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Leçons du peuple au désert. Nombres 20 à 24 et autres

 

Épreuves, gouvernement de Dieu, foi et fidélité

 

Élie Argaud

 

Table des matières abrégée :

1     Les tribus de Lévi et Siméon. Gouvernement de Dieu, appel, héritage et service

2     Les eaux de Mériba. Nombres 20

3     Derniers pas dans le désert. Nombres 20 et 21

4     Balaam. Nombres 22 à 24

5     Les Kéniens. Foi et fidélité

 

Table des matières détaillée :

1     Les tribus de Lévi et Siméon. Gouvernement de Dieu, appel, héritage et service

1.1      L’affaire de Hamor : un grand péché

1.2      L’affaire du veau d’or : l’attitude de Lévi

1.3      Les Lévites : leur appel et leur service dans le tabernacle

1.4      La purification des Lévites

1.5      L’héritage des Lévites en Canaan

1.6      Le service des Lévites en Canaan

1.7      Conclusion sur l’histoire de Lévi

1.8      La tribu de Siméon

1.9      Dieu dit : « Ceux qui m’honorent, je les honorerai »

2     Les eaux de Mériba. Nombres 20

2.1      La faute de Moïse

2.2      Les caractères de cette faute

2.3      La responsabilité du peuple dans l’affaire

2.4      Le triomphe de la grâce

2.5      Conclusion

3     Derniers pas dans le désert. Nombres 20 et 21

3.1      Mort de Marie

3.2      La contestation du peuple et ses conséquences

3.3      L’opposition du monde

3.4      Mort d’Aaron

3.5      Le serpent d’airain

4     Balaam. Nombres 22 à 24

4.1      Le jugement que Dieu porte sur Balaam

4.2      L’obstination de Balaam

4.3      Les visions de Balaam

4.4      La fin de Balaam

4.5      Le faux prophète futur

4.6      Ne pas nous lasser

5     Les Kéniens. Foi et fidélité

5.1      Exode 2:15 et Nombres 10:29

5.2      Séphora. Exode 4:25, 26

5.3      Exode 18

5.4      Juges 4 et 5

5.5      1 Chroniques 2:55

5.6      Jérémie 35, les Récabites

5.7      Foi et fidélité

 

 

1                    Les tribus de Lévi et Siméon. Gouvernement de Dieu, appel, héritage et service

ME 1974 p. 292-302, 320-323. Titre et sous-titres modifiés par Bibliquest

Lévi et Siméon étaient les deuxième et troisième fils de Jacob et de Léa (Gen. 29:33 et 34). Méditant l’histoire de leurs tribus nous nous rappelons que toute écriture est « inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire » (2 Tim. 3:16) et que nous avons à porter une attention toujours plus grande aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne nous écartions (Héb. 2:1).

 

1.1   L’affaire de Hamor : un grand péché

Le début de leur histoire est marqué par un très grave péché. Se laissant emporter par la colère, Siméon et Lévi devinrent des meurtriers. Ils massacrèrent Hamor, son fils Sichem et les hommes de la ville pour venger l’outrage fait à leur sœur Dina (Gen. 34:25-31). Sur son lit de mort, Jacob flétrit le crime commis par ses deux fils : Les glaives de Siméon et de Lévi « ont été des instruments de violence... Dans leur colère ils ont tué des hommes, et pour leur plaisir ils ont coupé les jarrets du taureau ». Il condamne leur acte avec la dernière sévérité : « Maudite soit leur colère, car elle a été violente ; et leur furie, car elle a été cruelle ». Avec douleur, il ajoute encore : « Mon âme, n’entre pas dans leur conseil secret ; ma gloire, ne t’unis pas à leur assemblée... Je les diviserai en Jacob, et les disperserai en Israël » (Gen. 49:5-7).

La grâce seule pouvait opérer dans les fils de Lévi, pour y produire ce que nous trouverons plus tard : du fruit agréable à Dieu. Quelqu’un a écrit : « Il n’y avait absolument que la grâce qui pût franchir la distance par laquelle Lévi se trouvait séparé de Dieu dans son état naturel ; la grâce seule pouvait le relever de son état de ruine et l’associer au chef de la famille sacerdotale pour servir dans le tabernacle ».

C’est ce qu’elle a fait. Et c’est de la même grâce que tout pécheur a besoin. Elle ne nous atteint que lorsque nous avons le sentiment de notre misère, de notre culpabilité. Tant que l’on n’a pas dit avec contrition devant Dieu : « Malheur à moi ! car je suis perdu » (És. 6:5), la grâce ne peut s’exercer, elle se heurte à notre volonté rebelle. Le Seigneur Jésus disait à Zachée : « Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19:10). Mais le fait qu’on a reconnu son état devant Dieu et qu’on s’en remet à sa grâce ne peut manquer de se manifester. Il en a été ainsi pour la tribu de Lévi mise à l’épreuve longtemps après.

 

1.2   L’affaire du veau d’or : l’attitude de Lévi

Tandis que Moïse était sur la montagne, où il recevait des mains de Dieu les tables de la loi, le peuple s’était livré au plus affreux désordre. Aaron, cédant aux pressions des fils d’Israël, prit de leurs mains l’or qu’ils lui apportèrent et, avec son ciseau, il en fit un veau. Et l’on cria devant l’idole : « C’est ici ton dieu, ô Israël ! qui t’a fait monter du pays d’Égypte » (Ex. 32). On bâtit un autel, et on se préparait à faire une fête. La colère de l’Éternel s’embrasa et Moïse lui-même entra dans une juste indignation. Il brisa les tables, brûla au feu le veau d’or et le réduisit en poussière. Il reprit Aaron son frère. Sur l’intercession fervente de Moïse, Dieu devait user de miséricorde. Mais il fallait que le mal fût jugé jusque dans ses racines. Il fallait punir, quels qu’ils fussent, les fauteurs d’une telle infamie. Moïse, avant d’être l’intercesseur, se montra le Lévite fidèle, enflammé de zèle pour Celui qui avait fait de lui le législateur. La loi violée, il rassemble pour l’exécuter ceux qui craignent le nom de l’Éternel. Sa tribu répond. « Et Moïse se tint à la porte du camp et dit : À moi, quiconque est pour l’Éternel ! Et tous les fils de Lévi se rassemblèrent vers lui. Et il leur dit : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Que chacun mette son épée sur sa cuisse ; passez et revenez d’une porte à l’autre dans le camp, et que chacun de vous tue son frère, et chacun son compagnon, et chacun son intime ami. Et les fils de Lévi firent selon la parole de Moïse ». À cette heure particulièrement grave de l’histoire d’Israël où la gloire de Dieu avait été bafouée d’une manière honteuse et devait être revendiquée par un jugement terrible, seuls les hommes de Lévi se sont engagés pour accomplir la parole de Dieu, quoi qu’il leur en coûtât. Cette fois, ils ne mettent pas la main à l’épée emportés par la colère et suivant le chemin de leur propre volonté pour punir des ennemis ; ils ceignent l’épée pour obéir à Dieu et le glorifier en un jour de confusion. La chose est dure : il faut frapper les coupables là où ils sont, sans épargner son frère, son compagnon, son intime ami. « Celui qui aime père ou mère... fils ou fille plus que moi, disait Jésus, n’est pas digne de moi » (Matt. 10:37).

Il est beau de voir cet esprit de dévouement pour Dieu et de franche décision. Même Élisée qui, lorsqu’Élie jeta sur lui son manteau, lui dit : « Que je baise, je te prie, mon père et ma mère, et je m’en irai après toi » (1 Rois 19:20) n’atteignit pas, à ce moment-là, un tel niveau. La récompense est que les Lévites se sont consacrés ce jour-là à l’Éternel, de sorte que la bénédiction vient sur eux (v. 29). Moïse l’exprimera à la fin de sa course : « De Lévi... qui dit de son père et de sa mère : Je ne l’ai point vu ; et qui n’a pas reconnu ses frères, et n’a pas connu ses fils... Ils enseigneront tes ordonnances... et ta loi... ; ils mettront l’encens sous tes narines et l’holocauste sur ton autel. Éternel ! bénis sa force : et que l’œuvre de ses mains te soit agréable ! » (Deut. 33:8-11). Oui, Dieu l’a béni et lui a confié le plus beau des services : les soins du tabernacle.

 

1.3   Les Lévites : leur appel et leur service dans le tabernacle

Nous savons que lorsque l’Éternel frappa les premiers-nés du pays d’Égypte (Ex. 12), il épargna, en vertu du sacrifice de l’agneau, les premiers-nés des Israélites. Ils méritaient la mort comme les autres, mais ils furent les objets de la grâce divine. De ce fait, sauvés par Dieu, ils appartenaient à Dieu (Ex. 13:2). Pour le service de sa maison, Dieu aurait pu prendre ces premiers-nés qui étaient à Lui. Il voulut, dans ses conseils pleins de sagesse, prendre, à leur place, les fils de Lévi : « J’ai pris les Lévites du milieu des fils d’Israël, à la place de tout premier-né d’entre les fils d’Israël... et les Lévites seront à moi ; car tout premier-né est à moi. Le jour où j’ai frappé tout premier-né dans le pays d’Égypte, je me suis sanctifié tout premier-né en Israël» (Nomb. 3:12, 13). C’est ainsi que Dieu bénit ceux qui s’attachent à Lui. « L’âme des diligents sera engraissée » (Prov. 13:4).

La tribu de Lévi devait s’occuper du tabernacle. Précieux service : dresser la tente, mettre en place les différents objets, chaque fois que la nuée avait désigné le lieu du campement, prendre avec soin les ustensiles saints enveloppés par Aaron et ses fils, démonter le tabernacle lorsqu’il fallait partir, transporter à travers le désert tout ce qui constituait la demeure même de Dieu et enfin assister Aaron, le sacrificateur, dans son service. L’ouvrage avait été réparti par Dieu lui-même entre les trois familles de Lévi : Guershon avait la responsabilité de la tente, des couvertures et des rideaux ; Merari avait le souci des ais, des traverses, des piliers, des bases et des pieux ; Kehath prenait soin de l’arche, de la table, du chandelier, des autels et des ustensiles du lieu saint.

De ces trois familles de Lévi, ce sont, sans conteste, les fils de Kehath qui avaient la charge la plus élevée en honneur : ils veillaient sur les ustensiles des lieux saints. Avec quelle sainte crainte ils devaient prendre et transporter les objets sacrés ! On aime suivre Aaron et ses fils dans leur service : « Ils étendront par-dessus l’arche un drap tout de bleu... Ils ôteront les cendres de l’autel, et ils étendront sur lui un drap de pourpre » : Christ (l’arche) dans son caractère céleste (le drap de bleu), Christ offert en sacrifice sur l’autel des holocaustes et dont les cendres parlent du sacrifice accompli, enfin la gloire royale donnée à Celui qui seul en est digne (le drap de pourpre). Les fils de Kehath viendront pour porter ces choses saintes : ils n’entreront pas pour jeter un coup d’œil quand on les enveloppera et ils ne les toucheront pas (Nomb. 4:20, 15). Puissions-nous avoir la même crainte, le même respect pour tout ce qui se rattache au service de Dieu. Guershon et Merari avaient des chariots et des bœufs pour porter à travers le désert ce dont ils avaient la charge. Il n’en était pas ainsi des fils de Kehath : ils portaient tout sur leurs épaules comme un bien trop précieux pour être mis sur un chariot (Nomb. 7:9).

Les services que Dieu confie aux siens diffèrent. L’un porte des ais, l’autre les tapis, et un autre les ustensiles du lieu saint. C’est Dieu qui répartit les charges comme il lui plaît. Toutes sont utiles. Le service de Kehath, si précieux qu’il fût, ne pouvait s’accomplir qu’avec ceux de Guershon et de Merari.

 

1.4   La purification des Lévites

Le chapitre 8 des Nombres nous entretient de la purification des Lévites, purification qui était nécessaire pour l’accomplissement du service dans le tabernacle, la maison de Dieu. Cette purification comprenait trois actes distincts : l’aspersion d’eau, l’action du rasoir et le lavage des vêtements.

La Parole (figurée ici par l’eau de purification) doit agir sur le cœur et la conscience de tout croyant qui désire servir dans la maison de Dieu, l’assemblée. L’épée qu’il manie (Héb. 4:12) pour atteindre les âmes l’atteint d’abord lui-même. Son cœur et sa conscience doivent continuellement être soumis à l’action de la Parole. S’il n’en était pas ainsi, l’enseignement qu’il donnerait serait sans portée, il serait comme de l’airain qui résonne. Cela, évidemment, impose au fidèle une lecture assidue et persévérante des Saintes Écritures. Paul écrivait à Timothée: «Attache-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement... Occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier... Persévère » (1 Tim. 4:13-16).

« Ils feront passer le rasoir sur toute leur chair » : c’est, en figure, le dépouillement de tout ce qui provient de la nature. Tout service dans la maison de Dieu, et en particulier dans le ministère de la Parole, exige, d’une façon impérative, cette mise de côté du moi. L’intelligence naturelle, l’instruction, la fortune, une grande facilité d’élocution — toutes choses dont Dieu, qui les a données, peut se servir — ne donnent absolument aucun droit pour remplir un service selon Dieu, ni ne qualifient quelqu’un pour l’accomplir. Le rasoir doit faire son œuvre.

« Ils laveront leurs vêtements » : les vêtements nous parlent de la marche extérieure, du témoignage rendu devant le monde. Paul rappelait à Timothée que celui qui aspirait à la surveillance devait avoir « un bon témoignage de ceux de dehors » (1 Tim. 3:7). Ce lavage, cette purification de nos habitudes doit se faire par l’action de la Parole.

Après ce travail de purification les Lévites offraient deux taureaux (Nomb. 8:8-12), l’un en sacrifice pour le péché, l’autre en holocauste. Le premier répond à la profondeur des besoins du pécheur et le second exprime le dévouement volontaire et parfait de Christ à Dieu. Les Lévites posaient leurs mains sur l’un et l’autre des taureaux, exprimant ainsi à la fois que leurs péchés passaient sur le taureau offert en sacrifice pour le péché et que les perfections de Christ, typifié par l’holocauste, passaient sur eux.

 

1.5   L’héritage des Lévites en Canaan

Il est intéressant de suivre l’histoire de cette tribu dont les pieds furent jadis « rapides pour verser le sang » (Rom. 3:15) et que Dieu dans sa grâce tira de son péché pour l’établir dans le service de sa maison : c’est la merveilleuse histoire de la grâce que nous aimons toujours considérer parce que nous-mêmes nous avons été et nous sommes les précieux objets de cette même grâce.

Lors du partage du pays de Canaan, les Lévites ne reçurent pas de possession propre en tant que tribu, car leur héritage était les sacrifices faits par feu à l’Éternel : « À la tribu de Lévi seule il ne donna point d’héritage ; les sacrifices de l’Éternel... faits par feu, c’est là son héritage » (Josué 13:14). En fait, leur héritage, c’était Dieu lui-même : « L’Éternel, le Dieu d’Israël, était leur héritage » (Josué 13:33). Moi, dit l’Éternel, « je suis ta part et ton héritage, au milieu des fils d’Israël » (Nomb. 18:20). Y a-t-il, pour eux et pour nous, un plus bel héritage ?

Les familles des Lévites furent réparties entre les différentes tribus sur le territoire desquelles elles reçurent un certain nombre de villes : 48 villes et leurs banlieues (Nomb. 35:6, 7). C’était parmi ces villes que se trouvaient les six villes de refuge qui, selon la souveraine grâce de Dieu, ouvraient leurs portes au meurtrier involontaire poursuivi par le vengeur du sang. Objets de la grâce divine, les Lévites en devenaient eux-mêmes les dispensateurs. Souvent nous les trouvons comptés comme appartenant aux tribus auxquelles ils avaient été rattachés, tel ce jeune homme de Bethléhem de Juda « ville de la famille de Juda... Lévite » qui séjournait là (Juges 17:7), et tel Elkana (1 Sam. 1:1 ; cf. 1 Chron. 6:34).

L’Éternel avait pourvu à leur subsistance : ils recevaient les dîmes (Nomb. 18:21), les prémices des récoltes et les premiers-nés des troupeaux ainsi que certaines portions des sacrifices. À leur tour, ils avaient le devoir et le privilège de donner aux sacrificateurs la dîme de la dîme (Nomb. 18:26).

 

1.6   Le service des Lévites en Canaan

Dans le pays de Canaan, libérés de la charge qu’ils avaient eue de transporter le tabernacle, ils furent employés aux fonctions les plus nobles dans la maison de Dieu : au temps de David, certains étaient « commis sur les trésors de la maison de Dieu et sur les trésors des choses saintes» (1 Chron. 26:20, 22) ; Josaphat les établit pour exercer les jugements en leur rappelant qu’ils devaient le faire en toute équité car, auprès de Dieu, il n’y a « ni acception de personnes, ni acceptation de présents » (2 Chron. 19:7, 8) ; sous le règne d’Ézéchias ils assistèrent les sacrificateurs pour célébrer la pâque le quatorzième jour du second mois (2 Chron. 30:15, 16).

Lors du schisme, de nombreux Lévites qui étaient dans tout Israël, abandonnèrent leurs banlieues et vinrent en Juda et à Jérusalem (2 Chron. 11:13, 14). De retour de la transportation, ils reprirent leurs fonctions au service de l’Éternel (Esdras 6:18 ; Néh. 13:5).

Sans doute, on les voit manquer à ce saint service, et les reproches du prophète Malachie englobent sacrificateurs et Lévites dans leur ensemble, sous une même responsabilité. Mais, même en ces jours de profond déclin, l’Éternel rappelle la fidélité d’autrefois (Mal. 2:4-6). Ce souvenir met d’autant plus en relief la déchéance. Mais l’Éternel alors affirme sa fidélité à Lui. Ils ont profané l’alliance de leurs pères (v. 10), mais Il leur parle afin, dit-il, « que mon alliance subsiste avec Lévi » (v. 4). Elle subsistera dans l’avenir sous une forme nouvelle, la « nouvelle alliance », pour le service dans un temple nouveau, et sur la base de la perfection de l’œuvre du vrai Lévi, Christ Lui-même (*).

 

(*) Nous recommandons ici la lecture des pages 18-24 de la brochure « Le livre du prophète Malachie », par H. R.

 

1.7   Conclusion sur l’histoire de Lévi

Merveilleuse histoire que celle des fils de Lévi qui illustre d’une manière si touchante la grâce infinie de notre Dieu. La parole que Dieu avait prononcée à leur égard devait, selon toute justice, s’accomplir et il était impossible que Dieu revînt sur le jugement qu’il avait prononcé : ils devaient être dispersés en Israël (Gen. 49:7), sans territoire propre. Et ils le furent. Mais la grâce pouvait aller les chercher sous le jugement qui les avait atteints et, lorsqu’ils eurent honoré Dieu de leur foi et de leur dévouement, elle se plut à les combler des plus riches bénédictions. Quel Dieu que notre Dieu !

Que l’exemple de Lévi nous soit profitable. Qui ne voudrait servir un tel Dieu ? Les Thessaloniciens s’étaient convertis pour « servir le Dieu vivant et vrai ». Nous contenterions-nous de savoir que nos péchés sont pardonnés ? La moisson est grande, Dieu appelle des ouvriers dans son champ. Il fait encore jour mais « la nuit vient, en laquelle personne ne peut travailler » (Jean 9:4). Aspirons avec ardeur à servir, et à bien servir, dans une humble dépendance mais d’un cœur entier. Il y a tant à faire dans la maison de Dieu. Et si nous ne portons qu’un cordage ou un pieu, faisons-le avec joie, bénissant Celui qui nous a confié ce service. Si nous sommes fidèles dans ce qui est petit, Il nous confiera ce qui est grand.

D’un traité ancien et sans nom d’auteur nous extrayons ces lignes : « Oh ! puissions-nous avoir un cœur pour Le servir ! Un cœur patient, humble, dévoué, dépouillé de lui-même ! Un cœur prêt à servir avec d’autres, prêt aussi à servir tout seul ! Un cœur si plein d’amour pour Christ qu’il trouve sa joie, sa joie principale à Le servir, quels que soient le caractère ou la sphère de ce service ».

 

1.8   La tribu de Siméon

Il est très sérieux de suivre ; parallèlement à l’histoire de Lévi, l’histoire de Siméon. Siméon et Lévi furent liés tous les deux dans le péché de l’affaire de Hamor (Gen. 34:25-31). Un même jugement avait atteint les deux « frères » ainsi liés, car Dieu est juste (Gen. 49:7). Mais Siméon est resté sous ce jugement prononcé, sans qu’on le voie abandonner son chemin de propre volonté et se tourner résolument vers Dieu, comme « son frère » en violence. Il en porte la peine. Au premier dénombrement, cette tribu comptait 59 300 guerriers (Nomb. 1:23), c’est la plus nombreuse après Dan et Juda ; mais au deuxième (Nomb. 26:12) elle est la plus petite avec seulement 22 200. C’est à un prince d’une maison de père, Zimri, qu’est dévolu le triste rôle de fornicateur, de profane, d’idolâtre, et d’outrageusement rebelle, dans l’affaire de Baal-Péor (Nomb. 25:14). Il est remarquable que son jugement promptement exécuté l’ait été par un Lévite, Phinées, renouvelant le zèle de sa tribu pour venger l’honneur du nom de l’Éternel. « C’est pourquoi dis : Voici, je lui donne mon alliance de paix ; et ce sera une alliance de sacrificature perpétuelle, pour lui et pour sa semence après lui, parce qu’il a été jaloux pour son Dieu, et a fait propitiation pour les fils d’Israël » (v. 12, 13 ; cf. ce que nous disons plus haut à propos de Malachie 2).

Siméon n’apparaît pas au titre de tribu distincte dans les bénédictions de Moïse en Deut. 33. Et cela est très significatif et très solennel. Son héritage est au milieu du lot des fils de Juda (Josué 19:1-9) où les fils de Siméon demeureront, rejetés tout à l’extrémité méridionale du pays, déjà en plein désert : parmi les villes qu’ils possédèrent, sont citées les oasis de Beër-Sheba, Tsiklag et Horma aux confins d’Édom (voir Josué 15:28-30 ; Nomb. 21:3). La tribu semble avoir ensuite presque disparu de l’histoire du peuple de Dieu et elle n’a guère dû compter dans le royaume séparé d’Israël. Son territoire, coupé des autres par Juda, s’était encore réduit : Beër-Sheba, au temps d’Élie, appartenait à Juda (1 Rois 19:3). 1 Chron. 4:24-43 suggère une existence isolée, difficile, extérieure. À eux pourrait s’appliquer cette parole sérieuse et si souvent répétée : « Vous n’êtes pas revenus à moi » (Amos 4:6, 8, 9, 10, 11).

Toutefois nous voyons qu’il y eut toujours là un résidu et dans l’avenir la tribu sera restaurée comme les autres en vue du règne millénaire, puis dans ce règne. « Sur la frontière de Benjamin... une part pour Siméon », annonce prophétiquement Ézéchiel (48:24), et dans la vision d’Apocalypse 7:7 nous trouvons les 12 000 scellés de la tribu de Siméon. Merveilleux triomphe de la grâce !

Il reste que, contrastant avec Lévi son frère, Siméon, manquant de cœur et de zèle pour honorer Dieu, est resté sous le juste jugement de Dieu. Son histoire est pour nous un solennel avertissement. Il a passé sans laisser de traces utiles dans l’histoire du peuple de Dieu, sans retour vers le Dieu qu’il avait déshonoré. Il a perdu son temps. Ne perdons pas le nôtre.

 

1.9   Dieu dit : « Ceux qui m’honorent, je les honorerai »

Quel contraste entre ces deux tribus coupables du même péché et soumises au même jugement : la dispersion en Israël. Mais l’une, Lévi, a su mettre les intérêts de la gloire de Dieu au-dessus des plus vives affections selon la chair et, en un jour de confusion, elle est sortie « à la porte du camp », se consacrant en ce jour à l’Éternel. Le Dieu qui a dit : « Ceux qui m’honorent, je les honorerai » (1 Sam. 2:30) a tenu sa promesse et, dans sa dispersion même, il l’a comblée de grâces et de privilèges. Il l’a associée à la famille du souverain sacrificateur. L’autre, Siméon, par son manque de foi et d’énergie est restée sous le jugement prononcé. Elle n’a même pas su garder son lot, pris dans la portion de Juda. L’histoire de l’une et de l’autre de ces tribus ne doit-elle pas parler à nos cœurs et à nos consciences ?

 

 

2                    Les eaux de Mériba. Nombres 20

ME 1974 p. 169-176, 185-192

Le livre des Nombres est le livre du voyage du peuple de Dieu à travers le désert et le chapitre 20 de ce livre est une page particulièrement solennelle de l’histoire de ce voyage.

Nous trouvons là, éprouvé au creuset, un des hommes les plus honorés par Dieu (Deut. 34:10 : « Il ne s’est plus levé en Israël de prophète tel que Moïse, que l’Éternel ait connu face à face »). Moïse perd Marie, sa sœur, celle qui avait veillé sur ses premiers jours alors qu’il était un petit enfant couché dans un coffret de joncs au milieu des roseaux du Nil (Ex. 2:4), celle qui avait entonné sur la rive orientale de la mer Rouge le cantique de la délivrance (Ex. 15:20-21). Il perd Aaron son frère que sur sa requête Dieu lui avait donné (Ex. 4:10-16) pour l’aider à porter la charge d’un grand peuple. Il a devant lui tout ce peuple qui conteste et murmure et son esprit en est chagriné (Ps. 106:33). L’ennemi, Édom, s’oppose avec force au passage des Israélites à travers son pays quand, après un long voyage, « la fatigue... les a atteints ». Que de sujets de peine et d’exercices pour ce fidèle serviteur ! Et c’est à ce moment-là que Moïse commet une faute dont il ne pourra pas écarter les conséquences et qui le privera d’entrer dans le pays de la promesse.

 

2.1   La faute de Moïse

« Il n’y avait pas d’eau pour l’assemblée » (Nomb. 20:2). À Horeb, lors des premières étapes dans le désert, Dieu avait ordonné à Moïse de frapper le rocher et il en était sorti des eaux (Ex. 17:6). Et le rocher les accompagna : « ils buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait : et le rocher était le Christ » (1 Cor. 10:4). Ce passage est d’une importance capitale en ce qu’il donne au récit que nous avons sous les yeux sa vraie signification. Un rocher suivait le peuple et de lui découlaient avec abondance les eaux de la grâce : de Christ, frappé pour nous sur la croix, découlent aussi toutes les bénédictions.

Pourquoi à Meriba le rocher ne donnait-il plus son eau ? Jacques, dans son épître, nous donne la réponse : « Vous n’avez pas, parce que vous ne demandez pas » (4:2). La source était là, il suffisait de demander, de parler au rocher. Aussi l’Éternel dit-il à Moïse et à Aaron : « Vous parlerez... au rocher, et il donnera ses eaux » (Nomb. 20:8). La chose était bien simple. Que fait Moïse ? Il se met en colère et, parlant légèrement de ses lèvres (Ps. 106:33), il dit au peuple : « Écoutez, rebelles ! Vous ferons-nous sortir de l’eau de ce rocher ? » (Nomb. 20:10). Ô Moïse, as-tu donc oublié qu’il n’y a en toi aucune force, aucune puissance ? Peux-tu faire toi-même sortir l’eau d’un rocher ? Paul avait un autre esprit : il écrivait aux Corinthiens : « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis ; et, sa grâce envers moi n’a pas été vaine mais j’ai travaillé beaucoup plus qu’eux tous, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1 Cor. 15:10). Moïse « leva sa main et frappa le rocher de sa verge, deux fois ». Déplorable manquement !

Il semble que la faute de Moïse est encore plus grave du fait que, obéissant à la voix de Dieu et ayant pris « la » verge, « la verge de devant l’Éternel », la verge d’Aaron qui avait bourgeonné, il la délaisse ensuite et prend « sa » verge pour frapper le rocher. Moïse, ici, fait acte d’autorité, et ce n’était pas la pensée de Dieu. Il fallait garder dans sa main la verge qui avait produit en une nuit des boutons, des fleurs et des amandes (Nomb. 17:8). Elle parlait de grâce tandis que la verge de Moïse parlait de puissance et d’autorité. La verge bourgeonnante montrait, à la foi, Christ ressuscité et exerçant dans le ciel la sacrificature. Il suffisait donc de parler. Seule la grâce pouvait répondre aux besoins du peuple dans le désert comme seule elle pouvait l’introduire dans le pays.

 

2.2   Les caractères de cette faute

Aux yeux de la chair, cette faute peut paraître bénigne. Certains trouveront même qu’il était plus logique de frapper le rocher que de lui parler, et que l’ordre de l’Éternel dans une circonstance en apparence semblable, à Rephidim, était de le frapper. Nous n’avons que faire des jugements humains. Seule compte et s’impose la pensée de Dieu.

Outre la légèreté de ses paroles, chose déjà fort grave en elle-même, Moïse se rendit coupable de désobéissance. Quand Dieu parle, le serviteur n’a qu’à obéir. Il ne lui est pas toujours demandé de comprendre la pensée de son Maître mais il est requis de lui qu’il soit obéissant. Rappelant à Moïse sa faute, l’Éternel lui dira plus tard : « Au désert de Tsin, lors de la contestation de l’assemblée, vous avez été rebelles à mon commandement » (Nomb. 27:14). Peu de temps avant la mort du patriarche, l’Éternel lui dira encore : « Regarde le pays de Canaan que je donne en possession aux fils d’Israël. Et tu mourras sur la montagne sur laquelle tu monteras... parce que vous (Moïse et Aaron) avez été infidèles envers moi » (Deut. 32:51).

C’était aussi un péché d’incrédulité : « Vous ne m’avez pas cru » dit Dieu à Moïse et à Aaron (Nomb. 20:12). Moïse a peut-être pensé qu’il ne suffirait pas de « parler » au rocher, mais qu’il fallait le frapper comme en Horeb.

C’était enfin et surtout une atteinte portée à la gloire de Dieu, à l’œuvre accomplie à la croix dont la scène d’Horeb était une figure si expressive. Le rocher était le Christ. Il avait été frappé une fois pour toutes sur la croix. Il ne doit plus l’être, il ne peut plus l’être. Le frapper à nouveau c’est renier l’œuvre accomplie, la déclarer insuffisante. C’est outrager la gloire de Christ et, partant, la gloire de Dieu. Vue sous cet angle, la faute de Moïse prend sa vraie dimension et l’on comprend alors la rigueur du jugement qui atteint le serviteur de Dieu. Rien n’est grand aux yeux de Dieu comme la croix. On ne passe pas à la légère devant elle. On ne peut pas rester neutre. Il faut prendre parti. Ou bien on donne son cœur à Jésus le divin crucifié, ou bien on passe son chemin avec incrédulité mais on prend alors une terrible responsabilité. À tout homme il sera demandé compte de l’attitude qu’il aura prise devant la croix de Jésus. À vous, lecteur, comme aux autres.

 

2.3   La responsabilité du peuple dans l’affaire

Le récit du livre des Nombres (ch. 20:12) met l’accent sur la faute de Moïse et les conséquences qui en découlèrent pour lui. Mais Dieu ne laisse rien dans l’ombre, et au Psaume 106 où la scène des eaux de Meriba est rappelée, le manquement de Moïse est lié à l’infidélité du peuple : « Ils irritèrent Dieu aux eaux de Meriba et il en arriva du mal à Moïse à cause d’eux, car ils chagrinèrent son esprit, de sorte qu’il parla légèrement de ses lèvres » (v. 32-33).

Il y a là une bien solennelle leçon pour nous. Nous pouvons par un esprit de contestation, par nos murmures et nos critiques, « chagriner » un serviteur de Dieu, l’amener à prononcer des paroles regrettables et faire en sorte qu’il lui arrive « du mal ». Pesons bien ces choses, elles sont sérieuses, elles sont écrites pour notre instruction. Chaque fois qu’une pensée amère à l’égard d’un serviteur de Dieu vient à notre esprit, avant même qu’elle ne se traduise par une parole acerbe, souvenons-nous de l’exemple placé devant nous et pensons aux graves conséquences qui peuvent en résulter pour celui que nous sommes exhortés à honorer (1 Tim. 5:17).

 

2.4   Le triomphe de la grâce

Rien n’est plus touchant que de voir de quelle manière Dieu triomphe du péché de l’homme. L’atteinte portée à l’œuvre rédemptrice de la croix doit être, comme nous l’avons dit, sanctionnée : c’est un outrage à la gloire de Dieu. Moïse n’entrera pas dans le pays de la promesse. Il aura beau supplier Dieu de lui accorder cette grâce, elle lui sera refusée. À sa touchante supplication que nous lisons en Deutéronome 3:23-27 : « Seigneur Éternel... que je passe, je te prie, et que je voie ce bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne et le Liban », Dieu répond avec sévérité : « C’est assez, ne me parle plus de cette affaire ». Mais, dans sa grâce, il réservait à son serviteur quelque chose de bien meilleur, car il valait mieux contempler le pays dans toute son étendue du sommet du Pisga dans la compagnie de l’Éternel, que d’y entrer avec un peuple infidèle. Et puis, Dieu avait pour lui quelque chose de plus précieux encore : bien des siècles plus tard, il le transporterait — comment, Lui seul le sait — sur la montagne de la transfiguration dans la compagnie de son Bien-aimé pour qu’il contemple sa gloire et parle avec Lui de la mort qu’Il allait accomplir à Jérusalem (Luc 9:28-36). Y a-t-il quelque chose de plus grand ?

Quant au peuple si responsable lui aussi dans cette affaire de Mériba, Dieu lui donnera des eaux en abondance. Merveilleuse grâce ! Dieu seul agit ainsi.

 

2.5   Conclusion

C’est Moïse lui-même qui nous la donnera dans le magnifique cantique qu’il prononça au terme de sa vie et dans la bénédiction dont il bénit les fils d’Israël avant sa mort. Pas un regret, pas une plainte. Sa parole descend comme « la rosée, comme une pluie fine sur l’herbe tendre, comme des ondées sur l’herbe mûre ». Il parle de son Dieu :

Il est le Rocher,

son œuvre est parfaite,

toutes ses voies sont justice.

C’est un Dieu fidèle... juste et droit ».

(Deut. 32:4)

 

S’adressant au peuple, il déclare :

« Le Dieu d’ancienneté est ta demeure et au-dessous de toi sont les bras éternels ».

« Tu es bienheureux, Israël ! Qui est comme toi, un peuple sauvé par l’Éternel, le bouclier de ton secours et l’épée de ta gloire ? » (Deut. 33:27, 29)

 

« Ces choses ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints. Ainsi, que celui qui croit être debout (ou : paraît être debout) prenne garde qu’il ne tombe » (1 Cor. 10:11, 12), et l’apôtre, confirmant par sa propre expérience celle du patriarche ajoute cette parole bénie si riche d’encouragement : « Dieu est fidèle » (Deut. 32:4 ; 1 Cor. 10:13). Et il n’a pas changé.

 

 

 

3                    Derniers pas dans le désert. Nombres 20 et 21

ME 1996 p. 193-198

« Toutes les choses qui ont été écrites auparavant ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4).

Plus de trente siècles ont passé depuis les événements relatés dans le chapitre 20 du livre des Nombres, et l’enseignement qui nous y est donné est pourtant d’une brûlante actualité.

 

3.1   Mort de Marie

Le peuple d’Israël arrive à la fin du voyage ; c’est la quarantième année après sa sortie d’Égypte : « Et Marie mourut là (à Kadès), et y fut enterrée » (v. 1). Avec son tambourin, elle s’était autrefois mise à la tête des femmes de son peuple et elle avait chanté avec elles le cantique de la délivrance. Elle avait peut-être alors plus de quatre-vingt-dix ans, mais son cœur était rempli de joie et de louange, et elle criait : « Chantez à l’Éternel, car il s’est hautement élevé ; il a précipité dans la mer le cheval et celui qui le montait » (Ex. 15:20, 21). Huit siècles plus tard, Dieu rappellera à Jérémie cette sortie triomphante de son peuple : « Je me souviens de toi, de la grâce de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles, quand tu marchais après moi dans le désert » (Jér. 2:2). Et voici que Marie, après une si longue marche, n’entrera pas dans le pays promis, ni ses frères Aaron et Moïse. Nous aussi, alors que nous sommes si près d’arriver, combien avons-nous vu s’en aller de serviteurs que Dieu, dans sa grâce, avait qualifiés pour nous annoncer sa Parole ! L’auteur de l’épître aux Hébreux leur donne ce beau titre : « vos conducteurs », et il nous exhorte à nous souvenir d’eux et à imiter leur foi (13:7).

 

3.2   La contestation du peuple et ses conséquences

Au verset 3, nouvelle épreuve : le peuple conteste contre Moïse et Aaron : Pourquoi nous avoir amenés dans ce désert ? Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Nous nous sentons interpellés : n’est-ce pas notre histoire ? Il n’y a ni figuiers, ni vignes, ni grenadiers et il n’y a pas d’eau pour boire, disaient les Israélites. Et aujourd’hui n’entend-on pas des plaintes semblables : il n’y a pas de nourriture dans nos réunions, pas de rafraîchissement dans nos traités ou nos périodiques, « il n’y a pas d’eau pour boire ». Notons la belle attitude de Moïse et d’Aaron : ils viennent à l’entrée de la tente d’assignation et ils tombent sur leurs faces. Alors la gloire de l’Éternel leur apparaît. Le rocher est là pour donner l’eau à celui qui a soif. « Le ruisseau de Dieu est plein d’eau » (Ps. 65:9). Mais ce qui est très grave, c’est que la contestation contre Moïse était en réalité contre Dieu (v. 13) : « ils l’irritèrent aux eaux de Meriba » ; et, conséquence terrible, « il en arriva du mal à Moïse à cause d’eux, car ils chagrinèrent son esprit, de sorte qu’il parla légèrement de ses lèvres » (Ps. 106:32, 33). Au lieu de parler au rocher comme Dieu le lui avait dit (v. 8), Moïse parla au peuple et frappa le rocher. Dieu, dans sa grâce souveraine, donnera quand même de l’eau en abondance à ce peuple rebelle, mais, dans son gouvernement, il interdira à Moïse et à Aaron l’entrée dans le pays de la promesse : « Vous n’introduirez pas cette congrégation dans le pays que je leur donne » (v. 12). Nous comprenons la douleur éprouvée par ce serviteur fidèle. Dans la main de Dieu, il avait été d’abord l’instrument de la délivrance d’Israël esclave dans le pays d’Égypte, ensuite le conducteur, à travers le désert, de ce peuple indocile et rebelle. Sa prière adressée à Dieu nous émeut profondément : « En ce temps-là, je suppliai l’Éternel, disant : Seigneur Éternel !... que je passe, je te prie, et que je voie ce bon pays... Et l’Éternel fut irrité contre moi à cause de vous, et il ne m’écouta point ; et l’Éternel me dit : C’est assez, ne me parle plus de cette affaire » (Deut. 3:23-26). Mais la grâce divine a permis à Moïse de voir tout le pays du sommet du Pisga, dans la compagnie de l’Éternel. Et comme l’a écrit un commentateur : Il valait mieux contempler de loin le pays dans la compagnie de l’Éternel que d’y entrer avec un peuple rebelle. Moïse dut sentir sur ce sommet que Dieu était plus grand que le pays et plus grand que le service. En ce qui nous concerne, retenons l’avertissement qui nous est donné ici : critiquer un serviteur de Dieu, c’est risquer de le chagriner, de le décourager ou même de le faire broncher (v. 26). Sans doute, ce qui est arrivé correspondait aux intentions de Dieu à l’égard de Moïse : l’homme de la loi ne pouvait pas introduire le peuple dans le pays promis. Mais la responsabilité de ceux qui contestent contre un serviteur demeure entière.

 

3.3   L’opposition du monde

Le peuple n’a pas encore terminé le voyage : mort de Marie, contestation, faute de Moïse, jugement de Dieu et maintenant la fatigue. Il reste une courte étape. Il faut passer par le territoire d’Édom. On promet de ne porter aucun préjudice au pays traversé : « nous ne passerons pas par les champs, ni par les vignes, et nous ne boirons pas de l’eau des puits » (v. 17). La réponse est dure : « Tu ne passeras pas chez moi, de peur que je ne sorte à ta rencontre avec l’épée » (v. 18). Édom vient effectivement à la rencontre d’Israël et le peuple se détourne d’auprès de lui. Peut-on solliciter quelque secours du monde ? Inutile. « Le monde ne nous connaît pas, parce qu’il n’a pas connu Dieu » (1 Jean 3:1).

Nous aussi nous sommes au bout du voyage. « Encore très peu de temps, et celui qui vient viendra, et il ne tardera pas » (Héb. 10:37). « Il y a onze journées depuis Horeb... jusqu’à Kadès-Barnéa » (Deut. 1:2) et le peuple désobéissant et rebelle a erré quarante ans dans le désert. Fatigué, nous le comprenons, mais par sa propre faute. Notre fatigue n’est-elle pas souvent le fruit d’une activité charnelle ? Les hommes de Gédéon étaient fatigués d’une saine fatigue et ils poursuivaient toujours (Jug. 8:4). Paul avait connu les travaux d’une manière excessive, les voyages pénibles et périlleux, les veilles, la faim, la soif, le froid, le dénuement, les persécutions et les détresses « pour Christ ». Mais il peut dire : « Quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:10). Il ne se décourageait pas, réalisant que si l’homme extérieur dépérit, l’homme intérieur est renouvelé. Ses regards n’étaient pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas (2 Cor. 4:16-18). Vers quoi nos regards sont-ils dirigés ? Puissions-nous les « fixer sur Jésus », celui qui vient à notre rencontre.

 

3.4   Mort d’Aaron

« Ils partirent de Kadès... et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron » (v. 22, 23). Dieu va-t-il ouvrir un chemin à ce peuple en détresse ? Oui, mais pas encore. Que dit l’Éternel à Moïse ? Ce qu’ils n’attendaient pas : « Aaron sera recueilli vers ses peuples, car il n’entrera pas dans le pays que j’ai donné aux fils d’Israël, parce que vous vous êtes rebellés contre mon commandement aux eaux de Meriba... Dépouille Aaron de ses vêtements, et fais-les revêtir à Eléazar, son fils » (v. 24-26). Quelle épreuve pour Moïse, lui qui était si doux, plus que tous les hommes qui étaient sur la face de la terre (12:3) ! Il a déjà perdu sa sœur Marie, qui avait veillé sur lui quand il était un petit enfant caché dans les roseaux du Nil. Il devait maintenant dépouiller son frère aîné de ses vêtements de sacrificateur.

 

3.5   Le serpent d’airain

Dieu allait-il abandonner son peuple sur la frontière du pays ? Certainement pas. Mais d’autres épreuves vont survenir, qui dépassent ce que nous aurions imaginé. De nouveau le peuple parle contre Dieu et contre Moïse (21:5). Il ose dire : « Notre âme est dégoûtée de ce pain misérable » (v. 5), ce pain auquel il avait trouvé jadis le goût d’un gâteau au miel (Ex. 16:31). Si nous ne connaissions pas Dieu, nous nous attendrions à ce qu’il décide : « Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines, car quel cas doit-on faire de lui ? » (És. 2:22). Eh bien non ! le Dieu de la grâce va offrir le salut à tous ceux qui sont frappés par un juste jugement, la morsure des serpents brûlants. Et c’est ainsi qu’à la fin du voyage, Dieu, bien longtemps à l’avance, tourne les regards vers la croix, la croix de Golgotha. Car nous avons bien là une image saisissante de la croix, où Christ est mort pour notre salut. Jésus ne dit-il pas à Nicodème : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:14, 15) ?

La dureté de nos cœurs — car ils ne sont pas meilleurs que ceux des Israélites — nous humilie, et l’infinie grâce de Dieu nous confond, grâce manifestée aussi bien dans notre salut que dans notre cheminement sur la terre. Marie, Aaron et Moïse ne sont pas entrés en Canaan, mais ils entreront dans la cité sainte ; toutefois Dieu a voulu « qu’ils ne parviennent pas à la perfection sans nous » (Héb. 11:40). À lui soit toute la gloire !

 

 

 

4                    Balaam. Nombres 22 à 24

ME 1975 p. 141-150

Une lecture hâtive des chapitres 22 à 24 du livre des Nombres pourrait amener à porter sur Balaam un jugement indulgent, sinon même quelque peu favorable. Cet homme ne donne-t-il pas aux messagers que Balak envoie vers lui une réponse très digne ? « Quand Balak, leur dit-il, me donnerait plein sa maison d’argent et d’or, je ne pourrais transgresser le commandement de l’Éternel, mon Dieu, pour faire une chose petite ou grande » (22:18). Quand Balak l’accueille à la frontière, Balaam déclare : « Puis-je dire quoi que ce soit ? La parole que Dieu m’aura mise dans la bouche, je la dirai » (id. 38 ; chap. 23:12, 26 ; 24:12, 14). Les quatre visions qu’il a eues pour les rapporter (ch. 23 et 24) sont d’une très grande élévation. Mais l’Esprit de Dieu, par différents autres passages, jette une lumière crue sur l’activité de ce prophète et dévoile les secrets de son cœur. Que notre appréciation, toujours imparfaite, s’efface pour écouter comment Dieu juge un tel homme.

 

4.1   Le jugement que Dieu porte sur Balaam

L’Ange de l’Éternel, rencontrant Balaam, lui dit : « Ton chemin est pervers devant moi » (Nomb. 22:32). Un chemin pervers est un chemin détourné de Dieu qui mène à la perdition, comme effectivement ce fut le cas pour Balaam : les fils d’Israël firent mourir les rois de Madian « et ils tuèrent par l’épée Balaam, fils de Béor » (31:8).

Il professait d’être un prophète de l’Éternel et il est traité comme tel, sa « folie » n’en étant que plus coupable (2 Pierre 2:16). Son caractère profond est dénoncé quand il est désigné par son vrai nom en Josué 13:22 : c’était un « devin », son salaire est celui de la divination (Nomb. 22:7) et l’ordonnance de Dieu à l’égard de ces gens-là était impérative : « Il ne se trouvera au milieu de toi... ni devin qui se mêle de divination, ni pronostiqueur, ni enchanteur, ni magicien, ni sorcier, ni personne qui consulte les esprits, ni diseur de bonne aventure, ni personne qui interroge les morts ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel... Pour toi, l’Éternel ton Dieu ne t’a pas permis d’agir ainsi » (Deut. 18:10-14).

L’apôtre Pierre, dans sa seconde lettre, emploie les termes les plus sévères pour condamner sans appel la conduite de Balaam : il a laissé le droit chemin et s’est égaré, il a aimé le salaire d’iniquité, c’était un désobéissant plus stupide que la bête de somme qu’il montait et qui a repris sa folie (2:15, 16). Il n’est pas un faux prophète, mais il fait pire qu’un faux prophète : il enseigne à l’ennemi du peuple de Dieu à mettre une pierre d’achoppement devant ce peuple qu’il vient d’être forcé de bénir. Et quelle pierre : commettre la fornication et sacrifier aux idoles ! Il est l’instrument volontaire de l’adversaire et du tentateur après avoir été l’instrument contraint de l’Esprit de Dieu !

Quel mobile faisait agir Balaam ? Il aimait l’argent, il convoitait dans le secret de son cœur, malgré d’apparentes protestations, les richesses que lui promettait le roi de Moab. La parole de Paul à Timothée peut lui être appliquée : il a voulu devenir riche et il est tombé dans le piège et dans des désirs insensés qui l’ont plongé dans la ruine et la perdition ; « car c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent : ce que quelques-uns ayant ambitionné, se sont égarés de la foi et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs» (1 Tim. 6:9, 10).

Ne détournons pas trop vite nos regards de l’exemple solennel que nous donne l’Écriture dans ces chapitres si sérieux. La leçon est importante, si importante qu’il nous est donné dans le Nouveau Testament un autre exemple, celui de Judas Iscariote, encore plus solennel. N’oublions pas que le premier entendait les oracles de Dieu et que le deuxième était un disciple du Seigneur. Soyons donc vigilants ! Le germe est dans chacun de nos cœurs. S’il manifeste sa présence par quelque activité, n’hésitons pas à l’extirper, quelque douleur que nous dussions en ressentir, et supplions Celui qui a le pouvoir de nous garder sans que nous bronchions (Jude 24).

 

4.2   L’obstination de Balaam

Ce qui frappe dans la conduite de Balaam (Nomb. 22), c’est son obstination. Il a l’apparence de vouloir obéir à la parole de Dieu, mais, en réalité, il a choisi un chemin et il veut le suivre. Dieu lui avait donné clairement sa pensée à l’égard de ce que Balak sollicitait de lui (22:12). Quand bien même celui-ci serait revenu mille fois avec des récompenses de plus en plus grandes, Balaam n’avait pas besoin de retourner vers Dieu pour essayer d’obtenir ce que Dieu lui avait refusé une première fois. Aussi, devant l’inutilité de son insistance, Dieu lui dit-il : « Lève-toi, va avec ces hommes » (22:20). Parole sans doute semblable à celle que Dieu dit à Osée le prophète : « Éphraïm s’est attaché aux idoles: laisse-le faire » (Osée 4:17). « Et Balaam se leva le matin, et sella son ânesse, et s’en alla avec les seigneurs de Moab » (22:21). Il s’en va peut-être avec fierté, croyant avoir remporté la victoire. Dieu le rencontrera. Il le serrera de près, envoyant un ange pour s’opposer à lui sur le chemin. « L’Ange de l’Éternel se tenait dans le chemin, son épée nue (tirée) dans sa main » (22:23). Mais l’homme s’obstine. Les circonstances sont contraires : c’est la bride et le mors que Dieu emploie pour refréner ceux qui s’égarent (Psaume 32:9). Balaam ne veut rien entendre. Il frappe l’ânesse : folie de l’homme qui ne veut pas écouter la voix de Dieu ! Il n’aura pas le dernier mot. L’Ange le serre de plus près, le chemin est plus étroit, il n’y a plus d’issue. L’ânesse se couche et son maître, en colère, la frappe. « Et l’Éternel ouvrit la bouche de l’ânesse et elle dit à Balaam : Que t’ai-je fait que tu m’aies frappée ces trois fois ?... Ai-je accoutumé de te faire ainsi ? » Alors l’Éternel ouvrit les yeux de Balaam « et il vit l’Ange de l’Éternel qui se tenait sur le chemin, son épée nue dans sa main » (22:31). L’Ange reprend le devin et lui reproche son obstination. Comme Saül dans une autre occasion, Balaam s’écrie : « J’ai péché » (1 Sam. 15:24, 30) : mais ni chez l’un ni chez l’autre ces paroles n’étaient le fruit d’une sincère humiliation et d’une véritable contrition de cœur.

N’avons-nous pas une instruction à retirer de la conduite de cet homme ? Ne faisons-nous pas quelquefois comme lui ? Nous choisissons notre chemin et puis nous demandons à Dieu de l’approuver et, même devant les plus claires directions de la volonté divine, nous nous obstinons à suivre le chemin de notre propre cœur. Ne l’oublions pas, la Parole de Dieu appelle cela de l’égarement, de la désobéissance, de la folie (2 Pierre 2:15, 16).

 

4.3   Les visions de Balaam

Il y avait plus sans doute dans « l’erreur de Balaam » (Jude 11) : la pensée que le Dieu juste ne pouvait pas bénir un peuple pécheur. Que le peuple fût pécheur, personne ne le savait comme Dieu : combien de fois n’avait-il pas murmuré sans raison ? Mais il était malgré tout le peuple de Dieu : Dieu l’avait choisi, Dieu l’aimait. C’était son trésor particulier (Ps. 135:4). Il va le montrer avec éclat à Balaam.

Dans la première vision que Dieu donne au prophète (23:7-10), Il lui apprend qu’Israël est un peuple séparé. « Il habitera seul et il ne sera pas compté parmi les nations » (23:9). Il en résulte et son privilège et sa responsabilité. Dans quelle mesure portons-nous, nous l’Église du Seigneur, ce caractère de séparation pour Dieu ? Sommes-nous vraiment dans ce monde un peuple qui habite seul ? C’est ce que Dieu attend de ceux qui lui appartiennent.

Dans la deuxième vision, Dieu montre à Balaam que son peuple est un peuple justifié. Sans doute y avait-il beaucoup d’iniquité en Jacob et d’injustice en Israël, mais Dieu ne la voit pas (23:21) : ô merveilleuse grâce qui pardonne le coupable et efface le péché ! Il a jeté tous nos péchés derrière son dos (És. 38:17). Il ne s’en souvient plus (És. 43:25). En vérité, à la fin de la traversée du désert, nous aussi nous pourrons dire : « Qu’est-ce que Dieu a fait ? » (23:23). Car ce ne peut être là que le travail de Dieu.

La troisième vision donnée au prophète contient cette parole sublime : « Que tes tentes sont belles, ô Jacob ! et tes demeures, ô Israël » (24:5). Ces tentes qui cachaient tant de souillures, d’où se sont échappés tant de murmures, Dieu les voit s’étendant comme des vallées, « comme des jardins auprès d’un fleuve, comme des arbres d’aloès que l’Éternel a plantés, comme des cèdres auprès des eaux ». Beauté, prospérité, puissance. La bénédiction sera si abondante qu’elle « coulera de ses seaux » et s’étendra jusqu’aux autres nations. Une force irrésistible animera ce peuple et aucun ennemi, dans un temps qui approche rapidement, ne lui résistera. Qu’ils se liguent tous contre lui et il leur « cassera les os » (24:8).

Alors est donnée au prophète la quatrième vision, la plus glorieuse de toutes. À ce peuple séparé et justifié sont promises la puissance et la gloire. On ne le verra « pas maintenant », « pas de près » (24:17) mais les promesses lui sont faites et elles s’accomplissent en leur temps. « Une étoile surgira de Jacob, un sceptre s’élèvera d’Israël » (24:17). Christ reviendra et établira son règne glorieux. Toutes les nations lui seront soumises. « Les ténèbres couvriront la terre... mais sur toi se lèvera l’Éternel et sa gloire sera vue sur toi... Lève autour de toi tes yeux et regarde : ils se rassemblent tous, ils viennent vers toi ; tes fils viennent de loin... Alors tu verras, et tu seras rayonnante, et ton cœur frissonnera et s’élargira... les richesses des nations viendront vers toi... Ils viendront de Sheba ; ils porteront de l’or et de l’encens et annonceront avec joie les louanges de l’Éternel... Ils monteront sur mon autel et j’ornerai la maison de ma magnificence... Les fils de l’étranger bâtiront tes murs et leurs rois te serviront... La nation et le royaume qui ne te serviront pas périront... Tous ceux qui t’ont méprisée se prosterneront à la plante de tes pieds... Tu appelleras tes murs Salut et tes portes Louange » (És. 60). « En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront, oui, saisiront le pan de la robe d’un homme juif disant: Nous irons avec vous, car nous avons ouï dire que Dieu est avec vous » (Zach. 8:23). Les autres peuples de la terre vont au-devant de terribles jugements, mais Israël a devant lui, après avoir traversé une très grande tribulation, une glorieuse espérance.

Nous aussi, peuple de rachetés, justifiés par grâce, nous sommes porteurs de la plus belle espérance. Elle se réalisera avant même celle d’Israël, dans un avenir très proche. Nous n’attendons pas un Seigneur glorieux qui vient établir son règne, nous attendons notre Époux. Il va paraître sur les nuées. Seuls nous entendrons sa voix et nous irons à Sa rencontre en l’air et nous serons pour toujours avec Lui.

 

4.4   La fin de Balaam

Balaam se lève et retourne en son lieu. Dieu n’a pas cédé. Le prophète a entendu ce qu’il ne voulait pas entendre et il a dit ce qu’il ne voulait pas dire. Il n’a pas eu la récompense convoitée. Il ne désarme pas pour cela. S’il ne peut pas maudire Israël, il le fera pécher. Il va jeter une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël : il les incitera à manger des choses sacrifiées aux idoles et à commettre la fornication avec les filles de Moab (Apoc. 2:14 ; Nomb. 31:16). Bien des siècles ont passé, mais Dieu remet en mémoire, pour notre avertissement, la faute de Balaam. C’est le mal moral et le mal doctrinal si souvent liés ensemble. « Pourquoi, semble dire l’ennemi, ne pas cohabiter en paix ? On n’est pas obligé d’avoir la même pensée à l’égard de toutes choses. Unissez-vous, offrez les mêmes sacrifices, partagez les mêmes plaisirs ». Pareille confusion ne peut qu’embraser la colère de Dieu et le jugement atteindra ceux qui s’en sont rendus coupables : les fils d’Israël d’abord, puis aussi les filles de Moab. Puisse-t-il y avoir davantage de Phinées (25:7) qui, ayant à cœur la gloire de Dieu, se lèvent pour sauvegarder les intérêts du Seigneur. Une belle récompense leur est promise.

 

4.5   Le faux prophète futur

Dans un proche avenir deux personnages, semblables au roi Balak et au prophète Balaam, surgiront dans l’histoire du monde. Ce sont la Bête, chef de l’empire romain reconstitué (Apoc. 13:1-10) et l’Antichrist (Apoc. 13:11-18 ; 19:20). Conduits par Satan, ils uniront leurs efforts pour exterminer le peuple de Dieu. Ils disposeront d’une puissance inconnue jusqu’alors et accompliront des miracles qui séduiront les hommes. Ils entraîneront ainsi les nations dans la plus formidable bataille que la terre ait jamais connue, la bataille d’Armagédon (Apoc. 16:16) afin d’anéantir Israël. Mais là sonnera leur fin. « Je ferai, dit l’Éternel, de Jérusalem une pierre pesante pour tous les peuples : tous ceux qui s’en chargeront s’y meurtriront certainement, et toutes les nations de la terre seront rassemblées contre elle... Et il arrivera, en ce jour-là, que je chercherai à détruire toutes les nations qui viennent contre Jérusalem. Et je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplications ; et ils regarderont vers moi, celui qu’ils auront percé et ils se lamenteront sur lui... Ils invoqueront mon nom et moi je leur répondrai ; je dirai : C’est ici mon peuple ; et lui dira : L’Éternel est mon Dieu » (Zach. 12:3, 9, 10 ; 13:9). Mais au plus fort du combat, quand les ennemis d’Israël croiront tenir la victoire au bout de leurs épées, « l’Éternel sortira et combattra contre ces nations... Ses pieds se tiendront en ce jour-là sur la montagne des Oliviers qui est en face de Jérusalem» (Zach. 14:3, 4). Alors se réalisera la parole prophétique : « Un ange se tenant dans le soleil... cria à haute voix, disant à tous les oiseaux qui volent par le milieu du ciel : Venez, assemblez-vous au grand souper de Dieu, afin que vous mangiez la chair des rois et la chair des chiliarques et la chair des puissants... et la chair de tous, libres et esclaves, petits et grands. Et je vis la bête et les rois de la terre et leurs armées assemblées pour livrer combat à celui qui était assis sur le cheval... Et la bête fut prise, et le faux prophète qui était avec elle... Ils furent tous deux jetés vifs dans l’étang de feu embrasé par le soufre » (Apoc. 19:17-21). « Balak » et « Balaam » disparaissent à jamais. Le jugement ne tardera pas d’atteindre celui qui animait leur bras : « le diable fut jeté dans l’étang de feu et de soufre où sont la bête et le faux prophète et ils seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles » (Apoc. 20:10). Ainsi s’accomplira tout le dessein de Dieu à l’égard de son peuple terrestre, dessein dont ces chapitres du livre des Nombres nous donnent les grandes lignes.

 

4.6   Ne pas nous lasser

Mais n’y a-t-il pas aussi, dans les pages que nous venons de parcourir, quelque chose pour nous, le peuple céleste ? Comme l’Israël d’autrefois nous fournissons les dernières étapes du chemin. Sans doute, éprouvons-nous quelquefois la lassitude d’un long voyage, l’appréhension de rencontrer toujours le même ennemi qui ne désarme pas. Il n’a pas pu nous empêcher de sortir d’Égypte, il veut nous empêcher de jouir de notre héritage. Il mobilise ses forces, il multiplie ses ruses, il dresse ses pièges. Avons-nous quelque crainte ? Eh bien, montons sur les hauteurs, élevons-nous sur « le sommet des rochers ». Entrons dans le sanctuaire du Seigneur. Rappelons-nous ses pensées à notre égard : Il nous a choisis par pure grâce pour faire de nous son peuple ; Il nous a rachetés, justifiés ; nous sommes pour lui une perle de grand prix, son Épouse bien-aimée ; Il place devant nous une glorieuse espérance dont la réalisation est imminente. Bientôt, son assemblée, celle qu’il a aimée et pour laquelle il s’est livré lui-même, il se la présentera à lui-même glorieuse, sans tache, sans ride, sans rien de semblable, mais sainte et irréprochable comme lui-même (Éph. 5:27). C’est là le conseil immuable de Dieu.

 

 

5                    Les Kéniens. Foi et fidélité

ME 1976 p. 197-205. Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Note de l’éditeur du ME. On peut penser, d’après les rares indications fournies par l’Écriture sur les Kéniens, qu’il s’agissait d’un ensemble de tribus nomades se répartissant du midi de Canaan, où ils voisinaient avec les Amalékites, au nord d’Édom et aux régions allant de Moab à la mer Rouge (golfe d’Élath). Ils devaient former une branche des Madianites, et à ce titre ils descendraient d’Abraham (Gen. 25:4). Nous ne nous occupons évidemment que de la famille de Jéthro. L’oracle de Balaam (Nomb. 24:21, 22) ne la concerne pas, mais a trait aux Kéniens ennemis du peuple de Dieu, de même que Moab, Édom et Amalek ; ils devaient être « consumés » peu à peu, jusqu’à ce que les Assyriens les emmènent captifs, et cela malgré les forteresses, établies comme des nids dans le rocher, dans lesquelles ils se glorifiaient.

 

Déjà au temps d’Abraham, des Kéniens étaient comptés parmi les peuples dont les territoires étaient donnés à la semence de ce patriarche selon la promesse que nous lisons en Genèse 15:18 : « En ce jour-là l’Éternel fit une alliance avec Abram disant : Je donne ce pays à ta semence depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate : le Kénien et le Kénizien, le Kadmonien, le Héthien, le Phérézien, les Rephaïm, 1’Amoréen, le Cananéen, le Guirgasien et le Jébusien».

 

5.1   Exode 2:15 et Nombres 10:29

Le beau-père de Moïse, un Madianite (Ex. 2:15 ; Nomb. 10:29), est appelé «le Kénien» (Juges 1:16), ce qui implique que des Kéniens habitaient le pays de Madian. C’est chez eux que s’enfuit Moïse lorsque le Pharaon le cherchait pour le faire mourir parce qu’il avait tué un Égyptien. Exode 2 nous rapporte comment il trouva hospitalité et affection chez Jéthro (ou Rehuel) sacrificateur de Madian, et comment Jéthro donna à Moïse l’une de ses filles, Séphora. Durant quarante années (Actes 7:30) Moïse resta dans la maison de son beau-père dont il paissait le bétail. Il était là, à l’école de Dieu, jusqu’au jour où, ayant mené le troupeau derrière le désert, il vint à la montagne de Dieu, en Horeb, et reçut, du milieu du buisson ardent, la mission divine : « Et maintenant, viens et je t’enverrai vers le Pharaon et tu feras sortir hors d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël » (Exode 3:1, 10). Il informa aussitôt son beau-père de son prochain départ, et celui-ci, bien loin de le retenir, lui dit : « Va en paix » (Ex. 4:18). Sans doute, plus d’une fois, le serviteur de l’Éternel avait parlé à son hôte de son Dieu, du peuple qu’il avait choisi, des patriarches qui avaient honoré l’Éternel de leur foi, des promesses faites à Abraham et confirmées à ses fils. « Et Moïse prit sa femme et ses fils... et retourna au pays d’Égypte » (Ex. 4:20). Il est beau de voir Jéthro, cet étranger, mettre de côté ses propres intérêts et regarder, quoique sans doute confusément, aux promesses faites par Dieu à son peuple.

 

5.2   Séphora. Exode 4:25, 26

Ici se place l’épisode de Séphora contrainte de circoncire son fils (Ex. 4:25, 26). Moïse ne pouvait entreprendre sa mission sans que sa maison fût moralement en ordre. Un de ses fils au moins n’avait pas été circoncis ; il demeurait étranger à l’alliance faite avec Abraham et sa semence (Genèse 17) et Moïse était coupable de n’avoir pas mis sur lui ce signe impérativement demandé (id. v. 14). On peut penser que Séphora s’était opposée à cette mutilation douloureuse ; ses enfants étaient donc encore Madianites. Maintenant Moïse est menacé de mort s’il n’obéit pas. Séphora s’exécute, non sans colère, et avec un geste outrageant. Le résultat pour elle est d’être renvoyée avec ses fils (Ex. 18:2, 3). Non qu’elle ait été répudiée, mais elle ne sera pas aux côtés de son époux dans son témoignage et ses combats victorieux en Égypte, elle ne participera pas aux grandioses événements de la sortie, ni aux bienfaits de la grâce divine entre la mer Rouge et la montagne de Dieu. Elle et ses enfants ne prendront place dans le peuple élu qu’à Sinaï. Enseignement important pour nous et nos familles : la grâce de Dieu nous retire du présent siècle mauvais, mais la foi qui reçoit cette grâce est appelée à se montrer par l’obéissance à Celui qui veut que cette mise à part se traduise par une séparation effective et le dépouillement de la chair.

 

5.3   Exode 18

Nous savons comment, « à main forte et à bras étendu », Dieu tira son peuple du pays d’Égypte, comment il lui fit traverser la mer Rouge dont les eaux se refermèrent sur l’armée du Pharaon. Nous entendons l’écho du magnifique cantique chanté sur la rive orientale de la mer, et voyons comment les Israélites, sous la conduite de Moïse, entreprirent le voyage qui devait en peu de temps, s’ils avaient été fidèles, les amener dans le pays de Canaan. « Et Jéthro apprit tout ce que Dieu avait fait à Moïse et à Israël » et il alla au-devant de son gendre. Quelle rencontre ! le serviteur de l’Éternel et le Madianite, un étranger mais si plein de cœur pour Moïse et son peuple, et qui reconnaît hautement l’Éternel. «Moïse sortit à la rencontre de son beau-père et le baisa ; et ils s’enquirent l’un de l’autre touchant leur bien-être et entrèrent dans la tente. Et Moïse raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait au Pharaon et à l’Égypte... toute la fatigue qui les avait atteints en chemin, et comment l’Éternel les avait délivrés ». Et Jéthro se réjouit et dit : « Béni soit l’Éternel... Maintenant je connais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux » (Ex. 18). Ils mangèrent le pain ensemble « en la présence de Dieu » avec Aaron et les anciens d’Israël. Quel beau témoignage l’étranger kénien rendait devant le peuple qui avait déjà murmuré plus d’une fois depuis le passage de la mer Rouge ! Et quel privilège que le sien de croire en l’Éternel et de l’adorer ! Nous avons aussi dans cette rencontre une évocation d’une scène milléniale, quand les pages merveilleuses de l’histoire du peuple Juif seront déroulées devant les nations : l’Église (Séphora) est là, présentée à son Époux (Moïse) sous les yeux émerveillés de toutes les nations (Jéthro).

C’est là aussi que Jéthro donna à Moïse un conseil des plus sages quant à la sagesse humaine, mais manifestant en même temps une connaissance imparfaite de la puissance et de la grâce de Dieu : « Choisis des hommes capables, craignant Dieu, des hommes de vérité, haïssant le gain déshonnête, et établis-les sur le peuple... Si tu fais cela, et que Dieu te le commande, tu pourras subsister et tout ce peuple aussi arrivera en paix en son lieu » (Ex. 18:13, 27). Si bien intentionné qu’il fût, Jéthro induisait son gendre à ne plus compter entièrement sur le secours divin ; et quant à lui-même, il retourna dans son pays. Pourquoi, après avoir montré un tel intérêt pour le peuple de Dieu ne se joignit-il pas à lui pour marcher vers la terre de Canaan ? L’Écriture garde le silence à cet égard, mais un vrai attachement de cœur à l’Éternel et pas seulement à son peuple ne l’aurait-il pas fait demeurer avec celui-ci ? Du moins Hobab, son fils, semble bien être resté avec Israël. En Nombres 10:29-32, une année plus tard, nous trouvons en effet un entretien entre les deux beaux-frères : « Moïse dit à Hobab : nous partons pour le lieu dont l’Éternel a dit : Je vous le donnerai. Viens avec nous et nous te ferons du bien ». Mais Hobab répondit : « Je n’irai pas mais je m’en irai dans mon pays et vers ma parenté ». Bien plus tard, une autre étrangère devait faire une réponse fort différente à celle qui l’invitait à retourner dans son pays : « Ne me prie pas de te laisser pour que je m’en retourne d’avec toi... Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu » (Ruth 1:16).

Que fit en définitive Hobab ? Devant l’insistance de Moïse (v. 31, 32), revint-il sur sa première décision et accepta-t-il d’accompagner le peuple de Dieu ? Nous aimons à le penser. Mais de toute façon si lui-même ne l’a pas fait, ses fils, eux, sont allés avec le peuple (Juges 1:16) et ainsi des Kéniens ont lié leur sort à celui d’Israël ; ils lui ont été en aide précieuse au temps de leur longue errance dans le désert avec lequel eux étaient familiers. Nous les retrouvons recevant une part en Canaan, avec la tribu de Juda. Il semble qu’après avoir campé près de Jéricho, la ville des palmiers, pendant que le peuple avançait dans le pays, ils aient rallié ensuite Juda, s’établissant dans le midi de cette tribu, toujours en nomades. Nous les retrouverons là en 1 Samuel 27:10 ; 30:29.

 

5.4   Juges 4 et 5

Au chapitre 4 des Juges, alors que les fils d’Israël, qui ont fait de nouveau ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel (c’est la quatrième fois que la chose est rappelée dans ce livre où elle le sera sept fois) sont sous le joug d’un roi puissant qui les opprime fortement, une femme se lève de la tribu nomade des Kéniens. C’est Jaël, femme de Héber. Son mari s’était séparé des Kéniens qui habitaient avec les fils d’Israël, comme s’il se désolidarisait de leur iniquité (Juges 4:11), mais c’était en fait pour être en paix avec Jabin, roi de Canaan, l’ennemi du peuple de Dieu. Il y avait donc eu relâchement de la part du Kénien ; il se trouvait maintenant du côté des ennemis d’Israël. L’attitude de Jaël, sa femme, n’en est que plus remarquable. Elle reste à sa place d’épouse fidèle, demeure dans la tente, mais tout son cœur est avec le peuple de Dieu. Lorsque Sisera, chef fugitif des armées ennemies, vient chercher abri dans sa tente, elle n’hésite pas. Rien ne peut retenir son bras. Avec un courage et une fidélité admirables, bien que n’ayant dans sa main qu’un pieu et un marteau, elle met à mort l’homme aux neuf cents chars de fer. Debora, la prophétesse, chantera : « Bénie soit au-dessus des femmes, Jaël, femme de Héber, le Kénien ! Qu’elle soit bénie au-dessus des femmes qui se tiennent dans les tentes ! » (Juges 5:24-27).

Plus tard, nous voyons Saül se montrer sage quand, voulant combattre Amalek qui s’était opposé au peuple lorsque celui-ci montait d’Égypte, il demanda aux Kéniens de se retirer puisqu’ils avaient usé de bonté envers les fils d’Israël (1 Sam. 15:1-9). Le souvenir de leur bienveillance d’alors envers le peuple de Dieu s’était conservé jusqu’au temps de Saül. Dieu se plaît à reconnaître et à rappeler l’attachement constant au peuple de l’Éternel dont cette famille étrangère avait fait preuve : même quand Israël avait péché et avait été renvoyé dans le désert pour y errer quarante années, les Kéniens étaient restés avec lui.

 

5.5   1 Chroniques 2:55

Nous retrouvons les Kéniens en 1 Chroniques 2:55, dans la longue généalogie des fils d’Israël, non seulement associés mais intégrés au peuple de Dieu. Ils sont à l’origine de la maison de Récab et comptent dans la grande famille des fils de Caleb, eux-mêmes rattachés à la tribu de Juda. Nous sommes ainsi autorisés à voir les Kéniens dans ce que la Parole nous rapporte plus loin des Récabites. Déjà, au temps d’Achab, quand l’iniquité est devenue telle qu’elle a attiré le jugement de Dieu sur le peuple idolâtre et sur son roi, et que Jéhu est choisi par Dieu pour exécuter ce jugement, va-t-il trouver parmi le peuple des hommes fidèles pour l’aider dans cette tâche ? Il rencontre Jonadab, fils de Récab, et lui dit : « Ton cœur est-il droit ? » Il l’était plus que celui du roi qui l’interrogeait ainsi. « Il l’est » répondit le Kénien. « Viens avec moi », lui dit Jéhu (2 Rois 10:15-27). C’est cet homme d’origine étrangère qui collabore avec Jéhu pour une œuvre purificatrice. Son rôle en cela est remarquable : au moment de l’extermination des serviteurs de Baal, il ne paraît avec Jéhu que pour s’assurer qu’aucun serviteur de Dieu ne se trouve parmi les infidèles. Jonadab rejoint la lignée d’autres hommes fidèles, tels les fils de Lévi (Ex. 32:25-29) et Phinées (Nomb. 25) qui, en d’autres temps de ruine et de corruption, sortirent du camp pour revendiquer les droits de Dieu. Suprême honneur pour un étranger !

 

5.6   Jérémie 35, les Récabites

Les rois se sont succédé en Israël et en Juda et le mal est toujours allé croissant. La patience de Dieu est lassée et le jugement, prédit depuis longtemps au peuple s’il était infidèle, va s’exécuter. Se trouve-t-il encore en Israël des hommes fidèles ? Oui, Dieu les connaît, et parmi eux sont les Récabites (Jér. 35). Au milieu d’une génération que caractérisent la désobéissance et l’idolâtrie, voilà des fils obéissants. Jonadab avait senti la nécessité de marcher, au milieu de la ruine générale, dans le sentier étroit et de revenir aux choses du commencement enseignées par les patriarches. « Nous avons écouté la voix de Jonadab, notre père — disent les Récabites — dans tout ce qu’il nous a commandé, pour ne pas boire de vin tous nos jours, ni nous, ni nos femmes, ni nos fils, ni nos filles, et pour ne pas bâtir des maisons pour notre demeure, et pour n’avoir ni vigne, ni champ, ni semailles ; et nous avons habité dans des tentes, et nous avons écouté, et nous avons fait selon tout ce que nous a commandé Jonadab, notre père » (Jér. 35). Ne recevrons-nous pas instruction de l’attitude des Récabites ! Soyons soumis et attachés à la Parole de notre Dieu comme ces hommes le furent au commandement de leur père. Et n’oublions pas que sur une terre souillée par le péché, il ne peut y avoir pour le fidèle, ni établissement ni repos. Au lieu de chercher une demeure permanente et des jouissances terrestres là où le péché abondait, les Récabites furent des pèlerins. Ils confessaient, dignes fils d’Abraham, « qu’ils étaient étrangers et forains sur la terre » (Héb. 11:13). C’est pourquoi Dieu n’a point honte d’eux et a consigné leur fidélité dans son livre afin que de génération en génération ceux qui veulent être fidèles y puisent un encouragement.

 

5.7   Foi et fidélité

Belle et instructive histoire que celle de cette famille des Kéniens ! Ils étaient, comme nous, étrangers aux alliances de la promesse, sans droit de cité en Israël (Éph. 2:12) mais, mis en contact avec le peuple de l’Éternel, ils ont vu le déploiement de la puissance et de l’amour de Dieu. Ils ont vu et ils ont cru. Ils se sont attachés à ce peuple non parce qu’il était plus puissant ou meilleur que les autres, mais parce qu’il était le peuple de Dieu. Ils l’ont accompagné et sans doute guidé plus d’une fois dans les bons et dans les mauvais jours. Ils s’y sont incorporés parce qu’ils ont compris que son Dieu était aussi le Dieu de la grâce et ils ont eu part à l’héritage en Canaan. Plus même, par leur fidélité, ils se sont distingués au milieu de ce peuple davantage que beaucoup d’Israélites et ont constitué un résidu fidèle jusqu’à la fin. Que leur exemple nous stimule dans le chemin de la foi et de la fidélité !

« Nous désirons que chacun de vous montre la même diligence pour la pleine assurance de l’espérance jusqu’au bout ; afin que vous ne deveniez pas paresseux, mais imitateurs de ceux qui, par la foi et par la patience, héritent ce qui avait été promis » (Héb. 6:11, 12).