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Toutes les Choses qui vous ont été commandées

 

 

Luc 17 :10

 

par André GIBERT

 

 

1                    «TOUTES  LES CHOSES  QUI  VOUS  ONT  ÉTÉ  COMMANDÉES»  — Luc 17:10

ME 1981 p. 253

1.1   Esclaves inutiles

«Toutes les choses qui vous ont été commandées». Quel enfant d’Adam a-t-il jamais accompli tout ce qui lui était commandé ? Aux «nations qui n’ont point de loi» (*), leur conscience reproche des manquements aux impératifs qu’elles se donnent à elles-mêmes. Quand Dieu eut imposé une loi morale à son peuple tiré d’Égypte, celui-ci ne cessa de la transgresser, démontrant ainsi l’impossibilité pour l’homme naturel d’obéir de coeur à Dieu. Et maintenant nous, chrétiens, rachetés à grand prix, enfants de Dieu par sa grâce, lequel de nous ne doit-il pas courber la tête en confessant ses défaillances ? Et quand bien même quelqu’un pourrait, par sa conduite, être tenu pour «parfait et droit» ainsi que Job, il aurait à entendre la parole de Jésus à ses disciples : «Quand vous aurez fait toutes les choses qui vous ont été commandées, dites : Nous sommes des esclaves inutiles ; ce que nous étions obligés de faire, nous l’avons fait». Obligés de faire, donc agissant, quoi qu’il en soit, non du fait d’une volonté propre heureuse de se donner librement et entièrement, en toute connaissance de cause, mais du fait d’une contrainte imposée à une chair qui reste opposée à la volonté de Dieu. Pour surmonter cette chair en nous, il faut une force qui ne peut provenir de notre fonds, savoir la foi, et la foi opérante par l’amour, secret d’une vie nouvelle où rien n’est de nous.

(*) Romains 2:14, 15.

Les disciples, à qui Jésus venait d’enjoindre de pardonner d’un pardon sans bornes à un frère offenseur, estiment cela au-dessus de leurs moyens, et ils lui demandent d’augmenter leur foi (*). Un tel commandement les sortait de leurs pensées légalistes, ils étaient désorientés sur ce terrain si élevé de la bonté maîtrisant l’égoïsme et l’orgueil. Ils ressentent leur incapacité foncière. Ils croient bien en ce Maître qu’ils suivent et pour qui ils ont tout quitté, mais se conformer à son enseignement leur apparaît irréalisable. Augmente-nous cette foi si débile !

(*) Luc 17:3-5.

Alors Jésus leur apprend que la foi ne se met pas à des dimensions différentes selon l’importance des obstacles à vaincre. Elle ne comporte pas de limitations ; ce sont ses porteurs qui sont limités. Eux ont à croître dans la foi, et dans ce sens il y a bien une grande et une petite foi. Petite foi que celle de Pierre enfonçant dans les eaux (*), et que celle des disciples dans la barque ; et telle est si souvent la nôtre, hélas ! Grande foi que celle du centurion de Matthieu 8:10 et de la femme syrophénicienne ! (id. 15:25). «Votre foi augmente beaucoup», pouvait écrire l’apôtre Paul aux fidèles de Thessalonique peu après leur conversion. Mais le pouvoir de la foi est en lui-même invariable. Quand elle est là, toute simple, peu importent les obstacles : «toutes choses sont possibles à ceux qui croient». La force est non en celui qui croit mais en Celui en qui il croit. «Je puis toutes choses en celui qui me fortifie» (2*), disait Paul. Abraham ne considéra pas son corps amorti ni l’état de mort du sein de Sara pour l’accomplissement d’un miracle plus grand que déplacer un mûrier ou même une montagne, mais il croyait que «ce que Dieu dit, il est puissant aussi pour l’accomplir», et il fut «fortifié dans la foi» (3*). Augmenter de foi n’est autre chose que progresser dans la connaissance de l’objet de la foi.

(*) Marc 9:23.

(2*) Philippiens 4:13.

(3*) Romains 4:19-21.

Et c’est tout autant prendre de plus en plus conscience de notre propre impuissance, jusqu’à n’avoir «aucune confiance en la chair» (*), ne laisser aucune place à sa volonté pour donner toute la place à la volonté de Dieu. La foi engendre l’obéissance volontaire. Délivrés d’un esclavage mortel pour fournir le «service intelligent» (2*) d’une nature nouvelle dont le bonheur est de faire cette volonté divine, confiants dans le Dieu de mesure qui ne saurait nous charger au-delà de nos moyens, satisfaits et reconnaissants nous dirons : «Nous sommes des serviteurs inutiles, ce que nous étions obligés de faire, nous l’avons fait» ; Il nous en avait chargés, nous avait choisis pour cela, Il pouvait en choisir d’autres, Il nous a conféré un honneur. Ainsi voyons-nous Paul comme Pierre faire précéder leur titre d’apôtre de cette mention : esclaves de Dieu, de Jésus Christ, et Jude et Jacques ne prendre aucun autre titre (3*). Pensons davantage à ce qui est placé devant nous comme un privilège.

(*) Philippiens 3:3.

(2*) Romains 12:1.

(3*) Romains 1:1 ; Tite 1:1 ; Philippiens 1:1 ; 2 Pierre 1:1 ; Jacques 1:1 ; Jude 1.

1.2   Amis

Et pourtant, est-ce bien là tout ?

À ces mêmes disciples, mais leur parlant comme amenés déjà dans une condition nouvelle, Jésus dira plus tard : «Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son Maître fait...» (*) Il s’agit là, à la vérité, d’une réelle promotion pour des esclaves fidèles, car Jésus dit préalablement : «Vous êtes mes amis, si vous faites tout ce que moi je vous commande» (2*) ; il les traite donc comme s’ils l’avaient toujours fait. Quelle grâce ! Du long temps pendant lequel il avait supporté leur lenteur de croire, il retient seulement qu’ils avaient persévéré avec lui dans ses tentations ; et quant à l’avenir il sait entre quelles mains il place, pour qu’ils soient gardés fidèles, ceux que le Père lui a donnés et que lui-même a tant aimés (Jean 17) : il les voit et leur parle en tant que serviteurs obéissants. Et l’obéissance comme esclaves entraîne la relation bénie de l’amitié. Des esclaves faits amis de leur Maître ! Comme il est loin du maître sévère et dur que prétend connaître le méchant et paresseux esclave de la parabole — le vrai serviteur inutile ! C’est un Maître qui ne sera jamais le débiteur de ceux qui ont travaillé pour lui, même si eux ont eu le sentiment d’être des serviteurs inutiles. Aux esclaves qui font tout sans murmures et sans raisonnements il appartient de partager les pensées du Maître, d’être pris par lui comme ses confidents, ceux en qui il met expressément sa confiance. Ainsi Abraham a-t-il été appelé ami de Dieu, au point que Dieu ne pouvait lui cacher ce qu’Il allait faire. L’obéissance de la foi trouve dès ici-bas une précieuse récompense. Chers amis, ne désirerions-nous pas l’obtenir ? En attendant le «Bien, bon et fidèle esclave, entre dans la joie de ton Maître», soyons tels qu’il puisse maintenant nous dire : «Je ne vous appelle plus esclaves, mais amis...», et nous communiquer, dans l’intimité de sa communion, ce qu’il a à coeur de nous révéler : «ce que j’ai entendu de mon Père» (3*), dit-il.

(*) Jean 15:15.

(2*) Jean 15:14.

(3*) Jean 15:15.

Mais alors, ne nous semblera-t-il pas entendre Celui qui a été ici-bas le serviteur parfait, Celui dont l’oreille était «réveillée chaque matin», et qui «écoutait comme ceux qu’on enseigne» (*) ? Il faisait toute la volonté de son Père, sa joie était de la faire, et c’est cette joie qu’il veut pour les siens, leur demandant de garder ses commandements afin de demeurer dans son amour, comme Lui, ayant gardé les commandements de son Père, demeure dans son amour (2*).

(*) Ésaïe 50:4.

(2*) Jean 15:10, 11.

1.3   Le Modèle inimitable

Il est le modèle inimitable. Lui seul a pu dire : «J’ai achevé l’oeuvre que tu m’as donnée à faire» — et quelle oeuvre ! Il a achevé ce qu’il était venu accomplir en pleine connaissance de toutes les souffrances que cela devait comporter pour lui. Il pouvait rendre lui-même témoignage qu’il l’avait achevée, et, ayant satisfait à tout ce que les Écritures annonçaient de lui, demander la récompense que, il le savait, son Père trouverait sa joie à lui donner. «Moi, je t’ai glorifié sur la terre ; et maintenant glorifie-moi, toi, Père...» (*). Sa volonté sainte était celle d’une obéissance sainte. Venu «en forme d’esclave», tout en lui était dominé par cette volonté d’obéir par amour, ainsi que le serviteur hébreu aimant son maître, sa femme et ses enfants. «Afin que le monde connaisse que j’aime le Père, et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais...» (2*)

(*) Jean 17:4, 5.

(*) Jean 14:31.

Ah, certes, il était le Fils de Dieu. Ne perdons jamais de vue le mystère de sa Personne. Il a pris la position de dépendance, d’obéissance et de confiance du serviteur parfait, mais il apportait ici-bas, en une chair sans péché, le caractère propre à sa relation éternelle de Fils avec le Père dans l’unité des Personnes divines. Unité dans une plurialité insondable pour nous. Ôtons nos sandales de nos pieds, nous sommes plus que sur une terre sainte. Mais au seuil de l’inconnaissable, où nous ne pouvons nous tenir qu’en adorant, nous entendons encore, venant de la terre, la voix de Celui qui, «travaillant» selon le dessein éternel, parlait du Père et du Fils, un avec le Père mais reportant tout à Lui. «Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que celui-ci fasse, cela aussi le Fils de même le fait». Mais «le Père aime le Fils, et lui montre toutes les choses qu’il fait lui-même» (*). La source est l’amour du Père pour le Fils, de toute éternité, et Fils est venu sur la terre, dans le temps, pour accomplir la volonté du Père. Le langage humain n’est pas admis à exprimer cette harmonie entre le Père qui est à l’origine de tout, et le Fils qui est l’agent d’exécution (2*). Écoutons le Fils quand il dit : «Le Père m’aime», comme lorsqu’il dira : «J’aime le Père...»

(*) Jean 5:19.

(2*) «The Son is the agent, as it were, of the Father’s manifestation — God manifest in the flesh» (Le Fils est pour ainsi dire l’agent de la manifestation du Père — Dieu manifesté en chair). — J. N. D. Notes and Comments, vol. 7, p. 65.

C’est dans cette obéissance d’amour que le Seigneur de gloire, le Dieu sur toutes choses béni éternellement, se faisant le vrai serviteur de Dieu s’est fait, s’anéantissant lui-même, le serviteur de l’homme (*). Lui, le Seigneur et Maître, a été au milieu des siens comme celui qui sert. Actuellement, l’oeuvre de rédemption accomplie et le Fils de l’homme glorifié, Il sert dans le ciel comme intercesseur, notre sacrificateur et notre avocat ; il est là, prévenant nos chutes, se ceignant quand nous tombons. Et sa joie sera de «servir à toujours» ceux qui l’auront servi sur la terre. Eux n’auront jamais eu à dire, quant à leur service, autre chose que : «Nous sommes des serviteurs inutiles», mais non plus autre chose à entendre que : «Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans l’infirmité» (2*).

(*) Ésaïe 42:1-4 ; Marc 1:1 ; Actes 3:13 ; Zacharie 13:5 ; Philippiens 2:7

(2*) 2 Corinthiens 12:9.