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«L’ÉPÉE de L’ESPRIT,

 

 

qui est la PAROLE de DIEU»

 

Éphésiens 6:17

 

par André Gibert

 

ME 1980 p. 8

 

Insister sur la place d’autorité exclusive qui appartient à la Parole de Dieu est plus que jamais une nécessité impérieuse. Les croyants ne sauraient se tenir trop en garde contre l’insidieux dessein de l’Ennemi de mêler les pensées des hommes à cette Parole, de façon à en affaiblir la puissance sous prétexte de la renforcer.

 

Il est essentiel de ne pas s’écarter de déclarations fondamentales telles que celles-ci :

«La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la Parole de Dieu» (Rom. 10:17).

 

«Vous avez accepté non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la Parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez» (1 Thess. 2:13).

 

«... la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de vous donner un héritage avec tous les sanctifiés» (Actes 20:32).

 

«Les paroles de l’Éternel sont des paroles pures, un argent affiné dans le creuset de terre, coulé sept fois» (Psaume 12:6).

 

Retenons bien, et pesons-les, les expressions d’Agur : «Toute parole de Dieu est affinée... N’ajoute pas à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne, et que tu ne sois trouvé menteur» (Proverbes 30:5, 6).

 

Nous pensons, en écrivant ces lignes, à quelques dangers précis.

 

1° C’en est un que de placer, en quelque mesure que ce soit, cette Parole de Dieu sous la garantie d’hommes éminents, savants, hommes d’État, philosophes, grands hommes d’action, bienfaiteurs de l’humanité. Nous pouvons à bon droit être reconnaissants envers Dieu s’il conduit de tels hommes à rendre témoignage à l’action de sa Parole, surtout s’il s’agit de croyants véritables. Mais la qualité de ces hommes n’ajoute rien à la Parole de Dieu. La puissance de celle-ci est la même qui opère dans le plus humble, le plus ignorant et le plus vil de leurs semblables. Tous sont sur le même plan pour Dieu, leur état de nature comme enfants d’Adam est le même — inimitié contre Dieu — et leur besoin de la grâce de Dieu est le même. Le chapitre 2 de la première épître aux Corinthiens est là pour nous prévenir contre ce qu’on peut attendre de la sagesse humaine, même la plus estimée. Ne nous glorifions pas de ce que nous soyons enrôlés sous la même bannière qu’un Faraday ou un Cuvier, un Pascal ou tel «philosophe chrétien» moderne ; mais glorifions-nous en Celui qui nous a enrôlés tous sous sa bannière, et réjouissons-nous de ce que la grâce a triomphé des plus fortes barrières qui s’opposent à la foi, c’est-à-dire tout ce qui, richesse, notoriété, autorité, savoir, a du renom et met un homme au-dessus d’autres hommes. Il est plus difficile à un grand de passer par la porte étroite, et la conversion d’un riche est toujours le plus étonnant miracle. «Considérez votre vocation, frères — qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles... Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont...» (1 Cor. 1:26-28).

Ne faisons donc pas appel à une autorité humaine quelconque, fût-elle hautement morale ou intellectuelle, pour étayer notre foi. Ce sont là béquilles fragiles, reposant sur un sol friable. Défions-nous de la tendance, subtile, trop répandue, à accréditer le christianisme par l’homme. Quel misérable gage de la vérité que l’homme, quel qu’il soit ! La foi n’est pas plus une adhésion aux convictions d’un maître à penser, qu’un héritage des croyances de nos parents. Des plus grands conducteurs du passé, c’est leur foi que nous sommes invités à imiter, et leur foi n’a eu sa réalité que par et dans la Parole de Dieu, la «parole du Christ».

Encore n’avons-nous parlé que de chrétiens déclarés, même si chez plus d’un la «croyance» ne dépasse guère des aspirations déistes ou une sympathie plus ou moins vive pour l’enseignement de Jésus. Mais nous serions vite portés à nous appuyer sur les propos de personnages considérés dans le siècle et appartenant totalement à ce siècle dont nous avons été retirés. Dieu peut se servir de tout pour nous instruire, même d’écrits ou de paroles d’incrédules, même des «sages» d’autres civilisations que la civilisation dite chrétienne ; mais jamais Dieu ne permettra que les siens attribuent à des pensées humaines la valeur des révélations divines. Aucun amalgame n’est possible entre «la pensée de la chair» et «la pensée de l’Esprit» (Rom. 8:5-7). Demandons le discernement spirituel dont nous avons constamment besoin. Satan se transforme en ange de lumière et ses ministres en ministres de justice ; mais Paul décelait leur action dans la publicité que lui faisait la servante à Philippes (Actes 15).

 

2° Les acquisitions multipliées de la science témoignent des hautes facultés que Dieu a données à l’homme qu’il fit à sa ressemblance, et d’une «raison» dont il n’est pas question de nier la valeur dans le domaine des choses visibles. Mais gardons-nous avec le plus grand soin de «solliciter», en la déformant, la révélation de Dieu pour la faire à tout prix concorder avec les vues de cette science. Redoutons les compromis toutes les fois que les hommes mettent la Bible en contradiction avec ces vues. La Parole de Dieu est la vérité, elle est immuable, elle ne nous est pas donnée pour satisfaire notre curiosité dans tous les domaines, mais pour nous mettre en relation avec Dieu. La science humaine, de quelque côté que se porte son effort, est éminemment changeante et limitée, comme l’est l’esprit de la créature humaine.

 

Ici encore, réjouissons-nous, par exemple, que des découvertes archéologiques récentes et d’autres en cours mettent au jour des faits comme l’existence ancienne de peuples, de villes, de personnages que la Bible mentionne et dont on doutait malgré celle-ci.

Mais ce n’est pas cela qui fait croire. Pas plus que les miracles accomplis par le Seigneur ici-bas n’ont fait croire en Lui. La réconciliation de la Bible et de la science, dont on parle tellement, est un faux problème : il n’y a pas à réconcilier deux choses fondamentalement différentes dans leur action, leur but et leurs effets, différentes dans leurs niveaux respectifs. Il n’y a pas conflit ; chacune a son domaine, mais dans l’un Dieu règne, dans l’autre il laisse l’homme à ses capacités et à ses responsabilités de créature privilégiée mais déchue. La science devrait être assez humble pour le reconnaître. Or le péché foncier de l’homme est de vouloir égaler Dieu. Satan, le menteur dès le commencement, lui a dit et continue de lui dire : «Vous serez comme des dieux». Il emploie, pour ce faire, les «progrès» d’une connaissance coupée de Dieu. Et nous, croyants, nous glissons sans y prendre garde vers un rationalisme déguisé si nous ne maintenons pas l’indépendance du domaine de la foi. Tant mieux pour la science humaine si elle se trouve d’accord avec la Parole de Dieu, mais ce n’est pas cette rencontre qui accrédite la Bible. Ne renversons pas l’ordre des choses. Si la science contredit l’Écriture, ou bien c’est que celle-ci a été tordue, et il importe de s’assurer exactement de ce qu’elle dit, sans y ajouter, selon le sage conseil d’Agur, ni en retrancher quoi que ce soit — ou la science a tort, et cela sera manifesté un jour ou l’autre.

 

La Bible, source et base constante de la foi, ne procède pas par raisonnements, elle affirme des faits, passés, présents ou futurs ; nous les croyons, même si nous ne nous les expliquons pas, sur l’autorité de cette Parole. Elle ne parle pas pour nous arrêter sur les choses terrestres mais pour nous faire connaître Dieu et ce que nous sommes devant Lui. Elle emprunte au monde visible des images et des exemples pour nous enseigner. La science, elle, part de faits tenus pour incontestables parce qu’observés par nos sens, elle en recherche les causes et en déduit des effets pratiques. Il n’est pas question de la dénigrer. Son effort est valable dans les limites de ce monde visible ; mais elle est incompétente dès qu’elle veut remonter aux causes premières : elle est arrêtée dans l’enchaînement de ses raisonnements, déductifs ou inductifs, par l’absence de maillons qui supposent des faits inobservables et qu’elle ne peut qu’imaginer. Or, que de suppositions, d’hypothèses, sont insensiblement présentées et reçues comme des réalités ! La science se fait scientisme — une véritable religion !

 

Les oeuvres de Dieu dans la création témoignent bien, en permanence, de «ce qui peut se connaître de Dieu» mais «qui ne peut se voir, de lui, savoir et sa puissance éternelle et sa divinité», et qui «se discerne par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites» (Rom. 1:19, 20). Mais cette intelligence a été viciée par le péché, que l’homme en chute a introduit dans le monde. Créé centre et chef de cette création alors qu’elle était rayonnante de beauté et d’harmonie, l’homme porte toujours le monde dans son coeur — où Dieu l’avait mis, mais un monde maintenant souillé, troublé — et il s’obstine vainement à chercher à comprendre l’oeuvre d’un Dieu dont il s’est détourné (cf. Éccl. 3:9-11). Si passionnants que lui apparaissent les résultats qu’il obtient, il erre toujours, de l’immensité peuplée d’astres indéfiniment multipliés à mesure que ses instruments indéfiniment perfectionnés en découvrent de nouveaux, à l’infiniment petit plus étonnant encore ; et son domaine, «l’oeuvre que Dieu a faite» (id.), lui pose des énigmes de plus en plus nombreuses à mesure qu’il croit en avoir résolu concernant cette matière et ses rapports avec une énergie qu’il ne sait définir.

 

Que dire alors, quand la science prétend décréter en dehors de ce domaine, préjuger de l’immatériel, décider de l’univers fini ou infini, de l’existence ou de la non-existence de Dieu ? L’être, l’éternité, la vie, la mort, le problème des origines comme l’angoissante question des fins dernières, toutes les grandes interrogations demeurent posées. Ce domaine de l’inconnaissable se montre plus fermé à l’intelligence humaine qu’il ne l’a jamais été.

 

Notre propos n’est cependant pas de reprendre le perpétuel débat de la science et de la foi, si nécessaire qu’il soit de rappeler que le propre de la science est de tout mettre en question sans jamais conclure définitivement, alors que le propre de la foi est de conclure avec les conclusions de Dieu qui seul connaît tout. Le point sur lequel nous insistons, car il est capital, est celui-ci : la foi vient de la Parole de Dieu elle-même. C’est par elle que la foi saisit que la place de la créature faillie est de reconnaître sa chute, et que seule la grâce de Dieu l’établit sans péché dans une nouvelle création. Voilà la part et la position du chrétien. Elle est fondée sur l’oeuvre de Christ. Il ne s’agit pas pour lui de «faire comprendre» sa foi — elle sera toujours folie pour la sagesse humaine — mais de vivre sa foi. «Par tes oeuvres, montre-moi ta foi», dit Jacques. Et les explications rationnelles perdent toute force pour qui vit de la vie de Christ. Se dire chrétien et nier Christ venu en chair, mort et ressuscité, glorifié, est un non-sens, le christianisme est fondé sur ces faits, de tous les plus incroyables : l’incarnation, la mort expiatoire et la résurrection — des faits dont seule la Bible parle, et seule elle peut en parler parce que seule elle est la Parole de Dieu. Mais elle en est remplie. Prenez garde à la voix menteuse : «Quoi, Dieu a dit ?» Sachons répondre : «Il est écrit».

 

3° Ce qui vient d’être rappelé suffit pour faire considérer comme une entreprise périlleuse et vaine de nous lancer dans des polémiques scientifiques pour donner raison à la Bible, et de bâtir des théories pour donner à des faits bibliques singuliers une explication que Dieu n’a pas trouvé bon de nous donner. Qu’il s’agisse de la formation et de l’histoire de la terre (géologie), des phénomènes propres aux êtres vivants (biologie), de la constitution intime de la matière (sciences physiques et chimiques), ce sont là toutes études parfaitement légitimes en elles-mêmes, mais couramment utilisées contre Dieu. Nous risquons, en opposant des hypothèses qui nous semblent plausibles aux théories échafaudées par les incrédules, théories dont beaucoup sont séduisantes pour l’esprit humain, d’être mis en mauvaise posture et finalement de jeter du discrédit sur la Bible que nous voulons défendre. La Parole de Dieu est elle-même sa propre arme. Elle doit être, seule, la nôtre. Peut-on mettre une épée de carton dans la main d’un Gédéon qui tient l’épée de l’Éternel ? Jésus tenté par Satan ne discute pas avec lui pour démolir son argumentation, il lui répond simplement : «Il est écrit».

 

Nous voudrions supplier nos frères de peser ces choses. Notre foi, répétons-le, ne se nourrit pas de théories, ni n’agit par des théories. Les nôtres, même rattachées par quelque point à la Bible, sont aussi chancelantes et passagères que les autres, qui prétendent supplanter les mythes païens et sont aussi décevantes qu’eux. Elles se chassent l’une l’autre, après avoir, il est vrai, amené au jour quelques notions nouvelles, découvertes permises par Dieu dans le domaine visible, mais ne changeant rien à l’état moral de l’homme et lui donnant l’illusion du progrès. Les vues qu’il se fait du monde matériel reposent sur telle hypothèse qui tôt ou tard fait place à une autre. Notre siècle a vu, dans le champ physico-chimique, pour ne parler que de celui-là, une accumulation de découvertes qui ont balayé des doctrines tenues pour inattaquables au siècle précédent. Mais la prestigieuse théorie de la relativité et les bases nouvelles de la physique avec les quanta, déjà branlantes, feront place à d’autres systèmes, et ainsi tant que durera ce monde ; elles l’auront marqué de leur passage, parallèlement aux applications de la radio-activité qui tout à la fois l’émerveillent et l’épouvantent, sans lui donner, hélas, d’autre but que la satisfaction des désirs d’un coeur s’éloignant toujours plus de Dieu. «Vous serez comme Dieu», dit toujours le menteur.

 

Chrétiens, approfondissons notre foi, non par la sagesse humaine, mais en nous nourrissant de la Parole de Dieu, «persévérant dans ma parole», dit Jésus (Jean 8:31), en la gardant toujours présente dans son autorité et sa puissance. Que les jeunes croyants se défient d’une recherche de la vérité qui dévie tant soit peu de cette Parole. Et que l’inconverti que Dieu cherche sache qu’il ira de déception en déception, d’obscurité en obscurité, s’il pense acquérir la foi autrement qu’en «écoutant» la Parole de Dieu.

 

Elle sera toujours folie pour la folie de la sagesse humaine. Elle n’a que faire de cette sagesse. On oppose souvent la raison à la foi, mais, comme quelqu’un l’a dit, la foi donne à la raison son plus splendide emploi, en la tournant vers le Dieu vivant et vrai, quand l’Esprit de Dieu l’éclaire et qu’elle se laisse éclairer. Laissez la Parole «opérer en vous qui croyez» pour «être renouvelés dans l’esprit de votre entendement». La croire, cela implique que l’on reconnaît ignorer beaucoup de choses, et par-dessus tout que l’on reconnaît l’homme naturel incapable, à cause du péché, de connaître ce qui seul importe : Dieu révélé comme Père, par Jésus Christ, aux petits enfants. Rencontrer Dieu, seul à seul avec lui... «Maintenant mon oeil t’a vu», dit Job : connaissant Dieu il prend de lui-même la place qui convient, le repentir dans la poussière et la cendre. Et c’est alors que jaillit pour lui la source des bénédictions, à la gloire de Dieu !

 

En résumé, la Bible n’a besoin

— ni de la caution d’hommes considérés dans ce monde,

— ni d’être confirmée par son accord avec la science des hommes,

— ni d’être démontrée vraie par des théories bâties ou non sur elle.

Elle est «la vivante et permanente Parole DE DIEU».