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Cinq lettres à propos du CHANT CHRÉTIEN

 

 

Auteur inconnu. Publié sous le contrôle de l’éditeur (WK) du Bible Treasury (vol. 20 et N1)

 

Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières :

1     Introduction

1.1      Rôle respectif de la Parole et de l’Esprit

1.2      Peu de passages sur le sujet

1.3      Le don des langues et le rôle de l’intelligence

1.4      L’intelligence spirituelle implique une co-opération intelligente des saints

2     Chanter avec l’esprit et avec l’intelligence — 1 Cor. 14:15

2.1      Avec l’esprit

2.2      Avec l’intelligence

2.3      Différence entre le chant de l’Ancien et du Nouveau Testament

2.4      Sentiment de la présence divine

2.5      Des mélodies simples

3     Des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels — Éph. 5:19

3.1      Usage d’un livre de cantiques — Connaître les cantiques par coeur

3.2      Cantiques conformes à l’Écriture

3.3      Psaumes

4     Rôle du coeur dans le chant chrétien

4.1      Nécessité de la mélodie dans le coeur

4.2      Lumières ou ténèbres dans le coeur ?

4.3      Un coeur renouvelé où l’Esprit agit pour produire la mélodie

4.4      Les instruments de musique

4.5      L’esprit de grâce

4.6      Sentir la présence du Seigneur

4.7      Ceux qui chantent faux

5     Rôle du chant pour le croyant

5.1      L’effet du chant des cantiques sur le croyant qui les chante

5.2      Des paroles selon l’Écriture

5.3      Chanter à la gloire de Dieu ou selon le goût populaire ?

6     Le chant dans l’assemblée chrétienne (église)

6.1      Manière d’indiquer les cantiques à chanter dans l’assemblée

6.2      Rapport entre les paroles et la manière de chanter

6.3      Toujours chanter ?

 

 

BT 20 p. 335-6; lettre n°1

1                        Introduction

1.1   Rôle respectif de la Parole et de l’Esprit

Pour le chant comme pour toutes choses, le chrétien doit chercher à être éclairé par l’Esprit et enseigné par la Parole de Dieu. Il peut profiter des deux car l’Esprit et la Parole sont tous les deux «la vérité» (1 Jean 5:6 ; Jean 17:17). Il s’ensuit que les deux ne peuvent diverger, et encore moins se contredire. La lumière du Saint Esprit préserve des fausses interprétations, tandis que la Parole est notre sauvegarde contre toute prétendue révélation du Saint Esprit.

Voilà donc la sécurité à deux volets qui nous prémunit de tomber dans l’erreur. C’est ce que l’Éternel disait déjà au résidu égaré, en És. 8:20 : «À la loi et au témoignage ! S’ils ne parlent pas selon cette parole, il n’y a pas d’aurore pour lui». C’est aussi ce même principe que suivaient les disciples de Bérée lorsqu’ils cherchaient dans les Écritures pour voir si ce dont le Saint Esprit rendait témoignage par les apôtres était bien ainsi (Act. 17:11).

Cette étude diligente des Écritures dans la dépendance de l’enseignement de l’Esprit Saint est d’autant plus nécessaire du fait de la position de liberté du croyant maintenant. La loi était une période de tutelle en contraste avec le temps de la grâce caractérisé par une relation filiale. L’épître aux Galates insiste très fortement sur cette distinction. La différence Juif-Chrétien ne se borne nullement à une différence de nom : Il y a là la différence entre la liberté et l’esclavage, entre les fils et les esclaves. Aux personnes dans la position des Juifs — par comparaison, c’est une position de faiblesse et d’incapacité, — Dieu leur accorde les instructions les plus complètes et les plus détaillées, allant jusqu’aux moindres détails de la vie quotidienne. Non seulement leur façon de s’approcher de Dieu était soumise à des règles strictes, mais même pour la nourriture et l’habillement, Dieu lui-même prenait soin de leur donner des instructions.

Dans le Nouveau Testament, on trouve tout le contraire. Dans les épîtres, les expressions du genre «tu feras ceci» ou «tu feras cela» sont manifestement absentes. Au lieu de listes de viandes pures et impures, nous trouvons des principes généraux que le croyant doit appliquer à chaque cas selon qu’il se présente. «Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour la gloire de Dieu» (1 Cor. 10:31). Comme le chrétien a «l’esprit de Christ» (1 Cor. 2:16) et n’a pas reçu «un esprit de crainte, mais de puissance, d’amour et de sobre bon sens» (2 Tim. 1:7), il est appelé à tout juger par la Parole pour savoir ce qui est, ou non, pour la gloire de Dieu, et il a ensuite à agir en conséquence.

D’où le soin avec lequel il faut sonder les Écritures, et la nécessité de l’exercice du jugement de soi-même de peur que la chair ne prenne la place de l’esprit pour juger des choses de Dieu.

 

1.2   Peu de passages sur le sujet

À la lumière de ces considérations générales, je voudrais attirer votre attention sur les passages du Nouveau Testament relatifs à notre sujet. On trouvera sans difficulté les références sur le chant, car elles sont peu nombreuses et brèves. Mais la rareté et la brièveté des passages ne justifient nullement des arguments tendant à soutenir le peu d’importance du sujet : même des sujets importants comme le baptême, la Cène, le jour du Seigneur, etc… ne sont abordés ni fréquemment ni longuement. Selon la pratique usuelle du Nouveau Testament, il nous est donné quelques phrases chargées de sens, et cela suffit pour jeter une lumière abondante sur chaque aspect du sujet à mesure qu’il se présente.

Le passage de 1 Cor. 14:15 «Je chanterai avec l’esprit, et je chanterai aussi avec l’intelligence» pose les principes simples et fondamentaux qui sont de toute importance à considérer en rapport avec le sujet du chant. Le contexte montre que ce texte est introduit ici surtout en rapport avec le chant dans l’assemblée, bien qu’il concerne le chant du chrétien en toute circonstance.

Dans 1 Cor. 14, l’apôtre montre les principes régissant les opérations de l’Esprit dans l’exercice d’un don dans l’assemblée. Au chapitre 12, il est d’abord établi que le Saint Esprit est la seule source de puissance dans l’assemblée. Les dons sont sous la direction du Seigneur par l’Esprit. C’est Celui qui est la tête de l’église qui confère des dons (Éph. 4) ; le Saint Esprit ici-bas s’en sert comme Il lui plaît. «Car à l’un est donnée, par l’Esprit, la parole de sagesse ; et à un autre la parole de connaissance, selon le même Esprit ; et à un autre la foi, par le même Esprit … mais le seul et même Esprit opère toutes ces choses, distribuant à chacun comme il lui plaît» (1 Cor. 12:8-11). Il s’ensuit que les saints dépendent du Seigneur pour avoir la puissance nécessaire à un exercice pratique efficace des dons.

Le chapitre 14 présente la manière et les circonstances de l’exercice des mêmes dons. Il y a un temps propre à toutes choses, et une manière convenable pour l’accomplissement de toutes choses. Et c’est bien le propre des dons spirituels que de devoir être exercés au temps convenable et de la bonne manière. C’est sur cette base que l’apôtre donne son instruction aux saints.

 

1.3   Le don des langues et le rôle de l’intelligence

Certains à Corinthe avaient reçu le don des langues. L’Esprit Saint les rendait capable de parler des langues inconnues, mais ils étaient responsables d’utiliser ce don à bon escient. Or ils saisissaient l’occasion des réunions des saints pour faire étalage de leurs dons merveilleux — non sans vanité comme on peut bien le supposer. C’était un tort. Il est évident que s’exprimer en un langage étranger ne pouvait être pour le profit de l’assemblée à défaut d’interprète. En outre, les langues étaient un signe non pour ceux qui croient, mais pour ceux qui ne croient pas (1 Cor. 14:22). C’était une raison de plus du caractère inopportun de l’exercice de ce don dans l’assemblée lorsqu’il n’y avait pas d’interprète (1 Cor. 14:27). Autrement dit, si le Saint Esprit voulait faire usage du don des langues, il utiliserait immédiatement le don d’interprétation ; car le profit des saints dans leur ensemble est un principe majeur qui gouverne toujours le ministère de l’Esprit.

Cette vérité bien établie tout au long de ce chapitre est essentielle. Elle manifeste que la simple possession d’un don n’est nullement une raison suffisante en soi pour en faire un usage incontrôlé. La règle est que tout doit se faire pour l’édification, sinon c’est le désordre, et le désordre n’est pas de Dieu (1 Cor. 14:33).

Il faut en effet garder à l’esprit que le Saint Esprit opère en relation avec l’intelligence (la compréhension) tant de celui qui parle que de ceux qui écoutent. Or c’est la considération de cette dernière qui guide l’exercice des dons dans l’assemblée. Le Saint Esprit veut amener la bénédiction de chaque individu, non pas d’un individu particulier seulement. C’est le principe que pose l’apôtre pour monter que, dans l’assemblée, il est plus à sa place de prophétiser que parler en langues. Car «celui qui parle en langues s’édifie lui-même ; mais celui qui prophétise édifie l’assemblée» (1 Cor. 14:4).

Voilà une règle simple et claire qui s’applique à l’usage pratique des dons de l’Esprit. Toutes les opérations de l’Esprit de Dieu dans l’assemblée ont pour but l’édification des saints dans leur caractère collectif, et c’est là le critère pour prononcer toute parole dans l’assemblée, selon ce qui est dit : «puisque vous désirez avec ardeur des dons de l’Esprit, cherchez à en être abondamment doués pour l’édification de l’assemblée» (1 Cor. 14:12).

L’apôtre ne nie pas que les langues fussent un don de l’Esprit ; mais il ne voulait pas accepter que l’Esprit suscite leur usage dans les réunions des saints. Les langues étaient un témoignage aux incroyants et ne pouvaient affermir l’assemblée dans la foi, pour la simple raison qu’elles n’atteignaient pas l’intelligence. Supposons une personne priant en langue inconnue : il est clair qu’il ne peut pas y avoir aucune communion de l’assemblée. La personne peut prier en esprit (la nouvelle nature), mais son intelligence est sans fruit (1 Cor. 14:14), aussi sa prière n’est pas en accord avec la pensée de l’Esprit. Quant à lui-même, l’apôtre dit : «Je prierai avec l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence ; je chanterai avec l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence» (1 Cor. 14:15). Et il en est pareillement pour bénir, pour rendre grâces et pour enseigner (1 Cor. 14:16-19).

Tout ce qui est opéré dans l’assemblée doit être compréhensible, et le plus simple des saints doit pouvoir dire Amen. En bref, la règle appliquée est qu’il y ait communion entre celui qui parle et ceux qui écoutent.

 

1.4   L’intelligence spirituelle implique une co-opération intelligente des saints

À partir de cet examen rapide des premiers versets de 1 Cor. 14, il apparaît que le chant est l’une des circonstances choisies par l’apôtre, avec la prière et la bénédiction, pour montrer que la véritable action de l’Esprit de Dieu dans l’assemblée est marquée par la coopération intelligente des saints entre eux. Chanter collectivement est l’expression de coeurs qui s’adressent à Dieu comme n’étant qu’un. Si les saints n’avaient pas une nature spirituelle, ils ne pourraient même pas du tout chanter à Dieu. Sans intelligence spirituelle, les saints ne peuvent pas chanter en communion les uns avec les autres. C’est pourquoi, lorsque nous sommes rassemblés, chantons à la fois avec l’esprit et avec l’intelligence.

Dans une prochaine lettre, Dieu voulant, j’aborderai la question de savoir comment ces vérités s’appliquent pratiquement dans l’assemblée, et les remarques qui précèdent ne forment que l’introduction à ce sujet.

 

2                        Chanter avec l’esprit et avec l’intelligence — 1 Cor. 14:15

BT 20 p. 348-350 ; lettre n°2

2.1   Avec l’esprit

Dans ma première lettre, j’ai souligné que, selon 1 Cor. 14:15, l’on devait chanter dans l’assemblée à la fois avec l’esprit et avec l’intelligence. Comme cette instruction contient le principe sur lequel il est insisté tout le long du chapitre, il sera utile de la considérer en détail.

Si l’on regarde de près le contexte de 1 Cor. 14:15, on verra, je pense, que l’«esprit» dans ces passages se réfère plutôt à la nouvelle nature — «ce qui est né de l’Esprit» (Jean 3:6) — qu’au Saint Esprit Lui-même. En 1 Cor. 12 où il est traité de la source et de l’énergie des dons dans l’assemblée, le Saint Esprit est bien à propos présenté comme celui qui, souverainement, opère toutes choses. Mais ici, nous avons la responsabilité de celui qui possède le don, et par suite, la capacité dont il est doté est mise en avant, celle qui le rend capable de participer aux choses spirituelles (1 Cor. 2:12). Ainsi quelqu’un qui parle en langue peut prononcer des mystères «en esprit» ou «dans l’esprit» (1 Cor. 14:2). Nous pouvons prier, chanter ou bénir «en esprit» ou «dans l’esprit» (1 Cor. 14:15, 16). 1 Cor. 14:32 montre clairement que ce n’est pas le Saint Esprit qui est en vue : «Les esprits des prophètes sont assujettis aux prophètes». Ceci ne pourrait pas être dit du Saint Esprit. Or il était nécessaire de rappeler à ces croyants de Corinthe habitués aux délires extravagants de Delphes, que la prophétie n’est pas une impulsion incontrôlable et dissociée de la responsabilité de celui qui prophétise ; au contraire, l’esprit du prophète lui est assujetti, et il est donc responsable d’agir dans l’ordre pour l’édification et la consolation de l’assemblée.

Il ne s’agit pas d’affaiblir, et encore moins d’ignorer le fait non moins important que c’est le Saint Esprit — le divin Paraclet — qui donne la puissance pour toute action dans l’assemblée. C’est bien ce que le chapitre 12 établit avant tout. Mais il apparaît que ces croyants s’étaient permis de se laisser porter par l’excitation, et ne voyaient pas d’inconvénients à un exercice débridé des dons à tort et à travers. C’est pourquoi l’apôtre insiste beaucoup sur leur responsabilité individuelle. L’antinomianisme [= marche sans loi, sans règle] est aussi répréhensible dans le domaine spirituel que dans le domaine moral. Il est vrai que je suis sauvé seulement par grâce, mais ce n’est pas une raison pour ne pas contrôler mon corps. C’est vrai aussi, que le Saint Esprit est la seule puissance effective pour le culte et pour le ministère dans l’assemblée, mais ce n’est pas une raison pour ne pas juger à l’aide de la parole de Dieu toute action qui s’y exerce.

Rien ne rend plus sobre que le sentiment d’avoir à faire à Dieu. L’effet direct en est de bien contrôler les caprices de la volonté et des sentiments humains. Il est admis que l’assemblée de Corinthe le comprenait. L’apôtre suppose que l’esprit était en exercice lorsqu’on prononçait des mystères, ou qu’on priait, chantait, rendait grâce. Et s’il en était ainsi, c’est que Dieu voulait être devant leurs âmes. Car l’esprit donné au croyant lors de sa nouvelle création le rend capable par le Saint Esprit, d’avoir communion avec le Père et le Fils, tout comme l’esprit de vie communiqué par l’Éternel au commencement a non seulement fait de l’homme un être intelligent, mais l’a fait en même temps responsable dans son âme vis-à-vis de son Créateur (Gen. 2:7).

C’est pourquoi le chant doit nécessairement être «dans l’esprit». Il est certain que seule la louange spirituelle est acceptable pour Dieu. Cette pensée est un solennel avertissement contre tout ce qui est charnel, mais elle ne doit pas devenir pour nous une source de servitude. Car l’Esprit en nous est une source d’eau jaillissante. Sa tendance est de monter vers Dieu. Il ne sert cependant à rien de nier que, si l’on n’y fait pas attention, le chant peut dégénérer en un simple exercice vocal, où le coeur et l’esprit ne joue plus leur rôle : or leur vrai rôle n’est pas d’accompagner le chant, mais de l’animer et de le diriger. Nous ferons bien de tenir compte de ce danger.

 

2.2   Avec l’intelligence

Mais en assemblée, le chant n’est pas simplement un exercice entre l’âme de l’individu et Dieu. Il y a cela, mais plus encore, car s’isoler au milieu de l’adoration de l’assemblée, ça n’existe pas. La louange collective n’est pas composée de cent cantiques chantés par cent individus en même temps, mais c’est une seul chant chanté par cent saints d’un seul accord pour exprimer au Seigneur la même chose, celle qui est sur les coeurs et dans l’esprit de tous.

Or ce dernier point est la raison pour laquelle l’intelligence renouvelée (l’esprit) doit exercer sa fonction, selon ce que dit 1 Cor. 14. On peut s’adresser au Seigneur en louange ou en prière sans se servir de sa voix, comme le montre l’exemple d’Anne qui parlait au Seigneur dans son coeur (1 Sam. 1). Mais aucune communion n’est possible tant que rien n’est exprimé de façon audible. En effet, si pour ainsi dire, l’esprit est le lien avec Dieu, l’intelligence est le lien de l’un à l’autre ; car c’est par son moyen qu’on communique l’un avec l’autre, et que les saints sont capables «d’un commun accord et d’une même bouche de glorifier le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ». (Rom. 15:6).

On a dit que le verset de 1 Cor. 14:15 signifie que je dois moi-même comprendre ce que je chante. Cela est vrai, mais ce n’est qu’un aspect bien restreint de la vérité, et c’est ôter sa force et sa cohérence à l’argument de l’apôtre. Il est en effet en train de blâmer les Corinthiens parce qu’ils parlaient de l’assemblée de manière incompréhensible pour les autres. Il les exhorte donc à avoir des égards pour les autres, et à parler de manière à ce que tous comprennent pour qu’il puisse y avoir communion. Ceux qui chantent ou prient ne doivent pas le faire de manière à ce qu’eux seuls comprennent ce qu’ils disent, mais chacun doit s’exprimer de manière à ce que ses frères puissent s’associer intelligemment à ce qu’il dit et qu’ainsi tous offrent des chants et des requêtes à Dieu à l’unisson.

Cette unité d’action est tout à fait caractéristique de l’assemblée de Dieu. Dans le peuple d’Israël, il y avait une unité, mais c’était une unité composée de douze autres unités, car chaque tribu était complète en elle-même. Tandis qu’Israël était représenté par douze pains de proposition, nous, nous sommes un seul pain, un seul corps (1 Cor. 10:17). Et cette unité doit être exprimée dans toutes les actions en assemblée, notamment la fraction du pain, la discipline, la prière, le chant.

 

2.3   Différence entre le chant de l’Ancien et du Nouveau Testament

Le chant, en Israël, n’avait pas cette nature, et comme ce qu’on trouve dans d’autres domaines du rituel religieux, il était effectué par quelqu’un agissant de la part de tous les autres. C’est une partie des Lévites qui avait la charge du service du chant (1 Chr. 6:31), et ils étaient instruits dans l’art de chanter à l’Éternel, c’est-à-dire dans les Psaumes (1 Chr. 25:7). Le peuple ne chantait que par ses représentants, selon ce que nous trouvons aux jours de Néhémie. «Et lors de la dédicace de la muraille de Jérusalem, on envoya quérir les lévites de tous leurs lieux d’habitation, pour les amener à Jérusalem, pour faire la dédicace avec joie, avec des louanges et des chants, avec des cymbales, des luths et des harpes» (Néh. 12:27).

C’est pourquoi l’unité du peuple d’Israël en rapport avec le chant était principalement une unité dans ce qui se voyait de l’exécution du chant, et une unité entre les chanteurs et les joueurs d’instruments de musique (lévites). C’est d’une telle unité que nous lisons quelque chose à l’occasion de la dédicace du temple de Salomon : «Il arriva, lorsque les trompettes et les chantres furent comme un seul homme pour faire entendre une même voix en louant et en célébrant l’Éternel, et qu’ils élevèrent la voix avec des trompettes, et des cymbales, et des instruments de musique, en louant l’Éternel …» (2 Chr. 5:13).

Ceci était en parfait accord avec la forme extérieure et symbolique de l’adoration confiée à l’homme dans ce temps-là. Mais nous n’avons plus maintenant la même sorte de culte : c’est l’adoration «en esprit et en vérité» comme le dit le Seigneur à la femme samaritaine en Jean 4. Ce n’est pas une amélioration du culte d’autrefois, mais un contraste. Les ombres sont passées, nous avons maintenant la réalité. Au lieu du type, nous avons l’antitype. Le visible est remplacé par l’invisible, le terrestre par le céleste, le naturel par le spirituel. Et pareillement, les pensées et les sentiments intérieurs remplacent l’exactitude rigide dans l’aspect extérieur de l’exécution.

Dans le rituel de la louange d’autrefois, l’unité était assurée par le fait que telle action était toujours exécutée de la manière prescrite ; mais aujourd’hui l’unité est produite par l’Esprit de Dieu remplissant et animant chaque esprit de la même vérité. Le livre des Psaumes donnait aux Israélites des cantiques inspirés, ayant souvent une préface qui donnait des indications inspirées sur le caractère du psaume et la manière de le chanter ou de le jouer. Pour que le cérémoniel soit suivi selon les règles, un certain nombre de Lévites était affecté uniquement à cette tâche. Maintenant et dans le Nouveau Testament, il n’y a pas de livre de cantiques inspiré, et il est certain qu’il n’a jamais été envisagé d’utiliser les psaumes juifs pour l’adoration chrétienne. Il n’y a pas un seul mot dans le Nouveau Testament sur l’usage d’un choeur pour assurer un chant de bonne qualité. Il n’y a pas même une syllabe dans les écrits des apôtres en rapport avec un quelconque accompagnement du chant par des instruments de musique. Mais il y a des instructions bien précises données à l’adorateur pour qu’il se purifie effectivement ; la Parole montre bien aussi, qu’une nature nouvelle et divine lui a été donnée, le rendant propre à s’approcher de Dieu et capable de le louer. Aucun groupe particulier de croyants, fût-il bien choisi, n’est qualifié pour chanter, mais chacun dans l’assemblée est pleinement qualifié, et il l’est par l’oeuvre de Christ pour lui et par l’oeuvre du Saint Esprit en lui.

 

2.4   Sentiment de la présence divine

Néanmoins la responsabilité reste de chanter avec l’esprit et avec l’intelligence ; autrement dit, il faut s’adresser consciemment à Dieu, et d’un commun accord avec ses frères. Chacune de ces considérations a pour but de produire une grande influence morale sur le chant en assemblée. Qu’est-ce qui va susciter des sentiments de profond sérieux et de sainte révérence si ce n’est ce qu’éprouve l’esprit dans la présence directe d’une Personne divine ? Prenons par exemple le cas du chant d’un cantique tel que : «Ô Seigneur, nous t’adorons, car tu as été immolé, toi qui vis éternellement, et qui sièges sur ton trône dans le ciel etc…». Chanté par des chanteurs professionnels avec une mélodie adaptée et expressive, le tout accompagné d’instruments de musique, les connaisseurs de musique jugeront peut-être que l’on a atteint le plus haut niveau possible d’exécution de musique sacrée. Introduisons Dieu, et voilà que tout change : on n’a pas là ce que le Père cherche selon Jean 4. Le talent était reconnu sous l’Ancien Testament, mais maintenant le Père cherche l’adoration en esprit selon la vérité de l’évangile. Or peu de gens sont qualifiés si on prend le critère du talent naturel, mais tous sont qualifiés pour être adorateurs en esprit et en vérité.

Or si le Seigneur, auquel on s’adresse dans un cantique tel que celui dont nous venons de parler, se trouve personnellement devant notre esprit, alors vont se réveiller les sentiments dus à celui qui a été crucifié, et qui est maintenant couronné dans les cieux. De telles émotions ne peuvent se séparer du chant en esprit [ou : dans l’esprit] et dégagent un parfum de prières recevable dans les cieux.

Bien plus, si un tel cantique est chanté par l’assemblée au moment convenable et approprié, il formera une expression commune à tous et adressée au Seigneur. Car la mort de Christ et son exaltation qui a suivi sont des vérités élémentaires connues même du plus faible croyant. Il en résulte que l’intelligence spirituelle que tous ont reçue leur permet de s’unir intelligemment pour exprimer la louange et l’adoration.

 

2.5   Des mélodies simples

Une autre remarque avant d’achever cette lettre. Le passage de 1 Cor. 14 parle de chant. Les voix autant que les coeurs doivent être en accord. Pour ce faire, une mélodie simple et familière est tout à fait désirable. En effet, le chant en assemblée n’est pas une occasion d’étaler les plus hautes capacités de la voix humaine pour produire des effets musicaux extraordinaires ; mais c’est le moyen d’exprimer à l’unisson les louanges du Seigneur. C’est pourquoi il faut éviter les mélodies difficiles ou exotiques car elles ne contribuent pas à la communion des saints ; se fatiguer à ne rechercher que l’harmonie ou la mélodie sonores équivaut à un abandon de la position chrétienne, et toute âme fidèle l’a en horreur.

 

3                        Des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels — Éph. 5:19

BT 20 p. 363-366 ; lettre n°3

3.1   Usage d’un livre de cantiques — Connaître les cantiques par coeur

Votre question de savoir quelle autorité du Nouveau Testament supporte l’usage d’un livre de cantiques dans les assemblées chrétiennes modernes, — ce n’est pas une question nouvelle et des réponses satisfaisantes ont souvent été données. Mais il est bon de revenir à cette autorité car l’habitude de contrôler nos pratiques par la Parole de Dieu est toujours très bonne.

Les saints utilisaient déjà des cantiques au temps des apôtres. Le Nouveau Testament le montre déjà, et cela ressort des passages suivants qui montrent que :

·                     les saints étaient exhortés à faire usage de telles compositions : «Vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre coeur au Seigneur» (Éph. 5:19) — «Vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de vos coeurs à Dieu dans un esprit de grâce» (Col. 3:16) — «Quelqu’un est-il joyeux, qu’il chante des cantiques» (Jacq. 5:13).

·                     il y a des exemples d’usage effectif de cantiques — À minuit dans la prison de Philippes «Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les écoutaient» (Act. 16:25) — À Corinthe, on avait l’habitude de chanter dans les réunions de l’assemblée. «Qu’est-ce donc, frères ? Quand vous vous réunissez, chacun de vous a un psaume … que tout se fasse pour l’édification» (1 Cor. 14:26). L’apôtre leur fait des reproches non pas sur le fait de chanter (1 Cor. 14:15), mais sur la confusion résultant de l’exercice de la propre volonté dans l’assemblée.

Inutile d’ajouter aux citations de ces passages pour prouver que les saints du commencement avaient l’habitude régulière de chanter la louange au Seigneur, car un témoignage clair en est donné à la fois par l’ordonnance de la Parole et par la pratique.

 

La phrase «des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels» montre que les compositions connues et chantées au début de l’assemblée, avaient des caractères variés, tout en étant pareillement en mesure d’exprimer les pensées des saints en diverses circonstances. Il est toutefois difficile de déterminer exactement la portée de chacun de ces termes, et même de déterminer leur caractère dominant. Un psaume était peut-être une expression de paroles élevées ou une invocation à Dieu ; une hymne jaillissait en louange et en action de grâces, tandis qu’un cantique serait basé sur une compréhension intelligente des pensées de Dieu (*), et avait peut être un caractère plutôt didactique, tout en introduisant l’expérience pratique des voies de Dieu. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’Esprit de Dieu conduisait les saints à faire monter vers Dieu l’expression des émotions variées des coeurs par le moyen de psaumes, hymnes ou cantiques, selon ce qui était le plus approprié.

 

(*) Ces termes figurent dans le Nouveau Testament comme suit, les formes verbales étant signalées par l’abréviation grecque entre parenthèses :

Psaume (yalmoV) : Références au livre des Psaumes : Luc 20:42 ; 24:44 ; Actes 1:20 ; 13:33 – «Chacun a un psaume» (1 Cor. 14) – «vous entretenant par des psaumes» (Éph. 5:19 ; Col. 3:16) – «Je psalmodierai (y) à ton nom» (Rom. 15:9) – «Je chanterai (y) avec l’esprit...» (1 Cor. 14:15) – «Chantant et psalmodiant (y) de vos coeurs» (Éph. 5:19) – «Quelqu’un est-il joyeux ? qu’il chante (y) des cantiques» (Jacq. 5:13).

Hymne (umnoV) : Hymnes : Éph. 5:19, Col. 3:6 – «Et ayant chanté une hymne, ils sortirent dehors» (Matt. 26:30 ; Marc 14:26) – «Paul et Silas, en priant, chantaient les louanges (um) de Dieu» (Act. 16:25) – «Au milieu de l’assemblée je chanterai (um) tes louanges» (Héb. 2:12).

Cantique : (wdh) : Cantiques : Éph. 5:9 ; Col. 3:16 – «Et ils chantent un cantique nouveau... et personne ne peut apprendre ce cantique» (Apoc. 5:9 ; 14:3) – «Et ils chantent le cantique de Moïse, esclave de Dieu, et le cantique de l’Agneau» (Apoc. 15:3)

 

Ces compositions n’ont pas été préservées parmi les écrits du Nouveau Testament, en contraste avec l’ancienne économie. Israël avait un psautier inspiré, mais le chrétien possède l’Esprit qui a inspiré les livres des Psaumes (2 Sam. 23:1, 2 ; Act. 1:16). Celui qui est venu reposer de temps en temps sur le doux psalmiste d’Israël (2 Sam. 23:1) habite en permanence dans le chrétien selon la promesse du Seigneur (Jean 14:16, 17). Et il demeure pour conduire les coeurs et les esprits des saints pour adorer de la manière que cherche le Père. Ainsi restreindre l’exercice de la prière et de la louange à certaines expressions stéréotypées est un affront à la souveraineté de l’Esprit toujours présent.

Au début de l’Église, il y a eu sans aucun doute ceux qui étaient doués pour composer les hymnes chrétiens convenant au chant dans l’assemblée. Ces hymnes étaient-ils regroupés ? Comment circulaient-ils parmi les saints ? Ces questions, et d’autres du même genre, relèvent plus de la curiosité que de l’intérêt pratique. Certainement on faisait plus appel à la mémoire que dans les temps modernes où la multiplication et la diffusion des copies sont si commodes. Quoi qu’il en soit, on observe que Paul et Silas dans l’obscurité de minuit, dans la prison intérieure, non seulement priaient, mais chantaient à haute voix, selon le témoignage de leurs co-détenus. Il est très probable qu’ils connaissaient ces cantiques par coeur. Et on ne peut s’empêcher d’ajouter à cette occasion qu’il est bon de tenir compte de cet exemple bien précis donné par les apôtres. L’Écriture reconnaît qu’être familier avec les versets sacrés est un moyen de consolation et d’instruction, comme nous allons le voir. Il est évident qu’écrire des cantiques relève de l’exercice d’un don dans l’assemblée au même titre que l’exposé de la parole, ou l’exhortation, et cela devrait être reconnu comme tel. Nous ne voulons pas dire que seuls les pasteurs, les docteurs et les évangélistes peuvent être les auteurs de cantiques. Mais un beau cantique, quel qu’en soit l’auteur, se distingue par l’application de la vérité de l’Écriture aux émotions et aux besoins de la nature spirituelle, et il faut que de l’aveu général, cela soit l’oeuvre du Saint Esprit ; et c’est ce qui le fait reconnaître et apprécier et aimer par tous. Pourquoi ne pas le mettre dans sa mémoire ? Pourquoi les saints seraient-ils incapables de chanter leurs cantiques préférés sans avoir un livre de cantiques sous les yeux ? Dans le cas d’un frère joyeux, Jacques s’attendait-il à ce qu’il aille chercher son livre de cantiques avant de commencer à chanter ? Si cela eut été le cas, on peut bien penser que l’esprit joyeux se serait estompé ou même aurait disparu avant d’avoir trouvé le bon psaume.

 

3.2   Cantiques conformes à l’Écriture

Mais si aucun cantique inspiré n’est parvenu jusqu’à nous pour l’usage dans les assemblées des saints, qu’est-ce qui doit être le guide du croyant aujourd’hui, si on pense aux milliers de cantiques existants dans la seule langue anglaise. On est obligé de faire un choix, et la question alors de savoir quels principes doivent guider ce choix. Ce sujet dépasse le cadre des présentes lettres, qui ont en vue le chant et non pas le choix des cantiques. Des articles récents [écrit en nov. 1885] du Bible Treasury seront d’une grande utilité, surtout si on étudie soigneusement les références citées.

Encore une remarque pour aider, en tant qu’individu, sur la question du chant. Il n’y a qu’un critère pour juger ce qu’on doit ou ne doit pas chanter : c’est l’Écriture. On ne saurait trop insister sur le fait que le Père cherche à ce que le chant, comme toute autre forme d’adoration, soit «en vérité» (Jean 4:23). L’intelligence spirituelle est éclairée pour pouvoir offrir une louange intelligente. Ainsi quand un cantique est proposé pour être chanté, les sentiments qui y sont exprimés doivent être soigneusement comparés avec l’enseignement de la Parole, non pas, bien sûr, dans un esprit de critique tatillonne et mesquine, mais dans la crainte du Seigneur. Car il ne faut pas passer à côté de la différence importante qu’il y a à considérer un cantique dans le privé, et à le chanter soit en assemblée soit dans un culte familial. Quand on lit un cantique, on le considère comme l’oeuvre de tel auteur et on cherche à en découvrir la beauté et l’exactitude. Mais si on le chante au Seigneur, on s’en approprie les expressions, d’où l’importance pour celles-ci d’être autant que possible en parfait accord avec la Parole qui est la seule norme de la vérité. Comment se justifier devant le Seigneur si on Lui chante quelque chose qu’on sait — ou devrait savoir — être directement contraire à l’enseignement clair de Sa propre Parole !

 

3.3   Psaumes

Comme on a parlé plusieurs fois de psaumes, disons quelques mots sur l’usage du psautier juif dans le culte des assemblées chrétiennes. Il est vraiment lamentable de penser aux saints ayant les yeux fermés sur le vrai caractère de l’appel chrétien et de l’espérance chrétienne selon le Nouveau Testament, et de voir ces personnes exprimer ce qu’il y a dans leur coeur à l’aide de mots et de sentiments parfaitement déplacés par rapport à leur position devant Dieu.

Chacun doit savoir que le livre des Psaumes était partie intégrante de la religion d’Israël telle qu’établie dans l’Ancien Testament. Et si les sacrifices du temple ont été mis de côté, n’en est-il pas de même des cantiques ? Si la circoncision est capable de renverser le christianisme (Gal. 3:4) n’est-ce pas renoncer à nos privilèges que d’importer le chant des circoncis en plein milieu d’un culte chrétien ? En fait ce n’est rien d’autre que laisser la grâce pour retourner à la loi.

On a déjà fait allusion, dans ces lettres au contraste aigu entre l’enseignement de l’Ancien Testament et celui du Nouveau Testament quant au service divin. Il serait trop long d’énumérer tous les points de la liste : un ou deux suffiront ici, comme on s’en rendra bien compte.

Commençons par bien saisir que les Psaumes sont pétris des espérances et promesses relatives à une délivrance nationale et terrestre, comprenant l’assujettissement et l’entière destruction des ennemis d’Israël. Cette délivrance doit avoir lieu par l’avènement du Messie, le Prince, dont la grande puissance jugera et renversera les nations, et exaltera Israël à la place suprême d’honneur et de bénédiction sur la terre. Les principes dominant dans ces cantiques à l’Éternel sont la justice, non pas la grâce ; l’espérance, non pas la foi ; la bénédiction future, non pas présente ; une confiance vague, non pas la confiance pleine d’assurance. De plus la bénédiction des nations est toujours vue comme subordonnée à celle d’Israël, en contraste avec l’unité de l’Esprit qui efface entièrement les distinctions nationales (Gal. 3:28). Les contrastes sont si profonds et si fondamentaux qu’ils empêchent les louanges juives de convenir pour le chrétien, ou d’être aucunement cohérente avec son appel céleste. L’usage correct et intégral des expressions de la louange juive est pour «ce jour-là» quand tout Israël sera sauvé (Rom. 11:25-26).

Bien sûr, si beaucoup d’aspects de la louange sont particuliers à Israël en sorte que le chrétien ne peut pas les prendre sur ses lèvres pour chanter intelligemment à Dieu, il n’en reste pas moins que bien des portions se réfèrent à des points communs aux croyants Juifs et Gentils. Il y a profit à tirer du courant de piété et de dévotion sous-jacent dans tous les Psaumes, et nous en profiterons d’autant plus que nous saisirons mieux la nature des relations dans lesquelles se trouvent les adorateurs à qui Dieu a fourni ces psaumes pour leur usage. C’est le Nouveau Testament qui nous guide pour savoir ce qui est approprié ou non. Nous sommes autorisés à nous approprier les Paroles du psalmiste et à dire hardiment : «Le Seigneur est mon aide et je craindrai point : que me fera l’homme ?» (Héb. 13:6 ; Ps. 118:7). Mais comment le chrétien pourrait-il adopter le langage du Psaume 55:15 alors qu’il doit prier pour ses ennemis et rendre le bien pour le mal, tant selon les instructions du Nouveau Testament que selon l’exemple du Seigneur et des apôtres ? «Que la mort les saisisse ! qu’ils descendent vivants dans le shéol ! car la malice est dans leur demeure, au milieu d’eux» (Ps. 55:15). Et ce n’est nullement un cas isolé. Tout le long des psaumes on trouve des passages qui ne conviennent pas à des bouches chrétiennes, quoi que parfaitement adaptés à la dispensation à laquelle ils se rapportent : comme exemple, on peut citer notamment les Psaumes 2:9 ; 3:7 ; 6:10 ; 7 ; 9:3, 15 ; 10:15-18 ; 11:6 ; 18:47, 48 ; 21:9 ; 28:4 ; 34:16, 21 ; 35 ; 37:2, 9, 20 ; 40:14, 15 ; 48 ; 52:5 ; 54:5 ; 58 à 60 ; 66:3 ; 68:2 ; 69:22-28 ;70 ; 71:1-13 ; 72:4 ; 74 ; 75:8 ; 79 ; 92:9 ; 97:3 ; 101:8 ; 109 ; 112:8, 10 ; 132:18 ;139:19 ; 143:12 ; 144:11 ; 149:6-9.

La lecture de ces passages et d’autres semblables montre bien que les Psaumes ne sont pas cohérents avec les dévotions chrétiennes, en particulier à cause de tout ce qu’ils contiennent de complètement opposé à la grâce. Voici une pensée assez courante, mais tout à fait contraire à la vérité : «parmi tous les livres possibles, le psautier inspiré mérite d’être choisi comme livre de dévotion. Ces chants chorals d’Israël, surtout s’ils sont accompagnés de la musique appropriée, sont bien adaptés pour suivre le commandement apostolique — même si ce n’est pas ce que l’apôtre avait en vue directement comme quelques-uns le pensent — lorsqu’il dit : Vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre coeur au Seigneur» (Éph. 5:19) [Exposé sur les Psaumes, de Fry, 2° Éd. p. 38].

C’est une confusion complète que de penser que le terme «psaume» en Éphésiens 5:19 se réfère exclusivement aux Psaumes de l’Ancien Testament. Cette confusion provient de ce qu’on ne reconnaît pas la complète différence de relation dans laquelle se trouvait le juif par rapport au croyant de maintenant. Israël adorait Dieu comme l’Éternel. Le chrétien adore Dieu comme le Père. La louange à l’Éternel diffère fondamentalement de la louange au Père, et les Psaumes de David n’expriment pas les révélations plus complètes du Nouveau Testament. Trouve-t-on dans les Psaumes quoi que ce soit qui implique la connaissance du Père et du Fils ? Il n’y en a pas un seul mot, pour la simple raison que le Fils n’avait pas encore révélé le Père (Matt. 11:27 ; Jean 1:18), alors que maintenant, bien au contraire, les petits enfants eux-mêmes sont caractérisés par la connaissance du Père (1 Jean 2:13), dépassant par là le Juif le plus avancé.

Les Psaumes sont donc complètement inadaptés à l’expression des émotions spirituelles même du plus jeune croyant dans la foi. C’est par contre une bénédiction que Dieu se serve des Psaumes pour parler au croyant ; mais c’est une perversion de la vérité que de supposer que le chrétien doit se servir des Psaumes pour parler à Dieu dans l’adoration et la louange.

 

4                        Rôle du coeur dans le chant chrétien

Psalmodiant de vos coeurs (Éph. 5:19) — Littéralement : FAISANT UNE MÉLODIE DANS VOS COEURS

 

Bible Treasury N1 p. 13-16 ; lettre n°4

4.1   Nécessité de la mélodie dans le coeur

Dans une lettre précédente, nous nous sommes référés à 1 Cor. 14 qui nous exhorte à chanter à la fois avec l’esprit et avec l’intelligence. La normale pour les chrétiens est d’être intelligents dans les voies du Seigneur et non pas des enfants quant à l’entendement (1 Cor. 14:20). Mais dans le chant, il y a un autre élément également important. Sans la mélodie du coeur, il est impossible de rendre au Seigneur une louange agréable.

C’est ce qu’on peut retenir en général, de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Pour en souligner l’extrême importance, nous le trouvons répété expressément en des termes précis. Le Psalmiste désire plusieurs fois louer l’Éternel de «tout son coeur» (Ps. 9:1 ; 111:1 ; 138:1). Avec tous les privilèges élevés et les grandes responsabilités qui sont les siennes, le chrétien n’est pas de reste par rapport au Juif. Deux des épîtres de Paul donnent en effet une exhortation spéciale à cet égard : «Chantant et psalmodiant de votre coeur au Seigneur» (Éph. 5:19) et «chantant de vos coeurs à Dieu dans un esprit de grâce» (Col. 3:16).

 

4.2   Lumières ou ténèbres dans le coeur ?

Le coeur doit donc être en ordre devant le Seigneur, aussi bien que l’esprit. Sinon, même les expressions les plus parfaitement claires, n’en seront pas moins froides comme la glace. Pour éviter cet écueil, il est nécessaire que le coeur et l’esprit, les deux à la fois, soient en exercice, en sorte que l’esprit contribue à l’intelligence spirituelle et le coeur aux émotions sacrées.

L’Écriture montre un lien étroit entre les deux, et l’influence considérable des exercices de coeur sur l’esprit. Dans la description de l’homme qui glisse de la connaissance de Dieu vers les ténèbres et la corruption des païens, la première étape est de devenir «vains dans leur raisonnements, et leur coeur, destitué d’intelligence, fut rempli de ténèbres» (Rom. 1:21). La suite nous dit que, «comme ils n’ont pas eu de sens moral pour garder la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à un esprit réprouvé» (Rom. 1:28).

Le coeur destitué d’intelligence et rempli de ténèbres est donc une première étape vers un esprit réprouvé. Ailleurs, l’apôtre prie pour les Éphésiens pour que Dieu leur donne l’esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance, les yeux de leur coeur étant éclairés pour que vous sachiez quelle est l’espérance de votre appel…» (Éph. 1:17-18). En contraste avec la connaissance de Dieu perdue par les ténèbres remplissant le coeur, la pleine connaissance de Dieu est maintenant communiquée par la lumière faite dans le coeur. Puisque le coeur est la principale voie d’accès à toute compréhension vraie et correcte des choses de Dieu, il est donc de la plus haute importance que le coeur soit soigneusement gardé ; il est même dit : «Garde ton coeur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie» (Prov. 4:23). L’apôtre écrivait pareillement aux Philippiens : «la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus» (Phil. 4:7) ; ceci souligne ce qui seul peut former une garde efficace pour la forteresse centrale de la nature humaine.

 

4.3   Un coeur renouvelé où l’Esprit agit pour produire la mélodie

L’Écriture enseigne constamment que le coeur est vraiment le point central de l’être humain. Il est le siège des affections et des motivations qui animent l’homme dans le chemin de la vie. À ceux qui se satisfaisaient de nettoyer l’extérieur des plats, le Seigneur leur déclare qu’il y a, à l’intérieur, une source d’impureté, ce qu’ils ignoraient entièrement. C’est du coeur que procède tout ce qui souille l’homme (Matt. 15:19). Le mauvais coeur naturel de l’homme laisse son empreinte sur toutes ses actions ; c’est donc de lui qu’est la source de tout mal (Matt. 5:28 ; 1 Jean 3:15). Inversement, le coeur de l’homme renouvelé caractérise aussi toute action qui se révèle bonne et agréable à Dieu. Comme esclaves de Christ, nous avons à faire de coeur la volonté de Dieu (Éph. 6:6). C’est dans ce but que «l’amour de Dieu a été versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rom. 5:5). C’est la fonction même de l’Esprit de Dieu dans nos coeurs, d’être à l’origine de toutes les affections et de les caractériser. C’est ce que l’apôtre enseigne : «Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l’Esprit de Son fils dans vos coeurs, criant : Abba, Père» (Gal. 4:6 ; 2 Cor. 1:22).

C’est très important d’avoir appris la tromperie du coeur naturel (Jérémie 17:9). Nous ne sommes pas laissés à nous-même pour produire des sentiments convenables envers Dieu. Celui qui nous communique les bonnes pensées de Dieu et du Père, nous donne aussi des sentiments appropriés. Car il est l’Esprit d’amour, aussi bien que de sobre bon sens (2 Tim. 1:7). C’est Lui qui met dans le coeur le sens de l’amour incomparable de Dieu (Rom. 5:5), et l’en remplit en sorte que, de l’abondance du coeur, la bouche parle (Matt 12:34-35 ; Luc 6:45).

C’est ainsi qu’est générée la mélodie du coeur. Mais, s’il est vrai qu’elle ne peut pas exister sans l’opération du Saint Esprit, la responsabilité de la produire incombe à celui qui chante, selon notre texte. Exprimer les louanges du Seigneur de ses lèvres, doit normalement s’accompagner de la mélodie correspondante dans le coeur. Or le Saint Esprit ne saurait agir si le croyant n’honore pas Sa présence ici-bas sur la terre, et ne se soumet pas à Sa direction. C’est donc la responsabilité de l’adorateur de maintenir une attitude de foi et de dépendance pour laisser le champ libre à l’opération du Saint Esprit sans laquelle aucun sacrifice de louange ne peut être agréable dans le ciel.

Au risque de fatiguer le lecteur, soulignons encore combien Éph. 5:19 insiste sur ce point. Les saints y sont exhortés, non pas simplement à chanter, ni simplement à faire une mélodie dans le coeur, mais l’exhortation est de simultanément chanter ET faire une mélodie dans le coeur. Aucun niveau de mélodie vocale ne saurait équivaloir ou remplacer la mélodie dans le coeur, selon les expressions d’Éph. 5:19.

 

4.4   Les instruments de musique

Il est pénible de penser qu’en pratique bien des gens soutiennent que faire monter des hymnes à Dieu d’une manière techniquement correcte, suffit à Dieu, Lui qui désire la vérité dans l’homme intérieur. Considérons sérieusement l’avertissement solennel du Seigneur aux scribes et aux pharisiens : «Hypocrites ! Ésaïe a bien prophétisé de vous, disant : «Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est fort éloigné de moi ; mais ils m’honorent en vain,…» (Matt 15:7-9). Ils n’étaient rien d’autre que «des choses inanimées qui rendent un son» (1 Cor. 14:7).

Il est indispensable qu’une voix harmonieuse soit accompagnée (yallonteV) de la mélodie du coeur. C’est ce qui remplace les instruments de musique du culte dans le temple. Le chrétien n’est pas invité à louer le Seigneur avec le son de la trompette, le psaltérion, la harpe ou les cymbales retentissantes ; mais son chant doit découler naturellement, et de manière touchante, du saint enthousiasme de l’homme intérieur. Allons-nous comparer un seul instant «l’airain qui résonne, les cymbales retentissantes» (1 Cor. 13:1), ou l’orgue également retentissant, avec le rayonnement ravissant d’une âme fervente, née de Dieu, et conduite par l’Esprit dans l’appropriation et la compréhension des riches et grands privilèges qui sont la portion inaliénable du chrétien selon la révélation du Nouveau Testament ?

 

4.5   L’esprit de grâce

En Colossiens (3:16), nous sommes appelés à chanter dans un esprit de grâce. La grâce exprime toujours la manière surabondante par laquelle Dieu répond au besoin du pécheur. C’est pourquoi la grâce est certainement propre à toucher l’âme dans toute sa profondeur. Ceux qui contemplent l’amour de Christ les lavant de leurs péchés dans son sang et les faisant rois et sacrificateurs pour son Dieu et Père, ceux-là ne peuvent pas manquer de Lui rendre gloire, force et pouvoir aux siècles des siècles.

La grâce affermit le coeur (Héb. 13:9) et nous rend capable de servir Dieu en lui étant agréable, avec révérence et avec crainte (Héb. 12:28), et elle fait éclater dans le coeur la louange et les actions de grâce vers Dieu. Car c’est à Dieu que nous chantons en Colossiens, comme à l’Auteur de cette grâce, tandis que dans les Éphésiens, c’est le Seigneur qui est devant l’âme lorsqu’elle fait monter les mélodies du coeur («psalmodiant de votre coeur au Seigneur»).

 

4.6   Sentir la présence du Seigneur

On peut certainement dire que c’est ici que réside le secret de la mélodie dans le coeur. Si quelqu’un demande : «Comment puis-je produire cette mélodie intérieure ?», la réponse est : Que Christ soit devant votre âme. Pourquoi la langue chante-t-elle si souvent alors que le coeur est silencieux ? N’est-ce pas que la personne bénie de notre Seigneur et Sauveur a été oubliée ? La voix se joint aux autres machinalement, mais le coeur reste apathique, morne, ou même distraits par les plus futiles pensées. Oh ! c’est à la foi de réaliser Sa présence de manière qu’en ceci, comme dans le reste, nous manifestions un comportement convenable, et digne de Lui.

Ne pouvons-nous pas dire que c’est le sentiment de la présence du Seigneur dans la prison de Philippe qui faisait chanter Paul et Silas, des «chants dans la nuit» (Act. 16:25 ; Job 35:10). Car si, dans ce cas, le Seigneur n’était pas l’objet de leurs louanges, Il était, comme Il doit toujours l’être, le sujet de cette louange. C’est pourquoi ils chantaient fort, faisant la mélodie dans leurs coeurs. Ils n’étaient pas de ceux qui chantent des chansons à un coeur affligé (Prov. 25:20). La présence du Seigneur peut même faire chanter le muet (És. 35:6) et aucun de Ses rachetés ne sera triste devant Lui. Car la lumière de la face du Maître transforme même les circonstances de douleurs en occasions de joie.

Par-dessus tout, que le coeur présente sa mélodie au Seigneur ! On voit souvent des publicités demandant des «voix pour le choeur de l’église», alors, qu’en vérité, c’est de coeurs qu’on a besoin ; mais ce n’est pas la publicité qui peut l’obtenir. «Aucun coeur, sinon enseigné de l’Esprit, ne peut faire une mélodie pour Toi». Le Père cherche non pas des voix cultivées, mais des coeurs renouvelés.

 

4.7   Ceux qui chantent faux

Quelle consolation, donc, pour ceux dont le chant se limite à «des cris de joie au Seigneur» (Ps. 66:1 ; 81: 1 ; 95:1, 2 ; 98:4, 6 ; 100:1), de savoir qu’ils peuvent de toute façon faire une mélodie dans leur coeur. Mais ils devraient quand même modérer le bruit de leurs efforts pour ne pas heurter trop durement leurs frères dont les sensibilités musicales sont plus vives. Inversement, ceux-ci devraient supporter de bon coeur les sonorités écorchantes, et se souvenir avec grâce que ce n’est ni la qualité de leur chant ni son niveau technique qui fait que leurs propres louanges sont entendues dans le ciel.

À cet égard, il vaut la peine d’écouter les sentiments piquants de Thomas Fuller, exacts pour l’essentiel : «Seigneur» disait-il, «ma voix est par nature rude et sans tonalité, et ce serait perdre son temps que de chercher à l’améliorer. Le chant des Psaumes peut-il plaire à Tes oreilles alors qu’il ne plait pas aux miennes ? Bien que je ne puisse pas chanter comme un rossignol ou un merle, je préfère grommeler comme l’hirondelle (És. 38:14) ou croasser comme le corbeau, plutôt que de me taire. Si Tu m’avais donné une meilleure voix, je Te louerais avec une meilleure voix. Mais la douceur qui manque à ma musique, je la compense en bon sens pour chanter tes louanges avec intelligence. Oui, Seigneur, crée en moi un coeur nouveau, (avec de quoi y faire de la mélodie), et je me contenterai de ma vieille voix jusqu’au jour où, admis dans ton choeur céleste, il me sera attribué une autre voix plus harmonieuse».

 

5                        Rôle du chant pour le croyant

Bible Treasury N1 p. 30-32 ; lettre n°5

5.1   L’effet du chant des cantiques sur le croyant qui les chante

Il y a un côté de notre sujet que soulignent Éph. 5:19 et Col. 3:16, et que je n’ai pas encore noté. Il est cependant important de le considérer.

On a insisté à bien des reprises que le chrétien doit chanter «au Seigneur», et que selon l’enseignement tout simple de l’Écriture, ce n’est pas tel ou tel psaume, mais tous, psaumes, hymnes et cantiques qui doivent être chantés dans la conscience d’être comme devant Dieu. Il est bien vrai, sur la base de la même autorité, que le chant sacré a un effet en retour sur celui qui chante. C’est la même chose qu’en exposant nos requêtes à Dieu : que nous obtenions ou non ce que nous demandons, l’effet de la prière est de remplir de la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, et qui garde nos coeurs et nos pensées dans le Christ Jésus (Phil. 4:6, 7). C’est l’attitude même de la prière qui produit l’état de calme paisible dans l’âme, même si la réponse directe n’arrive pas. Bien que premièrement adressé à Dieu, le chant a, comme la prière, un effet secondaire bénéfique sur le croyant. Le verset même qui dit aux saints à Éphèse de faire la mélodie dans le coeur au Seigneur, dit aussi : «vous entretenant par des psaumes etc…». Et à ceux de Colosses, l’apôtre écrit : «vous enseignant et vous exhortant l’un l’autre par des psaumes, etc…» (Éph. 5:19 ; Col. 3:16).

Le fait de chanter élargit le coeur et l’esprit, et amène à une connaissance plus pratique de la vérité. De même que les forces physiques et mentales se développent et se fortifient par l’exercice, c’est ce même effet que produit l’exercice sur les facultés et les émotions de la nature spirituelle du croyant. L’hymne fournit un canal approprié à l’épanchement des affections et des aspirations de l’âme, et, en retour, il en résulte bénédiction et profit pour celui qui chante. En reprenant les paroles du psalmiste : «Il est bon de célébrer l’Éternel, et de chanter des cantiques à la gloire de ton nom, ô Très-Haut» ! (Ps. 92:1), on peut dire qu’il en va de même pour le chant de louanges au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ.

 

5.2   Des paroles selon l’Écriture

Il vaut la peine de noter que le chant est un moyen de graver profondément la vérité (ou malheureusement aussi l’erreur !) dans le coeur d’une personne. On a souvent cité le paradoxe que si un homme avait en charge de faire les chansons d’une nation, il n’aurait pas besoin de s’occuper de qui a la charge de faire ses lois.

Quel que soit le degré de vérité contenu dans cette boutade, il reste certain que la substance des cantiques a un effet incalculable sur la pensée et la foi chrétienne. Les cantiques conformes à l’Écriture exercent une influence sanctifiante et instructive chaque fois qu’on les chante ; au contraire un chant dont la substance est fausse, est nuisible et n’édifie pas, même s’il est «beau» dans sa composition. Combien de coeurs ont vibré en adoration fervente quand ils se sont mis à chanter les cantiques du compositeur Watt : «Quand je contemple la croix merveilleuse…», ou de Hart : «Qu’il est bon le Dieu que nous adorons…». Inversement, combien de coeurs ont été aveuglés au sujet de la présence du Saint Esprit habitant dans le croyant à cause de tant de cantiques qui prient pour la venue du Saint Esprit maintenant, ou pour qu’Il soit versé sur nous ; ce sont les cantiques avec des paroles du genre : «Viens, Saint Esprit, Créateur béni, daigne reposer sur nos âmes». De tels sentiments oublient entièrement la promesse du Seigneur que le Consolateur viendrait pour être avec nous éternellement (Jean 14 :16), et ils nient l’accomplissement de cette promesse en Actes 2. Comme la majorité des gens n’a pas l’habitude d’éprouver toute chose (1 Thes. 5:21), lorsqu’ils chantent de tels cantiques, ils s’imprègnent de cette pensée incrédule, fausse et néfaste, et cela fait du tort à leurs âmes.

Il nous appartient donc de faire attention à ce que nous chantons. Le seul test infaillible pour un cantique doit être la parole de vérité. Prenons maintenant cet autre côté des choses : à quoi sert-il ou à quoi peut-il jamais me servir (à moi ou à quiconque) d’avoir des cantiques non conformes à l’Écriture ? Ça ne peut certes pas contribuer à l’avancement spirituel, mais plutôt à la propagation d’idées erronées.

 

5.3   Chanter à la gloire de Dieu ou selon le goût populaire ?

Dans la catégorie de l’aide spirituelle, se range la majorité des cantiques qu’on appelle cantiques d’évangélisation (ou gospels). Ils consistent en des cantiques chantés par les saints en présence de pécheurs à titre d’accompagnement d’une prédication de l’évangile. Ils expriment les délices des enfants de Dieu dans les vérité simples et élémentaires de l’évangile. Il est malheureusement triste de voir les services d’évangélisation dégénérer en des occasions de faire étalage de prétendus talents musicaux, ou dans l’abandon des vérités sobres et solennelles de la grâce de Dieu, qu’on remplace par un sentimentalisme maladif marié à des mélodies de danse ou des refrains de musique légère, tout cela pour plaire au goût populaire. Ce n’est pas à la gloire de Dieu, et ce n’est en aide ni au saint ni au pécheur.

 

6                        Le chant dans l’assemblée chrétienne (église)

6.1   Manière d’indiquer les cantiques à chanter dans l’assemblée

Si on passe maintenant au sujet du chant dans l’assemblée, 1 Cor. 14 donne des directions très pratiques. À Corinthe, dans les réunions de l’assemblée, il y avait beaucoup de hâte et de confusions inconvenantes. Il semble que chaque frère arrivait, ayant préparé à l’avance sa contribution de don spirituel pour l’assemblée. L’apôtre dit : «Qu’est-ce donc frères ? Quand vous vous réunissez, chacun de vous a un psaume, a un enseignement, a une langue, a une révélation, a une interprétation : que tout se fasse pour l’édification» (1 Cor. 14:26). On voit bien qu’ils se faisaient une vraie concurrence, qu’il y avait peut-être même de la rivalité, cherchant à étaler leurs dons. Il en résultait du désordre dans le déroulement des réunions, et l’absence d’édification pour les saints. Le conseil de Paul dans de telles circonstances était de tout faire pour l’édification. Il n’a pas dit d’établir un président, ou de nommer un responsable de l’ordre dans les réunions, de façon à pouvoir déterminer qui blâmer. Non pas, ç’aurait été nier complètement la souveraineté de Dieu au milieu d’eux «distribuant à chacun en particulier comme Il lui plait» (1 Cor. 12:11). Qu’on se laisse gouverner par Lui et l’édification des saints en est le résultat certain.

Or le chant est spécialement mentionné dans ce verset. Si chacun avait un psaume, cela ferait cesser immédiatement toute communion. C’est un principe entièrement faux, pour un frère, de penser que, comme il a eu beaucoup de joie à propos d’un certain cantique, il doit aussitôt prendre pour la réunion d’assemblée et demander à l’ensemble de ses frères de le chanter avec lui. C’est sans doute très naturel d’admettre qu’il me faut demander aux autres de partager ce que je trouve bon. Mais c’est en opposition avec la vérité de 1 Cor. 14. Comme déjà dit, ce chapitre montre que la règle de conduite, c’est ce qui est convenable pour l’ensemble, non pas ce qui pourrait être convenable. Autrement dit, le cantique doit exprimer ce qu’il y a dans les pensées et les coeurs des saints à ce moment particulier, et ceci nous fait taire au profit de l’Esprit de Dieu. Nous dépendons absolument et continuellement du Saint Esprit pour les directions quant au culte à présenter, à quelque moment que ce soit.

Néanmoins, souvenons-nous que l’Esprit de Dieu n’amène pas miraculeusement dans la mémoire d’une personne un cantique qu’elle n’a jamais vu ni chanté auparavant. Plus les saints sont familiers avec le livre de cantiques par un usage constant chez eux, plus grande sera la variété des cantiques chantés dans l’assemblée. Car l’Esprit choisit parmi ce que nous connaissons. D’où l’importance de bien apprendre à connaître les cantiques dans nos dévotions privées, de façon que, dans l’assemblée, il y ait une louange convenable et appropriée, et non pas du formalisme ou des habitudes.

D’un autre côté, il faut déplorer la permissivité dans l’usage du livre des cantiques. L’habitude permanente d’annoncer des cantiques amène à se tromper soi-même. N’oublions jamais que c’est le Seigneur lui-même qui conduit nos louanges, comme il est dit : «au milieu de l’assemblée, je chanterai tes louanges» (Héb. 2:12). C’est donc une question solennelle d’annoncer un certain cantique qui doit concrétiser les louanges des saints à ce moment-là, puisque le Seigneur Lui-même est le grand Maître du choeur. En effet personne, sauf l’Esprit de Dieu, ne peut guider avec justesse pour être en accord avec les pensées du Seigneur. Mais c’est aussi en même temps notre propre responsabilité de nous placer dans le droit fil de Son action, en sorte que tout puisse être du Seigneur et pour le Seigneur.

 

6.2   Rapport entre les paroles et la manière de chanter

Considérer avec soin ce qui est en train d’être exprimé dans les cantiques va sans effort conduire au choix d’un mode d’expression approprié. Après tout ce qui a été écrit, il devrait être superflu de reprendre le sujet. Mais quelques mots directs pourront peut être anéantir les dernières fausses excuses que présentent les coupables. Chercher à faire des effets dans le chant, ne saurait être trop déploré ; inversement on dirait que les saints oublient complètement les paroles qu’ils chantent, probablement faute d’y penser, plus que par manque de principe. À quoi peut bien penser un croyant criant le plus fort possible, et à toute vitesse, des paroles solennelles telles que : «Quand nous te voyons dans le jardin, dans ton agonie sanglante… quand nous te voyons victime clouée sur le bois maudit, frappé à cause de notre faute et de notre folie, tout notre jugement étant porté par toi» ? Dans l’autre sens, qui n’a jamais entendu exprimer : «Voilà des paroles de joie» comme si c’était une lamentation funèbre, des plus pathétiques ? Ou bien ces accents vivifiant : «nous nous réjouissons en Dieu et nous chantons cet amour» qu’on fait traîner comme à un enterrement, les bouches à moitié fermées ? Tout ceci parce que le coeur n’y est pas, et qu’on est tombé dans un formalisme lourd et indolent, qui discrédite les saints et déshonore le Seigneur. Pour l’éviter, il suffirait de penser un peu au sens réel des paroles du cantique.

 

6.3   Toujours chanter ?

Une difficulté : Certains se demandent dans quelles conditions ou circonstances ont peut décider de s’abstenir de chanter un cantique proposé. Il est certain que ce ne peut qu’être un cas exceptionnel demandant l’exercice de beaucoup de sagesse. On peut énoncer deux principes tirés des précédentes lettres :

1)      Parce que je chante au Seigneur, je ne dois pas chanter ce que je sais être contraire à l’Écriture

2)      Parce que je chante en communion avec les saints, je n’ai pas de raison de refuser, sauf si ce qu’on me demande de chanter est manifestement contraire à l’Écriture et à la pensée de l’Esprit.

Je dis «manifestement» car s’il y a doute, la modestie et l’humilité amèneront à se joindre avec prudence, à s’abstenir de formuler trop catégoriquement une opinion. Ne soyons pas surpris si d’autres tombent très rapidement dans nos propres petits travers. Si nous-mêmes ne voyons pas bien clairement les points sur lesquels d’autres insistent fortement, c’est peut-être que notre vue est défectueuse. En bref, soyons lents à juger là où il n’y a pas la pleine lumière de l’Écriture ; mais quand il n’y a pas place pour le doute, les droits du Seigneur et de Sa parole exigent de nous fermeté et fidélité.

Encore une dernière remarque valable aussi bien pour le chant que pour d’autres choses : le chrétien n’est pas dirigé «à la baguette». C’est l’oeil du Seigneur qui doit nous guider, non pas la bride et le mors (Ps. 32:8, 9). Les meilleures règles nous feront dérailler si elles supplantent Christ. Le croyant le plus simple et le plus faible chante bien s’il a le Seigneur devant lui ; mais la louange du chanteur le plus intelligent et le plus accompli ne sont que de la vanité si le Seigneur est oublié comme objet et sujet de cette louange.