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C’EST ACCOMPLI

 

 

Pensées sur le Psaume 22

 

 

d’après des réunions d’études à Paris en 1957

 

Table des matières :

1     «Un fardeau de douleurs indiciblement lourd...»

2     «Ton amour a tout achevé...»

3     «La mort et l’abandon passèrent sur ton âme»

4       «L’abaissement profond, l’entière obéissance...»

5     «... L’outrage cruel, l’opprobre sanglant dont t’abreuva le monde...»

6     «Tu détruisis tout l’effort — de l’enfer et de la mort»

7     «L’oeuvre de grâce est terminée, — tu t’es assis dans le saint lieu...»

8     «Ta croix, du Père saint fait éclater la gloire...»

9     «Gloire à ton nom, ô toi qui, sans partage,  — seras par tous à jamais honoré !»

 

 

1                    «Un fardeau de douleurs indiciblement lourd...»

 

Ce psaume, bien connu de tout chrétien familier avec l’Écriture, ne mentionne guère, sinon par un aperçu général, les conséquences de l’oeuvre de Christ. Celles-ci sont développées plus largement dans d’autres psaumes, et, en ce qui concerne l’Église, dans le Nouveau Testament. Mais tout ce que nous trouvons dans les psaumes, d’expériences individuelles (au Psaume 32 par exemple) ou de bénédictions pour le peuple ou pour la terre entière, trouve son fondement ici. Ce psaume a en effet ceci de caractéristique qu’il place devant les croyants Christ lui-même dans ses souffrances infinies et infiniment variées, et par-dessus tout dans la souffrance suprême sans laquelle toutes les autres n’auraient eu aucun effet en notre faveur, savoir la souffrance de l’abandon de Dieu. On peut donc bien dire de ce psaume qu’il constitue le centre moral du livre des Psaumes puisqu’il nous montre l’oeuvre du Seigneur Jésus qui rend possibles toutes les bénédictions contenues dans le reste du livre et l’accomplissement du conseil de Dieu envers son peuple et envers la terre. Nous sommes ici en présence de ce qui est au coeur même de la pensée de Dieu à l’égard de sa gloire comme aussi à l’égard de notre bénédiction : les souffrances de Christ pendant les trois dernières heures de la croix.

C’est un fait étrange et humiliant que nous soyons portés à négliger si souvent ce sujet majeur pour nous occuper de choses d’un ordre inférieur. Mais il s’agit évidemment du thème le plus difficile à méditer qui soit, parce que c’est celui qui exige l’état d’âme le plus exercé et le plus sérieux. On peut disserter sur les bénédictions chrétiennes ; cela a tout à fait sa place et constitue une précieuse source d’encouragement et de consolation ; il ne faut cependant pas perdre de vue que toutes les bénédictions du croyant ne sont rien d’autre que le fruit de cette souffrance. De plus, il y a, dans le sujet central que nous considérons, une source de lumière sur toutes choses, comme on n’en trouve nulle part ailleurs. Cela nous engage à nous y arrêter avec le secours de l’Esprit de Dieu, assurés que, s’il nous est donné de pouvoir nous pencher avec une sainte crainte sur cet infini, ce sera pour notre bien à tous.

Immédiatement, sans préambule, nous sommes placés devant le grand fait de l’abandon de Christ, car le premier verset, nous l’entendons de la bouche du Seigneur sur la croix. C’est l’un des plus profonds, des plus merveilleux, des plus insondables versets de l’Écriture. Comme c’est généralement le cas dans ce livre, le premier verset du psaume en exprime la pensée fondamentale. Ici il introduit en outre la première partie du psaume : v. 1 à 21, qui nous présente le Seigneur Jésus crucifié. Tout ce qui nous est décrit dans ces versets, et les pensées qui s’y expriment, correspondent à ce qui s’est déroulé pendant les six heures de la crucifixion, car si on y trouve, comme dans le premier verset, les souffrances expiatoires du Seigneur, nous aurons l’occasion d’y considérer bien d’autres souffrances qui les ont précédées. La deuxième partie du psaume : v. 21 à 31, nous présente les résultats de ce qu’il a traversé, en rapport successivement avec le résidu de Juda, assimilé à l’Assemblée pour le temps qui a suivi la résurrection du Seigneur (selon Hébreux 2:12) ; puis avec Israël, ceux qui craignent l’Éternel, les débonnaires ; ceux qui seront convertis quand l’évangile du royaume sera prêché ; ceux enfin qui naîtront pendant le millénium : «un peuple qui naîtra».

On peut remarquer que dans la majeure partie du psaume c’est Christ seul qui parle. Dans d’autres psaumes, le précédent par exemple, nous entendons plusieurs interlocuteurs. Ici non, et c’est Jésus lui-même qui s’exprime pendant ces moments terribles. Il en est ainsi dès ce merveilleux premier verset, dont nous pouvons demander qu’il ne perde jamais, à être souvent cité, sa force ni sur nos coeurs, ni sur nos consciences : «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné... ?» L’Évangile de Matthieu nous apprend avec précision que c’est vers la neuvième heure que Jésus s’est écrié ainsi à forte voix. Le Saint Esprit nous a même conservé cette incomparable parole dans la langue dans laquelle elle a été prononcée, comme pour en souligner l’importance : «Éli, Éli, lama sabachtani ?»

A ce cri, sans hésitation, le coeur du croyant répond : C’est pour moi ! Et il est précieux de penser que tous ceux qui seront, dans la suite, au bénéfice de cette oeuvre, que ce soit le résidu de Juda, Israël ou la terre entière, pourront donner une réponse semblable au fond quoique différente dans son développement, à ce cri : «Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné... ?» Toutefois ce n’est pas d’abord la bénédiction des hommes qui est en question. Bien au-dessus de cela, c’est de la gloire pure et éternelle de Dieu qu’il s’agit. Et c’est ce qui peut nous donner le sentiment de la grandeur de l’outrage que constitue pour Dieu le plus insignifiant des péchés, la plus petite désobéissance, le moindre signe de propre volonté. Un péché, quel qu’il soit, outrage Dieu, et la mesure du sentiment que Dieu en a n’est donnée par rien d’autre que par l’abandon de Jésus.

Quelle lumière cela projette sur l’état et l’histoire du monde tout entier ! Ce n’est pas le mal qui est dans l’un comparé au mal qui est dans l’autre. C’est le mal qui est dans l’homme mis en présence de Dieu lui-même, et la manière dont Dieu le traite. Nous sommes portés à atténuer le mal parce que nous oublions Dieu, mais Christ, justement parce qu’il ne l’a pas oublié, a dû avoir affaire à Lui dans les conditions que nous avons ici. Il n’est pas mort seulement à cause des péchés qui font horreur, mais aussi à cause de toute la folie, de la légèreté, de la frivolité, des défauts les plus bénins comme les plus fonciers de la nature humaine. Tout est également hideux, et également condamné.

Le Seigneur Jésus a fourni là à Dieu son Père l’occasion unique de donner la mesure de ce qu’il est vis-à-vis du mal. Le jugement des impies, l’étang de feu et de soufre, ne donneront pas cette mesure au même titre ; c’est un jugement mérité, exercé contre des pécheurs, des rebelles, tandis que dans le cas de Christ la mesure est parfaite parce que c’est la colère de Dieu s’exerçant à l’égard de quelqu’un qui, par obéissance, s’offrait parfait pour être «fait péché pour nous». Dieu n’était apparemment pas juste en frappant ainsi son Fils ; pourtant c’est en cela même qu’il donnait la mesure absolue de sa justice. Rien n’est propre à sanctifier l’âme comme la méditation de ces choses.

La joie que le Seigneur entretenait avec son Père était infinie ; or c’est de cette joie qu’il devait être privé. Dans une infime mesure nous savons ce que c’est que de souffrir quand nous sommes privés de la communion avec le Père ; nous en souffrons en proportion du prix que, chacun, nous attachons à cette communion. Pour Christ cette communion avait un prix infini et son interruption n’a pu être qu’une souffrance infinie.

Ce sont ces trois heures terribles que, dans l’angoisse du combat, le Seigneur anticipait à Gethsémané. Toute l’horreur de l’abandon passait devant son âme. On comprend qu’à la pensée d’être abandonné de Dieu, dont il avait fait toutes les délices, qu’il avait glorifié en toutes circonstances dans une entière obéissance, le Seigneur ait été saisi d’effroi, fort angoissé et son âme étreinte d’une tristesse allant jusqu’à la mort (Marc 14:34).

Il convient de rappeler que le Seigneur Jésus n’a été chargé judiciairement de nos péchés qu’à partir de la sixième heure. Mais depuis la sixième jusqu’à la neuvième heure, lui qui était parfait, qu’aucune souillure n’avait jamais atteint, non seulement a porté ce poids de nos péchés, mais a été fait péché pour que Dieu «condamnât le péché dans la chair». Lui qui avait à l’égard du mal une sensibilité infinie, une entière répulsion, était là — nous ne pouvons pas l’oublier — considéré de la même manière que lui-même considérait le péché, traité comme le mal le mérite non pas aux yeux des hommes mais aux yeux de Dieu. Et, pour Dieu, le péché, nous le savons, a le double caractère de souillure et de culpabilité. La souillure est un fait abominable pour un Dieu saint, et la culpabilité, de son côté, appelle de la part d’un Dieu juste un jugement sans rémission. Il faut nous placer dans cette lumière car c’est là et là seulement que l’on peut faire des progrès dans le discernement de ce qu’est le bien et de ce qu’est le mal. Le point définitif dans la mesure du bien et du mal ne se trouve que là, pendant les trois heures. Tout le reste est relatif, là c’est l’absolu.

Alors, comme on a eu l’occasion de l’exprimer quelquefois, on peut se demander quelle était la force qui soutenait le Seigneur s’enfonçant dans cet abîme, par quelle merveille de grâce, de force, il a pu s’engager dans ces trois heures de ténèbres où il devait être abandonné. Il ne pouvait pas s’appuyer sur Dieu, lui qui, dans les évangiles, déclare que sa viande était de faire la volonté de son Père, et dont la joie était d’obéir. A Gethsémané il nomme son Père : «Abba, Père», dit-il ; sur la croix même, avant comme après les trois heures, il parle à son Père. Mais pendant les trois heures, plus rien ! La seule puissance pour son coeur, ce qui avait été son appui comme homme durant toute sa vie, cet appui même devait lui manquer. Il pouvait encore moins compter sur ses disciples ; il ne pouvait compter sur rien ni sur personne. Tel a été l’abandon de Jésus ! Eh bien, il avait une chose, une seule chose pour le soutenir et le faire s’engager là : la puissance de son amour, son amour pour Dieu et son amour pour les siens. On trouve ici, mise à découvert, révélée d’une façon définitive et absolue, la puissance de l’amour divin. Tout le reste est d’un ordre inférieur. «A cause de la joie qui était devant lui» nous déclare Hébr. 12:2, Jésus «a enduré la croix, ayant méprisé la honte». Cette joie n’était autre que l’amour du Père en exercice en lui puisqu’il avait devant lui la joie d’avoir glorifié Dieu dans une mesure infinie. La perfection sur quelque point que ce soit est toujours en rapport avec l’amour que l’on a pour Dieu ; elle en est le fruit. Le Seigneur a prouvé que c’était à juste titre qu’il disait : «J’aime le Père» (Jean 14:31). Rappelons aussi à propos de ce merveilleux amour cette phrase d’un de nos anciens frères : «Il n’y a rien de comparable à la croix si ce n’est le coeur de Celui qui mourut sur elle».

Il est écrit : «Beaucoup d’eaux ne peuvent éteindre l’amour et des fleuves ne le submergent pas» (Cant. 8:7) ; cela n’est vrai, dans l’absolu, que de l’amour divin de Jésus, amour brûlant que les flots du jugement passant sur lui n’ont pu éteindre dans son coeur.

C’était une heure unique : les hommes étaient contre le Seigneur, les disciples l’avaient abandonné. Toutes les puissances de l’enfer étaient là, et puis, chose plus terrible encore, Dieu lui-même se tournait contre lui. En face de cela le Seigneur Jésus est absolument seul. Il avait dit à Pierre : «Penses-tu que je ne puisse pas maintenant prier mon Père et il me fournira plus de douze légions d’anges ?» (Matth. 26:53). Mais les anges sont là qui contemplent cette scène et ne peuvent intervenir.

C’est une chose bien propre à retenir l’attention de nos coeurs que de voir le Juste abandonné, celui qui aurait pu remonter au ciel. Mais il devait acheter pour Dieu par son sang, de toute tribu, et langue, et peuple, et nation, et les faire rois et sacrificateurs. Il s’agissait précisément du salut de ceux qui, par leurs péchés, étaient la cause de ces heures terribles. Car nous étions nous aussi présents par nos péchés dans cette scène unique, de sorte que nous ne pouvons la contempler sans manger des herbes amères, dans le sentiment des souffrances que nous avons coûtées au Seigneur.

C’est cela que, le premier jour de la semaine, nous rappelons avant toute autre chose. La louange est liée à cet abandon de Jésus pour la gloire de Dieu, pour que tout ce qu’est Dieu, en amour vis-à-vis des pécheurs et en sainteté vis-à-vis du péché, ait l’occasion d’être manifesté. Le culte, la cène devraient en conséquence être célébrés avec la vérité du coeur et une profonde simplicité, à l’opposé du formalisme et de la légèreté. Il ne suffit pas de verser les larmes de la sentimentalité humaine, comme le faisaient les filles de Jérusalem qui suivaient le Seigneur portant sa croix. Il faut le recueillement, la crainte, que le Saint Esprit et la Parole peuvent seuls produire et entretenir dans le coeur des saints, avec l’humiliation résultant du souvenir de notre péché qui a nécessité ces heures. Rien ne nous rendra aussi graves et sérieux que la contemplation de cet abandon de Jésus qui n’eut aucune atténuation à sa souffrance quand il a bu la coupe amère.

 

Toi qui, pour nous plein d’amour,

Bus la coupe des souffrances,

Et nous donnas en retour

La coupe des délivrances,

Ô Jésus, sois exalté

Dans toute l’éternité !

 

2                    «Ton amour a tout achevé...»

Il n’existe aucun mot dans le vocabulaire humain pour exprimer l’amour extraordinaire de Christ, cet amour qui a mis le Dieu tout-puissant, créateur de toutes choses, en présence des hommes qui l’insultaient sans qu’il leur répondît un seul mot. Il aurait pu exterminer ses ennemis ou tout abandonner, mais il n’en a rien fait. L’oeuvre du Père devait être accomplie et Christ l’accomplit avec une incomparable perfection que mettent en évidence les conditions exceptionnelles dans lesquelles il est placé. Il était normal que Jésus, éprouvant toute la méchanceté de l’homme déployée contre lui, cherchât du secours en Celui qui était continuellement sa force : or il a dû, à ce moment même, constater et proclamer que son Dieu l’avait abandonné. Son Dieu l’a abandonné dans les pires conditions qui soient, mais lui n’a pas abandonné pour autant sa confiance en son Dieu. Et cependant cette confiance, entretenue dans le coeur de Jésus par une invariable fidélité, par l’obéissance, par l’amour pour le Père et pour nous, n’était pas nourrie dans ces moments par le réconfort d’une réponse de Dieu à son égard. Il fallait que l’épreuve allât jusque-là : l’amour de Dieu n’a pas reculé devant une épreuve totale, l’amour de Christ n’a pas reculé ; il s’est montré supérieur à l’épreuve en trouvant en lui-même sa seule force pour traverser l’abandon et la colère dans les conditions exposées dans ce psaume. Tenons-nous ici avec les pieds déchaussés : c’est le terrain le plus sacré qui soit dans l’univers de Dieu.

Nous trouvons dans Ésaïe 53 cette expression : «Il plut à l’Éternel de le meurtrir, il l’a soumis à la souffrance» (v. 10). Il suffisait que cela plût à Dieu pour que le Fils, obéissant par excellence, toujours occupé de ce qui plaisait à son Père, se soumît à cette souffrance qui était dans le propos de Dieu à son égard. C’était la pleine acceptation de cette volonté de son Père que Jésus réalisait quand il est dit dans le même verset : «il livre son âme en sacrifice pour le péché».

Ce qu’il y a d’admirable et d’unique dans cette position du Seigneur c’est cette absence totale de recherche d’une ressource quelconque. Nous avons de la peine à saisir cela parce que, quand nous sommes nous-mêmes dans l’épreuve, nous cherchons des ressources en des consolateurs, ou bien encore notre volonté propre se tend. Mais le Seigneur n’avait pas de volonté propre ; rien ne le protégeait. Si l’on ose dire, toutes ses souffrances, aussi bien morales que physiques, étaient à nu, et à nu pour recevoir des coups, des coups de la part des hommes et des coups de la part de Dieu. Non seulement le Seigneur ne répond pas à ces méchants, à ces violents, par un acte de puissance et n’éprouve à leur égard aucun sentiment de vengeance — au contraire, il intercède pour eux — mais il n’a pas même un sentiment de défense personnelle. Voilà qui est absolument unique en perfection.

C’est parce que la gloire du Seigneur pendant ces trois heures a brillé d’une manière aussi merveilleuse que l’un des grands efforts de l’Ennemi consiste à estomper dans la chrétienté et même parmi les vrais enfants de Dieu la clarté glorieuse de la croix. Et si, en ce qui nous concerne, nous maintenons le fait que sans la croix nous n’avons pas de salut (vérité qui n’est pas conservée partout), quelle perte nous faisons quand nous ne savons pas nous arrêter ensemble au pied de la croix ! Quelle perte fait l’Église en ne sachant pas y demeurer pour contempler cette scène qu’elle contemplera éternellement ! Quelle perte aussi pour le chrétien individuellement lorsqu’il quitte des yeux la croix du Seigneur ! Le contempler est le ressort caché de toute l’activité chrétienne.

Il est bien certain que cette place de la croix dans le coeur des croyants du début du témoignage a été au premier plan. Nos anciens frères ont été conduits à approfondir ce sujet non par une étude théologique mais par un examen pieux de la Parole avec le secours du Saint Esprit. Ils ont considéré la croix, Christ sur la croix, et non seulement y portant nos péchés, mais y révélant ses insondables perfections personnelles. Ils ont aussi considéré Christ dans la gloire, car la croix et la gloire se touchent.

C’est vraiment là la bonne part choisie par Marie et qui devrait être la nôtre. On ne perd pas son temps à prendre cette place ; l’âme s’enrichit, se nourrit et entre dans les joies et les pensées de Dieu. Il y a profit, édification, et non seulement cela, mais cette occupation de la croix nous conduira à une adoration intelligente. Il est essentiel d’être bien fixé sur ce qui s’est passé à Golgotha, et nos devanciers, au prix de controverses éprouvantes, au cours desquelles on a été jusqu’à les accuser de blasphème, ont maintenu avec la dernière énergie la vérité fondamentale de l’expiation accomplie pendant ce que la Parole appelle les trois heures de «ténèbres», et là exclusivement. A la fin de l’histoire du témoignage gardons-nous de nous laisser ravir ce dépôt de vérité qui appartient à la gloire de Jésus. L’ignorance à cet égard est une porte ouverte à l’ennemi dont nous n’ignorons pas les desseins.

Il est donc de toute importance de retenir que si le Seigneur est resté sur la croix de la troisième à la neuvième heure, avant la sixième et après la neuvième il jouissait de la communion avec son Père, tandis que de la sixième à la neuvième heure cette portion, qui était la joie éternelle de son âme, lui a été refusée. Plus encore, Dieu était contre lui. C’est ce qui rend absolument insondable ce qui s’est passé pendant ces trois heures, et qui les rend entièrement distinctes des trois heures qui les ont précédées. Les souffrances que Jésus endurait de la part des hommes, et dont nous avons le tableau moral dans les versets qui suivent, passent au second plan par rapport à celles qu’il dut alors endurer sous le coup terrible de l’abandon de Dieu. Si nous ne retenons pas cela nous perdons le sens de ce que sont les trois heures de ténèbres, et alors tous les sentiments qui conviennent au croyant dans la contemplation de cette scène s’en trouvent affaiblis : la crainte, la gravité, l’humiliation et l’adoration. C’est en effet une scène inépuisable à laquelle il faudrait constamment revenir, et en particulier le dimanche matin. Nous y voyons Jésus non plus comme un modèle, — ce qu’il est avant la sixième heure et après la neuvième, — mais comme un Sauveur et le seul Sauveur.

On comprend que la croix du Seigneur, telle que l’Écriture nous la présente et telle que le Saint Esprit seul peut nous donner de la considérer, soit la gloire et la bannière de l’Église. Nous avons là le règlement définitif, par Dieu, de la question du bien et du mal. Tout le sang versé depuis les jours d’Abel, toute la corruption, toutes les choses honteuses comme toutes les violences, ne sont que des effets. Ici c’est la source même du mal qui est atteinte. Rien comme cette considération de la croix n’est propre à nous sanctifier, à détruire en nous la légèreté, la frivolité, la tendance à faire comme le monde fait, à plaisanter à propos du mal en perdant de vue ce qu’est la perfidie de la chair. Rien ne peut nous aider en cela comme la croix, et c’est aussi dans la mesure où nous y pensons que nous sommes capables d’adorer. Que peut être notre adoration si nous n’entrons pas dans ce dont la croix nous parle ? Ce n’est pas de nous d’abord qu’il devrait s’agir dans notre culte, mais de notre Seigneur Jésus Christ, de sa souffrance et de sa délivrance après la neuvième heure.

On apprend aussi à se connaître soi-même à la croix, par contraste avec Christ, en trouvant en lui un homme qui agit, qui parle, qui garde le silence à la gloire de Dieu, et dont toute la façon d’être est ainsi opposée à la nôtre. Rien ne nous abaisse autant, et c’est une excellente chose. De telles pensées mettent fin à toutes nos prétentions et aux efforts que nous faisons pour couvrir notre chair volontaire et corrompue d’apparences par lesquelles nous nous séduisons nous-mêmes en faisant illusion aux autres. C’est en nous tenant devant la lumière de la croix, de cette croix bénie qui ouvre le passage au fleuve de la grâce de Dieu que nous serons heureux. Mais combien souvent nos paroles vont au-delà de ce qui se passe dans nos coeurs, au culte en particulier !

La méditation de ces choses, les plus élevées parmi tout ce que la révélation de Christ nous apporte, est absolument liée à l’existence du témoignage pour le Seigneur. Il n’y a pas de témoignage vrai sans ce point central qui est à la source de toute l’oeuvre de Dieu vis-à-vis de l’homme. C’est pourquoi la Table du Seigneur, où se célèbre le souvenir de la mort de Christ, constitue le centre du témoignage. Si nos activités, nos services, la prédication de l’évangile, le souci des âmes voilent dans nos coeurs la beauté morale de la croix, c’est une perte que rien ne peut compenser.

Quel serait notre bonheur si l’Église était dépouillée de tous ses ornements humains ! Quelle joie nous goûterions si nous avions un désir plus grand de nous identifier avec Christ tel qu’il est ! Et quelle joie ce serait pour son coeur à Lui Nous sommes unis à Jésus dans les effets de sa mort, mais il nous faut réaliser aussi que nous sommes unis à lui dans sa mort même. La place de honte et de rejet qu’il a eue de la part des hommes, c’est la nôtre ; désirons en goûter le privilège. Mais il nous faut avant tout réaliser que le jugement de Dieu qui a passé sur Christ est le nôtre, celui qui était dû à notre nature pécheresse et à ses fruits. Combien, si nous le réalisions pleinement, le culte, la cène, toutes les réunions auraient plus de simplicité, plus de profondeur, plus de spiritualité ! Mais le Saint Esprit ne peut pas nous donner la contemplation de cette merveille de la croix sans que nous soyons effectivement délivrés de la volonté propre intérieure non jugée, à base d’égoïsme et d’orgueil, qui trouve précisément à la croix sa condamnation sans appel. Il ne peut davantage nous en faire jouir lorsque nos coeurs sont embarrassés de toutes sortes de choses et remplis de la poussière et de la boue du monde. Qu’Il nous en débarrasse pour que Jésus prenne la première place dans tous les coeurs qui sont à lui. Il en est digne. Car si ses souffrances physiques ont marqué ses mains et ses pieds, les souffrances de son abandon ont marqué dans son coeur. Elles restent là, exprimant la place éternelle que nous occupons dans ce coeur divin du Sauveur, «ce coeur qui souffrit pour nous».

 

3                    «La mort et l’abandon passèrent sur ton âme»

Le culte est le service le plus merveilleux qui soit confié à des hommes. Et pourtant la plupart des chrétiens ne donnent pas la première place à ce service, il s’en faut même de beaucoup. On trouve là encore une victoire de Satan dans ses efforts pour détourner de ce qui est essentiel.

L’essence du culte c’est la perfection de la victime et de son oeuvre, présentée devant le regard de Dieu. Il est certain qu’il n’y a pas de culte pour les rachetés sans le rappel du sacrifice pour le péché, comme nous le trouvons dans l’ouverture de la louange au chap. 1 de l’Apocalypse, mais plus nous nous pencherons sur les perfections de la victime elle-même, plus nos corbeilles seront remplies pour le culte. Et ces perfections brillent d’une incomparable manière dans ce psaume : ce sont les gloires de Jésus dans ses souffrances sur la croix.

Il est relativement peu question de ces souffrances dans la Parole ; il ne nous est pas dit ce qu’elles ont été, mais elles sont sous-entendues lorsqu’Il parle de ses iniquités (Ps. 40), de ses fautes et de sa folie (Ps. 69), ou, dans le psaume qui nous occupe, de l’abandon de Dieu. On les discerne quand la Parole nous parle de cette épée qui se réveille contre le berger de l’Éternel, contre l’homme qui est son compagnon (Zach. 13), quand le Seigneur mentionne que les eaux lui sont entrées jusque dans l’âme, qu’il est dans une boue profonde et que le courant le submerge (Ps. 69). Ce sont des choses insondables pour l’esprit humain et que nous ne pourrons comprendre que dans l’éternité. Le verset 2 de notre psaume comme aussi les versets 14 et 15 nous donnent une idée de l’intensité des souffrances de celui qui a été ainsi abandonné de Dieu et frappé par lui. «Mon Dieu, je crie de jour, mais tu ne réponds point ; et de nuit, et il n’y a point de repos pour moi». Lui qui dit au Ps. 63 : «Ô Dieu, tu es mon Dieu ; je te cherche au point du jour...» doit reconnaître ici : «Je crie de jour, mais tu ne réponds point...». Il s’adresse à son «Dieu fort», mais n’obtient pas de réponse. Pourtant il est très remarquable de voir que le Seigneur a la face tournée vers Dieu et répand devant lui sa plainte. Si sa prière n’a pas accès auprès de Dieu, comme il est écrit dans les Lamentations de Jérémie (3:8), néanmoins c’est Dieu qui reste toujours l’objet de son coeur et le motif de sa vie. La perfection suprême du Seigneur Jésus a ainsi été manifestée dans ses souffrances mêmes de la croix ; là ce qu’il est a été démontré d’une manière absolue ; et c’est la perfection de la victime que nous présentons, comme adorateurs, à Dieu son Père.

Non seulement nous contemplons dans ce psaume les perfections de la nature du Seigneur, mais aussi les perfections de ses sentiments et en particulier la confiance qui se manifeste dans ce moment même. Alors que Jésus est cloué sur la croix, il proclame la sainteté de Dieu : «Et toi tu es saint, toi qui habites au milieu des louanges d’Israël» (v. 3). Il s’associe avec Israël en reconnaissant que l’Éternel est digne de ses louanges en même temps qu’il mesure ce qu’est la sainteté de Dieu en supportant le poids de toute sa colère contre le péché. Il n’était pas possible pour la sainteté de Dieu que des hommes pécheurs fussent réconciliés avec lui, à moins qu’une victime parfaite ne fût offerte pour eux. Il fallait la perfection de cette victime pure et sans tache pour répondre à la sainteté divine. Le Seigneur Jésus, par sa mort à la croix, a donné à son Père l’occasion de déployer sa gloire pour l’éternité. On a pu dire que, ne dût-il y avoir aucun pécheur sauvé, le Seigneur aurait donné sa vie pour que la gloire morale de Dieu fût éternellement manifestée.

Dans les quelques versets qui suivent, Christ rappelle la fidélité de Dieu qui a toujours délivré sans exception ceux qui se confiaient en Lui. Le Seigneur lui-même avait invité à se confier en Dieu, et le voici ici publiquement devant les hommes, devant les anges, devant toute l’histoire, qui est obligé de proclamer que lui-même est abandonné de Dieu.

Quel sujet d’étonnement pour les anges qui la contemplaient, que cette scène extraordinaire ! En effet il est déclaré par le Seigneur au v. 4 : «Nos pères se sont confiés en toi... et tu les as délivrés». On n’avait jamais vu dans l’histoire de l’humanité tout entière un homme, se confiant en Dieu, qui fût abandonné par Lui. En apparence Dieu se reniait lui-même. Dans le Psaume 69 le Seigneur intercédant pour les siens demande qu’ils ne soient pas rendus confus à cause de lui. Il prie pour que l’abandon dont il est l’objet ne soit pas en scandale aux saints, une pierre d’achoppement pour ceux qui cherchent Dieu, et qui, à cause d’un tel spectacle, auraient pu douter de sa fidélité. Toutes proportions gardées, c’est le sentiment qui faisait dire à Paul dans ses tribulations : «Je vous prie de ne perdre courage à cause de mes afflictions pour vous, ce qui est votre gloire» (Éph. 3:13). Ici dans les versets 4 et 5 Jésus rend témoignage à la fidélité de Dieu qui n’avait jamais manqué à la foi des pères ni de personne. Mais dans le verset qui suit (v. 6) il se présente comme un contraste. Et nous pouvons l’y considérer dans son inconcevable abaissement, son humiliation sans pareille :

«Mais moi, je suis un ver et non point un homme...»

On voit dans les versets 7 et 8 combien le Seigneur a souffert de la moquerie dont il a été l’objet quand il était sur la croix, et principalement de cette parole perfide des principaux du peuple : «Il se confie à l’Éternel ; qu’il le fasse échapper, qu’il le délivre, car il prend son plaisir en lui». Le coeur du Seigneur a été infiniment sensible à cette flèche qui était sous la langue des hommes, selon l’expression du Ps. 57 : «Les fils des hommes dont les dents sont des lances et des flèches, et la langue une épée aiguë». Il était accusé, comme autrefois Job par ses amis, de n’avoir pas plu à Dieu : «qu’il le délivre... s’il tient à lui» (Matth. 27:43). C’est aussi ce que le résidu confessera plus tard en disant : «Nous l’avons estimé battu, frappé de Dieu…» (És. 53:4). Alors que Job, qui précédemment n’avait pas péché de ses lèvres, a bronché devant cette épreuve, Christ est resté ferme, ses propres perfections ont été manifestées.

A ce défi : «qu’il le délivre, car il prend son plaisir en lui» il est précieux d’entendre, comme un écho venant de l’autre côté de la résurrection, la réponse du Seigneur Jésus : «Il me délivra, parce qu’il prenait son plaisir en moi» (Ps. 18:19). Le défi s’adresse d’ailleurs à l’Éternel lui-même et on peut penser à ce qu’il a été pour le coeur de Celui qui, au Jourdain, avait ouvert le ciel pour déclarer : «En toi j’ai trouvé mon plaisir» (Marc 1:11). D’autre part, remarquons-le, les témoins eux-mêmes constatent ici que, dans ce moment suprême, Christ se confie en l’Éternel.

Il semble qu’au verset 9 le Seigneur en appelle à Dieu. Si les hommes ont pensé et ont dit qu’il n’avait pas plu à l’Éternel, autrement il eût été délivré, Christ exprime sa certitude intérieure que, dès le sein de sa mère, il s’est confié en Dieu. On peut encore le mettre en contraste avec Job qui, au jour de l’épreuve, passant par le creuset, s’écrie : «Pourquoi ne suis-je pas mort dès la matrice ?» (Job 3:11).

Un détail qui met cette confiance en relief chez le Seigneur c’est que dans le moment de son abandon il ne dit pas «ô Dieu» comme au Psaume 63 par exemple, mais «mon Dieu» (v. 1, 2 et 10). C’est un détail quant au mot, c’est une vérité infinie quant à ce que ce détail met en évidence.

Le Seigneur réalise en plénitude la fidélité dans la confiance que nous connaissons si peu et qui est pourtant une des grandes vertus de la foi. Pendant combien d’instants au cours d’une année avons-nous confiance en Dieu ? Nous nous appuyons plus volontiers sur les circonstances, sur les hommes ou sur toutes sortes de choses. Jésus aurait pu s’appuyer sur sa puissance divine ; il aurait pu se protéger, trouver une issue dans bien des occasions ; il ne l’a jamais fait. Ainsi dans la nacelle, alors qu’il dormait : ce n’est que lorsque sa confiance a été entièrement manifestée qu’il a pu parler comme Dieu en reprenant le vent et la mer. Toute sa vie dans le secret n’a été que cela. La confiance parfaite, constamment manifestée jusque là par le Seigneur, lui permet de parler comme il le fait dans des circonstances aussi terribles. Or précisément lui, le seul qui ait fait la preuve qu’on pouvait absolument se confier en Dieu, celui-là même, après avoir tracé ce chemin publiquement, proclame que le Dieu en qui il s’est confié l’abandonne, mais il proclame en même temps qu’il continue néanmoins à se confier en son Dieu ! Il n’est pas d’aspect plus élevé de la perfection de Christ.

N’y aurait-il eu que la vie du Seigneur ici-bas, cette vie de confiance aurait été déjà quelque chose de merveilleux. Mais la plus belle, la plus glorieuse chose aurait manqué à la gloire de Dieu. Il fallait cette circonstance inouïe de l’abandon pour mettre en évidence la vraie mesure de la perfection de Christ manifestée dans sa confiance. Nul ne pourra dire : Christ s’est confié parce que Dieu était pour lui, ou encore parce qu’il ne portait pas de péché et qu’il est plus difficile à un homme chargé du péché de se confier en Dieu. Nous voyons Christ se confier en Dieu quand Dieu était contre lui comme il ne sera jamais contre personne. Il demeure parfait, égal à lui-même jusqu’au bout de l’épreuve.

Si nous pouvons jouir des conséquences de cette confiance en Dieu, nous le devons exclusivement, — croyants d’avant et d’après la croix — au fait que Jésus a traversé ces souffrances sans faiblir et sans avoir aucun appui. Qu’est-ce qui envahirait l’âme de tout pécheur, tel que nous sommes, dans une épreuve bien moins intense que celle-là ? C’est le désespoir, le désespoir qui gagne un homme quand il n’a plus d’appui. Or Jésus est sans aucun appui autour de lui, sans aucun appui, ni de la part des anges, ni de la part de Dieu. Et pourtant rien ne manquait quant à sa confiance ; Jésus avait confiance en Dieu quand il n’y avait aucune raison extérieure d’en avoir. Il n’y avait à sa confiance qu’une seule raison, d’ordre intérieur : c’était sa propre perfection.

Il fallait bien que cette épreuve sans pareille eût lieu, sans quoi les problèmes moraux essentiels n’auraient jamais été touchés. Mais maintenant tout est parfaite sécurité ; quelque question morale que l’on envisage, on la trouve réglée à la croix. Satan n’a rien à dire non plus ; il a la bouche fermée ; il l’a eue pendant la vie de Christ ; il l’a à la mort de Christ. Nous voyons là le triomphe absolu de l’homme parfait sur toutes les conséquences du mal.

Combien est grand le travail qu’a rendu nécessaire l’entrée du péché dans le monde ! La méfiance a été semée dans le coeur d’Adam et d’Ève lors de la chute. Il a fallu la confiance de Christ jusque dans l’abandon même pour rétablir la confiance de l’homme vis-à-vis de Dieu, et il a fallu que Dieu fût glorifié d’une façon infiniment supérieure par la confiance qui a été celle de Jésus pendant les trois heures. La gloire de Dieu offensée par la méfiance exigeait cette mesure.

Nous avons facilement tendance à considérer ces faits d’une manière générale et superficielle, mais Dieu désire que nous nous rappelions que toutes ces souffrances étaient réelles. Les vérités morales et spirituelles sont de beaucoup supérieures à toutes les autres réalités. Or il n’y a pas une vérité morale qui ne soit touchée à la croix ; toutes les vérités s’y trouvent vidées, toutes les questions y sont fondamentalement réglées, à la gloire de Dieu, à la gloire de Christ et pour la bénédiction des élus. C’est pourquoi s’occuper de la croix c’est s’occuper de la chose la plus merveilleuse et la plus sainte qui soit. Il n’est rien de plus excellent que d’étudier la croix.

L’amour, la confiance, l’obéissance, la dépendance sur toute la ligne, tous ces traits variés de la vie divine, c’est cela que Jésus nous fait contempler dans sa vie et avant tout dans sa mort. C’est de cela que l’Église se nourrit.

 

4                    «L’abaissement profond, l’entière obéissance...»

Ce tableau où nous contemplons Jésus comme l’objet central de la haine de l’homme est d’une grandeur qui nous dépasse. Il est là, sur la croix, qui ne répond rien aux moqueries, aux sarcasmes, aux injures de tous, y compris celles des brigands qui sont de chaque côté de lui. Cependant, malgré tout ce que les hommes peuvent lui infliger, ses pensées ne sont pas distraites de son Père ; il s’adresse à Lui. Il n’a rien à dire aux hommes, mais il parle à son Dieu dans une confiance entière.

Du verset 12 au verset 18 le Seigneur exprime devant Dieu ses sentiments dans la situation terrible qui est la sienne : élevé de la terre, au milieu des méchants ; et l’exposé de sa détresse le porte au verset 19 à crier à l’Éternel : «Ma Force ! hâte-toi de me secourir».

Il semble que deux catégories de ces méchants sont distinguées dans ces versets. Au verset 12 il est question de beaucoup de taureaux et des puissants de Basan. Nous comprenons qu’il s’agit de tous ceux qui avaient reçu une autorité, les chefs du peuple, les gouverneurs, qui assistaient à la crucifixion et se raillaient de Jésus avec le peuple (Luc 23:35). Au verset 16 l’expression «des chiens... une assemblée de méchants» parait désigner avec les soldats romains, la populace, la foule anonyme. Ils étaient tous d’accord pour accomplir leur forfait.

En même temps qu’ils dépeignent l’attitude de ces deux classes sociales, ces versets nous présentent deux causes différentes de souffrances pour le Seigneur. Il y a, en premier lieu, ce que Christ ressentait de la part de ceux qui affirmaient leur force et leur autorité contre lui, alors que le second groupe (v. 16 et suivants) nous présente davantage ce qu’il souffrait parce qu’on le regardait dans sa honte (v. 17 et 18). Il éprouvait d’une part les souffrances dues à la dureté impitoyable, à la cruauté de ceux qui profitaient de sa faiblesse, de l’autre, ce qui était peut-être plus pénible encore pour lui, il sentait profondément celles que lui infligeaient ces chiens, qui représentent toujours des animaux impurs, et qui le contemplaient sans la moindre retenue morale, ne faisant que se réjouir de sa honte. Devant le Seigneur qui acceptait d’être présenté à leurs regards dans sa souffrance, tout leur débordement moral se donnait libre cours.

Il est bon que nous pesions ces deux sortes de souffrances éprouvées là par le Seigneur de la part des hommes ; et lorsqu’au contact de toute cette violence et de toute cette ignominie il a cherché de la consolation auprès de Dieu, c’est alors qu’il a dû dire : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» L’homme a profité de l’occasion pour montrer toute sa méchanceté contre quelqu’un qui s’offrait, si l’on ose dire en toute révérence, comme une cible parfaite à la violence et à la corruption du coeur humain.

Au reste, si nous trouvons bien deux classes de personnes autour de la croix, en fait elles les renferment toutes : le pauvre et le riche, l’homme cultivé et le rustre, tous les degrés de l’échelle sociale sont là. Mais Dieu n’a pas de temps à perdre avec ces nuances apparentes dont nous faisons tant de cas, et le même homme est tantôt comme un taureau ou un puissant de Basan, tantôt comme un chien qui se réjouit de la honte d’un autre. Cela nous couvre de confusion, à juste raison. Il n’y a pas des millions d’hommes différents devant Dieu ; il y a deux hommes et seulement deux : le premier homme et le second homme. Ils sont ici tous deux en face l’un de l’autre. La vraie histoire du monde, nous la lisons dans ces heures de la croix. Nous y avons en traits définitifs ce qu’est le monde, ce qu’est l’homme. Il n’est pas nécessaire de lire tout ce qui a été écrit par les hommes pour savoir ce qu’est le premier homme ; nous n’y trouverions rien de plus que ce que nous avons ici, en présence d’une lumière morale parfaite. La réalité de l’histoire du monde et de l’homme est là dans cette scène inouïe où l’homme parfait est moralement foulé aux pieds, insulté par ces chiens qui le contemplent et se moquent de lui dans sa honte, publiquement, comme aucun de nous ne voudrait le supporter un seul instant. C’est un tableau permanent que celui-là : le coeur ouvert de Christ et le coeur ouvert de l’homme en face l’un de l’autre. Et nous pouvons y voir aussi la grandeur insondable du coeur de Dieu qui, connaissant tout à l’avance, a donné Celui dont la perfection a été ainsi manifestée, pour le salut d’une humanité dont l’entière méchanceté était, au même moment, absolument et définitivement démontrée. Tout ce qui est là est inexprimable ; l’éternité n’en épuisera pas la méditation.

Il y a ici une incomparable beauté morale en face d’une laideur totale. Dans les comparaisons que fait le Seigneur au sujet de tous ces hommes, on peut s’arrêter devant le style divin qui ne tombe jamais dans le réalisme trivial ou déplacé des hommes et qui dépeint cette scène avec une justesse d’expression alliée à une parfaite délicatesse. L’attitude du Seigneur, caractérisée par une faiblesse totale, une absence complète d’énergie, est en opposition absolue avec celle des taureaux et des puissants de Basan. On voit des hommes mourir en se défendant encore, alors que Christ manifeste une acceptation entière de la souffrance sans la moindre résistance. C’est ce qu’on trouve en particulier au verset 15.

Une autre manifestation de la soumission du Seigneur, c’est qu’il ne s’arrête pas aux causes secondes. Il voit tout cela, il en parle, mais en déclarant : «Tu m’as mis dans la poussière de la mort» (v. 15). N’était-ce pas de la main même du Père qu’il avait pris à Gethsémané la coupe qu’il buvait maintenant ?

Un autre trait encore devant lequel il faut s’arrêter, c’est que le Seigneur ne lève pas la tête dans toute cette honte et cette douleur. Un homme peut réagir en faisant le fier, en bravant les autres ; c’est une attitude de défense, mais Christ ne fait appel à aucune forme de défense ; il accepte, confesse et proclame publiquement la situation dans laquelle il se trouve. C’est la perfection absolue qui brille ici ; mise à la plus terrible épreuve, elle triomphe. Il n’est aidé par rien ni par personne. Tout et tous sont contre lui : Dieu est contre lui, toutes les classes d’hommes sont contre lui, les principautés, Satan et les démons sont aussi contre lui. Il est crucifié en infirmité, apparemment réduit à l’impuissance, et cependant c’est à ce moment-là qu’il a dépouillé les principautés et les autorités et les a produites en public, triomphant d’elles en la croix (Col. 2:15). Tous les efforts de Satan et de l’homme, dont Satan s’est servi pour pousser le Seigneur à se protéger et à se dérober à la souffrance, tous ces efforts ont été vains, de sorte que l’exemple du Seigneur est évidemment unique. Il n’y a eu aucune douleur comme la sienne, rien n’en approche. D’une part, en effet, toutes les autres douleurs humaines sont des douleurs de pécheurs et de ce fait elles sont souvent en grande partie méritées. D’autre part il n’y a jamais eu aucune acceptation parfaite de la douleur comme celle-ci. Le Seigneur n’est pas admirable parce qu’il est un héros et qu’il brave ses ennemis. Il l’est parce qu’il se soumet absolument. C’est la mise à l’épreuve de sa perfection : il s’agissait de voir si cette perfection serait plus forte que toute la souffrance qui lui était préparée, et la souffrance qui lui était préparée était en rapport avec le règlement de toute la question du bien et du mal. Ce règlement a été absolu et selon Dieu. Le problème n’est plus à poser, Satan le sait bien.

Si la question de la confiance a été vidée, celle de la soumission parfaite l’a été également. Nous savons en effet qu’à ce moment-là l’Ennemi s’est présenté : «Si tu es Fils de Dieu, descends de la croix...». Le diable s’est servi des hommes pour essayer de tenter Christ : «Sauve-toi toi-même...» Nous ne pouvons que nous prosterner devant cette soumission parfaite qui montre l’amour que le Seigneur avait pour son Père. Satan, en ce moment décisif, a employé tous ses moyens ; il a coalisé la totalité de ses efforts dans une suprême tentative pour emporter la résistance, la fidélité du Seigneur. Tout ce qui était en jeu alors quant à la puissance du diable est un fait très solennel à propos duquel l’Écriture est particulièrement sobre de détails. Mais quel prix nous devons maintenant attacher à la victoire de Christ ! La puissance de Satan est aujourd’hui brisée, sa défaite est consommée.

Ce qu’est, en lui-même, le mal mystérieux qui a pénétré dans le monde, pourquoi Dieu en a permis l’entrée et, avant celle-ci, que fut la chute de Satan, tout cela n’est pas révélé. Mais nous savons que c’est à propos de l’homme, dans l’homme et par l’homme que devait être accompli le triomphe du bien sur le mal. C’est dans l’homme que Dieu a été manifesté et glorifié. Ce n’est pas dans les anges ; les anges n’ont pas une note à donner dans cette louange qui n’est pas leur cantique. On peut dire que Dieu doit le déploiement de sa gloire à l’homme, c’est-à-dire à Christ, à sa venue dans ce monde et à sa mort sur la croix pour régler, au cours des trois heures sombres, l’effrayante question du péché. C’est à l’homme Christ Jésus que Dieu est redevable de la gloire qu’il acquiert là dans la rédemption. Ce triomphe du bien sur le mal est une chose infiniment supérieure au maintien de l’innocence. Dieu a trouvé en cela l’occasion de se révéler. Si nous voulons savoir ce qu’est Dieu, nous le trouvons à la croix ; si nous voulons savoir ce que nous sommes, c’est encore à la croix que nous l’apprenons et c’est là qu’il nous faut toujours revenir. L’épître aux Romains nous donne le raisonnement spirituel de la chose, mais ici nous avons le fait, comme nulle part ailleurs. C’est le coeur de l’homme de tous les temps, dans son état naturel, qui est manifesté là, mais il est le même partout. La question a été définitivement réglée par Christ pour Dieu. Elle doit être aussi réglée comme jugement intérieur dans chacun de nos coeurs. Sa réalisation pratique en nous, sans doute, laisse à désirer, mais, au moins, soyons entièrement convaincus que tout ce que nous sommes dans notre état naturel est manifesté et réglé à la croix. Nous avons fait un pas immense quand nous sommes parvenus à cette conviction.

Notre moi a été démasqué à la croix. Il s’est montré sous son vrai visage et a été condamné de sorte que les chrétiens, instruits par Dieu, n’ont plus d’illusions à se faire. Tous les efforts moraux ou matériels pour embellir l’homme sont vains ; ils ne constituent qu’une inutile tentative pour oublier ou pour refuser la force de la vérité dans l’âme. Mais c’est une merveille que Dieu nous ait fait connaître ces vérités définitives ; nous n’avons plus à hésiter sans cesse, à chercher comme le font toutes les philosophies du monde le point final de la vérité. Il est révélé parfaitement ; nous n’avons plus qu’à en tirer les conclusions.

Les possibilités de l’homme ont été manifestées : un éventail complet de tous les crimes, et le crime qui les prime tous, c’est le meurtre de Christ. Il était en germe déjà dans le geste de Caïn. Dieu ne nous flatte pas ; son amour nous instruit de ce que nous avons à savoir pour notre bien sur ce que nous sommes et sur ce qu’il est Lui-même. Le chemin du bonheur s’ouvre là.

Si les heures de la croix duraient encore, la scène ne serait pas plus présente aux yeux de Dieu. Pour lui le monde est toujours identique à lui-même, tel qu’il s’est manifesté pendant les six heures de la croix. Mais nous-mêmes l’oublions si facilement ! Quelqu’un a pu dire que si nous étions fidèles nous devrions nous conduire comme si la mort de Christ s’était passée hier. Si nous conservions, en vérité, le sentiment que la scène de la croix vient seulement de se dérouler, combien notre vie entière serait imprégnée de la valeur du sacrifice offert, du prix payé pour notre rachat, comme aussi d’une horreur du mal à la mesure de ce qu’a coûté son abolition !

Toutes ces choses, toutes ces scènes, toutes ces vérités, nous invitent, quand nous sommes autour de sa Table, à rappeler la mort du Seigneur avec bonheur, certes, mais aussi avec quelle gravité, quel recueillement, quelle retenue... et quels silences !

 

5                    «... L’outrage cruel, l’opprobre sanglant dont t’abreuva le monde...»

Les versets 16 à 21 nous font discerner la délicatesse inégalable du Seigneur et les souffrances qui ont été les siennes à cet égard. Extérieurement il était un homme comme les autres, mais, entre autres différences, il y avait chez lui une noblesse et une distinction morales infinies. Elles sont présentées ici foulées aux pieds par ces chiens qu’étaient les hommes déchaînés contre lui. Quel aveuglement était le leur, le nôtre, pour oser seulement porter les mains sur le corps du Seigneur ! Il s’est offert à cette humiliation sans se protéger, là non plus.

S’ils avaient eu eux-mêmes la moindre délicatesse ils ne se seraient pas permis de le regarder sur la croix. Il y a des choses qui ne se regardent pas. Un minimum d’égards veut que l’on détourne les yeux de quelqu’un qui souffre, avec un sentiment de confusion. Eux au contraire sont là, cyniques, à ne rien ménager. Ils le regardent, ils le touchent, ils partagent ses vêtements sans la moindre retenue. Il est dit à plusieurs reprises : ils m’ont environné, ils m’ont entouré, pour bien souligner la violence et la méchanceté de ces hommes impurs. Ils étaient tous ligués contre le saint et le juste. Ils étaient tous unanimes dans leur acharnement contre le crucifié.

Ces expressions de la Parole sont extrêmement parlantes ; elles évoquent la hargne, la cruauté sauvage des chiens, cette lâcheté aussi manifestée à l’égard de celui qui était là sans défense. Tel était le coeur de l’homme débordant de haine contre son Créateur venu vers lui, et venu pour lui faire du bien : une véritable meute de chiens, hurlant contre lui qui était parfait, qui était l’expression même de la douceur et de la bonté. On sait ce que peuvent être les réactions de férocité d’une foule où les instincts les plus bas se révèlent et se donnent libre cours parce qu’ils sont anonymes.

Ces versets nous montrent combien le coeur du Seigneur en a été meurtri. Ces foules hostiles qu’une curiosité impure attirait au spectacle de la crucifixion et qui étaient, on peut le penser, spécialement nombreuses pendant ces jours de la Pâque, étaient les mêmes qu’avec sollicitude et compassion il avait enseignées, guéries, nourries au désert, les mêmes qui voulaient le faire roi ou qui l’acclamaient quelques jours plus tôt lorsqu’il entrait dans sa ville royale de Jérusalem. Combien cette ingratitude a dû lui être sensible ! On comprend que son coeur soit fondu comme de la cire devant une telle haine de l’homme contre lui. Les expressions employées ici sont extraordinaires : «Mon coeur est fondu au-dedans de mes entrailles» ; «je suis répandu comme de l’eau». Il y a eu la violence, il y a eu la haine, l’ingratitude et la moquerie ; tout a été contre lui. Tout ce que le coeur de l’homme est en méchanceté s’est manifesté entièrement à la croix.

Sur la base des sentiments naturels on peut constater quelques différences entre les hommes quant à leur manière d’agir. Certains, devant la honte d’un autre, feront un geste pour la couvrir dans la mesure où ils le pourront. Mais ici tous indistinctement sont ignominieux, et on ne saurait plus, après cette scène, faire fond en aucune manière sur la délicatesse morale du coeur humain ni sur la perception des convenances que l’homme aurait dû avoir vis-à-vis de Dieu, et vis-à-vis du Bien parfait. Le Bien parfait s’étant offert, l’homme, sans en convenir, en a profité de la manière la plus totale, pour se révéler ensuite tel qu’il est. Il n’est plus hypocrite ici.

La ruine entière de l’homme est ainsi définitivement démontrée, de même que l’impossibilité d’un contact avec Dieu. Il n’y a qu’un contact possible entre l’homme dans son état de nature et Dieu, c’est le jugement, si l’on peut appeler cela un contact. Nous ne disons pas cela pour abaisser l’homme, mais si les souffrances du Seigneur et sa gloire morale sont un côté de la vérité, il y en a un autre qui en est inséparable, à savoir le triste état de l’homme. Dieu n’avait pas besoin, pour en être convaincu, de mettre l’homme à l’épreuve en présentant son Fils ; il connaissait cet état depuis la chute. Mais nous, nous avions besoin de cela, et de voir ainsi notre portrait. Quelles gens devrions-nous être à cet égard devant les hommes qui nourrissent une si haute pensée d’eux-mêmes ! Combien nous devrions nous en distinguer et ne pas craindre de dire à l’occasion ce qu’est l’homme aux yeux de Dieu ! Qu’on ne parle donc pas de tact ou de délicatesse naturelle ; sur ce plan-là, l’homme est classé. Dans les relations des hommes entre eux cela peut avoir sa valeur, mais Dieu a éprouvé, Christ a éprouvé ce que peut faire l’homme au point de vue de la délicatesse morale : se réjouir avec malice de la honte de Jésus. Et ce que le Seigneur dit ici, car c’est toujours lui qui parle, montre combien il y est sensible : «Ils me contemplent, ils me regardent». Il le sentait beaucoup plus que nous parce qu’il était parfait ; le péché n’avait pas émoussé sa sensibilité, une sensibilité divine.

«Je compterais tous mes os» ; n’est-ce pas la déclaration de sa honte physique déployée devant tous les regards ? Tous ses os étaient visibles. Le labeur, la fatigue, les souffrances avaient été la part du Seigneur et son corps en portait le témoignage. Et c’est aussi une expression de foi puisque, d’après l’Écriture, pas un de ses os ne devait être cassé (Ps. 34:20). Il semble que les os sont le symbole de la volonté de l’homme. Un homme peut résister parce qu’il a des os, et on trouve dans plusieurs passages de l’Écriture, en figure ou en réalité, que Dieu est obligé de briser les os pour pouvoir bénir. «Il me brisait tous les os...» dit Ézéchias (És. 38:13). Mais chez le Seigneur il n’y avait rien à briser, à cause de cette absence de volonté, ou plutôt à cause de cette volonté profonde qui était de faire celle du Père jusqu’à la mort, inclusivement.

On sent bien qu’il n’a jamais existé un homme qui, ayant le pouvoir de se soustraire à de tels regards, ne l’eût employé. Personne ayant ce pouvoir ne supporterait la douleur d’une pareille humiliation de la part des hommes, et de quels hommes ! Oui, nous, qui sommes si portés à nous entourer d’honneur, à nous orner et à nous parer, lisons ce qui est dit là : «ils partagent entre eux mes vêtements» ; et nous savons ce que rapporte à ce sujet l’Évangile. Le Seigneur parle comme celui qui, conscient de tout, l’accepte, parce qu’il le fallait. Il peut dire ailleurs : «Tu connais mon opprobre et ma honte et ma confusion : tous mes adversaires sont devant toi. L’opprobre m’a brisé le coeur» (Ps. 69).

Il y a en général dans nos cultes, dans nos méditations et dans nos sentiments, place pour le souvenir de cela. Certes ce n’est pas l’expiation, mais sans cette perfection pour ainsi dire préalable de Christ devant ces outrages, l’expiation n’eût pas été possible. S’il y avait eu la moindre pensée fâcheuse dans son coeur en présence de tant de choses épouvantables qui sont dans tous nos coeurs à nous, il n’aurait pu être la sainte victime. Pourquoi Christ, venu ici-bas essentiellement pour accomplir l’oeuvre de l’expiation, a-t-il dû connaître également les trois premières heures de la croix pendant lesquelles il n’avait pas affaire encore avec la colère de Dieu ? Pourquoi, puisque c’est dans sa mort que la rédemption devait être acquise, avons-nous dans la Parole le récit de sa vie d’homme de douleurs, et en particulier de ces derniers moments dans lesquels la haine des hommes se déversait contre lui sans mesure ? Cela n’eût-il pas pu lui être épargné ? Non ; entre autres motifs il fallait que Jésus fût manifesté comme un sacrifice parfait, et toutes les épreuves traversées avant les terribles heures de la colère ont eu ce merveilleux résultat. Au creuset de la souffrance un or parfaitement pur a été mis en évidence. Tout s’est conjugué d’un côté pour mettre en valeur sa perfection et d’autre part pour chercher à l’empêcher d’être parfait. C’est une scène inouïe et devant laquelle nos âmes restent confondues.

Dans ces deux paragraphes : v. 12 à 15 et v. 16 à 20 on voit en quelque sorte se manifester les deux traits du péché : la violence d’une part, de l’autre la corruption et ses effets : la vilenie, la bassesse. Que de fois tels hommes qui auraient honte apparemment de donner un coup à leur prochain, se montrent moralement bas dans leur façon de faire et de parler. Nous avons tous à prendre garde à cette perfidie de notre nature humaine. La bassesse morale de l’homme se trouve partout, rien ne la change. Il y a des choses qui la dissimulent plus ou moins ; elle s’affichera plus facilement peut-être dans certains milieux qualifiés effectivement de bas, mais elle se découvre aisément dans tous les milieux. L’éducation, même chrétienne, n’y fait rien. Elle la freine mais ne la détruit pas. Il n’y a que la nature divine donnée à l’homme lors de sa conversion qui soit à même d’avoir les caractères de cette nature. Sans la nouvelle naissance il n’y a rien de bon dans un homme. Et même lorsque la conversion est intervenue, si la chair n’est pas tenue pour morte, tôt ou tard il faudra qu’elle se manifeste.

Un affreux sentiment est mis ici en évidence, à savoir la haine à l’égard de tout ce qui nous dépasse moralement. Caïn a été un meurtrier parce que les oeuvres de son frère étaient justes et que les siennes étaient mauvaises (1 Jean 3:12). Nous trouvons cela chez ces «chiens» comme chez ces taureaux», nous trouvons cela dans notre coeur aussi, n’est-il pas vrai ? C’est une sorte de vengeance à l’égard de ceux dont la perfection nous juge. Et c’est bien ce que le monde fait sentir au croyant dans la mesure où ce dernier est fidèle, exactement la même haine contre tout ce qui est saint, contre tout ce qui manifeste la bonne odeur de Christ. «Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus seront persécutés» (2 Tim. 3:12).

Nulle part comme dans cette scène de la croix la preuve n’est donnée qu’il n’existe aucune communion entre la lumière et les ténèbres. On ne pouvait rien reprocher à Jésus, au contraire ; alors on s’en est vengé. Eh bien, le Seigneur a donné à ses témoins, au cours des siècles, de supporter quelque chose de semblable et même de mourir dans la honte ! «En peine et en labeur... — dit l’apôtre — dans le froid et la nudité..» (2 Cor. 11:27). Ce sont là des mots que nous ne pesons pas beaucoup. Il y a des martyrs auxquels le Seigneur a donné d’être offerts en spectacle dans une profonde humiliation et de mourir en l’honorant sans avoir de mauvaises pensées vis-à-vis de leurs bourreaux. Tel fut Étienne. Voilà un homme qui meurt ignominieusement, lapidé, ensanglanté, brisé, jeté par terre. Mais cette mort est un vrai triomphe ; Étienne ressemble à Jésus.

Adam et Ève quand ils sont tombés n’ont pas pu supporter leur état et se sont couverts de feuilles de figuier. Moralement c’est ainsi que nous faisons, nous le savons bien. Mais Christ ici, en contraste total avec le premier homme, dépouillé de tous ses vêtements, supporte à tous égards et devant tous les yeux la conséquence de leur faute. Cet abaissement de Jésus, qu’il nous faut savoir lire entre ces lignes, cette humiliation publique, cette absence de tout ce qui pouvait le cacher, le croyant l’adore parce qu’à travers cette ignominie acceptée la foi discerne toute la beauté morale qui était le secret de la force déployée pour prendre une telle place.

Comme cela nous change de tout ce avec quoi nous avons, tous les jours, un contact inévitable, et de tout ce que nous pouvons trouver en nous-mêmes ! Comme cela nous fait comprendre aussi que nous ne pouvons pas chercher un chef ou un modèle ailleurs qu’en Lui !

Le voici notre chef, notre Seigneur, notre Dieu ! Il est sur une croix, dépouillé, humilié, navré, rejeté de tous, un objet de haine, de mépris, de moquerie et de répulsion. En sommes-nous fiers ? Nous glorifions-nous d’appartenir à un tel maître et d’adorer, à la face du monde, un homme crucifié ? Et cherchons-nous dans ce même monde une autre place que la sienne ?

 

6                    «Tu détruisis tout l’effort — de l’enfer et de la mort»

Après les versets 16 à 18, si remarquables dans leur précision prophétique, dont Christ devait connaître l’entière réalité «afin que l’Écriture fût accomplie», il en appelle à celui qui avait été sa force pendant toute sa vie (v. 19 à 21). En Gethsémané il avait «offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort» (Héb. 5:7). C’est à lui encore qu’il s’adresse, à l’heure même où il devra s’écrier : «Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ?» Nous l’avons déjà entendu dire, au v. 11 : «Ne te tiens pas loin !» Il répète cette supplication au v. 19 : «et toi, Éternel, ne te tiens pas loin». Il ne dit pas : «Mon Dieu», mais : «Éternel», — toi qui ne changes pas, toi qui as toujours été fidèle, toi qui as toujours été ma force et ma délivrance ! Ces ardentes prières du Seigneur, qui pourra les sonder jamais ? Qui pourra mesurer l’angoisse et l’effroi de son âme pendant ces heures ténébreuses ? «Éternel, ne te tiens pas loin !» Il réalisait que l’Éternel s’éloignait de lui, qu’Il était obligé de s’éloigner de lui.

On voit quel terrible assaut l’Ennemi livrait contre Christ pendant ces heures dont le Seigneur avait dit aux hommes, instruments de Satan, venus pour l’arrêter : «C’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres» (Luc 22:53). Comme autrefois le Philistin revêtu de toutes ses armes, l’Ennemi s’avance ici avec un arsenal entier de violence, de méchanceté, de malice et de corruption. Quel cri de douleur s’échappe du coeur du Seigneur à ce moment-là ! Il sent toute la fureur de Satan, sa rage, sa haine aux multiples formes. Alors il s’écrie : «Sauve-moi de la gueule du lion».

Il ne semble pas que l’on puisse, à proprement parler, appeler un combat ce qui s’est passé à la croix entre Christ et Satan. Il n’y a pas en effet de lutte ici, comme au désert où Jésus répondait à l’adversaire par l’irrésistible épée de la Parole de Dieu, ou comme à Gethsémané où l’angoisse du combat faisait découler sa sueur comme des grumeaux de sang sur la terre. Satan l’assaille, certes, et désespérément, mais il s’acharne contre un Christ sans défense qui n’a plus de bataille à livrer, ayant accepté la coupe, et qui ne lui oppose aucune résistance. Les flèches et les dards enflammés du prince des ténèbres s’épuisent en vain contre la perfection de notre Seigneur Jésus Christ. Et c’est de cette manière extraordinaire que fut remporté le plus éclatant des triomphes, une victoire qui n’est pas consignée dans les annales des peuples, mais qu’exaltera pendant l’éternité le cantique des rachetés. «A toi, Jésus, fut la victoire, sur la croix !»

Bien qu’il faille être prudent dans l’interprétation des expressions qui dépeignent les diverses souffrances du Seigneur, il semble qu’on puisse voir dans l’épée, la patte du chien et la gueule du lion ce que Christ a enduré respectivement de la part de Dieu, de l’homme et de Satan. L’épée de l’Éternel s’est alors réveillée contre l’homme qui était son compagnon. Nous nous rappelons que le cri du premier verset a été exprimé à la fin des trois heures sombres, vers la neuvième heure. Lorsque le Seigneur, aux prises avec les douleurs de la part des hommes et de Satan, crie à Dieu, c’est pour constater que de ce côté-là non plus il n’y a rien pour lui ; et non seulement il n’y a rien pour lui en se tournant vers Dieu, mais il a Dieu contre lui. Et c’est bien là ce qui a pu être appelé «le mystère des mystères». Son cri vers Dieu en présence de la souffrance a reçu comme réponse l’abandon et la colère. Au cours de sa vie, comme cela a été maintes fois remarqué, Christ, tout humble et dépouillé qu’il fût — car il a été un homme dépouillé, sa vie entière est celle d’un homme qui n’avait rien — au cours de sa vie il avait Dieu avec lui, et il a donné des preuves de force et de puissance en accomplissant d’innombrables miracles. Mais ici, sur la croix, il n’y a pas le moindre déploiement de puissance extérieure de sa part, il n’y a aucun miracle, c’est la faiblesse. C’est pourquoi il dit «ma force», en réalisant la faiblesse humaine d’une manière absolue. La croix était cela pour Christ, le sentiment d’une faiblesse complète et d’une faiblesse acceptée. Il a été crucifié, est-il écrit, «en infirmité». Nous ne voyons, pendant ces heures, ainsi que nous l’avons déjà quelque peu considéré, aucun exercice de pouvoir, aucun trait d’héroïsme quelconque, aucun sursaut de volonté comme les hommes en ont, mais l’abandon de toute volonté, l’acceptation consciente de tout ce qu’il devait rencontrer ; et quand on pense que le Seigneur qui était Dieu, créateur de tout, tenant dans ses mains tout pouvoir, fait, ici, l’aveu de sa faiblesse ! C’est une merveille morale s’ajoutant aux autres. Il ne cache pas plus sa faiblesse qu’il ne cachait sa honte. Là aussi brille son entière perfection.

Comme on l’a dit, il y a des fidèles qui ont pu connaître au cours des âges quelque chose de cette honte dans une mort ignominieuse, mais il y avait entre eux et le Seigneur, en dehors même de la perfection, une différence immense : c’est que les saints peuvent toujours, au moment de l’épreuve, compter sur le secours de Dieu, tandis que Christ a dû éprouver que Dieu était contre lui. C’est même à cause de cela que tous les chrétiens peuvent être assurés que Dieu ne leur manquera jamais ; il ne leur manquera jamais parce qu’il a manqué à celui qui seul méritait de ne pas être abandonné. Nous n’avons pas fini de méditer sur ce point puisque nous le ferons éternellement. Il est de toute importance que l’Église, en chaque assemblée, ne l’oublie pas.

 

7                    «L’oeuvre de grâce est terminée, — tu t’es assis dans le saint lieu...»

A partir du verset 21 toute la scène change. Nous entrons sur le terrain des conséquences illimitées de cette oeuvre infinie, et la première de toutes, présentée sans délai, c’est la louange de Christ à l’égard de Celui qui l’a délivré au moment convenable. Le Seigneur loue Dieu au milieu des saints parce que Dieu l’a délivré et il nous invite à le louer avec lui non pas d’abord parce qu’il nous a sauvés mais parce qu’il a ressuscité Christ d’entre les morts.

Cette délivrance de Dieu, cette réponse à Jésus, on peut dire qu’elle s’est manifestée de deux manières. La première, en ce qu’à la fin des trois heures de l’abandon le Seigneur a retrouvé la communion avec son Père, puisqu’il cesse alors de dire «mon Dieu» et dit «Père», comme nous le trouvons dans l’Évangile de Luc. La seconde a été sa résurrection et son élévation à la droite de la majesté dans les hauts lieux. C’est la réponse définitive.

Après les trois dernières heures, le Seigneur remet son esprit à son Père. L’oeuvre de l’expiation est terminée. Mais il reste à régler la question de la mort, et de son terrible pouvoir. Sur la croix, ce qui concerne le jugement de Dieu et sa colère a été réglé ainsi que ce qui concerne Satan, puisque, quand le Seigneur s’écrie : «C’est accompli», il a déjà remporté la victoire. Mais il avait encore à prendre en main les clés de la mort et du hadès ; il lui fallait passer partout où conduisaient les conséquences du péché. L’une de ces conséquences était la colère de Dieu ; Christ y a passé pendant les trois heures. Une autre conséquence était la mort à laquelle tous les hommes étaient assujettis. Le Seigneur entre dans la mort, il pénètre dans ce royaume de l’homme fort avec la puissance d’une vie impérissable. Il entre dans la mort qui ne pouvait le retenir et il en sort, ayant enlevé à Satan cette arme puissante, si bien qu’elle n’est désormais plus rien pour Christ et pour ceux qui sont en Lui. A l’égard des autres hommes aussi d’ailleurs, la mort est maintenant entre les mains du Seigneur : il est «le premier-né des morts».

La manière dont Christ est entré dans la mort a une très grande importance. Il n’est pas mort sous la colère judiciaire puisqu’il a d’abord retrouvé la jouissance de la communion avec son Père. En second lieu il y pénètre conscient d’avoir entièrement achevé l’oeuvre, en prononçant ces mots solennels : «C’est accompli». Puis encore, c’est en criant à forte voix qu’il laisse sa vie, preuve que personne ne la lui ôtait et qu’il la laissait de lui-même par le commandement qu’il avait reçu de son Père. Enfin sa dépendance et sa confiance entière brillent une fois de plus dans ce dernier acte, celui de remettre son esprit entre les mains de son Père (Luc 23:46). Tout en ayant reçu le pouvoir de reprendre sa vie comme le pouvoir de la laisser, la parfaite dépendance du Seigneur, si l’on peut entrer dans ce mystère, ne lui permet pas d’exercer ce pouvoir sans son Père. C’est comme une réponse de Dieu que la résurrection est présentée : «Tu m’as répondu d’entre les cornes des buffles» (v. 21).

Lorsque l’heure de l’épreuve a été close pour Christ, lorsque le temps de son abandon a pris fin, celui de la délivrance est venu. Si Dieu avait secouru son Fils avant le moment convenable nous n’aurions pas été sauvés. D’autre part son amour pour lui ne permettait pas que l’épreuve se prolongeât un instant de plus qu’il n’était nécessaire (Dans nos épreuves, à notre échelle, nous pouvons avoir cette confiance que la sagesse de Dieu d’une part et de l’autre son amour, donneront à nos exercices exactement la durée nécessaire).

Ce qui semble se détacher ici dans ces versets 22 à 24 c’est l’expression de l’immense changement que le Seigneur a connu en passant des heures terribles à la joie de la communion avec le Père. Or il veut que ses frères sachent quel Dieu est celui qui l’a délivré et des trois heures et de la mort. Il connaît et apprécie l’intérêt que ces quelques-uns, qu’il appelle ses frères, ont pris à sa douleur. «Que l’Éternel te réponde au jour de la détresse» : c’est le commencement du Ps. 20, et ici, après les souffrances, lorsque tout a été parfaitement traversé, c’est le Seigneur lui-même qui s’exprime : «Tu m’as répondu...» Lui qui a intercédé pour que ceux qui s’attendent à Dieu, c’est-à-dire ses frères, ne soient pas rendus confus ni scandalisés par son abandon (Ps. 69:6), a ainsi, nous le comprenons, une grande hâte d’aller leur annoncer la merveilleuse délivrance dont il vient d’être l’objet. Son amour attendait de ses disciples, comme il attend maintenant de notre part, un intérêt profond du coeur dans les choses qui le concernent, et tout particulièrement dans cette réponse que Dieu a donnée à sa foi. Et ce côté-là de la louange est peut-être trop rare. Dans notre culte nous ne devrions pas manquer de bénir Dieu pour la façon dont il a délivré Jésus et ainsi nous unir à la joie du Seigneur qui adore et loue son Dieu, son Père, pour ce changement, qu’aucune langue ne saurait exprimer, dont lui seul connaît la profondeur, qui le faisait passer de la colère de Dieu à sa plus intime communion.

Si nous avions davantage le sentiment de l’épreuve affreuse à laquelle le Seigneur a été soumis et si nous pensions plus à sa douleur, à son isolement, à son abandon, nous aurions plus souvent dans nos coeurs cette note de louange pour bénir Dieu qui a délivré Jésus de ces heures indescriptibles. Il semble que ce ne soit pas fréquent dans notre culte : nous bénissons Dieu de ce qu’il a fait pour nous, mais très peu de ce qu’il a fait pour Christ. Les ténèbres, la colère, l’abandon, puis la pleine joie de la face de Dieu comme Jésus la connaît, voilà le changement sous-entendu ici, et célébré. Et nous pouvons d’autant plus le célébrer que, dans une certaine mesure, ce changement est aussi notre part : nous avons passé de cette condition définie par le jugement de Dieu, sans l’avoir subi, à la même faveur que celle dont Christ jouit maintenant.

«J’annoncerai ton nom à mes frères». Non seulement il s’empresse de faire connaître la délivrance dont il a été l’objet, mais il veut révéler celui qui en est l’auteur, car le nom c’est la personne même. Certes le Seigneur avait fait connaître ce qu’était Dieu avant d’aller à la croix, mais la pleine révélation de Dieu n’a été faite qu’après les trois heures. Tous les attributs divins ont été manifestés à la croix du Calvaire. Avant elle la révélation de Dieu par Christ était partielle, après la croix la plénitude de cette révélation est faite.

«J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde», dit le Seigneur en Jean 17:6 et plus loin : «Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître» (v. 26). Ici : «J’annoncerai ton nom». On sent dans cette expression : «ton nom», tout l’amour du Seigneur pour le Dieu de sa délivrance, un amour dans lequel son plus cher désir est de faire entrer maintenant ceux qu’il appelle ses frères. C’est ce qu’ajoute Jean 17:26 : «afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux». Toutefois ce passage de Jean 17 est plus général. C’est ce que le Seigneur a fait durant sa vie, ainsi qu’il déclarait : «Celui qui m’a vu a vu le Père», et c’est ce qu’il continue à faire. Mais dans le verset de notre psaume cité en Hébreux 2, il y a un fait plus précis, à savoir que le Seigneur veut remplir le coeur de ses frères de la joie qui est dans le sien, une joie liée à la délivrance dont il a été l’objet et qui est aussi la leur. Il leur fait connaître le Dieu Sauveur.

«J’annoncerai ton nom à mes frères», c’est comme si le Seigneur disait : «Je vais dire à mes frères quel libérateur j’ai trouvé en toi, je vais leur parler de toi tel que j’ai appris à te connaître dans la délivrance dont j’ai été l’objet». C’est une merveille de grâce que le Seigneur nous ouvre ainsi son coeur à l’égard de la façon dont il a, oserait-on dire, appris à connaître son Dieu dans ses délivrances. Il est certain que Christ, avant qu’il eût souffert et qu’il eût été exaucé, n’avait jamais passé par là ; il a donc le coeur rempli de sentiments et de pensées qu’il veut faire partager à ses frères.

Quelle marque de tendresse que d’introduire ainsi les siens dans un sujet aussi précieux pour son propre coeur ! Et c’est d’autant plus merveilleux si nous nous arrêtons à la pensée que, lorsqu’il s’est agi pour le Seigneur d’être frappé, d’avoir à subir la colère, il ne pouvait partager cette part avec personne. Mais lorsqu’il s’agit de sa joie, il la partage avec les siens. Et comme le Seigneur serait heureux si, lorsque nous nous souvenons de lui dans sa mort et dans sa délivrance, nous faisions écho à la joie et à la louange qui sont dans son coeur vis-à-vis de son Dieu et Père ! C’est ce qu’il attend. En méditant ces choses nous mesurons combien nos cultes sont souvent pauvres.

Il ne faut pas perdre de vue que c’est un homme qui parle ici ; il est Dieu, mais il est un homme, et c’est à cet homme, qui a glorifié Dieu dans sa mort et que Dieu a délivré, que sont liés tous les saints. Le mot frère, ici, a un sens plus large que celui auquel nous l’entendons entre nous au sens proprement chrétien. D’ailleurs au moment où le Seigneur révèle le nom de son Dieu et de son Père, après sa résurrection, le Saint Esprit n’était pas venu et l’Église n’avait pas commencé. Néanmoins la citation de ce verset dans Hébreux 2 permet d’en faire une application au peuple chrétien. L’oeuvre de Christ nous a constitués une famille sacerdotale. La bénédiction qui découle de l’oeuvre de la croix s’est exercée à l’égard de tous les saints d’autrefois : Dieu, par avance, a pu les bénir en Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes. Dieu est notre Dieu, telle est la conséquence de l’oeuvre de la croix. Il semble bien que cette expression : «J’annoncerai ton nom à mes frères» n’est pas seulement la révélation que Dieu est notre Père, mais aussi le progrès que le Seigneur veut nous faire réaliser dans la connaissance et la jouissance de notre Dieu et Père, connaissance qui s’approfondit dans la mesure où on est nourri de la Parole, où on vit dans la communion avec le Seigneur. Et c’est aussi la révélation de Dieu dans nos circonstances propres : «Pour nous il est un Père», dit le cantique.

Telle est donc la précieuse nouvelle qu’avec un touchant empressement le Seigneur annonce personnellement aux siens. Les anges du tombeau rendent témoignage à sa résurrection, mais quant à la nouvelle relation dans laquelle son ceuvre a dorénavant placé les siens et la connaissance de son Dieu et de son Père, le Seigneur ne laisse à nul autre le soin de les en informer.

Or c’est une connaissance qui conduit toujours à la louange. Le Seigneur chante. «Au milieu de l’assemblée je chanterai tes louanges» ; et il désire que nous nous associions à ces louanges. Aussi avec quelle attention ne devrions-nous pas rechercher sa direction dans ce service ! «Je chanterai avec l’Esprit..» (1 Cor. 14:15) : n’est-ce pas en somme chanter en harmonie avec le Seigneur ?

Il est évident que si nos coeurs sont sérieusement occupés de sa souffrance et de sa mort, comme aussi de sa délivrance et de sa gloire, nous aurons alors l’oreille ouverte pour entendre sa voix et être prêts à le suivre, tout spécialement dans la louange collective. Au contraire si nos coeurs sont légers, peu sensibles à ce que Dieu a fait pour nous, nous n’aurons rien à exprimer, aucune note à joindre à sa louange.

Le Seigneur n’a qu’une seule chose en vue : la gloire de Dieu. «Je t’ai glorifié sur la terre» (Jean 17:4). Il avait eu cela devant lui toute sa vie ; dans la résurrection, c’est encore la louange et la gloire de Dieu qu’il a en vue. Avant la croix, allant à la montagne des Oliviers avec ses disciples, ils chantèrent une hymne. Quand tout est accompli : «au milieu de l’assemblée je chanterai tes louanges».

Dans une même pensée il associe son Père et ses frères. Le lien est établi. Il pense à Dieu, il pense aux siens. L’oeuvre de la croix, nous ne devons jamais l’oublier, est pour Dieu et elle est pour le croyant.

Soyons humiliés en considérant combien nos attitudes, nos expressions, nos activités, sont souvent conventionnelles. Cela tient à ce que notre coeur n’est pas vraiment saisi par la grâce divine. Les connaissances intellectuelles ne nous font pas défaut mais notre coeur est trop peu touché. S’il l’était comme il devrait l’être, quelle louange monterait vers Dieu et vers Christ pour son oeuvre incomparable ! Si nous savions vraiment ce que c’est que la grâce manifestée en Christ, alors nos coeurs se répandraient en reconnaissance, en louange et en adoration.

 

8                    «Ta croix, du Père saint fait éclater la gloire...»

Le Seigneur, qui s’est placé sous la malédiction et l’a supportée, ouvre maintenant les portes de la louange à tous ceux qu’il entraîne à sa suite sur le terrain de la résurrection. Un peuple d’adorateurs est constitué. N’oublions jamais que l’adoration est la partie la plus élevée du service actuel des chrétiens ; c’en est la seule partie qui continuera éternellement et nous pouvons redire qu’il n’y a pas de témoignage au Seigneur selon sa pensée, selon son coeur, selon sa gloire, sans que soit rendu d’abord le service de la louange. La première Personne et on peut dire la seule à qui tous les droits sont dus, c’est Dieu. Jésus a amené à Dieu ceux qui sont devenus les siens. De sorte que maintenant notre part n’est rien de moins que contempler la gloire de Dieu révélée dans la Parole, en jouir et, l’âme remplie, bénir Dieu pour ce qu’il est et ce qu’il a fait, bénir Jésus dans sa personne et dans son oeuvre. Combien c’est autre chose que se réunir simplement parce qu’on est justifié ! Nos bénédictions sont innombrables, incalculables, mais ce n’est pas pour en parler que nous sommes réunis. Avant tout autre courant de pensées la gloire de Dieu doit nous occuper. Dieu, alors, est devant l’âme et la remplit, Christ remplit le coeur de son Église, la gloire de Dieu et celle du Seigneur absorbent les pensées et les sentiments. Et qu’est-ce que cette gloire de Dieu que l’on célèbre et que l’on adore ? C’est Lui-même. On n’adore pas seulement des qualités, des attributs, on adore quelqu’un, l’Être parfait, celui qui est amour et lumière. Nous louons Dieu parce qu’il est amour et pas seulement parce que nous sommes les objets de son amour ; nous le louons parce qu’il est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres, et nous le faisons dans la mesure où notre coeur est plein de lumière, où le coeur de l’Église est au large avec Christ. Nous célébrons les attributs de Dieu : il est juste, saint, patient, puissant, plein de majesté, sage, fidèle, invariable, mais par-dessus tout nous le célébrons dans sa nature même, amour et lumière.

Tous les actes, toutes les paroles, tous les services, toutes les souffrances de Christ ont abouti à ce but final qu’il a toujours eu devant Lui et pour lequel il a enduré la croix : la gloire de Dieu. Lui l’a revendiquée, lui la célèbre et les saints la célèbrent avec lui. Tous les services des chrétiens, individuellement et comme Église, devraient de la même manière concourir à ce seul et unique objet : la gloire de Dieu ; car tout service qui n’a pas pour fin la louange de la gloire de Dieu n’est pas un service comme le Seigneur l’entend.

A la fin du psaume nous trouvons Dieu glorifié dans une mesure différente par plusieurs catégories de rachetés constituant comme un triple cercle dont Christ occupe la position centrale. Il y a d’abord au verset 22 la congrégation, première sphère réalisée d’abord dans le résidu entièrement juif qui entourait le Seigneur après sa résurrection (Jean 20). Ce noyau fidèle a été fondu dans l’Église au sein de laquelle cette première louange, plus élargie, se continue et revêt une forme mieux définie et plus profonde. Nous ne trouvons pas pour les autres catégories l’équivalent du verset 24, c’est-à-dire la présentation d’une raison profonde liée à la délivrance de Christ, comme elle l’est dans ce premier cercle. La louange tirée de cette raison appartient à l’Assemblée puisque la citation du chapitre 2 des Hébreux lui fait l’application de ces versets.

Dans la seconde sphère, celle de la grande congrégation (v. 25 et 26), nous pouvons voir la réunion de tout le peuple d’Israël restauré, rétabli. Ce peuple, créé pour la louange comme dit Ésaie : «J’ai formé ce peuple pour moi-même, ils raconteront ma louange..» (ch. 43:21), sera à ce moment-là dans l’état nécessaire pour présenter cette louange, conduit par celui qui «payera ses voeux». Au moment d’une détresse on peut faire des voeux à celui dont on attend la délivrance, et quand cette délivrance est arrivée on paie ses voeux en faisant ce à quoi on s’était engagé. C’est ce qu’on trouve au Ps. 66:13, 14, et au Ps. 116:14.

Enfin le troisième cercle (v. 27 et suivants) est celui de la louange universelle qui remplira la terre pendant la période milléniale et qui, elle aussi, est la conséquence de l’oeuvre de la croix.

 

Pour caractériser ces trois sphères par rapport à la personne du Seigneur on pourrait dire que dans la première il nous apparaît comme le Chef du corps, l’Époux de l’Église, dans la seconde comme le Messie en relation avec son peuple et dans la troisième enfin comme le Fils de l’homme dont la domination s’étend à la terre entière.

 

Ces trois classes, d’ailleurs, on les trouve dans d’autres passages, en particulier dans le chapitre 12 de Jean : la première classe nous est figurée par Marie offrant son parfum, puis dans la scène qui suit nous voyons le Messie entrer à Jérusalem acclamé par son peuple, enfin dans la troisième ce sont des Grecs, gens des nations, qui désirent le voir. C’est à ce sujet que Jésus déclare : «à moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» ; il dit cela, parce que tous les élus sont le fruit de son oeuvre.

Si nous reprenons ce sujet de la louange pour le considérer dans le temps, nous voyons d’après l’Écriture que le culte juif a pris fin, le résidu juif croyant formant le noyau originel de l’assemblée, de sorte qu’il n’y a plus aujourd’hui d’autre louange dans le monde à l’égard de Christ que la louange chrétienne. Il n’y a plus d’autel ; Dieu n’a plus de religion terrestre. Cette louange du peuple terrestre dont les apôtres étaient les représentants pour un temps a pris fin pour faire place à une louange céleste bien que réalisée sur la terre. Mais Dieu n’abandonne pas cette pensée d’un culte terrestre au milieu du peuple élu et, le moment venu, cette louange reprendra. Alors la terre tout entière, qui aujourd’hui n’a rien à dire à Dieu comme louange, et qui se préoccupe peu de l’oeuvre de Christ, joindra sa voix pour bénir Dieu lorsque sa gloire remplira la terre «comme les eaux couvrent le fond de la mer».

C’est là une précieuse pensée. Alors que la voix d’Israël s’est tue dans le sang et à cause du crime des Juifs, quelle belle pensée de grâce que celle qui nous ouvre la contemplation de cet avenir où la voix d’Israël se fera de nouveau entendre, et cela en vertu du même sang de Christ que les Juifs ont versé. La grâce triomphera là où le péché et le crime ont abondé. Et celui qui présentera les voeux au milieu du peuple sera celui même que son peuple aura mis à mort. On peut se réjouir en pensant que, parmi ces pauvres Juifs souvent dans les ténèbres et l’inimitié contre Dieu, il y aura un résidu. Ces Juifs, auxquels se joindra le reste des dix tribus, reparaîtront pour louer l’Éternel qui est le Dieu des Juifs, le Dieu d’Israël. Ceci prend encore plus de force quand nous nous rappelons qu’avant ce moment-là les Juifs, comme peuple, après s’être placés sous la domination et la conduite de l’Antichrist, auront traversé une crise plus aiguë que toutes celles qu’ils auront précédemment connues.

Vous êtes venus, nous dit le passage d’Hébreux 12 qui définit la position des Juifs convertis, non pas au Sinaï, mais «au sang d’aspersion qui parle mieux qu’Abel» (v. 24). On voit ainsi que le sang de Jésus, pour toutes les classes d’élus, a fait taire la voix du jugement et s’élever la voix de la louange. Toutefois nous comprenons que les trois formes de louange, vraies toutes les trois, n’ont pas la même hauteur selon le cercle dont il s’agit. Pendant le millénium les fidèles ne réaliseront pas que le voile a été déchiré. Le voile déchiré est spécifiquement le privilège chrétien comme l’est par conséquent la louange dans le lieu très-saint. Nous savons d’ailleurs qu’au temps de la grande congrégation il y aura de nouveau un temple avec des sacrifices offerts, qui seront commémoratifs du sacrifice de Christ. Les privilèges de ces fidèles ne seront donc pas aussi élevés que ceux qui sont conférés aux chrétiens.

Les croyants de la grande congrégation auront reçu l’Esprit Saint, ce sera «la pluie de la dernière saison», mais ils ne l’auront pas reçu comme l’Esprit d’adoption et ils n’en auront pas été «baptisés pour être un seul corps». Cela aussi est exclusif à l’Église.

On ne peut oublier non plus que si cette grande congrégation doit se réjouir en Dieu et dans son Messie, elle se réjouira aussi et légitimement dans les choses de la terre. Les gras de la terre sont mentionnés ici. Il y aura des joies et des bénédictions entièrement terrestres qui seront également le fruit des souffrances de Christ. On trouve des allusions fréquentes à ce fait dans les psaumes et dans les prophètes. Mais nous sentons que c’est là un terrain tout différent de celui sur lequel nous sommes placés. Aucune bénédiction de l’Église n’est terrestre. Le croyant est gardé individuellement par Dieu qui l’aide dans sa vie ; mais les bénédictions propres de l’Église et les motifs propres de sa louange sont purement célestes. On sent bien qu’il serait déplacé, au culte, de rendre grâces à Dieu pour nous avoir aidé dans nos affaires matérielles ; tandis qu’il sera tout à fait à propos pour le Juif de bénir Dieu pour tout. C’est ce que dit le Seigneur en Matthieu 5 : «Bienheureux les débonnaires, car c’est eux qui hériteront de la terre». Ces débonnaires qui ont le caractère du résidu, nous les trouvons au v. 21 ainsi que dans d’autres psaumes. Ils n’auront plus de croix à porter ; ils auront la gloire et la terre, la gloire milléniale et la terre avec, de plus, une bénédiction spirituelle, mais pas du même ordre que celle dont nous pouvons jouir. Ils goûteront cela quand ils auront vu le Messie après son apparition. Ils auront eu des exercices et une vie de foi avant que le Seigneur paraisse, mais ils seront profondément exercés et rendus heureux quand ils auront vu, tandis que l’Église aime le Seigneur qu’elle n’a pas vu.

L’étude soigneuse de la Parole et en particulier des Psaumes nous préservera de mêler les différents courants de pensées et de grâces qu’elle révèle et qui sont tous à la gloire de Christ et à la gloire de Dieu le Père.

 

9                    «Gloire à ton nom, ô toi qui, sans partage,  — seras par tous à jamais honoré !»

Les souffrances de Christ auront un effet en bénédiction pour toute la terre pendant la période milléniale. C’est pourquoi toute la terre aura, à ce moment-là, le coeur tourné vers le souvenir de la croix du Seigneur. On peut penser que pendant ces mille années de justice et de paix sera maintenu le souvenir de ce que le Seigneur a fait sur la croix, avec toutefois un déclin progressif comme semble le montrer la façon dont se termine le règne (Apoc. 20:8).

Toutes les nations, nous nous en souvenons, étaient représentées au rejet de Christ, toutes les classes d’hommes étaient là pour perpétrer sa mort. Il est donc juste que la louange monte vers le Seigneur également de la part de toutes les classes d’hommes et de la part de toutes les nations aussi bien que d’Israël. Et d’un autre côté, nous le comprenons, il est impossible que ce psaume où les souffrances de Christ sont présentées dans toute leur intensité, comme aussi dans toute leur efficacité, ouvrant la porte à l’effusion de la grâce souveraine, ne nous présente pas cette grâce atteignant toutes les classes d’hommes d’une façon ou d’une autre. Le coeur de Dieu ne saurait se limiter, dans ses manifestations, à des privilégiés comme ceux de la première classe mentionnée, bien qu’il y ait des privilèges respectifs liés à chacune de ces catégories ; mais il faudra que toute la création, et tous les représentants des hommes, sachent et proclament les effets de la mort de Christ à leur égard. Nous ne sommes pas ici sur le terrain céleste où chantent des personnes tirées de toute langue et peuple et nation, mais il en sera de même sur la terre, bien que le cantique soit différent. Remarquons aussi que, dans ces scènes, la distinction entre Juifs et nations sera maintenue. Elle est abolie en ce moment-ci ; le mur mitoyen de clôture est détruit, mais la différence sera rétablie et les douze tribus seront là, jouissant d’une bénédiction particulière, distincte de celle de tout le reste des hommes. Ainsi aux jours de Salomon, la fille du Pharaon, de par son origine étrangère, devait habiter dans une maison à part.

Israël aura alors la position centrale qui aurait dû être la sienne à la venue du Messie s’il avait été fidèle, selon ce qui est écrit dans le Deutéronome : «Il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël..» (32:8). De même dans Ézéchiel 5:5 : «Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : C’est ici Jérusalem ! Je l’ai posée au milieu des nations et, autour d’elle, des pays». Or cette restauration d’Israël sera pour les nations une source immense de bénédiction ainsi qu’il est dit dans les Romains : «Si leur réjection est la réconciliation du monde, quelle sera leur réception, sinon la vie d’entre les morts ?» (11:15).

 

Les versets 27 à 29 de notre psaume passent par-dessus la période préparatoire pendant laquelle le royaume sera établi en autorité par des jugements. Il s’agit ici d’une autorité exercée mais aussi reconnue pour la joie de ceux qui y sont soumis. «Les bouts de la terre se souviendront...». Et de quoi se souviendraient-ils, sinon de ce qu’exprime la première partie du psaume, savoir l’oeuvre inoubliable de la croix ? Alors, conscients des droits acquis par celui qui l’a accomplie, heureux de l’avoir pour Seigneur et de le reconnaître comme le Roi de gloire, les habitants de la terre milléniale se tourneront vers l’Éternel et lui rendront la louange qui lui est due.

 

Les hommes de toute condition, nous enseigne le verset 29, seront heureux de se prosterner devant le Seigneur. Les puissants de la terre, aussi bien que ceux qui sont dans une situation désespérée, les grands et les misérables, tous auront besoin du Seigneur et seront pressés d’exprimer leur reconnaissance envers lui. Ils se réjouiront en se souvenant de ce qu’il a fait pour eux.

Il y aura là une application partielle de Philippiens 2 : «Afin qu’au nom de Jésus se ploie tout genou, des êtres célestes et terrestres...», bien qu’il n’y soit pas question de l’état d’esprit de ceux qui se prosternent quand ils ploient les genoux. Le fait lui-même est seul indiqué dans ce passage en rapport avec l’humiliation insondable du Seigneur. Cette humiliation méritait pour ainsi dire qu’il n’y eût aucune exception, à quelque moment que ce fût, quant à l’autorité suprême de celui qui s’était suprêmement abaissé. C’est le fait de la soumission de toutes les créatures, qui, à diverses époques, reconnaissent et reconnaîtront qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. Les chrétiens aussi ont leur place dans ces versets, seulement ils ne ploient pas le genou simplement dans le sentiment d’une autorité souveraine, mais avec adoration. Cette autorité que tout le monde devra reconnaître un jour ou l’autre, de gré ou par contrainte, a été, nous pouvons l’ajouter, donnée à un homme : l’homme Christ Jésus. «Le Seigneur» est un titre qui s’applique spécialement à Christ homme ainsi qu’il est déclaré : «Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié» (Actes 2:36).

Ce qui met en relief cette adoration universelle du Seigneur, c’est qu’elle aura été précédée par l’adoration de la bête. Aux égarements inouïs vers lesquels le monde se dirige actuellement, succédera cette période de paix, d’ordre, de bénédiction, de louange. Voilà qui nous engage à ne pas être paresseux quant à l’étude de la Parole et en particulier des prophéties ; elles sont liées à la gloire du Seigneur, sa gloire présente et sa gloire à venir. Quant à la gloire présente, le Seigneur possède les droits du royaume qui n’est pas à un autre ni à plusieurs autres ; Il est digne que nous nous en souvenions. De nos jours où les puissances humaines se développent de façon extraordinaire, tenons-nous fermement à cette pensée que Dieu a son Roi et que nous avons aussi ce Roi, notre Roi. Cela peut garder nos coeurs et nous préserver du désir de nous occuper de «politique». La prophétie est, si l’on ose employer ce mot, la politique de Dieu et nous n’en connaissons pas d’autre.

Bien des passages dans les prophéties donnent des détails sur la façon dont le Fils de l’homme sera honoré par les nations. De la part de certains la soumission sera purement extérieure puisque le méchant sera retranché chaque matin. Mais le Psaume 22 nous parle du fait lui-même, heureusement réel selon Dieu, du fruit de l’oeuvre de Christ pour la création tout entière. Le souvenir de cette oeuvre sera perpétué et, en Israël comme ailleurs, on la racontera à un peuple qui naîtra. On ne s’étonne pas aujourd’hui qu’au cours d’un millénaire les générations soient nourries l’une après l’autre de l’histoire des grands hommes, et pourtant c’est une triste histoire que celle de ce monde rempli de haine, de corruption et de désordre. Serions-nous donc étonnés que, pendant le millénaire réservé à cela, Dieu sache maintenir au milieu des peuples le souvenir de ce que son Fils a accompli, d’autant que Satan ne sera plus là pour égarer les esprits des hommes ? C’est plutôt chose étonnante que, pendant soixante siècles, ce soit de l’histoire des hommes que l’on ait cherché à remplir les esprits des hommes, quand on sait un peu quelle est cette histoire. Tandis qu’ici, pendant dix siècles, Dieu veillera à ce que la gloire de son Fils soit un sujet de méditation et pour Israël et pour les nations. Quant à l’Église, elle sera ailleurs et s’occupera aussi, supérieurement, de ce qu’il a fait. Elle sera déjà dans l’éternité ; elle s’y trouve même, on peut le dire, dès à présent.

A la fin du règne, les circonstances changeront, mais ce n’est pas le sujet de notre psaume, qui ne fait que déployer les merveilleux résultats, pour la terre, de l’oeuvre de Christ. Par d’autres passages, toutefois, nous savons que l’état heureux de ce règne déclinera et même cessera. La bénédiction, conséquence des souffrances de Christ, quelle que soit son ampleur puisqu’elle s’étend à toutes les classes des élus, est une bénédiction temporaire. Elle n’est en effet que pour la terre, sauf que les élus qui auront joui sur la terre de la présence du Seigneur seront transportés dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre.

 

Le premier et, on peut le dire, le dernier effet des souffrances et de la mort de Christ, c’est que Dieu soit loué par ses rachetés, connu et célébré dans une louange intelligente. Telle est la fin de toutes les conséquences de l’oeuvre de Jésus. Cette louange a du prix pour Dieu, car il ne pouvait la recevoir de personne d’autre que de pécheurs délivrés par l’oeuvre du Seigneur Jésus. Les anges ne pouvaient lui apporter la louange de son amour. Or Dieu a désiré avoir avec lui dans son éternel bonheur des êtres qui puissent répondre à son amour, lui qui les a aimés le premier.

C’est ainsi qu’éternellement les élus de toutes les classes de l’humanité et de toutes les économies n’auront d’autre activité que d’adorer le Père et le Fils. Il n’y aura là aucune monotonie, aucune lassitude ; nous avons de la peine à nous faire à cette pensée, nous qui sommes si portés à remplacer par d’autres cette activité qui devrait pour nous être la première. Mais, bien-aimés, la réalité des choses que ce précieux psaume nous a permis d’entrevoir ensemble est d’une largeur et d’une longueur et d’une profondeur et d’une hauteur suffisantes, quand nous serons capables de la comprendre avec tous les saints, pour remplir à jamais nos coeurs d’une plénitude d’amour, et y faire jaillir une inépuisable source d’adoration. Dieu veuille, dès à présent, occuper toujours plus nos âmes de cette réalité.