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NOUS NE NOUS LASSONS POINT    2 Corinthiens 4

 

André Gibert

 

Table des matières :

1     [L’énergie de la foi se puise dans la connaissance de la gloire de Dieu vue en Christ]

2     Le trésor et ses détenteurs [ : faire briller la lumière qu’on a reçue]

3     L’évangile non voilé [quant à lui-même : mais voilé ou danger de l’être chez les auditeurs ou les porteurs du message]

4     Le vase de terre [(l’homme extérieur) : frappé et brisé, non pas détruit]

5     Mort et vie [de Christ appliquées au croyant pour que tout soit plié à Son service]

6     [Tout «Pour vous» pour des actions de grâces multipliées, tribulations surabondantes «pour nous» — un gain invisible sans mesure]

 

Les sous-titres entre crochets ont été ajoutés par Bibliquest

ME 1967 p. 225

1                    [L’énergie de la foi se puise dans la connaissance de la gloire de Dieu vue en Christ]

«C’est pourquoi nous ne nous lassons point», dit l’apôtre dans ce chapitre par deux fois, la première (v. 1) en rapport avec le ministère reçu, la seconde (v. 16) avec le ministère exercé. L’expression laisse entendre que les motifs de se lasser n’auraient pas manqué, mais elle dit avec force que Paul recevait de Dieu tout le courage nécessaire pour un tel service. Sa foi puisait le secret d’une énergie toujours nouvelle, malgré tant de tribulations, dans la connaissance de la gloire de Dieu vue en Christ. Or ce qui était vrai à un degré exceptionnel chez le grand apôtre vaut pour toute activité chrétienne : le christianisme, et c’est là son caractère propre et éminent, place le croyant en présence de cette gloire, pour qu’il la contemple, en éprouve les effets, et la reflète au dehors.

Il en est ainsi depuis que la rédemption est accomplie. La gloire de Dieu — c’est-à-dire «la perfection de Dieu lui-même, la perfection absolue, l’ensemble des perfections divines» (H. R.) — est donnée à connaître aux croyants (3:10) et par les croyants (4:4, 6). Un trésor est mis dans leurs mains pour que d’autres soient amenés à en jouir avec eux.

 

2                    Le trésor et ses détenteurs [ : faire briller la lumière qu’on a reçue]

L’apôtre associe tous les croyants à la même inestimable grâce : «Nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, comme par le Seigneur en Esprit» (3:18). Nous étions ténèbres, comme tous les hommes, Juifs (ch. 3) et nations (ch. 4), mais «le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît, a relui (ou : resplendi, c’est le même mot) dans nos coeurs». La lumière de la nouvelle création s’est levée dans les ténèbres morales du monde et de nos coeurs. Dieu révèle sa gloire en Celui qui est venu souffrir et mourir pour nous, abolissant le péché, triomphant de Satan, annulant la mort et faisant luire la vie, et qui, Homme glorifié dans le ciel, a été «fait Seigneur et Christ». La gloire de Dieu brille dans sa face, je puis la contempler à face découverte, sans crainte. Mieux encore, elle ne luit pas lointaine dans un ciel inaccessible, mais resplendit dans nos coeurs !

C’est ainsi qu’est conférée aux croyants la charge privilégiée de transmettre à d’autres le rayonnement de cette gloire. Sauvés, ils sont faits porteurs de la lumière resplendissante, les vases où Dieu place, sur cette terre, le trésor de sa gloire connue dans la face de Jésus glorifié. Chaque chrétien a part à cette fonction insigne. Les uns ont mission de prêcher, les autres de profiter des occasions offertes par l’existence quotidienne de présenter la Parole, et tous doivent la montrer en action par leur conduite ; mais, du ministère unique d’un Paul au service en apparence le plus humble, l’objet est le même : manifester la vérité en présentant «le christ Jésus comme Seigneur». Ce privilège a été reçu «comme ayant obtenu miséricorde » : cela rend le coeur sensible à une si grande grâce, le confond, et l’assure qu’il aura à sa disposition tout ce qu’il faut pour faire face aux difficultés, quelles qu’elles soient.

Il s’agit que brille la lumière que l’on a reçue, et quelle lumière ! Elle est celle de l’«évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu» (v. 4), et celle de «la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ» (v. 6) (*). La «puissance de Dieu en salut» (Rom. 1:16) est là, dans son excellence (2 Cor. 4:7) : le salut des pécheurs est lié à la gloire de Dieu en Christ, et pareillement la marche des croyants. Ce n’est pas une affaire humaine. Et pourtant elle est confiée à des hommes, non à des anges. Dieu veut, dans ces hommes, faire briller une telle lumière, et cela sans voile.

(*) Le même mot (phôtismos, action d’éclairer, illumination) est traduit dans notre version par «lumière» au v. 4, par «faire luire» au v. 6 (litt. : «qui a relui dans nos coeurs pour (ou : en vue de) l’illumination de la connaissance de la gloire de Dieu»).

Une note indiquant que le mot traduit par «lumière» en 2 Cor. 4:4 et le même que celui de 2 Cor. 4:6 traduit par «luire» est à placer après «luire», et non après «relui», comme cela a été fait par erreur dans certaines éditions sur papier de la Bible JND.

 

3                    L’évangile non voilé [quant à lui-même : mais voilé ou danger de l’être chez les auditeurs ou les porteurs du message]

Ce message de gloire n’est pas voilé du côté de Dieu, parce que l’Homme Christ Jésus est glorifié dans le ciel. Quand Jésus, venu du ciel, était ici-bas, «Dieu était en Christ», «manifesté en chair», mais, bien que Jésus rayonnât de gloire morale, ni sa gloire personnelle ni ses gloires officielles ne transparaissaient, sauf exception, à travers le voile de «sa chair». Maintenant que Dieu a été glorifié sur la croix par le Fils de l’homme, Il a exalté celui-ci dans le ciel, et la gloire de Dieu brille dans la face de cet Homme.

Le message est voilé, hélas, «en ceux qui périssent» (v. 3). La lumière brille, mais les aveuglés ne la voient pas ; le trésor est là, mais de valeur nulle pour eux. Telle est la condition de l’homme naturel, et telle est la puissance de Satan sur lui. Mais que le voile soit ainsi sur les esprits des hommes n’ôte rien à la réalité de Jésus glorifié et de la gloire de Dieu resplendissant dans sa face.

La question est alors : les porteurs du message le voileraient-ils eux-mêmes ? Paul répond avec assurance quant à lui : Non, je l’annonce en toute clarté. Pourrions-nous répondre de la sorte ? N’éludons pas cette question qui nous sonde.

Autrefois, Moise devait mettre un voile sur son visage : le peuple ne pouvait supporter l’éclat de la gloire de la grâce mêlée à la loi. Il était pardonné, c’est vrai, mais replacé sous un ministère de mort et de condamnation, lequel était non point atténué mais aggravé du fait que la loi violée était donnée à nouveau (Exode 34 ; 2 Cor. 3:7-13). Il en est autrement avec l’évangile de la gloire du Christ. «Nous ne faisons pas comme Moïse», dit l’apôtre du ministère de l’Esprit, «et si notre évangile est voilé il l’est en ceux qui périssent», mais non point en nous. La lumière reçue en son coeur irradiait au-dehors, tant pour le salut des inconvertis que pour l’édification des saints. L’apôtre pouvait parler ainsi parce qu’il avait rejeté tout ce qui aurait pu voiler son évangile. Nous aurons à y revenir. Mais du moment que les hommes de ce siècle aveuglés par son dieu préfèrent les ténèbres à la lumière, les luminaires souffrent, s’ils sont fidèles, et la fidélité de Paul entraînait son existence de tribulations. «Vase d’élection pour porter le nom du Seigneur devant les nations et les rois, et les fils d’Israël », il lui avait été montré à l’avance combien il devait souffrir pour ce nom (Actes 9:15, 16).

Il n’est pas surprenant que le monde haïsse un homme auquel le nom du Seigneur est attaché. Rien de plus grand ici-bas que la fonction de porteur de l’évangile, mais rien de plus méprisable et de moins supportable pour ce siècle, dont il met à nu la vanité et la perversion. Donner toute la place à Dieu et à sa gloire en Christ, quelle offense au monde ! Paul ne se prêchait pas lui-même, et il ne se recommandait que par la manifestation de la vérité ; il n’ajoutait rien à son message, et ne l’accommodait pas au goût mais seulement aux besoins de ses auditeurs ; il présentait Jésus Christ, crucifié et glorifié : c’est ainsi qu’il ne voilait pas l’évangile. Nous ne saurions trop méditer son exemple, dans des jours où nous sommes sollicités de moderniser cet évangile, ce qui signifie le ternir, et déchoir nous-mêmes de la grâce.

Mais cette mise de côté de tout ce dont le serviteur pourrait se prévaloir donne aux tribulations de celui-ci un tout autre caractère que le simple effet de l’opposition du monde. Il est formé par Dieu, au-dedans par son Esprit, au-dehors par les circonstances, de façon que l’évangile ne soit point voilé et que luise «la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ».

 

4                    Le vase de terre [(l’homme extérieur) : frappé et brisé, non pas détruit]

Pour que «l’excellence de la puissance soit de Dieu et non pas de nous», il ne suffit pas que les vases, comme le trésor lui-même, apparaissent indignes de toute estime aux incrédules, ou aux chrétiens charnels comme il y en avait à Corinthe — cela, au fond, importerait peu — , il faut qu’effectivement les vases soient sans valeur.

Ces porteurs de l’évangile, si grands par leur fonction, «ont ce trésor dans un vase de terre». Remarquez qu’ils ne sont pas exclusivement cela : le vase, c’est «l’homme extérieur», la chair mortelle, alors que «l’homme intérieur» vit de la vie de Christ : «nous vivons», dit l’apôtre. Mais le vase de terre n’a ni forme ni éclat, il est objet de dédain sinon de scandale. Paul était ainsi, son apparence chétive, sa présence personnelle faible, sa parole méprisable (2 Cor. 10:1, 10), «la tentation qui était dans sa chair» pouvait inspirer du dégoût (Gal. 4:14). Ce «vase d’élection» n’attirait pas la considération des hommes. Chose autrement pénible, il fallait qu’il n’eût pas de considération pour lui-même. Son insignifiance devait mettre en évidence l’excellence du trésor. Rien ne doit être dérobé à ce trésor au bénéfice du vase.

Mais un vase de terre n’est pas seulement de valeur infime. Il est fragile, il se fend et s’ébrèche aux chocs. Qu’à cela ne tienne : la lumière pourra briller au dehors. Ainsi, comme cela a été dit souvent, des torches que portaient dans leurs cruches les compagnons de Gédéon ; elles éclairèrent une fois les cruches brisées. Et le vase est frappé, fêlé, brisé.

Il n’est cependant pas détruit avant le temps, car il faut que la grâce et la puissance divines se montrent en lui alors qu’il est humainement toujours plus faible. En vain toutes les forces hostiles s’uniraient-elles pour l’anéantir alors que Dieu veut encore se servir de lui. Paul et ses compagnons sont dans les tribulations, sans être réduits à l’étroit comme si le vase en brisement ne pouvait plus contenir le trésor ; — dans la perplexité, sans que ressources ni directions manquent ; — persécutés, mais sans que Dieu permette qu’ils soient exterminés, même s’ils passent par la fournaise ; — abattus, mais sans disparaître encore de la scène comme épuisés à mort (v. 8, 9).

Non pas que ces tribulations donnent de la valeur au vase, comme le voudraient l’ascète et le mystique, et comme le propose illusoirement toute religion charnelle (cf. Col. 2:23). Non, il n’est maintenu que par la puissance de Dieu afin de remplir son rôle en s’effaçant toujours plus, jusqu’au moment où Dieu trouvera bon qu’il soit définitivement détruit. Toute valeur est dans le dépôt non dans le dépositaire, toute l’excellence de la puissance est de Dieu et non pas de nous. Le vase méprisé et souffrant porte la vie glorieuse de Jésus, triomphante de la mort, et les effets de ce triomphe s’y continuent.

 

5                    Mort et vie [de Christ appliquées au croyant pour que tout soit plié à Son service]

La vie impérissable de Jésus était manifestée dans le corps périssable de l’apôtre. Elle l’était, peut-on dire, à double titre. D’abord, écrit-il, «nous portons toujours partout dans le corps la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps» (v. 10). Ensuite : «Nous qui vivons, nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle» (v. 11).

Jésus, venu ici-bas pour apporter la vie où régnait la mort, ne pouvait le faire qu’en souffrant et en mourant. Il a eu sans cesse la mort devant lui. Paul, son imitateur, portait lui-même dans son corps, constamment, la mort de Jésus : il se comportait comme un mort vis-à-vis de ce qui constitue la vie de la vieille nature et du monde, vie avec laquelle Jésus n’avait rien eu à faire sinon passer au travers en en manifestant une tout autre, et mourir pour nous délivrer et nous placer dans la même position que Lui. Paul ne faisait aucun cas de sa vie terrestre ni ne la tenait pour précieuse (Actes 20:24) , il traitait ce corps mortel comme s’il était déjà mort, ne lui accordant rien, de telle manière (et quelle joie pour lui !) qu’en lui la vie de Jésus fût manifestée.

Mais il fallait à Paul, et il nous faut comme à lui, ce que l’Homme parfait n’avait eu en aucune façon à connaître, savoir le dépouillement du «moi». Le croyant est toujours appelé à appliquer la croix de Christ à ce vieil homme, et à mortifier «ses membres qui sont sur la terre», dans la défiance continuelle de ce «moi» rebelle. Mais celui-ci est particulièrement dangereux dans le service de l’évangile : tour à tour peureux et prétentieux, il est toujours prêt à falsifier la vérité à son profit sous prétexte même de la mieux répandre, et à voiler ce que Dieu veut faire resplendir, en mettant en avant la capacité humaine. Aussi Dieu a-t-il soin de «livrer à la mort» «pour l’amour de Jésus» ceux qui, possesseurs de la vie de Jésus par grâce, ont besoin, pour la manifester, d’être tenus dans la mort. C’est là l’objet de tant de souffrances atteignant le corps, d’humiliations pénibles, d’épreuves morales affectant sentiments, facultés, volonté, pour que tout soit plié au service du Seigneur.

Ainsi la vie de Jésus était-elle manifestée dans le corps de Paul, parce qu’il portait dans ce corps la mort de Jésus et qu’il était livré chaque jour à la mort. Extraordinaire situation, mais quelle victoire ! La mort opérait dans un homme pour produire la vie, parce que Christ a vaincu la mort. C’était véritablement «la puissance de la résurrection de Jésus », dans «la conformité à sa mort » (Phil. 3:10).

 

6                    [Tout «Pour vous» pour des actions de grâces multipliées, tribulations surabondantes «pour nous» — un gain invisible sans mesure]

Tant qu’il vit dans ce corps, Paul ne peut faire autrement que parler, parce qu’il a cru ; il n’y a pas d’autre raison à son existence ici-bas, et Dieu déploie sa puissance dans la faiblesse de l’instrument. Paul se réjouit en pensant à tout le merveilleux travail de l’évangile autour de lui. Il est là pour le bien des autres. En ce qui le concerne, son plus grand avantage serait d’être le plus tôt possible avec Christ, et, le vase détruit, les souffrances finies avec lui, d’attendre dans le repos le moment de revêtir en gloire le «domicile qui est du ciel». Mourir lui était un gain. Il aspirait, dans sa chair mortelle, à ce que la vie absorbât tout, il soupirait après ce revêtement. Mais la gloire de Christ dans la bénédiction des autres demandait qu’il fût ici-bas, et affligé : il valait bien la peine, alors, de «vivre dans la chair» (Phil. 1:21-26), même avec tant de tribulations ! Le martyre reprenait chaque jour, exigeant la patience, et demandant plus de force peut-être qu’un supplice libérateur. L’important était qu’une puissance de vie opérait : elle faisait mourir l’apôtre chaque jour, mais pour amener la multiplication d’actions de grâces à la gloire de Dieu. Dieu était loué non seulement pour les délivrances temporelles qu’il opérait de façon que le vase subsistât et poursuivît son précieux rôle vivificateur, mais pour les bienfaits apportés à d’autres, lesquels rendaient grâces avec l’apôtre. «Pour vous», dit-il. Triomphant par la foi, heureux et reconnaissant de servir à la joie de ceux qu’il aimait parce que lui-même était étreint par l’amour de Christ, Paul attestait la vie au travers d’une mort sans cesse ramenée.

Est-ce à dire que le serviteur fidèle n’a rien pour lui-même dès maintenant ? Bien loin de là. I1 vit glorieusement. L’homme extérieur dépérit, mais l’homme intérieur est renouvelé de jour en jour. Le nouvel homme reçoit des forces, dans la puissance de l’Esprit, pour poursuivre le ministère à la gloire de Dieu et donner à connaître cette gloire en annonçant Christ. Mais en même temps, «la légère tribulation d’un moment produit un poids éternel de gloire», et cela «pour nous», et «en mesure surabondante». L’apôtre ne se contente pas de dominer de haut cette succession de périls, de labeurs et d’afflictions, au point de l’appeler une légère et passagère tribulation, mais l’homme intérieur renouvelle sa vitalité dans la jouissance actuelle de la gloire qui surabonde, celle qui

 

Nous illumine et rayonne

Jusqu’au fond de notre coeur.

 

Au dépouillement de tout dans le domaine visible, à la destruction progressive du vase de terre, correspond un gain sans mesure dans le domaine invisible, portion présente et future du croyant. Au terme de ce dépouillement il y aura la maison éternelle, dans les cieux, le mortel enfin absorbé par la vie, le corps glorieux enfin revêtu après tant de gémissements dans cette tente, mais aussi tant de victoires et de consolations. L’âme étreinte par l’amour de Christ, vivant de Lui, puise déjà, sur la terre, à pleines mains dans le poids éternel de gloire !

En vérité, comment se lasser ?