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Il  SAISIT  UN  CHIEN  PAR  LES  OREILLES...

 

 

par André GIBERT

 

1                    Il  SAISIT  UN  CHIEN  PAR  LES  OREILLES...

«Il saisit un chien par les oreilles, celui qui, en passant, s’emporte pour une dispute qui n’est pas la sienne» (Prov. 26:17).

note Bibliquest : sujet en rapport avec l’engagement politique

ME 1943 p. 211

Chacun de nous s’est plus d’une fois mal trouvé de s’être étourdiment occupé de querelles où il n’avait rien à faire : on saisit un chien par les oreilles et l’on est cruellement mordu. Mais la portée de ce conseil de sage prudence dépasse, comme dans tous les Proverbes, les menus faits de la vie quotidienne. Il y a là un principe simple, mais important, qui doit dicter notre attitude à l’égard des conflits qui embrasent un monde caractérisé aujourd’hui comme jadis par la violence. Nos coeurs sont disposés à «s’emporter» pour eux, qu’il s’agisse de querelles locales, nationales ou internationales, comme si nous étions de ce monde. Or, nous y sommes en passant, ne l’oublions pas. «Notre Seigneur Jésus Christ s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais» (Galates 1:4). Nous nous y trouvons maintenant en étrangers et en forains : notre patrie est ailleurs, et nos vrais biens sont ailleurs, dès l’instant où nous sommes enfants de Dieu. «Notre bourgeoisie (droit de cité) est dans les cieux».

Jamais peut-être les chrétiens n’ont été plus incités à épouser une cause terrestre. Peuples et sociétés se heurtent, les bases mêmes de la civilisation sont en jeu ; dans le choc des idéologies comme des intérêts, parmi les propagandes ardemment menées de tous côtés par tous les moyens, on se trouve tiraillé entre courants puissants. Suivant son âge, son tempérament, l’éducation qu’on a reçue, le milieu où l’on vit, les influences qu’on subit, on incline d’un côté ou d’un autre. Des dissemblances d’opinion, qui feraient vite éclore des disputes, surgissent entre chrétiens sincères ; des conversations passionnées s’échangent au sein des familles, quand ce n’est pas au seuil des réunions. Et c’est ainsi que, imprudemment, on s’emporte, en passant, pour une dispute qui n’est pas la nôtre.

«Notre lutte n’est pas contre le sang et la chair» (Éph. 6:12). Notre Maître, divin modèle, a-t-il jamais pris parti dans les conflits qui opposaient hérodiens, sadducéens, pharisiens et autres sectes religieuses ou nationales ? Il les jugeait tous par sa seule présence et par ses paroles. S’est-il dressé contre l’oppresseur romain ? N’a-t-il pas dit au contraire : «Rendez à César ce qui est à César» ?

On dira que le chrétien ne peut rester indifférent devant le spectacle de ce monde, ses souffrances, ses injustices, ses égarements. Non, certes. Il ne saurait pactiser avec la violence ou la ruse, l’iniquité sous toutes ses formes. Mais il ne peut s’étonner de les voir mener un monde dont Satan est le Prince, quels qu’en soient les dehors. La Parole de Dieu résume d’un mot «tout ce qui est dans le monde», savoir : la convoitise (1 Jean 2:16), et toutes les querelles et toutes les guerres n’ont, au fond, pas d’autre mobile (voyez Jacques 4:1).

Examinons-nous sincèrement : quand nous soutenons une cause, qu’est-ce qui, la plupart du temps, et sans que nous en ayons toujours conscience, commande nos préférences personnelles ? N’est-ce pas l’attachement à nos habitudes, l’amour de nos aises, ou tout simplement, hélas ! le souci de nos biens matériels ? Je conviens qu’il est des considérations plus hautes, et en particulier celles qui touchent à la liberté du culte et du témoignage chrétien. Mais après tout «il n’existe pas d’autorité si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu» (Rom. 13:1) ; leur établissement ou leur maintien n’est pas de notre ressort, sauf que nous avons à prier pour celles qui nous régissent. Nous ne devrions pas nous inquiéter de l’organisation de ce monde, quand bien même il nous faudrait en arriver à dire comme les apôtres : «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes». Dieu ne nous laisse pas ici-bas pour nous mêler de l’organisation de ce monde, mais pour vivre «dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement» (Tite 2:12). Nous y sommes placés pour porter les caractères de Christ, manifester sa vie, être la lumière du monde, le sel de la terre, et rien d’autre, et si nous y manquons nous privons le Seigneur de ce qu’Il attend de nous. Nous sommes appelés à aimer, à pardonner, à faire du bien à tous, à venir en aide aux faibles, à rendre témoignage à un Christ mort, ressuscité, glorifié, à l’attendre, à intercéder, à adorer. Nous avons à garder sa Parole, à ne pas renier son nom. On n’en finirait pas d’énumérer les formes de l’activité chrétienne : elles se ramènent à faire tout au nom du Seigneur... Tout cela est absolument indépendant de l’état politique, social, intellectuel ou moral du monde, aussi bien que de la condition particulière dans laquelle Dieu place le croyant : l’esclave antique pouvait le réaliser comme son maître, l’ouvrier d’aujourd’hui le peut comme le paysan et le patron, l’illettré comme le savant.

Mais c’est précisément dans ce précieux service chrétien que nous trouvons sans cesse à combattre. Là, en contraste avec «les disputes qui ne sont pas les nôtres», est notre combat. Le chrétien est un perpétuel combattant ; ses ennemis ne désarment pas. Ces ennemis nombreux, puissants, subtils, sont «les principautés, les autorités, les dominateurs de ces ténèbres, la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes» (Éph. 6:12). Comme Amalek, ils veulent nous empêcher de poursuivre la route vers l’héritage céleste, comme les Cananéens nous empêcher d’en jouir. Pour lutter, il faut non des armes charnelles, mais les armes de Dieu, «l’armure complète de Dieu». Il faut «combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints» (Jude 3), et qui est menacée par tant de fausses doctrines ; il faut lutter contre la mondanité, lutter pour délivrer les âmes, en un saint combat pour l’Évangile (Phil. 1). Et nous ne parlons pas de la lutte incessante, en nous, de l’Esprit contre la chair. Il faut combattre, et il faut vaincre. «Celui qui vaincra...», dit le Seigneur. C’est le combat de la foi.

Ce n’est donc point par insensibilité, orgueil ou apathie que nous devons rester en dehors et au-dessus des disputes terrestres, mais par fidélité au Seigneur. Il serait facile de montrer, au surplus, que poursuivre notre combat est le moyen de travailler efficacement au bien de ce monde lui-même. Abraham luttait par la prière en faveur de Sodome, mais sur la montagne, devant l’Éternel. Le Samaritain «allait son chemin» d’étranger quand il a rencontré le blessé vers lequel il s’est penché, «ému de compassion». Mais nous mêler de coeur aux conflits de ce monde, fût-ce avec de généreuses intentions, c’est déserter, pour une cause étrangère, la vraie lutte du chrétien, capituler comme combattant céleste, nous désister de notre position, et, en définitive, méconnaître l’amour de Celui qui «s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’Il nous retirât du présent siècle mauvais».