demander pourquoi, dès lors, utiliser le terme « créer » dans ce contexte solennel ? Si « créer » a ce sens ambigu, pourquoi ne pas éviter tout à fait ce terme, comme l’Écriture le fait ?

L’essai de justifier cette phraséologie malsaine par une citation de J.N.D. (Coll. Writings, vol. 10 p. 521) s’autodétruit. On aurait dû voir dans cette citation elle-même que J.N.D. s’abstient délibérément d’appliquer le mot « créature » au Seigneur. Il parle de « la connexion personnelle, dans l’incarnation, entre Dieu et la créature — Dieu et homme dans une seule personne ».

Dans ce passage, J.N.D. se réfère d’abord à « Dieu et la créature » ; et par ce dernier terme, il fait clairement allusion à Romains 8:20-22 — à la créature asservie à la corruption, dont la délivrance aura lieu par le Fils incarné. Mais J.N.D. n’écrit pas « Dieu et la créature en une seule personne » mais « Dieu et l’homme en une seule personne ». C’était en devenant homme que le Fils était la « connexion personnelle » « entre Dieu et la créature ». Les deux guillemets qui encadrent les mots « en incarnation », qui apparaissent dans les Collected Writings (mais omis dans les deux réimpressions du passage), rendent clair le sens voulu par l’auteur, de manière qu’on ne puisse s’y tromper. Il se réfère à la connexion médiatrice et non créatrice entre Dieu et la créature.

Les paroles de W.K. ont également été forcées en les sortant de leur contexte, dans un but identique. W.K. ne parle pas du Seigneur devenant une créature, mais de ce qu’Il a été au lieu, ou dans la sphère, où se trouvent les créatures qu’Il a créées. Ses paroles se trouvent dans un rapport condensé de ses conférences, et on ne peut les interpréter sans leur faire violence. Il dit : « Il ne prit jamais la place de la créature avant de devenir un homme, et alors il fallait qu’Il soit le premier-né. Même s’Il avait été littéralement le dernier-né, Il devait quand même être le premier-né ». Et encore « Il était le premier-né, parce que Lui qui entrait dans la sphère des créatures humaines était le Créateur, et par conséquent il fallait nécessairement qu’Il soit le premier-né » (Conférences sur les Colossiens, p 19-20). Les phrases, « la place de la créature » et « la sphère des créatures humaines », se réfèrent clairement à Son environnement, et non à Sa personne comme certains l’ont supposé.

 

En effet, ayant vu que l’affirmation « la chair de Christ a été créée » s’éloignait franchement de l’Écriture, il est inexact et trompeur d’affirmer que la nature humaine de Christ a été créée (c’est-à-dire formée à partir de rien) dans le sein de la vierge. Marie, sans nul doute, a eu sa part dans le mystère sacré, comme l’ange le lui dit : « Et voici, tu concevras dans ton ventre, et tu enfanteras un fils » (Luc 1:31). Mais affirmer que « la sainte humanité du Seigneur fut créée par un acte créateur du Saint Esprit », c’est en effet nier l’accomplissement des paroles de l’ange à Marie elle-même concernant la conception qu’elle avoir.

L’Écriture ne fait pas de division entre la Déité et l’humanité du Fils incarné, même dans le ventre de la vierge. Croyant que la Personne du Fils éternel est demeurée inchangée et inchangeable quand Il devint la Semence de la femme, nous sommes satisfaits d’être ignorant du saint mystère parce que nous sommes assurés que le processus de l’incarnation est inexplicable pour l’esprit humain, bien que l’Écriture la décrive simplement comme « la naissance de Jésus Christ » (Matt. 1:18).

 

14.19               Le corps préparé

Dans l’épître aux Hébreux, le Saint Esprit applique à la venue du Seigneur dans le monde une citation du Psaume 40, dans laquelle le Fils, le Messie, décrit Son incarnation : « Tu m’as formé un corps » (Héb. 10:5). Il n’y a là aucune allusion à une quelconque « création », mais dans ce passage important où la pensée de l’Esprit est de nous enseigner la nature unique de ce corps, de sorte que le corps de Jésus Christ convenait pour devenir le sacrifice offert à Dieu « une fois pour toutes » (10:10), le mot « créé » est évité ; c’est « formé » qui est utilisé. À cause de sa provenance spéciale, ce corps avait un caractère particulier, à savoir une sainteté intrinsèque et sans pareille, obtenue par l’opération du Saint Esprit, afin que l’obéissance du Fils « jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » soit manifestée dans cette sainteté.

Il plut au Fils d’assumer ce corps dans Son incarnation. Devenir chair, c’était Sa façon d’entrer dans son office de Serviteur pour pouvoir révéler le Père dans un monde de ténèbres spirituelles et de misère morale. Par conséquent, par Sa vie et Son ministère incomparables dans ce corps précieux, nous sommes instruits des relations divines entre le Père et le Fils, dont les écrits de Jean et d’autres nous entretiennent.

De plus, dans les révélations du Fils sur la terre au sujet de ces moments d’intimité céleste impénétrables, la gloire du Père n’a subi aucune ternissure. Et même, la perfection et la plénitude exquises du service du Fils étaient telles que cette gloire en a même été rehaussée. C’est pourquoi, voyant Son chemin sur le point de se terminer, le Fils dit au Père : « Je T’ai glorifié sur la terre ». Sur la terre ! Dans le désert de ce monde, enveloppé comme il l’est encore, de ténèbres qui ne l’ont pas compris (Jean 1:5), Dieu qui est lumière et amour a été pleinement révélé par le Fils dans Son humiliation et Son obéissance ; et Ses humbles labeurs furent couronnés par la gloire du Père. Quel corps était nécessaire pour de telles révélations ! « Tu M’as formé un corps ». Un corps précieux ! sans prix, sans péché, où il y avait l’humanité ! Il était pourtant « en ressemblance de chair de péché » pour devenir sacrifice pour le péché (Romains 8:3) ! C’est Lui qui « a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pierre 2:24).

« Voici, je viens », telle fut la déclaration pleine de joie du Fils dans l’éternité passée, tout comme dans le temps, quand Il assuma le corps préparé au moment voulu et de la manière voulue pour Sa venue dans le monde (Héb. 10:5). « Il devait venir par la femme, étant à cause de cela plus complètement homme qu’Adam [qui n’est pas né de femme], mais conçu par le Saint Esprit, comme personne d’autre ne le fut, pas même Adam : Dieu forma un corps si approprié pour le Fils que, même dans la nature humaine, Lui seul pouvait être le Saint de Dieu.

Il n’aurait pas convenu au Fils qu’il en soit autrement, — ni pour le Fils comme l’objet constant des délices du Père pendant tous les jours de Sa chair en tant que vase adéquat de la puissance du Saint Esprit dans le service, — ni à la fin comme sacrifice pour le péché. Quelle différence d’avec nous qui, même nés de Dieu, ne sommes oints que par l’efficace de Son sang ! Son corps était le temple de Dieu sans le sang » (W.K., Exposé de l’épître aux Hébreux, p 181).

 

14.20               La chose nouvelle créée de Jérémie 31:22

Certains ont essayé de justifier l’application du terme « créature » à notre Seigneur en se référant à une prophétie de Jérémie, comme si elle prédisait la naissance de Jésus Christ à partir d’une vierge, et comme si elle parlait de la naissance comme d’une création de l’Éternel. Les paroles exactes auxquelles il est fait allusion sont : « L’Éternel a créé une chose nouvelle sur la terre : une femme entourera l’homme » (Jérémie 31:22).

Ces commentateurs, voyant que la naissance du Seigneur dans le temps était absolument unique dans son caractère, ont supposé que Sa naissance était la chose nouvelle que l’Éternel avait promis de créer sur la terre ; et partant de cette supposition, ils ont tiré la conclusion qu’il était scripturaire de parler du Seigneur comme d’une « créature ».

Mais si l’on examine de près cette interprétation hardie de la prophétie de Jérémie, elle apparaît tirée par les cheveux, et non supportée par le contexte. Il est possible aussi qu’il y ait quelque confusion avec la prophétie d’Ésaïe 7 qui prédit clairement que, par la conception d’une vierge, Dieu (Emmanuel) sera avec Son peuple pour leur délivrance finale de leurs ennemis, bien que le pays de Juda aura préalablement été dévasté par la puissance écrasante du roi d’Assyrie.

Mais le thème de Jérémie est différent de celui d’Ésaïe. Il ne présente pas, comme lui, un Libérateur venant de la maison et de la lignée de David, mais la repentance profonde, spécialement d’Éphraïm, la maison idolâtre d’Israël, cette repentance devant être la préparation morale pour que la nation entière retrouve la bénédiction. Ce n’est pas, comme en Ésaïe, le Sauveur Dieu apparaissant au milieu du peuple par une naissance miraculeuse, mais leur purification intérieure pour recevoir la nouvelle alliance que l’Éternel fera avec la maison d’Israël et la maison de Juda (Jér. 31:31-34). Jérémie prédit donc que le peuple restauré lui-même sera une « chose nouvelle » créée sur la terre.

Il est vrai que Jérémie, comme Ésaïe, parle bien d’une vierge (Jér. 31:21), mais non pas en rapport avec la venue miraculeuse de leur Messie et Libérateur. Jérémie se réfère nettement à la « vierge d’Israël », à qui il s’adresse aussi comme à une « fille infidèle ». Par cette expression « une chose nouvelle », le prophète a en vue ceux qui seront bénis, non pas Celui qui les bénira. Il voit qu’en ce jour de restauration, le résidu vierge d’Israël se gardera moralement pur, et débarrassé de toute souillure de l’idolâtrie de Babylone (voir Apoc. 14:3-5). La promesse de Jérémie est qu’en ce jour de restauration, Israël retournera à ces villes du pays (Jér. 31:21), desquelles il a été chassé. On peut ajouter que, dans d’autres parties de ses prophéties, il utilise la même image d’une « vierge » en rapport avec la nation (Jér. 14:17 ; 18:13 ; 31:4).

Au verset suivant, Jérémie se réfère à la fin de la dispersion d’Israël parmi les nations, et de leur errance sur la terre à cause de leurs péchés, comme des vagabonds, comme Caïn stigmatisé : « Jusques à quand seras-tu errante, fille infidèle ? » La réponse est : jusqu’au jour de leur repentance nationale. Et alors le prophète continue immédiatement par une métaphore frappante pour montrer le moyen de cette restauration : « Car l’Éternel a créé une chose nouvelle sur la terre : une femme entourera l’homme » (Jérémie 31:22).

La chose nouvelle est la vraie pénitence, opérée par l’Esprit, à la fois de Juda et d’Éphraïm, et leur établissement commun dans leur propre pays aux jours de la nouvelle alliance. Cette repentance des deux maisons d’Israël sera un évènement sans précédent dans la longue histoire de cette génération au cou roide et obstiné. Alors le peuple confessera sa culpabilité (Ésaïe 53) et se lamentera à cause de ses péchés ; et il y aura la grande lamentation à Jérusalem (Zacharie 12:10-14).

L’Éternel lui-même « créera » cette repentance unanime, car Il versera dans leurs cœurs un esprit de grâce et de supplication (Zach. 12:10). Le changement du cœur de la nation par l’enlèvement du voile qui le recouvre (2 Cor. 3:16) sera l’œuvre du Dieu de leurs pères, qui a ressuscité Jésus, et L’a exalté « afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés » (Actes 5:30-31). L’Éternel « créera » en eux un cœur pur, ce que David (type du résidu dans sa culpabilité sanglante) supplia d’avoir pour lui-même (Ps. 51:10). Il fera un cœur nouveau et un esprit nouveau chez Son peuple, ôtant leur cœur de pierre, selon la prophétie d’Ézéchiel (Éz. 11:19 ; 36:26).

 

14.20.1La femme faible et l’homme fort

En vérité on verra une « chose nouvelle » frappante sur la terre des nouveaux cieux et de la nouvelle terre du jour millénaire, quand le peuple d’Israël, après avoir désobéi pendant tant de siècles à l’Éternel, sous la loi et sous la grâce, et avoir rejeté son Messie dans Son humiliation et dans Son exaltation, — quand ce peuple se tournera enfin vers le Seigneur, reconnaissant leurs péchés présomptueux et étant la preuve de Sa grande miséricorde. L’étonnement du monde entier en ce jour-là sera que la nation impure sera devenue sainte à l’Éternel, que le petit sera devenu grand, et le faible fort.

Car le résidu Juif qui sera sauvé sera si peu nombreux et si faible ! Seul un tiers traversera les feux consumants de la grande tribulation, mais à ce « petit troupeau », l’Éternel dira : « C’est ici mon peuple » (Zach. 13:9), et Il entendra leurs prières et leur donnera le royaume. Mais quand nationalement ils seront faibles et brisés, c’est alors qu’ils regarderont à Dieu qui sera leur force ; alors, comme le prophète le dit avec expression : « Une femme entourera l’homme ».

Nous comprenons donc que, dans cette métaphore audacieuse et vigoureuse, le mot « femme » est utilisé comme symbole de la nation d’Israël dans son état de faiblesse et de crainte confessées immédiatement avant sa restauration. L’utilisation que fait Jérémie de cette métaphore particulière n’est pas un exemple isolé dans le langage prophétique. Ésaïe emploie aussi la même figure pour parler d’une condition de faiblesse et de crainte de la nation Égyptienne : « En ce jour-là, l’Égypte sera comme des femmes ; et elle tremblera et aura peur devant le secouement de la main de l’Éternel des armées » (Ésaïe 19:16). On trouve aussi ailleurs le mot « femme » pour désigner une telle condition (Ésaïe 3:12 ; Jér. 51:30 ; Nahum 3:13).

Si la « femme » est utilisée comme une figure de la faiblesse, inversement l’« homme » est symbole de force. Dans ce passage de Jérémie 31:22, l’accent est mis sur le sens d’une grande force parce que le mot utilisé dans l’original (gever) signifie en homme puissant. Ce n’est pas le mot le plus fréquent pour homme (enosh) qui signifie l’homme dans sa fragilité.

Quand donc « une femme entourera l’homme », la nation faible possédera une grande force. Cette promesse forte de l’Éternel instille l’espérance que l’extrême faiblesse du résidu d’Israël sera, en un jour futur, l’occasion choisie pour la manifestation d’une force nationale surnaturelle que Lui, le Dieu de leur force, leur donnera, — une force encore jamais vue sur la terre chez eux.

 

14.20.2L’ordre de la nature renversé

Les voies de Dieu dans Sa miséricorde et Sa grâce souveraines suivent rarement les lois qu’Il a Lui-même établies pour Ses créatures humaines. Elles doivent nous marquer par contraste, non pas par comparaison (voir Ésaïe 55:8-9). C’est pourquoi l’effusion finale de grâce de Dieu sur Israël incrédule semblera aux yeux de l’homme une anomalie dans les voies justes de Dieu avec les nations. La métaphore que nous considérons anticipe par le Saint Esprit ce caractère frappant de Sa miséricorde envers les Juifs qui opèrera en restauration.

Qu’une femme entoure l’homme est contraire à l’ordre originel établi à la création. Au commencement la femme fut créée pour l’homme, et non l’homme pour la femme ; la position à la tête a été donnée à Adam, non pas à Ève (1 Cor. 11:9). Mais selon cette figure prophétique, l’Éternel créera en son temps une « chose nouvelle » nationalement, impliquant le renversement de l’ordre naturel du gouvernement terrestre. Dans le millénium, l’empire du monde ne sera pas tenu par la nation possédant une puissance irrésistible sur toutes les autres, mais le pouvoir et l’autorité suprêmes sur la terre reposera sur une nation longtemps reconnue parmi les hommes pour sa faiblesse digne d’une femme.

Quelle condition que la condition actuelle la semence d’Abraham, errante parmi les peuples de la terre ! Pas de roi, pas de territoire, pas d’armée, pas de marine (*), pas de temple, pas de sacrificature ! Mais dans son renouveau dont parle Jérémie, la nation repentante « entourera » ou possèdera une force merveilleuse par laquelle tous ses ennemis puissants seront entièrement vaincus. Alors la nation ressuscitée sera comme Ruth, triste et sans ressources, venue du pays de l’idolâtrie jusqu’à Bethléem, se réclamant de la parenté de l’opulent Boaz (l’homme puissant comme son nom l’indique), puis bâtissant la maison d’Israël en gloire par cette force reçue de lui (Ruth 4:9-12).

 

note Bibliquest : écrit avant 1948

 

14.20.3Aucune référence à la naissance par la vierge

Dans notre examen de cette prophétie, nous n’avons pas pu découvrir le moindre fondement à ce que prétendent certains interprètes, selon lesquels Jérémie, dans ce langage un peu obscur, aurait prédit la naissance du Seigneur. Il apparaît également sans fondement et contraire au bon sens que de soutenir que cette prophétie appuierait en quelque manière l’affirmation selon laquelle l’Incarnation était une « création » spéciale de l’Éternel, ou que cette prophétie autoriserait à parler de notre adorable Seigneur comme d’une « créature ».

On a encore une autre confirmation de ce qui précède dans le fait que le mot « femme » (neqebah), dans ce passage, ne signifie pas une vierge ou une jeune femme célibataire (almah), qui est le terme utilisé en Ésaïe 7:14 qui se réfère directement et prophétiquement à Marie, la mère vierge de Jésus. Il n’y a donc ni identité ni même analogie entre les deux prédictions, si ce n’est que les deux se rapportent à une « chose nouvelle » ; or on trouve beaucoup de choses nouvelles dans l’Écriture.

Il y a eu beaucoup de conjectures sur la signification précise du passage, mais l’interprétation la plus satisfaisante du langage voilé de Jérémie est qu’il s’agit d’une prédiction de la restauration d’Israël à l’heure de son extrême faiblesse et de la terrible persécution. On se rappellera que dans l’Apocalypse Jean voit la nation sous les traits d’une femme persécutée, en fuite dans le désert, le grand dragon roux faisant la guerre au résidu de sa semence (Apoc. 12). Néanmoins, Israël recevra à la fin une force invincible, et sera la Débora conquérante de ce jour-là ; et le Seigneur vendra le futur Sisera « entre les mains d’une femme » (Juges 4:9), comme Il le fit pour l’oppresseur cananéen au temps des juges.

J.N.D. dans ses Études sur la Parole de Dieu, commente ce passage de la manière suivante : « dans le verset 22, je ne vois autre chose que l’expression de la faiblesse. Israël, faible même comme une femme, possédera et surmontera toute force, vu que la force se manifeste dans ce qui est la faiblesse même ».

On trouve en Jérémie 30:6-7 un exemple analogue où une image est rendue frappante par le fait qu’elle fait allusion à quelque chose d’inconnu dans la nature ; il s’agit là du temps futur de la détresse de Jacob comparée avec un homme en travail d’enfantement. Cette tribulation sera sans égale dans l’histoire du monde (Matt. 26:21) comme la métaphore l’implique par une description vivante.

 

 

15               La Plénitude de la Déité

« Car, en Lui, toute la plénitude [de la Déité] s’est plu à habiter… Car en Lui habite toute la plénitude de la Déité corporellement » (Colossiens 1:19 ; 2:9).

« Car en Lui toute la plénitude s’est plu à habiter… Car en Lui habite toute la plénitude de la Déité corporellement » (même texte biblique, traduit par W.K.)

 

Note Bibliquest : là où les traductions anglaises utilisent le verbe « to dwell », la traduction française JND de la Bible utilise régulièrement le mot « habiter ». Il n’est pas possible de faire de réelle distinction entre « demeurer » et « habiter », ni entre « demeure » et « habitation ».

 

Le psalmiste, regardant le monde de la nature tout autour de lui, s’exclamait : « Que tes œuvres sont nombreuses, ô Éternel ! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est pleine de tes richesses » (Psaume 104:24). En Colossiens 1 le croyant est invité à considérer des œuvres encore plus grandes que celles-là et dans une sphère plus vaste. En lisant ces versets, il y a bien de quoi paraphraser le psaume et s’exclamer : « Ô Éternel, Toi le Fils de l’amour du Père, que les œuvres de Ta puissance et de Ton amour sont nombreuses ! La terre et les cieux sont pleins des richesses de Ta gloire et de Ta grâce ! »

Dans l’énumération par l’apôtre des gloires du Fils, on peut observer leur ordre saint — une harmonie céleste qui dépasse la puissante capacité inventive de l’esprit humain. Nous voyons les preuves de Sa gloire réparties en deux grandes catégories. Il y a (1) les œuvres de Sa puissance et de Sa sagesse avant Son incarnation, et (2) les œuvres de Sa grâce et de Sa vérité après Son incarnation.

La première classe (1) embrasse la totalité de la création originelle dans son immensité et sa variété : nous voyons le Fils, en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés, comme le Créateur et le Soutien de l’univers (Col. 1:15-17). La seconde classe (2) comprend ce qu’Il opère dans la sphère de la nouvelle création : nous y voyons, comme résultat final, le péché ôté, et la réconciliation en justice de toutes choses sur la terre et dans les cieux (Col. 1:18:20).

Ce vaste panorama de l’œuvre du Seigneur est merveilleux à nos yeux, et nous aimons voir que la Personne qui est au centre de tout cela c’est le Fils de l’amour du Père, en qui toute la plénitude de la Déité se plaît à habiter. En Lui, nous avons aussi maintenant la rédemption, le pardon des péchés (Col. 1:14) ; et depuis cette petite plateforme de Son royaume où l’amour rédempteur nous a placés en sécurité, nous regardons à l’entour, avec les yeux de la révélation, dans les espaces toujours grandissants de l’éternité, et nous discernons avec un saint ravissement les gloires innombrables du Fils éternel, qui Lui-même remplit toutes choses (Éphésiens 4:10).

 

15.1                   La plénitude habite dans le Réconciliateur

Il faut remarquer que, dans ce passage, la révélation de la plénitude qui demeure à toujours dans le Fils est associée à Son œuvre de réconciliation (Col. 1:18-20) plutôt qu’à Son œuvre de création (Col. 1:15-17). Il est bien évident que l’Esprit de Dieu a pris jalousement soin de faire cette distinction pour préserver l’honneur du Fils ! La réconciliation implique l’élimination du péché des cieux souillés et de la terre polluée. À côté de la mention même de cette œuvre se trouve la déclaration que toute la plénitude se plaît à habiter dans le Réconciliateur (Col. 1:19) ; le fait qu’Il accomplît la rédemption concerne Sa pleine gloire personnelle dans la Déité.

Cette œuvre de la réconciliation comportait l’effusion du sang, la croix et la mort même (Col. 1:20-21) ; son accomplissement a-t-il donc aucunement diminué à quelque degré que ce soit la gloire personnelle intrinsèque du Fils de Dieu ? Y a-t-il quelqu’un pour demander si le Fils est d’un rang inférieur dans la Déité parce que les ennemis de Dieu sont réconciliés avec Lui par la mort de Son Fils (Rom. 5:10), et parce que la mort est attribuée au Fils, mais jamais au Père ni au Saint Esprit ?

Ces passages des Colossiens anticipent de telles interrogations et tout ce qu’elles insinuent, et ils y répondent, car l’Esprit écrit : « En Lui toute la plénitude s’est plu à habiter » (Col. 1:19). Le Fils n’a pas de position inférieure ou secondaire dans la Déité puisque toute la plénitude de la Déité a en Lui Son habitation permanente. Ce n’était pas une plénitude incomplète, ni une portion seulement de la plénitude, mais la plénitude dans sa parfaite intégralité, — rien de la Déité n’y manquant ni n’étant en rien diminué en quelque manière ou à quelque moment. Il est « le Fils du Béni » et « Dieu béni éternellement » (Marc 14:61-62 ; Romains 9:5).

 

15.2                   La plénitude est personnelle

En outre, la plénitude s’est plu à demeurer dans le Fils. La plénitude n’est donc pas une qualité ou un attribut abstraits. L’émotion du bon plaisir ou du délice ne peut que résider dans une personne. C’est Dieu le Père qui a exprimé Son plaisir dans Son Fils bien-aimé sur la sainte montagne (2 Pierre 1:17). Mais ce passage de Colossiens, traduit correctement, ne parle pas du Père trouvant Son plaisir, mais de « toute la plénitude », suggérant qu’il y a dans la phrase une référence latente à une Personne qui trouve Ses délices à demeurer en Lui, le Fils incarné.

En outre, « habiter » et « réconcilier » sont tous les deux des actes personnels ; il est dit expressément que toute la plénitude s’est plu à habiter en Lui, et aussi, par Lui, à réconcilier toutes choses avec Lui-même (*). La plénitude est donc une Personne qui est dans la pensée de l’Esprit qui inspire, et ce ne peut être nul autre que le Fils dans Sa Déité, qui est le thème tout au long de ce passage. Remarquez comment la succession des pronoms dans les versets 19 et 20 marque la continuité des références personnelles à Lui, le Fils : « en Lui… par Lui… Sa croix… par Lui ». Toute la plénitude s’est plu à demeurer… à réconcilier avec Lui-même (*), — le Fils.

 

(*) Note Bibliquest : Ce paragraphe assimile la plénitude au Fils (même s’il s’agit du Fils dans Sa Déité), à partir de l’expression « réconcilier toutes choses avec Lui-même » ; mais cette terminologie est celle de la Version Autorisée anglaise. La traduction française JND donne « réconcilier avec elle-même », « elle-même » étant manifestement la plénitude, ce qui va à l’encontre du raisonnement de ce paragraphe. La traduction anglaise JND pareillement utilise un pronom non masculin (le neutre « itself » au lieu du féminin « elle-même » en français) qui se réfère sans ambiguïté à la plénitude et non pas au Fils.

 

15.3                   La valeur spirituelle pour nous de la gloire personnelle du Fils

Les doctrines de la rédemption et de la réconciliation sont marquées des reflets de la gloire personnelle de Christ, non seulement pour notre instruction, mais aussi pour éveiller notre adoration. C’est la vue et la connaissance de la Personne qui souffrit et mourut qui touche nos cœurs. Voyant les mains et le côté du Sauveur ressuscité, Thomas s’exclama, malgré son esprit un peu obtus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Le fait central de notre instruction comme sacrificateurs en Colossiens 1 est donc que le Fils a la première place, ou la prééminence en toutes choses. Que ce soit dans l’exercice de Ses fonctions médiatoriales ou autrement, en Lui toute la plénitude de la Déité habite de manière permanente. C’est pourquoi, Dieu étant en Christ, Dieu a été parfaitement manifesté en chair parmi les hommes. Dieu qui est lumière et qui est amour a brillé en Lui. Cependant les ténèbres de l’homme ne comprirent pas ni ne cédèrent devant la lumière, et l’inimitié de l’homme ne disparut pas non plus devant la manifestation de l’amour. Il fallait que Dieu fasse davantage pour l’homme déchu pour ôter les barrières dressées contre Sa lumière et Son amour.

La réconciliation était nécessaire, vérité à laquelle nous amène maintenant ce passage. La paix ne pouvait être faite que « par le sang de Sa croix ». Par ce sang, nous qui croyons sommes maintenant réconciliés ; et sur la même base, tout l’univers des choses célestes et terrestres sera réconcilié dans le futur, et deviendra une scène de délices divins. Car, comme toute la plénitude trouve Ses délices à habiter en Lui, ainsi toute la plénitude trouve Ses délices à réconcilier toutes choses avec Elle-même.

Ne sommes-nous pas heureux d’avoir de telles révélations ? Qu’il est doux pour nos âmes de découvrir dans ce passage que tout l’univers, maintenant souillé par le péché et hostile à Dieu, sera réconcilié avec Celui en qui toute la plénitude habite — avec le Fils de l’amour du Père ! En vérité, comme nous le chantons, « Ses joies suscitent nos joies les plus douces, Elles ont le goût de l’amour divin ». Et nous pouvons ajouter à ces expressions que « Ses gloires suscitent nos joies les plus douces », car elles aussi « ont le goût de l’amour divin ».

 

15.4                   Les italiques au verset 19 (« au Père »)

Note Bibliquest : l’auteur fait ici un long développement sur une particularité du texte anglais de la Version Autorisée qui traduit : « Il a plu au Père qu’en Lui habite toute la plénitude ». L’intérêt de ce développement est mineur puisqu’il concerne une faute de traduction qui ne se retrouve pas en français, mais nous l’avons laissé car il a un certain intérêt en ce qu’il permet de mieux asseoir certains points de doctrine.

 

On aura remarqué que Colossiens 1:19 a été cité ci-dessus différemment de la Version Autorisée anglaise qui lit : « Il plut au Père que toute plénitude habite en Lui ». La Version Révisée est du même avis, sauf qu’elle ajoute l’article défini pour écrire « … que toute la plénitude habite en Lui ».

Le fait que les mots « au Père » soient en italiques dans les deux versions anglaises prouve que, dans les deux cas, les traducteurs durent admettre que ces mots ne correspondaient à rien du texte original, sinon à l’interprétation du passage qu’en faisaient ces traducteurs, à savoir que c’était le bon plaisir du Père que toute la plénitude demeure dans le Fils.

Comme vérité générale, ce plaisir du Père dans le Fils est sans doute vrai, mais il s’agit de savoir si c’est la vérité transmise par ce passage. Une petite enquête montre que l’interprétation est sans fondements, car elle néglige ou ignore le vrai sujet grammatical du verbe « s’est plu » qui est « toute la plénitude », et les mots « au Père » sont par conséquent introduits à tort dans le passage.

De plus, ces mots en italiques disloquent toute la phrase grammaticale qui recouvre les versets 19 et 20. Cette phrase contient le verbe principal « s’est plu » et deux verbes à l’infinitif qui en dépendent, « habiter » et « réconcilier », les deux se référant au sujet « toute la plénitude ». Le texte est fidèlement rendu par W.K. : « En Lui toute la plénitude s’est plu à habiter ; et par Lui, à réconcilier l’univers avec Lui ».

Le même érudit, commentant la Version Révisée du « verset 19 où la vieille faute de la Version Autorisée réapparaît… », dit que « la doctrine est aussi mauvaise que la version, et elle porte atteinte au Fils, ainsi qu’à l’Esprit dans notre épître, justement là où l’objet principal est d’affirmer la gloire de Christ sur tous les plans ».

Le mieux qu’on puisse dire du texte de la Version Autorisée au verset 19, c’est qu’il contient une partie de la vérité ; mais combien il nous en dérobe ! Car dans cette épître la « plénitude » est utilisée pour montrer la totalité de ce qui est essentiel à la Déité, quant à Sa nature, Sa puissance et Ses attributs. Ce terme implique que, non seulement le Père, mais le Père, le Fils et le Saint Esprit se sont plu à habiter en Lui. C’était la plénitude, et qui plus est, toute la plénitude, tout ce qui est compris en Dieu (*).

 

(*) Les remarques suivantes de W.K. sur l’insertion des mots « au Père » peuvent fournir une aide supplémentaire. « Il y a une phraséologie particulière à ce passage, qui a pu conduire les traducteurs anglais à ajouter « Père » au verset 19. Si nos conjectures sont correctes, ils le firent non pas tant à cause de ce verset 19 lui-même, mais à cause du verset 20 qui suit : « à réconcilier… avec Lui (Elle)-même ». Ils n’ont pas pu discerner pourquoi il était possible de dire « à Lui (Elle)-même » sans qu’il s’agisse du Père ; mais je pense que le contexte est volontairement arrangé de manière à montrer, sauf erreur grossière de ma part, que toute la plénitude de la Déité demeurait en Christ, non pas une Personne de cette plénitude divine agissant à l’exclusion des autres. Tous avaient un seul et même dessein, non pas des desseins tout juste similaires comme tant de créatures le pourraient, mais un seul et même dessein. Le but n’est donc pas d’opposer une Personne à une autre, mais d’affirmer que toute la plénitude s’est plu à habiter en Lui. C’est intentionnellement que cela est exprimé sous cette forme générale » (Méditations sur les Colossiens, p 23).

 

Au chapitre 2 verset 9, le même terme de « plénitude » est appliqué au Fils, dans une phrase plus ample : « car en lui [Christ] habite toute la plénitude de la Déité corporellement ». Tout ce qui est inhérent à la Déité habite en Lui en permanence. L’ajout du complément « de la Déité » n’apparaît pas en Col. 1:19, car dans les versets qui précèdent (Col. 1:15-17) l’accent est mis fortement sur la Déité du Fils, et cette vérité est donc incluse dans l’expression « toute la plénitude ». C’est sur cette base que la traduction anglaise de J.N.D. ajoute l’expression « de la Déité » entre crochets au v. 19, en indiquant en note que ces mots ajoutés permettent de rendre moins rude l’utilisation du neutre « it » au v. 21. Voir la traduction JND et la note de bas de page (*).

 

(*) Note Bibliquest : ce « it » neutre anglais se retrouve deux fois au v. 21 dans la traduction JND anglaise ; il ne peut se rapporter grammaticalement qu’à « la plénitude ». Or dans la traduction JND française, on trouve un masculin (‘il’ ou ‘lui’) qui se rapporte nécessairement à Christ : « ’Il’ vous a réconciliés » et « irréprochables et irrépréhensibles devant ‘lui’ » ; ceci est en harmonie avec la Version Autorisée anglaise qui vise également Christ en utilisant les deux fois le masculin, « Il » ou « Lui » — ce qui donne le même sens que la version JND française.

Par contre, au v. 20 la traduction française JND utilise « avec elle-même » comme pronom se rapportant à la plénitude de la Déité qui habite en Christ ; cette fois, ceci est en harmonie avec la version JND anglaise qui utilise un pronom neutre (itself) se rapportant nécessairement à la plénitude de la Déité. Mais là, la version autorise anglaise utilise le masculin, « he » et « himself » qui se rapportent à Christ et non à la plénitude de la Déité.

 

15.5                   La Déité : Les deux mots anglais « Godhead » et « Deity »

Christ est notre tout, et l’Écriture révèle souvent les bénédictions (que la grâce nous a données) en parallèle avec la révélation des gloires de Christ (en qui elles sont faites nôtres). Ce parallèle nous rappelle que c’est Lui qui est la mesure et la certitude de tout ce que nous recevons. C’est pourquoi nous trouvons ici que la plénitude de notre bénédiction est associée à la plénitude de la Personne de Christ : « car en lui habite toute la plénitude de la Déité corporellement ; et vous êtes accomplis [ou : complet ; ou : remplis pleinement] en lui » (Col. 2:9-10).

Cette révélation particulière sur ce qu’il en est de nous est une vérité relative à notre adorable Sauveur qui élève suprêmement. En Lui, toute la plénitude de la Déité est descendue vers nous — et elle est venue corporellement ; nous avons aussi en Lui cet état complet nécessaire pour que nous soyons acceptés devant Dieu ! Le Fils incarné est ainsi notre parfait Médiateur entre Dieu et l’homme ; en Lui Dieu est présenté et en Lui l’homme est accepté !

Les deux mots anglais « Godhead » et « Deity » correspondent au français « Déité », Godhead étant le mot d’origine anglaise, et Deity l’équivalent ou synonyme d’origine latine.

Le mot Godhead, c’est-à-dire Déité, le mot important dans ce passage, est un mot anglais qui exprime correctement le nom original theothees ; il a été utilisé durant les six derniers siècles dans les diverses traductions anglaises successives de ce verset.

Le suffixe « head » du mot anglais Godhead, indique la présence et l’incarnation de tous les attributs et qualités essentiels de Dieu — Dieu Lui-même, en vérité. Il a même origine que le suffixe « hood » anglais, que l’on trouve avec un sens similaire dans des mots comme humanité [manhood], maternité [motherhood], prêtrise [priesthood], impliquant dans chaque cas la condition, la capacité, la dignité nécessaires pour faire partie de cette catégorie.

Ainsi l’humanité comprend tout ce qui est propre ou essentiel à l’homme, et qui le distingue de tout autre genre d’êtres vivants. Pareillement, Godhead signifie Dieu dans la nature absolue de Son Être, comprenant tout ce qu’Il est en Lui-même, et qui n’est dans personne d’autre que Lui.

Au vu de cet usage bien connu, c’est une mauvaise compréhension du sens de « la nature composée du mot anglais » que de dire, comme certains l’ont fait récemment, que « Godhead — Déité impliquerait une relation avec la création », — comme si le suffixe -head signifiait le Chef de la création. Cette définition est fausse, il n’y a rien de « relatif » dans le mot lui-même. La signification de Godhead donnée dans les dictionnaires anglais classiques est « personnalité divine », « nature ou essence divine », « caractère ou qualité d’être Dieu ». C’est pourquoi « Godhead » peut être utilisé à juste titre pour faire sentir l’Absolu, aussi bien que le mot « Deity » [= Déité], son équivalent ou synonyme d’origine latine. Certains préfèrent le simple mot anglais au terme correspondant étranger.

Il n’y a aucun doute que « Dieu qui fut manifesté en chair », « Dieu qui était en Christ », était dans les pensées de l’auteur dans le mot « Godhead » quand J.N.D. écrivit les vers suivants, simples mais profonds :

« Nous voyons la gloire de la Déité

Briller au travers du voile de l’humain ;

Et écoutons volontiers l’histoire

De l’amour descendu ici-bas pour guérir ».

 

15.6                   L’emploi du mot « Divinité »

Il convient maintenant de parler du mot « divinité » [« divinity » en anglais], distinct de Déité avec lequel on le confond parfois. Comme on l’a déjà remarqué, Déité est la traduction fidèle du mot grec theotees qui ne figure qu’en Colossiens 2:9. Ce mot signifie « la Déité dans son sens absolu » (J.N.D.), et a un sens distinct de theiotees que l’on retrouve en Romains 1:20, et qui signifie le caractère de Dieu plutôt que Dieu Lui-même.

En Romains le mot est appliqué par l’apôtre à ce qui peut être observé de Dieu dans les œuvres de la nature — Sa majesté créatrice, Sa puissance et Sa sagesse. Ces attributs sont inclus dans theiotees, Sa divinité, mais ne sont pas Son Être essentiel (Déité). De l’autre côté, toute la plénitude de la Déité (theotees) habite en Christ corporellement.

Pour marquer cette importante distinction entre les deux mots, la version anglaise révisée a remplacé en Romains 1:20 le mot « Déité » (de la version anglaise autorisée) par « divinité », de même que la version J.N. Darby (anglaise et française) et la version anglaise de W. Kelly (dans les notes de W.K. sur les Romains), et dans d’autres traductions. « Déité » est réservé pour rendre theotees en Col. 2:9, où il est nécessaire de rendre le sens le plus complet et le plus absolu, d’après le mot lui-même et d’après son contexte.

Il est toujours bon d’apprécier la valeur inspirée des mots de l’Écriture, spécialement ceux qui se rapportent à la Personne de notre adorable Seigneur. À cause des négations et des dénigrements qui nous envahissent au sujet du Fils éternellement béni, il est spécialement important de marquer la distinction entre ces termes de Déité et de divinité, se souvenant qu’ils ne doivent jamais être considérés comme synonymes l’un de l’autre, ni même comme équivalents.

Comme preuve de l’utilité de cet avertissement contre le danger d’être ambigu à cet égard, on peut rappeler une série de conférences sur la Déité de Christ, intitulée de façon tout à fait nuisible à la vérité, « La divinité de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ». Il est regrettable aussi que plusieurs parlent de « notre divin Seigneur », du « Christ divin », oubliant combien une telle louange feinte ne fait que Le déprécier en ce qu’elle utilise une description vague de Lui, — louange à laquelle se joindraient volontiers Arius et Socinus et ceux qui n’apportent pas « la doctrine de Christ ». Sur un tel sujet plus sacré qu’aucun autre, servons-nous de paroles sacrées « qu’on ne peut condamner, afin que celui qui s’oppose ait honte, n’ayant rien de mauvais à dire de nous » (Tite 2:8). (*)

 

(*) Note Bibliquest : Si la distinction entre les mots « Déité » et « Divinité » parait devoir être la même (ou à peu près la même ?) en français et en anglais, nous ne sommes pas sûr que l’adjectif français « divin » doivent être restreint dans son sens à ce qui correspond au mot « divinité ». Dès lors nous ne sommes pas sûr que les critiques de ce paragraphe à l’encontre de l’usage du mot « divin » soient vraiment applicables en français.

 

« Ô Toi, qui es sans pareil,

Grand Dieu révélé en chair, lien vivant

Entre la Déité et mon âme ! À Toi la louange,

L’adoration d’amour d’un cœur qui t’aime,

Riche en Toi, car, si je suis rempli,

Exalté, saint, sans souillure,

Quelle que soit la richesse de bénédiction qui est mienne,

Que suis-je, Seigneur ? Un vide, un rien.

Tu es ma fierté, en qui habite toute la plénitude

De la grande Déité, Toi dont je porte le nom,

Dont la vie est mienne, Dont la gloire et la félicité,

Tout, tout est mien ».

 

 

16               Le témoignage audible du Père à l’égard du Fils

Le Seigneur Jésus dit : « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt. 11:27). Il y a une connaissance mutuelle et intime entre le Père et le Fils dans la Déité, qui est nécessairement infinie dans son caractère et dans sa mesure. Cette connaissance complète et personnelle de l’Un avec l’Autre, aucune créature n’a la possibilité de la partager de droit ou par capacité. Il ne peut y avoir de réciprocité entre le Créateur et la créature. C’est pourquoi les relations éternelles dans la Déité, en raison de leur nature ineffable, doivent toujours être au-dessus de toute analyse et de toute compréhension humaines, hormis ce qui provient des divulgations venant de la révélation divine.

 

« Les plus grands mystères de Ton renom

Transcendent ce que saisit la créature ;

Seul le Père peut comprendre

Ton nom béni de Fils ;

Agneau de Dieu, Tu es digne

Que tout genou se ploie devant Toi ».

 

Néanmoins, nous n’adorons pas un « Dieu inconnu » comme les Athéniens. Dans quelques rares et précieux passages de l’Écriture, les chambres intérieures des demeures éternelles de Dieu nous sont, pour ainsi dire, momentanément dévoilées, et il nous est permis d’y apprendre des secrets précieux et inestimables concernant le Père et le Fils. Le Père rend témoignage au Fils (Jean 5:37), et le Fils manifeste et déclare le nom du Père (Jean 17:6, 26) ; et les deux témoignages figurent dans le récit inspiré.

Cette révélation de l’intérieur de la Déité n’était pas accordé dans les premiers jours de l’humanité. Il est vrai que des aperçus des gloires éternelles du Dieu d’Israël furent accordés aux soixante-dix anciens qui virent « sous Ses pieds comme un ouvrage de saphir transparent » (Exode 24:10). Mais Moïse, si privilégié fût-il, n’a pas vu la face de l’Éternel, seulement Sa gloire par derrière (Exode 33:23). De telles apparitions n’étaient qu’occasionnelles et momentanées, et seulement en relation avec la gloire de Dieu en gouvernement de la nation d’Israël en particulier et du monde en général.

Dans le Nouveau Testament où l’amour divin est le thème central de ce qui est donné à connaître, on trouve des révélations sur les exercices du cœur même de Dieu. Il nous est permis d’en savoir un peu plus sur les activités des affections divines à l’intérieur du cercle de la Déité, entre le Père et le Fils. Nous apprenons qu’aimer, se complaire et se réjouir, ainsi que l’omniscience et l’omnipotence [toute-puissance], existent dans les mystères internes de la Déité.

Apprécions-nous suffisamment ces révélations majestueuses de l’Écriture ? La reine de Sheba n’eut plus d’esprit en elle quand elle vit les splendeurs royales et la grande magnificence de Salomon. Or qu’est-ce que la gloire de Salomon comparée à celle de Dieu ! Combien nous devrions donc avoir un esprit humble, bien-aimés, quand nous sont révélés les rapports entre le Père et le Fils ! Impressionnés et comblés par la révélation merveilleuse de telles paroles, nous adorerons certainement le Père et le Fils dans une louange trop profonde pour être exprimée, trop fervente pour être contenue.

Nous rappelant donc, dans un esprit d’adoration, Celui qui fit entendre Sa voix, considérons brièvement les paroles adressées par le Père au Fils à Son sujet, au Jourdain d’une part, et plus tard sur la montagne de la Transfiguration.

 

16.1                   La relation de Fils déclarée au Jourdain

Notre Seigneur fut baptisé par Jean au Jourdain à la suite d’une multitude de Juifs qui avaient cru la prédication du précurseur au sujet de la venue prochaine de l’Éternel ; ils avaient publiquement confessé leurs péchés et avaient été baptisés. C’est à ce moment historique de l’association publique du Seigneur Jésus avec le résidu d’Israël, chargé de péchés, que le Père proclama depuis les cieux le caractère unique du Fils Béni, distinct de toute autre Personne.

Comme le Seigneur Jésus remontait des eaux du Jourdain, un témoignage visible et audible Lui fut rendu des cieux ouverts. On put voir l’Esprit, et entendre une voix venant des cieux.

Jésus lui-même vit le Saint Esprit de Dieu « descendre comme une colombe, et venir sur lui » (Matt. 3:16). C’est Lui, le Fils que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, que le Père a scellé (Jean 6:27 ; 10:36). Le Seigneur Jésus n’a confessé aucun péché, mais, comme l’Antitype de l’offrande de gâteau du Lévitique (Lév. 2), Il fut de suite oint du Saint Esprit, sans avoir besoin du sang de l’expiation comme les pauvres de Son troupeau auquel Il apportait le royaume.

Mais un autre évènement étonnant suivit immédiatement ; pour la première fois dans l’histoire scripturaire, la Trinité fut révélée — Père, Fils et Saint Esprit. Au témoignage visible de l’Esprit, le Père ajouta Son témoignage audible envers le Fils. Quelle belle preuve de l’intérêt et des soins manifestés par le Père pour la gloire du Fils ! Dans cette humble place où le Fils obéissant était descendu, le Père le reconnut par des paroles audibles et articulées, et Il Le reconnut dans la pleine relation intacte de Fils, qui était Sienne de toute éternité.

Les cieux donc s’ouvrirent, et la voix du Père s’adressa au Fils Bien-aimé sur la terre. La voix était douce et pleine de grâce, non pas comme la voix de « Celui qui parla ainsi des cieux, duquel la voix ébranla alors la terre » et terrifia les auditeurs (Héb. 12:25-26). C’était la voix du Père disant avec un contentement infini :

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Matt. 3:17).

 

16.2                   Un témoignage plus grand que celui de Jean

Jean le baptiseur « vint pour [rendre] témoignage, pour rendre témoignage de la lumière, afin que tous crussent par lui » (Jean 1:7). Mais le Seigneur dit : « Moi, j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean… les œuvres mêmes que je fais rendent témoignage de moi… Et le Père qui m’a envoyé, lui, a rendu témoignage de moi » (Jean 5:36-37).

Au Jourdain donc, au commencement de Son ministère public, la voix accréditive du Père fut donnée au Fils. Au tout début de l’évangile selon Matthieu, il est montré que dès Sa naissance, Jésus était l’Éternel (*), Emmanuel (Matt. 1:21-23). Et quand le Seigneur Jésus, en tant que Messie d’Israël, s’abaissa au baptême de Jean (qui était le plus grand parmi ceux qui sont nés de femme, Matt. 11:11), le Père, jaloux de l’honneur de Celui qu’Il avait envoyé, proclama à haute voix la gloire de Sa qualité de Fils à ceux qui avaient des oreilles pour entendre ce témoignage. Ainsi, le Père rendit témoignage à Jésus que Son nom personnel de Fils supportait Son office médiatorial comme Messie, tout comme l’Esprit en Hébreux 1 rendit un témoignage similaire d’après les Écritures de l’Ancien Testament.

 

(*) Note Bibliquest : l’unité de Dieu dans la Trinité fait qu’il n’y a pas contradiction par rapport aux commentaires sur Ps. 2:7 où Christ a été présenté comme Fils de l’Éternel.

 

Si personne hormis le Seigneur Lui-même et Jean le baptiseur ne comprit la voix du Père, le témoignage rendu alors fut préservé pour la foi de tous. Et quel témoignage ! Combien il élève nos pensées des besoins de l’homme aux délices du Père ! « Aujourd’hui, vous est né un Sauveur qui est le Christ le Seigneur », dit l’ange. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », dit le Père. Enseignés par le récit de l’évangile, nous savons ce que le Père vit dans Jésus baptisé : Il était Son Bien-aimé, Son Unique ! Arrête-toi ici, mon âme, et médite !

 

16.3                   Le Père s’adresse au Fils

En comparant les récits de cet épisode dans les trois premiers évangiles, nous trouvons que les paroles du Père furent adressées directement au Fils Lui-même (« Tu es … ») aussi bien qu’à ceux auxquels le Fils était présenté (« Celui-ci est… »). Les variantes entre les trois passages (voir ci-dessous) ne sont pas dues à une quelconque imperfection dans la narration ou chez le narrateur, mais dans chaque cas le Saint Esprit préserve la signification de la déclaration du Père selon Son dessein particulier à l’évangile où elle se trouve. Les récits ne sont pas contradictoires mais complémentaires.

 

Matt. 3:17

Marc 1:11

Luc 3:22

 

 

 

Celui-ci est

Tu es

Tu es

mon Fils bien-aimé,

mon Fils bien-aimé,

mon Fils bien-aimé,

en qui

en toi

en toi

j’ai trouvé

j’ai trouvé

j’ai trouvé

mon plaisir

mon plaisir

mon plaisir

 

Le récit de Matthieu donne la forme sous laquelle la révélation a été faite par le Père concernant le Fils, non pas pour les « sages » et les « intelligents », mais pour les « petits enfants » (voir Matt. 11:25, et aussi Jean 5:37). Ces derniers sont donc instruits dans la connaissance du Christ : au « petit troupeau », le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

En Marc et en Luc, la déclaration prend la forme d’une expression de communion du Père avec le Fils. La déclaration est la reconnaissance par le Père de Sa satisfaction et de Son plaisir dans Son Fils bien-aimé, et elle est adressée directement à l’oreille ouverte du Fils Lui-même : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai trouvé mon plaisir ». De plus, cette phrase est enregistrée dans l’Écriture pour l’approfondissement de notre communion avec le Père et le Fils.

C’est la grâce et la perfection de Jésus qui firent que les cieux s’ouvrent sur l’Homme dépendant, et que la voix du Père se fasse entendre, exprimant son plaisir dans le Fils et au Fils sur la terre. Quand Dieu vit le premier homme, Adam, venant d’être créé, il dit que cela était très bon (Genèse 1), mais dans le Second Homme, le dernier Adam, le Père trouva Son plaisir. Et ce plaisir dans Celui qu’Il a envoyé n’est pas une surprise pour nous parce qu’il est inconcevable que le Père ait le Fils unique dans Son sein sans avoir Son plaisir en Lui. Combien ce plaisir est transcendant !

 

16.4                   La divine relation de Fils a-t-elle commencé au Jourdain ?

Si la relation de Fils fut annoncée par le Père au baptême du Seigneur Jésus, nous n’avons pas le droit d’en conclure que ce fut le moment où Il commença à être « le Fils bien-aimé ». La vérité est qu’étant déjà le Fils, Il était descendu dans ce lieu d’humble obéissance sur terre pour devenir un disciple ou un apprenti (voir Héb. 5:8). Dans l’humiliation où Il s’est mis, Il est le Fils bien-aimé du Père parce qu’Il était cela avant Son incarnation.

Quand Pilate écrivit : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » (Matt. 27:37), cette description était certainement vraie du Seigneur longtemps avant d’être fixée sur la croix. De même quand le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir », ces paroles étaient vraies du Seigneur Jésus longtemps avant qu’il ne remonte du Jourdain. Combien de temps avant ? Le Fils bien-aimé Lui-même nous le dit, car Il dit au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Et il n’est pas besoin de dire que, si le Fils était bien-aimé du Père avant la fondation du monde, le Fils était là dans l’éternité, pour être aimé. Lui, béni soit Son saint nom, est le Fils éternel, demeurant toujours dans l’étreinte éternelle de l’amour du Père.

De plus, quand le Père dit qu’il trouve Son plaisir en Lui, Il parlait rétrospectivement, et non pas simplement en raison de l’acte de soumission au baptême. La force du verbe dans l’original n’est pas simplement « Je trouve maintenant mon plaisir », mais aussi « J’ai trouvé mon plaisir ». De toute éternité le Père a trouvé Son plaisir en Son Fils bien-aimé, comme aussi, ailleurs, nous lisons que l’âme de l’Éternel trouve son plaisir dans Son Serviteur bien-aimé (Ésaïe 42:1 ; Matt. 12:18) ; dans le premier en ce qu’Il est personnellement, dans le dernier en ce qu’Il est comme médiateur.

Le récit de la voix du Père dans les évangiles selon Marc et Luc est d’accord pour le sens avec l’évangile selon Matthieu. La parole adressée directement au Fils « Tu es mon fils bien-aimé » s’accorde avec Sa relation de Fils à la fois dans l’éternité passée, et au moment où le Père parle. De même que la parole du Seigneur aux Juifs : « Je suis » (« avant qu’Abraham fût, je suis » Jean 8:58), remonte jusque dans l’éternité passée, de même aussi la parole du Père « Tu es … » dite au Fils remonte jusque dans l’éternité passée.

La phrase « Tu es… » peut avoir un sens rétrospectif, même quand elle s’applique à la créature. Ainsi, la parole de l’Éternel à la nation élue était : « Tu es mon serviteur, ô Israël » (Ésaïe 49:3 ; 41:8). C’était leur position dès le début de leur existence nationale. Les fils d’Israël furent emmenés hors de la maison d’esclavage du Pharaon huit cents ans avant qu’Ésaïe les appelle à servir l’Éternel (Exode 23:25). « Tu es mon serviteur » était vrai de la nation depuis Moïse jusqu’à Ésaïe.

Pareillement David dit dans le désert de Juda : « Ô Dieu ! tu es mon Dieu ; je te cherche au point du jour » (Psaume 63:1). Mais Dieu avait été le Dieu de David dès sa jeunesse. La relation était aussi vraie quand il était dans le désert avec les troupeaux et le lion et l’ours, quand il était dans la vallée d’Éla avec Goliath de Gath, et quand il fuyait de devant Saül dans le désert de Juda, et qu’il composa ce psaume 63.

De la même manière nous croyons que, quand l’Éternel dit à Son Roi oint : « Tu es mon fils (Psaume 2:7), et quand le Père dit à Jésus baptisé « Tu es mon Fils bien-aimé », ces phrases avaient la portée la plus large et comprenaient effectivement la relation éternelle du Fils dans la Déité.

En outre le Père ajoute alors cette confidence à Son Fils bien-aimé : « En toi j’ai trouvé mon plaisir ». En écoutant ces paroles, nous apprenons que l’amour du Père se reposait déjà, comme il l’a toujours fait, avant même que le temps fût, dans une satisfaction sans mesure et invariable sur le Fils qui seul pouvait saisir la plénitude éternelle de cette affection, et qui pouvait aussi apprécier à sa juste mesure une telle parole. Le Seigneur disait aux Juifs : « C’est mon Père qui me glorifie… vous ne le connaissez pas… Mais moi je le connais » (Jean 8:54-55).

De plus, combien il est extrêmement doux d’observer dans l’évangile de Luc, que la voix du Père se fait entendre immédiatement après la prière du Fils (Luc 3:21-22) ! Tandis que Jésus, dépendant et obéissant, était baptisé et priait, le ciel s’ouvrit, le Saint Esprit descendit, la Voix se fit entendre. Quelles délicates perfections et quelles beautés spirituelles dans ce tableau des interactivités du ciel et de la terre ! Le Fils levant les yeux vers le ciel en prière avec Celui qui L’a envoyé ; l’Esprit se mettant à accomplir Sa part dans l’humble service du Fils ; le Père, dans la félicité inexprimable de Son ineffable délice, saluant des cieux le Fils éternel avec les « baisers de sa bouche, si l’on peut s’exprimer ainsi » ! (CdC 1:2)

 

« Aimé d’un amour qui ne connaît pas de mesure

Si ce n’est l’amour du Père à ton égard,

Seigneur béni, nos cœurs chérissent

Toutes les pensées du Père te concernant ».

 

16.5                   Le témoignage du Père sur la sainte montagne

Une autre fois encore pendant les jours de sa chair, le Fils reçut honneur et gloire par un témoignage audible de la part de Dieu le Père. Car sur la montagne de la transfiguration Sa voix se fit à nouveau entendre, non pas des cieux cette fois, mais de la nuée lumineuse qui les couvrait, la tente de la présence divine, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». Le récit de cette affirmation se trouve en Matthieu 17:5, Marc 9:7, Luc 9:35 et 2 Pierre 1:17, avec de légères variantes, toutes en harmonie avec la vérité et la beauté manifestées selon leur contexte.

Bien que les circonstances et la signification de ce témoignage céleste soient si attirantes pour l’esprit contemplatif, nous ne pouvons pas nous attarder maintenant sur ces passages. Cependant leur pertinence par rapport au sujet spécial de nos méditations est que par ce témoignage personnel, les paroles du Père tournèrent les cœurs des apôtres apeurés de la gloire du royaume à venir vers la gloire du Fils Lui-même. Ils devaient L’écouter.

Le changement dispensationnel imminent était maintenant en vue. Le royaume terrestre et sa gloire étaient différés à cause de la croix, mais la gloire personnelle du Fils, due à Sa relation essentielle avec le Père, leur était révélée et demeurerait la portion et la joie de ceux qui prendraient leur croix, et suivraient le Maître dans Son rejet. C’est pourquoi cette parole de commandement leur fut adressée (on la trouve dans les évangiles, mais non pas dans l’épître) : « Écoutez-Le ».

De ce témoignage venant de la nuée de gloire, les apôtres apprirent que le Christ rejeté était le Fils Bien-aimé et les délices du Père. « Il en a été ainsi dans l’éternité avant la création, il en était ainsi quand le monde fut fait par Lui, et dans tous les agissements de la Providence, dans l’œuvre secrète de la grâce envers les individus, et dans le gouvernement public d’Israël sous la loi.

Il en fut encore plus ainsi quand la Parole incarnée manifestait cet objet de Sa satisfaction éternelle comme homme sur la terre dans une dépendance et une obéissance sans faille dans Son chemin vers la mort pour Sa gloire, pour le salut de l’homme, pour la bénédiction de l’église, pour la délivrance de Son peuple et pour la réconciliation de toutes choses » (W.K.)

Cette révélation sur la sainte montagne est donc une vérité céleste concernant la Personne du Fils, dans Son caractère infiniment élevé, et en effet indépendant de Son office médiatorial dans le royaume terrestre. Étant le Fils éternel, Il était devenu le Serviteur pour prendre en temps voulu le royaume où le gouvernement et l’autorité sont universels ; et dans cette même et propre personnalité, il remettra à la fin le royaume à Dieu le Père (1 Corinthiens 15:24-28).

 

 

17               Le Fils, Lui-même Dieu et l’Éternel, comme porte-parole de Dieu

Dans l’Écriture, le nom de Fils présente à la fois une relation personnelle et une présentation spéciale. Par exemple, dans les écrits de Jean, la qualité de Fils de Christ attire l’attention spécialement sur Sa relation personnelle avec le Père, dont l’amour reposait sur Lui avant la fondation du monde (Jean 17:24). Dans l’épître aux Hébreux, la qualité de Fils de Christ est spécialement associée avec le fait qu’Il révèle et représente parfaitement Dieu aux hommes, et aussi avec Sa parfaite administration du gouvernement divin.

Le Fils est Celui en qui et par qui le Père a maintenant parlé, dont le sceptre est un sceptre de droiture, et dont le trône est aux siècles des siècles (Héb. 1:2, 8).

La qualité de Fils du porte-parole de Dieu est donc la clef de l’épître aux Hébreux, et cette qualité confère une valeur infinie à Son offrande comme sacrifice dans le passé, et à Son service sacerdotal actuel. C’est la raison pour laquelle il est démontré que le christianisme l’emporte sur le système lévitique et le détrône, malgré que ce dernier fût ordonné par des anges et confié aux mains d’un médiateur, Moïse (Galates 3:19). Christ, à cause de Sa dignité intrinsèque de Fils, est le médiateur d’une meilleure alliance qui est établie sur de meilleures promesses (Héb. 8:6).

 

17.1                   D’abord Fils, puis porte-parole

Toute la superstructure du service médiatorial de Christ, telle qu’exposée dans l’épître aux Hébreux, est fondée sur la vérité de Sa relation de Fils. En conséquence, la Déité du Fils est soigneusement démontrée dès le début de l’épître. Aussi grands qu’aient pu être les précédents messagers de Dieu, et malgré toute la variété de leurs communications, ils sont tous maintenant surpassés par la venue du Fils. « Dieu ayant autrefois, à plusieurs reprises et en plusieurs manières, parlé aux pères par les prophètes, à la fin de ces jours-là, nous a parlé dans [la personne du] Fils (Hébreux 1:1-2) [voir appendice E].

Or nous voyons que le Fils est mentionné directement (Héb. 1:1) en compagnie des prophètes d’autrefois, l’Esprit proclamant les gloires personnelles du Fils qui surpassent tout, afin qu’il n’y ait pas de confusion de rang dans l’esprit de quiconque parmi les saints. Sur la montagne de la transfiguration, Moïse et Élie, c’est-à-dire la loi et les prophètes, avaient disparu tous deux pour que Jésus soit vu seul dans Sa gloire personnelle incomparable dont la voix du Père sortant de la nuée rend témoignage ; pareillement dans ce premier chapitre des Hébreux, l’Esprit témoigne que le Fils est Dieu et l’Éternel, et qu’Il est infiniment supérieur aux anges des cieux et aux prophètes d’Israël, le Créateur étant nécessairement bien au-dessus de la plus exaltée de Ses créatures.

Le Fils, qui est maintenant le porte-parole de Dieu, est déclaré Lui-même être Celui auquel, l’Esprit de Dieu s’adresse dans le Psaume 45comme étant Dieu : « Ton trône, ô Dieu, est pour toujours et à perpétuité » (v. 6). De la même manière dans le Psaume 102, l’Esprit avait dit au sujet du Fils : « Toi, ô Éternel ! … Tu as jadis fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains » (Psaume 102:12, 25).

Les noms et fonctions de la Déité sont attribués ici par le Saint Esprit au porte-parole de Dieu. Le nom de « Fils » dénote Sa relation personnelle avec Celui qui L’a envoyé, tandis que « porte-parole » dénote Sa relation avec ceux vers qui Il est venu parler. Dieu L’a envoyé pour être le porte-parole, mais non pas pour être le Fils, car Il était le Fils dans Sa propre Personne et dans Sa nature avant que tous les mondes fussent. Il était d’abord Fils avant d’être porte-parole.

Autrefois, à titre subsidiaire, Aaron fut délégué par l’Éternel pour être le porte-parole de Moïse auprès du peuple d’Israël (Exode 4:14-16). Aaron devait être pour Moïse « en la place de bouche », et Moïse devait être pour Aaron « en la place de Dieu ». Aaron était formellement désigné pour la fonction d’intermédiaire entre Moïse et le peuple, et était donc le porte-parole de Moïse. Mais sa relation personnelle originelle avec Moïse était celle de frère, et l’Éternel le décrit comme « Aaron, le Lévite… ton frère ». Aaron était d’abord frère, puis porte-parole.

Cet incident historique de l’Exode peut servir à illustrer la vérité de Hébreux 1. Aaron était la voix de Moïse auprès du Pharaon (Ex. 7:1-2), et la relation familiale entre les deux hommes consolidait ce service spécial de communication des commandements de l’Éternel au roi d’Égypte. Aaron était d’abord le frère de Moïse, puis son porte-parole. Christ était d’abord Fils, puis le porte-parole de Dieu.

 

17.2                   Les serviteurs et le fils dans la parabole de Christ

Dans le point principal de l’introduction du Saint Esprit de Hébreux 1, il y a une correspondance entre l’une des paraboles adressée aux chefs des Juifs et l’épître écrite aux chrétiens Juifs. Il est très fortement insisté sur la venue du Fils, à la fois dans la parabole et dans l’épître. L’autorité et la gloire du message de Dieu dans le Nouveau Testament tirent leur caractère unique de la gloire personnelle du Messager. Comment, en effet, pourrait-il être autrement qu’unique quand l’Éternel Lui-même devient Son propre messager ?

Le Seigneur, dans Sa réponse à l’adjuration du souverain sacrificateur, confessa être le Christ, le Fils du Béni (Marc 14:61), mais très peu avant, alors qu’Il enseignait dans le parvis du temple, Il avait parlé aux Juifs de Sa qualité de Fils.

Au cours de la dernière semaine de Son ministère à Jérusalem, le Seigneur illustra Son propre rejet et Sa mort par la parabole des méchants cultivateurs et des mauvais traitements qu’ils infligèrent d’abord aux serviteurs, puis au fils qui leur avaient été envoyés par le maître de la vigne (Matt. 21:33-46 ; Marc 12:1-12 ; Luc 20:9-19). Cette parabole faisait partie du témoignage émouvant adressé pour la dernière fois aux principaux sacrificateurs et aux chefs du peuple. Il contenait aussi un avertissement solennel, car il montrait qu’eux, les constructeurs, allaient refuser la Pierre posée par l’Éternel en Sion, et que Lui allait faire de la Pierre méprisée la maîtresse Pierre de coin, à leur confusion et pour leur complète destruction (Luc 20:16-19).

Dans ce bref tableau résumant les voies de Dieu envers Israël comme nation mise à part, abritée et cultivée pour porter du fruit pour Sa joie (Ésaïe 5), le Seigneur formula la parabole de manière que nous puissions observer à la fois la différence fondamentale, et la ressemblance générale, entre les serviteurs et le fils envoyé pour recevoir les fruits de la vigne.

La ressemblance est que le fils comme les serviteurs furent « envoyés », et qu’ils étaient donc tous des messagers accrédités du propriétaire. Il y a encore une autre ressemblance dans la manière dont ils ont été reçus, en ce que les uns et les autres furent traités scandaleusement, et tués par les cultivateurs.

Mais la grande distinction entre les serviteurs et le fils réside, non pas dans la fonction qui leur était attribuée, mais dans la personne du fils. Ils étaient tous, les serviteurs et le fils, délégués à leur tâche, mais celui qui est envoyé le dernier de tous était le fils, son « unique fils bien-aimé » (Marc 12). Le fils était quelqu’un que les cultivateurs auraient dû révérer, selon un respect qui n’est pas dû aux serviteurs (Apoc. 22:8-9). En raison de sa dignité filiale de fils unique, il avait une position personnelle sans égale. Il était « l’héritier » comme les cultivateurs le reconnurent, et ils le mirent à mort justement à cause de cela. Ils dirent : « Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous » (Marc 12:7).

Quelle illustration vivante du terrible péché des Juifs crucifiant le Fils de Dieu et l’exposant à l’opprobre, que celle dont se sert le Seigneur dans cette parabole (Héb. 6:6) !

 

17.3                   Crucifiant le Fils de Dieu

Cette parabole était donc un témoignage du terrible péché des Juifs contre le Fils, et il fut rendu par Lui la veille même de son accomplissement aux oreilles de ses auteurs responsables. Dans le passé les enfants d’Israël avaient déjà péché contre les nombreux serviteurs de Dieu qu’Il avait envoyés leur parler, mais maintenant ils étaient sur le point de mettre les mains avec violence sur le Fils de Dieu. Cette méchante génération était coupable de tout le sang juste versé sur la terre depuis Abel jusqu’à Zacharie, fils de Barachie (Matt. 23:34-35), et maintenant, comme point culminant, ils allaient renier et mettre à mort Celui qui était par excellence le Saint et le Juste (Actes 3:14-15).

Vis-à-vis des outrages précédents à l’encontre des serviteurs de Dieu, l’épée de Sa juste rétribution était restée au fourreau, mais une fois que les Juifs auraient commis le péché mortel et déterminé contre le Fils, cette épée allait se réveiller, et les cultivateurs rebelles n’échapperaient pas. Parce qu’ils ont jeté le Fils et l’Héritier hors de la vigne, et qu’ils L’ont mis à mort, foulant ainsi aux pieds le Fils de Dieu (comp. Héb. 10:29), Jérusalem est encore maintenant foulée aux pieds par les nations (Luc 21:24), tandis que dans le futur, les terribles jugements impitoyables de la vendange, actuellement suspendus, s’abattront de la main de Dieu sur le peuple coupable (Apocalypse 14).

Les Juifs refusèrent leur Messie, non seulement comme Roi, mais aussi comme Fils de Dieu. Quand Pilate fut disposé à Le relâcher, ils insistèrent pour Le crucifier en disant : « Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, car il s’est fait Fils de Dieu » (Jean 19:7). En reniant ainsi le Fils devant les nations, ils reniaient aussi le Père, comme le Fils Lui-même avait dit d’eux : « Maintenant ils ont, et vu, et haï et moi et mon Père » (Jean 15:24).

 

17.4                   Le Fils est appelé Bien-aimé, mais pas les serviteurs

Selon les termes de la parabole, le fils n’était pas du tout dans la même catégorie que les serviteurs, malgré qu’ils fussent pareillement chargés d’un service dans la vigne. Ils étaient esclaves (douloi), mais un fils n’est pas esclave (doulos) quant à sa position ; il est héritier et « seigneur de tout » (Gal. 4:1,7). Le fils, en sa qualité de fils, appartient au cercle de la famille le plus intime et le plus digne, auquel les esclaves n’ont pas droit. En venant donc dans la vigne comme fils, il venait avec les pleins droits de propriétaire, non seulement à l’égard des fruits, mais même à l’égard du vignoble. Ses revendications étaient justes, et présentées selon le droit absolu de lui-même et de son père. La vérité présentée par la parabole est que le Serviteur-Fils de Dieu est apparu au milieu des cultivateurs comme le seul Juste, qu’ils ont « livré et mis à mort » selon ce que dit Étienne (Actes 7:52).

Cette parabole révèle en outre à la fois un trait d’amour et l’autorité légitime du Fils. Le père envoya son « fils bien-aimé » (Luc 20:13). Mais l’amour du père pour ce fils n’a pas attendri les cultivateurs. Au contraire, ils discernèrent l’identité du fils, disant : « Celui-ci est l’héritier » ; et raisonnant sur cette qualité d’héritier (Luc 20:14), ils conspirèrent pour le mettre à mort à cause de cette qualité. S’ils ont peut-être pensé au fait qu’il était le bien-aimé du père (Marc 12:6), cette pensée n’a fait qu’enflammer leur colère contre lui (Jean 5:18).

Historiquement, les évangiles nous apprennent que les Juifs incrédules au milieu desquels le Seigneur exerçait Son ministère ne s’intéressaient pas du tout à savoir si le Père aimait le Fils qu’Il leur avait envoyé. Pourtant quel amour indicible entre le Père et le Fils ! À cause de ce lien intime, de cet amour réciproque existant éternellement dans la Déité, le Fils, quand Il fut manifesté sur la terre, était tout pour le Père, et le Père était tout pour le Fils.

On peut alors se demander pourquoi l’Éternel, connu maintenant comme le Père, a-t-Il envoyé Son Fils unique, Son bien-aimé, dans la vigne, alors que Ses serviteurs y étaient déjà allé dans le passé aux dépens de leur honneur et de leur vie ? Ah ! L’envoi du Fils de Son amour prouvait la patience de Dieu le Père vis-à-vis des cultivateurs réfractaires, et aussi Son désir pressant qu’ayant vu le Fils, ils le traiteraient avec révérence, et se conduiraient justement à l’égard de la vigne qu’Il leur avait confiée. Hélas ! Cela ne fit que prouver le caractère invétéré du mal dans le cœur des cultivateurs !

 

17.5                   D’abord Fils, puis Serviteur

L’amour de Dieu le Père s’exerçait donc à l’égard du Fils, mais non pas envers les serviteurs qui L’avaient précédé dans la vigne. C’était Lui le Fils Bien-aimé, non pas eux. Mais quand cet amour du Père pour le Fils a-t-il surgi pour la première fois ? Il est absolument impossible de croire qu’il y eût un moment où l’amour du Père ne s’épanchât pas vers le Fils. « Moi, l’Éternel, je ne change pas » (Mal. 3:6).

Celui qui fut envoyé « le dernier » à la vigne chargé d’un service, commença-t-il à être le Fils du Père au moment où Il est entré dans la vigne comme serviteur pour faire la volonté de Celui qui L’envoyait ? L’amour de Dieu le Père pour le Fils commença-t-il lors de Son incarnation ? Ou plutôt, puisque « Dieu est amour », Leur amour mutuel n’est-il pas une activité nécessaire de Leur nature et de Leur relation dans la Déité, et n’est-il pas par conséquent sans commencement ni fin ? L’Écriture enseigne que cette spontanéité dépourvue de cause est le caractère distinctif de l’amour divin, en contraste complet avec tout amour humain.

Dans cette parabole le Seigneur parlait clairement de l’amour et de la relation filiale qui formaient un contraste entre le Fils et les serviteurs. L’existence antérieure de Sa relation de Fils rehaussait Son ambassade et la rendait incomparable. Aucun ambassadeur plus grand que « Dieu en Christ » ne pouvait être envoyé à l’homme.

Pour exécuter cette mission, il plut donc au Fils de devenir Serviteur. Il était, par conséquent, le Fils avant de prendre « la forme d’esclave » (doulos). Il était le Fils de toute éternité, mais il devint le Serviteur quand l’accomplissement du temps fut venu. À cause de cette humiliation, il ne put jamais y avoir un Serviteur comme Lui, — que Son nom soit béni éternellement.

Dans cette parabole, le Seigneur insiste sur le fait que le Fils était tel avant d’être envoyé : « Et le maître de la vigne dit : Que ferai-je ? J’enverrai Mon Fils bien-aimé » (Luc 20:13). Ces paroles montrent que, regardant vers l’avenir, le propriétaire projetait d’envoyer Quelqu’un qu’Il décrivait comme « mon Fils bien-aimé », avant même qu’Il fût envoyé (*). Si bien que Celui qui fut délégué pour exercer la fonction médiatoriale dès que l’accomplissement du temps fut venu (Gal. 4:4) était le Fils bien-aimé de Dieu. Il était d’abord le Fils, puis le Serviteur.

 

(*) Dans le terme d’affection « mon bien-aimé » utilisé au début du cantique de l’Éternel sur Sa vigne (Ésaïe 5:1-7), il semble qu’il y ait une allusion prophétique à cet amour dans la Déité : « Je chanterai à mon bien-aimé un cantique de mon bien-aimé, sur sa vigne : Mon bien-aimé avait une vigne… ». L’Éternel chante ce cantique (v. 1), et la vigne, la maison d’Israël, Lui appartient (v. 7), et elle appartient aussi à Son bien-aimé (v. 1). Le titre « bien-aimé » (y’deed), désigne le Messie et est intégré dans le nom que l’Éternel donna à Salomon (Jedidiah), « le bien-aimé de son Dieu » (2 Sam. 12:25 ; Néh. 13:26), type de Celui qui fut le vrai Héritier de la vigne de l’Éternel (Marc 12:6-7).

Il y a un second terme en És. 5:1 pour « mon bien-aimé », « dohd ». Il semble aussi s’appliquer au Messie. Le mot apparaît fréquemment (environ 30 fois) dans le Cantique des Cantiques, mais nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament dans le sens élevé d’amour divin. Il y a donc ce lien étroit entre le cantique de l’Éternel sur Sa vigne en Ésaïe et la parabole du Seigneur sur la vigne dans les évangiles.

 

17.6                   Le Fils et les anges

Revenons de nouveau à Hébreux 1. La qualité de Fils qui est celle du Messie, est, nous l’avons vu, une vérité enseignée en paraboles dans les évangiles, et affirmée doctrinalement au tout début de l’épître aux Hébreux, où elle est accompagnée par des témoignages riches sélectionnés par le Saint Esprit à partir de Ses propres écrits de l’Ancien Testament au sujet du Sauveur qui devait venir. Dans la parabole, on voit que le Fils est supérieur aux serviteurs de Dieu sur la terre, et dans l’épître, on voit qu’Il est supérieur aux anges de Dieu dans le ciel.

Cette prééminence dans les cieux des cieux appartient au Fils en vertu de Sa Personne et de Son nom, complètement à part de ce qui Lui est dû en vertu de son office médiatorial. Il est mentionné qu’Il a fait la purification des péchés (v. 3), mais il n’est pas dit ici qu’en conséquence de cela Dieu L’ait exalté à Sa droite, comme c’est annoncé ailleurs (par exemple Héb. 10:12).

Dans ce passage, le Fils prend Sa place exaltée de prééminence en vertu du droit qu’Il possède en propre. En Éphésiens 1:17-23, Dieu, le Père de gloire, Le fait asseoir à Sa droite, mais ici c’est le Fils dans Sa propre gloire qui s’assied Lui-même à la place de majesté suprême, très au-dessus de tous les êtres angéliques. Lui, « ayant fait par lui-même la purification des péchés, s’est assis à la droite de la majesté dans les hauts [lieux] ; étant devenu d’autant plus excellent que les anges, qu’il a hérité d’un nom plus excellent qu’eux » (Héb. 1:3-4). Son nom « plus excellent » de Fils Lui donne droit à ce rang sans pareil, et c’est de par Son droit personnel (non pas par héritage) que ce nom est le Sien comme porte-parole de Dieu.

Demandera-t-on : À quel point le Fils est-Il plus élevé que les anges ? À quel degré se situe Sa prééminence ? De combien est-Il plus excellent qu’eux ? La réponse est : autant que la gloire de Son nom de Fils dépasse celle des anges. Autant dans sa nature Dieu est au-dessus des créatures que Sa main a créées, autant dans Sa nature le Fils qui a fait les mondes est au-dessus des anges. Et cette dignité élevée est affirmée Lui être due à cause de Son nom « plus excellent » ; et la valeur de ce nom est incommensurable, tout comme Son œuvre expiatoire.

L’apôtre continue ensuite à montrer par l’Écriture que Dieu dit au Fils ce qu’Il n’a jamais dit aux anges. Dieu témoignait de Sa relation de Fils à la fois comme un fait immuable de toute éternité, et comme un fait également vrai dans l’abaissement étonnant de l’incarnation. En s’adressant à Lui, l’Éternel dit : « Tu es mon Fils » ; et en parlant de Lui, l’Éternel dit : « Lui me sera pour Fils » (v. 5). La première citation est exprimée au temps présent de manière abstraite : « Tu es… », reconnaissant le Fils dans la Déité éternelle. La seconde citation se rapporte au Fils incarné, et les récits des évangiles montrent combien cette promesse fut abondamment accomplie envers Lui durant les jours de Sa dépendance : « Moi, je lui serai pour père, et lui me sera pour fils ». Aucun ange n’a connu une pareille relation.

En outre, on ne doit jamais rendre hommage aux anges, tandis qu’eux, malgré toute leur dignité céleste, doivent rendre hommage au porte-parole de Dieu. C’est au Fils incarné qu’il est commandé aux anges de rendre hommage, — au Premier-né, lorsqu’Il est introduit dans le monde habité (v. 6). Les anges seront envoyés pour rendre témoignage à l’homme dans le futur (voir l’Apocalypse), comme ils l’ont été dans le passé (voir l’Ancien Testament), et comme déjà maintenant ils sont envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut (Héb. 1:14). Mais, quel que soit leur rang céleste, quand le Fils est fait un peu moindre qu’eux à cause de la passion de la mort (Héb. 2:7, 9), ils doivent encore Lui rendre hommage, à Lui le Fils de l’homme, en tant que Fils éternel dont ils connaissent la Déité.

 

17.7                   Quel témoignage à la qualité éternelle de Fils est-il donné en Hébreux 1 ?

Ce chapitre montre d’une manière probante, que le Nazaréen méprisé et crucifié par les Juifs était le Fils de Dieu. En Lui Dieu avait parlé complètement et définitivement, parce qu’en tant que Fils, il était pleinement compétent pour représenter Dieu dans Son autorité et Son gouvernement. Et cette compétence, inhérente essentiellement à Sa relation de Fils, est montrée être Sienne intrinsèquement. Étant absolument Fils, Il a porté avec Lui cette relation de Fils en puissance et en grâce pour son office médiatorial.

 

17.7.1    L’éternité de la relation de Fils est montrée par Sa création des mondes (v. 2)

Il a fait les mondes ou aions, c’est-à-dire toutes les phases de l’univers liées au temps et à l’espace (Jean 1:3 ; Col. 1:16), accomplissant par là la volonté de Dieu. L’œuvre de la création fut opérée à travers Lui (ou « par » Lui ; — dia) qui est appelé Fils. Dans sa Déité pré-incarnée, le Fils agissait donc, en faisant les mondes, comme l’Agent de Dieu, capable et coopérant.

Puisque le Saint Esprit attribue l’activité créatrice au Fils, Son existence doit avoir précédé celle de l’univers qu’Il a appelé à l’existence. Le Fils qui a fait la purification des péchés avait auparavant fait les mondes, et dans ces deux actions, il a agi médiatement [en intermédiaire], dans la première avant l’incarnation, et dans la seconde après l’incarnation.

 

17.7.2    L’éternité de la relation de Fils est impliquée dans Son aptitude intrinsèque à révéler Dieu (v. 3)

Cette aptitude tient à Son Être, c’est-à-dire à Son existence éternelle continue : « étant le resplendissement de sa gloire [celle de Dieu] et l’empreinte de sa substance [celle de Dieu ; ou : la nature essentielle de Dieu], et soutenant toutes choses [c’est-à-dire l’univers] par la parole de sa puissance [la puissance propre du Fils]… » (v. 3).

Ces activités et gloires du Fils proviennent de Sa propre nature, et tiennent donc à l’éternité de son Être, et elles ne peuvent être limitées à Sa condition incarnée. Dans la Déité aussi véritablement que dans l’humanité, le Fils est l’éclat de la gloire de Dieu, et la manifestation de Sa substance. Si l’on saisit cette vérité, combien cela donne une importance prodigieuse aux paroles : « Dieu… nous a parlé dans [la personne du] Fils » !

 

17.7.3    L’éternité de la relation de Fils est enseignée par le fait que le Fils est personnellement appelé Dieu et l’Éternel (v. 8-12)

Ces deux noms sont appliqués prophétiquement au Fils dans Son royaume (Ps. 45), et dans Son affliction et Son humiliation (Ps. 102), mais leur application au Seigneur dans ces circonstances prouve que ces noms sont à Lui de droit intrinsèque, et n’ont pas été acquis à l’incarnation. Car si le Fils avait un droit quelconque au nom de « Dieu » et au nom d’« Éternel », Il y avait droit de toute éternité. Le Nom divin n’est pas transférable : « Je suis l’Éternel : c’est là mon nom ; et je ne donnerai pas ma gloire à un autre » (Ésaïe 42:8).

 

18               Appendice E : Jésus Christ est appelé Fils, mais non pas Enfant de Dieu

Jésus n’est jamais appelé teknon, mais uios. Ce serait déroger à Sa gloire éternelle, ou la refuser que de parler de Lui comme le teknon (enfant) de Dieu (en Actes 4:27, 30, contrairement à la Version Autorisée anglaise, il faut traduire « Ton saint Serviteur » et non « Ton saint Enfant »). Mais Il est le Fils (uios) dans plusieurs sens.

Il est le Fils de Dieu comme né dans le temps, et vu sur la terre dans Son association avec Israël, annoncée à l’avance, comme Messie et comme Roi (Psaume 2). Il est déterminé Fils de Dieu, en puissance, par la résurrection des morts (Rom. 1:4).

Et le plus important de tout, et la base de tout, c’est qu’Il est Fils de Dieu, — Fils unique dans le sein du Père, indépendamment du temps de Sa manifestation ou des résultats de Son œuvre de rédemption, — Fils du Père dans Sa nature propre et dans Sa relation personnelle dans cette existence éternelle qui est l’essence et la caractéristique de la Déité. Pour ce dernier point, il faut voir l’évangile et les épîtres de Jean.

Rien n’est donc plus correct que le langage de tous les écrivains inspirés ; rien n’est plus faible que l’appréciation qu’en font les théologiens, même quand ils ont sous les yeux les faits et les mots. Mais la source de leur carence se comprend tout à fait : c’est le manque de sens de la gloire de Christ et des privilèges chrétiens qui en découlent.

W. Kelly

 

19               Avant la fondation du monde et avant les temps des siècles

Rien ne déconcerte plus l’esprit de l’homme que l’idée d’éternité avant que le monde ait commencé à exister. On ne peut rien en savoir sauf ce que Dieu en a révélé. L’Écriture est relativement silencieuse sur l’éternité passée. Même dans le Nouveau Testament où brille la lumière la plus claire et la plus complète de la révélation de Dieu, très peu de passages remontent plus en arrière au-delà de la fondation du monde et du commencement des temps des siècles. Nous devons donc faire grand cas de ces quelques allusions, et les étudier comme ayant la plus grande valeur, vu qu’elles nous dévoilent un peu les desseins secrets de Dieu, formés par Lui avant qu’Il fasse exister l’univers par Sa parole toute-puissante et avant de le meubler par Sa sagesse omnisciente.

La « fondation du monde » est souvent mentionnée dans l’Écriture comme la frontière extrême du passé à partir de laquelle l’histoire de l’humanité est calculée (Matt. 13:35 ; 25:34 ; Luc 11:50 ; Héb. 4:3 ; 9:26 ; Apoc. 13:8, 17:8). Par exemple, les noms trouvés dans le livre de vie sont écrits « dès la fondation du monde » selon ce qu’en disent deux passages de l’Apocalypse (*). Le récit divin de ces personnes élues commença à ce moment-là.

 

(*) Note Bibliquest : les deux passages (Apoc. 13:8 et 17:8) ne parlent pas des noms écrits dans ce livre, mais des noms qui ne sont pas écrits dans ce livre. Quand les noms des personnes élues ont été inscrits, cela n’est pas clairement déclaré.

 

Or qu’y a-t-il au-delà de cette frontière du début de la création, quand Dieu était tout ? Qu’y avait-il avant la fondation du monde ? Que se passait-il quand la Déité était absolue, et sans rapport avec un univers qui n’existait pas encore ? On ne peut trouver une réponse que dans les révélations qu’il a plu à Dieu de faire dans Sa parole. Et à partir de Ses révélations, nous apprenons Son amour, Sa préconnaissance, Son élection et Sa promesse de la vie éternelle ; et nous savons, par conséquent, que ces plans d’amour infini étaient formulés avant la fondation du monde. Les conseils de grâce existaient dans la Déité de toute éternité, mais le fait de leur existence n’a nécessairement été révélé à l’homme que dans le temps.

La phrase « avant la fondation du monde » apparaît trois fois dans le Nouveau Testament (Jean 17:24, Éphésiens 1:4, 1 Pierre 1:20), et la phrase analogue, « avant les temps des siècles », deux fois (2 Timothée 1:9, Tite 1:2). Considérons ces cinq passages avec une vraie humilité d’esprit, nous souvenant de la nature profondément sacrée de ces communications qui procèdent de « Celui qui est haut élevé et exalté, qui habite l’éternité » (Ésaïe 57:15). Que nos cœurs soient comme « un enfant sevré » afin que le Seigneur seul soit exalté à nos yeux tandis que nous recevons Sa parole.

 

19.1                   Le Père aimait le Fils avant la fondation du monde

En Jean 17:24, le Fils présente au Père ses désirs pour ceux que le Père Lui a donnés, basant Sa requête sur l’amour qui existait entre eux avant la fondation du monde. Il dit : « Père, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant la fondation du monde ». Le Fils sait que l’amour éternel de Son Père Lui donnerait le désir de Son cœur, et ne refuserait pas la requête de Ses lèvres.

Le désir du Fils pour les Siens est qu’ils puissent contempler dans Sa compagnie — dans cette sphère qui Lui est propre et particulière — la gloire médiatoriale qui Lui a été donnée. Car notons que le Fils dit : « là où moi je suis », et non pas « où je serai ». Moïse avait été au Pisga, d’où il vit l’héritage terrestre promis aux pères. Les disciples aussi furent menés « seuls à l’écart, sur une haute montagne » où, en compagnie de Jésus seul, ils virent une brève manifestation des gloires futures du royaume du Messie. Mais le Seigneur cherche ici un point de vue plus élevé pour les Siens. Il demande au Père qu’avec Lui (« là où je suis ») ils puissent voir la gloire qui Lui a été conférée, dans ce jour où toutes choses dans les cieux et sur la terre seront réunies (*) en Lui (Éphésiens 1:10).

 

(*) Note Bibliquest : en anglais « headed up », littéralement « mises de manière que Lui soit à la tête ».

 

Quelle base divinement transcendante que celle présentée au Père par le Fils pour ce privilège exceptionnel ! Le Fils ne fait pas de requête pour les Siens parce qu’ils « étaient à toi, et tu me les as donnés » (comme au verset 6) ; ni parce que « tu les as aimés comme tu m’as aimé » (comme au verset 23) ; mais parce que « tu m’as aimé avant la fondation du monde ». Le Fils savait qu’il n’y avait pas d’argument plus fort dans l’estimation du Père que l’amour qui était co-éternel avec le Père et avec Lui-même. Dans l’intimité secrète de la Déité, le Père aimait le Fils « avant la fondation du monde », et par conséquent le Père ne peut rien refuser à Son Bien-aimé dans Son incarnation.

Une simple phrase du Fils du Père nous conduit, dans ce passage, dans les régions du passé éternel où le temps n’était pas. Comme « une porte fut ouverte dans le ciel » pour permettre à Jean de voir les jugements et gloires à venir (Apoc. 4:1), ainsi une porte nous est ouverte dans l’éternelle Maison d’amour sans commencement ni fin. En se tenant à la fondation du monde, nous regardons, depuis ce seuil et par la foi, dans la demeure inaccessible de la Lumière, et nous y voyons, là et alors, que « Dieu est amour ». De plus nous entendons, résonnant à travers les hauteurs et les profondeurs de l’inscrutabilité infinie, ces mots du Fils : « Tu M’as aimé avant la fondation du monde ». Toi, le Père, et Moi, le Fils. Si bien qu’avant que le monde fût, le Père était là, et le Fils était là — des Personnes vivantes et aimantes dans ce passé éternel.

Cette appel du Fils au Père (arrivé aux oreilles de la créature par permission de la grâce incomparable de Dieu) dévoile merveilleusement les retraites de la plus lointaine éternité. Par cette phrase nous sommes amenés, pour ainsi dire, en présence des relations divines du Père et du Fils dans la Déité absolue. En vérité, ces relations sont « les choses profondes de Dieu » dont parle l’apôtre, qui ajoute que « personne ne connaît les choses de Dieu… si ce n’est l’Esprit de Dieu » (1 Cor 2:10-11). Mais l’Esprit de Dieu, par ces paroles du Fils Lui-même, nous a révélé cette relation éternelle du Père et du Fils.

Serions-nous lassés de nous arrêter un peu à la lumière de ces paroles révélatrices ? Elles contiennent tant de choses en si peu de mots. Assurément elles révèlent que dans la Déité éternelle qui comprend tout, l’amour était toujours accordé, et toujours reçu. Avant l’existence de toute créature ou de toutes choses créées, l’Un était aimé par l’Autre : « Tu m’as aimé ». Celui qui était aimé avant la fondation du monde parle à Celui qui L’aimait alors, et s’adresse à Lui en tant que Père : « Père, je veux…car Tu m’as aimé » — Moi, le Fils.

Combien cette confiance dans l’amour éternel est exquise ! Le Fils dévoile « les secrets du sein du Père à ceux qu’Il a choisi du monde. Il veut qu’ils connaissent, eux et non pas le monde, que, dans la nature essentielle de la Déité, « avant que le monde fût », l’amour du Père demeurait avec une affection satisfaite sur « le Fils de Son amour ». Avant la fondation du monde, le Père dans Son Être essentiel était le Père relativement au Fils, et que le Fils dans Son Être essentiel était le Fils relativement au Père.

Quelle ferveur dans l’amour du Père pour le Fils ! Quelle ardeur dans l’amour du Fils pour le Père ! L’amour de la Déité n’est pas une abstraction personnifiée. Nous ne lisons pas que l’amour soit Dieu, mais que « Dieu est amour », et aussi que l’amour de Dieu, dans son exercice, est Paternel et Filial. Le Fils, parlant en parfaite connaissance de cet amour dans toute sa plénitude, désirait de la part du Père que « les Siens » puissent être avec Lui et voient la gloire qui Lui avait été donnée. Le Fils savait que le Père, dont l’amour pour Lui était éternel, trouvait Son bon plaisir dans la « volonté » du Fils comme dans l’obéissance du Fils à la volonté du Père. Et c’est sur cette base immuable que le Fils (béni soit Son nom à toujours) place le caractère spécial de notre destin dans une félicité éternelle.

Passons maintenant des paroles du Fils relatives à Sa gloire, aux paroles du Saint Esprit sur des sujets décidés par consultation mutuelle dans la Déité « avant la fondation du monde ».

 

19.2                   Élus en lui avant la fondation du monde

En Éphésiens 1, nous sommes à nouveau conduits au seuil du temps, et à nouveau nous recevons une révélation de ce qui se passait avant que les mondes fussent. À nouveau nous apprenons que dans cet état en dehors du temps nous étions présents dans les pensées de Dieu. Dès que nous commençons à lire le passage, l’Esprit Saint met sur nos lèvres le langage de la louange : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ ; selon qu’il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour » (Éphésiens 1:3-4).

Observez les noms divins employés dans ce passage. L’Esprit ne parle pas de « Dieu », mais du « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » dans l’exercice de Son choix sélectif de ceux qui devaient être « en Christ », le Centre en qui toutes choses dans les cieux et sur la terre seraient réunies dans la plénitude des temps (Éph. 1:10). Dieu le Père faisait Ses choix « en Christ » avant la fondation du monde.

L’amour ainsi que le gouvernement dans la nouvelle création prennent forme « en Christ » ; c’est pourquoi le nom approprié à la relation dans l’amour est ajouté, « le Père de notre Seigneur Jésus Christ ». Son dessein éternel est que nous soyons « saints et irréprochables devant lui en amour » ; c’est pourquoi c’est « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ » qui nous a élus en Celui qui est le Fils de Son amour, « Son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur » (Rom. 1:3-4).

Ainsi donc l’épître de Paul comme l’évangile de Jean nous enseignent que les relations divines du Père et du Fils sont associées à ces conseils et à ces desseins formulés dans la Déité avant la fondation du monde. Alors le Père aimait le Fils et déterminait qui seraient Ses compagnons dans cette gloire resplendissante pour Dieu qui sera l’issue et le couronnement de Son œuvre médiatoriale, quand toutes choses seront réunies en Christ, le Fils de l’homme.

Que le Père ait aimé le Fils avant la fondation du monde est peut-être moins merveilleux à nos yeux que le fait nous ayons été élus en Lui ; mais ces deux vérités nous sont révélées pour élever notre adoration et faire jaillir notre louange.

 

19.3                   Préconnu dès avant la fondation du monde

L’expression remarquable « avant la fondation du monde » apparaît pour la troisième fois dans la 1ère épître de Pierre. Il nous est montré là que le plan rédempteur de Dieu pour la bénédiction la gloire célestes autant que terrestres était préconnu de Lui « avant » la fondation du monde. Tandis que la rédemption et le salut du peuple terrestre de Dieu étaient annoncés « par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été de tout temps » (depuis que le monde a commencé) (Luc 1:70), le sang précieux de Christ, comme d’un Agneau sans défaut et sans tache, était préconnu avant que le monde fût. L’apôtre écrit : « sachant que vous avez été rachetés… par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, préconnu [le sang] dès avant la fondation du monde » (1 Pierre 1:18-20). Pierre écrit ainsi sur ce qui a précédé les desseins divins à l’égard du peuple terrestre de l’Éternel ; quant à ceux-ci, il est dit qu’ils sont « dès » la fondation du monde, non pas « avant ».

Ici aussi nous sommes admis dans les secrets « cachés en Dieu » avant que toute création ou relations de temps fussent établies. Alors était préconnu « le sang du Christ, qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu sans tache ». Alors, dans le cercle de la Déité absolue, la volonté divine à l’égard du sacrifice pour les péchés et la sanctification des croyants fut énoncée. « Le rouleau du livre » fut écrit (Héb. 10:7-9). L’ordre de la venue dans le monde du Fils fut fixé, et inscrit dans « le rouleau du livre », connu seulement de la Déité.

Il y avait, par conséquent, préconnaissance et détermination dans la Déité avant la fondation du monde en rapport avec la grande œuvre du sacrifice et avec Celui qui l’entreprendrait « à la fin des temps ». C’était le Fils de Dieu qui dit : « Voici, je viens ; il est écrit de moi dans le rouleau du livre ». « Voici, je viens… pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Psaume 40:7-8, Héb. 10:7). Cette volonté de Dieu impliquait non seulement la révélation du Père, mais le service de sacrifice et de sacrificature et de sanctification des croyants (Héb. 10:10).

 

19.4                   Dessein et promesse avant les temps des siècles

 

Note Bibliquest : Ce que JND traduit en français par les « temps des siècles », il l’a traduit an anglais par « les ages de temps ».

 

(4ème et 5ème passage) L’Écriture nous parle de ce qu’il y avait soit avant les temps des siècles soit avant la fondation du monde. On peut dire que, selon l’usage biblique du terme, le « monde » est le système de choses matérielles disposé pour Adam et sa race, dans lequel le péché est entré (Jean 1:10 ; Actes 17:24 ; Rom. 5:12). Les « temps des siècles » semblent être les phases successives et les périodes des relations de Dieu avec Ses créatures [dispensations] ; et le commencement de ces temps-là coïncide avec le début de la création.

Avant tous les deux, et avant toute la sphère d’espace et de temps, il y avait l’état d’éternité, sans limite d’espace ni de temps, où demeurait la Déité.

Mais Dieu a révélé certaines choses qui ont eu lieu avant les temps des siècles et avant la fondation du monde. Ces choses ont trait aux conseils et aux desseins déterminés au sein de la Déité. En ce qui concerne la création de l’humanité, par exemple, nous lisons que Dieu dit : « Faisons [l’] homme à notre image, selon notre ressemblance » (Genèse 1:26). L’homme a été créé en accord avec cette expression du dessein, — en dehors de toute question de temps où cela fut déterminé.

L’expression « les temps des siècles », rendue par « avant que le monde commence » dans la Version Autorisée anglaise, se trouve deux fois dans le Nouveau Testament, une fois en 2 Timothée et une fois dans Tite. Dans l’épître aux Éphésiens, Paul parle de notre élection en Christ avant la fondation du monde ; dans Timothée, il parle du dessein de Dieu et de la grâce de Dieu qui nous ont été donnés « dans le Christ Jésus avant les temps des siècles » (2 Tim. 1:9). Il relie l’appel chrétien avec la volonté déterminante de Dieu exercée « envers nous dans le Christ Jésus » avant que les périodes successives du temps avec leurs caractères variés ne commencent à courir. Ce dessein divin et cette grâce divine existaient dans les conseils de la Déité avant tout les âges ou cycles de temps, et ils sont maintenant révélés à l’église, le véhicule choisi pour leur manifestation.

En Tite, nous trouvons la promesse de la vie éternelle avant que le monde fût : « dans l’espérance de la vie éternelle que Dieu, qui ne peut mentir, a promise avant les temps des siècles » (Tite 1:2). Ici encore, il nous est montré que la promesse dont hérite le chrétien remonte, quant à son origine, avant toute histoire humaine dans l’éternité du passé. C’est la « promesse dans le Christ Jésus » dont héritent également les croyants des nations et les croyants Juifs (Éphésiens 3:6).

Mais qui était là avant les temps des siècles pour recevoir une promesse ? Car l’idée de « promesse » implique qu’une pluralité de personnes soit concernée. Il faut au moins qu’il y ait quelqu’un qui promette et quelqu’un qui reçoive la promesse. Cette promesse de la vie éternelle fut donc faite par Dieu et reçue par le Fils dans les conseils de la Déité avant que le monde fût. L’extrait suivant est tiré des études sur la Parole de Dieu, par J.N.D. sur ce passage de Tite :

« L’expression : «promise avant les temps des siècles» est une expression remarquable et importante : on est admis aux pensées de Dieu avant que cette scène changeante et mélangée ait existé… La vie éternelle se rapporte à la nature immuable de Dieu, à des conseils qui restent fermes comme sa nature, à ses promesses dans lesquelles il ne saurait nous tromper, auxquelles il ne saurait manquer.

Notre part dans la vie existait avant la fondation du monde,… non seulement dans la personne du Fils, mais dans les promesses faites au Fils comme notre part en Lui. Cette vie, et la part que nous devions y avoir, étaient le sujet de ces communications du Père au Fils, dont nous étions les objets, le Fils en étant le dépositaire : merveilleuse connaissance qui nous a été donnée des communications célestes dont le Fils était l’objet, afin que nous comprenions la part que nous avons dans les pensées de Dieu dont nous étions l’objet en Christ avant tous les siècles ! [avant les temps des siècles]. »

 

Qu’est donc l’enseignement de ces quelques passages de l’Écriture ? Ils révèlent les relations divines qui existaient au commencement dans la Déité absolue. Ils montrent qu’avant que les choses créées fussent appelées à l’existence, qu’avant que les temps des siècles aient leur cours, quand la Déité était absolument tout, — alors le Père aimait le Fils et Il se proposait qu’une fois que l’univers serait assujetti au Fils comme sa Tête, il y aurait avec Lui des associés célestes dans Son gouvernement universel, qu’Il choisirait dans le monde pécheur et perdu pour occuper cette position d’exaltation. Tel est le bon plaisir du Père dans Son Fils bien-aimé, comme il était au commencement, comme il est maintenant, et comme il sera toujours.

 

« Qu’est-ce qui a suscité cette merveilleuse pensée,

Ou qui l’a suggérée,

Que nous, l’église, introduits dans la gloire,

Nous soyons bénis avec le Fils ?

 

« Ô Dieu, c’était Ta pensée,

Ce ne pouvait être que la Tienne,

Fruit de la sagesse et de l’amour divins,

Qui Te sont propres. »

 

 

20               La manifestation dans le Fils

Ce serait une folie méchante et un manque de respect grossier pour quiconque de tenter de pénétrer les mystères de la Trinité ou de comprendre la Personne bénie du Fils. D’un autre côté, ce serait faire affront à la grâce divine que de mépriser les révélations de Lui-même qu’Il s’est plu à faire. Ce qui a été révélé est nécessaire au développement jusqu’à maturité de la nature spirituelle afin que le Père reçoive de nous l’adoration en vérité qu’Il recherche, et pour que dans notre adoration, nous puissions adorer intelligemment Celui que nous connaissons (Jean 4:22) selon Sa propre manifestation dans le Fils.

 

20.1                   La signification de la manifestation

Efforçons-nous donc toujours de recevoir avec douceur (Jacques 1:21) les révélations du Père et du Fils fournies dans l’Écriture pour approfondir notre communion. C’est un réconfort étonnant de se souvenir que les vérités les plus profondes sont apprises personnellement. Elles nous sont communiquées, non sur des tables de pierre comme la loi, mais dans la Personne de Christ Lui-même. Connaître le Fils, c’est connaître aussi le Père (Jean 8:19).

Bien sûr nous tenons à Ses paroles comme à un trésor, et nous les « gardons » ; elles sont pour nous « plus douces que le miel et que ce qui distille des rayons de miel » (Ps. 19:10). Mais le Seigneur Jésus est Lui-même le sujet de l’enseignement. Comme Il le dit aux Juifs en réponse à leur question : « Toi, qui es-tu ? » : « Absolument ce qu’aussi je vous dis » (Jean 8:25). De sorte que le Fils incarné était Lui-même la concrétisation de ce qu’Il était venu communiquer dans le monde. « Celui qui m’a vu, a vu le Père ». Cette vérité subsiste maintenant qu’Il est dans la gloire. Paul avait devant lui, comme motif gouvernant sa vie et son énergie spirituelles, « l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur », et son ambition était de « Le connaître » (Phil. 3:8, 10). Arriver à « la connaissance du Fils de Dieu », c’est l’objectif normal de toute l’assemblée sous l’enseignement combiné des dons de Christ Lui-même (Éph. 4:13).

Cette manière d’exposer la vérité dans une personne vivante est quelque fois désignée dans l’Écriture par les termes : « manifester » ou « rendre manifeste ». Nous lisons que « Dieu a été manifesté en chair » (1 Timothée 3:16), et que « le Fils de Dieu a été manifesté » (1 Jean 3:8). Avant de considérer le contexte de ces expressions et d’autres passages où on les retrouve, il est utile de se souvenir de la signification de ces mots manifester et manifestation.

« Rendre manifeste » (phaneroo) c’est amener à la lumière ce qui était caché jusque-là. L’idée de manifestation n’est jamais le passage de la non-existence à l’état d’existence. Vous ne pourriez pas, par exemple, appeler la fabrication de la première locomotive « sa manifestation », car le mot implique que la locomotive existait auparavant, mais n’était pas manifestée, si bien que ce mot ne pouvait pas être appliqué valablement à ce stade ou à un stade antérieur.

La manifestation signifie qu’il y a eu un moment dans l’histoire de la personne ou de la chose où cette personne ou cette chose est passée d’un état caché à un état public ou visible. L’Écriture parle de « Dieu manifesté en chair ». Cette manifestation a eu lieu dans le temps lorsque Celui qui était Dieu est devenu chair et a été vu des hommes et des anges. Dans un tel cas, on dit que le Fils de Dieu a été manifesté. Celui qui était le Fils, invisible et inconnu comme tel, est apparu ou a été manifesté « en ressemblance de chair de péché ».

En conséquence, si nous rendons au Fils l’honneur qui Lui est dû, nous devons reconnaître qu’Il était le Fils de Dieu avant Sa manifestation. La confession vraie et agréable du Fils consiste à Le reconnaître dans la relation qui Lui est attribuée par le Saint Esprit dans l’Écriture. Nier Sa relation de Fils avant l’incarnation, c’est nier la signification claire de ce qu’est la « manifestation » selon l’Écriture, et c’est dérober au Fils de Dieu cette gloire révélée. Étant le Fils de Dieu éternellement, Il a été manifesté publiquement et visiblement en chair pour Son œuvre médiatoriale (1 Jean 3:8).

 

20.2                   Manifesté en chair

« Manifesté en chair » est une expression scripturaire pour désigner l’incarnation. Nous la trouvons en 1 Timothée 3:16, qui est un remarquable passage : « Et, sans contredit, le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair… ». Il n’y en a qu’Un duquel il pouvait être écrit qu’Il apparut, ou fut manifesté en chair. D’autres passages de l’Écriture confirment que c’était le Fils de Dieu qui fut manifesté en chair ; et Lui est le Dieu véritable et la vie éternelle (1 Jean 5:20).

On peut dire de toute l’humanité en général que les hommes sont chair, puisque tous les hommes sont naturellement nés de chair (Jean 3:6). Mais la Parole devint chair (Jean 1:14). L’incarnation était une manifestation de la Parole, de Celui qui était au commencement, qui était auprès de Dieu et qui était Dieu (Jean 1:1). Devenir chair, et par conséquent être manifesté, était un point, une ère dans l’histoire de Celui dont l’existence comme la Parole était antérieure à Sa manifestation, mais était éternelle et invisible pour la créature.

Le mot « manifester » ramène irrésistiblement nos pensées en arrière, à ce qui était avant la date de l’incarnation, ou avant le fait de devenir chair, — tellement cet évènement est merveilleux. Celui qui est devenu visible est le même que Celui qui était invisible, car il n’y a pas eu de changement en Lui personnellement quand Il a été manifesté. L’« Invisible Infini » devint visible lors de Sa manifestation en chair. Celui qui habitait « la lumière inaccessible » vint et « habita au milieu de nous », … « plein de grâce et de vérité », « l’image du Dieu invisible ».

 

20.3                   Manifestation et médiation

Il faut se rappeler que, dans l’Écriture, le fait de la manifestation est étroitement associé avec son but. L’incarnation, en elle-même, n’est pas l’expiation. Le fait de la manifestation de Quelqu’un qu’on n’a pas vu ni ne peut voir est merveilleux. Mais l’objet de la manifestation divine, la vraie Théophanie (manifestation de Dieu aux hommes sous une forme matérielle), était d’assurer la pleine gloire de Dieu dans ce qu’Il opérait en grâce et en justice avec l’homme pécheur. C’est pourquoi le Fils de Dieu qui a été manifesté est le médiateur entre Dieu et les hommes pour accomplir ce dessein divin.

La manifestation et la médiation sont intimement associées dans l’enseignement du Nouveau Testament, la seconde étant conséquence de la première, et les deux étant « en chair ». La manifestation de Dieu parmi les hommes a été « en chair » (1 Tim. 3:16), et « le médiateur entre Dieu et les hommes » était aussi en chair, car Il est « l’homme Christ Jésus » (1 Tim. 2:5). Et Il s’est offert en rançon pour tous. Sa médiation impliquait non seulement qu’Il apparût en ressemblance de chair de péché, mais elle impliquait aussi le sacrifice de Lui-même. Dieu a envoyé son Fils [pour être la] propitiation pour nos péchés (1 Jean 4:10), et « non pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour le monde entier » (1 Jean 2:2).

Dans les écrits de Jean, l’Esprit semble aimer s’arrêter sur l’œuvre rédemptrice de Celui qui a été manifesté. Par exemple, Il montre que l’objet de la manifestation du Fils de Dieu était d’ôter nos péchés et de détruire les œuvres du grand ennemi. Il dit : « Vous savez que lui a été manifesté, afin qu’il ôtât nos péchés ; et il n’y a point de péché en lui », et plus loin : « C’est pour ceci que le Fils de Dieu a été manifesté, afin qu’il détruisît les œuvres du diable » (1 Jean 3:5, 8). Paul lie pareillement Son œuvre sacrificielle avec Sa manifestation, en disant : « maintenant, en la consommation des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice » (Hébreux 9:26).

Ces passages de l’Écriture concernent tous l’œuvre médiatoriale de Celui qui a été manifesté. Ils se combinent pour montrer que Celui qui a été manifesté dans le temps comme médiateur entre Dieu et les hommes était Celui qui était le Fils de Dieu avant Sa manifestation dans le temps ; et Il était donc le Fils dans l’éternité. Sa relation originelle et essentielle de Fils dans la Déité a été manifestée en chair, et maintenant qu’elle a été rendue manifeste et que le fait en a été relaté par le Saint Esprit, quel aveuglement et quelle dureté de cœur de nier cette relation !

 

20.4                   La manifestation de trésors cachés

Dans le trésor de la maison du Père, les choses profondes et précieuses de l’éternité sont amassées, invisibles à l’œil humain et inconnues du cœur de l’homme. Toutes « les choses cachées sont à l’Éternel, notre Dieu » (Deutéronome 29:29), qui révèle selon Son bon plaisir ce qu’Il veut à qui Il veut.

Pour le moment, nous ne sommes pas concernés par la révélation des voies de l’Éternel avec les hommes en gouvernement de la terre. Au dessus et au-delà de tous ces plans, il y a les vérités concernant l’Être essentiel de Dieu, nécessairement cachées aux yeux et aux cœurs des créatures. Ce que Dieu est doit être encore plus privé et profond que ce qu’Il fera : « Cela n’est-il pas caché par devers moi, scellé dans mes trésors ? » (Deutéronome 32:34).

À l’époque du Nouveau Testament de nombreux trésors de choix furent révélés sur la sagesse céleste et la connaissance en rapport avec Dieu et avec Son Fils. Même alors, une telle connaissance supranaturelle était cachée aux sages et aux intelligents de la terre, mais révélée aux « petits enfants » par le Père, le Seigneur des cieux et de la terre (Matthieu 11:25). Ainsi les trésors des dernières révélations de Dieu sont contenus dans le « mystère », la vérité confiée à Paul concernant Christ et l’église (voir Colossiens 2:2-3). L’assemblée a maintenant été faite le dépositaire de ces vérités transcendantes, gardées jusque-là secrètes dans les archives célestes. Nous pouvons brièvement noter, entre autres, les vérités révélées suivantes ayant ce caractère :

 

20.4.1    Le dessein éternel de Dieu et Sa grâce sont maintenant manifestés

L’apôtre Paul déclare que le dessein et la grâce de Dieu (qui nous a été donnée dans le Christ Jésus avant les temps des siècles), ont été maintenant manifestés (2 Timothée 1:9-10). Le moment pour cette révélation n’a pas eu lieu avant que le Messie se soit présenté à Israël selon la promesse et la prophétie, et qu’Il ait été abhorré par la nation et crucifié. Ce refus méchant de leur Roi et Sauveur était anticipé par « le conseil défini et la préconnaissance de Dieu » (Actes 2:23).

Dieu donc, dès le commencement, s’est proposé « quelque chose de meilleur ». Si l’infamie de l’homme a contrecarré l’introduction de la bénédiction promise pour la terre, Dieu s’est proposé de déverser les flots surabondants de Sa grâce et d’accorder des bénédictions spirituelles dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Le silence était gardé tout au long des temps des siècles concernant le dessein de cet appel céleste de l’assemblée ; mais maintenant le secret céleste conservé précieusement est donné à connaître, ayant été annoncé par des écrits prophétiques (Romains 16:25-27).

 

20.4.2    La vie est maintenant manifestée dans le Christ Jésus

L’apôtre Jean fut choisi par le Saint Esprit pour présenter dans ses écrits la manifestation présente de la vie dans le Christ Jésus. Nous rencontrons à nouveau le terme « manifester » : « la vie a été manifestée » (1 Jean 1:2). Ce n’était pas une vie récemment venue à l’existence, mais c’était une vie existant éternellement dans le Fils, et cachée jusqu’au moment présent où elle a été manifestée. Son aspect caractéristique, c’est « la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3) ; et cette communion est pour nous !

Nous trouvons donc ici un autre secret inestimable provenant du trésor de l’éternité, et révélé maintenant à la famille de Dieu. La vie entachée par le péché était sur la terre depuis les jours d’Adam, mais personne n’avait vu cette Vie Éternelle, qui était auprès du Père, jusqu’à ce qu’elle soit déployée dans le Fils incarné. Cette Vie Éternelle était toujours auprès du Père, mais dans cette fin des temps, elle a été manifestée parmi les hommes par Celui qui est « le Dieu véritable et la vie éternelle ».

Cette vie donc a toujours existé, car elle est « dans le Fils », mais elle était cachée aux hommes jusqu’à sa manifestation, au sujet de laquelle Jean témoigne pour lui-même et pour ses compagnons de témoignage : « la vie a été manifestée ; et nous avons vu, et nous déclarons, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » (1 Jean 1:2).

 

20.4.3    L’amour de Dieu a maintenant été manifesté

L’amour de Dieu annoncé dans l’évangile n’est pas d’origine récente. Il était caché, mais maintenant il est rendu manifeste. Jean s’attarde sur cet aspect de l’amour. Il enseigne que « l’amour est de Dieu », et que « Dieu est amour » (1 Jean 4:7-8). Dieu Lui-même est l’origine, la source principale de l’amour : Il est amour.

L’amour étant la nature même de Dieu, cet amour de Dieu est inscrutable, incompréhensible, inaccessible à la créature, comme la nature divine l’est nécessairement. De nos jours, le trésor le plus précieux de la maison du Père a été donné à connaître, étant manifesté glorieusement et de la bonne manière dans le Fils incarné. « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui » (1 Jean 4:9).

Cette manifestation est très simple, et profondément bénie, dans ses résultats pour nous. Comment la famille de Dieu apprend-elle l’amour éternel de Dieu, ainsi que la manière dont il repose sur ses membres et les affecte ? Cet amour les pénètre lorsqu’ils méditent dessus et qu’ils le contemplent, là où seul il a été et pouvait être manifesté — dans la Personne du Fils unique de Dieu.

 

20.5                   Manifestation infinie

Parmi les autres beautés qui brillent sur nous lorsque nous contemplons par la foi le Fils de Son amour, il y a la mesure infinie de ce qu’Il a manifesté de l’amour de Dieu, et que nous percevons dans la gloire de cette Personne bénie. Peut-être demandons-nous à quel degré l’amour infini de Dieu a été montré dans ce pauvre monde. D’un côté il y a l’étendue sans limite de l’amour de Dieu voulant se manifester ; de l’autre côté, il y a le tout petit vase du cœur humain pour le recevoir. La plénitude éternelle de l’amour divin a-t-elle été suffisamment manifestée pour remplir nos petites coupes, et la manifestation en demeure-t-elle alors, comme l’huile de la veuve ? (1 Rois 17:16).

Ah, non ! Une manifestation restreinte de Son amour, ce n’est pas ce que Dieu voulait. Son amour infini a été manifesté jusqu’à ses limites extrêmes pour la gloire de Son nom et le délice de Son cœur. C’est Sa volonté que nous connaissions l’amour qui surpasse toute connaissance, et que nous apprenions sa riche plénitude en Jésus Christ, Son Fils. L’amour de Dieu demeure en Lui, en qui habite toute la plénitude de la Déité corporellement ; et cet amour de Dieu déconcerte toute compréhension humaine à la fois dans son essence, dans ses qualités, dans ses activités. L’amour qui demeure en Lui est l’amour par lequel le Père a aimé Son Fils unique avant la fondation du monde ; pourtant nous pouvons dire : de cette vaste plénitude nous avons tout reçu (Jean 1:16).

 

20.6                   Manifestation dans le Fils

La compétence du Fils de Dieu pour faire connaître (= manifester) le nom du Père (Jean 17:6) repose sur Sa relation personnelle avec le Père avant Son incarnation. Voici Ses propres paroles qui Le révèlent : « Je suis sorti d’auprès du Père… et de nouveau je laisse le monde, et je m’en vais au Père » (Jean 16:28). De plus, tandis qu’Il était ici-bas dans l’humble aspect de l’humanité, Sa relation de Fils demeurait intacte. Il parle du Père comme « Mon Père », et en s’adressant au Père Il parle de Lui-même comme « Ton Fils ».

L’incarnation n’avait ni brisé ni affaibli les liens éternels entre le Père et le Fils. Tout au long de Sa manifestation, Ils étaient dans la plus intime communion. Ses disciples pouvaient Le laisser seul, mais Il n’était pas seul car le Père était avec Lui (Jean 8:29 ; 16:32). Il dit : « Je suis dans le Père et le Père est en Moi » (Jean 10:38 ; 14:10) ; et parlant de Son service, Il dit : « Le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres » (Jean 14:10).

Ces affirmations dans la bouche du plus grand de toute l’humanité pourraient sembler contradictoires et paradoxales, ou même pire ; mais comme expressions de « Dieu manifesté en chair », elles sont exquises, parfaitement appropriées et elles illuminent. Le Fils était en communion consciente avec le Père, car Il dit : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30). Il était consciemment en train de manifester le nom du Père, car Il dit : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14:9).

Il est clair que la plénitude et la perfection de la manifestation du Père par le Fils dépendaient de Sa relation éternelle. En cela se trouve la différence radicale entre le Fils et tous les nombreux serviteurs de Dieu. Divers devoirs leurs étaient attribués, des messages particuliers étaient confiés à chacun d’eux, mais ils demeuraient subordonnés, quelle que soit l’élévation de leur dignité temporelle.

Abraham était appelé l’ami de Dieu, et l’Éternel lui a fait part de la destruction imminente des villes de la plaine (Genèse 18:17). L’Éternel parlait à Moïse, le médiateur d’Israël, face à face, comme un homme parle avec son ami (Exode 33:11). C’était de grands honneurs pour ces deux fils des hommes ; pourtant ils ne dépassèrent jamais leur position originelle, comme le récit parallèle de leurs fragilités et de leurs manquements l’atteste pour tous les deux.

Il aurait été incongru et mauvais d’entendre de la bouche d’Abraham les paroles suivantes : « Celui qui m’a vu, a vu le Tout-puissant ». Mais notre Seigneur a dit : « Celui qui M’a vu, a vu le Père ». Combien ces paroles sont vraies et bénies, venant de Lui !

Moïse non plus n’aurait pas osé dire : « Moi et l’Éternel sommes un » ; mais le Seigneur dit, non pas « Mon Père et moi sommes un », mais « Moi et le Père, nous sommes un ». Cet ordre de préséance n’était pas toujours utilisé, car Il dit ailleurs : « Mon Père travaille, et moi je travaille » (Jean 5:17). Chaque expression est belle et appropriée dans son contexte, et toutes Ses paroles s’unissent pour montrer la personnalité divine du Fils sur la terre comme l’Envoyé du Père.

Nul, si ce n’est « Dieu manifesté en chair », ne pouvait affirmer cela sans tomber dans un blasphème mortel. Nous pouvons certainement prendre à notre compte le langage d’Israël racheté, et en considérant la manière de cette merveilleuse manifestation, nous pouvons dire : « Ceci a été de par l’Éternel : c’est une chose merveilleuse devant nos yeux » (Psaume 118:23). Le Fils est descendu du ciel (Jean 6:33) pour révéler le Père à celui à qui Il voudra le révéler » (Matthieu 11:27). Descendu du ciel, Il rend témoignage de ce qu’Il a vu et entendu » (Jean 3:31-32).

Les paroles du Fils étaient : « Moi, je dis ce que j’ai vu chez mon Père » (Jean 8:38). Le caractère de Sa manifestation reposait sur le fait qu’Il était avec le Père avant Son entrée dans le monde. Le Fils était pleinement conscient de cette présence éternelle avec le Père, et de la gloire qu’il avait auprès de Lui avant que le monde fût, et Il en a rendu témoignage (Jean 17:5) afin que nous croyons que le Père a envoyé le Fils (Jean 17:8) et qu’en croyant, nous adorions le Père et le Fils.

 

 

21               Remarques concluantes : Le fait d’être Fils et le service

Au cours de nos méditations sur « le Fils de Son amour », nous avons sûrement appris que cette Personne Bénie, le Médiateur entre Dieu et les hommes, constitue un représentant parfait de Dieu Qui est amour, puisque Lui, le Fils, est Dieu, et que la plénitude de la Déité habite en Lui de manière immuable. En outre Il est le Fils qui fait connaître le Père à quiconque Il veut Le révéler (Matt. 11:27).

Cette manifestation par le Fils fut faite « dans la chair ». « La Parole devint chair ». Le Fils incarné apparut parmi les hommes pour accomplir l’expiation et révéler Son Père « durant les jours de Sa chair ». « Il n’y a point de péché en lui », mais « Dieu, ayant envoyé son propre Fils en ressemblance de chair de péché, et pour [le] péché, a condamné le péché dans la chair » (Rom. 8:3). Le Fils, à la fin de Son ministère sur la terre, dit au Père : « J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » (Jean 17:4). Par conséquent nous honorons le Fils comme nous honorons le Père, les honorant tous les deux comme égaux dans la Déité (Jean 5:23).

Or la gloire transcendante de l’obéissance de Christ selon laquelle Il a vécu jusqu’à la mort, et à la mort de la croix, se trouve dans le fait qu’étant Fils éternel, Il a daigné entrer dans cette relation de soumission pour la gloire de Dieu. Étant Fils dans la Déité et exempt de toute obligation et condition de servitude, Il devint Serviteur de Dieu, de l’Éternel. Dans ce but, « Il s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes » (Philippiens 2:7).

Mais tandis que dans l’épître aux Philippiens le Saint Esprit décrit en détail comment Celui qui était « en forme de Dieu », une Personne Divine, a pris la forme d’esclave, nous ne lisons nulle part dans l’Écriture qu’Il ait pris « la forme de Fils », bien que l’Écriture rende témoignage à ce que, dans Son incarnation, Il était encore le Fils, et non pas un Enfant (voir appendice E).

Dans cette place d’assujettissement, la précieuse Personne divine « descendit », car Il choisit de devenir le Serviteur juste de l’Éternel, mais toute l’Écriture garde le silence sur le fait qu’Il serait devenu Fils. Étant Fils, Il désira être envoyé, et non seulement Il accepta de l’être, mais étant envoyé, Il fit la volonté de Celui qui L’avait envoyé. « Quoiqu’il fût Fils, Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5:8). Son obéissance fut plus que l’obéissance d’un Serviteur ; c’était une obéissance de Fils — et une obéissance qu’Il apprit à l’école de la souffrance.

 

21.1                   Une doctrine nouvelle et étrange

Cette excellence unique de l’obéissance de Christ est voilée, voire entièrement gommée, par les doctrines actuellement [début du 20ème siècle] très en vogue dans certains milieux. Il semble qu’on soutient que le terme « Fils » est appliqué à notre Seigneur dans le sens de « Serviteur », l’assujettissement étant dénoté, dit-on, par la relation de fils, et pour cette raison, cette condition de Fils ne pouvait pas être vraie du Seigneur avant Son incarnation.

La citation suivante de James Taylor est une déclaration doctrinale précise sur ce sujet, niant la relation éternelle de Fils du Seigneur Jésus Christ : « L’Écriture enseigne que, comme on l’a souligné de diverses manières ces dernières années, tandis que Sa Personne reste inchangée, la relation de Fils de notre Seigneur dénote un assujettissement, qu’il n’est pas correct de Lui appliquer dans la Déité antérieure à l’incarnation, quand Il était éternellement en forme de Dieu, condition qui ne peut pas impliquer un assujettissement » (les italiques sont dans le texte d’origine).

Cette affirmation contient la substance de l’un des principaux arguments des Unitariens qui nient la Déité du Seigneur Jésus, soutenant que puisque le Seigneur a affirmé Sa propre condition de Fils, Il a par cela pris expressément et ouvertement une place subordonnée, et que par conséquent Il ne pouvait pas être le Dieu suprême. L’enseignement cité ci-dessus soutient également que la « condition de fils », du fait qu’elle dénote un assujettissement, ne s’applique pas et ne peut pas s’appliquer au Seigneur dans Sa Déité antérieure à l’incarnation. Ainsi, tout en différant largement sur d’autres sujets, tous deux sont d’accord avec les ennemis du Seigneur pour nier Sa relation éternelle de Fils, en se servant de la même raison, — une raison insuffisante.

La raison alléguée (que la condition de Fils « dénote un assujettissement ») ne trouve aucun appui dans l’Écriture où, selon l’usage général du terme et comme nous allons essayer de le montrer, la condition de Fils dénote fréquemment la dignité, le caractère, la nature et le privilège plutôt que l’assujettissement. La conséquence en est que leur argument est réduit à néant, du simple fait que la condition de Fils ne dénote pas invariablement l’assujettissement dans l’Écriture.

Par exemple, nous lisons au Psaume 72 v. 17 (selon la traduction en marge de la version autorisée anglaise) : « Son nom sera comme un fils pour continuer le nom de son père à jamais » [J.N.Darby : « Son nom sera pour toujours ; son nom se perpétuera devant le soleil »]. Le fils ici est celui qui transmet pleinement et fidèlement à une génération future la dignité et l’excellence du père. Moïse « refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon » (Héb. 11:24) ; il renonça aux dignités de la cour royale d’Égypte où il était reconnu comme « fils », non pas comme « serviteur ».

Les fils sont ceux qui reproduisent les traits typiques et distinctifs de leurs pères, et ce sens d’après lequel ils représentent leurs parents est souvent utilisé dans des sujets moraux. Ainsi, « les fils de la désobéissance » (Éph. 2:2) sont ceux dont la conduite manifeste la désobéissance aussi nettement qu’un fils ressemble à un père. Barnabas manifestait si clairement les caractéristiques d’un consolateur qu’il fut appelé « fils de consolation » (Actes 4:36). Le Seigneur disait que les Juifs avaient pour « père le diable », parce qu’ils avaient ses convoitises et faisaient ses actions, montrant par là leur origine morale (Jean 8:41-45).

Il y a dans l’Écriture de nombreuses expressions de ce genre, comme les « fils de la lumière », « fils de ce siècle », « fils de la résurrection », « fils de perdition », « fils des prophètes », « fils de l’alliance », et autres ; tous ces cas dénotent le caractère et la nature, mais non pas l’assujettissement et le service.

En vérité, la nouvelle théorie qui affirme que l’état de fils dénote l’assujettissement, fait la confusion entre les termes de « fils » et de « serviteur » alors que l’Écriture fait la distinction. L’assujettissement est un trait essentiel du caractère de serviteur, mais il est exceptionnel et volontaire dans le cas d’un fils. Un fils peut consentir à devenir serviteur, mais un serviteur ne peut pas s’élever pour devenir un fils. Quand le fils obéit, son obéissance est celle d’un fils, et non pas celle d’un serviteur.

 

21.2                   Le Fils a appris l’obéissance

L’enseignement de l’Écriture au sujet de notre Seigneur est que Lui, le Fils, à Son incarnation prit une place d’assujettissement ou d’obéissance. C’est dans cette place de relation assumée qu’Il « apprit » à se soumettre à la volonté de Celui qui L’avait envoyé. « Quoiqu’il fût Fils, [Il] a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5:8). Les dignités et les gloires personnelles de Celui qui est le Fils et qui assuma les conditions d’assujettissement et de souffrance sont développées auparavant dans la même épître aux Hébreux (ch. 1). Celui qui y est montré comme étant Dieu et l’Éternel ainsi que Fils, a appris l’obéissance par les choses qu’Il a souffertes. La gloire essentielle de Sa Personne ne magnifie-t-elle pas Son obéissance au-delà de toute comparaison, et n’élève-t-elle pas Sa soumission à une excellence sans pareil ?

L’assujettissement était étranger à la nature du Fils éternel, et pourtant Il apprit l’obéissance quand Il fut incarné. On voit tout de suite l’absurdité de l’affirmation que l’assujettissement est dénoté par le terme de « Fils » quand on applique cette affirmation à ce passage, substituant ce mot assujettissement au mot « Fils ». Ce changement conduit à transformer l’affirmation de la gloire messianique en une simple platitude : « Quoiqu’il fût dans l’assujettissement, Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes ». Quelle banalité ! Celui qui est assujetti doit obéir. La force emphatique de «quoique », qui signifie « malgré le fait que », est perdue. La gloire du Fils obéissant disparaît de ce passage quand l’éternité de la relation de Fils est niée !

Cette suggestion gratuite est un réel déshonneur porté au Fils en rapport avec les circonstances de Son humiliation. Si la condition de fils « dénotait l’assujettissement », comme ils disent, alors l’obéissance était le devoir normal du Fils, et s’Il faisait les choses qui Lui étaient commandées, Il ne méritait pas d’être remercié (Luc 17:9). Si Son obéissance Lui coûtait des souffrances, tout bon soldat n’endure-t-il pas des rigueurs (2 Tim. 2:3) ? En appliquant à notre Seigneur cette interprétation erronée de la condition de Fils, la vraie signification d’Hébreux 5:8 est pervertie, et la gloire de l’obéissance du Fils est réduite au niveau de la fidélité d’un serviteur.

L’assujettissement décrit dans ce texte fut exceptionnel et sans pareil, parce qu’il fut trouvé chez Celui qui obéissait « quoiqu’Il fut Fils ». Son statut personnel Le dispensait de toute obligation d’être assujetti, et pourtant Il obéit. De Sa propre volonté, Il prit la position et les responsabilités d’un esclave. Le Fils devenant assujetti était une excellence glorieuse, sans pareille dans l’histoire de la création ; et le Saint Esprit décrit et magnifie cette excellence, spécialement dans l’évangile de Marc et dans l’épître aux Hébreux.

 

21.3                   La condition de Fils dénote la liberté et non l’esclavage

Quand il est dans sa minorité ou en enfance, un fils est considéré comme un enfant ou petit enfant, et comme tel est soumis à l’autorité familiale. Mais en temps voulu, après avoir passé l’âge de l’enfance ou de l’immaturité, il est reconnu comme « fils », et est libéré de son ancienne servitude à des tuteurs et des gardiens. L’apôtre utilise cette distinction entre la condition de fils et l’enfance pour enseigner la différence entre la loi et la grâce (Gal. 4:1-7 ; Rom. 8:15).

Ici encore nous trouvons que l’affirmation selon laquelle l’état de fils « dénoterait l’assujettissement » n’est pas valable car, dans ce passage, la condition de fils est placée en contraste avec l’assujettissement ou esclavage. Sous la loi, l’Israélite était dans la servitude, et était maintenu dans l’assujettissement à ses rites et cérémonies sous peine de malédiction ; il était esclave. Sous la grâce, le croyant est délivré de l’esclavage de la loi, et son obéissance n’est pas contrainte, mais spontanée et elle est un sujet de délice ; ce n’est pas l’obéissance d’un esclave, mais celle d’un fils qui crie « Abba, Père » du fond du cœur. Dans son caractère, c’est l’obéissance de Christ pour laquelle Il est sanctifié (1 Pierre 1:2). « Un fils honore son père, et un serviteur, son maître » (Malachie 1:6) ; et l’assujettissement du Fils était parfait, comme Il le dit Lui-même : « J’honore mon Père », et « J’ai gardé les commandements de mon Père » (Jean 8:49 ; 15:10). Celui qui était le Fils éternel est devenu le Fils-Serviteur.

 

21.4                   L’état de Fils dénote la communauté de nature

Le terme « fils » ne « dénote l’assujettissement » que dans l’enfance et durant l’adolescence, avant que la maturité soit atteinte. Quand il est adulte, le fils est compétent pour représenter le père parce qu’il correspond au père en nature et en qualités. Dans des conditions normales, le fils n’est donc pas considéré comme inférieur au père, mais comme son égal, et capable de maintenir le prestige de la famille. Ce sens est en accord avec l’usage scripturaire du mot « fils ».

Dans ce sens de représentant, Isaac est appelé fils d’Abraham. Trois fois Dieu décrit Isaac comme le « fils unique » d’Abraham (Gen. 22:2, 12, 16). Il n’est pas tenu compte d’Ismaël ni des enfants de Ketura, ceux-ci n’étant à aucun degré représentatifs du père dans la lignée de la promesse divine. Isaac seul était la vraie semence, et le témoignage d’Éliézer à son sujet était : « Abraham lui a donné tout ce qu’il a » (Genèse 24:36). La foi d’Abraham et son caractère pieux étaient reproduits en Isaac, si bien qu’il était le fils d’Abraham dans le sens idéal de posséder une communauté de nature et de caractère avec son père, d’une manière que le fils de la servante n’avait pas.

Dans l’épisode du mont Morija, cette communion d’intérêt et d’obéissance volontaire est manifestée magnifiquement en Abraham et Isaac. Deux fois nous lisons : « Ils allaient les deux ensemble » (Genèse 22:6, 8). Bien qu’il y eût deux serviteurs et un âne, c’est Isaac qui portait le bois pour l’holocauste. Bien qu’âgé d’environ vingt-cinq ans, il consentit à être lié par Abraham et à être couché sur l’autel. L’obéissance prompte du fils est très marquée dans le récit, mais combien ces circonstances étaient exceptionnelles ! Une telle soumission absolue fut-elle jamais demandée à un fils ? Mais la foi d’Abraham et son obéissance à Dieu se reproduisaient dans le comportement d’Isaac. Et la merveille extraordinaire de l’obéissance d’Isaac, c’est qu’il était fils, et non pas serviteur. Il y avait une identité de nature et de caractère entre lui et Abraham, et c’était là la cause de sa soumission filiale, où il montrait une piété semblable à celle de son père.

 

21.5                   Jésus Christ, le Fils-Serviteur

C’est la condition éternelle de Fils de Christ qui communiquait un caractère incomparable à Son service sur la terre. Dans la Déité, il y a uniformité de volonté, et donc aucun assujettissement de l’Un à l’Autre. Dans la Déité le Fils ne connaissait pas l’assujettissement, mais sur la terre, « quoiqu’il fût Fils, [Il] a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes ». Dans l’humble place d’assujettissement qu’Il assumait, le Fils choisit de recevoir des commandements du Père, et de leur obéir avec toute diligence et un délice infini. Quelle obéissance pourrait l’égaler dans sa nature ou à son degré ?

Assumant l’assujettissement par Son incarnation, le Fils était parfait dans toutes les relations qui étaient propres à Son assujettissement, et Il devint l’Auteur du salut éternel pour tous ceux qui Lui obéissent (Héb. 5:8-9). Dans la Déité, la volonté du Fils coïncidait constamment et absolument avec la volonté du Père, et quand Il devint esclave, une unanimité semblable fut préservée. Et cette obéissance sans faille à la gloire du Père fut manifestée non pas dans un ciel sans péché, mais sur la terre pécheresse, — non pas par un archange, le plus exalté des serviteurs, mais par le Fils de l’amour du Père, en qui habite toute la plénitude de la Déité corporellement.

Aussi distingué que soit le service d’un ange, il ne pouvait jamais dépasser l’obéissance d’un serviteur. Mais l’obéissance de Christ était l’obéissance de Celui qui avait le nom plus excellent de Fils, et qui n’était sous aucune obligation d’obéir. La place qui Lui revenait dans la maison de Dieu, était celle de « Fils sur Sa maison », Sa Personne Lui donnant une suprématie absolue. Moïse, malgré toute sa renommée de législateur et de conducteur, ne s’élevait pas plus haut qu’un serviteur agissant dans cette maison (Héb. 3:5-6).

 

21.6                   Le Fils est le Créateur de toutes choses

Il n’est pas vrai que « la condition de fils de notre Seigneur dénote l’assujettissement », sauf qu’au temps voulu Il a assumé la place de Serviteur. Subsistant à jamais en forme de Dieu, Il prit la forme d’esclave, devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix (Phil. 2:5-8). Colossiens 1:15-17 attribue catégoriquement toute l’œuvre de création au Fils de l’amour du Père ; elle fut nécessairement accomplie dans la Déité antérieure à l’incarnation. L’œuvre de réconciliation (Col. 1:18-22) est l’œuvre du Fils dans la Déité incarnée. La même Personne, le Fils de l’amour du Père, a agi tout au long de tout cela, et pourtant on nous prétend qu’il n’est pas juste de Lui appliquer la condition de Fils dans la Déité antérieure à l’incarnation. Assurément ceux qui affirment cela « ne demeurent pas dans le Fils et dans le Père » (1 Jean 2:24). Ils revendiquent une lumière nouvelle, mais ce n’est que la lumière de leur propre feu et des étincelles qu’ils ont eux-mêmes allumées (És. 50:11).

 

« Quiconque [vous] mène en avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ, n’a pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, celui-là a le Père et le Fils » (2 Jean 9)