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JÉSUS  ET  LA  MORT

 

Gibert André

 

Les titres bleus sont de l’auteur, les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1978 p. 57

Table des matières :

1     Tu m’as mis dans la poussière de la mort — Psaume 22:15

1.1      Le psaume 22

1.2      Le jugement du péché

1.3      La mort physique, une fois la colère de Dieu passée

1.4      La mort annulée avant d’être engloutie en victoire

2     Le jour de ma sépulture — Jean 12:7

2.1      Pas de corruption de Son corps

2.2      Accès à Dieu ouvert — sépulcres ouverts

2.3      La fin des jours d’ici-bas

2.4      Mourir : achèvement de l’œuvre

2.5      Un sujet de contemplation

 

 

 

1                    Tu m’as mis dans la poussière de la mort — Psaume 22:15

1.1   Le psaume 22

Le psaume 22 est le psaume de Celui qui, abandonné de tous — «il n’y a personne qui secoure» — se confie inébranlablement en Dieu, et que Dieu, son Dieu, le Dieu fort qui seul pourrait le délivrer, Dieu lui-même, abandonne ! «Ne te tiens pas loin de moi», implore-t-il, alors que justement Dieu s’éloigne de lui (v. 11) ; et plus tard, quand la détresse n’est plus seulement proche mais que semble triompher l’assemblée de méchants qui l’environne, taureaux puissants, lions déchirants, chiens impurs, il répète son cri, d’autant plus angoissé mais d’autant plus confiant que la gueule du lion s’ouvre déjà — mais que Dieu se hâte ! (v. 19). Pas un mot de protestation. Pas plus que sa propre puissance il ne met en avant sa justice et son intégrité. Il est là, victime, jouet des ennemis de Dieu, sans réaction extérieure, mais intérieurement labouré de détresses infinies. Nul appel au jugement de Dieu pour que les ennemis en soient atteints. Seulement, avec l’angoisse du «pourquoi ?» que personne que lui n’avait le droit de dire, s’exprime cette confiance en Dieu qui traduit ce qui est son mobile profond, l’amour absolu : il s’abandonne tout entier à son Dieu.

Or non seulement Dieu le laisse face à la mort, seul terme du supplice le plus douloureux et le plus ignominieux — la croix de malédiction — mais c’est Lui-même qui l’a placé là : «Tu m’as mis dans la poussière de la mort».

 

1.2   Le jugement du péché

Les hommes qui l’ont «cloué à une croix et fait périr» par des mains iniques, en portent, il est vrai, la pleine responsabilité, mais il a été «livré» entre ces mains. Le déploiement de leur haine attisée par Satan est l’instrument que Dieu («toutes choses le servent») emploie pour l’accomplissement de «son conseil défini», selon «sa préconnaissance» (Actes 2:23). Celui à qui Jésus s’abandonne est Celui qui frappe ; Celui dont il fait la volonté a la volonté de le meurtrir. L’homme de douleurs avait dit au cours de sa vie : «Je suis resté muet, je n’ai pas ouvert la bouche, car c’est toi qui l’as fait» (Psaume 39:9) ; quel écho, sur la croix, à ces paroles ! «Tu m’as mis dans la poussière de la mort» ! Le jugement s’abat, dans les ténèbres des trois heures de l’expiation, sur Celui qui, n’ayant pas connu le péché, a été «fait péché pour nous» (2 Cor. 5:21) ; et par qui l’a-t-il été ? Par Dieu lui-même. Entre tant de sujets de souffrances qui se conjuguaient pour accabler l’âme de notre Sauveur à Golgotha, aucun n’approche de celui-là. «Tu m’as mis dans la poussière de la mort» : la mort, salaire du péché, la mort... Quand il anticipait la croix Jésus offrait «avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort» (Hébreux 5:7), et le voici mis par Lui dans la poussière de la mort !

L’homme avait introduit le péché dans une création «très bonne» sur laquelle Dieu l’avait établi. Détaché de son Créateur, il a été placé judiciairement par Lui dans la mort. Dès ici-bas il est dans une mort morale (cf. Jean 5:24, 25 ; 1 Jean 3:14) dont Satan réussit à lui cacher la réalité, et qui aboutit à la mort physique par la crainte de laquelle il le tient dans la servitude. Quand, après la mort, le jugement aura lieu, la seconde mort verra les réprouvés éternellement loin de Dieu (Matt. 8:12 ; 25:41). Jésus, le second homme, l’homme sans péché, est venu pour assumer toutes les conséquences du péché de l’homme pécheur. Il l’a fait à la gloire de Dieu, réglant si complètement la question du péché qu’il l’a aboli par son sacrifice. Il est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. C’est pourquoi Lui le seul juste, le seul saint, après avoir été l’homme de douleurs, solitaire mais dans une communion ineffable avec Celui dont il faisait toujours la volonté, a connu sur la croix, comme nul n’aura jamais pu la connaître, la plus terrible mort morale : la séparation d’avec le Dieu offensé par nous dont il prenait la place, et qui était son Dieu. Il a été seul, abandonné, dans les ténèbres, «mis dans la poussière de la mort». Qui sondera le gouffre de cette détresse ?

 

1.3   La mort physique, une fois la colère de Dieu passée

L’abîme traversé, l’expiation faite sous l’anathème, Jésus retrouve la communion avec son Dieu. Il lui reste à mourir physiquement, non point sous la colère, elle est passée, mais il lui faut «accomplir sa mort» (Luc 9:31), «être sauvé de la mort». Il doit passer par tout ce que le péché a entraîné pour l’homme. Expirer est le point culminant de l’existence humaine ici-bas. De quelque manière que celle-ci se soit déroulée, dans un corps souffrant et périssable, voici l’instant où tout cela prend fin, mais où se trouve fixé pour l’éternité le sort de celui qui passe le seuil redoutable. Jésus a été l’homme de douleurs, mais il va franchir ce seuil «avec un cri indiquant à la fois une force dans son entier et une entière confiance en son Père» (J.N.D.).

C’est bien la mort. Elle est là, avec tout ce qu’elle peut avoir de terreurs pour le premier Adam, et avec tout ce qu’elle inspire d’horreur au dernier Adam, la semence de la femme ; il va briser la tête du serpent mais lui est arrêté dans sa course, le talon brisé, au méridien de ses jours. Il faut sa mort pour rendre impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable.

Dieu n’est plus loin, les heures de ténèbres sont passées, Dieu n’est plus contre le crucifié, Il est pour lui, mais Jésus est encore ce «crucifié en infirmité» toujours exposé à la moquerie blasphématoire des hommes (Matt. 27:47, 48), et guetté, pour ainsi dire, par les puissances de l’enfer. Mais il est l’homme obéissant «jusqu’à la mort de la croix». Il fallait que son obéissance volontaire allât jusque-là pour glorifier Dieu dans ce que la désobéissance de l’homme avait exigé, pour nous délivrer entièrement, et pour qu’il en fût fini à jamais avec le premier Adam.

Cette mort n’est pas exempte d’amertume, au contraire. Il a goûté cette amertume, «goûté la mort», selon la forte expression d’Héb. 2:9. Elle est inséparable de la coupe reçue du Père en Gethsémané. «Ne m’enlève pas à la moitié de mes jours», il faut qu’il ait dit cela pour entendre : «Tu es le même, et tes années ne finiront pas» (Ps. 102:24-27), comme «J’ai soif» pour que soient accomplies les Écritures (Jean 19:28-30). Il va «accomplir sa mort» en triomphateur, mais le triomphe est sanglant. Craignons d’affaiblir une vérité par une autre, et — pour transcrire ici une pensée recueillie récemment de la bouche d’un frère — «de sous-estimer le caractère redoutable et douloureux de cette mort ; il n’infirme en rien, mais accentue au contraire la souveraineté avec laquelle le Seigneur y est entré et en est sorti en vainqueur». Personne ne lui ôte sa vie, les iniques n’auraient pu porter la main sur lui s’il ne leur avait été livré, mais il l’a été, et «ils l’ont fait périr» (Luc 18:33 ; Actes 2:23). Personne ne lui ôte sa vie, il la laisse de lui-même, mais il la laisse, il meurt (Jean 19:30, 33). C’est «l’offrande du corps de Christ faite une fois pour toutes». Un corps sans vie, séparé de son esprit, est descendu de la croix, mis au tombeau...

«Tu m’as mis dans la poussière de la mort.» Non point qu’il ait été fait poussière ! La poussière de la mort est le sort réservé à l’homme pécheur. Le premier homme est tiré de la terre ; poussière, et, tombé dans le péché, il retourne à la poussière, dans la décomposition de son corps mort. Mais «le second homme est venu du ciel», et il a été ici-bas l’homme sans péché. Comment retournerait-il à la poussière à laquelle il n’a jamais appartenu, bien qu’il ait «participé au sang et à la chair» ? Il ne peut pas plus devenir poussière qu’il n’est provenu de la poussière. Il peut descendre dans les parties inférieures de la terre, il en remonte pour être glorifié dans le ciel. La mort n’avait aucun droit sur lui, mais il entre dans le domaine de la mort en ayant annulé sa puissance sur ceux dont il a «porté les péchés en son corps sur le bois». De ce corps mort, séparé de l’esprit qui est dans le paradis (Luc 23:43) vont jaillir le sang et l’eau de la purification. Le corps que l’on dépose ensuite dans le sépulcre ne peut connaître la corruption et le sépulcre ne pourra le retenir.

 

1.4   La mort annulée avant d’être engloutie en victoire

Il ne pourra retenir non plus, au jour connu de Dieu, les corps de ses rachetés, semés en déshonneur, poussière, mais ressuscitant en gloire. Par sa propre résurrection Jésus a fait luire la vie et l’incorruptibilité aux yeux de la foi qui reçoit l’Évangile. La mort est annulée avant d’être engloutie en victoire comme elle le sera. À l’homme Christ Jésus, mort, ressuscité et glorifié, sont associés indissolublement ceux qui auront cru. Il a été seul dans les heures de ténèbres, et il n’est fait aucune allusion aux siens dans la première partie de ce psaume 22 ; mais dès qu’il lui a été répondu d’entre les cornes des buffles il est question d’eux, et continuellement. Les voici qui se multiplient, jusqu’aux générations du plus lointain avenir. Ils se joignent à Lui pour glorifier Dieu qui a délivré l’affligé et qui fait magnifiquement fructifier la mort du grain solitaire. Christ ressuscité est «les prémices de ceux qui dorment». Il est passé par la mort pour lui enlever sa proie, et Il nous donne, chers croyants, la pleine certitude quant au devenir de nos corps. Ils restent mortels «à cause du péché»(Rom. 8:10, 11) tant que nous sommes ici-bas et que la vieille nature est toujours là, mais, sauvés en espérance, nous attendons l’adoption, la délivrance de nos corps (Rom. 8:24).

 

Nos corps mortels aussi connaîtront sa victoire,

Nous savons que bientôt Il les transformera.

Pour nous, ses rachetés, la mort se change en gloire.

 

Qu’importe que les corps des «morts en Christ «deviennent poussière, ils sont rachetés. Pour tous, endormis ou vivants, à la glorieuse venue le corps d’abaissement sera transformé en la conformité du corps de gloire de Celui qui a été «mis dans la poussière de la mort» pour être fait Seigneur et Christ à la gloire de Dieu le Père. Que dès maintenant nos genoux se ploient devant Lui !

 

2                    Le jour de ma sépulture — Jean 12:7

2.1   Pas de corruption de Son corps

«Permets-lui d’avoir gardé ceci pour le jour de ma sépulture.» «Elle a anticipé le moment d’oindre mon corps pour ma sépulture» (Marc. 14:8). Marie de Béthanie avait gardé le nard pur de grand prix pour la sépulture de Jésus. Elle savait donc qu’il devait mourir, alors que les disciples refusaient de croire ce qu’il leur en avait dit. Mais elle était enseignée à répandre le parfum avant qu’il ne mourût, parce qu’ensuite il eût été trop tard. Pour elle la résurrection de Lazare préludait à celle du Fils de Dieu, qui triompherait de la mort. Marie ne sera pas au sépulcre, elle aura effectué en son temps ce que les autres saintes femmes voudront faire alors qu’il ne sera plus temps ; leur intention même sera prouvée contraire au sens profond des choses : l’embaumement était destiné à combattre la corruption du corps, or le corps de leur Maître ne devait pas connaître la corruption ! Voilà de quoi Marie de Béthanie témoignait, et son témoignage a une portée universelle : il affirmait : «Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption».

La mort n’a pas fait de Jésus sa proie, c’est lui qui est entré dans son domaine pour l’en déposséder, en attendant de l’anéantir elle-même. Elle ne pouvait pas plus le retenir que l’empêcher d’entrer au moment voulu par lui, en obéissance à la volonté de son Père, ayant lui-même remis son esprit, et son corps prenant place dans le sépulcre pour le quitter au temps fixé, aussi net qu’il l’avait trouvé.

Un sépulcre exhale une insupportable odeur ; Lazare après quatre jours sentait. Mais le sépulcre de Jésus n’exprime que pureté. Il était neuf, taillé dans le roc, personne n’y avait été mis. Le linceul aussi était neuf. Et ce n’est pas la mixtion de myrrhe et d’aloès apportée par Nicodème pour ensevelir Jésus «selon la coutume des Juifs» qui a empêché la décomposition, mais bien l’absolue sainteté de ce corps que Dieu avait formé à son Fils, et la perfection de l’oeuvre expiatoire qui venait de s’accomplir en ce corps, sur la croix.

 

2.2   Accès à Dieu ouvert — sépulcres ouverts

Quand Jésus a expiré, deux domaines bien différents se sont ouverts. Le voile du temple déchiré, l’accès vers Dieu est frayé. Et en même temps s’ouvrent des sépulcres où les corps de saints endormis ressuscitent, pour ne se montrer qu’après la résurrection de Jésus. Car c’est Celui qui en toutes choses a la première place qui apparaîtra d’abord, comme c’est lui qui ensuite inaugurera le chemin nouveau et vivant vers son Père, son Dieu. Il aura fallu pour cela qu’ait été ouvert le sépulcre neuf, pour recevoir son corps mort, qu’on le ferme rigoureusement, et qu’ensuite, montré ouvert et vide, il proclame que Jésus en est sorti vivant. Le «crucifié en infirmité» désormais «vit par la puissance de Dieu» (2 Cor. 13:4). Les douleurs de la mort ont été déliées. La vie naît de cette mort même. Jésus sort en puissance calme, laissant tout en ordre, le sépulcre net comme au premier jour.

Il vaut la peine de s’arrêter une fois de plus, pieds déchaussés, pour considérer, de si loin que ce soit, ces faits dont rien n’approche.

 

2.3   La fin des jours d’ici-bas

Pour l’homme pécheur, la mort physique met fin aux jours pénibles d’ici-bas, selon la sentence prononcée sur Adam coupable, mais le changement d’état — l’esprit en hadès, le corps rendu à la terre — ne change rien à sa condition devant Dieu : «après cela, le jugement». «Dans l’Adam tous meurent», emportant leurs péchés dont le compte sera ouvert lors de la comparution devant le grand trône blanc, à la résurrection de jugement (Apoc. 20:12).

Pour Jésus, c’est la fin des souffrances, de l’opprobre, et du travail de son âme. Ayant méprisé la honte et enduré la croix, la joie qui était devant lui va devenir réalité. «Il est ôté de l’angoisse et du jugement.» En apparence, il est vrai, c’est l’échec de tout son labeur (Ésaïe 49), il est «ôté», «retranché» comme Messie, «retranché de la terre des vivants» comme serviteur de l’Éternel (Ésaïe 53:8) ; pour ses ennemis «cet homme», un «séducteur» (Jean 18:30, Matthieu 27:63), est indigne de vivre, et «on lui a donné son sépulcre avec les méchants». Mais cet homme est le Fils de l’homme, l’homme selon le coeur de Dieu, venu du ciel et non tiré du sol, et il a participé au sang et à la chair sans que c’eût été son lot (Hébreux 2:14). Il est cet Oint dont Dieu a dit : «Tu es mon Fils» ; bien plus, il est le Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, fait homme, un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort. C’est par la mort de cet homme que le diable, qui conduit la main des iniques, est dépouillé de ce pouvoir de la mort qu’il exerçait sur l’homme pécheur. Un homme meurt qui n’a pas été amené là par Satan mais qui y vient au terme d’une vie d’obéissance volontaire, dans un abaissement toujours plus profond, jusqu’à la mort de la croix. Cette croix parle toujours du jugement de Dieu ; mais Il a subi la terrible épreuve de ce jugement à la pleine satisfaction de Dieu. Il est là à cause du péché, dont il paie le plein salaire, mais il n’est plus sous la colère.

 

2.4   Mourir : achèvement de l’œuvre

Il est réservé au pécheur de rencontrer la mort puis le jugement, mais Lui a subi le jugement puis affronté la mort. Quand il était fait péché et malédiction, c’était «pour nous», lui-même personnellement demeurait le saint de Dieu, et sa perfection n’était que rehaussée. C’est dans toute la valeur de sa Personne qu’il offre ensuite sa vie, la met de lui-même (Jean 10). Il entre dans les parties inférieures de la terre ayant accompli toute la volonté divine, et mourir c’est achever l’oeuvre. L’un des résultats est de s’emparer des clefs de la mort et du hadès, de revêtir l’autorité de juger vivants et morts et de faire sortir à sa voix tous ceux qui sont dans les sépulcres. Il est ainsi désormais le premier-né des morts (Apoc. 1:5), et cette souveraineté a été acquise en triomphant de toutes les puissances auxquelles le péché avait assujetti le premier homme. Elles ont eu leur pouvoir brisé à la croix où Christ est mort (Colossiens 2:15). Un à un tous les ennemis seront détruits, jusqu’à la mort elle-même, par Celui qui a été mort mais qui est vivant aux siècles des siècles, l’Agneau qui a été immolé.

Malheur à ceux dont le sort sera resté lié à ces puissances vaincues. Ils se trouveront devant le Juge. Rien de plus solennel que la pensée de tous ces «morts dans leurs péchés» auxquels la grâce aura vainement offert la vie en Christ.

Car si «par la mort, il rendit impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort», il délivre par là «ceux qui pendant toute leur vie étaient par crainte de la mort assujettis à la servitude» (Hébreux 2:15). Quel sujet de méditation et d’adoration, pour les croyants, si humiliant qu’il soit de penser qu’il a fallu ces souffrances et cette mort pour que Christ devienne notre Sauveur ! Nous le voyons mettre fin lui-même à sa vie terrestre après avoir tout accompli, à la gloire de Dieu, pour ce salut. Il s’en est bien allé «par le chemin de toute la terre», mais c’est lui-même qui sépare, pour peu de temps, son esprit de son corps, abandonnant celui-ci à l’outrage sanglant du coup de lance dont son côté est percé, avant que des mains pieuses le mettent au tombeau.

C’est bien la mort et sa sombre étreinte, mais le sang et l’eau jaillis de ce corps mort témoignent que la source purificatrice est ouverte. L’offrande de ce corps, faite une fois pour toutes, assure, sur la base de la justice de Dieu satisfaite, la réconciliation des pécheurs avec le Dieu saint, révélé comme le Dieu d’amour, et de toutes choses avec la Déité. L’offrande a été agréée, la résurrection va en porter témoignage. Elle a été, cette offrande, l’acte ultime, la consommation du sacrifice, au terme de l’expiation achevée, dont la vertu va opérer en salut pour nous dans le tombeau. Nous n’avons plus affaire désormais avec le «après cela le jugement», car le jugement est passé. Quittant par amour cette vie que par amour il avait prise, Christ met fin à la nôtre en Adam pour nous donner la vie éternelle. Il avait la vie en lui-même, mais il est «esprit vivifiant» pour ceux à cause desquels il est mort après avoir subi le jugement à leur place. Ce jugement va bien au-delà de ce qu’une créature a jamais pu ou pourra souffrir : c’est en effet toute la question du mal qui trouve là sa solution. Pour nous, cette mort clôt l’histoire de notre vieil homme, crucifié avec Christ, de la chair de péché héritée d’Adam. Plus largement, lorsque Christ expire c’est tout ce qui se rattache moralement à la première création qui prend fin pour céder la place aux choses nouvelles. Christ, en tant que commencement de la création de Dieu, s’appellera le «premier-né d’entre les morts». Sa mort fait la coupure essentielle, unique, capitale, dans toute l’histoire des mondes.

 

2.5   Un sujet de contemplation

Ne nous lassons pas de contempler Jésus mourant, comme Jésus glorifié parce qu’il est mort. La colère était passée, il n’était chargé d’aucun péché, la jouissance de sa relation avec le Père était retrouvée, et il meurt sur la croix... Dans la honte brille sa gloire, le fils de l’homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui ! Il meurt comme le grain de blé, non seulement pour revivre lui-même nouveau, mais pour multiplier la vie nouvelle en des fruits innombrables. Il en a fini avec cette scène de mort. La vraie lumière luit. Le Messie retranché est reconnu Dieu dont le trône est aux siècles des siècles, Jésus qui fut «fait à la ressemblance des hommes» est fait Seigneur à la gloire de Dieu, le Père, et «tous honorent le Fils comme ils honorent le Père».

Nous disons quelquefois que Jésus a laissé nos péchés dans le tombeau. On veut exprimer par cette figure qu’ils ne seront jamais remis en mémoire, et, Dieu soit béni, c’est là la certitude absolue de la foi. Mais en réalité Jésus n’est pas descendu au tombeau chargé de nos péchés et il ne les y a pas déposés, c’est sur la croix qu’il en a fini avec eux. Son grand cri est celui de la victoire, sa tête est baissée dans le repos de l’oeuvre achevée. Son tombeau n’a pas de souillure, ni l’odeur de la mort, ni le ver, ce hideux premier-né de la mort (Job 18:13). La figure des péchés effacés à jamais se trouve dans le bouc azazel les emportant au désert pour n’en point revenir, ou encore dans cette profondeur des mers où Dieu les a jetés (Michée 7:19). Mais Christ «est mort pour nos péchés selon les Écritures», puis «a été enseveli», en ayant fini avec eux et avec ce monde. L’aiguillon de la mort, qui est le péché, ne pouvait servir contre l’homme parfait, le Prince de la vie, et celui-ci lui a ôté tout pouvoir sur ceux dont Il «a porté les péchés en son corps sur le bois». Il leur appartient le privilège d’exalter sa gloire dès maintenant et dans l’éternité.

 

Gloire à l’Agneau, louange au Rédempteur !

En lui la mort a trouvé son vainqueur.

L’ennemi même a connu sa puissance

Et le tombeau lui rend obéissance.

 

Alléluia ! Gloire à Jésus !

L’enfer et la mort sont vaincus.